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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 14:12

Le 14 septembre j’aurais aimé être dans la belle ville d'Arica pour y suivre la campagne de Marco Enríquez-Ominami. Il y abordait avec courage, en cette région frontalière, les questions de l’immigration. Le Chili et l’Argentine sont des pays qui reçoivent beaucoup d’immigrés et tout d’abord de Bolivie et du Pérou.

L’immigration, faut-il le rappeler, est une question mondiale et aussi ancienne que l’humanité. Partout elle suit le même chemin : des zones pauvres vers les zones plus riches.

Avec cette contradiction : ce sont les pauvres des zones riches qui la voient d’un mauvais œil.

Or les progressistes défendent les intérêts des pauvres, donc que faire ?

En appeler à la générosité ? Faire dans la morale ? Jouer la carte de la fraternité ?

Marco Enríquez-Ominami propose d’abord d’analyser la question.

54% des étrangers qui vivent au Chili viennent donc de Bolivie, Pérou mais aussi Argentine depuis la crise de l’an 2000. C’est le pays avec le plus fort taux d’immigration des Amériques (mis à part les USA bien sûr).

Il propose la création d’un ministère qui aura pour but d’étudier la circulation de l’immigration et de favoriser l’intégration, une intégration construite dans le débat avec les différents groupes. Intégration qui suppose une lutte en faveur de conditions sociales plus dignes pour des étrangers qui sont partout surexploités. Sans entrer dans le détail, disons que la stratégie de ce candidat et de ce parti atypique, est très pragmatique… pour garder des objectifs très progressistes.

 A Arica le nouveau maire Eduardo Piñones  appartient au Parti progressiste de Marco Enríquez-Ominami aussi le candidat a abordé les questions locales. Pas question de construire une nouvelle usine thermoélectrique dont le principe a été accepté par le gouvernement. Là encore nous nous trouvons face à un problème aujourd’hui bien connu en Amérique latine et qui porte un nom : « l’extractivisme », c’est-à-dire tout faire pour le développement de l’extraction des minerais et donc pour la production d’énergie nécessaire. Il était courageux de tenir un tel propos dans une ville dirigée par un de ses amis car généralement les élus plaident, au nom de la création d’emplois, pour cet extractivisme. D’autant qu’à Arica, le système électrique reste assez fragile. J’y ai été témoin d’une coupure pendant une bonne heure.

 Marco Enríquez-Ominami aurait aimé plusieurs débats télévisés thématiques dont un à Arica sur la politique de l’immigration, un autre ailleurs sur le pouvoir des multinationales du médicament etc. mais ses deux puissants adversaires s’y refusent. Je note qu’il appelle toujours « Concertation » l’union PS-Démocratie chrétienne qui se nomme pourtant à présent : Nouvelle majorité, car elle inclut le parti communiste.

 Aux précédentes élections Marco espérait devancer au premier tour le candidat de la Concertation qui était le démocrate-chrétien Eduardo Frei, car il pouvait capter beaucoup de voix de gauche. Cette fois, avec le retour de Bachelet qui se positionne de plus sur les thèmes que son parti a mis en avant, il espère devancer la candidate de droite pour être au second tour, mais il reste loin du compte. Marco et le PRO peuvent cependant observer qu’ils ont marqué des points : par exemple sur la mise en place d’une nouvelle constitution que Bachelet réclame aussi. Mais Bachelet voudrait la faire naître sans une nouvelle assemblée constituante… A suivre. JPD

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 13:28

J’avais imaginé que la coïncidence existant entre le redécoupage du département en intercommunalités plus grandes et le redécoupage des cantons donnerait un résultat cohérent. Bien que sachant parfaitement la marche forcée actuelle vers un nouveau féodalisme, je conservai un brin d’optimisme. Erreur !

Le Tarn et Garonne vient de découvrir (comme d'autres sans doute) qu’après plusieurs aller-retour entre la préfecture et le gouvernement, sa carte des nouveaux cantons (à valider le 6 octobre au Conseil général) est une nouvelle aberration. Même moi, qui pour des raisons professionnelles connaît les moindres coins du département, je ne m’y reconnais pas. Bruniquel dans le canton de Labastide St Pierre ! Même les plus fous n’auraient jamais envisagé pareille forfaiture !

la présentation précise : http://la-brochure.over-blog.com/article-les-15-nouveaux-cantons-du-tarn-et-garonne-121211157.html

Le système Sarkozy était sur ce point plus sérieux, plus solide et plus démocratique, même si je le trouvais mauvais !

Reprenons la question au point de départ : les cantons dessinés par la France rurale de la Révolution ont traversé les siècles avec quelques aménagements dans les villes pour équilibrer la répartition. Avec la France urbaine, ces aménagements ne tenant plus, il fallait tout changer. Les cantons avaient eu une réalité avec le certificat d’études passé au chef-lieu de canton, avec la gendarmerie installée au chef-lieu de canton etc. L'explosion finale du canton est venue de l’installation des intercommunalités qui auraient pu s’inspirer de ce découpage qui n’était pas abstrait. C’est d’ailleurs parfois ce qui arriva. Mon intercommunalité recoupe un canton pourtant peu évident. A côté une intercommunalité recoupe deux cantons.

