Mardi 3 novembre 2009

Patrick Tort à Puycelsi

 

Avec une amie parisienne de passage, Michèle Dacher, en guise de balade nous décidons d’aller vers Puycelsi, ce magnifique village du Tarn que je n’ai pas visité depuis des années. Ce jeudi 28 octobre, le soleil est estival. On commence à pied le tour classique du lieu par une rue à droite, on tourne à gauche et Marie-France note la présence d’une plaque discrète : Institut Charles Darwin International, entrée la porte avant. La porte étant ouverte nous en franchissons le seuil pour saluer un ami croisé plus de vingt ans avant : Patrick Tort (c’était le 28 octobre 1986). J’avais raté trois conférences réalisées dans notre région ces derniers temps et j’avais noté qu’il avait, à présent, ce centre dans le Tarn, mais je ne pensais pas le trouver ouvert sur la rue.

Vingt ans après, l’homme est le même (1). Quel plaisir quand on songe à ceux qui ont tant changé ! (il m’apprend que Dominique Lecourt travaille pour l’UMP). Il est le même, prêt à en découdre avec le système en place, le même habité par la rigueur scientifique, le même proche des uns et des autres. Peut-être l’âge oblige-t-il cependant à des constats terrifiants et je compte parmi eux celui de la fin de la transmission.

La veille j’avais croisé un instit encore actif que j’admire depuis longtemps pour son art fait à la fois de dessins et de d’écrits (bien que d’origine espagnole il manie le français à merveille, très au-dessus de mes maigres efforts) et qui faisait le même constat (les enfants ne s’intéressent plus). Sans en tracer un long portrait disons qu’il se distingua voici quelques années, à l’arrivée d’un jeune et fringant nouvel inspecteur, en lui renvoyant sa première lettre aux instits avec, soulignée en rouge, les trois énormes fautes d’orthographe ! Autant dire qu’il fut placé sous haute surveillance…(l’instit bien sûr).

 

J’apprends que Patrick est dans le Tarn grâce à Vincent Labeyrie que j’ai croisé seulement quatre fois (son fils Pierre plus souvent). Sans être un passionné des biographies j’ai eu le rêve d’écrire une partie de la sienne, car il m’est apparu au croisement de tant d’histoires, de tant d’humanités, de tant se sensibilités. Que ce soit par lui que Patrick Tort soit en ce lieu magique de Puycelsi c’est accroître mon regret mais la vie ne nous laisse pas le temps de tout faire.

 

Michèle Dacher est ethnologue et aussitôt la conversation s’engage sur l’Afrique que Patrick a bien connu pour y avoir travaillé. Il a publié chez Hatier en 1978, « Sciences humaines et philosophie en Afrique, la différence culturelle » que Michèle s’étonne de n’avoir jamais croisé. Sur le mur de sa pièce on trouve d’ailleurs le masque qui orne le dos de couverture du livre ! Il s’agit d’un recueil de textes donnant à voir toute la question du titre. Patrick est la preuve qu’aujourd’hui encore les encyclopédistes existent. Son accumulation de savoir et la mise en ordre, en perspective, en style de ce savoir le place au cœur de multiples problématiques. Son dernier livre, L’effet Darwin, est un bijou centré sur une image de couverture qu’on retrouve page 96 : l’anneau de Möbius, qu’on peut lire dans le sous-titre : « sélection naturelle et naissance de la civilisation ». Etrangement j’ai souvent utilisé cet anneau avec les enfants des écoles pour montrer comment parfois l’envers du décor tient parfaitement au décor lui-même.

 

Armé de du Darwin global, le projet de Patrick Tort est toujours hautement stimulant et il ne conclut que pour projeter un avenir, difficile certes, mais possible tout de même. Voici les dernières lignes de son effet Darwin :

« La combinaisons de ces multiples perspectives dans l’élaboration d’une théorie générale du devenir de la civilisation constitue, en effet, l’une des tâches scientifiques du matérialisme aujourd’hui. Sur des sujets aussi cruciaux, car s’ordonnant autour d’un grand enjeu d’émancipation et articulés désormais à un propos rationnel de survie, un peu de science permet parfois d’économiser beaucoup de philosophie. » 2-11-2009 Jean-Paul Damaggio

1) Voici la présentation que j’en faisais il y a vingt ans : « Quant à Patrick Tort ce qui surprend le plus c’est sa jeunesse, sa large culture, sa volonté de comprendre l’autre et de se faire comprendre, son allure (certains diraient son « look ») pas branchée et sa voix douce et tranquille. »

Par éditions la brochure - Publié dans : actualité
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Mardi 3 novembre 2009

En Uruguay des élections clefs

 

Mon amour pour l’Uruguay tient en deux noms : Eduardo Galeano et surtout Mario Benedetti. Je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays et je vais donc parler des dernières élections à travers sa presse et le commentaire de Guillermo Almeyra. Un Français présent dans la foule populaire du soir du premier tour a témoigné du dynamisme du Frente Amplio (FA) qui vient de gouverner le pays au centre-gauche avec Tabaré Vasquez. Mais le sens de la fête qu’il a découvert suffit-il à l’heure de l’analyse ?  

http://www.alexis-corbiere.fr/index.php?post/2009/10/26/Uruguay-%3A-482-pour-le-Frente-Amplio

Comme souvent en Uruguay l’élection présidentielle est accompagnée de référendums et d’élections du Parlement. Je ne suis pas sûr qu’un référendum précédent où les électeurs ont demandé que l’eau soit classée bien commun ait été suivi d’effets (la nationalisation de ce secteur), par contre le vote qui vient d’empêcher tout procès des anciens dictateurs risque d’entériner une injustice qui dure. Et quand on sait que l’autre référendum a refusé aux Uruguayens de l’extérieur le droit de vote (c’est-à-dire le plus souvent à des travailleurs immigrés) on a la confirmation que l’électorat n’est pas prêt aux grandes révolutions. Le 48% pour le Frente amplio et le 46% pour les deux partis de droite (mais leurs électeurs ne s’ajoutent pas automatiquement) tend à démontrer que dans ce pays le centre-gauche va pouvoir conserver le pouvoir avec un président plus à gauche (Pepe Mujica) mais un vice-président plus à droite (Danilo Astori).

