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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:25

Un dimanche pluvieux, je regarde les oiseaux du jardin, un rouge-gorge s’avance très près de la fenêtre, je repense alors aux oiseaux de Renaud Jean qu’il décrit à sa femme, sa Belle, et je me dis que demain, ils seront offerts aux égarés de la toile. J’ai admiré sa description du rouge-gorge, de la part d’un Rouge purgeant une injuste peine dans le château de l’Ile d’Yeu.

18-01-2009 Jean-Paul Damaggio

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Les oiseaux de Renaud Jean

Lundi 6 mai 1940

 

Je vais revenir à la description de notre vie ici. Côté jardinage, nous avons une bêche droite, une bêche recourbée (le trenque comme nous disons à Samazan) et deux pics de carrier. Ça ne suffit pas pour que je participe, ni d'ailleurs pour que vive un groupe de travail de la terre. Avec mille regrets, nous allons devoir laisser le jardin. Comme, ma Belle, tu sais très bien le bonheur que je pouvais retirer de l’action de bêcher, je n’insiste pas sur le désagrément. Vais-je, comme compagnons, retrouver les oiseaux ? Moins nombreux qu’à Bailllet [sa prison précédente], ils se manifestent surtout sur les remparts. Dans la meurtrière du bastion où je t’écris, il existe un nid de rapace paresseux avec cinq œufs rouge brun. Sur la face du rempart qui borde la cour intérieure, je sais un nid de rouge-gorge. On y trouve trois petits bien vivants. Hier j’ai suivi longtemps le manège du père et de la mère. Le rouge-gorge ne niche pas dans le Sud-Ouest car nous ne l’y voyions que l’hiver. Ici il est sans doute à son aise en toute saison. Quand on le regarde bien, on s’aperçoit que le rouge arrive jusqu’autour des petits yeux : est-ce le clown des animaux ? Je ne sais plus si La Fontaine en parle dans ses fables mais le sujet mériterait une morale. J’écoute aussi le roucoulement des tourterelles. Je pense à des histoires d’oiseaux blessés. A la campagne, on entend toujours des histoires d’oiseaux blessés. Les Amoureux des villas et des champs ne jouent pas dans le même registre.

En 1914 j’ai été un oiseau blessé ce qui, en tant qu'infirmière, te permit de m’apprivoiser à l’hôpital d’Agen. En 1915 nous sommes devenus les tourterelles que j’entends encore. En quelques mois tu as fait du paysan doté du certificat d’études un enseignant d'espagnol ! Il a fallu une guerre pour faire notre bonheur ! je t’aime ma Belle mais la guerre je la hais toujours.

Je te remercie de m’avoir envoyé ma première intervention à l’Assemblée nationale en 1922. Les hargnes de l’époque me provoquent plein de frissons. « On sent planer sur tout ce débat la hantise de la défaite dans la prochaine guerre... Votre armée vous ne l’édifiez que pour empêcher la défaite ». Mon diagnostic avait quelques sens... et mes propositions respiraient l’utopie : « Ne plus penser en patriote mais en homme dans une conférence internationale ». Le futur n’était pas encore étriqué. J’ai accusé ainsi mes adversaires qui s'acharnaient à me couper la parole : « le passé vous tient par les haines qu’il vous a transmises ». Que faisons-nous du passé, nous les révolutionnaires ? Table rase ?

En 1936, le PCF a pris un juste tournant patriotique ce qui nous imposa une recherche pour être d’autant mieux internationaliste mais nous ratons les rendez-vous que nous nous fixons. Tant pis ! Parmi les citations des pousse-au-crime en 1922, celle de Paul Bourget reste gravée en mon cœur : « La valeur éducative de la guerre n’a jamais fait de doute pour quiconque est capable d’un peu d’observation réfléchie ».

Le drame d’aujourd’hui tient dans le Traité de Versailles qui a semé les causes de conflits nouveaux. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi au cours d’une interruption j’ai crié comme un fou : « Ma famille, depuis des siècles et des siècles, travaille la terre de France ». Justification suprême de mon patriotisme ? Repliement sur mes bases à un moment où je me suis senti faiblir ?

Quoiqu’il en soit, j’admets aujourd’hui que la guerre présente doit se mener activement, sans pour autant me sentir différent du pacifiste de 1922. Encore cette fois, les blessés du champ de bataille découvriront qu’ils sont frères mais cette fois, ils ne défendront pas la même folie : contre la violence d’Hitler il faut répondre par la violence démocratique même si nos démocraties ont alimenté les raisons de la guerre. Quand l’heure n’est plus à lutter pour que le monde soit beau, il faut lutter pour qu’il soit moins pire. On ne sème pas le blé en plein été !

Je t'embrasse très fort.

Renaud Jean complété par Jean-Paul Damaggio

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:22

 

Avec Montalbán à la Librairie Deloche

  

Pour n’importe quel écrivain j’aurais pu faire une présentation à partir d’un seul livre mais pas pour la galaxie Vázquez Montalbán, un auteur trop souvent réduit à Pepe Carvalho, alors qu’à tout prendre il aurait préféré être seulement un poète.

Avec l’aide de Léon Dunára j’ai donc osé en 45 minutes me lancer dans un survol supersonique de son œuvre (je ne dis rien de l’intervention, vous pouvez la recevoir gratuitement sur demande).

Un auditeur eut alors cette question : mais  quel lien établir entre Vázquez Montalbán, Pepe Carvalho et Jean-Paul Damaggio ?

Pour la réponse j’ai fait référence à la photo qui orne le dos de couverture du libre que je viens de publier Vázquez Montalbán, derniers instants où l’écrivain catalan est avec Sciascia. A titre littéraire et culturel je suis arrivé à Manolo par l’occitan et l’italien. C’était une partie de la réponse l’autre est dans la structure même du livre qui continue d’une certaine façon mon action dans le journal Point Gauche ! Dès le début du journal et tout au long de la collection, les références à l’écrivain catalan sont actives au point de voir apparaître en 2001 un auteur d’article qui signait Pepe Carvalha. Un jour j’écrirai la biographie de ce Moissagais exceptionnel dont un voisin hongrois ne pouvait imaginer que les histoires qu’il lui racontait, en ferait un futur agent de la CIA. Ce voisin hongrois est une légende méconnu pour avoir participé à la révolution hongroise de Bela Kun en 1919. Ses ultimes traces se trouvent dans un coin du cimetière de Boudou où vous pouvez lire en gros caractères sur sa tombe, la fameuse phrase, “Prolétaires de tous les pays unissez-vous”, qui a effrayé pendant des décennies toutes les oligarchies.

