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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 15:46

claude-julien.jpg

 

Le document ci-dessous auquel vous pouvez accéder par le lien me permet à la fois de rendre hommage à Claude Julien et d'inciter à réfléchir au cas Front national en prenant un peu de recul.

Le Monde diplomatique d'où vient cet article a fourni plusieurs types d'articles en cette période 1995-1998 puis visiblement, peut-être parce que le FN est devenu une habitude, il a laissé à d'autres cette réflexion.

JP Damaggio

 

claude_julien_le_front_national

 

 

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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 14:31

courtot.jpg

 a) Je ne focalise pas sur la question FN comme ceux qui s’en servent comme épouvantail, je ne la traite que comme un symptôme.

b) Le dessin ci-dessus du journal Vivre et Lutter a été repris dans le livre Récits de politique sentimentale sur les années 1970-1990 en Tarn-et-Garonne, de Jean-Paul Damaggio avec dessins de Jean-Marie Courtot. (auto-édition)? Publié en 1991, je n'ai jamais trouvé meilleur analyse politique.

 Voici l’opinion de Clémentine Autain.(Politis n°1035)

« Est-ce que, tout de même, il n’y a pas eu certaines erreurs d’analyse sur le Front national ?

Bien sûr. Dire qu’il y aurait 25 % de fascistes en France serait absolument faux. Il est important d’observer que le parti de Marine Le Pen n’est pas celui de Jean-Marie Le Pen. Le Front national a fait une mue qui le sort de ses outrances d’hier. Ça ne veut pas dire que ce n’est plus un parti raciste, xénophobe, autoritaire, mais il veut aujourd’hui rentrer dans le cadre démocratique. Marine Le Pen veut prendre le pouvoir et, pour cela, flirte avec la droite classique. Et elle capte les préoccupations sociales. Cela pose à la gauche une difficulté réelle. Pourtant, le Front national ne défend pas la protection sociale. Il porte le discours sur les « assistés », contre ces Français prétendus fainéants. Il est du côté de la propriété et du libéralisme économique. L’extrême droite se positionne à la fois dans l’antisystème et dans la réaction radicale. À nous de dire la dangerosité de son projet, notamment pour les catégories populaires. Il faut assumer la confrontation franche avec lui tout en sachant que c’est l’attractivité de notre propre projet qui sera déterminante pour faire reculer le FN. Cela suppose de nous dissocier plus clairement de la politique du gouvernement et de la majorité du PS. »

 Commentaires

1 – Si le FN est toujours là, aussi puissant, c’est qu’il y a forcément des erreurs d’analyse et des erreurs graves.

2 – Mais l’analyse n’a jamais été de dire simplement que le FN était un parti fasciste. J’ai toujours lu que c’était un parti d’extrême-droite.

3 – Donc on arrive au lieu commun médiatique qui vise à différencier le FN d’hier et d’aujourd’hui. Hier il aurait été un parti raciste etc. et aujourd’hui il flirte avec la droite. Justement toute l’erreur est là. Hier le FN était contre tous les partis et aujourd’hui il est contre tous les partis. Hier il était un repère simple et aujourd’hui aussi. Je prétends que le succès du FN c’est non pas son changement mais sa permanence dans toujours les mêmes slogans, avec le papa ou la fille, qui, certes, peut donner une image moins sinistre (tout comme quand Le Pen a enlevé son bandeau noir sur l’œil) mais l’image compte très peu ! Et le discours, entendu depuis toujours, sur la dénonciation du double langage du FN, n’a jamais convaincu même s’il est juste car en matière de double langage TOUS les partis répondent présents. Le double langage du FN pèse peu par rapport justement à ses permanences !

4 – « A nous de dire la dangerosité de son projet » mais là encore, cette dangerosité a été dénoncé depuis des lustres.. et sans succès car tout citoyen un peu attentif sait que pour le moment nous assistons à des projets mis en œuvre dont la dangerosité et visible. Bien sûr, tous les dangers ne sont pas de même nature…

Le succès du FN ne doit rien au FN mais doit TOUT aux faillites des autres partis, d’abord le PS (la gestion Mitterrand puis Jospin puis Hollande) qui a cependant cru qu’il pouvait utiliser le FN pour diviser la droite (et le FN l'a éliminé en 2002 !) ; puis l’UMP (qui a toujours hésité dans la forme de réplique). Et plutôt que de s’interroger sur elle-même l’autre gauche cherche des poux dans la tête de Marine ! Elle a eu tout faux concernant le rapport à la nation, au travail, à la culture, à l’écologie et le score du FN est là pour nous le rappeler, car en principe, c’était cette gauche qui pouvait espérer récupérer les déçus des autres politiques. L’espace d’un temps, de 2002 à 2009, la LCR-NPA y a réussi en partie avec de petits moyens.

5 – L’erreur du côté des alternatives de gauche a été de croire que le FN pouvait se fondre dans la droite alors que le FN a toujours dit et répété, en toute clarté, qu’il dénonçait la droite autant que le PS dans cette formule choc : l’UMPS (avant la naissance de l’UMP la position était la même). Mais les filous de la politique, ne voyant que filouterie partout, ont cru que cette double dénonciation était seulement tactique, alors qu’en 1997, la dite stratégie ni droite, ni gauche, a conduit... à la victoire de Jospin par les trianglaires assurées par le FN ! Une stratégie du ni-ni si forte que c’est sur elle que Waechter s'est appuyé pour sortir l’écologie politique de la marginalité, en 1989 !

6 – Oui, me dit-on, mais tout de même Marine, elle présente mieux que son père ! Parce que le père Le Pen, tête de liste dans le Sud-Est a fait perdre des voix au FN ? Le soir des élections, un journaliste interroge le père et tente de le mettre en contradiction avec la fille : « Votre fille a réussi ce que vous n’avez pas réussi. Pourquoi ? » Une question qui ne peut qu’amuser au sein du FN. Réponse : mais parce que Sarkozy s’est planté après le règne de Jean-Marie Le Pen. Pour étudier le FN, je prétends qu’on ne peut qu’étudier qu’une seule réalité le représentant : ses scores électoraux. On ne peut étudier ses réalisations, ses projets (il n’en a pas), ses militants (ils sont invisibles) mais par contre la matière fournie par les résultats électoraux est riche. Depuis toujours le FN est beaucoup plus puissant dans la partie Est de la France que dans la partie Ouest. Pourquoi ?

Je ne sais si la donnée ci-dessous des résultats a été publiée quelque part mais j’ai tenu à la reconstituer. Dans les huit régions, le FN fait du simple au double ! Aucun autre parti n’est dans ce cas. Et ensuite, il faut aller en fait au plus près, dans chaque département, et même dans chaque ville. Au sein de la commune de Montauban les résultats vont aussi du simple au double, pourquoi ?

Quand on sait que les analystes de la vie politique sont surtout à Paris et que c’est justement en Ile de France que le score FN a toujours été le plus faible, ça explique peut-être les erreurs d’analyse. Or au sein de l’Ile de France il existe aussi des scores du simple au double.

Et cette situation nous renvoie alors à des discours anti-paysans classiques : « Bien sûr, les campagnes attardées c’est normal, elles votent FN… » J’ai même entendu il y a longtemps cette question posée à José Bové embarrassé pour répondre, alors que tous les sondages sorties des urnes montrent que les paysans ne votent pas plus FN que le reste de la société, alors que son département rural de l’Aveyron vote si peu FN…

Je crains que les erreurs d’analyse du FN ne se perpétuent encore longtemps dans une classe politique immobile ! Erreurs qui font tant le bonheur… du FN ! Jean-Paul Damaggio

 

 

Sud-Est

Est

Nord-Ouest

Sud-Ouest

Ouest

Centre

Ile de France

FN

28,18

28,9

33,6

24,7

19,3

24,1

17

UMP

22,4

22,7

18,7

18,5

19,6

21,3

21,7

PS-PRG

11,8

13,2

11,7

15,7

15,6

15,8

14,2

Centre

8,4

5,2

9,3

8,6

12,2

9,9

12

EELV

9,3

6,4

7,1

11,4

10,3

6,8

9,6

FdG

5,9

5,2

6,3

8,5

5,1

7,4

6,4

 

 

 

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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 11:21

Les trois élus FN du Grand Sud-Ouest sont déjà des cumulards.