Pour en finir avec les cantons Sarkozy avait fait voter un système où l’élection au conseil régional recoupait celle au conseil général. Des cumulards ont crié au scandale : comment assumer deux fonctions en une, quand eux en assument parfois dix sans y être obligé ! Nous savons comment s’empile en France les institutions…

Bref, je parle de nouveau féodalisme car les territoires sont devenus, et vont le devenir toujours plus, illisibles ! En la matière, la seule réforme solide était d’avoir des listes départementales pour le Conseil général ou alors de faire du Conseil général l’émanation des intercommunalités.

Comme avant 1789, le citoyen va devoir se tourner vers des lieux incompréhensibles suivant les démarches à entreprendre, les revendications à porter, les actions à mener. Avant 1789 cette désorganisation était né de la vie , elle nait aujourd’hui des pouvoirs et de leurs bricolages !

Malgré son absence de médiatisation (peut-être parce que Paris n’a pas de canton) l’élection cantonale était encore une élection à forte participation : cette participation va s’effondrer jusqu’au niveau d’une élection européenne !

Je m’oppose personnellement à toute idée du statuquo défendue par certains qui n’osent rien proposer, mais en même temps je refuse toute transformation qui devient un massacre ! Faut-il ou non en finir avec le département ? En Midi-Pyrénées le budget du Conseil général de Haute-Garonne est nettement plus grand que celui du Conseil régional car il y a des inégalités entre les départements, mais les départements sont des repères et une élection avec liste départementale aurait renforcé ce repère et rendu le choix électoral plus clair et donc plus démocratique.

Mais tout le monde l’aura compris, il fallait rassurer les caciques et en Tarn-et-Garonne autant dire que si des mécontents vont gronder dans leurs barbes, l’unanimité va toujours servir de façade. Pour la droite, Le Petit Journal a cru lire dans la nouvelle carte, une opération anti PS sauf qu’il faudrait savoir de quel PS il parle ! L’actuel député PS M. Moignard siège avec le PRG aussi un socialiste comme lui n’a rien à craindre (son nouveau canton et celui de Jean-Michel Baylet sont les plus cohérents).

De plus, le découpage devenait un enjeu encore plus fort, un canton c’est deux élus donc il va y avoir des ententes avec l’homme d’un parti et la femme de l’autre. Les premiers qui devront s’entendre dans mon département sont le PS et le PRG. Ce qui fait que pour les 15 nouveaux cantons, je peux déjà dire le nom de 10 élus inévitables, mais sans connaître le nom des 10 femmes qui vont les accompagner. Sur ce point, candidates, préparez-vous, vous allez être sollicités… pour accompagner ces messieurs les caciques.

 

Les conséquences de ce redécoupage me paraissent aussi considérables et catastrophiques pour la démocratie que l’inversion du calendrier électoral voulue par Jospin qui plaça les législatives à la remorque des présidentielles ! Jean-Paul Damaggio

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 13:23

Gamin, j’étais passionné par les grandes figures de la Révolution. Puis très vite, la révolution à Montauban est devenue mon sujet d’études. Et surprise, j’y découvre des sans-culottes ! Gamin, la sans-culotterie c’était le peuple parisien et voilà que je découvre que presque chaque commune avait aussi ses sans-culottes. Pour Montauban, la chance inouïe pour l’historien, ce sont les multiples sources conservées qui représentent trois pages de ma publication sur le sujet. Partons à la rencontre de tels inconnus qui firent l’histoire. A l’approche du bicentenaire de la mort de Jeanbon Saint-André, ce sera une façon de voir d’où est venu ce dirigeant politique. J-PDamaggio

 De 1981 à 1991 j’ai publié en autoédition cinq livres entrant dans le projet de cinq dialogues.

En voici la liste ainsi présentée à l’époque dans le livre sur les sans-culottes en 1985 :

1 - Les démocrates du Tarn et Garonne (1848-1851). Ce travail a fait l'objet d'une publication partielle dans les numéros 12 et 13 de la revue: Cahiers d'Analyse Concrète. Il fera 1’objet d'une nouvelle publication plus complète en conclusion de la série des cinq dialogues projetés. (questions à la politique).

2 - Mary-Lafon (1820-1884) Quel combat ?  Ce travail terminé en septembre 84, publié en septembre 86. (questions à la culture)

3 - Les sans-culottes (travail que vous avez entre les mains)

Le chapitre 9 de ce travail a fait l'objet d'une publication dans la revue Lengas en Juin 1985 suite à un colloque d'Obradors d'Octobre 1984 (questions à la démocratie)

4 - Un Cladel qui crie (1835-1851) Texte pour les adolescents ou les adultes qui savent l'être, à partir de l'étude de l'enfance de Léon Cladel. Pour Septembre 88. (questions à l’enfance)

5 - Le Tarn et Garonne du Grand Retournement (1970-1990) témoignage sur une époque. (questions à la société)

 En guise d’introduction pour le livre sur les sans-culottes j’écrivais : RASSURANCE

Ce livre est sans garantie. Aussi je ne propose qu'une « assurance ». Prévu pour une centaine de personnes il est par là même, dévalorisé. Un livre, que je le veuille ou non, c'est d'abord une marchandise qui traîne sur l'étagère d'un marchand (ou qui n'y traîne pas). Si une main traîne sur la même étagère le livre peut prendre vie. Et si des milliers de mains traînent sur le même livre alors, peut-être écrira-t-an des livres sur ce livre. Tel est le circuit de la garantie et je n'en fais pas partie, aussi le lire c'est déjà bousculer son confort intellectuel.

La première partie est une présentation d'une bonne dizaine de sans-culottes montalbanais. Ecrire l'histoire avec des hommes du peuple !