Ce petit pays est un étrange cas de figure économique, politique et social. Nommée la Suisse de l’Amérique latine, c’est pour une part un paradis fiscal. Politiquement c’est un des deux pays du sud-continent où les partis doivent choisir leurs candidats par des primaires (1) et enfin le vote y est obligatoire. Des primaires, ça signifie qu’en juin dans chacun des partis il y a eu une première bataille politique, et pour la « gauche », dont nous savons qu’elle est partout de plus en plus divisée, elle a permis de donner à Mujica une réelle légitimité qu’il a complétée en équilibrant sa candidature par le choix d’un vice-président très néo-libéral en charge des questions économiques. Le vote y étant obligatoire la participation fut de 90% (40 000 sur les 500 000 expatriés ont fait le déplacement et beaucoup se demandent s’ils vont renouveler l’effort pour le second tour en novembre). Conclusion : la bataille va faire rage pendant tout le mois que dure l’attente du second tour.

Avec à côté, pour trois pays, le Brésil, l’Argentine et le Chili gouvernés au centre-gauche et où l’avenir de cette stratégie politique est sombre, une défaite de Mujica signerait la future victoire des droites dans le cône sud. Inversement, son succès maintiendrait un filet d’espoir, y compris pour le fragile pouvoir de Fernando Lugo au Paraguay qui après une brillante victoire de gauche se trouve au cœur de diverses tourmentes.

Economiquement, le pays ayant perdu toute industrie (d’où la bataille avec Buenos Aires autour d’une usine à Papier installée côté Uruguay) est aux mains des banquiers brésiliens, argentins ou étasuniens et même s’ils craignent peu le maintien du FA au pouvoir, leurs moyens de communication vont donner le là pour unir la droite et peser ainsi le plus possible sur le futur pouvoir éventuel de Mujica. Il ne faudrait pas qu’ensuite poussé par l’Equateur ou la Bolivie, l’Uruguay passe vraiment à gauche. 2-11-2009 Jean-Paul Damaggio

 

(1)  L’autre c’est le Honduras où un accord a été trouvé pour permettre à Zelaya de revenir à son poste après le coup d’Etat dont il a été victime, mais un accord qui dans les faits ne règle rien comme le démontreront les événements futurs.

Par éditions la brochure - Publié dans : amériques - Communauté : Résistance 2007
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Mardi 3 novembre 2009

L’homme tambourin : Claude Sicre

 

Comment est la vie ! Il pleuvait sur Perugia pendant la fête du chocolat aussi la Galerie nationale dell’Umbria prenait une saveur particulière. Le lieu est magnifique et les peintures exposées parfaitement bien mises en valeur. Sobriété et clarté étaient à la mesure de l’art concerné, celui d’avant les éclats de la Renaissance. Pour la beauté du récit disons que nous étions salle 13 même s’il s’agissait peut-être de la salle 12. Les deux sont consacrées à Niccolo di Liberatore appelé l’Alunno, un natif de Foligno dont la peinture date peut-être de 1466. Sur cette peinture qui m’arrête un instant, je découvre un ange (toute peinture de l’époque était religieuse) jouant du tambourin. J’ai cru voir par la position, la manière de jouer, la simplicité, un homme-tambourin du nom de Claude Sicre. Instantanément j’ai compris qu’à écrire un jour sur ce musicien il me faudrait écrire une légende ! Etrange sensation que de découvrir en ce lieu, subitement, la structure d’un récit précis tordant le coup à la biographie en frappant les esprits par quelques flashs (terme qui nous est venu de l’anglais vers 1923).

 

Claude Sicre sur un marché de Monclar, Claude Sicre présentant son livre sur l’Americke, Claude Sicre sur la scène d’un château des Corbières (Lagrasse), Claude Sicre toujours sortant d’une légende et y entrant aussitôt. Une passion pour le folklore en phase avec une posture de légende. Il aurait aimé faire de son ami Felix Castan un autre personnage de légende mais, non seulement il ne jouait pas du tambourin mais, qui plus est, il aimait se référer à l’analyse concrète d’une situation concrète, aussi il refusait de se laisser entraîner loin de lui-même.

Légende ? Le tambourin a fait Claude Sicre même si Claude Sicre vise plus loin que son tambourin. Or, le tambourin vient de la nuit des temps (ou de leur lumière) et Claude en joue avec cette évidence en tête (et les Troubadours pour complices). Pas question de tomber dans le piège d’une recherche historique sur la naissance et le cheminement de cet instrument à travers les années et les espaces. Niccolo le montre là sur un tableau, un musée de Tunisie le présente au milieu de tant de percussions, le tambourin fait son monde.

 

Soudain, tout s’efface, les malentendus et les bien-entendus, les mots et les gestes, les provocations et les invocations : il reste une légende accrochée à un quartier de légende, portée par une civilité et vivant comme les enfants. Pourquoi faut-il qu’à un moment les légendes nous abandonnent ? Parce qu’on ne sait plus les conter quand tant d’oreilles enfantines restent là prêtes à les écouter ! Oui, la légende de l’homme-tambourin peut faire du bruit, peut ensevelir même tous les bruits d’univers humides.

 

Il pleuvait sur Perugia, dans la rue, en sortant du musée, au kiosque à journaux j’ai payé avec un billet l’exemplaire du Manifesto. L’homme m’a rendu la monnaie et j’ai tombé une pièce au milieu des magazines. « Ne cherchez pas, en voici une autre… ».