Le premier d'entre eux, Louis Aliot est un cumulard de longue date. Aujourd'hui, il court avec trois casquettes : conseiller municipal de Perpignan, conseiller régional du Languedoc-Roussillon et député européen.

La deuxième élue Joëlle Mélin, vient d'Aubagne, ville bien connue dans le Grand Sud-Ouest, et a déjà obtenue un poste de conseillère régionale en Provence Côte-d'Azur. Pourquoi n'est-elle pas restée dans le Sud-Est ? Elle est membre du bureau politique du FN.

Enfin, troisième élu, Edouard Ferrand est lui conseiller régional de Bourgogne et conseiller municipal de Sens. Comme les deux autres élus, il est au bureau politique du front qui ne contient presque que des élus !

 Pour corser le tout nous avons le cas inverse puisque la conseillère municipale de Gaillac, Marie-Christine Boutonnet, déléguée communautaire de Tarn et Dadou, est aussi conseillère régionale depuis 2010 pour la région Champagne-Ardenne, et elle devient députée européenne d'Ile-de-France !

Elle avait été conseillère régionale Midi-Pyrénées de 2004 à 2010.

 

La géographie leur importe peu ! Jean-Paul Damaggio

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 19:08

carte-FN-2014-blog.jpg

 

En noir les zones où le FN fait plus de 30% 

 

Résultats par bureaux de vote

 

Depuis 30 ans j’étudie l’évolution électorale du FN dans mon petit département que je connais bien, pour l’avoir parcouru en tout sens pour des raisons professionnelles et autres (militantes par exemple).

Loin des commentateurs habituels, des clichés, des fausses inquiétudes et des jeux théâtraux, loin des émotions d’un soir, des tricheurs professionnels qui ne font métier que de parler (réfléchir ça coûte trop), je constate qu’en trente ans (puisque tout commença fortement aux européennes de 1984) les lignes de force sont les mêmes pour le vote FN. Sauf que son électorat lui étant fidèle après le premier vote, années après années il emmagasine. S’il y a eu des creux cela a tenu à la guerre que Mégret fit au FN pendant deux ans et à la capacité éphémère de Sarkozy de siphonner une part de cet électorat. L’éphémère ce n’est pas le FN comme l’a pensé une certaine gauche jugeant qu’une gesticulation lancée par Harlem Désir et la main jaune de SOS racisme pouvait suffire à régler le problème. Mais nous savons que ce combat là n’était en fait que la base de lancement d’une nouvelle génération du PS dont le bilan est désastreux.

Bref, j’ai repris mon étude minutieuse et je constate que les points forts du FN en Tarn et Garonne sont toujours les mêmes depuis… 1984. Avec une seule anomalie qui se vérifie un peu partout : le vote urbain ne progresse pas autant que le vote général ce qui fait que Montauban (25 %) sort du noir du la carte (c’est la grande commune au centre).

Le Tarn et Garonne avec 30,39% de voix pour le FN reste, comme toujours depuis 1984 le département el plus FN de Midi-Pyrénées.

Il distance même le Tarn qui a du mal à suivre avec ses 26,42%.

Inversement l’Aveyron continue de faire la course en queue avec seulement 18,88% comme le Lot qui est même un poil en dessous : 18,82%. Le « seulement » est évidemment relatif ! Ce score correspond au nord est du département du Tarn et Garonne qui avec le canton de Caylus continue d’être une zone blanche sur la carte.

Plus notoire : c’est l’Ariège fortement socialiste qui est le troisième département avec 23,83%.

La Haute-Garonne conformément à l’habitude a un score relativement faible avec 21,12% devancé à peine par le Gers avec 21,86%. Enfin les Hautes-Pyrénées ont eu 20,3% toujours pour le FN.

Donc du plus fort au plus faible on a :

Tarn-et-Garonne / Tarn / Ariège / Gers / Haute-Garonne / Hautes-Pyrénées /Aveyron /Lot.

Voici l’ordre en 1995 pour les présidentielles :

Tarn-et-Garonne / Tarn / Haute-Garonne / Ariège / Gers / Aveyron/ Hautes-Pyrénées /Lot.

 

La Haute-Garonne a rétrogradé de deux places, tandis que les Hautes-Pyrénées en ont gagné une mais à l’époque les scores allaient de 15,7 à 7,7 !

 

Une étude pour tirer quelles leçons et pour lutter dans quel sens ?

J’ai donné des éléments sur ce blog et par ailleurs depuis trois ans je prépare un livre bilan mais c’est vrai ce n’est pas là mon obsession alors ça traîne…

 

Jean-Paul Damaggio

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 18:22

FN-Villeneuve.jpg

 Dans un article bien fait mes amis du journal  La Feuille s’étonne que le FN ait pu, à Villeneuve sur Lot, balancer la militante locale, pour permettre la promotion du petit jeune qui est venu y briller, avec fiches à l’appui de ses commanditaires, au cours de la dernière élection législative partielle. «Reste à savoir si les électeurs apprécieront cette cuisine électorale. Sans compter que le FN se prive ainsi des réseaux de Martin (la tête de liste écartée) et démontre que ses méthodes copient celle des partis qu’il critique ! Mais seul compte le résultat, pas les gens. Exit donc Martin, place au jeûnot ! »

L’article part du principe que le FN veut accéder à la gestion municipale, or tout démontre depuis qu’il a des élus, que c’est le dernier de ses soucis ! Que fait Marine Le Pen au Parlement européen ? Et les deux députés à l’Assemblée nationale ? Que font les conseillers régionaux ? Et les rares maires élus furent vite écartés ! Je ne sais s’il existe une étude sur le turn-over chez les élus FN mais mes observations locales sont claires : même un ténor comme Bernard Antony a été renvoyé dans les roses !

Où est le problème pour le FN ? Il est double :

- un élu détient un pouvoir du peuple or tout militant ne doit détenir son pouvoir que des chefs !

- la gestion, c’est peine perdue pour lui, car en fait le FN ne veut pas gérer, il veut seulement saccager.

 Le PCF a longtemps considéré que par ses élus il allait prouver que sa capacité de gestion était un laboratoire porteur d’hégémonie dans la société, car comme tous les partis de cette génération, il fallait se construire par en bas même dans un parti centralisé.

A l’ère où les médias font de la politique une marchandise, un passage à la télé vaut cent fois plus qu’un porte à porte épuisant et le FN trouve là une cohérence avec sa propre démarche.

Les municipales sont donc des élections condamnées pour lui, surtout que juste après, il y a les Européennes où par contre, le FN est destiné à briller le plus ! A Villeneuve le petit jeune Bousquet-Cassagne prépare indirectement les Européennes où il devrait être en bonne place.

 Ce que par contre le journaliste de La Feuille pointe très bien c’est que ce parti a besoin de militants faciles à manipuler et c’est en effet le cas du produit Bousquet-Cassagne que Marine Le Pen et ses amis utiliseront le temps nécessaire avant de le jeter pour le remplacer par un autre qui frappe à la porte.

 Quant au débat récurrent sur l’alliance droite-FN et qui est né dès 1983, il se produira de manière marginale mais il concerne peu l’UMP et plus le FN car pour s’unir il faut être deux et le FN est et reste… ailleurs. Je crains cependant qu’après Villeneuve sur Lot ce soit Moissac qui défraie la chronique en 2014 avec un homme issu de la droite, conseiller sortant, qui a le soutien du FN dans une ville où ce dernier faisait 21,4% au premier tour des législatives avec une candidate totalement inconnu. La candidate PRG avec soutien PS avait fait 37% (union qui nous vaut une guerre totale pour les municipales) et le candidat de droite 19 % plus 7 % du côté de la droite dissidente. Il y aura au minimum une triangulaire faisant le jeu de ce conglomérat extrémiste qui peut gagner. N’étant pas favorable à l’union sacrée contre le FN, c’est dès à présent qu’il faut chercher à isoler cette opération.

