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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 14:36

les-latinos-a-San-Francisco-blog.jpg

 

Voici un petit retour aux USA hispanique à travers cette peinture d'Enrique Chagoya qui se trouve sur la droite en entrant dans la bibliothèque de San Francisco. On y lit les grands noms de la littérature latino américaine qui furent les plus médiatisés. Comme il est Mexicain on trouve en bonne place Elena Poniatowska peu traduite en France.

Si j'avais à produire une autre peinture je l'intitulerais : Les inévitables oubliés avec Roberto Arlt, J-M Arguedas, Nicanor Para, et quelques autres.

Rien ne destinait cet homme à la peinture. Né en 1953 à Mexico City, son parcours est atypique sauf que comme beaucoup de Mexicains il a été aspiré par le grand voisin des USA, où il est devenu un peintre (s'appuyant sur Goya et Orozco par exemple), qui a suscité quelques scandales en montrant des chrétiens de haut rang comme Jésus par exemple, en plein exercices sexuels. Un artiste qui gagne à être connu et sur ce point internet offre des tas de pistes d'entrée. JPD

 

Voici les noms sur l'œuvre, car ils sont difficiles à lire sur la photo :

Pablo Neruda Ruben Dario            Isabel Allende

Carlos Fuentes Garcia Marquez        César Vallejo

Sandra Cisneros Alejo Carpentier     Jorge Amado

Juan D Bruce Novoa Lydia Carillo    Mario Vargas Llosa

Julio Cortazar

Sor Juana Inès de la Cruz             Jorge Icaza

Claribel Alegria          Juan Rulfo            Jorge Luis Borges

Elena Poniatowska Alvaro Mutis   Rosario Ferré

Roberto Sosa             Ricardo Jaimes Freyre

Mario Benedetti        Octavio Paz            Luisa Valenzuela

Ana Castilo             Gary Soto           Miguel Angel Asturias

José Marti Gabriela Mistral      Pedro Henriquez Urena

Romulo Gallegos               José Benjamin Quitero

Roque Dalton

 

Arturo Roa Bastos

LA PHOTO de l'artiste :

v EnrequeChagoya
 

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 19:13

la-photo-devant-l-eglise-copie-1.jpg

 

En arrivant à Taos, j’ai tout d’un coup crié Eureka.

La ville étant touristique la signalisation envoie l’automobiliste vers des parkings périphériques. Et là nous nous garons facilement car en fait nous sommes hors-saison : le village ancien n’est pas ouvert aux visiteurs or il est l’attraction majeure.

Juste à côté de notre voiture, un autre parking aussi immense mais dont l’entrée est contrôlée par une barrière. C’est celui de l’église. Non, des églises ! En effet, dans le plan d’urbanisme toutes les confessions de la ville ont été regroupées là avec, en prime, un monument à la gloire des fœtus qui ne sont pas nés, monument classique pour dénoncer l’avortement.

La zone est donc immense et n’a rien de surprenant car la religiosité est une marque connue des USA. Le billet de un dollar le rappelle avec son « slogan : « en dieu nous croyons » et la formule de politesse Godbye, comme a-dieu en français, est aussi une référence à la religion. Pour un éternuement à la place de « à vos souhaits » on a droit à « que dieu vous bénisse).

De plus chacun se souvient que le président du pays jure sur la bible.

Sur ce plan il m’est arrivé autrefois un fait inoubliable : devant m’inscrire dans un hôpital, après m’avoir demandé, nom, prénom, adresse, date de naissance, l’employée me demande ma religion, et à ma réponse en anglais basique « pas de religion », elle a cru que ma religion n’était pas inscrite dans la longue liste, donc il suffisait que j’écrire la mienne sur une ligne blanche. Au bout d’un moment, vu que j’étais français elle a inscrit d’elle-même « catholique » car, il était pour elle impossible que je sois sans religion.

Jusque là rien de nouveau. Les USA ne sont pas un pays laïque. Sauf qu’en même temps, face à la multitude des églises, on ne peut pas dire qu’une religion domine ! Jusqu’en 1962, avant de commencer la journée, tous les enfants des écoles publiques faisaient d’abord une prière, puis le salut au drapeau. La prière a été abandonnée, il reste le salut au drapeau. Je n’ai jamais su le contenu de la prière or comment pouvait-elle être œcuménique ?

 J’ai crié Euréka car j’ai compris que les rapports du religieux et du politique sont sans rapport avec ce qui se passe ailleurs. La religiosité y est basée sur une soumission des religions au pouvoir politique et économique. Le cas de la lutte contre l’avortement montre que les religieux essaient, bien sûr, d’influer sur le politique, mais dans le cadre d’une soumission admise de fait, car le politique a créé les formes d’une religion à son convenance. Une religion au-dessus de toutes les religions qui, de toute façon, s’émiettent sans cesse. Côté Grande-Bretagne on a aussi une religion soumise au politique mais UNE SEULE religion et non la multitude présente aux USA.

Entre les religions il y a une bataille pour accroître leur part de marché mais sous l’égide d’un rapport commun à DIEU ! Il n’y a pas de guerre pour vanter les mérites d’un dieu par rapport à un autre !

Je sens que j’ai du mal à me faire comprendre donc je prends le cas des écoles primaires (je ne parle ni du secondaire ni du supérieur).

En France pays laïque, il se trouve que l’Etat finance les écoles catholiques. Une belle contradiction que les défenseurs du slogan « Fonds publics à l’école publique » n’ont jamais réussi à changer.

Aux USA, il ne viendrait pas à l’idée des pouvoirs politiques de financer la moindre école confessionnelle ou privée ! Tout comme il ne viendrait pas l’idée des autorités de privatiser des besoins aussi cruciaux que ceux de l’eau ou des routes !

 Nous ne sommes pas dans le cas de la séparation (la religion supposée n’être que du domaine de la vie privée), mais nous ne sommes pas dans le cas d’une religion d’Etat même si l’Etat vi avec une religion artificielle. Un président musulman pourrait-il jurer sur la Bible ? Aux USA oui, car en l’occurrence la bible est là à des fins symboliques et non pas catholiques… Et sans aller jusqu’aux musulmans, un président mormon que ferait-il ? JP Damaggio

 

 

 

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 21:31

Le Canard enchaîné d’aujourd’hui mentionne un fait que nous pouvons confirmer avec quelques éléments complémentaires.

1 ) En effet avec la carte Visa de la Banque postale impossible de retirer de l’argent aux distributeurs des banques des USA.

2 ) Sauf que si vous faites le retrait pour de petites sommes, là c’est possible ! Sauf que la commission est importante aussi bien du côté USA qu’à la Banque postale !

3 ) Mais dans les magasins votre carte Visa fonctionne.

4 ) Par chance, nous avions une MasterCard du Crédit agricole et là pas de problème !

Alors vive la Banque postale qui n’informe pas ses clients du problème !

Jean-Paul Damaggio

 

Une Visa sans visa  Canard enchaîné 21 mai 2014

PARTI rendre visite à sa fille, étudiante à San Francisco, au mois de février, Jacques n'a pas pu retirer d'argent sur le territoire américain avec sa carte Visa. Malgré d'innombrables essais et autant d'appels à La Banque postale des Pyrénées- Orientales, qui gère son compte, pas un dollar ne lui a été distribué au cours de ses trois semaines de voyage. Seul un paiement par empreinte de carte est passé chez un garagiste californien. Bizarre...

A chaque appel, sa banque invoque le même motif : « Dorénavant, il faut avertir votre agence de tout déplacement à l'étranger, de votre destination et de la durée de votre séjour. » Et de l'âge du capitaine, tant qu'on y est ?

En désespoir de cause, Jacques demande un virement sur le compte de sa fille. Pas de problème, répond la banquière : il n'a qu'à se présenter à un guichet de La Banque postale avec un RIB du compte destinataire. C'est bien connu, San Francisco regorge de bureaux de poste français...