1-11-2009 Jean-Paul Damaggio

 

Par éditions la brochure - Publié dans : italie - Communauté : environs de Toulouse
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Mardi 3 novembre 2009

Considérable manif anti-raciste à Rome

 

Longtemps j’ai pensé que le racisme contentait de se répéter à travers l’histoire alors que l’anti-racisme devait, pour riposter sérieusement, se réinventer. Le cas italien permet de vérifier que les répétitions du racisme ne sont pas seulement de simples répétitions. Pays d’émigration d’abord et d’immigration aujourd’hui, le racisme a été contraint de faire preuve « d’intelligence ». Son bras armé est né au début des années 90 sous le nom de Ligue Lombarde puis de Ligue du Nord et aujourd’hui il suffit de dire La Ligue de Bossi. Pendant que le racisme de Le Pen était d’ordre national celui de Bossi était d’ordre régional et la nuance n’est pas sans importance à l’heure où un des objectifs du capitalisme est de mettre à bas l’Etat.

Pour le racisme institutionnel (le racisme au quotidien est encore autre chose) l’Italien du Sud fut donc le premier bouc-émissaire montré du doigt (c’était l’institutionnalisation d’un racisme du quotidien). Depuis, l’étranger s’est ajouté au tableau et ma première constatation sur l’anti-racisme italien, c’est qu’il préfère privilégier la lutte contre les infamies dont sont victimes les étrangers aux autres. Le mot d’ordre « Personne n’est clandestin » et la façon de le mettre en œuvre m’a fait penser aussitôt à l’anti-racisme français des années 85-90 avec la célèbre main « Ne touche pas à mon pote » dont j’attends toujours l’analyse de ses effets. L’antiracisme serait-il contraint de proposer des parapluies aux habitants d’une maison pleine de gouttières quand il faudrait surtout refaire le toit ? Bien sûr en attendant les travaux sur le toit le parapluie est en effet nécessaire mais le problème c’est qu’au lieu d’aller vers une reconstruction du toit, les forces dominantes continuent la démolition obligeant l’antiracisme a donner de plus en plus e parapluies…

 

La manif du 17 octobre à Rome n’a pas été organisée par l’équivalent de SOS Racisme mais essentiellement par l’organisation syndicale CGIL avec autour de multiples organisations locales. Pour la Toscane je note : « Cité métisse » à Empoli, « Espace libéré » de Pistoia, « Collectif Bujanov » de Valdarno, Collectif d’immigrés à Lucca, etc… Au total elles seraient 400 organisations laïques, religieuses, nationales ou locales à être membre du « Comité du 17 octobre ».

La Repubblica annonce un chiffre de 200 000 manifestants pour cette manif annuelle depuis 1989, date de l’assassinat raciste d’un clandestin sud-africain, Jerry Masslo. Elle a ajouté à ses mots d’ordre une défense des homosexuels que le Parlement italien venait d’insulter en refusant de voter une loi défendant leurs droits et qui avait été proposée par un député centriste. Le fait que l’organisation de base soit la CGIL a permis, plus qu’en France, d’inclure les travailleurs dans le cortège et en particulier les travailleurs clandestins (une part du cortège se fit remarquer par la forte présence des travailleurs sénégalais venu du Nord du pays). Au total la diversité des cas apparut avec plus d’éclat que d’habitude : réfugiés kurdes rassemblés autour du portrait de Ocalan, réfugiés somaliens fuyant l’enfer de Mogasdiscio, jeunes Equatoriens devenus souvent des assistants de personnes âgées. Il Manifesto dans sa série de portraits d’immigrés, évoquera avec détails ces immigrés italiens rentrés au pays pour y finir leurs vieux jours et bénéficiant de l’aide de sud-américains clandestins qui leur permettent de rester chez eux.

Dans l’Unita du 19 octobre, pour tirer la leçon de la manif, la CGIL insistera sur le fait que l’action doit aller au-delà des défilés pour s’inscrire dans ce fait l’essentiel de l’activité syndicale, l’obtention de Conventions collectives où les discrimination doivent être remises en cause en permanence pour permettre à tous les travailleurs de bénéficier de droits égaux.

Le soir sur le Rai Tre la manif a fait quelques minutes avec des questions posées à des anonymes puis à des officiels comme Moni Ovadia, Ventola pour Sinistra e Liberta, un membre de Rifondazione, un de l’Italia de Valori et enfin l’inévitable Marco Pannella. Sur Rai 2, le morceau a été réduit de moitié (seulement Pannella) et une femme voilée défendant ses droits. 28-10-2009 Jean-Paul Damaggio

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Mardi 3 novembre 2009

Le féminisme italien en ébullition

 

Voici dix ans déjà j’avais suivi quelques efforts spécifiques du féminisme italien. Aujourd’hui il est toujours là sous diverses formes et pour diverses raisons. Le jour de notre arrivée dans le pays, j’aurais dû aller jusqu’à Rome où se tenait un colloque sur la question des rapports entre sexe et politique à la Maison internationale des femmes. Notre destination étant Florence, je n’en donne donc qu’un compte-rendu de la presse (La Repubblica). La première surprise fut la forte présence en réponse à la convocation de cinq féministes historiques : Maria Luisa Boccia, Ida Dominnijanni, Tamar pitch, Bianca Pomeranei et Gracia Zuffa. Pour elles nous sommes entré dans l’ère du post-patriarcat ce qui, contrairement aux espoirs des années 70, ne signifie en aucun cas une avancée pour les droits des femmes. « Le post-patriarcat c’est un homme sexuellement en crise.» Cette crise réduit la femme à un corps, contrairement à la domination précédente qui portait sur un être. En se réduisant à une domination sexuelle le post-patriarcat est plus capable que la domination précédente, d’unir les hommes entre eux. Sauf qu’en face, un autre type d’union des femmes apparaît. Il n’y a plus la division entre les saintes et les putains : toutes doivent réagir pour arrêter le massacre.