J-P Damaggio

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 19:27

Voici l'article que le journal algérien consacre au roman : Bordeaux-Vintimille. JPD

 

Il y a 30 ans, l’assassinat de Habib Grimzi

Bordeaux-Vintimille, le roman du journaliste Jean-Baptiste Harang, s'inspire de l'assassinat de Habib Grimzi. Un fait divers qu'il a couvert pour Libération.

 Balancé vivant d’un train parce qu’Arabe ! Le crime sauvage commis par de futurs légionnaires avait suscité beaucoup d’émotion, en novembre 1983. L’Etat français marquera solennellement, aujourd’hui, le trentième anniversaire de l’assassinat du jeune Algérien, par le dévoilement d’une plaque du souvenir. Le ministre délégué à la Ville, François Lamy, inaugurera aujourd’hui à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) une plaque à la mémoire de Habib Grimzi, touriste algérien battu, puis défenestré du train Bordeaux-Vintimille le 14 novembre 1983, par de futurs légionnaires ivres clamant leur haine des Arabes. Cette commémoration officielle de l’Etat français intervient alors qu’on assiste avec inquiétude ces derniers temps à une montée débridée des expressions racistes dans les médias et que des quolibets désobligeants sont prononcés à l’encontre de personnalités, comme par exemple la ministre de la Justice, Christine Taubira, originaire des Antilles. Il y a trente ans, le racisme était passé à l’acte sans complexe. Cette semaine marquera le trentième anniversaire de cet événement qui avait causé beaucoup d’émotion alors. Il faut dire que ce crime inqualifiable se produisait alors que les jeunes Maghrébins (dit «beurs») s’élançaient, depuis la banlieue lyonnaise, dans une marche pour l’égalité des droits, une marche ambitieuse qui se voulait aussi une dénonciation du rejet xénophobe qui les visait. Pourtant, la victime de l’assassinat raciste de ce funeste 14 novembre 1983 dans le Sud-Ouest n’était pas un jeune immigré. Il s’agissait d’un jeune Algérien en vacances en France.

Habib Grimzi se rendait à Marseille pour reprendre le bateau du retour vers l’Algérie après trois jours de vacances. Hélas, il devait croiser trois jeunes engagés dans la légion étrangère à Aubagne. Le journaliste Jean-Baptiste Harang était alors reporter pour Libération. Des faits jusqu’à la cour d’assises, il a suivi de près l’affaire, faisant parler des témoins dont il utilise les propos dans un livre intitulé sobrement Bordeaux-Vintimille. L’ouvrage comporte des révélations sur les événements. Si le livre n’a rien d’une fiction, le romancier a préféré changer le nom de la victime, l’appelant Rachid Abdou : «Ce 12 novembre 1983, il est un peu triste, déçu. Il rentre déjà.» «Voilà des années qu’il y pense à cette visite à Bordeaux, depuis qu’il échange des lettres assidues avec Patricia, Patricia qu’il n’a jamais vue, qu’il n’a pas choisie. Lorsqu’il était lycéen, un professeur avait organisé avec une classe de Bordeaux un partage d’adresses afin que chacun puisse correspondre en français entre France et Algérie. On ne choisissait pas…» De missive en missive naquit l’idée de traverser la mer pour se voir. Ce qu’il fit, économisant sou après sou. Tout se passe bien. Une rencontre paisible entre un garçon et une fille, puis un repas chez ses parents qui, après le crime, diront : «Il était agréablement surpris de l’accueil des Français, étonné de ne pas être traité de sale étranger.»

 Procès

Le séjour s’achève et la jeune fille accompagne Habib au train, avec certainement la promesse d’une nouvelle rencontre, en Algérie peut-être... Sauf que le destin en décida autrement. «Nos gaillards sont sur le quai, écrit Jean Baptiste Harang, les poches gonflées de bouteilles de whisky et de vin rouge.» A presque  minuit, le 13 novembre, le chef contrôleur du train découvre Habib en sang, accroupi, prostré. Il lui propose de venir à l’avant du train pour échapper à ses agresseurs. Grimzi refuse pour ne pas avoir à passer devant eux. Le contrôleur le place alors à l’arrière du train, fermant à clé l’accès au reste du train. Sauf que le chef ne prévient pas les autres membres de l’équipe de bord. Les agresseurs veulent la peau de l’Arabe. Ils tentent de défoncer la porte de la dernière voiture pour y accéder. Ils expliquent à un contrôleur que c’est pour rejoindre un ami qui s’y trouve… L’homme ouvre. Grimzi est entre leurs mains, «terrorisé». «Les trois hommes ivres d’alcool et de rage se bousculent, se disputent le premier rang pour donner les meilleurs coups...» Le drame est consommé. Quelques minutes plus tard, ils balancent l’Algérien hors du train lancé à toute vitesse dans la nuit noire. Dans son livre, nourri de sa présence au procès des criminels, Jean-Baptiste Harang fait œuvre utile en débroussaillant une histoire terrible. En 1985, l’acteur originaire d’Alger, Roger Hanin, y avait consacré un film sous le titre Train d’enfer.

* Jean-Baptiste Harang, Bordeaux-Vintimille, roman, Grasset, janvier 2013, 121 pages.

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 18:52

Le FN est quasiment première force électorale du pays même si aux présidentielles Marine Le Pen est arrivée en troisième position. N’oublions pas que le candidat UMP comme celui du PS étaient des candidats de coalition alors que le FN est toujours un parti à lui tout seul. En conséquence, analyser son évolution c’est analyser une part importante de la France électorale. La difficulté c’est qu’étant absent des institutions le FN ne devient visible que par courts instants les soirs d’élection. Suite aux événements bretons Emmanuel Todd dans un article de Marianne où il apporte de justes analyses se trompe totalement – du moins à mes yeux – concernant sa vision du FN.

 Voici ce qu’il dit :

« A cela vient s'ajouter un autre élément de cohésion : la Bretagne est une région où l'immigration ne compte pas. Il suffit de feuilleter l'annuaire du Finistère pour s'apercevoir que les noms y sont massivement bretons. Ces milieux populaires ne sont pas divisés par l'immigration. Cette société politique n'est pas désorganisée par le Front national, insignifiant régionalement. Ce que montre paradoxalement la révolte bretonne, c'est à quel point le FN, parce qu'il divise les Français, est une aide au système, fait partie du système. Quand le FN n'existe pas, la société a la cohésion nécessaire à la révolte. »

 Et plus loin :

« Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui attendaient plutôt une révolte des banlieues ?

E.T. : Je répondrai qu'il y a déjà eu une révolte des banlieues, en 2005, qui relevait d'une même logique : l'abandon de régions entières par les élites et les groupes nationalement dominants. La révolte des banlieues a d'ailleurs aussi démarré, autour de Paris, dans une région où le Front national ne compte plus, cette fois-ci parce qu'il y avait déjà eu tant d'immigrés que la question de l'immigration était dépassée. Ça se confirme : la faiblesse du FN permet la révolte. Le FN sert le statu quo : Marine Le Pen et l'UMPS, même combat. »

 

Le lien vote FN-immigration ?

C’est un lieu commun, la puissance du FN viendrait de son discours anti-immigré.

Je ne vais pas nier cet élément mais il est parmi plusieurs autres. Dès sa naissance, le vote FN divise la France en deux parties, par une ligne qui va du Havre à Perpignan avec à l’ouest (donc en Bretagne) un FN plus faible qu’à l’Est. La Bretagne n’est donc pas un cas breton pour le vote FN. L’Aveyron, le Gers, les Pyrénées-Atlantiques, l’Ariège etc. suivant la logique développée, pourrait être tout autant une zone de révolte, d’autant qu’il s’agit aussi de zones agricoles.

En 1974 le FN n’évoque absolument pas le cas des immigrés dans sa campagne électorale. Il se rattache à cet argument quand le néo-libéralisme du début des années 80 relance un égoïsme social qui commence à tuer les solidarités classiques. Par contre, dès 1974 le FN a un argument structurant duquel il n’a jamais dévié : il est seul contre tous. Cet argument fait que malgré les écarts de départ entre Ouest et Est (que je n’explique pas ici) le vote FN sera toujours national. Il augmentera et baissera partout dans un même mouvement. Les caciques locaux du FN ne seront pour rien (ou si peu) dans le vote FN. Bruno Megret en créant le MNR a cru qu’il était en phase avec une part de l’extrême-droite puis il a découvert que la marque de fabrique FN était incontournable comme vont le découvrir (sauf Bompart à Orange) les autres caciques. Dans la partie Ouest deux départements se distinguent parmi les bons résultats FN dont le mien le Tarn et Garonne, et les immigrés sont souvent rares là les scores FN brillent ! La France aux Français ça marche mais pas seulement dans sa version raciste.

