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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 10:14

Une dame m’interroge sur le cas du maquis de Saint-Antonin en 1943. Je reprends mes archives et je tombe sur le seul exemplaire de La Gazette de Saint Antonin Noble val que je possède et qui date de juillet 1984. Il s’agit du bulletin municipal où malgré son décès en 1979, on trouve encore un texte de Pierre Bayrou. J’y retrouve l’écrivain que j’ai eu du mal à lire car je le trouvais trop bucolique, et je n’ai jamais aimé les bucoliques. Mais en 2012, je comprends que son souvenir est tout autant humain que bucolique quand il évoque le graveur Rodolphe Bresdin. Qu’est-il venu faire à Caylus et Saint Projet cet admirateur de Léon Cladel ? Et tout d’un coup, je me suis mis à rêver… Je place ce témoignage dans la rubrique CFM car c'est en discutant avec Joan Péricas, et en prévision d'une intervention sur Pierre Bayrou, que je suis incité à faire ce travail. JPD

 

SOUVENIR DE SAINT-GERY pat Pierre Bayrou

Ceux qui l'auront vu une fois, ce grand puits d'ombre et de silence ne pourront jamais l'oublier. Pour moi, qui l'ai découvert il y a plus d'un demi-siècle, je sais bien que j'en ai toujours gardé le souvenir : un souvenir si vivace que de loin en loin il revient dans ma vie, m'apportant chaque fois une émotion plus poignante et plus chère. C'était au temps où nous habitions tous ensemble, dans mon village de Caylus. Mon père voulut un jour nous conduire, ma mère et moi, jusqu'au vallon de St Géry. Nous partîmes donc, par la "route du bas", celle qui remonte insensiblement, de méandre en méandre, une vallée aussi douce, aussi bénigne que le nom de son ruisseau : la Bonnette, cette Voulzie de mon enfance... Or, j'avais dix ans et lui trente, et sept kilomètres de route -à vrai dire quatorze en comptant le retour- cela peut paraître excéder les forces d'un enfant. Eh bien non, tout au contraire : comme dans un monde enchanté, j'allais, avec allégresse, de surprise en ravissement. La voix de mon père faisait lever dans mon cœur tant de souvenirs et de songes ! A mots hésitants et rêveurs, elle commentait les spectacles dont chaque détour du chemin renouvelait la grandeur ou la grâce. Elle disait, la voix si chère qui s'est tue, le charme des moulins qui s'égrènent dans la vallée. Pas un qui ressemblât à l'autre. Mais ils étaient tous, avec leur pigeonnier carré, leurs granges, leurs étables, leurs charrettes sous les hangars, de petits mondes clos, où chaque famille vivait sur son propre bien, de son propre labeur. Et c’est dans l'un d'eux, toujours appelé Rabaïssou, que naquit le père du philosophe Ravaisson.

Sur le flanc droit de la vallée, de larges prés étalaient leurs flaques, serties de bois crépus qui montaient jusqu'à l'horizon. A gauche au contraire, le causse tombait droit en murailles abruptes. De loin en loin un village accrochait aux corniches ses grappes de maisons. D'abord St Pierre, sur son promontoire de tuf, avec son église qui semble en précaire équilibre au rebord d’un effondrement. Puis, toute seule à la proue d'un cap chauve, bien détachée sur le ciel, une minuscule chapelle : Notre-Dame-des-Grâces la bien nommée, puisqu'elle dispense au moins ce bienfait : la grâce, fine et sobre, de ses proportions de châsse ou de bijou. Ensuite ce fut Lacapelle :"une vieille commanderie, dit mon père. Et ce mur crénelé, tu vois, c'est le chevet de son église forte". Encore un moulin, où la route passe entre deux bâtiments, et nous étions déjà sous le dernier hameau de la crête : Loze, dont le clocher, bizarrement coiffé d'une sorte de pétrin renversé ou de mitre aplatie, dominait vieux murs et vieux toits.

C'est là que, la route quittée, nous prîmes le chemin charretier, la raboteuse « carrétal » qui devait nous conduire au terme du voyage. A notre droite, la Bonnette n'était plus qu'un chétif ruisselet. Pourtant, des moulins encore, tous actifs et cliquetants. La route traversait quelquefois la cour de l'un d'eux, longeait un fournil, contournait une étable. Sur la gauche, au ras du chemin, une retenue d'eau étendait comme un lac sa surface lisse. Et voici que peu à peu s'évasait devant nous un cirque grandiose dont l'énormité me frappait de stupeur. Nous avancions toujours vers la paroi du fond, là-bas, une falaise toute nue, couleur d'ocre, creusée de mille trous d'où jaillissaient des volées de choucas qui tournaient en rond au-dessus de nos têtes. Un sentier grimpait sous les branches, longeant le lit profond d'un torrent desséché. Et soudain s'ouvrit devant nous, noire et sinistre, la gueule énorme de la grotte. Sous la guirlande de lierre qui pendait de la voûte, je restais perclus d'une émotion qui ressemblait à l'épouvante. Mes parents eux-mêmes, qui me semblaient rapetissés sous ce porche colossal, furent un moment interdits et sans voix. Pour moi, ce qui me frappait le plus, je crois bien, c'était la solennité du silence, et l'apparence d'éternité que tout prenait dans cette solitude sauvage : les moulins eux-mêmes, dont on entrevoyait quelques toits, me semblaient dater, eux aussi, des premiers jours du monde. Emerveillé, attendri, avide, j'écoutais mon père rêver tout haut. Ce moulin à droite, si hardiment établi au pied même de la falaise et qui, le premier, reçoit l'eau du ruisseau naissant, de quel joli nom il s'appelle ! C'est le moulin de la Doux, un mot venu du fond des temps. Car une doux, qu'il faut prononcer doutz, c'est en langue d'oc, depuis bien avant la conquête latine, le point, ou le pertuis, d'où ruisselle une eau vive -comme par le douzil, car c’est le même mot, coule le vin d'une barrique...

Naissance d'un ruisseau : on a beau s'en défendre, c'est toujours pour un homme un mystère touchant. Naissance ? Résurrection plutôt, puisque c'est ici que la Bonnette, enfouie au lieu-dit Le Cros, trois kilomètres en amont, réapparaît à la lumière. Perte d'un ruisseau, long cheminement dans la nuit souterraine, résurgence, renaissance : ces énigmes commençaient déjà à troubler mon cœur et à stimuler ma pensée. Mais une émotion plus troublante me gagnait, à rêver devant l'abîme : la sensation de ma petitesse, que tant de grandeur écrasait. Le pressentiment me vint-il alors de la leçon, terrible et féconde, que de pareils spectacles peuvent donner à notre orgueil ? Eternelle, impassible, mystérieuse majesté : en faut-il plus, pour que nos cervelles soupçonnent qu'il y a peut-être, au-delà des choses visibles, des réalités inconnues ? Cette tour ruinée que j'apercevais à ma droite, presque adossée au mur rocheux, j'apprenais qu'elle était jadis, il y a plusieurs siècles, un oratoire voué à St Gery, dont le nom est devenu celui du paysage lui-même.

Oui, ce sont ces aspects poignants du visage de la terre qui, bien souvent, font naître chez les simples : superstitions et légendes - chez les penseurs et les mystiques : philosophies, systèmes, religions. Quant à ces autres créateurs de mythes, artistes, rêveurs, poètes, ils leur ont suggéré parfois certains de leurs plus hauts chefs-d'œuvre. C'est ce jour-là, par exemple, que j'entendis parler, pour la première fois, de l'étrange et génial graveur Rodolphe Bresdin, le précurseur, comme on sait, du maître Odilon Redon. Car c’est à St Projet -mes amis parisiens seront bien surpris et peut-être confus de l'apprendre- que le pauvre Chien-Caillou séjourna quelque temps, à la fin du siècle dernier. Aucune biographie, aucune étude critique n'a jamais mentionné, à ma connaissance, cet épisode de sa vie. Réfugié dans ce hameau perdu, il y vivait comme toujours en bohème miséreux. Il fabriquait des fleurs de papier qu'il allait vendre de hameau en hameau, en exhibant un lapin savant qu'il nourrissait dans une cage. Il passait des heures, le soir, assis jambes pendantes au bord même de l'à-pic, à contempler en silence le creux qui béait devant lui. J'ai toujours pensé que c'est là, devant cet abîme, que lui est venue l'idée de l'un de ses plus beaux chefs-d'œuvre : la planche célèbre où l'on voit un vieil homme en haillons agoniser, solitaire, au creux d'un ravin, parmi des ossements. Une forêt l'environne, inextricable, horrible, hallucinée, les arbres y ont des faces humaines, à l'épouvantable rictus. Sur leurs branches, qui sont des bras tors et griffus, sont assis des êtres fantastiques, hiboux pansus, stryges, lamies, vautours de cauchemar. Tous, de leurs yeux lunaires, regardent fixement mourir le vagabond. Et là-haut, dans un ciel de tourmente, rayonne, impassible, la face de Dieu.