Ce colloque se veut en fait une réponse intellectuelle au comportement du président du conseil dont des documents (et des témoignages de femmes) démontrent sa conception lamentable des femmes, conception qu’il réussit cependant à faire largement partager ! D’ailleurs le colloque s’est ouvert juste après une autre des phrases polémiques qu’il adressa à une femme députée Rosy Bindi : « Tu es plus belle qu’intelligente.» Cette nouvelle attaque a donné lieu à une autre riposte par un appel.

 

L’appel pour la dignité des femmes est d’une autre portée. Touchant le large public, il s’agit d’un texte présentée par trois figures italiennes, Michela Marzano, Barbara Spinelli et Nadia Urbinati, relayé par le journal La Repubblica, et qui a obtenu aussitôt le soutien de 100 000 signataires. « Il est désormais devenu évident que le corps des femmes est à présent une arme politique de la plus haute importance entre les mains du président du Conseil. Il est utilisé comme instrument de guerre contre la libre discussion, l’exercice de la critique et l’autonomie de la pensée. La femme telle qu’il la voit c’est la beauté de la jeunesse, la séduction physique et en premier lieu c’est la soumission au vouloir du chef. Elle est là pour chanter avec le chef, pour faire écho au chef, pour se mettre à disposition du chef, comme dans une foire promotionnelle ou dans les dispositions dictées par le culte de la personnalité. » Bref, la femme comme faire-valoir de l’homme ! La signature de Valeria Bruni Tedeschi, la sœur de Carla Bruni, a aussitôt été mise en avant.

Nadia Urbinati sera interrogée dans le cadre d’une grande émission politique de télé et fera observer que sur le plateau il n’y a que des hommes.

 

Et « la gauche » dans tout ça ? Pour Cecilia D’Elia du petit groupe de Sinistra e Liberta, tout est à recommencer comme toute la gauche est à reconstruire. Les luttes du passé semblent perdues corps et biens sans avoir apporté les changements espérés. Des efforts donc pour reconstruire une pensée, pour réagir, des efforts qui ne sont pas absents du monde culturel.

 

A Rome, au festival de cinéma, Francesca Comencini est là avec un film sur les femmes, sur la maternité et les femmes. Aussitôt elle a été applaudie par les défenseurs du « droit à la vie ». Elle a dû, par un communiqué, préciser qu’elle défend le droit à l’interruption volontaire de la grossesse, tout comme le droit d’utiliser la pilule abortive. Lo spazio bianco, titre du film dont je doute qu’il passe la barrière des Alpes, est aussi le titre d’un livre paru chez Einaudi de Valeria Parrella. Une façon supplémentaire de vérifier que toute approche du monde féminin suscite des enjeux globaux que j’ai eu plaisir à découvrir à travers la critique d’un livre ayant donné lieu lui aussi à un film.

 

L’héroïne s’appelle Hypatia ou Ipazia et je la retrouve sur mon Larousse : « Hypatie en grec Hupatia, mathématicienne et philosophe grecque (Alexandrie vers 370-415). Elle est avec son père Théon d’Alexandrie, à l’origine d’une réédition critique des Eléments d’Euclide et d’un commentaire de l’Almageste de Ptolémée. Selon Suidas, elle aurait également commenté les Arithmétiques d’Aristophane et les Coniques d’Appolonios. Vers 400, elle fut à la tête de l’école néoplatonicienne et fut assassinée par les chrétiens.» Le portrait imaginaire que le peintre Charles William Mitchell en fait en 1885 est fabuleux et je rêve donc de lire le livre de Adriano Petta et Antonio Colavito qui trace la vie de cette femme victime des fondamentalistes chrétiens, ou de voir Hypatie jouée par Rachel Weisz dans le film de l’Espagnol d’origine chilienne Alejandro Amenabar qui sort en décembre dans son pays intitulé Agora (un film au coût monumental pour faire revivre cette époque ancienne).

Adriano Petta explique : « Elle fut la première martyr la Raison. » et il insiste sur le fait qu’en tant que femme, elle ne fut pas seulement tuée mais mise en morceau pour faire un exemple définitif contre une femme qui avait osé dire : « Si je me laisse acheter, je ne serais plus libre et je ne pourrais plus étudier. C’est ainsi que fonctionne un esprit libre. » Refusant le christianisme, elle tomba dans l’oubli.

 

Il ne serait pas juste de conclure ce voyage sans un retour à l’actualité italienne et sur le point du féminisme, elle s’appelle aussi la burka ! La Ligue du Nord, connue pour son racisme global, est à l’origine d’une loi voulant interdire la burka en Italie. Les intentions de son chef Bossi, n’épuisent pas la question en soi. Au même moment, il va s’opposer à son allié Fini qui propose d’introduire une heure de religion islamique dans les écoles à l’attention de ceux qui le demandent, et afin d’éviter que cet enseignement de la religion musulmane reste seulement entre les mains des fondamentalistes. Comme partout, le débat traverse aussi la gauche (Massimo d’Alema du PD est d’accord avec la proposition de Fini par exemple), sur des bases différentes, qui d’abord écartent toute référence religieuse à la burka, pour centrer la question sur les droits des femmes. Voilà comment nous en revenons au corps des femmes comme enjeu politique !

25-10-2009 Jean-Paul Damaggio

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Mardi 3 novembre 2009

L’article 400 de ce blog

 

Les Editions la Brochure sont nées voici presque 3 ans (au 3 janvier 2010) et ont 20 livres et 20 brochures à leur catalogue. Depuis un an et demi ce blog est venu compléter leur moyen d’intervention. Après un démarrage très lent, il avoisine une moyenne de 60 consultations par jour avec à présent 19 852 pages vues. Mais nos regards ne sont pas braqués sur les divers compteurs liés aux blogs, d’abord pour des raisons techniques (nous sommes toujours dans une zone blanche – lire bas débit – donc il faut aller au cyber-café pour y accéder), et ensuite pour des raisons stratégiques (nos moyens ne nous permettrent pas de viser du chiffre).

