Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 10:22

Dans les boîtes aux lettres, les documents de vote sont arrivés :

1 ) Douze professions de foi sur vingt-cinq listes.

2 ) Neuf bulletins pour vingt-cinq !

 Pourquoi tant d’absents ? Car en dessous de 3% des exprimés (ce chiffre a pu varier) les partis doivent tout payer et la somme est rondelette. Donc ceux qui craignent un tel score n’envoient pas de matériel de vote, et réduisent d’autant leur score !

 Plusieurs stratégies :

- les riches envoient profession et bulletin (soit huit listes)

- une liste n’a envoyé que le bulletin

- quatre listes n’ont envoyé que la profession de foi (deux sont des professions de foi unique pour la France entière)

 Ceci étant dans les bureaux de vote il y aura tous les bulletins. Mais que faire d’un bulletin inconnu ?

 Je me souviens d’une anecdote pour les Européennes de 1989 quand je défendais la liste des rénovateurs communistes sur laquelle il y avait Gérard Tartanac de Sérignac. Aucun bulletin n’était prévu pour les envois postaux. A la commission j’avais obtenu que la moitié du département ait les bulletins, en partant du principe qu’il suffisait d’en envoyer la moitié dans les bureaux de vote et la proposition avait été acceptée. Vu l’abstention la moitié est bien suffisante !

 Là aussi il y a des gaspillages à éviter. Comme dans bien d’autres pays toutes les listes pourraient être sur un seul bulletin où il suffirait de cocher celle de son choix, l’Etat prenant en charge l’édition des bulletins.

 Il y a aussi la question de l’affichage : les communes ont été obligées, en principe, d’installer 25 panneaux (38 en Ile-de-France) alors que dans la plupart des communes, à ce jour, il n’y a qu’une seule affiche !

 Plus que jamais la politique est une affaire de gros sous et être au parlement européen, si on peut y constituer un groupe c’est accéder à des financements conséquents (en plus des financements nationaux qui comme chacun sait financent en fonction du résultat électoral aux législatives). D’où ce système bien ficelé : vous avez de l’argent, vous pouvez toucher les électeurs ce qui va vous apporter de l’argent et inversement vous n’avez pas d’argent donc vous ne pouvez toucher les électeurs qui ne vous apporteront pas d’argent.

 En politique plus qu’ailleurs, on ne prête qu’aux riches. Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans actualité
commenter cet article
20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 08:44

patio-a-santa-fe.jpg

 Une patio à Santa Fe

Philippe Labro (né en 1936 à Montauban) est un des romanciers français les plus étatsuniens. Par son œuvre comme par sa vie. Je dis son œuvre car elle n’est pas que littéraire : journaliste, écrivain, auteur de chansons et… cinéaste. En 1989 après la lecture de Un été dans l’ouest j’avais écrit cette note énigmatique :

« En lisant L'Etudiant Etranger et Un été dans l'Ouest (ne pas confondre avec il était une fois dans l'Ouest) on remarque que la société américaine se divise en gagneurs et perdants, le héros étant du côté des gagneurs. Là où c'est moins banal, c'est que le gagneur en question est toujours attiré par des perdants présentés, dans l'ensemble, sous un jour sympathique. Nous savons que l'auteur des deux livres est aujourd'hui du côté des gagneurs aussi mes questions sont les suivantes :

- Le gagneur n'est-il pas condamné à écrire en se mettant avant tout en scène alors que le perdant s'il lui arrive d'écrire, va être condamné à mettre avant tout la société en scène ?

- Dans ce cadre, la pluralité d'écriture n'est ce pas un masque pour faire croire que le gagneur dit autre chose que lui-même ?

- La véritable pluralité n'est-elle pas plutôt entre celui qui communique sa vie et celui qui communique sa société, étant entendu que je ne porte pas de jugement de valeur sur les deux situations ? »

 

Le journaliste Philippe Labro a occupé (et occupe) des postes importants dans les médias dominants. S’il ne crache pas sur les perdants, c’est qu’il n’oublie pas sa jeunesse pendant laquelle des perdants lui ont permis de devenir un gagnant.

Et preuve qu’il ne craque pas sur les perdants c’est qu’il ne cherche pas à faire UNE carrière. Il prend des risques en passant du journalisme à la littérature puis à la réalisation de films, poursuivant sa vie durant un va-et-vient peu classique. La forme qu’il a donné à sa vie me fait penser à celle que Vazquez Montalban s’est donné mais lui ce fut pour défendre les perdants.

Cependant les deux écrivains font la démonstration que la division entre gagnants et perdants n’est pas suffisante même si elle est nécessaire. Dans les deux camps nous trouvons des courageux et des lâches, des actifs et des passifs, des prétentieux et des modestes. Non pas pour renvoyer dos à dos les deux camps mais pour relativiser ce qui fait la vie. Si Philippe Labro lit ce texte il aura la surprise de retrouver cet article des Lettres Françaises du 10 décembre 1969 dont j’adore le titre. Le lecteur doit imaginer els questions car il n’y a que les réponses ! JP Damaggio

 

Entretien : Philippe Labro personnalise le paradoxe

ACCUEILLI de manière encourageante par l'ensemble de la critique parisienne, Tout peut arriver, de Philippe Labro (connu pour ses grands reportages à France-soir, ses émissions de TV, en particulier Caméra 3, son roman Des feux mal éteints, ses ouvrages sur mai), entame dès à présent une carrière prometteuse. L'entretien qui va suivre, inhabituellement réalisé après parution de la critique, a eu surtout pour but d'amener Labro à quelques réflexions constructives, à la suite des réserves faites çà et là.

 

Il y a déjà- eu des précédents aux U.S.A. : Richard Brooks, Samuel Fuller ont été journalistes avant de faire de la mise en scène. Le journalisme est une formidable école de cinéma. Mais on ne peut concilier les deux. Pendant le tournage, j'ai complètement arrêté de faire du journalisme. Mais durant le montage, j'ai eu, à nouveau, envie de vivre de manière journalistique, voir des gens, me promener, etc. Le journalisme est une manière de vivre, non une profession. Dans ce domaine, je serai journaliste toute ma vie comme d'autres sont écrivains. Mais à un moment donné j'opterai définitivement pour le cinéma.

J'avais déjà fait de la TV et acquis ce que je voulais acquérir. Il ne m'intéressait nullement de recommencer, d'autant plus que je ressentais une certaine lassitude à l'égard de la TV, surtout en France, pour des raisons inhérentes au système. Par contre, avec ce film, je reste sur ma faim, j'ai l'impression d'avoir encore beaucoup à apprendre. Il s'est passé, par ailleurs, de telles découvertes au cours de la fabrication du film, au niveau du contact avec les gens et de ma propre maturation, que je crois que cela me fait du bien de tourner des films. Et puis, enfin, je pense profondément qu'on peut dire dix fois plus de choses par le cinéma.

 

C'est vrai qu'il y a de la naïveté dans ce film, mais la naïveté consiste aussi à oublier ce qui a déjà été fait et à le refaire. C'est peut-être aussi de l'orgueil. Ce film, qui n'est ni un film sur Philippe Labro, ni un film sur le journalisme, ni un film misogyne, mais un film sur un homme dont le métier accuse des failles, est pour moi une façon de tirer un trait sur ma propre jeunesse. Je ne vais jamais plus revenir sur certaines choses, c'est évident. Hemingway et Fitzgerald disaient qu'il fallait un jour lâcher le journalisme car il a gâché la plume. Il est vrai que l'écriture journalistique est complaisante, la mienne en particulier.

 

On a dit que Marlot, c'était moi. Je pense que dans tout premier film, on fait la part belle à son passé, à ses expériences. Il n'en demeure pas moins vrai que nous différons sur beaucoup de points. Il n'est pas bien dans son époque, il passe son temps à fuir, alors que je me sens bien dans la mienne. Pendant dix ans, je vais avoir trente-trois ans et, n'étant pas trop mal à l'aise, j'en profiterai pour créer. Et puis Marlot est tellement désincarné, tellement glacial.

