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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 15:52

Jaures-par-Pierre-Lariviere-blog.jpg

 

Le Montalbanais Verfeuil a été profondément marqué par l’assassinat de Jaurès qu’il raconte dans le premier chapitre de son roman, L’Apostolat, et que nous avons publié sur ce blog. Ici je l’imagine sans peine, en pleine guerre, penché sur sa feuille pour, par un poème, pleurer le disparu. Un texte aux tonalités religieuses. Verfeuil est resté un pacifiste et un grand bonhomme. Si lui tente de continuer Jaurès, modestement je tente de continuer Verfeuil. Jean-Paul Damaggio

 La brochure de quelques pages est éditée en 1917 à Paris à la Librairie d’Action et de la Ghilde « Les Forgerons » au 16 rue Monsieur le Prince ; le poème est décoré de trois dessins dont un portrait de Jean Jaurès par Pierre Larivière.

 

A JEAN JAURÈS

 

ILS l'ont tué. Ils l'ont, en un soir de démence

Ou d'infâme calcul, lâchement abattu.

O Lui qui fut le Verbe et qui fut l'Éloquence,

Et le son de sa voix à tout jamais s'est tu.

Ils l'ont tué. La guerre agitait à nos portes

Son spectre de douleurs, de haines et de sang.

Ils l'ont tué : la guerre, aussitôt surgissant,

Faisait s'entrechoquer les premières cohortes.

 

Un seul espoir restait : sa parole sublime,

Et sa douce énergie et son cœur généreux,

Son immense savoir, son âme magnanime,

Son exquise bonté propice aux malheureux.

 

Et tous nous attendions, angoissés et farouches,

Au seuil même du drame où sombrait l'univers,

Le mot qui fût sorti sûrement de sa bouche

Et nous eût délivrés de nos troubles amers.

 

Il nous eût indiqué d'un geste notre route ;

Il nous eût dit : « Amis, c'est là qu'est le Devoir »

Et c'était suffisant pour dissiper nos doutes

Et nous l'aurions suivi sans même le vouloir.

 

Il nous aurait donné le signal des révoltes :

« Nous ne sommes liés qu'avec l'Humanité

Et nous ne ferons pas vos sanglantes récoltes

Nous sommes pour la paix et la fraternité ! »

 

Ou bien, sous l'ouragan courbant nos faibles têtes,

Nous aurions attendu que le soleil revînt.

Il faut savoir laisser passer une tempête ;

Contre la foudre aveugle on lutterait en vain.

 

Mais, quel que soit, hélas ! son conseil ou son geste,

A la face du ciel, d'un grand cri surhumain,

Il eût clamé ces mots éperdus : « Je proteste !

Et vous, gouvernements, prenez garde à demain ! »

 

Oh non ! tu n'aurais pas légitimé la guerre,

Toi qui la combattis si vigoureusement !

Tu n'aurais pas absous les bandits de naguère ;

Le crime aurait reçu son juste châtiment.

 

 Oh non ! tu n'aurais pas prêché la guerre sainte

— Guerre dite du Droit et de la Liberté ! —

Il monte des charniers de trop lugubres plaintes

Et le nombre des morts encor n'est pas compté.

 

Non ! tu n'aurais pas dit : «Mourez ! c'est la dernière !

Vous luttez pour la Paix et pour l'Humanité ! »

Et si tu l'avais dit, prudemment, à l'arrière,

Tu ne te serais pas, un seul jour, abrité.

 

Surtout, tu n'aurais pas glorifié la haine,

Exalté le plus bas des sentiments humains,

Et les peuples trompés, qu'on tue et qu'on enchaîne,

A ta voix se seraient bientôt tendu la main.

 

Tu te serais dressé, suppliant et superbe,

Entre ces malheureux plus fous que des démons

« Aimez-vous ! Allemands, Français, Autrichiens,

Serbes Aimez-vous par dessus les fleuves et les monts !

 

« Aimez-vous par dessus les frontières factices,

Par dessus les patries, par dessus les tombeaux !

Ensemble, bâtissez la cité de Justice,

De la Paix, de l'Amour, du Bien-Être et du Beau / »

 

Et lorsque la plupart, regrettant leur furie,

Auraient voulu boucher la gueule des canons,

Ah non ! ce n'est pas toi qui, poussant aux tueries,

Impitoyablement eusses répondu: « Non ! »

 

Tu serais apparu, tel un autre Messie,

Aux yeux émerveillés des peuples repentants.

Le rameau d'olivier, c'était là ton hostie:

Il eût brisé le glaive aux mains des combattants !

 

Le rameau d'olivier, c'était le nouveau Signe

Par lequel nous aurions vaincu, derrière toi !

Hélas ! tes successeurs, tes disciples indignes,

Sans crainte et sans pudeur l'ont profané vingt fois !

 

Ils t'ont, pour des raisons qui sont peut-être infâmes,

Trahi comme jadis on a trahi Jésus ;

Ils ont vendu ton sang comme ils vendaient leur âme

Et ton saint évangile ils ne le prêchent plus.

 

Qu'importe ! Nous saurons conserver ta mémoire

Pure de toute tache et de tout abandon

Et ceux-là qui, sans nous, auraient terni ta gloire

Viendront, à deux genoux, te demander pardon !

Dors en paix, ô Jaurès, dans la terre albigeoise,

La vieille terre d'oc que brunit le soleil ;

Parmi tes paysans, parmi tes villageoises

Qui veillent pieusement sur ton dernier sommeil.

