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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 14:44

Aux journées de Larrazet, un philosophe avec lequel j’aurai pu être d’accord a souhaité démontrer que la question de l’école en France était avant tout politique à cause de la révolution française. Mais comme souvent en France, la référence à la révolution fait abstraction de la contre-révolution. Normal me direz-vous : si la révolution rend la question de l’école, politique, la contre-révolution ne fera qu’accentuer cet effet ! A voir.

 

Généralités

En France nous sommes face à deux cas de figure (pour l’essentiel) : l’école fille de la Révolution, et le lycée fils de l’Empire. Dès 1806, les profs deviennent des fonctionnaires d’Etat ; pour les instits le phénomène n’interviendra qu’un siècle plus tard (et encore !).

L’école dite de Jules Ferry a fait la promotion de l’école sans rien défaire de la voie royale du lycée. Au contraire, le corporatisme des profs voulu par Napoléon va servir de modèle pour l’école de la république. Face à l’élite produisant ses élites, l’école du peuple était invitée à produire ses propres élites. Et ce système a continué jusqu’aux années 1950…

La question scolaire n’est donc pas, fondamentalement, la lignée « instit », mais le face à face entre le système prof et le système instit. Je ne prétends pas réveiller une fausse querelle mais comprendre un des éléments ordinaires de la lutte des classes en France.

Après 1945, petit à petit, le système instit disparaît au profit du système prof. Disant cela, je ne porte pas un jugement moral en prétendant qu’un système était mieux que l’autre : chacun avait sa fonction.

 

Anecdotes

Ensuite, à la rencontre sur l’Ecole normale, le prof de maths qui débutait à Montauban en 1968 a tenu à indiquer que ses passages par l’E.N. lui laissèrent un bien plus grand et beau souvenir que son passage ensuite dans les lycées. Un ancien directeur d’E.N. qui abandonna son poste en 1972 indique exactement la même chose dans un témoignage. A partir de 1945 lycéens et normaliens préparent exactement le même bac (suivant les filières) mais l’ambiance dans un établissement ne pouvait pas être la même que dans l’autre. Je l’ai noté dans mon livre sur l’E.N. : si au lycée il était de bon ton en salle d’études d’embêter les pions, il ne pouvait en être de même à l’E.N. Les « enfantillages » n’avaient pas quitté l’esprit des gagnants au concours de l’E.N., mais il existait une confiance réciproque dans l’établissement nettement plus petit. L’Ecole normale responsabilisait les jeunes.

Mais pourquoi de telles anecdotes ? Pour rappeler que l’enseignement ne tient pas à l’enseignement lui-même mais aux conditions dans lesquelles il se déroule. Dans le système instit « faire la classe » c’est généralement inviter la société ; dans le système lycée la société est généralement tenue à l’écart du « faire classe », Napoléon ayant construit le système pour que celui qui y domine, ce soit l’Etat. Par la suite, les profs réussirent à mettre en place leur propre marge d’autonomie par rapport au pouvoir central, afin de mieux enseigner. L’instit a fini avec retard par gagner cette marge d’autonomie pédagogique par rapport aux pouvoirs locaux (les maires puissants, jusqu’aux années 1930 en Tarn-et-Garonne, imposaient leur loi quant au déplacement du personnel) mais pour mieux enseigner, il devait s’appuyer sur la vie sociale autour de lui.

D’autres participants ont rappelé qu’en 1947 en venant du cours complémentaire (terme significatif qui indique un complément à l’école primaire, et où les instits étaient rois) il pouvait vérifier que ceux qui venaient du lycée n’étaient pas forts dans les mêmes matières. Pour les filles ce n’était pas d’ailleurs les mêmes matières à s’imposer.

 

Le monde actuel

Bref, le gaullisme, en créant le collège unique, a satisfait une revendication ancienne d’une partie de la gauche française en mettant un terme à la voie royale. Peut-on en déduire que le système instit l’emportait ? L’école primaire recevait tous les enfants et les reçoit d’autant plus, le collège reçoit tous les enfants, et le lycée fait de même avec depuis des lycées professionnels pour accroître la « démocratisation ». Pour la façade, l’école du peuple devient l’école de tous, mais depuis, les résultats montrent que dans cette école de tous, les enfants du peuple ont beaucoup plus de mal à trouver leur place !

 

 

Donc, toute la question tient aux guillemets que je mets à « démocratisation ».

Quand Jospin décide que les instits deviennent des profs, quand Sarkozy porte le recrutement des profs en question, jusqu’à la maîtrise, ils signent ensemble la victoire du système lycée, qui à l’origine fonctionnait de façon anti-démocratique. Ils en finissent avec le corporatisme instit, d’où l’éclatement de la FEN changée en UNSA. La FSU maintient le souvenir du passé (un syndicalisme autonome) mais sans possibilité de projeter un avenir nouveau. La massification ne pouvait signifier inévitablement, démocratisation….

 

Un détour par les USA

Là-bas, jusqu’aux années 60, il y avait la ségrégation : les écoles pour blancs face aux écoles pour noirs. Au moment même où en France on unifie le collège, là-bas on unifie l’école primaire par le système du busing. Prenons une ville avec d’un côté l’école des blancs et de l’autre celle des noirs : la loi impose alors que l’école des noirs aient les petites classes pour TOUS, et l’école des blancs les grandes classes pour TOUS : par un bus on transporte d’une école à l’autre les enfants (les blancs vers celle des noirs et inversement).

