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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:14

Cladel publie dans La Revue de Paris en novembre 1864 quelques petits textes qui deviendront un livre des années plus tard qu'il appelle Eaux-Fortes. Il s'agit d'un exercice de style. Donc pas de surprise s'il prend Delacroix pour évoquer un Algérien. Pour Goya il prend l'exemple d'un forgeron qui se pend dans son atelier. Il devait être alors sous l'effet de l'Orientalisme ambiant. Il écrit :

 "Nos Eaux-fortes détermineraient-elles chez le lecteur quelques sensations analogues à celles qu'il subit en présence des toiles des divers maîtres dont nous avons voulu divulguer le caractère et la touche le seul but serait atteint auquel nous avons visé dans cet artistique opuscule. L. C.

 L'ÉMIR ADD-EL-ZIMAR PRÊCHANT LA GUERRE SAINTE.

D'après Delacroix.

 

« Allah ! Allah ! Allah est Allah et Mahomet est son prophète! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est l'envoyé d'Allah et le fils de Mahomet ! » Ainsi disaient les tribus rassemblées au col de Mouckrem pour y recevoir la volonté d'Allah et la parole de Mahomet que Abd-el-Zimar allait leur transmettre. Un nuage de poussière s'éleva du côté de l'Orient et bientôt apparut l'Émir avec ses guerriers qui agitaient les étendards chevelus de l'Islam et de longs fusils dont les damasquinures miroitaient au soleil. Monté sur une cavale à la queue teinte de sang occidental, plus blanche que les burnous sans tache, qui proférait des flammes par les yeux et des colonnes de fumée par les naseaux et dont le poitrail avait enfoncé bataillons et murailles, l'Émir arriva bruyant comme le Simounn. Les trompettes envoyèrent jusqu'aux cieux des chants métalliques. Brandissant son fusil infaillible, l'Émir cria trois fois : Allah! devant les tribus prosternées qui répondirent Allah ! Allah ! Allah ! Abd-el-Zimar avait le front ceint de cordelettes en poil de chameau sous le haik qui le couronnait, son visage ascétique, fin, correct, brûlé du soleil, paraissait noir comme la nuit. Il n'avait pas trente ans, l'Émir ! sa barbe était douce et rare comme les cheveux des nouveau-nés, et ses membres musculeux jouaient comme des ressorts d'acier ; implacables, bruns et polis comme le jais, directs, ses yeux interrogèrent longuement les tribus qui réclamaient la bataille. Après avoir donné l'ordre d'avancer à deux Berbères nus, têtes rases, qui se tenaient à quelques pas en arrière, assis sur des chameaux, il leva solennellement la main droite et il regarda le ciel ; ses lèvres bourdonnèrent ; il avait l'air de lire dans les profondeurs du dôme : « Allah veut la guerre, dit-il, pâle, hagard, épouvanté, prophétique, il veut la guerre et il veut la victoire. Allah m'a parlé ! Allah me parle : je l'entends ! Allah nous regarde : je le vois ! Nous sommes ses enfants, et nous sommes nombreux comme les étoiles, et nous sommes rapides comme les gazelles, et nous sommes forts comme les lions de notre Atlas, et nous sommes rudes comme les chameaux de notre désert. Allah veut la bataille. Allah veut la victoire. Allah veut la vengeance ! Il m'a dit : « Lève-toi ! Marche aux giaours avec ta tribu, et va trouver ensuite tes frères de toutes mes tribus, et tu leur montreras les trophées du premier combat ; ils reconnaîtront en les voyant qu'Allah t'inspire et t'envoie vers eux. » Frères, je suis venu, écoutez ! Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah ! Voyez !» Les Berbères, dressés de toute leur hauteur sur la selle de leurs chameaux, tenaient par les cheveux chacun deux têtes fraîchement coupées, jeunes, belles, dégoutantes de sang, têtes de chrétiens, têtes d'oppresseurs, tètes de Roumis ! Debout sur les étriers, le front ceint d'un nimbe éclatant, naïf et pompeux comme un patriarche, l'Émir avait les mains tendues vers les têtes sanglantes. Secouées d'un délire sacré, les tribus s'écrièrent « Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah, et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah !» »

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 20:39

Voilà que je suis poussé vers Hector France, un ami de Cladel que je ne connaissais pas vraiment. Un ancien militaire en Algérie aux côtés de Razoua, qui dédie un de ses livres sur l'Algérie à... Camille Delthil. Un admirateur du peuple algérien. La revue Le Matricule des anges a rendu compte de la réédition de Sous le burnous. JPD.

Le matricule des anges, Un mâle auteur, Hector France, par Eric Dussert

 Tous nos égarés oubliés

 Homme de guerre aux pays des sables, communard, sportif avant l'heure et écrivain varié, Hector France fut essentiellement un franc personnage.

 N'étaient quelques titres encourageants, voire scabreux, on ne serait peut-être pas allé voir du côté d'Hector France. D'abord parce qu'il eut un successeur éminent, ensuite parce qu'à un France près, on n'en était pas. Cependant, des titres ambitieux tel que Les Mystères du monde, faisant suite à Sue, ou troubles comme L'Homme qui tue ne pouvaient que nous attirer plus profond. Et la suite ne peut que donner raison à un fouineur tel que René Fayt qui, il n'y pas si longtemps, s'intéressa à juste titre aux tours et détours de cet écrivain polymorphe, engagé, pour ne pas dire rebelle, habitué aux rigueurs de la caserne et aux libations et privautés de la maison Carrington, spécialisée, si l'on s'en souvient, dans le grivois, sous le manteau, pas présentable, licencieux. Le Péché de Sœur Cunégonde, ou le Beau Vicaire (H. Oriol et Lavy, 1883) et Marie Queue de Vache (Librairie du Progrès, 1883), romans de mœurs cléricales aux " coloris parfois excessifs " (dixit Larousse à l'époque) auraient pu le faire classer parmi les infréquentables. Ce serait trop simple, vous l'imaginez bien.

