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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 17:19

benedetto-2005.jpg

En ce 4 juillet c'est l'ouverture du Festival d'Avignon, le signe des vacances, le temps de la culture, alors je reviens à Benedetto à qui j'ai consacré un livre et plusieurs articles sur ce blog. J'ouvre d'ailleurs une catégorie, BenEdetto, Castan, Lubat, Caubère. 

Le Festival 2005 a été un tournant pour le Off, ou une dérive de plus. Benedetto va devenir le président du Off... Ce petit bilan historique a quelques charmes. Voici donc un article de plus de L'Humanité où l'écrivain a la parole. Jean Paul Damaggio

Les dérives

MERCREDI, 27 JUILLET, 2005

 

Par André Benedetto, metteur en scène, directeur du Théâtre des Carmes à Avignon.

Avignon, ça a tout de suite commencé par une dérive ! Char et Zervoz ont proposé à Vilar de jouer une fois Meurtre dans la cathédrale dans la cour du Palais. Et que répond Vilar ? « Formidable » ? Non, pas du tout ! C'est une idée apparemment bonne, mais une autre idée lui vient. Il ne jouera pas ce meurtre mais sa naissance. Il saute sur l'occasion, il saisit sa chance aux oreilles pour tracer sa nouvelle voie avec trois autres pièces pendant une semaine. Et l'année suivante, nouvelle dérive, il intitule festival sa Semaine d'art dramatique de 1947. Vingt après, en 1966, dérive, c'est la danse qui entre dans la cour. En 1967, dérive, c'est le cinéma qui y entre avec la Chinoise de Godard. Le Festival, quant à lui, entre dans le off qui vient de naître, en ouvrant un deuxième lieu au cloître des Carmes où le Living Theatre s'installe en 1968. Grandes agitations. Et à partir des sixties qui finissent, de nouvelles exigences spectaculaires surgissent. Le in lui aussi, comme le off, va multiplier ses lieux, intra et extra-muros, ses spectacles, ses diversités, ses animations et occuper la presse, jour et nuit. Trente ans après, on verra émerger la musique sacrée, et quelques années plus tard les messes. Dès lors, on y trouve de tout. On n'attend plus que des toilettes publiques en nombre suffisant. Et ainsi de dérive en dérive, ça n'a jamais cessé d'avoir lieu à Avignon, en juillet, de grandir, d'évoluer, de se transformer, quelle que soit la municipalité. Jusqu'en 2003, qui ne fut pas la fin... car trop d'intérêts sont en jeu. Souvent contradictoires, et souvent mal compris. Un monstre. Et maintenant, ce Festival est un gros monstre, dont beaucoup encore ne connaissent pas l'existence et dont personne n'imagine l'ampleur qu'il prend dans quelques consciences avec ses lourdes pattes par dizaines qui font beaucoup de bruit, ses exhibitions nocturnes géantes, ses grognements de bête à l'agonie, ses caprices de nourrisson, ses baves de toutes les couleurs et un je-ne-sai- quoi qui le rend invisible aux uns, insupportable aux autres, merveilleux pour quelques tiers, d'un bon rapport pour ceux qui en vivent et qui ne vont jamais au théâtre et très onéreux, consommations comprises, pour ceux qui y vont, sauf les privilégiés qui ont des billets de faveur. Ce qui est le plus remarquable, c'est qu'en cette période de délocalisation forcenée qui s'empare de l'Europe, le Festival est la cause qu'Avignon est le centre d'une localisation à outrance. Des troupes sont venues s'y installer à l'année. Les directeurs du in y ont même pris demeure. On prédit que le off pourrait lui aussi y avoir ses bureaux. Parmi nous ! À ras des trottoirs. Et encore je ne sais pas tout ! Retour général à la Terre ! Il faut dire qu'on nous a mis Paris si près qu'il vaut bien mieux en partir pour ses loisirs que d'y venir pour le travail ! Et puis c'est plus calme, moins pollué, moins stressant, etc. Un jour toute l'Europe théâtrale va s'établir à Avignon et y développer un nouveau communautarisme culturel, in et off, mis au pas, confondus. Le retour de la papauté. L'été, le in occupe les monuments publics, c'est-à-dire les coeurs historiques de la ville, et en toute saison il s'expose sur les façades, aux fenêtres murées, selon une lèpre de gloire qui gagne tout le centre. Le off occupe presque tout le reste. Et tient à dire qu'il est là et qu'il tient à cette ville par tous ses fils pour marionnettes. Il s'empare du moindre espace, de la moindre aspérité, grille, devanture, du moindre piton, panneau, plot, réverbère pour y accrocher ses cartons se gondolant comme des cartoons, au gré de tous les vents comme un généreux amoncellement de tiers-mondes. Ils clament tous qu'ils font partie, totalement, de cette ville. Il y a ici comme une amorce d'enracinement. Ils vont peut-être même se mettre tous au provençal. C'est étonnant. À quoi ça sert ? À quoi ça sert tout ça ? Qui pourrait répondre à cette question ? En 1947, un type est pressenti. Il vient, il voit, il imagine. Il s'entend avec le maire. Toute une équipe se met en mouvement. Des gens autour. Et puis ça croît. La liberté d'expression, l'émulation et la liberté d'entreprendre aidant, ça croît sans cesse. C'est le principe occidental de l'expansion. On ne sait pas où ça s'arrêtera ! Certains rêvent de le réguler, de le restreindre. Il paraît qu'il le faut. Le off, c'est une sorte de mare originelle. C'est la vie. Ça grouille. Mais ce n'est pas net, pas assez conforme. Ça contient potentiellement toutes les dérives et tous les excès. Il y en a déjà eu beaucoup jusqu'ici, des dérives. Jusqu'à la toute dernière, un PDG comme président... Alors, il faut peut-être en finir avec le off, qui garde malgré tout quelque chose, quelques traces du projet démocratique qui a pris peu à peu consistance avec Vilar depuis les origines du in, pendant quelques années. Mais ça cherche, ça n'arrête pas de chercher, de se chercher, ça ne se demande même pas où ça va. Ça va ! Peut-être bien comme la vie, n'importe où... Quelle est l'eschatologie de l'affaire au moment où il se dit que la scatologie fait son apparition ? Qui peut savoir ? Et cette année alors ? Eh bien, on continue ! À zigzaguer comme d'habitude. 2005, ce sera le quarantième off, au milieu d'un in qui va avoir la soixantaine ! C'est un miroir géant qui renvoie des anamorphoses. Et tout est encore à naître ! Il y a là quelque chose d'increvable.

