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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 14:01

Cet article n'est pas sans rapport avec la révolte bretonne même si les contextes sont RADICALEMENT différents.

 En 1935 la CGT et la CGTU s’unirent mais pas le syndicat paysan CGPT, dirigé par Renaud Jean, et le syndicat dirigé par les socialistes, la Confédération Nationale des paysans. Pourquoi, vu que plus unitaire que Renaud Jean on ne trouvait pas au PCF ? En 1935 le député du Lot et Garonne participait à des réunions publiques communes avec le PS sans pouvoir faire avancer l’unité syndicale des paysans, car le PS l’accusait de vouloir s’allier avec… le fascisme paysan !

En effet, Renaud Jean défendait l’idée que l’union syndicale paysanne devait s’adresser aussi à Parti agraire. Il fit valider cette stratégie par le Congrès du PCF de Villeurbanne en 1936. Lui, l’antifasciste résolu voulait donc s’allier sur le plan paysan avec un parti en effet dirigé par des fascistes notoires ? J’étais intervenu au colloque de Marmande sur ce point, en apportant quelques éclaircissements que je complète aujourd’hui en découvrant sur le quotidien du Parti socialiste, Le Populaire l’argumentation de ce parti.

 Voici l’argumentation de Renaud Jean au 11 août 1935. Elle n’inclut pas la disposition pratique, s’adresser au Parti paysan ou Parti agraire, mais celle-ci est implicite : à partir du moment où il considère que ce Parti est hésitant s’adresser à lui, c'est pouvoir attirer la partie la plus républicaine des paysans, contre la direction de ce parti.

« L'organisation de l’anti fascisme à la campagne

Nous devons donc, sans perdre une minute, profiter du délai que nous procure l'inintelligence des commanditaires, des fascistes français pour organiser solidement l'anti fascisme à la campagne. J'étais chargé récemment, par la Confédération Générale des paysans travailleurs et par notre Parti communiste, de dire au rassemblement national antifasciste du 14 juillet la nécessité de constituer, dans le délai le plus bref, un Front paysan populaire anti fasciste. Mais comment constituer ce front ? Et autour de qui ce front se constituera-t-il ?

La Confédération générale des paysans travailleurs n’est pas capable de grouper autour d’elle la masse des paysans. Il est probable que si les crises qu’elle a subies depuis sa création en 1929 lui avaient été épargnées elle serait devenue une véritable organisation de masse. Aujourd’hui, il est trop tard. Depuis 1929, je l’ai indiquée, elle marque le pas. L'action qu'elle a menée et que j'ai résumée n'a en rien augmenté ses effectifs. Toute l'agitation menée par elle en février et en mars dernier dans la Gironde, le meeting de Sainte-Foy la Grande, qui groupa cependant 7.000 ou 8.000 manifestants, ne lui ont pas valu 50 adhérents. Le paysan approuve les mots d'ordre de la C.G.P.T., mais il n'y adhère pas, parce qu'il la considère comme une organisation communiste. Et rien ne nous permet d'espérer que cette situation puisse rapidement se modifier. Un nouveau congrès convoqué par la Confédération Générale des paysans travailleurs ne donnerait pas des résultats sensiblement supérieurs à ceux du congrès de mai 1934.

Plus jeune que la Confédération des paysans travailleurs, la Confédération Nationale des paysans, influencée par les socialistes, est dans une situation encore pire. Ses dirigeants n'ont en effet, aucune notion de l'action de masse. Ils n'ont même pas songé, comme la C.G.P.T. l'a fait, à s'opposer aux saisies et aux ventes. Ils n'ont rien fait pour mobiliser les paysans contre le brigandage du blé, Ils paraissent actuellement ignorer la gravité de la crise viticole, qui peut demain soulever dans le Midi des centaines de mille de vignerons. Ils n'ont qu'un souci : celui de diffuser le plan de rénovation agricole conçu par l'un d'entre eux. Et lorsque, fin 1934, la C.G:P.T. a engagé des pourparlers avec eux en vue de l'organisation en commun de l'action revendicative que les circonstances exigent, c'est de leur plan que les dirigeants de la C.N.P. nous ont parlé.

Quant aux organisations paysannes régionales, départementales ou locales, influencées par telle ou telle formation politique antifasciste ou par tel ou tel membre de ces formations politiques, il s'agit avant tout d'organisations à base commerciale. Ceux qui les dirigent ou les influencent n'en escomptent que quelques avantages d'ordre électoral.

Au total, à quelques exceptions près, même dans les départements où les paysans votent en majorité contre la réaction, il nous est impossible, dans les conditions actuelles, de mobiliser les masses paysannes pour l'action antifasciste.

Et cependant, nous devons tout tenter pour rendre cette mobilisation possible et prochaine. Nous y parviendrons si nous obtenons de tous ceux qui, parmi les antifascistes, organisations ou personnalités, ont de l’influence sur les paysans, qu'ils en prennent avec nous l'initiative.

La Confédération Générale des paysans travailleurs est prête à s'associer à tout rassemblement des masses paysannes contre le fascisme. Par ailleurs, les communistes dirigent un assez grand nombre d'organisations paysannes non adhérentes à la C.G.P.T. ou participent à leur direction. J'ai déjà dit que la C.N.P. est dirigée par des hommes appartenant ou ayant appartenu il y a peu de temps au Parti socialiste. D’autre part, plus encore que nos camarades communistes, les socialistes dirigent des organisations paysannes. Le camarade Thorez vous a dit quelle est l’étendue actuelle du front populaire anti fasciste. En dehors du parti communiste et du parti socialiste, il englobe non seulement les trois partis socialistes de France, Républicain socialiste et Socialiste français mais aussi une grande fraction du parti radical. De nombreux parlementaires radicaux ont participé aux rassemblements du 14 juillet, soit en province, soit à Paris. Or, le Parti radical reste le grand parti des paysans de France. En dehors de ces organisations ou fractions d'organisations, d'autres groupements plus faibles, bien que n'adhérant pas officiellement au Front populaire, exerçant dans les milieux paysans une influence dont nous devons tenir compte, peuvent aussi être conduits à se rallier au mouvement antifasciste.

Le total des paysans influencés par ces groupements n'est certainement pas inférieur à deux millions, peut-être même atteint-il trois millions. Si nous savons rapidement les rassembler, le fascisme ne passera pas à la campagne. Il ne s'agit pas de couper en deux le Front populaire, d'un côté les ouvriers, de l'autre les paysans mais de fournir au Front populaire actuellement constitué et qui reste presque exclusivement ouvrier et citadin la possibilité de s'étendre rapidement à la campagne. Pour obtenir ce résultat, notre Parti a lancé l'idée d'un congrès paysan national. Il a soumis cette idée aux représentants des partis ou fractions de partis adhérents au Front populaire. Aucune objection n'a été formulée par ceux à qui nous nous sommes adressés. Mais, jusqu'à ce jour, nous ne pouvons enregistrer aucun commencement de réalisation.

Le congrès paysan national grouperait les représentants des organisations paysannes déjà constituées, les représentants des paysans non organisés, les parlementaires antifascistes des arrondissements paysans, en un mot tous les antifascistes qui, à un titre quelconque, sont qualifiés pour parler au nom des paysans.

Le congrès paysan national aurait le double but:

1° Adopter un programme revendicatif qui deviendrait le programme paysan du Front populaire — aussi bien son programme d'agitation et de propagande qu'éventuellement son programme de gouvernement. Dans la discussion de ce programme les communistes défendraient les revendications de la conférence générale des travailleurs : réduction des baux à ferme; révision de la législation sur le métayage; interdiction des saisies et des ventes; crédits et allocations de crise. Mais ils ajouteraient, à propos de certains problèmes d'importance capitale et susceptibles de déterminer l'attitude des paysans à l'égard du fascisme et de l’antifascisme, comme les problèmes du blé et du vin, les formules positives tendant à l'organisation du marché en faveur des paysans travailleurs monopole d'Etat du commerce des blés, réglementation de la production du vin. Toutes les limitations et les restrictions supposées de ces mesures frappant les capitalistes de la terre. Une pareille plate-forme de revendications serait de nature de rallier au Front populaire non seulement les paysans influencés par les partis politiques antifascistes, mais même de nombreux paysans actuellement classés à droite. Le gouvernement du Front populaire qui entreprendrait la réalisation immédiate de ce programme pourrait compter sur l’appui des masses paysannes contre toutes les offensives du fascisme. Naturellement, les communistes participeraient à la discussion du programme avec l’esprit de conciliation et la volonté de réussir qu’ils ont manifestés dans la préparation du rassemblement du 14 juillet.

