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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 16:21

 

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25 avril 1914

"Citoyens, que nos cœurs se serrent autour du drapeau de l'impossibilisme unifié et je touche quinze mille balles encoe pendant quatre ans" (CDessin de Roubille)

 

La Mairie d’Avignon vient de proposer pour l’expo annuelle qui se tient dans son immense hall, pendant le festival, une expo sur les caricatures de Jaurès. Nous avons évoqué la question sur ce blog : ICI. Je ne connais pas l’historien à l’origine de cette mise en image qui permet de découvrir le tribun à partir du point de vue saignant de ses adversaires.

En la visitant j’ai repensé à un mot du romancier étatsunien Toni Hillerman qui rappelle dans son autobiographie qu’en 1952 quand il arriva jeune journaliste à Santa Fe , il eut sur les bras une affaire de mœurs qui bouleversa l’histoire de la ville, affaire – ajouta-t-il – qui cinquante ans plus tard ferait seulement trois lignes dans les faits divers.

Un fait historique n’a de sens que sa mise en relation avec son contexte, ce qui est le premier travail de l’historien qui ne peut se contenter d’enfiler des événements sur le collier de la vie.

C’est là une embûche considérable aussi pour donner des éléments du contexte, d’autres historiens ont proposé des histoires des mentalités, de la sexualité, de l’agriculture ou de l’inculture. Sauf qu’il n’y a d’agriculture possible que replacée dans le contexte général. Cette autre sortie du contexte général, parfois utile certes, a alimenté une histoire sur le long terme où après les tempêtes océaniques de l’histoire évènementielle on passait à l’histoire plus paisible des longs fleuves tranquilles.

Car nous arrivons ici à une troisième embûche inévitable pour le travail d’historien : lui aussi est pris dans un contexte historique et si ce contexte vise à éliminer toute idée de révolution alors il va être encouragé de toute part s’il présente une histoire sans révolution.

J’ai repensé alors à une autre anecdote : un grand historien disant à la tribune du salon du livre de Villeneuve sur Lot qu’en 1936 Blum n’avait pas d’autre possibilité que la politique de non intervention en Espagne, politique qui – ajouta-t-il – s’est révélé ensuite la plus utile à la France.

 D’un côté, à travailler à produire le contexte d’un événement, on le rend inévitable. La Révolution russe ne pouvait que fabriquer un Staline, Franco ne pouvait que gagner en Espagne, l’Algérie ne pouvait qu’accéder à l’indépendance comme les autres colonies etc.

Or le propre de l’homme, d’un peuple, d’un pays, c’est sa marge de liberté qui fait que l’histoire, même si elle n’est pas celle qu’on aurait souhaité, celle qu’on aurait mérité, reste faite de possibles.

 Toute la dialectique entre la nécessité et la liberté peut piéger à chaque moment chaque historien d’où la condition fondamentale qu’on appelle la confrontation d’idées.

 Tous les pouvoirs aspirent à la mise au point et à la défense d’une histoire officielle. Et quand des révolutionnaires, peu friands de cette histoire ont découvert que dans le pays de la Révolution, l’URSS, l’histoire officielle allait jusqu’à reprendre une vieille coutume consistant à maquiller des photos, c’était la preuve irréfutable que la Révolution filait un mauvais coton.

 Tout comme il n’y a d’économie que politique, il n’y a d’histoire que politique. Si pour ma part, depuis des lustres je me passionne pour le cas de Raoul Verfeuil c’est tout simplement parce que depuis des lustres je considère que le communisme soviétique ayant échoué et que la social-démocratie s’est fourvoyé, il nous incombe de rechercher POUR CE QU’ILS FURENT, ceux qui avaient annoncé cette double impasse, qu’il ne s’agit pas de rendre équivalente dans les faits, mais qui l’est dans les conséquences : l’incapacité planétaire actuelle à construire une alternative possible au capitalisme.

 Jaurès comme Verfeuil ont toujours été pris entre les deux mâchoires de la même tenaille, deux mâchoires qui ont su s’épauler puisqu’elles forment le même outil. L’un en produisant une notoriété hors du temps et l’autre en produisant un silence de tous les temps.

 Prenons une simple question – car je ne peux ici développer mon argumentation : la différence en 1918 entre la paix et la victoire. Un écart qui permet de vérifier que la paix conduit à cette autre question : quelle paix ? Pour Jaurès le pacifisme n’était pas un antimilitarisme. Tout peuple attaqué a le devoir de se défendre. Et l’armée comme la grève, si c’est l’ultime moyen n’en est pas moins un moyen. Alors c’est la guerre ! Or, par définition, toute guerre se termine par un retour à la paix. Mais quelle paix ? Celle qui doit conduire à une autre guerre ?

En 1918, au nom de la victoire, Verfeuil considéra qu’avec le Traité de Versailles les autorités préparaient une nouvelle guerre ! Et sur sa gauche on pouvait lui répondre : si la guerre peut conduire à la révolution, faut-il se plaindre de la guerre ? Il n’y a pas de révolution sans casser des œufs. D’où le retour sur cette autre question évoquée par l’anecdote de Hillerman : qu’est-ce que la violence ? et plus exactement la violence capitaliste ? Elle dépend aussi de la force qu’elle a en face.

Jean-Paul Damaggio

 30 décembre 1900 dessin d'Albert René

- Voilà trois jours que nous n'avons pas mangé à cause de la grève !

 

- Continuez… et surtout ne faiblissez pas… Nous sommes avec vous de tout cœur !

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 20:58

J’ai cherché sur le blog mais je n’ai trouvé aucune référence à François Hollande ! Les commentaires sur sa politique ne manquent pas aussi, pour lui comme pour les autres notabilités, je laisse dire. Mais voilà qu’il vient de célébrer Jaurès, un Jaurès qui serait dit-il « une figure consensuelle». D’où cette lettre…

 Monsieur le Président,

 D’entrée vous avez tenu à préciser le contexte : « Je viens comme chef de l’Etat pour saluer cette année JAURES que le Président de la Fondation qui porte le nom de Jean JAURES, a voulu organiser pour s’inscrire dans les commémorations du centenaire de la grande guerre. » Donc c’est en tant que président que vous avez parlé afin de justifier votre politique à l’aide de quelques citations de Jaurès. Vous n’avez pas eu de « chance » car vous avez été sifflé et les journalistes, pour se faciliter la tâche, n’ont retenu que cet élément de votre journée, oubliant totalement le contenu d’un long discours que j’ai souhaité lire à tête reposée.

Depuis longtemps j’ai constaté que la gloire de Jaurès est à la hauteur de sa méconnaissance. J’écris « depuis longtemps » car, gamin, j’ai été dans un « groupe scolaire Jean Jaurès » or il m’a fallu presque 40 ans avant que je lise une page entière de ce grand socialiste dont l’évocation du nom arrachait des larmes à mon grand-père.

