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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 18:27
Livre sur Castan

Le livre que je propose est un éclairage sur un seul aspect des combats de Félix Castan : le lien entre son marxisme affiché et son occitanisme militant.

 L'essentiel de la publication repose sur des documents en lien avec le sujet issus de mes archives personnelles, ayant participé à toutes les réunions de l'Institut de Recherche Marxiste groupe 2 de Toulouse qui avait pour but d'étudier cette question.

 Félix Castan pratiquant le débat public il s'agit de documents contradictoires, car bien qu'ayant été membre du PCF très longtemps, il a été contesté par ses camarades. Les documents vont de 1952 à 1995. JPD

 

J'ai déjà donné le sommaire : ICI

Le livre est paru :

280 pages, format A5, ISBN 978-2-37451-017-0, prix 15 euros

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 12:43

Je vous renvoie avec grand plaisir, même si je ne peux y participer, aux activités occitanes de Laguépie. L emieux c'est de vous connecter sur les liens indiqués. Jean Paul Damaggio

Lenga Viva / Universitat Occitana d'Estiu de Laguépia

www.lengaviva.com

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:29

garibaldien.jpg

 

J’achève la lecture du monument que Maurice Mauviel vient de consacrer à Giuseppe Beghelli. 650 pages en format A4 pour un homme qui a vécu à peine 30 ans ! Un niçois d’avant Nice capitale du tourisme de luxe, la Nice passant d’Italie à la France, la Nice de Garibaldi, la Nice républicaine. Je suis sidéré par les travaux minutieux de Maurice Mauviel qui conduit son livre comme un combat pour la vérité, un combat contre l’oubli, un combat pour des vaincus qui devraient être parmi nous tous. Merci encore à Maurice Mauviel.

Maurice Mauviel Un garibaldien niçois fils du printemps des peuples Giuseppe Beghelli 1847-1877 Editions Wallada, 30 euros

 Plus global que mes commentaires voici le dos de couverture. JPD

 

« Le Brigasque oublié Giuseppe Beghelli se battit à dix-neuf ans dans le Trentin et, franchissant clandestinement les Alpes, rejoignit en Bourgogne le Héros des Deux Mondes. Commémoré avec éclat en ce début d'un siècle politiquement tourmenté, le bicentenaire de la naissance de Garibaldi donne enfin actualité à la trajectoire de son jeune compagnon. L'auteur, rendant hommage à l'un des enfants des Alpes-Maritimes qui suivirent le Général sur les champs de bataille, nous invite à découvrir un personnage hors du commun ardent républicain ayant lutté tout au long de sa courte vie en faveur des libertés, romancier renouant avec la tradition épique de l'ancien Comté de Nice, historien scrupuleux, polémiste de talent. Nous le suivons pas à pas depuis son enfance jusqu'à sa disparition à moins de trente ans, consécutive aux persécutions dont il fut victime, incarcéré à diverses reprises pour ses prises de position dans les journaux qu'il avait fondés ou dirigés.

Sa verve, son sens du cocasse et du burlesque étonneront plus d'un lecteur qui en saisira les multiples facettes : bohème émaillée dès l'adolescence d'aventures féminines pleines de fantaisie ; burlesque et gravité du récit de sa campagne garibaldienne ; érotisme et modernité esthétique de ses esquisses romanesques où l'on perçoit, parodié, l'écho nostalgique des gloires niçoises d'antan ; désopilantes chroniques médiévales de Tende et de La Brigue. Le Rabelais de la Haute-Roya bouscule conventions et bienséances mais il sait aussi, dans son roman niçois méconnu, faire revivre, en poète délicat, Nice jalouse de ses franchises à la Renaissance, et en exalter les héroïnes.

Sur un autre plan, l'ouvrage nous invite à redécouvrir l'identité du Comté au XIXème siècle ainsi que l'histoire des mouvements démocratiques et révolutionnaires européens au lendemain de la chute de la Commune. Alors que Mazzini, Garibaldi, Engels et Bakounine... se livraient à une guerre idéologique sans merci, Beghelli s'efforça de jouer un rôle modérateur. Après sa mort, les historiens, qui ne l'ont pas lu, ont contribué à transmettre de lui une image négative. Grâce à de nombreux documents jusque-là inexploités, Maurice Mauviel révèle les engagements de Beghelli à Turin, Nice, Paris, et il éclaire d'un jour nouveau l'attitude des républicains niçois authentiques après la chute du Second Empire.