Rentré chez lui, Jacques reçoit de nouvelles explications : « Nous n'avons pas de traces de demande d'autorisation en provenance des Etats-Unis. (...) Le dysfonctionnement se situe au niveau des banques américaines, ce n'est pas de la responsabilité de La Banque postale. Tant pis si le client paie cher un service censé lui garantir des retraits faciles dans le monde entier. Pour San Francisco, t'as plus rien...

Joints par « Le Canard «, les services de l'établissement bancaire expliquent que celui- ci peut être amené, « afin de protéger ses clients, à refuser de manière préventive certaines transactions, notamment dans des pays où la puce sur les cartes bancaires n'est pas obligatoire ». Comment, dans ce cas-là, Jacques a-t-il pu payer le garagiste américain ?

Mystère et bubble gum

 Dominique Jaillet

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 09:44

patio-a-santa-fe.jpg

 Une patio à Santa Fe

Philippe Labro (né en 1936 à Montauban) est un des romanciers français les plus étatsuniens. Par son œuvre comme par sa vie. Je dis son œuvre car elle n’est pas que littéraire : journaliste, écrivain, auteur de chansons et… cinéaste. En 1989 après la lecture de Un été dans l’ouest j’avais écrit cette note énigmatique :

« En lisant L'Etudiant Etranger et Un été dans l'Ouest (ne pas confondre avec il était une fois dans l'Ouest) on remarque que la société américaine se divise en gagneurs et perdants, le héros étant du côté des gagneurs. Là où c'est moins banal, c'est que le gagneur en question est toujours attiré par des perdants présentés, dans l'ensemble, sous un jour sympathique. Nous savons que l'auteur des deux livres est aujourd'hui du côté des gagneurs aussi mes questions sont les suivantes :

- Le gagneur n'est-il pas condamné à écrire en se mettant avant tout en scène alors que le perdant s'il lui arrive d'écrire, va être condamné à mettre avant tout la société en scène ?

- Dans ce cadre, la pluralité d'écriture n'est ce pas un masque pour faire croire que le gagneur dit autre chose que lui-même ?

- La véritable pluralité n'est-elle pas plutôt entre celui qui communique sa vie et celui qui communique sa société, étant entendu que je ne porte pas de jugement de valeur sur les deux situations ? »

 

Le journaliste Philippe Labro a occupé (et occupe) des postes importants dans les médias dominants. S’il ne crache pas sur les perdants, c’est qu’il n’oublie pas sa jeunesse pendant laquelle des perdants lui ont permis de devenir un gagnant.

Et preuve qu’il ne craque pas sur les perdants c’est qu’il ne cherche pas à faire UNE carrière. Il prend des risques en passant du journalisme à la littérature puis à la réalisation de films, poursuivant sa vie durant un va-et-vient peu classique. La forme qu’il a donné à sa vie me fait penser à celle que Vazquez Montalban s’est donné mais lui ce fut pour défendre les perdants.

Cependant les deux écrivains font la démonstration que la division entre gagnants et perdants n’est pas suffisante même si elle est nécessaire. Dans les deux camps nous trouvons des courageux et des lâches, des actifs et des passifs, des prétentieux et des modestes. Non pas pour renvoyer dos à dos les deux camps mais pour relativiser ce qui fait la vie. Si Philippe Labro lit ce texte il aura la surprise de retrouver cet article des Lettres Françaises du 10 décembre 1969 dont j’adore le titre. Le lecteur doit imaginer els questions car il n’y a que les réponses ! JP Damaggio

 

Entretien : Philippe Labro personnalise le paradoxe

ACCUEILLI de manière encourageante par l'ensemble de la critique parisienne, Tout peut arriver, de Philippe Labro (connu pour ses grands reportages à France-soir, ses émissions de TV, en particulier Caméra 3, son roman Des feux mal éteints, ses ouvrages sur mai), entame dès à présent une carrière prometteuse. L'entretien qui va suivre, inhabituellement réalisé après parution de la critique, a eu surtout pour but d'amener Labro à quelques réflexions constructives, à la suite des réserves faites çà et là.

 

Il y a déjà- eu des précédents aux U.S.A. : Richard Brooks, Samuel Fuller ont été journalistes avant de faire de la mise en scène. Le journalisme est une formidable école de cinéma. Mais on ne peut concilier les deux. Pendant le tournage, j'ai complètement arrêté de faire du journalisme. Mais durant le montage, j'ai eu, à nouveau, envie de vivre de manière journalistique, voir des gens, me promener, etc. Le journalisme est une manière de vivre, non une profession. Dans ce domaine, je serai journaliste toute ma vie comme d'autres sont écrivains. Mais à un moment donné j'opterai définitivement pour le cinéma.

J'avais déjà fait de la TV et acquis ce que je voulais acquérir. Il ne m'intéressait nullement de recommencer, d'autant plus que je ressentais une certaine lassitude à l'égard de la TV, surtout en France, pour des raisons inhérentes au système. Par contre, avec ce film, je reste sur ma faim, j'ai l'impression d'avoir encore beaucoup à apprendre. Il s'est passé, par ailleurs, de telles découvertes au cours de la fabrication du film, au niveau du contact avec les gens et de ma propre maturation, que je crois que cela me fait du bien de tourner des films. Et puis, enfin, je pense profondément qu'on peut dire dix fois plus de choses par le cinéma.

 

C'est vrai qu'il y a de la naïveté dans ce film, mais la naïveté consiste aussi à oublier ce qui a déjà été fait et à le refaire. C'est peut-être aussi de l'orgueil. Ce film, qui n'est ni un film sur Philippe Labro, ni un film sur le journalisme, ni un film misogyne, mais un film sur un homme dont le métier accuse des failles, est pour moi une façon de tirer un trait sur ma propre jeunesse. Je ne vais jamais plus revenir sur certaines choses, c'est évident. Hemingway et Fitzgerald disaient qu'il fallait un jour lâcher le journalisme car il a gâché la plume. Il est vrai que l'écriture journalistique est complaisante, la mienne en particulier.

 

On a dit que Marlot, c'était moi. Je pense que dans tout premier film, on fait la part belle à son passé, à ses expériences. Il n'en demeure pas moins vrai que nous différons sur beaucoup de points. Il n'est pas bien dans son époque, il passe son temps à fuir, alors que je me sens bien dans la mienne. Pendant dix ans, je vais avoir trente-trois ans et, n'étant pas trop mal à l'aise, j'en profiterai pour créer. Et puis Marlot est tellement désincarné, tellement glacial.

Marlot (non francisé du héros de Chandler) prend ses désirs pour des réalités et, comme tout faux mythomane, il lui arrive ce qu'il a toujours souhaité. Il suffit qu'il mette un imper et un chapeau pour se croire aussitôt à l'intérieur d'un film policier. Dans ma vie, comme dans ma profession, notamment lors de mes expériences aux U.S.A., j'ai toujours côtoyé la série B. La série B, c'est la vie.

 

Les gens qui créent vivent tous dans la fausse réalité. Fitzgerald disait qu'il prenait sans cesse des notes. Même aux moments les plus dramatiques de sa vie affective et réelle, il prenait inconsciemment des notes pour un futur livre. Je fais parfois cela. Pour moi, le film est aussi un excellent psychodrame qui me lave de quantité de choses.

 

Les séquences américaines sont très importantes. Pour le genre d'homme qu'est Marlot, il n'y a qu'un seul moyen : le dépaysement et non la fuite. Je crois, contrairement à Françoise Sagan, que l'on change en fonction de l'environnement. Pour Marlot l'égocentrisme, c'est une manière de s'ouvrir aux hommes. Le devenir de Marlot est heureux. Il est évident qu'il quittera le journalisme. Plusieurs solutions s'ouvrent à lui : devenir hippy, mais je crois néanmoins qu'il est déjà devenu trop sceptique, aimer réellement une femme pour la première fois, vivre à deux alors qu'il n'a jusqu'à présent vécu qu'avec lui-même ou, enfin, s'arrêter de bouger et écrire, devenir écrivain à l'américaine, une sorte de Kerouac. A mon avis, c'est sa solution, mais il est hors de question qu'il se suicide. Il faut dire que j'ai pris Marlot à un moment précis de son existence, de parfait déséquilibre. Il veut tellement savoir pourquoi sa vie privée est un échec, découvrir ses propres racines, c'est- à-dire son propre pays.