 Militaire et fils de militaire, Hector France fut avant tout une forte tête. Né à Mirecourt (Vosges), le 5 juillet 1840, d'un chef d'escadron de la gendarmerie coloniale, à une époque où ça ne rigolait pas là-bas, petit-fils d'un officier supérieur d'état-major, il fit comme de juste ses études militaires au Prytanée militaire de La Flèche où, singularité suprême, il obtint les premiers prix de littérature. Il faut dire, à notre grande honte, qu'en ses temps diluviens les lettres importaient à tous, c'est-à-dire à tous mais aussi à ceux qui allaient se faire trouer le cuir. Nous n'en sommes plus là. Lui non plus, du reste, qui, après avoir guerroyé dix ans en Tunisie, en Kabylie et autres territoires insurgés, quitta le service, dégoûté d'avoir été bridé, tancé et mis au rencart pour son franc-parler dans L'Homme qui tue (Kistemaekers, 1878), il exposait tout haut les atrocités commises par les troupes coloniales... Il réintégra tout de même le service lors de l'accès guerrier de 1870, et, après avoir mérité la légion d'honneur, trouva l'occasion de ne la jamais recevoir en réfutant dans la presse le dogme insatisfaisant de la retraite à tout prix. Viril et combatif, il protesta encore contre la paix mal venue avec le Prussien et s'engagea dans les rangs de la Commune. Son républicanisme lui valut cette fois un exil londonien prolongé durant lequel, reconverti homme de lettre, il s'attaque à des fresques documentaires passionnantes sur Les Va-nu-pieds de Londres (1884) ou Les Nuits de Londres (1885), qui, jointes à son étude sur Les Dessous de la pudibonderie anglaise (Librairie des Bibliophiles, 1900), lui valurent le statut d'expert ès-mœurs anglaises.

Entré tardivement dans la carrière dès lettres à l'âge de trente-cinq ans Hector France se trouva être, on ne s'en étonnera pas, un ami de Léon Cladel, qui lui consacra une mémorable préface. Romans de mœurs, articles de presse, chroniques sociales, tout a été ausculté par l'excellent René Fayt qui, fouinant dans les recoins de la bibliographie de l'éditeur belge Kistemaeckers trouva de quoi nourrir l'exégèse. Hector France n'est plus n'importe qui. Le seul énoncé de L'amour au Pays Bleu (A. Martin et V. Huber, 1885), du somptueux Sous le burnous, scènes de mœurs militaires algériennes (dont la traduction anglaise dit un peu plus : Musc, Haschisch and blood), ou même du Beau Nègre, roman de mœurs sud-américaines (C. Carrington, 1902) apportent assez d'information à qui sait lire entre les lignes. On devine que l'injustice n'était pas le fort d'Hector France, les rigueurs morales et les bondieuseries non plus. En revanche, il fit de la marche (nom ancien du trekking) transfrontalière une activité régulière. Revigorante, convenons-en.

L'une de ses cibles favorites fut évidemment le clergé, et parmi celui-ci, la basse engeance des curés et des nonnettes. Indéfectible mécréant, républicain ardent voire anarchiste, il produisit même également un Dictionnaire de la langue verte : archaïsmes, néologismes, locutions (Librairie du Progrès, 1907) qui reste délectable. Et puis, parce qu'il faut bien vivre, il commit avec amusement sans doute une série d'opus flagellants de la plus belle espèce, anonymement ou sous le pseudonyme du Bibliophile de Mirecourt, ou celui de Jean de Villiot qu'il partageait avec plusieurs personnes, dont Hughes Rebell qui œuvraient au profit de l'éditeur Charles Carrington, scabreux bibliopole français réfugié à Bruxelles. Ainsi, Hector France le sabreur commit en partie l'Etude sur la flagellation relevée par Pascal Pia, et quelques autres polissonneries. Et c'est ainsi que l'étude des mœurs, souvent, conduit. Installé à Rueil, villa Welcome, le guerrier lettré s'est éteint en 1908.

 Eric Dussert

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:52

                           Baylet.jpg

Comme d’habitude le Petit Journal préfère faire des gros titres et publier de grandes photos plutôt qu’analyser sérieusement la question. C’est dommage car le sujet s’y prêtait ! Donc du débat au Conseil général nous ne savons rien alors qu’avec La Dépêche la parole est par exemple donnée à Jean-Paul Albert, dont la colère contre le projet s’explique simplement : en 2015 il n’a plus aucune chance de garder son poste de Conseiller général !

Sur le vote nous savons seulement que Mouchard et Garrigues ont voté avec Baylet. Et la remplaçante du député Moignard ?

Et enfin, souhaitant faire d’un problème, une généralité, le journal écrit : «L’influence politique de Monsieur le président du Conseil générale commence à s’effriter. » Ce qui est une phrase un peu audacieuse car ce rêve a déjà tant d’années ! Quant au débat à Montauban comment la gauche aurait-elle vertement critiqué le découpage quand on sait qu’y siège Mouchard <ui le défend ? A moins que Deville cité ensuite, soit compté à gauche ? J-P Damaggio

P.S. On peut penser cependant que La Dépêche a publié un compte-rendu en tenant compte du fait que le Petit journal le ferait, sinon la séance aurait pu être oubliée…

 Le Petit Journal 4 octobre

A l’occasion du vote au Conseil général, sur le redécoupage électoral concernant la mise en place du projet de scrutin binominal mixte dans le département, un séisme vient d’avoir lieu au sein du Conseil général du Tarn-et-Garonne. Sur les 29 conseillers Généraux qui ont voté, 15 d’entre eux ont voté contre leur chef de file, 12 ont voté pour et 2 se sont abstenus.

Au-delà du camouflet politique qu’a reçu Jean-Michel Baylet, il faut également parler de gifle à l’encontre de Valérie Rabault, l’actuelle députée de Tarn-et-Garonne. Cette dernière n’a visiblement pas pu convaincre les Conseils généraux socialistes de voter le redécoupage voulu par le gouvernement.

Notons, que seuls deux socialistes se sont démarqués en votant pour le redécoupage de Monsieur Baylet, Roland Garrigues et Claude Mouchard. Ce découpage ne fait pas que des remous au sein du Conseil général, la gronde [mot étrange repris sous une autre signature dans l’article sur le CM de Montauban] monte également dans les villes du département. Déjà lors du Conseil municipal de Montauban la gauche plurielle avait vertement critiqué ce redécoupage. Le Conseiller régional et municipal Thierry Deville, toujours très en verve, avait parlé de « chirurgie de luxe » et d’une « circonvolution guignolesque ».