Quel symbole ! L'homme, toujours fragile et toujours menacé, errant dans la forêt des indéchiffrables énigmes et mourant, toujours solitaire, appelant un Dieu qui ne répond pas...

L'heure passait. Au-dessus de nos têtes tournait toujours la ronde des choucas. Parfois, comme sur un mot d'ordre, leurs criaillements cessaient tout-à-coup, et l'on n'entendait plus alors, dans le silence refermé, que l'humb1e ruisseau qui faisait tout en bas, parmi les menthes et les joncs, son gargouillis éternel.

Pierre BAYROU

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 14:01

L'émission sur CFM suit son chemin. Bientôt nous y croiserons Noël Arnaud, juste après Jean Malrieu ! JPD.

 

Sur le journal Libération : Mort de l'écrivain Noël Arnaud  5 avril 2003 à 22:37

 

Président de l'Oulipo, satrape du Collège de pataphysique, l'écrivain Noël Arnaud est mort le 1er avril, à l'âge de 83 ans. Il sera inhumé mardi prochain à Penne-du-Tarn. Familier des lecteurs d'Alfred Jarry et de Boris Vian auxquels il a consacré des études devenues classiques, Noël Arnaud a vécu en une seule existence plusieurs «vies parallèles» : éditeur inventif et impénitent avec la Main à plume, plusieurs fois revuiste, néodadaïste puis surréaliste, écrivain mais encore fin critique d'art. Son oeuvre compte de nombreux livres culte tels la Langue verte et la cuite (1968) écrit avec Asger Jorn, et l'Encyclopédie des farces et attrapes, avec François Caradec. On y revient dans le prochain «cahier Livres».

 

Noël Arnaud est donc décédé à Montauban un 1er avril 2003. Il habitait juste à côté du commissariat de police. Avec des amis nous l'avons rencontré plusieurs fois et j'offre aujourd'hui (après une de ses lettres) un entretien que j'ai eu sur le cas Lucien Cario, le cas d'un typographe car il n'y avait pas alors d'écrits sans typographes. Lucien Cario le premier imprimeur du poèle d'Eluard Liberté ! C'est avec une vive émotion que j'ai repris ce texte. JPD

 

http://la-brochure.over-blog.com/article-34764578.html

 

A une lettre près ?

 

Le prote. Brusquement j'imagine Noël ARNAUD en prote penché sur sa minerve d'où il extrait minutieusement un début d'impression du Petit Jésus. La minerve est ce petit appareil qui peut imprimer des ouvrages d'un format maximal égal à l'in-quarto ; le format « Jésus» sert à faire la revue. A moins qu'il n'en extrait quelques pages destinées au Collège de Pataphysique !

 

Le prote, ce typographe aux mains aussi soigneuses avec l'encre que l'esprit l'est avec les mots ; le prote, ce génial héritier de la longue histoire de l'imprimerie ; le prote, une image qui a surgi quand Noël ARNAUD me précisa tout d'un coup : « Mais j'ai eu une presse ».

J'ai alors deviné une cave au sol fraîchement cimenté où le bruit de la presse résonnait d'autant plus qu'elle imprimait des mots tonitruants, des mots tonnant très fort. Il s'est toujours activé sur les franges de la norme ou sur les marges du temps.

 

Agé d'à peine vingt ans, Noël participe à la publication des Réverbères revue à la fois dada et surréaliste, puis de la Main à plume, revue qui offrira à ses lecteurs un poème d'Eluard destiné à un grand retentissement. Au mois d'octobre 1942, c'est chez l'imprimeur qu'in extremis l'auteur du poème en change le titre « Dernière pensée» pour celui de « Liberté ». Qui était donc cet imprimeur pour oser afficher son nom sur une telle publication ? D'où venait Lucien CARIO ? Comment Noël avait-il eu le contact avec ce courageux ?

 

« Lucien CARIO était très drôle, le type du vieux typographe de la Butte aux Cailles, ceux qui ont fait la Commune, à la fois appartenant au peuple et avec une certaine culture. C'était de bons imprimeurs. Un prote c'était quelqu'un Je l'ai connu par l'imprimeur des Réverbères, BERESNIAK, qui, un jour où il était surchargé nous dirigea vers Lucien CARIO, un type remarquable. Il avait environ 40 ans et était installé à la Butte aux Cailles. Il avait deux ou trois ouvriers et il travaillait la nuit pour la Résistance avec un travail de jour pour la façade. Il a toujours fait la Main à plume. Pour la publication du poème Liberté, les envois ont été faits chez lui pour qu'ils puissent partir directement. Il est sûr qu'il prenait autant de risques que les auteurs et peut-être davantage ! » "

 

A présent Noël ARNAUD a comme imprimeur Edmond THOMAS de Bassac. Nous ne sommes plus aux temps des typographes, si bien que quand il entre chez Edmond THOMAS, Philippe SAVARY a noté dans le Matricule des Anges: «que le visiteur ne peut échapper à une immense machine bleue, genre mobilier de bureau un peu kitch : une photocomposeuse Digital Equipement des années 80 achetée à prix d'or et aujourd'hui obsolète» (1) (Nanni MORETTI dirait : Quoi, vous avez dit kitch !). Et Edmond THOMAS explique alors ce que disait Noël ARNAUD avant de parler de Lucien CARIO : « L'imprimerie c'est foutu.». Il a commencé « grouillot» puis, en 1970, fonde la revue Plein Chant qu'il publie sur sa ronéo et se lie à un groupe parisien proche des pataphysiciens. Après avoir quitté Paris il fonde en Charente une petite maison d'édition qui aujourd'hui emploie trois salariés. Au mot de pataphysicien on sent que Noël ARNAUD n'est pas loin.

Sur Edmond THOMAS, un homme surchargé, Noël note : « il se plaint d'être surchargé mais en même temps il ne vivrait pas s'il n'était pas dans cette situation. On est tenté de le plaindre mais c'est sa façon d'être. »

 

Noël ARNAUD aurait pu suivre le même chemin sauf qu'il n'avait pas un passé de travailleur dans l'imprimerie. A créer la revue Le Petit Jésus sur sa presse minerve, il décida d'acheter une grosse presse mais il fallait être deux pour la manœuvrer. II en resta donc à la petite impression qu'il dut abandonner quand elle fut totalement dépassée et quand il en fut lassé au début des années 60.

Par cette activité pratique, il a pu confirmer son attention à la lettre qu'il avait de toute façon, poète qu'il était, à prendre toujours les mots au pied de la lettre. En conséquence, quand arriva l'heure de l'informatique, il ne resta pas les deux pieds dans la même lettre : par sa rencontre avec Regime DETAMBEL il réalise le numéro 26 de sa revue la Dragée Haute (encore une revue) en construisant un dialogue sur un signe écrit particulier l’arrobe: « Le signe se dit « at » @ en anglais, c'est la désignation sèche (très économique) d'une adresse.». Il a fallu cet entretien du 13 mars 1999 pour que je fasse le rapport entre elle et la dite Régime DETAMBEL qui faisait la couverture, presque un an auparavant, du ... Matricule des Anges (encore lui) (le lien avec Noël ARNAUD s'est fait par l'Oulipo). Noël indique :

« Régime DETAMBEL une excellente romancière kinésithérapeute mariée avec un kinésithérapeute. Elle écrit très très bien. Jusqu'à présent elle ne sortait pas mais aujourd'hui elle est au Salon du livre. Je devais y aller mais je n'irai pas.»