Marlot (non francisé du héros de Chandler) prend ses désirs pour des réalités et, comme tout faux mythomane, il lui arrive ce qu'il a toujours souhaité. Il suffit qu'il mette un imper et un chapeau pour se croire aussitôt à l'intérieur d'un film policier. Dans ma vie, comme dans ma profession, notamment lors de mes expériences aux U.S.A., j'ai toujours côtoyé la série B. La série B, c'est la vie.

 

Les gens qui créent vivent tous dans la fausse réalité. Fitzgerald disait qu'il prenait sans cesse des notes. Même aux moments les plus dramatiques de sa vie affective et réelle, il prenait inconsciemment des notes pour un futur livre. Je fais parfois cela. Pour moi, le film est aussi un excellent psychodrame qui me lave de quantité de choses.

 

Les séquences américaines sont très importantes. Pour le genre d'homme qu'est Marlot, il n'y a qu'un seul moyen : le dépaysement et non la fuite. Je crois, contrairement à Françoise Sagan, que l'on change en fonction de l'environnement. Pour Marlot l'égocentrisme, c'est une manière de s'ouvrir aux hommes. Le devenir de Marlot est heureux. Il est évident qu'il quittera le journalisme. Plusieurs solutions s'ouvrent à lui : devenir hippy, mais je crois néanmoins qu'il est déjà devenu trop sceptique, aimer réellement une femme pour la première fois, vivre à deux alors qu'il n'a jusqu'à présent vécu qu'avec lui-même ou, enfin, s'arrêter de bouger et écrire, devenir écrivain à l'américaine, une sorte de Kerouac. A mon avis, c'est sa solution, mais il est hors de question qu'il se suicide. Il faut dire que j'ai pris Marlot à un moment précis de son existence, de parfait déséquilibre. Il veut tellement savoir pourquoi sa vie privée est un échec, découvrir ses propres racines, c'est- à-dire son propre pays.

 

Quand je rentre des U.S.A., je suis frappé par certains événements, les mêmes du reste : la «drugstorisation » de la province, le côté de plus en plus nomade du Français, la crise de l'homme de quarante ans, la violence latente et l'aspect si particulier de Paris avec ses embouteillages, sa laideur, le visage congestionné des automobilistes, la publicité et les flics.

On a parlé de fourre-tout à propos du film. A mon avis, c'est plutôt une manière de mettre un pas en avant. Le vrai défaut de mon film, c'est de n'avoir pas été assez loin dans la violence, dans le lyrisme. Certains appellent cela de la naïveté, d'autres de la pudeur, moi je parlerais plutôt d'inexpérience. Mes trois futurs films sont contenus dans Tout peut arriver. Dans le prochain, je casserai davantage la structure et démultiplierai les personnages. Ce sera une espèce d'itinéraire dans l'escalade de la violence, une traduction assez dure du grand «chambardement ».

Propos recueillis par Gérard Langlois.

 

Notes de Jean-Paul Damaggio

Premier long métrage de Philippe Labro en 1969

On pourrait ajouter ses chansons en particulier pour Johnny Hallyday

Une telle manière de vivre qu'il n'a pas cessé ce travail. C'est moi qui souligne la phrase

En fait, jamais il ne tirera un trait sur sa jeunesse. Cette phrase est sans un effet de sa naïveté persistante.

Référence importante à cet auteur de roman noir des USA.

Un élément qui confirme que Labro que appartient aux gagnants grâce à l'attention portée aux perdants.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans USA
commenter cet article
19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 20:07

piments-decoratifs-a-santa-fe.jpg

Piments décoratifs à Santa Fe

J’ai sous les yeux un beau livre des Editions La Martinière Sur la Route 66 Carnets de voyage avec une préface de Philippe Labro[1]. Cet homme toujours lié à Montauban, qu’avec d’autres nous avons invité pour une conférence, il y a vingt ans, était tout désigné pour écrire cette préface puisqu’en 1954 il a emprunté la dite route 66 pour aller au rendez-vous d’un job d’été. J’ai lu son roman[2] qui rend compte de cette expérience mais je découvre dans la préface un fait que je ne soupçonnais pas : « Féru de littérature américaine, Les raisins de la colère constituaient en effet, pour moi, une sorte de « bible ». Je considère encor aujourd’hui que ce roman est un chef d’œuvre, tout comme son adaptation cinématographique par John Ford avec Henry Fonda, inoubliable Tom Joad… » Je partage donc avec lui un point commun, un intérêt pour la route des héros de Steinbeck… la route 66 qui à l’époque du roman était toute neuve.

Les auteurs du livre sont donc passés par Santa Fe dont ils font cette présentation :

« NI BUILDING NI GRATTE-CIEL DANS LA CAPITALE DE L'ÉTAT DU NOUVEAU-MEXIQUE. C'est en pariant sur son architecture ancienne que Santa Fe s'est construit une réputation flatteuse. Dans la capitale d'État la plus haute du pays (2 134 mètres d'altitude), toute construction respecte des normes architecturales strictes. Toits en terrasse, balcons en bois, poutres apparentes en surplomb des murs et habitations construites en pisé confèrent à la ville un cachet bien particulier. La « ville royale de Sainte Foi de saint François d'Assise » — Villa Real de Santa Fé de San Francisco de Asis, de son nom de baptême complet — est devenue fameuse grâce à l'architecture, dite adobe, de ses bâtiments fabriqués à partir de briques séchées au soleil, élaborées à base d'argile, d'eau et de paille. En remettant au goût du jour ce procédé de fabrication ancestral, Santa Fe attire les artistes comme les touristes, au point de faire ressembler cette ville à un musée ou à un parc d'attractions. C'est en tout cas notre sentiment en déambulant dans le centre de la ville, où abondent galeries d'art et boutiques d'artisanat, où s'affichent ostensiblement poteries, céramiques, peintures de sable, couvertures, bijoux et fétiches. Quant aux églises, aux monuments religieux, aux parcs et aux jardins, ils sont soigneusement entretenus, conférant à Santa Fe un caractère résolument pittoresque. »

 Une présentation très juste, qui va à l’essentiel et que j’aurais presque aimé écrire à un détail près : il prend l’effet pour la cause ! Dans l’article sur Tony Hillerman et Santa Fe je donne l’explication : ce n’est pas la beauté de la ville qui a attiré les artistes mais les artistes qui ont fait la beauté de la ville et les artistes étaient plutôt qu’ailleurs car il y avait une classe sociale issue de la noblesse espagnole capable de les faire vivre. Le voyageur est contraint de prendre l’effet pour la cause car les effets sautent aux yeux tandis que les causes sont effacées par le temps. En soi, le voyage ne devient un voyage que par le retour du voyage. Normalement le lecteur ne doit pas s’étonner si j’aime beaucoup cette citation de Vazquez Montalban :

« Dans tout voyage il y a une fuite. Il en existe une très bonne définition dans un livre de Bowles qui servit à Bertolucci pour son film Le ciel protecteur, et qui distingue le touriste du voyageur : le touriste sait la fin de son voyage mais pas le voyageur. (…) En fait, il s’agit d’une fausse fuite parce qu’on voyage avec soi-même, avec la charge de ses obsessions, de ses frustrations, et avec la sensation qu’au retour, qu’elle qu’en soit la date, on se retrouvera face à elles. » MVM, Entretien 1992

Jean-Paul Damaggio

 

Sur la Route 66 Carnets de voyage avec une préface de Philippe Labro, photos Christophe Géral, Récit, Stéphane Dugast, Editions La marinière

Un été dans l’ouest, Gallimard, 1988 (je vais y revenir dans un article)

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans USA
commenter cet article
19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 19:48

Voici un extrait d’un livre témoignant de la colonisation de la Louisiane. Le titre du chapitre parle de massacre, ce qui est un fait réel. Je parle plutôt de révolte car c’est en écho à un autre fait réel évoqué : la menace d’envoyer le grand chef Natchez en France si les Indiens ne se pliaient pas, une fois de plus, aux exigences de Chopart. Vous pouvez accéder à tout le livre sur Gallica en cliquant ICI.