 

Dors en paix dans les fleurs, les fruits, les céréales ;

Parmi les blonds épis, parmi les grappes d'or ;

Dans le cadre ancien des choses familiales,

Grand parmi les vivants, vivant parmi les morts !

 

Dors en paix ! l’heure vient des moissons attendues.

Le grain que tu semas ; nous le récolterons.

Au milieu du sillon on te prit la charrue :

Nos sommes quelques-uns qui le continuerons.

 

Raoul Verfeuil

 

Ce poème a été réédité par le Bulletin de la société de études jaurésiennes  janvier mars 1971 avec cette petite bio

Raoul Verfeuil s'appelait, de son vrai nom, Lamolinairie. Né en 1887, employé aux P.T.T., socialiste, il milita d'abord dans le Tarn-et-Garonne, puis dans la Fédération de la Seine. Proche de Jean Longuet, il entra à la Commission administrative permanente comme minoritaire, en décembre 1916. Resté anti-zimmerwaldien, son choix à Tours pour la S.F.I.O. relève des ambiguïtés du con- grès. Il sera exclu du parti en septembre 1922, sur demande de l'Exécutif de l'Internationale et de la gauche de sa fédération. Son poème parut aux édition de la Ghilde des Forgerons au cours du troisième trimestre de l'année 1917.

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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 15:50

Pierre Cohen maire PS, dans la tourmente

En 2008, face à la montée en puissance de Sarkozy, l'union autour de Pierre Cohen avait été large même si LCR et AMP présentèrent leur liste.

Aujourd'hui avec la descente aux enfers de Hollande seul le PCF se retrouve derrière le maire au premier tour. Au cours de son mandat Cohen n'a pas su gérer les diversités politiques de sa liste et il se retrouve donc avec, contre lui, quatre listes issues de ses rangs. La liste Front de Gauche sans le PCF est conduite par un conseiller municipal sortant, Sellin.

Du côté écolo Antoine Maurice et Michèle Bleuse conduisent leur liste.

Elisabeth Belaubre,actuelle troisième adjointe de Pierre Cohen et transfuge d’EE-LV vise aussi le vote vert sous l’étiquette du «Rassemblement Citoyen» cher à Corinne Lepage. J'imagine qu'il s'agit aussi de préparer les Européennes.

Même s'il est congé de son parti, le sénateur PRG Jean-Pierre Plancade veut aussi tenter sa chance sur l'aile radicale. J'admire l'astuce du PRG de Toulouse qui a réussi à faire élire la dernière fois, deux sénateurs, un dans la liste avec le PS, et un dans la liste contre le PS ! Astuce utilisée aussi dans le Gers car le PRG sait jongler…

Une liste LO viendrait utilement compléter le tableau…

 Jean-Luc Moudenc dans l'espérance

Président de l'UMP 31 Moudenc espérait faire l'union autour de lui dès le premier tour mais lui aussi a des soucis avec une liste Christine de Veyrac de l'UDI.

 Le FN viendra-t-il troubler l'élection ?

Jamais le FN n'a réussi à présenter de liste à Toulouse et Serge Laroze doit sans doute ramer pour trouver les candidats. Les voix ne manqueraient pas mais faut-il encore pouvoir aller les chercher !

 Dans tous les cas nous savons déjà que c'est l'explosion municipale à Toulouse, ville qui s'était distinguée en 2001 avec la liste Motivé-e-s.

Jean-Paul Damaggio

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 20:19

le-slogan.JPG

 

devant-le-consulat.JPG

 Le Consulat d’Espagne est dans une petite rue à Toulouse et voilà que le 8 janvier elle était bloquée des deux côtés. Une occupation des lieux aurait incité à cette mesure de sécurité car ne l’oublions pas « le Consulat c’est comme être en territoire espagnol » nous dit fièrement une membre des forces de l’ordre.

Bon, à midi, tout d’un coup la voie est libre et la manifestation peut se rassembler devant le modeste bâtiment. Une manifestation à l’initiative du Planning Familial 31 et d’un groupe de femmes qui a demandé aux quelques éléments politiques de ranger leurs drapeaux pour éviter toute récupération. Même la CNT s’est exécutée et les pancartes étaient donc aussi diverses et variées que possible, manuscrites le plus souvent, pour dire que le droit à l’avortement devait être défendu en Espagne comme ailleurs.

Moment de fraternité et de solidarité qui échappa à une dame que j’ai entendue sur un trottoir : « Quel poids peut avoir sur le gouvernement espagnol une manifestation à Toulouse ! » Et les Espagnoles qui vont devoir venir avorter en France, quand elles en auront les moyens, quel poids elles auront sur le gouvernement français ? L’égoïsme gagne du terrain…

En effet après la présence devant le Consulat la manifestation, par la rue de Metz puis Alsace Lorraine, a parcouru un peu la ville, suscitant donc quelques interrogations. Le responsable de la police portable collé à l’oreille indique : « 200 personnes rue de Metz ». En fait la manif a rassemblé 500 personnes, ce qui est à la fois peu et beaucoup : peu quand on mesure l’enjeu ; beaucoup quand on sait que l’information a été réduite. J-P Damaggio

 

La présentation de la manif

Rassemblement avortement en Espagne et ailleurs !

Pour un AVORTEMENT libre et gratuit partout pour toutes et Sans conditions.