Tout le plaisir tient donc aux réactions microscopiques qui tournent autour de nos activités. Et le blog apporte les siennes comme ce lien établi avec un site sur Georges Brassens, près d’un an après avoir publié un article sur Paco Ibanez ! Contrairement aux apparences, un article du blog est moins éphémère qu’un article de journal, il procède autrement. Si un journal est publié à 200 exemplaires l’article peut toucher d’un coup 500 lecteurs potentiels suite à sa publication puis il tombe dans l’oubli. Sur le blog l’article au départ peut toucher seulement 10 lecteurs mais suivant sa nature, il peut un an après toucher d’autres lecteurs. Nous sommes surpris par exemple du nombre constant de consultations d’un nouvelle concernant la Tunisie. En même temps, nous le savons très bien, le terme « page vue » peut signifier seulement qu’un clic a été fait sur la page sans qu’elle ait été lue.

De part la fonction de ce blog, il n’est ni spécialisé, ni centré sur une personne. En conséquence, c’est un peu le bazar que les catégories tentent d’organiser mais la présentation du blog laisse à désirer. Il nous reste donc à améliorer la boutique et à remercier tous ceux qui nous soutiennent.

Par éditions la brochure - Publié dans : présentation - Communauté : Plaisirs d'écrire
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Mardi 3 novembre 2009

Elle venait de l’Umbria

Nous sommes dans « el valle alto del tiber » ou, pour le dire en italien « l’alta valle del tevere » ce qui en français signifie, la haute vallée du Tibre. D’ici, par le torrent et le fleuve on arrive donc à Rome et plus encore à la cité du Vatican, le Vatican n’étant plus qu’une cité. De Gubbio à Citta di Castello nous traversons les montagnes qui constituent  l’approche des Apennins. Pour une fois l’Italie est vide de villages, de cultures ; seule la forêt et les fortes pentes dominent en ce coin reculé des grands axes routiers. A 20 km du point de départ et à 30 du point d’arrivée, il existe cependant quelques maisons accrochées à une pente et surplombant une petite vallée. En ce lieu les civilisations les plus anciennes ont cependant laissé quelques traces ! Les Etrusques bien sûr, mais les Lombards davantage à cause d’une tour étrange datant d’avant l’an mille qui sert d’identité au village. Entre ces deux civilisations anciennes, il y eut la romaine visible par un chemin de montagne qui rejoignait la via Flaminia et qui a encore quelques dalles marquées par les traces des charrettes. Toute civilisation digne de ce nom existe d’abord par les voies de communication qu’elle réussit à mettre en place. Voilà pourquoi l’URSS d’hier tenta la première les vols spatiaux. Malheureusement elle fut très loin de créer une civilisation entre 1917 et 1992 alors que les ingrédients étaient là. Même dans ce petit village de l’Umbria il existait en 1920 des communistes qui, après la Marche sur Rome de Mussolini, durent fuir.

J’imagine el Nono décidant, un triste matin, de quitter avec sa famille, ce lieu enchanté pour partir d’abord vers Citta di Castello, Arezzo, Firenze et enfin la France.

Aujourd’hui, sur la place du village, trône en bonne place, le siège du parti de Berlusconi. C’est le seul siège du PdL que nous trouverons au cours de notre séjour de quinze jours dans le pays.

Trente ans avant, il m’arriva de faire une halte de quelques minutes sur cette place. C’était un temps où le tourisme n’avait pas pris la dimension industrielle d’aujourd’hui : conformément aux mœurs italiennes vous pouviez arriver à 13h 30 dans une ville vide, pour vous garer devant la Galerie des Offices à Florence. Depuis, le touriste est devenu plus important que la FIAT et même à Pietralunga, c’est le nom du village, par « le vert » l’accueil des vacanciers est minutieusement organisé. A Candeleto, la piscine, le camping, le bois didactique, le centre des oiseaux rapaces, tout est fait pour susciter un séjour intelligent. Comme tous les autres, le village a son musée : grâce à la collection de Silvio Bambini vous avez un musée ornithologique naturel.

Dans mon souvenir la tour lombarde s’était évaporée pour ne garder de cette place que la référence au monument aux morts. En Italie les monuments aux morts posent un problème car il n’est pas pensable d’honorer ceux qui, en 1940-1945, sont tombés pour la défense du fascisme. Chaque commune use de son stratagème propre. A Montelupe le monument m’est apparu unique : il donne la liste de ceux tombés pour le fascisme en inscrivant : morts pour une guerre injuste, la liste des partisans, et la liste des personnes civiles tuées. Dans beaucoup d’endroit, on préfère éviter les noms pour s’en tenir à une formule vague « aux morts pour la patrie ». A Pietralunga, les noms y sont pour la guerre 1915-1918, pour le reste, dans mon souvenir même frais, j’ai l’impression que rien n’est clair pour la période 1940-1945.

Je préfère en revenir à cette tour lombarde qui orne ce texte et qui devait hanter la mémoire du Nono reconstruisant sa vie à Montauban d’abord, puis ailleurs dans le Tarn-et-Garonne. Il avait plusieurs enfants dont une fille au prénom peu commun, Ezide, qui repose à présent dans le cimetière de Saint-Antonin Noble-Val. La complexe histoire de l’immigration italienne d’alors est le produit de déchirements bien précis. Comme le tourisme, l’immigration est devenue industrielle à l’âge où la transmission de la mémoire a été brisée par le capitalisme conquérant. Pour rester en Italie ils sont des milliers à se défaire de tout papier et de toute empreinte digitale pour ne pas être renvoyé dans un pays hypothétique qui pourrait être le leur. Ils sont arrêtés, envoyés dans des centres, puis relâchés faute de pouvoir être chassés, jusqu’à l’arrestation suivante. De plus en plus d’ombres errent sur notre planète, et le téléphone portable à portée de main ne change rien au vide environnant. Une tour lombarde comme identité, un rocher blanc comme point d’attache, d’un point à l’autre de l’univers nous avons vécu par des territoires. Il en reste des espaces. Ce qui, dans ce texte permet de le lire, j’en conviens, mais les espaces ne disent rien. Tiber, Tevere, Tibre, vous êtes effacés.

