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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 13:25

-Charles_Rappoport_1921.jpg

Verfeuil n'aurait pas été Verfeuil sans quelques amis avec qui il a partagé ses rêves. J'ai cité Pierre Brizon, Albert Mathiez, exclus en même temps que lui du PCF. Aujourd'hui je veux mentionner Charles Rappoport qui, lui, a tenu plus longtemps dans l'organisation communiste (jusque ver 1935).

Dans le roman de Verfeuil L'Apostolat, Rappoport y apparaît en tant que tel mais aussi, à la fin, sous les couleurs du héros Pierre Courtès. En effet ce héros se trouve emprisonné pour ses idées en 1918 et même si les raisons sont un peu différentes (fiction oblige), les détails rapportés concernent l'affaire Rappoport, que justement Verfeuil a parfaitement suivi en temps que journaliste au Populaire.

A la fin de sa vie, juste avant l'invasion allemande, Rappoport a pu publier ses mémoires, , aussi délicieuses que le personnage lui-même, qui a décidé, au moment de la 2e guerre mondiale, de se retirer à Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot où il sera d'abord inhumé (17 novembre 1941). On peut lire sur sa tombe (cimetière du Montparnasse, 25e division, Paris) l'épitaphe suivante : « Le socialisme sans la liberté n'est pas le socialisme, la liberté sans le socialisme n'est pas la liberté ». Une dialectique qui a fait la vie de Verfeuil. Je donne un des articles où Verfeuil, pour contourner la Censure plaisante sur une question qui d'ailleurs faisait plaisanter Rappoport qui de ce fait aggrava sa peie. J-P Damaggio

 Le Populaire 18 mai 1918 L'affaire Rappoport

LA CAVE AU CONSEIL DE GUERRE

Rappoport est arrêté depuis bientôt deux mois.

Il a été interrogé, pour la première fois sur le fond, lundi dernier.

On a dit à cette occasion que Rappoport était l'objet d'une nouvelle inculpation qui expliquait le dessaisissement de la justice civile au profit de la justice militaire. C'est tout a fait inexact.

Rappoport était et reste accusé seulement d'avoir tenu, dans la cave de sa maison des propos jugés subversifs par un pion en mal d'espionnite et un marchand de cuir, Allemand d'origine.

Mais depuis, des rapports de police foisonnent.  Il y en a de délicieux. Celui-ci par exemple.

En 1915, Rappoport fit un voyage à Berne. Il se rendit naturellement à la Maison du Peuple où il était sûr de trouver des camarades du Parti suisse. Et comme il connaît la langue allemande aussi bien que la langue française, il tint des conversations en allemand. Le mouchard qui le filait a dénoncé cette chose évidemment monstrueuse. Il devait ignorer que l'allemand est la langue du pays.

Il y a un autre rapport qui n'est pas moins charmant. C'était au congrès de Bordeaux. Rappoport, à l'issue d'une séance plus ou moins orageuse, se dirige vers un kiosque à journaux. Que va-t-il y faire ? Pour sûr; acheter quelque feuille révolutionnaire. Mais non, il-prend le Temps et la Liberté du Sud-Ouest, ce Temps ou cette Action Française de la région ! Tout comme une jolie femme, notre ami a été suivi. L'aimable personnage qui a tenu, très discrètement, à l'accompagner est stupéfait de cet achat de journaux bien pensants et il fait part à ses chefs, sans sourciller, de sa stupéfaction.

L'histoire du voyage à Tours est aussi fort intéressante. L'odieux le dispute, ici au ridicule. Rappoport était allé voir Anatole France, en résidence dans les environs de Tours.

Un jour, un ancien agent électoral de Millerand le prie avec insistance de venir le voir. Rappoport, qui ne sait pas résister au plaisir d'une conversation, finit par accepter. L'individu, nanti par Millerand d'une recette qu'il juge insuffisante, demande à Rappoport d'intervenir pour faire améliorer sa situation.

Notre camarade fut légèrement ahuri ; mais, son moindre défaut étant de bavarder, il tint le coup. On parla de la guerre.

"Tout le monde en est fatigué, dit-il"

"Il faut la victoire, riposta l'autre péremptoirement."

Rappoport ne jugea pas utile de répondre.

Son interlocuteur, entendu par une commission rogatoire -et qui est sourd d'ailleurs - lui reproche aujourd'hui de ne pas avoir abondé dans son sens. Et l'accusation retient cette prétendue "charge". C'est avec de pareils éléments d'information qu'on traduit, parce qu'il est socialiste, un honnête homme devant ce troisième conseil de guerre - le conseil de guerre qui juge les affaires de trahison et d'intelligences avec l'ennemi.

Raoul Verfeuil.

 

 

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 14:28

Depuis des années je cherche ce n°20 de la Nouvelle revue socialiste (daté du 15 septembre 1927 au 15 janvier 1928) à cause de cet article de Longuet. Il confirme une précision que j’ai déjà apportée : Raoul Verfeuil n’a pas rejoint la SFIO après son exclusion du PCF. Il est peut-être bon ici de rappeler que si après le Congrès de Tours, l’ère des exclusions du PCF a débuté par le cas de Verfeuil, du côté de la nouvelle SFIO, la tendance la plus à droite a pris le dessus? et si elle n’a pas exclu Longuet? c’est que dans ce parti il suffisait de marginaliser les indésirables pour les contrôler.

Longuet-Verfeuil, ce fut une longue amitié, une admiration réciproque si bien que dans l’Apostolat, le héros a bien des traits de Longuet mais à lire cet article je découvre qu’en fait il a surtout des traits de Verfeuil ! 

Le fait que Verfeuil a refusé de revenir à la SFIO n’a aucun intérêt en soi, mais il permet de me mieux réfléchir aux questions de fond.

1 ) Confondre le cas de Frossard et Verfeuil a permis d’effacer l’originalité propre de Verfeuil.

