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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:20

                                       couv jaurès blog

 

La religion ? Oui ; si les clergés n’en sont pas les seuls maîtres.

L’action collective ? Oui ; si la conscience individuelle en sort plus libre.

La liberté ? Oui ; si elle favorise la justice sociale.

La classe ouvrière ? Oui ; si sa défense ne ridiculise pas les autres travailleurs.

La philosophie ? Oui ; si l’action en est la source.

L’histoire ? Oui ; si elle est l’avenir de l’homme.

L’écriture ? Oui ; si l'oralité, la voix, porte haut sa part d’idéal.

La paix ? Oui ; tant que l’adversaire n’assassine pas.

La démocratie ? Oui ; comme outil pour empêcher la guerre.

 

Les nuances selon Jaurès permettent aux coupeurs de tête d’en prendre une tranche pour se payer la tête du député tarnais.

Jaurès patriote ? Le FN s’en sert de référence.

Jaurès peuple ? Sarkozy saute dans la mémoire du barbu.

Jaurès pour la religion ? Des cléricaux espagnols s’en servent de drapeau.

Jaurès socialiste ? Des socialistes se disent alors socialistes.

Jaurès socialiste ? Des communistes s’emparent de son socialisme.

 

Les nuances selon Jaurès entraînent quelques sourires chez des apôtres de la décision. « S’il avait été ministre, il aurait perdu le sens des nuances ! »

Un ministre ça décide et la décision ça tue la nuance.

Un ministre ça réalise et réaliser c’est mieux que discuter.

Un ministre ça change le monde et les nuances ne changent rien.

 

Sa vie durant Jaurès a été un grand décideur car il n’y a pas que les ministres qui décident. D’ailleurs décident-ils vraiment ? De leur plan de carrière sans doute… Jaurès n’avait pas de plan de carrière.

 

Jaurès aurait pu être un grand philosophe, il décida d’être un homme politique.

Jaurès aurait pu perdre toutes les élections sur le secteur Castres-Mazamet. Il décida de mener bataille à Carmaux.

Jaurès aurait pu jouer à l’anguille pour se servir. Il décida de servir plutôt que de se servir.

Jaurès ne cessa jamais de décider. Pour défendre Dreyfus ou les retraites ouvrières.

Pas un de ses articles de presse, sans qu’il n’ose une proposition qui pouvait enrager quelques-uns de ses amis et en réjouir d’autres ! Chaque article était une décision !

 Je me méfie de ceux qui sous prétexte de sortir Jaurès du fétichisme commémoratif, l’enferme dans leur propre fétichisme. Jaurès est mort car la nuance ne peut pas être commercialisable. Jean-Paul Damaggio

 

 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:16

                                              livre bassène blog

Dr. Pape Chérif Bertrand BASSENE dont nous avons publié le livre ci-dessus (la deuxième édition est épuisée) vient d’écrire dans le Quotidien du Sénégal un article dont nous donnons le contenu et la référence pour qui veut retrouver le journal. La question dépasse celle stricte de la Casamance : comment de bonnes intentions écolos peuvent-elles aller à l’encontre de l’écologie ? Jean-Paul Damaggio

 

 

Mangrove contre rizière en Casamance : A propos d’une écologie «rizièricide»

 

Faut-il remercier M. Haïdar El Ali pour le travail écologique qu’il abat en Casamance ou le renvoyer à l’équation de sa méconnaissance des traditions ajamaat qui résulte en une politique qui fait violence à cette civilisation du riz ?

Cette interrogation, nous la limitons dans le cadre strict du vœu de monsieur Haiïdar de reboiser la mangrove au Sénégal et pour lequel il a mobilisé ses concitoyens qu’il a fini de convaincre à l’idée des bienfaits écologiques et des avantages économiques de cet écosystème menacé.

Certes, la tâche de M. Haïdar El Ali est assez noble quand il s’agit de sensibiliser les populations sur la nécessité de vivre en harmonie avec la nature, l’importance du respect de l’environnement et de lutter contre les déséquilibres engendrés par l’homme, en particulier dans la mangrove. Mais la dynamique de replantage de palétuviers telle qu’insufflée en Casamance (sud du Sénégal) est réprouvable pour tout défenseur des pratiques et connaissances traditionnelles.

Par connaissances et pratiques traditionnelles, nous voulons parler d’un domaine qui comporte de nombreux éléments tels que les savoirs écologiques traditionnels, et entre autres,  les savoirs relatifs à la flore et la faune locales.

Car, quand M. Haïdar demande de planter des palétuviers aux abords des villages casamançais, il ignore qu’il met en péril l’environnement naturel de la communauté villageoise, la connaissance qu’elle en a, ainsi que d’autres expressions de son patrimoine culturel immatériel [Cf., Unesco, Patrimoine immatériel]. Par ailleurs, son action a pour conséquence inéluctable la désaffection des jeunes Casamançais à l’égard des activités traditionnelles comme la riziculture.

En Casamance et dans le Pays Ajamaat in globo, qui va de la Gambie au-delà du Rio Cacheu, nous retrouvons les peuples ajamaat qui ont une civilisation du riz. Contrairement à leurs voisins Sereer qui occupent la région naturelle du Sine-Saloum - delta qui constitue la limite extrême de la Petite-Côte sénégalaise - et qu’on assimilerait bien à une civilisation du sel. Sel qu’on y exploite grâce au bras de mer que le Sine-Saloum constitue et où entre l’eau salée jusque dans les terres habitées, transformant ainsi la vie des villageois Sereer. Cette différence des identités est renseignée par le type de relations que les deux peuples Ajamaat et Sereer ont  avec les fleuves et  autres marigots.

Ainsi, si la politique de reboisement de la mangrove et des palétuviers est pertinente pour lutter contre la salinisation des terres dans le Sine-Saloum, nous restons convaincus qu’elle ne sera que contreproductive en Casamance qui est une zone de riziculture ancienne très avancée et beaucoup plus évoluée, même à ses débuts, que celle qui prévalait à la même époque dans le delta central nigérien.