La deuxième partie est moins engageante encore. Il s'agit de notes inscrites autour de 20 mots présentés dans l’ordre alphabétique.

Je n'ai pas osé mettre d'annexes car des annexes à un travail aussi marginal…

Un deuxième tome viendra s'inscrire dans l'intervalle entre les deux parties du premier. Il donnera une vision plus large du sujet (confrontation plus poussée avec les autres forces politiques, insertion dans 1'ensemble de la période révolutionnaire, rapports avec la pensée des révoltés de la guerre des farines de 1775 à Montauban, et enfin comparaison rapide avec la ville de Nîmes. Ensuite il formulera des analyses plus précises sur les rapports entre la révolution et la démocratie.

Si vous avez franchi les obstacles du temps de lire, du type du livre vous êtes en droit de vous demander si le sujet n'a pas déjà été traité quand on sait que l'idole des sans-culottes montalbanais (Jeanbon Saint-André) a eu droit à plus de 1000 pages de la part de Lévy-Schneider et que la période de la Révolution Montalbanaise a eu droit à 700 pages de la part de Daniel Ligou. Si ces deux livres devaient être un obstacle à la poursuite de la recherche historique ils auraient manqué leur but! Comme il n'en est rien je retourne astucieusement votre crainte en disant que les deux livres prouvent presque à l'avance l'importance de la Révolution à Montauban et la place non négligeable qu'y a tenu la sans-culotterie.

Je me suis livré à cette recherche avec passion et une réelle sympathie pour le combat des hommes que j'évoque (pour les hommes aussi d'ailleurs). Qui dit que sympathie signifie complaisance quand on s'efforce de s’en tenir aux lois de la recherche historique ?

Pour terminer cette « rassurance » j'affirme que le sujet évoqué n'est en rien une version d'histoire locale de 1'histoire nationale. Je ne souhaite pas un bicentenaire commémoratif mais actif c'est à dire producteur de recherches réelles. Nous sommes assez forts pour en finir avec les mythes et en particulier avec ceux qui nous laissent muets !

Sommaire

(J'indique que pour suivre la chronologie, le lecteur, avant de se perdre dans mes confusions, peut se reporter au dernier document ou s'en fabriquer un à sa convenance)

Première partie : Personnages

1 Bonhomme - Dély artisans de la révolution

2 Gautier un fonctionnaire de la révolution ?

3 Les femmes dans la révolution (1)

Les femmes dans la révolution (2)

4 Samuel conté : un bourgeois insolite

5 François Pastoret parole en révolution

6 Verdun sur Garonne encore des sans-culottes

7 La terreur

8 Vincent Delbrel révolution à venir

9 Gautier-Sauzin langue et révolution

10 Portraits concluants ?

Deuxième partie : Mots

1          ARMEE REVOLUTIONNAIRE (l'impossible rencontre ?)

2          BONHEUR (peut-être moderne ?)

3          COMMUNICATION (distance paris-Montauban ou Montauban-paris)

4          DEMOCRATIE (quand elle n'en finit pas...)

5          EGALITE (donc différence)

6          FORTUNE (en abrégé)

7          GIRONDINS (de la gironde au girondisme)

8          ITINERAIRE (d'un homme par exemple)

9          JACOBINS (qui, comment et pourquoi)

10        KARL (prénom d'un certain marx)

11          LOIS (un symbole enfin !)

12         MEMOIRE (un historien pleure sur son sort)

13         PEUR (pour vous inciter à lire le monde au pluriel)

14         POLITIQUE (quelle politique ?)

15         RIRE (au sérieux)

16-        SYSTEME (inattendu)

17         UNIVERSEL (de l'unité avant toute chose)

18         Vue réaliste de Volker Braum

19         Présentation du Comité

 

20         Brève chronologie locale et nationale.

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 12:22

Je viens d’entendre Jean-Michel Baylet : s’il est seulement sénateur il va perdre le contact avec le terrain ! Car ce contact n’est possible qu’avec un mandat en poche ? S’il n’avait pas en tête que connaître la vie c’est seulement par le moyen de l’exercice du pouvoir, il pourrait dire l’inverse : être seulement sénateur permettrait de passer plus de temps auprès des citoyens !

Comment fait-il pour tout faire ? Il délègue ! Donc d’autres font le travail et lui récupère les honneurs ? S’il délègue le travail qu’il délègue les fonctions !

Précisons que sans être ni député, ni sénateur son ami Martin Malvy cumule encore plus ! Car on ne cumule pas que les mandats électifs mais aussi les présidences en tout genre d’organismes divers.

 

Dans le club très fermé des « dix présidences » on travaille en famille. Tristesse !

Jean-Paul Damaggio

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 21:31

Je suis un client de la Poste, j’ai même une carte Pro. Malheureusement hier je n’étais pas chez moi pour récupérer un colis. Il suffisait que je me présente ce matin à mon bureau de Poste et l’affaire était réglée. Au bureau je découvre qu’exceptionnellement c’est fermé et que je peux aller au bureau à côté. Avant de faire quinze kilomètres, je reviens chez moi, pour téléphoner au bureau de Poste et là, phénoménal, je découvre que c’est impossible !

Tous les bureaux de poste ont un seul numéro 36 31. Même Montauban !

Vous imaginez la suite…

Tapez 1, Tapez 3, un conseiller va vous répondre…

Bien sûr, mon colis n’a pas suivi dans la Poste suivante puisque la fermeture est exceptionnelle. Une exception si fréquente que c’est l’ouverture qui va devenir exceptionnelle !