Jean-Paul Damaggio

 

 

Mémoires historiques sur la Louisiane : contenant ce qui y est arrivé de plus mémorable depuis l'année 1687 jusqu'à présent : avec l'établissement de la colonie française dans cette province de l'Amérique septentrionale sous la direction de la Compagnie des Indes : le climat, la nature, les produits. 1753.

 

CHAPITRE XXVIII.

Massacre général des Français par les Natchez

 Après avoir tracé en idée, ainsi que je viens de le dire, le plan de la nouvelle habitation, le sieur Chopart suivi de sa compagnie alla voir le grand Chef dont il fut très-bien reçu. Le sieur Ricard, garde-magasin servait d’interprète. Ils burent et se réjouirent ensemble, et passèrent la nuit à faire la débauche jusques vers les trois heures du matin, que les Français se retirèrent au Fort pour s’y délasser de leurs fatigues.

Cependant les fatales allumettes étaient parvenues à leur fin, & ce jour-là même les Sauvages devaient exécuter l'horrible complot qu'ils avaient prémédité. Quoiqu'ils eussent tenu leur entreprise fort secrète, elle n'avait pas laissé de transpirer ; quelques filles & femmes Sauvages qui aimaient les Français, & dont quelques-unes leur servaient même de maitresses, n'avaient pu s'empêcher de leur découvrir toute l'intrigue, & de leur dire de prendre garde à eux lorsque le grand Chef viendrait présenter le Calumet au Commandant, les avertissant que leurs gens devaient se servir de ce signe de paix, pour cacher le dessein qu'ils avaient formé d'égorger tous le Français de la contrée. Le sieur Papin interprète en fut informé, ainsi que le sieur Macé, Sous - Lieutenant de la garnison du Fort, & quatre ou cinq autres personnes. On leur avait même marqué le jour où devait se faire cette sanglante exécution ; c'était le 29 novembre, veille de St. André. Sur ces avis, à peine le sieur Chopart fut rentré chez lui, que le sieur Macé qui d'ailleurs était son compère, vint lui rendre compte de ce qu'il avait appris ; mais bien loin d'y faire la moindre attention, le Commandant le traita de lâche & de visionnaire, lui reprochant qu'il cherchait à lui en imposer, en voulant lui donner mal propos des soupçons contre une Nation amie, dont il n'y avait encore qu'un infant qu'il avait été parfaitement bien reçu, & pour récompense de ses avis il lui donna ordre de se rendre aux arrêts. Un moment après le Sr. Papin étant venu lui faire le même rapport, loin de l'écouter, il le fit mettre aux fers ainsi que quatre ou cinq autres. Après cela il alla se mettre au lit, ayant ordonné auparavant au Sentinelle qui était en faction à sa porte, de ne laisser entrer personne chez lui avant neuf heures du matin.

Il est certain qu'averti comme il l'était, il pouvoir très facilement, s'il l'eût voulu, prévenir le malheur qui arriva ; il aurait suffi pour dissiper l’orage, de faire mettre les troupes sous les armes & tirer un seul coup de canon à poudre. Mais soit que vin & la bonne chère lui eussent troublé le jugement, soit qu'il fût prévenu mal à propos en faveur des Sauvages ; ou même qu'il ne les crut pas capables d'oser jamais exécuter un tel dessein, il ne voulut prendre aucunes mesures pour s'y opposer ; & comme ses injustices étaient le principe du mal, il acheva par son opiniâtreté de le rendre absolument incurable.

Pendant ce temps-là, les Sauvages se disposaient à jouer le dernier acte de cette sanglante tragédie & afin de prendre, pour ainsi dire, tous les Français d'un seul coup de filet, ils s'étaient dispersés par troupes, les uns à la Terre blanche, d'autres à Ste. Catherine ou au Fort, où les Soldats de la garnison avaient leurs fusils, à la vérité, mais pas un seul coup de poudre. Il n'y avait pas un seul habitant, chez lequel quelque Sauvage ne se fut rendu sous différents prétextes ; les uns apportaient aux Français ce qu'ils pouvaient leur devoir ; d'autres venaient prier leurs amis de leur prêter leurs fusils pour tuer, disaient-ils, un ours ou un chevreuil qu'ils avaient vu proche de l'habitation ; quelques-uns aussi feignaient de vouloir traiter quelques marchandises ; & où il y avait trois ou quatre Français ensemble, il s'y trouvait au moins une douzaine de Sauvages, qui avaient ordre de leur Chef de ne point agir qu'au signal qu’il leur avoir donné.

Ces mesures étant prises, on vit le grand Chef partir de son Village, accompagné de ses Guerriers & de tous ses Considérés avec le Calumet au vent, frappant sur le pot de cérémonie, & portant au Commandant Français la récompense qu'il avait exigée pour les deux Lunes de délai qu'il avait accordées aux Sauvages ; des volailles, des pots d'huile, du blé, des pelleteries, &c. Cette troupe passe au pied du Fort, chantant & faisant voltiger le Calumet à la vue de tous les Soldats de la garnison, qui étaient accourus pour voir cette marche. Les Sauvages s'avancent ainsi en cadence & à pas comptés vers la maison du Commandant, qui dort cependant sans songer à tant de biens qu'on lui apporte. Ils passent sur leur route proche de l'ancien magasin de la Compagnie, où demeurait le sieur Ricard, qui était déjà levé, & qui était descendu au bas de la côte où il faisait décharger la galère, afin de mettre en sureté les effets et marchandises qu'elle avait apportées pour ce poste. Ils arrivent enfin la maison du sieur Chopart, qui s'étant réveillé au bruit que faisait celui qui frappait sur le pot, & aux cris que faisaient les Sauvages, se lève en robe le chambre, & fait entrer tout ce cortège. On lui offre à fumer, on met ses pieds les présents qu'il a exigés pour ne pas envoyer sur la galère le grand Chef des Natchez pieds & poings liés à la Capitale. Que de biens étalés aux pieds de ce Commandant que de cruches pleines d'huile arrangées dans sa chambre ! Il admire ces présents avec complaisance, se riant intérieurement de la vaine crédulité de ceux qui ont voulu lui donner des soupçons contre ses amis les Sauvages ; il ordonne qu'on les mette en liberté, afin qu'ils soient témoins eux-mêmes de ce qui se passe, et qu'ils voient s'il est probable que ces gens qui le comblent de tant de biens, aient pu former le noir complot d'égorger tous les Français. On chante, on danse ; pendant ce temps-là, une troupe de ceux qui accompagnaient le grand Chef, se détache, se rend au bord de l'eau où l'on déchargeait la galère. Là, chaque Sauvage choisit son homme, le couche en joue, le tire & le jette mort sur la place. A ce signal auquel tous les autre Sauvages étaient attentifs, on fait de tous côtés main basse sur les Français : en moins de demi-heure il en périr plus de sept cents, les uns percés de leur propres armes, les autres égorgés ou assommés. De toute la garnison, il ne se sauva qu'un seul soldat. Le sieur Macé sortant des arrêts, fut tué en rentrant chez lui : les sieurs Coly père et fils, arrivés la veille, furent massacrés à leur Concession de Ste. Catherine avec le sieur de Longraye qui en était régisseur ; la même chose arriva au sieur Desnoyers, régisseur de la Terre blanche. Il était arrivé le matin même des Yazoux plusieurs pirogues, avec le Commandant Français de ce poste appelé le sieur Coder accompagné d'un R. P. Jésuite : tous deux furent enveloppés dans le malheur commun ; & les Sauvages enlevèrent la chevelure au Commandant, parce qu'il l'avait fort longue & très belle. Je ne finirais point, si je voulais exprimer toutes les cruautés que les Sauvages exercèrent alors contre des gens qu'ils avaient autrefois tant aimés. Il y eut plusieurs femmes Françaises, qui voulant prendre la défense de leurs maris ou venger leur mort sur leurs meurtriers, furent elles mêmes impitoyablement égorgées par ces barbares.