Le système soulevait de protestations aussi bien du côté d’une frange de blancs que du côté d’une frange de noirs. Chacun devine pourquoi : des blancs ne voulant rien faire avec des noirs et réciproquement. J’ai connu des enseignantes noires nostalgiques de l’ancien système où elles pouvaient plus facilement enseigner les valeurs de leur communauté. Aujourd’hui, sans que personne ne parle plus de ségrégation, nous en sommes revenus bien souvent à l’école des blancs d’un côté, et celle des noirs de l’autre. Nous ne parlons plus de ségrégation car le système est accepté par les deux côtés. En réalité, il fallait en même temps qu’évoluaient les structures, faire évoluer les contenus de l’enseignement et les méthodes pédagogiques. Il fallait unifier les qualités de rigueur du système prof (contre le bricolage instit) et les recherches pédagogiques du système instit (le savoir n’est pas tout par lui-même). Partout, nous sommes loin du compte, car, en même temps que les besoins en formation devenaient de plus en plus immenses, les capacités budgétaires de l’éducation devenaient de plus en plus restreintes. Pour l’enseignant comme le coiffeur, aucune machine ne remplacera le travail humain, en conséquence les objectifs de croissance de la productivité sont vains, et d’autant plus vains que les enfants ont plus que jamais besoin d’enseignants mieux formés ! Les autorités peuvent mettre au point toutes les formules d’enseignement assisté par ordinateur, le contact humain restera toujours la pièce maitresse de tout enseignement, la vie collective des jeunes à l’école normale en était hier une belle preuve.

JP Damaggio

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 14:42

J’ai du mal à participer à des réunions. J’en ressors toujours avec l’envie d’écrire un livre… Après le débat sur l’Ecole normale je vais devoir me contenter de cette page de réflexion. Or il y aurait tant à dire…

 

L’Ecole normale, un des utérus de la République, fonctionnait surtout pour donner naissance à un corps, après fécondation par le peuple, et quelques années de gestation.

Du corps des instits au corporatisme, il n’y a qu’un pas, un pas que j’analyse aujourd’hui autrement qu’hier. D’abord je viens d’apprendre que corporatisme est un mot forgé par Jaurès en 1911. Pour en dire du bien ? J’en doute !

Au départ, avec les années 70, je voyais surtout les travers connus du corporatisme à savoir l’esprit de fermeture sur soi. Se soigner avec la MGEN, s’assurer avec la MAIF, acheter à la CAMIF, adhérer à la forteresse enseignante la FEN, s’inscrire à la CASDEN, utiliser le camping G.S.U. c’était un entre soi peu plaisant à mes yeux. Pourquoi ai-je changé d’avis ? Par nostalgie maintenant que tout ça c’est fini ?

 

Le corporatisme a alimenté les fermetures mais aussi les solidarités. Dans le film Cheminot, on entend un retraité de la SNCF évoquer le corporatisme de la « boîte » en disant : « Oui, nous étions corporatistes mais moins qu’à EDF ! ». La France a donc été traversée par divers corporatismes et celui des instits gravé à jamais dans le I de MAIF, « l’assureur militant », ne pouvait pas être essentiellement fermé. Seule l’Ecole normale était là pour l’alimenter car ensuite c’était la dispersion, certes dans une zone géographique limitée (le département en principe) mais dans de petits établissements. De plus ce corporatisme n’était pas un formatage des esprits. A l’Ecole normale personne ne pouvait empêcher le fana de piano d’aller jouer pendant l’interclasse, ou le fana de sport d’occuper le terrain de foot, ou l’assoiffé de lecture de se plonger dans la bibliothèque. Vu le métier tourné vers la globalité des enfants, le corporatisme instit était fait de solidarités multiples, et non pas de soumissions à un ordre unique.

 

Mais la révolution s’est faite contre les corporatismes même si Turgot, au nom du libéralisme, en avait aboli l’existence par l’édit du 5 février 1776. Les droits à l’universel ne permettent pas les féodalités.

 

D’où la triste question du retour actuel des tribus ! Logiquement le corporatisme instit était dans le sens de l’histoire puisque les sociétés deviennent tous les jours plus féodales, constituées en groupes soudés d’autoprotection. Or l’histoire, depuis les années 70, m’a permis de saisir les effets catastrophiques, pour les droits du peuple, de la mort des corporatismes et en particulier de celui des instits.

Le règne du communautarisme, des clans, des sectes, des tribus, des mafias et des gangs, autant de cancers quotidiens de la République. Alors que le corporatisme exigeait l’existence d’un Etat de droit pour y jouer des coudes, toutes les tribus veulent imposer leur droit contre celui de l’Etat.

Dans ce nouveau contexte, les organismes fédérateurs comme la Ligue de l’enseignement, la Ligue des droits de l’homme, les syndicats perdent toute raison d’être et doivent en conséquence soit se plier au nouvel ordre en devenant aussi un clan, soit disparaître. Résultat, il n’y a de pire clan que celui né d’un corporatisme !

 

Nous sommes donc avec un instit (pardon un prof d’école) baladé au gré des vents, face à des élèves tout autant en manque de repères et l’éducation devient aveugle.

 

Faut-il lutter pour en revenir au corporatisme ?

On ne refera pas la République d’hier en quête d’utérus. Inutile de jouer contre son camp. D’autres solidarités plus globales que les féodales, surgiront sans qu’on devine d’où et comment. Les inventeurs de l’Ecole normale imaginaient-ils les effets secondaires de leur trouvaille ?  Ils pensaient surtout à former des instits, et finalement ils ont formé des corps. Ils n’ont fait que prendre exemple sur un corps existant pour l’élite, le corps de profs, fonctionnaires d’état dès 1806 !

 

Pour l’action, inutile de chercher quel sens prendra le futur, il suffit, au quotidien, de s’en tenir aux solidarités possibles à mettre en œuvre, et elles produiront bien quelques effets. En particulier les solidarités pouvant naître de la mémoire en reliant les anciens et les jeunes. L’apprentissage de l’histoire, dans une école qui était politique, représentait déjà un repère politique majeur. A chacun de rappeler cette évidence et les jeunes ne seront pas moins glorieux s’ils apprennent de l’expérience sociale.

 

Le débat sur l’Ecole normale a remué beaucoup d’émotions et j’ai constaté que cette émotion inévitable croisait des trajectoires diverses pour un fond commun.

Etrangement, le corporatisme (aliment de l’émotion en question) vient de la corporation, terme venant de l’anglais par l’entremise du latin. La Corporation (prononcer à l’anglaise) n’est-elle pas à présent le maître du monde, et le maître d’école n’est-il pas devenu un minuscule numéro dans ce monde des géants ?