En effet, le Bureau est ouvert quatre matinées : si vous en manquez une, il en reste trois.

Par chance le colis n’est pas arrivé un vendredi matin car si je l’avais raté, j’aurais dû attendre jusqu’au mercredi !

Et qu’importe mon cas personnel ! Le problème c’est que le service est massacré pour tout le monde !

 

Et chaque jour ça empire ! Jusqu’à quand ? Jean-Paul Damaggio

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 20:33

                         salinas.jpg

 

El Austral du Lundi 15 février 2010 a publié cet article Temuco aplaudió trayectoria de Daniel Salinas écrit par SHLOMIT MATUS FIGUEROA qui nous donne des nouvelles de Daniel Salinas, poète et chanteur, survivant du 11 septembre 1973.

A Temuco les Amis de l’arbre organisent des concerts. Ce dimanche là, venu d’Angol, c’est le groupe « El Alba » animé par Daniel Salinas qui a régalé les présents.

Ce groupe travaille depuis 1998 : à son actif il a 200 créations. Voici une heure je ne savais pas qui était Daniel Salinas mais l’ami Castelsarrasinois m’a mis au courant. Une histoire chilienne de plus.

Son frère était garde du corps d’Allende et il est mort aux côtés du président.

Daniel était le plus jeune député et il décida de se cacher. Puis un jour, pour que les autorités cessent d’inquiéter ses amis, il partit se rendre. Mais en approchant de la caserne, un soldat le reconnaissant lui intima l’ordre de partir car il avait l’ordre de l’abattre sans hésiter.

Sauvé par un soldat… puis par un prêtre. Voilà comment les moustaches de Daniel Salinas se retrouvèrent sur le pavé parisien.

L’ami Philippe Dumoulin se trouvant un jour à Angol, le responsable du journal local, Renacer, heureux de savoir qu’un Français était dans le secteur vint l’interroger. C’était Daniel Salinas ! Et Philippe resta trois jours de plus dans la ville.

 

En fait il semble qu’à présent Renacer ait été absorbé par le consortium qui possède La Estrella de Arica ou La Estrella de Iquique que j’ai eu l’occasion de lire. Quand on va à http://www.renacerdeangol.cl/ on tombe sur El Austral de la Auracania. Comme très souvent au Chili le site internet des journaux c’est la version papier sans archive, sans moteur de recherche donc impossible de savoir le travail qu’a pu y faire Daniel Salinas.

 Voilà, juste un moment d'émotion avant de regarder ce soir le reportage sur la mort de Victor Jara. JPD

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 16:02

                        nitrate.jpg

 Livre à paraître dans trois semaines qui raconte comment deux enfants vivent la fin de leur ville. 140 pages avec 70 photos. 15 euros. Une suite au livre sur le Chili.

Mon ami René Merle a publié sur son blog quelques éléments du folklore des Amériques et vient de recevoir un commentaire émouvant que vous pouvez y lire (les merveilles d’internet sont dans de tels messages). Ce commentaire pose la question du nom de ceux que les Québécois appellent autochtones, en observant que René a évité le mot « indien » qui matérialise un erreur de Christophe Colomb. Cette question des noms aux Amériques est un des révélateurs puissants de nos sociétés. Pas seulement par ce qu’en français on nomme des Amériques, mais par ce qu’en France et ailleurs on nomme au sujet des produits venus des Amériques.

Je m’explique : La Colombie pays de Colomb ? L’Argentine pays de l’Argent ? Pour le Pérou, c’est aussi le nom donné par les colonisateurs mais avec un terme de la région. Quant à la petite Venise, dite Venezuela…

Mais bon, il s’agit là de réalités géographiques, ce qui importe moins que les réalités humaines. Cessons donc de dire les Esquimaux pour les Inuits sauf que la dignité, si elle commence par le nom ne s’arrête pas là.

Un des Péruviens qui s’est affronté à ce problème, jusqu’à ce suicider, s’appelle José Maria Arguedas et le lire tout comme l’Equatorien Icaza reste d’actualité.

Le Nouveau Monde n’était nouveau que pour les Européens, pas pour les autochtones. Etant si nouveau, il était peuplé de « sauvages » donc ils ne pouvaient nous apporter… le maïs, la pomme de terre et j’en passe.

L’origine des céréales étant palestienne, le maïs ne pouvait venir que de cette région d’où ce nom du vieux français que l’on trouve au Québec : blé d’Inde (où on retrouve les Indes), qui en italien donne granoturco (littéralement grains turcs). Et nous pourrions jouer à cette quête des noms, pour tant de produits !

Pour moi, défendre la dignité des autochtones passe aussi par la reconnaissance de leurs talents agricoles comme ouvriers. D’où la publication du livre dont vous avez la couverture en image et sur lequel je reviendrai prochainement. Qui sait que, sans les indigènes des Amériques, nous n’aurions pas eu le développement de notre agriculture (par les produits et les engrais) et que sans eux nous n’aurions pas eu non plus les facilités apportées par le cuivre. Et là je ne parle pas des temps anciens mais bien des temps modernes.

 

Des Indigènes des Amériques s’insurgent contre les musées construits parfois à la gloire de leur passé, et qui oublient les talents de leur présent. J’ai découvert ce phénomène en décembre 1975 au Musée Anthropologique de Mexico, mais, pour mon plus grand plaisir, le Musée de Lambayeque découvert au Pérou vingt après fait le lien à merveille entre toutes les époques.