 

Force est de constater que l’influence politique de Monsieur le Président du Conseil général commence à s’effriter. Une chose est sûre, Jean-Michel Baylet semble ne plus maîtriser sa majorité départementale. Sébastien Duhem

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:49

L'Humanité du 19 mars 1908 a publié dans la rubrique actualité ce souvenir d'Hector France. Dans les faits il s'agissait d'une actualité des années 1860... Par la suite, Hector France, ami de Razoua et de Léon Cladel participa à la Commune de Paris. JPD

 

ACTUALITÉ*, Le premier meurtre Par Hector FRANCE i

Je me rappellerai toute ma vie le premier que je tuai et, peut-être, à l'heure où la mort frappera à ma porte, viendra-t-il pencher sur mon chevet sa figure sinistre !

Un grand vieillard, à l'œil cave et perçant, un de ceux venus nous demander justice, et je puis dire, comme le personnage du drame de Dumas, que « bien souvent je l'ai revu dans mes rêves ».

Il n'eut pas le temps de rejoindre les liens, et, surpris par la charge, faisait volte-face, campé sur ses jambes sèches, il attendait immobile et farouche. Certes, je ne le cherchais pas je n'aurais pas voulu tuer ce vieux. Si même j'avais pu l'éviter, j'aurais laissé ce remords à d'autres. Razoua passa sans le toucher, Flamberge aussi, mais la fatalité le jeta devant mon cheval et il me tira un coup de pistolet. Il se hâta, visa mal, sa vieille main tremblait, il ne brûla que mon burnous mais la peur qu'il me fit me rendit féroce. Je lui portai un coup qu'il évita en se jetant en arrière, brandissant un long poignard, prévoyant sans doute ce qui allait arriver, ce vieux avait, caché sur lui tout un arsenal. Comme il levait le bras, d'un brusque dégagement je le pointai entre les côtes au-dessous de l'aisselle. Il tomba sur le côté en poussant un cri rauque. C'était fini.

Mais je ne lâchai pas assez rapidement mon arme et je faillis me fouler le poignet.

Alors, désormais, je visais au creux de l'estomac et surtout au ventre. C'est la bonne place et sous le galop du cheval, la lame entrait réellement comme dans du beurre.

Nous en tuâmes beaucoup et des femmes dans le nombre.

Que voulez-vous ? Le capitaine Richard avait beau crier « Ménagez les femmes, nom de Dieu » cette recommandation isolée se perdait dans le tumulte. Elles défendaient leur vie, du reste, et quand le sang ruisselle et que les balles sifflent autour de votre têtes, le sabre fouille un peu au hasard.

- Et, d'ailleurs, dit le colonel, qui admirait, toutes les nobles actions, c'étaient des vaillantes vendant chèrement leur vie et dignes de mourir en soldat. Quelle toile pour le prochain Salon !

Une demi-douzaine de toutes vieilles et de toutes jeunes, portaient des blessures sur la nuque ou le derrière des épaules, ayant été sabrées dans leur fuite mais on voyait aux sanglantes mamelles des autres qu'elles avaient fait face à l'ennemi.

- Des femmes au cœur viril, celles là ; nous ne pouvions nous empêcher de le dire en détachant de leurs mains raidies les grands pistolets ornementés d'argent et les poignards damasquinés rougis du sang des nôtres, des héroïnes taillées sur le patron antique, au physique comme au moral.

- Oui, m'écriai-je, c'est vrai, notre civilisation décrépite et caduque n'en avait plus de cette trempe.

- Bah me dit le grand Flamberge en passant deux magnifiques pistolets dans sa ceinture de laine, c'est de la camelote, ça rate à tout coup, mais les juifs de Constantine en donnent encore un bon prix. En voici deux qui représentent un certain nombre de verres d'absinthe. Regarde, camarade, ajouta- t-il en me montrant au loin un nuage de poussière, si je ne m'abuse, voilà le « goum » qui rabat les troupeaux. Je crois que nous aurons gagné notre journée.

 

Maintenant que de longues années ont passé sur ces drames, que seul dans le silence de la nuit, je fouille dans mes souvenirs, je vois des fantômes tout sanglants se dresser devant moi. Je mets mon front dans mes mains et je me demande si ces souvenirs ne sont pas de mauvais rêves, si c'est bien moi et les miens qui avons troué ces ventres d'épouses et de mères, taillé à coups de sabres ces seins qui allaitaient et ces blanches gorges de jeunes filles que nous aurions baisées à genoux.

Ah c'était l'ordre ! c'était l'ordre ! la dure loi de la guerre. Nous n'avons été que les instruments. Oui, c'est là ce que j'essaye de me dire.

Mais une autre voix crie plus haut et sonne stridente et furieuse à mon oreille

 

- Ah ah ! tu as beau fermer ton habit et le boutonner jusqu'au menton, tu n'étoufferas pas le bruit sinistre de ta conscience. Elle t'attend dans l'ombre, la solitude et le silence, et, frappe à coups cadencés comme un marteau de forge, enfonçant, toujours le terrible clou du remords. Presse ta poitrine et mets sur ta face le masque impassible, ton cœur bourrelé te dénonce et sonne sous ta mamelle, le lugubre carillon. Hector FRANCE.

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:09

A quelques jours d’intervalles le journal Le Temps publie quelques lignes sur Marius et Léon Cladel, soit le fils et le père.

Le 10 novembre 1935 nous apprenons que le sculpteur Marius Cladel voit son buste de Viviani inauguré au Ministère du Travail. Y est-il toujours ?

 Dans un autre registre Le Temps 16 novembre 1935 écrit :

La phrase la plus longue. A la suite de notre écho sur la plus longue phrase anglaise, demandant à quel auteur français une palme semblable pouvait être attribuée, plusieurs de nos lecteurs nous ont écrit.

M. Michel Renault nous signale une phrase de 335 mots d'Arthur Chuquet : Dugommier, pp. 217-218. M. Numa Raflin a trouvé dans les Misérables, quatrième partie, chapitre III (Louis-Philippe) une phrase de 748 mots, élisions comprises. Notre correspondant estime que seul Léon Cladel a pu en écrire une plus longue.

 

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:07

Le Temps 14 septembre 1935

A la recherche d’un marbre disparu

Comment un marbre peut-il s'égarer? Il a été déposé, le 18 décembre 1905, par les soins de Rodin lui-même au musée du Luxembourg. C'est une œuvre, admirable entre toutes, de Camille Claudel, dont le nom a été récemment remis en lumière par l'exposition rétrospective du Salon des femmes artistes.