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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 12:41

Par l’intermédiaire du baroque, Guy Catusse a voulu croiser ses interrogations nées au GRIHL (Groupe de recherche Interdisciplinaire d’Histoire littéraire) avec la pièce de théâtre de Benedetto jouée à Montauban en 1974 : le siège de Montauban. J’étais curieux de savoir comment ce prof de français que j’avais connu de 1971 à 1982 avait vu en arriver à cette recherche à la fin de sa vie, lui qui, habitant de Montauban à l’époque… n’a pas vu la pièce ! Il avait alors d'autres impératifs culturels.

Le 28 mai j’ai été invité au séminaire du GRHIL où Jean-Pierre Cavaillé s’efforça de donner corps à ce projet inachevé de Guy Catusse pour cause de décès prématuré. J’ai découvert que tout reposait sur un document : le texte de la pièce édité par PJO en 1976, document analysé avec minutie et que Jean-Pierre Cavaillé a pu présenter en détail.

 

Le théâtre, art vivant

Du spectacle théâtral il ne reste que le souvenir mais grâce à l’éditeur PJ Oswald, il est aussi resté ce texte. Publié dans Théâtre 1 qui regroupe deux autres pièces de Benedetto, avec annonce en fin de volume de la suite des publications avec Théâtre 2 qui devait contenir : Les miroirs vénitiens, Emballage et Rosa Lux/la peste ; puis Théâtre 3 avec A Bec et à Griffes, Le delta c’est moi, Le marcheur etc…  Jusqu’à Théâtre 6 !

En 1976 Benedetto a donc déjà derrière lui plus de dix ans de travail ! S’il a commencé les publications par les drapiers jacobins, pièce jouée aussi à Montauban, puis par Le siège de Montauban et Mandrin, c’est le signe d’une importance toute particulière donnée à ce moment d’histoire, importance renforcée par les outils autour de la pièce (introduction, nombreuses photos et surtout très nombreuses notes).

 

L’art vivant et le baroque

Guy Catusse a été attiré par cette note de Benedetto :

« (20) Nous le mettions [Castan, le directeur du Festival] sous forme d'une grande photo en médaillon comme une cible. Il s'est toujours demandé ce que ça signifiait exactement. On peut être un spécialiste du baroque, et ne pas comprendre une conduite baroque quand on y est en plein dedans. Ce comportement typiquement carnavalesque reste pour une bonne part hermétique à l'intelligence contemporaine. Grandeur et dérision ! « La perfection classique... C'est la mise en évidence d'une hiérarchie. » (André Gide)

Bienséance. Honnête homme. Harmonie. Discipline. Ordre. Régularité. Belle ordonnance. Equilibre. Rigueur. Fixité de l'odeur, non ! de l'idée. Logique. Rimes alternées. Hémistiche. Jardin à la française. Vertus de la contrainte. Sens de la grandeur. Et réduisit la muse aux règles du Devoir.

Le baroque est presque le contraire de tout cela. Décentrement de l'expression, pluralité des points de vue, perspectives diverses, anti-unitarisme et profusion, révolution copernicienne, voix multiples et égales, dérision du principal et de l'unique autoritaire, démocratie et changement des signes, territoire de la contradiction, force issue des profondeurs de la civilisation en marche et ferment explosif. « Son art et sa pensée (du pays occitan) sont déterminés par un conditionnement rebelle à l'unité interne, et par le jeu des contraires qui en dérive. » (Félix Castan)

Baroque : Terme péjoratif emprunté au portugais barroco qui désigne une perle impure. L'origine du terme se passe de commentaire. Il y a ce qui est dur et pur et il y a tout le reste. Lequel devient de plus en plus remuant. Et qui choque par sa bizarrerie ! Ex. : un bas roque...

D'après le petit Robert, baroque est le contraire de normal, régulier, classique ! »

Pourquoi cette note ? A cause de cette phrase du texte : Faites parler Castan / Mettez-le en plein centre / Pour critiquer le centre ».

Nous sommes à la fin de l’acte 1, une scène que Benedetto a écrite après une grande écoute de malades à l’hôpital psychiatrique. Les acteurs sont des aveugles et le dernier message à diffuser est celui-ci : « Il n’y a pas de projecteurs au-dessus des classes. »

 

Relire un texte joué ?

La recherche de Guy et le débat à quelques-uns posent la question du théâtre : art éphémère, en quoi sa version écrite peut jouer un rôle ? Jusqu’à inclure le théâtre dans la littérature ?

Voici le titre de l’étude de Guy :

« Captez des yeux et captez des oreilles ». Le Siège de Montauban (A. Benedetto, 1974, 1976)

 30 mai 2013 Jean-Paul Damaggio

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 21:31

                          portal.jpg

  Le livre Théâtre 1 d’André Benedetto paru en 1976 chez P.J. Oswald contient la photo ci-dessus. Personnellement je l’ai toujours considéré comme une photo parmi d’autres même si elle m’intriguait pour deux raisons :

1 ) Pendant le travail sur la pièce Le siège de Montauban, que j’ai suivi de A à Z, jamais il n’a été fait référence à la rencontre Benedetto-Castan avec Portal, donc cette photo m’est apparue hors contexte.

2 ) Que pouvait représenter l’affaire Portal par rapport au travail sur le siège de Montauban ?

 C’est au cours de la rencontre autour de la mémoire de Guy Catusse que j’ai revu mon point de vue.

1 ) Cette photo ne pouvait pas être là par hasard. Elle est la seule à témoigner du travail de rencontres de Benedetto avec les habitants de Montauban, le socle de la pièce.

2 ) Au moment de la photo, en 1973, l’affaire n’avait pas pris la tournure qu’elle prendra d’où la légende de la photo : « Félix Castan et André Benedetto avec Jean-Louis Portal qui devait être tué lors de l’assaut de La Fumade. »

 En fait la photo pouvait en 1976 être un argument de vente du livre car c’est en 1975 que Jean-Louis Portal est tué par la police, l’affaire prenant une dimension nationale qu’on ne peut imaginer aujourd’hui.

 Sur l’affaire

La famille Portal habite le domaine de La Fumade commune de Saint-Nauphary (82) que le père, Léonce, a hérité en 1967 d'un oncle, Louis William, baron de Portal. Dans sa lignée il y a un ministre de Louis XVIII, Pierre-Barthélémy Portal. D'après Wikipédia.

La succession a été difficile à régler du fait qu'il y avait plusieurs héritiers. Ainsi Léonce a dû, pour équilibrer le partage, s'engager à verser une somme de 300 000 francs aux cohéritiers.

Premier point : il n’a pas d’argent et il n’est pas très fort pour en gagner donc il emprunte.