 

Quand je rentre des U.S.A., je suis frappé par certains événements, les mêmes du reste : la «drugstorisation » de la province, le côté de plus en plus nomade du Français, la crise de l'homme de quarante ans, la violence latente et l'aspect si particulier de Paris avec ses embouteillages, sa laideur, le visage congestionné des automobilistes, la publicité et les flics.

On a parlé de fourre-tout à propos du film. A mon avis, c'est plutôt une manière de mettre un pas en avant. Le vrai défaut de mon film, c'est de n'avoir pas été assez loin dans la violence, dans le lyrisme. Certains appellent cela de la naïveté, d'autres de la pudeur, moi je parlerais plutôt d'inexpérience. Mes trois futurs films sont contenus dans Tout peut arriver. Dans le prochain, je casserai davantage la structure et démultiplierai les personnages. Ce sera une espèce d'itinéraire dans l'escalade de la violence, une traduction assez dure du grand «chambardement ».

Propos recueillis par Gérard Langlois.

 

Notes de Jean-Paul Damaggio

Premier long métrage de Philippe Labro en 1969

On pourrait ajouter ses chansons en particulier pour Johnny Hallyday

Une telle manière de vivre qu'il n'a pas cessé ce travail. C'est moi qui souligne la phrase

En fait, jamais il ne tirera un trait sur sa jeunesse. Cette phrase est sans un effet de sa naïveté persistante.

Référence importante à cet auteur de roman noir des USA.

Un élément qui confirme que Labro que appartient aux gagnants grâce à l'attention portée aux perdants.

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 21:07

piments-decoratifs-a-santa-fe.jpg

Piments décoratifs à Santa Fe

J’ai sous les yeux un beau livre des Editions La Martinière Sur la Route 66 Carnets de voyage avec une préface de Philippe Labro[1]. Cet homme toujours lié à Montauban, qu’avec d’autres nous avons invité pour une conférence, il y a vingt ans, était tout désigné pour écrire cette préface puisqu’en 1954 il a emprunté la dite route 66 pour aller au rendez-vous d’un job d’été. J’ai lu son roman[2] qui rend compte de cette expérience mais je découvre dans la préface un fait que je ne soupçonnais pas : « Féru de littérature américaine, Les raisins de la colère constituaient en effet, pour moi, une sorte de « bible ». Je considère encor aujourd’hui que ce roman est un chef d’œuvre, tout comme son adaptation cinématographique par John Ford avec Henry Fonda, inoubliable Tom Joad… » Je partage donc avec lui un point commun, un intérêt pour la route des héros de Steinbeck… la route 66 qui à l’époque du roman était toute neuve.

Les auteurs du livre sont donc passés par Santa Fe dont ils font cette présentation :

« NI BUILDING NI GRATTE-CIEL DANS LA CAPITALE DE L'ÉTAT DU NOUVEAU-MEXIQUE. C'est en pariant sur son architecture ancienne que Santa Fe s'est construit une réputation flatteuse. Dans la capitale d'État la plus haute du pays (2 134 mètres d'altitude), toute construction respecte des normes architecturales strictes. Toits en terrasse, balcons en bois, poutres apparentes en surplomb des murs et habitations construites en pisé confèrent à la ville un cachet bien particulier. La « ville royale de Sainte Foi de saint François d'Assise » — Villa Real de Santa Fé de San Francisco de Asis, de son nom de baptême complet — est devenue fameuse grâce à l'architecture, dite adobe, de ses bâtiments fabriqués à partir de briques séchées au soleil, élaborées à base d'argile, d'eau et de paille. En remettant au goût du jour ce procédé de fabrication ancestral, Santa Fe attire les artistes comme les touristes, au point de faire ressembler cette ville à un musée ou à un parc d'attractions. C'est en tout cas notre sentiment en déambulant dans le centre de la ville, où abondent galeries d'art et boutiques d'artisanat, où s'affichent ostensiblement poteries, céramiques, peintures de sable, couvertures, bijoux et fétiches. Quant aux églises, aux monuments religieux, aux parcs et aux jardins, ils sont soigneusement entretenus, conférant à Santa Fe un caractère résolument pittoresque. »

 Une présentation très juste, qui va à l’essentiel et que j’aurais presque aimé écrire à un détail près : il prend l’effet pour la cause ! Dans l’article sur Tony Hillerman et Santa Fe je donne l’explication : ce n’est pas la beauté de la ville qui a attiré les artistes mais les artistes qui ont fait la beauté de la ville et les artistes étaient plutôt qu’ailleurs car il y avait une classe sociale issue de la noblesse espagnole capable de les faire vivre. Le voyageur est contraint de prendre l’effet pour la cause car les effets sautent aux yeux tandis que les causes sont effacées par le temps. En soi, le voyage ne devient un voyage que par le retour du voyage. Normalement le lecteur ne doit pas s’étonner si j’aime beaucoup cette citation de Vazquez Montalban :

« Dans tout voyage il y a une fuite. Il en existe une très bonne définition dans un livre de Bowles qui servit à Bertolucci pour son film Le ciel protecteur, et qui distingue le touriste du voyageur : le touriste sait la fin de son voyage mais pas le voyageur. (…) En fait, il s’agit d’une fausse fuite parce qu’on voyage avec soi-même, avec la charge de ses obsessions, de ses frustrations, et avec la sensation qu’au retour, qu’elle qu’en soit la date, on se retrouvera face à elles. » MVM, Entretien 1992

Jean-Paul Damaggio

 

Sur la Route 66 Carnets de voyage avec une préface de Philippe Labro, photos Christophe Géral, Récit, Stéphane Dugast, Editions La marinière

Un été dans l’ouest, Gallimard, 1988 (je vais y revenir dans un article)

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 20:48

Voici un extrait d’un livre témoignant de la colonisation de la Louisiane. Le titre du chapitre parle de massacre, ce qui est un fait réel. Je parle plutôt de révolte car c’est en écho à un autre fait réel évoqué : la menace d’envoyer le grand chef Natchez en France si les Indiens ne se pliaient pas, une fois de plus, aux exigences de Chopart. Vous pouvez accéder à tout le livre sur Gallica en cliquant ICI.

Jean-Paul Damaggio

 

 

Mémoires historiques sur la Louisiane : contenant ce qui y est arrivé de plus mémorable depuis l'année 1687 jusqu'à présent : avec l'établissement de la colonie française dans cette province de l'Amérique septentrionale sous la direction de la Compagnie des Indes : le climat, la nature, les produits. 1753.

 

CHAPITRE XXVIII.

Massacre général des Français par les Natchez

 Après avoir tracé en idée, ainsi que je viens de le dire, le plan de la nouvelle habitation, le sieur Chopart suivi de sa compagnie alla voir le grand Chef dont il fut très-bien reçu. Le sieur Ricard, garde-magasin servait d’interprète. Ils burent et se réjouirent ensemble, et passèrent la nuit à faire la débauche jusques vers les trois heures du matin, que les Français se retirèrent au Fort pour s’y délasser de leurs fatigues.