 « L'oeuvre monumentale de Maurice Mauviel laisse sans voix.., et sans plume. Sept ans de recherches sont peu de choses par rapport au résultat obtenu. On est fondé à penser que dans ce délai, l'auteur a écrit, reconstruit, mais que l'ensemble du savoir a été acquis pendant une vie entière. Les lieux, les personnages, sont analysés au plus profond d'eux-mêmes, et réunis dans une synthèse, ou mieux une forteresse, qui ressemble fort à ce que l'on voit de Nice des hauteurs du Château pratiquement tout.

Il est vrai que le personnage auquel il s'attache, et qui lui sert de guide dans la bien plus vaste histoire qu'il conte, est tout aussi exceptionnel. On reste abasourdi devant l'oeuvre accomplie par le jeune Beghelli, le mystère de forces qui se consument en un temps bref comme si leur intensité même en compromettait la durée. On pense à Mozart, à Mameli, à Gobetti, niais aussi au jeune Mazzini qui eut une bien plus longue vie mais qui dans ses oeuvres de jeunesse avait manifesté un talent déjà parfaitement mûr. »

Annita Garibaldi-Jallet

Maurice Mauviel est associé à l'Unité du CNRS Langues, Musiques, Société, de l'Université de Paris V. Il se consacre à des études interdisciplinaires aux confins de la psychologie, de l'anthropologie et de l'histoire. »

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 13:04

Pour le colloque qui s’est tenu à Puylaurens (publication des actes en 1990 au CIDO), le thème était La révolution vécue par la province, Mentalités et expressions populaires en Occitanie. Pour moi ce titre laissait penser qu’avant comme après la révolution, il y avait des provinces. Or en créant la citoyenneté et donc la nation (par la Marseillaise par exemple), la révolution efface les provinces par les départements. Mais ensuite, une fois la citoyenneté perdue, le provincial réel va naître comme forme de citoyenneté impossible à assumer. C’est un peu comme le statut des femmes. Inexistant avant la révolution, par le droit au divorce par exemple, il va prendre forme, et quand le Code civil ramène la femme à la "maison", c’est une femme objet qui apparaît. Sur ce point la révolution de 1848 en rajoute une couche en donnant le suffrage « universel » aux hommes, ce qui, en retour, renvoie encore plus la femme dans l’objet. Je me passionne autant pour les effets de la révolution que ceux de la contre-révolution qui ne peuvent être le retour à une situation antérieure, même si à un moment on parla de « restauration ». Bref, j’avais traité l’exemple ci-dessous. JPD

 Jean-Paul DAMAGGIO : 

 DU CITOYEN AU PROVINCIAL A PARTIR D’UNE LETTRE EN OCCITAN

 Pour base de mon intervention, un document minable. Une lettre personnelle qu'un ami envoie de St-Porquier, près de Montauban, à un député au Conseil des Cinq-Cents, lettre qui est en occitan.Pour élever le niveau, je vais me permettre tout d'abord quelques mots sur celui qui reçoit la lettre. N'est pas, en effet, député aux Cinq-Cents qui veut, surtout en cette période trouble qu'est le Directoire. Le député s'appelle Poncet-Delpech, il est républicain, plutôt âgé, la cinquantaine, et c'est important par rapport au contenu de la lettre. L'originalité de cet homme tient au fait qu'il fut aussi député aux Etats Généraux, neuf ans auparavant. Député du Tiers, il est comme la majorité des autres élus un homme de loi.

A travers ce personnage et cette lettre de décembre 1797, nous allons tenter une étude sur ce qui m'est apparu une des mutations provoquées par La Révolution, le passage de l'état de citoyen à celui de provincial. Bien évidemment, il faudra essayer de s'entendre sur ces mots de citoyen et de provincial et comprendre dès le départ que je n'aspire pas à tirer de ce cas des leçons générales et définitives.