 A la suite du mémorable banquet donné, en janvier 1896, en l'honneur de Puvis de Chavannes, où sept cents écrivains et artistes rendirent un solennel hommage à, l'illustre peintre, et où, rappelons-le ici, deux des plus jeunes ministres, Raymond Poincaré et Louis Barthou, représentaient le gouvernement, il était resté quelques fonds disponibles entre les mains des organisateurs de cette manifestation, qui fut un des événements de cette époque lointaine. Ces fonds - environ onze cents francs – furent déposés à la caisse du Temps, Rodin y ajouta mille francs. D'accord avec Octave Mirbeau, Gustave Geffroy, Eugène Carrière et quelques autres artistes et critiques qui composaient le comité d'initiative, et avec Puvis de Chavannes lui-même, on décida que cette somme serait consacrée à l'acquisition d'une œuvre d'art qu'on offrirait au musée du Luxembourg en souvenir du noble peintre de la Sorbonne, et du Panthéon. On demanda à Camille Claudel d'exécuter, en marbre, la « Klotho » qu'elle achevait de modeler.

Il ne pouvait s'agir d'une faveur spéciale. La jeune artiste était alors au seuil de la notoriété.

Peu connue encore du grand public, il est vrai, on se plaisait, du moins dans le monde des arts, et des amateurs, à la reconnaître comme l'un des mieux doués parmi les sculpteurs du temps. Ses Causeuses, le groupe de la Danse, la Vague et le buste de Rodin avaient révélé sa dramatique puissance d'évocation. Romantique et passionnée, elle aimait les contrastes violents de l'ombre et de la lumière. Aujourd'hui ses œuvres occupent une place particulièrement honorable dans les musées de Lille, de Toulon, d'Avignon et de Châteauroux.

Mlle Camille Claudel se plut à fouiller avec un soin extraordinairement attentif et patient le marbre de sa « Klotho ». Elle nous montrait la vieille Parque, debout, accablée sous le poids de l'écheveau compliqué des destinées humaines, qui recouvrait sa tête et ses épaules et qui tombait comme un rideau déchiré jusque sur le sol. C'est à travers cet inextricable réseau que l'opiniâtre artiste était parvenue à modeler, avec un réalisme saisissant, la silhouette décharnée de la « Klotho ».

Longtemps, elle travailla à perfectionner cette œuvre d'une si singulière beauté. En 1905, enfin, nous la faisions transporter dans l'atelier de Rodin, au dépôt des marbres, 182, rue de l'Université. Et le 11 décembre nous rappelions à M. Léonce Benedite l'intention du comité d'initiative du banquet Puvis de Chavannes de l'offrir au musée du Luxembourg, dont il était le directeur. Quelques jours plus tard, il nous répondait en ces termes :

MUSÉE NATIONAL DU LUXEMBOURG 15 décembre 1905.

Cher monsieur,

Je n'ai pas oublié votre ancienne proposition au sujet du petit marbre de Mlle Claudel, artiste si intéressante à tous les points de vue. J'en ai entretenu ces jours derniers M. Rodin, qui m'avait, de son côté, rappelé que ce marbre restait chez lui et qu'il était disposé à me le faire porter au Luxembourg. Mais j'ai besoin d'en faire part à M. Dujardin-Beaumetz, ne sachant s'il acceptera d'accueillir cette offre sans passer par le conseil des musées, ou s'il croit devoir la soumettre au conseil.

Dans ce cas, je ne crains pas de dire que je suis assuré du résultat. L'histoire toute récente de Toulouse-Lautrec m'a suffisamment renseigné.

On peut, dans tous les cas, faire porter provisoirement le marbre au Luxembourg, où il pourra être vu s'il est nécessaire.

Veuillez agréer, etc..,

LÉONCE BÉNÉDITE .

 

C'est le 18 décembre 1905, comme nous le disons plus haut, que Rodin fit transporter la « Klotho » de Camille Claudel au musée du Luxembourg. Il nous en avisa par une lettre qui est datée, du lendemain même. ! Faut-il l'avouer ? Nous avons négligé de nous assurer que la «Klotho » était régulièrement admise dans les salles du musée. Aussi bien, des relations étroites s'étaient établies entre Rodin et Léonce Bénédite. Sans doute, la question, pensions-nous, a été réglée entre eux. Rodin est mort en 1917, et Léonce Bénédite en 1925. Il n'est plus possible de savoir quelles sont les dispositions qu'ils ont prises. Ce qui est certain, c'est qu'au mois de juin dernier Mlle Judith Cladel, la fidèle et dévouée historiographe de Rodin, à l'occasion d'un nouveau livre qu'elle prépare sur le grand statuaire, a été mise inopinément sur la voie de ces tractations. Elle a appris, avec le tâtonnement qu'on devine, que la « Klotho » de Camille Claudel non seulement n'est pas au musée du Luxembourg, mais encore a disparu si complètement qu'on ne parvient pas à en retrouver les traces nulle part.

Il va de soi que ce beau marbre ne s'est pas volatilisé. Où a-t-il été relégué ? Les recherches que ces lignes vont provoquer ne tarderont pas à nous le révéler. M.M.

 

En fait, si j'ai bien compris la référence ci-dessous la statue en tant que marbre n'a pas été retrouvée. L'article en question mentionne le rôle majeur de Judith Cladel pour l'expo Camille Claudel évoquée ici.

Voir http://www.camilleclaudel.asso.fr/pageweb/clotho.html

 

 

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 17:01

Le fichier du Sénat ne va pas aussi vite que l'actualité donc pour le moment Yvon Colin n'y est pas intégré mais de source sûre le sénateur du Tarn-et-Garonne, mis sur la touche par Jean-Michel Baylet, a rejoint Jean-Louis Borloo... ce qui devrait jeter un froid entre le dit Borloo et son ami... Baylet. A suivre, peut-être aux prochaines élections sénatoriales en TetG au mois de septembre 2014... ou avant. JPD

 

P.S. Après une nouvelle vérification le rapprochement n'est pas réalisé. A suivre.

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:55

Sur Raouza

Thourel 3

Thourel 2

Thourel 1

"6. La fin des Brigades

Le 21 septembre 1938, le gouvernement républicain décide le retrait des Brigades Internationales et demande à la S.D.N. de désigner une commission internationale pour contrôler l'application de cette décision. Il espère par ce geste de bonne volonté obtenir une décision analogue de la partie adverse. C'était compter sans la duplicité de Franco, Hitler et Mussolini pour qui, la non-intervention ne fut qu'un « chiffon de papier », en réalité un marché de dupes pour les républicains.