 

15-11-2011 Jean-Paul Damaggio

 

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 13:33

Chahla Chafiq est pour nous une référence. Son site fait partie des liens que nous proposons. Elle publie sa thèse au P.U.F. et voici le compgte-rendu qu'en a donné Le Monde avant de vous offrir le nôtre. JPD

 

Les paradoxes de l’"islam politique" par Marie-Claude Decamps (Le Monde, mars 2011)

 

A l’heure où les révoltes arabes éclairent d’un jour nouveau le Moyen-Orient, de nouvelles interrogations se font jour sur la place de l’islam et son éventuelle implication en politique. Un mélange dont l’Iran révolutionnaire de 1979, en terre persane et chiite, a été, dans une large mesure, le premier grand laboratoire. Mais l’expérience est-elle finie ? Et en quoi le nouveau rôle de la religion dans les jeux de pouvoir, la vie socioculturelle ou la société au sens large en a-t-il bouleversé les codes et les règles ?

C’est à toutes ces interrogations que la sociologue et écrivaine, Chahla Chafiq, dans sa thèse Islam politique, sexe et genre, répond d’une certaine manière. Et elle, qui en tant qu’Iranienne, femme et intellectuelle a vécu dans son pays les débuts de la révolution qui allait accoucher de la République islamique, sait décrypter comme personne, dans son approche originale consacrée au rôle, voire à l’utilisation des femmes, le projet "sociopolitique" de cet islam politique.

L’auteure raconte comment, jeune fille éduquée de façon laïque, en dépit de ses convictions de gauche, elle s’est finalement laissé prendre aux discours de l’ayatollah Khomeyni, allant jusqu’à y voir le "représentant de l’islam contestataire".

Persuadée du rôle positif de la religion contre la dictature du chah, soutenu par les puissances occidentales, elle a fait comme des milliers d’autres femmes, portant un foulard en un acte contestataire. Quelques mois plus tard, ce sera le contraire, devant l’imposition du port du hidjab, les femmes manifesteront tête nue pour leurs libertés. D’où l’intéressante réflexion de Chahla Chafiq, à travers l’instrumentalisation du voile, sur les rapports entre les sexes dans les conflits socio-politico-culturels engendrés par l’entrée de la société iranienne dans la modernité.

Elle découvrira que l’utopie sociale islamiste capable de mobiliser les masses, ainsi qu’elle le note dans son introduction, cache, en fait, plusieurs paradoxes.

D’abord, survenant après la modernité "mutilée" imposée par le chah qui, en dehors des restrictions des libertés, a tout de même apporté des changements dans la vie de la population, le discours islamiste a réussi à mobiliser pauvres, classes moyennes, intellectuels et non-islamistes qui tous aspiraient à une nouvelle modernité.

Mais cette modernité que certains voient dans un mythique "retour aux sources de l’islam" se heurte vite aux aspirations démocratiques et à l’exigence de liberté, notamment pour les femmes.

La société islamique idéale, porteuse de valeurs universelles qu’elle aurait intégrées à sa manière, n’a pas encore été achevée dans le laboratoire iranien : en juin 2009, les marches silencieuses qui contestent la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, entachée de fraudes aux yeux de nombreux contestataires, ont été violemment réprimées. Dans les rues, les slogans d’il y a trente ans, ceux du temps de la révolution, sont revenus : "A bas la dictature !"

Mais le chah n’est plus là, c’est le régime islamique qui occupe sa place. Un régime fils de la révolution. Procès sommaires, arrestations, voire tortures et exécutions ont mis un bâillon sur la contestation. Est-ce la preuve de l’échec de l’"islam politique" ?

Islam politique, sexe et genre. A la lumière de l’expérience iranienne, 214 p., 24 € Marie-Claude Decamps Article paru dans l’édition du 10.03.11

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 20:37

 Quand on étudie la loi de 1905 on est fasciné par l’absence d’études sur 1906 ! Emile Poulat, historien prestigieux note même dans un colloque sur 1905 : « Les décrets d’application de la loi de 1905 n’ont jamais été étudiés ». Or la « vérité » de 1905, nous la découvrons en 1906, tout comme la « vérité » de 1848, nous la découvrons en 1852. Voilà pourquoi, ceux qui savaient qu’en 1906, ils en prendraient plein la figure, se souvenaient encore de 1851. D’où ce texte qui croise dangereusement les époques.

 

Le 22 avril 1905, à Montauban Raoul Verfeuil (futur dirigeant national du PS puis du PCF de 1920 à 1922) écrit contre le gouvernement qui a fait tirer sur les ouvriers de Limoges (un mort) :

« Décidément les gouvernements actuels se valent, que nous vivions sous un régime autocratique comme en Russie ou que nous soyons les sujets d’un roi constitutionnel  … Un Etat vaut l’autre mais pas plus ; le Tsar fusille les habitants de St Pétersbourg, le ministère Rouvier et particulièrement M. Etienne canarde les Limousins ». Puis, il continue : « La nation française tombe des hautes cimes où elle s’était élevée, dans l’ornière, dans la boue. Son gouvernement qui se dit républicain, assassine les ouvriers, de même que Napoléon III massacrait en 1851 les adversaires du coup d’Etat. »

Il écrit aussi :  « Il ne faut pas se le dissimuler. La République qui nous régit n’est qu’une république bourgeoise, moins mauvaise qu’un autre sans doute, mais pas précisément bonne ».

 

La révolte contre le coup d’Etat sera mentionnée au même moment par une autre jeune qui porta la contradiction dans une réunion de l’ancien député bonapartiste. Ce dernier répond dans une lettre du 13 juin 1905 que La Dépêche publie :

« (…) Vous reconnaîtrez que notre doctrine n’a pas été réfutée. Le citoyen Sibrac secrétaire de la Fédération de la jeunesse laïque a essayé de la contredire et dans votre compte-rendu vous lui faites un succès et lui adressez des éloges auxquels je m’associe à titre d’encouragement. Votre jeune ami les mérite. Mais en quels termes a-t-il fait le procès de l’Empire ? Il nous parle d’une victime du coup d’Etat de 1851. Cette victime est morte paisiblement dans son lit, dotée d’une bonne pension ».

 

La Dépêche avait indiqué sur ce point : « Le citoyen Sibrac signale, au souvenir indigné des démocrates, les crimes sans nombre du coup d’Etat de 1851 qui fit dans notre département de nombreuses victimes, et auquel le docteur Rolland de Montpezat, un des plus vénérés démocrates de l’arrondissement, échappa par le plus grand des hasards ».