En préalable, un rappel historique qu’on ne saurait mettre en sursis dans ce texte s’impose. En effet le pays ajamaat, cette région sur la côte Atlantique entre la Gambie et la Guinée-Bissau, était un de ses centres de diversification. Le riz y constituait l’activité économique principale vers 1500 av. J.-C. Or, la riziculture ajamaat comporte une technologie d’exploitation des marais maritimes et des lascis de marigots extrêmement exigeante en énergie et en temps qui, par sa perfection et ses méthodes, n’a aucun équivalent en Afrique noire. Cette technologie est encore utilisée par les populations et méritent d’être protégée, vulgarisée. Les renseignements tirés de l’examen des textes historiques constitués par les récits des premiers navigateurs européens ayant fréquenté l’embouchure de la Gambie, de la Casamance, du Rio Cacheu et qui avaient attesté de la présence d’une civilisation du riz dans cette région confirment cette matérialité historique encore vérifiable [cf., Histoire authentique de la Casamance, 2011].

Pour revenir à notre propos, et comme l’écrivait encore au 19e siècle le Nantais et résident français de Carabane, Bertrand Bocandé (ancêtre du footballeur feu Jules François Bocandé) : «Partout où les mangliers, en retenant les vases, ont relevé le bord des marigots, et rétréci les espaces inondés, les Floups –Ajamaat abattent ces arbres et parviennent à transformer ces boues salées en rizières fertiles.» Un énième témoignage qui corrobore le fait que la disparition des mangliers que M. Haïdar veut replanter jusque dans les clôtures des villageois, n’est pas due uniquement à l’effet du sel. Mais au contraire à un effort écologique de nos ancêtres à transformer les espaces d’eau de mer en champs de riz, d’où la présence au cœur des îlots de mangrove et tout au long des fleuves et bras de mer des villages «Felupes/Floups» (c’est-à-dire habitants des marécages).

Nous avions nous même en 2007, lors du tournage d’un documentaire avec la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Amadou Mbaye Loum), donné des explications sur la manière dont les peuples ajamaat sont arrivés à vivre sur des îles aujourd’hui reconquises par l’eau de mer. Nous insistions sur le fait que, jadis, nos ancêtres avaient le courage de chasser la mer pour créer des rizières tout autour d’un village entouré de digues et au cœur des espaces de mangrove peu à peu transformés par désalinisation.

Pour avoir grandi dans ces villages, nous avons aussi constaté dans les années 2000, que les villageois de la Basse Gambie, Casamance, Guinée, sentant le besoin de nouvelles normes pour lutter contre l’eau de mer, réclamaient plutôt de l’aide pour reconstruire les digues afin de protéger un savoir-faire traditionnel autour de la riziculture (qui offre par ailleurs des renseignements sur la compréhension du droit foncier traditionnel ajamaat magistralement ignoré par l’Etat-Nation sénégalais à sa création, avec les conséquences de la crise dudit Etat en Casamance, que l’on connaît aujourd’hui).

Pour la petite comparaison, sans trop nous y attarder, le Président gambien, Professor Ahaji Dr Yahya Jammeh - alors qu’il est question de procéder à la vérification du tracé de la frontière sénégalo-gambienne - est celui qui exploite le mieux le potentiel agricole qu’offre le Fogni (gambien et sénégalais), cette région où la Gambie se développe plus vers (sic ! Ndlr). Tandis que la politique de protection de l’écosystème sénégalais n’a apporté qu’une réponse inadéquate non seulement à la nécessité de promouvoir la riziculture casamançaise dont la qualité n’est plus à démontrer, mais aussi au besoin de protéger l’identité ajamaat ; nonobstant les excellents résultats constatés dans d’autres paramètres comme la protection d’espèces ou d’habitats-clé.

Pouvons-nous aller jusqu’à dire que le grand militant écologiste, en favorisant l’avancée de la mer  et de la mangrove dans les villages ajamaat tout en arasant les bases de cette civilisation du riz, héritage légué par nos ancêtres soit un «rizièricide» ?

C’est désormais en tant que ministre de l’Environnement et de la Protection de la nature/du développement durable qu’il est (et quel que soit le temps qu’il le sera), que nous l’interpellons face aux besoins des Casamançais de reconstruire les digues qui permettaient de protéger leur environnement contre la salinité tout en maîtrisant les eaux de pluies. C’est à lui de voir quelle politique en adéquation avec le «Plan Marshall pour la Casamance» du Président Macky Sall, pourrait aider les Casamançais à reconquérir leurs rizières.

Et de façon générale, en décrivant à grands traits la dissemblance entre civilisations sereer et ajamaat, nous voulions à partir de ce cousin si proche, démontrer qu’il y a une spécificité bien casamançaise qui implique que cette région ait besoin de se prendre en charge elle-même. Elle a besoin d’une certaine représentativité à travers une forme d’autonomie réelle, au lieu de toujours subir les conséquences de politiques étatiques qui lui tombent dessus tous azimuts.

 Dr. Pape Chérif Bertrand BASSENE  Assistant Professor, Univ. Of The Gambia

 

Auteur de, Histoire authentique de la Casamance, La Brochure, 2011

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 17:31

Pablo Neruda dans l'intimité

Miguel Angel Asturias

Fixer les limites d'un continent n'est pas chose facile, et Pablo Neruda était cela, notre continent, et notre contenu. Pablo ne se servait pas de l'Amérique, il était au service de l'Amérique. Et cela lui donne la stature d'un petit grand géant. Petit, parce que pour nous qui vivions dans son intimité, il avait tout d'un enfant. Et grand géant, parce que dans son indignation de poète citoyen, il s'élevait sur des cimes où la tempête de ses admonestations créait des tempêtes.