2° Des constituer à la tête l’organisme et de préparer à tous les degrés la constitution des organismes adhérents au Front populaire chargés de diriger la campagne de propagande et d'agitation en faveur de ce programme, d'assurer la coordination des efforts des organisations paysannes déjà existantes, de préparer le rassemblement de masses des paysans aussi bien pour l'action en faveur de leurs revendications que pour la lutte antifasciste.

La dispersion actuelle des personnes qualifiées pour provoquer la création de l'organisme qui convoquera le congrès fixera sans doute le renvoi au mois d'octobre des travaux préparatoires. Ce retard est d'autant plus fâcheux que les, événements risquent d'aller vite. Cependant, si en octobre, nous obtenons l'adhésion des personnalités sur lesquelles la composition du Front populaire nous permet de compter, si, comme elles l'ont fait pour le rassemblement du 14 juillet, ces personnalités utilisent, en faveur du congrès, les journaux dont elles disposent, comme nous utiliserons la presse communiste et l’organe de la Confédération Générale des paysans travailleurs, si elles obtiennent que les partis et les organisations auxquels elles appartiennent mettent au service de la préparation du congrès leur influence parmi les paysans, bientôt dans les campagnes de France, se dressera un barrage contre lequel viendront se briser toutes les espérances et tous les assauts du fascisme. Renaud Jean »

 

Au cours de mon intervention à Marmande je donnais des extraits du discours de Villeurbanne où Renaud Jean déclare : « Le devoir des communistes, n’est pas, dans tous les cas, dans toutes les circonstances, d’adhérer à la CGPT. Essayez de créer un syndicat adhérant à la CGPT dans une localité où les paysans sont déjà organisés, ce serait la division, mère de la faiblesse. (…) L’essentiel, le devoir principal n’est pas d’être à la CGPT c’est d’être là où se trouve la masse… »[1]

 Si Renaud Jean s’est fait bastonner à Yvetot par le fascisme, c’est qu’il fallait aller à la rencontre, non de personnes convaincus, mais à convaincre, car il avait l’optimisme de pouvoir les convaincre. Sa main tendue au Parti agraire n’est en rien un pacte avec le fascisme mais la volonté d’analyser la situation concrète (souvent la masse est au Parti agraire), d’en tirer les leçons et d’en déduire l’action à conduire c’est-à-dire mettre ce Parti dans l’obligation de choisir clairement pour y accroître les tensions internes.

 

L'argumentaire des socialistes : Le Populaire 12 septembre 1935

"Le Parti communiste, par la plume de ses représentants qualifiés Cachin et Duclos, et aussi par le truchement de la Confédération générale des paysans travailleurs, dont l'un des secrétaires n'est autre que Renaud Jean, député communiste, propose d'étendre l'unité d'action au Parti agraire. Un accord est intervenu dans l'Aube pour « une action commune » entre la Fédération du Parti agraire et les groupements départementaux de la. C. G. P. T.

Dans une réunion tenue à Troyes, il a-été décidé d'adresser un manifeste « à tous les paysans, sans distinction d'opinion ». Des pourparlers ont également eu lieu dans les Alpes-Maritimes et dans l'Yonne. Par ailleurs, l'Humanité a semblé se réjouir que, dans le Lot, l'Union de défense paysanne ait été « constituée en dehors de toute politique, avec aussi bien les amis de Dorgères que les paysans radicaux, socialistes ou communistes ». Ce n'est pas tout. Le Parti agraire a décidé d'organiser des manifestations dans toute la France, à la date du 21-septembre. La Confédération Générale des travailleurs paysans propose à M. Fleurant Agricola, président du Parti vert, « de collaborer loyalement avec le Parti agraire et ses fédérations en vue d'assurer le succès de la journée du 21 septembre ». Le Parti communiste espère ainsi "plumer" la volaille agraire. Il veut aussi, de très bonne foi, je n'en doute pas, empêcher les paysans de rejoindre les formations fascistes qui exploitent leur misère. Pour nous, socialistes, ce n'est pas en tendant la main, mais au contraire en «montrant le poing » (voilà du bon Cachin de derrière les fagots) aux ennemis des paysans, par conséquent en faisant notre propagande socialiste, dans le cadre du mouvement prolétarien, que nous amènerons les paysans dans la voie qui les conduira à leur affranchissement total. Tous nos militants connaissent de réputation le Parti agraire. Il compte à sa tête des hommes qui n'ont jamais tenu les mancherons de la charrue. L'un est un ancien journaliste, M.- Fleurant Agricola. Son secrétaire général, M. Casanova, et M. Noilhan, rédacteur de la Voix de la Terre, avocats tous les deux, n'ont jamais dû cultiver que des chicanes. Constitué pour détourner les paysans du socialisme, le Parti agraire ne veut ni plus ni moins, que l'organisation dirigée par Dorgères, avec laquelle, en la personne de son vice- président, M. Mathé, il fraternisait à Rouen, il y a quelques jours à peine.

Or, Dorgères c'est la grande banque, c'est le Comité des Forges, ce sont les grandes sociétés d'engrais, ce sont aussi les hobereaux et les faillis de la rue d'Athènes, de si fâcheuse réputation. Peut-être trouverait-on les mêmes organisation et les mêmes gens si l'on grattait le vernis du Parti agraire. Je n'insiste pas. Max Dormoy"

 

A chacun de confronter les deux arguementations. Jean-Paul Damaggio

 



[1]Renaud Jean La voix rouge des paysans, actes du colloque, p.243

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 19:20

J'avoue que c'est étrange. Sans un ami qui nous a averti, nous pouvions passer à côté de cet hommage. Voici la présentation sur le site du gouvernement :

"Déplacement à Castelsarrasin (82) - François Lamy, ministre délégué à la Ville se rendra vendredi 15 novembre 2013, à Castelsarrasin, pour rendre hommage à Habib Grimzi victime d’un crime raciste le 15 novembre 1983.

Habib Grimzi, touriste algérien de 26 ans, a été défenestré du train Bordeaux-Vintimille. Il est l’une des victimes des nombreux crimes racistes et xénophobes de cette période.

Cet hommage Républicain sera rendu en présence du Consul d’Algérie, d’anciens marcheurs pour l’égalité et contre le racisme, et de Mohamed Mechmache, Président de l’association ACLefeu."

Programme

15h : Hommage à Habib Grimzi, gare de Castelsarrasin."

 

Le Petit Journal a mentionné le fait aujourd'hui mais rien sur La Dépêche. Sans doute demain mais être averti demain matin pour un hommage à 15 heures...

Pour notre part nous avions déjà évoqué la question par ces deux liens.

 

poème de Maximilien Reynès-Dupleix

Le Tarn-et-Garonne sur Marianne

Nous ajoutons cet extrait du livre, J'ai vu mourir sa LGV, où un fana de LGV explique comment il a été pri par ce mal.

 

"Cette fois le train démarre enfin, donc Malin range sa page pliée en quatre dans sa poche pour se consacrer exclusivement aux plaisirs du train qui avance lentement mais dont on sent déjà toute la puissance qu’il garde en réserve. Il pense alors à cette question qu’il adresse à son compagnon de voyage :

– Pietro, tu peux me dire à présent pourquoi tu es devenu un obsédé de la grande vitesse ?

– A cause d’une expression qu’on trouvait sur tous les trains : e pericoloso sporgersi et que le TAGV a rendu inutile !

– Tu veux dire que tu as pris en grippe les fenêtres des trains que le voyageur pouvait ouvrir et auxquelles il pouvait se pencher à ses risques et périls ! Il doit y avoir une raison particulière ?

– Laisse les raisons particulières, nous pensons surtout à l’intérêt général ! Mais toi tu as peut-être des raisons particulières pour m’avoir suivi sur la même pente ?