A - Poncet-Delpech en 1789

Né en 1743 à Montauban, il a donc 46 ans. En tant que député, il est à Paris, installé chez Olympe de Gouges, et participe si activement aux séances des Etats Généraux qu'il peut en écrire des comptes-rendus personnels, envoyés au journal de Montauban, le Journal National, qui les publie sans problème. L'objet d'aujourd'hui n'est pas, comme le voudraient les sollicitations de 1988 qui nous poussent à étudier avant tout 1789, de s'attarder sur ce point. Mais pour toucher du doigt cette activité du citoyen Poncet-Delpech, voici un écho de son projet de déclaration des droits de l'homme à partir de ce qu'il dit sur la religion :

« Religion:

article XV : La Loi ne pouvant que punir les crimes, la Religion et la Morale doivent les prévenir ; la Religion doit donc aider la Loi.

article XVI : Pour que la Religion ait une force morale, il faut une unité de moyens ; la Religion doit donc être unie : plusieurs Religions détruiraient la force qui est nécessaire d’une seule.

article XVII : La Religion exige un culte ; le respect pour la Religion et le Culte est donc nécessaire. »

Vous pouvez mesurer l'écart entre les idées de Poncet et celles du texte officiel. Poncet réfléchit, agit, travaille et s'inscrit pleinement dans le bouillonnement de 1789.

Mais ne nous dispersons pas. Convenons donc que cet extrait de document suffit pour établir que Poncet-Delpech se comporte en citoyen comme la majorité des députés aux Etats Généraux. Il a sans aucun doute une vie personnelle loin de la politique mais il a d'abord une vie politique.

Si vous posez ce fait comme une évidence de départ, pour le moment je ne vous ai rien appris. Si, au contraire, vous considérez qu'il faut beaucoup de volonté pour pouvoir intervenir sur le chantier du politique, alors vous constatez que cet homme de province, ce Montalbanais, se donna très vite les dimensions d'un législateur. Il était à Paris pour s'occuper des affaires du pays.

D'une part, il se devait de le faire vis-à-vis des autres députés dont le sacerdoce a été si bien dépeint par Mirabeau :

« Quelle est cette insoutenable dictature ? (ici, celle du Roi en juin 89) l'appareil des armes, la violation du temple national, pour vous commander d'être heureux ! Qui vous fait ce commandement ? Votre mandataire! Qui vous donne des lois impérieuses ? Votre mandataire ! Lui qui doit les recevoir de nous, Messieurs, qui sommes revêtus d'un sacerdoce politique et inviolable, de nous, enfin de qui seuls 25 millions d'hommes attendent un bonheur certain parce qu'il doit être consenti, donné et reçu par tous. »

D'autre part, il se devait de le faire vis-à-vis de ses électeurs dont il voulait être le digne représentant, c'est-à-dire plus qu'un député.

Bref, Poncet-Delpech était le citoyen d'un pays qui n'était pas encore en république.

B – Poncet-Delpech en 1793

Avant d'en venir à la lettre, il me parait indispensable, même en procédant par grandes enjambées, de m'arrêter à 1793, sous peine d'un triste dérapage.

Vous le savez, après l'Assemblée Nationale, Poncet-Delpech ne pouvait pas être élu à l'Assemblée Législative. A sa place, c'est un noble révolutionnaire de Montauban qui sera élu au sein de la députation du Lot : Dupuy-Montbrun. Ensuite, il ne pouvait être élu à la Convention car l'ascendance de Jeanbon Saint André était telle dans la ville que ce poste lui revenait. Bien évidemment, ces élections-là ne se faisaient pas au niveau de la ville de Montauban, mais il se trouve que la députation du Lot a toujours comporté un Montalbanais.

Poncet-Delpech en 1793 est donc simple notable municipal. La municipalité de la ville sans être sans-culotte se garda bien de faire du tort au puissant Comité de Salut Public local qui deviendra Comité de Sûreté Générale. Cette appellation conforme aux lois ne doit pas cacher que le comité ne se conforma pas aux lois. D'abord, il était unique sur la ville et, de plus, il put obtenir d'être le surveillant de tous les comités du Lot.

Poncet-Delpech était-il montagnard ?