30-10-2009 Jean-Paul Damaggio

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Mardi 27 octobre 2009

La Scientologie en Italie

 

Le 18 octobre 2009 Le Corriere de l’Umbria consacre une page à la Scientologie avec trois photos : celle du siège essentiel qui se trouve à Milan, celle d’un manifestant anti-scientologie et celle d’une conférence épiscopale qui dénonce l’organisation. Quatre articles font le tour de la question qui peut se résumer en ceci : la Scientologie est surtout une entreprise qui en veut à votre argent. Cependant, sur cette page de journal, il s’agit plus d’informer que de condamner. La Scientologie toucherait 15 000 Italiens avec surtout 5000 adeptes et son organisme clef est La Wise (World Institute of Scientology Entreprises). Il s’agit de rassembler les entreprises qui se reconnaissent dans les valeurs de l’organisation : lutte contre les injustices, amélioration du comportement éthique et rétablissement de la santé mentale. Résultat : une enquête de l’hebdo de grande diffusion, Panorama, est mentionnée qui indique que 237 entreprises étaient affiliées, en 2006, à la dite organisation (imaginez, des entreprises qui luttent contre l’injustice etc… !). Elles doivent verser 10% du chiffre d’affaire en plus de la carte d’adhérent du responsable qui coûte 500 dollars par an pour une entreprise de moins de 20 salariés, 1500 pour les autres. Pour quels avantages ? Les cours d’enseignement de management à la sauce Ron Hubbard qui sont facturés en plus. Et la Scientologie de se défendre en disant qu’elle n’accède pas au financement de l’Etat comme les autres religions.

Bien sûr, en Italie l’Eglise catholique tient la Scientologie à distance, l’accusant de ne pas avoir de dieu véritable à son programme ce qui est donc un péril aussi grand que l’athéisme. L’article fait référence à la situation dans les autres pays et en particulier aux procès français dont tout le monde attend le verdict avec intérêt. Il y a eu aussi des procès en Italie mais sans grande conséquence.

La raison de cette page du journal de Pérugia consacrée à la Scientologie tient au fait qu’une adepte a décidé de témoigner tout en cachant son nom. Elle prétend qu’en ce qui la concerne elle a su profiter des services de la scientologie pour affronter ses problèmes, en évitant de se faire embarquer trop loin. Il s’agit pour elle d’une secte qui profite des gens faibles. Au départ on y trouve une philosophie de vie puis si on se laisse entraîner et on tombe dans l’endettement maximum, donc dans la dépendance à la secte. Rien de surprenant si l’histoire de la scientologie italienne commence dans la capitale économique, Milan, dès 1974. Là où sont les fortunes, là se greffe l’organisation. Pour les tarifs, une session individuelle peut aller de 100 à 1000 euros de l’heure. Elle a fréquenté la secte six mois à Milan où elle s’est trouvée face à un siège social splendide, fait de marbre, et de nature à impressionner l’adepte qui arrive. Elle aurait pu continuer dans la secte où on lui proposa un travail dans le marketing mais elle préféra partir. Elle a continué de recevoir des coups de téléphone mais en restant ferme, elle s’est défendue. Elle met en cause la secte quand elle décida de soigner le fils de John Travolta en l’écartant de la médecine traditionnelle alors que dans ce cas le choix était néfaste.

 

La référence à cet article réalisé par Chiara Cruciati, vise donc seulement à mentionner une réalité devenue mondiale et présente dans presque tous les pays. Pour son analyse il n’y a rien de mieux à faire que de se reporter au livre que Paul Ariès a consacré au sujet voici des années et qui reste d’actualité.

28-10-2009 Jean-Paul Damaggio

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Lundi 26 octobre 2009

Surprise chez les Verts italiens

 

Créé en 1985, les Verts italiens ont une longue histoire liée à la gauche de ce pays en commençant par le rôle premier de Marco Pannella. Aujourd’hui ils sont absents du Parlement italien comme du Parlement européen et leur dernier Congrès (l’assemblée générale) devait tirer les leçons de tels échecs. Il s’est tenu à Fiuggi, les 10 et 11 octobre, à quelques kilomètres au sud de Rome. Trois motions avaient étaient mises en débat que je résume ainsi : la direction sortante proposait la fusion avec un nouveau petit parti de gauche Sinistra e Liberta qui devait prendre alors le nom de Sinistra Ecologia e Liberta ; une autre proposait le rapprochement avec le Parti démocratique en basant l’action sur un retour à la base ; la dernière s’en tenait au maintien de la Fédération Verte.

Le journal il Manifesto plutôt favorable à la motion majoritaire, suivait le Congrès grâce à Guglielmo Ragozzino, qui sans en attendre la fin des travaux (vu les délais pour l’article du dimanche), partit écrire son papier pour annoncer la fusion des Verts et de Sinistra e Liberta. Or, il avait noté les multiples difficultés du début du Congrès autour de la validation des délégués, en particulier ceux de Potenza, difficultés qui donnèrent tout de suite une tournure très polémique à la rencontre. Pour calmer les querelles il était possible de voir en boucle une petite vidéo montrant les militants français d’Europe Ecologie chantant et dansant suite à leur victoire. Il conclut son article du samedi en disant que le rapport des forces serait le suivant : 60-26-14 d’après les majoritaires et 50-36-14 suivant les minoritaires.

