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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 18:50

Cet article de la revue Esprit de février 1968 me paraît d'une grande utilité. Avec le temps comme le bon vin, il a bien vieilli.

J'y reviendrai dans un prochain article.

Je ne le découvre qu'aujourd'hui en me demandant ce que j'aurai pensé à l'époque et même après pendant les années 70.

On m'aurait dit que PIERRE KENDE est un Hongrois ayant quitté son pays en 1956 et qu'il est devenu un disciple de Raymond Aron et ça m'aurait suffi pour le disqualifier. Aujourd'hui peut-être quelqu'un pourrait lui demander ce qu'il pense de ce texte. JPD

pierre_kende_le_productivisme

 

 

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 16:44

Le 8 juillet 1996 je suis arrivé timidement à Salvagnac (81) pour interroger Vincent Labeyrie au sujet de ses souvenirs concernant 1936. Voici les notes que je viens de retrouver.

  

Je suis allé le voir pour parler Front Populaire. Il n'avait que 12 ans et se souvient de presque rien. Son père s'est retrouvé gouverneur de la Banque de France car il fut le seul haut-fonctionnaire à avoir soutenu la gauche. Il s'était engagé au moment de l'affaire Dreyfus qui fut un tournant pour lui. C'est là que Jaurès, grâce à sa position courageuse, trouva les soutiens qui lui permirent de lancer l'Huma. Daniel Halévy fut le premier chroniqueur littéraire du journal. Il se souvient qu'il venait chez ses parents à Versailles discuter avec son père.

De 36, Vincent se souvient qu'il suivit la guerre d'Espagne sur une carte pour voir l'évolution du Front. Blum habitait pas loin de chez eux et il se souvient de l'injuste campagne contre lui au sujet de sa baignoire en or : Blum vivait modestement. Son défaut fut de ne pas être un homme de décision. Pour la non-intervention il invoqua les Anglais comme justification, sur d'autres points les Radicaux. En fait mon père disait : "en tant que premier ministre il a autant d'esprit de décision que j'en aurais si j'étais évêque." Il le vit surtout à l'œuvre au sujet de la fuite des capitaux : les Américains lui signalèrent que l'argent se repliait en masse aux USA mais il laissa faire pensant que sa politique serait assez attractive pour le faire revenir. Par la suite mon père n'aima pas De Gaulle car il le vit mettre sur la touche toutes les personnes qui risquaient de lui faire de l'ombre.

En 44 à La Libération, Vincent était au Cinquième bureau, il découvrit que La Cagoule avait su mettre des hommes dans les deux camps et chacun sauva les autres. Il avait fait de la prison [pendant la Résistance je pense] et c'est là qu'il commença à fumer, action qu'il cessa brusquement au moment où on lui fit un pontage.

Il connaissait très bien le passé douteux de Mitterrand pendant l’occupation et celui non moins douteux de Georges Marchais voilà pourquoi il n’a jamais compris que le PCF soutienne Mitterrand en 1965 et qu’il désigne marchais comme secrétaire national.

Par contre, il aime se souvenir de Virgile Barrel et de Marcel Cachin, ces militants qui en 1905 firent le Parti socialiste grâce à un dévouement sans nom. En 1945 il entendit André Marty dire : "je ne vais pas aller manger avec ce vieux con" et il parlait de Cachin ...

Dans les Alpes-Maritimes, il se souvient d'une anecdote. Dassault faisait sa campagne électorale en promettant aux marins la deuxième chaussure après sa victoire pour compléter la première donnée avant. Dans l'arrière-pays Dassault passa dans une municipalité communiste et comme à la réunion il n'y avait que le maire communiste ce dernier lui proposa de faire entrer son chauffeur. Dassault eut la mauvaise idée d'accepter si bien que quand ils sortirent la belle voiture était recouverte d'affiches : votez Virgile Barel.

Nous avons visité son jardin : les chevaux de son fils, ses deux chèvres dont il s'occupe avec attention, la vigne devant la porte, le gaz pour se chauffer, les azalées, les pivoines, les cerisiers, les pruniers, le double point de vue. Vincent et son épouse sont des personnes paisibles auxquelles va toujours mon admiration.

Jean-Paul Damaggio

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 11:30

Pour alimenter la réflexion. JPD

 

En avant vers un Front de gauche du Bien-vivre ! Paul Ariès

Directeur du Sarkophage, Co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance. Auteur de « Le socialisme gourmand, le Bien-vivre, un nouveau projet politique » (La découverte, mars 2012).

 

Le Front de gauche sort affaibli des législatives, électoralement, mais pire encore politiquement. Le Front de gauche n’a pas su maintenir la dynamique. Cet échec doit être analysé, sans rien cacher de ses causes, dans le but de renouer avec une stratégie victorieuse. Plusieurs raisons concordantes expliquent cet échec.

1 ) Tout d’abord Le Front de Gauche a choisi de ne pas mener de campagne nationale pour ces législatives. Nous avons fait dans ce domaine le service minimum  alors qu’il fallait au contraire ouvrir toutes grandes portes et fenêtres pour permettre de faire vivre la mobilisation, sans souci d’appareil, sans concurrence.

Conséquence : aucune initiative forte n’a été prise au niveau national alors qu’on pouvait imaginer un nouveau rassemblement à la Bastille, des pique-niques festifs unitaires dans chacun des départements, etc. Chaque organisation du Front de gauche a mené finalement sa propre campagne de façon très isolée. J’ai, en tant que co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance, soutenu des candidats du Front de gauche, PCF, PG, GU…. Je le dis avec force : le Front de gauche ne pouvait qu’échouer à choisir de rester un cartel électoral.

2 ) Le Front de gauche n’a pas su donner un sens politique fort donc clair à ces élections législatives. Les thèmes mis en avant étaient en retrait par rapport aux présidentielles. On a joué l’idée illusoire d’un « vote utile » Front de gauche dans l’espoir de peser sur le PS. Conséquence : le sens général du vote Front de gauche (un vote à la fois anticapitaliste et antiproductiviste) a été gommé au profit souvent d’une simple surenchère. Nous payons aujourd’hui les insuffisances de notre projet. Je reste convaincu que nous aurions gagné à parler de gratuité des services publics locaux, de réduction du temps de travail (les 32 heures tout de suite !), de sortie nécessaire du nucléaire, etc. Nous n’avons pas su susciter le désir, donner envie...