Cependant les fatales allumettes étaient parvenues à leur fin, & ce jour-là même les Sauvages devaient exécuter l'horrible complot qu'ils avaient prémédité. Quoiqu'ils eussent tenu leur entreprise fort secrète, elle n'avait pas laissé de transpirer ; quelques filles & femmes Sauvages qui aimaient les Français, & dont quelques-unes leur servaient même de maitresses, n'avaient pu s'empêcher de leur découvrir toute l'intrigue, & de leur dire de prendre garde à eux lorsque le grand Chef viendrait présenter le Calumet au Commandant, les avertissant que leurs gens devaient se servir de ce signe de paix, pour cacher le dessein qu'ils avaient formé d'égorger tous le Français de la contrée. Le sieur Papin interprète en fut informé, ainsi que le sieur Macé, Sous - Lieutenant de la garnison du Fort, & quatre ou cinq autres personnes. On leur avait même marqué le jour où devait se faire cette sanglante exécution ; c'était le 29 novembre, veille de St. André. Sur ces avis, à peine le sieur Chopart fut rentré chez lui, que le sieur Macé qui d'ailleurs était son compère, vint lui rendre compte de ce qu'il avait appris ; mais bien loin d'y faire la moindre attention, le Commandant le traita de lâche & de visionnaire, lui reprochant qu'il cherchait à lui en imposer, en voulant lui donner mal propos des soupçons contre une Nation amie, dont il n'y avait encore qu'un infant qu'il avait été parfaitement bien reçu, & pour récompense de ses avis il lui donna ordre de se rendre aux arrêts. Un moment après le Sr. Papin étant venu lui faire le même rapport, loin de l'écouter, il le fit mettre aux fers ainsi que quatre ou cinq autres. Après cela il alla se mettre au lit, ayant ordonné auparavant au Sentinelle qui était en faction à sa porte, de ne laisser entrer personne chez lui avant neuf heures du matin.

Il est certain qu'averti comme il l'était, il pouvoir très facilement, s'il l'eût voulu, prévenir le malheur qui arriva ; il aurait suffi pour dissiper l’orage, de faire mettre les troupes sous les armes & tirer un seul coup de canon à poudre. Mais soit que vin & la bonne chère lui eussent troublé le jugement, soit qu'il fût prévenu mal à propos en faveur des Sauvages ; ou même qu'il ne les crut pas capables d'oser jamais exécuter un tel dessein, il ne voulut prendre aucunes mesures pour s'y opposer ; & comme ses injustices étaient le principe du mal, il acheva par son opiniâtreté de le rendre absolument incurable.

Pendant ce temps-là, les Sauvages se disposaient à jouer le dernier acte de cette sanglante tragédie & afin de prendre, pour ainsi dire, tous les Français d'un seul coup de filet, ils s'étaient dispersés par troupes, les uns à la Terre blanche, d'autres à Ste. Catherine ou au Fort, où les Soldats de la garnison avaient leurs fusils, à la vérité, mais pas un seul coup de poudre. Il n'y avait pas un seul habitant, chez lequel quelque Sauvage ne se fut rendu sous différents prétextes ; les uns apportaient aux Français ce qu'ils pouvaient leur devoir ; d'autres venaient prier leurs amis de leur prêter leurs fusils pour tuer, disaient-ils, un ours ou un chevreuil qu'ils avaient vu proche de l'habitation ; quelques-uns aussi feignaient de vouloir traiter quelques marchandises ; & où il y avait trois ou quatre Français ensemble, il s'y trouvait au moins une douzaine de Sauvages, qui avaient ordre de leur Chef de ne point agir qu'au signal qu’il leur avoir donné.

Ces mesures étant prises, on vit le grand Chef partir de son Village, accompagné de ses Guerriers & de tous ses Considérés avec le Calumet au vent, frappant sur le pot de cérémonie, & portant au Commandant Français la récompense qu'il avait exigée pour les deux Lunes de délai qu'il avait accordées aux Sauvages ; des volailles, des pots d'huile, du blé, des pelleteries, &c. Cette troupe passe au pied du Fort, chantant & faisant voltiger le Calumet à la vue de tous les Soldats de la garnison, qui étaient accourus pour voir cette marche. Les Sauvages s'avancent ainsi en cadence & à pas comptés vers la maison du Commandant, qui dort cependant sans songer à tant de biens qu'on lui apporte. Ils passent sur leur route proche de l'ancien magasin de la Compagnie, où demeurait le sieur Ricard, qui était déjà levé, & qui était descendu au bas de la côte où il faisait décharger la galère, afin de mettre en sureté les effets et marchandises qu'elle avait apportées pour ce poste. Ils arrivent enfin la maison du sieur Chopart, qui s'étant réveillé au bruit que faisait celui qui frappait sur le pot, & aux cris que faisaient les Sauvages, se lève en robe le chambre, & fait entrer tout ce cortège. On lui offre à fumer, on met ses pieds les présents qu'il a exigés pour ne pas envoyer sur la galère le grand Chef des Natchez pieds & poings liés à la Capitale. Que de biens étalés aux pieds de ce Commandant que de cruches pleines d'huile arrangées dans sa chambre ! Il admire ces présents avec complaisance, se riant intérieurement de la vaine crédulité de ceux qui ont voulu lui donner des soupçons contre ses amis les Sauvages ; il ordonne qu'on les mette en liberté, afin qu'ils soient témoins eux-mêmes de ce qui se passe, et qu'ils voient s'il est probable que ces gens qui le comblent de tant de biens, aient pu former le noir complot d'égorger tous les Français. On chante, on danse ; pendant ce temps-là, une troupe de ceux qui accompagnaient le grand Chef, se détache, se rend au bord de l'eau où l'on déchargeait la galère. Là, chaque Sauvage choisit son homme, le couche en joue, le tire & le jette mort sur la place. A ce signal auquel tous les autre Sauvages étaient attentifs, on fait de tous côtés main basse sur les Français : en moins de demi-heure il en périr plus de sept cents, les uns percés de leur propres armes, les autres égorgés ou assommés. De toute la garnison, il ne se sauva qu'un seul soldat. Le sieur Macé sortant des arrêts, fut tué en rentrant chez lui : les sieurs Coly père et fils, arrivés la veille, furent massacrés à leur Concession de Ste. Catherine avec le sieur de Longraye qui en était régisseur ; la même chose arriva au sieur Desnoyers, régisseur de la Terre blanche. Il était arrivé le matin même des Yazoux plusieurs pirogues, avec le Commandant Français de ce poste appelé le sieur Coder accompagné d'un R. P. Jésuite : tous deux furent enveloppés dans le malheur commun ; & les Sauvages enlevèrent la chevelure au Commandant, parce qu'il l'avait fort longue & très belle. Je ne finirais point, si je voulais exprimer toutes les cruautés que les Sauvages exercèrent alors contre des gens qu'ils avaient autrefois tant aimés. Il y eut plusieurs femmes Françaises, qui voulant prendre la défense de leurs maris ou venger leur mort sur leurs meurtriers, furent elles mêmes impitoyablement égorgées par ces barbares.

 

Au milieu de ce massacre général de tous les Français, le lieur Chopart vivait encore, comme si la Providence eût voulu le réserver pour être témoin de la destruction de tant d'habitants qui ne périssaient que par sa faute. Il la reconnut enfin, mais trop tard ; & se levant de dessus sa chaise, au lieu de prendre son fusil & de se mettre en défense, il se sauva dans son jardin, où il donna un coup de sifflet pour appeler les soldats de la garnison. Mais ils n'étaient plus & il pouvait voir tout autour de lui au travers de la palissade qui fermait son jardin, la terre jonchée de leurs cadavres. Lui-même est environné des Sauvages, qui ne respirent plus que sa mort : cependant aucun d'eux ne veut porter la main sur lui ; ils le regardent comme un chien, indigne d'être tué par un brave homme & ils font venir le Chef Puant qui l'assomme d'un coup de massue.