On a vu qu'en 1789 il avait écrit dans le Journal National. C'était la suite d’une collaboration entreprise avant même la Révolution avec Vincent Teulières pour la publication du premier journal de la ville. Cette collaboration aurait pu lui coûter cher car ensuite Vincent Teulières se révéla monarchiste. Quand Poncet abandonna cet ami, il était encore à Paris où il adhéra aux Feuillants. Là aussi, il sut abandonner assez vite ce groupe pour rejoindre les Jacobins. Il se trouve donc en 1793 avec la municipalité de Montauban proche des Montagnards et, comme pour 1789, je vais retenir un seul fait pour cette période : le texte que Poncet-Delpech prononce à la première fête de la Raison qui s'est tenue à Montauban le 10 frimaire an II (30 novembre 1793).

Il faut faire observer la date précoce de cette fête et le fait que, dès le départ, Poncet-Delpech y défend vaillamment le nouveau culte.

Voici comment il commence ce discours :

«  Citoyens, Le mensonge et l'erreur ont de tout temps gouverné le monde. Les peuples anciens et modernes ont subi tour à tour ce joug humiliant imposé à la faiblesse humaine. Partout les fables les plus grossières, les dogmes les plus absurdes ont eu des partisans et des prosélytes. Partout des préjugés superstitieux ont corrompu chez les nations la politique, la morale et le bonheur du genre humain. La cause de cette funeste dégradation est assez connue : l'homme qui se dépouille des droits qu'il tient de la nature perd bientôt sa dignité et l'usage de sa raison. »

Je comprends qu'on puisse avoir envie de se lancer dans l'étude de cet événement et dans le rôle qui joua Poncet-Delpech, mais je rappelle, une fois de plus, qu'un document minable attend notre analyse, donc finissons-en avec le Poncet-Delpech de 1793. Pour ne pas perdre le fil, en conclusion de cette partie, posons tout de même cette question avec un début de réponse : Poncet- Delpech est-il encore un citoyen ?

Il l'est à double titre. Au titre de bourgeois soucieux d'assumer son rôle de bourgeois. En 1789, il s'était chargé de représenter les intérêts populaires et donc nationaux. En 1793, il se charge d'éduquer le peuple. Même démarche, même citoyenneté.

Mais cette fois, il est en plus citoyen reconnu, et il a le titre de citoyen (citoyen dans les faits et dans le mot). II faut savoir pour comprendre cette notion peu orthodoxe qu'en 1793 son Discours au Temple de la Raison est imprimé et diffusé sur décision de la Société populaire.

De Montauban, Poncet-Delpech s'adresse à la France entière par le réseau hautement significatif des Sociétés populaires. Poncet-Delpcch sera heureux de noter sur son journal intime les retours de cette initiative et en particulier que la société parisienne des Jacobins, mais aussi d'autres sociétés du pays, liront et apprécieront son discours.

Plus que jamais, en 1793, Poncet-Delpech est un citoyen.

C – Poncet-Delpech en 1797

Poncet-Delpech va mener bataille pour se faire élire au nouveau corps législatif qui remplace la Convention suivant ce que fixe la Constitution de l'an III. Trop républicain, il échoue après des péripéties sans nom qui aboutirent à deux Assemblées électorales distinctes. Sur décision du Directoire, il est déclaré élu. Il est donc à Paris en décembre 1797. Et là, un ami intime lui écrit en réponse à une de ses lettres. Nous n’avons malheureusement pas la lettre de Poncet- Delpech mais celle de son correspondant retrouvée dans un petit dossier d'archives qui rassemble quelques manuscrits de Poncet-Delpech.

Et, première surprise : cette lettre est en occitan. Malgré la richesse des archives du Tarn et Garonne concernant la Révolution, on ne trouve en cette langue qu'un texte de l'évêque bien connu : Sermet.

Et maintenant cette lettre dont nous allons étudier d'abord le contenu avant de passer à la question linguistique.

1. Contenu de la lettre

a) L'assurance qu'elle est écrite entre deux amis intimes et qu'elle n'est pas d'un simple plaisantin qui aurait écrit à l'occasion à Poncet.

b) L'importance des questions amoureuses pour ne pas dire sexuelles.

c) L'affirmation d'une identité gasconne différente de l'idée parisienne.

d) La tentative, sur la base du sujet, d'une définition de la différenciation en question.