Après cette jeunesse moissagaise Pepe Carvalha est donc parti aux USA puis il est revenu à Moissac prendre sa retraite (il est décédé aujourd’hui et je lui ai rendu l’hommage mérité pour le travail réalisé dans un numéro de Point Gauche !) où il a découvert que le capitalisme féodal vers lequel on se dirige à grand pas, et qu’il croisa sur la planète entière, y était en Tarn-et-Garonne, en pointe. Je prendrai tous les articles de Pepe Carvalha, passionné de journalisme international (donc aussi local), qui, à travers le pouvoir crucial de la presse, sans lequel la démocratie est un vain mot, put produire une chronique sur le monde universel.

Oui, depuis longtemps, je travaille main dans la main avec Pepe, Manolo sans aucune vénération pour personne, et je remercie le questionneur, poète et grand connaisseur par ailleurs du journal Point Gauche !, pour son intervention.

 

Autre question cruciale, le stalinisme ? En 1956 Manolo avait 17 ans et entrait à la fac. Pouvait-il être déjà anti-stalinien ? Là aussi ma réponse est surtout restée littéraire dans le cadre de ce débat littéraire. Le stalinisme était le culte du héros révolutionnaire, Staline étant au sommet de l’héroïsme. Or Manolo a voulu rester avec le peuple, et quelqu’un a donné cette formule “un héros du quotidien” comme d’autres pourraient dire dans des circonstances différentes “un juste”. Philosophiquement il y avait opposition entre les deux postures. Et la passion pour l’héroïne Pasionaria ?  Elle devient un mythe (Blanche Neige). L’héroïsme est l’enfant du volontarisme individuel dont le modèle par excellence est Robinson Crusoë (fonda-teur du capitalisme en littérature). Le mythe est le produit d’une société : le franquisme a fabriqué Pasionaria. Le mythe est un retour du peuple et sa sous-culture, là où le héros est un retour du pouvoir (n’importe lequel). Manolo avait d’autres raisons d’être anti-stalinien : sa connaissance de la liquidation du POUM à Barcelone par une partie des communistes, moment dramatique d’une histoire dramatique. Il n’a pas attendu les preuves tardives de l’URSS pour savoir que le meurtrier de Trotsky était un communiste catalan. Ce qui ne veut pas dire, pour Manolo, que le POUM avait raison et les communistes tort (comme dans le film Land and Freedom), ni qu’il y avait des torts des deux côtés. Tout comme quand il dit que l’ETA a des procédés fascistes, il n’en déduit pas qu’en face la police, y compris celle de Felipe Gonzalez a une conduite honorable. Simplement, si on ne met pas sur les réalités les mots qui disent cette réalité alors on empêche toute analyse. Tuer des innocents pour une cause aussi juste soit-elle est une conduite fasciste. Ensuite on analyse comment on en est là et comment on peut en sortir. On cherche les coupables authentiques qui sont plus dans les structures que dans tel ou tel homme.

Il était normal que la libraire nous indique à la fin que le sympathique Pepe avait cependant un “ tic ” déplaisant, brûler des livres.

 

Je n’oublie pas l’information précieuse de Nadal Rey : O Cesar o nada, un des titres de Manolo est aussi un titre de Pio Baroja(1). Un exemple de plus qui confirme que l’écrivain catalan fut un subnormal : c’est à dire un homme analysant une réalité (ici la littérature mondiale) qu’il décompose puis recompose pour en changer la réalité afin que la vie prenne le dessus sur le livre. J’ai appris l’espagnol avec Manolo mais pas toute la littérature espagnole (en plus de Pio Baroja, il me faudrait beaucoup lire Antonio Machado). J-P Damaggio

(1) Les œuvres de Pio Baroja sont parmi les livres de référence de Manolo présentés dans l’expo en cours à Barcelone sur MVM.

 

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:21

Lecture du JOURNAL II de Roger Martin du Gard

(Nrf Gallimard)

 

  par Marie-José Colet auteure de l'auto-fiction La femme en retard
  BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 P.15 : « Travaillons, travaillons, et laissons la parole aux bavards ».

 

P.25 « Nous sommes tous des fleurs de musées et de bibliothèques, il faudrait nous refaire une virginité de sauvages. Peut-être la guerre n’a-t-elle pas assez détruit de passé ?... »

 

Et donc je divague.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques. J’ai grandi sur des pages poussées par des phrases. Toute mon élaboration de maintenant je la dois aux mots des autres que j’ai aimés, caressés du regard. J’ai cherché avec eux mon présent, j’ai inventé mon écriture et mon savoir. Non, je ne veux pas me faire une virginité sauvage car je veux être une fleur de transmission. C’est par la transmission que je vis ; quand je renonce à mes espérances, ce sont les livres de tous qui me sauve du désespoir car les livres sont des longs fleuves tranquilles. Ils sont toujours là, prêts à être ouverts, prêt à dire et à redire leurs vérités. Ils ne s’étiolent pas, ne se fanent pas. Les livres peut-être c’est pour cela qu’il faut faire tant d’efforts pour les conserver. Mais les textes non. Ils chantent nos plaintes, nos découvertes, nos engagements, notre humanité. Ils perdurent à nos désespoirs d’hommes si impuissants parfois, ils écrivent notre humanité. Comme Mowgli, nue et abandonnée j’ai grandi parmi les livres. Les livres m’ont protégée, ont pris soin de moi, ont crée mon intelligence, m’ont appris mon humanité, m’ont fait découvrir la société et le passé.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque, une femme de présent et d’avenir. Une femme d’utopie, une femme de mouvement, une femme en mouvement. Je suis née de mon immobilité devant les livres, de ce calme immense que demande la lecture ; les livres ont inventé ma sérénité de femme qui à tout jamais a perdu sa virginité. Je suis une femme fécondée par les livres et en route vers l’éternelle  création.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque. Je suis née à partir de Léonard de Vinci, de Matisse, de Picasso et de tant d’autres. La peinture m’a  appris la douceur et le bonheur. La peinture m’a appris l’Histoire et les livres m’ont conté des histoires. Je suis une femme de récits et le récit c’est la vie. Raconter une histoire, rien n’est plus beau. Nous ne sortons jamais de l’enfance et c’est le seule espoir de l’humanité. Je sais Gaza, je sais les guerres, je sais que trop souvent je perds mon combat pour la paix. Je sais tout cela. Mais je sais notre  travail à tous, fleurs de bibliothèques et de musées. Nous nous appliquons à tracer nos jardins, à continuer d’écrire nos livres et nos articles, nous nous appliquons à annoter nos textes préférés, à copier nos citations, à tourner nos pages, à conquérir l’immobilité de la lecture et de la peinture, à écouter Mozart et La Callas, à sculpter nos jours ; Nous nous appliquons à sublimer cette terrible pulsion de mort, nous inventons la vie dans nos jours et dans nos nuits. Il n’y a pas d’autres solution que le travail de création face à la destruction. C’est terriblement dur de continuer à affirmer la paix alors que la guerre explose de partout. Mais je sais, j’en ai la certitude, je ne suis pas la seule fleur de musées et de bibliothèque. Cette espèce existe depuis des siècles, depuis Spartacus et même avant. Cette espèce florale ne s’éteindra jamais. Elle dépend de nos livres et de nos arts. Elle dépend de nous. Elle doit être plus forte que les bombes et que la haine.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques et grâce à la transmission je ne m’éteindrai jamais. Je le sais.