 

Au même moment, à Montpezat, c’est le fils du citoyen Rolland, qui est assesseur de la réunion sur la séparation ! Montpezat est en pointe car la tradition républicaine de 1848 y est encore vivante, une tradition qui se retrouve tout à fait dans le combat en faveur de la loi de séparation. Une manifestation y est présentée ainsi par La Dépêche du 29 avril :

« C’est ce soir samedi que le groupe de la jeunesse laïque de Montpezat donnera la conférence annoncée : la séparation. L’entrée libre et gratuite permettra à nos adversaires politiques d’y assister et les contradicteurs seront appelés à venir formuler eux-mêmes leurs théories rétrogrades. Nous serons heureux de voir si nos conservateurs de toutes nuances et tous les gens de sacristie auront en public autant de courage que pour brandir dans quelques officines la plume rageuse de la polémique. Ils nous serons reconnaissants de mettre à leur disposition un public peut-être moins choisi mais à coup sûr plus nombreux que celui de leurs si retentissantes réunions privées. Les dames sont admises. Le comité ».

Personne ne viendra porter la contradiction tandis que l’intervenant deviendra député radical en 1936.

 

Depuis 1905, qu’avons-nous appris ? Que Jaurès a été assassiné comme Henri IV ! Que le pouvoir des clergés n’a jamais été en régression. Que les lecteurs de Jaurès peuvent vérifier qu’il avait saisi le sens de l’histoire et qu’en son sein, il voyait bien la fonction du combat démocratique. Que séparer les Eglises et l’Etat c’était la garantie de donner aux religions leur droit d’exister aux côtés de l’athéisme (où l’inverse). Je considère qu’une des grandes leçons de la Seconde République c’est la distinction entre les clergés (le pouvoir des religieux) et les religions (l’expression des croyances). Le coup d’Etat de 1851 fut aussi un coup d’Etat du Clergé contre les croyants sincères. D’où la façon dont le Second Empire s’embarqua pour le Mexique pour y soutenir le clergé, réussissant à y provoquer une révolution laïque dont le modèle … servira aux auteurs de la loi de 1905 !

 

Contrairement à d’autres, Jaurès n’a jamais imaginé que la séparation conduirait à la fin des religions ou que l’école laïque accomplirait cette mission. Les religions n’ayant jamais été le contraire de la raison, le développement de l’éducation n’a aucun effet sur leur vigueur, mais il fait reculer le pouvoir des clergés. Jaurès pensait le socialisme comme le moment historique permettant à la religion d’atteindre sa plénitude car l’homme, débarrassé de l’exploitation de l’homme, serait nu face à lui-même, un face à face qui conduit, d’après lui, vers les croyances. Sa philosophie (il était prof de philo) est aujourd’hui la plus opérante face aux réalités et à l’indispensable combat pour la laïcité. Le clergé est la béquille parfois indispensable du croyant. Le croyant est l’aliment toujours indispensable du clergé. La laïcité seule permet aux croyants de limiter le rôle de la béquille pour mieux leur éviter de se faire manger. Le catholique Lamennais fut un des premiers à le comprendre. Mais Pierre Bayle aussi qui fut protestant puis catholique puis protestant.

 

Une fois de plus, en 2005, combattre les clergés c’est donner de l’espace aux religions. Les clergés, c’est le pouvoir de quelques uns sur la collectivité. La religion c’est un homme tentant d’affronter son destin. La religion ne quittera jamais certains hommes en quête d’avenir (l’athéisme en sera le miroir). Les clergés en quête du présent ne cesseront de prendre pouvoir sur les hommes (ils détruisent toute velléité d’émancipation).

 

Depuis 1905, et surtout 1906, nous avons découvert que face aux clergés divers nous ne disposons que d’une garantie : un Etat fort. Cette constante de l’histoire explique comment, au nom de la laïcité, on peut aller vers des dictatures. Etudier la dictature d’Ataturk en oubliant le pouvoir de son adversaire, c’est étudier 1905 en oubliant 1906 en France (ce qui est la tendance plus que dominante). Quand économiquement et politiquement, l’Etat s’affaiblit alors les clergés reviennent en force. Faut-il transiger pour les ramener à la raison ? Les clergés se moquent de la raison, sinon ils se nient eux-mêmes (jamais le Pape n’admettra, au nom de la religion, les lois de la démocratie). Seul le rapport des forces peut le contraindre à accepter la laïcité (1906 est une victoire des luttes populaires). La séparation des Eglises et de l’Etat est toujours une victoire de l’Etat sur les clergés. A qui me répondra qu’il ne faut pas tous les confondre, je répète que depuis 1905 nous avons beaucoup appris. En 1905, les protestants français, marginalisés depuis des siècles, furent à la base de la loi de séparation. Aujourd’hui, ils veulent en changer, car parmi les protestants, les évangélistes voudraient que l’Etat leur construise des lieux de culte.

 

Pour le monde musulman, Fethi Benslama indique :

« Pris en tenaille entre les mouvements religieux totalitaires, les Etats despotiques et les arrangements des gouvernements démocratiques, les chercheurs de liberté du monde musulman ne trouvent même pas sur leur chemin les intellectuels européens et américains qui avaient prodigué, il y a peu de temps encore, leur soutien aux dissidents contre les systèmes totalitaires de l’Est »

Qui connaît l’histoire de Tahar Haddad pour prendre un exemple ?

Dans ces arrangements des gouvernements démocratiques je ne cesserai de rappeler l’exemple de l’épreuve optionnelle d’arabe au bac. Le plus souvent ceux qui y participent se préparent quatre mois avant en s’appuyant sur l’arabe appris à l’école coranique. Vu les textes à préparer, ils découvrent alors, stupéfaits, que l’arabe peut parler de sexualité. Qui demande un enseignement laïque de cette langue ? Personne car il ne faut pas fâcher les pouvoirs religieux.

Aujourd’hui le combat pour la laïcité est la pierre angulaire permettant de reconstruire une démocratie.