– Ce ne sont pas les fenêtres qui me firent prendre en grippe les trains d’autrefois, ce sont les portes, des portes que quelqu’un pouvait ouvrir pour jeter dehors n’importe qui !

– Tu penses sans doute à un événement particulier ?

– Pas particulier, mais général puisque le fait divers a donné un film qui s’appelle train d’enfer ! Tu te souviens ?

Oui, l’histoire avait fait grand bruit à Montauban où la projection du film a été interdite pour ne pas nuire au procès. L’œuvre de Roger Hanin avec Jean Curtelin comme scénariste, raconte que lors d'une bagarre dans un bal, trois jeunes gens, Lacombe, Jouffroy et Le Goff sont arrêtés pour quelques instants. Libérés, ils partent en train et décident de passer leur colère en frappant un jeune Arabe dans le train Bordeaux-Vintimille, avant de le précipiter hors du wagon en marche.

Ce jour-là Malin était dans le train. Il n’a rien vu, rien entendu mais d’avoir, après coup, imaginé la mort de si près, lui a laissé une marque indélébile. La victime s’appelait Habib Ghemzi (et Malin répète trois fois le nom en racontant l’histoire), un jeune Algérien de 26 ans que les trois futurs légionnaires assassinent presque de leurs mains sans qu’il soit totalement mort quand ils ouvrent la porte pour se débarrasser du corps.

L’homme était en vacances en France depuis le 9 novembre 1983 et le 14 novembre, sa vie s’achève brutalement. On ne devrait jamais oublier ce train d’enfer. Les témoins, par crainte d’être accusés de non assistance à personne en danger, se firent rares.

Avec le TAGV, fenêtres et portes closes comme dans un avion ! Tout respire la sécurité, tout rend le train plus sympathique, conclut Malin secoué par le rappel de ce souvenir."

 TAGV : Train A Grande Vitesse à différencier de TGV qui est une marque déposée.

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 10:33

  

Paul Walder dans Punto Final fait un point sur la campagne électorale en pointant l'écart entre les positions de la classe politique et celles des citoyens si l'on en croit un sondage récent. En effet 74% sont favorables à une université gratuite, 63% à une dépénalisation de l'avortement, 45% à une Assemblée constituante, 40% à la légalisation du cannabis et surtout 83% sont favorables à ka nationalisation des entreprises extrayant le cuivre !

Deux des points ont fait l'objet de promesses : l'université et la constituante, mais pour le reste aucune des deux grandes candidates n'a rien avancé de neuf. L'originalité cependant c'est qu'il n'y a plus qu'une grande candidate, la droite subissant une défaite historique.

La télévision a donné la parole aux 9 candidats et 8 se prononcent pour sortir du modèle néolibéral, un discours politique peu courant sur le petit écran. Si le pays a le meilleur PIB d'Amérique latine, les inégalités n'en ont pas été réduites d'où les divers vents de protestations qui occupent la rue.

Est-ce que Bachelet, qui sera élue comme jamais aucun président du pays que l'a été, forte du consensus autour d'elle, réussira à inverser la tendance néolibérale ? Le point sur lequel elle devra faire la différence, c'est la réforme universitaire réclamée avec force par les étudiants depuis des années et qui doit passer d'une éducation sous contrôle du marché à une éducation sous contrôle social. Tous les pays d'Amérique latine vivent une crise éducative majeure et le nouveau gouvernement mexicain a tenté lui aussi de commencer par une réforme dans ce secteur sans convaincre la société et beaucoup d'enseignants (malgré le soutien du syndicat) du bien fondé de la loi nouvelle. Pour une réforme de fond il faut une nouvelle politique fiscale dont Bachelet annonce qu'elle ne concernera pas les bénéfices mais le capital lui-même des entreprises.

La nouvelle constitution devrait se fonder sur des valeurs comme la liberté, l'égalité, la solidarité, avec un système démocratique reconnaissant le pluralisme de la société.

La question c'est qu'il ne s'agissait pas seulement de défaire le système Pinochet mais tout autant le système qui a suivi et qui a été mis en place aussi par la présidente.... Bachelet en particulier s aloi sur l'éducation (LEGE) qui a sa part de responsabilité dans le délitement de l'université.

 

Qui finance les campagnes électorales ?

 Partout la question fondamentale reste la même : qui finance ? Et partout c'est la même réaction : le secret ! Le Chili n'échappe pas à ce constat. La Fondation Ciudadano Inteligente a essayé de creuser la question. Elle a eu des données sur les primaires qui sont obligatoires au Chili et le résultat est simple : la plupart des finances vient des entreprises mais pas des plus grandes. Ceci étant sans grande garantie de sérieux. Quand Bachelet prêtant avoir dépensé pour les primaires 215 millions de pesos rien n'est vérifiable.

Comme souvent aussi la loi est venu réglementer le financement des campagnes électorales : la Loi 19.884: signé en 2003 par Ricardo Lagos. Première condition : personne ne peut verser plus de 23 millions de pesos à un candidat. Pas plus de 20% des dépenses ne peuvent provenir de soutiens anonymes. Il y a un service qui sert d'intermédiaire : une personne reçoit un certificat de donation pour un candidat et le Servel fait l'intermédiaire pour que la somme arrive à destination. Et le reste ? Le financement public. Comme en France une somme est donnée pour chaque voix obtenue mais je ne sais pas si c'est les législatives ou la présidentielle qui sert de référence.

De toute façon cette somme est faible pout les partis majoritaires et tous les observateurs savent que des députés sont achetés suivant les lois à faire passer. La dernière en date est une loi de télévision totalement favorables aux propriétaires.

 En 2009-2010 les dépenses se montèrent à 33 milliards de pesos soit 10% de plus que les élections équivalentes précédentes. 57% furent des apports privés et 16% de l'Etat et le reste provient de crédits privés ou d'apports des candidats eux-mêmes. Pour 2013 qu'en sera-t-il ?

Jean-Paul Damaggio

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 17:32

Monument-Appilly-Oise.jpg

 

Cette autre statue de Marius Cladel est plus originale que celle de Negreplisse. Installée dans une commune de l'Oise on y voir une veuve et une orpheline devant la tombe du soldat absent. Elle entre donc dans la petite liste de statues au féminin pour les monuments aux morts. Il est évident que les sculpteurs étaient tenus à respecter les désirs des autorités. JPD

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 17:16

le-monument-negrepelisse.jpg

Ce n'est qu'au détour d'une phrase d'une longue et utile présentation sur le site de la mairie que nous apprenons que le scultpteur est Marius Cladel, le fils de Léon Cladel. http://www.ville-negrepelisse.fr/fr/accueil/tourisme/patrimoine-historique/le-monument-aux-morts.html

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 17:08

    Nous apprenons qu'une plaque va être inaugurée à Castelsarrasin en l'honneur de cet Algérien. Nous offrons à cette occasion deux interventions de Jean Vignoboul à pararaître dans un livre retraçant ses écrits. JPD  

    Allocution prononcée lors de la réception à l’Ancien Collège des parents d’Habib Grimzi à l’occasion du procès  

Madame, Monsieur, nous avons tenu à vous recevoir pour vous exprimer notre sympathie, notre soutien, notre émotion, dans la dure épreuve que vous traversez. Nous, je veux dire par là, les organisations et associations qui luttent pour la dignité humaine ainsi que les différentes confessions qui, chacune dans leur domaine, apportent à cette cause le concours de leur autorité morale dans l’opinion, et qui sont ici ce soir représentées.

Nous devons vous dire que nous avons été bouleversés par le crime qui a coûté la vie à votre fils, bouleversés par le degré de violence et de brutalité avec lequel il a été commis et le choc qu’a reçu, à cette occasion, une large partie de la population locale, comme si nous était révélée une monstruosité jusque là ignorée et qui apparaissait tout à coup avec sa face hideuse, annonciatrice des périls qui menacent notre société, comme les violences nazies des années 30 annonçaient et portaient en elles les atrocités des camps d’extermination et les fumées sinistres des fours crématoires. En un mot ce drame nous a fait redécouvrir qu’une idéologie de discrimination et de haine, le racisme, n’était pas que des mots, des propos, une atmosphère, mais qu’elle sous-tendait des actes et quels actes ! en l’occurrence le crime dans toute son horreur. C’est pourquoi, dans les jours qui suivirent, à l’appel de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme, avec le concours des associations, syndicats, des partis politiques qui s’estimaient concernés et en présence des représentants de la municipalité et du Conseil général, une manifestation de protestation contre ce crime, contre le racisme se déroula Place des Martyrs de notre ville. Il faut vous dire que cette place, où l’occupant nazi pendit aux arbres quatre patriotes résistants en juillet 1944, est devenue comme un symbole où bat le cœur de la cité ; c’est là que s’expriment ses protestations, ses indignations, ses espoirs.

