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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 13:40

ronis-pignon.jpg

 

L’Humanité du 29 avril 2000 a uni deux hommes qu’il m’arriva de croiser à Montauban, deux hommes qui une joie de vivre agréable à sentir. Ces deux entretiens font plaisir à lire. JPD

 

 Que représente, pour vous, le 1er  mai ?

Ernest Pignon-Ernest. Ma toute première manifestation se déroulait à Nice. Le 1er mai est donc, pour moi, indissociable du temps ensoleillé. De la même manière que, pour les catholiques, Pâques relève du drame et de la résurrection, je pense que le 1er  mai, qui s'est ensuite chargé de résonances sociales, s'inscrit dans la tradition d'une fête du renouveau saluant le printemps. Une sorte de besoin de saluer la vie, le soleil qui revient.

Quelle est l'origine de la fresque qui, exposée à la galerie Anatome, est réalisée à partir de collages d'affiches fêtant le 1er mai ?

Ernest Pignon-Ernest. Voilà près de vingt ans, une commande m'a été passée par les syndicats grenoblois qui, ayant quitté les anciens locaux d'une Bourse du travail hantée par l'histoire de la Résistance, éprouvaient quelque difficulté à se retrouver dans des bâtiments neufs. Le rôle de l'artiste n'est-il pas de remettre de l'âme ? J'ai donc tenté d'accrocher sur cette façade neuve des strates de ce qui hantait l'ancien lieu. L'idée du 1er mai s'est vite imposée.

Qu'est-ce que cela vous a appris?

Ernest Pignon-Ernest. Les archives du département m'ont révélé des affiches bouleversantes comme « Peuple de Grenoble, sauvez Sacco et Vanzetti !», comme celle appelant au tout premier 1er  mai, au 1er  mai 1936... Tout signifiait: un certain lyrisme à propos de l'exploitation (On nous meurtrit, on nous forge des chaînes »), des choix typographiques («Guerre à la guerre »), picturaux (une affiche peinte par Fougeron, une autre par le Chilien Balmès)...

Comment cette fresque a-t-elle vécu dans la durée ? Les gens s'en sont-ils emparés?

Ernest Pignon-Ernest.ie pensais que les gens allaient la bomber, la taguer. Je voulais anticiper ce phénomène. Ce fut le contraire. Ils n'ont pas osé. Soit qu'ils ont été intimidés face au travail. Soit qu'ils ont senti le mur chargé de mémoire, comme dans un musée.

Quel rôle joue, dans votre œuvre, la commande syndicale?

Ernest Pignon-Ernest. C'est arrivé assez rarement. Mais là, en l'occurrence, j'avais tout fait pour l'obtenir. A l'époque, j'avais le sentiment que l'art contemporain était coupé de la vraie vie des gens, je voulais renouer avec la commande sociale comme en parlait Maïakovski. Avec le recul, je sais qu'il est difficile d'innover lorsque la commande est très précise. Cependant, j'essaie de garder ce contact, ces liens. Cela m'est nécessaire. L'année dernière, j'ai fait, dans la même semaine, une affiche pour les ballets de Monte-Carlo et une autre pour les cheminots de la CGT...

Les Amis de l'Humanité, dont vous êtes l'un des vice-présidents, ont-ils vocation à susciter pareille rencontre avec des syndicalistes ou d'autres artistes?

Ernest Pignon-Ernest. Si cette association a un intérêt, c'est bien de faire se rencontrer des gens qui, d'habitude, ne se voient pas. A la Fête de l'Huma de l’année dernière, c'était un bonheur de voir réunis dans la même tchatche, Edmonde Charles-Roux, Claude Duneton, Jean Rouault, Jacques Derrida, Bernard Thibault. C'est émouvant, rafraîchissant.

Que représente, pour vous, le photographe Willy Ronis?

Ernest Pignon-Ernest. C'est comme un repère. C'est un homme plein d'humanité. Son œuvre porte en elle un regard innovant et en même temps très exigeant quant à ses qualités plastiques, poétiques, sociales. Je suis très ému de me retrouver à ses côtés en ce 1er mai.

PROPOS RECUEILLIS PAR M.J.

 

Que représente, pour vous, le 1er mai ?

Willy Ronis. Cela représente plus de souvenirs que de présent. Sur le plan de la fête sociale, je ne suis pas redescendu dans la rue depuis longtemps. J'ai quitté Paris, en effet, dans les années soixante-dix. J'y suis revenu en 1983. Mais ma vie a pris, alors, un autre tour.

Gardez-vous un souvenir particulier de certains 1er  mai, comme celui de 1936 ou de la Libération ?

Willy Ronis. 36, non. Mon père était à l'agonie. Et ma première sortie à l'air libre, comme photographe indépendant, si je puis dire, eut lieu le 14 juillet1936. C'est là que j'ai photographié la petite fille sur les épaules de son père dans le faubourg Saint-Antoine, au métro Saint-Paul. J'ai d'ailleurs retrouvé cette personne, voilà un an. En consultant mes boîtes annuelles de négatifs, je m'aperçois que j'ai fait très rarement des photographies des 1er  mai. C'était avant tout, pour moi, l'occasion de retrouver les copains, de vivre avec eux, dans une grande joie, ce défilé populaire. Je ne sais pas ce qui s'est passé ce 1er  mai 1951. Etais-je particulièrement en veine de photographies ? C'est en tout cas de ce jour-là que datent la plupart de mes images concernant cet événement.