                        11-12-2005 Jean-Paul Damaggio

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 14:12

Fac du Mirail à Toulouse : colloque sur la laïcité les 8-9-10 décembre 2005

 

Le 8 décembre, sous les auspices de l'Institut européen des sciences
religieuses (IESR), débuta à la Fac du Mirail à Toulouse un colloque sur la laïcité. En arrivant par le parking, ne connaissant pas les lieux, un homme eut l'amabilité de me guider jusqu'à l'amphi 9. Je lui explique le but de ma visite et il m'indique alors : « la laïcité, voilà quelque chose à développer ». La journée débutait fort bien. Sauf qu'en entrant dans l'amphi, je compte : trois personnes ! Une dame passe et demande si on s'est arrêté à l'accueil. J'avais raté l'accueil où quelques historiens bavardaient en attendant l'heure de commencer. Avec une demi-heure de retard, Rémy Pech, le président de l'Université ouvre enfin les festivités. L'horaire, une question d'importance quand on saura que, seulement pour la matinée, six historiens doivent prendre la parole, avec 15 minutes pour chacun ! Pour l'après-midi le rythme est encore plus fou : huit interventions sont au programme. Par étonnant si quelques défections sont annoncées : une pour le matin, Jacqueline Lalouette, et deux pour l'après-midi Henri Pena-Ruiz et Marc Agostino.

La surprise du matin fut l'œuvre d'une des nombreuses personnalités qui, allant au-delà des formules de courtoisies - s'offrit une intervention en bonne et du forme. Il s'agit du recteur de l'Académie de Toulouse, Christian Merlin qui souhaita donner sa version moderne de la laïcité : le modèle réunionnais. Etrangement, ce modèle est la copie conforme des propositions du penseur phare en la matière : Nicolas Sarkozy. Le mérite de l'intervention, qui prit du temps sur celles des historiens, est d'avoir placé directement la question dans l'actualité. Nous étions tout à fait dans la démarche du Magret Diplomatique : étudier l'histoire pour mieux appréhender l'actualité. Au cours de la journée, un seul historien contestera le Recteur, par un mot glissé dans son intervention : Jean-Paul Scot. Cet auteur d'un livre sur la question avait décidé de plancher sur les rapports différents que Jaurès et Clémenceau entretenaient avec la laïcité. Intervention qui faisait suite à celle de Philippe de Robert dont la conclusion fut, après nous avoir fait découvrir les mérites du laïque Pierre Bayle, une très belle phrase de Jaurès. Elle fut suivie par une de Jean FauryJaurès fut encore à la première place, à partir du cas du Tarn en 1905/1906. Mais avant de sauter de Combes à Jaurès, arrêtons-nous un peu sur l'Ariégeois Pierre Bayle (1647-1706).

Même si l'intervention de Philippe de Robert fut brève, elle en étonna plus d'un et en particulier un historien tunisien présent Chokri Ben Fradi. Oui, la laïcité est un combat qui vient de loin, et le tricentenaire de la mort de Bayle en 2006 devrait nous permettre d'analyser le parcours étrange de ce protestant qui se fit catholique, puis à nouveau protestant. Une œuvre trop méconnue.

Pour s'approcher un peu de l'actualité passons donc à Jaurès qui écrivait dans La Dépêche du 9 avril 1906 : « Monsieur Combes a prouvé une fois de plus qu'il avait le large esprit d'un homme d'Etat ». Jaurès socialiste appréciait beaucoup Combes radical et pas seulement pour leur combat commun en faveur de la laïcité. Retrouver aujourd'hui la richesse des débats de 1905 est une façon judicieuse de comprendre le présent. C'est ainsi qu'une question est souvent revenue : et l'islam ? En 1905, par l'intermédiaire du cas de l'Algérie, la question de l'islam est posée dans la loi article 43. La décision fut renvoyée aux décrets d'application qui fixèrent un principe : l'islam serait une religion à part, toujours sous la coupe de l'Etat. Est-ce que ce fut une erreur ? Il n'y a jamais eu d'analyse du bilan d'une telle décision. Mais revenons au colloque.

La laïcité, vue par le Conseil d'Etat, par la lecture minutieuse des articles de la loi de 1905, par l'évolution de l'école, les sujets si variés démontrent que la laïcité est un sujet sensible car elle touche à l'intimité de nos vies. Imaginez que vous viviez aux USA et que vous tombiez amoureux ou amoureuse d'une personne ne partageant pas vos convictions religieuses. Que faire pour se marier ? Impossible car le mariage civil n'existe pas. Alors il reste deux solutions, trouver une minuscule église perdue dans le pays qui accepte de marier les amoureux en gardant une idée large des religions (elle existe) ou passer au Mexique (mais rares sont les Nord-américains qui en connaissent les principes laïques). Si vous avez le même problème en Israël, vous pouvez aller jusqu'à Chypre dans la partie grecque de l'île où, là aussi, le mariage civil est autorisé. De la naissance à la mort, vous pouvez vivre à l'ombre d'une religion ou avec des religions. Dans le premier cas, le cimetière sera celui d'une église, dans l'autre cas, comme le permet la loi de 1905, le cimetière sera un lieu civil, votre tombe un lieu privé où vous pouvez placer les signes de votre choix. Chaque religion peut ainsi vivre à côté des athées dans le respect mutuel garanti par l'Etat.

Le 9 décembre, au colloque, la laïcité a beaucoup voyagé. En Tunisie, en Belgique, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Turquie. Le Mexique manquait un peu à l'appel, lui qui inspira pourtant très largement les législateurs de 1905. Car il faut ici le préciser : la laïcité à la française est un terme erroné. En 1905 les hommes politiques français tentèrent d'adapter les lois du pays aux tendances générales qui se faisaient jour dans le monde. Par seulement à cause de la Révolution russe, ou d'une révolution très proche en Iran (les deux échouèrent mais celle d'Iran, pendant quatre ans, apporta aux femmes un statut laïque d'avant-garde). L'évolution sociale tendait à démontrer que la sécularisation était un phénomène profond. D'où la réaction du Pape en 1906. Pour éviter que le pas en avant de la France laïque ne fasse école, il décida de lancer une guerre religieuse, reprise par tous les fanatiques de l'Action française, afin d'arrêter un processus, renvoyé à plus tard, quand explosa la première guerre mondiale. De ce colloque je n'ai malheureusement pas pu en suivre l'intégralité. J'en attends avec impatience l'édition des communications en regrettant cependant que le débat n'ait pu trouver la forme permettant de faire participer des dizaines de citoyens que je sais très attentifs aux questions soulevées.