C’est donc là que nous avons manifesté notre émotion, là que nous avons pensé à vous, la famille d’Habib, à vous qui le saviez en France c’est-à-dire dans un pays considéré comme accueillant, loin des troubles de toutes sortes et, où vous ne pouviez imaginer qu’il puisse courir un risque de cette nature. Nous avons donc pensé à vous et à votre peuple, le peuple algérien, à cette amitié naissante entre nos deux pays, après la tourmente de la guerre d’indépendance, amitié à laquelle nous attachons beaucoup de prix, et c’était pour nous encore une raison de condamner cette horreur qui nous a fait prendre conscience que rien n’est définitivement acquis. Nous avons d’ailleurs, à ce moment, pris contact avec le consulat d’Algérie, à Toulouse, pour le prier de vous exprimer l’intensité de notre émotion et de notre peine devant ce malheur qui vous frappait.

Mais, Madame, Monsieur, si cela peut vous apporter quelque consolation ou tout au moins atténuer votre chagrin, sachez que cette épreuve, la mort de votre fils, nous voulons faire en sorte qu’elle soit pour les citoyens de ce pays, un avertissement, un signal pour une vigilance toujours plus attentive et une action toujours plus déterminée. Nous avons pris la résolution de mener une lutte sans défaillance contre le racisme, de le faire reculer pas à pas dans toutes ses manifestations. Le 15 novembre 1985 a été lancé au plan national un appel à la fraternité qui a eu chez nous une grande résonnance et qui a abouti à une conférence de presse qui réunissait pour la première fois les autorités morales parmi les plus respectées de notre département. Hier soir, s’est déroulée une manifestation silencieuse, dédiée à la mémoire de votre fils et exprimant notre condamnation du racisme. Nous avons dans notre ville, dans notre département, des hommes et des femmes venus des pays du Maghreb et dont nous savons les difficultés matérielles et morales, les comportements vexations ou discriminatoires qu’ils subissent en certaines occasions, les dangers qu’ils courent et nous voulons tout faire pour améliorer leur situation.

Ainsi dans votre épreuve, dans votre douleur, sachez que vous n’êtes pas seuls. Le drame que vous avez vécu, qui nous a émus, a tissé des liens entre nous. Nous voudrions que, de notre réunion de ce soir, vous emportiez le souvenir réconfortant d’amis qui participent à votre peine et vous expriment leur affection.

 

Train d'enfer, Une décision regrettable !

On nous prie d'insérer:  La Dépêche 29-01-1985

Ce communiqué n’est pas signé de Jean Vignoboul mais on reconnaît sa plume.

 La section de Montauban de la Ligue des Droits de l'Homme tient à exprimer son émotion au sujet de la décision de la société productrice du film Train d'enfer, de Roger Hanin, de renoncer à sa projection dans le ressort de la Cour d'Assises de Montauban, jusqu'à ce que celle-ci ait rendu son verdict dans l'affaire de l'assassinat du jeune Algérien Habib Grimzi dans le train Bordeaux-Vintimille, en novembre 1983.

Cette décision a été prise à la suite d'une action en référé des avocats de la défense arguant d'une prétendue violation de la loi sur la presse. Disons- le nettement, nous considérons cette action comme particulièrement contestable parce que préjudiciable à la fois au public et aux accusés et, par voie de conséquence, la non-projection du film comme précipitée et regrettable.

Outre que le film, même si ce drame est le point de départ de sa réalisation, vient à son heure pour aider à combattre le racisme et la violence, sa projection à l'heure actuelle dans notre département serait une heureuse contribution au développement de la réflexion collective sur un des aspects les plus graves des maux de notre société.

Certes, notre pays s'honore de protéger scrupuleusement les droits de la défense, mais dans le contexte qui nous occupe ici, il en est fait une utilisation abusive car, dans un crime aussi révoltant, la responsabilité de ses auteurs ne saurait être atténuée qu'en considération du climat de violence xénophobe que certaines forces se plaisent à entretenir et à développer. Dans la mesure où le film attire l'attention du public sur cette situation, il fait œuvre utile et ne saurait, en conséquence, porter atteinte ni à la sérénité du procès, ni à l'équité du verdict.

A moins qu'on ne veuille à tout prix évacuer la connotation raciste — évidente pour nous —de ce drame; ce qui entraînerait de notre part la plus énergique protestation.

Les péripéties qui précèdent ce procès - en ce moment-  autour du film de Roger Hanin mettent en lumière les contradictions qui agitent notre société dans la crise aux dimensions multiples qu'elle traverse. C'est pourquoi, nous appelons à une vigilance accrue dans la lutte de tous les jours pour la défense des libertés et des Droits de l'Homme.

La section Montauban de la LDH, maison de la culture, à Montauban.

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 17:05

Nous apprenons qu'une plaque va être inaugurée à Castelsarrasin en l'honneur de cet Algérien. Nous offrons à cette occasion deux interventions de Jean Vignoboul à pararaître dans un livre retraçant ses écrits. JPD

 

Le cas Habib Grimzi

(1957-1983)

 

Le 14 novembre 1983, Habib Grimzi est assassiné par défenestration du train Bordeaux-Vintimille par trois candidats à l'engagement à la Légion étrangère, pour des motifs racistes.

Ce touriste algérien de 26 ans en visite en France, quitte Florence, sa correspondante et amie, pour rentrer en Algérie. Il prend l'express 343 Bordeaux-Vintimille de 22 h 27. Vers minuit, trois voyageurs allant à Aubagne passer les tests d'engagement dans la Légion étrangère, Anselmo Elviro-Vidal, 26 ans, Marc Béani, 20 ans, et Xavier Blondel, 24 ans, se déplacent dans le train et jettent un œil dans les compartiments. Elviro-Vidal tombe sur Grimzi qui porte un baladeur, il l'attrape, le jette dans le couloir et le roue de coups. Le contrôleur Vincent Pérez intervient et le change de wagon, mais les trois reviennent une nouvelle fois et l'agressent de nouveau. Grimzi résiste, supplie et hurle, mais les autres voyageurs n'interviennent pas.

Il sera jeté du train par Elviro-Vidal près de Castelsarrasin à 0 h 20.

Le procès des trois meurtriers s'est tenu, à Montauban, devant la cour d'assises de Tarn-et-Garonne, à partir du 22 janvier 1986. Des manifestations sont organisées par diverses organisations pour protester contre ce crime. Le 25 janvier 1986, Anselmo Elviro-Vidal et Marc Béani ont été condamnés à perpétuité, des circonstances atténuantes ont été accordées à Xavier Blondel, qui a été condamné à quatorze ans de réclusion criminelle.

À la suite d'un vice de forme, Marc Beani a été condamné en 1987, lors d'un deuxième procès, à vingt ans de réclusion par la Cour d'Assises de la Haute-Garonne.

Cet événement a donné lieu, très rapidement à un film, Train d'enfer, réalisé par Roger Hanin, sorti au cinéma en 1985.

L’année d’après, un roman est publié : Point kilométrique 190 d'Ahmed Kalouaz Lahlou.

Puis c’est la chanson qui lui rend hommage avec  Tighremt dans Averrani.

Dernier événement culturel : le journaliste Jean-Baptiste Harang a écrit un livre Bordeaux - Vintimille, publié en 2013.

Cet événement est au cœur de deux allocutions de Jean Vignoboul.