 

 

Et comment ne pas conclure par cette aberration qui elle n’est ni Italienne, ni Espagnole, qui veut qu’on appelle en français, Amérique, une petite partie du continent ! Les habitants des USA sont des Etasuniens ou des Nord-américains, mais en aucun cas des Américains sous peine de changer la nature des Brésiliens, des Chiliens et de tant d’autres qui sont aussi des Américains ! Mais là aussi le changement de vocabulaire n’est pas pour demain. JPD

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:20

                                       couv jaurès blog

 

La religion ? Oui ; si les clergés n’en sont pas les seuls maîtres.

L’action collective ? Oui ; si la conscience individuelle en sort plus libre.

La liberté ? Oui ; si elle favorise la justice sociale.

La classe ouvrière ? Oui ; si sa défense ne ridiculise pas les autres travailleurs.

La philosophie ? Oui ; si l’action en est la source.

L’histoire ? Oui ; si elle est l’avenir de l’homme.

L’écriture ? Oui ; si l'oralité, la voix, porte haut sa part d’idéal.

La paix ? Oui ; tant que l’adversaire n’assassine pas.

La démocratie ? Oui ; comme outil pour empêcher la guerre.

 

Les nuances selon Jaurès permettent aux coupeurs de tête d’en prendre une tranche pour se payer la tête du député tarnais.

Jaurès patriote ? Le FN s’en sert de référence.

Jaurès peuple ? Sarkozy saute dans la mémoire du barbu.

Jaurès pour la religion ? Des cléricaux espagnols s’en servent de drapeau.

Jaurès socialiste ? Des socialistes se disent alors socialistes.

Jaurès socialiste ? Des communistes s’emparent de son socialisme.

 

Les nuances selon Jaurès entraînent quelques sourires chez des apôtres de la décision. « S’il avait été ministre, il aurait perdu le sens des nuances ! »

Un ministre ça décide et la décision ça tue la nuance.

Un ministre ça réalise et réaliser c’est mieux que discuter.

Un ministre ça change le monde et les nuances ne changent rien.

 

Sa vie durant Jaurès a été un grand décideur car il n’y a pas que les ministres qui décident. D’ailleurs décident-ils vraiment ? De leur plan de carrière sans doute… Jaurès n’avait pas de plan de carrière.

 

Jaurès aurait pu être un grand philosophe, il décida d’être un homme politique.

Jaurès aurait pu perdre toutes les élections sur le secteur Castres-Mazamet. Il décida de mener bataille à Carmaux.

Jaurès aurait pu jouer à l’anguille pour se servir. Il décida de servir plutôt que de se servir.

Jaurès ne cessa jamais de décider. Pour défendre Dreyfus ou les retraites ouvrières.

Pas un de ses articles de presse, sans qu’il n’ose une proposition qui pouvait enrager quelques-uns de ses amis et en réjouir d’autres ! Chaque article était une décision !

 Je me méfie de ceux qui sous prétexte de sortir Jaurès du fétichisme commémoratif, l’enferme dans leur propre fétichisme. Jaurès est mort car la nuance ne peut pas être commercialisable. Jean-Paul Damaggio

 

 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:16

                                              livre bassène blog

Dr. Pape Chérif Bertrand BASSENE dont nous avons publié le livre ci-dessus (la deuxième édition est épuisée) vient d’écrire dans le Quotidien du Sénégal un article dont nous donnons le contenu et la référence pour qui veut retrouver le journal. La question dépasse celle stricte de la Casamance : comment de bonnes intentions écolos peuvent-elles aller à l’encontre de l’écologie ? Jean-Paul Damaggio

 

 

Mangrove contre rizière en Casamance : A propos d’une écologie «rizièricide»

 

Faut-il remercier M. Haïdar El Ali pour le travail écologique qu’il abat en Casamance ou le renvoyer à l’équation de sa méconnaissance des traditions ajamaat qui résulte en une politique qui fait violence à cette civilisation du riz ?

Cette interrogation, nous la limitons dans le cadre strict du vœu de monsieur Haiïdar de reboiser la mangrove au Sénégal et pour lequel il a mobilisé ses concitoyens qu’il a fini de convaincre à l’idée des bienfaits écologiques et des avantages économiques de cet écosystème menacé.

Certes, la tâche de M. Haïdar El Ali est assez noble quand il s’agit de sensibiliser les populations sur la nécessité de vivre en harmonie avec la nature, l’importance du respect de l’environnement et de lutter contre les déséquilibres engendrés par l’homme, en particulier dans la mangrove. Mais la dynamique de replantage de palétuviers telle qu’insufflée en Casamance (sud du Sénégal) est réprouvable pour tout défenseur des pratiques et connaissances traditionnelles.

Par connaissances et pratiques traditionnelles, nous voulons parler d’un domaine qui comporte de nombreux éléments tels que les savoirs écologiques traditionnels, et entre autres,  les savoirs relatifs à la flore et la faune locales.

Car, quand M. Haïdar demande de planter des palétuviers aux abords des villages casamançais, il ignore qu’il met en péril l’environnement naturel de la communauté villageoise, la connaissance qu’elle en a, ainsi que d’autres expressions de son patrimoine culturel immatériel [Cf., Unesco, Patrimoine immatériel]. Par ailleurs, son action a pour conséquence inéluctable la désaffection des jeunes Casamançais à l’égard des activités traditionnelles comme la riziculture.