Il n'était pas d'accès facile pour ceux qu'il n'aimait pas, et dans cet aimer ou ne pas aimer de Neruda, il y avait une grande part d'instinct mais en revanche, il n'y a jamais eu d'ami plus ami et plus désintéressé avec ses amis. Nous avons vécu côte à côte si souvent, tant d'années, aux heures faciles et aux heures difficiles. Sa maison n'a jamais eu de portes, elle est toujours restée ouverte. Cette maison, je m’en souviens, bruissante des feuillages proches, barbacane vers les neiges de la Cordillère voisine, avec des points de rencontre en différents lieux du jardin, où les visiteurs formaient des groupes, tandis que Pablo allait de groupe en groupe, veillant à ce que ne manquât pas le vin rouge, ce vin cher aux chiliens, non plus que les petits pâtés, les « empanaditas », ou les petits piments verts qui emportaient la bouche.

Cette maison de Santiago du Chili, je continue à m'en souvenir, tellement silencieuse et en même temps bourdonnante de la rumeur des arbres, des conversations, des chants d'oiseaux, du bavardage des perroquets et des guacamayas, ces pape- gais bleus du Brésil, du croassement des grenouilles, cette maison cachait, gardait des lieux où les livres, les précieux tomes dorés sur tranche, ou les vieux incunables, ou les parchemins froissés, s'allongeaient en bibliothèques interminables, alternant avec des tableaux et gravures de peintres célèbres, avec le bruit de l'océan qui résonnait dans ces petites boites à musique qui ont nom conques marines, car à peine les porte-t-on à son oreille qu'on entend battre les vagues, avec des pierres dures aux couleurs fulgurantes, des oiseaux naturalisés, des poissons japonais dans des boules de cristal et d'étranges verreries, avec surtout ces fameuses grosses bouteilles contenant un vaisseau, que lui-même, au cours de ses voyages de par le monde, avait l'une après l'autre découvertes avec ses yeux d'Admirant (et non d'Amiral), bien qu'aussi d'Amiral des mers du sud, ces mers qui le passionnaient.

Rien n'était définitif, et tout était définitif. Le jardin pouvait changer, si le poète préférait voir les roses plus loin et sentir de plus près l'odeur du potager, comme sa poésie a changé lorsqu'il a abandonné les thèmes profonds pour commencer à nommer les choses simples, les plantes les plus humbles, les animaux les plus simples, les objets de chaque jour. Tout ce qui réjouit et ne laisse aucune amertume. La poésie élémentaire des « Odes Elémentaires ». Un inventaire de la flore et de la faune de notre Amérique. Mais le miracle. Le miracle de porter toutes ces matières, ces humbles matériaux presque inexistants, aux yeux de l’homme moderne qui ne voit plus ni n'entend plus ce qui l'entoure dans la nature, attentif qu'il est aux hautes mathématiques et aux machines, le miracle poétique de porter ces choses de l'entourage dans les pages de ses livres, ou bien telles des fruits, frais, à peine coupés, ou bien telles des substances à peine découvertes sous la terre, sous l'eau, dans l'air, dans la lumière, dans l'ombre, dans la pénombre.

Les livres de Neruda, de cette période élémentaire, sont des herbiers. Que dis-je, des herbiers? Sottise ! Non, ce sont au contraire des jardins d'hiver lumineux, où les plantes nommées, de la rose au myosotis, sont vivantes et parfument. Poète facteur d'un inventaire de tout ce qui malheureusement est en voie de disparaître de la terre. Certains — ils sont rares — tournent les yeux vers lui sans voir cet homme simple armé d'une plume-sécateur de jardinier, d'un filet de pêcheur ou de chasseur de papillons, toutes personnalités qui en vérité étaient siennes, pour ne s'arrêter qu'au personnage politique, à sa poésie de citoyen et de lutteur, à ses cris douloureux de prophète devant les horreurs du monde.

Et c'est qu'en vérité, en une époque de tant de conflits et d'injustice sur la terre, son vers se lève en tempête sacrée, dénonçant, protestant, portant témoignage des atrocités commises sur les peuples soumis à la faim, à la guerre, aux génocides. Et c'est alors - qu'il en appelle à grands cris à la « révolution idolâtrée », et qu'il crie, et qu'il C. R. I. I. I. E. « J'ai le devoir de vivre, de mourir et de vivre... » Et il n'est pas mort de mort naturelle, il est mort de mort nationale. Lorsqu'est mort le Chili est mort Neruda. Le Chili est mort, il est mort, répétons-le, mais non pas ce Chili de la majesté civile, de l'armée incorruptible, apolitique, respectueuse des institutions, ce Chili qui aurait pu nous amener, sur les ailes de la démocratie, à la socialisation de la richesse, maintenant aux mains de quelques-uns et surtout des compagnies étrangères.

La vie est un adieu, m'expliquait-il. Nous allons disant adieu à tout et à tous. Ah, si nous pouvions rassembler, ensuite, tous ces adieux en un collier. Et ceci, à l'occasion de certains moments de paix, où nous recensions nos camarades très chers morts, poètes, écrivains, artistes, lutteurs. Une préparation à la mort, convenions-nous, que de se souvenir et de parler de tous ceux qui nous ont laissés et dont nous conservons en secret les caractéristiques : leur rire — le rire est divin, c'est la seule chose que l'homme ait de divin, — leur regard, leurs gestes, leurs affections, leurs excentricités, leurs expressions, leurs plaisanteries, leurs surnoms...

Nous qui naissons voyageurs, comme la fumée — c'est une réflexion qu'il faisait parfois, quand nous étions assis devant une cheminée où flambait un bois odorant — n'avons d'autre destin qu'avancer, bien que lui comme nous tous, les « voyageurs », nous rêvions de plonger des racines quelque part, de nous sentir arbres, de faire de l'ombre.

Et il avait sa façon à lui de montrer son désaccord avec l'européisation de nos lettres hispano-américaines « Jusqu'à quand Verlaine va pleuvoir/sur nous ? Jusqu'à quand/le parapluie de Baudelaire/ nous accompagnera en plein soleil ?... »

Est-il meilleure image de cette européisation de nos lettres — qui malheureusement ne cesse pas — que cette inclination de nos poètes à ouvrir le parapluie baudelairien pour se protéger du soleil d'Amérique ?