 

Le FN pour tuer l’esprit de révolte ?

Là aussi, je ne vais pas nier cet élément mais le néo-libéralisme a des atouts plus conséquents pour tuer l’esprit de révolte. Dans une brochure j’ai démontré comment le marketing politique œuvrait à cette fin. Il se trouve qu’en fait une part de l’esprit de révolte se fourvoie dans le FN qui gangrène toute la vie politique, sans être aux affaires.

La notion d’UMPS qu’utilise Todd n’est-elle pas une notion chère au FN ? L'UMP et le PS peuvent faire des politiques proches je considère qu'ils restent deux partis distincts, comme le FN est distinct de l'UMP, et le PS du PCF. Mais là aussi c'est un autre débat.

En fait, Todd fait de la révolte un absolu, sans se préoccuper du pourquoi et du comment, en se basant sur le fait que la Révolution française elle-même est née de la confusion. Il établit donc un parallèle entre 2005 et 2013 toujours sur la base du fait que l’immigration n’est plus là pour diviser le peuple. Il crée ainsi deux homogénéités factices : « les banlieues », « la Bretagne » pour deux révoltes qui n’ont rien de commun. En conséquence cherchons ce que Todd entend par révolte.

 Dans le Marianne du 26 octobre 2012, il y a donc un an, Todd répond à des questions où il fait l’éloge de François Hollande :

« Marianne : Le moral du pays est au plus bas et nous sommes en plein «Hollande blues». Les critiques viennent de la droite, ce qui est logique, mais aussi des médias et de la gauche. Vous avez exprimé l'idée, durant la campagne électorale, que François Hollande pourrait devenir un Roosevelt français. On n'y est pas, non ?

Emmanuel Todd :Ce blues est journalistiquement correct, mais historiquement absurde. Je suis historien et toujours dans le bonheur d'être débarrassé de Sarkozy. C'est quand même quelque chose qu'on peut déguster, non ? Si le président sorti avait été réélu, nous ne pourrions pas aujourd'hui débattre des problèmes économiques de la France. Nous serions encore en train de piapiater sur l'identité nationale, les Roms, les musulmans, les enseignants, les chômeurs et autres boucs émissaires, oubliant la débâcle industrielle et le déficit commercial. Vous vous rendez compte qu'Hollande a gagné la présidentielle malgré l'affaire Merah, malgré l'affaire du droit de vote des étrangers aux élections locales ? Comment être pessimiste dans ce pays qui a compris que les ultrariches, plutôt que les pauvres, les fonctionnaires ou les étrangers, étaient responsables de la crise, dans cette nation qui a rejeté, il y a cinq mois, le côté obscur de la force. S'il le veut, quand il le voudra, Hollande pourra s'appuyer sur des forces sociales profondes et positives.

Je voudrais rappeler comment mon hypothèse d'un «hollandisme révolutionnaire» avait été formulée pour maintenir sa validité : j'avais évoqué un mitterrandisme à l'envers. En 1981, Mitterrand arrive au pouvoir avec un programme très à gauche, de nationalisations, d'augmentations des salaires et des avantages sociaux. En 1983, tournant de la rigueur, adhésion du socialisme français au néolibéralisme, probablement inévitable dans le contexte mondial. Durant la présidentielle, mon hypothèse était - et reste - que François Hollande commencerait son quinquennat de manière relativement conventionnelle - sur l'Europe, nous sommes servis - tout en marquant son attachement aux valeurs d'égalité - tout va bien de ce côté, la presse de droite hurle «Maman !» parce que les classes moyennes supérieures vont payer des impôts supplémentaires. Mais, au bout d'un an ou deux, Hollande devra opérer le tournant radical rendu inévitable par l'approfondissement de la crise. Je m'en tiens à ce parallèle inversé : nous sommes encore dans la phase conformiste de l'hollandisme. Et je discerne quand même déjà des aspects positifs, dont certains constituent l'amorce d'une révolution morale et sociale... »

 

Il y a un an, il parlait de la nécessaire sortie de l’Euro mais aujourd’hui où en est-on d’une politique d’Hollande amorçant une révolution morale et civique ? Il n’avait alors rien à dire du FN. Peut-être hier Todd était-il illusionné, la révolte des bonnets rouges lui ayant ouvert les yeux ? Dans sa réflexion globale il y a des points que je partage mais j'ai tenu ici à me pencher sur le dossier que je travaille depuis trente ans, au risque de me tromper.

JP Damaggio

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:22

Au moment de l’élection la profession de foi qui arrive dans les maisons quand la très grande majorité des électrices et des électeurs se sont déjà fait une opinion, apparait d’autant plus dérisoire qu’on a eu l’occasion d’entendre souvent les arguments défendus. Mais quarante ans après, il s’agit de documents d’histoire qui synthétisent le moment qu’elles évoquent. Ainsi, dans celle-ci, le FN n’évoque pas une fois les immigrés, la préférence nationale etc. Par contre tous les candidats sont passés en revue et hier comme aujourd’hui le FN est contre tout le monde.  Pas tous cependant puisque le texte oublie René Dumont, Jean Claude Sebag, Emile Muller, Arlette Laguiller et Alain Krivine. C’est après cette élection que le nombre de parrainage d’élus passera de 100 à 500 pour réduire le nombre de candidatures, aussi en 1981 J-M Le Pen ne sera pas candidat. En 1974 le FN est totalement marginal et dix ans après il devient un poids lourd de la politique. Par quel mystère ? Nous avons tous notre petite idée que nous pouvons confronter avec son texte de 1974  quand Marine avait 5 ans ! Jean-Paul Damaggio

 

Election à la Présidence de la REPUBLIQUE 5 mai 1974

Jean-Marie LE PEN

CANDIDAT DE SALUT PUBLIC

PRESIDENT DU FRONT NATIONAL

Jean-Marie LE PEN, candidat de Salut Public, soutenu par la Droite sociale, populaire et nationale

Françaises et Français

L'important, c'est la France. En me présentant à vos suffrages, je mesure toute la gravité du débat national majeur qui s'ouvre devant vous. Je suis convaincu qu'il doit permettre de créer le grand courant national et populaire capable de faire face à une crise nationale et internationale qui motive l'inquiétude grandissante de notre peuple.

Cette crise, dans notre pays, trouve ses origines dans la décadence morale et civique qui mine notre société beaucoup plus que dans des circonstances économiques certes graves, mais que la France serait capable de surmonter si elle était gouvernée dans le sens de l'intérêt national.

SEIZE ANS DE RESPONSABILITE

La majorité au pouvoir porte depuis seize ans la responsabilité du destin de la patrie. Elle a disposé des moyens de gouvernement les plus puissants, la durée, la stabilité, l'autorité, l'adhésion d'une opinion leurrée par l'apparence.

Malgré ces possibilités, exceptionnelles en France depuis un siècle, la Cinquième République a été incapable de répondre au vœu des majorités qui l'ont plébiscitée depuis 1958. Les hommes qui l'ont dirigée n'ont eu d'autre objectif que de survivre à n'importe quel prix, se laissant aller dans tous les domaines à la pire des démagogies. Soutenus fidèlement par des majorités de droite, ils ont poursuivi une politique de gauche, favorable au collectivisme social, à l'étatisme économique, au communisme international.

Ces hommes doivent être dénoncés.

LES CANDIDATS DE LA MAJORITE

M. Jacques CHABAN-DELMAS nous promet une nouvelle société... Héraut des barons du régime, il oublie seulement qu'il porte depuis l'origine de la Ve République — et singulièrement pendant les années où il a dirigé la France en qualité de Premier Ministre — la lourde responsabilité des erreurs et des fautes qui pèsent sur la nation.

