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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 10:21

Jean-Georges Lefranc de Pompignan après la nuit du 4 août 1789 considère qu’il n’y a plus qu’une solution pour régler la crise financière, une taxe proportionnelle aux revenus. Il s’en explique dans une brochure que nous rééditions bon de commande et dont voici seulement l’article XV. Pour un archevêque considéré comme adversaire des Lumières voilà de quoi étonner le lecteur.

 

Art. XV.

1°. Toutes les personnes, de quelqu’âge, état ou condition qu’elles soient, possédant cent mille livres de rentes et au-dessus, payeront, pour leur taxe, la moitié de leurs revenus.

2° Toutes les personnes possédant, cinquante mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 99 999 livres, payeront, pour leur taxe, les deux cinquièmes de leurs revenus.

3° Toutes les personnes possédant trente mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 49 999 livres, payeront, pour leur taxe, le tiers de leurs revenus.

4° Toutes les personnes possédant vingt mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 29 999 livres, payeront, pour leur taxe, le quart de leurs revenus.

5° Toutes les personnes possédant douze mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 19 999 livres, payeront, pour leur taxe, le cinquième de leurs revenus.

6° Toutes les personnes possédant six mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 11 999 livres, payeront, pour leur taxe, le huitième de leurs revenus.

7° Toutes les personnes possédant trois mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 5999 livres, payeront, pour leur taxe, le dixième de leurs revenus.

8° Toutes les personnes possédant 1500 livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 2999 livres, payeront, pour leur taxe, le quinzième de leurs revenus.

9° Toutes les personnes possédant mille livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 1499 livres, payeront, pour leur taxe, le vingtième de leurs revenus.

10° Toutes les personnes possédant 500 livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 999 livres, payeront, pour leur taxe, le cinquantième de leurs revenus.

11° Toutes les personnes possédant cent livres de rentes et au-dessus, jusqu’à 499 livres, payeront, pour leur taxe, le centième de leurs revenus.

12° Tous les Négociants, Marchands et Marchandes en gros, tant en draperie, soierie, lingerie, bijouterie, orfèvrerie, quincaillerie, ou telle autre étoffe ou marchandise que ce puisse être, payeront, pour leur taxe, vingt-quatre livres par tête pour chaque chef de magasin, et douze livres par tête pour la taxe de chacun de leurs commis.

13° Tous les Négociants, Marchands et Marchandes détaillants, tant en draperie, soierie, lingerie, bijouterie, orfèvrerie, quincaillerie, ou telle autre étoffe ou marchandise que ce puisse être, payeront, pour leur taxe, douze livres par tête pour chaque chef de magasin, et six livres par tête pour la taxe de chacun de leurs commis.

14° Tous les Libraires, chefs de magasins de Librairie, payeront, pour leur taxe, vingt-quatre livres par tête pour chaque chef de magasin, et douze livres par tête pour la taxe de chacun de leurs commis.

15° Tous les Imprimeurs, Chefs d’imprimerie, payeront, pour leur taxe, vingt-quatre livres par tête, douze livres par tête pour la taxe de chaque Prote, et trois livres par tête pour chacun de leurs Ouvriers Imprimeurs, sauf par eux à retenir, sur les gages de leurs Protes et Ouvriers Imprimeurs, le montant de la somme qu’ils auront payée pour lesdites taxes.

16° Tous les Maîtres Etuvistes, Baigneurs, Perruquiers, Coiffeurs, Maîtresses Coiffeuses ou veuves de Maîtres ayant maîtrise, payeront pour leur taxe, douze livres par tête.

17° Tous les Perruquiers, Coiffeurs ou coiffeuses n’ayant point de maîtrise, payeront pour leur taxe, six livres par tête.

18° Tous les Maîtres Ouvriers ou veuves d’Ouvriers ayant maîtrise, tous les Maîtres, Artisans ou Maîtresses Ouvrières, quelque métier qu’ils exercent, payeront, pour leur taxe, six livres par tête.

19° Tous les Ouvriers ou Artisans, connus sous le nom de Garçons ou Compagnons, de quelque métier qu’ils soient, payeront, pour leur taxe, trois livres par tête.

20° Tous les Maîtres Cafetiers ou Limonadiers payeront pour leur taxe, vingt-quatre livres par tête, et six livres par tête pour la taxe de chacun de leurs Garçons de café.

21° Tous les Maîtres Traiteurs, Rôtisseurs, Pâtissiers, Aubergistes, Boulangers et Marchands de vins en détail, payeront, pour leur taxe, douze livres par tête, et trois livres par tête pour chacun de leurs Garçons d’aide ou Apprentis.

22° Tous les Domestiques, tant hommes que femme, les Cuisiniers, les Cuisinières, Femmes de Chambre, Femmes de Charge, Valets de Chambre, Cochers, Postillons, Laquais, Palefreniers, payeront pour leur taxe, la somme de six livres.

23° Tous les Habitants de la campagne, possédant des biens-fonds ou immeubles, payeront, pour leur taxe, à prorata de leurs revenus, et conformément au tarif énoncé ci-dessus.

24° Tous les Habitants de la campagne, qui ne possèdent aucun biens-fonds ni immeubles, mais qui sont en état de travailler à la journée et de gagner leur vie, payeront, pour leur taxe, la somme de vingt sous.

25° Toutes les Communautés religieuses, tant d’hommes que de femmes, séculières et régulières, payeront, pour leur taxe, à prorata de leurs revenus, et conformément au tarif énoncé ci-dessus.

 

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 10:19

Rééditer Victor Hugo

 

   

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

Les écrivains français du XIXème siècle, même les plus grands, Dumas, Zola, Daudet, Balzac, Baudelaire, sont entrés dans l’histoire pendant que l’un d’eux, Victor Hugo est resté dans l’actualité ! La réédition par Actes Sud de Napoléon Le Petit est un signe évident de ce phénomène. L’arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958 provoqua la réédition et diffusion massive de Histoire d’un crime, et la politique de Nicolas Sarkolèon ne peut qu’inciter à relire le proscrit de 1851. René Merle, sur le site La Sociale, comme sur le site 1851 a écrit plusieurs articles pour à la fois justifier des parallèles historiques tout en contestant les anachronismes possibles.

Le hasard a voulu qu’Hugo écrire sur un limonadier de Moissac (Jean Bousquet) et peu de jours après sur une parisienne (Louise Julien). Les deux textes se révèlent d’une grande actualité sans qu’il faille là aussi tomber dans les anachronismes.

Victor Hugo dans son texte sur Bousquet ne fait aucune allusion à un premier lien qu’il faillit établir avec le Tarn-et-Garonne, quand, en 1842, il fut sollicité pour devenir député du département. Il ne fait aucune allusion à un autre Montalbanais qu’il croisa à la chambre des députés et qu’il dut écouter avec attention en 1850 : l’abbé de Cazalès ! Il s’agit de la fameuse loi Falloux qui fit basculer Victor Hugo dans le camp de la « gauche » et qui fut condamné… par l’abbé Cazalès au cours d’une intervention que nous ne manquerons pas de rééditer. Ainsi avec notre étude sur l’abbé Marcellin, avec la réédition d’une brochure de Jean-Georges Lefranc de Pompignan, nous complèterons cet étrange tableau d’une tradition locale de catholicisme social dont l’écrivain Léon Cladel se fit lui-même l’écho en tant que témoin.

