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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:30

A un moment, libéré de sa fonction de député par la majorité de ses électeurs, Jaurès proposa une chronique littéraire à La Dépêche du Midi. Voici celle autour de deux productions concernant Lourdes. Celle de Pouvillon, originaire de Montauban et celle de Zola beaucoup plus connu. JPD

 

La Quinzaine littéraire, 04-05-1894

BERNADETTE DE LOURDES

Émile Pouvillon vient de publier chez Plon Un Mystère, dont toute la vie de Bernadette, depuis la première enfance pieuse et rêveuse jusqu'à l'agonie dans une cellule de couvent est le sujet. Pouvillon semble aimer maintenant cette forme du mystère, ces descriptions courtes, analogues à des indications scéniques, coupées de dialogues. Il avait déjà employé la même forme semi-descriptive, semi-dramatique et lyrique dans les Antibel. Mais dans les Antibel, dans cette rude et poignante histoire de paysans, la nature tenait plus de place. Ici, sauf dans le prologue et dans quelques scènes du début, la nature apparaît peu. Les Pyrénées un moment se dressent, puis s'effacent. Et presque tout le drame est purement intérieur et psychologique.

 Je crois que le roman de Zola sur Lourdes était depuis assez longtemps annoncé quand Pouvillon a conçu son œuvre. En tout cas, il n'y a pas là rivalité, et, si j'ose dire, concurrence. La différence est si grande entre le point de vue de Zola et celui de Pouvillon qu'il n'y a pas de conflit à craindre. Nous connaissons à peine quelques feuilletons du livre de Zola, mais la seule différence des titres indique la diversité des œuvres. Pour Zola, c'est Lourdes, c'est-à-dire l'énorme vie du pèlerinage, et si Bernadette en doit être le centre, je suis sûr d'avance qu'elle sera plus d'une fois écrasée par le cadre. Zola retrouve à Lourdes ce qu'il a partout cherché et aimé : après la vie puissante et réglée des grandes gares, après la colossale organisation commerciale des grands magasins comme le Bonheur des Dames, voici une énorme organisation religieuse qui ébranle ramasse et discipline les foules, et qui centralise la dévotion à la Vierge, absorbe et détruit les autres pèlerinages comme le Louvre et le Bon Marché ont absorbé et détruit les boutiques et les magasins modestes du bon vieux temps. Nous verrons si Zola saura montrer dans le frêle mécanisme délicat de l'âme enfantine de Bernadette le ressort central presque invisible, mais tout puissant de cette énorme machine de piété à la fois sincère et théâtrale. Ou, si l'on me permet une comparaison plus évangélique, saura-t-il nous montrer comment l'imperceptible grain de sénevé en levant du sol a communiqué un ébranlement mystérieux à toute la surface de la planète, et a déterminé la vaste houle des mottes de terres, des sillons et des plaines ? Voilà où serait, à mon sens, l'intérêt du livre de Zola.

 Pouvillon s'est transporté d'emblée dans l'âme de Bernadette. C'est à travers ses visions que tout nous apparaît : même la Lourdes nouvelle, celle des basiliques, des immenses pèlerinages, que Bernadette n'a jamais vue de ses yeux. Pouvillon ne nous la montre pas directement, c'est dans une vision de Bernadette devenue sœur cloîtrée que la ville bruyante et triomphante nous apparaît. Il y a des parties charmantes, spirituelles ou délicates dans l'œuvre de Pouvillon. Oserai- je dire quel est, à mon sens, le défaut ? Elle manque de continuité et d'unité. Je suis déconcerté en passant du paradis de légendes ingénieusement ouvragé et laborieusement naïf du prologue à des faits divers, des enquêtes de commissaire et des scènes de reportage. Puisque tout le fond de l'ouvre devait être dans l'âme même de Bernadette et dans les effets divers et contradictoires que cette âme devait produire sur d'autres âmes inégalement capables de la comprendre, pourquoi avoir superposé à cette œuvre vivante et vraie, comme une immuable et fantastique coupole, ce paradis du prologue ? Ce ciel de carton peint, si habilement qu'il le soit, est en dehors de la vie : il est figé, c'est-à-dire mort, et c'est là, à mon sens, comme un plafond qui écrase et rabat l'essor de l'ouvre laquelle, au grand air de la nature et de la vie, fut plus librement montée. Et ce décor du théâtre céleste donne quelque chose de factice à tout le drame humain qui se développe en bas. Mais il est à cette faute une compensation : c'est que, du haut de ce paradis, Pouvillon a pu contempler les Pyrénées, et nous les montrer comme on les verrait d'un ballon descendant. « Sous le Paradis, juste dessous, dans le dédale blanc et bleu des Pyrénées, comme d'un aigle en chasse, le regard du saint plane en orbes immenses, descend sur le haut relief des montagnes. Et à mesure qu'il s'abaisse, les montagnes grandissent. Dans l'éther pâle, des figures monstrueuses apparaissent. Noires, déchiquetées, aiguisées comme des flèches barbares, les cimes sortent de la nudité triste des champs de neige. Voici la pyramide d'Ardiclen, la couronne ébréchée de Néouvieille, les quatre pennes de Vignemale portant comme les quatre bouts d'un linceul, le glacier de Montferrat... ».

Et ceci, qui est admirable, «c'est la lande de Bartrès. Solitaire, perdue entre le ciel et les vagues pays abîmés au dessous, les campagnes comme brodées, les villages tout petits en fuite dans la brume solitaire et triste d'être toujours pareille, de tout temps pareille, avec ses tertres funéraires, ses tertres désherbés, témoins de l'autrefois, avec ses chênes, ses trois ou quatre chênes gardiens de l'étendue, elle ondule couchée au pied des montagnes, prosternée devant les Pyrénées glorieuses et sévères qui se dressent en face d'elles zébrées de torrents, veloutées d'herbe pâle, couronnées de glaciers. »

Pouvillon, qui est souvent un délicat orfèvre presque mignard, a tout à coup (quand il retrouve des paysages analogues à ceux de son Quercy), l'ampleur triste des horizons, et comme la saveur amère et douce des terres familières et désolées. Il y a aussi quelques beaux morceaux de philosophe.