Les 23 et 25 septembre, les cinq brigades sont retirées, alors qu'elles sont totalement engagées en un combat indécis à la Sierra de Caballa. Les volontaires sont rassemblés dans des camps. Les Français à Amella de Mar, Américains et Britanniques à Ripoll, les Polonais à Palafrugel, les Allemands à Bissaura, les Italiens à Callela. Les autres, moins nombreux dans divers camps.

Plus tard, le gouvernement français ouvrira la frontière aux Français et aux volontaires que leur pays d'origine accepte de recevoir : Britanniques, Américains, Belges, Hollandais, Tchèques, etc. Les autres, qui ne peuvent pas retourner dans leur pays, resteront en Espagne. Réarmés et réorganisés ils soutiendront les derniers combats jusqu'à la frontière française, qu'ils franchiront le 8 février 1939. Ils furent les derniers combattants de la République espagnole à rentrer en France. Ils seront internés dans les camps de Saint-Cyprien, Le Vernet, Gurs. Au début de la guerre contre l'Allemagne, en septembre 1939, nombreux sont ces anciens des Brigades qui s'engageront dans l'armée française.

A partir d'octobre 1938, je m'occupe essentiellement du retour en France des volontaires. Les filières mises en place, fonctionneront à rebours. Par ce moyen, seront rapatriés des responsables que l'on ne désire pas voir exposer à des contrôles trop sévères de la part des autorités chargées de surveiller cette émigration massive. La plus grande partie des volontaires sera rapatriée par chemin de fer, via Cerbère, ravitaillée à Toulouse par nos soins et dirigée sur Paris.

En novembre, les volontaires Américains sont encore en Espagne. Etant à Toulouse, je suis informé par Paris, que l'ambassade des U.S.A. demande une entrevue afin de régler l'évacuation de ses ressortissants. On me demande de rencontrer un délégué de l'ambassade à Bourg-Madame, le 17 novembre (je ne suis pas certain de la date) à 22 heures. Parti de Toulouse avec Rivière, à bord d'une voiture qui donnait d'inquiétants signes de fatigue, nous passons le col de Puymorens fermé à la circulation, en détournant l'attention des douaniers. La montée du Puymorens enneigé, dans la nuit, car il n'est pas loin de 20 heures, m'a laissé une vision de cauchemar. Il est certain que si je peux rédiger ces notes aujourd'hui, c'est bien à l'habileté de Rivière, excellent conducteur, que je le dois. A l'heure prévue, j'étais au rendez-vous, dans l'hôtel de Bourg-Madame, où m'attendait le délégué de l'ambassade des Etats-Unis. L'objet de cette entrevue était d'éviter que les volontaires Américains ne soient rapatriés en groupe et de ce fait contrôlés. Leur nombre, assez élevé (ils étaient près de 1 500) pouvait gêner le gouvernement des U.S.A. qui demandait de les faire sortir d'Espagne en utilisant le même dispositif qui leur avait permis d'y rentrer. Par petits groupes, ils devraient être acheminés sur Bordeaux, Marseille, le Havre, où ils seraient pris en charge par les consulats. Un responsable du service de M. Tréand, à Paris, consulté téléphoniquement, m'ayant donné son accord, l'évacuation des volontaires Américains commença dans les jours qui suivirent et à la mi-décembre, elle était totalement terminée.

J'ai soupçonné les Américains d'avoir donné quelque chose en compensation de ce service rendu. Par un camarade rencontré pendant la Résistance, j'ai appris (mais lui-même n'en était pas certain) que les Américains avaient fourni une aide à caractère humanitaire, vêtements et nourriture, pour les nombreux réfugiés arrivés en France en 1939. Je souhaite que ce soit vrai.

Après le rapatriement des volontaires Américains, la filière maintenue à Bourg-Madame, cessa pratiquement de fonctionner et je repris mes activités dans la région toulousaine, au parti et pour le Centre de diffusion du livre et de la presse.

Ce qui fut l'épopée espagnole, s'achevait en tragédie. Les derniers jours de janvier 1939 voyait la fin de toutes les espérances. Ce qui restait de l'armée républicaine se rapprochait de la frontière française, seul refuge désormais possible. Nous ignorions quelle serait l'attitude du gouvernement français face à cette arrivée massive de réfugiés.

Au cours d'une réunion avec des délégations du parti socialiste et du parti radical, qui eut lieu place Wilson à Toulouse, nous avons demandé l'aide active des trois organisations en faveur des réfugiés que nous allions inévitablement recevoir. Si la réponse du délégué socialiste fut encourageante, celle de Galamand, responsable du parti radical, le fut moins. Les radicaux avaient alors, depuis le 10 novembre, quitté le Front Populaire et Daladier (radical) était président au conseil. A ma question : « Que fera le gouvernement pour aider les réfugiés espagnols qui se pressent à notre frontière? », Galamand eut cette réponse que je n'ai pas pu oublier : « Rien et qu'ils s'estiment heureux qu'on les laisse rentrer sans leur tirer dessus ».

Le dimanche 5 février, au plus fort de l'exode, j'étais parti de Toulouse avec un camion de ravitaillement. Un jeune communiste de Toulouse, dont le nom m'échappe, m'accompagnait. Nous arrivons à Cerbère dans l'après-midi. A la gare des marchandises, nous trouvons le futur docteur Marquié et deux infirmiers, mis à sa disposition par le professeur Ducuing; et tout de suite une vision d'horreur.

La gare des marchandises, cependant vaste, est bondée de blessés, malades ou infirmes, allongés sur les quais ou sur les rails, côte à côte, sur une mince couche de paille, et de nouveaux blessés arrivent constamment par le tunnel international. La plupart, opérés de fraîche date, arrivent avec des pansements de fortune. A l'extérieur, les femmes et les enfants sont là entassés par centaines ou par milliers (comment savoir) par un froid glacial, sans nourriture, sans boissons chaudes.

Combien, militaires ou civils, mourront en cette nuit d'apocalypse du 5 au 6 février ? Le saura-t-on jamais? Une chose est certaine et je l'ai toujours proclamé bien haut ils furent assassinés par le gouvernement français qui, sachant depuis des semaines qu'une masse de réfugiés allait se replier sur la France, n'avait rien prévu pour les recevoir, sauf des camps d'internement pour les militaires. Dans la nuit du 5 au 6 février, j'affirme n'avoir vu en gare de Cerbère pas une ambulance, pas un médecin militaire, pas un abri, pas un brasero. Rien, rien qu'une absence délibérément voulue.