Il faudra procéder à une relecture de toute l'œuvre de Pablo Neruda pour mieux le situer, pour qu'on ne le réduise pas, en bien ou en mal, à un agitateur de masse, à un furieux politicien de gauche. Oui, oui, il faudra à nouveau évaluer cet éclair d'hiers, qui se refuse à l'hier, à ce XIXème siècle qui, en fin de XXème siècle, n'en finit pas de nous tenir tellement enchaînés, tellement soumis que nous pleurons avec Mozart (maintenant, au milieu des poulies qui s'entrechoquent, la musique est bruit), que nous nous perdons dans les ténèbres feuilletonesques (c'est ce que dit Neruda) de Dostoievski, et que nous acceptons, parce que nous sommes seuls, la compagnie de Rimbaud et de Whitman.

Et pourquoi sommes-nous seuls ? Pourquoi avons-nous renoncé à ce qui est nôtre pour imiter ce qui est étranger ?

Parce que nous semblons avoir honte de notre monde, et que nous essayons de le remplacer, à travers poèmes et romans, par quelque chose de semblable au monde européen des épigones de la Grèce, de Rome, de Descartes et quelques autres.

Pablo Neruda, intentionnellement, brise tous les moules de la poésie et la transforme presque parfois en prose. Prosifier, pour qu'elle ne chante pas la cantilène espagnole, car si de l'Espagne nous acceptons le bourdon de la langue, nous n'acceptons pas la langue superficielle galvaudée par l'usage qu'on en fait caféducommercement.

L'œuvre qu'il nous laisse est immense. Toutes les choses de la terre, de la mer et du ciel, en des pages et des pages de livres qui continueront à chanter la guerre « il n'est pas de fumée plus âcre que la fumée inutile de la guerre ». Et qui continueront à chanter le Chili, son pays natal, avec tout l'amour d'un amoureux qui pressentait le drame. Ecoutons-le :

« Aïe, la pauvre patrie a fripé

ses vieilles paupières de neige

et s'est assise pour pleurer... »

« Couleur d'orange et de neige

avait ma patrie dans les atlas,

et sur ses cheveux ruisselait une cascade de cerises.

Aussi fait-il peine de la voir sur une chaise brisée

parmi les pelures de patate et les meubles disjoints.

Aux portes en ruine du port

on entend le lamento lancinant

d'un remorqueur moribond.

Et le plomb de la nuit s'écrase,

comme un sac noir de haillons

sur les genoux de la patrie. »

C'est Horace qui, si je m'en souviens bien, parle dans l'une de ses odes immortelles des obsèques du poète, qui se font sans son corps, parce que le poète en réalité ne meurt pas. Pablo Neruda est toujours vivant, et même de plus en plus vivant, dans la douleur du Chili, dans la souffrance de l'Amérique, en chaque homme qui se rebelle, en chaque enfant qui meurt faute d'aliments, dans les millions de gens sans toit dans nos pays opulents. Vivant, dans le poing levé des ouvriers, dans les livres des étudiants, et dans le cœur de nous tous qui nous opposons à la barbarie militaire organisée depuis la nouvelle métropole.

 

Paris, octobre 1973. (Traduit de l'espagnol) la nouvelle critique

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 17:28

                            ferrer.jpg

 

Parmi les mille combats de Michel Ferrer en faveur de la littérature et la culture en général je retrouve cette trace que j’avais oubliée. En Tarn-et-Garonne et ailleurs, Michel, de son cher Saint-Antonin Nole-Val ne cesse pas d’honorer l’humanisme. JPD

  

«Quelque part en France»

Une exposition de revues culturelles à Montauban. Les Montalbanais devraient considérer cette visite comme un événement. Certes, il ne s'agit pas d’une première. Notre ville n'est qu'une étape. Qu'importe : il fallait qu'elle le soit.

En effet, « Quelque part en France » est une exposition itinérante. Ce Tour de France des revues culturelles — manifestation culturelle s'il en est — a pris le départ à Prades, dans les Pyrénées-Orientales, le 12 octobre 1983. De Perpignan à Tours, de nombreuses villes l'ont accueilli, persuadées que ce voyage on ne peut plus original devait immanquablement passer par la cité et ce non seulement pour saisir l'occasion d'une action culturelle, mais aussi pour le profit de la culture locale, voire régionale. Car la revue culturelle est — on le sait bien — l'instrument de culture et de formation idéal. Support intellectuel se situant entre le journal et le livre, elle est au service d'une multitude de chercheurs, de passionnés ou de curieux, et ce dans tous les domaines. Mois après mois, elle apporte les dernières trouvailles, les nouveautés, les tendances actuelles et futures.

D'où nous vient cette exposition quelque peu inhabituelle? Elle est l'idée géniale et désintéressée d'un ancien professeur d'Histoire en résidence à Prades, M. Louis Monestier, qui fut durant quinze ans le maire de la vieille cité catalane.

C'est à quoi « Quelque part en France » est une excellente initiative, d'ailleurs saluée comme telle tout au long de son itinéraire de colporteur. Elle est (et se veut avant tout) un des aspects concrets de la décentralisation culturelle.

Il faut savoir — car on l'ignore — que notre pays compte plu- sieurs milliers de revues. Elles sont, pour la plupart, bien faites et intéressantes. Certaines sont spécialisées, d'autres renouvellent leur thème à chaque numéro, d'autres encore cumulent plu- sieurs disciplines. C'est dire combien il est difficile de les connaître toutes. Même les bibliothèques municipales sont tenues à faire un choix (délicat) et se limitent à proposer à leurs lecteurs une dizaine d'entre elles seulement.

M. Monestier nous présentera, commentaires à l'appui, plusieurs dizaines de titres (de 1975 à 1980 sans doute) dont « Auta » (Toulouse), « Brèves » (Villelongue-d'Aude), « Les Cahiers de Simone Weil » (Paris), « Cirque dans l'univers » (Vincennes), « Feuillets poétiques et littéraires » (Niort), « Oc » (Montpellier), « Le Revelh d'Oc (Balma), etc.