« Un mystique. Un miracle Pourquoi pas ? Les lois de la nature sont invariables, c'est vrai. Mais la loi, la loi unique, la loi absolue, qui peut se vanter de l'avoir lue sur le visage changeant des phénomènes... Que faire, chétifs ? De ses faibles doigts comment saisir l'immensité de la vie universelle ? Que faire ? Abdiquer ; se délivrer du moi, se donner dans l'acte de foi du chrétien, disparaître vivant dans l'absolu. Se donner ? C'est peut-être beaucoup. Et l'occasion est-elle vraiment si pressante ? Quoi ? pour l'étonnement d'une thaumaturgie pratiquée de tout temps et par tous les cultes ? pour le soulagement inattendu de quelques misères privilégiées ? Pourquoi privilégiées ? pour quelques gouttes de joie inutiles, perdues dans l'océan de l'a douleur humaine ? Se donner pour si peu ? Echapper à l'obscurité formidable du grand mystère, pour acquiescer à l'obscurité du petit mystère catholique, où est l'avantage !»

Comme on voit, Pouvillon qui, dans les Antibel a compris et réalisé la grandeur de la fatalité antique, touche ici aux cimes de la pensée chrétienne et aussi de la pensée libre. Oserai- je émettre un vœu ? C'est qu'il reste toujours étroitement associé de cœur et de regard à la nature à la fois sévère et précise, qu'il ne se laisse pas emporter, par la tentation de la mode, à un mysticisme vague où les solides hauteurs des monts s'atténuent en fantômes et où les sommets se dissolvent en nuées.

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 16:44

Le 8 juillet 1996 je suis arrivé timidement à Salvagnac (81) pour interroger Vincent Labeyrie au sujet de ses souvenirs concernant 1936. Voici les notes que je viens de retrouver.

  

Je suis allé le voir pour parler Front Populaire. Il n'avait que 12 ans et se souvient de presque rien. Son père s'est retrouvé gouverneur de la Banque de France car il fut le seul haut-fonctionnaire à avoir soutenu la gauche. Il s'était engagé au moment de l'affaire Dreyfus qui fut un tournant pour lui. C'est là que Jaurès, grâce à sa position courageuse, trouva les soutiens qui lui permirent de lancer l'Huma. Daniel Halévy fut le premier chroniqueur littéraire du journal. Il se souvient qu'il venait chez ses parents à Versailles discuter avec son père.

De 36, Vincent se souvient qu'il suivit la guerre d'Espagne sur une carte pour voir l'évolution du Front. Blum habitait pas loin de chez eux et il se souvient de l'injuste campagne contre lui au sujet de sa baignoire en or : Blum vivait modestement. Son défaut fut de ne pas être un homme de décision. Pour la non-intervention il invoqua les Anglais comme justification, sur d'autres points les Radicaux. En fait mon père disait : "en tant que premier ministre il a autant d'esprit de décision que j'en aurais si j'étais évêque." Il le vit surtout à l'œuvre au sujet de la fuite des capitaux : les Américains lui signalèrent que l'argent se repliait en masse aux USA mais il laissa faire pensant que sa politique serait assez attractive pour le faire revenir. Par la suite mon père n'aima pas De Gaulle car il le vit mettre sur la touche toutes les personnes qui risquaient de lui faire de l'ombre.

En 44 à La Libération, Vincent était au Cinquième bureau, il découvrit que La Cagoule avait su mettre des hommes dans les deux camps et chacun sauva les autres. Il avait fait de la prison [pendant la Résistance je pense] et c'est là qu'il commença à fumer, action qu'il cessa brusquement au moment où on lui fit un pontage.

Il connaissait très bien le passé douteux de Mitterrand pendant l’occupation et celui non moins douteux de Georges Marchais voilà pourquoi il n’a jamais compris que le PCF soutienne Mitterrand en 1965 et qu’il désigne marchais comme secrétaire national.

Par contre, il aime se souvenir de Virgile Barrel et de Marcel Cachin, ces militants qui en 1905 firent le Parti socialiste grâce à un dévouement sans nom. En 1945 il entendit André Marty dire : "je ne vais pas aller manger avec ce vieux con" et il parlait de Cachin ...

Dans les Alpes-Maritimes, il se souvient d'une anecdote. Dassault faisait sa campagne électorale en promettant aux marins la deuxième chaussure après sa victoire pour compléter la première donnée avant. Dans l'arrière-pays Dassault passa dans une municipalité communiste et comme à la réunion il n'y avait que le maire communiste ce dernier lui proposa de faire entrer son chauffeur. Dassault eut la mauvaise idée d'accepter si bien que quand ils sortirent la belle voiture était recouverte d'affiches : votez Virgile Barel.

Nous avons visité son jardin : les chevaux de son fils, ses deux chèvres dont il s'occupe avec attention, la vigne devant la porte, le gaz pour se chauffer, les azalées, les pivoines, les cerisiers, les pruniers, le double point de vue. Vincent et son épouse sont des personnes paisibles auxquelles va toujours mon admiration.

Jean-Paul Damaggio

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 13:21

                      ducoudray.jpg

« Les vainqueurs qui plus est, font l’histoire de leur victoire. » Déjà gamin cette phrase me semblait une évidence. Puis nos vies se faisant histoire, une histoire certes modeste, la phrase initiale se fractura ! Qui sont donc les vainqueurs ? ai-je fini par me demander. Pour les biens nés, bien mis et bien soignés, la victoire est si naturelle qu’elle ne peut faire histoire ! Pire, ils refusent de se présenter comme étant l’histoire, car le récit de leurs exploits leur est totalement inutile ! Les personnages phares de l’histoire sont le plus souvent des biens dotés qui ont tout perdu, tout en gagnant l’admiration du peuple ! Les vainqueurs étant par essence des minoritaires, ayant de ce fait besoin du soutien populaire pour rester au pouvoir, l’histoire de leur victoire doit être celle du peuple conquis dans tous les sens du terme. Et Bolivar est le symbole parfait de cette histoire volée au peuple, pour que le peuple ne se sache pas volé !

 Bolivar est un bien doté qui finalement a tout perdu laissant ainsi un œuvre « inachevée » pour qu’après lui d’autres continuent son faux rêve. Il a tout perdu sauf ce qu’il a cultivé le mieux, l’admiration d’un peuple conquis par la mise en scène de ses hypothétiques victoires. Pendant que ses généraux étaient sur le champ de bataille, il tirait les ficelles suivant la formule pleine de bon sens. Et le peuple devenu marionnette se sentait heureux d’être de la fête. Les vainqueurs se firent fort d’en faire un héros pour qu’on oublie leur existence de classe dominante. L’histoire des guerres d’indépendance sera réduite aux faits et gestes d’un homme.

 Le général Ducoudray avait dès 1793 participé à des guerres bien différentes, aux côtés de Napoléon, des guerres où des puissances féodales furent mises à genoux, sauf l’impérialisme anglo-saxon qui, sur son île, a pu tenir tête à la Révolution venue de France. Napoléon, en voilà encore un autre, qui a tout perdu, mais, révolution oblige, il était parti de rien. Napoléon sans son Waterloo n’aurait pas été le même héros.