Ce n'est que le 6 au matin, qu'arriva UNE ambulance avec un médecin militaire et un infirmier, cela pour évacuer des centaines de blessés et malades. Toute la nuit, nous avons, à cinq, fait de notre mieux, mais que pouvait notre bonne volonté devant cette accumulation de détresses ? Le ravitaillement que nous avions amené fut distribué, il ne nous resta que de l'eau à donner aux blessés. Les plus valides venaient au robinet, nous faisions boire les autres et il m'est arrivé de soulever, pour le faire boire, un mort...

Enfin, dans la journée du 6, le service de santé commença à prendre en charge l'évacuation des blessés. Notre tâche était terminée : notre dernier contact avec l'Espagne s'achevait sur une vision d'horreur. Je reste persuadé que les Espagnols qui sont passés par Cerbère en ces journées et nuits glaciales de février, n'oublieront jamais l'accueil qui leur fut réservé par le gouvernement d'un pays réputé pour ses traditions d'hospitalité. Je m'honore avec les quelques camarades qui nous sommes trouvés sur place d'avoir donné aux réfugiés, une image plus généreuse et plus fraternelle de mon pays, qui allait, pour la plupart, devenir le leur.

7. Ultime hommage

Un dernier mot sur les combattants volontaires des Brigades Internationales ils sont entrés dans la légende non comme des héros, mais comme des militants qui savent que la liberté s'acquiert et que lourd est le prix dont il faut la payer. Toujours au plus dur des combats, animés d'un esprit de sacrifice incontestable, ils firent le sacrifice de leur vie, sans l'espoir d'une récompense, avec la seule volonté de servir la liberté ; c'est pourquoi les Brigades Internationales furent une épopée.

35 000 volontaires internationaux environ ont servi dans les Brigades. Rares sont les survivants qui n'ont pas été blessés. 10 000 environ, dont 3 000 Français, sont ensevelis à jamais dans cette terre d'Espagne qu'ils étaient venus défendre. Les survivants restés en France ou revenus dans leur pays d'origine, prirent une part importante à la résistance à l'Allemagne hitlérienne et lui fournirent des chefs expérimentés.

Décimés en Espagne et pendant la guerre mondiale, les volontaires ont eu également à subir les coups de Staline ou des dirigeants des partis nationaux à sa dévotion. On connaît le sort tragique réservé aux généraux Stem et Kleber disparus dans les purges de 1938, celui de Raik, Kostov et Slansky déshonorés et condamnés dans des procès honteux ainsi que des centaines d'anciens d'Espagne.

Et comment conclure ce chapitre sur les Brigades Internationales sans évoquer la grande figure d'André Marty leur chef d'état-major général. Ne pouvant l’exécuter, le P.C.F. le rejeta de ses rangs en le calomniant et en usant à son égard de procédés abjects. De ses accusateurs de l'époque beaucoup sont morts et les survivants sont disqualifiés à jamais. Mais que penser de ceux qui aujourd'hui encore refusent de lui rendre justice à titre posthume ? Malgré l'anathème, la calomnie, la menace et autres aberrations enfantées par le système répressif stalinien, malgré les interdits dont sa mémoire est encore l'objet, André Marty restera pour toute une génération une des figures les plus marquantes du mouvement ouvrier.

 

Et pour les générations à venir, il appartient aux survivants de la grandiose épopée, de corriger les contrefaçons volontairement faites de leur histoire et de rappeler constamment ce que fut l'aide généreuse du prolétariat international dans la geste héroïque du combat de l'Espagne républicaine."Marcel Thourel

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:53

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"5. Le premier convoi

Le premier convoi organisé passa la frontière dans les derniers jours de mai, une partie par l'enclave de Livia, l'autre par Bourg-Madame. J'étais avec ce premier convoi, rassemblés chez Cristofol et à Ur. Nous sommes montés à Puigcerda dans la nuit et par mesure de précaution, dans la rivière, tenant nos habits au-dessus de nos têtes. Pour la petite histoire, il y avait avec nous deux Noires Américaines, infirmières, qui rejoignaient le service de santé des Brigades. Elles montèrent à Puigcerda comme nous, dans le plus simple appareil, mais, noires dans la nuit noire, je n'ai conservé comme souvenir qu'une vision confuse et ténébreuse.

Ce premier convoi était composé de Français, de Canadiens, d'Anglais et d'Allemands. Ceux passés par Llivia nous rejoignirent. J'en confiai le commandement en plus du « passeur » venu, je crois, de Prades, à un Allemand, vétéran de la guerre 14-18, qui avait l'avantage de parler le français et l'anglais. J'ai appris par la suite, qu'après avoir été blessé, il fut tué lors de l'offensive de Téruel d'autres volontaires du convoi, aussi, hélas !

Ici se place un épisode, que j'ai vu se reproduire par la suite, et qui ne s'effacera jamais de ma mémoire. Arrivés à Puigcerda, spontanément, tous les volontaires voulurent nous remettre argent, montres, stylos, tout ce qui avait un peu de valeur, en nous disant « Ce sera pour aider les familles des premiers d'entre nous qui tomberont ». Geste touchant de solidarité, qui se renouvela en Espagne. On cite le cas de volontaires ayant fait don de leur solde pour construire une école pour la population d'un village. Ne pouvant accepter ce dépôt, j'ai conseillé qu'il soit remis au gestionnaire de la formation à laquelle ils seraient affectés ; et je crois qu'il en fut ainsi fait.

Une pratique dont il convient de parler, c'est celle du retrait automatique des passeports aux volontaires. Cette mesure pouvait se justifier pour le cas où, faits prisonniers, il aurait été de ce fait, difficile de prouver leur nationalité et de mettre en cause leur pays d'origine. Lors du rapatriement des volontaires internationaux, Anglais et Américains en particulier connurent des difficultés pour rentrer en possession de leur passeport. Beaucoup n'y réussirent pas, on leur répondait qu'il avait été égaré. On devine que ces passeports ne furent pas « perdus » pour tous.