2 ) Effacer cette originalité, c’est oublier que des militants sincères ont cru à une alternative possible socialiste-communiste. Verfeuil n’a pas été seul et il faudrait le lier, par exemple, à ce grand historien que fut Albert Mathiez. Que Jean Longuet l’oublie dans la liste des exclus de l’équipe Verfeuil n’est peut-être pas un hasard. JPD

 

NOS MORTS : RAOUL VERFEUIL

La disparition prématurée de ce militant loyal et d'un absolu désintéressement, sera cruellement ressentie par tous ceux qui le connaissaient, qui ont lutté à ses côtés, qui ont pu apprécier ses qualités d'esprit et de coeur.

Soldat modeste de notre grande Cause, dont l'action s'était poursuivie sans éclat, dans son Midi natal, dans le Tarn-et- Garonne, où il fut candidat en 1914, puis à Toulouse, au sein de sa corporation — il était employé des P. T. T. et des sections du Parti, la guerre devait être pour lui la grande épreuve où il devait donner toute sa mesure, au centre de l'action du Parti. Alors que tant d'autres militants éprouvés, illustres, qui avaient été jusque- là les guides sûrs, clairvoyants et vigilants de l'action politique et économique du prolétariat dans le monde, en face de la grande Catastrophe, perdaient le « sens de la direction », commettaient de lourdes erreurs sincères mais funestes --, Verfeuil fut de ceux dont jamais la foi internationaliste n'avait fléchi.

Je me souviens encore de son intervention, au premier Congrès National du Parti tenu pendant la guerre, en décembre 1915, à la « Grange-aux-Belles ». Son pacifisme apatriotique était demeuré aussi intransigeant qu'avant le cataclysme. L'opposition internationaliste que nous menions à la politique de la majorité du Parti, avec des camarades tels que Pressemane, Mistral, Mayéras, Paul Faure, lui paraissait trop timide, trop modérée. Cet état d'esprit il l'exprimait bientôt, avec la même énergie, dans les colonnes du Populaire, organe hebdomadaire de la minorité, qu'avec le concours de nos amis de Limoges nous avions fondé quelques mois plus tard.

Son pacifisme intransigeant s'apparentait fort à celui de nos camarades de l'Independant Labour Party anglais. Il opposait la même hostilité, presque mystique à la guerre, à l'emploi de la force militaire, à tous les aspects de la violence.

Souvent nous aimions à le taquiner — affectueusement — en l'appelant le « Doukhobore » Verfeuil, tellement son état d'âme s'apparentait à celui des mystiques disciples de Tolstoï. On se souvient de sa formule caractéristique — et qui fut tellement exploitée par la réaction bloc-nationaliste — du « boulet de la victoire » que traînait la France de 1919...

Verfeuil avait salué avec enthousiasme la République des Soviets et dans toute sa propagande, exalté ses leçons, espérant que son exemple serait contagieux dans l'Europe tout entière.

Cependant lorsque se produisit, à Noël 1920, la scission lamentable de Tours, son esprit fut déchiré de doutes et d'angoisses. L'idée même de la scission — surtout avec ceux dont il avait été dans la bataille minoritaire le fidèle compagnon de lutte — lui répugnait profondément. Malgré cela, comme chez bien d'autres militants de l'époque, deux considérations dominèrent dans son esprit : le désir de maintenir le contact entre le prolétariat français et la Révolution russe, un ressentiment profond contre le « socialisme de guerre » et ceux qui l’avaient pratiqué. Et c'est pourquoi il fut un des délégués qui ayant voté avant le Congrès « la motion Paul-Faure-Jean Longuet » (il en était même l'un des rédacteurs) demeurèrent néanmoins avec la majorité.

L'atmosphère y fut tout de suite irrespirable pour lui. Il avait proclamé, en restant dans la salle du Manège de Tours, qu'il n'acceptait pas les fameuses 21 conditions de Zinovieff — dont par un étrange et juste retour des choses d'ici-bas la dernière victime est... Zinovieff lui-même Délégué à la propagande, il affirmait urbi et orbi qu'il fallait refaire l'unité. Pareille hérésie était intolérable et on le lui fit bien voir. Dix-huit mois après, Verfeuil, en compagnie de Henri Sellier, bientôt suivi de Frossard, Barabant, P. Brizon, Georges Pioch, Paul Louis, était expulsé.

Obstinément, il poursuivit son rêve de refaire l'unité totale de la classe ouvrière, au sein d'un seul parti prolétarien, où socialistes et communistes seraient venus se fondre. Le groupement «provisoire», formé sous l'impulsion de Paul Louis par les excommuniés de Moscou, «l'Union Socialiste-Communiste», lui apparut comme l'instrument propre à accomplir cette tâche sacrée.

Brizon qui allait être prématurément enlevé à l'affection de milliers de militants obscurs qui eux, lui étaient demeurés fidèles, m'avait demandé de l'aider à continuer la publication de sa vivante petite Vague — qui avait connu des tirages de 150 000 exemplaires, et qui alors conservait encore 12 à 15.000 abonnés. Nous voulions en faire un centre de regroupement des forces socialistes.

Verfeuil s'y consacra tout entier et après la mort de Brizon en assumait la rédaction en chef. Mais la tâche était trop lourde.

La clientèle de la Vague se dispersait de plus en plus, les uns étaient entraînés par la propagande communiste, d'autres découragés, étaient rentrés chez eux. D'autres enfin, bientôt de plus en plus nombreux, regagnaient le « vieux Parti », qu'après Tours nous avions reconstitué avec Paul Faure, Léon Blum, Bracke. Renaudel, avec des effectifs d'abord squelettiques et qui bientôt dressait d'un bout à l'autre du pays ses vivantes sections et ses puissantes fédérations.

Nombre de militants de l'entourage de Verfeuil sentaient que selon la formule apportée par nos «derniers rentrés» de la Loire, il fallait rejoindre ce « plus gros morceau d'unité possible».

Dès 1924, Frossard, Auray, Barabant, Ponard, suivaient cette voie qu'ont pris depuis Ernest Lafont, Ferdinand Faure, Johannet, André Morizet, que d'autres encore suivront demain.

Verfeuil ne put se décider à suivre leur exemple et à s'incliner devant l'inévitable. Il sentait — malgré le côté un peu chimérique de son esprit si honnête et si droit — combien en l'état présent des choses l'espérance d'une totale unité prolétarienne était vaine, puisque aussi bien elle ne saurait se reconstituer dans le seul plan national mais ne pouvait se refaire qu'internationalement.