Voici trois extraits de l’intervention de l’abbé Cazalès, une pour bien spécifier qu’il est du parti de l’ordre, l’autre pour spécifier que ça ne l’empêche pas de s’opposer à la loi Falloux qui veut que l’Eglise intervienne dans les questions scolaires, la troisième pour expliquer ses objectifs :

1 ) « Des deux grands partis qui divisent le pays, celui dont la majorité de cette assemblée est l’organe me paraît le meilleur : je crois ses idées plus saines, plus applicables que celles du parti opposé et c’est pourquoi je vote habituellement avec lui. Mais tout honorable qu’il puisse être, quelque droit qu’il puisse avoir par ses tendances générales au beau nom de parti de l’ordre, ce n’en est pas moins un parti, et l’Eglise ne peut pas, ne doit pas, être d’un parti. »

2 ) « Messieurs l’Eglise ne peut pas être neutre, ni indifférente dans les luttes comme celles dont nous sommes les témoins, et d’ailleurs ce serait bien en vain qu’on se flatterait, à la faveur d’une lâche inaction, d lui faire trouver grâce devant les vainqueurs quels qu’ils fussent. Mais, accoutumée qu’elle est depuis18 siècles à prendre part à ses grands combats, elle sait que pour y intervenir avec succès, elle ne doit employer que ses armes à elle ; si elle semble parler au nom de l’Etat, en vertu d’une mission reçue de l’Etat, elle perd son caractère et voit s’affaiblir son action. »

3 ) « Dans un temps comme le nôtre surtout, toute mission donnée à l’Eglise par les pouvoirs publics rend son langage suspect et court le risque de frapper ses efforts d’impuissance. Voulez-vous qu’elle rende au pays les services que vous attendez d’elle et que son dévouement ne lui refusera jamais ? Donnez-lui la seule chose dont elle ait besoin : la liberté. Qu’il n’y ait pour elle ni chaînes ni faveurs ; qu’elle dise la vérité à tous, pauvres et riches, savants et ignorants, avec cette autorité que l’indépendance seule peut donner ; et sa parole en consolant les souffrances, en apaisant les haines, en adoucissant les sentiments pourra, si Dieu lui vient en aide, préparer cette grande réconciliation de tous les Français, si nécessaire au bonheur de notre patrie, et sans laquelle nous sommes condamnés à marcher sans relâche dans la douloureuse carrière des révolutions. »

Avec la mort de Jean Bousquet, Victor Hugo saisit l’occasion pour rappeler à la fois son attachement à Dieu et son opposition au pape. Il s’agit d’une tendance du mouvement des démocrates d’alors qui est différente de la tendance franc-maçonne. Le retour des cléricaux, rend toute son actualité au texte de Hugo. Et le portrait offert du combat de Jean Bousquet est une contribution supplémentaire aux recherches sur la Seconde république. Quant au texte de Hugo sur Louise Julien, il démontre que les femmes étaient présentes dans les luttes, une présence si oubliée….

2-02-2009 Jean-Paul Damaggio

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 10:16


Raoul Verfeuil est un Montalbanais peu connu.
 http://la-brochure.over-blog.com/article-32156748.html
Il a été le premier permanent du PCF suite au Congrès de Tours mais ne le resta pas longtemps, victime de la politique de bolchévisation. Mort trop tôt en 1927 de la tuberculose, il est aussitot tombé dans l'oubli.

14 février 1925

 

Raoul Verfeuil  :       Le Riche (conte)

  

On l’appelait le Riche, sans doute parce qu’il était pauvre. Dans le Midi surtout, les sobriquets ne sont pas seulement pittoresques, ils sont ironiques aussi. Le Riche était donc, pauvre - pauvre comme Job, et plus encore peut-être.

Job, en effet, couchait sur son fumier tandis que le Riche – à l’époque où on l’avait baptisé ainsi - dormait dans les granges ou sur la paille des autres.

Alors journalier, il avait fini par abandonner ce métier pour devenir un de ces musiciens ambulants qui courent, dès la bonne saison arrivée, de fête en fête ou de village en village, piston ou clarinette aux lèvres, pour la plus grande joie des populations endimanchées.

L’hiver, la vie était plus dure et il ne mangeait pas toujours à sa faim. Grâce à quelques bals dominicaux et aux noces qu’il « faisait » il se tirait pourtant d’affaires. Somme toute, il était heureux.

Aux âmes frustes, le bonheur est facilement accessible.

Comment avait-il appris la musique ? Il ne l’avait pas apprise et les partitions, étaient pour lui des rébus. Il s’était contenté d’acheter, tout jeune, une clarinette et il avait fini par en sortir une mouture toujours semblable de danses et de refrains qui suffisaient à sa gloire et à sa profession.

Le Riche était connu à dix lieues à la ronde. Démesurément grand et invraisemblablement maigre, sa taille gigantesque avait à ce point fléchi qu’il était devenu, de bonne heure, presque bossu.

Sur son dos voûté, les enfants grimpaient volontiers et, telle une bonne vieille bête docile, il les promenait avec résignation et peut-être même avec plaisir.

Les jours de fête, c’était lui qu’on apercevait d’abord et qu’on saluait ; c’était sa silhouette étrange et sympathique qui le faisait ressembler, tant elle était drôle, à quelque animal antédiluvien.

En tête des musiciens, il allait, leur donnant le ton et les conduisant, d’un pas qui voulait être solennel, chez M. le Maire et les principales notabilités auxquels on offrait, avec l’aubade habituelle, le bouquet traditionnel.

Les gamins du village le suivaient en imitant, sans moquerie d’ailleurs, sa démarche bizarre, indolente et saccadée à la fois, son corps en arc de cercle, la tête seule relevée et les mains tenant collée à la bouche, comme un curieux appendice, la fameuse clarinette populaire dans tout le pays.

Ce temps-là avait été pour lui un peu comme son temps de splendeurs.

Mais l’âge était venu, le Riche s’était fait vieux, et aux splendeurs avaient succédé les misères.

Les fêtes votives, un peu partout, avaient perdu de leur éclat et de leur simplicité.

Les jeunes paysans ne se contentaient plus des danses pourtant si jolies d’autrefois.

Les polkas leur paraissaient anachroniques et les farandoles vétustes.

Ils préféraient les tangos à la mode de Paris - ou de Buenos-Aires.

Le Riche, incapable d’exécuter les nouvelles danses, avait alors fait une fugue à la ville - toujours, philosophe d’ailleurs sans un mot de plainte ou d’amertume, un peu plus maigre et un peu plus voûté seulement.

C’est à cette époque que je le connus. Il était sans travail et ne savait du reste pas bien à quoi il pourrait s’employer.

Il avait enfoui dans un étui sa clarinette et il n’y touchait presque plus.

A peine si, de temps en temps, on l’appelait encore dans quelque lointain hameau et ce n’était pas sans une certaine mélancolie qu’il s'y rendait.

– Pourquoi ne joueriez-vous pas dans les auberges ? lui dis-je un jour. Cela vous rapporterait sans doute quelque argent.

Il ne me répondit pas et je ne sus pas ce qu’il pensait de mon conseil.

Ayant quitté, sur ces entrefaites, la ville, je n’y revins que quelques mois plus tard.

 

Le lendemain de mon retour, j’étais assis à la terrasse d’un café, à l’heure, de l’apéritif, lorsque j’entendis soudain un air de clarinette qui me fit tressaillir.

Au bout de la terrasse, le Riche, assis sur un pliant, égrenait sur son fidèle instrument les notes ingénues et champêtres qui avaient jadis charmé tant de couples et célébré tant de mariages.

Et ce fut pour moi, dans la mélancolie prenante du crépuscule qui tombait, une adorable évocation.

Un village surgit à mes yeux, un village aux maisons de briques emmaillotées de glycines et de vigne vierge et qui, bâti à flanc de coteau, regardait couler à ses pieds, de toutes ses demeures fleuries, un paresseux et chantonnant ruisseau.

C’était la fête patronale et le village, paré de ses plus beaux atours, qui m’apparaissaient parmi les lumières, les oriflammes et les chansons avec sa grande place embaumée de l’odeur des acacias, la grande place que toute une jeunesse ardente au plaisir, inondait de ses flots tumultueux.

Le Riche était là, sur l’estrade des musiciens, et c’était lui surtout que je voyais s’époumonant à jeter aux couples qui tourbillonnaient des rafales de notes langoureuses ou allègres.

Et tout cela était empreint de fraîcheur, de poésie, de séduction.

Qu’avait-il fait ces dernières années ? Comment vivait-il ?