Pendant la durée de la guerre, j'ai fait de fréquents voyages à Paris pour y rencontrer les responsables nationaux du travail pour l'Espagne. Rue Mathurin- Moreau, j'ai eu un entretien avec un Yougoslave qui s'occupait du recrutement des volontaires d'origine yougoslave, hongroise, roumaine, bulgare, grecque, etc. Je n'ai pas un souvenir précis de cette entrevue, mais beaucoup de points de ressemblance me font supposer qu'il pouvait s'agir de Tito, qui, on l'a su par la suite, s'occupait des émigrés des pays balkaniques dont les volontaires, envoyés par Paris, utilisaient nos filières pour les passages. Ceux-ci se sont poursuivis pendant plus d'une année, sans trop de difficultés. Pas un de nos convois ne fut intercepté ; il est vrai que notre réseau de renseignements fonctionnait à merveille, et que nous opérions de nuit sur un terrain désormais familier.

Une des plus grandes difficultés que j'ai rencontrée, fut celle de la langue. En effet, j'ai vu passer des volontaires de toutes les nationalités, certains venant directement de leur pays d'origine sans aucun rudiment de notre langue, ni d’aucune autre ; c'était le cas pour les Scandinaves, les Asiatiques, les Balkaniques. Certains convois étaient une tour de Babel miniaturisée. Heureusement, il se trouvait toujours dans le nombre quelque émigré, ayant séjourné dans plusieurs pays, qui arrivait à se faire comprendre de l'ensemble. Par la suite, pour pallier cette difficulté, j'avais obtenu de conserver provisoirement en France, cinq volontaires, véritables polyglottes qui, ensemble, pouvaient interpréter toutes les langues ou dialectes parlés.

Cela m'a été fort utile dans l'organisation des convois, car au deuxième passage que je fis, j'avais rencontré des difficultés quasi insurmontables. N'avais-je pas dans ce convoi, outre des Français, des Belges et des Suisses, des Finlandais, des Norvégiens, des Tchèques, des Albanais, des Mexicains, quelques Japonais, un Chinois, et d'autres dont je ne me souviens plus très bien? Cet assemblage hétéroclite donne la mesure de la difficulté. Ce problème se retrouvera dans les Brigades dont les unités seront formées sur des bases linguistiques au niveau de la section, de la compagnie ou du bataillon quand ce sera possible.

A partir de 1937, des Espagnols seront, soit individuellement, soit par unités, versés dans les Brigades Internationales. A mesure que la proportion d'Espagnols augmentera, le castillan supplantera le français, l'allemand et l'anglais, langues les plus utilisées jusqu'alors aux Brigades.

A l'occasion d'un autre séjour à Barcelone, j'ai rencontré Marcel Clouet vieux camarade de Toulouse. Il venait du front Nord. C'était avant qu'il ne perde un bras. Je ne l'ai jamais revu, car il fut fusillé par les Allemands à Lyon pendant l'occupation. En février 1938, à Castellar, près de Téruel, en pleine bataille où les Brigades étaient engagées pour la défense de cette position prise aux fascistes, j'ai rencontré Franz Dalhem, commissaire aux effectifs de la XIe brigade, et Pierre Rebiere, commissaire de la XIVe. Ces deux brigades étaient affectées à la 45e division Hans Kahle, qui allait être engagée à fond, le 14 mars, devant Caspe, sur le front d'Aragon.

Dalhem et Rebière se firent pressant pour que j'envoie, par des moyens accélérés, les volontaires encore en instance de passage en France. L'offensive de Téruel et la défense du front d'Aragon ayant causé d'énormes pertes aux Brigades, les demandes de renforts devenaient de plus en plus pressantes. Elles devinrent angoissantes lors de la bataille de l'Ebre où la XIVe brigade, à Ampasta, perdra 60 % de son effectif. Malheureusement, en 1938, la source d'approvisionnement en France était tarie, la plupart des militants volontaires étant déjà partis. Nos convois ne sont plus que des petits groupes de plus en plus espacés. Les services de recrutement de Paris et d'ailleurs font l'impossible mais on a l'impression que le plein a été fait et le recrutement de cette époque, s'il ne gagne pas en quantité, perd en qualité.

Au cours d'une visite de nuit à Albacete, siège de l'état-major des Brigades, j'ai vu pendant quelques minutes André Marty, inoubliable dans sa haute stature et ses yeux bleus à fleur de tête. Avec lui Pauline, sa femme, que je connaissais de Toulouse elle était la sœur de Taurinya qui aura le rôle que l'on sait, lors de l'affaire Marty.

A partir de mai 1938, la base des Brigades Internationales fut transférée d'Albacete à Barcelone, l'Espagne républicaine étant coupée en deux par l'offensive rebelle. Les Brigades ne seront désormais engagées que sur le front de Catalogne et d'Aragon. Seuls cinq cents volontaires étrangers qui n'avaient pu être rapatriés par manque de moyens de transports maritimes resteront intégrés à l'armée du centre. Aucun de ces hommes n'est revenu, ils furent certainement exécutés par les fascistes après la reddition.

 

A la mi-juin, nous avons participé à l'évacuation de la 43e division, encerclée dans la vallée del Alto Cinco, commandée par le colonel Beltram, surnommé « el esquinazardo » (le renard), acculé à la frontière. Après une résistance héroïque, privé de tout ravitaillement, il rentra en France avec toute sa division et demanda à être immédiatement rapatrié en Catalogne. Le transfert fut fait par chemin de fer, avec ravitaillement à Toulouse par nos soins, car le gouvernement français n'avait rien prévu, ou rien voulu faire." Marcel Thourel

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:52

Hier, à Caussade grâce à l’association MER 82 et au cinéma une soirée a été consacrée aux Brigades internationales. Dans le débat une personne a rappelé le cas de Marcel Thourel. Pour appuyer cette intervention voici ce que ce militant écrit dans son livre Itinéraire d’un cadre communiste 1935-1950 du Stalinisme au Trotskysme publié chez Privat en 1980. Son premier voyage évoqué ici se situe après les événements de mai de Barcelone, qui opposent anarchistes et communistes. L’article est en trois partie. JPD

P.S. : Nous avons publié dernièrement de Marcel Thourel son texte sur Razoua

 Sur Raouza

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"4. Mon premier passage

Le 7 mai 1937, je faisais moi-même mon premier passage en Espagne en suivant la filière Toulouse-Barcelone, accompagné de F... qui me servait de courrier. Après une halte chez Cristofol, nous quittions Bourg-Madame et en longeant le torrent, nous remontions jusqu'à Puigcerda. Un bataillon d'un régiment de carabiniers occupait la ville qui venait d'être reprise aux anarchistes après l'incendie de l’église.