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 16:33

Entre lire les discours de Saint Just et les romans de Chateaubriand je n’ai jamais hésité : Sain Just. Donc je ne connais de Chateaubriand que sa position monarchiste. Depuis j’ai appris qu’on peut apprendre autant sinon plus, de ses adversaires politiques, car eux-mêmes apprennent l’essentiel de ceux qu’ils combattent ! (Ils se réjouissent même quand ils peuvent obtenir le soutien d’anciens révolutionnaires !). Voici comment Chateaubriand préface son livre sur les Natchez, une page qui pourrait entrer dans la grande anthologie des discours usant les Indiens à tant de causes différentes. Du bon sauvage aux méchants civilisés. De Rousseau à Herrero. Chateaubriand n’a jamais digéré la Révolution française aussi, son amour des Natchez, lui sert à découvrir que la noblesse c’était bien même chez les Indiens. Pour le dire vite. Jean-Paul Damaggio

 Les Natchez / Chateaubriand / Préface

Lorsqu’en, 1800 je quittai l'Angleterre pour rentrer en France sous un nom supposé, je n'osais me charger d'un trop gros bagage : je laissai la plupart de mes manuscrits à Londres. Parmi ces manuscrits se trouvait celui des Natchez, dont je n'apportais à Paris que Mené, Atala, et quelques descriptions de l'Amérique.

Quatorze années s'écoulèrent avant que les communications avec la Grande Bretagne se rouvrissent, Je ne songeai guère à mes papiers dans le premier moment de la Restauration ; et d'ailleurs comment les retrouver ? Ils étaient restés enfermés dans une malle, chez une Anglaise qui m'avait loué un petit appartement à Londres. J'avais oublié le nom de cette femme ; le nom de la rue et le numéro de la maison où j'avais demeuré étaient également sortis de ma mémoire.

Sur quelques renseignements vagues et même contradictoires que je fis passera Londres, MM. De Thuisy eurent la bonté de commencer des recherches ; ils les poursuivirent avec un zèle, une persévérance dont il y a très-peu d'exemples : je me plais ici à leur en témoigner publiquement ma reconnaissance.

Ils découvrirent d'abord avec une peine infinie la maison que j'avais habitée, dans la partie ouest de Londres. Mais mon hôtesse était morte depuis plusieurs années, et l'on ne savait ce que ses enfants étaient devenus. D'indications en indications, de renseignements en renseignements, MM. De Thuisy, après bien des courses infructueuses, retrouvèrent enfin, dans un village à plusieurs milles de Londres, la famille de mon hôtesse ;

Avait-elle gardé la malle d'un émigré, une malle remplie de vieux papiers à peu près indéchiffrables ? N'avait-elle point jeté au feu cet inutile ramas de manuscrits français ?

D'un autre côté, si mon nom, sorti de son obscurité, avait attiré dans les journaux de Londres l'attention des enfants de mon ancienne hôtesse, n'auraient-ils point voulu, profiter de ces papiers, qui dès lors acquéraient une certaine valeur ?

Rien de tout cela n'était arrivé : les manuscrits avaient été conservés ; la malle n'avait pas même été ouverte. Une religieuse fidélité, dans une famille malheureuse, avait été gardée à un enfant du malheur. J'avais confié avec simplicité le produit des travaux d'une partie de ma vie à la probité d'un dépositaire étranger, et mon trésor m'était rendu avec la même simplicité. Je ne connais rien qui m'ait plus touché dans ma vie que la bonne foi et la loyauté de cette pauvre famille anglaise.

 Voici comme je parlais des Natchez dans la préface de la première édition d'Atala:

« J'étais encore très-jeune lorsque je conçus l'idée, de faire l'épopée de l'homme de la nature, ou de peindre les mœurs des sauvages, en les liant à quelque événement connu. Après la découverte de l'Amérique, je ne vis pas de sujet plus intéressant, surtout' pour des Français, que le massacre de la colonie des Natchez à la Louisiane, en 1727. Toutes les tribus indiennes conspirant, après deux siècles d'oppression, pour rendre la liberté au Nouveau-Monde, me parurent offrir un sujet presque aussi heureux que la conquête du Mexique. Je jetai quelques fragments de cet ouvrage sur le papier ; mais je m'aperçus bientôt que je manquais des vraies couleurs, et que, si je voulais faire une image semblable, il fallait, à l'exemple d'Homère, visiter les peuples que je voulais peindre.

En 1789, je fis part à M. Malesherbes du dessein que j'avais de passer en Amérique. Mais, désirant en même temps donner un but utile à mon voyage, je formai le dessein de découvrir par terre le passage tant cherché, et sur lequel Cook même avait laissé des doutes. Je partis ; je vis les solitudes américaines, et je revins avec des plans pour un second voyage, qui devait durer neuf ans. Je me proposais de traverser tout le continent de l'Amérique septentrionale, de remonter ensuite le long des côtes, au nord de la Californie, et de revenir par la baie d'Hudson, en tournant sous le pôle. M. de Malesherbes se chargea de présenter mes plans au gouvernement, et ce fut alors qu'il entendit les premiers fragments du petit ouvrage que je donne aujourd'hui au public. La Révolution mit fin à tous mes projets. Couvert du sang de mon frère unique, de ma belle-soeur, de celui de l'illustre vieillard leur père; ayant vu ma mère et une autre sœur, pleine de talent, mourir des suites du traitement qu'elles avaient éprouvé dans les cachots, j'ai erré sur les terres étrangères.

De tous mes manuscrits sur l'Amérique, je n'ai sauvé que quelques fragments, en particulier Atala, qui n'était elle-même qu'un épisode des Natchez. Atala a été écrite dans le désert, et sous les huttes des sauvages. Je ne sais si le public goûtera cette histoire, qui sort de toutes les routes connues, et qui présente une nature et des mœurs tout à fait étrangères à l'Europe. »

Dans le Génie du Christianisme, tome II des ancienne séditions, au chapitre du Vague des passions, on lisait ces mots :

« Nous serait-il permis de donner aux lecteurs, un épisode extrait, comme Atala, de nos anciens Natchez ? C'est la vie de ce jeune René à qui Chactas a raconté son histoire, etc. »

Enfin, dans la préface générale de l'édition de mes Œuvres, j'ai déjà donné quelques renseignements sur les Natchez.

Un manuscrit dont j'ai pu tirer Atala, René, et plusieurs descriptions placées dans le Génie du Christianisme, n'est pas tout à fait stérile. Il se compose, comme je l'ai dit ailleurs, de deux mille trois cent quatre-vingt-trois pages in-folio. Ce premier manuscrit est écrit de suite, sans section : tous les sujets y sont confondus, voyages, histoire naturelle, partie dramatique, etc. ; mais auprès de ce manuscrit d'un seul sujet, il en existe un autre partagé en livres, qui malheureusement n'est pas complet, et où j'avais commencé à établir l'ordre. Dans ce second travail non achevé, j'avais non seulement procédé à la division de la matière, mais j'avais encore changé le genre de la composition, en la faisant passer du roman à l'épopée.

La révision, et même la simple lecture de cet immense manuscrit, a été un travail pénible : il a fallu mettre à part ce qui est voyage, à part ce qui est histoire naturelle, à part ce qui est drame ; il a fallu beaucoup rejeter, et brûler encore davantage de ces compositions surabondantes. Un jeune homme qui entasse pêle-mêle ses idées, ses inventions, ses études, ses lectures, doit produire le chaos ; mais aussi dans ce chaos il y a une certaine fécondité qui tient à la puissance de l'âge, et qui diminue en avançant dans la vie.

Il m'est arrivé ce qui n'est peut-être jamais arrivé à un auteur : c'est de relire, après trente années, un manuscrit que j'avais totalement oublié. Je l'ai jugé comme j'aurais pu juger l'ouvrage d'un étranger : le vieil écrivain formé à son art, l'homme éclairé par la critique, l'homme d'un esprit calme et d'un sang rassis, a corrigé les essais d'un auteur inexpérimenté, abandonné aux caprices de son imagination.

J'avais pourtant un danger à craindre. En repassant le pinceau sur le tableau, je pouvais éteindre les couleurs ; une main plus sûre, mais moins rapide, courait risque de faire disparaître les traits moins corrects, mais aussi les touches plus vives de la jeunesse : il fallait conserver à la composition son indépendance et pour ainsi dire sa fougue ; il fallait laisser l'écume au frein du jeune coursier. S'il y a dans les Natchez des choses que je ne hasarderais qu'en tremblant aujourd'hui, il y a aussi des choses que je n'écrirais plus, notamment la lettre de René, dans le second volume.