Parmi les photographies que vous avez retenues, l'une d'entre elles montre Jeanne d'Arc avec Danièle Casanova. Pourquoi cette image?

Willy Ronis. Je ne sais pas. Était-ce seulement un éclair dans la nuit ? La première et la dernière fois ? Dans les archives des Jeunesses communistes, on devrait pouvoir retrouver comment est née l'idée d'associer à Jeanne d'Arc cette dirigeante des Jeunes Filles de France, déportée à Ravensbrück. En tout cas, cette photographie me plaît. La lumière est belle. La composition, aussi. Les deux jeunes filles ont une très belle attitude. Cette association de deux figures tutélaires de la jeunesse est très émouvante.

Vous souvenez-vous d'un déclic qui marque le début de votre engagement ?

Willy Ronis. Oui. J'étais lycéen. Je devais avoir quatorze ou quinze ans. J'ignore pourquoi, mais je me trouvais dans le métro un soir, assez tard. Soudain, j'ai vu monter joyeusement un groupe de cinq ou six hommes de trente à cinquante ans. Tout d'un coup, leurs visages ont changé. Empreints d'une formidable gravité. Et ils se sont mis à entonner la Jeune Garde. Les paroles de ce chant m'estomaquaient. J'étais en train de découvrir la revendication de la dignité et la classe ouvrière. Avec le recul, j'ai comme une vague idée qu'ils revenaient d'une réunion politique qui avait pu se dérouler à la Grange-aux-Belles où se tenait alors l'université ouvrière. Cela m'a marqué. Depuis ce jour, je n'ai jamais oublié cette scène.

Alors que vous approchez des quatre-vingt-dix ans, le 1er  mai est-il, pour vous, synonyme de nostalgie?

Willy Ronis. Il est sûr que la moindre importance des manifestations est liée à la diminution de la conscience de classe. Si nous assistions à un retour des grands défilés, sans doute me sentirais-je, malgré mon éloignement, encouragé à y retourner. N'empêche, mes options philosophiques et politiques n'ont pas changé. Je ne pense pas que, malgré la douche que nous avons essuyée, l'utopie soit devenue une foutaise. Cela n'a pas entamé mon espoir. Mon optimisme est même indéracinable en ce qui concerne le terme lointain. Je suis persuadé que la condition humaine débouchera sur quelque chose de plus lumineux et plus fraternel.

Que représente, pour vous, le plasticien Ernest Pignon-Ernest ?

Willy Ronis. Je me suis trouvé pour la première fois à sa table, l'année dernière, au stand des amis de l'Humanité. J'ignorais que c'était lui. A un moment, Edmonde Charles-Roux ou Régis Debray a prononcé son nom. J'ai dit: «Ah, c'est vous!» Et j'ai explosé: «Laissez-moi vous dire en quelle estime je tiens votre travail, combien j'avais été impressionné de votre séquence napolitaine lorsqu'elle avait été exposée en Arles!» Comme il appréciait mon travail, cela a établi un courant de sympathie. Mais franchement, il dessine comme Léonard de Vinci !

PROPOS RECUEILLIS PAR MAGALI JAUFFRET

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:44

Auguste Blanqui,

 

C’est un très beau dessin d’Ernest-Pignon-Ernest qui illustre cet article (lien ci-dessous), aussi passionnant que le dessin, en conséquence nous ajoutons la référence dans notre catégorie consacrée à cet artiste. Jean-Paul Damaggio

 

http://lamblard.typepad.com/weblog/2012/04/auguste-blanqui-lenferm%C3%A9-.html

 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 17:34

Ernest-Pignon.JPG

Pour poursuivre nos références à Ernest Pignon-Ernest :

Ce dessin en Une de l’Humanité du 2 avril 2002 est extrait d’une collection d’estampes originales publiées aux Editions Papier, 17 rue de la Campane 84000 Avignon.

Déjà en 2002 un SOS Palestine...

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 16:26

                                  ferratpignon.jpgSur ce  site nous avons une catégorie consacrée à Ernest-Pignon-Ernest aussi nous reprenons ce dessin de Ferrat qu'il a réalisé pour les Amis de l'Humanité et qui a été reprise dans le beau numéro spécial de ce journal, consacré au chanteur. Il s'agit chez les deux artistes de la même humanité, celle de l'ami René Hervieu qui nous a permis de publier son poème. J-P D.
  Le Chant des roses
 

                                                                                  Jean Ferrat)    

 

Ce bouquet brûlant d’ecchymoses

Il app’lait ça « le chant des roses »

Ces coups de poings ;  quand on est seul

Faut les encaisser, et c’est tout.

C’était des morsures de loups,

Un soir, à Paris,  sur un pont,

Je ne me souviens plus du nom,

Mais c’était une ratonnade.

Faut pas en parler, c’est pas bien

Ça éclabousse le nom des siens,

Ceux que l’on nomme : citoyens,

Flics ou voyous, c’est tout pareil

 

Je ne suis pas de cette harde.

 

C’était à Paris, aux temps lourds,

Du Luxembourg jusqu’à la Seine.

Paris, Paris, ô mon amour,

Quelle tragique mise en scène !