Deuxième point : En juin 1972, à la requête du principal créancier, La Fumade est mise en vente par voie de justice. Le domaine est acquis par un certain monsieur Rivière pour un prix très inférieur à sa valeur (autour de 20%). Dorénavant la famille est expulsable.

Troisième point : En 1950, à 66 ans, veuf et sans héritier, Léonce se remarie avec Anna, une jeune Polonaise de quarante ans sa cadette. Ils ont deux enfants : Marie-Agnès, née en 1951 et Jean-Louis, né en 1952.

 Si tout commence en 1973 c’est que cette année là, la justice suit son cours et le 22 février 1973, deux gendarmes apportent à La Fumade l'ordonnance d'expulsion. Jean-Louis les reçoit à coups de fusil, blesse l'un tandis que sa mère mord l'autre. Elle est aussitôt arrêtée. Et pour compliquer l’affaire, le vieux Léonce meurt le 27 mars 1983. Anna s'évade de l'hôpital où elle était gardée et revient à La Fumade. Avec ses enfants, elle refuse de laisser inhumer son mari et installe le cercueil de celui-ci, sur des tréteaux, dans la chambre à coucher. Il y restera vingt et un mois...

En effet, la ferme est assiégée et la famille s’enferme auprès du cadavre de l’ancêtre. Le temps passe.

Le 10 janvier 1975, Jean-Louis, découvre la présence d'ouvriers agricoles travaillant près de la maison pour le compte du nouveau propriétaire de La Fumade. Il tire dans leur direction six coups de fusil. Il n'atteint personne, mais il y a eu agression et la gendarmerie se rend sur les lieux. Marie-Agnès et Jean-Louis clouent portes et fenêtres et crient au capitaine de gendarmerie : « Si vous entrez, on vous abat et on fait tout sauter. »

En janvier 1975 Jean-Louis a 22 ans et tombe sous les balles des gendarmes. Sa mère et sa sœur sont envoyées à l’hôpital psychiatrique. Michel Poniatowski décide de mettre un terme à l’affaire, aussi dans la nuit du 10 janvier, le château est pris d’assaut par 70 gendarmes d’élite. Jean-Louis est mortellement blessé. Anna et sa fille Marie-Agnès sont internées dans des cellules carcérales de l’hôpital psychiatrique de la Grave à Toulouse et sont déclarées « démentes et dangereuses ». Les forces de l’ordre sortent du château le cercueil de Léonce, décédé deux ans plus tôt. Jean-Louis et Léonce sont enterrés de nuit et sans témoins dans le cimetière de Saint Nauphary, le 14 janvier 1975 sans qu’Anna et Marie-Agnès ne soient autorisées à se rendre aux obsèques.

Le 13 février 1975, à travers la fenêtre de sa cellule, et en cachette de ses surveillants, Marie-Agnès répond aux questions d’une équipe de journalistes de FR3 venue l’interviewer. Elle explique brièvement les conditions inhumaines dans lesquelles elle et sa mère sont incarcérées depuis un mois. Le reportage, diffusé au journal télévisé national de 20 heures sur Antenne 2, scandalise l’opinion publique et contraint ainsi le Garde des Sceaux à faire finalement libérer les deux femmes, le 22 février 1975.

Anna Portal décède le 7 novembre 1991. Sa fille, Marie-Agnès, vit toujours à Montauban.

 Un bizarre côté politique

Le journal royaliste L’Action française va se mobiliser en faveur de la famille Portal avec l’aide de Jean Dutourd dont voici un entretien :

"NAF. Il a fallu vingt ans de procès et la mort d'un garçon de vingt-deux ans pour que l'affaire de la Fumade éclate au grand jour. Au travers d'un embrouillamini de procédure, quel sens donnez-vous à cette affaire ?

JEAN DUTOURD : D'abord, j'ai cru que c'était une séquelle de la Révolution. L'affaire Portal me semblait baigner dans une espèce de complot paysan qui rappelait bizarrement les histoires de Biens nationaux de 1792. J'étais convaincu que si ces pauvres gens s'étaient appelés Latruelle ou Torcheboeuf au lieu de « de Portal », il y aurait eu aussitôt une formidable mobilisation de l'opinion, des grèves, des banderoles, des inscriptions sur les murs et sur les routes, des comités de soutien. Mais comme ils avaient une particule, comme on les réputait barons, personne ne se souciait d'eux. Des aristos, pensez donc ! Cela n'intéresse ni la C.G.T., ni la C.F.D.T., ni les signataires de manifestes, ni le gouvernement. Pourquoi ? Parce que les aristos, fussent-ils des gueux comme les Portal, qui sont bien plus pauvres que des manœuvres, n'appartiennent à aucune catégorie sociale organisée. Ce sont des individus. Or moi, j'ai un faible pour l'individu. Non que je me fiche des masses, mais je trouve qu'elles se défendent très bien toutes seules. Elles n'ont pas besoin de moi. Tandis que l'individu, en 1975, si personne n'est là pour se mettre entre lui et la société, cela ne rate jamais, il est écrabouillé.

 NAF. C'est la mort de Jean-Louis qui vous a déterminé à mener cette bataille ?

JEAN DUTOURD : Lorsque Jean-Louis de Portal a été abattu comme un lapin par ces admirables tireurs d'élite qui ratent si bien les bandits, mais qui sont véritablement fabuleux de précision quand il s'agit de tuer des honnêtes gens, lorsqu'on a enlevé Mme et Mlle de Portal pour les jeter en prison, oui, je l'avoue, j'ai été indigné. J'ai trouvé ce dénouement atroce. D'ailleurs tout s'est passé avec la précipitation et la confusion d'un crime. Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de louche, quelque chose de sordide dans l'enlèvement des deux femmes ? On les a attrapées comme deux bêtes. On les a jetées dans une voiture en peignoir, sans leur laisser le temps de s'habiller. Mlle de Portal était toute éclaboussée du sang de son frère. Franchement, est-ce que tout cela n'est pas crapuleux ? Et derrière ce guet-apens, il y a un préfet, un procureur, l'appareil répressif de la société.

 NAF. Que pensez-vous d'une société qui permet de pareilles injustices ?