C'est à lui, notamment, qu'il faut attribuer l'intrusion dans les affaires publiques des fédérations syndicales politisées dont la dictature pèse ouvertement sur la vie nationale. Homme de la majorité, issu de la gauche radicale-socialiste, complaisant à l'égard de tous les désordres, de toutes les subversions, de toutes les surenchères démagogiques, rien ne le qualifie pour assumer le ressaisissement nécessaire.

M. Valéry GISCARD D'ESTAING se prétend libéral et ose dénoncer les dangers d'un système « bureaucratique » qu'il met lui-même en place depuis des années en qualité d'inamovible ministre des Finances. La fiscalité écrasante et inquisitoriale, c'est lui ; la toute-puissance du capitalisme anonyme, c'est lui ; l'écrasement des classes moyennes, producteurs, cadres, commerçants, artisans, cultivateurs, c'est lui ; le règne absolu des technocrates insensibles, c'est lui. Ploutocrate démagogue, il s'est attaché à concilier les intérêts financiers et l'étatisation d'une économie implacablement dirigée vers le collectivisme.

M. Jean ROYER, fidèle soutien de la majorité et ministre des gouvernements Messmer, se pare des meilleurs sentiments et des plus saines idées... Son combat est bien tardif. Que ne l'a t-il engagé contre les auteurs et les complices des maux qu'il dénonce aujourd'hui ?

Jacques Chaban-Delmas, Valéry Giscard d'Estaing, Jean Royer, trois hommes du régime, trois hommes de la majorité qui essaient, une fois de plus, de capter la confiance des braves gens de France.

FRANÇOIS MITTERRAND

Quant à François MITTERRAND, son passé répond de son avenir. Serviteur du maréchal Pétain, titulaire de la francisque officielle, anticommuniste farouche aux débuts de sa carrière électorale, il est devenu le porte-clefs de la ruée marxiste en 1974.

Sans autres idées que son ambition frénétique, il a mis sa main dans celle du communiste Marchais, du cégétiste Séguy, du gauchiste Edmond Maire. Il s'attendrit sur la Liberté que ses alliés s'apprêtent à étrangler. Le sort a voulu qu'il ne soit pas du camp des hommes de la Ve République. Il était digne d'en être.

Tout cela devrait être dit : c'est fait, sans haine et sans crainte.

CRISE DE CIVILISATION ET CRISE SOCIO-ECONOMIQUE

L'agression économique dont les pays industrialisés viennent d'être l'objet de la part des Etats producteurs de pétrole pose de difficiles problèmes au monde libre. Elle démontre la fragilité d'un système fondé uniquement sur la recherche du profit.

En même temps que sa science et sa technologie permettaient à l'Occident un essor économique sans précédent, l'oubli des principes qui ont fondé sa prééminence l'amenait à une crise de civilisation plus redoutable que les difficultés matérielles. C'est cette crise que la France doit surmonter, bien au-delà des divergences d'intérêts et des querelles de personnes.

UN ETAT PLETHORIQUE ET IMPUISSANT

L'Etat pléthorique a perdu son autorité. La loi est bafouée. L'administration tyrannise les citoyens. Une partie du corps enseignant véhicule l'anarchie et l'inculture. Les travailleurs salariés sont caporalisés. Les travailleurs indépendants sont persécutés, malgré la prodigieuse faculté des Français de créer et d'entreprendre. Les moyens d'expression — presse, radio, édition — sont colonisés par les propagandistes de la subversion marxiste, de la pornographie aggressive, du mépris des valeurs morales et sociales traditionnelles.

Le désordre est partout dans la rue, dans l'entreprise, dans la famille, dans les esprits et dans les cœurs. L'Université et l'Eglise prêchent la révolution. Les grands intérêts capitalistes et les syndicats marxistes défient victorieusement la puissance publique. La sécurité des personnes et des biens n'est plus assurée. Le crime est à l'ordre du jour et l'escroquerie impunie monnaie courante.

CONTRE LA DÉCADENCE

Contre cette décadence dont l'opinion longtemps chloroformée commence à prendre conscience, un seul recours : la création d'une mystique de Salut public, avec des hommes nouveaux et des méthodes nouvelles.

La France doit procéder à une véritable mobilisation économique, sociale et morale.

Solidaire de ses alliés européens et occidentaux, notre pays doit d'abord trouver en lui-même les ressorts et les ressources de son redressement.

AVEC LA DROITE SOCIALE POPULAIRE ET NATIONALE

Le pouvoir actuel a fait faillite et se débat dans ses contradictions.

La coalition socialo-communiste n'apporte aux difficultés présentes que des solutions périmées et inhumaines dont l'inefficacité est démontrée quotidiennement dans les pays de l'Est européen, et partout où l'expérience en est tentée.

Depuis quinze ans l'opposition nationale maintient à l'égard du pouvoir une attitude claire, sans compromis ni compromissions. Ses vues sur les grands problèmes moraux, sociaux, économiques et politiques sont celles de la majorité du peuple français.

Le temps des habiletés et des facilités est passé. Celui de la franchise et de la rigueur est venu.

Homme de votre peuple, combattant de votre armée, je suis dans la vie un responsable, chef d'entreprise, père de famille, dirigeant politique.

Porte-parole de la Droite qui ose dire son nom, conscient de dire la vérité à mes compatriotes, je les appelle à se prononcer en faveur de ma candidature de Salut Public, celle de la sincérité, du patriotisme et du dévouement à l'intérêt général.

Jean-Marie LE PEN

 

ORIENTATIONS POLITIQUESET SOCIALES ESSENTIELLES

Ramener l'Etat à ses fonctions normales : technocratie et bureaucratie sont les deux mamelles de la Ve République : elles épuisent le pays où sont dès maintenant créées les conditions du socialisme. L'Etat doit réduire son train de vie, dénationaliser ce qui peut l'être, diminuer les effectifs pléthoriques du secteur public et semi-public. Ainsi, l'Etat pourra remplir ses fonctions normales : assurer l'ordre, la justice, l'obéissance aux lois et la défense du pays.

Imposer à tous le respect de la loi : l'autorité de l'Etat ne cesse de dépérir, face à la puissance exorbitante des féodalités. Des féodaux privilégiés — grands intérêts capitalistes, syndicalisme marxiste, parti communiste, gangs politico-économiques — conduisent la France à l'anarchie, au désordre, à la guerre civile. Le rétablissement de l’égalité devant la loi est la condition première du Salut Public.

Rétablir l'ordre, la sécurité et les valeurs morales : notre société est mortellement menacée par la subversion ouverte ou sournoise des mouvements révolutionnaires, par le développement de la criminalité, par la mise en cause des hiérarchies naturelles, par le déferlement de la pornographie et de l'immoralité. Les gouvernements de la Ve République se sont révélés impuissants à protéger les Français contre ces périls.

Restaurer les libertés fondamentales : ligotés par les contraintes de l'étatisme, les citoyens se voient progressivement privés de leurs libertés individuelles, familiales, communales, économiques, culturelles. La tyrannie bureaucratique, et notamment l'inquisition fiscale, conduisent les Français à l'esclavage.

Réglementer le droit de grève : il est inadmissible que l'Etat, responsable du bien commun, abdique devant des syndicats politisés qui perturbent la vie administrative et économique de la nation, au mépris de l'existence quotidienne de la population. La Constitution prévoit la règlementation du droit de grève, en particulier en ce qui concerne les services publics. Cette règlementation doit être, stricte et comporter l'interdiction des grèves catégorielles qui permettent à une minorité manipulée de paralyser une entreprise ou une profession.

Dépolitiser l'enseignement et reconstruire l'Université à tous les degrés : la « réforme » Edgar Faure, votée à l'unanimité par un Parlement sans courage, a anéanti les structures de l'enseignement public. La politique n'a sa place ni à l'école, ni au lycée, ni à la Faculté. Le corps enseignant a le devoir de respecter la neutralité philosophique et politique, fondement de la laïcité authentique. L'Université, à tous les degrés, a pour mission de former les jeunes Français au respect des règles sociales, au goût du travail, au sens du devoir.