 

Au milieu de ce massacre général de tous les Français, le lieur Chopart vivait encore, comme si la Providence eût voulu le réserver pour être témoin de la destruction de tant d'habitants qui ne périssaient que par sa faute. Il la reconnut enfin, mais trop tard ; & se levant de dessus sa chaise, au lieu de prendre son fusil & de se mettre en défense, il se sauva dans son jardin, où il donna un coup de sifflet pour appeler les soldats de la garnison. Mais ils n'étaient plus & il pouvait voir tout autour de lui au travers de la palissade qui fermait son jardin, la terre jonchée de leurs cadavres. Lui-même est environné des Sauvages, qui ne respirent plus que sa mort : cependant aucun d'eux ne veut porter la main sur lui ; ils le regardent comme un chien, indigne d'être tué par un brave homme & ils font venir le Chef Puant qui l'assomme d'un coup de massue.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans USA
commenter cet article
19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 15:33

Entre lire les discours de Saint Just et les romans de Chateaubriand je n’ai jamais hésité : Sain Just. Donc je ne connais de Chateaubriand que sa position monarchiste. Depuis j’ai appris qu’on peut apprendre autant sinon plus, de ses adversaires politiques, car eux-mêmes apprennent l’essentiel de ceux qu’ils combattent ! (Ils se réjouissent même quand ils peuvent obtenir le soutien d’anciens révolutionnaires !). Voici comment Chateaubriand préface son livre sur les Natchez, une page qui pourrait entrer dans la grande anthologie des discours usant les Indiens à tant de causes différentes. Du bon sauvage aux méchants civilisés. De Rousseau à Herrero. Chateaubriand n’a jamais digéré la Révolution française aussi, son amour des Natchez, lui sert à découvrir que la noblesse c’était bien même chez les Indiens. Pour le dire vite. Jean-Paul Damaggio

 Les Natchez / Chateaubriand / Préface

Lorsqu’en, 1800 je quittai l'Angleterre pour rentrer en France sous un nom supposé, je n'osais me charger d'un trop gros bagage : je laissai la plupart de mes manuscrits à Londres. Parmi ces manuscrits se trouvait celui des Natchez, dont je n'apportais à Paris que Mené, Atala, et quelques descriptions de l'Amérique.

Quatorze années s'écoulèrent avant que les communications avec la Grande Bretagne se rouvrissent, Je ne songeai guère à mes papiers dans le premier moment de la Restauration ; et d'ailleurs comment les retrouver ? Ils étaient restés enfermés dans une malle, chez une Anglaise qui m'avait loué un petit appartement à Londres. J'avais oublié le nom de cette femme ; le nom de la rue et le numéro de la maison où j'avais demeuré étaient également sortis de ma mémoire.

Sur quelques renseignements vagues et même contradictoires que je fis passera Londres, MM. De Thuisy eurent la bonté de commencer des recherches ; ils les poursuivirent avec un zèle, une persévérance dont il y a très-peu d'exemples : je me plais ici à leur en témoigner publiquement ma reconnaissance.

Ils découvrirent d'abord avec une peine infinie la maison que j'avais habitée, dans la partie ouest de Londres. Mais mon hôtesse était morte depuis plusieurs années, et l'on ne savait ce que ses enfants étaient devenus. D'indications en indications, de renseignements en renseignements, MM. De Thuisy, après bien des courses infructueuses, retrouvèrent enfin, dans un village à plusieurs milles de Londres, la famille de mon hôtesse ;

Avait-elle gardé la malle d'un émigré, une malle remplie de vieux papiers à peu près indéchiffrables ? N'avait-elle point jeté au feu cet inutile ramas de manuscrits français ?

D'un autre côté, si mon nom, sorti de son obscurité, avait attiré dans les journaux de Londres l'attention des enfants de mon ancienne hôtesse, n'auraient-ils point voulu, profiter de ces papiers, qui dès lors acquéraient une certaine valeur ?

Rien de tout cela n'était arrivé : les manuscrits avaient été conservés ; la malle n'avait pas même été ouverte. Une religieuse fidélité, dans une famille malheureuse, avait été gardée à un enfant du malheur. J'avais confié avec simplicité le produit des travaux d'une partie de ma vie à la probité d'un dépositaire étranger, et mon trésor m'était rendu avec la même simplicité. Je ne connais rien qui m'ait plus touché dans ma vie que la bonne foi et la loyauté de cette pauvre famille anglaise.

 Voici comme je parlais des Natchez dans la préface de la première édition d'Atala:

« J'étais encore très-jeune lorsque je conçus l'idée, de faire l'épopée de l'homme de la nature, ou de peindre les mœurs des sauvages, en les liant à quelque événement connu. Après la découverte de l'Amérique, je ne vis pas de sujet plus intéressant, surtout' pour des Français, que le massacre de la colonie des Natchez à la Louisiane, en 1727. Toutes les tribus indiennes conspirant, après deux siècles d'oppression, pour rendre la liberté au Nouveau-Monde, me parurent offrir un sujet presque aussi heureux que la conquête du Mexique. Je jetai quelques fragments de cet ouvrage sur le papier ; mais je m'aperçus bientôt que je manquais des vraies couleurs, et que, si je voulais faire une image semblable, il fallait, à l'exemple d'Homère, visiter les peuples que je voulais peindre.

En 1789, je fis part à M. Malesherbes du dessein que j'avais de passer en Amérique. Mais, désirant en même temps donner un but utile à mon voyage, je formai le dessein de découvrir par terre le passage tant cherché, et sur lequel Cook même avait laissé des doutes. Je partis ; je vis les solitudes américaines, et je revins avec des plans pour un second voyage, qui devait durer neuf ans. Je me proposais de traverser tout le continent de l'Amérique septentrionale, de remonter ensuite le long des côtes, au nord de la Californie, et de revenir par la baie d'Hudson, en tournant sous le pôle. M. de Malesherbes se chargea de présenter mes plans au gouvernement, et ce fut alors qu'il entendit les premiers fragments du petit ouvrage que je donne aujourd'hui au public. La Révolution mit fin à tous mes projets. Couvert du sang de mon frère unique, de ma belle-soeur, de celui de l'illustre vieillard leur père; ayant vu ma mère et une autre sœur, pleine de talent, mourir des suites du traitement qu'elles avaient éprouvé dans les cachots, j'ai erré sur les terres étrangères.

De tous mes manuscrits sur l'Amérique, je n'ai sauvé que quelques fragments, en particulier Atala, qui n'était elle-même qu'un épisode des Natchez. Atala a été écrite dans le désert, et sous les huttes des sauvages. Je ne sais si le public goûtera cette histoire, qui sort de toutes les routes connues, et qui présente une nature et des mœurs tout à fait étrangères à l'Europe. »

Dans le Génie du Christianisme, tome II des ancienne séditions, au chapitre du Vague des passions, on lisait ces mots :

« Nous serait-il permis de donner aux lecteurs, un épisode extrait, comme Atala, de nos anciens Natchez ? C'est la vie de ce jeune René à qui Chactas a raconté son histoire, etc. »

Enfin, dans la préface générale de l'édition de mes Œuvres, j'ai déjà donné quelques renseignements sur les Natchez.