Le mode d’organisation du Congrès ne proposait pas le vote sur les motions mais le vote sur le président du parti, et là il n’y avait plus que deux candidats : les minoritaires l’emportèrent de quelques voix ! Dans il Manifesto du mardi 13 octobre le journaliste en question proposa un entretien avec le nouveau président pour se faire pardonner sa bourde. Pourquoi ce coup de théâtre et quelles suites ?

La porte-parole des majoritaires Grazia Francescato avait annoncé par avance dans l’hebdo ami Left qu’elle ne se représenterait pas, Loredana De Petris devant prendre la suite aux côtés de Monica Frassoni présidente annoncée des Verts Européens. En face les minoritaires avaient un seul candidat : Angello Bonelli qui a obtenu 245 voix contre 231 à Loredana dotée au départ du soutien affiché de 247 délégués. Quelques délégués changèrent donc de position et l’histoire des Verts italiens bascula. Un changement qui a peut-être tenu à deux choses : le refus de donner la parole pendant le Congrès à Marco Pannella, et le rôle trouble d’un ancien dirigeant Alfonso Pecoraro Scanio, président du parti de 2001 à 2008. Les battus expliquèrent aussitôt qu’ils respectaient la démocratie et qu’ils resteraient dans le parti (avant le Congrès les minoritaires avaient annoncé, en cas de fusion, qu’ils feraient scission) en conséquence de quoi, le parti Sinistra e Liberta se retrouve un peu dans le noir, car il comptait beaucoup sur cet apport pour mieux s’inscrire dans la vie politique du pays.

Le représentant au Congrès des Verts européens a annoncé que la décision ne changeait pas les données pour le poste de Monica Frassoni à la tête de ce parti.

Que dit à présent Angelo Bonelli ? Qu’une constituante écologiste est en route pour rassembler tous les écologistes, et aller vers « des Verts post-idéologiques ». Un appel dans ce sens avait été lancé avant le congrès. Le journaliste lui fait remarquer que cette constituante est vide pour le moment mais au nom de la transversalité des thèmes écolos, il a bon espoir. Et Marco Pannella a-t-il joué un rôle dans cette affaire ? Angelo Bonelli lui rend hommage. Sauf que les Verts restent au pied u mur : que faire aux élections régionales qui vont se dérouler en même temps qu’en France ? Là, le flou est de rigueur : des listes autonomes écologistes mais en fait chaque région fera à sa manière.

J’étais en Toscane au moment des évènements et j’ai pu découvrir que l’après Congrès risque de ne pas être celui annoncé. Un autre parti veut tirer son épingle du jeu, un parti en pointe : il s’agit de Italia di Valori (IdV) de Di Pietro. Dans cette région une partie des Verts vient déjà de rejoindre Di Pietro qui est autrement présent sur la scène politique (autour de 7%) que le petit parti Sinistra e Liberta.

Ce Congrès confirme les difficultés des Verts et il Manifesto, grâce à son journaliste Bruxelles Alberto D’Argenzio, a ajouté un article sur l’état des Verts européens pour mieux en prendre conscience. J’ai ainsi appris que les Verts allemands dirigent depuis longtemps avec la CDU le lander de Hambourg. Monica Frassoni qui était la présidente du groupe des Verts au Parlement européen avant les élections de 2009, expliquait : « Les Verts allemands cherchent des alliances avec la CDU et les libéraux sur les thèmes de la reconversion industrielle, de l’éducation et de la recherche car la question essentielle n’est pas d’être de droite ou de gauche. »

Si aux dernières européennes les écolos finlandais firent des progrès, il s’agit de Verts qui participent au gouvernement avec le centre droit, une stratégie qui, par contre, n’a pas porté chance aux Verts irlandais.

Bien sûr, la référence c’est la France. Et là tous les Verts italiens se retrouvent d’accord. Ceux qui voulaient l’alliance avec Sinistra e Liberta donnaient en référence dans leur motion le nom de José Bové et à présent, sur le site des Verts, où a disparu le logo de Sinistra e Liberta, l’homme vedette, c’est Daniel Cohn-Bendit.

26-10-2009 Jean-Paul Damaggio

 

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Lundi 26 octobre 2009

Les primaires pour le PD italien

 

Le 23 octobre 2009 nous entrons avec Marie-France, sur le coup de midi, dans le point internet de la petite ville de Gubbio. Pendant que le responsable, un homme tranquille d’une quarantaine d’années remplit les formalités d’usage (en Italie les internautes étrangers doivent donner leur carte d’identité dont les contenus sont relevés), un jeune d’environ 30 ans pousse la porte et se lance dans de grandes discussions avec le commerçant. Il ne vient pas là pour utiliser les services mais par passion du débat politique. Il attend sans doute de nous que nous entrions dans la conversation autour de la question des primaires dans le Parti démocratique (PD) qui doivent se dérouler deux jours après. Il ne sait pas que nous sommes français et explique donc qu’il va voter, qu’autrefois sa famille était toute communiste mais qu’à présent, il a pris le passeport permettant de passer au PD, le parti adapté aux temps modernes. Au bout d’un moment, le commerçant se tourne vers moi, et, pour mieux me faire comprendre le sens de la conversation, il indique que lui est toujours communiste. Son interlocuteur est là pour le « chambrer » dans le cadre d’un jeu habituel sans le convaincre d’aller voter dimanche. Le commerçant reste communiste même s, dit-il, il n’y a plus de parti communiste en Italie (visiblement il ne compte pour rien les vestiges qui restent).

Ce témoignage vise à indiquer que le débat sur les primaires a largement touché les citoyens italiens qui ont participé au-delà de toute les prévisions (plus de deux millions de personnes) et qu’il est donc utile d’en décortiquer les éléments.

 

Des primaires ?