Le dernier en date des grands ignorants était candidat comme vous aux primaires du PS. Il a osé répondre ainsi à une question de Rue 89 : « Moi, j’admire Jaurès qui a écrit pendant vingt ans dans La Dépêche du Midi, qui était son journal, et non pas L’humanité, contrairement à ce que tout le monde croit. » Sur ce point votre propos est juste : « L’humanité, c’est le mot qu’il avait employé. C’est l’idéal qu’il suivait. C’est le journal qu’il avait fondé, l’Humanité. »

Ainsi son journal, ces dernières années, a perdu toute référence au PCF, à la faucille et le marteau mais a gardé Jaurès.

 Donc, la première question est celle de savoir de quel Jaurès on parle et sur ce point vous êtes clair : « Chacun pense avoir un morceau de JAURES pour défendre sa cause. Je ne m’en plains pas. Les grandes figures de l’histoire sont revendiquées par l’ensemble du peuple français. C’est bien qu’il en soit ainsi, le temps a fait son œuvre. »

Votre Jaurès est consensuel ! Que le FN s’en serve de drapeau c’est parce que le temps a fait son œuvre ! Jaurès comme toutes les grandes figures est sans cesse l’objet d’une lutte considérable et votre discours qui au nom de la France voudrait se situer au-dessus de la dite lutte est bien sûr une prise de parti !

Je lis :

« Il aimait la France, de toute sa chair, de toute sa pensée. Cette France, il l’avait servie sans jamais avoir occupé de fonction gouvernementale. »

Il aimait la France… mais alors comment ensuite évoquer Dreyfus ? Il n’aimait pas la France mais une certaine France !

 Longtemps, moi aussi j’ai évoqué Jaurès sans le connaître mais vous, au carnet scolaire si bien fourni comment osez-vous discourir sur Jaurès en le trahissant à chaque mot ? Votre propos est un tissus d’abstraction or Jaurès luttait contre la rhétorique chère à ses adversaires en s’appuyant d’abord sur des études minutieuses et concrètes de la réalité.

Je lis sous votre plume :

« JAURES était un patriote. Il savait que la France n’est jamais aussi grande que lorsqu’elle s’exprime au nom de l’universel, qu’elle sait dépasser ses frontières, dépasser ses intérêts, dépasser simplement le cours du temps. »

Voilà un beau mot : l’universel. Ce qui est universel à travers l’histoire s’appelle la lutte des classes et dans cette lutte il y a « patriotes » et « patriotes » ; « universel » et « universel ». Non je ne veux pas reprendre des formules creuses qui opposaient autrefois la « démocratie bourgeoise » à la « démocratie prolétarienne ». Jaurès savaient à la fois, que les lignes de fracture sont profondes mais souples.

 Bref, Le Justice l’Ecole, la laïcité, il ne fait pas chercher à tout dire sauf quand on n’a rien à dire…

Passons au plus difficile à avaler :

« Un compromis avec les patronats ? Non, un compromis avec l’entreprise et tous ceux qui y concourent. Les employeurs, nous en avons besoin. Les salariés, rien n’est possible sans eux. Les acteurs sociaux parce qu’ils les représentent. Et l’ensemble des forces qui doivent y concourir et notamment les élus locaux qui agissent aussi au plus près pour soutenir économie. Voilà, le compromis dont nous avons besoin pour la croissance, pour la création de richesse, pour sa répartition pour l’emploi. Et c’est d’être fidèle à l’esprit de la réforme, à l’esprit de la conquête, à l’esprit de l’ambition que Jaurès pouvait avoir en son temps, que de proposer ce chemin-là. »

Ce chemin s’appelle la collaboration des classes et je comprends qu’on puisse y croire même en 2014, ce chemin il est possible que le jeune Jaurès y ait cru mais de grâce n’invoquons pas encore une abstraction : « l’entreprise ». Laquelle ? Général Electric, EDF, ou l’artisan du village ? Facebook, Orange ou le PSG ?

 Enfin, une référence précise aux écrits de Jaurès : « Le discours de Jean Jaurès au lycée d’Albi de 1903 ». Un discours circonstanciel comme le votre en ce mois d’avril 2014 et que pourtant vous voudriez sacraliser pour qu’on sacralise le votre !

Oui, comme vous le pointez Jaurès a fait l’histoire sans avoir appartenu à aucun ministère car il était la lutte démocrate même, et à ce titre, il pouvait intervenir dans un lycée où avant une pièce de théâtre de Romain Rolland, il était le même. L’écrivain écrit le 31 décembre 1900 à sa confidente Malwida von Meysenbug : « C’était un spectacle curieux d’entendre précisément le même soir, et sur la même scène, le Danton d’à présent, Jaurès avec son prodigieux volume de voix qui conne comme une trompette, et ses énormes périodes oratoires. » Jaurès avait précédé la pièce Danton, d’une conférence au sujet de ce personnage.

 Jaurès a écrit très peu de livres (vous évoquez son étude sur l’armée nouvelle) car sa tâche a été de réagir sans cesse, réagir pour analyser l’actualité, proposer des mesures sociales et faire avancer l’organisation capable de vaincre l’adverse. Car, n’est-ce pas, il y a pour tout socialiste sérieux, un adversaire totalement invisible dans votre propos ?

Cordialement Jean-Paul Damaggio

 Le discours de Hollande

 

J'avais évoqué l'utilisation que Mélenchon fait de Jaurès donc il fallait bien que je fasse pareil pour Hollande :Mélenchon cite Jaurès

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 21:33

Voici un article de l’Humanité, peu de temps après la naissance du PCF. Il permet de voir l’usage qui est fait de Jaurès (le pacifiste) et celui fait de Vaillant (le communard). Et il témoigne d’un grand moment d’optimisme, l’URSS devenant la patrie des communistes. JPD

 

L’Humanité lundi 13 juin 1921

Le privilège m'a été accordé, de participer chaque dimanche, depuis trois semaines, à d'admirables manifestations populaires organisées en commun par notre Parti Communiste et les organisations syndicalistes révolutionnaires.

Le 29 mai, au Mur des Fédérés, le 3 juin, dans la forêt d'Algrange, au milieu de milliers de mineurs lorrains, hier dans la banlieue parisienne, parmi les prolétaires d'Aubervilliers, de Pantin et de la région nord du département de la Seine.

Ces trois manifestations, de nature et de but différents, ont fourni les unes et les autres la preuve de la puissance croissante de nos idées dans les régions les plus diverses du pays. Aucun autre parti, aucune autre organisation ne peut, à l'heure actuelle, offrir un semblable, spectacle de vigueur, de force, d'unité et de discipline.