En Casamance et dans le Pays Ajamaat in globo, qui va de la Gambie au-delà du Rio Cacheu, nous retrouvons les peuples ajamaat qui ont une civilisation du riz. Contrairement à leurs voisins Sereer qui occupent la région naturelle du Sine-Saloum - delta qui constitue la limite extrême de la Petite-Côte sénégalaise - et qu’on assimilerait bien à une civilisation du sel. Sel qu’on y exploite grâce au bras de mer que le Sine-Saloum constitue et où entre l’eau salée jusque dans les terres habitées, transformant ainsi la vie des villageois Sereer. Cette différence des identités est renseignée par le type de relations que les deux peuples Ajamaat et Sereer ont  avec les fleuves et  autres marigots.

Ainsi, si la politique de reboisement de la mangrove et des palétuviers est pertinente pour lutter contre la salinisation des terres dans le Sine-Saloum, nous restons convaincus qu’elle ne sera que contreproductive en Casamance qui est une zone de riziculture ancienne très avancée et beaucoup plus évoluée, même à ses débuts, que celle qui prévalait à la même époque dans le delta central nigérien.

En préalable, un rappel historique qu’on ne saurait mettre en sursis dans ce texte s’impose. En effet le pays ajamaat, cette région sur la côte Atlantique entre la Gambie et la Guinée-Bissau, était un de ses centres de diversification. Le riz y constituait l’activité économique principale vers 1500 av. J.-C. Or, la riziculture ajamaat comporte une technologie d’exploitation des marais maritimes et des lascis de marigots extrêmement exigeante en énergie et en temps qui, par sa perfection et ses méthodes, n’a aucun équivalent en Afrique noire. Cette technologie est encore utilisée par les populations et méritent d’être protégée, vulgarisée. Les renseignements tirés de l’examen des textes historiques constitués par les récits des premiers navigateurs européens ayant fréquenté l’embouchure de la Gambie, de la Casamance, du Rio Cacheu et qui avaient attesté de la présence d’une civilisation du riz dans cette région confirment cette matérialité historique encore vérifiable [cf., Histoire authentique de la Casamance, 2011].

Pour revenir à notre propos, et comme l’écrivait encore au 19e siècle le Nantais et résident français de Carabane, Bertrand Bocandé (ancêtre du footballeur feu Jules François Bocandé) : «Partout où les mangliers, en retenant les vases, ont relevé le bord des marigots, et rétréci les espaces inondés, les Floups –Ajamaat abattent ces arbres et parviennent à transformer ces boues salées en rizières fertiles.» Un énième témoignage qui corrobore le fait que la disparition des mangliers que M. Haïdar veut replanter jusque dans les clôtures des villageois, n’est pas due uniquement à l’effet du sel. Mais au contraire à un effort écologique de nos ancêtres à transformer les espaces d’eau de mer en champs de riz, d’où la présence au cœur des îlots de mangrove et tout au long des fleuves et bras de mer des villages «Felupes/Floups» (c’est-à-dire habitants des marécages).

Nous avions nous même en 2007, lors du tournage d’un documentaire avec la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Amadou Mbaye Loum), donné des explications sur la manière dont les peuples ajamaat sont arrivés à vivre sur des îles aujourd’hui reconquises par l’eau de mer. Nous insistions sur le fait que, jadis, nos ancêtres avaient le courage de chasser la mer pour créer des rizières tout autour d’un village entouré de digues et au cœur des espaces de mangrove peu à peu transformés par désalinisation.

Pour avoir grandi dans ces villages, nous avons aussi constaté dans les années 2000, que les villageois de la Basse Gambie, Casamance, Guinée, sentant le besoin de nouvelles normes pour lutter contre l’eau de mer, réclamaient plutôt de l’aide pour reconstruire les digues afin de protéger un savoir-faire traditionnel autour de la riziculture (qui offre par ailleurs des renseignements sur la compréhension du droit foncier traditionnel ajamaat magistralement ignoré par l’Etat-Nation sénégalais à sa création, avec les conséquences de la crise dudit Etat en Casamance, que l’on connaît aujourd’hui).

Pour la petite comparaison, sans trop nous y attarder, le Président gambien, Professor Ahaji Dr Yahya Jammeh - alors qu’il est question de procéder à la vérification du tracé de la frontière sénégalo-gambienne - est celui qui exploite le mieux le potentiel agricole qu’offre le Fogni (gambien et sénégalais), cette région où la Gambie se développe plus vers (sic ! Ndlr). Tandis que la politique de protection de l’écosystème sénégalais n’a apporté qu’une réponse inadéquate non seulement à la nécessité de promouvoir la riziculture casamançaise dont la qualité n’est plus à démontrer, mais aussi au besoin de protéger l’identité ajamaat ; nonobstant les excellents résultats constatés dans d’autres paramètres comme la protection d’espèces ou d’habitats-clé.

Pouvons-nous aller jusqu’à dire que le grand militant écologiste, en favorisant l’avancée de la mer  et de la mangrove dans les villages ajamaat tout en arasant les bases de cette civilisation du riz, héritage légué par nos ancêtres soit un «rizièricide» ?

C’est désormais en tant que ministre de l’Environnement et de la Protection de la nature/du développement durable qu’il est (et quel que soit le temps qu’il le sera), que nous l’interpellons face aux besoins des Casamançais de reconstruire les digues qui permettaient de protéger leur environnement contre la salinité tout en maîtrisant les eaux de pluies. C’est à lui de voir quelle politique en adéquation avec le «Plan Marshall pour la Casamance» du Président Macky Sall, pourrait aider les Casamançais à reconquérir leurs rizières.