Le Front de gauche est aujourd’hui au pied du mur. Nous devons plus que jamais garantir son futur. En refusant de participer, même à titre individuel (sic), au gouvernement « socialiste » qui sera bien davantage un gouvernement d’alternance que d’alternatives, ce qui n’interdit pas d’être une force de propositions; en créant des collectifs locaux du Front de gauche, ouverts à toutes et à tous ; en libérant les initiatives pour enfanter un nouveau projet capable de susciter le désir, en prenant acte, à la fois, de la faiblesse électorale de nos forces, mais de la richesse des expérimentations. Oui, il existe déjà une société post-capitaliste et post-productiviste en souffrance. Nous devons ajouter à l’insurrection électorale et à celle des consciences, l’insurrection des existences. Nous devons réinventer une gauche maquisarde, une gauche qui fasse au maximum sécession d’avec les logiques du capitalisme et du productivisme, une gauche buissonnière mais capable de faire école. Nous devons penser, dès maintenant, les conditions de l’émergence de petits bouts d’une autre société, grâce à la richesse d’un véritable « socialisme municipal » autour notamment de la gratuité des services publics, grâce au retour nécessaire du mouvement coopératif, grâce à l’essor d’un « syndicalisme à bases multiples », etc. Nous devons apprendre à passer des passions tristes aux passions joyeuses, seule façon de battre le F-Haine. Nous devons dire que « résister c’est créer ». Nous devons ouvrir portes et fenêtres du Front de gauche à de nouvelles sensibilités anticapitalistes et écologistes antilibérales, nous devons accueillir tous ceux et toutes celles qui ne sont pas encartés : faire du Front de gauche un lieu de circulation de la parole. Prolongeons les débats. Enrichissons-nous de notre diversité.

Nous vous donnons rendez-vous lors du Forum mondial de la pauvreté (fin juillet à Pau) que nous co-organisons avec Emmaus-Lescar-Pau pour obtenir du pouvoir socialiste les moyens de multiplier les alternatives, pour libérer sans cesse de nouveaux territoires (comme le furent les radios libres et les lois Auroux en 1981) ; nous vous donnons rendez-vous lors du deuxième forum national de la désobéissance à Grigny (Rhône), le dernier samedi de septembre, pour « désobéir à l’Union Européenne » en organisant un référendum d’initiative citoyenne sur le traité Merkozy, « pour désobéir à la dette » en organisant des audit des dettes publiques, en formant citoyens et élus à la désobéissance, une désobéissance pour dire « Non à tout ce qui nous tue » et « Oui au Bien-Vivre ». Face à l’échec malheureusement programmé du Parti socialiste et d’EELV, compte tenu de leurs choix politiques, nous ne pourrons résister à la vague brune qui menace l’Europe, que si nous avons un grand projet à la hauteur de l’histoire, que si nous inventons une nouvelle gauche tout autant sociale qu’écologique, une gauche de rupture avec le capitalisme et le productivisme, une gauche qui sache que la croissance économique ne reviendra pas, une gauche qui sache qu’il faut construire, dès maintenant, une société post-croissance, post-extractiviste, une gauche partageuse, une gauche capable d’écrire de « nouveaux jours heureux ».

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 11:39

Pour moi le Vert a toujours été dans le Rouge malheureusement le Rouge a pris rarement en compte cette dimension. A l’occasion le PCF demandait un article à Vincent Labeyrie mais sans l’écouter sur le fond. Voilà celui sur « L’Humain d’abord »… de 1985 ! Une fois de plus Labeyrie fait référence au livre qui l’a marqué profondément : L’Encerclement. Va-t-on finir par rendre hommage à ce pionnier qui faute d’être écouté au sein du PCF est passé chez les Verts ? JPD

 

Révolution n 252 28 décembre au 3 janvier 1985

 

Gaz L’après-Bhopal

Vincent Labeyrie

Tout y est. Tous les éléments connus de la catastrophe de Bhopal concourent à faire de cette stratégie un cas d'école démontrant que la fatalité ne saurait être évoquée.

Une multinationale, l'Union Carbide, près de 100.000 salariés et la douzième du monde, a déjà été impliquée dans des affaires où le mépris des règles minimales de sécurité avait entraîné une hécatombe de mineurs par silicose, à Goulet Bridge, en 1931.

Implantation — pour obtention des profits maximaux et rapides — dans un état pauvre de l'Inde, où le chômage et la misère rendent moins vigilants quant aux risques de l'installation. De telles conditions facilitent les mesures de corruption et abaissent le coût des indemnisations.

Utilisation, dans des installations à haut risque, d'une main-d'œuvre techniquement hors d'état de comprendre l'importance capitale de chaque geste et de tout dérèglement.

Insouciance criminelle après trois accidents de production déjà mortels (vraisemblablement dix morts), dans la même usine, en 1981 et 1982, d'une société avide de profits.

Refus de toute considération de risque écologique, malgré les protestations, en 1968 et 1975, des députés communistes du Madhya Pradesh, du maire de Bhopal et du secrétaire à l'Environnement. La nappe d'isocyanate de méthyle s'est étendue sur 40 kilomètres carrés (150.000 ha !), intoxiquant jusqu'à 200 km à l'ouest de la ville.

Catastrophe dans une usine pourtant récente (1970) produisant un insecticide réputé propre, le « temik ».

S'il est impossible d'invoquer la fatalité, il est nécessaire d'examiner les raisons profondes de la multiplication des catastrophes dues à la production, au transport et à l'utilisation des substances chimiques de synthèse : il faut dépasser les aspects circonstanciels de ce drame.

L'essentiel est de savoir si l'humanité est obligée de prendre des risques de plus en plus lourds, pour bénéficier des propriétés des substances synthétisées par l'industrie chimique ce serait la prétendue rançon du progrès. Cette thèse avait été défendue par le prix Nobel, Borlang et de nombreux «experts internationaux », de la FAO et de l'OMS, pour tenter de sauver les producteurs de DDT. Pour eux, le « bilan était positif », malgré les accidents mortels et les dégradations écologiques.

Prétendre que le risque est inévitable serait admettre que l'humanité est vouée à la multiplication de catastrophes, dont la fréquence ne saurait alors qu'augmenter, Flixborough (Grande-Bretagne) 1974, Seveso (Italie) 1976, Los Alfalques (Espagne) 1978, Toronto (Canada) 1979, Novossibirsk (URSS) 1979, Mexico (Mexique) 1984.

Pourquoi ces risques ? Parce que le coût des accidents mortels, c'est-à- dire des indemnités à verser par les assurances, est inférieur, dans leur mode de comptabilité, au coût de mesures de protection renforcées et d'études prolongées d'innocuité. Cette éthique explique les « Bhopal ».

Ceux qui acceptent ces risques pour les autres sont glorifiés. Par une ironie macabre, la presse française du 5 décembre dernier publiait les informations-sur la catastrophe de Bhopal, à côté d'un encart publicitaire d'une des plus importantes sociétés nationales françaises intitulé «L'époque sourit aux fonceurs. »

Comment s'étonner alors, que certains ne veuillent plus que leur vie soit entre les mains de ces « fonceurs », et préfèrent se passer de ce « progrès ».

La question fondamentale revient donc à savoir si de telles catastrophes ne sont pas plutôt provoquées par des vices du système de production ; si elles ne sont pas dues à certaines caractéristiques de la production capitaliste.

A mon avis, elles sont inhérentes à deux vices du système de production marchande.

Le premier de ces vices est le secret commercial.