Dans les derniers chapitres de son généreux roman l'Apostolat — où il décrivait avec foi l'ardente bataille minoritaire du temps de guerre, mais où il retraçait avec amertume les heures cruelles de la scission — on retrouvait cet état d'âme, cette sensation d'isolement chagrin, le désarroi moral qui devait affecter profondément son état de santé déjà précaire, comme aussi bien les préoccupations matérielles qui l'ont assailli dans les dernières années de sa vie.

Lui-même ne se doutait pas du mal redoutable dont il était atteint : tuberculose compliquée de diabète ! Lorsqu'il s'en rendit compte, lorsqu'il partit il y a un an pour le sanatorium des Landes, où il s'était décidé à aller se soigner, il était évidemment trop tard !

Il y est mort, à 42 ans à peine, dans un isolement qui a dû paraître pénible à cette âme tendre, à cet homme bon et affectueux, dont les qualités de cœur et d'esprit n'ont pu être méconnues que par ceux qui ne le connaissaient point.

Avec une absolue loyauté, un désintéressement rare, il a servi le Socialisme, la cause de la Paix et de l'Emancipation humaine. Tous les socialistes, tous ses camarades de lutte, la classe ouvrière qu'il a loyalement et fidèlement servie jusqu'à son dernier soupir, conserveront le souvenir inoubliable de cet homme de bien.

 

Jean LONGUET.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:14

Du 1905 à 1907 Raoul Verfeuil va proposer des dizaines d'articles dans l'hebdo radical acceptant des socialistes, L'Indépendant. Le 13 octobre, suite au décès de l'écrivain intervenue le 6, il publie cet article (il a seulement 19 ans !) qui présente une originalité unique : il signe de son nom ! Pourquoi là et seulement là ? Pour qu'on sache bien que c'est lui Lamolinairie qui fut un admirateur de Pouvillon ?

Cet article est indirectement un hommage à ce qui sera la vie… de Verfeuil sauf que par rapport à Pouvillon, il mettra plus souvent les pieds dans le plat ! Cet article n'est compréhensible que si on retient cette anecdote : Pouvillon a été exclu de l'Académie de Montauban. Pouvillon était célébré surtout par la droite car face au méchant Cladel rouge écarlate, il était le gentil mais quand éclata l'affaire Dreyfus ce fut la guerre à Montauban. L'historien Albert Mathiez qui était prof au lycée se fera muter pour ça… et on retrouvera Mathiez dans la tendance politique de Verfeuil quand ensemble ils se feront exclure du PCF en 1922. Bref, Verfeuil s'inscrit dans une lutte franche et directe où il lui plaît d'aimer le ton paisible de Pouvillon, celui qu'il aurait aimé avoir tout le temps si la lutte des classes n'était pas aussi rude. JPD

  Pouvillon

Le charmant écrivain Emile Pouvillon notre compatriote est mort lundi dernier à Jacob-Belle-Combette à 2 km de Chambéry (Savoie) où il était en villégiature depuis quinze jours. La triste, la douloureuse nouvelle nous a frappé brusquement, comme un coup de foudre. Cette mort nous est en effet d’autant plus pénible, d’autant plus douloureuse qu’elle est inattendue et que Pouvillon nous appartenait à tous les points de vue, comme militant et comme littérateur. Il était à nous avant d’être à quiconque. Avant d’être à sa famille et à l’église. Il était à Montauban, à notre parti, à l’histoire. On ne nous le prendra pas.

Né dans notre ville en 1840, Emile Pouvillon manifesta très jeune ses instincts littéraires. Pourtant ce n’est guère qu’à 28 ans qu’il fut ses débuts, en collaborant au journal de Jules Vallès La Rue. En 1878 seulement il fit paraître son premier volume : Nouvelles réalistes. Mais dès ce moment ses œuvres se succèdent sans interruption. Ce sont : Césette, le délicieux roman courroné par l’Académie française (1881), l’innoncent (1884), Jean de Jeanne (1886), le Cheval-bleu (1888), Chante-Pleure (1890), les Antibels (1892), Petites amies (1893) Bernadette de Lourdes -1894) Pays et Paysages (1895), Mademoiselle Clémence (1896), L’Image (1897), Le vœu d’être chaste (1900), Pep, Petites gens. Emile Pouvillon laisse une pièce de théâtre inédite à tendances sociales, l’alluvion, actuellement au théâtre Antoine où elle allait être représentée, et un roman non terminé. Il se proposait aussi de réunir en volume les « Portraits de villes » publiés dans La Dépêche.

L’œuvre de notre compatriote est des plus remarquables. Elle vibre de sincérité, d’enthousiasme, de simplicité et de poésie. Il y a de la noblesse et une exquise naïveté, en même temps qu’une tranquillité sereine. Elle n’en est pas moins empreinte de force de la robustesse de ces paysans qu’il a peints, alliée à la grâce des paysages où ils se meuvent. On a dit d’Emile Pouvillon qu’il est réaliste à sa façon. C’est un réalisme en quelque sorte idéaliste, mais un réalisme quand même ; car dans les hommes les plus terre à terre il y a des sentiments de poète. Le paysan de Pouvillon est de ceux là. C’est le travailleur robuste, puissant mais rêveur, langoureux, idyllique. Sous son masque grossier se cache un sentimental. Dans sa face terreuse, de brute, brillent des yeux pétillants où se reflète l’admirable nature qu’il connaît par cœur. L’âpre soleil du Midi lui hâle, lui flétrit la peau ; mais il lui donne aussi toute la joie de sa flamme éclatante.

Assurément, tout ce que l’on pourrait reprocher à Pouvillon, si on pouvait lui reprocher quelque chose, ce que je ne crois pas, ce serait d’avoir trop poétisé le paysan. La brute domine souvent dans l’habitant des campagnes. Il arrive aussi qu’il suffit l’influence du milieu et que la beauté des gracieuses plaines et des altiers coteaux le frappe, l’émeut, le transforme, le rend poète. Pouvillon a connu ce paysan là. Son âme d’artiste l’a peut-être empêché de coir le côté trop matériel, trop grossier de ses héros. Devons-nous nous en plaindre ? Sans doute, il faut peindre la vie comme elle est. Mais que la vie ne comporte pas que des tableaux lugubres et des spectacles répugnants. Il y a aussi des idylles. Nous n’avons qu’à remercier ceux qui nous les dévoilent. Elles sont tellement rares qu’elles étonnent heureusement. Ne serait-ce qu’à ce point de vue, Pouvillon a droit à notre gratitude.