Pas de surprise donc si à partir de 1813, Ducoudray quittant le champ de bataille européen, devient un général des guerres d’indépendance aux Amériques. Pas de surprise non plus si trois ans après, il cesse d’être le confident et le chef d’état-major de Bolivar. Pourquoi, pas de surprises ? Parce qu’après la victoire de Waterloo, les Anglais ont pu quitter le champ de bataille européen pour celui des guerres d’indépendance aux Amériques. Ducoudray ne pouvait pas se retrouver aux côtés de ses pires ennemis d’hier ! Il s’est alors fait professeur de piano puis professeur de lettres aux USA. Qu’un général devienne professeur de lettres, je ne sais pourquoi, mais ça me le rend sympathique ! Et ce professeur décida d’écrire quelques mémoires, celles des luttes aux côtés de Lafayette, et celles liées à Bolivar qui sont un monument de plus de 500 pages.

 Karl Marx, invité à écrire sur Bolivar, prendra Ducoudray-Holstein (il était en fait franco-allemand) comme référence pour trois raisons : le général trace de Bolivar le portrait le plus critique qu’on connaisse, ce portrait confortait Marx dans son mépris envers les Espagnols, et c’était l’occasion de faire tomber de son piédestal, une notoriété usurpée avec l’aide de la classe dominante. Quand Ducoudray publie son livre en anglais, Bolivar n’est pas encore mort, il n’est pas déjà sacralisé : il s’agit alors d’un simple témoignage.

 Je viens d’apprendre que le livre de Ducoudray a été traduit en espagnol… en 2010. D’avoir été cité par Marx n’a pas été une source de succès. Quant à la France, personne ne pense à le traduire, Bolivar ne le mérite pas ! (1)

« Les vainqueurs qui plus est, font l’histoire de leur victoire. » pourrait devenir : « Les vaincus qui plus est, sont dépourvus de leurs défaites. »

JP Damaggio

(1) Depuis j'ai découvert mon erreur :

 article-ducoudray-holstein-efface-de-l-histoire


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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 18:17

Confirmation du Nouvel Observateur sur les arrestations des assassins de Jara. JPD

 

Chili: huit ex-militaires incarcérés pour le meurtre de Victor Jara

Créé le 28-12-2012 à 19h55 - Mis à jour à 20h25

La justice du Chili a ordonné vendredi le placement en détention de huit anciens officiers de l'armée mis en cause dans le meurtre du chanteur Victor Jara, tué en septembre 1973, dans la foulée du coup d'Etat militaire du général Augusto Pinochet. (c) Afp

SANTIAGO DU CHILI (AFP) - La justice du Chili a ordonné vendredi le placement en détention de huit anciens officiers de l'armée mis en cause dans le meurtre du chanteur Victor Jara, tué en septembre 1973, dans la foulée du coup d'Etat militaire du général Augusto Pinochet.

 Miguel Vazquez Plaza, magistrat à la Cour d'appel de Santiago, a ordonné l'incarcération deux ex-militaires pour "homicide qualifié" et de six autres pour complicité, a indiqué le pouvoir judiciaire dans un communiqué.

 Avec environ 5.000 autres prisonniers politiques arrêtées dans des rafles, M. Jara fut détenu au Stade du Chili, le plus grand de Santiago. Là, il fut interrogé, torturé, avant d'être abattu à la mitraillette, son corps criblé de 44 balles, probablement le 15 ou le 16 septembre.

 Un fait particulier témoigne de l'acharnement des militaires: les doigts écrasés du chanteur guitariste, cassés à coups de crosse et de bottes.

 "Après avoir réuni beaucoup d'éléments, il arrive un moment où l'on doit terminer l'enquête et tenter d'avancer vers une solution", a commenté le magistrat devant des journalistes.

 Me Nelson Caucoto, représentant de la famille de la victime, s'est dit "assez satisfait" de la décision.

 Le juge a ordonné la détention des ex-officiers Hugo Sanchez Marmonti et Pedro Barrientos Nuñez, contre lequel a été émis un mandat d'arrêt international, car il réside aux Etats-Unis.

 Au cours de sa détention, le chanteur "a été reconnu par les militaires, séparé des autres prisonniers" et transféré vers les vestiaires où étaient installées des salles de torture où il a été constamment "agressé physiquement par plusieurs officiers", selon le compte-rendu d'enquête du juge.

 "Le 16 septembre 1973", a été constatée la mort de M. Jara, dont le corps présentait au moins "44 impacts de balles".

 En décembre 2009, des milliers de Chiliens avaient accompagné les obsèques officielles du chanteur, mort à 40 ans, qui avait été inhumé quasiment clandestinement en 1973 par sa veuve, la Britannique Joan Turner.

 Entre 1973 et 1990, environ 3.000 personnes sont mortes ou ont disparu sous la dictature d'Augusto Pinochet, selon les organisations de défenses des droits de l'homme.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 17:48

Noël Pour Victor Jara ?

 

La Semana est un hebdo colombien fondé par Garcia Marquez (si je me souviens bien). Je cherchais des informations sur un certain Ducoudray fâcheusement oublié, quand je suis tombé sur cette info incroyable que je me suis empressé de traduire plus ou moins bien. Le vais aller vérifier dans la presse chilienne. JPD

 

Le Temps de la justice pour Victor Jara  Par Germán Uribe

La Semana

La justice chilienne a ordonné l'arrestation de huit ex-officiers de l'armée pour le meurtre de l'auteur-compositeur-interprète.

Grâce à la pression exercée par de nombreux groupes d'artistes comme Illapu, Inti Illimani, Conmoción, Sol y Lluvia, Preludio, Francesca Ancarola et José Seves, entre autres, un juge chilien, vient d’ouvrir une enquête judiciaire largement attendue, réactivée en 2005 et concernant le crime sur le chanteur chilien Victor Jara, tué le 16 septembre 1973 dans un stade de Santiago où il a été emprisonné comme 5 000 personnes, suite à la répression de la dictature militaire d’Augusto Pinochet qui venait de renverser le gouvernement de Salvador Allende cinq jours auparavant.

Apparemment, et selon des témoins, un officier de l'armée, surnommé "Le Prince", après l’avoir torturé lui aurait donné la mort. Toutefois, pendant toutes ces années on ne savait pas avec certitude l'identité des soldats qui ont participé à ce carnage brutal d’humains, mais tous les Chiliens savent aujourd'hui, que le nom actuel du stade où Victor a été tué, porte son nom. Et que, finalement, grâce à une nouvelle action de la Justice, ses assassins militaires, qui sont la honte de l'humanité, ont également un nom.