 

Que le monde malgré la mort et le feu demeure, malgré l’injustice et la misère continue d’être par la force quotidienne de nos créations. Inventons nos bouquets comme des feux d’artifice dans la nuit de notre désespérance humaine.

Inventons nos couleurs et nos odeurs, caressons les visages en pleurs. Je sais, c’est si dur mais essayons. Les guerres ne doivent pas détruire le passé. Soyons des fleurs de musées et de bibliothèques et continuons d’inventer un possible humanisme. Continuons ! Continuons !

 

Marie-José Colet Le 11 janvier 2009

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:18

Bourdelle vue par Judith Cladel

Dans «Rodin sa vie glorieuse et inconnue, Grasset, 1936

 

Judith Cladel rappelle sa jeunesse avec son père et comment gamine elle est prise par cette question : « qu’est-ce que la sculpture ? »

 

« Celui qui aurait pu me dévoiler le mystère [de la sculpture], c'est Emile Bourdelle. Depuis qu’il avait quitté son Quercy natal pour Paris, il fréquentait chez mon père qui avait pressenti son talent, protégé ses débuts. A la mort de Léon Cladel, la ville de Montauban, l’avait chargé de faire de l’écrivain un grand buste destiné à être érigé sur une Place de la cité. Il continuait à fréquenter fidèlement la famille veuve de son chef et, parfois, il partageait à l’improviste notre dîner. Ces soirs-là, la conversation se prolongeait de six ou sept heures jusqu’à minuit ; un seul sujet l’occupait : Rodin.

Bourdelle, qui n’avait pas encore atteint la trentaine était captivé par le génie de son aîné. Le jeune artiste, aussi fin que doué, avait depuis longtemps pénétré la méthode d’une sculpture qu’il égalait à celle de Michel-Ange et, de Puget, une de ses plus chaudes admirations. Assis au foyer de notre salle à manger, penchant vers les flammes sa jolie tête à la chevelure d’ébène serpentaient des reflets bleus, à peine, par instant, relevait-il son regard dans lequel l’esprit gascon allumait des éclairs. Il parlait, emporté par l’enthousiasme ; les mots roulaient entre ses lèvres, avec la sonorité rocailleuse de l’accent quercynol, comme les cailloux striés d’or d’un torrent. Cependant son éloquence n’éclairait pas la question qui m’obsédait. Douze coups avaient sonné à la pendule que, debout dans l’antichambre, il s’épanchait encore : jamais amant ne célébra sa maîtresse avec plus de flamme que ce disciple son maître. Ma mère le poussait gaiement par les épaules :

- Allons, Bourdelle, nous recommencerons demain, si vous voulez. Pour ce soir, c’est assez !

Rodin aimait le talent de Bourdelle, son cadet de vingt ans, et sa foi militante dans la sculpture. Il lui confiait l’exécution d’importantes parties de ses œuvres et des modèles à traiter en pierre ou en marbre. De très affectueuses relations s’établirent entre eux. En des lettres belles et passionnées, Bourdelle exposait les raisons de son culte. Celui que, dans une sorte de délire sacré, il nommait le Dieu Pan, répondait à ces effusions avec une tendre amitié paternelle et la sérénité, naturelle chez lui, qui convient à un dieu. Lettres admirables ; de part et d’autre, elles reflètent le tempérament si divers des deux artistes, des deux hommes(1). A la longue leurs rapports s’aigrirent ; plus leur tendresse avait été profonde, plus leur inimitié fut aiguë et surexcitée semble-t-il, par des personnes de l’entourage.

On m’a souvent répété que parvenu à son tour à la maîtrise et à une gloire presque aussi éclatante à l’étranger que celle de Rodin, Bourdelle dénigrait celui qu’il avait tant aimé. Je l’ignore et ne veux pas le savoir, maintenant que le voilà, lui aussi, retiré dans l’éternel silence. Mais je sais que peu de temps avant sa mort il disait : « Je plains les sculpteurs qui n’ont pas connu Rodin » et qu’il publia sur lui une page les convictions de sa jeunesse n’ont rien abandonné de leur ferveur ni de leur émotion ; cela suffit, je la conserve comme un testament. »

 

(1) V. Edmond Campagnac : Rodin et Bourdelle d’après des lettres inédites (Grande Revue nov. 1920). – Gaston Varenne : Les Rapports entre Bourdelle et Rodin (Revue de France, 1er et 15 octobre 1934)

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:17

Murielle Magellan  « Bousculer les formes »

 

 

De retour à Montauban pour y présenter son premier roman, Murielle Dbjay qui signe à présent Murielle Magellan, y a témoigné en toute simplicité de sa vitalité.

Le public, en ce 16 janvier, était curieux à la fois de son travail d’écriture mais aussi de l’évolution de la vie de la jeune montalbanaise qui se livra avec plaisir au jeu des questions réponses (à l’initiative de la Librairie Le Scribe).

 

La jeune montalbanaise :Murielle Dbjay

Lily Latu était là pour faire remonter quelques souvenirs du début, sur les planches à la FOL (Fédération des Oeuvres Laïques), de la toute jeune Murielle que sa mère, enseignante, incita à faire du théâtre dès l’âge de 11 ans. Conséquence, pendant des années, tous les samedis, l’univers de l’artiste en herbe fut celui du monde de l’éducation populaire.

Mais Murielle « traînait » très tôt un autre passion que celle du théâtre : la chanson, et une camarade de classe était là pour rappeler qu’en Seconde, elles rythmaient les tours de piste chers au prof d’EPS, en chantant My Lord… Elles parièrent même de répondre en chanson au prof de français ! D’ailleurs, la chanson décidera d’une première étape de sa vie : la montée à Paris.

Avec une autre association montalbanaise, Alors Chante ! Murielle Dbjay put sur la scène du théâtre montrer tous ses talents à la manière de Barbara. Je n’ai qu’un souvenir vague de son tour de chant mais j’avais gardé la sensation d’une forme artistique « tonique », premier terme que reprendra une personne pour qualifier son roman.

Appartenant à un monde « protégé » elle finira par s’installer définitivement à Paris où, par un travail constant, elle forcera peut-être la chance. Etrange coïncidence que de retrouver à la tribune de l’Ancien Collège de Montauban, une semaine après Gérard Barray, enfant de médecins montalbanais devenant artiste à Paris au début des années 50, une enfant de médecins ayant suivi le même chemin dans un autre univers artistique quarante ans après.

 

La romancière : Murielle Magellan

Murielle précise les conditions dans lesquelles elle est devenue romancière. L’envie l’habitait depuis longtemps mais, prise par autre chose, elle laissait en jachère ce rêve. Suite au succès de sa pièce Trait d’union, le journaliste Michel Feld l’engagea à écrire un roman. Le conseil ne tomba pas dans l’oreille d’une sourde qui se lança. Après quelques retards, le journaliste lui apporta son soutien, pour croiser le « passeur » inévitable : l’éditeur. Chez Julliard, Betty Mialet accepta de prendre en compte le roman et il fut publié en septembre 2007 : LE LENDEMAIN GABRIELLE.

A la question : « qu’elle est l’activité qui vous intéresse le plus ? » sa réponse fut simple : « Dans tous les cas, je fais la même chose : écrire ». Murielle a plusieurs cordes à son arc – et conseille aux jeunes d’opérer de la même façon pour réussir – mais toutes les flèches visent la même cible.

L’histoire du roman met face à face ou côte à côte, suivant le roman que chacun se fait à la lecture, une solitude et une famille, mais sans défendre une posture plus qu’une autre. La question lui fut posée : « où est la vraie vie ? » Question qui rejoignait une autre sur le besoin d’écrire : « Faut-il être malheureux pour devenir créatif ? »

Pour la jeune femme, l’essentiel c’est de prendre la vie comme elle vient. On peut être heureux et réussir à écrire, de manière peut-être plus cérébrale que la réponse émotionnelle que suscitera la douleur. « La vraie vie » ce n’est pas celle de demain, c’est celle que l’on vit, en conséquence, à ses yeux, dans le roman, chaque chemin a ses mérites.

Son écriture de romancière ne serait-elle pas marquée par son expérience théâtrale ? Elle espère que non car un roman, c’est une écriture littéraire qui doit avoir sa propre force. Bien sûr, parmi ses outils à disposition, on retrouve l’écriture théâtrale, sa passion pour la chanson mais avec une idée : « bousculer les formes ». En conséquence le roman commence ainsi : « Point final. »

Murielle Magellan est une adepte de la polyculture et à ceux qui craignent qu’elle ne se disperse, elle répond par ses créations constantes.

 

Quelques références

Après sa vie montalbanaise, Murielle Magellan a suivi des cours de comédie au Théâtre National de Chaillot et parallèlement a obtenu une Maîtrise de Littérature moderne à la Faculté de Jussieu en 1991. Ses différentes expériences lui ont permis de développer une technique d'enseignement de la scène répondant aux besoins spécifiques des chanteurs.

Depuis 1999 elle intervient au Studio des Variétés (où elle fut élève en débarquant dans la capitale) dans deux domaines : la mise en scène avec le groupe vocal Cas 6, Jacques Haurogné, William Schott et cie et le coaching d'interprétation avec Romain Didier, Valérie Barrier et Flor del Fango. On la retrouve aussi dans les stages collectifs.

Par ailleurs Murielle Magellan est auteur pour le théâtre et comédienne : on la retrouve toujours liée à sa ville Montauban, avec La Procession - Film de François-Henri Soulié - court métrage.

Le tournant c’est donc : TRAIT D'UNION pièce de 2004 - mise en scène de Bernard Murat avec Caroline Silhol, François Marthouret, Stéphane Hillel et Charlotte Kady, jouée au Théâtre des Mathurins à Paris.

Pour la chanson (Auteur - Compositeur - Interprète) elle fut en première partie de Léo Ferré, elle passa au Festival de La Rochelle, à celui de Montauban et au printemps de Bourges en 1986.Elle précisa à Montauban qu’elle n’a pas chanté depuis plus de dix ans mais que dernièrement pour un ami, elle se remit au piano et y retrouva d’autant plus de plaisir que sa prestation fut un succès.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:15

Une coïncidence fait paraître notre réédition de deux textes d’Olympe de Gouges annoncé sur ce site avec la tenue des nouvelles journées Olympe de Gouges dont vous avez une première présentation. Nous reviendrons sur les deux événements très importants.

 

JOURNEES OLYMPE DE GOUGES

 

5, 6, 7 mars 2009 Théâtre Olympe de Gouges à Montauban

2009   Sur le thème des femmes journalistes

 

Olympe a fait œuvre de journaliste, de correspondante de presse au quotidien , de journaliste politique à travers ses nombreux libelles ; d’autres femmes ont été journalistes de la Révolution : par exemple Louise de Kéralio est la 1ère femme à fonder un journal : «  le journal d’état et du citoyen » le 13 août 1789 ; Mary Wollstonecraft, anglaise venue à Paris, référence de Flora Tristan, tient un journal politique des évènements à l’attention de ses compatriotes.

 

Marraine des journées : la journaliste libanaise May Chidiac, présentatrice du journal télévisé de la Lebanese Broadcasting Corporation. Victime d’un très grave attentat en 2005, amputée d’un bras et d’une jambe, elle a repris son métier de journaliste et continue à se battre pour l’intégrité de son pays ; elle a reçu en 2006 le prix mondial de la liberté de la presse.

 

Jeudi 5 mars

 

17 h30 : inauguration officielle avec Mme la députée maire de Montauban et la marraine des journées, May Chidiac ; présentation de l’édition des œuvres complètes d’Olympe de Gouges avec Betty Castan.

18 h : l’œuvre journalistique d’Olympe de Gouges et de ses contemporaines, par Catherine Marand-Fouquet.

18 h30 : intervention de la marraine des journées, la journaliste libanaise May Chidiac.

 

21 h : théâtre burlesque, pièce de la lauréate de la bourse Olympe de Gouges 2008 : « sois belle et t’es toi ».

 

Vendredi 6 mars

 

17 h à 19 h, table ronde animée par Laure Adler, rare femme à avoir occupé la direction d’un média national, France Culture : « la place des femmes aujourd’hui dans les médias », avec des journalistes de la presse écrite, radio et TV.

 

Avec Eliane Victor, journaliste télévision («  5 Colonnes à la  Une », « les femmes aussi ») et ancienne directrice de Elle ; Catherine Beaunez, dessinatrice de presse ; Annick Cojean, du Monde et de France 5, Anne Poiret, prix Albert Londres 2007 ; May Chidiac.

 

20 h30 : cinéma : « la malédiction de naître fille » de la réalisatrice Manon Loizeau, meilleure grande reporter de la presse audiovisuelle, prix Albert Londres 2006 avec Axelle de Russé, lauréate du prix Canon 2007, réalisatrice de l’exposition présentée au théâtre Olympe de Gouges : « le retour des concubines ».

 

Samedi 7 mars

 

16 h : « l’âge d’or de la presse féministe au XIXème siècle », par Yannick Ripa.

La presse féminine puis féministe naît véritablement à partir des années 1830 et on peut considérer le XIXème siècle comme l’âge d’or de la presse  féministe en France  grâce aux nombreux journaux : « la femme libre » ; « la voix des femmes » ; « l’opinion des femmes » ; « l’avenir des femmes » ; « la tribune des femmes » ; « la citoyenne » ; « la fronde » ; « le féminisme chrétien »…

La plus importante journaliste de cette époque est Séverine : féministe et pacifiste qui a véritablement fondé ce qu’on appelle aujourd’hui  le grand  reportage et le journalisme d’investigation. Elle a écrit entre autres dans la Fronde, 1er journal a être dirigé et fabriqué uniquement par des femmes ; il a été fondé par la journaliste Marguerite Durand qui a donné tous ses fonds pour créer la bibliothèque qui porte aujourd’hui son nom à Paris ; ce journal a œuvré pour la réhabilitation de Dreyfus. Judith Cladel a beaucoup travaillé à ce journal.

Une autre féministe fonde « la citoyenne » , Hubertine Aucler et œuvre à bousculer les mentalités : « le mariage ne peut être éternellement pour la femme la domestication gratuite et pour l’homme une exonération de dépense et de travail ».

17 h : « Séverine , la création du journalisme d’investigation », par Evelyne Morin-Rotureau.

18 h : pause

18 h30 : « Andrée Viollis », par Anne Renoult ; égale d’un Albert Londres ou d’un Joseph Kessel, correspondante de guerre dans l’Allemagne nazie, la Russie soviétique, pendant la guerre d’Espagne, en Irlande….femme engagée et  libre penseuse.

20 h 45 : clôture des Journées avec mme la députée maire de Montauban et la  marraine May Chidiac ; lancement de la Bourse 2010.

21 h : concert : œuvres de Clara Schumann, Fanny Mendelsohn et Lili  Boulanger par le trio George Sand.

 

Exposition au théâtre : « le retour des concubines », d’Axelle de Russé

Exposition à la Bibliothèque : « citoyen-nes, citoyennetés », d’Isabelle Gabrielli -

 

Expositions scolaires :

 « il était une fois l’histoire des femmes » et « femmes artistes, scientifiques » afin que les établissements aient le temps cette année de travailler dessus avec les élèves

Proposer aux établissements de faire travailler les élèves sur des sujets de société que l’on pourra aborder avec des  femmes journalistes  locales  ;

Proposer aux lycéens et lycéennes de réaliser  le journal des « journées Olympe de Gouges » - en cours avec Geneviève André-Acquier

 

Intervention de May Chidiac devant les lycéen-nes du lycée Michelet : vendredi 6 mars à 14 h30.

 

Librairies : outre les livres des intervenantes, ouvrages sur les femmes grands reporters : actualités, conflits,  économie, environnement, voyages ; apéritifs-dédicaces

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:13

Gabrielle Duchêne

Une féministe réfugiée aux limites du Tarn-et-Garonne en 1942

Il faut toute l’ingéniosité du dessinateur pour discerner, sur une minable photo, les traits de Gabrielle Duchêne (dessin par Rosendo Li)

.

Cette femme (1870-1954) fut un monument de la lutte sociale. Quand, à l’âge de 73 ans, fuyant la Gestapo, elle vint se réfugier aux limites du Tarn-et-Garonne de 1943 à 1945, qui, dans le petit village de Milhars (Tam), pouvait se douter de son histoire ? Elle vivait à ce moment-là chez une amie, Claire Geniaux. Quelqu’un de ce secteur a-t il encore des souvenirs ?

L’essentiel de cette chronique est reprise du Maîtron, un dictionnaire biographique du mouvement ouvrier consultable à la BM de Montauban [il n’est plus à disposition]. Native de Paris, Gabrielle Duchêne entra dans la lutte pour les droits politiques et sociaux des femmes avant même 1914 mais l’essentiel de ses « exploits » se produiront entre 1918 et 1939. Pacifiste pendant la première guerre mondiale, elle noua à ce moment là des liens avec les féministes des USA et de Hollande. Dès cette époque elle eut sa fille Suzanne à ses côtés. Son combat pacifiste se doubla d’un combat social en faveur de la revendication classique « à travail égal, salaire égal » qui lui cause ses premiers ennuis avec la police. Rappelons à Jacques Chirac qui se préoccupe de la question que le statut de la fonction publique permet globalement l’application du principe... or tout est fait pour casser ce statut !

A la fin de la guerre Gabrielle Duchêne devint la secrétaire générale de la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL). Observons ici, qu’aujourd’hui, à l’heure de la dite mondialisation, les organisations deviennent surtout... locales ! Et c’est encore sur le terrain international que cette femme se distingue en soutenant les victimes des famines d'URSS, ce qui la conduira à sympathiser avec l’expérience soviétique.

Pacifiste, internationaliste, féministe, elle était aussi présente là où il fallait dénoncer le colonialisme. Parmi ses centaines d’articles et de rapports, citons celui de juillet 1929 : « La situation sociale politique et économique de la femme dans les domaines coloniaux et semi- coloniaux. »

Présente au congrès d'Amsterdam en 1932, congrès qui esquisse l’unité d’action contre la guerre, elle critique le Manifeste de Barbusse. Présidente du Comite mondial des femmes contre la guerre et le fascisme qui prétendait avoir dix millions de membres (cent mille en France), elle accompagna le PCF dans sa lutte contre le fascisme.

Ces notes, aux allures d’un rapport des Renseignements généraux, devraient être plus vivantes quand on sait que Gabrielle Duchême laissa des archives phénoménales dans une bibliothèque publique de Nanterre, mais qui, malgré de tels outils mis à disposition, a écrit un livre pour raconter sa vie ?

Etrangement, le texte de la biographie du Maitron n’évoque pas son combat pour le suffrage des femmes or des dossiers donnent beaucoup de renseignements sur le travail de l’Alliance Internationale pour le Suffrage des Femmes (encore le mot international !). Elle avait ainsi accumulé des journaux féministes anglais, américains, allemands, autrichiens, égyptiens uruguayens et hindous (60 numéros de la revue seulement entre 1925 et 1932).

Les responsables de la Bibliothèque de Nanterre indiquent : « Il ne faut pas oublier enfin son extraordinaire correspondance (15 dossiers de 1910 à1940), source unique renseignant à la fois sur la vie quotidienne de Gabrielle Duchêne et ses amis, et sur son militantisme avec l’incidence de celui-ci sur son existence et ses relations. Ces lettres mériteraient à coup sûr un classement analytique et une publication exhaustive ».

En fait, depuis la période 1981-1985, plus rien n’a été publié au sujet de cette femme alors qu’il s’agissait, à ce moment-là seulement d’articles. A quand un livre en son honneur ? Sans cet effort, on continuera d’attribuer l’accès au droit de vote des femmes à tel ou tel HOMME politique en négligeant les multiples luttes féministes qui existèrent, souvent sous des formes avant-gardistes. Ainsi va l’histoire ... Jean-Paul Damaggio (Point Gauche ! n°79 mars-avril 2005)

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:11

L’identité du Tarn-et-Garonne après le bicentenaire

 

Même après les multiples expositions, débats, publications autour du Bicentenaire, Guy Astoul, qui se sent plus géographe qu’historien, reste un passionné de l’étude de la création du Tarn-et-Garonne, comme il l’a montré au débat du 13 janvier. Intervenant presque 20 ans après les autres, la naissance du département est en effet un cas d’école pour réfléchir à une question éternelle : comment s’opère le découpage des territoires ? Question souvent présentée seulement sous l’angle des pays colonisés mal découpés, or elle est de tous les temps et de tous les lieux.

En 1808, les intérêts de Napoléon voulant réconcilier la France avec les catholiques et les protestants ont rencontré les désirs anciens des diverses autorités de Montauban qui souhaitaient en faire un chef-lieu. En 1790, par la logique de la création des départements - 1790 - tenir compte des limites des provinces (ici le Quercy) et placer le chef-lieu au centre, donc Cahors- Montauban a été disqualifiée. Par l’intervention de Napoléon, un territoire a été construit ensuite autour de la ville rose avec deux conséquences, une diversité et une petite taille, deux éléments qui ont démontré qu’ils n’étaient pas un obstacle au développement du département.

Quelles autorités locales ? Tout d’abord les autorités religieuses et en particulier les protestants qui souhaitaient obtenir la création d’une faculté de théologie protestante (pour former les pasteurs), dans le cadre de la réconciliation adoptée par Napoléon. Pour Guy Astoul, entre Nîmes et La Rochelle, Montauban s’est trouvée cette fois à la bonne place, d’autant que les protestants y étaient moins remuants qu’à Nîmes, mais fallait-il encore que la ville devienne chef-lieu de département ! La création d’un diocèse catholique était un souhait de la religion dominante. Côté autorités politiques et administratives, le souhait de remettre Montauban à sa juste place, est évident. Et tout ceci ne pouvait qu’enthousiasmer les forces économiques locales. Il n’y a donc pas eu UN inventeur particulier, mais un faisceaux de conditions favorables que chacun a su mettre à profit.

Ensuite, il y a eu le découpage. Il est frappant de remarquer que les principes qui avaient présidés à la naissance des départements, dans des buts de rationalisation du territoire, furent encore appliqués : le département du Tarn n’a rien donné au nouveau Tarn-et-Garonne car, le souci étant d’équilibrer les populations, il ne fallait pas trop déshabiller Pierre, pour habiller Paul.

Je prétends que ces conditions de naissance du département entraînèrent un fossé plus grand qu’ailleurs entre le peuple et les élites (sauf bien sûr à Montauban). Depuis presque 20 ans les habitants avaient constaté les bienfaits des départements, donc pour eux la naissance du Tarn-et-Garonne s’apparente seulement à un changement de repère : de sous-préfecture, Montauban passe préfecture, et quant à ceux qui étaient du Gers, du Lot-et-Garonne ou de la Haute-Garonne (comme Castelsarrasin) inutile de leur demander leur avis, ils auraient refusé. Cet écart entre les élites et le peuple a été renforcé par la petite taille du département. Bref, avec le Tarn-et-Garonne, la cuisine du découpage est un élément passionnant.

 

En 1908, le centenaire, époque de grande contestation des départements ce qui a fait dire à Antonin Perbosc que le Tarn-et-Garonne ne fêtera pas son bicentenaire. Preuve que déjà la réflexion sur la création du Tarn-et-Garonne permettait d’aborder les grands faits de société.

Et en 2008 ? Comme découpage, on parle encore de Paris face à la Province, la « Province » étant un concept pourtant vide, un mythe que Guy Astoul aimerait bien étudier, mythe renforcé par le nom des habitants de l’Ile-de-France, les Franciliens, mythe qui renvoie à la question du centralisme. Il est évident que l’attraction actuelle de la ville de Toulouse influe et influera beaucoup sur le devenir du Tarn-et-Garonne. Dans les nouveaux découpages actuels, avec les intercommunalités, on voit revenir les anciens noms de provinces surtout en Tarn-et-Garonne. Quant aux Editions La Brochure, organisatrices du débat, elles ont contribué au bicentenaire par un livre de J-P Damaggio en direction de la jeunesse, où, à partir de documents, on découvre les 15 ans de personnalités comme Cladel, Mary-Lafon, Athénaïs Mialaret, Raoul Verfeuil, Marcelle Davet (une écrivain de Saint-Antonin méconnue alors qu’elle a écrit chez les plus grands éditeurs de très nombreux libres) ; ou les 15 ans de personnes ayant marqué leur milieu comme le paysan Gérard Tartanac, la reine des chapeaux Mme Cantecor fille, ou le musicien Tony Meler.

Le mot de la fin au grand philosophe natif de Miramont de Quercy Jean Izoulet, qui expliquait pourquoi, en 1894, en tant que représentant à Montauban des Tarn-et-Garonnais de Paris, il adorait le Tarn-et-Garonne :

« D’abord, leur dirais-je, le département de Tarn-et-Garonne est le dernier-né de la France nouvelle. Il n’a été formé que bien des années après les autres. C’est un enfant tardif de la Révolution. C’est le Benjamin des départements. C’est ce que nous appellerions dans notre dialecte espiègle et câlin un catchoniou ! »

Plus loin il continua ainsi après avoir parlé de la diversité de la France :

« Eh bien ! Messieurs, toute proportion gardée, le département de Tarn-et-Garonne me paraît être aussi divers que la France elle-même. N’est-il pas fait à la fois de Rouergue, de Quercy, d’Agenais, d’Armagnac [nous dirions aujourd’hui Gascogne] et de Languedoc ? Et n’est-ce pas ce qui lui a permis d’avoir tour à tour des héros de guerre et d’amour, comme ce comte de Guibert, apprécié des Frédéric et adoré des Lespinasse ; des héros politiques, comme l’énergique conventionnel Jean Bon St-André, qui, délégué aux escales, vit, d’un œil fixe, sombrer le vaisseau « Le Vengeur »; des héros d’art, comme Ingres, qui, vous le savez, a surpris immortellement la nymphe des sources ? Enfin, Messieurs, notre département a pour nous un dernier attrait : c’est qu’il est petit, tout petit. Vous savez ce que Musset disait de Hassan, que la nature l’avait fait tout petit... afin de le mieux faire ».

Sans adorer le Tarn-et-Garonne, je reconnais que j’aime bien ce qui est petit.

14-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:07

Le professeur et ses rêvolutions

 

 

Il était une fois un prof de français qui souhaitait plonger ses élèves dans la littérature sans qu’ils s’y noient. En 1990, pour bien inaugurer la décennie, il eut l’idée de proposer aux lycéens de se changer en jury de prix littéraire. Il proposa un cadre : on prendra les premiers romans, et une démarche, les lycéens seront de A à Z, les pilotes de l’opération. Merveille des merveille, le projet se développa tant et tant qu’il dura seize ans, passant donc l’âge des noces de diamant.

Ce prof, maintenant retraité, ayant plus d’un tour dans son sac, décida de mettre en livre cette expérience unique que les autorités auraient aimé piller au nom des PAE dont les pilotes sont shootés aux consignes ministérielles.

Pour comprendre que nous sommes en plein conte de noël, la sortie du livre coïncida avec ce que les médias médiatiques appellent : « le Goncourt lycéen », tandis que celui du prof de français s’appelait : « le Goya lycéen ». Que les deux prix commencent par un G n’en fait pas des parents.

Le premier s’apparente à la macdonadisation du monde. Tout est précuit, prédigéré, prévoté et le bonheur n’est pas dans le pré (nous verrons pourquoi).

Le second s’apparente à la grande cuisine, celle des grands-mères qui, à 9 h le matin, mettaient à cuire des œufs dans une poêle posée sur de faibles braises du feu de cheminée, pour qu’à midi, ils soient cuits à point. Une cuisine de la patience, de la lenteur, de la qualité, de la diversité, en bref, une cuisine que le luxe a su mettre à sa portée, ce qui n’empêche pas des pauvres bien placés, de manger parfois des omelettes truffées en guise de petit déjeuner.

 

En conséquence, pas étonnant, si une jeune fonctionnaire dans le nord de la France (et pour lui éviter des ennuis de la part de ses collègues, à l’heure des fichiers je n’en dirai pas plus), passant pour noël dans sa ville de Castres (oui de Goya il faut passer à Castres), est saisie, à la vue du livre chez le libraire, l’achète, s’y plonge et prend la plume pour écrire à son professeur. Que va t-elle lui dire ?

 

Elle lui rappelle qu’elle était au lycée en 1999, et vous verrez que cette date va compter pour la suite du conte, où elle a vécu le prix du côté lycéen. En lisant le livre, elle sera frappée par une première pierre : « J’ai pu m’apercevoir du travail acharné qu’avait fourni l’équipe pédagogique et qui ne paraissait pas toujours évident aux yeux d’ados. Je me suis bien trompée et j’ai vu que certains travaillaient beaucoup plus et en coulisses.....Je leur tire à tous mon chapeau et à vous aussi professeur. »

Tout d’un coup, le refus du CRDP (Centre régionale de documentation pédagogique) de publier le livre devenait évident : à présenter une démarche pédagogique avec les luttes des profs comme carburant, en lieu et place de directives officielles, c’est pas très bon ! Or, justement c’est ce qui plaît à cette lectrice occasionnelle !

 

Là, on arrive au tournant de 1999, année de toutes les luttes autour du prix, qui fait qu’à partir de l’an 2000 le déclin de l’expérience sera systématiquement organisé par une hiérarchie pourtant favorable jusque là à cette aventure pleine de créativité, d’intelligence. Le hasard a voulu que les lycéens choisissent de discerner le prix à Karin Bernfeld. Un parent puis le proviseur en furent offusqués ! A ce moment-là, Karin a l’âge de certains lycéens, 22 ans. Pour la première fois le proviseur exige que les lycéens revotent car le résultat est déplorable ! Un vote issu d’un travail de longue haleine, de discussions, de confrontations, un vote qui avait mis un trimestre à cuire, et voilà qu’un homme seul osait dire non ! Encore une fois, la lectrice occasionnelle qui a pris la plume saura voir l’essentiel en pointant les luttes déclenchées par le refus du proviseur incapable de comprendre que le jury n’était pas une troupe qu’on dirige. La révolte a grondé tant et si bien que le proviseur dut mettre un genou à terre (Karin est toujours dans la liste des gagnants) ce qui ne pouvait qu’induire le plat qu’il allait manger froid, la vengeance.

Mais quelle était la cause de tant de tapage causé par ce titre en effet peu engageant : Apologie de la passivité ? La lectrice occasionnelle indique : « Ce livre a choqué les mœurs de certains coincés du "cul" (excusez mon franc parler) et de ceux qui disent « si vous vivez avec quelqu’un et que vous n’êtes pas marié, vous vivez dans le péché » ».

 

Voilà, nous y sommes ! Il s’agissait d’un livre d’une « homosexualité triste » déclarèrent les autorités. La décennie des années 2000 était donc annoncée clairement à Castres, elle serait celle de la domination des « coincés du cul » (je dis plutôt celle des révolutions conservatrices, mais chacun ses références) et ils furent à la hauteur de leurs ambitions. L’an 68 devait en finir avec les contes s’achevant ainsi: « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » mais depuis, nous devons déchanter quand j’entends ce rêve : « ils se marièrent et eurent beaucoup de femmes ». La revanche sur les femmes, car telle est l’obsession qui rongera toujours les Puissants, fait reculer les rêvolutions de professeurs qui, par chance, se trouvent parfois confortés par de jeunes lectrices occasionnelles. Les contes de noël auront bien pour conclusion future : « ils s’aimèrent et eurent beaucoup d’omelettes truffées ».

12-01-2008 J-P Damaggio

Notes : Le livre s’appelle « Longue vie au Prix Goya ! » de Claude Rossignol et nous avons de bonnes nouvelles de Karin Bernfeld. Elle a publié un second roman chez Balland, Alice aux pays des femelles. Les deux romans en question ayant été épuisés, ils sont en livre de poche. Elle a publié une part d’autobiographie avec Les Portes de l’espérance chez Flammarion (sa famille vient de juifs d’Europe de l’Est), et, dans un tout autre domaine, elle vient de publier un livre pour aider les personnes malades de boulimie, anorexie, ou obésité : Déjouer les troubles alimentaires. N’ayant rien lu d’elle, je ne porte pas de jugement, je constate seulement.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:03

Dans Point Gauche ! n°91 janvier 2007, voilà comment Max Biro annonçait la triste naissance de Natixis.  Depuis des scandales on coulait sous les ponts… Max Biro est l'auteuir d'un dictionnaire fientifique d'économie sociale et politique

 BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Triste naissance de Natixis

 

Les deux jeunes bécasses sautillant d’une patte sur l’autre inventaient une comptine : « Natixis au cul je te pisse, Escroqriss au cru je te prisse, et le vieil oiseau noir au cru te prissera. »

Elles reprenaient sans cesse. L'oiselle de l’ENA (école nationale d'admiration), irritée, les reprit : « On n'insulte pas les forces vives de la nation. »

Le vieil oiseau noir se souvenait du scandale de Panama, de la faillite des petits rentiers en 14, de l’affaire Stavisky, de la Garantie foncière, du tunnel sous la Manche, des actions de France Télécom. Il intervint : « Continuez mes enfants vous êtes créatives! »

Allez dans votre Banque populaire, il y a un dépliant quadricolore sur bristol, une jeune femme blonde et son marmot, bobo, et le texte : « Chaque sociétaire a une mission de transmission. Parce que l’esprit coopératif n’a de sens que s’il est collectif. » Et six pages sur les sociétaires et l’esprit coopératif..... La CASDEN fait partie des Banques populaires fédérées. Sous forme de parts sociales non soumises aux aléas de la Bourse, les adhérents sont propriétaires du capital.

Et la Caisse d’Epargne, c'est une autre sorte de capital sans actionnariat, elles furent fondées pour permettre un petit gain sur les petits revenus des petits, avec souplesse, pour protéger les petits de l’usurier, pour leur permettre l’autonomie.

Les managers, nos zélites de l’une et de l’autre banque décidèrent, avec ce beau capital qui dormait, de faire une vraie banque, libérale, d’affaire, de spéculation, qui les ferait échapper au ringard mutualisme puisque le mutualisme est ringard. Sonnez trompettes, roulez tambours, ainsi naquit Natixis.

C'est une filiale, elle est côtée en Bourse, tout de suite elle cherche l’actionnariat populaire, mais le dépliant en petites lettres dit que c’est ouvert à l’Amérique ! Les fonds de pension ! C’est l’Amérique ! Vive le mutualisme et la coopération ! Banque Populaire et Caisse d'Epargne sont actionnaires et majoritaires pour le moment.... Mais Natixis et ses deux mères, un point à l’endroit, un point à l’envers, tricotent l’inextricable chaîne de la finance et du marché ! Natixis apporte de l’argent à ses maisons mères sous forme de certificat. Qu’est ce qu’en certificat ? Une action. Oh ! Sans droit de vote.

Ah !...........pour le moment.... Quel triple saut périlleux carpé amènera les maisons mères à être les filiales ? La loi l’empêchera ? Un amendement lorsqu’il y a dix députés en séance ou quelque autre chose que moi, pauvre profane en économie, en finance on en truanderie, n'aurait pas vu.

C'est pas si simple dira le financier ... Vas y mec, crois le, les paysans sont-ils encore propriétaire de leurs coopératives ? Et le Crédit mutuel agricole à qui qu'il est ? Nous adhérents de la Casden, on nous a fait signer quelque chose difficile à comprendre... J’ai confiance... Moi j’ai compris...

Les bécasses reprirent leurs comptines « Natixis au cul je te pisse. »

Le vieil oiseau noir

NDLR : 1 ) Tous nos lecteurs ne vivant pas au rythme de l’actualité bancaire et sous une pression publicitaire visant à créer des petits actionnaires, ne savent peut-être pas que Natixis se veut une nouvelle banque de l’ère moderne.

(Point Gauche ! n°91 janvier 2007)

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