Vous aurez donc l'occasion de découvrir et de feuilleter une bonne quantité de revues dont certaines sont bien de chez nous. Car le Tarn-et-Garonne a, lui aussi, sa richesse dans ce domaine.

Le 14 mars, entre 9 heures et 18 heures, ne laissez pas passer cette chance. Elle vous est offerte. Profitez-en. M. Monestier se tiendra à votre disposition pour vous donner tous les renseignements que vous souhaiterez obtenir.

Michel FERRER.

 

REVUES ET PUBLICATIONS LOCALES EXPOSEES

BAROQUE, Revue internationale Félix-Marcel CASTAN Administrateur Général du Centre International de Synthèse du Baroque 30, rue de la Banque 82000 MONTAUBAN

BULLETIN DE LA SOCETE DES AMIS DU VIEUX SAINT-ANTONIN ET DE SA REGION Georges JULIEN, Président Salle des Archives, Mairie 82140 SAINT-ANTONIN NOBLE-VAL

BULLETIN DE LA SOCIETE ARCHEOLOGIQUE DE TARN-ET-GARONNE

Jean-Claude FAU, Président Ancien Collège Rue des Soubirous-Bas, MONTAUBAN

BULLETIN DU MUSEE INGRES édité par la Société des Amis du Musée Ingres

Robert GUICHARNAUD, Président 66, rue Fragneau, MONTAUBAN

MÔSTRA Pour une Occitanie expérimentale Félix-Marcel CASTAN, Directeur 30, rue de la Banqué, MONTAUBAN Rédaction : 1, rue Vieille-Commune 34700 LODEVE

MOZAIQUE Revue de l'Association Mozaique 27, rue des Soubirous-Bas 82000 MONTAUBAN

RECUEIL DE L'ACADEMIE DE MONTAUBAN, André CAMBEDOUZOU, Président Ancien Collège Rue des Soubirous-Bas, MONTAUBAN

RICOCHET Bulletin de liaison de l'Association des Amis de la Bibliothèque Centrale de Prêt de Tarn-et-Garonne (B.C.P.) 7, avenue du 10ème Dragons 82000 MONTAUBAN

 

 

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 12:21

L'hebdo communiste, FRANCE NOUVELLE - N° 1262 - 14 JANVIER 1970, a publié cette contribution au débat du XIXème Congrès du PCF. Avant de l'effacer de mes archives, je la case sur ce blog, car la question est symbolique de débats permanents dans le monde intellectuel. Bien sûr on ne parle plus de "production littéraire" mais toute la question de la nature de l'art est ouverte. Ce point nous rappelle qu'au PCF le débat avait lieu même si la direction en contrôlait la fonction. J'étais alors dans le camp de A. Dastre et je le suis encore. JPD

 

A. DASPRE Toulon (Var)

DANS un projet d'amendement, publié dans « France Nouvelle » du 10 décembre 1969, le camarade Alain Detoulat (Ivry) déclare à propos de l'expression « le rôle créateur » des intellectuels (thèse 8) que « le mot créateur a son relent de métaphysique. Les recherches actuelles — centrées par exemple autour de « La Nouvelle Critique » et « Tel Quel » — ont pourtant fait leur sort aux MOTS de la bourgeoisie (cf. l'interview d'Althusser à l' « Unita », «La Pensée », avril 1968), « producteur » conviendrait sans doute mieux.

Cet amendement me suggère plusieurs remarques :

1°) Pour justifier son amendement, A. Detoulat se réfère à un article d'Althusser. Dans cet article, Althusser souligne la nécessité de se battre « contre les mots équivoques, pour les mots justes » — ce qui parait normal (1). L'ennui est qu'il donne un exemple très discutable reprenant une idée déjà exprimée dans ses travaux antérieurs, il considère que le marxisme n'est pas un humanisme et que le mot humanisme doit donc être rejeté de notre vocabulaire (article cité, p. 33). Cette opinion avait été longuement discutée au C. C. d'Argenteuil (2), exactement deux ans plus tôt, la résolution, issue de ces travaux affirmait sans aucune ambiguïté « Il y a un humanisme marxiste. A la différence de l'humanisme abstrait par lequel la bourgeoisie masque les rapports sociaux et justifie l'exploitation et l'injustice, il découle de la tâche historique de la classe ouvrière, etc. » ( Cahiers du communisme, mai-juin 1966, p. 273). Althusser est cependant resté sur ses positions, c'est son droit. Mais je pense que le Congrès n'a pas à revenir sur les conclusions du C. C. d'Argenteuil ni directement ni indirectement. Pour le faire, il faudrait d'abord engager sur ce point une nouvelle et large discussion.

2°) Quand on dit se battre sur des mots il ne faut pas prendre cette expression au pied de la lettre ! En fait, on se bat sur les idées que représentent les mots, comme Althusser le rappelle d'ailleurs dans l'article cité. Rejeter un mot parce qu'il a un « relent métaphysique », ce n'est pas un argument valable : devons-nous ne plus parler du capital parce que ce mot sert de titre à un journal financier ? Faut-il rappeler que les mots de matérialisme, de dialectique, d'impérialisme, etc... ne sont pas des inventions de Marx ni de Lénine ? Qui se sont contentés — si j'ose dire — de changer le sens de ces mots. Ce qui est ici en cause ce n'est donc pas le parfum du mot créateur mais la conception que l'on se fait de l’œuvre d'art et du rôle de l'artiste.