Noël ARNAUD avait donc une presse qui au moment de la guerre d'Algérie lui valut une belle perquisition. Ecoutons, même sans le son, sa manière de raconter, qui serait tout autre s'il prenait la plume :

«Un matin à l'aube, très légalement ils sont entrés chez moi, les hommes de la DST, revolver au poing. Ils m'ont réveillé et ayant pas mal picolé la veille, j'étais donc un peu vaseux, ce qui m'a servi. Au lieu de m'affoler, je leur ai dit tranquillement, malgré les revolvers : « Asseyez-vous messieurs » et ça les a complètement surpris. « Pas du tout » qu'ils m'ont répondu. Ils m'ont longuement interrogé, perquisitionné, comme ami du FLN. Ils prétendaient avoir reçu une lettre de dénonciation. Un prétexte mais ça pouvait être vrai. Au cours de mon arrestation pendant la Seconde Guerre Mondiale l'Amiral CANARIS m'avait indiqué que la France comptait beaucoup de dénonciateurs. Ils ont donc voulu voir la presse. Je leur ai montré le rouleau encreur moisi en disant : « Vous voyez qu'elle n'a pas servi ». C'était un truc classique (sortir après usage le rouleau normal et le remplacer par un autre moisi) et le jeune inspecteur de la DST, sympathique d'ailleurs, exigeant et très fin, s'est laissé avoir complètement. C'est curieux car il était très intelligent : il m'a déroulé un papier où il y avait tout concernant ma vie. Un papier interminable. Il me semble que dans le film Don Juan on voit la même chose. Pour écrire mes mémoires si j'en avais eu l'intention, j'aurais eu besoin d'un tel papier. Je pouvais savoir par exemple que j'avais pris un avion en 1946 de Meknès à Tanger avec la date précise et l'heure précise. Et c'était un vol un peu spécial avec un avion particulier ! Et tout était vrai. J'ai raconté ça à un ami fondateur du Collège de Pataphysique et il m'a dit que j'avais de la chance que tout soit vrai. Ayant l'impression d'être suivi, il demanda à un camarade devenu sous-préfet s'il pouvait lui en communiquer la raison. Il put obtenir sa fiche de la DST qui n'avait qu'une mention trotskiste. « Tu dois les avertir que c'est faux ! » s'exclama le coupable mais le sous-préfet répondit :

«Si je les avertis que c'est faux, je vais avoir sur ma fiche que j'ai averti la DST que tu n'étais pas trotskiste et je n'y tiens pas. »

Voilà pourquoi on ne peut plus modifier une fiche ! Il faut souhaiter que ce qu'il y a sur les fiches soit vrai.

La perquisition fut correcte. Et c'était environ en 1958. J'avais sans doute été repéré car au cours de mon passage au Maroc, autour de 1945, je fus en contact avec les nationalistes marocains de l'époque. J'avais fait marcher la presse pour les porteurs de valise mais aussi pour des choses qui passent pour peu sérieuses comme « la chanson du décervelage » de Jarry. »


A chaque fois, à chaque détour de phrase, à chaque moment de sa vie, à chaque occasion, Noël ARNAUD mentionne un copain, un ami et quand je lui demande comment il en est venu à imprimer lui-même, il me renvoie au nom de François CARADEC avec qui il va ensuite travailler à classer les papiers de Boris VIAN.

« CARADEC travaillant chez un imprimeur s'était mis à toucher aux presses et c'est ça qui m'avait donné l'idée d'acheter une minerve. J'ai acheté une presse plus grande mais je m'en suis peu servi. J'avais une boîte de caractères et pour les textes plus longs je les linotypais. Je ne pouvais faire de grands formats. »

Puisqu'il s'agit de François CARADEC voici ce que dit de lui Eric DUSSERT dans ... Le Matricule des Anges :

« Ce vaillant érudit dont les livres ont acquis le statut de références est aussi la modestie incarnée. Intarissable lorsqu'il lui est offert d'évoquer ALLAIS ou JARRY, il passe sa propre personne sous silence. Membre de l'Oulipo, pataphysicien, François CARADEC fait à la fois figure de chercheur très sérieux et de bon vivant aguerri. »

J'ai cru lire dans cette présentation le portrait de Noël ARNAUD ! Et puisque François CARADEC parle pour une fois de lui écoutons-le :

« J'ai passé ma jeunesse sous l'Occupation. J'ai été obligé d'abandonner mes études à un moment où on se faisait rafler trop facilement, je suis devenu typographe. »

En effet, important de savoir la date de naissance des uns et des autres : CARADEC est né en 1924 à Quimper. Et sans attendre, pour ne pas laisser croire un seul instant que CARADEC aida ARNAUD seulement en matière d'imprimerie indiquons l'hommage que lui rend Noël ARNAUD à la fin de « Les vies parallèles de Boris Vian » :

« Telle quelle, cette ébauche rapide [de bibliographie faite par Boris Vian] fut néanmoins à la base du travail babylonien auquel se livra François CARADEC, quelques mois après la mort de Boris VIAN, travail auquel, tout au début, nous assistâmes, émerveillé (par la tranquille audace) et à la fois effrayé (par l'inextricable brousse). »

Jean-Paul Damaggio

 

 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 16:43

Dans Vivre au pays nous retrouvons Clolette Magny que j'ai présenté dans mon livre sur 101 femmes :

http://www.vivreaupays.pro/Patrimoine/tabid/80/ProdID/3037/Langauge/fr-FR/CatID/58/COLETTE_MAGNY_VERFEIL.aspx

http://la-brochure.over-blog.com/article-elles-sont-101-femmes-97827145.html

Voici le texte sur Colette Magny dans le style du livre. JPD

Colette Magny

France, Paris, 1926-1997, Villefranche de Rouergue, France

  Pas question d’évoquer dans ce livre toutes les chanteuses du monde qui sont parmi nous. Je retiens ton nom suite à un fait simple. En 1980, j’ai conduit jusque chez toi, ma compagne d’alors. J’ai préféré attendre dans la voiture car, par timidité, je ne suis pas d’un naturel à rencontrer les grandes personnalités. Nous étions alors très souvent à Saint-Antonin, en conséquence, il n’était pas compliqué d’aller jusqu’à Verfeuil-sur-Seye, en Tarn-et-Garonne où tu avais élu domicile. Il s’agissait de t’inviter, à titre gratuit, pour venir chanter quelques chansons à Montauban, à l’invitation du PCF, au cours d’une soirée en l’honneur des femmes.

L’idée de cette initiative féministe avait fait suite à quelques comportements machos au sein du PCF si bien que ma compagne qui avait tant fait pour cette soirée refusa ensuite d’y participer. De ce soir-là je ne me souviens que de toi, de ta voix, de ton art.

Par bonheur tu as un jour quitté ton travail à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) comme secrétaire bilingue et traductrice pour devenir une forme de Bessie Smith, d’Ella Fitzgerald. Donc en 1963, tu sors un premier 45 tours, deux reprises de Bessie Smith et deux compositions personnelles. Melocoton devient un tube, le seul de ta carrière : tu passes en lever de rideau à l’Olympia avant le spectacle de Sylvie Vartan et Claude François.

 

Ensuite tu vivras des hauts et des bas. Avec Maxime Le Forestier et sa compagne Mara, tu te bats pour le Chili en chantant trois chansons de Violeta Parra et Victor Jara. Tu seras de toutes les luttes, de toutes les insoumissions mais en même temps tu indiques :

« Comment se fait-il qu'en 67, par exemple, j'étais au courant de ce qui se passait dans les pays d'Europe de l'Est mais je ne disais rien ; pourquoi ? Je me laissais emporter par le mouvement. Je ne veux plus, moins que jamais, me laisser dicter une conduite ».

 

Tu as été corpulente dès ton enfance traversée par un drame. Quelque part tu as dit : « Je n'ai pas de "vie privée". Ma vie privée se confond avec mon métier. », une réaction fréquente chez les femmes. Cette déclaration est venue après cet aveu : petite fille de huit ans et demie, tu as été violée par ton oncle !

Une autobiographie avec Sylvie Vadureau : Colette Magny Citoyenne-Blues, Les Éditions Mutine, 1996?

«  Je pense que la vie de tout le monde peut être intéressante, mais ça dépend comment c'est raconté. Or, je ne suis pas bonne juge de ce qui est anecdotique ou pas. Il ne faut pas tomber dans la biographie chiante. Alors il y aura différents éléments écrits par différentes personnes, dont un passage d'analyse musicale. »

 

Malgré le faible écho de tes cris et de tes écrits, tu as une postérité :

« Je suis un petit pachyderme de sexe féminin » le titre d’un spectacle de 2009 où, Odja Llorca, à la Maison de la poésie, signe de bouleversantes retrouvailles avec les frissons provoqués par tes chants, avec ton scat à fleur de peau, avec ton swing à faire pleurer de jalousie Bernard Lubat. Inclassable chère Bessie Smith, chère enragée engagée. Ce spectacle est une plongée salutaire dans l’intimité de Simone de Beauvoir qui, pour être l’auteure du Deuxième Sexe, ouvrage dont on sait combien il a révolutionné le regard sur le féminisme, bousculé les idées reçues et contribué à l’émancipation de la gent féminine, n’en demeure pas moins une femme éperdument amoureuse de l’écrivain américain Nelson Algren. L’idée de croiser les lettres qu’elle lui envoie consciencieusement, des mois durant, avec des extraits du Deuxième Sexe est plus que réussie.