Le soir, repas à l'hôtel et premier contact avec la faim, qui sera le lot commun de tous ceux qui ont séjournée en Espagne à cette époque. De ce premier contact avec ce pays dont le seul nom me fait encore vibrer, j'ai gardé en mémoire quelques souvenirs qui, s'ils s'accommodent plus de l'anecdote que de l'histoire n'en sont pas moins révélateurs de situations. Au menu du soir, seulement des haricots bouillis à l'eau. Pour les améliorer, je les assaisonnais d'une huile d'olive d'un goût si détestable qui les rendit parfaitement immangeables. Le lendemain matin, avec les délégués de la commission militaire permanente, maintenant contrôlée par le parti communiste espagnol, nous mettons sur pied un dispositif qui va permettre de réceptionner tous les convois que nous allons faire passer. Il est entendu que le « passeur », responsable du convoi venant de France, assumera sa responsabilité jusqu'aux dépôts des Brigades à Figueras ou Barcelone ; la commission militaire permanente devant seulement assurer la réception. L'irrégularité des horaires des transports ferroviaires nous fit attendre, F... et moi, pendant seize heures, la formation d'un tram. Nous partons le 9 en début de matinée pour atteindre Barcelone dans la nuit. Voyage des plus pittoresques, mais aussi des plus inconfortables, agrémenté d'un contrôle policier de deux « flics » très méfiants à notre égard malgré les laisser-passer dont nous étions pourvus. Il s'agissait, je lesai retrouvés par la suite, de policiers appartenant à la C.N.T. d'obédience anarchiste qui ne voyaient pas d'un bon œil l'arrivée de volontaires communistes dans leur pays, et on les comprend, à la suite des événements qui venaient de se dérouler en Catalogne et de ce que l'on a appris par la suite. Nous sommes arrivés à la gare du Nord, à Barcelone, dans la nuit du 9 au 10 mai. Nouvel interrogatoire au commissariat de la gare par nos deux « compagnons » de voyage. Après vérification téléphonique au siège du PSUC où j'avais été accrédité par Paris, on nous conduit en voiture à l'hôtel Colon, place de Catalogue.

Curieux réveil au matin; une partie du mur de la chambre donnant sur la Place de Catalogue avait été emportée lors d'un récent bombardement. Une couverture masquait l'orifice. Fatigué, la veille en arrivant à l'hôtel, je m'étais endormi sans remarquer ce détail. Heureusement que je n'étais, ni ne suis somnambule ; ma chambre était au sixième étage ! Les bombardements de nuit par l'aviation italienne basée à Majorque, étaient très fréquents sur Barcelone. Il me souvient d’une nuit où, pendant une alerte, je remarquais par le « trou » de ma chambre des signaux lumineux venant du bosquet situé au centre de la place de Catalogue.

Le garde de l'hôtel, avertie, envoya quelques rafales de mitrailleuse vers le bosquet où, le matin, on découvrit trois cadavres. Un exemple du sale travail, d'agents de la « 5éme colonne», signalant le centre de la ville pour un meilleur repérage par les avions ennemis.

Il faisait terriblement faim, à Barcelone, en cette période de mai 37, et par la suite aussi d'ailleurs. Le « Négus », un camarade de Toulouse que j'avais rencontré sur place, où il était en mission, m'avait indiqué un restaurant français, dans la troisième rue à droite, en descendant Las Ramblas de las Floras, où, m'avait-il assuré, on pouvait manger à peu près convenablement. Nous y allâmes, F... et moi, et, en fait de gueuleton, nous eûmes droit à un artichaut et aux cent grammes de pain réglementaires ; c'était peu pour des estomacs affamés. Je revins quelquefois à ce restaurant français. Le menu était invariable, exception faite d'un repas où il me fut servi un œuf et une portion de salade.

Un soir je fus invité à dîner par le colonel et l'état-major, commandant le régiment de carabiniers, cantonné à Barcelone. L'objet de cette invitation : il venait de Valence d'où il ramenait deux mitrailleuses russes, quelques sacs de pommes de terre, et un peu de café. La répartition équitablement faite sans distinction de grade, nous nous régalions de pommes de terre bouillies, lorsque l'alerte aérienne fut donnée. Par discipline, nous avons rejoint les abris, impatients de reprendre le repas interrompu. Moi qui ne suis pas très friand de ce légume, je reconnais avoir fait ce soir-là, un des repas mémorables de ma vie.

Mon séjour devant se prolonger, je renvoyais F... en France, avec des instructions pour les premiers passages qui allaient commencer à la fin du mois. Je fus retardé par l'absence d'Hans Better, qui s'occupait en France du recrutement d'émigrés antifascistes Allemands et Italiens pour les 11e et 12e Brigades Internationales. Nous devions travailler ensemble pour l'acheminement des volontaires Allemands et Italiens par nos filières. Il arriva à notre rendez-vous avec plusieurs jours de retard. Entre-temps, j'avais eu une entrevue avec Juan Comorera, secrétaire général du PSUC (parti socialiste unifié de Catalogne).

Enfin, les 17 et 18 mai, nous pûmes tenir des réunions de travail auxquelles participaient un représentant du PSUC., un représentant de la direction du syndicat des cheminots (pour le transport des volontaires), Hans Better, un délégué du commissaire aux effectifs de l'état-major des Brigades, un délégué des places de Figueras et Puigcerda. En deux jours de travail, nous avions mis sur pied un dispositif qui fonctionnera dans les meilleures conditions, jusqu'en février 1939. Pendant la mise en place de ce dispositif, les envois continuaient par Perpignan ou par mer, tant que les autorités « fermaient les yeux ».

 

Mon travail en Espagne terminé, je rentrais en France. Je profitais d'un camion militaire qui me ramena à Puigcerda. Je fis le voyage avec deux officiers qui, pour m'être agréables, m'offrirent à déjeuner dans une petite auberge de Ripoll. Après une heure d'attente, une vieille dame nous servit un poulet famélique, certainement unique dans son genre ; il n'avait, et l'expression n'est pas imagée, que la peau et les os. La bonne dame s'excusa de cette maigre chère et nous reprîmes la route sur notre faim. De Puigcerda, je passais la frontière, dans les mêmes conditions qu'à l'aller, en fin d'après-midi. A la Tour-de-Carol, j'avais une demi-heure à attendre avant le départ du train pour Toulouse. J'allais au buffet de la gare avec une telle faim à satisfaire, que je n'eus pas la force, lors du départ du train, de me lever de table. Enfin rassasié, je couchais à la gare et ne partis que le lendemain pour Toulouse." Marcel Thourel

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