Quant à ses mains, qui, après sa mort, sont devenues une légende, il y a deux versions. D'un côté, ceux qui prétendent qu’après avoir reçu des coups lourds et résisté aux diverses méthodes de torture, ces mains qui jouaient joyeusement de la guitare pour faire oublier la peur alors que le mécontentement était général, ont été écrasées avec les crosses des fusils jusqu’à les défaire ; d'un autre côté, ceux qui s'aventurent à assurer qu’il en a été amputé. La vérité est que, immédiatement après, que la Commission vérité et réconciliation a été créée en 1990, son corps a été retrouvé dans des buissons près du cimetière métropolitain et il a pris le chemin de la morgue où il a été reconnu par son épouse, la danseuse anglaise Joan Turner :

« Il avait les yeux ouverts et semblait regarder en face avec intensité et provocation, malgré une blessure à la tête et de terribles ecchymoses sur la joue. Il avait la poitrine criblée de balles et une blessure à l'abdomen ; ses mains semblaient s’accrocher au bras en un angle bizarre, comme s’il avait eu les poignets cassés ; mais c’était Victor, mon mari, mon amour. »

Mais voyons qui était Victor Jara, le jeune paysan qui savait répéter que son chant était « une chaîne sans commencement ni fin » et qui, cependant, a fini par composer à partir de ses tripes sanglantes, un hymne au sacrifice pour défendre la démocratie et résister au fascisme.

Référence incontestée de la musique rebelle de l'Amérique latine et vrai témoignage artistique de la culture populaire de la révolte, il est né le 28 septembre 1932. Musicien, auteur-compositeur et metteur en scène, il était le fils de Manuel Jara, un « journalier », et d’Amanda Martínez, blanchisseuse, guitariste et chanteuse dont il a hérité sa passion pour la musique, ce qui l’a déterminé à accomplir la tâche de compilation et d'interprétation folkloriques qu'elle assumait et qui, à cause de la relation difficile avec son père, est devenu la force motrice de sa vocation.

En 1944, il quitta sa ville natale pour Santiago. Là, il a étudié la comptabilité ; dévasté par la mort de sa mère il a rejoint le séminaire et puis a accompli le service militaire obligatoire. En 1953, il fait partie du chœur de l'Université du Chili puis s'intéressa au métier d’acteur et à la mise en scène, à l'école d'art dramatique de la même université. Grâce à la critique spécialisée, à plusieurs prix et a un public qui faisait son éloge, il devient rapidement une figure exceptionnelle de la scène chilienne, considéré au cours des années 1960 comme l'un des plus importants directeurs du théâtre chilien de son temps.

Dans le même temps, et conscient que la musique est l'essence même de son existence sociale, il participe au groupe Cuncumén, et il est le directeur artistique de l'ensemble des Quilapayún. Il collabore avec Inti Illimani et fait partie de la célèbre Peña de Parra. Lui et eux, sont marqués par le contenu culturel et politique de leur activité artistique.

Soliste et compositeur, ses chansons se répandent rapidement dans le sud du continent, où il a bénéficié d'une discographie considérable. Souvent les artistes de la stature de Serrat, Sabina, Silvio Rodríguez et Victor Manuel témoignèrent avec leurs voix de sa présence au-delà du temps.

En tout cas, je pense que la meilleure façon de se souvenir de Victor Jara - maintenant que nous savons que la justice chilienne semble avoir trouvé le moyen d'appliquer des sanctions, et de nous éclairer sur la vérité définitive de ce crime, en ordonnant la détention par homicide de huit ex-officiers de l'armée, sous l'accusation d'en être les auteurs ou les complices - c’est de revenir aux belles paroles que lui écrivit Angel Parra en 1987 de Paris :

"Cher Victor:...Je me souviens parfaitement de ta clarté et sécurité dans tes étapes, tes aventures et tes destinations... Je me souviens que Viola (Violeta Parra) m'a dit : apprends, apprends. J'espère avoir appris quelque chose. Par exemple, l’humilité, l’héroïsme ne se vendent ni ne s’achètent, que l’amitié est l'amour en développement, que les hommes sont libres seulement quand ils chantent, font la cour à une femme ou travaillent, jouent le dimanche avec la balle ou prennent leur vin le soir, changent les couches des bébés, distinguent les orties de la coriandre, quand ils prient en silence parce qu'ils croient et son éternellement fidèles à leur peuple comme toi... Aussi je tiens à te dire avant de te quitter que Paris est beau en cet hiver, que mon pays natal je le contiens en une larme, que je viendrai te rendre visite au printemps, que tu salues mes parents quand tu le peux, que j'ai le souvenir de l'histoire et que tout crime qui a été commis doit être jugé sans retard, que la dignité est essentielle pour les humains, que l’année qui vient sera pleine d'émotions, d'espoirs et de travail surtout pour toi, Victor Jara, qui sème le blé et la paix dans nos champs. »

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 16:22

En 1969, Madrid a eu sa statue de Bolivar. Après tout c’est là que s’est marié le 26 mai 1802 le Libertador. La statue est dans le merveilleux Parc de l’Ouest pas loin de celle d’O’Higgins. Nous étions alors, en 1969, dans l’Espagne de Franco, un Franco qui subitement s’était converti au bolivarisme. Inés Quintero dans un article sur le Bolivar de droite et le Bolivar de gauche[1] est la première à avoir attiré mon attention sur cette situation. Elle cite un admirateur du Caudillo, Ernesto Gimenez Caballero : « Franco était l’authentique interprète de la pensée bolivarienne, laquelle n’avait même pas été réalisé par Bolivar lui-même, mais par Franco, grand lecteur qui a médité cette œuvre aurorale de ce précurseur hispano-américain. »[2]

Les statues de Bolivar continueront d’arriver en Espagne après Franco. En 1996 la colonie catalane du Venezuela en a financé une pour la nouvelle Barcelone, réalisée par Julio Maragall.