 JEAN DUTOURD : Il n'y a pas de société juste. Cela n'existe pas. Cela n'a jamais existé et n'existera jamais. Dans toute société il y a des injustices. Il était révoltant d'écarteler Damiens parce qu'il avait donné un coup de canif à Louis XV, mais cela ne condamne pas le régime monarchique. A-t-on flanqué par terre le régime soviétique parce qu'il avait organisé les procès de Moscou ? Le met-on en question à cause des millions de malheureux qui pourrissent dans le Goulag ? Je me refuse à généraliser à partir de l'affaire Portal. C'est une injustice, et même une injustice horrible. J'ai fait ce que j'ai pu pour la combattre. Mon objet n'est pas de démolir la société française, mais de l'améliorer. Je vous dirai comme les patronnes d'autrefois qui hésitaient à renvoyer leur domestique : on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on trouve. 5 mars 1975"

 Retour à la photo

André Benedetto porte la veste en cuir qu’il avait en permanence à ce moment-là, il tient à la main une sacoche noire et regarde avec intérêt Jean-Louis Portal, un peu penché, des bottes. Félix Castan regarde la photographe. Il a ses longs cheveux sur le côté, le crâne déjà chauve. Il semble un peu ailleurs. La photo est en contre-plongée car ils sont sur la terrasse du « château ».

Après réflexion je persiste à penser qu’il n’y a là rien à voir avec la pièce qui surgira du travail de Benedetto sauf à penser que cette pièce, en ayant une suite plus actuelle (c’était prévu), l’actualité de la Fumade aurait pu servir de base à un drame. Jean-Paul Damaggio

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 12:34

Après le 15 août, il reste le Festival d’Uzeste, pour penser à la fête, juste avant la rentrée.

http://www.uzeste.org/

En cherchant sur mon blog, j’ai trouvé quelques références à Uzeste et Lubat.

Mais elles sont loin du compte, pour exprimer les expéditions tentées plusieurs fois dans la lande girondine. Au nom du Sauternes. Avec des amis : une fois René Bonetti, une fois René Merle et surtout les rencontres avec l’ami Prada puis les voyages avec Marie-France.

Sur le site du festival, un appel est lancé :

« Uzeste Musical lance un appel pour les archives des manifestivités transartistiques. Envoyez vos enregistrements, vidéos, photos ou tout autre support créé au cours des manifestivités, à l'adresse archives@uzeste.org pour apporter votre subjectivité à la mémoire collective. »

 Ma subjectivité est quelque part dans un livre et peut-être, au nom d’un certain baroque, prendrais-je la peine d’ajouter quelques notes.

En 1985, de retour de mon premier Uzeste, je me suis aussitôt lancé sur mon Amstrad tout neuf à écrire un conte que j’ai d’abord appelé Testa Ment, puis finalement Testa Cassé.

Pour la version 2013 j’ai le plaisir de découvrir la présence d’Emile Parisien présent voici peu à Jazz in Marciac.

 

JPD

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 12:04

benedetto-2013.jpg

Je n'ai pu voir le spectacle à Avignon donc je donne les documents. D'abord le dos du programme présenté par la carte ci-dessus. Benedetto avec la guitare, une image des années 60-70. JPD

 

Mémento Occitan, Par Philippe Caubère, Cie la Comédie Nouvelle

 UNE ÉPOPÉE LYRIQUE EN FRANÇAIS, SCANDÉE DE LANGUE OCCITANE

L'Occitanie d'André Benedetto roule dans un espace-temps sans bornes, en route vers l'infini. Le pays déborde dans tous les sens, pétri de son soleil, de ses cultures, de ses langues, de ses luttes, de ses héros. Et cela tangue et danse dans la bouche et l'esprit de Philippe Caubère. Le voyage, après un tourbillon de mots et de notes de guitare, s'achève comme un conte, d'un coup de parole magique.

« Fantôme d'un pays qui n'a pas existé

Autrement que par sa culture et par sa langue

L'Occitanie dans sa robe de sel et d'ocre

Et de terres abandonnées au plus offrant

Abandonnée de tous vous rend ici visite

 

Vous dire d'un pays qui n'a pas de frontières

D'un pays qui s'étend des glaces de l'Arctique

Aux banquises de l'Antarctique de haut en bas

Qui court sous l'Equateur qui court sous les Tropiques

D'un pays-océan d'un pays-continent

D'un pays dans le ciel d'un pays sous la terre

 

C'est de la poésie occitane en français

C'est de la poésie française en occitan

Je suis donc la très vivante contradiction

 

"Nàutrei qu'avéra la lenga coma la serp forcada

Devèm faire sisclar lei belugas entre elei"

(Nous qui avons la langue comme le serpent fourchue

Nous devons faire crisser les étincelles entre elles)

 

Mise en scène Philippe Caubère , Comédien Philippe Caubère ; Guitariste Jérémy Campagne

Régie Générale Jean-Christophe Scottis, Répétitrice occitan : M.Charlotte Chamoux

Photo Frances Ashley

 

ENTRETIEN sur le journal La Terrasse

Philippe Caubère interprète Le Mémento occitan d'André Benedetto : une épopée lyrique en français, scandée de langue occitane, et un double hommage au Sud et à l'inoubliable directeur du Théâtre des Carmes.

Vous renoncez à jouer tes trois spectacles initialement prévus. Que s'est-il passé ?

Philippe Caubère: Je me suis rompu le tendon d'Achille, en plein élan, à la deuxième de la reprise de La Danse du Diable. Je m'étais pourtant bien préparé, mais Achille et son tendon m'ont lâché, et la guérison est affaire de quelques mois. Je pourrais reprendre Urgent crier ! et Marsilho en septembre ou octobre, mais je dois attendre décembre pour rejouer La Danse du Diable. C'est d'autant plus cruel car commencer à rejouer ce spectacle a vraiment conforté mon envie de le reprendre, mais, finalement, ça me permet de prendre du champ, de m'occuper sérieusement de l'édition finale de mes pièces, et de chercher un théâtre pour une reprise à Paris en 2014. En revanche, j'ai la chance d'avoir deux spectacles «assis » dans mes projets : Jules et Marcel, et Le Mémento occitan, sorte de road movie sur un tabouret, accompagné par la guitare de Jérémy Campagne, que je travaille depuis deux mois et dont je vais pouvoir assurer les représentations.

 Pourquoi avoir choisi de jouer ce texte ?

P. C. : Urgent crier ! était un portrait de Benedetto ; ce spectacle-là sera plutôt comme un hommage à un torero qui serait mort dans l'arène, que je veux dédier à Frances, sa compagne. Voilà quatre ans qu'il est mort, parti comme un fou dans une de ses légendaires colères, et terrassé par un malaise dans les vignes de Tavel. Le Mémento occitan est son autoportrait. Je veux clamer aujourd'hui cette poésie élégiaque et engagée d'un troubadour sur sa moto.

 Quelle est la couleur de ce Sud auquel vous- même et Benedetto rendez hommage ?