Défendre la cellule familiale : il n'est pas de société libre et stable si la famille n'en assure la continuité. L'Etat a le devoir d'aider matériellement et moralement ceux et celles qui ont accepté les lourdes charges familiales. Dans l'immédiat, le criminel projet de loi en faveur de l'avortement doit être combattu et ses initiateurs — les membres du gouvernement encore en fonction — dénoncés sans faiblesse.

Garantir le droit à la vie des victimes de la crise économique : la hausse des prix et l'inflation frappent d'abord les familles modestes, les personnes âgées, les retraités, les rentiers. L'indexation automatique et rigoureuse des ressources des catégories défavorisées est une mesure de justice sociale élémentaire et urgente.

Assurer la paix et l'indépendance nationale par la fidélité à nos alliances européennes et atlantiques : la France, dans le monde actuel, est étroitement solidaire des nations libres. Face à l'impérialisme soviétique qui n'a pas renoncé à ses desseins de domination politique et idéologique, l'indépendance de notre pays est liée à celle de l'Europe et de l'Occident.

Réformer la Constitution : les institutions de la Ve République sont équivoques, à mi-chemin entre le régime présidentiel et le régime parlementaire au risque de mener le pays à des crises politiques insolubles. Le Président de la République, élu au suffrage universel, ainsi qu'un vice- président, assumerait clairement le pouvoir exécutif à la tête du gouvernement, l'équilibre étant assuré par une Assemblée nationale dotée de réelles possibilités de contrôle et élue à la représentation proportionnelle et par une Cour suprême, gardienne de la Légalité et arbitre sans appel.

 

Jean-Marie LE PEN est d'origine bretonne. Il a 45 ans et est marié à une landaise, Pierrette Lalanne. Ils ont 3 petites filles de 14, 10 et 5 ans, Marte- Caroline, Yann et Marine. Il est Pupille de la Nation. Son père, patron-pêcheur étant mort pour la France, c'est sa mère, couturière, qui l'a élevé. Il a fait ses études comme boursier au Collège St-François Xavier de Vannes et au lycée de Lorient Il est Président d'Honneur de l’Association des Etudiants en Droit de Paris et diplômé d'Etudes Supérieures de Sciences Politiques. Editeur de disques culturels, il a reçu le Grand Prix du disque.

Il a servi comme officier au 1er Régiment Etranger de Parachutistes en Indochine et en Algérie. Il est titulaire de la Croix de la Valeur Militaire.

Elu le plus jeune député de France à l'âge de 27 ans en 1956, il a été réélu en 1958. Il a été rapporteur du budget de l'armée. Il est Président du Front .National. 

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 11:24

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Toutes les semaines le journal du PG est rempli à moitié par l’édito immanquable de François Delapierre qui, je le crains, n’a pas le temps de se relire. Pour Brignoles l’explication est éblouissante : c’est le fait que le candidat PCF soit dès le premier tour soutenu par le PS qui est cause de tout. Une explication éblouissante qui fait suite à tant d’autres dont j’ai retenu les titres en images (deux titres suite à l'action de Mélenchon pendant les présidentielles où il a suffi d'un débat télévisé pour couler Marine).

J’apprends même que c’est l’unanimité au sein du PG pour des listes autonomes du PS au premier tour ! Car en effet Delapierre aime l’unanimité ! Celle de la voix unanime, la sienne qui remplit la colonne de son journal. Depuis des décennies, je suis pour des listes autonomes de « l’autre gauche » mais faut-il encore que ce soit possible ! Et je rappelle qu’au second tour, Delapierre est d’accord pour le rassemblement le plus souvent, derrière le PS… (sans conditions ? comme Mélenchon pour Hollande ?). Mais bon aujourd’hui l’essentiel de l'article c’est l’analyse du FN. Et cet article n’en contient aucune. Jean-Paul Damaggio

 

La torgnole de Brignoles François Delapierre

Que faut-il de plus ? La déroute de Brignoles démontre en grandeur nature l'impasse de la stratégie du rassemblement sans contenu face au FN. Dans ce canton, le candidat PCF arborait aussi le poing et la rose. Il le faisait, convaincu de la puissance bénéfique du talisman qui allait bientôt le frapper. On vit ainsi les militants communistes brignolais user leurs semelles à distribuer dans toutes les boîtes l'appel mortifère d'Harlem Désir à voter pour leur candidat. Quel contresens ! Dans toutes les dernières partielles, locales par nature, chemine une recherche qui est, elle, nationale. La colère, la déception, le désarroi qui n'ont cessé à juste titre de monter contre ce gouvernement, cherchent leur chemin. À tâtons, comme ils le peuvent, là où surgit une ligne de force ou un interstice assez large pour être perçu et exploité. C'est l'explosion de l'abstention, que l'on aurait tort de prendre pour un silence politique car elle exprime pour une large part le rejet profond du système. C'est le vote pour l'extrême-droite. Comment serait-ce le vote pour le Front de Gauche si celui-ci oublie sa raison d'être ? S'il fait mine de croire au « rassemblement de la gauche » avec les représentants d'un pouvoir qui habille de ce nom la soumission au MEDEF et le mépris des attentes populaires ?

Cette conviction en la nécessité impérieuse d'une voix autonome face aux solfériniens est massivement partagée au sein du Front de Gauche. Si le PG la porte unanimement, elle est en réalité le cœur de nos textes communs. Et je ne changerais pas une ligne à la réaction de Marie-George Buffet au soir du désastre dimanche dernier. « Voilà aussi l'urgence d'une alternative claire à gauche. Face au danger, l'heure est moins à l'appel au front républicain sans contenu qu'à une mobilisation sans précédent sur les contenus d'une politique de gauche redonnant sens et efficacité à la politique dans la vie quotidienne de nos compatriotes. Voilà, pour moi, c'était cela la raison d'être du Front de gauche, qu'est-il devenu ? »

 

Un hasard cruel fit que les Brignolais votaient au moment où le conseil national du PCF discutait des municipales. Pierre Laurent y déclara que « le maître mot ce n'est pas autonomie, c'est rassemblement. » Mais quel rassemblement peut-on construire sans autonomie sinon la confusion destructrice de Brignoles ? Quel est le sens d'une union qui interdirait de proposer au peuple une alternative européenne, nationale et locale à l'austérité qui le frappe et que manient à tous ces niveaux les faces de pierre avec lesquelles il faudrait se rassembler ? C'est le mouvement qui permet le rassemblement. C'est la clarté qui produit la discussion. C'est l'intransigeance qui crée la confiance. Le Front de Gauche n'est pas une juxtaposition électorale. C'est une stratégie de politisation du peuple. Nous n'avons jamais placé nos espoirs dans une diplomatie interne à « la gauche », car nous avons rompu avec l'illusion que le PS pourrait évoluer favorablement par l'effet de nos arguments, aussi puissants soient-ils. Nous avons créé depuis le premier jour le Front de Gauche pour demander aux citoyens de trancher les immenses controverses qui nous opposent au PS. S'ils nous trouvent excessifs et sont prêts à accompagner la politique de Hollande, eh bien qu'ils votent pour ses représentants. Mais s'ils veulent une autre politique, une autre culture, une stratégie de résistance, le bulletin Front de Gauche se présente à eux rempli de confiance et éblouissant de clarté. Ce n'était pas le cas Brignoles. Cela doit l'être aux municipales.

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 23:04

La Revue de Paris en publiant pendant l'été 1936 ce portait de Jacques Doriot, ce qui entraîna dans le numéro suivant la publication d'un article du même Doriot, joue un jeu dangereux. Ce n'est pas un journal d'extrême-droite, ce n'est pas un portrait simpliste, c'est un texte qui me semble-t-il peut encore aujourd'hui alimenter notre réflexion sur le cheminement de Doriot, et loin de ce cas individuel, sur le fascisme français si longtemps nié. L'article n'est pas signé mais le contenu vaut plus que la signature !

J-P Damaggio

 JACQUES DORIOT

La France cherche toujours un homme. Quand ses affaires vont bien, elle le cherche dans les partis qui conservent parce que, dans ces moments-là, le chef que l'on attend ne doit pas être un chambardeur, mais un vigilant gardien de la prospérité et de ce qui est. Quand ses affaires vont mal, elle le cherche dans les partis qui ont le changement pour programme, c'est-à-dire chez les extrêmes, parce qu'alors le chef ne doit plus être seulement un pilote sagace, mais un sauveur audacieux.