D’ailleurs ses dernières œuvres accusaient une tendance plus vraie, pour ne pas dire plus réaliste. Dans Jep, par exemple, cette tendance se manifeste d’une façon frappante. Autant que je m’en souvienne, le paysan est vraiment le paysan, c’est-à-dire l’homme qui croit aux sorciers, qui se bat pour un motif futile et qu’enthousiasme l’Idée. Pouvillon se rapproche alors de Cladel et peut-être un peu de Zola. Il ne manque pas d’âpreté. Il n'arrive pas jusqu'à la crudité, mais il ne voile que très discrètement sa peinture. « Ce qui devait arriver arriva... » C'est dans Jep. Le poète n'ose pu dire davantage. Cela suffit. J'aime peut-être mieux Pouvillon ainsi. Il est plus vrai. Quoi qu'il en soit, ce fut un parfait écrivain. Sa phrase est étrangement claire. Il excelle dans la simplicité. Il atteint même jusqu'à l’exquis. Il y a du mysticisme en lui, mais un mysticisme qui n'a rien des religions. Il avait la foi, mais la foi en son art et en la vérité. Il détestait les honneurs, quels qu'ils fussent. Sa vie est d'un sage.

Comme militant, Pouvillon nous appartenait aussi. Il suffit de connaître quelque peu sa vie. Il avait nos opinions. Il fut l’un des premiers défenseurs de Dreyfus condamné et de Zola odieusement outragé, ce qui lui valut d'être chassé de l'Académie montalbanaise dont il était pourtant la seule raison d'être. Il lutta toujours pour le Beau, le Juste et le Vrai, malgré les cruelles souffrances dont on le persécuta. Ce fut un poète, mais ce fut aussi un homme. Il était du Cercle départemental radical et socialiste, de la Ligue des Droits de l’Homme, de la Jeunesse et de la Mission laïques. Pouvillon est des nôtres, nous le disons bien haut. Nous pourrions nous ériger en accusateurs et crier notre colère et notre indignation. Nous préférons, pour l’instant, exprimer seulement notre douleur. Le temps viendra où nous reprendrons celui qu'on n'a pu que nous confisquer.

Pouvillon disparaît, mais ses œuvres restent.

Raoul Lamolinairie (Raoul Verfeuil)

 

A ÉMILE POUVILLON

La Mort t'arrache a nous, écrivain du terroir *

Dont tu glorifias la beauté souveraine,

Troubadour qui chantas la grâce de la plaine

La fierté des coteaux aux antiques manoirs.

 

A ton pays natal, tu pris avec savoir

Sa tranquillité douce et sa force sereine,

Son éclatant soleil et la troublante haleine,

De ces fertiles champs que tu ne peux plus voir.

 

Et tu dressas ton œuvre avec cette matière,

Et cette œuvre fut simple et pourtant comme altière,

Et tu fus un conteur délicieux, exquis ;

 

Sur le grand livre d'or que l'Avenir t’apprête,

Ton nom demeurera, Pouvillon, ô poète,

Comme notre douleur dans nos êtres meurtris.

RAOUL. VERFEULL.

10 octobre 1906.

 

 

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 13:43

Je voulais oublier un peu Verfeuil mais il me revient sous une autre forme qui me semble de saison. C’est dans le numéro de mai 1919 que la revue d’art et de littérature, La Forge (celle qui lui a publié le poème sur Jaurès) offre ce poème. Cette revue est une revue pacifiste avec comme premier article La guerre et la non résistance de Bertrand Russell. On y trouve aussi Jean Cassou avec Lettres espagnoles. JPD

 

Chrysis

 

Chrysis, dans l'onde claire, a glissé doucement

Son corps de néréide aux souplesses félines

Epouse le flot bleu, mystérieux amant

Qui l'enlace et l'étreint et meurt sur sa poitrine.

 

Elle offre au baiser rude et furtif de la vague

L'harmonie impeccable et svelte de ses bras ;

L'aube encore imprécise épand des clartés vagues

Sur la mer indolente aux paisibles ébats.

 

Et Chrysis s'abandonne aux caresses de l'onde

Et les dieux sont épris de ses charmes subtils,

Mais, toute à son bonheur, d'un geste puéril,

Elle défait soudain sa chevelure blonde.

 

Car Chrysis est heureuse. Et longtemps elle reste

A jouer et rêver parmi les flots berceurs

Elle hume la brise et les nymphes ses sœurs  

La garde de l'abîme et des rochers funestes.

 

Mais le char d'Apollon s'avance, triomphal ;

Les dernières lueurs sidérales s'éteignent ;

Le grand jour resplendit et les vagues se ceignent

De couronnes de feux, de perles, de cristal.

 

La vierge quitte alors ses compagnes marines

Qui la comblaient de soins, d'amour, de volupté ;

Elle sort de la mer et sa beauté divine

Provoque au fond des eaux des sanglots indomptés.

 

Sur la plage d'or fin son pied d'ambre se pose ;

Elle éblouit le ciel de sa nudité rose

Et ses seins, aux blancheurs et de nacre et d'émail,

Dardent vers le soleil leurs pointes de corail.

Raoul VERFEUIL.

 

 

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 18:00

Raoul Verfeuil est à l'agonie mais des amis pensent à lui pour au dernier moment, signer cette pétition. Il est loin de Paris puisqu'il est dans son sanatorium des Landes. Il a été solicité, car dès 1925, en tant ue conseiller municipal de Boulogne Billancourt il a fait voter une motion sur le même sujet, celui de la pais et de la solidarité internationale. C'est, pour quelques mois, ma dernière intervention sur ce militant. JPD

 

10 septembre 1927

Contre la terreur blanche dans les Balkans

Le Comité de Défense des Victimes de la Terreur Blanche dans les Balkans vient d'adresser à M. Voukitchevitch, président du Conseil de la Yougoslavie, la lettre suivante :

Le 2 septembre 1927

Monsieur le Président,

Nous avons appris avec plaisir que vous aviez démenti les termes que vous avait prêtés à notre endroit (au Sujet de notre intervention dans l'affaire Vouyovitch-Koussovatz et consorts) le journal Nôvosti de Zagreb.