Partout, dans cet immense tableau, des difficultés considérables se sont présentées au peintre : il n'était pas tout à fait aisé, par exemple, de mêler à des combats, à des dénombrements de troupes à la manière des anciens, de mêler, dis-je, des descriptions de batailles, de revues, de manœuvres, d'uniformes et d'armes modernes. Dans ces sujets, mixtes, on marche constamment entre deux écueils, l'affectation ou la trivialité. Quant à l'impression générale qui résulte de la lecture des Natchez, c'est, si je ne me trompe, celle qu'on éprouve à la lecture de René et d'Atala : il est naturel que le tout ait de l'affinité avec la partie.

On peut lire dans Charlevoix. (Histoire de la Nouvelle-France, tome IV, page 24) le fait historique qui sert de base à la composition des Natchez. C'est de l'action particulière racontée par l'historien que j'ai fait, en l'agrandissant, le sujet de mon ouvrage. Le lecteur verra ce que la fiction a ajouté à la vérité.

J'ai déjà dit qu'il existait deux manuscrits des Natchez : l'un divisé en livres, et qui ne va guère qu'à la moitié de l'ouvrage ; l'autre, qui contient le tout sans division, et avec tout le désordre de la matière. De là une singularité littéraire dans l'ouvrage tel que je le donne au public : le premier volume s'élève à la dignité, de l'épopée, comme dans les Martyrs ; le second volume descend à la narration ordinaire, comme dans Atala et dans René.

Pour arriver à l'unité du style, il eût fallu effacer du premier volume la couleur épique, ou l'étendre sur le second : or, dans l'un ou l'autre cas, je n'aurais plus reproduit avec fidélité le travail de ma jeunesse.

Ainsi donc, dans le premier volume des Natchez on trouvera le merveilleux, et le merveilleux de toutes les espèces : le merveilleux chrétien, le merveilleux mythologique, le merveilleux indien ; on rencontrera des muses, des anges, des démons, des génies, des combats, des personnages allégoriques : la Renommée, le Temps, la Nuit, la Mort, l'Amitié. Ce volume offre des invocations, des sacrifices, des prodiges, des comparaisons multipliées, les unes courtes, les autres longues à la façon d'Homère, et formant de petits tableaux.

Dans le second volume, le merveilleux disparaît, mais l'intrigue se complique et les personnages se multiplient : quelques-uns d'entre eux sont pris jusque dans les rangs inférieurs de la société. Enfin le roman remplace le poème, sans néanmoins descendre au-dessous du style de René et d'Atala, et en remontant quelquefois, par la nature du sujet, par celle des caractères et par la description des lieux au ton de l'épopée.

Le premier volume contient la suite de l'histoire de Chactas et son voyage à Paris. L'intention de ce récit est de mettre en opposition les mœurs des peuples chasseurs, pêcheurs et pasteurs, avec les mœurs du peuple le plus policé de la terre. C'est à la fois la critique et l'éloge du siècle de Louis XIV, et un plaidoyer entre la civilisation, et l'état de la nature : on verra que le juge décide la question.

Pour faire passer sous les yeux de Chactas les hommes illustres du grand siècle, j'ai quelquefois été obligé de desserrer les temps, de grouper ensemble des hommes qui n'ont pas vécu tout à fait ensemble, mais qui se sont succédé dans la suite d'un long règne. Personne ne me reprochera sans doute ces légers anachronismes, que je devais pourtant faire remarquer ici. Je dis la même chose des événements, que j'ai transportés et renfermés dans une période obligée, et qui s'étendent, historiquement, en deçà et au-delà de cette période. On ne me montrera, j'espère, pas plus de rigueur pour la critique des lois. La procédure criminelle cessa d'être publique en France sous François Ier, et les accusés n'avaient pas de défenseurs. Ainsi, quand Chactas assiste à la plaidoirie d'un jugement criminel, il y a anachronisme pour, les lois : si j'avais besoin sur ce point d'une justification, je la trouverais dans Racine même. Dandin dit à Isabelle : Avez-vous jamais vu donner la question?

ISABELLE. Non, et ne le verrai, que je crois, de ma vie.

DANDIN. Venez, je vous en veux faire passer l'envie.

ISABELLE. Hé! monsieur, peut-on voir souffrir des malheureux!

DANDIN. Bon! cela fait toujours passer une heure ou deux.

 Racine suppose qu'on voyait, de son temps, donner la question, et cela n'était pas : les juges, le greffier, le bourreau et ses garçons assistaient seuls à la torture.

J'espère enfin, qu'aucun, véritable savant de nos jours ne s'offensera du récit d'une séance à l'Académie, et d'une innocente critique de la science sous Louis XIV, critique qui trouve, d'ailleurs, son contrepoids au Souper chez Ninon. Ils ne s'en offenseront pas davantage que les gens de robe ne se blesseront de ma relation d'une audience au Palais. Nos avocats, nobles défenseurs de nos libertés publiques, ne parlent plus comme le Petit-Jean des Plaideurs, et dans notre siècle, où la science a fait de si grands pas et créé tant de prodiges, la pédanterie est un ridicule complètement ignoré de nos illustres savants.

On trouve aussi, dans le premier volume des Natchez, un livre d'un Ciel chrétien différent du Ciel des Martyrs : en le lisant, j'ai cru éprouver un sentiment de l'infini qui m'a déterminé à conserver ce titre. Les idées de Platon y sont confondues avec les idées chrétiennes, et ce mélange ne m'a paru présenter rien de profane ou de bizarre.

Si on s'occupait encore de style, les jeunes écrivains pourraient apprendre, en comparant le premier volume des Natchez au second, par quels artifices on peut changer une composition littéraire et la faire passer d'un genre à un autre. Mais nous sommes dans le siècle des faits, et ces études de mots paraîtraient sans doute oiseuses. Reste à savoir si le style n'est pas, cependant, un peu nécessaire pour faire vivre les faits : Voltaire n'a pas mal servi la renommée de Newton. L'histoire, qui punit et qui récompense, perdrait sa puissance si elle savait peindre : sans Tite-Live, qui se souviendrait du vieux Brutus ? sans Tacite, qui penserait à Tibère ? César a plaidé lui-même la cause de son immortalité dans ses Commentaires, et il l'a gagnée. Achille n'existe que par Homère. Otez de ce monde, l'art d'écrire, il est probable que vous en ôterez la gloire. Cette gloire est peut-être une assez belle inutilité pour qu'il soit bon de la conserver, du moins encore quelque temps.

La description de l'Amérique sauvage appellerait naturellement le tableau de l'Amérique policée ; mais ce tableau me paraîtrait mal placé dans la préface d'un ouvrage d'imagination. C'est dans le volume où se trouveront les souvenirs de mes voyages en Amérique, qu'après avoir peint les déserts, je dirai ce qu'est devenu le Nouveau-Monde et ce qu'il peut attendre de l'avenir. L'histoire ainsi fera suite à l'histoire, et les divers, sujets ne seront pas confondus.

Chateaubriand

 

1. M. Mackenzie a depuis exécuté une partie de ce plan.

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 22:59

Cette fois j'ai cherché Steinbeck sur l'Humanité. Je n'ai rien trouvé. Alors j'ai tapé Dos Passos et je suis tombé sur cet article. Au-dessus de cet article un extrait des Beaux Quartiers d'Aragon. JPD

 

 

Humanité 18 octobre 1936

Les Livres

Images de l'Amérique

Le petit arpent du Bon Dieu par Erskine Caldwell 1 vol. NRF 15 fr.