Nous étions là, quelques témoins,

Sans pouvoir y faire grand’chose

Pour éviter ces ecchymoses

Mais le sang nous serrait les poings.

Quand on l’a jeté dans la Seine

Ce ne fut plus qu’un paquet gris

Avant sa chute, il a souri ,

Et siffloté  le chant des roses.

 

Corps dérivant, inanimé,

Comme un paquet de linge sale

Dans le flot de la capitale ,

Sic fluctuat nec mergitur ,

L’homme passait entre les tours,

Saint-Jacques, Saint-Denis, Notre-Dame,

Et nous cherchions, les yeux perdus,

L’ombre de ce frère abattu

Pour son allure musulmane.

 

Il faisait partie du panier

Honte à ceux qui l’ont déversé

Après force coups de tatanes.

L’histoire, peut être, un jour, dira

Ce que ces bicots foutaient là

Dans les remous noirs de la nuit.

 

Oui, honte à ceux qui ont commis

Ce massacre au cœur de Paris

Tant pis si je suis subversif

Flics ou voyous, c’est tout kif-kif.

 

Je ne suis pas de cette harde.

 

                                            René  Hervieu,  déc. 09

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:48

Nouvel Observateur « Spécial Rimbaud » 4-10 AVRIL 1991

 

 

La première « œuvre » que j'ai réalisée avec de la vraie peinture à l’huile, c'est un portrait de James Dean sur le blouson de mon camarade de classe, en quatrième. Je me souviens, ça n’était pas encore bien sec le jour nous nous sommes taillés de l’école pour aller à Vallauris, en Vespa, voir la grande composition de Picasso, avant qu'elle ne parte pour le bâtiment de l’Unesco à Paris ; ça avait taché ma chemise.

C'est dans la même période que j'ai découvert Rimbaud. Les deux découvertes, les deux déflagrations, Rimbaud-Picasso, restent indissociables, essentielles, fondamentales : défi, exigence, remise en question radicale, soif d'explorer, aspiration à d'« éblouissantes lumières », à la « liberté libre ». Après eux, on ne peut plus voir, plus peindre, plus écrire comme avant. Mais, chez le poète, cette exigence de recréation radicale porte au-delà de l’écriture. C'est la vie même qu'il veut changer, les rapports entre les êtres, les rapports entre eux et le monde.

Et James Dean là-dedans ? Je crois que c'est « la Fureur de vivre » qui - je ne sais par quels méandres ou, au contraire, par quelles simplifications - m'avait amené à Rimbaud. Et dès cette époque, comme si c'était nécessaire à la compréhension de l’oeuvre, j'ai tenté d’« interroger » le visage de Rimbaud. J'ai dû depuis, cycliquement, m'y confronter trente ou quarante fois, à mesure que j'ai cru mieux le comprendre, à mesure que j'ai cru, avec le temps, avoir enrichi ma « palette ».

Bien sûr, j'ai toujours su, en même temps, qu'il était impossible de faire vraiment un portrait de Rimbaud. Imaginez un Rimbaud en marbre ! un Rimbaud en bronze ! sur un socle ou pris dans un cadre ! Le sentiment d'une contradiction fondamentale, inscrite déjà dans le matériau même. Qui figerait au départ l’image du marcheur insatiable.

Si beaucoup de rimbaldiens ont adopté, accepté mes images sérigraphiées du poète collées dans les rues en 1978, c’est, je crois, surtout parce que le matériau et le parti pris de cette forme d’intervention évitaient le piège de l’image sacralisée, figée, unique.

J’avais beaucoup travaillé le dessin, la main, la veste sur l’épaule, l’idée de départ, la silhouette à la fois contemporaine et fidèle au croquis d’époque de Verlaine et Regamey ; le visage, à partir de Fantin-Latour mais surtout de cette miraculeuse photo Carjat a su - ce que j'essaie de faire par le dessin - éliminer tout ce qui est d'ordinaire anecdote dans l’apparente ressemblance de la photographie.

Le papier lui-même, sa fragilité, fonctionnait comme un élément poétique et plastique essentiel. En rencontrant ces images dans la rue, on en. percevait, comme pour le dessin, le caractère irrémédiablement éphémère. En quelque sorte, plus le dessin « émouvait », plus la perception de sa destruction inéluctable était troublante et forte, et intervenait dans la rencontre tel un élément « suicidaire ». Mais c'est le collage qui est vraiment le moment de création plastique et poétique ; inscrire l’image dans un lieu, de manière qu'elle se charge de toute la force symbolique et plastique que porte ce lieu. J'ai collé Rimbaud dans les lieux « absolument modernes », sur des murs couverts de graffitis, sur des portes d'acier de transformateurs, sur toutes sortes d'interdits, sur la route de Charleville, sur celle du soleil : un Rimbaud pluriel, éphémère, errant.