Hier des dizaines de milliers de travailleurs ont traversé les deux grandes cités ouvrières définitivement conquises par les communistes.

Ils venaient communier dans le souvenir de deux hommes qui furent parmi les plus glorieux précurseurs de notre mouvement révolutionnaire.

Ce sera l'éternelle gloire d'Edouard Vaillant de symboliser aux yeux des prolétaires de notre génération l'héroïsme des insurgés de 71 et leur tragique martyrologe. Et de plus l'histoire à venir lui saura un gré infini d'avoir redressé il y a vingt années avec Guesde, le socialisme français glissant vers le réformisme corrupteur où les Millerand, les Briand, les Viviani avaient résolu de l'enliser.

Les deux municipalités de Pantin et d'Aubervilliers avaient voulu joindre la commémoration de Jaurès celle de Vaillant. Si l'ancien député lu 20° représente avec un relief unique la Commune vaincue, le nom immortel de Jaurès dominera toute notre époque et nos luttes sociales en raison de ses campagnes pour la paix du monde. Il est mort frappé par la bestialité chauvine qu'il avait dénoncée sans trêve et contre laquelle il n'avait pas hésité à demander, au prolétariat international de se dresser par les moyens les plus violents.

L'hommage pieux et recueilli rendu hier à ces grands militants disparus a été digne de leur mémoire. Et les orateurs chargés de traduire les sentiments communs de l'immense foule qui les entourait ont relié, comme ils en avaient le droit, et le devoir, l'action leurs aînés à celle de notre Parti Communistes, héritier, direct de tout le: passé révolutionnaire français, seul porte-drapeau de; notre fier prolétariat en bataille.

Marcel Cachin.

La manifestation d'hier à Pantin et Àubervilliers, dont l'objet était l’inauguration des rues Edouard-Vaillant et Jaurès, a eu un succès si énorme, dont on peut dire qu'il était inattendu.

Trente mille communistes ont sacrifié la promenade à la campagne à laquelle invitait ce beau dimanche, pour honorer la mémoire de deux hommes d'une intelligence et d'un caractère hors pair, qui ont bien aimé le peuple et ont su bien le servir.

Cette manifestation succédant à celle de dimanche au cimetière du Montparnasse et à celle du Mur des fédérés, il, y a 15 jours, témoigne du crédit dont jouit la section française de l'Internationale communiste auprès des masses travailleuses de l'agglomération parisienne.

La formation du cortège

Vers 14 heures, un grand nombre de drapeaux rouges, entourés de petits groupes de militants, étaient rangés au long des boulevards qui, de chaque côté de la porte, Jean-Jaurès, longent extérieurement les fortifications. On  n'aurait pas pu prévoir à ce moment que la manifestation prendrait l'ampleur, qu'on devait lui voir. Pourtant la police, prévoyante, avait massé dans les abattoirs, tout a côté de paisibles bestiaux, plusieurs brigades d'agents.

Cependant les tramways amenaient constamment de nouveaux manifestants. Tant et si bien que, vers 14 h 45, lorsque les organisateurs firent serrer les groupes dans la rue de Paris, l'importance du cortège apparut. Il y avait en tête des fonctionnaires municipaux et des pompiers des communes socialistes. Les pupilles de Pantin admirablement habillés de blanc avec un col marin rouge - et tous jolis et d'une ravissante santé, - suivaient, précédent Auray, maire d'Aubervilliers ; Marsay, Mounard et plusieurs autres maires ou conseillers municipaux communistes de la banlieue. Les sections de Paris et de la Seine, .plusieurs sections de Seine-et-Oise et de quelques syndicats venaient à la suite. Diverses musiques jouèrent pendant tout le défilé,

Inauguration de la rue Edouard-Vaillant

Le cortège quitta la rue de Paris pour se diriger vers la mairie de Pantin en traversant le canal Saint-Martin. La chaussée et les trottoirs étaient occupés par les manifestants.

On s'était formé par quatre ; on se trouvait maintenant huit sur la même ligne, car de nombreux camarades qui semblaient être seulement des curieux avaient pris leur rang.

A la mairie, de Pantin commence la route d'Aubervilliers qui, depuis hier, s'appelle rue Edouard-Vaillant. Le cortège la suivit, passant devant la belle salle des fêtes où se tint une des séances du dernier Congrès fédéral de la Seine, et atteignit les Quatre-Chemins. C'est là surtout que la manifestation devait grossir : beaucoup de camarades arrivés par la porte de la Villette se mêlèrent à elle.

Aux Quatre Chemins

La route de Flandre mène de la porte de la Villette aux Quatre-Chemins : cette voie s'appellera désormais avenue Jean Jaurès. Aussi à l'angle qu'elle fait avec la nouvelle rue Edouard-Vaillant une tribune avait été dressée, ornée de velours et de plantes vertes sur laquelle les pupilles du 12°, -qu'on dénomme « les Enfants de Jaurès » - entourant le buste du grand orateur et le portrait du citoyen Vaillant, étaient installés et chantaient.

A partir des Quatre-Chemins jusqu'à la mairie d'Aubervilliers le défilé fut très lent ; le cortège se trouvait constamment coupé à cause du passage fréquent des 'tramways de l'avenue Jaurès. Afin de donner une idée de la densité de la foule, disons que les rangées comptaient, en moyenne 32 personnes, et que le cortège avait plus de 1.500 mètres de longueur.

Les meetings

On passa devant le square d'Aubervilliers. Une large banderole qui en barrait l'entrée portait les mots : « C'est en poussant à bout le mouvement économique que le prolétariat s'affranchira et deviendra l'humanité. »

Enfin, on arriva la place de la mairie. La manifestation fut coupée en deux tronçons ; l'un qui se rendit sur un terrain sis en face de la coopérative Le Progrès, l'autre, qui se répandit sur les terrains voisins de l'hôtel de ville, autour de trois tribunes. Il y eut alors deux brefs meetings en plein air ; avec cinq tribunes.

Nous n'avons pu entendre tous les discours mais nous avons reconnu sur les tribunes : L.-O. Frossard, Marcel Cachin, Georges Pioch, Clamamus, Ch. Joly et Nelly Roussel. Les orateurs se bornèrent à tirer la leçon de la manifestation que Cachin notamment formula ainsi :

- Nous avons honoré Jaurès et Vaillant. Le souvenir du Premier évoque l’idée de la guerre qu'il combattit, toute sa vie et que nous empêcherons bien de se réaliser nouveau.

La mémoire du second est inséparable de l’idée de cette Commune de 1871 dont la république des Soviets qui est notre vraie patrie, est une réalisation agrandie.

La dislocation

Les militants se séparèrent dans le plus grand calme vers 17 h 45. Nos camarades Pierre Dormoy, député: communiste de Paris, et Garchery, conseiller municipal de Picpus, stationnèrent à la porte de la Villette pour parer aux incidents éventuel.