Au même moment une chanteuse belge te croise sur Internet et explique comment elle a repris Melocoton :

« Axelle Red : Je cherchais la Joan Baez française. C'est une chanson que l'on n'entend plus beaucoup. J'ai été surprise de m'apercevoir que personne ne l'avait reprise. J'ai été heureuse de découvrir cette femme avec cette voix de blues incroyable. Elle était quelqu'un d'engagé, du coup, je me suis beaucoup reconnue dans son personnage. C'est en cherchant sur internet que je suis tombée sur Colette Magny. Pour moi, cela a été une découverte formidable. »

 

Mais revenons à toi. Ta musique n'était pas considérée comme populaire ! Tu n'as pas cédé, tu as gardé la musique populaire des Noirs des USA ! Tu n’as pas cédé, tu as gardé Artaud comme s’il était ton frère. Tu as un petit texte de présentation que je me permets de reprendre pour mieux te célébrer :

 

ANTONIN, mon frère, je t'eus connu, je t'eus tue

Momo, môme chiant, je t'ai aimé à première écoute

Je t'aime encore

Tu as craché, vomi, excrémenté pour tous les enfants du monde

Fruit préféré, tu es mon noyau de cerise

La terre, la garce, a tourné autour de toi

Je suis fîère de toi, pépère,

Moi, sur le pèse-nerfs, j'ai cassé la bascule

Un demi-siècle passé à doubler de volume

par grands paquets en plus en moins

Je me suis bousculée le tempérament

Au secours, ma douceur, je me démuraille

On court dans le désert, on court dans la steppe

On est toujours au coin de la rue, misérable

D'espace en espace on pédale, toujours dans la semoule

Je t'aime, Momo, parce que tu as osé basculer dans le manque total

Rien de pire, rien de plus beau ne peut me faire exister

J'en meurs.                                            (CM.)

 

Tu étais consciente que le chemin est loin. Tu avais noté que dans ton village du Sud-Ouest, une soirée antinucléaire c’était deux cent cinquante personnes et le moto-cross : oner mille personnes. « Tant que cette proportion ne sera pas inversée, c'est comme ça qu'ils auront (ou qu'ils se préparent à accepter) la guerre nucléaire. »

 

Un mot pour finir, sur le féminisme. Aussi inclassable que d’habitude. « Il n'y a plus actuellement qu'une catégorie de personnes pour venir m'engueuler, ce sont les féministes. Elles sont curieuses ; ce sont des féministes qui n'aiment pas les femmes. » Pourtant tu es bien sûr une féministe et tu te réjouis des victoires sur l’avortement, la contraception, et tu célèbres leur courage.

Axelle Red se dit également féministe :

« Quand on se promène dans le monde, on s'aperçoit que l'on n'a toujours pas les mêmes droits. Même dans notre culture, quand on voit le nombre de femmes qui subissent la violence dans leur couple. Il y a encore du travail ! »

JP Damaggio

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 22:28

Pétronille Cantecor, l'origine d'une grande industrie

Pour en savoir plus voici un document rare mais signé seulement d'une lettre. 10 mai 2012 JPD

 

 

Document : Origine de l'industrie des chapeaux de paille a Septfonds et Caussade

(Le Républicain du Tet G 7 Février 1892)

Ceux qui connaissent et aiment Septfonds, ceux qui se passionnent pour le progrès industriel et le suivent dans ses moindres manifestations, trouveront sans doute quelque intérêt à connaître l'origine de la fabrication des chapeaux de paille dans notre contrée.

(Peut-être vais-je éveiller certaines susceptibilités, et froisser quelques prétentions, mais c'est guidé par un ordre d'idée plus élevé, et des considérations moins mesquines que j'ai écrit ceci).

Me rappelant le vieux précepte latin "les paroles volent, les écrits restent", j'ai cherché dans le passé des faits et des dates. Aussi est-ce de documents écrits, peu suspects par conséquence de mauvaise mémoire ou de complaisance que cette étude est faite.

Montrer ce que peut devenir un pays, si petit qu'il soit, par un labeur continu et patient, montrer que partout où il y a courage et persévérance il peut y avoir richesse et prospérité, telle est la philosophie que je voudrais nettement détacher de ce qui suit. Aujourd'hui à notre époque de liberté, de réformes sociales tendant à donner à chacun le plus d'initiative possible en lui laissant la libre disposition de ses facultés, le plus humble et le moins fortuné peut prétendre à tout par son intelligence et son travail.

II

En moins d'un siècle, Septfonds a édifié lui-même, sans secours étrangers, sa propre fortune et a su créer autour de lui une honnête aisance. De 8 à 900 habitants la population s'est élevée successivement jusqu'à près de 1900. Septfonds qui allait volontiers travailler chez les autres et s'expatriait, reste maintenant chez lui et y reçoit les Septfontois qui, pour la plupart, n'avaient guère dépassé, dans leurs voyages les plus lointains, le chef-lieu de leur département, vont aujourd'hui, partout en France et presque partout à l'étranger.

Septfonds qui ne fréquentait guère que des Septfontois, a vu un beau matin, débarquer à sa porte Anglais, Italiens, Suisses ... (Parisiens) qui venaient offrir les produits de leurs pays et traiter affaires.

Quelles ont été les causes d’une pareille transformation, quelle est la source de cette fortune. Les débuts de Septfonds sont plus que modestes : ils sont simples et naïfs comme une légende. Au lieu d'avoir été jetées et bâties en six mois comme bien des usines du Nord, par exemple, par la force brutale de l'argent et la volonté de quelques capitalistes, nos fabriques ont une origine entourée presque de poésie, comme il convient bien à un pays du midi, où l'on travaille en chantant, en plein air, au grand soleil !

C'est une femme, Pétronille Cantecor qui, la première eut l'idée de tresser la paille, et de tresser avec cette paille, les premiers chapeaux. Elle était née en 1762.

III

Figurez-vous une bergère, une "pastoure" comme on dit chez nous, menant paître ses brebis, et assemblant, pour amuser ses doigts inoccupés, des brins de jonc, des brins de paille, fabriquant la première tresse, et de ce fait très simple, presque banal, jaillit l'étincelle.

Pétronille Cantecor met son idée à profit, cherche, travaille, étudie, se perfectionne et après avoir fait la tresse, coud le chapeau. Après quelques essais et déjà passé maître dans la partie, elle a bientôt fait de reconnaître que la paille des endroits secs et pierreux, plus fine, plus blanche, convient mieux à la fabrication. Aussi, est-ce dans le Causse, qu'elle fait ses élèves et propage son idée. A Lalbenque, Caylus, Puylaroque, etc... elle enseigne les femmes qui utilisent ainsi les loisirs que laissent les travaux des champs. Partout, elle apprend à tresser et à coudre elle commence bientôt un petit commerce de Chapeaux de paille de femme, avec le Haut-Rouergue Villefranche, Rodez, etc... C'était en 1798, Septfonds industriel et commerçant venait de naitre. La population intelligente, active, industrieuse par nature, suit l'exemple de Pétronille Cantecor, et les premières maisons de Septfonds, commencent à se fonder à cette époque.

De Toulouse même on vient acheter : les demandes sont nombreuses, les ateliers à peine formés, le procédé encore dans l'enfance et on a fort à faire pour contenter cette clientèle naissante.

Bientôt, dans tout le Causse, on se met à faire des "pailloles". On tresse, comme ailleurs on tricote ou on file. Au paccage pendant le jour, au coin du feu le soir, à la veillée, les rouleaux de tresse s'allongent, s'allongent tant et si bien que la production s'accroit rapidement, dépasse les besoins. Alors, commence un commerce de tresses avec les manufactures existant déjà depuis longtemps en France mais parfaitement ignorées jusqu'alors de Septfonds. Des industriels comme M. Leborgne, de Grenoble, par exemple s'adressent aux Septfontois et de cette époque, la tresse plate de Septfonds fait sa première apparition dans la chapellerie.

En même temps. à Lalbenque, Caylus, Montpezat, Puylaroque, etc..., les foires s'animaient. Autour des voitures capotées des Septfontois, les vendeuses venues de tous côtés, affluaient. Et pendant une heure ou deux, c'était un vrai coup de feu, où malgré les apparences, il se brassait des fortes affaires. Marchés rapides et pleins d'entrain où l'activité et le coup d'œil entraient pour beaucoup, où souvent le plus habile était le plus gai, où les bonnes femmes de la campagne traitaient de pair avec le fabricant bon enfant, riaient, disputaient, plaisantaient et lâchaient enfin leur marchandise à bon compte).

