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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:18

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L'Humanité, à la mort du poète chilien a publié ce texte d'un poète originaire de Figeac. Marcenac en était un grand connaisseur. Je suis heureux depouvoir ainsi rendre hommage à deux hommes admirables. JPD

 

 

Il est mort, lui aussi les armes à la main

AUTOUR de Pablo Neruda, autour de cette haute flamme qui signalait comme aucune autre l'existence et l'éclatante présence du Chili, les hommes des casernes, que la lumière apeure, avaient élevé une muraille opaque. Ils voulaient étouffer cette voix et cette clarté. Dans sa maison d'Isla-Negra, astreint à résidence surveillée, Pablo Neruda était retranché du Chili, des vivants, de la terre et du monde par un infranchissable cordon de carabiniers, un rideau de ténèbres.

Mais, du côté du Pacifique, il demeurait tout le grand large et l’avenir :

Un de plus parmi les mortels

Je fais sans douter prophétie

Que malgré cette fin du monde

Survivra l'homme, à l'infini,

écrivait-il, dans un de ses derniers poèmes. Et la force idiote, une fois de plus, a fait un mauvais calcul. Portée par les courants, les vents et les marées, sujette seulement des purs pouvoirs de l'univers, la parole de Neruda nous atteint, multipliée désormais de tout le silence de la mort.

A soixante-neuf ans, ce qu'il y avait à dire contre la nuit et les monstres, Neruda l'a dit. Depuis un demi-siècle la foudre est amassée. Elle e fait son nid dans sa bouche, la vengeresse. Et depuis L'Espagne au cœur, depuis Le Chant général, elle est lancée. Que peuvent les armes contre le chant ? Le mot prononcé est plus vif que la balle, plus fort que la corde des potences, insensible à toute torture. Qu'ils le sachent bien, les maudits : la mort est leur métier, mais n'est pas leur alliée.

Toute sa vie Neruda l'a vouée à dénoncer et à annoncer. Il a dit l'impitoyable passé, les massacres, l'esclavage, mais aussi la lutte et les libérations. Il a stigmatisé le fouet et le glaive des bourreaux et des assassins. Il a illuminé l'épée de Bolivar. Au cœur des Amériques, il est le cœur battant de ce cœur et sa poésie est fille de la parole des libertadores, de l'Arauran Lautaro à Marti le Cubain, d'Abraham Lincoln l'assassiné à Recabarren qui fonda au Chili un des premiers partis communistes du monde.

Avant Les Châtiments et L'Histoire d'un crime, on pouvait tuer Hugo et c'était assurer une victoire au silence. Avec Neruda, la mort est impuissante, car les choses sont dites.

Oui, qu'il le sache, cet homme au nom de farce funèbre, ce général Pinochet qui fait à notre pays la honte de s'en réclamer, fût-ce pour se dire français à la quatrième génération : avec Neruda la mort vient trop tard. Ce qu'il a prononcé ne s'inscrit plus désormais dans le temps dérisoire où chemine le mensonge et que gouvernent les coups, mais dans l'éclatante durée où scintille la parole définitive. « Il est très vieux, dit la brute affreuse, il est très malade. » Allons donc ! Il est jeune comme la lèvre humaine à chaque fois qu'elle crie liberté, sain comme la paume de la main quand elle caresse la joue du frère. Et il nous dit, à nouveau, à la malheure du Chili comme aux jours massacrés d'Espagne

Venez voir le sang dans les rues !

Venez voir

le sang dans les rues !

tandis que dans le miroir rouge épandu sur le sol l'écho futur écrit :

Pour tous l'eau ou le pain, pour tous l'ombre ou la flamme

et que plus rien, plus rien ne divise les hommes

que le soleil, la nuit, la lune, les épis.

 C'EST bien au-delà des larmes et de la douleur personnelle que je veux penser à Pablo Neruda, mon maître et mon frère et à Matilde aux yeux immenses, bouclier d'amour devant les périls. Il était de cette race neuve de poètes qui ont mis leur honneur à passer de l'horizon d'un seul à l'horizon de tous. Il était le témoin de son peuple, de sa misère, de sa dépossession, de son espoir et son étoile palpite avec l'étoile ensanglantée qu'élèvent dans le ciel, en même temps que leur drapeau, les hommes et les femmes du Chili.

Mais avant d'être en France l'ambassadeur de son pays, n'oublions pas qu'il a été, de toute sa tendresse intelligente, de tout son savoir passionné, l'ambassadeur obstiné, inlassable de la France dans les Amériques latines. La France de Villon, de Charles d'Orléans, de Ronsard, d'Hugo, de Baudelaire, de Lautréamont, de Rimbaud, d'Apollinaire, d'Eluard lui doit plus qu'à quiconque. Et M. Pompidou, auteur d'une anthologie de la poésie française et président de la République française, n'a pas trouvé un mot pour dire que la France prenait Neruda sous sa protection...

 

« Il est très vieux » donc, « il est très malade » disaient ceux de la junte. « C'est une gloire mondiale. Qu'il se taise, et nous le laisserons mourir de sa mort naturelle. » A cela, Neruda a répondu toute sa vie par les armes des mots, par les armes de la douleur. Comme Allende, il est mort les armes à la main.

Jean MARCENAC

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Published by éditions la brochure - dans Chili
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