3°) De ce point de vue, une remarque préalable s'impose : est-ce bien au Congrès de trancher ? Pour A. Detoulat la question semble déjà réglée, en particulier, après les travaux du colloque organisé à Cluny par « La Nouvelle Critique ». Mais, si l'on relit les textes des interventions à ce colloque, on s'aperçoit que les débats n'ont pas du tout abouti à des conclusions définitives adoptées unanimement sur la difficile question de la création artistique. La discussion est loin d'être close ! Or, le point 47 des thèses réaffirme une position très sage et bien connue de notre Parti « le développement de la science nécessite débats et recherches. Le Parti Communiste entend ne pas contrarier ces débats ni apporter une vérité à priori, encore moins trancher de façon autoritaire des discussions non achevées entre spécialistes ». Il me semblerait donc raisonnable de ne pas demander au Congrès d'intervenir sur ce point

4e) Mais on pourrait objecter que si les thèses emploient le mot création (non seulement au point 8 mais aussi au point 47), c'est que le Parti a déjà... pris parti ! C’est exact. La résolution du C. C. d'Argenteuil consacre un paragraphe à cette question : « Qu'est-ce qu'un créateur ? Qu'il s'agisse par exemple de la musique, de la poésie, du roman, du théâtre, du cinéma, de l'architecture, de la peinture ou de la sculpture, le créateur n'est pas un simple fabricant de produits desquels les éléments sont donnés, un arrangeur. Il y a dans toute œuvre d'art une part irréductible aux données et cette part, c'est l'homme même. Tel écrivain, tel artiste étant seul capable de produire l'œuvre créée. Concevoir et créer, c'est ce qui distingue les possibilités de l'homme de celles de l'animal. La culture, c'est le trésor accumulé des créations humaines etc. (op cit. p. 270). Je considère ce texte comme tout à fait remarquable et l'on voit bien, à le lire, qu'on peut se servir du mot création sans lui donner un sens métaphysique. Nous avons dans ces quelques lignes un excellent point de départ pour donner de la création artistique une interprétation matérialiste et dialectique. Tout ce qu'on pourrait regretter c'est que ce texte n'ait pas encore été étudié avec l'attention qu'il mérite.

5°) Il faudrait aussi savoir ce que l'on entend par production artistique. Comme il est évidemment impossible de pousser ici très loin l'analyse, je me contenterai de quelques remarques rapides. C'est P. Macherey qui, par son livre « Théorie de la production littéraire » (Maspero), a le plus contribué à mettre ce mot de production à la mode. Le but de ce livre est de montrer que les œuvres d'art dépendent étroitement des conditions politico-économiques (voir en particulier l'étude sur Tolstoï). Ce qui n'a rien de nouveau. Mais pour P. Macherey, la dépendance est si étroite que l'on en arrive à une conception purement mécanique des rapports entre l'œuvre d'art et les conditions historiques. On retombe ainsi dans un déterminisme élémentaire, anti dialectique qui est à la base des conceptions de Taine (3). On veut se montrer radical et l'on retourne à des vieilleries. Un tel point de vue peut cependant avoir aujourd'hui quelque succès dans la mesure où la diffusion d'idées gauchistes crée une certaine réceptivité à toute pensée qui s'exprime dogmatiquement. Ce néo-dogmatisme ne peut être accepté. Notre Parti a réussi à se débarrasser de toute conception simplificatrice en ce qui concerne les problèmes de la création littéraire ; il a ainsi accru considérablement son audience et donné la possibilité d'une analyse théorique féconde. Je ne vois aucune raison de revenir en arrière et je pense que cet amendement proposé par le camarade A. Detoulat ne doit bas être retenu.

 

FRANCE NOUVELLE - N° 1262 - 14 JANVIER 1970

Notes JPD : 

(1) Certains aujourd'hui croient découvrir que les mots sont importants...

(2) Le Comité Central d'Argentueil sera longtemps une référence. Voulu par Aragon il défend l'idée d'une liberté dans la culture et bien d'autres. Il est une réponse à Althusser et son anti-humanisme. 

(3) Cette rencontre n'est pas qu'une anecdote circonstancielle.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 12:17

Les Nouvelles du Tarn-et-Garonne : Fracasser les mots

 

C'est un recueil de textes (1) où joue la force des mots que nous propose Germinal LE DANTEC, né en Bretagne à Concarneau. A-t-il puisé avec la sève bretonne la puissance des flots, la montée des marées, le ressac des plages caillouteuses, le fracas des gerbes d'eau contre les rochers ? Nous pouvons le penser de celui qui est descendu dans la région, sur les bords du Tarn où, à Moissac il a créé la « Radio d'Oc », et où, à Montauban, il a animé ce lieu qu'était « le Dali » avant de devenir animateur au centre de réfugiés « AMAR »... et retraité.

Et c'est alors qu'il nous propose de

« Fouiller les mots de ma tête

Les extirper de la matrice »

dans « Chaos » qui commence un cahier dont le titre est tout un programme : « Encensement de l'ensemencement », où s'exprime la fugacité du temps comme dans « Passer »

« Avant de repartir

Au-delà des lanternes du couchant »

Et le fracas des mots éructés va venir avec les cahiers suivants où virevoltent jeux de mots et aphorismes, dans toute leur concision.

En guise de contraste le quatrième cahier, « Le gai tapant » exprime forme et densité en poèmes comme « Souverain » où la peur, l'affolement, le tragique apparaissent dans un monde d'apocalypse avec chasseurs de prime, l'oppresseur, la guerre des images fortes où sont dits l'injustice, le meurtre officiel quand les « dents crissent sur les enclumes »...

Vient le monde noir de la ville et

Dans le ciel des villes

Poussent des champignons électroniques... »

avec tout un accompagnement de pollutions diverses.

La vague venue, la paix semble revenue, s'ouvre l'espoir d'un bonheur, d'un amour, le rythme de la vague cadence

« Sous le goémon de l'âge »...

Et les mots culbutent les mots, s'affrontent et font jaillir les sens, à saisir ! Dans le fracas des mots, des vagues, de la pensée... accompagnée des illustrations (dessins - photos)

Michel VEYRES

 

(1) « Bris de mots » de Germinal LE DANTEC - Préface de Christian Stalla - Ed, L'Harmattan 2013 (190 p. 22 euros)

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 12:15

hommage razoua blog

Nouvelles du Tarn-et-Garonne :

 Le communard de Beaumont-de-Lomagne

C'est à travers les écrits de trois écrivains que l'éditeur nous présente la vie d'Eugène RAZOUA «né » sur les bords tranquilles de la grasse Gimone, descendant sans doute de quelque famille de Sarrasins d'Espagne établie en Gascogne « avec un nom africain RAZOUA». Ainsi commence le récit de Léon CLADEL, bien connu de nos lecteurs.