P. C.: Le combat occitan des années 70, c'est celui du Larzac et du plateau d'Albion, mais la Provence, c'est aussi Mistral et le soupçon de la réaction... L'identité occitane dépasse les caricatures : elle est une chose éternelle, qui regroupe tout ce qui se trouve au sud de la Loire, de Bordeaux à l'Italie, de l'Espagne à Clermont-Ferrand. Moi-même, je ne peux pas me détacher de mon enfance marseillaise, et Marseille, c’est tout sauf le foot ! Il y a une telle richesse, une telle diversité dans cette ville tellement belle, tellement laide, une telle violence aussi, qu’elle inspire une passion qui interdit qu’on la réduise à une ville désargentée qui jouerait au foot pour se consoler…

Le Sud, ça veut dire une identité particulière, et j’ai envie d’exprimer poétiquement cette identité, qui n’est ni Paris, ni la France, qui est celle d’un autre pays que, là encore, on ne pas réduire à la pagnolade.

 

Propos recueillis par Catherine Robert.

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 17:15

                                                Festival-74.jpg

 

J'ai déjà évoqué plusieurs fois la pièce de Benedetto, Le siège de Montauban, jouée à Montauban, en 1974. Je viens de retrouver les documents donnés dans le programme avec ce texte de Castan et le suivant de Benedetto :

 « SANS PREJUGER DES CONCLUSIONS... Par Félix Castan

Mettre en question l'espace et les grandes manœuvres de l'art et de la pensée, l'espace inerte, un éther d'avant Einstein et l'ère relativiste : espace sans espace ! On voudrait respirer.

Pas de lieu neutre, ni de point de vue de Sirius pour observer, disserter et juger, on est toujours de quelque part, non seulement d'aujourd'hui, mais encore d'ici, hic et nunc. Toute activité créatrice sécrète, érige son propre observatoire. L'espace de la conscience humaine sera plural ou il sera illusoire.

Au pôle cosmopolite qui désoriente la boussole, il s'agit d'opposer des tensions réelles, multilatérales, spécifiques et structurantes. Chacun regarde de sa fenêtre, de son hublot : construire une société des regards..

Montauban, Lodève et le Larzac, Avignon, nos références.

Vilar avait fait la moitié du chemin quand il s'installa à Avignon. Reste l'autre moitié ; non point débarquer un jour dans des murs étrangers, mais se mettre à l'écoute d'une autre humanité et d'un autre univers, le nôtre simplement, sachant que ce n'est pas politique de l'autruche et que l'expérience sera vue de tous côtés et jugée.

Condamnée peut-être, alors il faudra savoir par qui.

Il y va du statut de la classe intellectuelle dans le monde de tous : le but de l'œuvre n'est pas la compétition, - rouler à la manière d'une boule de billard sur une table de jeu ! Elle se présente comme un effort toujours recommencé pour mobiliser l'inconscient collectif, pour édifier les architectures dans le paysage et pour justifier les droits de propriété du premier occupant.

La technique de l'écoute varie selon les niveaux et les domaines. C'est une entreprise de longue haleine d'arracher à la parole quand elle sourd, les significations qu'elle véhicule, de les additionner, de les évaluer et de les engranger en forme théorique. A ce prix émerge du chaos un pays de langage, notre Occitanie, un pays imprévisible et qui doit étonner pour être.

L'Occitanie ne peut se réaliser sans déranger l'acquis de pensée comme les lignes d'action. Impossible de savoir à l'avance de point en point comment : il faut décider d'aller où mène le discours, sans jamais préjuger de ses conclusions. Félix Castan.

Mostra del Larzac 9 - IV - 74

 POST SCRIPTUM  :La notion de minorité nationale relègue la culture occitane en situation marginale. Nous sommes à l'étape où le mouvement occitaniste doit sortir de lui-même, projeter ses finalités dans des réalisations qui ne lui appartiennent pas en propre et qui découlent du cours même de la vie intellectuelle et civique dans chaque métropole et en chaque lieu d'Occitanie : choisir dans tous les cas entre deux concepts antagonistes, la créativité contre l'occitanité. COCAGNE

 FESTIVAL D'OCCITANIE AN III Par une curieuse évolution, les Festivals, c'est-à-dire l'aventure, d'expéditions en terre lointaine sont souvent devenus la facile proie estivale des organisateurs de spectacle : mondanité annuelle de province... Pour les troupes, après le travail de l'hiver, le moyen de survivre aux champs, en toute quiétude intellectuelle.

André Benedetto m'a dit, il y a un an, à Avignon nous reconquerrons tous nos lieux... C'est bien dans la perspective d'une reconquête que le Festival d'Occitanie procède à Moissac et à Montauban, dans ces deux quadrilatères majeurs du Cloître et de la Place Nationale.

Qu'est-ce que l'Occitanie, sinon d'abord des lieux qui portent en eux leur sens ?

Moissac, la jeunesse de l'Occident, Montauban la jeunesse de la bourgeoisie et du génie urbain. Jamais plus qu'à Moissac on n'a éprouvé au XIe siècle l'attraction de l'avenir et la novation civilisatrice, nulle part on ne saurait mieux apprendre le chant du renouveau, le grand printemps éternel... Jamais peut-être l'histoire n'a illustré de manière aussi exemplaire qu'à Montauban au XVIIe siècle la phrase fameuse de Frédéric Mistral :

Alor aviam de conse'e de grands ciutadins

 Que, quand sentian lo drech dedins,

Sabian laissar lo rei defora.

(Alors nous avions des consuls et de grands citoyens/qui savaient, lorsqu'ils sentaient le droit dedans/laisser dehors le roi.)

Un seuil est franchi. Trois thèmes directeurs désormais : l'Occitanie/le Baroque/la Ville.

On avancera la notion de Festival expérimental polyvalent (militant et non publicitaire).

Dix jours de chantier critique. Dix jours de confrontation interdisciplinaire : théâtre, musique, arts plastiques, cinéma, marionnettes, poésie éclairent de leurs irréductibles spécificités un même débat sur l’âme de la Ville.

 

ASSIEGES / ASSIEGEANTS

Nous trouvons si juste et si sainte

La cause que nous soutenons

Que nous n’avons aucune crainte

De la fureur de vos canons.

Nous n'en divertissons nos fêtes,

Nos enfants n'en baissent leurs têtes,

Et nos femmes, vous le savez,

Ont souvent d'un pierreux orage

Dessus vos têtes engravé

Les signaux d'un mâle courage.