Mercredi 8 janvier à 12h devant le consulat d'Espagne (rue Sainte Anne)

Le gouvernement espagnol s'apprête à faire voter une loi interdisant l'avortement excepté en cas de viol après dépôt de plainte, ou en cas de danger pour les femmes. Ce danger doit être expertisé par deux médecins indépendants du lieu ou aura lieu l'avortement. La loi actuelle requiert l'avis d'un seul médecin qui peut être celui qui pratiquera l'avortement jusqu'à 14 semaines, et l'avis d'un psychiatre jusqu'à 22 semaines.

Ceci est inacceptable, une fois de plus on légifère sur le ventre des femmes. Nous sommes solidaires de nos camarades espagnoles car nous pensons que les femmes doivent pouvoir disposer seules de leurs corps. Nous exigeons le retrait de ce projet de loi aux conséquences désastreuses ; seules les femmes qui en auront les moyens pourront se payer un avortement, les autres seront condamnées à avorter par leurs propres moyens ou à garder le produit d'une grossesse non désirée avec les conséquences sanitaires, psychologiques, économiques que l'on sait.

Ce projet de loi aura aussi un retentissement sur les femmes en France car la loi ne permet d'avorter que dans un délai de 12 semaines. Les femmes ayant dépassé ce délai ne pourront plus aller avorter en Espagne comme c'est le cas actuellement.

Même si en France l'avortement est toujours autorisé, son accès est de plus en plus difficile du fait des choix politiques en matière de santé, de la complexité de la procédure et de l'existence d'un délai. Nous pensons qu'au delà de la nécessaire solidarité avec nos camarades espagnoles, nous devons nous battre ici aussi . Nous ne voulons plus que nos vies soient régies par des experts, des lois ou qui que ce soit. Nous entendons disposer de nos corps comme nous le voulons.

Suite à une manifestation , trois camarades espagnoles ont été arrêtées et sont accusées de résistance, désobéissance à la loi et d'atteinte à personne dépositaire de l'autorité. Nous exigeons leur libération immédiate et l'arrêt des poursuites.

Appel à rassemblement le mercredi 8 janvier à 12h devant le consulat d'Espagne (rue Sainte Anne) pour un avortement libre et gratuit partout pour toutes et sans conditions

Des féministes solidaires


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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 20:10

dominique-et-sylvia.jpg

Dominique Salomon et Sylvia Pinel

 

Depuis que le PRG a obtenu la tête de liste des européennes pour la région Grand Sud-Ouest les noms circulent.

Beaucoup pensaient à la ministre Sylvia Pinel mais le poste n'échapperait pas au Tarn et Garonne avec l'attribution à la Conseillère régionale Dominique Salomon (elle est aussi conseillère municipale de Montauban).

La décision officielle approche mais au PS on connaît déjà la réponse.

Ils espéraient une ministre pour tirer la liste…

Mais bon, affaire à suivre. Jean-Paul Damaggio

 

Finalement Dominique Salomon ne sera ni députée européenne, ni tête de liste à Montauban ni en bonne position sur la liste de Roland Garrigues.

 

Autres articles de ce blog :

Tête de liste européennes

Pinel en réserve

Sylvia Pinel députée européenne

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 20:53

Aujourd'hui, l'occasion m'a été donné de bavarder au sujet d'un homme qui a son nom de rue à Castelsarrasin, un artiste-graveur. N'ayant jamais rien mis sur ce blog à ce sujet, je me rattrape un peu. Jean-Paul Damaggio

 

Antoine Delzers

Naissance :Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), 17-08-1873

Mort :Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), 08-11-1943

Note :Graveur. - Peintre. - Prix de Rome (1900). - A été professeur à l'Ecole polytechnique

Domaines :Peinture Arts graphiques

 Père nourricier :   William BOUGUEREAU , Artiste Peintre 1825-1905

Père nourricier :   Jules JACQUET , Artiste Graveur 1841-1913

Enfant élevé :   Gabriel Antoine BARLANGUE , Artiste Graveur 1874-1956

 

Bulletin de la Société archéologique 1911

 M. Edouard Forestié communique la note suivante : « Les journaux parisiens nous annoncent la nouvelle que notre compatriote M. Antonin Delzers, dont nous avons été les premiers à saluer les heureux débuts, il y a plusieurs années, et dont nous avons suivi avec un vif intérêt la brillante carrière artistique, vient d'obtenir la consécration officielle de son beau talent : Il a remporté la première médaille de la section de gravure au Salon de la Société des Artistes français. « Il avait exposé : L'Entrée du Pape Urbain II à Toulouse, d'après la superbe toile de Benjamin Constant; le Portrait de la baronne de Crussol et la Lessive normande. Ces trois œuvres sont magistrales et montrent que notre compatriote, est dans la plénitude de son talent. Du reste, il nous avait suffi de voir la balle page que possède le Musée de Montauban pour comprendre que l'artiste pouvait aspirer aux plus beaux succès. Nous lui adressons bien sincèrement nos plus cordiales félicitations. M. Delzers est le fils de ses œuvres. Il a eu foi en son étoile ; on voit qu'elle ne l'a pas déçu. »

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 17:17

Ce n'est pas en cette année du centenaire du lancement de la grande boucherie que je vais oublier Verfeuil, ce montalbanais parfaitement original. En 1917, au cœur de la guerre il écrivait un long poème à la gloire de Jaurès, l'homme qui est mort pour que guerre s'en suive.