En 1846, Pétronille Cantecor était morte, léguant à son pays, l'industrie dont il peut aujourd'hui faire à bon droit sa gloire. Dans le cimetière de la commune, une simple pierre relate le fait "Pétronille Cantecor décédée le 26 décembre 1846, Fondatrice des manufactures de chapeaux de paille de Septfonds".

Une délibération du Conseil municipal de Septfonds datée du 19 mai 1887, fixait un emplacement pour élever une statue à Pétronille Cantecor. En 1888, au mois de février, dans une fête de charité, un des chars particulièrement organisé par le Comité-directeur représentait Pétronille Cantecor faisant la première tresse. Hommage solennel et touchant, auquel la population toute entière s'associait.

Le commerce des tresses devenu de plus en plus prospère et les commerçants septfontois de plus en plus nombreux, la concurrence, cet élément indispensable de progrès, qui suggère tant d'idées neuves et fécondes, amena bientôt des transformations complètes dans le pays.

Pétronille Cantecor avait transmis son commerce à ses enfants, ses deux petits-fils. Fortuné et Jean Cantecor exploitèrent avec succès l'industrie désormais traditionnelle dans leur famille et de concert avec leurs collègues donnèrent un grand élan à la fabrication.

Vers 1849, M. Fortuné Cantecor va chercher à Grenoble des ouvriers et des ouvrières et les premiers chapeaux de paille apprêtés, dressés, finis, font leur apparition à Septfonds. Depuis longtemps en rapport avec l'Italie, il y avait fait un voyage au cours duquel des remarques personnelles l'ayant amené à apprécier la fabrication de ce pays, il transplantait des familles d'ouvriers italiens dans sa maison de Toulouse.

A cette époque la population de Septfonds augmente sensiblement. Les nouveaux développements apportés dans l'industrie, réclament des bras, et au recensement de 1851, la commune compte déjà 1235 habitants.

Cependant le commerce de tresses continue, Septfonds fait l'exportation. Dans un voyage à Londres, chez un de ses clients, M. Fortuné Cantecor remarque les tresses de Chine et un des premiers en France importe le "Canton", dont l'Angleterre seule avait jusqu'alors le monopole (1869).

L'année précédente, M. Cantecor faisait installer, ainsi que quelques-uns de ses confrères, les premières machines à presser - Machines Mathias (1868) - Au mois de mars 69, les machines Mathias sont remplacées dans ses ateliers par le système perfectionné : Legat. Peu de temps après, l'acquisition d'une machine à vapeur permet à M. Cantecor de faire fonctionner son usine par un système de haute et basse pression, à peu près unique aujourd'hui en France. En 1875-76 apparaissent les premières machines à coudre.

En 1887, au mois de Novembre, M. Fortuné Cantecor établit le premier dans la contrée les presses à gaz. Désireux enfin de donner plus d'extension à son commerce de rotins, et s'inspirant de l'exemple d'une grande maison de Paris, au mois de février 89, il envoie un membre de sa famille dans les Indes néerlandaises, à Batavia, et fonde un comptoir spécial pour l'importation de cet article.

Au mois de mai 1890 M. F. Cantecor succombant aux suites d'une maladie contre laquelle il luttait depuis longtemps déjà, terminait sa longue carrière.

Toujours à l'affût d'inventions nouvelles, souvent innovateur et précurseur, toujours au premier rang, ne reculant devant aucun sacrifice, tantôt récompensé, tantôt rudoyé par la fortune, il fut toujours confiant dans son œuvre et resta toute sa vie, partisan déclaré de tous les progrès.

Au moment où se fermait sa tombe un représentant autorisé de l'Union des fabricants de chapeaux de paille français rendait hommage à sa mémoire et prononçait quelques paroles d’éloge.

Cet éloge doit s'adresser aussi à tous ceux qui ont contribué plus ou moins au développement de l’Indus trie septfontoise : depuis les fabricants qui ont laborieusement élevé leur fortune et courageusement engagé leurs premiers capitaux jusqu'aux moindres ouvriers qui ont apporté leur intelligente activité dans l'édification de la prospérité et de l'aisance commune. Nous devons être reconnaissants envers ceux qui nous ont précédés, nous qui, recueillant les fruits de l'œuvre, n'avons pas connu ses débuts difficiles et tourmentés. Le pays doit beaucoup à cette génération de vaillants qui ont fait prospérer cette industrie dont les produits rivalisent aujourd'hui avec ceux du monde entier. C'est un spectacle vraiment beau que celui de ces hommes partis de rien, pour la plupart ouvriers sortis du peuple, arrivant par leur travail et leur volonté à se créer une fabrication bien à eux, et à prendre pied dans l'industrie française.

Leur œuvre est d'autant plus grande que leur origine fut plus humble, leur instruction plus modeste, leurs ressources plus précaires.

Grâce à eux, la commune augmente tous les jours sa population compte maintenant dix-sept fabriques, des centaines d'ouvriers, et lorsque les pauvres qui errent sur les grandes routes passent dans le pays, ils font un crochet et frappent aux portes de Septfonds où le travail régulier, et l'aisance ont fait les cœurs sensibles et généreux.

A côté de Septfonds qui a toujours été et qui reste dans la région, le véritable foyer de la fabrication des chapeaux de paille, Caussade a su attirer chez lui une part de ces ressources industrielles.

Au mois d'Avril 1857, M. Jean Cantecor eut le premier l'idée d'y établir un atelier de couture, et le premier fit un essai que seules des circonstances imprévues empêchèrent de réussir.

On dit communément dans le pays qu'à cette époque la municipalité de Caussade proposait d'appeler auprès d'elle un fabricant septfontois et de faciliter l'établissement d'une manufacture de chapeaux de paille. M. André Rey vint, et fonda l'importante maison que l'on sait. Il fut suivi de près par M. Miquel, Jean Cantecor. Depuis des maisons de Septfonds y ont établi de grands ateliers de couture.

Les relations entre Caussade et Septfonds se sont de plus en plus resserrées, les intérêts se sont unis et confondus si bien qu'il n'est pas de Septfontois qui ne soit fier d'appartenir au canton de Caussade et de Caussadais qui ne se fasse honneur d'avoir une commune telle que Septfonds. L.

 

P.S. Mon désir eut été de donner ici un historique plus complet de la fortune industrielle de notre pays j'aurai voulu rendre un hommage public à ceux qui ont contribué à sa prospérité, et mieux préciser quelle a été dans l'œuvre, la part de chacun mais les documents m'ont manqué, et cela seul m'en a empêché. Je n'ai voulu et je n'ai pu parler que de ce que je savais être vrai et irréfutable.

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 15:58

La parole à Marcelle Davet

 

Carte d’identité : Marcelle Davet née à Saint-Antonin -1886) et décédée à Saint Antonin (1968) poétesse et romancière ayant eu ses plus grands succès entre 1930 et 1950.

 

 

Elle est née en 1886, et je la croise d’abord à l’âge de 15 ans quand elle vit à Verfeil sur Seye dans un château qui est en fait un très beau bâtiment qu’on appelle le château de Ravaille bien qu’il n’ait que peu de rapports avec un château. Il a été construit par son grand-père, un riche propriétaire. En 1901 quand elle a 15 ans ce grand-père Armand est toujours parmi eux, tout comme sa femme qui, avec ses 66 ans, a dix ans de moins que lui.

Pour Marcelle, pas question d’aller à l’école, au collège ou au lycée. Une préceptrice pour sa sœur et elle et qui s’appelle Jeanne Bernadou fait presque partie de la famille.

Son père originaire du Rouergue n’a pas repris le simple métier de propriétaire. Il est devenu médecin et s’est marié avec une femme de onze ans de moins que lui originaire de Lomagne, une fille Salat, famille importante à Lavit qui se prénomme.

La belle Nelly, bien que plus jeune que son mari le laisse veuf, dès 1900.

Dans la maison, en plus de l’institutrice, il y a un cocher qui sert de domestique, une cuisinière et une femme de chambre. Les domestiques étaient nombreux. De tous les voisins Marcelle note la présence du fils du meunier, Escaffre Baptiste qui lui n’a plus de père depuis longtemps. Il y a le meunier de Lavernière avec des enfants de son âge, Monsieur Cadilhac, mais quelle famille nombreuse ! C’est sûr, l’aînée Rachel de 17 ans peut s’occuper de Elie le petit dernier qui a un an ! Quelle vie pour Marie, la femme du meunier !