Un manuscrit dont j'ai pu tirer Atala, René, et plusieurs descriptions placées dans le Génie du Christianisme, n'est pas tout à fait stérile. Il se compose, comme je l'ai dit ailleurs, de deux mille trois cent quatre-vingt-trois pages in-folio. Ce premier manuscrit est écrit de suite, sans section : tous les sujets y sont confondus, voyages, histoire naturelle, partie dramatique, etc. ; mais auprès de ce manuscrit d'un seul sujet, il en existe un autre partagé en livres, qui malheureusement n'est pas complet, et où j'avais commencé à établir l'ordre. Dans ce second travail non achevé, j'avais non seulement procédé à la division de la matière, mais j'avais encore changé le genre de la composition, en la faisant passer du roman à l'épopée.

La révision, et même la simple lecture de cet immense manuscrit, a été un travail pénible : il a fallu mettre à part ce qui est voyage, à part ce qui est histoire naturelle, à part ce qui est drame ; il a fallu beaucoup rejeter, et brûler encore davantage de ces compositions surabondantes. Un jeune homme qui entasse pêle-mêle ses idées, ses inventions, ses études, ses lectures, doit produire le chaos ; mais aussi dans ce chaos il y a une certaine fécondité qui tient à la puissance de l'âge, et qui diminue en avançant dans la vie.

Il m'est arrivé ce qui n'est peut-être jamais arrivé à un auteur : c'est de relire, après trente années, un manuscrit que j'avais totalement oublié. Je l'ai jugé comme j'aurais pu juger l'ouvrage d'un étranger : le vieil écrivain formé à son art, l'homme éclairé par la critique, l'homme d'un esprit calme et d'un sang rassis, a corrigé les essais d'un auteur inexpérimenté, abandonné aux caprices de son imagination.

J'avais pourtant un danger à craindre. En repassant le pinceau sur le tableau, je pouvais éteindre les couleurs ; une main plus sûre, mais moins rapide, courait risque de faire disparaître les traits moins corrects, mais aussi les touches plus vives de la jeunesse : il fallait conserver à la composition son indépendance et pour ainsi dire sa fougue ; il fallait laisser l'écume au frein du jeune coursier. S'il y a dans les Natchez des choses que je ne hasarderais qu'en tremblant aujourd'hui, il y a aussi des choses que je n'écrirais plus, notamment la lettre de René, dans le second volume.

Partout, dans cet immense tableau, des difficultés considérables se sont présentées au peintre : il n'était pas tout à fait aisé, par exemple, de mêler à des combats, à des dénombrements de troupes à la manière des anciens, de mêler, dis-je, des descriptions de batailles, de revues, de manœuvres, d'uniformes et d'armes modernes. Dans ces sujets, mixtes, on marche constamment entre deux écueils, l'affectation ou la trivialité. Quant à l'impression générale qui résulte de la lecture des Natchez, c'est, si je ne me trompe, celle qu'on éprouve à la lecture de René et d'Atala : il est naturel que le tout ait de l'affinité avec la partie.

On peut lire dans Charlevoix. (Histoire de la Nouvelle-France, tome IV, page 24) le fait historique qui sert de base à la composition des Natchez. C'est de l'action particulière racontée par l'historien que j'ai fait, en l'agrandissant, le sujet de mon ouvrage. Le lecteur verra ce que la fiction a ajouté à la vérité.

J'ai déjà dit qu'il existait deux manuscrits des Natchez : l'un divisé en livres, et qui ne va guère qu'à la moitié de l'ouvrage ; l'autre, qui contient le tout sans division, et avec tout le désordre de la matière. De là une singularité littéraire dans l'ouvrage tel que je le donne au public : le premier volume s'élève à la dignité, de l'épopée, comme dans les Martyrs ; le second volume descend à la narration ordinaire, comme dans Atala et dans René.

Pour arriver à l'unité du style, il eût fallu effacer du premier volume la couleur épique, ou l'étendre sur le second : or, dans l'un ou l'autre cas, je n'aurais plus reproduit avec fidélité le travail de ma jeunesse.

Ainsi donc, dans le premier volume des Natchez on trouvera le merveilleux, et le merveilleux de toutes les espèces : le merveilleux chrétien, le merveilleux mythologique, le merveilleux indien ; on rencontrera des muses, des anges, des démons, des génies, des combats, des personnages allégoriques : la Renommée, le Temps, la Nuit, la Mort, l'Amitié. Ce volume offre des invocations, des sacrifices, des prodiges, des comparaisons multipliées, les unes courtes, les autres longues à la façon d'Homère, et formant de petits tableaux.

Dans le second volume, le merveilleux disparaît, mais l'intrigue se complique et les personnages se multiplient : quelques-uns d'entre eux sont pris jusque dans les rangs inférieurs de la société. Enfin le roman remplace le poème, sans néanmoins descendre au-dessous du style de René et d'Atala, et en remontant quelquefois, par la nature du sujet, par celle des caractères et par la description des lieux au ton de l'épopée.

Le premier volume contient la suite de l'histoire de Chactas et son voyage à Paris. L'intention de ce récit est de mettre en opposition les mœurs des peuples chasseurs, pêcheurs et pasteurs, avec les mœurs du peuple le plus policé de la terre. C'est à la fois la critique et l'éloge du siècle de Louis XIV, et un plaidoyer entre la civilisation, et l'état de la nature : on verra que le juge décide la question.

Pour faire passer sous les yeux de Chactas les hommes illustres du grand siècle, j'ai quelquefois été obligé de desserrer les temps, de grouper ensemble des hommes qui n'ont pas vécu tout à fait ensemble, mais qui se sont succédé dans la suite d'un long règne. Personne ne me reprochera sans doute ces légers anachronismes, que je devais pourtant faire remarquer ici. Je dis la même chose des événements, que j'ai transportés et renfermés dans une période obligée, et qui s'étendent, historiquement, en deçà et au-delà de cette période. On ne me montrera, j'espère, pas plus de rigueur pour la critique des lois. La procédure criminelle cessa d'être publique en France sous François Ier, et les accusés n'avaient pas de défenseurs. Ainsi, quand Chactas assiste à la plaidoirie d'un jugement criminel, il y a anachronisme pour, les lois : si j'avais besoin sur ce point d'une justification, je la trouverais dans Racine même. Dandin dit à Isabelle : Avez-vous jamais vu donner la question?

ISABELLE. Non, et ne le verrai, que je crois, de ma vie.

DANDIN. Venez, je vous en veux faire passer l'envie.

ISABELLE. Hé! monsieur, peut-on voir souffrir des malheureux!

DANDIN. Bon! cela fait toujours passer une heure ou deux.

 Racine suppose qu'on voyait, de son temps, donner la question, et cela n'était pas : les juges, le greffier, le bourreau et ses garçons assistaient seuls à la torture.

J'espère enfin, qu'aucun, véritable savant de nos jours ne s'offensera du récit d'une séance à l'Académie, et d'une innocente critique de la science sous Louis XIV, critique qui trouve, d'ailleurs, son contrepoids au Souper chez Ninon. Ils ne s'en offenseront pas davantage que les gens de robe ne se blesseront de ma relation d'une audience au Palais. Nos avocats, nobles défenseurs de nos libertés publiques, ne parlent plus comme le Petit-Jean des Plaideurs, et dans notre siècle, où la science a fait de si grands pas et créé tant de prodiges, la pédanterie est un ridicule complètement ignoré de nos illustres savants.

On trouve aussi, dans le premier volume des Natchez, un livre d'un Ciel chrétien différent du Ciel des Martyrs : en le lisant, j'ai cru éprouver un sentiment de l'infini qui m'a déterminé à conserver ce titre. Les idées de Platon y sont confondues avec les idées chrétiennes, et ce mélange ne m'a paru présenter rien de profane ou de bizarre.