Jean-Paul Damaggio le 22 décembre 2005

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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 22:12

أَلْعَلْمَنَة

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:27

Débat sur la laïcité à Cabestany

 

Le contexte : un festival de cinéma Maghreb si loin… si proche. Des organisateurs divers d’un colloque sur la double discrimination (genre et origine) : l’université de Perpignan, l’institut régional du travail social, et l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances. L’après-midi du 23 janvier, un atelier porte ce titre : « Espace laïque et développement des replis identitaires ». L’intervenant : M. A. Mniai, professeur d’arabe et président de l’association « Coup de soleil » pour les Pyrénées Orientales.

En introduction, des apports classiques et utiles sur la fonction de la laïcité dans nos sociétés. Permettre le dialogue, sortir de l’ignorance, et développer le droit au débat. Dans la discussion, le retour sur des schémas habituels. Parler de la laïcité, c’est aussitôt parler de l’école. Combien de fois la question de la laïcisation des hôpitaux a-t-elle été évoquée dans de telles rencontres ? Je ne rappelle pas cet exemple pas pour fuir le débat sur l’école, mais le relativiser, car sa complexité naturelle permet souvent de contourner le débat sur la laïcité.

Un exemple : à l’école, comme le voulait Jospin en 1989, l’élève est-il au centre du processus éducatif ? Pour certains, l’élève a toujours été au centre, et pour d’autres, ce sont les disciplines qui sont au centre ! Débat typiquement biaisé : on est à l’école pour apprendre, donc le savoir est au centre, mais apprendre aux enfants, ce n’est pas la même chose qu’apprendre aux animaux, donc ça suppose une pédagogie, plus ou moins assimilée, mais une pédagogie tout de même, pour aider à l’acquisition de connaissances. Par la pédagogie, l’enfant est au centre. Quel lien avec la laïcité ?

La laïcité obligerait les jeunes à laisser le fait religieux à l’entrée de l’école, les contraignant ainsi à masquer un des piliers de la construction de leur identité.

A partir du rapport Debray de 2001, une intervenante évoquera la question devenue classique de l’enseignement du fait religieux à l’école. Dans le débat nous assisterons à la non moins classique inversion des valeurs ! « Quand, la laïcité commencera-t-elle à être tolérante ? » « Quand, les intégristes laïques cesseront-ils leur guerre contre la religion ? »

Sans avoir écrit jusqu’à présent le mot « islam » le lecteur devine aisément que derrière cette question, c’est la place de l’islam qui est évoquée. Pourquoi ? « Des personnes marginalisées ne pouvant s’appuyer que sur la religion pour se construire une identité, il devient mutilant pour elles de devoir laisser la religion dans la sphère privée. » Et ceux-là même qui mettent la question musulmane au cœur des préoccupations, ajoutent ensuite qu’il ne faut pas stigmatiser l’intégrisme islamiste car cet intégrisme est commun à toutes les religions.

Inversion des valeurs ? Dans le monde, les pires crimes furent et sont commis au nom des guerres religieuses, et ce serait « l’intégrisme laïque » qu’il faudrait mettre au pilori ! Tout le mal social ne viendrait pas des luttes de pouvoir des cléricaux, mais des règles laïques ! Il suffirait à l’école d’enseigner le fait religieux, et le « vivre ensemble » ferait de grands progrès ! L’histoire nous l’a appris : plus les religions dictent LEUR « loi » à une société, et plus la guerre sociale se développe. Concernant l’école, la laïcité a travaillé à distinguer : un savoir basé sur un dogme (la théologie) et un savoir basé sur une recherche (la philosophie, la science etc.). Le premier savoir appartient à la sphère privée, le deuxième à la sphère publique. Compris ainsi, le fait religieux est largement présent en cours d’histoire, en littérature, en art mais aussi en science. Qu’il faille améliorer cet enseignement, tout comme les autres, qui peut être contre ? Il faut améliorer les formations, les programmes etc. La laïcité n’a jamais prôné la guerre contre les religions qui sont au cœur de toutes les histoires sociales, mais refuse de mettre sur le même plan la théorie de l’évolution et le créationnisme. Le savoir, loin de la discussion d’opinions, assure la construction d’une argumentation non soumise à Dieu, à charge ENSUITE à chacun de placer Dieu où il veut. Or, depuis toujours TOUS les clergés refusent d’admettre toute autonomie du savoir.

Prenons une exemple pour terminer. Là où j’habite, une jeune femme qui veut apprendre l’arabe, s’adresse aux organismes classiques de formation continue qui la rassurent par une réponse affirmative. Ils donnent l’adresse du service en question. Et à la réponse de la femme : « Mais c’est l’adresse de l’imam ? » ils répondent étonnés : « Mais bien sûr ! ». Combien de Français ont intégré que pour l’arabe, son enseignement doit passer par l’autorité religieuse ? Et ensuite on dira que la laïcité est trop dominante ! La laïcité est malade et notre société souffre beaucoup plus de ses maux que de ses « exagérations » qui peuvent être réelles mais si rares !

De mon côté j’ai essayé d’évoquer deux questions : le professeur d’arabe indiqua qu’il se définit de culture musulmane car le terme « musulman » n’est pas seulement attaché à une religion. J’ai rappelé qu’en Italie, le crucifix est imposé dans les écoles publiques car pour le Vatican, il est un signe de la culture italienne ! Confondre un terme religieux et une culture c’est assurer la victoire du cultuel sur le culturel ! Et sur un autre point j’ai évoqué le cas de la Bolivie qui vient de se donner une Constitution qui permet enfin d’éviter que la religion catholique soit religion d’Etat. Conséquence pratique : dans les écoles il faudra dorénavant enseigner les principes de la religion catholique à côtés des principes des religions indiennes. Je prétends qu’un cours, quel qu’il soit, d’enseignement du fait religieux, est impossible en soi. Le fait religieux est par contre inévitable dans l’enseignement de diverses disciplines, pour rappeler par exemple que la préhistoire a mis des décennies avant d’exister car elle heurtait les principes de la Bible !