Je le vis se lever, prendre dans sa poche une escarcelle et commencer sa quête.

Les sous tombaient dru dans la sébile et à chaque obole, il remerciait, d’un hochement de tête plus encore que d’un mot.

Quand il fut arrivé devant moi, je le questionnai :

– Eh bien ! mon brave, ça va le commerce ?

Il me reconnut, me prit les mains avec effusion :

– Ah ! mon bon monsieur ! quelle bonne idée vous m’avez donnée. Tenez ! regardez si ça marche !

Il fit sonner joyeusement les pièces de monnaie qu’il venait de recueillir.

– Chaque jour, c’est comme ça. Je joue partout à présent. Au début, je n’allais que dans les auberges puis je me suis hasardé à entrer dans les cafés. Maintenant on me tolère dans tous les établissements et je joue même au coin des rues. Je me fais jusqu’à trois francs par jour.

La guerre, malheureusement, a éclaté qui a vidé pendant longtemps la petite ville méridionale de sa population valide et a contraint le Riche à redevenir plus pauvre qu’il ne l’avait jamais été.

Ce n’est guère que la deuxième année de la guerre, la situation militaire se stabilisant et les plaisirs de toute nature étant retrouvés, qu’il a repris sa clarinette et ses tournées.

Mais il n’exécute plus les morceaux naïfs et charmants d’autrefois. Il a renoncé aux vieilles danses et aux vieux refrains mélancoliques et délicieux. Il a suivi la mode - la mode guerrière qui impose ses chansons comme elle impose ses servitudes militaires et son ignominie morale.

Je l'ai entendu de nouveau, depuis. A force de persistance, - et parce qu’il fallait vivre - il est parvenu à arracher à sa pauvre clarinette rétive d’ineptes couplets belliqueux qu’il a continué de jouer, la guerre finie.

Il avait déjà appris Viens Poupoule ; il a appris La Madelon et c’est La Madelon, doublée d’une Marseillaise extravagante et suraiguë qu’il hurle maintenant, au grand effroi des oreilles les plus complaisantes.

La grande victoire a de ces petites rançons…

RAOUL VERFEUIL

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:29

Les camps : Saint-Cyprien, le Barcarès et de nouveau Argelès-sur-Mer (II).

 

 

Apres Argelès, nous fumes transférés au camp de Saint-Cyprien. Dans celui-ci, nous ne pouvions mettre de noms fictifs. Les cuisines étaient réparties par campement ; deux hommes par baraque allait chercher « le rata » et faisaient la répartition. Cette popote se composait essentiellement de morue que nos cuisiniers ne pouvaient dessaler puisque les pompes à eau se trouvaient au bord de la plage ; le plus souvent ils la faisaient frire. Nous finîmes par apprendre qu’il nous faudrait, avant de changer de menu, achever tout le chargement d’un bateau qui avait débarqué sur la côte. Je ne me souviens plus si nous les avons achevées, ces fameuses morues, quand nous fûmes transférés vers le camp du Barcarès.

Là, ce fut la grande faim. Un poulet n’aurait pas survécu avec le peu qu’ils nous donnaient. J’allais tous les jours à un autre îlot rendre visite à ceux d'Agon qui me gardaient toujours une bouchée de quelque chose.

- Tiens, Martin, mange.

 - II vous en reste assez ?

- C'est suffisant pour quelqu'un qui ne fait rien.

 - Merci.

Quelle amitié, quelle solidarité ! Ce sont des choses qu’on ne peut oublier et quand j'y pense mes yeux s'embrument. De retour à ma baraque, je dis à mes compagnons :

- J'ai quatre amis natifs d'Agon qui mangent pratiquement à leur faim, alors que nous...

- Si c'est le cas, nommons trois hommes pour aller perquisitionner dans les cuisines, ces salauds de cuistots doivent se sucrer ; pendant ce temps, les autres occupants de la baraque encercleront le bâtiment au cas où les cuisiniers voudraient s’opposer à la fouille.

- D'accord.

Le pot aux roses, disons plutôt les deux petits chaudrons, furent vite découverts ; ils contenaient les meilleurs morceaux. Ils étaient destinés aux cuistots, à quelques amis et à ceux qui administraient le camp. Dans les grandes lessiveuses, c'est-à-dire les nôtres, il n'y avait que des os, des navets et des topinambours. La colère nous prit. Qu'est-ce qu'on leur mit comme coups de poings et coups de pieds au cul ! Ils furent renvoyés nus dans leur îlot. Si nous ne leur coupâmes pas les oreilles et le reste, c'est parce qu'un des nôtres plus âgé nous retint. Aucun de ceux qui festoyaient avec eux ne vint protester.

Pour remplacer les cuisiniers nous procédâmes à l’élection de quatre remplaçants : Carmelo Casale, un terrible de Gallur, Tomas Lostale et moi. Je refusai car, ayant mis le feu aux poudres, je ne voulais pas qu’on puisse croire que mon action visait à me trouver une bonne place. Je ne me souviens plus du nom de celui qui me remplaça. Une heure après, tout cuisait dans la grande marmite. Nos nouveaux cuistots, hommes consciencieux et intègres, n’eurent pas besoin que nous leur imposions un règlement. Tous les jours, cinq hommes étaient désignés pour peler les navets et les betteraves. Celui qui voulait manger un navet cru pouvant le faire mais il n’était pas question de toucher à la viande. Casale, pouvant manger quelques légumes, me donnait tous les jours sa ration de pain. A partir de ce moment tout alla bien, ce qui ne me dispensa pas de rendre des visites quotidiennes aux frères Laras. Vu ma jeunesse, ils continuèrent à me donner quelque chose et cette marque d'attention est restée pour moi inoubliable.

A cette époque, nous étions les seuls vacanciers, seulement on n'osait pas trop se baigner pour économiser nos forces. Maeterra, celui qui voulait lutter jusqu'au bout, se retrouva avec nous quelques jours plus tard ; je lui fis la lecture d'un livre que j'avais trouvé. Nous étions assis à même le sol, à l’entrée du camp, moi lisant lui écoutant (il ne savait pas lire comme beaucoup en ce temps-là), quand une traction avant se gara à côté de nous. Un commandant de l’Armée Française en descendit, celui que nous étions allés voir à Argelès. Accompagné de trois soldats, il se jeta sur moi comme un lion sur sa proie, me prit par le col de la chemise et me fit lever ; Maesterra se demandait ce qui se passait. Je savais fort bien que si je me défendais mon ami n’allait pas rester les mains dans les poches, mais je ne bronchai pas pour ne pas aggraver la situation, d'autant que je ne pouvais communiquer avec mon compagnon, le commandant connaissant bien notre langue.

Il me dit :

- Ici, la camaraderie espagnole, c'est fini ! Tu entends ; c'est fini ! Le café et le sucre que je vous ai volés, tu vas les payer.

Je réfléchis vite. Que faire ? Je pensai au pire. Ce fils de pute allait nous mettre au trou et nous faire mourir de faim ; en plus Maesterra n’était même pas au camp quand l’affaire s’était produite. Deux gardes sénégalais nous escortèrent jusqu'au camp disciplinaire qui ne faisait pas plus de vingt mètres carrés avec des barbelés hauts de trois mètres ; un garde nous surveillait nuit et jour. Que faire à part attendre notre transfert pour profiter d'un moment d'inattention ? Nous restâmes dans l’enclos trois semaines sous un soleil de plomb sans même une couverture pour les nuits fraîches, avec pour toute nourriture 150 g de pain et un bol d'eau salée. Nous n'aurions pas pu tenir trois mois. Cette canaille de commandant ne se rendait pas compte dans quel état de faiblesse nous étions déjà avant d'être enfermés. Il faisait sûrement partie de cette fameuse « Cinquième Colonne ».