Je retrouve aujourd'hui Raoul au moment du décès de sa mère. Et j'ajoute un autre article du début 1921 où il est facile de comprendre qu'il sert d'alibi pour nier l'évidence : la scission du Congrès de Tours. Mais à chacun sa lecture. JPD

 

L'Humanité : Jeudi 29 septembre 1921

Nécrologie

Nous apprenons avec un vif chagrin la mort survenue à Montauban de la mère de notre excellent camarade et ami Raoul Verfeuil délégué à la propagande du Parti communiste.

Une affection délicate et profonde unissait Verfeuil à celle qui n'est plus et la douleur de notre ami nous écrit-on de Montauban fait peine à voir. Le coup qui le frappe aujourd'hui il le ressentira longtemps. Nous lui adressons dans cette douloureuse circonstance l'expression élue de sentiments fraternels.

 

L'Humanité 8 janvier 1921

SUR UN MANIFESTE

Le bureau de la C. G. T. lance un manifeste relatif à la « scission » qui s'est produite au Congrès de Tours.

Ce document appelle quelques réflexions-. Tout d'abord, il est inexact de dire, que la «scission» soit « le fait de Moscou ».

Les défenseurs de la motion d'adhésion à l'Internationale communiste ne demandaient aucune exclusion. Ils s'étaient mis d'accord, sur ce point, capital, avec Moscou. Ceux qui ont quitté le Parti à Tours n'y ont été contraints que par leur propre volonté. Raoul Verfeuil, qui n'était pas des nôtres dans cette lutte, mais qui est un grand honnête homme, en témoignais hier encore.

Parti de cette erreur, le manifeste de la C. G. T. déclare que le nouveau « Parti communiste » va s'efforcer de subordonner les syndicats à sa politique et que, pour y parvenir, il n'hésitera pas à diviser les organisations ouvrières.

C'est une autre inexactitude. La motion de la majorité, approuvée par les syndicalistes minoritaires, qui sont particulièrement soucieux de la liberté d'action du mouvement ouvrier, est à cet égard d'une netteté parfaite. Elle ne fait d'ailleurs que reproduire les déclarations de Frossard au Congrès confédéral d'Orléans.

Il est curieux de noter, en particulier, que cette motion, conformément à la décision du Congrès international de Moscou, interdit toute scission dans les syndicats et fait un devoir aux syndicalistes révolutionnaires de demeurer dans les organisations ouvrières dirigées par les réformistes, pour transformer peu à peu ces organisations du dedans. Par contre, la direction confédérale actuelle s'efforce d'obtenir, dans les syndicats, l'exclusion des éléments révolutionnaires (C. S. R.). Nous avons le droit d'opposer ces deux attitudes.

Le bureau confédéral, dans son manifeste, invoque la charte d'Amiens. Cette charte, qui fonda le syndicalisme révolutionnaire d'avant-guerre, contredit dans toutes ses affirmations à la politique réformiste de la C.. G. T. pendant et depuis la guerre. Nous le rappelons simplement pour constater que le bureau confédéral actuel ne saurait l'invoquer contre nous.

Aussi bien, nous ne nous méprenons pas sur le sens et la portée du manifeste. Nous persévérerons néanmoins dans notre politique syndicale, scrupuleusement respectueuse de tous les droits du monde ouvrier.

Nous croyons que l'union fraternelle des révolutionnaires sur le terrain politique et sur le terrain économique s'imposera de plus en plus comme une nécessité. Nous croyons aussi que cette union en préparera une autre plus vaste, celle du parti politique et de l'organisation économique de la classe ouvrière, agissant d'un même effort pour la Révolution. Ce sera l'œuvre des bonnes volontés communes, et aussi celle d'événements plus forts que les hommes.

En attendant, le bureau, de la C. G. T. aurait grand tort de croire que l'acte des dissidents pourrait avoir des conséquences funestes pour le mouvement, syndical. Il n'y a pas deux partis socialistes, dont les disputes risqueraient de retentir de façon fâcheuse sur le mouvement ouvrier. Il n'y a qu'un Parti socialiste, qui garde toutes ses troupes en perdant seulement quelques parlementaires. En pareil cas, le mot de scission n'est guère de mise, et nous pensons que le bureau de la C. G.T. s'est ému à tort. Daniel RENOULT.

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 17:03

La lecture du billet de René Merle (cliquez sur le lien pour y accéder) comme l'article de sa compagne devraient participer d'un grand débat politique sur ce film qui est d'abord un film. En effet, le spectateur connaît dès le début le résultat final et pourtant le suspens reste entier et cette œuvre d'art joue son rôle d'œuvre d'art.

Mais elles sont si rares les œuvres à placer en leur cœur la politique…

 Si l'arrivée au pouvoir de Pinochet a suscité d'immenses discussions et de graves décisions à gauche, la chute du dictateur aurait mérité le même effort.

Pas seulement à cause de la forme prise mais comme témoignage parlant de toute une évolution de la société.

Qui connaît un exemple où un dictateur sanguinaire organise un référendum qu'il perd ?

Les questions posées par le film :

- liens entre le national et l'international (Chili-USA)

- liens entre politique et économie (le marketing réduisant la politique à une marchandise)

- liens entre une mobilisation populaire et son résultat.

Etc.

 Comme René, je pense qu'il faut mesurer la peur qui existait au Chili en 1988 pour comprendre le courage des militants du NON, courage amplifié par la mobilisation.