Il est le fils (I) d'un père notaire et royaliste et se trouve placé au séminaire d'où il s'échappe pour gagner, tout jeune, l'Amérique du sud où il séjourne durant quatre ans en divers pays. À vingt ans il regagne la France, s'engage dans le 5ème régiment de chasseurs à cheval, recommandé par sa tante la marquise de Cambis ! Mais, ayant épousé la belle Marianne, donc devenu républicain, il est envoyé au 3ème Spahis en Algérie où il se révèle plus ou moins rebelle à ses chefs, vivant le plus possible avec les indigènes. Courageux comme le montre l'auteur, « il en avait assez de ces officiers impertinents, féroces, dépravés et nuls en la société... »

Nous avons une belle description comme sait le faire CLADEL de RAOUZA. « drapé dans son vaste burnous rouge il sera quelques années plus tard, député de la Capitale, gagné par cette immortelle religion du progrès dont nous sommes les humbles desservants : cette foi républicaine. »

Tony REVILLON nous conte alors l’épisode parisien où il écrit « Ses souvenirs d'un spahi ». Il débute dans les lettres, participe à des journaux, devient un proche de DELESCLUZE, futur héros de la Commune de Paris (1871). Celui-ci s'écria au moment de la faillite de Napoléon le Petit : « Il suffirait de vouloir pour faire sortir des merveilles d'entre les pavés de Paris », phrase prémonitoire «Mais ceux qui tenaient le pouvoir ne voulaient pas » ajoute l'auteur.

Élu député... il ira jusqu'au bout de ses responsabilités au sein de la Commune. Un parcours qui le mène, échappant ainsi à la mort, en exil à Genève. Un de ses amis. Arthur ARNOULT nous dit ce dernier épisode de la vie de ce héros de la Commune, de cette vie d'exilé poursuivi par la haine versaillaise, ici révélée, en ses différentes manifestations.

Et viennent ensuite deux extraits des publications de RAZOUA révélateurs de ses qualités d'écrivain, suivis de deux autres témoignages le concernant.

Décidément RAZOUA mérite d'être connu !

Michel VEYRES

 

(I) Hommage à Eugène RAZOUA, Écrivain natif de Beaumont de Lomagne » Ed. La Brochure 2013 (50 p. 5 euros)

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 17:16

                                        couv garcia

Nous reprenons ici un chapitre du livre ci-dessus que nous venons de publier. JPD

HOMMAGE

à  Joaquín  Arasanz Raso «VILLACAMPA »

par  Claude  MARTI, (chanteur, poète et romancier)

(Article dans  la Dépêche du Midi).

 

« Adíos, guerrillero !

 Joaquin, j’avais le sentiment que la mort ne te concernait pas, qu’elle t’ignorait après t’avoir classé irrécupérable : trop vif, trop rapide, trop imprévisible pour sa faux…Sûr que tu lui avais mené une vie impossible, à la mort ! Elle  avait, des années durant, perdu le souffle à te poursuivre dans les hameaux du bout du monde; elle s’était abîmée à crapahuter derrière toi par les sentiers coupants réservés aux transhumances et aux guérillas. Le Languedoc, pour commencer, et l’Aragon, ensuite, elle les avait pris en haine : ces mas, ces bordes, ces casals, ces caserios perdus où vous abritiez vos nuits lui sortaient littéralement par les orbites !

       Elle s’en était donné du mal pour t’avoir ! Elle avait tout essayé: embuscades et longues traques. Vital pour elle, car elle avait reconnu en toi, en vous, les maquisards, ses ennemis fondamentaux : en cette année glaciaire 1944, l’intelligence de l’humanité se réchauffait peu à peu à votre jeunesse, la conscience de notre espèce « que l’on disait moribonde »  avait, parmi vous, établi sa base de reconquête. Tout ça, elle le savait, la camarde, et ça lui ternissait le rictus. Elle venait de vivre des moments fastes, elle avait bellement et longuement tué : magnifique temporada que la saison 1936-44, sous l’œil connaisseur des seigneurs de la guerre, croisés de la croix gammée ou ordinaire.

La solution finale du problème humain était en vue…et puis vous voilà !

         Au début, on n’aurait pas misé une peseta franquiste ou un franc de Vichy sur vos maigres cohortes. Sales, mal rasés, grotesquement fargués et armés. « Excellentes dégaines de terroristes ! », s’esclaffait la France rance, son maréchal gâteux et ses milices. La mort ne riait pas, elle. Votre existence lui engluait le sabre, il lui fallait redoubler d’efforts. Elle mit en œuvre ses meilleures recettes : délation, torture, cages, camps, pelotons, pendaisons. Peine perdue. Malgré les mille douleurs, c’est que vous aviez fini par lui briser les os et shooté à suivre dans son ballon de crâne vide : sous le soleil ressuscité d’août 1944, le Languedoc définitivement libéré. Et vous, les Espades, les maquisards guérilleros, il ne vous restait plus qu’à libérer  l’Espagne.

       Cap au Sud ! Franco allait tomber comme une vieille figue flasque, sous le vent formidable de l’Histoire.

       Erreur : en automne 1944, l’Histoire n’avait prévu aucun rendez-vous  officiel avec le haut Aragon. Elle avait trop à faire du côté du Rhin. Guérilleros, vous camperiez seuls sur quelques villages libérés, sur quelques kilomètres-carrés de victoire. Seuls et oubliés : cette nouvelle aventure de vos vies n’avait pas de futur immédiat.

       Joaquin, tu te racontais sans amertume : neuf ans de guerre et de guérilla, dix sept ans de prison  ! Ce jour là, nous savourions un « fino » dans la salle à manger de ton HLM, Barbastro, banlieue Nord, un dernier étage choisi pour son panorama : le proche horizon des oliviers et l’immense décor de la sierra Ferrera… La sierra Ferrera où la raison des Etats se partageant le monde vous avait, jadis, laissés pour compte : « Claudio, tu sais, là-haut, j’ai souvent vu s’ouvrir la bouche de la mort. Elle me crachait un morceau de ferraille, mais toujours trop tard. Je n’en ai jamais eu peur : pour mourir vraiment, faudrait savoir qu’on est mort…et ça n’arrive jamais ! »

       Joaquin, elle a quand même fini par t’avoir, miss orbites creuses ! Elle a dû te poignarder le dos, pendant que tu dégustais un vin  blanc andalou tout en contemplant les oliviers du Somontano.