Si on s'occupait encore de style, les jeunes écrivains pourraient apprendre, en comparant le premier volume des Natchez au second, par quels artifices on peut changer une composition littéraire et la faire passer d'un genre à un autre. Mais nous sommes dans le siècle des faits, et ces études de mots paraîtraient sans doute oiseuses. Reste à savoir si le style n'est pas, cependant, un peu nécessaire pour faire vivre les faits : Voltaire n'a pas mal servi la renommée de Newton. L'histoire, qui punit et qui récompense, perdrait sa puissance si elle savait peindre : sans Tite-Live, qui se souviendrait du vieux Brutus ? sans Tacite, qui penserait à Tibère ? César a plaidé lui-même la cause de son immortalité dans ses Commentaires, et il l'a gagnée. Achille n'existe que par Homère. Otez de ce monde, l'art d'écrire, il est probable que vous en ôterez la gloire. Cette gloire est peut-être une assez belle inutilité pour qu'il soit bon de la conserver, du moins encore quelque temps.

La description de l'Amérique sauvage appellerait naturellement le tableau de l'Amérique policée ; mais ce tableau me paraîtrait mal placé dans la préface d'un ouvrage d'imagination. C'est dans le volume où se trouveront les souvenirs de mes voyages en Amérique, qu'après avoir peint les déserts, je dirai ce qu'est devenu le Nouveau-Monde et ce qu'il peut attendre de l'avenir. L'histoire ainsi fera suite à l'histoire, et les divers, sujets ne seront pas confondus.

Chateaubriand

 

1. M. Mackenzie a depuis exécuté une partie de ce plan.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans USA
commenter cet article
18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 18:35

 

 centenario.jpg

Avec ce centenaire, je me sens mal. Alors qu’il s’agit d’une guerre mondiale je vois poindre une commémoration franco-française ! (je ne parle de l’oubli des pacifistes…).

Le hasard fait que mes liens avec le Trentino m’apportent un point de vue autre, le point de vue italien qui dans ce cas est même le point de vue d’une région.

Tout simplement parce que l’essentiel de cette grande boucherie, c’est le redécoupage des frontières. On parle souvent des frontières d’Afrique découpées à l’emporte-pièce comme si les frontières des pays d’Europe étaient là depuis l’éternité.

Bref, ma grand-mère est née en 1901 autrichienne, en 1918 elle est devenue italienne et en 1930 elle aspirait à devenir française, nationalité qu’elle a obtenue en 1939 environ.

C’est en partie le redécoupage de 1918 qui contient les germes de la guerre de 1939 !

 Donc rappel historique simplifié : en 1914 l’Italie, après quelques hésitations, est dans le camp de la France contre l’Allemagne et elle va donc profiter de la victoire et du démantèlement de l’Autriche-Hongrie. Elle gagne la province de Trento qui contient aussi le Haut-Adige avec un statut particulier. Un débat est intervenu au sujet du cas de Trieste et le patriotisme a fait le reste… ou du moins une partie.

 Pour suivre notons en conséquence que dès la déclaration de la guerre les habitants de Trento et sa région sont sollicités pour se battre aux côtés de l’Autriche-Hongrie et ils vont donc avoir contre eux leurs voisins italiens quand ils entrent dans la guerre le 23 mai 1915 (auparavant le pouvoir était neutre).

 Donc sur les monuments aux morts italiens où placer les habitants du Trentino tués dans le camp autrichien ?

Jean-Paul Damaggio

 

 autriche-hongrie.jpg

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans italie
commenter cet article
17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:59

Cette fois j'ai cherché Steinbeck sur l'Humanité. Je n'ai rien trouvé. Alors j'ai tapé Dos Passos et je suis tombé sur cet article. Au-dessus de cet article un extrait des Beaux Quartiers d'Aragon. JPD

 

 

Humanité 18 octobre 1936

Les Livres

Images de l'Amérique

Le petit arpent du Bon Dieu par Erskine Caldwell 1 vol. NRF 15 fr.

 

IL y a une, grande et singulière littérature américaine que le public français connaît peu. Des romans de William Faulkner aux récits policiers, et sanglants de Dashiel Hammet s'exprime un monde partagé entre la violence et l'ennui, où les conflits entre les morales protestantes et les exigences de l'instinct, le banditisme, les aspects de terreur que le capitalisme américain impose aux luttes sociales composent un «climat» déchirant. Naturellement, pas un des témoins sincères de la réalité américaine n'attache la moindre importance aux transformations de surface que le régime Roosevelt a pu introduire aux Etats-Unis. Les conditions de violence de la vie américaine, l'état extrême de fureur de tension ou d'angoisse dans lesquels vivent un nombre immense d'Américains aboutit à créer un art également violent, tendu et angoissé où le rôle essentiel est joué par les valeurs, de dénonciation. Tout écrivain américain véritable est un dénonciateur, qu'il se nomme John Dos Passos, Waldo Franck, William Faulkner, Erskine Caldwell. La pression de cette réalité est assez forte pour agir parfois, malgré toutes les précautions, sur le fil américain et aboutir à des œuvres que les critiques français trouvent généralement « cruelles » et qui ne franchiraient même pas en France les barrières de la censure.

George Bernard Shaw, le grand écrivain irlandais, a divisé ses pièces en pièces plaisantes et pièces déplaisantes. On pourrait dire que toute la littérature américaine - celle qui compote, car bien entendu, les Etats-Unis possèdent, comme, la France une littérature particulièrement stupide et sentimentale d0tsinée à persuader aux millions de lecteurs petits bourgeois des grands magazines que tout va en Amérique au mieux des sentiments élevés, poétiques et moraux - on pourrait donc dire que .la véritable littérature américaine est tout entière déplaisante ; elle met une insistance remarquable, à signaler les lynchages de nègres, la misère des chômeurs, l'absurdité, de la vie. sociale, la répression des grèves, la violence érotique d'un peuple étouffé par les interdictions sexuelles, la domination des capitalistes, le pouvoir des bandes organisées, la vénalité des magistrats, des hommes politiques et de la police.

On se demande d'ailleurs- comment il pourrait y avoir actuellement dans le monde une littérature authentique qui ne soit pas une littérature déplaisante, c'est-à-dire une littérature offensante par sa vérité. Ce n'est pas par hasard que les seules littératures « plaisantes» sont le fait des écrivains fascistes : on notera comme un. signe important que les intellectuels fascistes du genre de M. Brasillach ou de M. Maxence écrivent ici des romans volontiers poétiques, ou « féeriques », comme ils disent dans leur langage, pour se délasser, en parlant des petits oiseaux des appels au meurtre qu'ils prodiguent par ailleurs.

Le dernier livre que le public français va lire d'un écrivain américain est le petit arpent du Bon Dieu, d'Erskine Caldwell.

Caldwell, qui a trente-trois ans, est un fils de pasteur de Géorgie. Comme tant de ses confrères américains, il a fait plus d'un métier : journaliste, ouvrier dans une huilerie, ramasseur de coton, aide cuisinier, garçon de nuit dans un buffet de gare, machiniste de théâtre, critique littéraire, dans le Texas, footballeur -professionnel.. Ses premiers livres, Bastard, Poor Fool, Tobacco Road, God's little Acre - traduit sous le titre Le petit arpent du Bon Dieu décrivent tous le monde des fermiers pauvres du Sud, planteurs de tabac ou de coton, à peu près aussi misérables que "les nègres qui les, entourent.

Le petit arpent du Bon Dieu parut scandaleux aux Américains bien-pensants : le livre, fut poursuivi pour « obscénité ». L'attorney de New-York abandonna le procès à la suite d'une protestation de quarante-cinq écrivains américains, parmi lesquels les' plus grands.