Cette initiative de votre part facilite notre intervention d'aujourd'hui, qui, d'ailleurs, se serait produite dans tous les cas, car elle est commandée par le devoir.

Il nous faut, en effet, insister à nouveau sur la situation qui est faite aux jeunes Macédoniens arrêtés il y a trois mois, à la suite de l'attentat de Ptchinia, sur la ligne Uskub-Velès.

D'après les informations les plus sûres, ils sont au nombre de 78 arrêtés à Uskub,. à Loubiana. à Zagreb.

Ce sont de jeunes étudiants absolument innocents dans l'affaire en question, pour laquelle des témoignages sérieux accusent votre propre police ou les comitadjis à la solde de Sofia.

Dans tous les cas, ces jeunes gens qui étudiaient, bien loin de Ptchinia, n'ont rien à faire dans l'explosion qui, heureusement, ne causa que des dégâts matériels.

On les a pourtant jetés dans les cachots souterrains des prisons, et nous savons qu'on les y torture.

Quel est donc leur crime ? C'est de se sentir et de se proclamer Macédoniens.

Nous savons que les autorités serbes nient qu'il y ait une Macédoine, des populations, des aspirations macédoniennes.

Mais la répression même qui frappe les Macédoniens dans le royaume yougoslave constitue, hélas, à cet égard, une démonstration trop éloquente.

Nous réclamons, nous, qui nous nous sommes donné la tâche de défendre les opprimés des Balkans, la liberté pour les Macédoniens, non seulement en Yougoslavie, mais en Grèce et en Bulgarie

Comment ceux qui, en ce moment même, parlent de remaniements et de modifications territoriales profondes dans les Balkans, ne comprennent-ils pas que la question macédonienne occupe le centre même du problème qui, selon nous, ne pourra être résolu que par la Fédération de tous les pays balkaniques.

Quoi qu'il en soit, les Macédoniens souffrent en ce moment, dans le royaume yougoslave, d'une oppression renforcée.

Votre agent, dans le département de Monastir, M, Dobriza Matkovitch, ne s'est pas contenté des arrestations que nous rappelons plus haut.

Nous avons sous les yeux d'innombrables faits de terreur dont il est responsable; parmi eux on trouve plusieurs assassinats.

Cette situation est intolérable.

Nous demandons donc la libération des 73 jeunes Macédoniens innocents, arrêtés à la suite de l'affaire de Ptchinia.

Nous demandons ensuite que votre gouvernement mette un terme aux agissements de M. Dobriza Matkovitch dans la région de Monastir Recevez, etc...

 

Henri Barbusse, Séverine, Mme de Saint- Prix, Mme Duchêne.

André Morizet, Dherbécourt, Voilin, sénateurs ; Frédéric Brunet, vice-président de la Chambre.

Cazals, Ernest Lafont, Ferdinand Faure, Compère-Morel, Fontanier, Paul Marchandeau, André Berthon, Héliès, Marius Moutet, Vaillant-Couturier, Mistral, Albert Fournier, Chastanet, Jacques Duclos, Jules Uhry Albert Milhaud, Jean Garchery, Eugène Frot, Raoul Evrard, Charles Baron, Raynaud, députés.

Alexandre Luquet, Duteil, Robert Bos, André Gayot, Louis Sellier, Louis Gélis, conseillers municipaux de Paris.

Henri Sellier, conseiller général de la Seine.

Jean Longuet, Bracke, anciens députés.

Henry-Torrès, Marcel Williard, Antonin Coën, Foissin, Dellevallée, René Plard, avocats.

Léon Jouhaux, secrétaire général de la C. G. T. : Herclet, du secrétariat de la C. G. T. U. Emile Glay, secrétaire du syndicat national des instituteurs.

Langevin, Prenant, Victor Basch, Emile Kahn, Vernochet, professeurs.

 

Mathias Morliardt, Georges Duhamel, Panait Istrati, Victor Margueritte, Léon Bazalgette, Léon Werth, Marcel Martinet, Jean- Richard Bloch, Charles Vildrac, Daniel Renoult, Henry-Marx, Gabriel Péri, Georges Pioch, Rousset. André Gybal, Bernard Lecache, Paul-Louis, Fernand Meunier, André Salmon, Francis Jourdain, Robert Salomon, Zyromski, Raoul Verfeuil, écrivains et journalistes.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 15:46

les-amis-de-Pierre-Brizon.jpg

 

Il existe une association des Amis de Pierre Brizon : http://www.brizon.org/

 Le site semble un peu en repos mais un article de La Montagne, qui n'est d'ailleurs pas sur le site, rappelle un projet utile pour juin 2015 : un colloque pour rappeler l'existence et le rôle des premières conférences internationales pacifistes.

Je salue cet effort que je relaie.

Parmi les liens affichés j'ai noté celui d'une association qui fait depuis des années un travail de titan et où j'ai beaucoup participé : l'association 1851 : http://www.1851.fr/

Le preuve sans doute que bien des éléments de l'histoire se tienne sans qu'on le sache.

 

Jean-Paul Damaggio

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 15:31

Après l'annonce du décès, le récit des obséques par Le Populaire (socialiste) et L'Humanité (communiste).

 

Le Populaire 4 août

LES OBSEQUES de PIERRE BRIZON

Comme Longuet l'a dit dans son discours d'adieu, si Pierre Brizon était mort pendant la guerre, c'est cent mille hommes qui auraient suivi sa dépouille mortelle. Hier, c'est un cortège restreint qui, à une heure peu propice, a accompagné Brizon au fourgon qui l'a emporté vers la terre natale où il va dormir, son dernier sommeil. La saison et l'heure de la cérémonie expliquent, pour une part, que quelques centaines de militants seulement se soient rencontrés derrière le modeste corbillard. Mais ces citoyens, hier compagnons de lutte, appartenant aujourd'hui à des fractions rivales, pouvaient quand même s'apprécier dans l'indifférence de la foule le résultat de ce divisionnisme contre lequel Brizon s'éleva si justement.