Allocution prononcée le 19-11-1983 au rassemblement organisé par la L.D.H. pour protester contre le meurtre du jeune Algérien Habib Grimzi

Il est des circonstances dans lesquelles on ne peut pas se taire, on ne peut pas accepter l’inacceptable, on ne peut pas laisser se dérouler l’horrible enchaînement de la bestialité et du racisme. Ce crime commis mardi chez nous, dans notre département, par de jeunes français, rouant de coups un jeune Algérien avant de le précipiter du train sur le ballast de la voie ferrée fait partie de ces actes qui ne requièrent pas seulement la sanction de la justice mais doivent provoquer le sursaut des consciences, la réflexion critique d’une société sur elle-même afin qu’elle puisse engager avec efficacité une action cohérente et tenace pour arrêter la course qui la conduirait à la négation des valeurs humaines fondamentales.

La Ligue des Droits de l’Homme a donc estimé de son devoir, non seulement d’exprimer son indignation devant un crime aussi odieux, mais aussi d’attirer l’attention sur la gravité du danger et la nécessité de tout mettre en œuvre pour la conjurer. A cet égard le succès de notre manifestation, assuré par la contribution de nombreux partis et organisations qui ont tenu à s’y associer et par la participation des représentants des assemblées élues, constitue un témoignage combien éloquent des sentiments presque unanimes d’indignation et de réprobation de la population de notre ville et du département.

L’événement qui nous rassemble ici aujourd’hui est lourd de signification. C’est parce qu’il était maghrébin donc étranger à notre pays et à notre culture que le jeune Habib Grimzi a été sauvagement assassiné. Ce racisme est donc le mobile du crime, le seul mobile que rien ne saurait dissimuler ou excuser, surtout pas l’état d’ivresse car l’alcool n’avait pas ôté aux assassins, la faculté de choisir leur victime. Ainsi le racisme est installé chez nous, il se manifeste - et de quelle manière - et il fait tous les jours sous nos yeux des progrès inquiétants. Il est donc temps de bien mesurer l’ampleur du mal et cela nous amène à dire ici sans excès de langage, mais avec toute la gravité que requiert la gravité du sujet, qu’il n’est pas de pire danger pour l’avenir de notre société que de pactiser sous quelque forme que ce soit et quelles que soient les circonstances avec l’idéologie et la propagande du racisme, d’autant plus dangereuses qu’elles se font parfois insidieuses pour mieux surprendre et capter des esprits non prévenus. En un mot, tout compromis avec le racisme est déjà une victoire pour celui-ci.

Comme on peut le constater, la violence progresse en même temps que le racisme ; ce sont les deux termes d’un même processus redoutable qui se fortifie de la méfiance, de l’égoïsme, de la xénophobie, de l’antisémitisme, ces champignons vénéneux toujours en germe dans notre société, mais, aujourd’hui, particulière-ment virulents dans le climat d’inquiétude, d’insécurité, de doutes sur l’avenir que la crise provoque et développe.

L’histoire de ce siècle nous apprend – et la plaque des Martyrs devant laquelle nous sommes rassemblés en témoigne pour notre ville – les terribles conséquences dans lesquelles la passivité – ou la légèreté – voire l’inconscience plongent les peuples aveugles ou sourds aux avertissements répétés que les événements leur adressent.

Il s’agit donc pour nous de n’être ni aveugles, ni sourds. Que chacun d’entre nous réfléchisse au sort qui serait celui de notre globe au moment où les progrès foudroyants des moyens de communication et de destruction abolissent les distances au point de rendre voisins des peuples qui, il n’y a pas si longtemps, s’ignoraient presque, de continent à continent, si, sur ce globe devenu soudainement si petit avec ses milliards d’hommes et de femmes, devaient se multiplier entre les peuples, entre les communautés qui les composent des barrières de méfiance, d’hostilité et de haine, précisément à l’heure où l’humanité a le pouvoir de se détruire elle-même.

C’est pourquoi nous ne pouvons dans notre pays, laisser se développer sans réagir, la violence et le racisme. Si chacun d’entre nous se sent responsable et agit en conséquence nous ferons reculer la bêtise au front de taureau. S’impose à ceux qui dans notre société sont investis de diverses responsabilités, des dirigeants de l’Etat à ceux des diverses collectivités, un effort plus grand encore pour mettre au service de cette cause tous les moyens dont ils disposent. En particulier pour que la jeunesse soit davantage sensibilisée à ces problèmes dont la solution conditionne d’une manière décisive son avenir.

Si cette manifestation contribue ne fusse que dans une mesure modeste, à faire prendre conscience du péril et à affermir notre résolution à y faire face, elle n’aura pas été inutile.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 21:49

Un peu plus d'un an après Planète, la chaîne LCP vient de diffuser le documentaire sur le résistant à la mafia Roberto Saviano. Je donne ci-dessous la présentation qu'en fait Le Figaro. Si je regarde du côté de L'Humanité je trouve seulement lea présenrtation du film précédent de la même réalisatrice et qui concerne Salman Rushdie, film qui lui a eu les honneurs d'une chaîne de plus grande diffusion France 3. L'Italie de Roberto Saviano ce n'est pas leur Italie et elle mérite toute notre attention car comme le rappelle le film, la mafia n'est pas seulement à Naples ou à Palerme. Roberto se souvient de ses heures heureuses : quand il pouvait rouler avec sa vespa, celle qui fait le film de Moretti, Journal intime. JPD

  Le Figaro : Elisa Mantin: «Roberto Saviano est une rock star»

Planète+ diffuse Roberto Saviano, un écrivain menacé de mort par la Camorra, réalisé par Elisa Mantin Publié le 09/03/2012

La réalisatrice y rencontre l'auteur de Gomorra, best-seller qui dénonce la mainmise de la mafia napolitaine sur l'économie italienne et mondiale.

Elisa Mantin affiche un goût prononcé pour les personnalités charismatiques et controversées. Après avoir réalisé deux documentaires sur le romancier Salman Rushdie, menacé d'une fatwa depuis la publication de ses Versets Sataniques, elle consacre un film à Roberto Saviano. « En Italie, c'est un héros, une rock star, un prêtre. Il attire les foules et présente un nouvel espoir pour une jeunesse qui ne se reconnait pas dans les partis politiques d'aujourd'hui. Il est vraiment animé par son combat » affirme la réalisatrice. Et pour cause : Roberto Saviano est condamné à mort par le clan Casalesi depuis la sortie en 2007 de Gomorra, livre dans lequel il décrit minutieusement la Camorra, ses crimes organisés, ses ramifications internationales et sa mainmise sur l'économie italienne et mondiale. A cela s'ajoute les trafics de drogue, de prostituées, d'armes ou encore de déchets toxiques orchestrés par le redoutable clan Casalesi, dont le chiffre d'affaire serait de 30 milliards d'euros par an.

Défenseur inconditionnel de la liberté d'expression, Saviano est une des rares personnes à avoir osé briser l'omerta autour de la mafia napolitaine : « Par orgueil, le clan ne lui pardonnera jamais. Si le livre n'avait jamais eu de succès, l'histoire aurait peut-être été enterrée. Mais comme c'est devenu un best-seller, il a jeté la lumière sur leurs activités crapuleuses. Or les Camorristes souhaitent rester dans l'ombre. Pour eux, c'est impardonnable. La mafia n'oublie pas », explique Elisa Mantin. Victime malgré lui du succès de son roman, vendu à plusieurs millions d'exemplaires et traduit dans 42 langues, "le condamné" poursuit malgré tout sa lutte contre la mafia, accumulant conférences de presse et one man shows. Pendant plus de trois semaines de tournage en Italie, Elisa Mantin l'a accompagné dans tous ses déplacements, traversant jusqu'à mille kilomètres par jour. Au cours de ce voyage « épuisant », elle a également recueilli de nombreux témoignages des proches de Saviano, dont son ancien professeur d'université qui continue de mettre en garde son petit protégé : « Une balle, ça ne leur coûte rien ».

