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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:49

 

La revue Commune de 1935 publie cet article au sujet d'un roman de Montherlant qui ne sera publié qu'en 1968 ! Il s'inscrit dans un travail de Maurice Mauviel sur les rapports entre Montherlant et Camus qui ne font pas la Une des médias, aller savoir pourquoi ! JPD

 

 Par Georges Sadoul Commune 1935

"M. Henri de Montherlant a écrit il y a déjà plusieurs années un roman sur le Maroc, La Rose de Sable. Ce roman fut longtemps annoncé dans les feuilles littéraires, puis on apprit que son auteur renonçait provisoirement à sa publication, ce roman- contenant des passages qui pouvaient nuire à l'action colonisatrice de la France.

M. Henri de Montherlant vient de publier dans Marianne du 20 mars un fragment de ce roman. Il s'agit de la rencontre de deux personnages : le lieutenant Auligny, récemment arrivé au Maroc, et le médecin lieutenant Bonnel. Voici comment Bonnel pose, dans une anecdote, la question indigène :

A Rabat, venant de débarquer, j'étais à la terrasse d'un café. Soudain, cris du patron à son garçon indigène: « Saloperie ! Ah ! je te prends la main dans le tiroir-caisse!— Moi ! Fouillez-moi ! — Bien sûr, je t'ai pincé à temps. Allez, fous le camp d'ici ! — Et ma semaine ? — Ta semaine ? Tu veux que j'aille chercher un agent de police ? » Là-dessus, pugilat, des consommateurs interviennent et fourrent dehors l'Arabe en le frappant. L'Arabe parti, le patron rigole, avec un drôle d'air, les yeux baissés. Un colon était assis à une table voisine, et lui aussi il rit en dessous. Il lui demande : « Est-ce que vous avez vu cet Arabe mettre la main dans le tiroir-caisse ? — Pensez-vous! Mais c'est samedi soir. — Et alors ? — Eh bien, comme ça le patron fait l'économie d'une semaine de paye. — C'est joli ! — Eh, qu'est-ce que vous voulez, ici, c'est le Maroc ! » Combien de fois l'ai-je entendue depuis cette phrase, prononcée, ou seulement exprimée par un geste, mais dont le sens était clair : « Ici, c'est permis d'être une crapule. C'est le Maroc ! » Non, il faut dire bien haut qu'il n'y a de justice pour l'indigène que pour le gros, le vendu, l'Arabe avec ruban rouge, qu'il a gagné en trahissant ses compatriotes. Ense et aratro. Le sabre et la charrue ! Parfait. Mais n'oublions pas le fouet du planteur et le litre d'alcool. Avec ces quatre attributs, les armes parlantes de la colonie seront complètes.

Et, plus loin, le même Bonnel :

— La question indigène n'est pas une question de races ni de couleurs. Encore moins de religion, car il n'y a en Afrique du Nord qu'une religion, la musulmane ; le catholicisme, en tant que foi, peut y être négligé. (Je dis: en tant que foi, et non pas: en tant que culte). La question indigène est la question des gros et des petits. Les gros sont aussi bien indigènes que Français. Tout de suite les gros indigènes et les gros Français se reconnaissent entre eux, s'acoquinent, et s'unissent pour exploiter le prolétaire indigène. — Je n'avais jamais envisagé la question indigène sous cet aspect. — Il est le seul qui corresponde à la réalité. Et l'amélioration du sort de l'indigène se fera par le front unique du prolétariat, tant européen qu'indigène, contre les oppresseurs.

Bonnel est dans une certaine mesure pour l'auteur l'avocat du diable. Mais dans le fragment que publie M. de Montherlant, Auligny, cet officier qui a « une horreur physique de la révolution » et qui « veut qu'on améliore le sort des indigènes tellement que la révolution n'ait plus de raison d'être », est presque entièrement convaincu par les arguments de ce Bonnel.

Il faut cependant remarquer que Bonnel, après avoir réduit la question indigène à la lutte de classes, voit la solution des problèmes coloniaux dans un vague enseignement du respect dû aux indigènes... Autant qu'on puisse juger de La Rose de Sable, d'après ce court extrait, il semble que dans la mesure où M. de Montherlant est un écrivain consciencieux, soucieux des réalités, probe, il se rapproche des vues révolutionnaires. Souhaitons que cette probité lui fasse publier rapidement cette Rose de Sable, si préjudiciable qu'elle puisse être aux intérêts de l'impérialisme français, représentés au Maroc par

..Je sous-off — ou même, hélas, l'officier — qui a donné un coup de genou dans les c... d'un de ses hommes indigènes, le patron qui refuse de payer ce qu'il doit à son employé indigène, le colon qui tue à bout portant le vieil Arabe qui lui volait une figue. ..

GEORGESSADOUL.4 ème de couverture

 

Dos de couverture du livre de Mauviel paru chez L'Harmattan :

Montherlant et Camus anticolonialistes.

 Montherlant « a régné sur ma jeunesse » confiait Camus à un journaliste en 1951. Montherlant et Camus ! Le rapprochement peut surprendre, pourtant ils étaient liés par une admiration réciproque : en rapprochant leurs textes sur l’Algérie, on s’aperçoit que l’on pourrait même confondre les deux auteurs, lorsqu’ils évoquent leur solitude d’anticolonialistes précurseurs.

 L’anticolonialisme hante toute l’oeuvre de Montherlant, de ses premiers écrits sur la colonisation française au Maroc en 1927, jusqu’à son dernier roman, Un assassin est mon maître (1971).

 L’engagement d’Albert Camus est largement reconnu aujourd’hui ; il n’en a pas toujours été ainsi. L’ensemble de ses écrits, Misère en Kabylie, L’Exil et le Royaume, Le Premier Homme… manifeste la constance et la fermeté de ses convictions. Camus dénonce l’injustice, la pauvreté et le mépris dont sont victimes les Arabes et, dans son ultime ouvrage inachevé, il prend la décision d’arracher à l’oubli les muets, les bâillonnés, Algériens et Européens, sans-terre, méprisés, proscrits, exilés… La mort l’empêchera d’accomplir ce grand projet.

 L’auteur, puisant dans des archives et des ouvrages et périodiques français ou étrangers négligés, s’est efforcé de donner un nom et un visage à quelques-uns de ces muets de l’histoire dont Albert Camus disait : « Ils sont plus grands que moi ».

 La longue durée peut-elle apaiser les obsessions postcoloniales de part et d’autre de la Méditerranée ? L’auteur de cet essai, qui a longtemps vécu en Algérie, en est convaincu.

 Maurice Mauviel a été membre associé des laboratoires de psychologie interculturelle puis d’ethnologie de l’université René Descartes, et responsable de la formation des immigrés au rectorat de Paris. Il a principalement travaillé sur l’acculturation, les rapports des Français à la diversité (en privilégiant les « idéologues »), l’histoire de l’idée de culture. Il a publié au cours des dernières années des livres et des articles ayant trait à la culture refoulée de langue italienne de l’ancien comté de Nice. Son dernier ouvrage est L’histoire du concept de culture, le destin d’un mot et d’une idée

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