 3 ème strophe d'un poème anonyme de 270 vers, dont Jean de Scorbiac, grand poète protestant de Montauban, âgé de 57 ans en 1621, semble l'auteur, ce dizain donne le ton de l'épopée que vécurent nos ancêtres assiégés par le Roi de France. L'apostrophe finale au Dieu biblique résume le conflit et l'enjeu :

Montre ta divine puissance,

Puisqu'on sen prend à notre foi

Sous le terme d’obéissance !

La place Royale était en construction au temps du Siège. Aujourd’hui Place Nationale, elle reçoit le Festival d’Occitanie. Que chacun médite sur les constantes et les paradigmes, surt la luette et sur ses termes, sur l’Etat et sur la conscience occitan, sur la foi décentralisatrice, et sur la forteresse de l’unitarisme…

LA GENEVE DU MIDI

La victoire de Montauban fut la victoire d’une haute conscience capable de cimenter une ville dans l’union sacrée. On s’attaquait à sa vocation hérétique, au cerveau de la Réforme : irréductible leçon…

UNE VILLE S’INTERROGE SUR ELLE-MÊME

Spectacle en forme de questions ; il justifie un Festival accordé à l’être et aux doutes d’une cité solidaire qui redresse la tête… Le Festival tout entier a pour but de marquer et de proclamer une identité urbaine, le « visage éclairé », aurait dit Bourdelle, d’une ville.

Félix Castan

 ESPACE SCENIQUE, André Benedetto

Il fallait un thème à proposer à une ville entière et qu'elle s'y confronte : depuis 9 mois maintenant, le thème est, à partir du Siège de 1621, celui de la ville d'aujourd'hui.

Il fallait que des habitants les plus divers donnent leur opinion là-dessus, qu'ils fassent part de leurs désirs et de leurs préoccupations. Il y a eu beaucoup de rencontres et des enquêtes. Et ce n'est pas fini.

Il fallait regrouper des garçons et des filles pour participer à l'élaboration du spectacle, prendre en charge l'interrogation et sa réalisation pour les transmettre à leurs concitoyens. Depuis Pâques ils sont avec nous une vingtaine.

L'espace scénique du 29 juin portera tout cela dans son tissu et celles et ceux qui viendront passer une soirée avec nous le percevront avec tous leurs sens. Nous souhaitons qu'ils en soient heureux.

LIBRE TOUJOURS...

1 Ce serait un espace comme

de grands bateaux qui se croiseraient

dans les brumes sans s'émouvoir.

 

2. Tout le monde Ceux qui viendront

Sur cette place ne trouveront pas de gradins

pour s'installer inconfortablement

On entend d'ici les exclamations les

hauts cris et les haut-le-cœur de ceux qui

savent ce que c'est le théâtre

Les bienheureux

 

3. L'espace un jour ne serait plus la jungle

Nous aurions dans la joie résolu la survie,

La peur ne serait plus qu'un jeu de société

Savez-vous que l'espace libéré des contraintes

des sièges fixes et des scènes plantées, que

l'espace articulé dynamisé dialectisé par les

éclairages, les musiques, les acteurs,

les spectateurs, les trois chariots sur pneus de

la SNCF.

Et tous ces chants

Et ces grands mouvements

Et ce carnaval de la nuit

Savez-vous que cet espace scénique libéré

Son drame malgré tout réside dans ceci :

qu'il procéde des rapports sociaux actuels fondés

sur l'échange des marchandises, mais qu'il contient

aussi – car nous extrapolons dangereusement –

des signes clairs de ce qu’il devrait être en nous

C’est sa contradiction.

Aussi camarades frères de lutte devons-nous maintenir

Cet espace sur une corde raide sans qu’il

Bascule jamais.

Rien, ne bouge. Rien ne sera immobile.

Tout est dans le rapport de l’un et de l’autre.

Et la vision.

Et l’espace scénique

Camarade c’est toi.

 

André Benedetto

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 16:42

Jean-Pierre Cavaillé, sur son blog, vient de s’atteler à la difficile présentation du débat linguistique au moment de la Révolution, à partir d’un contre-sens né d’une pièce de Benedetto jouée à Montauban sous l’impulsion de Félix Castan.

Il m’est arrivé d’étudier la question sans jamais avoir eu un commentaire de Félix Castan que je côtoyais alors régulièrement.

Il me faut attendre cette présentation d’une grande minutie et d’une grande honnêteté pour saisir l’ensemble de la problématique et mesurer son importance encore aujourd’hui dans le cadre d’un débat toujours pluriel sur la question linguistique.

Langue, Peuple, Nation, France, autant de références dont il faut saisir la pluralité plus que l’unité. Et dans cette pluralité, les articulations, les carrefours sont nombreux :

L’occitan, langue d’un peuple devant aboutir à une nation ? Mais quel occitan?

La France, c’est une langue, un peuple et une nation ? Mais quelle France ?

La nation, c’est un peuple debout avec ou contre sa langue ?

 Pour moi, le point de départ se situe toujours au sein des contradictions du peuple et non au sein des contradictions des élites. Un peuple se sentant riche de ce qu’il porte, face à un peuple en quête de l’habit qu’on veut qu’il porte. Que ce soit l’occitan ou pas, le mot d’ordre sera toujours le même : « parle ta langue ». L’occitanisme m’a appris à devenir un « basiste » à moins que ce ne soit l’inverse.  Mais je vous renvoie au très beau travail de Jean-Pierre Cavaillé.

J-P Damaggio

 http://taban.canalblog.com/archives/2013/07/08/27597109.html

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 10:31

                       siege-2.jpg

 

En 1974, au Festival d'Occitanie de Montauban André Benedetto a tenté un pari assez surprenant : une création autour d'un moment historique de la ville, le siège que le roi fait à la cité protestante de Montauban en 1621. Cette création est basée sur plusieurs lieux scéniques.

Une grande tour qui est le lieu de la ville assiégée. En face, les forces de l'ordre. Sur les deux autres côtés de la Place nationale, sur des chariots, une scène pour Montauban avant le siège et en face une autre pour les forces royales. Au milieu, un bidon.

Parmi les nombreux articles de ce blog concernant Benedetto vous trouverez deux références au siège dont celle sur un moment particulier les répétitions.

Grâce à un enchaînement de bonnes volontés que je remercie mille fois, j'ai reçu cette serie de photos qu'il est stupéfiant pour moi, de retrouver quarante ans après.

Le texte de la pièce a été publié avec quelques photos en noir et blanc par les Editions PJ Oswald (1) et ma mémoire avait fini par effacer les couleurs des créations de Pierre François. Or ces couleurs, ces "décors" est un des éléments clefs de l'aventure : croiser un siège et un carnaval.

Benedetto, dans l'esprit de l'époque, a décidé de briser tous les cadres établis (on y retrouve des inspirations du Théâtre du Soleil). Pour les acteurs (professionnels et amateurs), pour le public (il se déplace), pour le genre (dramatique et comique) etc.  La pièce sera reprise au Théâtre des Carmes pendant le Festival d'Avignon mais sans possibilité d'utiliser l'espace de la Place nationale.

Je reviendrai sur cette question, fondatrice pour moi d'un rapport original à l'occitanie, à la culture et à la politique. Jean-Paul Damaggio

P.S. Sur la photo, je suis avec le chapeau à jouer le Consul Dupuy.

(1) André Bendetto, Théâtre 1 P.J Oswald, 1976

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 18:26

H-17-02---2000-Benedetto.jpg

Aujourd’hui, je termine la publication d’une nouvelle brochure d’Alain Mariet, La religion à quoi bon ? que je vais présenter dès que l’impression sera terminée. En clin d’œil à son travail voici un texte de Benedetto du 17 février 2000 dans l'Humanité. Sur la version internet de l’Humanité, dans les Archives, il n’y a malheureusement que la présentation de J-P Monferran.JPD

 

 

"Souvenons-nous de ce que nous devons aux mauvais esprits ", écrivait, mardi, dans cette page, le physicien et épistémologue Jean-Marc Lévy-Leblond à propos de Giordano Bruno, ce philosophe qui eut l'intuition de "l'univers infini", brûlé vif par l'Inquisition, il y a tout juste quatre cents ans à Rome, le 17 février 1600 (1)... "Souvenons-nous ", c'est tout le sens de l'acte de l'homme de théâtre André Benedetto décidant de reprendre, ce soir, à Avignon, pour une seule représentation, la pièce écrite par lui en hommage à "l'un des esprits les plus libres de tous les temps", Un soir dans une auberge avec Giordano Bruno (2)... "Souvenons-nous ", ce sera le message lancé aujourd'hui dans la capitale italienne par des intellectuels, des " libres penseurs ", des écrivains de plusieurs pays, notamment Salman Rushdie et Rigoberta Menchu, qui entendent rappeler - au moment où des voix divergentes se font entendre au sein de l'Église catholique quant à la nécessité d'un mea culpa qui n'a toujours pas été prononcé - l'actualité de tous les combats " pour la tolérance "... J.-P. M.

 

Le texte de Benedetto

 

Aujourd'hui sur le Campo dei Fiori à Rome, au pied, autour de la gigantesque statue de Giordano Bruno juchée sur un énorme piédestal, des gens venus d'un peu partout et de nombreux pays, se retrouvent pour rendre hommage à celui qui fut brûlé sur cette place il y a quatre siècles exactement. J'aimerais bien y être aussi et me réjouir avec elles et avec eux dans l'évocation de cet être exceptionnel, inconnu du grand public et en même temps très connu et admiré d'un très grand nombre de personnes. Il est le sujet de nombreuses études dans les universités du monde. Il paraît chez nous au moins une biographie de lui par décennie. Et ça va se multiplier.

Qui le rencontre ne peut plus l'oublier. Il engendre la passion. Moi, quand je suis tombé sur lui, par hasard dans un ouvrage de Frances Yates, j'ai été saisi et j'ai tout de suite cherché à le connaître. Et le connaissant mieux, j'ai décidé de faire un spectacle sur lui pour l'an 2000. Le spectacle existe et nous le reprenons chez nous aux Carmes en ce jour du 17 février, jour anniversaire de son exécution, à l'aube, par le feu. Car tous les gens qui célèbrent cet anniversaire funeste célèbrent avant tout l'immortalité d'une pensée splendide, la stupéfiante imagination d'un homme qui a secoué tous les carcans de son époque... et qui peut encore nous ravir l'esprit et nous aider dans nos luttes pour nous émanciper les uns et les autres.

Rappelez-vous: en ce temps-là, le monde avait commencé avec le grand boom de Dieu (que la lumière soit et la lumière fut : big-bang!), il était fini ce monde, limité par des sphères sur lesquelles étaient accrochées les planètes et les étoiles, le soleil tournait autour de la terre, qui était le centre de l'univers clos, la matière était discontinue, tout était hiérarchisé, hétéroclite, Jésus était mort pour sauver les hommes. Alors Giordano Bruno arrive et s'appuyant sur les données fournies par les philosophes de l'Antiquité et sur les observations de quelques astronomes de son temps, dont Copernic, il va aller plus loin que tout le monde, il va tout bouleverser, tout mettre sens dessus dessous, sans jamais mettre sans doute lui-même l'œil à une lunette. Uniquement par la spéculation et le raisonnement, par la puissance de l'imagination. Il invente l'univers infini sans limite, l'éternité d'un univers qui existe depuis toujours et qui existera toujours, la pluralité des mondes qui tournent tous dans l'infini. Il décrit la substance éternelle dont est constitué l'univers, une substance qui prend successivement toutes les formes de la création, de même, explique-t-il que le bois d'abord arbre devient planches, portes, charpentes, meubles, etc. tout en restant le bois. Il prend le contre- pied de toutes les certitudes. Il l'écrit dans des très nombreux ouvrages dont la traduction complète est en cours aux Belles-lettres.

Il énonce ainsi des vérités qui sont considérées comme des hérésies. Il ne se prive pas non plus de ricaner sur ce qu'il appelle des contes pour enfants: la Trinité, la virginité de Marie, la divinité de Jésus, la prière aux saintes etc. ça pèsera aussi très lourd contre lui. Capturé en 1592, au terme de huit années d'emprisonnement et de tortures, il sera condamné au bûcher, refusant d'abjurer et expliquant jusqu'au dernier jour qu'il est un philosophe et que cela n'a rien à voir avec la religion. «Je ne veux pas me repentir. Je n'ai pas à me repentir. Il n'y a pas de matière sur laquelle se repentir. Et j'ignore sur quoi je dois me repentir.»

Non, il n'a pas choisi la mort. Il a choisi sa vérité, il ne pouvait pas renier toute sa pensée et toute sa vie. C'était un vivant, un grand vivant. C'était un résistant, un grand résistant. Aujourd'hui, nous le célébrons parce que nous l'admirons et parce que nous l'aimons. Parce qu'il nous ouvre encore l'esprit, parce qu'il nous aide dans un monde aujourd'hui terriblement clos, limité, hiérarchisé à outrance, restrictif, castrateur, inquisitorial, et tutti quanti.

J'espère qu'ils chantent, qu'ils dansent et qu'ils sautent sur place aujourd'hui sur le Campo dei Fiori à Rome et ailleurs. Il est encore temps de vous joindre à nous, où que nous soyons et où que vous soyez. Courez acheter un livre ! Ouvrez une bouteille de ce que vous aimez et buvez-la à la mémoire de ce père de la philosophie moderne selon Joyce, de ce piéton de l'Europe, de cet ébranleur de ténèbres à l'ironie mordante, de cet homme qui a essayé de comprendre le monde et de se libérer... André Benedetto

(*) Écrivain et dramaturge.

Directeur du Théâtre des Carmes. Ce soir, à 20 heures, au Théâtre des Carmes, à Avignon. La pièce sera de nouveau jouée, cet été, pendant le Festival.

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 16:07

Je retombe sur ce texte et un autre suite au spectacle de Caubère en 2008 au Chêne noir d’Avignon au moment où Fellag occupait la même scène. C’est un compte-rendu que j’avais fait avant l’existence de ce blog. Il y décrivait sa vie autour de 1968. Je constate qu’il a « répondu » au souhait que je formulais en conclusion. JPD

La question Caubère constitue une partie de mon livre sur Benedetto.


 L’homme se veut maître sur scène. Un acteur qui ne veut dépendre de personne sauf de lui-même. Or le théâtre est par définition œuvre collective. Lui n’a même pas de décorateur : il préfère travailler sans décor. S’agit-il d’un one man show comme Fellag par exemple ou tant d’autres humoristes ?Caubère fait rire mais sans être un humoriste. Il n’attend pas le rire qui éclate dans la salle de manière désordonnée : certains passages du spectacle font rire les uns, et pas les autres.

 

Ce statut d’homme orchestre c’est un peu celui de l’instit en classe qui, loin de la spécialisation du prof, doit bricoler sa pédagogie en jouant sur divers registres qui tiennent tous de l'artisan. Caubère raconte sa vie, Fellag aussi. La vie de Fellag n’est qu’anecdotiquement celle d’un acteur. Pour Caubère, c’est toujours le film dans le film, la pièce dans la pièce.

 

Le spectacle d’Avignon 2008 est en deux temps ; nous avons vu seulement « la mort d’Avignon » où l’artiste joue George Wilson, Paul Puaux, Jean Vilar et se moque du public du IN du festival d’Avignon, public qu’il eut l’occasion de croiser puisqu’il y joua un été.

 

Le maître des lieux est toujours aussi génial pourtant, petit à petit, en quelque creux du spectacle, une sensation naît : et si le personnage finissait par tourner en rond ? George Wilson lui aurait expliqué que le principe de l’acteur c’est de se saisir du spectateur en le tenant en haleine sans arrêt. Or parfois, le spectacle est fait de connivences pas toujours à la portée du spectateur ordinaire qui, en conséquence, se détache du maître d’école. Fellag parle en permanence du peuple, un peuple tout entier à qui il voue un tel amour qu’il peut le faire connaître à tout un chacun. Caubère sait aussi montrer le peuple mais un peuple au second degré car c’est vers lui qu’il veut attirer l’amour du spectateur. Un peu comme un instit qui lance un bon mot à une classe qui, dans l’ensemble, ne pipe mot. Son art tombe à plat. L’art de Caubère a une fâcheuse tendance, à tomber à plat. Peut-être l’ai-je trop vu ?

 

Comment l’artiste peut-il conserver ses anciens admirateurs tout en s’en fabriquant de nouveaux ? Par définition un acteur change de rôle et dans ce changement il essaie de continuer ce qu’il était, tout en révélant de nouvelles cordes à son art. Caubère ne peut changer de rôle puisque son défi consiste à jouer le même rôle en permanence ! Les cordes qu’il a à son art sont toutes en action dans chacun de ses spectacles. Bien sûr Fellag est confronté au même dilemme mais il a une porte de sortie : il peut présenter à chaque fois un peuple nouveau car il existe en effet des peuples toujours inconnus. Caubère n’étant plus un inconnu, il peut multiplier son engagement sur scène, il reste Caubère : pire l’âge lui impose plutôt de multiplier ses pauses or il n’a personne pour lui en laisser le temps, par des répliques bien senties.

 

Vais-je comme les commentateurs classiques d’une pièce du IN parler du jeu sans parler du thème ? Prenons Paul Puaux largement caricaturé dans la pièce. Justement c’est l’instit classique, l’instit de la république qui met sa volonté au service du théâtre. La volonté du successeur de Jean Vilar dépasse son intelligence or le volontarisme est mauvais conseiller. Le Paul Puaux de Caubère est le modèle du personnage qui veut bien faire mais qui ne le peut. Caubère ne pourrait-il pas être caricaturé comme il caricature Puaux ? Je pense que oui et c’est là peut-être toute ma sensation d’arroseur d’arrosé qui m’a saisi en écoutant l’artiste qui, sans avoir de pipe en main, donnait l’impression qu’il fumait vraiment !

Caubère se moque de Wilson sur un autre plan : il démonte sa conception de l’acteur mais sans que personne vienne dire quelle conception lui opposer !

Après son spectacle à la gloire d’Aragon, Caubère pourra-t-il trouver un autre géant à jouer sur scène afin de l’obliger à rallumer sa créativité ? Je le lui souhaite.

1-08-2008 Jean-Paul Damaggio

Caubère, Aragon… et 68

Pourquoi revenir encore sur 68 ? L’obsession serait-elle celle de Caubère ou la mienne ? Est-ce ma faute si, à la question de savoir pourquoi l’acteur se lança dans un spectacle monumental sur Aragon, celui-ci répondit : « Ma première réaction a été celle-ci : je ne vais quand même pas repartir dans des trucs que je faisais en 68, quand, avec mes copains, on lisait des poèmes dans les boîtes à Aix et à Marseille. » ?

C’est le début d’un entretien qu’on trouve sur le DVD du spectacle où Caubère répond aux questions de Charles Silvestre.

Bref, quand Caubère sort enfin de lui-même, c’est pour revenir encore à ce tournant de 68 pris comme sa source d’énergie. D’autant que, le lecteur, le devine, la référence ne peut pas s’arrêter là. Il indique qu’il veut s’adresser aux jeunes :

« Je pensais surtout à ces jeunes militants qui, peut-être, ne connaissaient pas bien eux-mêmes leur poète, qui avaient peut-être des idées préconçues : Aragon « crapule stalinienne » avec l’image de Cohn-Bendit hurlant devant lui en 68 : « Même les traîtres ont droit à la parole ». Ce qui, d’ailleurs, aujourd’hui, peut faire sourire. Quoique j’aime beaucoup Cohn-Bendit. »

 

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