Par définition, pour lutter contre la concurrence, pour empêcher tout plagiat, le processus de production — et les produits intervenant dans l'élaboration de la marchandise — est couvert par la propriété commerciale. Il constitue un savoir-faire qui ne saurait être divulgué, sans l'autorisation du propriétaire des moyens de production. Il s'agit d'un obstacle incontournable, sur lequel repose toute production en système d'économie marchande. C'est en vertu de ce principe sacro-saint que tout laboratoire d'Etat, tout scientifique collaborant avec une entreprise industrielle privée ou d'Etat, s'engage par contrat à ne rien publier sans autorisation, à ne rien communiquer dans des colloques scientifiques. C'est pour cette raison que tout ouvrier, quand il peut avoir connaissance de la nocivité d'un procédé, et tout ingénieur dont la position le met à même de juger d'un danger potentiel, sont irrémédiablement sanctionnés et condamnés pour divulgation de secret commercial, s'ils révèlent ce que leur conscience ou même leur simple instinct de survie exigent. Ce sont ces fuites qui sont condamnées et non celles d'isocyanate de méthyle !

Dans ces conditions, comment envisager un contrôle social efficace, des mesures de sécurité. Dans la mesure où les informations ne peuvent .que transpirer ou être reconstituées de l'extérieur par déduction, il y a là une cause fondamentale des risques encourus par l'humanité.

La seconde cause inhérente au processus de production marchande est la compétition commerciale. Il faut enlever le plus vite possible un marché pour s'assurer une place prépondérante. Aussi, plus la compétition s'aiguise, plus le coût des équipements s'élève, plus le risque calculé devient un élément nécessaire pour la production capitaliste. « L'époque sourit aux fonceurs », proclame le placard publicitaire.

On comprend, dans ces conditions, que sans son remarquable ouvrage, l’Encerclement, traduit en 1972, Barry Commoner, biochimiste américain, ait conclu que seul le socialisme pouvait permettre à l'humanité de sortir de cet encerclement, c'est-à-dire créer la condition nécessaire pour un contrôle social réel des processus de production.

Cette condition nécessaire est indispensable pour remplacer la notion de coût financier par celle de coût social, pour permettre, enfin, que la production de marchandises ne soit plus une fin en elle-même, mais devienne un moyen au service de l'homme.

Bhopal, c'est l'expression dramatique des contradictions entre la finalité d'une société où la production est une fin en elle-même — son objectif étant de créer le profit — et la sauvegarde de l'homme et de la nature. Seule la disparition de cette contradiction permettra d'en finir avec ce détournement des outils et avec l'abaissement de l'homme lui-même au statut d'outil.

Avec la maîtrise sociale des moyens de production qui restituera au travail sa vraie finalité, il sera possible de supprimer la contradiction entre les espoirs nés de la puissance d'intervention de l'homme et l'accroissement des risques liés à l'augmentation de cette puissance.

Bhopal — c'est comme Hiroshima — c'est l'ombre de la menace permanente. Tant que l'objectif ne sera pas atteint, il faut lutter pied à pied, quotidiennement pour arracher, par l'union des victimes potentielles de l'intérieur et de l'extérieur des usines, l'accroissement du contrôle social sur les installations industrielles, sur les transports, sur l'utilisation des produits dangereux. Cette lutte doit être internationale, car le chantage à la faim est utilisé par les multinationales pour transférer dans les pays pauvres les installations les plus dangereuses et les plus nocives. C'est au monde entier que doivent être étendues les victoires qui augmentent les moyens de contrôle des salaries et des pouvoirs locaux, Il faut que le Bureau international du travail (BIT) de Genève et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), de Nairobi, soient dotés de pouvoirs réels. D'ailleurs, ont-ils tenu des sessions spéciales a la suite de la catastrophe de Bhopal. Aucun projet de société ne peut ignorer ces problèmes capitaux. Avec l'augmentation actuelle de la puissance de l'homme, seul le contrôle toujours plus résolu d'hommes libres et instruits peut conjurer la menace. Vincent Labeyrie

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 22:27

Paul Ariès vient de répondre à quelques questions dans la revue du PG : A Gauche.
Il écrit : « Je choisis paradoxalement Michel Verret, pour qui la culture populaire fut et reste une culture de domination combative, contre Bourdieu pour qui elle est une culture de domination intériorisée. Là où Bourdieu ne laisse aucun espoir, Verret voit la classe comme positivité, comme sujet. »

Ce n’est pas tant la culture populaire que la culture ouvrière que Verret a étudié de main de maître dans trois livres publiés chez Armand Colin : L’espace ouvrier (1979), le travail ouvrier (1982), la culture ouvrière (1988). En tant que passionné de Michel Verret j’appuie des deux mains le point de vue de Paul Ariès au risque de décevoir les défenseurs multiples de Pierre Bourdieu dans une gauche que je connais bien. Mais dans l’entretien     avec Paul Ariès ce n’est pas la seule ligne de partage des eaux.

Paul Ariès : « Il est possible de penser un socialisme sans croissance, comme l’imaginaient des penseurs hérétiques des gauches, notamment le dissident est-allemand Rudolf Bahro. »
Nouvelle belle référence que je partage grâce au livre puissant de Bahro : L’alternative (Stock 1979).

Et enfin ajoutons la référence à Paul Lafargue à qui les Cahiers du Bolchévisme rendirent hommage à un moment mais sans pouvoir le comprendre vraiment.

Il existerait donc un courant sous-terrain d’une gauche anti-productiviste et la revue A Gauche dans un autre article ajoute la référence à un marxisme écolo à travers André Gorz à qui je préfère Vincent Labeyrie qui a droit à une catégorie sur ce blog. Pourquoi cette préférence ? Car trop souvent la théorie se déroule de A à Z de si belle manière qu’on se demande à la fin : « mais pourquoi Michel Verret est inconnu et Bourdieu si connu ? » Car la théorie sans appui sur la pratique devient surtout une belle œuvre esthétique. Or si quelqu’un, en France, a, toute sa vie, articulé pratique écolo et théorie marxiste c’est Vincent Labeyrie, tout comme Renaud Jean a articulé pensée locale et action globale.
Pour le dire autrement : quels obstacles ont empêché l’épanouissement de la gauche anti-productiviste ? En France et dans le monde ? Ces obstacles d’après Paul Ariès seraient aujourd’hui moins grands, moins forts. Il donne des exemples précis sur lesquels je reviendrais (j’en ai déjà parlé).