 

L'Humanité : le 4 Novembre 1999

L'écrivain

Le film d'Elisa Mantin, diffusé sur France 3 lors de la dernière livraison d'Un siècle d'écrivains, s'ouvre par un écran blanc - ou une page blanche - dans un coin duquel est épinglé une photographie en noir et blanc de Salman Rushdie, genre photomaton, suggérant un avis de recherche ou un avis de décès ; si ce n'est que Rushdie sourit, le regard fendu, les sourcils en escabeau, le front chauve et rond, les cheveux qui lui sont tombés sur la barbe. La phrase du film est la première phrase du septième roman de Salman Rushdie : " Le jour de la Saint Valentin 1989, le dernier jour de sa vie, la chanteuse légendaire et populaire, Vina Aspara, se réveilla en sanglots d'un cauchemar de sacrifice humain, dans lequel elle était la victime désignée " (1). Le roman débute précisément le jour où les ayatollahs iraniens prononcèrent la fatwa.

Ainsi donc, le roman comme le film doivent commencer à cet endroit. Et quand bien même n'y commenceraient-ils pas que nous les y ramènerions. Rushdie a été dépossédé de lui-même par cette " célébrité noire " ainsi qu'il nomme " ce qui m'est arrivé ". Et toujours, alors que la menace est moins aiguë, le commentaire nous avertit que c'est en secret que Rushdie est venu à New York tourner le film. " Tu étais celui qui a sa photo dans le journal ", lui dit un ami. " Je n'étais plus qu'une carcasse ouverte à tous les préjugés ", dit-il. " Sans parler du danger, de la violence, de la douleur, cela détournait surtout l'attention de la seule chose qui m'intéressait. Dans ce débat sur les Versets sataniques, les seules questions interdites étaient d'ordre littéraire : le livre est-il bon ou mauvais ? Drôle, sérieux ? Trop long, trop court ? " Il dit encore : " Quand j'étais enfant, je disais " je veux être écrivain " et pas " je veux être connu". Rushdie est vivant, mais on comprend qu'une partie du crime a été perpétrée, un crime contre l'esprit, qui visait l'artiste, mais auquel il a précisément survécu en refusant de concéder l'artiste au péril, en continuant à écrire, en y parvenant. " Comment va le jour ? " demande Shakespeare. " Il lutte pied à pied avec la nuit. " Pareillement, Rushdie, l'écrivain, reconquiert le terrain. Son nouveau roman commence le jour de la fatwa : " Une façon de s'approprier la date dans un autre but ", confie-t-il à Paul Auster. Et voilà donc que l'écrivain l'emporte, ce dont finalement personne ne doutait, mais il l'emporte de son vivant, ce qui pour un grand écrivain - car Rushdie est un grand écrivain - n'est quand même pas si fréquent.

(1) La Terre sous ses pieds (Plon).

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 20:03

Sur ce blog (voir liens en fin d'article) nous tentons depuis longtemps de faire connaître Mary-Lafon. Nous avons même publié en brochure le premier chapitre de son auto-biographie. Nous sommes heureux de relayer ce travail d'un ami Jean-Paul Damaggio

 

Le nouveau choix de poésies originales des troubadours.

 Ou le projet avorté d'une publication .

 En 1847 l'Artiste La Revue de Paris, journal d'Arsène Houssaye annonçait : «une publication qui offrirait de l'intérêt est à coup sûr celle que Monsieur Mary-Lafon vient de proposer au ministre de l'instruction publique : ressusciter quatre cent troubadours qui représentent par leurs oeuvres toute la littérature méridionale des Xlle et Xllle siècles.»

 En fait la proposition sera bien accueillie par le dernier ministre de l'instruction publique de Louis Philippe, Monsieur de Salvandy[1], mais l'ambitieux projet d'une grande fresque sur la littérature méridionale qui s'annonçait, allait se réduire comme peau de chagrin et déboucher sur un projet de cinq ouvrages de textes de troubadours.

Un premier tome intégrant la transcription de poèmes. Un deuxième, commençant par des sirventes historiques et de moeurs, et un choix de poésies légères choisies parmi mille cent pièces afin de réunir tous les genres de la poésie lyrique, féodale et locale des troubadours. Un troisième volume devait être totalement consacré au Roman de Girard de Roussillon avec trois études, historique, de mots et de locutions originales. Un quatrième volume était consacré au Roman de Jaufre et de Flamenca et un cinquième à Blandin de Cornouailles.

 C'est lors d'un rendez-vous au cabinet de M de Salvandy le 13 décembre 1847[2] que Mary-Lafon obtenait de celui-ci l'accord de principe sur ce projet plus modeste. Le ministre de l'instruction publique confiait alors la mise en place et le suivi de ce projet à un comité.

Le 24 janvier 1848 M. de Salvandy chargeait officiellement Mary-Lafon du projet de publication des grands poèmes des troubadours, décision qui fut confirmée en 1853 par M. Fortoul.

Les comités d'alors, ressemblaient à s'y méprendre aux commissions parlementaires d'aujourd'hui. Le projet n'était pas directement enterré, mais les réunions successives, les renvois, les demandes d'informations... le lourd fonctionnement de ces structures, les changements politiques[3], allaient amener la commission à se prononcer réellement en avril 1853. Elle se prononçait favorablement pour la publication du Nouveau choix de poésies originales des troubadours, mais pas de décision définitives, les décisions étaient sans arrêt remises en cause, modifiées, amendées,... en fait la commission allait assortir ses avis de conditions toujours différentes, modifier le calendrier des parutions, en modifier l'ordre. C'est ainsi qu'elle demandait à Mary-Lafon la publication immédiate du Roman de Girard de Roussillon ! Cela tombait mal, Mary-Lafon voulait justement compléter sa recherche sur cet ouvrage par la comparaison avec trois manuscrits détenus par diverses bibliothèques à Londres, Oxford et Bruxelles.

Le projet initial prévoyait la publication du texte en langue occitane assortie de sa traduction en français moderne, ouvrant ainsi son accès au plus grand nombre, les exigences du comité désirant substituer le français moderne au français ancien«du nord»,  enfermait la publication dans un cercle d'érudits publiant pour eux mêmes. Peu à peu, la grande fresque sur la littérature occitane était diluée dans un projet qui n'avait plus grand chose à voir avec le projet d'origine et disparaissait au profit d'un comparatif linguistique, pur ouvrage de recherche destiné à un cercle restreint d'érudits.

Mary-Lafon, n'avait pas attendu, pour travailler sur son sujet et depuis six ans, il travaillait sur les cinq ouvrages prévus. Il y consacrait beaucoup de temps, se déplaçant de ville en ville, dans des pays différents. Il faisait appel à des copistes et copiait lui-même des milliers de vers, qu'il fallait ensuite déchiffrer et traduire.

En 1854, alors qu'il se trouvait dans son Quercy natal, il reçut un courrier du 14 octobre de son ami Chabaille[4], proche du comité l'avertissant que le projet de « nouveau choix de poésies originales des troubadours » était fortement compromis et qu'il fallait qu'il rentrât à Paris avant la réunion générale du comité. Déjà, de février à août 1853, le comité avait accumulé les restrictions au projet initial. Il faut dire que nous n'étions plus en 1847, ce n'était pas seulement les sept ans écoulés qui amenaient la modification du projet. L'idée avait germé dans les derniers mois de la monarchie de juillet, traversé la Deuxième République et se trouvait dépendre d'un ministre du nouveau régime impérial. Ce n'était pas un projet du nouveau ministre et la conception des publications avait changé. Les prises de position du comité n'étaient que la traduction des directives du nouveau ministre Hippolyte Fortoul.

Onze jours après le coup d'Etat de Louis Napoléon, le futur Napoléon lll, Hippolyte Fortoul publiait un arrêté en trois articles encadrant les nouvelles publications du comité. Il y était précisé que le comité déciderait des modifications qu'il jugerait utile et que par ailleurs les éditeurs se voyaient interdire toute modification. La reprise en main était évidente, le comité n'avait plus qu'à s'exécuter, le sort du Nouveau choix de poésies originales des troubadours était scellé.

Faut il y voir une mesure de rétorsion ? C'est fort probable, les engagements politiques de Mary-Lafon durant la période du gouvernement provisoire de la Deuxième République et sa fonction de commissaire de la république délégué pour le Tarn et Garonne avaient fait de lui un personnage politique d'opposition. Mais ce qui fut pour lui le plus difficile, outre l'atteinte à son ego, c'est que l'on puisse toucher par des mesures administratives à sa liberté d'homme de lettres.