 Et de ce film, comment ne pas retenir à jamais l'image finale : l'homme qui est le détonateur de la victoire, s'en revient seul, loin des caméras, gérer ce qu'il sait faire de sa vie. Combien d'éminences grises gouvernent encore le monde car si dans le film c'est pour la bonne cause, elles sont plus souvent là pour les mauvaises et dans ce cas elles s'accrochent au pouvoir.

J-P Damaggio

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 16:09

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Ce texte est écrit comme une fiction mais, grâce à Wikileaks et d’autres, il raconte une simple réalité qui est le quotidien de notre humanité.

 En ce 15 décembre 2013, dans mon avion personnel, je survole avec un immense plaisir la zone de Valparaiso pour aller voir fumer les cheminées de la centrale thermoélectrique de Campiche. D’abord nous longeons la côté et comment ne pas l’avouer, la vue est magnifique. Puis enfin nous arrivons au-dessus de l’immense municipalité de Puchuncavi, une commune qui unit mer et montagne. Depuis 2007 je suis sensé savoir qu’il s’agit là d’un des premiers endroits habités du Chili et la générosité des terres en est sans doute l’explication, mais avec nos équipes d’AES Gener nous n’avons qu’un souci : faire de l’électricité. Nous avons travaillé d’arrache-pied pour en arriver à ce résultat qui aurait dû être obtenu sans avoir recours à des manœuvres plus ou moins glorieuses. Sur le site internet de notre multinationale nous affichons l’essentiel : notre code éthique. Ce code aurait dû et devrait rassurer les esprits les plus pointilleux en matière d’écologie mais, là où nous nous y attendions le moins, nous nous sommes heurtés à des entraves en béton.

 Aujourd’hui, tout ça est oublié et j’en profite pour envoyer un SMS de félicitations à Michelle Bachelet qui vient d’être réélue présidente du pays. J’avoue que je ne l’ai jamais rencontrée car ça serait de mauvais goût qu’un grand patron comme moi, Felipe Cerón, se fasse prendre en photo auprès d’une responsable politique qui doit rester au dessus des intérêts particuliers.

 Mon histoire est simple : pour développer sa fonction d’extraction minière, le Chili a besoin d’électricité, et justement nous savons transformer le charbon en énergie propre ! Disons-le sans forfanterie, nos technologies étant à la pointe du progrès, quel bonheur que de vivre en compagnie de nos cheminées d’usine ! Les producteurs de tomates et autres légumes, de Campiche – un endroit vraiment magique – ne perdront rien en matière de qualité de leurs produits !

Bref, quand en août 2007 nous avons déposé devant les instances concernées notre projet nous savions que rien ne pouvait l’arrêter. Les études d’impact, le recyclage des déchets (mercure, arsenic, plomb, dioxyde de souffre etc.), nous avions tout prévu ! En conséquence, en mai 2008 nous avons eu l’autorisation de construire l’usine.

 Puis, quelques malins, soumis à de minables intérêts électoraux, ont décidé à la fin 2008 de porter plainte devant les tribunaux contre notre projet. Regroupés dans les organisations environnementales suivantes : Chile sustentable, Defendamos la Ciudad, Ecosistemas et Acción Ecológica ils ont obtenu du conseil écologique de Quintero-Puchuncaví une déclaration d’illégalité pour notre usine, nous qui avons un code d’éthique irréprochable et largement porté à la connaissance de tous les citoyens !

 Je l’avoue, même aujourd’hui, en survolant notre succès –et la terre vue du ciel, n’est-ce pas une joie permanente ?- la moutarde me monte un peu au nez à repasser de tels souvenirs.

 Après la décision d’interdiction, nous avons mis en marche notre batterie d’avocats mais voilà les tribunaux donnèrent raison aux plaignants : notre usine représentait un risque sanitaire pour les habitants et occupait un espace qui n’était pas dans les normes ! Nous sommes allés devant la Cour suprême sûr de notre fait, et contre toute attente, en juin 2009, alors que la construction était déjà bien avancée, les juges ont donné raison aux plaignants ! Quel manque de reconnaissance ! Nous apportons la fée électricité et nous sommes changés en diables !

 A partir de ce jour, nous avons résolu d’en passer par des moyens d’intervention peu catholiques mais j’y insiste, c’est la faute de nos adversaires insensés qui auraient dû dépenser leur temps à aller à la plage !

La zone est saturée en dioxide de souffre depuis 1993 et depuis quelques années des travaux de décontamination sont en cours, fait que nous connaissions, aussi nous nous proposions dès le départ pour aider à cette décontamination !

Bref, pour contrer les décisions des juges, le 23 juillet 2009, avec le président de la société, Andrés Gluski, nous sommes allés trouver l’ambassadeur des USA à Santiago, Simons, pour qu’il nous règle ce problème. J’ai oublié de le dire, notre entreprise est nord-américaine. Le marché qu’il devait mettre entre les mains de Michelle Bachelet alors présidente du Chili était simple : ou les obstacles étaient levés ou nous faisions campagne contre son pays peu favorable aux investisseurs étrangers.

 La question devint plus urgente quand, après la décision de la Cour suprême, la municipalité de Puchuncaví ordonna la démolition des constructions de l’Unité n°4 de notre centrale thermoélectrique ! Et à nos frais s’il vous plaît ! Nous avions 60 jours pour passer à l’acte ! Je conserve avec moi l’arrêté municipal assassin, d’un maire qui devait se prendre pour Zorro : decreto Alcaldicio n° 1699, du 22 septembre. Dans la course engagée, nous avons porté plainte contre la décision, ce qui devait nous aider à gagner du temps.