Ceci est vrai pour le Front Populaire comme pour le Front National. C'est parce que le principe d'une révolution qui rallie peut-être une grande partie de l'opinion française ne va pas sans son inévitable corollaire, le choix qui la divise, que l'un et l'autre semblent frappés de paralysie : c'est qu'en outre des distinctions politiques, sentimentales et sociales qui séparent les Français, il y a la confiance, qui pour s'établir emprunte parfois de singuliers détours : elle va le plus souvent à certains pour ce qu'ils ont fait ; mais il lui arrive d'aller à d'autres pour ce qu'ils n'ont pas fait. Il en est même qui sont en passe de la conquérir parce qu'on les sait revenus des confins subversifs où il est toujours vrai que l'on apprend beaucoup. Le plus marquant parmi ceux-là est M. Jacques Doriot.

Il revient de loin, avec le calme du voyageur que plus rien n'étonne. Il a un visage régulier et solide d'homme du peuple, une forte encolure, des cheveux au vent et un sourire demi-paysan qui ne manque pas de finesse. Il se tient volontiers dans l'attitude de l'ouvrier au repos, les jambes écartées, les mains dans les poches ; il ne manque que l'outil entre ses pieds robustes.

Il a de la vie, de la politique, des remous qui agitent l'univers, une vision d'ensemble que l'on sent compétente et précise. Dans la vie factice du Parlement, il apporte un élément naturel, spontané et viril qui complique le jeu des partis. Il est jovial ainsi qu'un dompteur au milieu de ses fauves. Il parle avec une lenteur provocante en dirigeant sur l'adversaire un jet d'œil noir. Sa démarche est prudente, et dans les sentiers de la guerre sociale où il alla jadis, les faux-pas n'ont pas dû entraver sa route. Il va d'un rythme mesuré, sa lourde tête aux cheveux de jais penchée un peu vers le sol et ses yeux à la fois attentifs et rêveurs, courant derrière les lunettes sur le visage de son interlocuteur. Quand on lui demande ce qu'il est, il répond en ouvrant ses mains puissantes « Je suis Saint-Denis », ce qui ne signifie pas qu'il a trouvé son chemin de Damas sur le pavé sacré de la vieille abbaye royale. Jacques Doriot, en effet, fut, victime d'un malentendu avant d'en être le bénéficiaire. On se le représente dans cette bourgeoisie aux aguets, pauvre de chefs et d'idées, toujours prompte à se livrer aux transfuges de la révolution, comme un homme abjurant ses erreurs, confessant ses fautes et reniant son passé. C'est faire le jeu des communistes que d'imaginer Doriot sous l'aspect d'un Laval. Doriot a été exclu du Parti communiste pour avoir voulu constituer le Front Populaire - qui n'était alors que le Front commun - avant que le pacte franco-soviétique fût signé, c'est- à-dire avant que Moscou, renversant les données de sa politique pour des fins extérieures, eût expédié l'ordre aux chefs français de la IIIème Internationale, de s'allier aux socialistes et aux radicaux, d'adhérer au principe de la Défense nationale et d'exhumer le drapeau tricolore du fumier où les gens de l'Humanité le tenaient enfoui depuis si longtemps. Quand Doriot fut parti, la signature du pacte franco-soviétique par M. Laval et l'adhésion de Staline à une politique militaire précipitèrent les communistes dans la voie où le maire de Saint-Denis avait voulu les entraîner. On sait que, depuis, ils ne se sont pas encore arrêtés en si beau chemin, mais il convient de fixer ce petit point d'histoire : le renégat, ce n'est pas Doriot ; c'est le parti communiste tour à tour antinational et patriote, pacifiste et militariste, jouant des drapeaux et de leurs symboles, suivant l'occasion, mêlant le rouge et le tricolore au gré de l'intérêt soviétique, substituant la révolution à la guerre et la guerre à la révolution, selon les exigences de Staline, faisant servir et collaborer, - d'après les buts identiques dans leurs variations - de la Russie et de la IIIème Internationale, les sentiments les plus sacrés de la France à une coalition antiallemande. La manœuvre semble d'autant plus aisée que par habitude nous nous méfions de l'Allemagne et que, par tradition, l'Allemagne ne connaît pas d'autre politique que celle de l'intimidation.

Doriot avait déjà éprouvé pas mal de déceptions, dans sa carrière d'agitateur, mais cette fois, la mesure était comble : ayant pressenti, avant tout le monde, la force que l'union des partis de gauche permettrait d'opposer à ce que certaines feuilles militantes appellent dans un charabia savoureux «le péril fasciste», il est chassé pour apostasie ; mais à peine est-il parti qu'il assiste à la réalisation de ses désirs ; il a suffi que parle et ordonne M. Staline, tsar de toutes les Russies ; ce qui était hier de l'hérésie devient aujourd'hui, par la vertu de l'investiture étrangère, d'une rigoureuse orthodoxie. C'est ainsi que Doriot trouva, dans ses aventures personnelles, le mystérieux fil d'Ariane qui, partant de Moscou, en passant par l’Humanité conduit droit à la guerre contre l'Allemagne.

C'est avec une parfaite et souriante quiétude que Doriot évoque ces moments pendant lesquels la révolution sociale était dépecée en menus morceaux, répartis comme des reliques sacrées entre les diverses Internationales, numérotées de I à III, qui, il n'y a pas bien longtemps, s'entre-dévoraient toutes et qui maintenant se trouvent toutes rassemblées sous le prête-nom patriotique imposé par Moscou.

La logique de Doriot admettait la révolution mondiale et réprouvait les guerres nationales, conformément à la théorie marxiste. Quand Moscou jeta le dogme aux orties, quand elle ne chercha même plus à masquer sa tricherie, quand elle troqua la revendication sociale contre le salut de la patrie russe et quelques millions de poitrines françaises contre la guerre à Hitler, Doriot connut un écœurement, une lassitude qu'il ne pardonne pas aujourd'hui à ses anciens amis d'avoir provoqués en lui. Tel est le mobile essentiel qui détermina son évolution. Celle-ci est donc faite d'abord d'une amère déception, du dégoût d'avoir été bafoué dans son idéal, trompé dans sa foi. Sur ce sentiment négatif, que peut-il édifier de positif ? Sans doute on ne revient pas en pleine jeunesse d'un pareil désabusement sans emporter avec soi une expérience qui peut servir efficacement dans une période troublée comme celle que nous vivons. La vie de Jacques Doriot a été bien remplie. Il lui est arrivé souvent de mettre ses robustes mains d'agitateur à la pâte de l'action directe. Il a allumé des mèches partout dans le monde, où il croyait servir une Idée, une Vérité, une Justice. Aujourd'hui toutes ses idoles sont, par terre. Par quoi va-t-il les remplacer ?

 

La mairie retentit de joyeux cris d'enfants. Les gosses se rangent dans un gai désordre pour passer la visite du médecin qui les enverra, selon leur état de santé, en colonie de vacances à la mer ou à la campagne.

- Jacques, n'est pas encore arrivé ? questionne un grand garçon calme et souriant dans sa cotte bleue.

Jacques, c'est Doriot. Il habite à dix minutes de la mairie. Il met une heure et demie pour faire le trajet. Arrêté à chaque pas par un ami ou un administré, il donne ses audiences en plein air. Il n'y a pas chez Doriot cette sèche discipline dans la pratique de la fraternité humaine qui singularise l'œuvre sociale du communisme. C'est peut-être moins administratif, moins conforme à un plan, mais c'est plus profond, plus tendre, plus spontané. Lui-même semble refléter très bien l'esprit qui règne dans sa commune. Au milieu des appétits qui se choquent, des intérêts qui se heurtent, des partis qui se défient, il gouverne tout un peuple, bâtit, sape, construit, administre avec l'imperturbable sérénité d'un chef que rien ne trouble, pas même la marche du temps.