27-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 14:09

La visite du Pape en France fut un événement médiatique, plus que la rentrée des classes en Algérie, d’où le rapprochement surprenant établi dans l’article ci-joint et publié sur le site de La Sociale. Nous continuerons notre effort pour dénoncer les actuels offensives des obscurantistes.

 

La mondialisation cléricale (suite)

 

Les conditions de la visite du Pape en France viennent de rappeler à notre « bon » souvenir les merveilles actuelles de la mondialisation cléricale car il serait mal venue de l’analyser sous le seul angle français. J’ai pensé à la visite de Jean-Paul II à la Havane il y a dix ans que nous pouvons revivre en permanence avec le livre de Vazquez Montalban : Et Dieu entra à la Havane.

 

J’ai surtout pensé à la rentrée des classes en Algérie qui se tenait au même moment et que Hakim Lalanne, le chroniqueur du Soir d’Algérie, a su nous présenter avec son talent habituel. Je ne résiste pas au plaisir de vous en communiquer tout le contenu pour que chacun prenne conscience des formes diverses que peut prendre cette mondialisation cléricale.

 

 

Nous savons en France, depuis la Seconde République, que ceux là-même qui votèrent la loi Falloux, portèrent un coup très grave au suffrage universel masculin en 1850. Quand avance partout le cléricalisme, c’est d’autant que reculent les droits sociaux, au nom des vertus comme la charité, la soumission et le machisme. Bush a osé dire que son élection fut le résultat d’une volonté divine car c’est bien connu il n’existe pas sur terre trente six mille pouvoirs : ou dieu ou le peuple. Entre les deux certains, avec le suffrage censitaire, invoquèrent le pouvoir de l’argent mais aujourd’hui ce dernier se prend pour dieu en personne.

Tout comme aucun projet démocratique ne peut se priver d’un retour aux nations (contre les natinalismes), il ne peut faire l’impasse sur la laïcité (contre les cléricalismes joyeusement masqués sous des termes comme laïcité positive).

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:28

Le maire communiste d’Echirolles trouve normal qu’une de ses conseillères municipales siège voilée et il s’en explique avec l’argument suivant qui me révolte au plus haut point venant d’un tel personnage (dans la bouche de Sarkozy, je n’y attacherais aucune importance).

J-P Damaggio

 

 

Que le temps fasse son oeuvre !

 

 

« Nous autres occidentaux nous sommes prompt à donner des leçons de démocratie et d’émancipation aux autres peuples de la terre, sans que ne nous effleure jamais l’idée du temps qu’il nous a fallu pour y parvenir, et nous ne leur reconnaissons pas, l’idée que peut-être, il leur appartient de tracer eux-mêmes leur chemin pour y parvenir ».

 

L’argument est connu. En France on a mis des années pour s’émanciper de la religion catholique donc soyons patient (sous peine d’être des donneurs de leçons) avec les années les musulmanes s’émanciperont de leur propre religion.

Comme si la laïcité était une question de temps !

Monsieur le maire sait-il que les femmes iraniennes eurent le droit de vote bien avant les françaises ? Que dans le monde musulman des millions de femmes n’ont attendu aucun conseil de « l’ouest » pour conduire leur propre combat ? Si en Iran comme ailleurs il y a des régressions, ce n’est pas le résultat de leçons données par quiconque mais le résultat d’un rapport de force bien connu entre les tenants de l’obscurantisme et ceux de la laïcité. Nulle part la religion catholique n’a baissé les bras pour imposer sa loi ; elle a plus ou moins reculé suivant les circonstances pour toujours mieux contre-attaquer.

Donc pour reprendre la phrase d’un communiste relativement inconscient je note :

a)« les occidentaux » n’existent pas car les laïques de France n’ont rien à voir avec ceux des USA par exemple et ceci est écrit sans prétention (contrairement à une info entendue ce matin ce ne sont pas les Français qui servirent de modèle aux Mexicains mais l’inverse).

b)« les donneurs de leçon » c’est le maire lui-même qui croit utile de préciser à l’attention des peuples « qu’il leur appartient de tracer eux-mêmes leur chemin » comme s’ils avaient besoin de ses conseils les peuples du monde.

c)sa responsabilité de maire est en France, où il existe des lois, et qu’il le veuille ou non il contribue à une régression d’autant plus grande qu’il argumente en paternaliste audacieux en faveur de cette régression ! La laïcité est contre tous les paternalismes.

Cordialement. 12-09-2008 Jean-Paul Damaggio

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:27

Parmi les brochures publiées par nos éditions, il en est une qui s’appelle Laïcité sans œillères, de Redeker à Tepr en pensant à Chahla Chafiq, écrits par Marie-France Durand et J-P Damaggio, dont nous donnons ici l’introduction

 

La laïcité un combat mondial

 

Ce livre veut aborder la laïcité au travers de situations concrètes étudiées dans divers pays.

Depuis 15 ans environ, l’essentiel de la classe politique, toutes opinions confondues, a décidé de placer la laïcité au Mont de Piété (ou de l’enfermer dans un bocal en attendant des jours meilleurs). Quand on lui en fait la remarque, elle se précipite pour la récupérer et la dépoussiérer à l’aide de quelques adjectifs. Ils parlent alors de laïcité « ouverte » pour signifier qu’ils « ouvrent » le bocal de leur fabrication. Or le combat laïque est de tous les instants … en France aussi.

Ce voyage dans la laïcité veut rappeler que la notion n’a jamais été une exception française, même si elle a pris, dans ce pays, une forme originale. Pourquoi oublier que la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat a été préparée par une étude précieuse de la situation internationale ?[1] Certains des créateurs de la loi penchaient pour la solution made in USA, et d’autres préférant la solution mexicaine.