Dès le 9 octobre Gary Locke, Secrétaire au Commerce des États-Unis a envoyé les télégrammes conséquents à Marcos Robledo, conseiller international de la présidente Michelle Bachelet. Et aussitôt le bon Marcos a tenu à nous rassurer, mais personne ne nous a jamais payé avec des bonnes paroles, car nous savons que les politiques ne sont pas avares de tels produits frelatés. Donc, la même lettre est arrivée ensuite auprès des ministres, de l'Intérieur : Edmundo Pérez Yoma ; Économie : Hugo Lavados ; et de l'énergie : Marcelo Tokman. En fait nous avons su par notre ambassadeur Simons que le ministre capable de résoudre le problème était Poblete vu que l’enjeu du débat était la délimitation du zonage de notre usine.

 Le 31 Décembre 2009 nous avons pu sabrer le champagne et du bon ! Ce jour-là, le ministère du logement et urbanisme, Minvu, a modifié par un décret l'OGUC (l'ordonnance générale d'urbanisme et de construction) en adaptant l'utilisation du sol, pour que le projet rencontre l'approbation environnementale, et soit adopté par la haute résolution de la Cour suprême. Pérez Yoma et Poblete apportèrent leur indispensable signature. Tout le monde a compris qu’il s’agissait d’une modification taillée sur mesure pour satisfaire nos intérêts !

Nous aurions pu savourer notre victoire en traitant de haut les minables conseillers municipaux de Puchuncavi mais, si nous sommes de mauvais perdants, nous sommes par contre de généreux gagnants.

 L’avion a diminué d’altitude pour mieux voir le village de Campiche et les aménagements réalisés grâce à nos cadeaux princiers. J’ai avec moi cette délicieuse délibération municipale du 29 septembre 2010 quand nous avons proposé de verser à la municipalité 1500 millions de pesos pour la construction d’un Centre de Santé Familiale (CSAM) sauf que la municipalité a fait observer qu’elle n’avait même pas l’argent pour acheter le terrain pour une telle construction ; donc, dans notre grande bonté nous avons accepté de modifier l’accord en décrétant que la somme apportée pouvait servir aussi à l’achat du terrain !

Dans cette même séance, le conseiller municipal Eugenio Silva Pinto a tenu à observer que dans le compte-rendu précédent n’est pas apparu son intervention critique contre notre société, fondée sur le fait que par le passé, nos promesses n’avaient pas été tenues. Il est allé jusqu’à chercher un accord de 2006 entre le maire et la société AES Gener où cinq promesses furent sans suite.

Qu’importe de tels détails : concernant le centre CSAM même d’avion, je le repère parfaitement.

Certains diront que la municipalité a été achetée avec aussi le don d’une somme conséquente (100 millions) pour les pompiers, mais personne n’est plus sûr que ce soit pour les pompiers. Surtout du côté des associations : Chile sustentable, Defendamos la Ciudad, Ecosistemas et Acción Ecológica, qui ont décidé de poursuivre leur action en demandant aux dirigeants de l’OCDE de rayer leur pays de la liste des membres pour non respect de l’intérêt public. Nous faisons confiance à l’OCDE…         Jean-Paul Damaggio

 

P.S. Ce rappel historique est le cadeau que j’offre à la nouvelle présidente, en guise de nouvel an, elle qui est en grande discussion avec les uns et les autres, pour former son gouvernement.

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 20:46

les-cloches-de-bale.jpg

En 1935 dans la revue Commune, George Sadoul présente le livre d'Aragon. Ce texte témoigne d'une époque, d'un style et d'une bagarre sociale. JPD

 

LES CLOCHES DE BALE. — ARAGON. Denoel et Steele, éditeurs.

Les guides Baedeker, en décrivant les grandes villes à l'usage des touristes, indiquent les rues commerçantes et les cafés, les Bourses et les Cathédrales, les quartiers réservés et les quartiers élégants, les musées et les points de vue célèbres, en un mot l'extrême sommet de la superstructure commerciale, élégante ou artistique des forêts urbaines, sans rien dire de l'humus où elles s'enracinent, sans rien dire de ces rues sombres, de cette zone, de ces usines où vivent, travaillent et luttent les ouvriers. A suivre les Cook et les Morand, on n'aperçoit que la féerie des éclatantes enseignes nocturnes, sans savoir comment l'électricité se fabrique, où elle se fabrique, et qui la fabrique.

Il y a d'autres romanciers que ces managers des manches à gigots de l'avant-guerre et des cocktails de l'après-guerre, des romanciers qui prétendent ne décrire qu'eux-mêmes, que leur « état d'âme », et qui se mettent en scène sous des maquillages et des oripeaux divers. Ceux-ci se présentent souvent comme des Pandores surgies d'une argile inconnue, portant dans leurs mystérieuses boîtes crâniennes un monde de complexes, de manies, de sensibilité prétendue, présent mystérieux des muses, alors que ces hommes sont en fait issus, comme leurs sentiments, d'une société, d'une classe, du rapport des classes, de la vivante histoire du temps.