 Je suis donc allé voir dans Moi, Franco de Vázquez Montalbán si on y trouvait Bolivar et voici la réponse. Le romancier au début fait parler ainsi le Général Franco :

« Et certains prétendent que la pensée ne peut commettre de délit, selon la maxime de Lombroso, alors que la pensée négativiste se diffuse, pervertit lorsqu’elle s’organise dans les sectes et qu’elle devient un délit de corruption sociale. La pensée d’Erasme avait vainement tenté depuis la Renaissance de miner les fondations de l’Espagne catholique, puis ce fut le tour des jansénistes, premiers coryphées du Mal, annonciateurs de futurs excès des philosophiques. Réformistes déguisés, les jansénistes espagnols agirent dans l’ombre de l’impuissant Charles IV, puis la franc-maçonnerie, à travers les hauts dignitaires de la cour de Charles III et Charles IV – les Floridablanca, Arada, Jovellanos, Godoy - , entreprit de détruire la forteresse espagnole, et l’empire lui-même. Maçons ceux qui convoquèrent les Cortes de Cadix, maçons, les agents de la rébellion contre la Mère Espagne à travers l'Amérique, à commencer par San Martin et Bolivar. L'évidente grandeur militaire des « libérateurs » autoproclamés ne peut faire oublier leur nature d'agents chargés de détruire l'œuvre de l'Espagne sur instructions des loges de Londres, de Paris et de Vienne, véritable cinquième colonne agissant pour le compte des ennemis de la vigueur espagnole. Et tout au long du XIXe siècle ce fut la franc-maçonnerie qui affaiblit l’ordre ancien sans le remplacer par un ordre nouveau, qui suscita les boues dans lesquelles se perdirent, plus que dans les mers lointaines, les escadres et les armées d'une Espagne minée de l'intérieur. »

 On comprend que Franco a tenté d’instrumentaliser Bolivar tandis que Mussolini ne cacha pas son admiration fondamentale pour le Libertador. Pourquoi cette différence ? J’en suis réduit à une hypothèse : Mussolini a d’abord été de gauche et son fascisme, il tenta de le justifier idéologiquement aussi une des approches fascistes de Bolivar[3]lui était d’un grand secours. Franco a toujours été d’extrême-droite et son fascisme était « naturel » pour ne pas dire « pragmatique ».

 Jean-Paul Damaggio

Inès Quitero est une historienne vénézuelienne qui publie en 2002 : Bolivar de izquierda – Bolivar de derecha Universidad del Atlántico

« El parangon entre Bolivar y Franco » dans Bolivar regresa a españa, Crónica d’una jornada histórica, Madrid, 1971

Celle lancée par le général vénézuélien Juan Vicente Gómez appuyé par Vallenilla Lanz, qui relance le culte de Bolívar en publiant en 1919, El Cesarismo democrático, un opuscule au succès retentissant et traduit en italien en 1933. Son argumentation pour un pouvoir fort s’appuie sur Hyppolyte Taine et Herbert Spencer. Il fait de Bolívar le prototype de ce pouvoir fort.

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 21:47

Voilà que je découvre cet article qui recoupe mon article précédent sur les Zapatistes. Oui, généralement les autorités tablent sur l’usure des luttes sociales : leur argument c’est de nous fatiguer en nous manipulant, en nous poussant sur 150 terrains de lutte pour nous décourager. Les Zapatistes, depuis le début, ont leur propre calendrier qui, c’est sûr, n’est pas électoral ! J-P Damaggio

 La Jornada

28 Décembre 2012 Jaime Martinez Veloz

Est-il possible de démonter les raisons de 40 mille cœurs zapatistes ?

Ils ont quitté leur communauté, la nuit précédente ; ils marchaient en silence ; en silence ils sont venus des quatre coins du sud-est mexicain ; en silence, avec une haute façon morale et disciplinée, ils sont retournés dans leurs communautés. L'action était impeccable, propre et énergique. Ils ont laissé une déclaration que le temps va déchiffrer tout comme le cours des événements, ce qui ne se fait pas à la première lecture. La déclaration a le mérite d’être cryptée tout en tant claire. Elle encadre les possibilités et une mise en garde aux gouvernements et en même temps contient des surprises et des mesures d'urgence.

Quelle est l'explication qui pourrait fournir les services de renseignement (sic) de l'État mexicain, qui disait que l'EZLN était pratiquement liquidée ? Quelle est la réponse de ceux qui prétendent que le temps détruirait les structures organisationnelles de l'EZLN ? Que pensent ceux qui ont parié sur les actions de lutte contre l'insurrection duc contre-espionnage et sur la minimisation du conflit sous forme de formules détruisant le mouvement zapatiste ?

La capacité organisationnelle et la force organique du zapatisme ne s’est pas usé avec le temps ; au contraire ils se sont renforcés et multipliés, ce qui signifie que ceux qui parie sur l'usure et sur le fait que le temps épuise les insurgés ont échoué.

Les zapatistes ne s’en étaient jamais allés ; la classe politique ne voulait pas les voir ou c’est une autre chose elle n'a pas voulu assumer ses responsabilités à leur égard ; mais ils ont toujours été là construisant à partir de la base, en organisant dans la dignité, ce que pouvoir leur a refusé : un meilleur sort pour les leurs, en dépit des limitations et des pénuries de matériaux qu’ils remplacent avec imagination et créativité. Un échantillon du dédain des forces politiques mexicains face au problème des Indigènes, en particulier dans leurs rapports avec l'EZLN, s'exprime par le fait que la Commission de la Concorde et la pacification, qui doit exister conformément à la loi pour le dialogue, la conciliation et une paix digne au Chiapas, n’est pas encore formée, ce qui montre le manque d'intérêt de toutes les forces politiques représentées au Congrès de l'Union. Il est à noter qu'au cours de ces dernières années, il n’y a eu aucune réunion de la Commission législative où il y a eu le quorum légal pour être en mesure de concevoir une stratégie qui permette de résoudre un conflit dont la complexité n'est pas mince.

Quelle explication peuvent fournir à la Nation ceux qui, en accusant l'EZLN de vouloir balkaniser le pays, sont les mêmes qui ont livré les 52 millions d'hectares (un quart du territoire national) aux sociétés minières afin que, en échange de rien, ils participent au pillage du pays pendant 12 ans qu’ils soient nationaux ou étrangers ?

Que peuvent dire ceux qui depuis le gouvernement accusent les zapatistes d'être au service d’intérêts obscurs et qui sont aujourd'hui les employés de multinationales qui se sont appropriés des entreprises ou commerces mexicains qui ont été privatisés ?

Existe-t-il une justification ou explication, modérément fondée, de la part des institutions de l'État mexicain capable d’exposer pourquoi les Indiens mexicains sont les plus pauvres parmi les pauvres, lorsque leurs villages sont installés dans les territoires immensément riches, exploités par des compagnies minières étrangères et nationales ?