La mutation de ce commandant nous permit de sortir au bout de trois semaines, car son remplaçant décida de nous libérer. Nous étions six ou sept ; les autres y étaient déjà à notre arrivée. En marchant vers le camp, la tête me tournait. A chaque pas que je faisais un voile noir passait devant mes yeux comme si je les fermais. Pendant notre absence, nos compagnons nous cherchèrent sans succès dans tout le camp. Ils pensaient qu'on s’était évadé ; s'évader ? Pour aller où, sans connaître la langue et les gens, mal vêtus et mal chaussés ? Suite aux retrouvailles, nos amis eurent du mal à nous reconnaître et, au récit qu'on leur fit, ils s’exclamèrent :

- Quel service a pu rendre cet être inhumain à la République espagnole ?

Ceux d'Ag6n étaient au courant de notre disparition, mais n'imaginaient pas que nous étions au camp disciplinaire. Comme toujours, ils me donnèrent à manger.

C’était mon troisième camp. Je ne me lasserai jamais de dire : « Où étaient les communistes, les socialistes que, dans aucun camp, je n'ai vus ? » Pas une commission n’est venue rendre visite pour se rendre compte de notre situation, pour voir comment nous étions traités, pour vérifier si nous avions une queue derrière nous comme certains disaient.

Peu après, nous reçûmes des formulaires pour aller au Mexique, terre d'accueil puisque notre gouvernement en exil s'y trouvait déjà. Nous fûmes nombreux A remplir ces imprimés, mais la Deuxième Guerre mondiale menaçant d'éclater, tout fut annulé. Un retour à Argelès fut organisé car les Français, ne sachant trop comment s'occuper, passaient leur temps à nous transférer. Cela commençait à bien faire et, sachant que pour nous le Mexique c'était raté, nous nous portâmes volontaires pour faire des fortifications. Un an avait passé depuis notre arrivée en France. Mes pantalons étaient rapiécés mais, en revanche, j'avais un bon blouson de cuir pris à un pourri qui s'en retournait avec Franco. Bon nombre des membres de la compagnie se sont faits photographier avec ce blouson pour envoyer un souvenir à leur famille.

Nous commencions à être peu nombreux. Dans l’impossibilité de nous mettre en queue de file pour voler du charbon, nous errions le long de la plage à la recherche de bouts de bois, de brindilles et autres combustibles pour nous chauffer bien qu'il fut strictement interdit de faire du feu ; les gendarmes nous surveillaient. Pour les tromper, le charbon et le bois étaient placés dans un chaudron. Ils regardaient par la porte pour voir s'il ne sortait pas de fumée, et ils s'en allaient. Une fois, l'un de nous fut surpris les mains près du récipient; les gendarmes comprirent. Ces salauds s'emparèrent de tout le matériel de chauffage.

D'habitude leur passage était signalé d'îlot en îlot, et pour faire passer le message sans qu'ils comprennent, nous les appelions los iguales (les pareils). Nous criions : Cuidado que vienen los iguales ! (attention! les pareils arrivent). Bravo à celui qui eut cette idée ! Cette fois-là, personne ne les avait vus. Sur la fiche de repas, nous marquâmes dix noms de plus, mais le chef renifla l’arnaque. Il avait la tâche aisée de nous compter vu que nous n'étions que quatre et que nous dormions ensemble pour avoir moins froid. Au total, dans le camp, nous n'étions plus que sept cents. Un ministre espagnol en exil envoya un message au gouvernement français pour demander qu'on nous donne des couvertures. Monsieur Laval lui répondit qu'il en avait besoin pour ses troupes.

Enfin vint le moment de sortir du camp d'Argelès-sur-Mer.

De bon matin, nous fûmes conduits à la gare puis embarqués dans un train spécial pour une destination inconnue. La ration de nourriture était maigre, une boîte de sardines pour deux, rien de plus jusqu’à la fin du voyage. Comme le convoi ne dépassait pas les 50 km/h et qu'il s'arrêtait à toutes les gares, nous arrivâmes le lendemain vers onze heures. Pendant notre trajet, le plus long arrêt s'effectua à Montauban : environ une heure. J'en profitai pour descendre ; les gardes ne s'aperçurent de rien. Je franchis la porte et allai jusqu'à une place. Pourquoi cette escapade, me direz-vous ? Tout simplement, pour chercher quelques mégots. A mon retour, mes compagnons sautèrent de joie quand je leur dis que j'en avais les poches pleines. J'aurais pu rester à Montauban, mais où aller par un froid glacial, sans un sou vaillant et, pour couronner le tout, mal vêtu. Les Français eurent l’idée originale de nous habiller avec les vêtements des soldats de la guerre 14-18, sans slips, sans chemises, sans maillot de peau et sans chaussettes. Nous en riions pendant tout le trajet. Aucun d'entre nous n'avait d'uniforme ni de chaussures à sa taille. Nous ressemblions à des clowns. Moi qui chausse du 40, je portais du 44 : je pouvais dormir debout sans tomber. Pour mes pantalons, deux hommes de ma taille auraient pu y loger. Quant à ma veste, après lui avoir fait faire deux tours, je l’attachai avec une corde pour avoir moins froid.

Tout ceci se passait au mois de janvier, un an après notre entrée dans les camps. Je remercie les autorités françaises de nous avoir si bien habillés, sinon nous serions morts de froid, vu que jusque-là nous étions à moitié nus. J'ai oublié de vous dire qu'au moment de monter dans un camion du convoi qui nous transféra du camp à la gare d'Argelès, un gendarme me donna un coup de pied au cul. Je me retournai et l’insultai, ce qui l’incita a ne pas recommencer. Rares étaient ceux qui valaient quelque chose. Notre terminus fut une petite gare du Cher.                                 Martin Armingol

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:28

Martin Armingol raconte ses souvenirs par l’intermédiaire de son fils dans un livre publié chez L’Harmattan : Mémoires d’un exilé espagnol insoumis 1931-1992. Voici deux extraits du livre qui concernent un moment d’histoire actuellement au cœur de diverses manifestations du souvenir, 70 ans après la « retirada ».

 

De La Jonquera au camp d'Argelès-sur-Mer (I)

 

Je passai la frontière, le cœur serré en pensant que non seulement nous avions perdu notre terre mais aussi la liberté. Personne ne peut s’imaginer notre enthousiasme à l’avènement de la République. Cela nous avait coûté bien cher, comment pouvoir oublier.

A la douane, nous laissâmes les armes. J’avais mon revolver caché dans une gamelle et en passant devant le tas d’armes, je fis le geste de le jeter et en pris un second, un 9 mn magnifique, ce qui fait que j’avais deux pistolets.

Je vendis un mulet que j’avais récupéré, 50 F, à un paysan, juste avant d’aller au camp de concentration. C’estque je me suis rendu compte de ce que valaient les autorités françaises, séparant les maris de leurs femmes, les personnes âgées de leur famille. Ces pauvres mères se défendirent comme elles purent pour garder leur progéniture, mais contre la force point de résistance. Plus tard bon nombre d’entre elles furent renvoyées en Espagne dans des wagons à bestiaux et ne revirent jamais leur mari.