Comme à l'ordinaire plusieurs militants ont été victimes de brutalités policières En particulier, signalons, qu'à la station de la Villette, quatre brutes se sont précipités sur des jeunes gens qui chantaient et ont meurtris l'un d'eux, âgé de dix-sept ans, de la plus déplorable façon.

(pas de signature)

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 21:30

Marianne 28 février au 5 mars 2000

Jaurès, derrière l’homme politique, le grand écrivain

 

Ce n'est pas seulement pour s'être dressé, tel l'inconnu de la place Tian'anmen, en travers du chemin de la guerre, que Jean Jaurès mérite les avenues et les rues qui, partout en France, portent son nom. Ce n'est pas seulement pour avoir été assassiné alors qu'il s'obstinait à lutter contre la plus bête et la plus sanglante des fatalités qu'il mérite de rester vivant dans la mémoire collective.

Tout au long d'un parcours tragiquement interrompu avant d'avoir atteint son apogée - Matignon, plutôt que le Panthéon, en était le terme logique -, Jaurès apparaît comme l'homme politique complet tel que le modèle s'en est perdu ou au moins démodé. Imprégné d'une doctrine, porteur d'une vision, servi par son intelligence, appuyé sur sa culture, il était capable de donner à une pensée structurée une forme à la fois claire, logique et belle. Classé premier au concours d'entrée de la rue d'Ulm, il ne s'était incliné à l'agrégation de philosophie que devant Bergson. Orateur hors pair, journaliste incisif, historien, philosophe, critique, il parlait et écrivait la même langue, il utilisait les mêmes instruments dialectiques, il professait la même idéologie et la même morale, que ses auditeurs ou ses lecteurs fussent ses élèves d'Albi, les mineurs de Carmaux, les militants socialistes et syndicalistes alors divisés, les abonnés de la Dépêche, de la Petite République, de l'Humanité, ses collègues de la Chambre ou ses camarades normaliens. A une époque où le fossé n'a jamais été aussi grand entre la littérature, éperdue de raffinements antiréalistes ou de réactions nationalistes, et le peuple abruti de labeur, il assure que la beauté appartient à tout le monde, faisant avancer du même pas utopie de la littérature et utopie sociale.

En inaugurant la publication savante, pour partie chronologique, pour partie thématique, des œuvres  de Jaurès (1), un bloc de 18 volumes qui ne représente pourtant que le cinquième ou le sixième des écrits de l'infatigable travailleur, par des textes littéraires et philosophiques, les éditions Fayard mettent en apparence l'accent sur la multiplicité des talents, donc les diverses facettes d'une personnalité qui excellait dans tout ce qu'elle entreprenait. A la réflexion, ce qui frappe davantage est l’unité d'une pensée qui a, si l’on ose dire, les pieds sur terre, solidement campée dans les sabots du réalisme, et la tête au ciel, perdue dans un grand rêve rustique. Jaurès croyait en l'existence et au triomphe inéluctable des forces de l'esprit.

Deus sive Natura Dieu, autrement dit la nature, écrivait Spinoza. Jaurès annonçait le règne de l'amour, de la raison, de la douceur, autrement dit un nouvel âge celui de la conscience, qui ferait de l'humanité une sorte de Dieu collectif. Le socialisme était humain et même humaniste quand il avait le visage de cet homme... Dominique Jamet

Œuvres de Jean Jaurès, en particulier, tome XVI: Critique littéraire et critique d'art, édition établie par Michel Launay, Camille Grousselas et Françoise Laurent-Prigent. Fayard, 550 p., 150F

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 20:15

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    La Librairie Deloche fait sa vitrine avec le productions de La Brochure

Sympathique débat dont je ne retiens qu’une question… hors-débat.

A la fin de la réunion au moment des petits gâteaux aimablement offerts par la Librairie, un ami me demande : « Jaurès, réformiste ou révolutionnaire ? »

J’en connais qui répondraient aussitôt : Jaurès révolutionnaire, et d’autres au contraire : Jaurès réformiste.

Pour moi, Jaurès démontre l’inutilité de cette question. Comme devient inutile à un moment la séparation : droite/gauche !

Jaurès rend inutile cette question car elle suppose, chez tel ou tel individu, un positionnement unique dans sa vie. Guesde révolutionnaire,  quand il participe à un gouvernement d’union sacré pendant la première guerre mondiale ?

Avouons-le simplement : depuis 1917 le terme de révolution, comme tant d’autres, a une définition incertaine. Le débat fait rage en Amérique latine depuis toujours : Révolution au Mexique en 1910 ? Révolution bolivarienne au Venezuela entre 1998 et 2013 ? Etrangement ceux qui disent « révolution », quand ils pointent un dysfonctionnement, ils disent que c’est à cause du secteur capitaliste qui y est encore puissant. Révolution dans la révolution dans l’URSS de Gorbatchev ? Pour quel résultat ?

Jaurès veut changer le monde en faveur des classes défavorisés par des moyens pacifiques. Révolutionnaire sur l’objectif, réformistes quant aux moyens ? Sauf que nous le savons, les moyens décident également des fins !

 Pourquoi Jaurès ne se soucie pas de la case où l’ordre du monde pourrait l’enfermer ? Car la priorité n’est pas le futur, mais l’analyse du présent, et c’est elle qui décide de la position à prendre. L’exemple concret est visible dans sa position sur la dissolution de la Douma mise en œuvre par le Tsar suite à la révolution russe de 1905. Sans trouver la Douma géniale, il est plutôt favorable à la Douma, mais la Douma dissoute impose de revoir la stratégie donc vu le nouveau contexte il appelle les membres de la Douma à se ranger du côté de ceux qui sont plus radicaux.

 Jaurès n’a pas de dogme auquel s’accrocher contre vents et marées, mais des idéaux qui sont accrochés à lui et s’il en appelle en permanence à l’adaptation de l’action ce n’est pas pour mettre en veilleuse les idéaux en question. Jaurès est un extraordinaire dialecticien car il ne perd jamais de vue la direction quand il regarde là où il met les pieds pour combattre les obstacles. Chez lui, regarder l’horizon ça lui impose ce que Lénine appelait « l’analyse concrète de la situation concrète ». Position difficile car ils sont si nombreux ceux qui invoquent les difficultés de l’heure pour oublier l’horizon ! Presque aussi nombreux que ceux qui, au nom de la fidélité de l’horizon se moquent des réalités immédiates.

Jaurès, en politique, n’a pas de croyance. Il sait qu’au nom de la croyance en un futur sans classe, même le pire peut arriver. Il sait qu’un nom de la croyance en la fatalité du présent, même le pire peut arriver. Ce n’est pas son idée du futur qui peut lui commander son analyse du présent.