A ne voir de la réalité sociale qu'un seul acteur ou qu'une suite de décors, les romans se vident de tout contenu véritablement humain. On comprend le discrédit où ils tombent à lire les livres de ces madones des sleepings ou de ces dissecteurs de vague à l'âme, de ces montreurs d'un monde de pantins aussi fantastiquement ennuyeux que celui des bergers de l'Astrée.

Sur la scène française, cependant, aujourd'hui comme en 1912, ce sont des pantins semblables aux pantins de ces romans qui s'agitent en pleine lumière.

Un des desseins d'Aragon, quand il écrivit Les Cloches de Bâle, a certainement été d'ouvrir le ventre à de telles poupées, tout en nous montrant pourquoi l'inquiétude se niche dans le crâne des intellectuels.

Cliquetis d'éperons, et froufrous de jupons. Nous sommes en 1912, dans un élégant salon de la rue d'Offémont. On y connait la fameuse « douceur de vivre », celle d'avant la révolution russe. Les dieux font couler un fleuve d'argent, entre les portraits de Roll et la vaisselle d'or, dans ces lieux où règne la belle Mme Brunel, née Diane de Nettencourt. Nous savons vite que le dieu de ce paradis terrestre est le fabricant d'autos Wisner, qui couche avec Diane et subventionne son usurier de mari. Mais où donc est la source de l'argent de Wisner, qui alimente cette « douceur de vivre » ?

Pour la découvrir, il nous faut changer de guide et suivre Catherine Simonidzé qui pense, elle, que la vie est une absurdité, une véritable horreur. Après une enfance bohème, elle se contenta des maigres mandats mensuels d'un père pétrolier à Bakou, mais elle traîne avec une lassitude épouvantable une existence qu'elle juge inutile. Tout la révolte, dans la société où elle vit. Mais rien, autour d'elle, ne lui donne une raison d'être. Elle a fréquenté les cercles anarchistes de Montmartre, entrevu l'art agonisant d'un Bataille, elle ne garde de tout ce qu'elle a vécu que le vague espoir d'un messie lanceur de bombes et le souvenir de la flamme révolutionnaire véritable, entrevue par elle, en 1904, en voyant à Cluses lutter et mourir les ouvriers savoyards.

L'ennui, la tuberculose, la nouvelle de deux doubles suicides — dont celui de Paul et Laura Lafargue — conduisent Catherine, le soir du 27 novembre 1911, au parapet du pont Mirabeau. C'est ici le point critique du roman. Ce n'est plus seulement une jeune femme qu'attirent les eaux noires du suicide, mais toutes les Catherine Simonidzè de la réalité, tous les intellectuels qui ont connu dans leur vie ces moments décisifs où l'on est « dégoûté du monde», « revenu de tout », qui se penchent avec l'héroïne sur le parapet du pont Mirabeau.

On sait l'apostrophe adressée, il y a juste cinquante années, par Barbey d'Aurevilly à Huysmans qui venait de publier A Rebours: « Après un tel livre, il ne reste plus à l'auteur qu'à choisir entre la bouche d'un pistolet ou les pieds d'un crucifix. » L'auteur des Sœurs Vatard devint celui de La Cathédrale. Mais les meilleurs parmi les intellectuels reconnaissent derrière le crucifix les forces qui leur sont les plus hostiles. Ne leur reste-t-il que le pistolet?

C'est la question que pose, en 1924, Aragon avec ses amis surréalistes en demandant « Le Suicide est-il une Solution? ».

La véritable réponse d'Aragon et de ses amis d'alors ne fut donnée que l'année suivante. L'immense rumeur des masses qui se levaient contre la guerre du Maroc fut entendue dans les appartements les plus calfeutrés. Aragon, ses amis et des dizaines d'intellectuels publièrent un manifeste contre cette guerre coloniale. Les signataires de cet appel qui est une étape importante dans l'histoire des intellectuels révolutionnaires français, avaient compris que les pistolets servent à d'autres usages qu'au suicide, ils sentaient qu'ils n'étaient pas « seuls au monde » et qu'ils devaient se lier aux luttes d'une classe qui porte en elle la solution de tous les problèmes d'aujourd'hui.

C'est pareillement qu'au moment où Catherine Simonidzé enjambe le parapet du pont Mirabeau, elle est arrêtée par un homme, par un chauffeur de taxi, par un prolétaire. Ce même soir, lendemain du suicide de Lafargue, les 9.000 chauffeurs de taxi de Paris entreprennent une grève qui durera cent quarante-quatre jours, c'est cette grève, c'est la force des prolétaires en pleine lutte qui rendent véritablement à Catherine «le goût de vivre ».

La grève des taxis, épisode central des Cloches de Bâle, n'est pas seulement pour Aragon l'occasion de décrire avec une admirable précision historique cette grande lutte, elle est aussi celle de démonter du même coup le complexe mécanisme qui anime la parade mondaine des salons de Diane de Nettencourt.

Wisner n'est pas seulement l'homme qui fait rouler auto à la belle Mme Brunel, il est aussi le fabricant des auto-taxis en grève, et des autos de la police, et de l'auto grise de la Bande à Bonnot qui, à cette époque, sillonne Paris. Ce Wisner, qui a un pied à New-York et l'autre à Bakou, cet industriel qui orchestre les suicides devant les pianos à queue et les « morts au champ d'honneur » devant Fez, mène une lutte mortelle contre ses ennemis les grévistes. Il recrute des jaunes parmi les agents électoraux de Doumer, il lance les flics contre les chauffeurs, organise avec le Quai des Orfèvres une série d'«attentats anarchistes», il a enfin avec Fiancette, secrétaire du Syndicat, « un homme à qui on peut parler», des conversations par personnes interposées qui tuent mieux la grève que les balles.