Il cite Paul Lafargue dont je donne ici le début d’un article important et rare dans les Cahiers du Bolchévisme de 1936

« MARCEL DESCHAMPS
Paul Lafargue, pionnier du socialisrne
Le 26 novembre 1911, il y aura de cela bientôt vingt-cinq ans — Paul Lafargue et sa femme Laura fille cadette de Kart Marx prenaient tragique décision de se suicider.
Paul Lafargue expliqua son geste dans les termes ci-dessous :
Sain de corps et d’esprit, je me tue avant que l’impitoyable vieillesse qui m’enlève un à un les plaisirs et les joies de l'existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles, ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres.
Depuis des années je me suis promis de ne pas dépasser les soixante-dix années, j'ai fixé l’époque de l'année pour mon départ de la vie et j’ai préparé le mode d’exécution pour ma résolution : une injection hypodermique d’acide cyanhydrique.
Je meurs avec la joie suprême d'avoir la certitude que dans un avenir prochain, la cause pour laquelle je me suis dévoué depuis quarante-cinq ans triomphera,
Vive le Communisme !
Vive le socialisme international
Paul Lafargue

La stupeur fut grande parmi le prolétariat des deux mondes au sein duquel Lafargue possédait une influence considérable et jouissait d’une réputation — combien justifiée de marxiste de premier plan.
Or, un quart de siècle s’étant écoule depuis la disparition de ce remarquable vulgarisateur du marxisme, on en vient tout naturellement à se demander si les générations françaises d’après guerre connaissent et apprécient comme il convient la valeur de Paul Lafargue aussi bien en qualité de propagandiste que de théoricien. Il est regrettable qu'a cette question, il soit impossible de répondre par l’affirmative.
Pour des motifs que l'on ne saurait esquisser dans cette trop sommaire étude, le rôle capital assumé par Lafargue dans le mouvement ouvrier de notre pays durant quarante-cinq ans est présentement à peu prés méconnu. »
Et oui, pourquoi avoir oublié Paul Lafargue… 1-04-2012 J-P Damaggio

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 13:45
Hier j'étais au tribunal de Castelsarrasin (voir article à paraître) et j'ai raté l'annonce de la décision mise en délibéré au sujet de Golfech (voir article). Voici le communiqué du Réseau Sortir du Nucléaire. La Dépêche du Midi n'a pas annoncé la décision. JPD
Relaxe d’EDF dans l’affaire Golfech : le Réseau “Sortir du nucléaire“ fait appel

Jeudi 29 mars, le tribunal de police de Castelsarrasin a relaxé EDF dans l’affaire du déversement d’effluents radioactifs qui avait eu lieu en janvier 2010, au centre nucléaire de production d’électricité (CNPE) de Golfech. Le Réseau “Sortir du nucléaire“, partie civile à l’audience, a décidé de faire appel.

Située entre Agen et Toulouse, la centrale nucléaire de Golfech est implantée en bordure de la Garonne, à environ 40 km à l'ouest de Montauban. Elle est constituée de deux réacteurs à eau sous pression et est exploitée par Électricité de France (EDF).

En janvier 2010, 450 litres d’effluents radioactifs provenant de la centrale, selon une auto-estimation d'EDF, ont été accidentellement déversés dans le milieu naturel à la suite d’une succession d’incidents techniques. Cet écoulement avait révélé, plus tard, la présence de tritium dans la nappe phréatique située sous la centrale. Malgré l’absence d’analyses pratiquées en ce sens, il est possible d’affirmer, au regard de ce qui est produit au sein d’un réacteur, qu’il y avait très certainement d’autres radioéléments présents.

Face à cette atteinte grave à l’environnement et aux risques pouvant peser sur la santé des riverains et des travailleurs, le Réseau “Sortir du nucléaire“, FNE Midi-Pyrénées et les Amis de la Terre Midi-Pyrénées, soutenus par de nombreuses associations locales, ont déposé plainte en novembre 2010. Le Parquet n’ayant pas engagé de poursuites, EDF a été citée directement devant les juridictions pénales.

L’audience en première instance s’est tenue le jeudi 26 janvier 2012, au tribunal de police de Castelsarrasin. Le Parquet a retenu deux infractions et a requis une amende de 1 000 euros pour chacune d’entre elles. L’affaire a été mise en délibéré et le verdict a été rendu le 29 mars 2012. Le tribunal de police a décidé de relaxer EDF.

Le Réseau “Sortir du nucléaire“ conteste cette décision qui va à l’encontre des réquisitions du Parquet. Il a donc décidé de faire appel.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 15:38

Voici les extraits d’un manuscrit de Vicent Labeyrie qui doit dormir quelque part. Ce rêve qu’était son Traité d’écologie n’a sans doute pu être mené à son terme. En 1995 Vincent était encore en forme mais déjà en 1998 je l’avais trouvé diminué. Bien qu’il soit décédé en 2008, lui laissant ainsi le temps de finir son œuvre, elle est restée dans l’ombre. Si bien qu’à ma connaissance il n’existe aucun livre de ce personnage fabuleux ! Jean-Paul Damaggio


Point Gauche ! n°22 Février 1995.


Ecologie et transport


Notre ami Vincent LABEYRIE prépare un traité d'écologie et il a bien voulu nous confier la partie concernant les transports. Nous en publions quelques extraits. Là où les cheminots ne purent lutter, on voit le résultat. La rédaction

Avec l'introduction du concept de rentabilité financière dans les services publics, le rôle social des transports publics s'est dégradé : la possession d'une voiture particulière devient une nécessité économique et sociale prioritaire. Avoir son permis de conduire devient un critère d'embauche dans les professions les plus diverses. La fonction de l'automobile, ainsi magnifiée en fait l'élément principal de la hiérarchie des biens personnels du citoyen moyen. assurant une indépendance d'horaire et de parcours. Pour Weber (1971) : « la voiture permet la plus grande accessibilité géographique ». Le permis de conduire est attendu par la jeunesse avec plus d'impatience que le droit de vote. La protection et le respect de l'automobile supplantent la protection et le respect de la propriété foncière comme argument électoral. La voiture, devenue un élément capital du statut social, sa possession s'accompagne souvent de sacrifices importants sur d'autres chapitres du budget familial. Son modèle n'est souvent pas recherché pour des raisons économiques, ni choisi en fonction de son coût d'utilisation. La destruction d'automobiles, lors des émeutes de Mai 68, a modifié les données politiques françaises et influé sur les résultats électoraux. Les efforts conjoints des compagnies pétrolières et des industries de l'automobile ont réussi à convaincre les habitants que l'automobile est leur plus belle conquête et que tout doit être fait pour en faciliter la circulation. La construction d'autoroutes est devenue un argument électoral populaire et les élus locaux sont les principaux artisans des programmes de développement des infrastructures routières. Successivement, en 1994 et 1996, les gouvernements français ont versé des milliards de subventions sous forme de primes à l'achat de voitures neuves. Ceux qui frémissent à l'annonce d'un assassinat, réagissent rarement aux hécatombes hebdomadaires sur les routes. L'accident de circulation est perçu comme une fatalité, il est accepté comme la rançon à payer à la liberté apportée par l'automobile. A Montans, dans le Tarn, des commerçants se sont opposés à la poursuite des fouilles sur un site gallo-romain car les travaux gênaient la circulation automobile ! Qui sait, si aujourd'hui, l'abbaye de Moissac ne serait pas intégralement condamnée par une autoroute ? (1) Heureusement, malgré leur niveau culturel très insuffisant, les technocrates de l'administration de l'équipement ont appris à respecter un peu mieux les antiquités que l'automobiliste moyen dont le vote est électoralement déterminant. En France, les compagnies pétrolières sont capables de fomenter des manifestations contre l'extension du réseau TCV et de rendre inopérants les mouvements contre l'extension du réseau d'autoroutes. Au Vénézuéla, pour couper court aux manifestations contre le doublement des autoroutes urbaines de Caracas, le dictateur avait organisé un référendum sous une forme significative : "Souhaitez-vous une autoroute, ou préférez-vous un métro, c'est-à-dire une autoroute du pauvre ?" La propagande en faveur de la possession de voitures particulières a eu un tel succès que la pression pour la construction de nouvelles autoroutes vient de la population elle-même et que les dépenses pour leur construction grèvent lourdement les budgets des Etats et des collectivités locales. Celles-ci consacrent en France environ 83% de leurs investissements aux transports et à la circulation au développement du réseau routier et du transport automobile. Les forêts équatoriales de l'Amazonie, de l'Orénoque et de la Meso-Amérique sont saccagées avec toutes leurs richesses botaniques et zoologiques pour permettre le passage d'une autoroute transaméricaine, alors qu'il n'existe aucune liaison ferroviaire entre ces Etats. Caracas, capitale du Vénézuéla n'a même pas de gare. A Mexico. 6 trains partent seulement de la gare centrale et le trafic des voyageurs est si peu important que le métro de la ville ne dessert même pas la gare centrale. Bogota, capitale de la Colombie, n'a aucune liaison ferroviaire pour les voyageurs avec les villes de province, dont Medellin et Cali, ayant chacune plus d'un million d'habitants (2). L'Orient-Express ne dépasse plus Istanbul. Des caravanes de camions traversent les montagnes du Kurdistan pour atteindre Téhéran ou Bagdad. Aucune liaison ferroviaire ne relie les pays au nord et au sud du Sahara ou de part et d'autre du désert de la Péninsule arabique, et là aussi, des caravanes de camions érodent un sol particulièrement fragile et sensible à l'érosion éolienne. Des rallyes (Paris-Dakar ...) sont même organisés à coups de millions, traversant des centaines de villages affamés. La saturation des réseaux autoroutiers devient telle que tous les moyens d'information sont utilisés pour indiquer les itinéraires encore fréquentables. L'autoroute, est arrivée au point qu'elle est devenue le fossoyeur des avantages de la voiture particulière. Il n'est plus question d'indépendance des parcours il faut suivre docilement le tracé des autoroutes et écouter la liste de celles où il est encore possible de circuler malgré les encombrements. Il n'est plus question d'indépendance d'horaire. Des entreprises modifient même leurs horaires pour que le personnel puisse les atteindre malgré les aléas de la circulation. Horaires de travail et dates de vacances sont modifiés en fonction de l'encombrement du réseau routier. L'automobile particulière est devenue sa propre négation.
VINCENT LABEYRIE
NDLR: 1 - Le train déjà frôla le coeur du cloître ... 2 - Lire le beau livre de Ramôn Chao Un train de glace et de feu qui raconte un voyage en train en Colombie. Ed. La Différence



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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 20:24

Point Gauche ! n°35 Mars 1998
Réfléchir au maïs transgénique

 

 

Les dirigeants de la Confédération paysanne récidivent. Bien que certains d'entre eux aient été condamnés à la prison par le tribunal d'Agen, ils demandent au Conseil d'Etat d'annuler l'arrêté portant inscription au catalogue officiel des espèces végétales cultivées en France de trois variétés de maïs transgénique commercialisées par Novartis. Cette autorisation est accordée pour trois ans et le Ministère de l'Agriculture devra suivre l'évolution de l'efficacité des maïs et l'apparition des lignées de pyrales résistantes. Novartis a ainsi obtenu un succès partiel. Cette entreprise suisse, créée en commun par les deux multinationales de la chimie pharmaceutique et insecticide (Ciba-Geigi et Sandoz) a ainsi franchi la deuxième étape après le feu vert gouvernemental du 27 novembre. Novartis espère ainsi acquérir le monopole du maïs transgénique et élargir l'autorisation refusée jusqu'ici de produire des semences transgéniques de colza et betterave.
Le maïs transgénique de Novartis est dangereux pour deux raisons. Lorsque dans les années 50, des entomologistes allemands isolèrent une bactérie .bacillus thurengiensis, qui provoque la mort de plusieurs espèces de papillons, les organismes de recherche agronomique s'enthousiasmèrent pensant avoir découvert un insecticide naturel. Sans avoir effectué des contrôles systématiques sur les mammifères pour juger de son innocuité pour l'homme et les animaux, ils pulvérisèrent les champs de choux et les forêts de pins pour détruire les chenilles nuisibles. Quand les progrès de la chimie biologique permirent d'identifier et synthétiser la toxine de la bactérie, on pulvérisa la toxine plus facile à produire que les bactéries. Enfin, quand la biologie moléculaire permit de déterminer et de transférer le gène de Bacillus thurengiensis & responsable de la synthèse de la toxine, alors Novartis décida la création de son maïs transgénique devant résister à la pyrale, et de betteraves pouvant résister à la teigne. Mais pour transférer le gène de la bactérie au maïs, les généticiens de Novartis l'associent à un gène de résistance, l'ampicilline, antibiotique souvent utilisé contre les infections bactériennes. Or, les bactéries constituent un monde particulier, pouvant se transférer directement des gènes de l'une à l'autre, sans passer par la reproduction on peut donc craindre que des bactéries pathogènes des animaux de boucherie et de l'homme n'acquièrent cette résistance, tout comme des bactéries du sol qui servent de réservoir génétique aux souches bactériennes les plus dangereuses. La Confération paysanne protège donc la santé humaine en demandant au Conseil d'Etat l'annulation du décret d'inscription, Vincent Labeyrie.
(article repris avec l'autorisation de l'auteur du N°12 de Confluences 81 journal de nos amis du Tarn)

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 21:32

 Voilà un article qui a presque vingt ans et qui reste pourtant d’actualité ! Je le ressors du journal Point Gauche ! car j’ai appris que l’intérêt pour son auteur incitait quelqu’un à travailler sur sa biographie (j’ai perdu son adresse courriel à cause d'une fausse manoeuvre). Engels et l’écologie ? Il va y avoir deux autres articles de cet homme pour qui je garde une énorme admiration. Jean-Paul Damaggio


Point Gauche n°16, Janvier 1995
Avertissement jamais écouté

 

 

En ne considérant que l'Europe Occidentale, les inondations récentes dont on se souvient ont touché en France, Auch, Saint-Brieuc, Vaison la Romaine, Nice, Montpellier, l'Aude, la Lozère, les Cévennes, le Tarn, la Seine, la Charente et en Italie le Piémont, le Haut-Adige ... La fatalité est toujours invoquée, même si parfois, le dérèglement du climat est présenté comme la cause principale. D'une façon générale, la responsabilité humaine est ignorée.
Pourtant il y a déjà plus d'un siècle, Friedrich Engels écrivait dans "La dialectique de la nature" :

"Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d'elles. Chaque victoire a certes, en premier lieu, les conséquences que nous avons escomptées, mais aussi des effets tout diffé- rents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent les premières conséquences. Les gens qui, en Mésopotamie, en Grèce, en Asie Mineure et autres lieux essartaient les forêts pour gagner de la terre cultivable, étaient loin de s'attendre à jeter par là les bases de l'actuelle désolation de ces pays, en détruisant avec les forêts, les centres d'accumulation et de conservation de l'humidité. Sur le versant sud des Alpes, les montagnards italiens qui saccagent les forêts de sapins, conservées avec tant de sollicitude sur le versant nord, ne se doutaient pas qu'ils sapaient par là l'élevage de haute montagne sur leur territoire ils soupçonnaient encore moins que, par cette pratique, ils privaient d'eau leurs sources pendant la plus grande partie de l'année, et que celles-ci à la saison des pluies allaient déverser sur la plaine des torrents d'autant plus furieux ..."
 

 

Depuis la publication du texte d'Engels, la destruction de forêts européennes n'est plus due à l'essartage ou à la production de charbon de bois, mais d'abord aux besoins croissants des papeteries. L'exploitation forestière est intensifiée par l'utilisation systématique d'engins mécaniques de forte puissance. On procède à des coupes à blanc. L'élargissement et le dégagement des voies d'accès tronçonnent ce qui subsiste des forêts après abattage.
Dans les forêts équatoriales, le saccage est systématique. Il est d'autant plus grave que le sol ainsi dénudé est soumis à des averses intenses. Le sol de faible épaisseur laisse partout la place à une roche mère stérile.
En Europe, l'aménagement touristique des montagnes (pistes de ski, remontées mécaniques, routes touristiques, stations d'altitude ...) est une cause supplémentaire de la destruction de la couverture végétale du sol et du déboisement des forêts.
Partout les travaux publics et l'aménagement routier saccagent le lit des rivières pour en extraire sable et gravier. Le cours des rivières est modifié (redressement, remblaiement, canalisation ...), tous travaux qui accélèrent la circulation de l'eau. Comme les prairies et autres terres basses inondables ont été éliminées souvent pour faire des lotissements, les eaux dévalent en détruisant tout, lors d'inondations qui se poursuivent jusqu'aux embouchures. Le dragage des lits sape souvent les ponts dont les piles s'écroulent brutalement Tours, Saumur, Séoul.
En outre les émanations de gaz des voitures contribuent pour l'essentiel à l'effet-serre avec pour conséquence l'élévation de la température et l'augmentation de l'évaporation marine, le volume et la fréquence des précipitations en sont ainsi accrues. Les dernières précipitations d'Egypte ont déversé en quelques jours ce qui tombe généralement entre quarante et cinquante ans.
Mais à côté de ces causes générales, la politique agricole intervient de plus en plus sur l'orientation de la gestion de l'eau. Sous la pression des économistes dévoués au productivisme, le modèle industriel a été introduit en agriculture. Pour industrialiser l'agriculture il a fallu normaliser les productions. Il a donc fallu supprimer ou amoindrir les aléas écologiques. En premier lieu l'alimentation des plantes en eau a été soumise à une stricte régulation. Au lieu de choisir les cultures en fonction des conditions écologiques locales et de les adapter à la diversité des terroirs, des régions, des pays, on a voulu faire pousser la même variété à la même date partout. Pour permettre aux fabricants de machines agricoles de procéder à des économies d'échelle, le même matériel a été proposé et est utilisé partout. On n'a pas adapté le matériel au terrain mais les champs, les exploitations, les chemins ruraux aux machines. Le poids des énormes engins imperméabilise les terrains qui absorbent et retiennent de moins en moins l'eau.
Toujours en application du modèle industriel, on a abandonné la polyculture pour simplifier la gestion des exploitations. Pour faciliter les relations des producteurs avec l'amont et l'aval des filières économiques, on a poussé les agriculteurs à se spécialiser tous les ans dans la même culture ou le même élevage. Avec la culture sarclée d'espèces et de variétés de printemps, le sol reste nu pendant près de 6 mois en hiver. Les pluies provoquent alors érosion et lessivage. La monoculture répétitive épuisant les sols, on procède à des apports massifs d'engrais qui aggravent les conséquences du lessivage et eutrophisent les rivières.
Cultures sarclées et monocultures répétitives multiplient les traitements aux herbicides et aux pesticides qui contaminent les aliments, la nappe phréatique et les cours d’eau. Les champs irrigués et drainés utilisent et polluent toujours plus de tonnes d'eau.
Enfin, les pertes par évaporation dans les canalisations et les rigoles ou par l'arrosage par des techniques abusives d'aspersion entraînent l'exportation de quantités considérables d'eau par les nuages. Les régions arides et semi-arides déjà démunies exportent ainsi de l'eau vers les régions à forte pluviosité. Cette circulation aérienne de l'eau disperse les polluants toxiques (plomb, arsenic, DDT, strontium, césium ...). Cette exportation injustifiable pourrait être supprimée. Perses et autres civilisations du Proche-Orient pratiquaient déjà, il y a plus de 3000 ans, l'irrigation à partir de canalisations souterraines traversant même les chaînes des collines et se jouant des bassins versants.
Malgré la prolifération des barrages collinaires les prélèvements dans la nappe phréatique se multiplient et les pompages répétés dans les rivières prolongent et aggravent les périodes d'étiage. Il n'y a plus assez d'eau dans de nombreuses rivières pour entraîner les effluents des égouts des villes. La Garonne, l'Aveyron, l'Agout, l'Adour, le Lot, l'Aude, l'Allier, l'Ain ... sont transformés en égouts à ciel ouvert. Pendant de nombreux mois de l'année les rivières n'ont plus assez d'eau pour refroidir les circuits des centrales thermiques classique ou nucléaires.
Les prélèvements agricoles élèvent les exigences municipales urbaines et industrielles de barrages supplémentaires. De grands programmes touchent le Rhône et la Loire. La dérivation de rivières et de fleuves est même envisagée ; les retenues se multiplient dans les vallées de montagne, aliénant les rares bassins cultivables de ces régions défavorisées.
L'eau, bien que pouvant être réutilisée puisque non "consommée" - l'exemple des capsules spatiales vivant en circuit fermé est démonstratif - est allègrement souillée, polluée. Pour compenser son gaspillage permanent, on multiplie les retenues dans les vallées supérieures des cours d'eau. On comprend par exemple, l'opposition des paysans et des municipalités de ces régions pauvres qui se voient privés de leur eau pour être gaspillée par une agriculture irriguée de plaine dont les surplus agricoles font les cours. Les habitants et la municipalité de Mailhac (1) ont raison de contester cette politique. Vincent Labeyrie (2)


1 - Mailhac, commune du Tarn de la haute vallée de la Vère qui oppose à un projet de barrage.. 2 -Docteur ès sciences, ancien professeur émérite d'écologie, fondateur du CESA (Centre d'Etudes Supérieures de l’Aménagement, Université François Rabelais de Tours), ancien membre du Haut comité de l’Environnement, ancien conseiller pour l’écologie de l’UNESCO. de l’OCDE et de la FSN.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 14:18

Paul Ariès, une trajectoire

 

Paul Ariès a toujours clairement et fidèlement défendu un positionnement que j’appelle « gauche critique ». Il ne s’est jamais laissé tenter par les sirènes bien connues qui incitent les opposants de la gauche « officielle », à balayer d’un revers de main la notion de gauche.

Avec d’autres, nous avons contribué, dès 1996, à faire connaître son combat contre la mal bouffe… avant qu’il ne devienne un combat plus général. Sur ce thème comme sur des tas d’autres Paul Ariès a été un pionnier grâce à un engagement constant et généreux de tous les jours. La gauche en a-t-elle tiré les conséquences ?

 

Sur la méthode

Dès les premières réunions qu’il a animées, Paul Ariès a été confronté à cette difficulté : comment la critique de la gauche peut-elle éviter le découragement ? Pour le dire plus concrètement : l’avancée de la mal bouffe par exemple est une catastrophe (et Paul tirait le bâton vers la catastrophe pour marquer les consciences) mais comment susciter des alternatives ? Jaurès avait cette bonne habitude : ne jamais critiquer sans proposer. Critiquer c’est facile, mais proposer c’est difficile. Si la droite conduit à la catastrophe, si la gauche par son productivisme conduit à la catastrophe, que nous reste-t-il ? Car la critique de la mal bouffe c’était bien sûr, dans la bouche de Paul Ariès, non pas une affaire culinaire mais, comme toujours chez lui, une affaire politique, à savoir le résultat du productivisme.

Parmi les propositions, Paul Ariès a été en pointe en matière de création de journaux. La lutte commence par l’information. Nous l’avons invité quatre fois à Montauban et une fois à Castelsarrasin et presque à chaque fois il se préparait à lancer un journal : l’Immondialisation, la Décroissance puis le Sarkophage. Aujourd’hui nous apprenons le lancement des Zindignés, une revue internationale.

Journaux et colloques ont donc servi à lancer des propositions : objection de croissance, relocalisation, gratuité, coopération, désobéissance civile. Sur tous ces thèmes, je suis totalement en accord avec Paul Ariès ayant tenté, là où je suis, d’apporter ma modeste pierre à de tels combats.

 

J’ai repris espoir…

Dans l’actuel numéro du Sarkophage, Ariès propose un bilan : « Du Sarkophage aux jours heureux », bilan justifié car Sarko battu, il faudra éventuellement faire évoluer le titre du journal (Dégage ! peut-être), bilan justifié car arriver au numéro 15 c’est un bel exploit. Comme dans quelques éditos précédents, Ariès veut positiver en s’appuyant sur l’Amérique du Sud, les révolutions arabes et finalement le retour des « révolutions » :

« J’ai repris espoir avec ce qui renait aujourd’hui en Amérique du Sud. Non par goût de l’exotisme ni par quête d’un nouveau paradis terrestre (L’Equateur et la Bolivie            après Cuba et le Nicaragua, Morales et Corréa après le Che), mais parce que je suis convaincu que ce continent est aujourd’hui le laboratoire de ce nouveau socialisme, un ecosocialisme capable d’en finir avec l’exploitation et la domination, et avec la réponse capitaliste à nos propres angoisses existentielles, un ecosocialisme permettant d’avoir de nouveaux rapports à soi, aux autres et à la nature, un socialisme de la jouissance d’être contre un capitalisme de la jouissance d’emprise, un socialisme du bien vivre contre un socialisme de la grisaille. »

Depuis vingt ans, je défends les luttes populaires de ce continent, luttes « laboratoire » certes mais luttes écrasées toujours. Des révoltés du Chiapas de 1994 aux autogérés de l’Argentine de l’an 2000, des Indiens de l’Equateur aux paysans sans terre, de la dernière en date, celle des étudiants chiliens, à celles de demain, je suis passionné par toute cette vie sociale. J’ai voyagé pour en saisir la réalité dans six de ces pays, j’ai le contact avec des personnes qui y habitent. Je ne différencie pas de tels combats de ceux qui se mènent aux USA, au Québec car ce continent forme un tout plus qu’on ne le pense. De tant d’efforts personnels, je ne tire pas du tout les mêmes enseignements que Paul Ariès.

Si laboratoire il y a, c’est depuis le début du XIXe siècle le laboratoire parfait du capitalisme. Aux USA, le capitalisme y est « naturel » en conséquence il n’a pas à se battre. Dans le sous-continent le capitalisme est une hérésie, donc il doit trouver les moyens originaux de s’y implanter, moyens qu’il développe ensuite sur toute la planète. Exemple : le Brésil est le pays aux plus fortes inégalités ; il reste à faire pareil ailleurs…

 

Aujourd’hui, le laboratoire majeur, partout, s’appelle, les mafias. En guise de « socialisme du bien vivre », vous conviendrez, qu’il y a mieux ! Les mafias sont le bras armé d’un capitalisme féodal qui permet d’en finir avec les Etats, donc avec le droit (malgré ses limites), pour en revenir au privilège. Les mafias ce ne sont pas seulement les bandes que l’armée brésilienne doit virer d’un quartier de Rio, pour qu’elles aillent ailleurs. Ce ne sont pas seulement les tueurs impunis de Ciudad Juarez (pauvre Juarez !). Ce n’est pas le marché de la drogue. Les mafias c’est l’élargissement social de ce que Paul Ariès avait étudié dans : « La scientologie : laboratoire du futur ? Les secrets d’une machine infernale. » Quelques analyses tentent de réduire le cas des ces mafias, au règne d’Al Capone, qu’il serait facile d’anéantir en légalisant les drogues douces. C’est se voiler la face. Le laboratoire d’hier en Amérique du Sud c’était la théologie de la libération qui existe encore mais l’expérience actuelle du président du Paraguay est bien le signe de la fin.

 

Comment, Paul Ariès, qui a su, avec autant de précisions, percevoir les évolutions du capitalisme, peut-il oublier les actuelles tendances de fond sur la planète que sont l’avancée d’un capitalisme plus conquérant que jamais sous toutes les couleurs, vertes, orange, jaune ?

Comme me le dit justement un ami latino-américain : quand le communisme chinois vient au secours du capitalisme, c’est bien la preuve que le capitalisme en a fini avec les acquis des luttes démocratiques ! Mais puisque la révolution est là…

 

J’ai repris espoir…

« J’ai aussi repris espoir avec les révolutions arabes malgré le risque islamiste. Elles prouvent que des révolutions sont toujours possibles, même à l’âge de la cybernétique, même à l’heure du renforcement des appareils répressifs, elles permettent aussi une nouvelle cotation du terme même de révolution à la Bourse des valeurs » écrit Paul Ariès.

Cet univers, je le connais par ma compagne qui parle arabe, qui a vécu là-bas comme j’ai vécu aux Amériques et la première révolution est venue d’Algérie en 1988. Aussitôt après multipartisme, liberté de la presse (c’est à ce moment là que je me suis mis à lire Algérie Actualité dont la liberté de ton ridiculisait le conformisme de la presse française), élections libres… et drame national. L’armée aurait-elle dû laisser le processus aller jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la dictature islamiste clairement annoncée ? Bref, le peuple algérien a essayé de participer aux révoltes arabes de 2010 mais sans succès car le passé récent est là pour rappeler le prix de l’aventure. D’ailleurs pourquoi cette différence de traitement en France entre la révolte algérienne de 1988 (on a dit émeutes et non révolution) et celle de Tunisie en 2011 (célébrée) ? Parce que dans la France d’hier, la gauche était au pouvoir, et qu’aujourd’hui c’est la droite ?