C'est précédé du drapeau de l'Union socialiste communiste et d'une pancarte de l'A. R. A. C.-que le cortège alla de l'Hôtel-Dieu à la gare de Lyon, salué par les passants dont beaucoup ignoraient le nom du socialiste qui partait pour toujours. Derrière le frère et la belle-sœur du défunt, qui conduisaient le deuil, nous avons pu noter la présence de Alexandre Blanc, Chaussy et Ringuier, députés ; Jean Colly, conseiller municipal ; Jean Longuet, Hubert Rouger, Sixte-Quenin, Emile Dumas, Pierre Laval, anciens députés ; Grandvallet, Doizié, Restiaux, Jean-Louis Boucherie, Pécher, Nantillet, Nowina, Grandidier, Marius Hagmann, Aulagnier, Amouriaud, directeur de « Travail » coopérative des ouvriers tailleurs ; Georges Pioch, Daniel Renoult, Charles Lussy, Auclair, Servantier, Raoul Verfeuil, etc., etc.

LES DISCOURS

Lorsque le corps eut été déposé dans le fourgon, Alexandre Blanc prit le premier la parole, en son nom personnel, dit-il, et au nom de Raffin-Dugens, pour dire un adieu ému à son ancien compagnon du Congrès de Kienthal. Après Blanc, Georges Pioch parla au nom de l'Union socialiste communiste. Ce fut un émouvant et magnifique hommage, qu'avec son beau talent Pioch rendit à Pierre Brizon, au combattant de la paix qui lutta, en plein parlement, à des heures redoutables contre les fauteurs de deuils et de ruines.

Notre directeur Jean Longuet parla en suite au nom des amis du Parti socialiste. Il retraça à grands traits la vie de Brizon depuis son adhésion au groupe des étudiants collectivistes. Il rappela les persécutions que valut à Brizon son apostolat socialiste, sa propagande incessante, son œuvre d'écrivain et d'orateur. Et, après Pioch, il magnifia aussi le courage avec lequel, pendant la guerre, Brizon défendit la cause de la paix et du socialisme international. Rappelant la passion unitaire qui avait animé Brizon jusqu'à son dernier souffle, Longuet termina en exprimant l'espoir que bientôt se reconstitue l'unité prolétarienne.

C'est par un vibrant appel à cette unité prolétarienne que le citoyen Brodel, parlant au nom des libres penseurs et des anciens combattants du Nord, termina les discours. Souhaitons que les paroles qu'il fit entendre à un auditoire mêlé portent leurs fruits. Franchesse fera dimanche à son ancien élu dès obsèques dignes de lui. Nous prions la famille de Pierre Brizon d'accueillir toutes nos condoléances et nos camarades de l'Allier de recevoir le témoignage de notre fraternelle sympathie eu ce deuil qui les atteint plus particulièrement.

 

L'Humanité 8 août

Les obsèques de Pierre Brizon

Un drapeau, rouge, une pancarte, un char funéraire de troisième classe derrière lequel suivent une centaine de personnes. Le corps de Pierre Brizon, de l'Hôtel-Dieu à la gare de Lyon, traverse Paris.

Arrivé à la gare, le cortège a encore diminué et c'est au milieu des bruits divers des manœuvres et des wagons qui s'entrechoquent, que notre ami Alexandre Blanc prononce son discours :

Je viens, non pas comme représentant d'un parti, mais en mon nom personnel et au nom de mon vieux camarade Raffin-Dugens, apporter, l'expression de nos regrets émus, sur le cercueil de celui qui fut notre compagnon de Kienthal. Peu de temps après la conférence pacifiste qui nous valut les accusations les plus injurieuses et les calomnies les plus grossières, Pierre Brizon donnait lecture à la Chambre d'une déclaration où nous disions pourquoi nous repousserions désormais tous les crédits dits militaires.

Dès lors, ce fut une lutte de tous les jours. Vingt fois, Brizon, guidé par sa raison autant que par son cœur; monta à la tribune pour réclamer les pourparlers de paix et la fin la plus proche du carnage.

Chaque, fois, une hostilité d'abord sourde, se déchaînait en tempête. Soutenu par son petit groupe d'amis, Brizon continuait à clamer la vérité et sa voix dépassait le cercle du Palais-Bourbon. S'il était le député le plus attaqué à la Chambre, il était le plus aimé dans les tranchées, et le plus populaire dans les familles. Hélas ! L'ingratitude est chose humaine ! Il l'éprouva lorsqu'en 1919, il fut, dans son département qui lui était si cher, et comme tant de ses collègues du Parti, battu par une immorale coalition de radicaux et de réactionnaires.

Cette ingratitude le meurtrit, mais ne le découragea pas. En dehors du Parlement, il continua, par le journal et par la réunion publique, sa propagande ouvrière et anti- militariste. Son horreur de la guerre s'exhalait dans chaque ligne, dans chaque parole.

La mort, le prend, encore jeune, dans la maturité de son talent et la plénitude de sa foi. Les milliers de malheureux dont il plaida si chaleureusement la cause, partagent aujourd'hui, j'en suis certain, notre douleur commune.

Aussi, je me permets de les associer à nous dans l'hommage que nous rendons a Pierre Brizon, défenseur inlassable de la Paix des Peuples !

 Georges Pioch, Longuet et Brodel parlent ensuite. Puis un grincement roule. Le wagon est fermé, on le scelle. C'est fini.

 

Brizon. Pierre Brizon, celui qui fut, l'a-t-on assez dit, « un moment de la conscience humaine » et l'espoir de milliers de victimes de la grande tuerie, avait droit au moment de sa mort et quelles que fussent les circonstances présentes à plus de reconnaissance de la part de ceux pour lesquels, en 1917, il risquait, avec Alexandre Blanc et Raffin-Dugens, le poteau de Vincennes.