En conséquence Jaurès a laissé très peu de livres… mais des tonnes d’articles qui sont des réactions à l’actualité, réactions souvent difficiles à lire car on n’a plus en vue cette actualité, mais réactions si riches quand on peut en retrouver la logique.

 Jaurès était de cette pédagogie qui veut que l’art du pédagogue soit dans l’art de la répétition. Comment répéter cent fois qu’on demande un impôt progressif sur le revenu ? Un loi sur les retraites ouvrières ? La paix entre les peuples ? L’unité des socialiste ?

Jaurès n’était ni révolutionnaire, ni réformiste ; il était tout simplement un pédagogue de la répétition, pédagogie basée cependant sur un optimisme d’époque que ses adversaires lui firent payer au prix fort. Lire Jaurès aujourd’hui permet de remettre en cause cet optimisme pour l’articuler sur cette autre vision du monde ; optimisme de la volonté, pessimisme de l’intelligence. JP Damaggio

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 19:55

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Proposition d’un lâche (1914)

Citoyens je propose que, si un jour on déclarait la guerre de faire la grève militariste

(à part) comme ça on ne risquerait pas sa peau (dessin  par Roberty)

Car en effet, Jaurès n’a pas risqué sa peau !

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Le châtelain dans ses terres :

Contrairement aux autres caricatures qui portent sur le pacifisme de Jaurès, ici c’est une attaque sur ses positions sociales. A côté du paysan qui travaille, le châtelain règne avec son ombrelle et son journal. Une position "confortable" qui lui coûtera cependant très cher…

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La guerre sainte dans le Sud-Oranais. Le Grand marabout Sidi Mohamed Ben Jaurès prêchant la pénétration pacifique dans le désert.

Jaurès n'est pas pour l'indépendance des peuples coloniaux mais il est aussi très critique de la politique coloniale et on voilà là le pacifiste à la remorque d'un arabe qui l'est bien peu.

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Jaurès à la solde des Allemands, Jaurès l’espion des Allemands, Jaurès l’ami des Allemands… Cette caricature de 1907 guide le bras de l’assassin.

 Sur Fantasio, dès 1907, Jaurès agent de l’Allemagne

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 14:44

Cet article de journal peut paraître un peu long aujourd'hui.... JPD

L 'ESPRIT DES PAYSANS

« La Dépêche » du dimanche 10 novembre 1889

L'éducation politique et morale des paysans a une grande importance. Pour y réussir, il faut les aimer et les bien connaître.

Le paysan a l'esprit sérieux. Il est obligé de peiner, de calculer, de se défier. Il ne dissipe pas son intelligence en saillies et en bagatelles ; il s'en sert, non comme d'un jouet, mais comme d'un outil. Il n'est pas gouailleur et fantaisiste ; il ignore ce qu'à la ville on appelle la blague. Je parle des vrais paysans, de ceux qui sont attachés au champ, qui labourent et qui sèment, Car il y a dans nos campagnes des irréguliers qui vivent, moitié de travail, moitié de maraude, ou qui exercent des métiers variés, extrayant la pierre, creusant des puits, etc. Ceux-ci, de même qu'ils ont souvent de la fantaisie dans leur vie, en ont dans leur esprit et dans leurs paroles. Ils ont de la verve, ils ont des mots qui partent comme des fusées; ils sont facétieux. Le vrai paysan, lui, a l'esprit grave. Non qu'à l'occasion il n'aime à rire et à se divertir, niais, alors, il a recours à des chansons et à des contes qui contiennent de la joie toute faite, plutôt qu'à des fantaisies personnelles et spontanées de conversation.

En revanche, cette sobriété de l'esprit fait que la moindre plaisanterie l'amuse, On vendange, et il y a dans la vigne beaucoup de vendangeurs et de vendangeuses; du coteau qui est à l'extrémité opposée de la plaine arrivent dans l’air ensoleillé des sons de cloches Une paysanne dit, d’un air entendu : « Quelqu'un se pend» ; — c'est le sonneur de cloches qui, en effet, se pend à la corde. C'est là une plaisanterie rebattue, traditionnelle, et pourtant tous y prennent plaisir, la refont pour leur compte, y trouvent de la saveur. Voilà comment les beaux esprits du village ont dans les cercles de paysans des succès si aisés et si énormes. Ces esprits tout neufs, et au fond très sérieux, quand on les met en mouvement, s'amusent de rien.

Le paysan est volontiers sentencieux, surtout en prenant de l’âge. Il s'exprime par proverbes et maximes ; il ne peut pas se créer à lui-même des idées générales, et il les emprunte à la sagesse traditionnelle. « Le pauvre père disait » revient très souvent dans la conversation des paysans. Cette tradition est le seul livre où beaucoup d'entre eux aient lu. Or, elle se compose de formules courtes, de proverbes et de maximes. Nous nous étonnons quelquefois que, vivant en pleine nature, les paysans ne fassent pas sur les phénomènes naturels plus d'observations personnelles et neuves nous sommes dupes d'une illusion. A part quelques grands faits très simples, comme la succession des saisons, tout dans la nature est extraordinairement compliqué. La plupart des proverbes rustiques ayant trait à la vie agricole n'expriment guère que des coïncidences qui se renouvellent de loin en loin, mais comme c'est pour le paysan le seul point de repère, il y tient beaucoup, et il a beau prendre le proverbe en défaut, dix fois, vingt fois il n'y renonce pas. C'est qu'il résume pour lui un premier essai de généralisation, de science, et qu'il a, en outre, la marque vénérable de la tradition. Voyez ces paysans sentencieux dont les paysans eux-mêmes disent qu'ils ont « l'air prophète ». On sent que, quand ils citent une maxime, ils croient participer à une sagesse très haute, et qu'ils en conçoivent pour eux-mêmes une sorte de respect.

Au point de vue de la terre, le paysan est très attaché à la propriété individuelle ; au point de vue de l'esprit, il aime, au contraire, à confondre sa propre sagesse avec la sagesse, indivise de la tradition. Le prix de l'effort personnel, de la conquête personnelle dans l'ordre du savoir ne lui est pas suffisamment connu. Et c'est là une des raisons qui l'empêchent de vérifier et de corriger par son expérience propre les préjugés nombreux qui circulent.

Ce n'est pas que l'esprit d'invention et de création fasse défaut dans nos campagnes ; il y a une production poétique incessante. E. n'y a guère d'événements un peu curieux au village ou dans la contrée qui ne soient mis en chanson. Qu'il s'agisse d'un mariage comique, de la brouille d'un curé avec sa madone ou d'une élection, il y a toujours une demi-douzaine de poètes qui se cotisent et qui font une pièce de vers en collaboration. Ce n'est pas toujours très relevé, mais c'est vivant. Ce sont les jeunes gens qui font cela.