Et de façon générale, en décrivant à grands traits la dissemblance entre civilisations sereer et ajamaat, nous voulions à partir de ce cousin si proche, démontrer qu’il y a une spécificité bien casamançaise qui implique que cette région ait besoin de se prendre en charge elle-même. Elle a besoin d’une certaine représentativité à travers une forme d’autonomie réelle, au lieu de toujours subir les conséquences de politiques étatiques qui lui tombent dessus tous azimuts.

 Dr. Pape Chérif Bertrand BASSENE  Assistant Professor, Univ. Of The Gambia

 

Auteur de, Histoire authentique de la Casamance, La Brochure, 2011

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 17:31

Pablo Neruda dans l'intimité

Miguel Angel Asturias

Fixer les limites d'un continent n'est pas chose facile, et Pablo Neruda était cela, notre continent, et notre contenu. Pablo ne se servait pas de l'Amérique, il était au service de l'Amérique. Et cela lui donne la stature d'un petit grand géant. Petit, parce que pour nous qui vivions dans son intimité, il avait tout d'un enfant. Et grand géant, parce que dans son indignation de poète citoyen, il s'élevait sur des cimes où la tempête de ses admonestations créait des tempêtes.

Il n'était pas d'accès facile pour ceux qu'il n'aimait pas, et dans cet aimer ou ne pas aimer de Neruda, il y avait une grande part d'instinct mais en revanche, il n'y a jamais eu d'ami plus ami et plus désintéressé avec ses amis. Nous avons vécu côte à côte si souvent, tant d'années, aux heures faciles et aux heures difficiles. Sa maison n'a jamais eu de portes, elle est toujours restée ouverte. Cette maison, je m’en souviens, bruissante des feuillages proches, barbacane vers les neiges de la Cordillère voisine, avec des points de rencontre en différents lieux du jardin, où les visiteurs formaient des groupes, tandis que Pablo allait de groupe en groupe, veillant à ce que ne manquât pas le vin rouge, ce vin cher aux chiliens, non plus que les petits pâtés, les « empanaditas », ou les petits piments verts qui emportaient la bouche.

Cette maison de Santiago du Chili, je continue à m'en souvenir, tellement silencieuse et en même temps bourdonnante de la rumeur des arbres, des conversations, des chants d'oiseaux, du bavardage des perroquets et des guacamayas, ces pape- gais bleus du Brésil, du croassement des grenouilles, cette maison cachait, gardait des lieux où les livres, les précieux tomes dorés sur tranche, ou les vieux incunables, ou les parchemins froissés, s'allongeaient en bibliothèques interminables, alternant avec des tableaux et gravures de peintres célèbres, avec le bruit de l'océan qui résonnait dans ces petites boites à musique qui ont nom conques marines, car à peine les porte-t-on à son oreille qu'on entend battre les vagues, avec des pierres dures aux couleurs fulgurantes, des oiseaux naturalisés, des poissons japonais dans des boules de cristal et d'étranges verreries, avec surtout ces fameuses grosses bouteilles contenant un vaisseau, que lui-même, au cours de ses voyages de par le monde, avait l'une après l'autre découvertes avec ses yeux d'Admirant (et non d'Amiral), bien qu'aussi d'Amiral des mers du sud, ces mers qui le passionnaient.

Rien n'était définitif, et tout était définitif. Le jardin pouvait changer, si le poète préférait voir les roses plus loin et sentir de plus près l'odeur du potager, comme sa poésie a changé lorsqu'il a abandonné les thèmes profonds pour commencer à nommer les choses simples, les plantes les plus humbles, les animaux les plus simples, les objets de chaque jour. Tout ce qui réjouit et ne laisse aucune amertume. La poésie élémentaire des « Odes Elémentaires ». Un inventaire de la flore et de la faune de notre Amérique. Mais le miracle. Le miracle de porter toutes ces matières, ces humbles matériaux presque inexistants, aux yeux de l’homme moderne qui ne voit plus ni n'entend plus ce qui l'entoure dans la nature, attentif qu'il est aux hautes mathématiques et aux machines, le miracle poétique de porter ces choses de l'entourage dans les pages de ses livres, ou bien telles des fruits, frais, à peine coupés, ou bien telles des substances à peine découvertes sous la terre, sous l'eau, dans l'air, dans la lumière, dans l'ombre, dans la pénombre.

Les livres de Neruda, de cette période élémentaire, sont des herbiers. Que dis-je, des herbiers? Sottise ! Non, ce sont au contraire des jardins d'hiver lumineux, où les plantes nommées, de la rose au myosotis, sont vivantes et parfument. Poète facteur d'un inventaire de tout ce qui malheureusement est en voie de disparaître de la terre. Certains — ils sont rares — tournent les yeux vers lui sans voir cet homme simple armé d'une plume-sécateur de jardinier, d'un filet de pêcheur ou de chasseur de papillons, toutes personnalités qui en vérité étaient siennes, pour ne s'arrêter qu'au personnage politique, à sa poésie de citoyen et de lutteur, à ses cris douloureux de prophète devant les horreurs du monde.