Le fleuve d'argent qui procure à Diane de Nettencourt ses déshabillés de chez Liberty, a sa source dans ces marécages et dans ces boues sanglantes. Et de même, la modeste rente qui permet à Catherine, auxiliaire pour un temps des grévistes, de subsister, sort des puits Simonidzé, intéressés comme les puits Rockfeller à la défaite des chauffeurs parisiens, à cette heure où dans les coulisses des Bourses, la grande lutte des pétroliers sonne en sourdine le tocsin de la guerre.

Quinze jours de travail au comité de grève suffisent à lasser Catherine. On ne change pas de classe comme de vêtements. Les hésitations, les reculs, les faux pas, le désarroi, le découragement jalonnent le chemin des intellectuels vers la révolution. Pour une Catherine arrivée au but, combien de Catherines restent «en rade», au moins provisoirement ? Catherine, qui se soigne à Berck, tente de s'exalter aux exploits des «bandits tragiques». Mais elle sait déjà que souvent c'est la police qui met en scène ces grands spectacles. Elle ne ranime pas, même pour son propre usage, les cendres noires de l'anarchie. Expulsée, elle entrevoit à Londres les premières flammes marxistes. Lueur bien faible encore. Au moment où le livre s'achève, Catherine n'est encore unie au prolétariat que par des liens plus sentimentaux que consciemment organiques. Que deviendront ces faibles attaches quand demain Catherine se trouvera face à face avec la guerre et la révolution?

Dans l'épilogue de son roman, Aragon nous fait entrevoir la femme socialiste qui s'oppose tout à la fois à Diane la bourgeoise satisfaite et à son contraire Catherine l'intellectuelle révoltée. Tandis que carillonnent les cloches de la cathédrale de Bâle, moins pour saluer le congrès socialiste qui se tient à l'ombre de leur clocher, ce mois de novembre 1912, que pour sonner l'alarme de la guerre qui éclatera vingt mois plus tard, l'auteur évoque au travers des yeux bleus de Clara Zetkin, tous les yeux des femmes de demain. Ces yeux voient clairement la solution des problèmes qu'a posés tout le livre : Problème de la femme, problème de l'intelliguentzia, problème de l'argent, problème de la guerre…

Ce roman de près de cinq cents pages, ce roman où les personnages, comme les épisodes se comptent par dizaines, ce roman où les esprits trop critiques pourraient trouver çà et là un développement trop bref ou trop lâché à leur goût, ou quelque défaut de composition, ce roman, malgré tout aussi bien monté qu'une belle mécanique, aussi passionnant qu'un bon film, aussi vivant que la vie même, ce roman a, entre autres mérites, celui d'indiquer dans sa composition même, que le problème préconçu, si souvent posé par les écrivains d'une contradiction prétendue entre l'individuel et le social, a depuis longtemps trouvé sa solution.

Ce livre n'est pas plus la description passive de certains aspects du monde actuel, qu'il n'est une parabole qui servirait à Aragon à expliquer son «cas» et sa personnalité, mais un roman qui peint à travers les individus leurs classes, à travers l'action, la lutte de ces classes, et qui fait ainsi entrevoir, par sa peinture de la réalité d'hier, la réalité socialiste de demain.

Les Cloches de Bâlesont, dans la littérature française, l'une des premières œuvres à laquelle le terme de « réalisme socialiste » pourra s'appliquer. Et, dans ce sens, ce livre n'est pas seulement un livre décisif dans l'œuvre d'Aragon, il est aussi une date de notre histoire littéraire. GEORGES SADOUL.

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 14:13

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Pepe Carvalho a eu une fille, Muriel, qu’il a dû abandonner très jeune pour cause d’une séparation douloureuse racontée dans les mémoires d’un garde du corps, comme s’il s’agissait d’une scène de cinéma.

Quatre ans après, son frère Manuel Vazquez Montalban a eu un fils, et les deux se sont côtoyés toute leur vie. Pas facile sans doute pour Daniel d’avoir un père qui devenait une personnalité nationale au point d’obtenir un entretien particulier avec le roi d’Espagne.

Père et fils vivaient avec une même passion, le cinéma. Pas le même cinéma mais le cinéma. Celui de l’un était marqué par Laura Antonelli et celui de l’autre par Nataska Kinski Perich (sur la photo et le fait qu'elle ait tourné un film sur Gauguin étonne...).

Résultat : le fils décida de devenir un Claude Sautet doublé d’un François Truffaut (1).

Puis un jour, le fils se rendit à l’évidence. Après des essais de caméra au poing il arrêta tout et, au bord des larmes, confia sa décision à son père.

- Je vais arrêter le cinéma.

Le père l’a regardé tranquillement et lui a répondu sereinement :

- Tu sais que je vais t’appuyer dans toutes tes décisions de ta vie. Mais je souhaite tout de même te poser une question : comment vas-tu abandonner quelque chose que tu n’as pas fait ?

J-P Damaggio (avec la complicité du fils dans Recuerdos sin retorno)

 J’ai écrit quelque part un dialogue imaginaire entre Sciascia et Montalban où ce dernier se montre envieux envers l’Italien qui, lui, a réussi à se faire adapter au cinéma avec tellement de succès.

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