Bref, la tendance de fond dans le monde arabe a été marquée par la révolution iranienne de 1979. Et là je parle bien de révolution, une mise en pratique de ce qu’ensuite on appellera la révolution conservatrice made in USA. En Iran, en 1980, l’islamisme n’était pas un risque, mais une puissance ! Et depuis l’islamisme n’est pas un risque mais l’allié objectif du capitalisme pour en finir avec les Etats, donc avec le droit (malgré ses limites), pour en revenir aux privilèges, ceux de la religion. Le gouvernement de l’Iran (modéré ou pas) a-t-il à un moment fait profiter le peuple des richesses de ce pays ? Une alliance du religieux et du capitalisme, c’est ce qui me semble le pire à cause de sa puissance phénoménale.

Je ne néglige ni les luttes sociales des Amériques, ni la glorieuse élimination de Ben Ali membre de l’Internationale socialiste, par le peuple tunisien. Comme en Côte-d’Ivoire, il a fallu chasser un dictateur membre de l’Internationale socialiste ! Mais ce qui fait une révolution, ce n’est pas la révolte mais les suites de la révolte (alors que Louis XVI pensait le contraire, vu le sens des mots de l’époque, dans sa formule : est-ce une révolution ou une révolte ?).

En conséquence ramener le sens du mot révolution, à celui de révolte, ce n’est pas une bonne cotation du terme à la Bourse des valeurs. Paul Ariès est à présent souvent l’invité de Frédéric Taddeï, une émission où j’ai eu le plaisir de l’entendre comme Albert Memmi, l’écrivain tunisien, intervenant au cœur même des révoltes de son pays. Il fut le seul à proposer une analyse de la situation faisant abstraction du sentimentalisme ou du lyrisme révolutionnaire. Et son constat était si minutieux qu’en rediffusant aujourd’hui son propos, nous constaterions que malheureusement la réalité lui a donné raison. Pour qu’il y ait inversion de la tendance mondiale, il faudrait un projet puissant de la gauche mondiale. Et nous sommes loin du compte. Dans les élections tunisiennes, ce n’est pas le score du parti islamiste qui m’attriste (il me semble logique), mais la division des forces laïques dont quelques unes, au nom du moindre mal, volent ensuite au secours des conservateurs (là c’est pas logique). Comme si l’expérience iranienne n’avait servi à rien !

 

On peut chanter sans espoir

Non, je ne noircis pas le tableau. Non, je ne suis pas un désespéré. Non, tout n’est pas foutu.

Oui, éliminons avec Paul Ariès, les passions tristes. Oui, la lutte pour le mieux impossible est là.

« Chanter au présent plutôt qu’en appeler aux lendemains qui chantent ? » dit Paul.

Je suis moi aussi pour le « bien vivre » et pour la chanson au présent. Mais je ne m’alimente pas aux mêmes sources. Après avoir démoli, j’ai la sensation que Paul Ariès veut privilégier la moindre bouture qui annonce le printemps pour donner du baume au cœur, ou pour avoir du cœur à l’ouvrage. Il n’y a pas plus triste, plus désespéré que la chanson latino-américaine et pourtant ça donne du baume au cœur car c’est la réalité. Je renvoie bien sûr à cet hymne : « Gracias a la vida que ma a dado el canto ». Une façon de retrouver le slogan de Marcos : aqui estamos. On est là et même si les médias n’en parlent plus, ils sont là !

Dans le « vive la vie » que Ariès met en avant, le vive est inutile, la vie suffit !

Pour mémoire, la référence à la vie fut cause du début de rupture entre Pierre Juquin et le PCF. Il avait intitulé en 1978 une brochure : Vivre ! avec les conseils du peintre Henri Cueco qui lui disait : « Vivre,… Pour dire cela, rien ne serait plus éloquent que les photos qui peuplent les albums de famille. Ces images, naturelles et sincères, témoigneront de notre ancrage populaire, en place des poncifs de l’illustration politicienne. »

Et ce qui est émouvant, c’est qu’après l’appel de Juquin pour avoir des photos, il en reçoit des millions ! Il écrit alors[i] :« Henri éclate de joie en me voyant arriver avec un chariot de supermarché qui déborde de boîtes, d’albums, de cahiers, offerts par des familles communistes. » Marcel Trillat constate, à voir ces photos : « elles laissent entrevoir la chose la plus tendre, la plus fugitive : ce besoin de vivre heureux, d’être soi-même enfin… ».

Pas militante, cette vue de la réalité, déclare la direction ! Et en plus la photo d’une poignée de main entre Juquin et Plioutch a été ajoutée ! La brochure a été mise au pilon. Ce qu’il en resta après modification, m’incita cependant à proposer au même moment le titre de Vivre, pour un journal de section communiste. Après une vive discussion l’accord s’est conclu sur Vivre et lutter. Bref, le rapport au bien vivre est aussi ancien que le rapport au bien lutter.

 

Optimisme de la volonté, pessimisme de l’intelligence, j’en reste à cette articulation du rêve et du possible. Toute fuite de la réalité est un piège et plus le capitalisme nous plonge dans sa démence, plus l’envie de quitter la réalité nous habite. Eh bien, non, nous ne pouvons échapper à la réalité et ses contradictions, surtout quand on veut le bien commun. Les volontés populaires sont en effet bien présentes… et permettent en Espagne la victoire de la droite ! Je viens de dire Espagne puisque les Indignés y ont joué un grand rôle, que la participation électorale a été très forte, que des petits partis ont progressé, mais que dans l’ensemble, le peuple a voté pour une droite qui n’avait rien à promettre.

La droite fait toujours son travail mais dans le rapport des forces, les plus démoniaques sont ceux qui au nom de la gauche, jouent la carte de la droite (ils conduisent au fascisme). Je veux ainsi désigner des puissances économiques comme tel laboratoire pharmaceutique qui finance une petite maison d’édition en guerre contre le système capitaliste ! Tel groupe mafieux construit des centres de désintoxication. Tel autre construit une église à son nom ! Les puissances des entreprises capitalistes sont telles qu’elles peuvent arroser tous les mouvements !

Après avoir cru que les mots chocs étaient MacDo ou Scientologie, Ariès a changé et les mots chocs seraient « frugalité joyeuse ». Pas plus qu’il ne fallait trop tordre le bâton dans un sens à l’heure de la critique du capitalisme, il ne faut trop le tordre dans l’autre sens à l’heure des alternatives. Je suis pour les AMAPs mais mes parents qui ont vécu en vendant des légumes sur les marchés n’ont jamais pensé qu’ainsi le capitalisme était en difficulté. Pour le moment, à 80 ans, ils vont danser toutes les semaines. Désolé, mais l’heure de la cueillette n’a pas commencé pour les révolutionnaires, à peine si la terre est labourée… Et tout ça peut faire une belle chanson.

24-11-2011 Jean-Paul Damaggio



[i] De battre mon cœur n’a jamais cessé, p. 467

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