La multiplication des conditions de pauvreté et la marginalisation des peuples autochtones du Mexique démontre que c'est l'État mexicain qui a échoué non seulement dans sa stratégie pour réduire les décalages en matière autochtone, mais surtout dans la construction d'une relation qui comprenne le problème autochtone, leur conception du monde, leurs besoins, leurs liens avec la terre et les ressources naturelles de leurs territoires aujourd'hui dans les mains d'entreprises privées nationales et étrangères.

Il est temps que le gouvernement comprenne, ce que cela signifie que plus de 10 millions d'Indiens subsistent dans des conditions d'inégalité et de la misère. La question autochtone n'est pas une question de programmes d'aide sociale, mais le remboursement intégral de leurs droits constitutionnels.

L'EZLN n’est pas de retour, elle n’est jamais parti, sauf que son terrain d’intervention n’est pas électoral, mais les causes profondes du Mexique profond. La balle est dans la cour des institutions de l'État mexicain, dont la réponse doit commencer en créant les conditions pour réaliser pleinement les accords de San Andrés Larráinzar, convenue entre l'EZLN et le gouvernement fédéral, qui sont la base pour la mise en place d'une nouvelle relation entre l'Etat mexicain et les peuples autochtones de notre pays. Respecter les Accords de San Andrés est la seule chose qui peut commencer à démonter les raisons de 40 mille cœurs zapatistes qui ont manifesté de façon disciplinée, hissant haut les causes qui affectent et aggravent les indigènes mexicains et de larges segments de la société mexicaine.

À toute personne ayant le désir de connaître plus :es.scribd.com/doc/80284016/Derechos-Indigenas-a-18-anos-del-Levantamiento-Zapatista.

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 18:02

Un ami me fait parvenir les deux photos ci-dessous car en effet il ne doit pas être courant de commencer sa maternelle dans une école Olympe de Gouges pour ensuite passer au Collège Louise Michel. Un beau parcours n'est-ce pas !

C'est donc avec ce message que je souhaite bonne année 2013 à tous les lutteurs sociaux de la planète. A l'an prochain donc !

Jean-Paul Damaggio

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:53

Un article un peu long du journal mexicain : Progreso. Qui parle du Mexique car là-bas les grands journaux oublient ceux qui luttent. Il y a cependant Le Monde Diplomatique version chilienne qui a rendu compte en octobre d'une des luttes évoquées. Ils sont des millions qui luttent à travers le monde mais sans relais internationaux ! On ne sait donc pas que le monde change. JPD 

 

Chili : Rébellion environnementaliste

Francisco Marín, 21 Décembre 2012

La résistance civile dans la basse vallée de Huasco

Valparaiso (apro).-En cette fin décembre 2012, la résistance aux contaminations des mégaprojets qui secoue depuis des années de nombreuses communautés dans la région d'Atacama (nord du Chili) a entraîné un véritable soulèvement populaire dans la basse vallée de Huasco.

La poudrière a explosé le 1er décembre dernier. Ce jour-là, la Secrétaire régionale de la santé d'Atacama, Liliana Sandoval, a ordonné la réouverture de la Freirina, la propriété de l'usine d'abattoir de porcs Agrosuper. Elle l'a fait sans que ne soient résolus les problèmes de santé, et les problèmes de mauvaise odeur en provenance de cette usine. La même autorité avait décrété le 23 mai précédent, après que de grandes manifestations, la fermeture de l'usine, qui devrait impliquer l'évacuation des 500 000 porcs, mesure qui ne se réalisa jamais pleinement.

La réouverture a provoqué la colère parmi les Freirinenses, qui organisèrent une véritable rébellion contre l'ordre central. La quasi-totalité de ses 10 000 habitants, y compris le récemment élu maire socialiste Cesar Orellana, sont sortis pour protester et bloquer les rues et les autoroutes. Les plus déterminés ont pris d'assaut l’usine d’Agrosuper, brisés et brûlés les bureaux et les maisons des gardes. L'insurrection a atteint a porté ses fruits. Le 10 décembre, par le biais d’un communiqué public, Agrosuper a annoncé la fermeture « indéfinie ». En tout état de cause, les Freirinenses n’ont arrêté leurs protestations que lorsqu'ils ont reçu par écrit de la part du ministre de l'environnement, Ignacia Benítez, le plan de fermeture de l'entreprise.

Avec près de 600 millions de dollars dépensés, l’usine abattoir de porcs était déjà le plus important du genre en Amérique latine et prévu pour être la plus grand dans le monde. Toutefois, au moment de la construction de cette usine, on n’a pas pris en considération la fragilité environnementale du lieu de la construction, où l'eau est très rare.

Agrosuper appartient à l’homme d'affaires Gonzalo Vial Vial et elle facture annuellement un milliard de dollars. Parmi les marques qu’elle utilise : Super saumon et poulet et Super cochon. Le conflit avec son usine de Freirina n'est pas une exception, puisque, dans tous les lieux où cette société s’est installée, des problèmes se sont produits avec les communautés touchées par leur présence. Mauvaises odeurs et l'appropriation de l'eau sont les soucis les plus récurrents.

Fausses promesses

Lorsque l'usine de Freirina a été ouverte en novembre 2010, personne n'imaginait que deux ans après, sa fermeture serait obtenue par les résidents de cette communauté tranquille et traditionnelle du « Petit Nord ». Les gestionnaires d’Agrosuper et les autorités ont présenté le projet à la population comme un projet lumineux pour Freirina et toute la vallée de Huasco.

L'investissement engendrerait le recrutement de plus de 3 000 travailleurs et mettrait en connexion cette région du pays avec le reste du monde par le biais de l'exportation de «viande d’excellence », qui arriverait sur les « marchés les plus exigeants ».Lors de la cérémonie d'inauguration, le directeur général de Agrosuper, José Guzmán, a déclaré que le projet serait élaboré dans cette région parce que « c'est une région qui possède toutes les caractéristiques géographiques, climatiques, l'eau, les infrastructures et les ressources humaines nécessaires pour développer un secteur agro-industriel en équilibre avec l'environnement ».

Guzman est allé plus loin. Il a soutenu que l’usine utiliserait la technologie de pointe pour le traitement de l'eau et des déchets industriels, ce qui permettrait leur réutilisation pour l'irrigation agricole. Aucune des promesses faites par les émissaires de l'homme d'affaires Gonzalo Vial ne se sont concrétisées.

L'implantation d’Agrosuper dans la vallée de Huasco a impliquée « la perte de notre tranquillité », a déclaré une habitante âgée de Freirina sur la Radio Prophète de cette localité.