L'affaire s'avérait importante puisque le 27 décembre 1854, il recevait un courrier du ministre de l'instruction publique et des cultes, Hippolyte Fortoul lui signifiant l'abandon du projet qui lui avait été confié huit ans plus tôt. Il lui proposait, bien évidemment un dédommagement financier qui selon Mary-Lafon n'était pas à la hauteur de la tâche réalisée et des frais engagés. Il s'en suivit un échange de courriers avec le ministre et dès le deux février 1855, il réclamait trois fois la somme proposée. Il se battra jusqu'à obtenir satisfaction sur la négociation financière. Cet arrangement lui laissait un goût amer et une blessure d'amour propre qui ne pouvait s'arrêter là. Mary-Lafon, en homme combatif, n'allait pas s'avouer vaincu. Il allait de cette déconvenue, réaliser une oeuvre qui allait trouver un vrai public et un succès d'édition.

Puisque les premiers commanditaires faisaient défaut, c'est seul qu'il trouverait la solution. De 1865 à 1868, il allait publier sept volumes de traductions de poèmes et oeuvres de troubadours. En 1855, il publiait chez Jacotet éditeur, Le roman de Jaufre.

Ce type d'ouvrage ayant une clientèle et une audience limitée, il allait réussir une opération d'édition en soignant particulièrement les publications suivantes. Il était en relation amicale avec beaucoup d'artistes, illustrateurs, dessinateurs, graveurs, caricaturistes...Il connaissait très bien Gavarni, Nadar, Bertall, Maurin et bien d'autres. C'est Gustave Doré qu'il alla voir, l'univers du dessinateur se prêtait à merveille aux sujets moyenâgeux, aux romans de chevaleries et la renommée de l'artiste allait lui permettre une publication soignée. Le sujet intéressa Gustave Doré et ce dernier lui fournit douze planches .

Le moyen-âge est en pleine redécouverte, c'est l'époque où Violet Leduc va restaurer la cité de Carcassonne, le Château de Pierrefonds, depuis 1830 Walter Scott a fait remonter à la surface des histoires moyenâgeuses lançant une mode d'une redécouverte de six cents ans de cette longue période de l'histoire occidentale. C'est aussi la période du recensement des monuments anciens les plus remarquables.

Dans ce contexte, Gustave Doré allait illustrer le premier volume qui lui était présenté, Le Roman de Jaufre. Le livre allait sortir en 1855 pour les « Etrennes de 1856 » . Edité par la librairie nouvelle, il était illustré de vingt gravures  sur bois tirées à part pleine page .Le volume était un grand IN-8° Jésus, papier glacé et satiné, la reliure toile mosaïque, riche plaque spéciale et tranche dorée. C'était un très beau livre qui voulait associer la présentation à son sujet. L'éditeur, inséra lui-même une préface spécifique:

             « Histoire de Chevalerie de bonne façon, de vive allure, plein d'enseignements sages et courtois et où foisonnent belles prouesses, aventures étranges, assauts, rencontres et batailles, voilà le roman de Jaufre et de la belle Brunissende, dont nous donnons aujourd'hui la primeur au public. Tiré de la poussière où il était enseveli depuis six cents ans, cet ouvrage est traduit pour la première fois. En considérant le mérite du livre, on peut dire, sans craindre d'être démenti, qu'il était digne de cet honneur depuis longtemps. Rien de plus piquant, de plus neuf, de plus fantastique et qui reflètent mieux les caprices charmants de l'imagination méridionale du moyen-âge. La société féodale y revit toute entière avec ses fééries, ses fictions chevaleresques, ses moeurs et ses grands coups de lance ; et telle est l'intérêt du récit, qu'on s'y abandonne avec autant de plaisir que nos aïeux, quand il était fait au son de la viole du jongleur dans la grande salle du château où sous les tentes. »

 Cette édition eut un beau succès et dès l'année suivante, il sortit dans les mêmes conditions Fierabras, légende nationale, toujours à la Librairie Nouvelle et toujours illustré par des gravures de Gustave Doré. Cet ouvrage fut suivi la même année par : Vie et miracle de Saint Honorat, puis en 1858 un nouvel ouvrage publié encore par la librairie nouvelle : La Dame de Bourbon illustré cette fois par des gravures de E. Morin.

Enfin pour clôturer le cycle des poèmes des troubadours il publiera en 1868 à La Librairie Internationale : La croisade contre les albigeois. Ce dernier ouvrage, lui a demandé plus de douze ans de travail, tant pour la retranscription des neuf mille vers des manuscrits, que pour la traduction, dont il a voulu conserver la forme et la force. Il ne s'agit pas seulement d'un exercice de style, mais de traduire outre un texte important du monde occitan, une musique que seule la langue occitane peut amener. L'accent de la langue est propre à elle même. Lire la version de la croisade de Mary-Lafon, ne peut se faire qu'à haute voix. Cet ouvrage, contesté depuis sa publication par certains[5] dans sa traduction est au coeur des critiques souvent reprochées à Mary-Lafon. Il n'hésite pas, parfois à s'écarter du texte d'origine, afin de conserver le souffle poétique et épique de la versification du Roman de la Croisade. Il illustre l'ouvrage de dessins relevés par lui-même dans le manuscrit original.

En 1876, il rééditera Le roman de Jaufre sous le titre : Le chevalier noir illustré par Gustave Doré. Ce bel ouvrage fera parti des cadeaux offert dans les distributions des prix scolaires de la troisième république.

 Cette affaire, qui l'a profondément affecté dans les années 1850-1855 a eu le mérite de lui permettre de s'affranchir des corps constitués et en particulier de la tutelle d'un ministre du second empire qui n'avait rien à apporter à l'esprit libre de Mary-Lafon.

                                                           Patrick DERS

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[1]     Ministre de l'instruction publique du 15 avril 1837 au 31 mars 1839 puis une deuxième fois du 1 février 1845 au 24 février 1848.

[2]     Cf: Lettre de Mary-Lafon détenue par l'auteur.

[3]     On compte 14 ministres de l'instruction publique durant la 2e république de février 1848 à décembre 1851.

[4]     Courrier conservé à la Bibliothèque Antonin Perbosc de Montauban.

[5]     M. Meyer dans la Revue Cririque n°35 de 1868.

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 11:54

L'ami René Merle vient de me présenter un blog algérien passionnant sur lequel vous pouvez aller en cliquant sur le titre de cet article qui reprend un texte d'El Watan.

Pas plus que je ne crois à la notion  d'"occident" je ne crois à celle de monde "arabo-musulman". Et sur ce point je rejoins la critique de Yassin Temlali. Tout comme je ne crois pas à la notion d'intellectuel. Ceci étant, quand on lit l'entretien et sa critique il est aisé de constater que la critique pêche par un sous-entendu : Boualem Sansal se rangerait du côté des pouvoirs occidentaux et contre les pays arabo-musulmans. Or son propos n'évoque pas Hollande ou Sarkozy pour les féliciter et la classe politique européenne pour l'encourager. Par contre il y a la question des médias occidentaux où Boualem Sansal est devenu en effet une figure majeure comme l'Egyptien Al Aswany mais là aussi évitons les généralisations. Il n'est pas interrogé comme s'il était le plus grand politologue de la terre mais le simple auteur d'un livre. Boualem a-t-il changé son fusil d'épaule comme dans les médias qui l'interrogent ? Il me semble normal, vu l'évolution, que les références changent et jusqu'à preuve du contraire Boualem Sansal vit encore en Algérie. N'ayant que feuilleté son essai, je ne puis aller plus loin dans le commentaire mais, si le débat pouvait se poursuivre, je pense qu'il serait bénéfique des deux côtés de la Méditerranée car j'en conviens, il y a des arguments justes dans le texte de Temlali, sauf le reproche sous-entendu, qu'on ne peut discuter, et créer même, une association avec des Israliens. JPD

 BOUALEM SANSAL ET LE « PRINTEMPS ARABE » : L’HISTOIRE D’UN DÉSAMOUR

 BOUALEM SANSAL ET LE « PRINTEMPS ARABE » : L’HISTOIRE D’UN DÉSAMOUR

samedi 9 novembre 2013 Yassin Temlali El Watan le 9 novembre 2013

"Je ne crois pas à la démocratie dans le monde arabo-musulman", a déclaré l’écrivain algérien Boualem Sansal à un hebdomadaire belge (Le Vif, 28 octobre 2013), qui l’a interrogé sur les Arabes, les musulmans et l’islamisme, entre autres sujets, comme s’il était le plus grand politologue que la Terre ait jamais porté. Et pourquoi n’y croit-il donc pas ? « (La démocratie) ne verra le jour que lorsque les intellectuels se mobiliseront massivement ou travailleront ensemble pour transformer la société et les partis politiques. » Rien que cela !