A force de marcher, nous arrivâmes au camp d'Argelès-sur-Mer. Il est certain que l’on ne pouvait nous loger dans un hôtel. Personne ne s’attendait à un tel déferlement. La plupart d’entre nous n’avaient même pas une couverture pour se protéger du froid, et les autorités attendirent les beaux jours pour construire des baraques. Le gouvernement républicain espagnol en exil octroya une prime de 500 F (l’équivalent d’un mois de salaire) à tous nos officiers. La plupart n’avaient fait la guerre que dans l’intendance sans souffrir des bombardements. Quant à nous les quelques rescapés, nous n’eûmes droit qu’à mourir de faim. Nous étions jeunes, mais je crois que si la chose se produisait aujourd'hui, j’en serais mort de honte et de dégoût. Je remercie la majorité de nos officiers qui mirent cet argent en commun pour les besoins de tous ; ils furent plus honnêtes que notre gouvernement. Par groupe d’amis ou par famille, nous confectionnâmes des abris de fortune. Quand il pleuvait, l’eau coulait davantage dedans que dehors. Le soir, il nous arrivait d’aller discuter avec un proche compagnon qui se trouvait à deux ou trois îlots de distance ; le problème était au retour, la nuit. Nous marchions souvent sur quelqu’un qui nous maudissait de toutes ses forces ; c’était le désordre total. Il n’y avait pas d’eau potable et rien pour faire nos besoins ; donc tout le monde allait sur la plage. Les femmes s’y rendaient toujours à quatre ou cinq et, pendant que l’une faisait ses besoins, les autres tenaient une couverture autour d’elle pour la cacher. Huit jours après, on ne savait plus où mettre les pieds. Le premier matériel reçu fut des pompes. Ils les installèrent à une vingtaine de mètres de la mer. L’eau était presque imbuvable mais il fallait faire avec. Des latrines furent confectionnées avec de grandes lessiveuses. Nous en escamotâmes quelques-unes pour faire bouillir le linge car nous étions couverts de poux. Avec les amis d’Un Castillo, nous formâmes une équipe de nettoyage qui consistait à attraper les hommes sales pour les mettre sous la pompe à eau et les laver jusqu’à ce que nous soyons fatigués de pomper.

Apres quelques mois, certains réfugiés voulurent repartir en Espagne. On les mettait torse nu et en plus ils recevaient une volée. Cette bêtise leur coûta cher car, à leur retour, ceux qui ne furent pas fusillés purgèrent plusieurs années de prison. S'ils avaient connu le régime franquiste comme moi, ils ne seraient pas retournés dans leur pays [Martin se trouva d’abord en zone franquiste avant de pouvoir passer chez les Républicains].

Les Français qui administraient ce camp firent fortune, ils nous donnaient à manger tout juste la moitié de ce qui nous revenait. Dans la baraque administrative était affiché ce que nous devions recevoir quotidiennement : café, sucre etc... Trois hommes furent nommés par les camarades pour protester. Je fis partie de ce groupe. Nous allâmes parler au commandant qui s’occupait de la répartition pour lui dire : « Vous nous volez la moitié de ce qui nous est dû ».

- Comment ? Vous osez me dire ça ? C'est comme si vous me gifliez sans vous servir de vos mains ?

- Toi par contre, les gifles tu nous les donnes avec les deux mains.

Ce commandant français parlait couramment l’espagnol. Il avait lutté avec nous. Plus tard je vous dirai la mésaventure qui m’arriva avec lui.

Les Français ne furent jamais capables de contrôler ce camp. La nourriture était répartie par groupes. En mettant plus de noms qu’en réalité, nous arrivions à survivre. Ils venaient de temps en temps faire l’appel mais comme tous les interprètes étaient des réfugiés, nous étions tout de suite prévenus et un groupe aidait l’autre en envoyant des compagnons répondre à l’appel de noms fictifs.

Finalement ils construisirent les baraques. On se serait cru dans une grande capitale. Une large rue allait de la porte du camp jusqu’à une espèce de ruisseau qui séparait les hommes des femmes. Nous la baptisâmes : El barrio chino (le quartier chinois). C’est le nom d’un quartier chaud de Barcelone. Nous l'inaugurâmes en chantant.

(Là nous avons six pages de chansons)

Véritablement c’était un barrio chino : on y trouvait de tout, du tabac, des habits. Certains vendaient leur montre, d’autres jusqu’à leur chemise, tous pour la même maladie : le tabac. Moi aussi je vendis mes deux pistolets pour acheter des cigarettes et écrire à mes parents. Pour économiser, nous écrivions trois ou quatre de la même région dans une seule lettre. D’un paquet de scaferlati, nous sortions quatre-vingt-dix cigarettes ; elles avaient plus de papier que de tabac mais nous les dégustions comme un bébé, le lait de sa mère. Bien qu’il nous manquât la liberté, le plus grand cadeau que l’on puisse faire à l’homme, nous étions contents grâce aux cigarettes. II faut avoir vécu dans un camp pour apprécier la richesse de peu de choses. Parmi nous, il y avait toutes sortes d'hommes : médecins, écrivains, enseignants, artistes, menuisiers, forgerons, ingénieurs, compositeurs, peintres, paysans, poissonniers ; de tout quoi !

Par exemple, je retrouvai Enemecio, qui avait mauvaise mine et qui s’essoufflait en marchant, puis Chueca me raconta sa mésaventure avec l’ambulance qui le transportait à l’hôpital de Reus, et qui était entrée en collision avec un camion. Il eut le bras cassé à deux endroits, la langue coupée et je ne sais combien de points de suture à la tête. Sa mauvaise guérison fit que les os s'étant mal soudés, il ne pouvait même plus se rouler une cigarette, et le problème de la langue faisait qu’il bafouillait. Je rencontrai aussi le capitaine Salaber qui, par pudeur, prétendait ne pas s’être trompé de position [référence à un moment de la guerre]. Plus tard, arriva Franciscas qui ressemblait à un cadavre. Après nous être embrassés, nous chantâmes L'internationale. On se demande comment un homme peut supporter de telles épreuves : trois mois passés en terrain ennemi, les pieds nus, les vêtements en lambeaux, se nourrissant de racines et d’herbe, tenant seulement au moral, marchant la nuit et se reposant le jour avec les Pyrénées comme ligne de mire. Il avait des poux jusque dans les sourcils. Faisant office de coiffeur, avec du matériel pris à ceux qui s’en retournaient en Espagne, je le rasai jusque dans le trou du cul. Il ne cessait de me dire « Ah ! Martin! Si tu avais été avec moi, je n’aurais pas tant souffert ».

La vie du camp ne changeait pas. Le ravitaillement était réparti par groupes. Le combustible étant rare, nous décidâmes d’en prendre là où il y en avait. Dans chaque baraque un groupe d’hommes était désigné pour aller chercher la nourriture. Deux d’entre nous se mettaient au milieu du groupe au cas où il faudrait les protéger si une retraite rapide devait s’effectuer ; nous passions toujours les derniers. Parfois, nous prenions un sac de charbon et l’autre un sac de n’importe quoi. Nous ne recommencions l’opération que quand il ne restait plus de combustible, car les fouilles fréquentes nous empêchaient de constituer des stocks ; si l’on était pris c’était le camp disciplinaire. Au début nos gardiens étaient des Arabes montés à cheval qui faisaient de l’excès de zèle, passant le long de la plage au triple galop au milieu de nous comme s’il s’agissait d’un troupeau de moutons. Ils se rendirent vite compte à qui ils avaient à faire. Leur fantaisie dura peu de temps car nous les désarçonnions les uns après les autres. Ils furent remplacés par des Sénégalais ; ceux-ci au contraire étaient de bons enfants et ne faisaient que monter la garde autour du camp.

Un jour, profitant de ce changement et ne voulant pas mourir de faim, à cinq ou six nous occupâmes l’attention du Sénégalais en lui faisant quelques grimaces pour le faire rire et permettre à trois d’entre nous de sortir pour attendre les camions de pain conduits par des réfugiés ; à notre signal ils ralentirent. Etant le plus leste, je sautai dans le véhicule et commençai à jeter les pains à mes deux amis qui les mettaient dans un sac. Pour entrer au camp, il n’y avait pas de problème puisque rentrait qui voulait. Au cours d’une de ces opérations, mes compagnons crièrent : « Fais attention ». Je mis un moment à réaliser qu’un gendarme venait vers moi. Je sautai alors du camion avec deux pains et m’enfuis à toutes jambes ; mes amis crièrent à nouveau. Je me retournai et vis que le gendarme sortait son pistolet. Je m’arrêtai, et pour lui monter que j’avais faim, je me mis à manger comme un chien affamé ; il me sortit le pain de la bouche. Je ne puis vous dire les injures dont je fus l’objet puisque je ne comprenais pas la langue française. Parmi eux il n'y en avait pas 5 % de bons.