 La jeunesse est, à la campagne, presque une institution. A la ville, et surtout dans les grandes villes, les plaisirs sont tout préparés : c'est le théâtre, c'est le cirque; vieillards et jeunes gens s'y pressent confondus. Il n'y a de distractions pour les paysans que celles qu'ils organisent eux-mêmes : les fêtes votives, les bals sous les grands arbres. Mais qui donc organisera tout cela, qui s'emploiera à louer les musiciens, à orner l'emplacement, à recueillir les fonds, si ce n'est les jeunes gens ? Ce sont eux surtout qui résistent au curé quand il défend la danse ; ce sont eux qui, à la sortie de vêpres, organisent, à partir du clocher, ces courses à pied où il faut, tous les cent pas, poser un œuf à terre sans le briser; ce sont eux, quand un mariage leur déplaît, qui sèment de la paille et du foin tout le long du chemin suivi par le cortège ; ce sont eux qui introduisent dans les campagnes les refrains politiques et patriotiques venus de la ville, qui perpétuent dans nos campagnes les veillées, qui, sans eux, se perdraient ; ce sont eux, enfin, qui, à la sortie des offices ou en revenant du marché, escortent la jolie paysanne, laissant les anciens s'entretenir du cours des bestiaux. Aussi, quand à la campagne il est question de « la jeunesse », on sent qu'il s'agit d'une sorte de puissance organisée, qui n'a rien d'analogue dans les grandes villes.

De toutes les poésies qui se font ou qui se chantent à la campagne, la nature est à peu près absente : il s'agit d'amour, de fiançailles, de guerre, de départ, de retour, d'événements locaux ; mais les beautés mêmes de la campagne n'y sont jamais décrites ou même indiquées. Pourtant, le sentiment poétique ne manque pas aux paysans, mais, précisément parce qu'ils vivent dans la monotonie des beautés naturelles, ils demandent à leurs chansons de leur parler d'autre chose. Ils n'ont pas certainement la grande poésie; et comment l'auraient-ils ? Le temps est passé, où les hommes divinisaient les forces de la nature, le soleil éclatant et les grands bois mystérieux. Les paysans n'ont pas encore sur l'immensité de l'Univers, sur le mouvement ordonné des astres, sur l'évolution et le progrès de la vie, ces grandes idées qui font vibrer la pensée au contact de la nature extérieure. Ils sont habitués à agir, non à rêver ; ils ne peuvent dès lors emprunter au monde visible un aliment pour leurs rêveries.

 L'Église a durci et desséché le dogme. L'Évangile, avec son libre et poétique esprit, a été remplacé par des pratiques sèches, des formalités superstitieuses et des croyances terribles. Les doux horizons de la Palestine sont presque inconnus du paysan, et l’étoile qui guidait les bergers ne se lève pas sur lui. Il retrouve la poésie dans sa familiarité de tous les instants avec la vie des êtres et des choses. A la fin de l'hiver, quand les bestiaux, après de longs mois de réclusion, peuvent quitter l'étable, le jeune paysan accourt pour les voir sortir. Ils sont d'abord comme étonnés ; puis, grisés soudain par la lumière, le grand air, ils partent comme des fous, ils font en sautant, en mugissant, le tour de la grande prairie ; ils en reprennent possession ; puis tous, bœufs, vaches, taureaux, se précipitent et se confondent comme dans une mêlée. Ces bêtes pesantes s’enlèvent comme des chevaux légers. Elles s’arrêtent, soufflent, aspirent l’air, regardent l’horizon et, comme piquées tout à coup d'un aiguillon de folie, s'enlèvent de nouveau. Peu à peu elles se mettent à paître l'herbe courte et rare et, de temps à autre, dans le troupeau immobile qui semble cuver son ivresse, un bœuf se remet à bondir comme après l'orage une vague se dresse de loin en loin dans la mer mal apaisée. Ce sont là de puissants spectacles et le jeune paysan y assiste avec un mélange de crainte et de joie.

 Lorsque la pluie tombe enfin sur le maïs altéré et fait un bruit joyeux dans les feuilles, la paysanne dit : « Le maïs rit. » Lorsque les fèves encore jeunes viennent bien, sous un soleil doux, dans la terre bien travaillée et gonflée de suc, la paysanne, réjouie, dit : « Les fèves têtent. »

 Les paysans s'ennuient dans les lieux clos et bas. Évidemment, ils se nourrissent, à leur insu même, des grands horizons. Un soir, je causais avec un laboureur au sommet d'un coteau qui dominait une grande étendue de pays. L'air était transparent et calme; nous regardions la montagne lointaine d'un bleu sombre qui fermait l'horizon. Il nous sembla entendre un murmure très vague qui arrivait vers nous : c'était le vent du soir qui se levait au loin sur la montagne, et, dans la tranquillité merveilleuse de l'espace, le premier frisson des forêts invisibles venait vers nous. Le paysan écoutait, visiblement heureux ; il me dit en son patois «Lou tèns ès aousenc. » L'expression est intraduisible dans notre langue ; il faudrait dire : le temps est entendif. Le mot exprime cet état de l'air qui est pour le son ce que l'absolue transparence est pour la lumière. Mais de pareils mots n'indiquent-ils pas, mieux que bien des effusions, la poétique familiarité du paysan avec les choses?

 Il n'est point incapable des hautes mélancolies. J'ai connu des vieillards qui, la journée finie, couchés sur la terre sombre où ils allaient bientôt disparaître, parlaient de la mort avec une sorte d'étonnement résigné : « Tout sera bien fini, disaient-ils, et personne n'en revient. » Chose étrange et que j'ai souvent constatée : les mêmes hommes qui parlaient de la mort comme de la destruction totale, parlaient peu de temps après ou en même temps, de l'âme et de sa survivance. Évidemment, beaucoup de paysans n'accordent pas l'idée naturelle qu'ils ont de la vie et de la mort avec l'idée qu'ils tiennent de l'Église. Ils ont dans l'esprit, sans s'en douter, des idées contraires ; elles ne se heurtent point parce qu'ils n'y réfléchissent pas assez; elles sont simplement juxtaposées. D'un côté, ils croient très bien, avec l'Église, que l'homme est supérieur aux bêtes, qu'il a une âme, et que cette âme ne périra pas. D'un autre côté, comme on n'a pas développé en eux la vie de la pensée, comme toute leur existence s'use dans le labeur opiniâtre des bras, dans la lutte avec la terre, ils ne peuvent ni se figurer, ni même pressentir ce qui survivrait d'eux dans un autre ordre d'existence ; il leur semble, par ce côté, que la terre en les recouvrant les aura tout entiers.