Au début de 2012, l’odeur des excréments odeur est devenue insupportable dans Freirina. Ceci a motivé des efforts des gens pour trouver une solution. Mais les revendications ne furent pas entendues par les autorités sanitaires, l'entreprise elle-même et les politiques ce qui entraîna des manifestations graves.

Le 18 mai les manifestants ont brûlé deux véhicules de la police à l'extérieur de l'usine d’Agrosuper. Cela s'est produit après la venue d’un fort contingent de policiers des forces spéciales, débarquant de différentes parties du pays, pour briser la rébellion à Freirina et débloquer les routes et les chemins, les barrages maintenant la ville isolée et l'usine ne pouvaient plus s’approvisionner en nourriture et autres fournitures.

Les manifestants réclamaient la fermeture immédiate de l'usine. Ils ne se plaignaient pas seulement de pourriture, mais aussi de l'appropriation de l'eau de la nappe phréatique réalisée par la compagnie qui avait laissé sans cet élément vital les paysans et les éleveurs.

C'est alors que les autorités sanitaires d’Atacama décidèrent de fermer l'entreprise de Agrosuper ce qui par la suite s’est avéré être une manœuvre communicationnelle pour calmer les gens.

L'autorité de santé a également déclarée l'alerte environnementale à cause de la mortalité des porcs causée, après plusieurs jours de manifestations et de barrages routiers, par la mauvaise nourriture des animaux et le mauvais nettoyage ce qui menaçait la santé de la population.

Punta alcalde

Sans considérer la colère contenue et démontrant que le critère politique n'est pas le sien, deux jours après l'annonce de la réouverture de l'usine de cochons, le président Sebastián Piñera, par l'intermédiaire du Comité des ministres aux questions d'environnement, a décidé d'approuver la construction de la centrale thermoélectrique Punta Alcalde, qui serait installée dans le port de Huasco, près de Freirina. Il acceptait ainsi la demande de la compagnie d'électricité Endesa, détenue par l'État italien ENEL, conductrice de ce projet.

Par cette décision, le Comité des ministres ne tenait pas compte de la détermination de la Commission d'évaluation environnementale d’Atacama (CEA), qui, le 25 juin, avait - par huit voix contre deux – rejeté la construction de cette usine. Le maire de la région d'Atacama, Rafael Prohens a ensuite défendu son opposition à cette aventure: « le projet avait deux défauts majeurs : ne donner aucune réponse sur la pollution de l'air, ni sur l'effet que pourrait avoir sur la mer l'eau (chaude et polluée) qu’on y déverserait ».

Cette usine thermoélectrique, si elle se construit, doit apporter 740 mégawatts d'électricité au système interconnecté central. Cette énergie est indispensable pour la mise en œuvre de grands projets des sociétés transnationales minières qui sont en cours de construction, tels que Pascua Lama et Caserones, ce qui constitue d’autres graves menaces pour l'environnement de l'Atacama.

Punto Alcalde se situe à 30 kilometres de Freirina. La vallée de la rivière Huasco constitue la frontière sud du désert d'Atacama, et le port du même nom est seulement à cinquante kilomètres de deux réservoirs naturels précieux qu’affecterait l’usine thermoélectrique : le Parc National Llanos de Challe et la réserve nationale Le Manchot de Humboldt.

Cette brusque et centralisée détermination des ministres Piñera a fait que, comme à Freirina et pendant les mêmes jours, Huasco s'est soulevé contre le pouvoir central. Les jours plus violents furent entre le 5 et le 10 décembre, où la situation était devenue incontrôlable pour les forces de police.

Dans Huasco, environ 2 000 personnes ont expulsé – la nuit du lundi 10 - le contingent de la police qui prétendait apaiser une ville qui s’enflammait.

Il est à noter qu'en mai dernier, Huasco a été placé par le ministère de l'environnement dans la catégorie zone latente de matière particulaire (PM10), après qu’il ait été vérifié que les concentrations annuelles de particules pendant trois années consécutives ont dépassé la limite de 80 % fixé par la norme. Les organisations sociales et environnementales ont alors cru que les autorités n'approuveraient pas l'installation de nouveaux projets polluants. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.

Il y a 40 ans on a construit juste à côté du port la hautement polluant usine de bouletage d’acier de la société minière du Pacifique (CMP). En 1995, a commencé à fonctionner la Guacolda une usine thermoélectrique, qui a quintuplé depuis sa production, augmentant le cauchemar des habitants de cette - jusqu'à récemment - belle et paisible ville côtière.

En 2001, quand il était ministre de l’économie Jorge Rodríguez Grossi – ex-gérant de Guacolda - et le Président Ricardo Lagos Escobar (socialiste), ont approuvé l'utilisation du cancérigène pet coke comme carburant pour cette usine.

La zone de Huasco est considéré par les groupements écologistes, comme une « zone de sacrifice », en raison de la pollution qui la touche et au vu des intentions des autorités de poursuivre l'installation de projets polluants.

 Désirs d'un lutteur

Dans une interview avec Apro, le porte-parole du mouvement de la vallée de Huasco et de la Brigade SOS Huasco, Juan Carlos Labrín, a raconté que les protestations contre la pollution existent sur son territoire "depuis très longtemps mais n'avaient jamais été aussi massives que récemment". L'élément déclencheur de la colère – a-t-il indiqué – c’est la violence avec laquelle les forces spéciales des carabiniers ont réagi : «Ils sont entrés dans les maisons pour frapper des gens, y compris des femmes et des enfants;» Ils ont tiré des lacrymogènes dans les maisons. Cela a provoqué l'ensemble de la population, et des milliers de gens, sont sortis ensemble pour expulser les policiers. Et nous avons réussi ce qui nous rempli de fierté et de satisfaction. »

Labrin explique le problème de son peuple: « nous sommes un port (Huasco) de fragilité environnementale à cause de notre histoire. Ici, on brûle sans discernement du pet coke, qui est un poison terrible pour la santé des résidents. Ici, dans le quartier, nous avons dans notre bloc même pour trois ou quatre personnes souffrant de différents types de cancer à la suite de cette pollution. Indépendamment de cela, la CMP va doubler sa production d'ici à 2014 et (...) L'idée d'Endesa de vouloir s’installer malgré la contamination de la zone est néfaste. Et le plus lamentable c’est que le Conseil des ministres a adopté le principe de cette usine thermoélectrique qui a été rejetée par d'autres autorités en septembre dernier ".

Labrin souligne que le meilleur enseignement de ce «soulèvement populaire c’est que nous nous sommes rendu compte que le pouvoir est entre nos mains, par notre capacité à lutter ».

Il se réfère également à cette autre avancée : « la création d'une conscience collective dans la vallée de la Huasco sur des problèmes communs qui nous affectent ».

Et il ajoute: « nous avons réalisé que les gouvernements - de Sebastián Piñera et de la Coalition pour la démocratie - essaient d'imposer à la pointe des canons des projets qui polluent notre environnement et qui ne contribuent pas à améliorer notre qualité de vie ou pour nous développer nous-mêmes. La conscience de cet acquis est une conscience de masse puissante à l’intérieur de nos communautés".

Labrin, qui est un chanteur populaire, dit qu'avec le récent soulèvement à Freirina et à Huasco « ont fait histoire dans notre vallée, dans notre pays, en nous soulevant et cessant de nous laisser piétiner, pou ne pas permettre que notre vallée soit détruite.».

L'écologiste a un grand espoir : « cette prise de conscience et cette capacité de combat que nous avons démontré va nous conduire, dans un temps pas très lointain, à vaincre notre pire ennemi, qui est aussi notre plus grande menace : le projet minier de Pascua Lama (Barrick Gold) ».

 Victoires populaires

La défaite que les communautés de la vallée de la Huasco ont infligées à Agrosuper, n'est pas la seule qu’ont subi les grands groupes économiques dans la région d'Atacama ces derniers temps.

En mars dernier, la communauté agricole de la huascoaltinos (appartenant au village la Diaguita) a réussi à paralyser le mégaprojet minier El Morro (des canadiens Goldcorp), qui visait à s’installer sur son territoire, sur la source de la rivière Huasco, très proche de Pascua Lama.

La communauté a obtenu cela en raison de la décision de la Cour d'appel d’Antofagasta, qui a maintenu une protection du village de Diaguita, au nom des droits des autochtones défendus par l’avocat Nancy Yañez, et laissant sans effet le règlement de qualification environnementale autorisant l'exploitation de ce minerai.

La Cour a soutenu que l'autorité de l'environnement, en approuvant El Morro, a violé le droit à la consultation d'un peuple autochtone. Ce triomphe à Diaguita, malgré son importance, est passé presque inaperçu de l'opinion publique, étant donné que les médias de masse n'ont riens signalé à cet égard.

Tout comme pour l'annulation du projet thermoélectrique Castilla, qui a causé une grande agitation. Le 28 août, la Cour suprême a déclaré qu'il rejetait sa construction, en acceptant l'appel à leur protection, lancé par les habitants du hameau de pêcheurs Totoral. C'est la victoire de David contre Goliath.

Avec une prévision d'investissement de 5 milliards de dollars et une capacité de 2 100 mégawatts, Castilla était appelé à être la plus grande et plus polluante usine thermoélectrique d'Amérique latine. Le triomphe de la communauté Totoral a été un coup terrible aux Géants des mines qui se développent dans le nord du Chili. 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:47

Depuis bientôt 20 ans, les Zapastistes se manifestent pas un passe-montagne. Et quand ils sortent massivement dans les rues, certains médias évoquent « le retour des Zapatistes ». Ils ont toujours été là ! La traversée de leurs expériences diverses s’est toujours raccrochée au slogan : « Aqui estamos ! ». Même s’ils furent hier plus médiatiques qu’aujourd’hui, l’essentiel tient donc en cette simple formule : « nous sommes là ». Et ils sont là, même quand ils travaillent paisiblement dans leurs campagnes tropicales ! Pour rappeler qu’ils sont là, ils usent d’un masque car ce ne sont pas eux qui sont là, mais la cause historique qu’ils représentent et qu’ils vivent ! Quelle cause ?

 Vivre comment ?

Si la classe ouvrière est la classe révolutionnaire, le message zapatiste est d’un archaïsme qui fait peur. Paysans « attardés » ils sont le passé précapitaliste et peut-être même les vestiges d’un féodalisme qui ne dit pas son nom !

Sauf que la réalité est toute autre ! Nous savons à présent, me semble-t-il, que la révolution sociale ne sera pas l’œuvre uniquement de la classe ouvrière et que l’objectif n’est pas seulement industriel. La révolution sera multiple ou ne sera pas. Elle doit non plus fixer une voie unique vers « UN autre monde de possible », mais reconnaître que la volonté de vivre libre peut s’appuyer sur le travail des champs, des villes ou d’ailleurs à partir du moment où les maîtres du monde sont renvoyés dans leurs chaumières par aller vers « d’autres mondes possibles ».

L’utopie du développement infini des forces productives comme instrument de la libération des hommes a des mérites et des limites. Les Zapatistes ne veulent en aucun cas arrêter leur culture sur l’histoire passée. Ils ne veulent pas que les femmes restent moins que des animaux chez les Indigènes. Ils ne veulent pas que les dérivés du bonheur comme la drogue ou l’alcool soit l’échappatoire à leurs malheurs. Ils ont des ambitions pour eux et la terre entière.

 Vivre debout ?

La première des ambitions c’est de vivre debout car sans l’audace révolutionnaire il n’y a pas de vie qui tienne ! Oui mais vivre debout, ce n’est pas forcément céder aux lumières de la ville (l’Amérique latine est la zone du monde la plus urbanisée). Ce n’est pas davantage refuser les bienfaits de l’électricité. Il m’est arrivé de le vérifier : on peut vivre dans un coin reculé des Andes avec le confort ordinaire allant de l’ordinateur à la machine à laver. La question n’est plus celle de posséder mais d’utiliser et de bien utiliser. Suivant le principe marxiste bien connu, il est temps que la valeur d’usage d’un produit prenne le pas sur sa valeur marchande. Cependant plus facile à écrire qu’à réaliser !

 Vivre Mexicain ?

Les Zapatistes sont des Mexicains et se revendiquent tels. Ils n’en appellent pas à une sécession, une séparation, une vie entre eux mais au droit autogestionnaire à vivre comme ils l’entendent. Leur combat dérange beaucoup de gens aussi leur dernier tract n’est pas une adresse au Président de la république (ça serait lui faire trop d’honneurs) mais « à qui de droit ». Les Zapatistes ne se sont jamais défini face au pouvoir car sur leurs terres, ils sont UN pouvoir, ils s’organisent comme un pouvoir. Ils s’adressent donc à la société car leur message a besoin d’être entendu y compris par les militants révolutionnaires qui refusent de les prendre aux sérieux et y compris par ceux qui les prennent au sérieux.

Ils savent que s’ils sont entendus, c’est tout le Mexique qui change profondément car l’histoire de leur pays, ils la connaissent au plus profond de leurs chairs.

Finalement, ils sont "fatalistes" : la société finira bien finir par les entendre !

Jean-Paul Damaggio

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