Je ne me fais aucun souci pour toi, Joaquin : tu ne peux être mort, puisque tu ne le sais pas.

       Mais nous, nous voilà d’un seul coup plus fragiles et plus pauvres.

       Un saludo, guérillero !

                                                                        Claude MARTI

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 17:12

                                   serge-bouchard.jpg

 

Je n’ai rien à voir avec Serge Bouchard et pourtant il me ressemble tant ! Etrange sensation.

Rien à voir avec lui car, ma condition de fonctionnaire dès l’âge de 15 ans, à fait que je n’ai pas consacré une minute de ma vie à chercher du boulot alors que lui, il a été contraint, malgré ses références, à aller de job en job.

Et pourtant il me ressemble dans cette position constante de sa vie à être à contre-courant. « Pour être rebelle, de nos jours, il suffit d’être humain. » Et cet anthropologue était déjà tellement humain aux temps anciens de sa jeunesse qu’il se lança dans l’étude de la culture des camionneurs de longue distance dans le Nord québécois. Une thèse d’anthropologie sur les truckers ! (et j’entends son accent québécois en prononçant cet anglicisme !) (dans : Je suis l’anthropologue)

 Rien à voir avec lui car dans le livre en question, il raconte sa vie, ce que je ne me suis jamais laissé aller à faire, ou si peu.

Et pourtant il me ressemble quand il dénonce le piège de la vitesse : « Il faut que la vitesse soit haute, autant que la lumière, ce qui compresse l’espace au point de l’aplatir. Ce faisant le temps disparaît, la terre suit son sillage… » « Il en va des nations comme des personnes : le vieux est hors sujet, le passé est inutile et « l’instant même » est tout ce qu’il nous reste. »

(dans La vie heureuse de Pancho Villa)

      Rien à voir avec moi car il est Québécois et que je suis Français.

Et pourtant il me ressemble quant à ses rapports avec Dieu. « Je n’ai jamais cru en Dieu. Disons que je n’en ai jamais fait grand cas. » Sauf qu’au Québec cette position est plus exceptionnelle qu’en France surtout que la mère aussi était anticléricale !

(L’itinéraire d’un enfant gâté par la malchance)

      « Une seule chose est sûre : mourir nous libère de la mort. Ce qui n’est pas rien. »

Merci à Serge Bouchard pour sa détermination audacieuse. J.-Paul Damaggio

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 17:06

taques.jpg

L’association de sauvegarde du patrimoine de Castelsarrasin ne rate jamais la rentrée. L’an dernier un hôtel était à l’honneur et cette année ce sont les taques. Les Editions La Brochure ont apporté leur soutien à l’opération en aidant à la publication de 80 dessins et leurs commentaires. Un document unique en format A5 pour 9 euros que vous pouvez obtenir auprès de l’association. La présentation faite par le journaliste de La Dépêche étant parfaite, nous vous y renvoyons. Jean-Paul Damaggio

 

 Castelsarrasin. Des «taques» pas en toc à découvrir à la sous-préfecture

 Bernard Ouardes, le président de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Castelsarrasinois (ASPC), a toujours un as à sortir de sa manche pour donner du lustre à une conférence. Il fut un temps, pas si lointain, où il défraya la chronique dans ces mêmes colonnes en évoquant la mémoire des dames de petite vertu de la sous-préfecture tarn-et-garonnaise. Un exposé sur la prostitution qui, dit-on, établit un record d’assistance à l’ASPC. Le thème sera à nouveau évoqué dans le futur opus sur l’histoire de l’Usine de Castelsarrasin que Bernard Ouardes rédige actuellement. Affaire à suivre...

 80 croquis de Vasilières

 En attendant, Journées européennes du patrimoine (les 14 et 15 septembre 2013) obligent, qui plus est lorsqu’elles sont accueillies dans le cadre de l’ancien couvent des Ursulines, c’est une exposition aux mœurs moins délurées qui invitera, le week-end prochain, le promeneur à s’aventurer au cœur des chaumières castelsarrasinoises. Bernard Ouardes proposera, en effet, d’aller à la rencontre des «taques», ces fameuses plaques apposées contre le mur du fond l’âtre des cheminées des demeures castelsarrasinoises dans les années 1950-1957.

 Durant cette période, grâce à l’amabilité des propriétaires, l’historien Paul Vasilières a réalisé plus de 80 croquis de plaques de cheminées représentant différents sujets : bibliques, religieux, mythologiques, historiques et divers. Bernard Ouardes ayant eu la chance d’accéder au fond Vasilières, ce patrimoine vivant est donc bel et bien conservé. À ce jour, suite à un inventaire récent, seule une dizaine de plaques de cheminées restent toutefois visibles, les autres ont disparu des demeures castelsarrasinoises. Parmi les plaques encore existantes, la «taque» d’époque Renaissance à l’hôtel de ville, salle Henri Pottevin, ayant pour sujet un des thèmes les plus représentés : «Jésus et la Samaritaine».

 L’ASPC vous propose donc de venir nombreux découvrir une quarantaine de croquis commentés, réalisés par Paul Vasilières, ainsi que des documents concernant ses recherches. Cette exposition, en partenariat avec la sous-préfecture et la municipalité de Castelsarrasin est ouverte au public à l’ancien couvent des Ursulines, aujourd’hui sous-préfecture de l’arrondissement de Castelsarrasin.

 Heures d’ouverture de l’exposition : samedi 14 septembre de 14 heures à 18 heures ; dimanche 15 septembre : de 10 heures à 12 heures et de 14 heures à 18 heures. Baptiste Gay

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