Tous tondus, nous passâmes quelques jours à l’hippodrome (le camp disciplinaire). Après notre séjour, alors que nous étions conduits sous bonne escorte vers nos baraques, une famille française qui vivait entre le camp et l’hippodrome me passa cinq ou six tablettes de chocolat en me demandant de les partager avec mes amis. Ce geste avait plus de valeur pour moi que tout le chocolat de France. Tout le monde eut droit à un bout de chocolat. Ceci se passa le long de la seule rue située à droite avant l’entrée du camp.

Pour briser la monotonie, nous trouvions toujours quelque chose à faire : soit passer sous la pompe ceux qui étaient trop sales ou jeter l’un de nos compagnons non-nageurs à la mer. Cette dernière activité était facile vu qu'il y en avait 90 % qui ne savaient pas nager. Quand ils avaient bu quelques tasses, nous les sortions, mais bien souvent ils y arrivaient seuls.

Pendant ce temps, nos compagnons du centre de l’Espagne et de Madrid continuaient la lutte. Des volontaires furent demandés pour aller leur prêter main forte. L’appel s'intitulait : Todos a Madrid. Nous nous inscrivîmes en bon nombre sans pouvoir y partir car la capitale, cernée de toutes parts se rendit. Ainsi s'acheva la république.

Sachant que la guerre mondiale était inévitable, on se disait : « Nous avons perdu une bataille mais pas la guerre ». Tenir de tels propos c’était ne pas connaître nos ennemis : l’Allemagne et l’Italie.

 

 

Martin Armingol raconte ses souvenirs par l’intermédiaire de son fils dans un livre publié chez L’Harmattan : Mémoires d’un exilé espagnol insoumis 1931-1992. Voici deux extraits du livre qui concernent un moment d’histoire actuellement au cœur de diverses manifestations du souvenir, 70 ans après la « retirada ».

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:27

Débat sur la laïcité à Cabestany

 

Le contexte : un festival de cinéma Maghreb si loin… si proche. Des organisateurs divers d’un colloque sur la double discrimination (genre et origine) : l’université de Perpignan, l’institut régional du travail social, et l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances. L’après-midi du 23 janvier, un atelier porte ce titre : « Espace laïque et développement des replis identitaires ». L’intervenant : M. A. Mniai, professeur d’arabe et président de l’association « Coup de soleil » pour les Pyrénées Orientales.

En introduction, des apports classiques et utiles sur la fonction de la laïcité dans nos sociétés. Permettre le dialogue, sortir de l’ignorance, et développer le droit au débat. Dans la discussion, le retour sur des schémas habituels. Parler de la laïcité, c’est aussitôt parler de l’école. Combien de fois la question de la laïcisation des hôpitaux a-t-elle été évoquée dans de telles rencontres ? Je ne rappelle pas cet exemple pas pour fuir le débat sur l’école, mais le relativiser, car sa complexité naturelle permet souvent de contourner le débat sur la laïcité.

Un exemple : à l’école, comme le voulait Jospin en 1989, l’élève est-il au centre du processus éducatif ? Pour certains, l’élève a toujours été au centre, et pour d’autres, ce sont les disciplines qui sont au centre ! Débat typiquement biaisé : on est à l’école pour apprendre, donc le savoir est au centre, mais apprendre aux enfants, ce n’est pas la même chose qu’apprendre aux animaux, donc ça suppose une pédagogie, plus ou moins assimilée, mais une pédagogie tout de même, pour aider à l’acquisition de connaissances. Par la pédagogie, l’enfant est au centre. Quel lien avec la laïcité ?

La laïcité obligerait les jeunes à laisser le fait religieux à l’entrée de l’école, les contraignant ainsi à masquer un des piliers de la construction de leur identité.

A partir du rapport Debray de 2001, une intervenante évoquera la question devenue classique de l’enseignement du fait religieux à l’école. Dans le débat nous assisterons à la non moins classique inversion des valeurs ! « Quand, la laïcité commencera-t-elle à être tolérante ? » « Quand, les intégristes laïques cesseront-ils leur guerre contre la religion ? »

Sans avoir écrit jusqu’à présent le mot « islam » le lecteur devine aisément que derrière cette question, c’est la place de l’islam qui est évoquée. Pourquoi ? « Des personnes marginalisées ne pouvant s’appuyer que sur la religion pour se construire une identité, il devient mutilant pour elles de devoir laisser la religion dans la sphère privée. » Et ceux-là même qui mettent la question musulmane au cœur des préoccupations, ajoutent ensuite qu’il ne faut pas stigmatiser l’intégrisme islamiste car cet intégrisme est commun à toutes les religions.

Inversion des valeurs ? Dans le monde, les pires crimes furent et sont commis au nom des guerres religieuses, et ce serait « l’intégrisme laïque » qu’il faudrait mettre au pilori ! Tout le mal social ne viendrait pas des luttes de pouvoir des cléricaux, mais des règles laïques ! Il suffirait à l’école d’enseigner le fait religieux, et le « vivre ensemble » ferait de grands progrès ! L’histoire nous l’a appris : plus les religions dictent LEUR « loi » à une société, et plus la guerre sociale se développe. Concernant l’école, la laïcité a travaillé à distinguer : un savoir basé sur un dogme (la théologie) et un savoir basé sur une recherche (la philosophie, la science etc.). Le premier savoir appartient à la sphère privée, le deuxième à la sphère publique. Compris ainsi, le fait religieux est largement présent en cours d’histoire, en littérature, en art mais aussi en science. Qu’il faille améliorer cet enseignement, tout comme les autres, qui peut être contre ? Il faut améliorer les formations, les programmes etc. La laïcité n’a jamais prôné la guerre contre les religions qui sont au cœur de toutes les histoires sociales, mais refuse de mettre sur le même plan la théorie de l’évolution et le créationnisme. Le savoir, loin de la discussion d’opinions, assure la construction d’une argumentation non soumise à Dieu, à charge ENSUITE à chacun de placer Dieu où il veut. Or, depuis toujours TOUS les clergés refusent d’admettre toute autonomie du savoir.

Prenons une exemple pour terminer. Là où j’habite, une jeune femme qui veut apprendre l’arabe, s’adresse aux organismes classiques de formation continue qui la rassurent par une réponse affirmative. Ils donnent l’adresse du service en question. Et à la réponse de la femme : « Mais c’est l’adresse de l’imam ? » ils répondent étonnés : « Mais bien sûr ! ». Combien de Français ont intégré que pour l’arabe, son enseignement doit passer par l’autorité religieuse ? Et ensuite on dira que la laïcité est trop dominante ! La laïcité est malade et notre société souffre beaucoup plus de ses maux que de ses « exagérations » qui peuvent être réelles mais si rares !

De mon côté j’ai essayé d’évoquer deux questions : le professeur d’arabe indiqua qu’il se définit de culture musulmane car le terme « musulman » n’est pas seulement attaché à une religion. J’ai rappelé qu’en Italie, le crucifix est imposé dans les écoles publiques car pour le Vatican, il est un signe de la culture italienne ! Confondre un terme religieux et une culture c’est assurer la victoire du cultuel sur le culturel ! Et sur un autre point j’ai évoqué le cas de la Bolivie qui vient de se donner une Constitution qui permet enfin d’éviter que la religion catholique soit religion d’Etat. Conséquence pratique : dans les écoles il faudra dorénavant enseigner les principes de la religion catholique à côtés des principes des religions indiennes. Je prétends qu’un cours, quel qu’il soit, d’enseignement du fait religieux, est impossible en soi. Le fait religieux est par contre inévitable dans l’enseignement de diverses disciplines, pour rappeler par exemple que la préhistoire a mis des décennies avant d’exister car elle heurtait les principes de la Bible !

27-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:24

Nos Editions dans la manif

 

Pour le 29 janvier, distribution d’un petit papier (200 exemplaires) pour rappeler nos dernières publications. Une table de presse. Des discussions et une petite vente. Nous n’existons pas seulement dans les salons du livre ! Il reste cependant difficile de faire comprendre notre originalité. Et nous ne nous étonnons plus si les acheteurs sont plus souvent féminins que masculins !