Et c'est qu'en vérité, en une époque de tant de conflits et d'injustice sur la terre, son vers se lève en tempête sacrée, dénonçant, protestant, portant témoignage des atrocités commises sur les peuples soumis à la faim, à la guerre, aux génocides. Et c'est alors - qu'il en appelle à grands cris à la « révolution idolâtrée », et qu'il crie, et qu'il C. R. I. I. I. E. « J'ai le devoir de vivre, de mourir et de vivre... » Et il n'est pas mort de mort naturelle, il est mort de mort nationale. Lorsqu'est mort le Chili est mort Neruda. Le Chili est mort, il est mort, répétons-le, mais non pas ce Chili de la majesté civile, de l'armée incorruptible, apolitique, respectueuse des institutions, ce Chili qui aurait pu nous amener, sur les ailes de la démocratie, à la socialisation de la richesse, maintenant aux mains de quelques-uns et surtout des compagnies étrangères.

La vie est un adieu, m'expliquait-il. Nous allons disant adieu à tout et à tous. Ah, si nous pouvions rassembler, ensuite, tous ces adieux en un collier. Et ceci, à l'occasion de certains moments de paix, où nous recensions nos camarades très chers morts, poètes, écrivains, artistes, lutteurs. Une préparation à la mort, convenions-nous, que de se souvenir et de parler de tous ceux qui nous ont laissés et dont nous conservons en secret les caractéristiques : leur rire — le rire est divin, c'est la seule chose que l'homme ait de divin, — leur regard, leurs gestes, leurs affections, leurs excentricités, leurs expressions, leurs plaisanteries, leurs surnoms...

Nous qui naissons voyageurs, comme la fumée — c'est une réflexion qu'il faisait parfois, quand nous étions assis devant une cheminée où flambait un bois odorant — n'avons d'autre destin qu'avancer, bien que lui comme nous tous, les « voyageurs », nous rêvions de plonger des racines quelque part, de nous sentir arbres, de faire de l'ombre.

Et il avait sa façon à lui de montrer son désaccord avec l'européisation de nos lettres hispano-américaines « Jusqu'à quand Verlaine va pleuvoir/sur nous ? Jusqu'à quand/le parapluie de Baudelaire/ nous accompagnera en plein soleil ?... »

Est-il meilleure image de cette européisation de nos lettres — qui malheureusement ne cesse pas — que cette inclination de nos poètes à ouvrir le parapluie baudelairien pour se protéger du soleil d'Amérique ?

Il faudra procéder à une relecture de toute l'œuvre de Pablo Neruda pour mieux le situer, pour qu'on ne le réduise pas, en bien ou en mal, à un agitateur de masse, à un furieux politicien de gauche. Oui, oui, il faudra à nouveau évaluer cet éclair d'hiers, qui se refuse à l'hier, à ce XIXème siècle qui, en fin de XXème siècle, n'en finit pas de nous tenir tellement enchaînés, tellement soumis que nous pleurons avec Mozart (maintenant, au milieu des poulies qui s'entrechoquent, la musique est bruit), que nous nous perdons dans les ténèbres feuilletonesques (c'est ce que dit Neruda) de Dostoievski, et que nous acceptons, parce que nous sommes seuls, la compagnie de Rimbaud et de Whitman.

Et pourquoi sommes-nous seuls ? Pourquoi avons-nous renoncé à ce qui est nôtre pour imiter ce qui est étranger ?

Parce que nous semblons avoir honte de notre monde, et que nous essayons de le remplacer, à travers poèmes et romans, par quelque chose de semblable au monde européen des épigones de la Grèce, de Rome, de Descartes et quelques autres.

Pablo Neruda, intentionnellement, brise tous les moules de la poésie et la transforme presque parfois en prose. Prosifier, pour qu'elle ne chante pas la cantilène espagnole, car si de l'Espagne nous acceptons le bourdon de la langue, nous n'acceptons pas la langue superficielle galvaudée par l'usage qu'on en fait caféducommercement.

L'œuvre qu'il nous laisse est immense. Toutes les choses de la terre, de la mer et du ciel, en des pages et des pages de livres qui continueront à chanter la guerre « il n'est pas de fumée plus âcre que la fumée inutile de la guerre ». Et qui continueront à chanter le Chili, son pays natal, avec tout l'amour d'un amoureux qui pressentait le drame. Ecoutons-le :

« Aïe, la pauvre patrie a fripé

ses vieilles paupières de neige

et s'est assise pour pleurer... »

« Couleur d'orange et de neige

avait ma patrie dans les atlas,

et sur ses cheveux ruisselait une cascade de cerises.

Aussi fait-il peine de la voir sur une chaise brisée

parmi les pelures de patate et les meubles disjoints.

Aux portes en ruine du port

on entend le lamento lancinant

d'un remorqueur moribond.

Et le plomb de la nuit s'écrase,

comme un sac noir de haillons

sur les genoux de la patrie. »

C'est Horace qui, si je m'en souviens bien, parle dans l'une de ses odes immortelles des obsèques du poète, qui se font sans son corps, parce que le poète en réalité ne meurt pas. Pablo Neruda est toujours vivant, et même de plus en plus vivant, dans la douleur du Chili, dans la souffrance de l'Amérique, en chaque homme qui se rebelle, en chaque enfant qui meurt faute d'aliments, dans les millions de gens sans toit dans nos pays opulents. Vivant, dans le poing levé des ouvriers, dans les livres des étudiants, et dans le cœur de nous tous qui nous opposons à la barbarie militaire organisée depuis la nouvelle métropole.

 

Paris, octobre 1973. (Traduit de l'espagnol) la nouvelle critique

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