 

Pas d’école, pas de grande foire, pas de grande fête, Marcelle vit loin du bruit sans savoir si c’est bien ainsi. Détachée des tâches quotidiennes elle peut rêver toute à son aise et son rêve récurrent a un nom très connu, l’amour. A Verfeil, d’où peut venir le prince charmant ? Elle brode sur toutes les hypothèses possibles et pense surtout à la ville voisine de Saint-Antonin Noble-Val où elle est née, Rue droite, le nom d’une rue qui n’a pourtant rien de droit. Saint-Antonin exerce sur son imagination toute son influence en tant que ville de légende et ville d’histoire. Peut-on être ville plus encaissée dans une vallée ?

 

Grâce à son père médecin, elle connaît tous les malheurs qui peuvent arriver aux jeunes femmes et les récits le soir au coin du feu viennent parfois ternir le monde de bonté qu’elle dresse devant elle. Faudra-t-il en revenir à la réalité ? L’institutrice est un peu comme une seconde mère et avec Madeleine sa sœur, qui a un an de plus qu’elle, nous la harcelons de question.

 

Pour le moment ce qui est le plus cher dans cet univers fait de simplicité, c’est sa chambre et tout ce qu’elle contient. Déjà elle aime écrire et de là vient tout le reste. Elle a montré quelques poésies à Jeanne qui l’encourage. Mais une jeune fille comme elle, a-t-elle le droit d’écrire ?

 

L’heure du mariage viendra. Soucieuse de son indépendance, elle n’avait pas envie de convoler en de justes noces. La légende dit, d’après le beau livre de Michel Ferrer Abécédaire du Nobel-Val, qu’elle avait plusieurs prétendants et que ne sachant choisir elle inscrit les noms sur divers papiers qui se retrouvèrent dans un chapeau et du chapeau est sorti Guillaume Dutemps, notaire à Saint-Antonin.

 

Voilà comment Marcelle Davet est devenue Marcelle Dutemps mais elle passa à la postérité avec son nom de jeune fille qu’elle conserva pour publier sa longue série de livres. JPD

 

 

Texte de Michel Ferrer

 

La respectable Madame Davet

 

            Elle n’écrivait pas toujours ni tout le temps. Elle sortait parfois en ville, pour faire une course, ou peut-être se rendre chez une amie.

            Un jour que j’étais avec ma mère sur la Place des Tilleuls, elle passa près de nous pour regagner sa maison, quelque cent mètres plus loin. Car elle préférait passer par la petite porte ouvrant sur le chemin de Santou que par la grande, « l’officielle », donnant sur la route de Caylus. Cette dernière porte était, il est vrai, celle des clients de son époux, Guillaume Dutemps, notaire. Car « Marcelle Davet » était son nom de jeune fille, son nom d’écrivain. Dutemps, c’était pour l’état civil.

            Je ne la connaissais pas. Ma mère lui adressa un bonjour respectueux auquel la vieille dame répondit avec une sympathique obligeance.

            Quand la petite et fluette femme se fut éloignée, ma mère me dit :

            C’est Marcelle Davet. Elle écrit des livres.

            A cette époque, dans une ville comme Saint-Antonin, tout ce qui comptait était, dans le désordre, curé, instituteur, notaire, maire et gendarme sans doute. L’écrivain rentrait bien évidemment dans le rang des notables. Et ce avec une aura où le mystère ajoutait un peu de grandeur.

            Un jour - peut-être deux, d’ailleurs - j’eus le bonheur d’entrer dans le jardin de Marcelle Davet. J’avais quelque amitié avec Jean-François, son petit-fils, un peu plus âgé que moi. Nous faisions de la balançoire sous un grand portique de bois peint en blanc où pendaient, en plus des balançoires, des cordes à nœuds et des cordes lisses. A ma connaissance, cet équipement était unique à Saint-Antonin, et j’ai toujours pensé, plus tard, que Jean-François Dutemps était devenu professeur de gymnastique à cause de ce portique.

            Marcelle Davet, l’écrivain respecté, la femme du notaire respectable nous regardait…

            C’est pourquoi, à l’âge de douze ans, quand j’écrivis mon premier poème sur un coin de la table de la salle à manger, j’eus une pensée pour Marcelle Davet, comme d’ailleurs pour Pierre Bayrou, les deux écrivains de ma ville natale.

            « Ecrivains ! Pourquoi pas moi ? ».

            C’est ce que je m’étais dit en gribouillant mes premiers vers. C’était osé, très osé. Et pourtant, c’est à la suite de cette interrogation sans fondement et sans véritable ambition que j’ai noirci de ma sale et illisible écriture des cahiers et des cahiers… et que j’ai publié un, puis deux, puis trois livres. J’avais dans l’idée de devenir écrivain. Terrible ambition ! On connaît la suite aujourd’hui. Si je ne suis pas parvenu à être écrivain, je suis tout de même parvenu à être un littérateur moitié rimailleur, moitié écrivassier. Merci Marcelle Davet.

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 15:57

Bibliographie d’Albert Cavaillé aux Archives départementales du 82

 

Albert Cavaillé Archives départementales

Albert Cavaillé : Les argiles des grottes, Introduction à l’étude des sédiments souterrains, Extrait des annales de spéléologie, Tome 15 fasc. 2, 1960 pages 383-400 Br 1495

Albert Cavaillé : L’asphyxie des racines en arboriculture fruitière. Observations pédologiques dans les sols des vergers de la Moyenne Garonne en 1960 et 1961. Extrait du bulletin technique d’information des ingénieurs des services agricoles n°189 1964 Br. 1623

Albert Cavaillé : Cent ans de vie rurale à Saint-Projet – Toulouse Ed. Privat 1950 in-8° Extrait de ka Revue de géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest T. 21, 1950, fasc. 2-3 pp. 127-159 Br. 159

Albert Cavaillé : Etude géologique, pédologique et agricole des sols des départements du Lot, Lot etgaronne, Tarn et Garonne, Montauban SAMOGA 1958, in,-8°, 70 p   819

Albert Cavaillé : Etude pédologique et agricole de la région de Bretenaoux-Saint Céré (2 parties) Montauban « Le Livre » 1960, in-8°, 2 vol. 1794

Albert Cavaillé : Formation, évolution et classification des sols du département de Tarn et Garonne, Montpellier, Imp. Ch. Déhan, 1952, in-8° 74 p. Extrait des Annales de l’Ecole nationale d’agriculture de Montpellier, 1952 Br. 2349

Albert Cavaillé : Machinisme agricole et coopération en Tarn et Garonne Extrait des Actes du XII° congrès des études de la Fédération des Sociétés Languedoc-Pyrénées Gascogne Toulouse 21-23 avril 1956, 14 p. Br. 1422

Albert Cavaillé : Montauban et le Tarn-et-Garonne pp. 165-166 Extr. De « Inter Magazine » n° spécial juil. 1966 384 Doc

Albert Cavaillé : Morphologie et karst des Causses du Quercy Extr. Annales de spéléologie Tome 16 fasc. 1, 1961, pp. 113-131 Br. 1497

Albert Cavaillé : Observations de spéléogénèse (la source de Livron) Ext du Spalinca, mémoires n° 3 1963, pp. 24-38 Br. 1697

Albert Cavaillé : Observations sur les phénomènes karstiques dans les causses de Limogne Extr. De la Revue de géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest T. XII, 1936, pp. 392-400 Br. 160

Albert Cavaillé : Les paysans et leur travail en pasy d’Aquitaine, Toulouse, Institut d’études occitanes, 1952 Br. 157

Albert Cavaillé : La région des phosphorites du Quercy Br. 2062

Albert Cavaillé : Sites agricoles du bas-Quercy Extrait des Actes du XIX° Congrès d’Etudes régionales Moissac, 1963, 10 p. Br. 1699

Albert Cavaillé : Sols et séquences de sols en coteaux de terrefort aquitain Extr. Bulletin de l’association française pour l’étude du sol, janvier 1958, n° 94 ronéoté Br. 2348

Albert Cavaillé : Les souterrains-refuges du Quercy, Montauban, Forestié, 1956, in-8° 16 p. Ext Actes du Congrès des sociétés savantes Montauban 1954 Br. 1201

Albert Cavaillé : Les vallées dissymétriques dans les pays de la moyenne garonne. Paris, Imp. Nationale 1953, in-8° 68 p. Ext. Bulletin de la section de géographie du comité des travaux historiques et scientifiques, 1953 Br. 156

Albert Cavaillé : Le Vignoble à vins doux naturels du Roussillon, pr&éface M.H. Pestel. Macon : imprimerie Buguet, 1964, 107 pages