Le terme de primaires nous vient directement du système politique des USA où il concerne un élément très précis de l’élection : le choix du candidat à la présidentielle pour le Parti démocratique et le Parti républicain. Le projecteur braqué sur cette élection fait oublier le reste du fonctionnement politique nord-américain sans primaires, mais restons-en à l’Italie, pays où les primaires vont aussi être utilisées, mais dans des conditions totalement différentes ne serait-ce que parce que le pays n’a pas de régime présidentiel. Avec les primaires du 25 octobre 2009 nous entrons dans une toute autre page d’histoire des primaires puisqu’il ne s’agit plus de choisir le candidat à une élection mais les responsables du parti politique lui-même ! Comme en France il est question de primaires pour le choix du candidat à la présidentielle, j’insiste : en Italie tout citoyen désireux de payer 2 euros, ayant plus de 16 ans, étant Italien ou étranger avec permis de séjour, pouvait choisir entre trois candidats aspirant à la direction du PD. Et j’insiste sur un autre élément : il ne s’agissait pas seulement d’élire « un chef » mais l’ensemble des responsables de l’organisation ! Pour le secteur de Pise par exemple, c’était pas moins de 200 candidats qui apparaissaient sur les trois listes ! Je n’ai pas le nombre total de candidats mais il doit être considérable.

 

Le Parti démocratique

Ce parti est depuis deux ans l’héritier de « l’Olivier » une coalition, née elle-même de l’union entre d’anciens communistes, d’anciens démocrates chrétiens et autres courants de « gauche ». Dans un premier temps, il fut dirigé par Walter Veltroni qui après sa défaire face à Berlusconi avec qui il envisagea un moment de discuter… a préféré se faire romancier. Sans entrer dans le détail, précisons que la dérive droitière de ce parti l’incita à refuser toute union avec l’extrême-gauche et sur ce point il gagna. Prise entre le vote utile pour le PD (afin de battre Berlusconi) et le vote contre sa participation au gouvernement avec Prodi, l’extrême-gauche qui avait su s’unir sous les couleurs de l’arc-en-ciel, a volé en éclat jusqu’à s’atomiser sans fin. Cependant une nouvelle force politique tente de tirer son épingle du jeu. On en parle peu en France : il s’agit du parti de Di Pietro, L’Italie des Valeurs (IdV). Dans ce contexte le PD a pensé se refaire une santé par l’opération des primaires.

 

Les trois candidats

Bersani, Franceschini et Marini ont donc présenté leurs listes validées par le PD. Bersani serait plus tenté par une alliance sur sa « gauche » avec IdV, Franceschini plus sur droite avec le parti centriste, l’UDC de Catini qui rejette Berlusconi un peu comme Bayrou rejette Sarkozy, et enfin Marini se bat plus sur des idées dont celle de la laïcité (c’est sur Il Manifesto que le nom de ses défenseurs ont été publié sur toute une page). Les polémiques entre candidats n’ont pas pris l’ampleur de celles du PS français, et une lutte entre générations n’est pas non plus apparue. Bersani l’emporta comme prévu avec plus de 50% des voix. Il avait le soutien plus ou moins affiché de Prodi ou Massimo d’Alema. C’est sans doute ce fait qui incita les deux intellectuels Camillieri et Nanni Moretti à soutenir Franceschini.

Les positions social-démocrates de ce parti et le but de cet texte visant à étudier surtout la méthode, ça me dispense d’entrer dans le détail des contenus politiques ce qui ne signifie pas à mes yeux qu’ils soient sans intérêt.

 

La fin du politique

Par définition, un parti politique est une « part » du combat politique donc en décidant pour élire ses responsables de s’adresser à la population toute entière, il se dénie tout droit à l’existence ! Cette stratégie est une inversion du centralisme démocratique, qui déplace le centre, sans atteindre elle non plus la démocratie !

Il serait grave à mes yeux de nier la difficulté qui existe dans tous les partis, indépendamment de leur idéologie, à inventer le mode de fonctionnement adapté à leur combat. L’appel au «peuple» pour choisir les dirigeants, même si ce n’est pas la solution, me paraît par exemple plus digne que l’appel à cliquer sur internet en faveur de tel ou tel texte, en faveur de telle ou telle action.

Si la démarche adoptée par le PD m’apparaît comme la fin du politique, la dénonciation de la démarche ne m’apparaît pas comme l’ébauche d’une réponse ! En France, le 25 mai 2005 le peuple de gauche a dit NON au TCE et il a découvert le 26 mai que personne n’était prêt à transformer ce NON en force politique car les révolutionnaires sont, partout dans le monde, comme un boulanger ayant préparé de manière parfaite son pain, en oubliant de préparer l’outil essentiel, qu’est le four !!! J’ai croisé tant d’intelligences capables de décrypter brillamment la crise et le capitalisme lui-même, mais totalement allergiques à la réflexion sur les statuts d’une organisation capable d’unir pour construire un futur démocratique, que je me demande pourquoi on a si souvent perdu la dialectique ! Est-il indigne de s’occuper du four ?

Qu’on ne s’y trompe pas, le choix du PD italien n’entre pas dans une stratégie étudiée, mais continue le bricolage habituel et que lui ne puisse en sortir, c’est son problème, mais que la gauche authentique c’est plus grave. Pourquoi l’IdV arrive à vivre ? Car ce parti est construit autour d’un leader. N’y a-t-il rien de possible en matière d’organisation entre le factice appel au peuple et l’alignement derrière un leader ? L’existence des partis politiques, qui sont une des conditions majeures de la construction permanente de la démocratie, est un enjeu majeur de nos sociétés, et pas seulement celle d’un parti révolutionnaire car il ne peut y avoir vie politique que par le pluralisme des partis. Le cas italien est, depuis le début des années 90, un laboratoire dont j’ai vérifié, à ma grande surprise car je l’avais un peu oublié depuis quelque temps, toute l’importance qu’il présente.

26-10-2009 Jean-Paul Damaggio

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