 

IL y a une, grande et singulière littérature américaine que le public français connaît peu. Des romans de William Faulkner aux récits policiers, et sanglants de Dashiel Hammet s'exprime un monde partagé entre la violence et l'ennui, où les conflits entre les morales protestantes et les exigences de l'instinct, le banditisme, les aspects de terreur que le capitalisme américain impose aux luttes sociales composent un «climat» déchirant. Naturellement, pas un des témoins sincères de la réalité américaine n'attache la moindre importance aux transformations de surface que le régime Roosevelt a pu introduire aux Etats-Unis. Les conditions de violence de la vie américaine, l'état extrême de fureur de tension ou d'angoisse dans lesquels vivent un nombre immense d'Américains aboutit à créer un art également violent, tendu et angoissé où le rôle essentiel est joué par les valeurs, de dénonciation. Tout écrivain américain véritable est un dénonciateur, qu'il se nomme John Dos Passos, Waldo Franck, William Faulkner, Erskine Caldwell. La pression de cette réalité est assez forte pour agir parfois, malgré toutes les précautions, sur le fil américain et aboutir à des œuvres que les critiques français trouvent généralement « cruelles » et qui ne franchiraient même pas en France les barrières de la censure.

George Bernard Shaw, le grand écrivain irlandais, a divisé ses pièces en pièces plaisantes et pièces déplaisantes. On pourrait dire que toute la littérature américaine - celle qui compote, car bien entendu, les Etats-Unis possèdent, comme, la France une littérature particulièrement stupide et sentimentale d0tsinée à persuader aux millions de lecteurs petits bourgeois des grands magazines que tout va en Amérique au mieux des sentiments élevés, poétiques et moraux - on pourrait donc dire que .la véritable littérature américaine est tout entière déplaisante ; elle met une insistance remarquable, à signaler les lynchages de nègres, la misère des chômeurs, l'absurdité, de la vie. sociale, la répression des grèves, la violence érotique d'un peuple étouffé par les interdictions sexuelles, la domination des capitalistes, le pouvoir des bandes organisées, la vénalité des magistrats, des hommes politiques et de la police.

On se demande d'ailleurs- comment il pourrait y avoir actuellement dans le monde une littérature authentique qui ne soit pas une littérature déplaisante, c'est-à-dire une littérature offensante par sa vérité. Ce n'est pas par hasard que les seules littératures « plaisantes» sont le fait des écrivains fascistes : on notera comme un. signe important que les intellectuels fascistes du genre de M. Brasillach ou de M. Maxence écrivent ici des romans volontiers poétiques, ou « féeriques », comme ils disent dans leur langage, pour se délasser, en parlant des petits oiseaux des appels au meurtre qu'ils prodiguent par ailleurs.

Le dernier livre que le public français va lire d'un écrivain américain est le petit arpent du Bon Dieu, d'Erskine Caldwell.

Caldwell, qui a trente-trois ans, est un fils de pasteur de Géorgie. Comme tant de ses confrères américains, il a fait plus d'un métier : journaliste, ouvrier dans une huilerie, ramasseur de coton, aide cuisinier, garçon de nuit dans un buffet de gare, machiniste de théâtre, critique littéraire, dans le Texas, footballeur -professionnel.. Ses premiers livres, Bastard, Poor Fool, Tobacco Road, God's little Acre - traduit sous le titre Le petit arpent du Bon Dieu décrivent tous le monde des fermiers pauvres du Sud, planteurs de tabac ou de coton, à peu près aussi misérables que "les nègres qui les, entourent.

Le petit arpent du Bon Dieu parut scandaleux aux Américains bien-pensants : le livre, fut poursuivi pour « obscénité ». L'attorney de New-York abandonna le procès à la suite d'une protestation de quarante-cinq écrivains américains, parmi lesquels les' plus grands.

M. Maurois qui a préfacé la traduction française croit juste et utile de rappeler Rabelais : il y a un certain genre de critique qui procède, par comparaison, comme si le lecteur ne pouvait jamais assimiler le nouveau sans se dire qu'il l'a déjà rencontré. Naturellement, la comparaison entre Erskine Caldwell et Rabelais n'a exactement aucun sens mais il paraît qu'il suffit à un ouvrage de comporter quelques "obscénités" et une certaine largeur dans la peinture pour rappeler Rabelais. Il est vrai que le héros du livre, Ty Ty Walden, fait parfois entendre des phrases sur la liberté sexuelle et la fidélité à l'instict qui peuvent faire penser un critique cultivé à Frère Jean de l'abbaye de Thélème. On aurait tort d'aller plus loin : quand la jeune littérature américaine lance une protestation en faveur de la liberté des instincts, elle le fait avec une grande angoisse sa protestation est simplement comme le cri d'un homme qui étouffe, sous le poids d'une. Civilisation sans pitié ; elle lance un appel à la vie dans un monde en proie à la mort. La victoire même de la vie ne peut se concevoir qu'après un combat violent contre le monde : on est dans une situation tragique, puisque tout dépend d'une lutte dans laquelle un homme peut tout perdre. Quand les écrivains du seizième siècle lançaient des appels apparemment semblables, ils le faisaient avec un optimisme à peu près total : ils parlaient au nom d'une classe en pleine ascension, dont la victoire devait leur apparaître comme facile. Il faut bien voir que l'appel à la vie lancé au temps de la bourgeoisie mourante et résolue à ne mourir que dans le sang des hommes qu'elle écrase, diffère entièrement de l'appel à la vie qu'elle lançait avec le sentiment exaltant de sa jeune puissance. Et la comparaison que M. Maurois fait aussi entre .Caldwell et l'Anglais D.-H.; Lawrence est sans doute bien plus exacte que la comparaison entre Caldwell et Rabelais.

  

Un fermier, Ty Ty Walden vit avec ses fils Shaw et Buck, sa fille Darling Jill et la femme de Buck, Griselda. Son fils aîné s'est enrichi et vit en ville. Son autre fille, Rosamond, a épousé un ouvrier du textile de Horse Creek Valley, Will Thompson.

Trois thèmes se partagent le livre : le premier est le thème de l'or. Il y a quinze ans que Ty Ty creuse ses terres pour y trouver de l'or qui, sans doute, n'y est pas. Et sans doute ce thème est-il tout à la fois burlesque et symbolique : les éléments burlesques sont excellents, les éléments symboliques sont1 faibles, comme il arrive presque toujours.

Le second thème est celui de l'usine : à Horse Creek Valley, un lock-out paralyse la ville depuis des mois. L'un des dirigeants ouvriers est justement Will Thompson, gendre de Ty-Ty Walden. Will est tué par les gardes de la Compagnie le jour où il entre avec ses camarades dans l'usine, pour la remettre en marche.

"Soudain le bruit cessa dans, l'usine. Les machines tournèrent moins vite, puis, s'éteignirent. Le silence fut complet, même dans la foule. Les femmes se tournèrent les unes vers les autres, déconcertées… Des hommes sortaient toujours, remontaient lentement vers les longues rangées de maisons jaunes, et les muscles, sur leurs dos nus, pendaient comme des tendons coupés sous la peau. Un homme avait du sang aux lèvres, un autre toussa, et le sang suinta par les coins de sa bouche fortement serrés. Il cracha dans la poussière jaune de la Caroline..