Albert Cavaillé et Sudres Denis : Etude pédologique et agricole détaillée de la vallée du Lot, secteur de Prayssac, Montauban, 1961 in-8°, 4 fasc. 1341 et 1796

Albert Cavaillé et Sudres Denis  : Etude pédologique et agricole détaillée de la vallée du Lot, secteur du Lendon, Montauban, 1960 in-8°, 2 fasc. 1795

Albert Cavaillé, Viguerie (P. de) et Cabasson F : Les sols de Tarn-et-Garonne, Br. 2092

Albert Cavaillé : Etude agrologique des types de sols du Tarn et Garonne. Numéro spécial de la revue Le Tarn et Garonne agricole, Toule, 1950, 27 p. 27 cm. Br. 2927

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 15:56

Deuxième émission sur Albert Cavaillé

 

http://cfmradio.fr/podcast/albert-cavaille-lengagement-politique/

 

Voici un texte de Cavaillé dans Le Réveil 23-09-1978

 

Volem viure al pais

 

Le slogan des Occitans et des Occitanistes se déroule au bord des routes de notre pays : nous voulons vivre ici ! C’est une revendication finalement assez surprenante ; on serait tenté de répondre : « qui vous en empêche ? «  « Digun ne vos empaja… »

C'est vrai ; depuis plus d'un siècle, nos villages se sont vidés, souvent des 3/4, parfois des 8/10 de leur population, et aucune contrainte légale ni physique n’a forcé les hommes et les femmes, à partir. Nos villages se vident pour les métropoles, les villes, les bourgades, là où on peut vivre parce qu’il y a du travail, et qu'on peut louer ses bras et son esprit à ceux qui payent pour cela. Après des départs massifs, le mouvement s'était ralenti il y a 20 ou 30 ans : il reprend de plus belle, sauf ça et là où par hasard naît une entreprise ou se poursuit l’agriculture, parfois très bien parfois très mal.

Les campagnes d’Italie ou du Portugal, comme les steppes de l’Afrique et les plaines de Pologne connaissent ce même mouvement : à un moment de l’évolution des sociétés, à un degré de conscience collective, d’un début de culture, les hommes vont ailleurs proposer leur travail et s'arrachent à la terre qui ne satisfait plus leurs besoins. Au-dessous de ce degré de développement, ils y étaient autrefois et jusqu’à peu de temps, forcés par les négriers qui les capturaient comme esclaves ; au-dessus de ce degré, plus besoin de négriers, les hommes vont ailleurs d'eux-mêmes, esclaves volontaires et inconscients s’approchant du festin que, dans les pays occidentaux, apporte le progrès. Nos campagnes, épuisées pourtant depuis si longtemps en sont encore à ce stade et nos gouvernants, loin de trouver ces déplacements scandaleux ou inhumains les encouragent : « … mobilité de la main d’œuvre ; allez là-bas et puis ailleurs… ; Laissez-là vos racines, amputez votre vie. »

Le système capitaliste, en effet a su exploiter ce phénomène social : après l’avoir imposé par l’esclavage, il le provoque par la concentration industrielle. Le pouvoir et les aménagements sont jusqu’alors ses complices qui facilitent l'exode vers les villes. Il est particulièrement sensible et néfaste dans notre pays depuis longtemps (plus maintenant) à dominante rurale et à faible densité de population, comme dans la plupart des pays méditerranéens.

Le demande sur le marché du travail, que cet exode maintient à un taux élevé est la cause des bas salaires dans un prolétariat long à s'organiser ; il en est encore ainsi, même si le gros afflux vient de pays étrangers, du Maghreb ou d'ailleurs. Les travailleurs ne sont cependant pas éternellement dociles et alors, au lieu de donner du travail à ces masses nouvelles de Fos ou de Lorraine, les sociétés multinationales rapprochent les usines des réservoirs de main-d'œuvre à bon marché ; la technique moderne rend ces établissements lointains possibles d'amortissements rapides, et les progrès des communications suppriment les obstacles à la commercialisation des produits, de l’Egypte, à l’Inde, ou de la Corée à la Malaisie.

Chez nous, les campagnes sont vides et les villes se peuplent de chômeurs.

 

Certes, on aurait pu le dire plus tôt : « VOLEN VIVRE AL PAIS » et bien peu l'on dit parce qu'on n'a pas assez discerné que cette revendication tenait à la fois à l'économique et au culturel. Mais il est temps encore, il est toujours temps de lutter pour que, les hommes puissent vivre dans leur terroir ou leur civilisation prend racine. Il est clair que le système capitaliste, aussi libéral et paternaliste qu'il soit, aussi Zone de Texte: « social » qu'il devienne, engendrera toujours ces mêmes bouleversements. Le socialisme propose une autre voie : il faut avec le PS la prépare comme une relève de cette société qui se condamne à sa propre mort.

Albert Cavaillé

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 16:40

En mars 1973, j’étais en formation professionnelle à l’Ecole Normale au moment où se déclenche la lutte pour le maintien des sursis militaires. Les lycéens d’abord puis les normaliens participèrent à de nombreuses manifestations, réunions et finirent par obtenir gain de cause. Cette première lutte pour moi s’est faite contre TOUTE la classe politique ! La fameuse loi avait en effet obtenu le soutien du PS et l’abstention du PCF. Dans Le Réveil, Louis Delmas avait été clair : « On peut être surpris de voir toute la gauche approuver les manifestations des lycéens alors que ses groupes parlementaires ne se sont pas opposés à l’adoption de la Loi Debré en 1970 : le groupe communiste s’est abstenu, le groupe socialiste a voté pour. » Il y trouve une nouvelle preuve « du manque de sérieux du travail parlementaire. ». L’article ci-dessous d’Albert Cavaillé, dans le même journal me rappelle donc de bons moments de solidarité. Ce ne sont pas les députés qui ont changé cet absurde abandon des sursis (les étudiants auraient dû interrompre leurs études) mais une mobilisation exemplaire qu’un jour je raconterai. J-P Damaggio

L'émission de CFM sur Albaeret Cavaillé :

http://cfmradio.fr/podcast/albert-cavaille-lhomme-du-bien-commun/

 

Le PROBLEME du SURSIS

Le Parti Socialiste dont le groupe parlementaire a voté la loi de juillet 1970 réduisant la durée du service militaire après avoir combattu par des amendements les dispositions concernant la suppression des sursis, demande la suspension immédiate de l'application de ces dispositions. Le Bureau Exécutif rappelle d' autre part que le programme commun de la gauche préconise un service militaire égal pour tous, d'une durée de six mois, les jeunes pouvant, dans les limites fixées par la loi, choisir la date de leur incorporation en fonction des impératifs de leur emploi ou de leurs études.

Il apparaît clairement aujourd'hui que la politique du gouvernement se traduit par une aggravation des discriminations sociales dans la jeunesse qu'illustre également la création des DEUG établissant une sélection camouflée à l'encontre des étudiants qui exercent une activité professionnelle.

A cette politique, le P.S. oppose sa volonté de répondre aux légitimes aspirations des jeunes. Il s'est en particulier prononcé depuis longtemps pour le droit de vote à 18 ans qui a été jusqu'ici systématiquement refusé par la majorité.

Le P.S. assure les jeunes lycéens et étudiants de sa solidarité et de sa détermination à agir pour la satisfaction de leurs objectifs actuels. Toutes les initiatives nécessaires seront prises en ce sens notamment à l'Assemblée Nationale dès la rentrée du 2 avril. Le groupe socialiste demandera un débat immédiat afin que le gouvernement prenne ses responsabilités.

En 1970 il s'agissait, et les socialistes en étaient d'accord, de ramener le SERVICE MILITAIRE à 12 MOIS c'est la majorité qui a refusé de voter les amendements socialistes sur les SURSIS.

La secousse qui bouleverse maintenant l'enseignement secondaire, et une fraction grandissante du supérieur a une ampleur qui appelle notre attention la plus vigilante.

La loi dite DEBRE, la question des sursis, celle de l'âge maximum d'incorporation sous les drapeaux, sont des problèmes d'une gravité dont les Socialistes ont pleinement conscience.

Ils se posent aujourd'hui avec une acuité particulière ; ce qui n'empêche qu'il nous reste à étudier le problème fondamental du rôle et de la fonction de l'Armée dans notre pays.

Le Parti Socialiste tant au parlement que dans ses structures d'Études prévoit de consacrer un travail important et en profondeur à l'ensemble de ces questions. Il précisera notamment ses choix sur la nécessité et la durée du service national ; son contenu ; son universalité ; ce que doit être le statut du soldat-citoyen ; sa position enfin sur le problème délicat du recrutement et de la formation des sous- officiers, officiers, cadres permanents de l'Armée.