M. Maurois qui a préfacé la traduction française croit juste et utile de rappeler Rabelais : il y a un certain genre de critique qui procède, par comparaison, comme si le lecteur ne pouvait jamais assimiler le nouveau sans se dire qu'il l'a déjà rencontré. Naturellement, la comparaison entre Erskine Caldwell et Rabelais n'a exactement aucun sens mais il paraît qu'il suffit à un ouvrage de comporter quelques "obscénités" et une certaine largeur dans la peinture pour rappeler Rabelais. Il est vrai que le héros du livre, Ty Ty Walden, fait parfois entendre des phrases sur la liberté sexuelle et la fidélité à l'instict qui peuvent faire penser un critique cultivé à Frère Jean de l'abbaye de Thélème. On aurait tort d'aller plus loin : quand la jeune littérature américaine lance une protestation en faveur de la liberté des instincts, elle le fait avec une grande angoisse sa protestation est simplement comme le cri d'un homme qui étouffe, sous le poids d'une. Civilisation sans pitié ; elle lance un appel à la vie dans un monde en proie à la mort. La victoire même de la vie ne peut se concevoir qu'après un combat violent contre le monde : on est dans une situation tragique, puisque tout dépend d'une lutte dans laquelle un homme peut tout perdre. Quand les écrivains du seizième siècle lançaient des appels apparemment semblables, ils le faisaient avec un optimisme à peu près total : ils parlaient au nom d'une classe en pleine ascension, dont la victoire devait leur apparaître comme facile. Il faut bien voir que l'appel à la vie lancé au temps de la bourgeoisie mourante et résolue à ne mourir que dans le sang des hommes qu'elle écrase, diffère entièrement de l'appel à la vie qu'elle lançait avec le sentiment exaltant de sa jeune puissance. Et la comparaison que M. Maurois fait aussi entre .Caldwell et l'Anglais D.-H.; Lawrence est sans doute bien plus exacte que la comparaison entre Caldwell et Rabelais.

  

Un fermier, Ty Ty Walden vit avec ses fils Shaw et Buck, sa fille Darling Jill et la femme de Buck, Griselda. Son fils aîné s'est enrichi et vit en ville. Son autre fille, Rosamond, a épousé un ouvrier du textile de Horse Creek Valley, Will Thompson.

Trois thèmes se partagent le livre : le premier est le thème de l'or. Il y a quinze ans que Ty Ty creuse ses terres pour y trouver de l'or qui, sans doute, n'y est pas. Et sans doute ce thème est-il tout à la fois burlesque et symbolique : les éléments burlesques sont excellents, les éléments symboliques sont1 faibles, comme il arrive presque toujours.

Le second thème est celui de l'usine : à Horse Creek Valley, un lock-out paralyse la ville depuis des mois. L'un des dirigeants ouvriers est justement Will Thompson, gendre de Ty-Ty Walden. Will est tué par les gardes de la Compagnie le jour où il entre avec ses camarades dans l'usine, pour la remettre en marche.

"Soudain le bruit cessa dans, l'usine. Les machines tournèrent moins vite, puis, s'éteignirent. Le silence fut complet, même dans la foule. Les femmes se tournèrent les unes vers les autres, déconcertées… Des hommes sortaient toujours, remontaient lentement vers les longues rangées de maisons jaunes, et les muscles, sur leurs dos nus, pendaient comme des tendons coupés sous la peau. Un homme avait du sang aux lèvres, un autre toussa, et le sang suinta par les coins de sa bouche fortement serrés. Il cracha dans la poussière jaune de la Caroline..

Les femmes commencèrent à partir. Elles couraient à côté des hommes, marchaient près d'eux, remontant vers les longues rangées de maisons jaunes. Il avait des larmes dans les yeux des filles, si belles qui rentraient chez elles avec leurs amants. C'étaient les filles de la vallée dont les seins se dressaient, dont les visages ressemblaient à des volubilis quand elles se montraient aux fenêtres de l'usine aux murs habillés de lierre.. "

 

Le troisième thème est le thème sexuel : tous les hommes du livre sont poursuivis jusqu'à l'angoisse par le désir des femmes. Dans le monde pesant où ils vivent, monde du coton, monde des usines, l'érotisme leur apparaît comme la seule liberté et comme le seul bonheur encore possibles. Il est très remarquable que dans toute la littérature américaine, comme dans les romans de Lawrence, la revendication érotique apparaisse comme une évasion. Un écrivain, qui est aujourd'hui devenu, comme Caldwell, un écrivain révolutionnaire, regardait hier encore, le retour à la nature comme une solution sociale et morale. Il en a été ainsi à toutes les époques où l'avenir apparaissait bouché : à la fin du XVIIIe siècle, au deuxième tiers du XIXe le retour à la nature apparaît pareillement. C'est un signe d'angoisse, ce n'est pas un signe de "santé". On notera cependant que, dans les pays anglo-saxons modernes, la prise de conscience révolutionnaire commence souvent chez l'écrivain par une revendication de la liberté sexuelle, une affirmation de la dignité de l'érotisme : toute « l'intelligentsia » -anglaise d'après guerre, à la suite de Lawrence, a obéi à cette loi. Caldwell n'y échappe pas : Ty Ty, son héros et son porte-parole, au moment ou Buck tue, son frère aîné qui veut sa femme Griselda, s'écrie :

Les femmes comprennent, elles, et elles sont toutes prêtes à vivre la vie pour laquelle Dieu les a formée. Dieu a fait les jolies filles et il a fait les hommes. Il n'en fallait pas plus. Quand on se met à prendre une femme ou un homme pour soi tout seul, on est sûr de n'avoir plus que des ennuis jusqu'à la fin de ses jours.

Ce vieux paysan sensé parle comme un intellectuel américain de années 30, pour qui la révolution sexuelle est d'abord la Révolution. Un homme comme Caldwell, n'en restera pas là. On ne transformera pas l'Amérique en appliquant à l'amour ce que Lénine, nommait « la théorie du verre d'eau ». Les théories simplificatrices comme, celle de la liberté érotique ne vont jamais très loin : elles manquent entièrement d'efficacité sur une réalité sociale et humaine infiniment compliquée. Paul NIZAN

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans USA
commenter cet article
17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 17:58

 

 J'aime bien la revue d'avant-guerre Commune (en fait j'aime bien l'avant-guerre). Je me suis posé la question : est-ce que Steinbeck er les autres écrivains des USA de la même trempe ont eu une place dans Commune ? Je n'ai rien trouvé mais je me suis laissé détourner vers ce texte d'Aragon qui me semble d'une grande actualité qui fait que le mot fascisme est partout quand son usage devrait être conditionné à une définition claire.

Je suppose le lecteur informé du fait que longtemps avant cette année 1933 les deux écrivains furent relativement proche. Si ce n'est pas le cas il peut aisément se reporter à divers liens sur internet. J'ai d'ailleurs cru que le texte était déjà sur la toile mais ne l'ayant pas trouvé je l'inclus dans mes interventions. Jean-Paul Damaggio

 

 

Voici le lien : Aragon a lu Drieu La Rochelle

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans littérature
commenter cet article
17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 13:25

sculpture-a-santa-fe.jpg

Sculpture sur Canyon Road Santa Fe, une rue consacrée aux artistes

 

Dimanche, 17 h, sur la Plaza de Santa Fe, c’est le désert. Même les deux Indiens jouant et chantant rangent leur matériel. Parking facile. Le tour des vitrines de la place rappelle que nous sommes dans la ville des artistes. Pourquoi tant de bijoux splendides, sculptures et autres merveilles ? Car la ville est belle, le climat agréable et le contexte très favorable à l’inspiration des créateurs ? Parce qu’un jour un peintre s’est trouvé bien en ce lieu et par le bouche à oreilles a fait venir des amis ? Les trois jours dans la ville confirment la première observation : la présence des arts est vraiment impressionnante. Mais le pourquoi n’a rien à voir avec des explications sociologiques, artistes ou climatologiques. La réponse est beaucoup plus terre à terre? comme nous dirions que la théorie de Marx est terre à terre.

Là où le profit est roi, l’activité va où le marché est possible.