 

Note J-P D : On notera que dans un cas c'est le drapeau de l'Union socialiste communite qui est présenté et dans l'autre le drapeau rouge. Dans les deux cas les articles ne sont pas signés mais pour celui de L'Humanité il s'agit sans nul doute d'Alexandre Blanc qui avec Raffin-Dugens étaient les deux soutiens de Brizon à Kienthal. Le 3 août dans L'Humanité Alexandre Blanc rappelera dans un article qu'il signe les mérites de Kienthal.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 15:25

 

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La première séance du comité directeur du nouveau Parti communiste s’est tenue à Marseille le 30 décembre 1921. Ils étaient seulement 22 autour de la table. Ils désignent le bureau définitif avec Frossard à la tête du parti , Ker pour les liens avec l’Internationale, Soutif pour l’administration, Marthe Bigot pour les femmes et Dondicol comme trésorier. Cachin est maintenu directeur de l’Humanité et Daniel Renoult de l’Internationale, avec Renaud Jean directeur de la Voix Paysanne et Souvarine du Bulletin Communiste. Les délégués à la propagande ne peuvent être désignés

Raoul Verfeuil, membre du comité directeur est présent (contrairement aux réunions suivantes), et il a donc pu y croiser Renaud Jean dans ce comité restreint.

Quels rapports possibles entre les deux hommes ? Je ne sais.

Des coïncidences feront qu’avant de mourir Verfeuil se réfugie dans les Landes, le département où dans des conditions aussi dramatiques se réfugiera ensuite Renaud Jean.

Et les deux hommes avaient une grande admiration pour un même auteur bien oublié aujourd’hui : Anatole France et surtout pour son roman La Révolte des Anges.

Des faits marginaux qui peuvent se compléter par un même rejet des visions de l’Internationale et de Trotsky en particulier.

Pour le reste le sujet mérite sans doute quelques recherches en particulier en lisant Le Travailleur du Lot et Garonne au moment du Congrès de 1922 qui vote l’exclusion de Verfeuil.

 

JP Damaggio

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 15:15

 

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Pierre Brizon, né le 16 mai 1878 à Franchesse (Allier) et décédé le 1er août 1923 à Paris, est un pacifiste français dont lamort a été évoquée ainsi par L'Humanité (communistes) et Le Populaire (socialiste). JPD

 L'Humanité 2 août 1923 : Pierre Brizon est mort

Hier matin, à 8 heures, Pierre Brizon, mourait à l'Hôtel-Dieu des suites d'un anthrax. Militant, journaliste, historien, sociologue, Brizon connaissait bien des façons de servir le prolétariat. Certes, il n'était plus des nôtres. Des différends graves l'avaient séparé du Parti. Nous n'oublions pas, cependant, que pendant un quart de siècle, Brizon mena un combat intrépide contre la bourgeoisie. Nous n'oublions pas surtout sa lutte pour la paix à l'heure où la frénésie impérialiste jetait l'Europe à l'abîme. Sur la tombe "du pèlerin de Kienthal" nous nous inclinons avec un regret douloureux. Brizon était âgé de 45 ans. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud où il avait été reçu le premier, professeur d'Ecole normale, il ne devait pas tarder à se signaler au zèle attentif des agents du gouvernement : en dix années, il n'occupait pas moins de douze postes différents aux quatre coins du pays. Elu député en 1910 par la circonscription de Moulins-Ouest, il siégea à la Chambre jusqu'en 1919. La coalition de toutes les forces bourgeoises, des radicaux aux royalistes tint alors en échec la liste du socialisme ouvrier et paysan. Brizon a publié des études approfondies sur l'Histoire du Travail et des Travailleurs, l'Apprentissage, l'Eglise et la Révolution, un Précis d'Histoire contemporaine. Sa brochure sur le Blé rouge a traduit les aspirations du prolétariat rural auxquelles il prêtait une si légitime

 Le Populaire jeudi 2 août 1923

Une pénible nouvelle qui attristera tous nos camarades, nous parvient : Pierre Brizon, ancien député de l'Allier, est mort hier matin à Paris, à l'Hôtel-Dieu, des suites d'un anthrax. Nous étions loin de nous attendre à cette disparition. Brizon était venu nous voir au Populaire, il y a peu de temps encore, et, comme toujours, il nous avait renouvelé son ardent désir de voir se rétablir l'unité prolétarienne. Le destin a voulu qu'il parte pendant que des luttes fratricides divisent encore les travailleurs.

Pierre Brizon naquit le 16 mai 1878 à Franchesse (Allier), commune dont il devait plus tard être maire. Elève de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud il fut gagné aux idées socialistes dès sa jeunesse et en 1897 -il adhérait au groupe des Etudiants collectivistes. Devenu professeur d'Ecole normale, il fut déplacé maintes fois pour son attitude militante. C'est ainsi qu'il professa successivement aux Ecoles normales de Laval, La Rochelle, Alençon, où il fonda le premier groupe socialiste, et Parthenay. Puis il professa dans les écoles professionnelles d'Armentières, Voiron, Marseille, Narbonne, Clermont-Ferrand et Rennes. Elu en 1907 conseiller d'arrondissement dans son canton natal, il entrait, à la Chambre, en 1910, comme député de la 2e circonscription de Moulins. Il devait y rester jusqu'en 1919, où la liste socialiste de l'Allier fut battue par la coalition radicalo-cléricale constituée sous l'égide de. M. Gaston Vidal. C'est surtout pendant la guerre que Brizon se mit en évidence. Personne n'a oublié la position qu'il avait prise, allant à la conférence de Kienthal et portant à la tribune de la Chambre, à maintes reprises, de virulentes protestations contre la guerre et mettant en cause les responsabilités du "mauvais Président".

Même les camarades qui ne crurent pas devoir l'imiter rendirent hommage au beau courage civique dont il faisait preuve. En même temps que des encouragements lui venaient de la part de braves gens, dont trop oublièrent, lorsque le danger fut passé, les injures, les calomnies et les menaces de mort qui s'accumulèrent sur lui. La presse immonde du nationalisme dénonçait tous les jours la « trahison » de Brizon. Il tint tête avec une belle vaillance, sans que la position catégorique qu'il avait prise lui fit perdre le sens de l'intérêt socialiste. Profondément unitaire, Brizon ne combattit que la bourgeoisie capitaliste, l'unité socialiste rompue contre son gré, il ne cessa de préconiser sa reconstitution.