 Dans les nuits sans lune, les astres brillent, mais ils n'éclairent pas sensiblement la terre; elle est toute noire, et les étoiles semblent resplendir pour elles-mêmes dans les hauteurs : il y a comme divorce du ciel et de la terre. De même, il y a dans l'âme du paysan divorce entre la vie machinale à laquelle il a été condamné et les espérances immortelles que l'Église a gravées à la surface de son esprit, mais qu'elle n'a point fondues dans son existence quotidienne. Elle a imposé des dogmes du dehors ; elle n'a pas éveillé la pensée intime. Le premier soin de l'Église, si elle voulait faire pénétrer vraiment l'esprit chrétien jusqu'au fond des âmes, devrait être d'aider et non de combattre ceux qui, comme nous, veulent éveiller partout la pensée ; mais l'Église ne songe qu'à sa domination. C'est à nous d'amener peu à peu la démocratie rurale à la pensée personnelle. Jean Jaurès

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 15:30

En 1899 un livre d’articles de Jaurès est publié sous le titre Action socialiste ; Première série, le socialisme et l’enseignement, le socialisme et les peuplesJaurès y publie l’avant-propos suivant éclairant à plus d’un titre malgré sa brièveté. En 1899 nous sommes encore loin de la création de Parti socialiste qui s’unifie en 1905. Nous sommes donc loin de la création du journal L’Humanité. Les articles sont surtout de La Dépêche du Midi. Et Jaurès a raison, ils sont bien ceux d’un socialiste. Mais quelle différence entre un « socialiste » et un « centre-gauche » ?

Nous y reviendrons. JPD

La parole à Jaurès

De jeunes amis m'ont demandé la permission de réunir, en un ou plusieurs volumes, un choix de mes articles et discours. Un moment, j'ai hésité. Je craignais qu'on ne vît là une sorte de préoccupation littéraire peu convenable à un militant. Et puis, nous avons devant nous tant de travail, nous avons si peu fait, qu'il me paraissait dangereux de retourner vers le passé. A quoi non lier ces pauvres gerbes quand la moisson commence à peine ?

Mais ces jeunes gens m'ont dit que publier un volume de propagande, comme on publierait une brochure de propagande, c'était encore agir, et je me suis rendu de bon cœur à leur vœu.

 Ce sont eux qui ont fait tout le travail, le choix et le classement. Je ne sais même pas, en écrivant cet avant-propos, quels sont les morceaux contenus dans ce volume. Mais ce que je sais bien, c'est que, quelle qu'en soit la date, on y retrouvera la même inspiration socialiste. Dès que j'ai commencé à écrire dans les journaux et à parler à la Chambre, dès 1886, le socialisme me possédait tout entier, et j'en faisais profession. Je ne dis point cela pour combattre la légende qui fait de moi un centre-gauche converti, mais simplement parce que c'est la vérité.

Mais il est vrai aussi que j'ai adhéré à l'idée socialiste et collectiviste avant d'adhérer au parti socialiste. Je m'imaginais que tous les républicains, en poussant à bout l'idée de République, devaient venir au socialisme. Et il me paraissait plus sage de ne pas créer un groupement socialiste distinct. C'était une illusion enfantine, et ce que la vie m'a révélé, ce n’est point l’idée socialiste, c’est la nécessité du combat. Si les pages qui suivent pouvaient aider les hommes de pensée à devenir des hommes de combat, et à comprendre que la vérité, pour être toute la vérité, doit s’armer en bataille, les jeunes gens désintéressés et dévoués qui ont pris l’initiative de cette publication seraient bien payés de leur peine.

Jean Jaurès

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:33

A un moment, libéré de sa fonction de député par la majorité de ses électeurs, Jaurès proposa une chronique littéraire à La Dépêche du Midi. Voici celle autour des félibres. JPD

 La Quizaine littéraire 15-05-1894

Aubanel

 Un vieil ami du grand poète provençal, Théodore Aubanel, vient de publier sur lui une très substantielle et intéressante étude chez Lecoffre. M. Ludovic Legré nous conte l'existence même d'Aubanel ; il publie ses lettres intimes, indique l'origine de ses inspirations. Il est évident que ce qui caractérise Aubanel dans le groupe des grands et illustres poètes de Provence, C'est la spontanéité, la sincérité lyrique. Roumanille a été l'éducateur, l'esprit systématique. Mistral a eu la large création épique et impersonnelle. C'est avec sa vie, ses amours, ses deuils, ses joies qu'Aubanel a fait ses œuvres exquises et pénétrantes. Son amour poignant pour Zani, la pâle et douce jeune fille cachée au couvent, a été l'origine de son recueil « La Miougrano entreduberto ».

Ce qui caractérise le génie d'Aubanel, c'est un curieux et intime mélange d'esprit chrétien et de sentiment païen. Il est catholique passionné, plein de piété à la Vierge ; il comprend le pur et idéal amour et il a en même temps le sens de la nature passionnée, éclatante, ardente. Il associe à la dévotion délicate et tendre pour la Vierge le culte de la Vénus d'Arles. Il a eu plus d'une difficulté à ce sujet. Il a tour à tour charmé et scandalisé les bonnes âmes et il a eu à lutter contre de pieuses cabales, après avoir reçu des papes des lettres d'affectueuse approbation.

Mais c'est une joie pour nous de sentir ce que ce mouvement provençal, qui apparaît un peu artificiel et factice à travers le félibrige parisien, a eu de sincérité première, d'élan vrai et chaud. J'aime peu les Provençaux de Paris qui exploitent indéfiniment la Provence mais ceux de Provence ont été vivants, naïfs, inspirés et grands. M. Ludovic Legré nous ramène à l'horizon que domine le mont Ventoux et où ont vécu de vrais hommes, de vrais poètes, qui ont admiré la lumière, la beauté, la vie et qui ont aimé.

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:30

A un moment, libéré de sa fonction de député par la majorité de ses électeurs, Jaurès proposa une chronique littéraire à La Dépêche du Midi. Voici celle autour de deux productions concernant Lourdes. Celle de Pouvillon, originaire de Montauban et celle de Zola beaucoup plus connu. JPD

 

La Quinzaine littéraire, 04-05-1894

BERNADETTE DE LOURDES

Émile Pouvillon vient de publier chez Plon Un Mystère, dont toute la vie de Bernadette, depuis la première enfance pieuse et rêveuse jusqu'à l'agonie dans une cellule de couvent est le sujet. Pouvillon semble aimer maintenant cette forme du mystère, ces descriptions courtes, analogues à des indications scéniques, coupées de dialogues. Il avait déjà employé la même forme semi-descriptive, semi-dramatique et lyrique dans les Antibel. Mais dans les Antibel, dans cette rude et poignante histoire de paysans, la nature tenait plus de place. Ici, sauf dans le prologue et dans quelques scènes du début, la nature apparaît peu. Les Pyrénées un moment se dressent, puis s'effacent. Et presque tout le drame est purement intérieur et psychologique.