Tony Hillerman est arrivé à Santa Fe en 1952 juste au moment où « la Cité différente » perdait son titre. Différente en quoi ?

Mais d’abord Tony Hillerman est différent en quoi du reste des Etatsuniens ? Dans son autobiographie il écrit à propose de son expérience de soldat en France en 1944 :

«Les renseignements militaires [des USA], un terme dont nous devions apprendre qu’il constitue le parfait oxymoron. » Et le livre n’est pas tendre avec l’idiotie de renseignements militaires envoyant à la mort de jeunes soldats étatsuniens. Généralement, par patriotisme, un bon citoyen aurait dû taire une tare qui depuis n’en finit pas de faire des dégâts malgré des tonnes d’écoutes téléphoniques.

Mais revenons au Santa Fe de 1952 : « A Santa Fe, capitale de l’Etat, les emplois relevant de la municipalité ou de l’administration du comté revenaient prioritairement aux Hispaniques alors que les Anglos étaient massivement représentés dans les branches touristiques et commerciales. Le tout rehaussé d’un vernis de culture par une colonie artistique très active, elle-même renforcé par une délégation de « pseudo » peintres, sculpteurs, etc. qui vivaient des largesses de proches fortunés. »

Pourquoi différente ? Car les Hispaniques, qui partout étaient relégués dans les marges de la société, occupaient à Santa Fe le haut du pavé ! La ville fut celle de l’aristocratie espagnole puis créole car stratégique du temps de la colonie puis de l’indépendance du Mexique. Elle l’est devenue encore plus quand le New Mexico est né car elle s’est trouvée sur tous les axes entre l’est et l’ouest, le sud et le nord. N’est-elle pas une étape de la fameuse route 66 ?

En conséquence la classe dirigeante, dont la visite du Palais du gouverneur donne une idée de la force, est restée en place et ceux qui furent désignés d’Anglos, c’étaient tous les nouveaux venus et pas seulement les Anglais.

A Santa Fe j’aurais dû aller visiter le cimetière pour y découvrir les traces de cette grandeur passée qui a fait une place aux artistes, place d’autant plus renforcée quand la ville est devenue touristique grâce à l’ingéniosité des opposants aux Hispaniques, les Anglos !

Hillerman est arrivé dans cette ville comme journaliste, d’abord de base puis plus reconnu, en conséquence il a appris à la connaître de l’intérieur aussi quand on lui a proposé de devenir enseignant en partant pour Albuquerque, il est parti avec joie. Aujourd’hui sa fille vit à Santa Fe où les rapports sociaux ont peut-être changé de nature. Pour la présence des artistes c’est par contre la même problématique : un tourisme de luxe leur a permis de s’enraciner. Ajoutons un éventuel vestige du passé : l’artisanat indien est riche et vigoureux, les maîtres d’hier ayant peut-être fait vivre également la créativité populaire ?

 

Jean-Paul Damaggio 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans USA
commenter cet article
17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 13:24

 

 NicaraguaCanal140613.png

Ce canal est un serpent de mer pour faire se rejoindre le Pacifique et l’Atlantique. L’idée en est née avant même le Canal de Panama. Puis des intérêts internationaux ont enterré un projet qui vient de renaître pour de bon aujourd’hui, toujours en lien avec des intérêts internationaux.

La Chine est prête à engager 40 milliards de dollars pour la construction de cette infrastructure. Les Russes apporteraient leur caution et trois sous en plus (voir article ci-dessous de La Voix de la Russie).

Un canal plus large, plus profond, plus adapté au monde d’aujourd’hui et qui serait indépendant des USA.

Wikipédia indique : "Le 14 juin 2013, l'Assemblée Nationale du Nicaragua a approuvé la proposition chinoise, émise par le consortium chinois HK Nicaragua Canal Development, par 61 voix contre 28. Cette loi donne une concession pour une durée renouvelable de cinquante ans au consortium chinois pour la construction, le développement et la gestion du canal. Les coûts estimés sont de 40 milliards de dollars, ou 30 milliards d'euros, alors que le temps de construction nécessaire est estimé à près d'une décennie. Toutefois, ladite loi ne précise en aucun cas le tracé du canal, ni les détails de son financement ou même sa viabilité économique. Le projet devrait d'ailleurs comprendre à la fois un canal maritime reliant l'Atlantique au Pacifique, mais également un canal ferroviaire."

 

Donc l’avenir c’est à des bateaux plus gros, pour un commerce international plus considérable ?

Et le Nicaragua devrait trouver là une source de croissance de plus de 10% par an de son PIB. Daniel Ortega est aux anges.

Une fois de plus je ne veux pas négliger, par quelques questions, les mérites de ce projet d’infrastructure mais pour qui connaît un peu ce pays misérable elles s’imposent :

-              Les dégâts écologiques sont-ils pris en compte ?

-              Avec 40 milliards de dollars n’y a-t-il pas mieux à faire ?

-              Jusqu’à quel point les habitants sont favorables ?

J’ai écouté plusieurs débats contradictoires mais qui ont évité de telles questions. Or le canal va par exemple utiliser (même si le tracé n'est pas public) un lac magnifique avec sans nul doute des conséquences diverses.

Ce PIB en plus va-t-il tomber dans les caisses de la famille Ortega ou vaz-t-il permettre un développement sérieux de l’agriculture du pays, source de richesse centrale des habitants réels ?

Pou me faire une opinion j’attends donc des éclaircissements sur le sujet.

Jean-Paul Damaggio

 

Article du Monde du 7 juin 2012 (nous sommes donc deux ans après)

Article du Figaro du 26 juin 2013

Article du Parisien du 12 janvier 2014 (avec vidéo du canal !)

Article favorable au canal dont vous avez la conclusion ci-dessous (21 janvier 2014) :

"On peut sans risque pronostiquer que la dernière bataille impérialiste contre le nouveau canal sera le fait  d’ ONG écologistes étasuniennes ou de  leurs relais sur place ou au Costa Rica voisin  sous la forme d’une campagne internationale pour dénoncer les dangers pour l’environnement de la construction ce nouveau canal. Routine impérialiste  où la sensibilité écologiste à géométrie variable s’émousse lorsque les armées étasuniennes détruisent et polluent pour des décennies un pays entier (Vietnam, Irak…)."

 

Opinion de National Geographic (en anglais)

 

Point de vue du pouvoir du Venezuela (en espagnol)

 

MOSCOU, 17 mai - RIA Novosti/La Voix de la Russie Moscou prendra la décision définitive concernant sa participation à la construction d'un canal interocéanique au Nicaragua approximativement en juin, après avoir examiné l'étude de faisabilité de ce projet, a indiqué samedi le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov dans une interview à la chaîne de télévision Rossiya 1.

"L'étude de faisabilité est en cours de préparation. Ce travail doit s'achever en juin. Nos sociétés et administrations publiques analyseront ce document pour savoir si la Russie a intérêt à s'associer aux négociations engagées par des entreprises de certains pays", a déclaré le ministre.

Censé relier l'Atlantique à l'océan Pacifique, le canal du Nicaragua doit passer par le fleuve San Juan et le lac Nicaragua. Conçue pour constituer une alternative au canal de Panama, cette artère sera plus large et plus profonde que ce dernier afin de pouvoir laisser passer les navires contemporains de gros tonnage.

Les autorités nicaraguayennes envisagent de lancer la construction à la fin de 2014. Le coût du projet étant évalué à 40 milliards de dollars, le gros de ce montant sera fourni par le groupe chinois HKND.

Le directeur général de l'Agence de promotion des investissements du Nicaragua Laureano Ortega a auparavant annoncé que la Russie participerait également aux travaux de construction.

 

Lire la suite: http://french.ruvr.ru/news/2014_05_17/Canal-du-Nicaragua-Moscou-prendra-la-decision-en-juin-0765/

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans amériques
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche