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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 13:30

« Le fascisme est un phénomène historiquement daté et assez précisément défini. Dire que Pétain, Pinochet voire Napoléon III seraient peu ou prou fascistes noie la notion de fascisme et ne permet en rien d'expliquer le phénomène." m’indique l’ami Gérard Frétellière.

 A ) Les anachronismes

Que le fascisme soit daté j’en conviens et ça s’appelle « le fascisme historique » sauf que la bête immonde….

Je me bats toujours contre les anachronismes du genre : « nous sommes en 1788 » mais je prétends à partir de ma définition du fascisme que le fascisme court l’histoire.

Je défends Olympe de Gouges depuis des décennies : est-ce à dire qu’on peut lui refuser le titre de féministes, à partir du moment où le concept est bien postérieur à sa vie ?

Pour l’Occitanisme, que je défends aussi depuis des décennies, certains prétendent que le terme a été inventé par Antonin Perbosc autour de 1900. Quoi qu’il en soit de l’inventeur du terme, il y a eu de rares occitanistes bien avant.

Avec Marx, le même problème a été soulevé : le communisme est-il né avec Babeuf ?

Parmi les études historiques que j’ai pu réaliser depuis 30 ans, je suis fier de seulement l’une d’elle : la réédition du texte de Marx où il ridiculise Bolivar, que j’ai accompagné d’une présentation de toutes les réactions possibles en Amérique latine. Les marxistes (pour ou contre le texte), les antimarxistes (pour ou contre le texte), les bolivariens (pour ou contre le texte), les anti-bolivariens (pour ou contre le texte) autant de cas de figure qui permettent de réfléchir à ce que Marx appelait le césarisme et que je préfère appeler le fascisme, car dans un cas la notion fait regarder vers en haut (César), et dans l’autre vers en bas (le fascio). Par rapport au texte de Marx je me situe du côté des marxistes qui défendent le texte. Et à l’adresse des marxistes qui considèrent que, sur le sujet, Marx était un ignorant, j’ai réédité aussi ce qui fut la source majeure du philosophe, l’Histoire de Bolivar par Ducoudray, un compagnon de Bolivar qui a pu suivre la nature exacte de son combat : utiliser la démocratie pour tuer la démocratie.

Je ne dis pas que tout est fascisme car je le lie à la démocratie moderne qui n’est pas vieille comme le monde.  Je rappelle : J'appelle fascisme, la capacité d'un groupe politico-social à se servir de la démocratie pour tuer la démocratie.

Et « le fascisme historique » serait si européen que les autres pays en auraient été épargnés ? Les USA n’ont jamais été gouvernés par des fascistes mais à travers l’histoire, des fascistes ont tenté d’accéder aux plus hautes marches. Et un voyage jusqu’au pays de Peron…

 

B ) Le fascisme aujourd’hui ?

Si le fascisme est daté alors n’en cherchons pas les signes actuels.

Quand Michela Marzano publie chez Larousse dans la revue Philosopher le fascisme un encombrant retour ? sort-elle des dates retenues ? Et son analyse du retour ne nous plonge-t-il pas dans des situations bien antérieures à Mussolini.

Prenons un seul point, l’idéologie de l’amalgame et je vais citer Michela Marzano qui fait d’ailleurs le lien entre fascisme et totalitarisme avec l’aide d’Hannah Arendt.

« L'idéologie de l'amalgame

Penser arriver à comprendre le fascisme en étudiant de façon rigoureuse sa doctrine ou son programme serait une erreur. Aucune doctrine cohérente ne caractérise le fascisme. Comme l'avait très bien remarqué Hannah Arendt dans la Nature du totalitarisme (1954), Mussolini «fut probablement le premier dirigeant de parti à avoir consciemment rejeté un programme formel pour le remplacer par la seule direction inspirée et l'action ». C'est pourquoi les programmes présentés ont chaque fois été flous et à géométrie variable. Le rapport avec la vérité n'avait aucune importance : ce qui comptait, c'était la capacité à emporter l'adhésion des gens. Cela ne signifie pas pour autant que le fascisme n'ait pas eu d'idéologie et qu'il se soit limité à mettre en place une politique pragmatique fondée sur des actions concrètes. Mais que la vision de l'homme, de la société et plus généralement du monde que les fascistes ont promue n'était pas cohérente et que cette incohérence volontairement entretenue leur permettait de défendre des valeurs et des principes opposés, explique au moins en partie le succès que ce régime rencontra auprès des masses.

Les fascistes ont bien compris la force de l'amalgame : dissimuler les vrais rapports de pouvoir en fabriquant des concepts contradictoires qui font diversion. Ce qui est d'autant plus efficace, explique Robert O. Paxton, lorsque l'esprit critique s'affaiblit, endormi par la propagande et la manipulation : « La manipulation de l'opinion publique par la propagande remplaçait les débats traitant des questions compliquées I...]. On pouvait très bien voir dans le fascisme un éventail de nouvelles techniques pour contrôler, gérer et canaliser les masses.» Mais qu'est-ce que la manipulation ? A-t-elle réellement disparu du monde politique avec la fin du fascisme historique ? »

Et cette idéologie, ne fut-elle pas antérieure au fascisme historique ?

 C ) Fascisme et totalitarisme

Michela Marzano laisse entendre que finalement fascisme et totalitarisme, ça serait le nom d’une même chose. Et c’est un autre débat.

Sauf erreur de ma part, la notion de fascisme est antérieure à celle de totalitarisme. Dès 1921, en France, le débat sur le fascisme traverse la société même si l’impasse est totalement faite sur le cas espagnol de Primo de Rivera. Le terme « totalitaire » puis la notion de « totalitarisme », d’après le dictionnaire historique d’Alain Rey n’apparaissent qu’en 1926 et 1936 et surtout après 1945.

Cette question de chronologie est cependant négligeable par rapport à l’essentiel.

Le fascisme est une notion politique alors que le totalitarisme est une notion globale et peut-être, est-elle globale, au point d’effacer la lutte des classes ?

L’exemple chilien a démontré à merveille que le néo-libéralisme (notion économique) peut prendre les formes politiques les plus variées à partir du moment où les formes en question aident à la destruction du politique.

Le fascisme en détruisant la démocratie par la démocratie est une forme politique.

Le néo-libéralisme en détruisant le politique par l’économique est en effet une forme totalitaire.

Les deux démarches sont suicidaires, car aucune économie n’est possible sans politique, et aucun fascisme n’est durable sans sous-entendre le retour possible de la démocratie politique.

 D ) Le peuple et la populace

Un ami craint que je ne confonde le peuple et la populace, cette dernière soutenant le fascisme et l’autre le progrès social.

Question d’importance pour les promoteurs de la démocratie quand elle est considérée comme instrument de construction de notre émancipation.

Est-ce que la populace c’est la part du peuple trompée ou manipulée ?

Est-ce que la populace c’est ce lumpenprolétariat dont Marx pointe à merveille sa capacité à servir de chair à canon pour le bénéfice de la classe dirige ante ?

 J-P Damaggio

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 12:44


En tant que progressiste passionné d'histoire, tout aurait dû me porter vers l'étude des révolutions mais le hasard m'a conduit à étudier le sombre de l'histoire de France. A chaque fois j'en suis arrivé à m'interroger sur la nature du fascisme. Mes orientations marxistes m'ont bien sûr poussé vers Gramsci pour réfléchir à la question, et j'ai lu tant et plus sur le sujet. Je n'ai jamais été convaincu par la thèse faisant du fascisme la phase extrême du capitalisme. Si ce dernier, dans sa souplesse infinie, peut en appeler au fascisme pour réduire sa crise, c'est toujours de manière temporaire à cause d’une raison simple : le fascisme prône la suprématie du politique sur l'économique, or le capitalisme tend toujours vers l'inverse, la suprématie de l'économique sur le politique. Donnons deux exemples : Franco s'est appuyé sur la puissance économique de Juan March qui en retour pensait orienter la politique économique de l'Espagne, sauf que Franco se débarrassa de son aide. Si en 1973, les USA installèrent au pouvoir le général Pinochet à la tête du Chili, en 1988 les USA imposèrent à Pinochet le respect des résultats du référendum où le NON l'emporta, ce qui est exceptionnel pour un pouvoir aussi répressif.


J'appelle fascisme, la capacité d'un groupe politico-social à se servir de la démocratie pour tuer la démocratie. Aussi faut-il s'entendre sur la notion de démocratie.


Le fascisme et la démocratie


Toute lutte des classes est l'affrontement de forces minoritaires imposant leur loi à la majorité. Aussi cette dernière n'a qu'un recours : en appeler à plus de démocratie. Dans ce cas, la démocratie, c'est la lutte pour les conditions de la démocratie qui, par nature, est toujours inachevée. Si on vous présente la démocratie comme un paquet cadeau qu'on peut déposer au pied d'un sapin le soir de noël, c'est un propos fasciste. Idem si on vous dit qu'il faut d'abord atteindre un certain développement économique pour accéder à la démocratie, alors qu'historiquement, la démocratie a été l’un des plus sérieux instruments de ce développement !


Quand en France, de 1848 à 1945 des forces, surtout de "gauche" répétèrent que les femmes ne pouvaient accéder au droit de vote qu'après avoir été éduquées, voilà encore un type de propos fasciste (ce qui n'est pas, bien sûr, le fascisme global). Si le droit de vote avait dû être donné en fonction du niveau intellectuel alors il aurait fallu faire passer un diplôme à tous, hommes et femmes. En 1848, quand arriva le suffrage universel masculin il serait prétentieux de prétendre qu'aucune femme n'avait d'instruction supérieure à l'homme le moins éduqué mais pouvant voter !


Le capitalisme, dans sa grande souplesse, a toujours su encaisser les coups reçus de l'adversaire, pour mieux s'en servir en retour à son profit (il a su lire Marx). Voilà pourquoi il n'a pas hésité à s'approprier tous les acquis démocratiques pour en faire un des instruments de la course au profit ! Vous voulez les congés payés ? Vous aurez l'industrie du tourisme où le vacancier va subir un nouveau type d'exploitation… etc.


Le fascisme procède donc à l'inverse : il se sert de la démocratie non comme instrument nouveau de domination, mais pour l'assassiner, ce qui se justifie d’autant plus devant l’usage qu’en fait le capitalisme ! J'appelle donc démocratie cette lutte qui tente d'émanciper tous les humains en leur accordant les moyens de vivre, le temps de vivre, et même, la soif de vivre.


Le fascisme et le double langage


Toute politique a jusqu'à présent été habitée par le double langage pour la simple raison que, le pouvoir appartenant aux forces économiques, les politiques se doivent de composer plus ou moins. Ils ne dirigent qu'à moitié et encore...


Pour le fascisme, le double langage naît sur une autre planète : celle des moyens. User de la démocratie pour tuer la démocratie, c’est une autre gymnastique du discours. Prenons l'exemple du Second Empire cher à Napoléon III, un exemple du fascisme avant que Mussolini ne nomme cette stratégie politique. Il s'installe au pouvoir par un coup d'Etat qui instaure définitivement [sauf sous Vichy] le suffrage universel masculin tout en tuant les conditions du vote (liberté de la presse, droit de réunion et manifestation…), il met en place une répression sans précédent et lance, pour "le bien du peuple", une politique industrielle qui va donner du travail et même les premiers droits à la retraite. De Napoléon III à Mussolini en passant par Pinochet, ils présentent cette double face : moins de libertés pour plus d'avantages sociaux ! Comme les décisions économiques passent par eux (le capitalisme se cachant dans les replis du système), ils ont une certaine crédibilité. D'autant que…


Le fascisme n'est pas seulement un extrémisme


A partir de là, il faut exclure le fascisme de cette fausse échelle allant de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, et plaçant le fascisme dans cette dernière case. Le fascisme, avant d'être une théorie, un pouvoir, une force, est un comportement au quotidien! Il me semble erroné de croire que le fascisme est un élément extérieur au peuple, qu'on lui impose par des mensonges fabriqués par les sommités. Une bien piètre conception du peuple !


Au bout d'un moment, la démocratie qui se veut émancipation devient aussi un fardeau ! Quand on chante à tout moment : "prenez vos affaires en main", on peut alimenter ce que j'appelle la fatigue démocratique. Non, le citoyen ne peut pas matériellement intervenir sans cesse pour défendre l'hôpital, l'école, les transports publics, son salaire, la démocratie dans son entreprise, des médias honnêtes, etc.


Quand un chef arrive, qui prétend se charger de tout, et régler l'ordre en pointant quelques boucs émissaires, alors il rencontre un sentiment populaire classique : se soulager du poids de la vie.


S'insurger contre la délégation du pouvoir, quand on sait que, de toute façon, il y a toujours une délégation à effectuer, c'est bloquer la démocratie. Je l'avoue, je suis à la MGEN et je n'ai jamais voté pour élire mes représentants à cet organisme fondamental pour ma santé ! Pas parce que j'ai confiance ou au contraire une défiance, mais parce que je n'ai pas matériellement le temps de me pencher sur ce sujet comme sur d'autres !


Les propos fascistes du quotidien sont pris en charge par des théoriciens, des forces, qui les mettent en système. Le fascisme, comme le combat démocratique a une base de masse.


 Le fascisme n'est pas seulement une dictature


J'appelle dictature le pouvoir d'un groupe minuscule qui impose sa loi. Le fascisme use de la dictature mais veille à un soutien populaire réel. Pétain ne s'est pas fait élire mais aurait-il perdu dans le contexte du moment ? Les dictateurs méprisent le peuple ; les fascistes caressent le peuple dans le sens du poil ! Car le peuple est ainsi fait qu'il n'est pas un, mais au moins deux. Le peuple qui se soumet n'est pas seulement le peuple intoxiqué, ignorant, trompé, exploité, apeuré... Il existe un peuple sincèrement fasciste qui a besoin d'un père, de faire jouer ses muscles, et qui, souvent se méprise lui-même. Si, avec Michelet, la notion de peuple a été inventée pour désigner le peuple démocrate, depuis, la démocratie n’étant pas un long fleuve tranquille, le peuple désigne presque toute la société. Il existe aussi une classe intellectuelle sincèrement fasciste ; il serait malvenu de réduire le fascisme ordinaire aux pauvres et aux égarés. Ces intellectuels ont des raisons spécifiques : la soif du pouvoir, la prétention à la domination par le savoir, la servilité pour faire passer leurs idées. Tout comme il existe une classe de fonctionnaires pouvant tomber sans états d’âme dans le service du fascisme, le fonctionnaire étant là pour servir…


 Le fascisme et le Front national


Ces quelques hypothèses ne cherchent pas à qualifier le Front national qui a su jongler avec quelques courants. Elles ont une visée plus générale, mais ne faisons pas comme si la France n’avait pas un fort parti d’extrême-droite. Si le FN est bien placé pour capter l’univers fasciste, il serait regrettable de le réduire à cette seule opportunité. Historiquement le fascisme ne grandit pas dans tel ou tel parti mais, tel ou tel parti finit par s’en servir. Le fascisme n’est ni de gauche, ni de droite. Il est porté par des militants divers, par des objectifs divers, par des méthodes diverses. Le FN peut jouer le rôle de fédérateur mais rien ne dit qu’il portera jusqu’au bout un fascisme des temps présents ayant le vent en poupe. S’en servir comme repoussoir n’a qu’une seule fin : empêcher de réfléchir à l’état global de notre démocratie, qui est bloquée plus par les hommes de pouvoir, que par un parti sans réel pouvoir de décision, et en démocratie l’essentiel n’est pas le débat, mais la capacité à décider en fonction des débats.


Jean-Paul Damaggio


 

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 15:13

la-famille.jpg

Pour compléter la publication du livre sur l'assassinat de Cayla à Moissace en 1935, un débat a été organisé dans la ville. En voici une forme de compte-rendu. JPD

  

La veuve d’Elie Cayla et les deux orphelines :

photo Paris-Match

  

Un immense merci aux 18 personnes présentes à Moissac au débat Cayla. Ce texte est le résultat de mon écoute.

J’écoute.

Par un hasard bénéfique, depuis longtemps j’écoute surtout les vivants (le goût de la vie) tout en laissant les morts vaquer à leurs occupations.

J’écoute les vivants.

Cayla-assassiné a laissé deux orphelines et une veuve qui, à cause de la loi des hommes, ont abandonné leurs noms au moment du mariage ou remariage. On pouvait les croire disparues. Elles sont bien vivantes, elles et leur descendance, simplement et dignement, habitées par quelques souvenirs, et rongées parfois par quelques incertitudes.

J’écoute le silence.

Ignorance et silence, ça rime beaucoup trop. En retrouvant l’histoire, non celle des on-dits mais celle des documents, sans chercher des héros mais de simples témoins, alors les souvenirs se font un peu lumière, alors les souvenirs construisent un savoir. L’historien n’est pas là pour remuer le passé : il vérifie seulement que le passé se répète dans ce qu’il a de mortel, quand il est réduit au statut de boue stagnante.

J’écoute les souvenirs.

Des souvenirs peuvent friser l’obsession quand la vie devient douleur, et alors l’oubli a quelques mérites. Faire surgir des fantômes n’est jamais une solution, sauf qu’aucun historien ne côtoie les fantômes mais toujours les vivants au présent. Ici l’obsession d’une veuve, d’une fille peut tenir à un fait : en sortant du tribunal, l’assassin presque acquitté, se donnant de grands airs, cracha sur les orphelines.

J’écoute l’indignation.

L’assassin de Jaurès comme celui de Cayla furent en effet acquittés par des jurés d’hommes « morts » pour qui, suivant une coutume établie, les victimes ne sont rien d’autre que des coupables. Semer la honte chez les gens honnêtes, c’est une forme de double peine. L’assassin ayant pignon sur rue, affichant sa superbe, se jouant de l’argent, des femmes, et de la vie, aura toujours l’audace de transporter sa propre « mort » à la face du monde.

J’écoute la justice.

Dans le débat, un homme, simple comme l’était Cayla, comme le sont l’ensemble des présents, rappelle alors, qu’un jour, Moissac, comme le reste de la France, a connu la Libération. Des Résistants sont entrés chez l’assassin, l’ont cherché en vain dans l’immense maison jusqu’au moment où l’un d’eux, avisant une armoire, pensa à l’ouvrir. L’homme était là, oubliant son envie de cracher, oubliant ses prétentions à sa vérité, caché comme un rat pris dans un piège mais sans que personne ne puisse savoir, si le temps d’un instant, il s’était senti vivant.

J’écoute l’assassin.

Il a tué sans émotion, il a vécu sans gêne, se faisant servir les gâteaux le dimanche. La réunion au cours de laquelle il a frappé mortellement celui qui avait été son copain au rugby, était présidé par un médecin Croix de Feu. Quand, au tribunal, on lui demanda pourquoi il n’avait pas secouru le blessé, il a répondu qu’étant stomatologue il n’avait aucun compétence pour soigner un blessé de la tête.

J’écoute le rugby.

L’assassin était deuxième ligne. Venant du Stade Toulousain, il avait été recruté en 1920 par l’équipe de Moissac. Il avait conservé des liens surtout avec l’équipe du quartier Saint-Cyprien, pépinière de Croix de Feu. Ce sont eux qui, à Moissac, organisèrent le guet-apens assassin. On ne disait pas rugby mais football.

J’écoute le souvenir.

Un homme témoigne qu’en ce temps des années trente, avec d’autres militants, son père portait sur lui un modeste pistolet par crainte d’assassins aux gestes d’assassins. Et je crois reconnaître dans le ton calme et posé de cet homme, le ton calme et posé de son père qu’il m’arriva d’écouter de manière fugace il y a déjà tant d’années. Et je me souviens de mon propre père qui n’a jamais été chasseur, cachant au-dessus de l’armoire, aux temps si sales de l’OAS, un modeste fusil, par crainte d’assassins aux gestes d’assassins qui traversent l’histoire, le temps, et basculent parfois d’un bloc, d’un coup, dans l’horreur.

Assassins que seule la démocratie en marche peut éviter, je veux parler de cette démocratie qui n’est ni un point d’arrivée, ni une promenade de tout repos, mais une marche désordonnée vers un futur émancipateur, armé de nos souvenirs, et vers des débats toujours recommencés au sujet de gars comme Cayla-assassiné.

J’écoute le quotidien.

En aparté, un ami me rappelle que son père, de retour de Birkenau, s’est entendu dire qu’il avait échappé aux douleurs de l’Occupation et qu’en plus il avait travaillé pour les Allemands. Même si l’idéologie dominante est celle de la classe dominante, les vivants possèdent la capacité de dire NON à ce type de comportement qu’est le fascisme à l’état originel. Un fascisme de toujours, une lâcheté sans limite, une attitude qui a ses théoriciens, ses dirigeants, ses maîtres, autant de chefs qui ne seraient rien sans le consentement tacite de milliers de morts-vivants, courant les rues en quête de victimes à travestir en coupables, pour oublier ainsi leur propre sort d’humains enfermés dans leur mort. L’Italien Primo Levi revenant des camps, s’est toujours dit : « Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour être un survivant ? » et il a écrit sa survie, pour que dignité s’en suive, chez ses voisins de palier. De retour de l’infamie, que les bons sentiments ne veulent pas regarder en face, Primo Levi a compris que si le fascisme d’hier avait besoin de tuer physiquement, son remplaçant plus «économe», préfère tuer mentalement, là où les droits d’exister ont fait un pas en avant, en terrassant un temps la bête immonde.           Jean-Paul Damaggio

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 14:25

Pour clôre la série sur Bouquet.

Irénée Bonnafous est né le 8 avril 1865 dans l’Aude et meurt le 16 janvier 1947 à Montauban. Dans sa bio sur Wikipédia nous lisons : « La Parfaite Union [sa loge], dont le siège était à cette époque au 31 rue Bessières (Montauban) fut mis sous scellés, par l’application de la loi du 13 août 1940 qui interdisait les associations maçonniques. Il décida, dès lors, de circonscrire au minimum son activité journalistique, en mettant un terme à la publication de « L’Indépendant ». » Or il suffit de consulter le registre des archives départementales du 82 pour savoir que L'Indépendant ne cessa pas de paraître entre 1940 et 1944. Aussi je reprends ici un article écrit à ce sujet en 1995. Parmi ses multiples actions, le livre de Pascale Froment[1] rappelle son rôle par rapport à Bousquet. Elle écrit : « Et comme si cela n'avait pas suffi [sa place à La Dépêche] il lança un hebdomadaire particulièrement influent lors des élections de 1902, L'Indépendant du Tarn et Garonne qui connut de beaux jours ». Phrase juste Par contre elle fait une approximation (relevée le soir du débat) en écrivant qu'en avril 1942 le vieil Irénée Bonnafous « avait posé sa plume en signe de protestation contre le régime (p.175) ». C'est vrai, il ne signait pas de son nom, mais L'Indépendant continua de paraître jusqu'en 1944 avec des articles signés I.B., initiales que tout lecteur du journal ne pouvait que reconnaître. Le texte paru dans L'Indépendant le 22 avril 1942 à la rubrique Montauban mérite qu'on s'y arrête car il nous permet de découvrir un Bousquet journaliste sportif.

 L’Indépendant : 22 avril 1942

« René Bousquet, secrétaire général de la police - Nous relevons avec plaisir dans la composition du nouveau cabinet le nom de notre sympathique compatriote, M. René Bousquet, qui est délégué à la lourde et délicate charge du secrétariat général de la police. M René Bousquet, fils de l'honorable notaire montalbanais M Ernest Bousquet [NDR : pourquoi cette coquille son père s'appelant Emile ?] est né dans notre ville le 11 mai 1909. Après de brillantes études au lycée Ingres, il conquit avec succès sa licence en droit et ses titres pour le doctorat à la Faculté de Toulouse. Il fit ensuite du journalisme sportif ou comme collaborateur de « Auto-Sports » et « France Olympique », il se distingua par la netteté et la vigueur de son style et la hardiesse de ses idées. Il était chef de cabinet du préfet de Tarn-et-Garonne lors des inondations de mars 1930. Sa courageuse intervention dans le sauvetage des sinistrés, aux côtés de son ami le regretté Adolphe Poult lui valurent sa promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur et d'être appelé au ministère de l'Intérieur en qualité de chef du secrétariat particulier de M. Héraud sous-secrétaire d'Etat délégué du service des inondés du Midi. M René Bousquet conserva ses fonctions auprès de M. Marchandeau, qui succéda à M Héraud.

Notre jeune compatriote poursuivit sa brillante carrière comme directeur du cabinet Cathala au ministère de l’agriculture. Entre-temps M Bousquet avait été délégué au plan d'aménagement de la région parisienne et avait été chargé du fichier central à la Sûreté générale. Successivement M. René Bousquet fut nommé sous-préfet de Vitry-le-François, secrétaire général de la Marne, préfet de la Marne et enfin, il y a quelques mois, il était préfet régional de la Champagne à Chalons -sur-Marne. Cette rapide et brillante carrière administrative a préparé notre jeune compatriote à la lourde mission qui vient de lui être confiée. I.B. » 22 avril 1942

 Observations :

- Le rappel de la rapide intervention dans le journalisme sportif m'incite à faire remarquer qu'en 1942, passant à Montauban, René Bousquet offre de l'argent pour les sportifs de la police (voir Point Gauche ! n°16) et que pendant les années 60, quand il lisait de près La Dépêche, il n'hésitait pas à surveiller ... les articles sportifs. J'indique que France Olympique qui naît en 1932 de la fusion de Midi Olympique, Auto-Sports et Sports du Midi paraît jusqu'en 1946. Le journal reprendra son nom d'origine après 1946. Bousquet commença-t-il à écrire pour Auto-Sports avant mars 1930 ? Et jusqu'à quand prit-il la peine d'envoyer sa prose à France Olympique? Cette attention portée au sport ne me semble pas anecdotique.

- La conclusion « une lourde mission qui lui a été confiée » annonce déjà l'argument majeur de la défense de Bousquet : on lui a confié une mission qu'il assure (et ma foi, pense-t-il, il valait mieux encore que ce soit moi, sinon ça aurait été pire), car il se prétendra « simple » rouage.

- L'introduction : « Nous relevons avec plaisir... » : l'expression « avec plaisir » indique d'après moi un accord tacite de I.B.

- L'éloge : « sympathique ... brillantes études ... courageuse intervention, brillante carrière » Que pouvait-il rêver de mieux d'autant que cette glorification du personnage en rajoute quand on lit la réalité des « succès » scolaires, à travers le livre de Pascale Froment. Pour comparer j'ajoute l'article de Bonnafous dans La Dépêche au moment où Bousquet quitte Montauban en 1930, article qui sera suivi d'un autre pour présenter le départ avec vin d'honneur servi au buffet de la gare : « M. Dulaut adjoint au maire de Montauban, au nom de ses amis, a dit à M. Bousquet la sympathie qu’il laisse dans notre ville où sa famille est des plus estimées. » La mémoire populaire a retenu qu'avant de partir il n'avait pas de manteau.

 

Article de la Dépêche :21 Juin 1930

« A la Préfecture, — M. René Bousquet e jeune et très sympathique chef de cabinet du préfet de Tarn-et-Garonne, est appelé aux délicates fonctions de chef de cabinet du sous-secrétariat d'Etat à la présidence du conseil, où il sera plus spécialement chargé du service des réparations aux sinistrés de notre région. Il remplace au cabinet de l'intérieur M. A.Juillet nommé préfet de la Haute-Saône.

Les nombreux amis que compte M. René Bousquet dans notre département se réjouiront avec nous de ce brillant avancement, justifié par les qualités d'intelligente initiative, d'urbanité et de précoce maturité d'esprit dont a fait preuve le jeune chef de cabinet surtout aux heures tragiques traversées par notre pays. Nos vœux accompagnent M. R. Bousquet dans son nouveau poste.

C'est M. Augustin, ancien sous-préfet, qui remplace M. R. Bousquet comme chef de cabinet de M. le préfet de Tarn-et-Garonne. Nous lui souhaitons une cordiale bienvenue.  B. »

 

René Bousquet, Fayard, que Pascale Froment présenta à Montauban le 20 janvier 1995 d’où la référence à un débat.

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 15:55

Les quelques références à René Bousquet présentes sur ce blog ces derniers temps, sont une réaction à la bio de son ami montalbanais Bonnafous sur Wikipédia, où quelques oublis sont bien organisés, et je vais y revenir avec précision. JPD

  

Midi socialiste 14 octobre 1942

M. René Bousquet en tournée d’inspection à Toulouse

Toulouse, 13 octobre

Ainsi que nous l’annoncions dans notre dernière édition, René Bousquet secrétaire général de la police auprès du chef du gouvernement est arrivé à Toulouse venant de Montpellier vers 2 h 40. Il a été immédiatement reçu à l’Intendance régionale de Police, par M. le colonel Danglade, intendant régional et M. Ch.-M. Heyl. Une section d’agent cyclistes et un peloton du groupe mobile de réserve rendaient les honneurs.

M. René Bousquet, après avoir passé en revue ces détachements s’est ensuite rendu à la préfecture où il a été accueilli par M. Cheneaux de Leyritz, préfet régional, avec lequel il s’est longuement entretenu des problèmes que posent l’organisation de son département ministériel.

M. le conseiller d’Etat, secrétaire général de la police s’est ensuite rendu au boulevard de l’Embouchure où se trouve le centre régional des groupes mobiles de réserve.

Une rapide inspection a permis au secrétaire général de se rendre compte de l’organisation et de l’aménagement dont il s’est montré très satisfait.

Vers la fin de la matinée M. René Bousquet a visité rue du Rempart Saint-Etienne les locaux de la police urbaine et s’est entretenu quelques instants avec le commissaire central et ses divers collaborateurs. Il a ensuite visité les divers services de l’Intendance régionale et des renseignements généraux.

 

Demain M. Bousquet se rendra à Albi où il continuera sa tournée d’inspection et où lui seront présentés sur le terrain d’aviation, les groupes mobiles de l’Albigeois, d’Aquitaine, du Béarn et du Languedoc, qui prêteront devant lui serment de fidélité au chef de l’Etat.

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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 12:53

Midi socialiste 24 février 1943

Au foyer restaurant de la police lyonnaise

LYON, 23 février. M. René Bousquet, secrétaire général pour la police au ministère de l’intérieur, arrivé hier matin à Lyon, a présidé la cérémonie officielle d'inauguration du « Foyer restaurant » des fonctionnaires de la police de l’agglomération lyonnaise.

A l’issue du repas pris en commun, le préfet régional a pris la parole pour remercier M. Bousquet d'avoir bien voulu présider l’inauguration de ce « Foyer restaurant » et après avoir rendu hommage à la police, M. Angeli porta un toast à la santé du maréchal de France, chef de l'Etat.

M. René Bousquet, prenant ensuite la parole, s'est adressé aux fonctionnaires de la police de l’agglomération lyonnaise. Il rendit hommage à son ardent patriotisme « La nation doit, a-t-il dit, avoir de la gratitude nous la traduisons en nous efforçant de vous apporter avec la sécurité morale la sécurité matérielle. »

 Le secrétaire général pour la police a montré les difficultés considérables que le gouvernement avait à vaincre. Il a salué ensuite l’ensemble de la police française dont il a souligné l’activité en marquant les services qu’elle avait rendus au pays dans des circonstances difficiles. « Vous assurez l’ordre et vous maintiendrez la sécurité intérieure de l’Etat sans lesquels la France ne pourrait renaître. Vous contribuerez à créer partout dans le pays la contagion de la discipline sans laquelle il ne peut y avoir de redressement effectif et durable. »

 Le secrétaire général a demandé à ses collaborateurs de concilier une exemplaire fermeté dans la répression, avec une très large compréhension sociale et humaine, de telle sorte que la police française n’oublie pas qu’elle a une tâche de solidarité nationale à remplir en ne perdant jamais de vue qu'elle est avant toute chose au service des faibles.

 

M. René Bousquet a terminé par un vibrant hommage au Maréchal de France, chef de l’Etat et au président Laval.

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 19:53

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Voici la présentation du discours de Bousquet par le Midi Socialiste. Pascale Froment indique dans son livre à ce sujet : «Devant le juge, Bousquet eut toutes les peines du monde à justifier cette oraison funèbre. Il marchait sur des œufs… » (P. 360 de son livre René Bousquet). Bousquet invitera ses juges à lire entre les lignes et concluera : « Dans la situation qui était la mienne en fin 1943, c’était un testament ! » JPD

 

Le Midi socialiste 28 octobre 1943

 Aux obsèques de M. Barthelet

intendant régional de police à Toulouse

M. R. Bousquet, secrétaire général de la police au nom du chef de l’Etat et du chef du gouvernement flétrit le terrorisme et ceux qui l’on déchaîné.

 Les obsèques de l'Intendant régional de police de Toulouse M. Barthelet assassiné comme nous l’avons dit, ont été célébrées hier matin, mercredi avec un grand apparat.

M. Bousquet, secrétaire général à la police spécialement délégué par le maréchal chef de l'Etat et par M. Laval chef du gouvernement, était venu de Viçhy et dès son arrivée, en présence du préfet régional et des hautes personnalités de Toulouse il alla épingler la croix d'officier de la Légion d'honneur sur le cercueil autour duquel s'amoncellent gerbes et couronnes de fleurs, où se distinguent celles du chef de l’Etat, du chef du gouvernement, de M. Bousquet, de M. le préfet régional, des divers services de police, du chef de la police allemande et du consul d'Allemagne,

Du domicile mortuaire à la cathédrale, le cortège se déploie avec solennité, précédé par un contingent de police mobile montée, lequel est suivi de la musique de la police. Puis viennent les personnalités M. Bousquet, M. Cheneaux de Leyrits et tous les préfets de la région ; les magistrats, les dirigeants des grands organismes industriels et commerciaux.

Après l'office religieux, le cercueil est placé sur une estrade au milieu de la Place Saint-Etienne, et M. Bouquet, délégué à cet effet prend la parole au nom du maréchal et de M. Laval pour prononcer l’éloge funèbre du défunt :

« Je veux, dit-il entre autres choses, je veux flétrir un tel crime que rien ne saurait expliquer, que rien ne peut justifier et que rien ne peut faire pardonner. »

 Après avoir rappelé les étapes brillantes de la carrière de l'intendant régional de policé, René Bousquet a évoqué les titres qu’il avait acquis pendant la guerre de 1914-1918.

Quatre fois cité, deux fois blessé Roger Barthelet avait reçu la Médaille militaire et la Croix de la Légion d'honneur

« Tel est l'homme, le fonctionnaire et le soldat-  a ajouté M. René Bousquet - l'égard duquel par la voix de leur radio dissidente, gaullistes communistes multipliaient les appels au meurtre. Tel est l'homme qu'une sournoise propagande dénonçait à la vindicte de nos néo-patriotes. La France réfléchira et jugera. »

Après avoir évoqué l'attentat qui, il y a quelques jours, coûtait la vie à M. Lespinasse, avocat général à Toulouse, à la mémoire duquel il rendit hommage, le secrétaire général déclara : « Ils sont morts pour avoir aimé et pour avoir voulu servir une France idéale dont consciemment ou inconsciemment, nous avons au fond de nous les germes de son redressement. »

 Faisant ensuite allusion à la vague criminelle de terrorisme qui déferle sur le pays, M. René Bousquet déclara :

« On tue, on pille, on vole aux accents d’une propagande dissidente déchaînée. Contre le terrorisme qui monte, contre le communisme qui l’inspire ou qui l’exploite, contre les fores étrangères qui l’animent, le gouvernement luttera avec une volonté froide et implacable. Le gouvernement français ne laissera pas sans répliquer le champ libre aux forces de désagrégation nationale. La vie des auteurs de ces lâches attentats, la vie de ceux qui les inspirent ou s'en rendent complices répondra de la mort de ceux que nous aurons perdus. »

 Puis M. Bousquet fait l'éloge de la police :

« Je n'ignore rien du procès de tendance que l’on fait quelquefois à la police française et aux forces du maintien de l'ordre. Attaqués de toutes parts, elles trouvent précisément dans ces critiques contradictoires la preuve du souci qu'elles manifestent naturellement de sauvegarder, au service du gouvernement et du pays, l’indépendance de cette action. Accusée par les uns d'avoir abdiqué toute dignité nationale devant la présence des armées d’occupation, accusée par les autres d'infidélité politique et de dissidence morale, partiellement privée des moyens matériels dont elle aurait un pressant besoin pour assurer pleinement avec l'ordre intérieur, l'avenir de notre pays dans le respect des engagements pris par le chef de l’Etat au nom de la Nation à la signature de l’armistice, la police française trouve dans sa foi patriotique, la volonté et le courage dont elle a besoin pour rendre à la France les services que celle-ci est en droit d’attendre d’elle et dont demain le pays tout entier, ayant repris conscience de lui-même, saura reconnaître la substantielle réalité. »

 

Après ce discours les effectifs de la police et un peloton de la garde mobile défilent devant le cercueil et la foule se disperser et le cercueil est emporté dans un fourgon automobile vers la Meurthe-et-Moselle.

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 15:50

                                 bousquet

Le 11 juin 1993, René Bousquet devait se voir notifier par la présidente de la cour d’appel de Paris, Martine Anziani, les chefs d’inculpation retenus contre lui; dont celui de crime contre l’humanité. Trois jours avant, il était assassiné, évitant ainsi au personnage son procès. Le Nouvel Observateur publia dans son édition du 10-16 juin 1993 des extraits de pièces de l’acte d’accusation que nous reprenons ici pour lutter contre le mensonge. Comme tout document de justice il s’en tient aux faits, à partir du moment où de minutieuses recherches ont pu les clarifier. JPD

 

Réalité des faits imputés à René Bousquet

L'examen des deux plaintes initiales assorties de constitution de partie civile fait ressortir que trois faits distincts sont imputés à René Bousquet :

— Sa participation à une conférence réunie à Paris le 2 juillet 1942 sous la présidence du SS Brigadeführer (général SS) Oberg et relative à la coopération des polices française et allemande.

— L'envoi d'instructions restreignant ou supprimant pour certaines catégories de juifs les exemptions antérieurement édictées en leur faveur.

—La participation à une conférence tenue le 16 avril 1943 avec le général Oberg et définissant les modalités de la lutte contre les ennemis du Reich.

 

A — La conférence du 2 juillet 1942

Sa réalité est attestée par un procès-verbal (...) rédigé le 4 juillet 1942 par le SS Sturmbannführer Hagen, qui était à l'époque des faits l'un des collaborateurs du SS Standartenführer Helmut Knochen, chef pour la France de la Police de sécurité et du service de renseignement (...). Du côté français, le seul interlocuteur était René Bousquet, alors secrétaire général pour la Police, assisté pour la circonstance de l'interprète Wilhelms. (...)

Après avoir fait état des exigences formulées par le SS Hauptsturmführer Dannecker (responsable allemand de la section des affaires juives) quant à l'arrestation immédiate de 10000 juifs en zone libre et de 20 000 juifs en zone occupée en application des accords conclus antérieurement avec le gouvernement français, Bousquet avait indiqué s'être entretenu de cette question avec Laval et avoir soumis à celui-ci le projet établi par Leguay (son représentant personnel en zone occupée) pour satisfaire à la demande de la puissance occupante.

Les passages du compte-rendu de Hagen relatifs aux arrestations de juifs qui viennent d'être sommairement exposés font ainsi ressortir que Laval avait chargé Bousquet d'obtenir que fussent épargnés les juifs français et que la police française fût tenue à l'écart des opérations conduites en zone occupée.

Or, à l'issue de l'entretien, il apparaît que Bousquet, afin peut-être de mieux résister sur le premier point, cède sur le second en proposant de faire arrêter — ce qui signifie : par la police française — les juifs résidant dans les deux zones.

Sans que l'on soit en droit d'exclure que cette position de repli ait été envisagée dans les instructions dont le chef du gouvernement l'avait vraisemblablement muni en vue de la rencontre du 2 juillet, force est de constater que Bousquet apparaît ici comme étant à l'origine d'une initiative personnelle qui correspond d'ailleurs à la position à laquelle il s'est constamment tenu dans la suite des événements, à savoir que la police française devait avoir la maîtrise des opérations visant les juifs.

Quoi qu'il en soit des circonstances exactes dans lesquelles Bousquet a été amené à formuler les propositions qui viennent d'être rappelées, on ne peut que constater qu'elles ont été entérinées par le gouvernement de Vichy dès le lendemain 3 juillet 1942. Interrogé à ce sujet le 21 mai 1992 par les autorités judiciaires allemandes, Helmut Knochen a fait observer que Bousquet « était assez habile pour s'assurer auparavant d'une couverture pour ses actions ».

 

B –Les instructions de Bousquet des 18,20 et 22 août 1942

Le 5 août 1942, Henri Cado, directeur général de la police nationale, adressait aux préfets régionaux de la zone libre, sous le timbre de la direction de la police du territoire et des étrangers, des instructions énonçant onze cas d'exemption permettant aux juifs de nationalité étrangère entrant dans l'une de ces catégories d'échapper au transfert en zone occupée prévu par Vichy, à fin de déportation par les Allemands.

Par la suite, un télégramme daté du 14 août 1942, adressé aux préfets régionaux de la zone libre, apportait certaines précisions aux précédentes directives permettant d'étendre à d'autres personnes le bénéfice des cas d'exemption. (...)

Les parties civiles font grief à Bousquet d'avoir adressé le 18 août 1942 aux mêmes destinataires de nouvelles instructions supprimant les onze dérogations prévues.

L'examen des pièces de la procédure suivie devant la Haute Cour révèle l'existence d'un télégramme secret portant cette date et figurant à la cote 1839. Ce document, signé René Bousquet, prévoit seulement six cas d'exemption :

— les vieillards de plus de 60 ans ;

— les personnes intransportables ;

— les femmes en état de grossesse apparente ;

— les père ou mère d'un enfant âgé de moins de 2 ans ;

— les personnes ayant un conjoint ou des enfants français ;

— les personnes dont les noms figurent sur des listes annexes (notamment à une circulaire du 20 janvier 1941).

Par ailleurs, il supprime formellement la faculté (prévue dans les directives antérieures) accordée aux parents d'enfants de moins de 18 ans demeurant en zone libre de laisser ceux-ci sur place.

De ces nouvelles instructions, il est résulté que les enfants âgés de moins de 18 ans, qu'ils aient été accompagnés ou non, devaient être désormais appréhendés et déportés en zone occupée et que les parents d'enfants âgés de moins de 5 ans (bénéficiaires de la circulaire Cado) auraient à subir le même sort dès lors que leurs enfants avaient plus de 2 ans.

L'examen des pièces du dossier de la Haute Cour fait également ressortir la présence (...) de deux autres télégrammes secrets portant aussi la signature de René Bousquet et complétant les directives du 18 août.

Le premier de ces télégrammes prévoit l'internement administratif des personnes dont l'attitude ou les actes entraveraient l'exécution des instructions « sur le regroupement des israélites ».

Le second prescrit aux préfets régionaux de prendre personnellement en main le contrôle des opérations décidées à l'égard des juifs étrangers et de « briser toutes les résistances (sic) qui pourraient être rencontrées dans les populations lors de l'exécution de ces mesures.

Par ailleurs, ce télégramme du 22 août 1942 ordonne la mise en œuvre de « contrôles extrêmement » sévères et de « vérifications d'identité par d'importantes forces de police afin de libérer totalement [chaque] région de tous les juifs étrangers dont le regroupement [a été] prévu ».

En l'état, aucun élément de la procédure ne permet de mettre en doute l'authenticité de ces trois documents qui figurent en original parmi les pièces du dossier de la Haute Cour conservées aux Archives nationales.

 

C — Les accords du 16 avril 1943

Le 16 avril 1943, le général Oberg, à l'issue d'une réunion ayant rassemblé les Kommandeurs SS, les préfets régionaux et les intendants de police, faisait une déclaration écrite définissant les modalités d'une coopération étroite entre les polices allemande et française dans la zone anciennement libre qui avait été envahie par l'armée d'occupation en novembre 1942. (...)

L'étude [de ce document] fait ressortir qu'en principe, les opérations de maintien de l'ordre doivent être conduites par la police française, la police allemande ne devant mener des « actions exécutives «propres que pour l'accomplissement de sa mission de protection de l'armée allemande.

La nécessité de lutter contre des adversaires communs est soulignée à la rubrique n°1 dont l'un des paragraphes est ainsi libellé : « L'une et l'autre [il s'agit des deux polices] reconnaissent qu'il est de leur tâche commune en zone d'opération [i.e : zone anciennement libre] comme en zone occupée de combattre avec tous les moyens dont elles disposent les attaques des communistes, des terroristes, des agents étrangers et des saboteurs, non seulement à l'égard des individus qui exécutent, mais aussi à l'égard de ceux qui les inspirent : les juifs, les bolcheviks et les Anglo-Saxons'(...).

 

Conséquences des faits imputés à René Bousquet

(...) Des divers documents qui ont été ainsi sommairement passés en revue il ressort clairement (...) que des opérations massives d'arrestation, d’internement et de transport en zone occupée de plusieurs milliers de personnes en vue de leur remise aux Allemands ont été réalisées effectivement par les services de police et de gendarmerie français agissant sous l’autorité des préfets régionaux compétents en exécution de directives qui, émanant principalement de Bousquet et des responsables relevant de son autorité, entraient dans l’accomplissement du plan d’action d’ensemble défini notamment lors de la conférence du 2 juillet 1942.

Il est établi (…) que de nombreux enfants qui auraient normalement dû être épargnés ont été effectivement arrêtés et internés avant d’être remis aux autorités allemandes (…)

Sur un total de 498, il apparaît que 53 d’entre eux étaient âgés de 2 à 5 ans et n’ont été internés en vu de leur déportation qu’en conséquence des nouvelles directives de Bousquet rétrécissant le nombre de cas d’exemption prévus par la circulaire Cado (…)

Il n’est pas contestable que les mesures visant notamment les enfants juifs de la zone occupée se sont poursuivies bien au-delà de l’été et de l’automne 1942.

Un rapport interne à l’Inspection générale des Services daté du 24 mars 1943 (...) fait état de l'arrestation à Paris en effet de 1569 juifs étrangers de tous âges appréhendés soit à leur domicile ou dans les hôpitaux où ils recevaient des soins. Parmi eux figuraient de nombreux vieillards et 35 enfants âgés de moins de 16 ans. (...)

Il convient de rappeler pour mémoire que la remise de milliers de juifs étrangers et apatrides de tous âges aux autorités allemandes a eu pour conséquence leur déportation massive vers les territoires de l'Est où la plupart d'entre eux devaient trouver la mort dans le camp d'extermination d'Auschwitz. (...)

 

Nature des faits reprochés à Bousquet, leur imputabilité à celui-ci

(...) Il ressort tant des déclarations de l'inculpé que des observations formulées dans la note susvisée [note du 19 août 1992 au président de la Chambre d'accusation] qu'il ne conteste pas la matérialité des faits reprochés, se contentant de justifier son comportement par la nécessité où se trouvaient alors les responsables français de «limiter le désastre «.

De la même manière il avait admis lors de son interrogatoire, le 20 mai 1985, dans le cadre de l'information suivie contre Leguay, que celui-ci dont il reconnaissait assumer la responsabilité des actes — n'avait agi que sous sa seule autorité et ne devait rendre compte qu'à lui-même des résultats de son action. Or il a été montré, bien que les poursuites aient été interrompues en raison du décès de l'inculpé, que les agissements de Leguay constituaient objectivement des actes de complicité de crimes contre l'humanité. (...)

Ces faits commis en pleine connaissance de cause par Bousquet constituent bien, au sein d'un processus complexe de participation aux crimes perpétrés par les agents de la puissance occupante, des actes positifs de complicité par aide et assistance aux autorités allemandes, celles-ci n'ayant pu réaliser les déportations massives vers les territoires de l'Est et les assassinats qui allaient en être la suite que grâce au concours apporté à leur entreprise par les services de police français agissant en conformité avec les ordres reçus de Bousquet.

A l’appui de sa défense, celui-ci a longuement développé, dans la note du 19 août 1992, les circonstances dans lesquelles il avait été amené à conduire son action pendant la période considérée. (…)

Bousquet affirme avoir été opposé à toute action contre ceux-ci [les juifs] en invoquant une mention manuscrite apposée par Knochen sur une note rédigée par Dannecker le 15 juin 1942, qui fait état de ses réticences « sur le chapitre des juifs » et de la nécessité où les Allemands ont été de le « travailler sérieusement au corps le 16 juin ». (…)

L’inculpé a indiqué que la préoccupation essentielle de Laval, contraint de fournir aux autorités allemandes les quantités d'individus réclamés par celles-ci, avait été de protéger les juifs de nationalité française et pour cela d'empêcher les Allemands d'intervenir directement en zone occupée. (...)

Quoi qu'il en soit l'inculpé conclut des observations qui précèdent :

1 - qu'il n'était pas matériellement possible de s’opposer aux exigences allemandes ;

2 - que l'arrestation des seuls juifs étrangers et apatrides par les services de police français permettait d'épargner les juifs français et d'éviter les brutalités auxquelles la feldgendarmerie et la police allemande n'auraient pas manqué de se livrer si elles avaient exécuté elles-mêmes les opérations;

3 - qu'il s'est trouvé dans la nécessité de faire face à une situation exceptionnelle aux conséquences de laquelle il aurait pu se dérober soit en laissant agir directement les forces d'occupation, soit en démissionnant de ses fonctions ;

4 - qu'il a préféré demeurer à son poste afin de sauver ce qui pouvait l'être et de « servir ainsi [son] pays ».

S'il n'est pas contestable que les principaux responsables du gouvernement de Vichy, au premier rang desquels Laval et Bousquet (...) se sont résignés à donner satisfaction à l'autorité allemande, il n'en demeure pas moins qu'ils faisaient partie, l'un à la tête du gouvernement, l'autre à la tête de sa police, d'un régime pratiquant depuis le 3 octobre 1940 (premier statut des juifs) un antisémitisme d'Etat fondé sur la discrimination, l'exclusion, la spoliation et l'internement des juifs et reposant sur de multiples lois décrétées par le maréchal Pétain, «chef de l'Etat français » ; qu'ils ont délibérément accepté de participer à des négociations portant sur la déportation de populations innocentes ; qu'ils ont pris des initiatives et formulé des propositions dont l'objectif était de parvenir à un modus vivendi avec leurs interlocuteurs et de permettre ainsi la mise à exécution, par des moyens essentiellement français, d'un plan d'ensemble d'évacuation d’une grande partie de la communauté juive étrangère.

Bien que l’on puisse tenir pour assuré que les exigences allemandes ont été exprimées avec énergie et détermination, il n’est pas démontré que les pressions ainsi faites ont été d’une telle intensité qu’elles aient pu constituer une contrainte ayant aboli le libre arbitre de l’inculpé au sens de l’article 64 du Code pénal.

Par ailleurs compte-tenu de son niveau de responsabilité, celui-ci [Bousquet] ne s'est pas trouvé dans la situation d'un subordonné tenu par sa position hiérarchique d'exécuter des ordres illégaux.

L'eût-il été, notamment à l'égard de Laval, que cette circonstance serait indifférente, le commandement illégal, même émanant de l'autorité légitime, ne pouvant valoir fait justificatif au sens de l'article 327 du Code pénal. (...)

Il convient, pour en terminer avec cet aspect de la question, d'indiquer que la méconnaissance probable par les responsables de Vichy — dont Bousquet — des conséquences réelles des déportations, à savoir l'extermination immédiate ou différée des juifs livrés aux Allemands, est sans incidence sur la nature et la gravité des faits reprochés à l'inculpé.

Il suffit en effet pour que la complicité de crimes contre l'humanité soit établie, de constater que les actes visés sous cette qualification ont tendu à faciliter des conduites criminelles punissables en droit interne et correspondant à l'une quelconque des hypothèses visées par l'article 6-C de la Charte du Tribunal international.

L'assassinat expressément envisagé dans ce texte n'est pas nécessaire, les actes inhumains et persécutions — dont les déportations en Allemagne et les transferts forcés d'enfants — étant suffisants pour caractériser le crime contre l'humanité.

 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 21:30

Un lecteur, sur un commentaire de ce blog, après lecture d’un article, a pensé que je sous-estimais la place du FN. J’ai eu droit à d’autres qui ont pensé que je surestimais ce même parti. Le combat contre le FN n’est pas dans l’évaluation de ce qu’il est, mais dans le cœur de ce qui l’anime.
Dès 1989, au cours d’une immense manif montalbanaise pour soutenir le maire qui avait refusé une salle au FN, je rappelais par une page d’un journal que j’animais le cas de Elie Cayla assassiné à Moissac en 1935 par les fascistes (encore aujourd’hui certains ne mesurent pas cette réalité). En 1992 avec des amis nous avions lancé une liste départementale à une élection départementale, à savoir les Régionales de l’époque. Pour une émission radio j’arrive dans le studio et le journaliste très inquiet m’invite à aller discuter aussitôt avec le propriétaire de la dite radio car parmi les questions, ils avaient reçu celle de la responsable du FN qui avait déposé contre notre liste une plainte devant le procureur pour diffamation. Il craignait que par des propos excessifs je mette sa radio en difficulté. Je l’ai rassuré : l’opération intimidation du FN n’était que poudre aux yeux. Et en effet, la plainte fut sans suite. Puis d’années en années, nous avons porté plainte contre ce parti et surtout, le journal que nous avions fondé a été le seul à accepter de faire venir Pascale Froment pour débattre d’un Tarn-et-Garonnais que Jean-Claude Gaudin dénonçait dernièrement à cause d’événements marseillais à savoir René Bousquet. Nous qui étions sans moyens, nous avons fait cet effort avec l’aide compréhensive de Pascale Froment. Bref, inutile de faire l’état de mes services en la matière pour en revenir à l’actualité.

Actualité du FN
Aujourd’hui le FN n’a jamais été aussi haut dans les sondages, en conséquence ceux qui jugeaient de ce point, comme étant une manipulation, se sont calmés. Jamais aussi haut, alors qu’ils étaient très nombreux à penser que le passage de témoin serait fatal au parti de Jean-Marie ! Cet enracinement du FN s’inscrit dans des situations fondamentales :
- une évolution à droite de toutes les sociétés car la gauche n’arrive pas à retrouver une crédibilité
- une évolution à droite en France car l’échec du gouvernement de gauche entre 1997 et 2002, puis les échecs de Chirac et de « la nouveauté » Sarkozy alimentent des candidats hors système, Le Pen et Bayrou. Le PS continue de rester en tête car ses réseaux sont les plus puissants et que le souci d’une hypothèse crédible domine.

La mutation du FN qui s’inscrit donc dans une mutation sociale et une mutation du fascisme lui-même se matérialise très bien par cette transposition géographique : de Le Pen père ayant fait du Sud-est son fond de commerce, on est passé à Le Pen fille qui s’appuie sur la crise du Nord de la France. Le Sud-est c’était une référence majeure et sous diverse forme à l’histoire de la guerre d’Algérie. Le Nord, un lecteur avait attiré l’attention des lecteurs de ce blog, c’est la crise plus globale du capitalisme. Dans les deux cas nous avions des zones de forte implantation de la gauche aussi bien communiste que socialiste.

La mutation sociale
Je considère que le capitalisme est entré dans une nouvelle phase de son histoire à partir des années 80, phase qui a été encouragée par la chute du monde soviétique, phase qui n’est pas seulement celle dite néolibérale de Reagan. Cette mutation transforme radicalement le rapport des individus au collectif, les rapports des individus au religieux et donc le rapport des individus à la politique. Je ne veux pas développer mais cette révolution radicale du capitalisme – plus radicale que celle de l’impérialisme magnifiquement étudiée par Lénine – n’ayant pas été intégrée par la gauche (l’extrême-gauche, la gauche socialiste, communiste où écolo) le vote FN et la mutation du fascisme deviennent malheureusement l’indicateur de ce retard. Je sais qu’on va me répondre que le capitalisme c’est toujours la même chose, la course au profit ; que le fascisme c’est toujours la même chose la dictature comme phase inévitable du dit capitalisme, et qu’en fait l’histoire de l’humanité a toujours été la domination des puissants sur le plus grand nombre, à savoir l’histoire de la lutte des classes. Le problème c’est qu’avec les généralités, impossible de comprendre pourquoi à certains moments de l’histoire le mouvement social est à l’offensive (années 1780-1800, année 1848, années 1905-1910, années 1917-1920, années 1936, année 1968) et qu’à d’autre moment comme c’est le cas à présent il est sur la défensive. Le fascisme n’est pas là partout et toujours sauf pour ceux qui le banalisent. Ceux qui ont vécu sous Franco ne diront jamais que vivre actuellement dans la crise espagnole c’est la même chose. Ceux qui ont vécu sous la dictature argentine savent qu’ils vivent mieux aujourd’hui après une crise économique profonde etc.
Mais le sens de la nuance, c’est souvent fatiguant… 23-01-2012 Jean-Paul Damaggio

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 16:02

Il ne fallait pas consentir

 

C'est Serge Klarsfeld, infatigable chercheur, qui a découvert un document qui était passé jusque là inaperçu, et qu’il reproduit largement dans son Calendrier de la Déportation p.200 et suivantes. Le 14 avril 1942 Darlan fait savoir à la Direction politique du ministère des Affaires Étrangères qu'il a décidé de transférer en Algérie un nombre important d'Israélites étrangers se trouvant actuellement en zone libre… dès à présent j'envisage le départ des israélites allemands, autrichiens, tchécoslovaques, hongrois, bulgares, roumains et réfugiés russes."

A cette date du 14 avril 1942 la situation politique de Darlan est très fragile, les Allemands exigeant son départ du gouvernement. Ce sera chose faite le 16, avec le retour de Laval qui nomme le 18 un nouveau Secrétaire général à la Police, René Bousquet. On n'entendra plus parler de ce plan de transfert des juifs étrangers en Algérie. S'il avait été mis à exécution ce sont quelque 60.000 juifs qui auraient de ce fait échappé à la Déportation et l'Extermination.

Les historiens peuvent se pencher sur cet enterrement de première classe de la décision du 14 avril 1942. Quels cercles du Gouvernement ou de l'Administration portent la responsabilité de cet "oubli" ? Pourquoi Darlan lui-même, qui restait Commandant en chef des Armées et dauphin du Maréchal et conservait à ce titre quelque influence, ne paraît-il pas être intervenu en faveur de la poursuite de son projet ?

En tout cas il demeure que même dans le cadre de la détestable politique de Vichy, de laquelle Darlan était solidaire à cette époque, il était possible de ne pas aller jusqu'au bout de la honte et que des mesures discriminatoires (doublement) à l'égard des "Israélites étrangers" pouvaient encore s'exercer tout en plaçant ceux-ci hors de portée de l'Ennemi.

René Bousquet, lui, n'eut pas les mêmes scrupules. En janvier 1943 on le voit, en compagnie des Autorités allemandes, assister ; dans son col de fourrure, la cigarette au bout des doigts, au départ des déportés de Marseille Pourtant les témoignages d' Oberg, le général SS, de Jacques Delarue, jeune policier résistant présent sur le quai de la gare maritime, confirment que Bousquet tenta de faire relâcher les juifs français présents dans un convoi de 1642 prétendus étrangers ou terroristes à destination de Compiègne. Profitant de l'absence d'Oberg, parti consulter Himmler sur cette demande (la réponse, du reste, sera "non"), Bousquet fit même descendre du train "un certain nombre de personnes" (30, dira Oberg, 120 à 130 selon Delarue). Cette séquence laisse penser que Bousquet n'était pas insensible au tragique de la situation et le vague sourire qu'on voit flotter sur ses lèvres cache peut-être son malaise. Mais l'essentiel à ses yeux restait que l'Administration française, son administration, ait montré par l'ensemble de cette opération marseillaise qu'il fallait compter avec elle.

Etrange et absolue perversion du concept de souveraineté de l'Etat. Qu'importe la nature de la besogne requise par l'Occupant, pourvu qu'elle ne se fasse pas en dehors de notre autorité. Périssent les hommes "puisqu'il faut en passer par là" - Eh bien non, précisément : il ne fallait pas consentir à en passer par là, la besogne eût été plus difficile pour l'Ennemi sans la participation de l'Etat français, de ses recensements, de sa police. Seulement voilà, pour le dit Etat français l'ennemi véritable, en tout cas le premier, c'était "l'ennemi intérieur", les juifs, les francs-maçons, les communistes, les gaullistes. Et ces priorités étaient devenues ipso facto celles du Grand commis qui ne distinguait plus entre Autorité de fait et Etat de droit. Comment en est-il arrivé là celui qui, moins de 13 ans plus tôt, avec Adolphe Poult, risquait sa vie des heures durant pour sauver les malheureux cernés par la montée furieuse des eaux du Tarn ?

Roger Akriche (extrait du spécial René Bouquet de Point Gauche !)

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