La Suède vient enfin d’en arriver à la séparation des Eglises et de l’Etat, pendant qu’en Espagne l’actualité laïque a pris une dimension qui pourrait faire dire « la laïcité une exception espagnole ». Pour ceux qui l’auraient oublié, la laïcité de la république espagnole, qui donna le droit de vote aux femmes en 1933, fut la cause essentielle de la guerre civile. Il faudrait étudier soigneusement la naissance de l’Action Française en 1905 et celle de l’Opus Dei espagnole en 1927 mais cela dépasserait le cadre de cette brochure. Un reportage remarquable sur l’Opus Dei en Amérique latine aujourd’hui, et surtout au Chili, vient de passer dernièrement sur Arte[2].

En Inde, la laïcité devient un partage des « postes » entre religions. Comment s’y retrouver dans cette brousse laïque ?

La formule « la laïcité une exception française » fit la joie des divers courants d’où son succès. D’un côté, dès 1905, les opposants à la laïcité, et le pape en tête, organisèrent un cordon sanitaire autour de la France, jusqu’à transformer le clergé français en martyr. Ils inventèrent l’expression « laïcité exception française » face par exemple à la laïcité allemande, plus acceptable car le principe du dialogue avec le pape restait en vigueur. La loi de 1905 devint « la séparation de l’Eglise et de l’Etat » formule reprise même parmi des laïques ! (Devinez pourquoi le pape enleva le pluriel à Eglise).

En face, des laïques (et en particulier le parti radical) se considérèrent flattés d’être une exception qui renforçait la fâcheuse posture du « cocorico » français. N’oublions pas que pendant très longtemps la lecture de La Dépêche de Toulouse (devenue Dépêche du Midi) fut considérée par l’Eglise comme un péché passible d’excommunication.

Que la laïcité ait pris une forme originale en France, comme la République, le colonialisme, le droit de vote etc. c’est une évidence. Mais, dit-on, « le droit de vote des femmes, une exception française » vu notre retard sur la question ? Pour le colonialisme, ceux de France, d’Angleterre, d’Espagne ou du Portugal prirent des chemins très différents, entraînant des décolonisations totalement décalées.

Bref, la pensée laïque ne peut s’enfermer ni dans les frontières nationales ni dans les généralités creuses. Elle est cette dialectique concrète qui a commencé à circuler mondialement avant même l’ébauche de la carte du monde. Si nous avions un titre de débat à formuler, nous dirions : « La laïcité, au carrefour de nos sociétés ». La laïcité dépasse le dialogue des religions, les positions politiques ou scientifiques, pour prendre un statut philosophique. La peste fut longtemps considérée comme une punition de Dieu, puis des scientifiques, tout en restant croyants, refusèrent de s’incliner et la peste fut vaincue (mais là aussi le combat est permanent). La laïcité est donc liée à la science, à l’éducation, à la démocratie, à l’égalité etc. Elle a pu être tronquée par des dictateurs l’utilisant à leurs fins politiques mais à l’heure de la reconstruction d’une action démocratique, elle va se développer pleinement et tous les puissants s’en inquiètent.

Aujourd’hui, il serait regrettable d’oublier que cette pensée laïque s’affronte à une mondialisation cléricale. Bush parle de « guerre sainte » car en plus de raisons économiques qui le conduisent à envoyer « ses » soldats ici où là, il existe des raisons « religieuses » : imposer au monde un certain american way of life. L’islam n’est pas son ennemi puisque les amis islamistes des USA sont légions. L’ennemi c’est un comportement islamiste qui conteste sans démocratie, le modèle de vie étasunien, soucieux d’implanter partout des supermarchés (pour prendre un exemple).

Ainsi, à Tunis, un immense supermarché trône à présent du côté des quartiers chics. Une anomalie au pays des souks ? Pas du tout. L’ami Tahar, avec qui nous nous promenons, explique que ce supermarché est devenu, pour lui aussi, un lieu d’achat, même s’il préfère la viande et tant d’autres choses vendues par le petit marchand du coin de sa rue. Comme Mac Do, le supermarché pèse plus que l’intérêt strictement économique, car il véhicule une forme de consommation et une façon de vivre. Certains l’appellent une religion (la religion des marques en étant le phare majeur parmi les jeunes comme hier le succès des jeans). Il nous paraît cependant déplacé d’utiliser des expressions comme « religion du fric » ou « religion de la consommation » car c’est dénaturer le mot religion que l’on retrouve plutôt avec les diverses sectes made in USA comme la Scientologie, ou made in France comme Raël.

Le capitalisme aime s’appuyer sur des comportements religieux et imprime sa démarche y compris chez des opposants au système qui intègrent cette philosophie. Paul Ariès note dans No Conso[3] : « Est-ce un hasard si depuis deux siècles, les partisans du commerce équitable comme ceux hier de la coopération, proviennent d’abord de milieux religieux ? Est-ce un autre hasard si depuis deux siècles leur principale argumentation (la notion de prix juste) est directement puisée dans les œuvres de Saint Thomas d’Aquin, ce père de l’église ? Est-ce un hasard si leur répertoire d’action provient aussi du champ religieux et diffuse une vision du monde fondée sur l’opposition binaire du pur et de l’impur ? »

Parce que beaucoup pensent que nous vivons une époque digne de la fin de l’empire romain, certains voudraient se changer en prophètes (Garaudy ?) en se trompant d’âge de la religion. Face à cette offensive il nous appartient de relever le drapeau de la laïcité en le confrontant aux réalités présentes de la mondialisation cléricale. Si le moyen de l’avancée « cléricale » s’appelle « la télévision », créons une télé laïque. Si le cœur du modèle est la machine à uniformiser de la dictature du fric, répondons : d’autreS révolutionS sont possibleS (vous saisissez le rôle du pluriel ?). Si l’on affirme que l’humanisme est à ranger dans les poubelles de l’histoire, reprenons les justes combats de la raison. Si les clergés deviennent loufoques, scientistes, technocratiques, retrouvons un élan démocrate.

Mais il est temps d’entreprendre le voyage, aussi parmi les approches concrètes, puisque nous vivons dans la région toulousaine, comment ne pas partir du cas Redeker ?

 

 

 



[1] Jean-Paul Scot : « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle », Seuil, 2005

[2] Une révolution silencieuse de Marcela Said Cares et Jean de Certeau

[3] No Conso : manifeste pour une grève générale de la consommation, Paul Ariès, Golias, 2006

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