Il est le fils d'un forgeron de l'Oise. Comment le retrouve-t-on apprenti dans une usine métallurgique de Saint-Denis, après quelques années d'école buissonnière sur le glacis des fortifications ? L'actualité, qui cependant s'occupe fort de M. Jacques Doriot, ne nous éclaire pas sur ce point. Il était jeune ouvrier dans une aciérie quand la révolution russe éclata. II se donna à elle avec l'enthousiasme impatient d'un garçon qui n'attendait que cette occasion pour choisir une destinée ou une religion. Tout le poussait dans cette voie : les origines, le cadre, la classe sociale, le spectacle ininterrompu de la misère humaine et cette atmosphère de géhenne que le machinisme moderne fait peser sur le monde du travail. II alla en Russie, en revint la tête bourrée de doctrines et de dynamite. II faut savoir reconnaître à Doriot qu'il ne prit jamais le communisme pour le commode véhicule de son ambition. II sollicita tous les risques que comportait, dans ce temps-là, l'étiquette communiste et n'en connut guère les avantages. Dès qu'une révolution éclatait, qu'une rébellion se produisait, qu'en Indochine, au Maroc, en Algérie, l'émeute grondait, le nom de Jacques Doriot sortait aussitôt dans la presse ou à la tribune comme celui de l'instigateur ou du responsable. II fut l'hôte d'Abd-el-Krim quand ses Rifains tenaient nos soldats au bout de leurs fusils. II ne manquait pas, le premier mai, de se livrer à son sport favori et de charger la police à la tête de ses fidèles « Saint-Denis ».

A la tribune, il avait pour principe de frapper de stupeur l'opinion en ne respectant rien des saintes reliques de la société bourgeoise et parlementaire. Il avait pour tactique de blasphémer les traditions et de tourner en dérision les décors et l'appareil sentimental dont s'accompagne notre sens de la hiérarchie et de la vie ordinaire. Il ne prenait pas la parole sans provoquer un scandale ou déclencher une bagarre. En 1924, lors de l'élection du président Doumergue, on dut l'expulser par la force du palais de Versailles. Dans ce temps-là, il était maigre comme le carême et dans ses propos austère comme un brouet moscovite. Il accusait la forme irritante de son talent, il faisait sa carrière sur une certaine impopularité mêlée d'effroi. De tels états de service lui valurent très tôt la confiance des chefs soviétiques, et notamment de Trotsky. Il fut désigné pour représenter l'Internationale au bureau des Jeunesses ; il prit le nom de Guillot pour exécuter plus sûrement son mandat. Malgré ce masque, il n'échappa pas au sort habituel des meneurs. On le mit en prison. C'est là qu'il fit ses humanités. Il meubla sa cellule et son cerveau avec tous les ouvrages de sociologie que les bibliothèques des compatissants services pénitentiaires de la République mettent à la disposition des condamnés politiques. « Il lut, raconte un de ses biographes, Marx après Jaurès, Proudhon après Louis Blanc, Kropotkine après Lénine, Trotsky après Boukharine. » Cette lourde alimentation spirituelle compensait peut-être le régime frugal .qu'imposait la prison à son appétit. Aujourd'hui que cette littérature semble digérée, il reste à Doriot une culture sociale qui est fort rare au Parlement et probablement dans l'opinion en général. A cause de cela, cette érudition maniée par Doriot, est une arme puissante et efficace contre le communisme sur lequel l'opinion française est généralement très mal éclairée. Nul mieux que lui par exemple n'a su dépister les ténébreuses machinations du gouvernement moscovite en Extrême-Orient. C'est de cette documentation très difficile à acquérir dans un domaine aussi secret que celui où se meut la politique étrangère des Soviets qu'est faite l'efficacité essentielle de sa propagande.

Son éloquence, qui était, au début de sa vie militante, «livresque », pesante, et sans charme, s'est à la longue assouplie et allégée. Les idées y apparaissent peu à peu comme des objets distincts, palpables et colorés. On y discerne une raison solide qui éclaircit à loisir les principes essentiels. L'imagination n'y est le plus souvent faite que de souvenirs opportuns. Une parole unie, coordonnée, qui secoue l'esprit, y pénètre de force, s'empare de la confiance plutôt qu'elle ne l'attire. Il y a une part d'abnégation chez Doriot qui rend méritoire son talent verbal. C'est l'intérêt qu'il met à communiquer aux autres la vérité, non pour l'orgueil qu'il peut en tirer, mais par une sorte de scrupule qu'il se doit de rendre des comptes sur son passé. La gloire de bien parler ne paraît pas le toucher et il songe bien moins à ce qu'on dira de lui qu'à ce que la vérité pourrait perdre par l'insuffisance de l'orateur. Sa langue est ferme sans appeler la violence, claire sans vouloir reluire, précise sans sécheresse. Elle n'enfle ni n'outre rien. Elle agit par la seule force de la simplicité. Une simplicité que mettent en valeur l'étonnante ampleur de la voix, la sobre puissance du geste. Quand Doriot monte sur une estrade, un nouvel homme apparaît que, dans la tranquillité d'un entretien, on n'aurait pu pressentir.

Orateur, Doriot est une force de sa voix profonde, de ses bras puissants, on dirait qu'il s'empare des foules, les gagne et les entraîne.

 

On le traite de renégat. Il tient à ce nom par un calcul auquel s'ajoute peut-être la fierté d'entendre ses ennemis proclamer eux-mêmes qu'il vient bien de chez eux, qu'il sort bien sans aucun doute possible des rangs communistes. Mais si le patriotisme moscovite l'a dégoûté de l'internationalisme, il a d'autres arguments pour justifier son attitude à l'égard de son ancien parti. Un numéro de revue, consacré à son mouvement, prête à Doriot la réplique suivante :

« Je suis un renégat. Parfaitement. Comme Lénine et comme Staline. Lénine a fait le N. E. P., qui a créé les neymans et les Rouleks. Staline a créé une nouvelle aristocratie ouvrière.

Tout cela est fort bien. De l'anticommunisme de Doriot, nous ne pouvons pas douter, et par les temps qui courent, dirait M. Prud'homme, c'est un sentiment qui l'honore. Il est aussi contre les deux cents familles. Personne, pas même M. de Wendel, ne songe plus à s'en offusquer. Reste à savoir en faveur de qui et de quoi se prononce M. Doriot.

Il répond : « Nous voulons réformer l'État républicain, stabiliser le pouvoir exécutif, créer des assemblées économiques avec la représentation des professions organisées, des syndicats et des techniciens, assurer l'indépendance du Gouvernement, du Parlement, de la Justice, de l'administration et de la presse, maintenir et défendre toutes les activités moyennes, paysannes, artisanales, commerciales et industrielles, former dans les colonies une économie complémentaire de celle de la Métropole, développer à la ville et à la campagne l'enseignement public et professionnel, refondre les lois qui régissent les communes pour élargir leurs initiatives, et enfin ressusciter une France capable de reprendre dans l'ordre extérieur sa mission traditionnelle. »

Ce programme, qui part assurément d'un bon sentiment, n'effarouchera personne et séduira d'autant plus tout le monde qu'il est peu précis. Et c'est peut-être là tout le drame futur de la partie que Doriot s'apprête à entamer. Sur le plan négatif, il est d'une force, d'une qualité, d'une supériorité d'arguments indéniables. Sur le plan positif, son hésitation est visible. S'il n'en vient pas à ruser en attendant une heure H qui ne sonne jamais, s'il veut s'engager à fond sans arrière-pensée ni réserve, on s'avisera que son programme se distingue insuffisamment de tous ceux qui ont déjà été mis en circulation. Sans doute apporte-t-il des armes nouvelles contre le communisme, mais nous attendons bien davantage. On nous dit que Doriot élabore un programme précis qui consacrera, sur des formules claires, la collaboration du travail et du capital.

Nous souhaitons qu'il le fasse connaître le plus vite possible pour dissiper toute équivoque. Les rares qualités de cet homme, de ce puissant orateur qui paraît avoir des dons de chef, serviraient bien insuffisamment notre pays si elles ne contribuaient qu'à substituer au communisme soviétique, un communisme national. Ce serait quelque chose sans doute, mais au royaume du pire. Nous espérons mieux de cet homme qui connaît le peuple, qui est en somme « social », mais qui a aussi proclamé l'autre jour à la salle Wagram la faillite des formules socialistes intransigeantes et totalitaires.

 

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