 Je crois que le roman de Zola sur Lourdes était depuis assez longtemps annoncé quand Pouvillon a conçu son œuvre. En tout cas, il n'y a pas là rivalité, et, si j'ose dire, concurrence. La différence est si grande entre le point de vue de Zola et celui de Pouvillon qu'il n'y a pas de conflit à craindre. Nous connaissons à peine quelques feuilletons du livre de Zola, mais la seule différence des titres indique la diversité des œuvres. Pour Zola, c'est Lourdes, c'est-à-dire l'énorme vie du pèlerinage, et si Bernadette en doit être le centre, je suis sûr d'avance qu'elle sera plus d'une fois écrasée par le cadre. Zola retrouve à Lourdes ce qu'il a partout cherché et aimé : après la vie puissante et réglée des grandes gares, après la colossale organisation commerciale des grands magasins comme le Bonheur des Dames, voici une énorme organisation religieuse qui ébranle ramasse et discipline les foules, et qui centralise la dévotion à la Vierge, absorbe et détruit les autres pèlerinages comme le Louvre et le Bon Marché ont absorbé et détruit les boutiques et les magasins modestes du bon vieux temps. Nous verrons si Zola saura montrer dans le frêle mécanisme délicat de l'âme enfantine de Bernadette le ressort central presque invisible, mais tout puissant de cette énorme machine de piété à la fois sincère et théâtrale. Ou, si l'on me permet une comparaison plus évangélique, saura-t-il nous montrer comment l'imperceptible grain de sénevé en levant du sol a communiqué un ébranlement mystérieux à toute la surface de la planète, et a déterminé la vaste houle des mottes de terres, des sillons et des plaines ? Voilà où serait, à mon sens, l'intérêt du livre de Zola.

 Pouvillon s'est transporté d'emblée dans l'âme de Bernadette. C'est à travers ses visions que tout nous apparaît : même la Lourdes nouvelle, celle des basiliques, des immenses pèlerinages, que Bernadette n'a jamais vue de ses yeux. Pouvillon ne nous la montre pas directement, c'est dans une vision de Bernadette devenue sœur cloîtrée que la ville bruyante et triomphante nous apparaît. Il y a des parties charmantes, spirituelles ou délicates dans l'œuvre de Pouvillon. Oserai- je dire quel est, à mon sens, le défaut ? Elle manque de continuité et d'unité. Je suis déconcerté en passant du paradis de légendes ingénieusement ouvragé et laborieusement naïf du prologue à des faits divers, des enquêtes de commissaire et des scènes de reportage. Puisque tout le fond de l'ouvre devait être dans l'âme même de Bernadette et dans les effets divers et contradictoires que cette âme devait produire sur d'autres âmes inégalement capables de la comprendre, pourquoi avoir superposé à cette œuvre vivante et vraie, comme une immuable et fantastique coupole, ce paradis du prologue ? Ce ciel de carton peint, si habilement qu'il le soit, est en dehors de la vie : il est figé, c'est-à-dire mort, et c'est là, à mon sens, comme un plafond qui écrase et rabat l'essor de l'ouvre laquelle, au grand air de la nature et de la vie, fut plus librement montée. Et ce décor du théâtre céleste donne quelque chose de factice à tout le drame humain qui se développe en bas. Mais il est à cette faute une compensation : c'est que, du haut de ce paradis, Pouvillon a pu contempler les Pyrénées, et nous les montrer comme on les verrait d'un ballon descendant. « Sous le Paradis, juste dessous, dans le dédale blanc et bleu des Pyrénées, comme d'un aigle en chasse, le regard du saint plane en orbes immenses, descend sur le haut relief des montagnes. Et à mesure qu'il s'abaisse, les montagnes grandissent. Dans l'éther pâle, des figures monstrueuses apparaissent. Noires, déchiquetées, aiguisées comme des flèches barbares, les cimes sortent de la nudité triste des champs de neige. Voici la pyramide d'Ardiclen, la couronne ébréchée de Néouvieille, les quatre pennes de Vignemale portant comme les quatre bouts d'un linceul, le glacier de Montferrat... ».

Et ceci, qui est admirable, «c'est la lande de Bartrès. Solitaire, perdue entre le ciel et les vagues pays abîmés au dessous, les campagnes comme brodées, les villages tout petits en fuite dans la brume solitaire et triste d'être toujours pareille, de tout temps pareille, avec ses tertres funéraires, ses tertres désherbés, témoins de l'autrefois, avec ses chênes, ses trois ou quatre chênes gardiens de l'étendue, elle ondule couchée au pied des montagnes, prosternée devant les Pyrénées glorieuses et sévères qui se dressent en face d'elles zébrées de torrents, veloutées d'herbe pâle, couronnées de glaciers. »

Pouvillon, qui est souvent un délicat orfèvre presque mignard, a tout à coup (quand il retrouve des paysages analogues à ceux de son Quercy), l'ampleur triste des horizons, et comme la saveur amère et douce des terres familières et désolées. Il y a aussi quelques beaux morceaux de philosophe.

« Un mystique. Un miracle Pourquoi pas ? Les lois de la nature sont invariables, c'est vrai. Mais la loi, la loi unique, la loi absolue, qui peut se vanter de l'avoir lue sur le visage changeant des phénomènes... Que faire, chétifs ? De ses faibles doigts comment saisir l'immensité de la vie universelle ? Que faire ? Abdiquer ; se délivrer du moi, se donner dans l'acte de foi du chrétien, disparaître vivant dans l'absolu. Se donner ? C'est peut-être beaucoup. Et l'occasion est-elle vraiment si pressante ? Quoi ? pour l'étonnement d'une thaumaturgie pratiquée de tout temps et par tous les cultes ? pour le soulagement inattendu de quelques misères privilégiées ? Pourquoi privilégiées ? pour quelques gouttes de joie inutiles, perdues dans l'océan de l'a douleur humaine ? Se donner pour si peu ? Echapper à l'obscurité formidable du grand mystère, pour acquiescer à l'obscurité du petit mystère catholique, où est l'avantage !»

Comme on voit, Pouvillon qui, dans les Antibel a compris et réalisé la grandeur de la fatalité antique, touche ici aux cimes de la pensée chrétienne et aussi de la pensée libre. Oserai- je émettre un vœu ? C'est qu'il reste toujours étroitement associé de cœur et de regard à la nature à la fois sévère et précise, qu'il ne se laisse pas emporter, par la tentation de la mode, à un mysticisme vague où les solides hauteurs des monts s'atténuent en fantômes et où les sommets se dissolvent en nuées.

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