Pourtant, dans les « pays démocratiques », les intellectuels se sont rarement « mobilisés massivement » ou « travaillé ensemble pour transformer la société et les partis ». L’instauration de la démocratie n’a jamais dépendu, ou si peu, des prises de positions des intellectuels, aussi infatués soient-ils de la noblesse de leur mission au service de l’humanité. Elle a toujours été davantage le fruit de mouvements sociaux et politiques complexes et de processus économiques profonds. En plus, l’« intelligentsia » ne constitue une caste homogène qui a une responsabilité sociale collective que dans des conceptions archaïques portant la marque de temps révolus, où une poignée d’« instruits » était censée exprimer la parole muette de millions d’illettrés. Il y a des intellectuels qui vivent de leurs œuvres et d’autres qui perçoivent un salaire du gouvernement. Il y a des humanistes et des colonialistes, des démocrates et des défenseurs du despotisme et, enfin, des fougueux militants et des grands circonspects (à l’image de Boualem Sansal à l’époque où, haut fonctionnaire, il n’avait pas encore découvert que « le propre de l’intellectuel est de dépasser la crainte » s’il ne veut pas « devenir soldat » (interview, 28 octobre 2013).

 Le Printemps arabe : « vent salutaire » ou « colère spontanée » ?

Ce discours sur la vanité de la lutte pour la démocratie dans le « monde arabo-musulman » ne serait que l’expression d’une pensée désabusée et sommaire s’il n’était en flagrante contradiction avec ce que Boualem Sansal lui-même soutenait il y a peu de temps, lorsque l’exaltation du potentiel émancipateur du Printemps arabe était dans l’air du temps en France et en Europe. Ainsi, affirmait-il le 16 octobre 2011, en recevant le Prix de la Paix décerné par les libraires et les éditeurs allemands : « (Cette distinction, Ndlr) prend un relief particulier pour moi en ce moment où, dans nos pays arabes, souffle un vent salutaire, porteur de ces valeurs humanistes, toutes nées de la liberté, et donc universelles, qui fondent mon engagement. » Et d’ajouter : « Ce qui se passe (…) n’est pas seulement la chasse aux vieux dictateurs obtus et sourds (…), c’est un changement mondial qui s’amorce, une révolution copernicienne. »

 Par quel miracle ce « vent salutaire » annonçant une tempête planétaire s’est-il réduit à une « colère spontanée aussitôt récupérée par les islamistes » (Le Vif, 28 octobre 2013) ? Par la magie d’une introspection autocritique ? Non, c’est la panne des processus de changement en Egypte, en Tunisie, etc. qui a sonné l’alarme dans l’esprit « pratique », pour ainsi dire, du célébrissime auteur. « Le Printemps arabe n’est plus à la mode, laissez tomber », lui a soufflé une puissante voix intérieure. Ce n’est pas une coïncidence si cette volte-face a lieu au moment où, en France, et, plus généralement en Europe, les critiques défaitistes des soulèvements arabes se font plus audibles, propagées par les élites politiques plus soucieuses de la survie de régimes « amis » menacés que de la dignité de dizaines de millions d’être humains.

 Depuis ce changement de conjoncture régional, le « Printemps arabe qui nous (donnait) tant à rêver » (discours du 16 octobre 2011) n’est plus, pour Boualem Sansal, qu’une explosion vaine et fugace (point de vue qui, du reste, s’identifie sensiblement à celui du gouvernement algérien). Quant aux « intellectuels et artistes arabes », dont certains, assurait-il en octobre 2011, avaient « atteint des sommets » si bien que « leurs seuls noms font lever des foules », ils ne sont plus qu’une bande poltronne aux ordres d’ignobles dictateurs.

 À l’ingénue journaliste de l’hebdomadaire belge qui l’a prié d’expliquer leur « silence », il a répondu, catégorique : « Ce (…) silence a existé de tout temps (…). C’est lié à la structure même de la société arabo-musulmane, dictatoriale ou féodale. Au mieux, les intellos sont des troubadours répétant le discours officiel. » N’étaient-ils pas, il y a deux ans, « infiniment plus méritants que moi » ces vulgaires troubadours ? Si, mais les temps ont changé, comprenez-vous, foin désormais de tous ces écrivains qui ont passé de longues années de leur vie en prison, sont encore condamnés à perpétuité pour un poème, pourchassés et assassinés par les dictatures qui gouvernent leurs pays comme par les islamistes.

 Quand le romancier se bombarde politologue

La charge violente de Boualem Sansal contre ceux-là mêmes qu’il encensait il y a deux ans n’est pas le fruit d’une réflexion (auto)critique sur les limites — réelles — des soulèvements du « Printemps arabe ». Elle est le signe d’une adaptation rapide au nouveau regard porté sur ces mouvements en Europe. Et derrière les généralités ronflantes transparaît une méconnaissance abyssale du monde arabe, de ses intelligentsias et des courants qui les traversent, dont beaucoup, contrairement à ce qu’il prétend, sont démocrates et radicalement laïcs. On a du mal à qualifier autrement que de « méconnaissance » cette sentence sans attendus qui assimile à des caisses de résonance des régimes tant d’écrivains qui se sont battus pour la démocratie et les libertés (Abdelatif Laâbi, Kateb Yacine, Sonaallah Ibrahim, Latifa Al Zayyat, etc.) et à des pleutres qui « redoutent d’être excommuniés ou assassinés » tant d’autres qui ont courageusement posé le problème de la sécularisation (Mohamed Abed El Jaberi, Fatima Mernissi, Abdelmadjid Charfi, Nasr Hamed Abou Zeid, Nawal Saâdaoui, Farag Fouda, Sadek Jalal Al Adm, Hussein Mroué, etc.) et dont certains, faudrait-il le rappeler, ont été « excommuniés » et « assassinés ».

 Pas plus qu’il ne l’était dans le rôle de thuriféraire du « Printemps arabe », Boualem Sansal n’est convaincant dans celui de « dé-constructeur » de ce qui n’est plus, pour lui, qu’une une auto-intoxication des « observateurs européens » (interview, 28 octobre 2013). Il semble croire que son talent de romancier — et quelques idées reçues puisées dans des lectures « orientées » — suffisent pour comprendre le « monde arabo-musulman ».

 N’est-ce pas, d’ailleurs, une preuve de culture politique et historique approximative que de rassembler des dizaines de pays, si différents par leur histoire, leurs cultures et leurs langues, sous une telle étiquette nébuleuse ? Et penser, sans la moindre nuance, que la « structure même de la société arabo-musulmane » est « dictatoriale ou féodale » n’est-ce pas une maladroite mise au goût du jour des stéréotypes par lesquels les colonialistes justifiaient l’asservissement des peuples colonisés ? Les industrieux indonésiens, malais et autres turcs seraient stupéfaits d’apprendre de Boualem Sansal qu’ils ne constituent pas des nations à part entières, mais des hordes de serfs qui s’ignorent et que leurs pays, « étriqués (…), n’ont point accès à la modernité » (interview, 28 octobre 2013).

 Un dernier mot pour conclure. Si Boualem Sansal s’est mué, comme par enchantement, en politologue, historien et islamologue, c’est principalement grâce à la complaisance de certains médias français de grande diffusion. Sans leur étonnante indulgence, il ne se serait pas bombardé spécialiste d’une région aussi vaste que ce brumeux « monde arabo-musulman », dont il ne parle probablement aucune des langues (à part l’arabe algérien) et qu’il n’a jamais (ou presque) visité sinon pour prêcher la « paix israélo-palestinienne » depuis une ville occupée, Jérusalem.

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