Comme pour beaucoup d'autres problèmes, ce sont des aspects momentanés circonstanciels, qui agitent notre vie nationale. Il faut pour les résoudre une mise en cause globale de notre société ; le programme socialiste, en tout cas, propose des solutions qui, seules peuvent éviter une crise aiguë. Ce n'est pas la gauche qui engendre le désordre mais les « autres », qui le rendent inévitable.

Albert CAVAILLÉ, 3 avril 1973

 

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 18:46

Vous avez raté aujourd'hui l'émission de CFM sur Maurice Rajaud, vous pouvez l'écouter dimanche à 12 h.

http://cfmradio.fr/podcast/maurice-rajaud-volontaire-en-espagne-en-36/

 

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 12:56

paul.jpgVoici des éléments de l'émission de radio de cette semaine.

http://cfmradio.fr/podcast/paul-darasse-linstituteur/

Carte d’identité :
DARASSE Paul (Saint-Antonin, 1901-1986) : Adolescent, il s’intéresse déjà aux vestiges préhistoriques et, dès 1923, entreprend la fouille des dolmens du causse. Autodidacte, il devient rapidement un préhistorien reconnu et a laissé de nombreuses études qui font loi.

L’instituteur
En 1936 il était à Caylus à l’âge de 35 ans. Grâce à un texte que m’a communiqué Norbert Sabatié nous avons quelques souvenirs du jeune normalien de Montauban entre 1917 et 1919.
Sur la discipline
La discipline à l’école ? Puisque  nous étions externes, il était impossible d’appliquer ici les mêmes règles que dans un internat. Je crois d’ailleurs que jamais notre directeur ne nous aurait imposé une discipline aussi stricte. Il nous traitait en adultes, et de notre côté, par amour propre, par respect et amitié pour lui, aussi, nous nous conduisions en adultes.
Oh ! N’allez pas croire que nous étions de petits saints ! Loin de là ! Nous aimions , comme tous les jeunes, jouer, rire, chanter… Et quand notre équipe de rugby, le Boosching, de glorieuse mémoire, se déplaçait, notre wagon retentissait de chants joyeux, parfois un peu gaulois, comme il sied à la gent estudiantine. Mais cela n’était pas très grave, et nous gardions tout de même un e certaine mesure. Jamais M. Lalaurie n’eut à nous reprocher notre conduite en ville et nous nous efforçâmes de ne jamais porter un préjudice grave à la dignité et à la renommée de « Son Ecole Normale ».

Sur son professeur d’histoire et géographie :
« Voici M. Violette, l’économe et professeur d’histoire et géographie. Grand, corpulent, le visage coloré orné d’une barbe tirant un peu sur le roux, l’œil pétillant de gaîté et de malice, il était d’un abord facile. Il lui arrivait cependant d’être fort sévère, surtout pour ceux qu’il rencontrait en ville à une heure où ils auraient dû être dans leur pension de famille. Son cours, que ce fut en histoire ou en géographie, était toujours intéressant. Plein d’érudition et aussi d’humour, il savait agrémenter un exposé trop sévère de quelque savoureuse anecdote. Ainsi, nous parlant de Murat chargeant à la tête de ses cavaliers, l’épée au poing, il ajoutait : « Il brandissait son épée en chantant à pleine voix : "J’ai l’cul rond comme une pomme !" » C’était la pause sourire.
En géographie, un sien frère –en avait-il un ?- était toujours le héros d’aventures curieuses : il avait descendu en barque et seul le cours de l’Amazone et mesuré sa longueur avec une ficelle ! Il avait, au Brésil, vu les chaudières des locomotives chauffées au café, celui-ci ne se vendant pas bien ! … Excellent M. Violette, qui ne fut jamais ennuyeux. »

Paul Darasse est devenu l’instituteur typique, je veux dire l’instituteur pour qui enseigner c’était non seulement s’adresser aux enfants mais s’adresser à la société toute entière. Issu de milieu populaire – il était fils de cantonnier – il est toujours resté du côté du peuple. Si le système école normale lui a permis de gravir quelques échelons de l’échelle sociale, c’était seulement pour mieux servir les intérêts de ceux qui l’entouraient. La passion par laquelle il aborda l’univers entier s’appelle : la préhistoire, une passion qui oblige à faire le lien entre culture populaire et culture savante. En effet, les preuves de la préhistoire n’existent nulle part dans les bibliothèques, elles sont dans les champs, dans la nature, dans les grottes.

Tout commence donc par la passion pour les fossiles, pour les grottes, pour les dolmens, pour ces abris d’hommes d’autrefois où il faut fouiller et à Saint-Antonin, comme à Bruniquel et dans bien d’autres endroits de la vallée de l’Aveyron, il suffisait de se pencher pour ramasser.
La culture savante vient ensuite pour lire dans telle pierre, tel vestige, un sens, une histoire. Rappelons ici que l’étude de l’univers avant la limite des 5000 ans de l’histoire humaine, imposée par la Bible, est récente. C’est ainsi qu’encore en 1854 quand on découvre à Bruniquel un squelette ancien grâce aux travaux de la voie ferrée Lexos-Montauban, rares sont ceux qui osent imaginer que ce corps ait plus de 5000 ans. La science finira par l’emporter sur la religion et l’étude de la préhistoire va très vite prendre son envol.

Voici un texte de Michel Ferrer qui nous offre un souvenir personnel sur Paul Darasse, un souvenir qui complète pour se personnage, son œuvre magistrale qui s’appelle l’abécédaire de saint-noble val et qui est un monument auquel il travaille encore à la gloire de la commune et de ses environs. Plongé dans ses études, il a eu l’amabilité de le transmettre rapidement et je l’en remercie énormément.


"Une leçon de préhistoire

    Paul DARASSE était communiste ; mon père était communiste. Avec Georges Estival et André Villeneuve, communistes aussi, ils formaient un groupe d’amis. De vrais amis. C’est pourquoi, de temps en temps, l’un recevait les autres autour de sa table pour partager un repas amical et convivial où les enfants étaient invités. Il en était ainsi à l’époque.
    Aussi, je me souviens d’avoir mangé chez Paul Darasse. Il habitait sur la Condamine, une maison dont l’entrée donnait sur la Bonnette. La salle à manger se trouvait au bout du couloir. Les fenêtres donnaient sur un jardin où, à la fin du repas, les enfants - il y en avait de tous les âges - étaient autorisés à s’échapper pour aller s’amuser.
    Ce jour-là, intrigué par des pierres et des cailloux plus ou moins curieux posés sur le plan du buffet - il y a toujours un buffet dans une salle à manger - je n’étais pas sorti avec les autres garnements. Je m’étais approché du buffet. Comme on me l’avait appris, les mains dans le dos, je touchais les objets avec les yeux. Des yeux interrogatifs, bien sûr ! Paul Darasse s’en aperçut et laissa ses convives en pleine discussion pour me rejoindre.
    - Tu sais ce que c’est ?
    - Non !
    - Ce sont des grattoirs et des silex. Et regarde !
Il ouvre un tiroir du meuble, prend entre ses doigts une chose fine et allongée, blanche comme l’os.
    - Ça, c’est une aiguille en os.
Comme je ne disais rien, car je ne comprenais pas que l’on pusse être si fier pour quatre ou cinq misérables cailloux et un bout d’os ténu, il me demanda :
    - Tu as entendu parler de la préhistoire ?
    - Non !
    - Pourtant tu es venu à Fontalès, avec ton père. Et tu m’as vu au fond du trou.
    - Oui, je me souviens. Vous aviez un pinceau et vous brossiez la terre.
    - Je dégageais un objet et je le faisais avec le plus grand soin pour ne pas l’abimer, le rayer ou le casser.
Durant quelques minutes, l’instituteur qu’il était me parla de sa passion ; il me parla de préhistoire mieux qu’il en aurait parlé à ses élèves. Moins 17 000 ans. Moins 11 000 ans. J’hallucinais.
Plus tard, plus grand, j’ai compris que j’avais été un privilégié. Une leçon de préhistoire pour moi tout seul. Fichtre ! Mais quand j’en ai pris conscience, les trous de la station magdalénienne de Fontalès avaient été comblés et je savais qu’il ne me serait jamais donné d’accompagner Paul Darasse dans ses fouilles.
Je le regrette encore aujourd’hui."

 

Un merci à CFM et à Michel Ferrer. JPD

Un merci au lecteur du blog qui m'a fait observer mon erreur de prénom dans le titre.

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