Parmi les discussions, la situation injuste faite au Planning familial. La situation injuste faite aux employés de la météo.

Et quelques discussions politiques avec des militants du NPA, du PCF, du Parti de la gauche.

Des retrouvailles inévitables avec des amis.

Que restera-t-il de cette mobilisation massive ? L’avenir nous le dira !

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:23

 

Le 23 février, est la date retenue pour le vote du budget 2009 par cette intercommunalité. Moment crucial pour toute collectivité territoriale. En conséquence le 27 janvier il fallait discuter des « orientations ». Comme toujours, ce point  était à la fin d’une réunion à l’ordre du jour déjà chargé ! La loi devrait imposer qu’un tel point soit toujours mis au départ d’un conseil municipal ou communautaire.

C’est donc en fin de réunion que le président Guy-Michel Empociello a pu donner son point de vue personnel sur l’avenir et il l’a fait de la manière la plus concrète possible… en commençant par les recettes. C’est une banalité de le dire, mais ce sont les finances qui commandent les projets et non les projets qui commandent les finances ! Quoique ! En effet, l’essentiel des recettes c’est, pour les élus, d’aller à la chasse aux subventions (conseil général, conseil régional, Etat, Europe). De ce fait, tous les projets sont déjà « calibrés » ! Combien de maires ou de présidents d’intercommunalité abandonnent des projets faute de financement n’entrant pas dans les « politiques publiques » ? Cependant un inquiétude pèse sur les collectivités locales : Sarkozy v eut supprimer la taxe professionnelle ! L’idée a été clairement exprimée : la taxe reçue de Golfech ne peut bouger mais si une troisième tranche voyait le jour alors en effet peut-être la situation serait différente. La commune de Moissac connaît la question car, si j’ai bien compris, les taxes professionnelles attendues des centres commerciaux nouveaux semblent reportées à plus tard. Car un des débats classiques de l’intercommunalité c’est les centres commerciaux : puisque la même superficie est atteinte des deux côtés (20.000 m2) tout va bien sauf que côté Castelsarrasin on veut développer la zone dite « terre blanche ».

 

J’ai attendu le compte-rendu fait par La Dépêche du Midi pour proposer le mien. Suite donc, à un reflet fidèle de la réunion, il est possible d’apporter des données essentielles oubliées : la taxe professionnelle qui entre à l’intercommunalité est quasiment nulle (elle reste dans chaque commune), les seules recettes fiscales sont donc celles versées par les habitants à savoir un total de 680 000 euros (soit 27 euros par habitants). Pour l’an prochain, une augmentation de 2% est programmées. Comment avec de tels moyens envisager une réalisation qui donne un visage à l’intercommunalité ? S’il n’y a rien qui ne puisse être fait en commun pourquoi rester ensemble ?

Et c’est l’autre point sur lequel il faut insister : cette intercommunalité à deux se trouve à présent à l’étroit ! Il faudrait, s’accordent à penser les élus, se regrouper avec les intercommunalités de Lavilledieu et Saint-Nicolas, ainsi qu’avec les petites communes autour de Moissac qui restent sans structure. Le maire de Castelsarrasin fait d’ailleurs observer qu’en France, le nombre de personnes rassemblées par les intercommunalités augmente alors que le nombre d’intercommunalités diminue ! Donc nous sommes entrés dans une phase de regroupement d’intercommunalités après la phase de regroupement de communes. Quand pourra-t-on considérer que les limites intercommunales sont devenues assez fixes pour mieux s’institutionnaliser ? Tant que ce point n’est pas tranché il est impossible de passer à une quelconque élection directe intercommunale car il est impossible d’avoir en France deux types de citoyens : ceux qui pourraient voter pour une intercommunalité et ceux qui ne le pourraient pas.

 

Pourquoi toujours plus de regroupements ? Nous revenons ainsi aux questions budgétaires débattues le 27 janvier. Pour créer une piscine couverte Castelsarrasin-Moissac, il faut ensuite 400 000 euros de frais de fonctionnement (9 millions d’investissement avec peut-être 60% de subventions). S’ils pouvaient être pris en charge par « un bassin de vie » plus grand que les deux communes, alors il serait plus facilement réalisable ! Sauf que pour Bernard Dagen, si les petites communes n’ont pas voulu s’associer à leur intercommunalité c’était justement pour ne pas payer la fameuse liaison Quercy-Gascogne (le nouveau pont sur la Garonne). Et nous revenons toujours à la question : qui paie ? En alliance avec Saint Nicolas, il a été évoqué le fait de construire cette éventuelle piscine en complément avec celle existante sur le plan d’eau (sans qu’on comprenne vraiment le sens des propos émis).

Le compte-rendu de La Dépêche indique que ce projet « la population locale, on le sait, y est très attachée ». Je ne sais comment cette donnée a été mesurée mais entre l’autre projet, l’aérodrome de Gandalou à développer et la piscine, il me semble qu’il y a deux stratégies.

Piscine, Gandalou, et le projet « environnement » ? Voilà un autre projet qui devrait pousser nos regards vers une institution colossale : Le Bassin Adour-Garonne. Un ingénieur vient d’être embauché par la communauté (en fait un remplacement) qui va se pencher sur le cas des ordures ménagères mais aussi sur un travail de fond concernant l’environnement, travail qui pourrait s’inscrire dans un projet de Parc régional cher à Adour-Garonne. Un point sur lequel nous reviendrons à l’occasion afin de terminer pour aujourd’hui par la fibre optique. Il s’agit là de concret : le très haut débit va être mis en place par la société SEM Terra, dans laquelle le conseil général du Tarn-et-Garonne est actionnaire mais beaucoup moins que le voisin tarnais. Cette société doit aussi installer le haut débit dans les zones blanches du secteur de Castelsarrasin et Saint Nicolas.

On peut penser que grâce à la bouche Très Haut Débit des secteurs iront très vite pendant que d’autres en resteront à ramer sans cesse.

Dernière info : c’est sans doute une des rares intercommunalités où aucun élu ne reçoit de rémunération !

29-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:21

Rééditer Olympe de Gouges ! ! !

 

 BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

En 1993, pour le bicentenaire de sa mort, Olympe de Gouges bénéficia de plusieurs rééditions de ses œuvres avec pour le théâtre le travail des Editions Cocagne à Montauban, et pour d’autres publications celui des Editions Indigo Côté-Femmes. Cette dernière maison d’édition publia en particulier en deux tomes tous les écrits politiques (au total 500 pages très denses).

En décidant de reprendre la publication des deux premiers textes qui représentent moins de 20 pages du total, les Editions La Brochure ont souhaité braquer le projecteur sur un moment très précis, l’année 1788, et le faire à partir de plusieurs regards, l’introduction de René Merle et trois commentaires, ceux de Rita Pinot, Geneviève André-Acquier et moi-même.

Au cours de ce travail, et des échanges qu’il suscita, est née l’idée d’ajouter deux documents supplémentaires, des textes de Jean-George Lefranc de Pompignan. C’est Olivier Blanc, l’infatigable défenseur d’Olympe, qui permit ce rapprochement entre Olympe et le frère de son père supposé, Jean Jacques Lefranc de Pompignan. Qu’est-ce qu’il pouvait y avoir de commun entre Olympe et Jean Georges ? René Merle répond de façon magistrale dans l’introduction. Pour ce mot de présentation, je retiens seulement qu’ils s’attaquent ensemble à la question cruciale de l’époque, la crise financière.

Et on découvre alors que les clivages ne sont pas ceux que l’on croyait parfois. Michel Clouscard le démontre de façon précise dans son livre De Rousseau à Sartre : l’affrontement entre Aristocratie et Bourgeoisie n’est pas qu’un affrontement. Le cas anglais démontre d’ailleurs très bien que le maintien des aristocraties n’est pas incompatible avec le développement du capitalisme. Par contre le clivage riches/pauvres reste flagrant.