Les femmes commencèrent à partir. Elles couraient à côté des hommes, marchaient près d'eux, remontant vers les longues rangées de maisons jaunes. Il avait des larmes dans les yeux des filles, si belles qui rentraient chez elles avec leurs amants. C'étaient les filles de la vallée dont les seins se dressaient, dont les visages ressemblaient à des volubilis quand elles se montraient aux fenêtres de l'usine aux murs habillés de lierre.. "

 

Le troisième thème est le thème sexuel : tous les hommes du livre sont poursuivis jusqu'à l'angoisse par le désir des femmes. Dans le monde pesant où ils vivent, monde du coton, monde des usines, l'érotisme leur apparaît comme la seule liberté et comme le seul bonheur encore possibles. Il est très remarquable que dans toute la littérature américaine, comme dans les romans de Lawrence, la revendication érotique apparaisse comme une évasion. Un écrivain, qui est aujourd'hui devenu, comme Caldwell, un écrivain révolutionnaire, regardait hier encore, le retour à la nature comme une solution sociale et morale. Il en a été ainsi à toutes les époques où l'avenir apparaissait bouché : à la fin du XVIIIe siècle, au deuxième tiers du XIXe le retour à la nature apparaît pareillement. C'est un signe d'angoisse, ce n'est pas un signe de "santé". On notera cependant que, dans les pays anglo-saxons modernes, la prise de conscience révolutionnaire commence souvent chez l'écrivain par une revendication de la liberté sexuelle, une affirmation de la dignité de l'érotisme : toute « l'intelligentsia » -anglaise d'après guerre, à la suite de Lawrence, a obéi à cette loi. Caldwell n'y échappe pas : Ty Ty, son héros et son porte-parole, au moment ou Buck tue, son frère aîné qui veut sa femme Griselda, s'écrie :

Les femmes comprennent, elles, et elles sont toutes prêtes à vivre la vie pour laquelle Dieu les a formée. Dieu a fait les jolies filles et il a fait les hommes. Il n'en fallait pas plus. Quand on se met à prendre une femme ou un homme pour soi tout seul, on est sûr de n'avoir plus que des ennuis jusqu'à la fin de ses jours.

Ce vieux paysan sensé parle comme un intellectuel américain de années 30, pour qui la révolution sexuelle est d'abord la Révolution. Un homme comme Caldwell, n'en restera pas là. On ne transformera pas l'Amérique en appliquant à l'amour ce que Lénine, nommait « la théorie du verre d'eau ». Les théories simplificatrices comme, celle de la liberté érotique ne vont jamais très loin : elles manquent entièrement d'efficacité sur une réalité sociale et humaine infiniment compliquée. Paul NIZAN

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 14:25

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Sculpture sur Canyon Road Santa Fe, une rue consacrée aux artistes

 

Dimanche, 17 h, sur la Plaza de Santa Fe, c’est le désert. Même les deux Indiens jouant et chantant rangent leur matériel. Parking facile. Le tour des vitrines de la place rappelle que nous sommes dans la ville des artistes. Pourquoi tant de bijoux splendides, sculptures et autres merveilles ? Car la ville est belle, le climat agréable et le contexte très favorable à l’inspiration des créateurs ? Parce qu’un jour un peintre s’est trouvé bien en ce lieu et par le bouche à oreilles a fait venir des amis ? Les trois jours dans la ville confirment la première observation : la présence des arts est vraiment impressionnante. Mais le pourquoi n’a rien à voir avec des explications sociologiques, artistes ou climatologiques. La réponse est beaucoup plus terre à terre? comme nous dirions que la théorie de Marx est terre à terre.

Là où le profit est roi, l’activité va où le marché est possible.

Tony Hillerman est arrivé à Santa Fe en 1952 juste au moment où « la Cité différente » perdait son titre. Différente en quoi ?

Mais d’abord Tony Hillerman est différent en quoi du reste des Etatsuniens ? Dans son autobiographie il écrit à propose de son expérience de soldat en France en 1944 :

«Les renseignements militaires [des USA], un terme dont nous devions apprendre qu’il constitue le parfait oxymoron. » Et le livre n’est pas tendre avec l’idiotie de renseignements militaires envoyant à la mort de jeunes soldats étatsuniens. Généralement, par patriotisme, un bon citoyen aurait dû taire une tare qui depuis n’en finit pas de faire des dégâts malgré des tonnes d’écoutes téléphoniques.

Mais revenons au Santa Fe de 1952 : « A Santa Fe, capitale de l’Etat, les emplois relevant de la municipalité ou de l’administration du comté revenaient prioritairement aux Hispaniques alors que les Anglos étaient massivement représentés dans les branches touristiques et commerciales. Le tout rehaussé d’un vernis de culture par une colonie artistique très active, elle-même renforcé par une délégation de « pseudo » peintres, sculpteurs, etc. qui vivaient des largesses de proches fortunés. »

Pourquoi différente ? Car les Hispaniques, qui partout étaient relégués dans les marges de la société, occupaient à Santa Fe le haut du pavé ! La ville fut celle de l’aristocratie espagnole puis créole car stratégique du temps de la colonie puis de l’indépendance du Mexique. Elle l’est devenue encore plus quand le New Mexico est né car elle s’est trouvée sur tous les axes entre l’est et l’ouest, le sud et le nord. N’est-elle pas une étape de la fameuse route 66 ?

En conséquence la classe dirigeante, dont la visite du Palais du gouverneur donne une idée de la force, est restée en place et ceux qui furent désignés d’Anglos, c’étaient tous les nouveaux venus et pas seulement les Anglais.

A Santa Fe j’aurais dû aller visiter le cimetière pour y découvrir les traces de cette grandeur passée qui a fait une place aux artistes, place d’autant plus renforcée quand la ville est devenue touristique grâce à l’ingéniosité des opposants aux Hispaniques, les Anglos !

Hillerman est arrivé dans cette ville comme journaliste, d’abord de base puis plus reconnu, en conséquence il a appris à la connaître de l’intérieur aussi quand on lui a proposé de devenir enseignant en partant pour Albuquerque, il est parti avec joie. Aujourd’hui sa fille vit à Santa Fe où les rapports sociaux ont peut-être changé de nature. Pour la présence des artistes c’est par contre la même problématique : un tourisme de luxe leur a permis de s’enraciner. Ajoutons un éventuel vestige du passé : l’artisanat indien est riche et vigoureux, les maîtres d’hier ayant peut-être fait vivre également la créativité populaire ?

 

Jean-Paul Damaggio 

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 15:04

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En 1992, Herrero est venu à Montauban présenter son livre, l’Ami Indien. Il y raconte son enfance et sa jeunesse du temps où il était du camp des indiens contre le cowboy ce qui le poussa à réaliser un de ses rêves, partir à 20 ans pour les Amériques. Le style ne manque pas de brio, aussi alerte qu’un trois quart centre. Et le témoignage de symboles.

Toulon est toujours en haut de l’affiche et en souvenir de ma propre enfance je ne regarde pas sans émotion le combat actuel des Verts et Noirs de Montauban pour monter en Pro D2.

Bref, sensible au rugby, aux indiens et au style d’Herrero je m’étais empressé d’acheter son livre et de lui demander, fait rare, une dédicace. « Je t’invite humblement sur les routes de mes grands espaces sans frontières… en liberté ! »

Le Western a façonné toute une jeunesse dont je me demande à présent par quoi elle est façonnée. Par le cinéma, les illustrés il fallait se prononcer entre le bon et le méchant.

Sur ce plan comme sur d’autres, 68 passera par là et Géronimo entrera alors dans la légende. Tout le drame de cet affrontement entre le bon et le méchant faisait que le défenseur du méchant pouvait, par générosité, devenir aussi bête que le défenseur du bon ! Toute l’idéologie du bon sauvage a eu de multiples conséquences : pour ridiculiser notre civilisation donc la démocratie, pour magnifier certains types de religion contre d’autres etc.

Les Incas par exemple, et ça transparaît dans le livre d’Herrero, n’était pas les infâmes exploiteurs de peuples indiens mais les glorieuses victimes de la tuerie immonde du colonisateur espagnol.

Je crois qu’on appelle ça le manichéisme qui privilégie le théâtre de la vie à la vie du théâtre.

Avec le livre comme j’en ai l’habitude, j’avais à l’époque collé un article que j’offre aujourd’hui, un article de l’Humanité Dimanche écrit par Jack Dion qui aime le théâtre et qu’on peut lire dans Marianne. C’était en 1994 et depuis vingt ans que d’eaux plus ou moins polluées ont circulé sous les ponts de nos vies.

Jean-Paul Damaggio

P.S. La vie de blogueur n'est pas simple : auparavant je pouvais utiliser un système d'archive sur un autre blog et y renvoyer le lecteur de ce blog. Violà que c'est impossible donc je suis obligé de renvoyer à l'article d'un autre blog où le fivchier joint est à la fin. 

 

 

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