Avec ces sentiments il ne pouvait guère demeurer dans le Parti communiste, où il avait cru pouvoir aller après la scission de Tours. Sur l'ordre de Moscou, le Parti communiste qui a la prétention d'être « une réaction contre le socialisme de guerre » expulsa Brizon !

Depuis, dans les rangs de l'Union socialiste communiste, il avait continué à batailler pour l'unité prolétarienne, pour ce qu'il appelait dans son langage imagé «le Bloc des rouges». Orateur abondant, souvent fort éloquent, tenant sa place aussi bien à la tribune du Parlement qu'à celle des Congrès ou des réunions publiques, Brizon fut aussi un écrivain remarquable. Profondément imbu de la doctrine socialiste, possédant des connaissances étendues sur les problèmes sociaux, Brizon collabora à d'innombrables journaux socialistes. Mais il écrivit aussi des ouvrages qui resteront. Il laisse des brochures de propagande : Le Blé rouge ; En Bataille ; un Précis d'histoire contemporaine, en doux volumes ; L'Eglise et la Révolution : la France dans les temps modernes ; un volume de l'Encyclopédie socialiste la Coopération en collaboration avec Ernest Poisson ; une Histoire du Travail et des Travailleurs et L'apprentissage, ouvrages remarquables. Le Populaire adresse un adieu fraternel au bon militant qui disparaît, encore jeune, après avoir fourni un si bel effort. La classe ouvrière gardera la mémoire de ce brave cœur qui souffrit de ses souffrances et sut la défendre avec tant de courage et d'ardeur.

 

Les obsèques de Pierre Brizon auront lieu vendredi matin.

 

Note J-P D : Aucun des deux journaux ne mentionne la publication de La Vague qu'il dirigeait au moment de sa mort. Pour rappeler ce que fut Kienthal, je renvoie les lecteurs à leur moteur de recherche.

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 15:23

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Seule la biographie du Maitron évoque cette éventualité : « En juillet 1924, il réadhéra à la SFIO ». En 2014 la question peu paraître sans importance puisque de toute façon trois ans après? Verfeuil meurt? et la question est donc sans incidence sur l’histoire.

Pourtant j’ai envie de m’y arrêter un moment au nom de la vérité historique mais surtout au nom de la réflexion sur la stratégie politique.

En juillet 1924, Frossard, le premier secrétaire général du PCF qui a été exclu en 1923 revient en effet dans la « vieille maison » avec quelques-uns de ses amis. Parmi les amis, Verfeuil a conduit la bataille des élections législatives de 1924 au nom de leur organisation commune, L’Union communiste-socialiste (l’UCS), dont il est devenu le secrétaire général.

Frossard dont l’arrivisme, dès cette époque là, ne fait aucun doute, tire les leçons des législatives en question : leur organisation qui a présenté des listes communes avec le PS n’a pas eu de député donc, en prévision des municipales, il est plus juste d’adhérer directement au PS en question.

Verfeuil participera en effet aux dites municipales de 1925 sur la liste d'André Morizet (NKM candidate à Paris en 2014 est sa petite-fille) à Boulogne Billancourt et il sera même élu pour la première fois de sa vie. Mais Morizet est encore, et jusqu’après la mort de Verfeuil en 1927, membre de l’organisation communiste-socialiste. Il ne rejoindra le PS qu’en 1928.

Quand on lit Le Populaire, le journal du PS, si Verfeuil est souvent présent en 1924, à cause de son action pour l’UCS, après juillet 1924 il n’apparaît plus. S’il avait repris sa carte à la SFIO, le journal n’aurait pas manqué de s’en réjouir.

Dans l'Histoire du P.C, de Jacques Fauvet (1964) la situation de Verfeuil est évoquée avec précision (fait rare) puis il signale le nom des amis de Frossard qui adhérent en 1924 à la SFIO : Victor Méric, Henry Torrès (le futur défenseur de Cayla évoqué dans un livre de nos éditions), Pioch, F. Faure, E. Lafont.  Il ne dit rien de Verfeuil.

Frossard écrira dès 1927 une petite biographie de Verfeuil où il n’évoque pas son retour au PS. Bref, j'ai eu beau chercher pas une trace du retour de Verfeuil au PS !

Pour accorder la position du Maitron (une source est utillisée que je n’ai pas à ce jour, une bio de Jean Longuet) et cette absence de référence à l’adhésion peut-on imaginer une adhésion qui aurait été faite à la base et sans suite ?

En effet, le combat de Verfeuil va rester le même avant 1924 et après, celui du rédacteur en chef de La Vague. (le nom que les communistes du TetG donneront à leur journal en 1936). S’il publie un article sur la Nouvelle Revue Socialiste tenue par Longuet et Frossard c’est pour y parler d’Olympe de Gouges, thème qui entre bien dans le cadre féministe de La Vague.

 A sa mort, au cimetière de Montauban, c’est un communiste que prononce le discours or s’il avait été membre de la SFIO, les socialistes locaux n’auraient pas manqué de demander à célébrer eux aussi ce personnage.

 J’en profite pour rappeler que La Vague qui va mourir avec Verfeuil, n’a pas été un minuscule journal d’une secte pacifiste d’égarés. Tout comme Pierre Brizon son fondateur en janvier 1918, elle est aussi méconnue que Verfeuil (il n’y aurait pas eu Verfeuil sans Brizon) or grâce à l’étude de LEE Haksu sur le Bourbonnais rouge nous apprenons ceci : « Le retentissement de La Vague fut énorme, dépassant l’audience de l’Humanité ». Le tirage est allé jusqu’à 300 000 exemplaires !

Je pense que Verfeuil est mort avec en lui ce rêve de toujours : la paix pour aller au socialisme. Un mois avant sa mort, il signe une pétition reprise par le journal du PS et celui du PCF (unité qui a dû le réjouir) pour soutenir des victimes de la répression dans les Balkans. A suivre. JPD

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