A braquer le projecteur sur ce travail d’Olympe, j’ai pour ma part découvert avec plaisir, au concret, au jour le jour, que la réflexion sur la Révolution française ne serait jamais achevée. Il s’agit là d’un réconfort révolutionnaire, notion étrange que je présenterai à un autre moment, mais que j’explique ici par ce constat : éditer, pour notre minuscule maison d’édition, ce n’est pas toucher le grand nombre (défi qui a son utilité mais qui est hors de notre portée) mais toucher un point aveugle. Le réconfort révolutionnaire consiste alors à penser qu’on peut révolutionner la pensée, l’action, par un seul geste porté par le plaisir de l’exécuter.

Généralement le discours des révolutionnaires c’est pour dire que tout va si mal qu’il faut changer le monde. Or tout ne va pas si mal quand il existe encore au moins une personne pour proposer des moyens capable de révolutionner le monde !

Les fabricants de réconforts révolutionnaires s’appellent alors, Luis Sepulveda, Vazquez Montalban, Flora Tristan, Gaston Miron et Olympe de Gouges. Léon Cladel tenta aussi cette alliance mais sans y réussir.

29-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 11:17

C’est un vieux rêve, réussir à écrire les quinze rencontres d’un original original, du 5 au 15 octobre 2008. Installé à Anse Pleureuse il croise aujourd’hui Raymond Lévesque (la rencontre avec Le Clézio a déjà été évoquée).

 

 

Des propriétaires bienveillants m’ont autorisé à m’étendre une heure chaque matin sur la terrasse d’une roulotte d’Anse Pleureuse. L’été, ce lieu est utilisé comme gîte pour touristes mais, malgré les beautés de l’autonome, il est vide en ce moment. Donc, en ces instants ensoleillés d’octobre, je suis face à la mer d’où viennent régulièrement des messagers d’une vie chargée d’envies. A l’aube, de ce promontoire, j’adore voir monter, toute la gamme des bleus et des gris qui surgissent de cette étendue d’eau, antre de tous mes rêves.

Autant le dire tout de suite, je suis un jeune original encore peu doué pour les cris d’appel que mes congères lancent aux femelles. Peu armé en bois sur ma tête (ceux qui repousseront l’an prochain seront dignes de mes titres), je reste à l’abri des chasseurs à l’arc ou à l’arbalète. Comme tout jeune original de ma trempe, presque deux ans d’âge, je suis un solitaire mais à la différence de bien d’autres, je me sens apprivoisé. Apprivoisé mais pas domestiqué. Apprivoisé c’est l’animal qui va vers l’homme. Domestiqué c’est l’homme qui s’empare de l’animal. Si les orignaux ont pu remplacer le cheval ou le bœuf pour divers travaux des humains, jamais l’homme n’a pu élever un troupeau de membres de ma race.

 

Ma mère m’a lâché seul dans la nature mais, si elle savait mon désir d’approcher les humains, peut-être serait-elle restée près de moi pour m’aider ! De toute façon, depuis le premier jour, je suis un peu fantasque. Vais-je pouvoir apprivoiser quelques lecteurs ou quelques lectrices avec les histoires de mes messagers transcris par un enfant de la nuit à qui je les raconte ?

 

Pourquoi, ici, à Anse Pleureuse ? Pour comprendre, le mieux, en ce dimanche 5 octobre 2008, c’est de laisser s’avancer le premier messager que j’entends venir avec sa chanson programme.

 

« Quand les hommes vivront d’amour

Ce sera la paix sur la terre

Les soldats seront troubadours

Mais nous nous serons morts mon frère »

 

L’homme qui descend du bateau de la vie pour prendre une chaloupe le portant jusqu’à ma modeste terrasse, fait un bel effort car il n’a rien à dire sur les orignaux et autres animaux. Il est un citadin qui parle des vacheries que les humains se font entre eux en se lançant des noms d’oiseaux en tout genre. Avec sa barbe blanche et ses 80 ans - il se prépare à fêter dignement son anniversaire malgré sa surdité – il doute plus que jamais des humains. Il préfère dire son amour des arbres : « ils sont gentils, ils sont aimables, ne savent pas la médisance ». « Eux font de l’ombre gratuitement à ceux qui cherchent des groseilles ». Voilà pourquoi « s’ils connaissaient l’orthographe, je leur demanderai un autographe ». Va-t-il le grand Raymond me demander un autographe ? Va-t-il en mettant pied à terre me redire les premières paroles de son chez nous : « Chez nous les étés sont ben courts, pour ne pas manquer le concours on fait le tour de la Gaspésie à peine en trois jours et demi ». Voilà bien un Montréalais qui dort deux ou trois heures la nuit, puis s’en va par les chemins à la rencontre des amis dotés d’un chalet sur le bord d’un petit lac…

Raymond débarque à présent et vient vers ma roulotte qui n’est pas au bord du beau lac d’Anse pleureuse, mais face au Saint-Laurent pour que je puisse attirer l’attention des messagers de la vie qui passent au loin.

La chanson s’est tue, elle sortait d’un bel appareil technique que l’artiste vient de ranger dans sa poche. Raymond ne peut plus chanter alors il écrit seulement, comme je raconte à présent, pour que le temps nous aime. « Pendant que la nature est saccagée, les océans empoisonnés, que tout tend vers une catastrophe écologique, les gens font du jogging, se tiennent en forme et font des projets d’avenir. » Il vient de me dire jogging de façon à ce que je comprenne l’italique gras car Raymond est un défenseur de la langue française, cette version qui tourne drôlement et finit en sacrement, en tabernacle, en saint-ciboire, en calice et en ostensoir. Dans le français de Raymond, tous les mots sont « décochrissés, c’t’un bum qui les a inventés ; ça sonne cru, ça sonne dru, ce n’est pas comme à l’institut ».

Je m’écoute raconter pour l’enfant de ce soir, et je sais que l’anglais ne va pas me lire, mais le français, qu’est-ce qui va croire ? C’est comme pour la joie, je sais qu’à Anse pleureuse la tristesse va me lire, mais la joie qu’est ce qu’elle va croire  ? Raymond tu me regardes avec tes yeux sombres, tu es là devant moi, je te sens content d’avoir pris cinq minutes pour l’original apprivoisé dont tu vas faire courir le nom sur tout le Saint-Laurent, mais je te sens porteur d’un bilan si sombre, si sombre. Ton poème « écologie », dit dans sa brièveté ma vie d’original :

« Il faut dix mille ans / à la nature / pour penser et créer toute / la beauté et la richesse / qui nous entoure, / mais en dix ans l’homme borné / peut gâcher tout cela. »

Je suis l’orignal, l’enfant des dinosaures, l’homme me réintroduit surtout aux Etats Unis et je comprends, Raymond, que tu sois déçu par les faibles résultats d’une vie de lutte contre les injustices, je te vois déjà t’éloigner vers ton anniversaire et je me sens tout d’un coup plus fragile encore. La fin de ta chanson résonne à présent et m’est portée par l’écho des vagues :

« Mais quand les hommes vivront d’amour

Qu’il n’y aura plus de misère

Peut-être songeront-ils un jour

A nous qui seront morts mon frère.»

L’animal apprivoisé que je suis, a souvent entendu des touristes algériens reprendre ton chant qu’ils savent être né en France, quand tu y vivais juste au moment d’une guerre qui se disait pacification, c’était entre 1954 et 1959 et tu faisais tes armes dans les cabarets parisiens.

Raymond, tu repars à présent, je te vois t’éloigner et je me demande si tu as eu le plaisir de croiser le réconfort révolutionnaire. Je n’existe que par ce réconfort qui, peut-être, prendra forme au fil des histoires pour laisser les pleurs d’une Anse au bénéfice des rires frigorifiques. Qui viendra demain me tenir compagnie pour la prochaine rencontre ? Je dois me lever et partir à la recherche de mon alimentation quotidienne.

 

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