C'est ce moment du collage qui est aussi le plus riche en découvertes, en rencontres. Une nuit, sur le boulevard Saint-Michel, j'ai été arrêté par un fourgon de police : papiers, constat, dégradation de monuments publics... la routine. Lorsque tout ça a été terminé, un jeune flic s'est approché : « C'est Rimbaud ? J'adore Rimbaud, vous pourriez m’en passer un en cachette ? »

La même nuit, un type qui m'avait suivi silencieusement pendant une heure m'a lanc » : « Tu lui as mis un jean, c'est pour 68? » Chacun son Rimbaud. Je pense à l’explosion fabuleuse de la dynamite multicolore emprisonnant la tête bleue de « Pierrot le Fou » qui révélait une image, bleue aussi, de mer et de ciel et la voix off d'Anna Karina. «Elle est retrouvée. / Quoi ? - L'Eternité./ C'est la mer allée / Avec le soleil. »

E. P. E.

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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 16:45
le Lundi 20 juillet 2009 nous avons publié : Ernest-Pignon Ernest à Montauban

Ernest-Pignon-Ernest à Montauban (suite)

(le dessin en cause sur la photo)
 

Notre monde est tel que le sexe des anges dessiné par l’artiste Ernest-Pignon-Ernest et apposé en grand format sur les murs de la Cathédrale se devait de susciter une réaction d’intégristes religieux.

Le journal la Dépêche du Midi a décidé de se faire l’écho, dans plusieurs éditions, de l’acte d’une famille prise en flagrant délit de destruction d’une œuvre art. Les coupables indiquent qu’avant d’agir par eux-mêmes (masquer le sexe des anges) ils s’étaient adressé en vain aux autorités pour faire enlever de telles œuvres qui choquaient leur sens religieux.

Observons que c’est par la réaction d’intolérance que s’ouvre la discussion sur la question, une question prise par le petit bout de la lorgnette ou le petit bout du sexe pour être plus précis.

Le combat artistique global du peintre – exposer ses œuvres dans la rue – apparaît secondaire par rapport à la polémique. Bien sûr des personnes invoquent la liberté artistique (Philippe Maurin) qui ne doit pas subir la moindre censure, mais l’art dépasse la liberté de l’art. L’adjoint à la Culture précise : « L’idée était d’apporter un élément de promotion de la superbe exposition du musée Ingres. » L’artiste produisant un œuvre-promotion ? Or il se trouve que si des personnes furent choquées par le dessin sur la cathédrale, d’autres le furent par l’exposition elle-même si l’on en croit le témoignage de cette personne qui, sur les cahiers enregistrant les réactions, regrette d’avoir fait le voyage pour découvrir une présentation d’œuvres insultantes vis-à-vis de la mémoire d’Ingres. L’art serait donc provocations face à l’histoire de l’art elle-même ?

 

Ce juste droit à la provocation qu’évoque Paul Duchein peut cependant, autant que la seule référence à la liberté, enfermer l’art (combien sont-ils à croire qu’ils font de l’art quand ils provoquent pour provoquer ?). Ernest-Pignon-Ernest, interrogé suite aux dégradations précise : « Je n’avais aucune intention de choquer. » Vu la forme qu’utilise cet artiste (le dessin le plus classique qui soit) nous pouvons d’autant mieux retenir son propos. Là où le bât blesse, c’est qu’à cette forme classique, le peintre associe une démarche inhabituelle. Si les deux dessins étaient restés dans le musée nous pouvons parier que l’envie de dégradation n’aurait pas touché des personnes qui ne vont jamais… au musée. Or l’artiste cherche au contraire à trouver une association efficace entre le dessin qu’il affiche et le LIEU où il l’affiche. Et en l’occurrence tout le génie est aussi dans cette rencontre entre, d’un côté la peinture d’Ingres qui est dans la Cathédrale (le vœu de Louis XIII), et de l’autre les détails de cette peinture, placés à partir de dessins d’Ingres, sur les murs de la dite Cathédrale ! Le vœu de Louis XIII n’aura jamais été autant regardé que depuis l’apparition des dessins ! Et là, nous tenons un autre type de réponse à la question : qu’est-ce que l’art ? Plus que d’exprimer une liberté ou de provoquer, l’art consiste à susciter un autre regard sur le monde en général, et notre monde intérieur en particulier (et pour cela il a besoin de liberté et d’audace).

 

En conséquence, les réactions d’intolérance, témoignent, grâce à l’œuvre, d’un double état d’esprit connu dans le monde actuel, celui offensif des intégristes de tous horizons, et celui plus défensif des démocrates qui aiment discuter d’une « œuvre-promotion » plus que d’un regard nouveau sur le monde. Peut-on changer la rue par l’art qui ne soit pas celui, marchandisé, des publicitaires ? Quand on prétend mettre dans la rue les dessins d’un artiste qui se tient loin les musées, pour assurer la promotion d’une expo du musée, n’y a-t-il par un contre-sens ? Même si tout est fait pour privatiser de plus en plus les rues, le lieu continuer d’être un moyen de rencontres sociales et je retire de toute cette polémique que le choix d’Ernest-Pignon-Ernest est un choix artistiquement riche de vie, pour qui veut affronter de face le monde actuel. D’où le dernier mot au peintre : « C’est amusant en un mois mes œuvres ont été prises pour cible à plusieurs reprises. En Palestine mes portraits du poète Mahmoud Darwish ont été lacérés par des religieux ; celui doit interroger.. ». Moins que la pérennité de l’œuvre tout tient dans la pérennité du combat pour la vie. D’où cet constat… peut-être provocateur pour les artistes eux-mêmes, la destruction d’une œuvre faite pour être détruire d’une façon ou d’une autre, est donc nettement moins sacrée, que le débat qu’elle peut enclencher.

29-07-2009 Jean-Paul Damaggio  

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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 17:07

Ernest-Pignon Ernest à Montauban

 

Le 4 juillet, visitant Montauban avec l’ami québécois, nous faisons une station obligée devant la cathédrale de la ville. Et là, surprise, j’aperçois sur la façade, dans une partie à mi-hauteur, deux dessins étranges. Je ne sais si la presse locale s’était déjà faite l’écho de cette anomalie, ni si les dessins se répètent ailleurs dans la ville, mais aussitôt je devine qu’il s’agit là de l’opération annoncée voici deux ans : Ernest-Pignon-Ernest plaçant sur nos murs la marque de son art.

J’avoue ma jubilation à décortiquer le dessin des deux « anges » en noir et blanc sur la façade blanche de l’édifice religieux qui tranche avec le rose de la ville, afin de rappeler que les autorités catholiques souhaitèrent ainsi dire merde aux protestants.

Comment… personne n’a crié au blasphème ?

Cet artiste me captive par une alliance sans équivalent entre classicisme dans la forme (le dessin le plus évident qui soit) et provocation sur le fond (le choix de l’art de la rue). Il inverse l’ordre ordinaire des « modernes » qui provoquent souvent par la forme, faute de pouvoir donner sens au fond de leur projet.

Le pari d’Ernest-Pignon-Ernest est immense : s’adressant au passant involontaire il pense pouvoir arrêter son regard quelques instants… malgré lui. Alors que dans le musée  le regard est arrêté avant même d’entrer !

Je garderai toujours le souvenir de ce débat montalbanais où un samedi après-midi, le plasticien qui pensait participer à un débat tranquille, découvrit face à lui, une cour de l’Ancien Collège, pleine à craquer de citoyens les plus divers, désireux de rencontrer le phénomène, et qui ne manquèrent pas de poser des dizaines de questions pointues (mon compte-rendu est sans doute quelque part). Les sous-terrains de nos sociétés seraient-ils habités plus qu’on ne le pense ?

 

Coïncidence, je lis à présent le témoignage du même artiste évoquant le comédien André Benedetto, un témoignage comme j’aurais aimé l’écrire moi-même : « En 1966, je suis allé au théâtre des Carmes. C’était en pleine guerre du Vietnam, et André jouait Napalm. C’était une charge poétique et politique d’une force incroyable avec des inventions scéniques de chaque instant. J’étais subjugué. Je suis allé le voir après la représentation et on est devenu amis. (…)

Il avait une rigueur, une exigence politique. Je me souviens de discussions âpres, d’engueulades terribles qui pouvaient durer des heures et des jours. Pour  Grand jeu politique sur le capitalisme monopoliste d’Etat, [sans doute la pièce : Le petit train de Monsieur Kamodé publiée chez les « gauchistes » de PJ Oswald] on a lu et relu pendant des mois, le Capital. Il y avait chez lui un côté lyrique et didactique qui côtoyait la poésie. »

 

Je découvre donc des liens entre deux hommes qui se sont épaulés et construits ensemble, deux hommes si différents et si semblables en même temps, deux hommes qui témoignent d’une époque perdue mais qui vivent tout de même avec nous, dans un présent incertain. Là, sur la cathédrale de Montauban, chacun jettera son œil personnel sur l’événement ; j’ai pu observer que personne n’est indifférent. Le spectacle du passant levant tout d’un coup la tête vers le dessin inusité est en soi réjouissant. Un dessin qui change avec l’évolution de l’ombre que fait la colonne, un dessin vivant parmi les vivants. Quelqu’un a-t-il déjà repéré d’autres dessins dans la ville ? 18-07-2009 Jean-Paul Damaggio

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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 15:58

Rencontre et témoignage sur Ernest-Pignon-Ernest

 

A ) Ernest-Pignon-Ernest rencontre le public à Montauban 28 septembre 2007

Ses premiers mots sont pour dire « je suis stupéfait ». En effet la salle prévue étant trop petite, le public (environ 400 personnes) s’assoit donc par terre dans la cour de l’Ancien Collège. Il précise qu’en conséquence, peu habitué à de tels débats en public, en plein air, où l’attention se disperse, la rencontre « c’est à vos risques et périls ».

La première question d’un homme qui se lève dans le public demande le rapport entre les dessins dans les grottes et le travail d’E-P-E (forme que je retiens pour dire Ernest-Pignon-Ernest).

- Privilège d’artiste, j’ai pu visiter la grotte de Chauvet avec ses dessins de 32 000 ans. Le dessin est universel. Une peinture peut être datée facilement, pas un dessin. Le dessin fait signe chez l’homme.

Autre question : que pensez-vous des « installations » ?

- Tout n’est pas du même ordre. Parfois je suis sensible et parfois c’est de l’ordre du vide-grenier, du bric à brac comme dans une école d’étalagiste. Les institutions, au nom de l’audace, jouent souvent la carte du superficiel (voir plus loin).

Autre question : que pensez-vous de Ben ?

- Je le connais depuis l’âge de16 ans. A Nice on habitait le même quartier. Il radote à présent. Son magasin en 1958-1959 fut un lieu superbe où j’ai croisé Armand, Le Clezio et Ben a apporté beaucoup sur la question de l’art conceptuel. Mais à présent, je l’ai croisé voici quinze jours, et il me fait de la peine.

Autre question : quels sont vos projets ?

- Je travaille sur les murs et il en est un symbolique en Palestine. Je dessine Darwich, le célèbre poète palestinien pour faire quelque chose sur le mur. Je pense aussi au Chili et au désert d’Atacama. Ou encore Robert Desnos à Compiègne.

Autre question : et Artaud à Rodez ?

- Je vis près de l’endroit où il est mort, j’ai déjà fait quelque chose sur Artaud.

Autre question : comment parler des exclus avec de la virtuosité ?

- Je comprends mal votre question. Vous voulez dire quand je dessine des exclus, je dois bâcler mon travail. Et l’intervenant précise : la virtuosité ne va-t-elle pas faire oublier les drames de l’exclusion ? Alors E-P-E précise que, dessiner pour la rue ou le musée n’implique pas les mêmes règles et que pour la rue c’est plus dur encore. Pour qu’il tienne sur un mur, pour qu’il s’inscrive dans un lieu il faut tout penser. Il ne s’agit pas de faire un dessin posé sur un mur. Il ne donnera rien. Il n’y a donc pas de virtuosité, il s’agit d’être exigeant d’autant que même le dessin dans la rue doit résonner avec l’histoire de l’art.

Autre question : êtes-vous un artiste engagé ?

- Je me méfie de ce terme réducteur à cause du traitement terrible que lui a fait subir le réalisme socialiste. Engagé ça traîne des casseroles. J’ai des engagements, ça c’est sûr.

Autre question : vos dessins de saintes ont - ils un rapport avec l’hystérie ?

- J’ai travaillé à Naples, je suis à côté de la Salpétrière, je m’intéresse aux mystiques tout en étant athée. J’ai repris les théories de Charcot sur l’hystérie, mais des amis psychanalystes m’ont dit que ce n’était pas aussi simple. J’ai abandonné ce travail.

Autre question : Ne seriez-vous pas plutôt en rapport avec Cézanne qui est l’opposé d’Ingres ?

- Je ne peux répondre dans ce cadre. J’ai beaucoup réfléchi à la question, j’ai discuté longtemps avec Paul Veyne admirateur de Cézanne et je ne peux dire qu’une anecdote, ici en ce lieu où j’ai du mal à me concentrer. Pour Jésus et les docteurs, ce sont des femmes qui ont posé pour dessiner des hommes, et dans des peintures de Cézanne ce sont des hommes qui posent pour des femmes.

Autre question : le dessin n’est pas à la mode.

- C’est vrai, j’en connais même qui disent que le dessin est un handicap pour la création. Il y a des provocations de nantis, ça passe. 

Autre question : avez-vous été déçu par la réception de vos œuvres ?

- Non, je ne fais pas d’enquête. Vous savez la réception de mon travail, ça peut être simplement une personne frappée dans la rue par ce qu’elle voit sans chercher la moindre référence et à l’opposé on a le spécialiste qui découvre que je dessine le portrait de Pasolini pris dans le Décaméron ce qui n’est pas un hasard quand on sait qu’il apparaît dans ce film pour dire seulement : « je suis le meilleur élève de Giotto ». Et je ne parle pas des références au Caravage. Il y a des lieux, il y a des émotions.

Autre question : avez-vous penser à faire votre auto-portrait ?

- Comme vous l’avez remarqué, j’adore faire des portraits mais je n’ai jamais pensé un seul instant à faire le mien. Ça ne m’est pas venu à l’idée, j’aurais peur. Dans mes portraits, je reviens à celui de Pasolini c’est pas seulement un visage, c’est inscrire dans le portrait toute une histoire.

Autre question : l’art est-il à la Genèse de la culture ?

- que dire ?

Autre question : il y a eu Rembrandt, Vinci, Picasso et il y a vous ?

- c’est une plaisanterie. Pour Picasso, je répète que c’est à cause de lui que je me suis mis à peindre. 

Autre question : que pensez-vous des institutions, biennales, galeries, musées ?

- Mon travail est a-typique et j’ai toujours travaillé en dehors des institutions. J’ai eu ma première exposition au Musée d’Art moderne alors que je n’avais vendu aucun dessin. Même si dans les institutions vous pouvez trouver des personnes capables, je pense beaucoup de mal des institutions. Après 1981 j’ai participé à des commissions et j’ai vu de l’intérieur ce monde de l’institution. Des élitistes, un clan. Avec les FRAC, les incultes ont pris encore plus de place. Comme ils font de la communication, ils ne vivent que par la mode. Ils n’ont aucune idée du service public, ils laissent sur la route de grands créateurs. C’est une censure qui élimine des pans entiers de la création. Ce sont des flics culturels et vu mon respect pour les flics je devrais employer un autre mot. C’est un art officiel mais là aussi c’est encore pire car il n’y a même pas de critère. Ils travaillent au coup par coup. Pour le théâtre, le service public a mieux joué son rôle, mais pour les arts plastiques, il suffit de s’aligner sur le marché. C’est un normatage et vous comprendrez, avec ce que je dis, que je ne sois pas bien vu. Ils se confortent les uns les autres. Catherine Tasca ministre de la culture a essayé de changer les choses mais sans succès.

Autre question : si vous ne pouviez plus dessiner que feriez-vous ?

- J’écrirais peut-être. Mon ami Cueco arrive à conduire les deux activités.

Autre question : quel est le premier moment qui vous a poussé vers votre forme d’art ?

- J’avais gagné un peu d’argent en dessinant pour un architecte et je me suis installé pour peindre pendant un an dans le Vaucluse. C’était en 65-66 et voilà que, près de mon atelier, il a été décidé d’installer des bombes atomiques. C’était sur le plateau d’Albion. Que faire ? De simples peintures à mettre dans des musées ? Il existait une image de Nagasaki où sur un mur on voyait le dessin d’une silhouette d’homme suite à l’explosion. J’ai repris cette silhouette et j’en ai fait un pochoir que j’ai peint autour du site. La technique du pochoir ne pouvait me satisfaire et ensuite j’ai donc évolué. En fait tout vient d’une incapacité. Je pensais qu’après Picasso il était devenu impossible de peindre. Alors j’ai cherché une autre voie.

Autre question : votre rencontre avec Ingres ?

- Mes dessins au musée c’est provisoire. C’est suite à la proposition de Florence Viguier que j’ai commencé. Je n’avais pas vu les ambiguïtés d’Ingres. Je n’avais pas mesuré son geste à sa juste valeur. Et ma passion pour Naples est relancée par la quête de cette peinture d’Ingres, la dormeuse de Naples. Peut-être y aura-il quelque chose d’autre à Montauban ? (Il se tourne vers Florence Viguier pour dire si on peut en parler et elle précise que, d’ici deux ans, il existe un projet pour interroger à plusieurs la modernité d’Ingres et peut-être qu’E-P-E pourrait revenir avec intervention dans les rues mais rien n’est décidé)

Autre question : vous travaillez dans l’éphémère ?

Un jour Francesco Rosi m’a téléphoné pour me dire qu’il lui était difficile de filmer Naples sans mes dessins. Je cherche à ce que s’établissent des relations, du mouvement, ce n’est pas « l’objet » ma finalité, c’est donc l’éphémère. Il existe la photo mais ça ne rend pas compte du travail. Mes œuvres ne supportent pas le cadre et le premier travail du photographe c’est de cadrer ; mes œuvres c’est le mouvement et la photo fige. La photo, c’est une trace. Imaginer la pérennité de mes œuvres ça ne me plairait pas.

 

Autre question : que pensez-vous des minimalistes ?

-

Autre question : la réception des jeunes ?

- Je ne sais pas. (Là, Florence Viguier indiquera qu’avec cette expo la fréquentation du musée a pris un coup de jeune et une prof précisera qu’il y a des années, elle parla dans sa classe de E-P-E et qu’il lui est arrivé dernièrement de retrouver un jeune qui restait au courant des travaux de l’artiste. Mais, deux jours avant, nous avions eu un autre son cloche : nous avons écouté une guide de l’expo qui indiqua au contraire qu’au premier abord les jeunes n’aimaient pas ce monde en noir et blanc, ce dessin classique).

Autre question : le rapport avec le « ready-made » ? 

- C’est dans un conversation comme aujourd’hui que j’ai compris que j’allais à l’opposé du « ready-made » ; Marcel Duchamp sort un urinoir de son contexte, il le place au musée et ça devient le signe de l’urinoir et non l’urinoir. Moi je fais un dessin et le mur devient le signe du mur. Dans le catalogue cette question est évoquée avec plus de vocabulaire que je ne le fais.

Autre question : l’expérience d’Alger avec Maurice Audin ?

- L’histoire de Maurice Audin, un jeune mathématicien tué par les troupes de Massu, j’ai voulu la porter sur les murs d’Alger. Dans ce cas, j’ai écouté les amis algériens qui me demandèrent d’éviter tout affichage la nuit. Le jour, j’ai eu une interpellation d’un policier qui n’aimait surtout pas que je prenne des photos. J’ai demandé à faire venir un chef puis un officier est arrivé et il m’a dit : c’est bien, je vais expliquer à mes hommes qui était Maurice Audin. Là où vivait Maurice Audin c’est par contre la population qui me créa des problèmes. J’ai collé une affiche dont on gratta la tête. Alors je suis revenu, il y a eu des grosses discussions. C’était des « Barbus » ils « affirmaient leur truc quoi » (-là je reprends exactement la formule de E-P-E) et finalement l’un d’eux déclara qu’il s’agissait d’un défenseur de l’Algérie indépendante. Ensuite mes amis qui comprenaient l’arabe m’indiquèrent qu’il présenta, à ses amis, Audin comme juif et communiste. Henri Alleg était juif pas Maurice Audin.

Autre question : et à Soweto ?

- Nice était jumelée avec une ville de l’apartheid grâce à Medecin. J’avais donc lancé une action contre ce jumelage. Ensuite, après la victoire de Mandela on m’invita là-bas où je pensais travailler sur le multiculturalisme. Les discussions se conclurent par cette évidence : il fallait que mon intervention porte sur le SIDA. Vaincre le SIDA comme ils avaient vaincus l’Apartheid. Dans ce cas je n’ai pas collé moi-même les affiches. L’action de coller permettait un rassemblement et une discussion publique.

Un spectateur apporta la conclusion : Vous mettez les saintes et les exclus au même niveau, dans la rue, et c’est bien.

 

B ) Témoignage personnel :

J’avais un souvenir d’E-P-E. Je ne savais trop quoi mais quelque chose. Après la visite de l’exposition ce souvenir resta flou mais plus présent que jamais. J’ai repris mes archives et au bout de diverses tentatives je suis tombé d’abord sur la Une du journal Révolution du 22 février 1985 : La photo d’Edouard Pignon avec ce titre : Edouard Pignon : un peintre grandeur nature. C’est six mois auparavant le 12 octobre 1984 que je découvre en Une « Pour Pier Pasolini » et dans ce dossier, les dessins sur Pasolini qui étaient dans l’exposition de Montauban. Malheureusement, si l’entretien avec Edouard permettait de comprendre sa démarche, la présence des deux dessins de Pasolini réalisés par Ernest, étaient nue. On peut me répondre : qu’importent les explications puisque les dessins sont restés vaguement dans ton souvenir ? Pasoloni, nu, la tête en bas sur un mur en ruine à côté d’un porche par lequel on découvre au fond la modernité de logements sociaux, avec une grand-mère qui monte, j’ai été frappé mais j’ai dû attendre 20 ans pour comprendre et c’est beaucoup. Et pour comprendre par une rencontre incompréhensible entre l’académisme d’Ingres et l’anti-académisme de E-P-E. Je suis qu’Ingres, sur sa marge, se distingua mais faire de sa marge l’essentiel d’Ingres, c’est comme faire de Tocqueville un démocrate. Mais bon, le monde avance aussi par le négatif. Après vérification, le discours anti-institution d’E-P-E se trouve dans un livre d’entretiens avec Alain Finkielkraud et Charles Matton (suite à l’émission Répliques sur France-Culture), éditions Tricorne 2002. Le lien avec Bernard Lubat et André Benedetto apparaît plus profondément.

Edouard Pignon c’est l’oncle, qui travailla avec Picasso, et qui fut le compagnon d’Hélène Parmelin si je ne me trompe pas. Il continua le figuratif quand la mode était à l’art abstrait. « S’approcher non pas des choses, le réel, la réalité, mais de leur articulation. » Tel était le projet. Pierre Courcelles écrit : « Comme Cézanne, il va sur le « motif », pour des raisons qui ont entre elles quelque parenté. ». Edouard Pignon rappelle son combat contre le réalisme socialiste. Il a publié seulement deux livres : A contre-courant chez Stock en 1974 et La quête de lé réalité chez Denoël en 1985.

 

P.S. 2010 : Ernest-Pignon-Ernest m'indique qu'il n'a aucun lien avec Edouard Pignon. Merci pour cette précision.

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:01

En direct d’Avignon 2008, voici un témoignage sur une exposition gratuite qui a lieu dans un Cloître de la ville à l’invitation du Conseil général.

Ernest-Pignon-Ernest reste le même avec cette expo sur sept femmes en extase rassemblées au fond du Cloître Saint-Charles. Le même par l’éphémère : les toiles sont de grandes feuilles non encadrées qui en conséquence semblent se plier, se tordre et se défaire. Le même par l’éphémère : les toiles subissent un éclairage variable comme varie la lumière du jour au cours d’une journée. Le même par le dessin : toujours du noir et blanc et toujours ce soin du détail. Le même par le dessin : des expressions par les CORPS en extase. L’expo indique seulement qu’il s’agit de sept femmes avec leur nom (une documentation est offerte au visiteur) mais rien ne permet de savoir qui est qui. Pourtant la documentation donne les présentations historiques de Madame Guyon, Marie de l’Incarnation, Thérèse d’Avila, Catherine de Sienne, Angèle de Foligno, Hildegrande de Bingen et Marie-Madeleine. En clair des personnes de chair et de sang qui décident d’oublier leur corps, pour être au-delà de la chair et du sang. 

En plus du jeu de lumière, les feuilles dessinées sont accrochées au dessus d’un bassin à l’eau immobile. L’ambiance est sobre et toute la pièce fait corps (c’est le cas de le dire) avec le travail de l’artiste. On sent cependant venir chez Ernest-Pignon-Ernest, l’heure d’une mutation qui n’est pas son entrée au musée, mais son entrée dans un livre magnifique qui accompagne l’expo pour la dépasser très largement. L’artiste est connu pour ses collages dans la rue. Pour les mystiques qu’il n’a jamais pensé inscrire dans cet espace public, il a donc choisi une salle ordinaire d’un cloître désaffecté. Mais comme à son habitude il a cherché à ce que son matériau de travail soit aussi un objet de son travail. Les feuilles de papier sont donc distordues pour empêcher la sensation de feuille à plat et donner ainsi vie à l’œuvre. Ensuite vient le dessin qui passe cependant par le modèle, Bemice Coppieters. Toutes les femmes dessinées sont donc une même femme que l’artiste présente ainsi : « Son implication, sa disponibilité, son fascinant talent de danseuse, son potentiel d’expression ont été essentiels. Ce qu’elle proposait à partir des esquisses et des lectures que je lui soumettais, anticipait le dessin à venir et le fondait. » J’ai retrouvé là toute la modestie du propos d’Ernest-Pignon-Ernest que j’avais entendu un an avant à Montauban. Que répondra-t-il aux questions des Festivaliers le 12 juillet ? A suivre. 11 juillet 2008 Jean-Paul Damaggio

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