Je ne prétends pas qu'il y a d'un côté les questions politiques importantes et de l'autre les futilités de la galanterie. A chacun d'apporter suivant son éthique les valeurs qu'il souhaite à ces deux ordres de questions. Je prétends par contre que dans le cas de 1789 le député est à Paris en tant que citoyen et que ce même député en 1797 est devenu un vrai provincial. On peut me rétorquer qu'à côté de cet échange de lettres galantes Poncet-Delpech s'activa aussi sur le terrain de la politique. Dune part, rien ne l'indique et, d'autre part, les Conseils sous le Directoire savaient bien qu'ils ne représentaient rien.

18 fructidor an V (4 septembre 1797) : coup d’Etat du Directoire et les élections sont cassées.

22 floréal an VI (11 mai 1798) : coup d'Etat du Directoire et les élections sont cassées.

30 prairial an VII (18 juin 1799) : il est vrai cette fois il s'agit d'un Coup d’Etat des Conseils contre le Directoire.

19 brumaire an VIII (10 novembre 1799) : j'ai envie de dire : et enfin le Coup d'Etat de Bonaparte.

Cette disparition de l'activité politique de Poncet-Delpech est d'autant plus nette que le 19 brumaire an VIII un autre député du Lot, le Moissagais Delbrel, qui lui, avait été député à la Convention, gagna le droit à l'exil à cause de son action (il s'oppose de manière très forte au coup d'Etat). Il s'en trouva donc des décidés à se défendre et à rester citoyens. Mais ils furent la minorité et de vouloir exercer ce droit, ça le leur fit perdre !

En conséquence, Poncet-Delpech, très apte à sentir le vent, préféra s'intéresser aux femmes qu'aux lois, aux plaisirs qu'aux devoirs, à sa personne qu'à son rôle. Plus question d'envoyer à Montauban le résultat des débats au Conseil des Cinq-cents. Est-ce que pour moi le provincial est le député qui déserte sa fonction ? Nous y reviendrons en conclusion. Passons tout de même aux questions linguistiques.

2 - Voici la lettre traduite (1)

"A St Porquier le 27 frimaire an VI de la République

Delaux a son ami Poncet

"Il y a longtemps que je t'aurais écrit, mon cher Poncet, s'il ne m'était pas arrivé le plus cruel accident qui puisse m'arriver. Je me suis foutu, en faisant la Ribote, un gobelet dans la main droite, ce qui me fait craindre de ne pouvoir plus m'en servir comme il faut, mais maintenant que ça va un peu mieux je m'empresse de répondre à ta lettre. Je voudrais pourtant n'être pas obligé de te parler de si loin mais comme ce désir ne peut faire qu'on puisse l'empêcher, je me contenterai de te témoigner, avec toute la sincérité dont je suis capable, la peine que je sens de te savoir si loin de moi. Je ne ferai pas une plus longue dissertation en assurance d'amitié parce que je ne sais pas dire mais, en récompense, je sais bien le penser. Je crois d'ailleurs que nous n'avons pas besoin de nous en donner des témoignages.

Je crois bien, comme tu me le marques, que le séjour de Paris est fort agréable, que l'on s'y divertit bien et que l'on y voit de jolies dames. Nous autres ne sommes pas dans le même cas. Ce pays ne vaut pas l'autre. De beaucoup s'en manque. Nous ne voyons, à la place de ces si beaux carrosses, que de chétives charrettes, à la place de ces si gentilles marquises, chargées de plâtre pour se faire la peau blanche, de rouge pour leur donner des couleurs et couvrir la jaunisse dont la débauche les gratifie, à la place des dentelles, des rubans et des taffetas dont elles sont chargées, nous ne voyons que d'humbles paysannes — ça ne fait rien — au regard doux et cependant amoureux, à la peau rude mais très blanche, aux couleurs de rose sans fard, vêtues de cotillons et de camisoles de toile ou de cadis.

Les femmes mariées de ce pays pour être plus retenues devant leurs hommes n'en foutent pas moins de bons coups dedans avec leurs galants aussi elles ne sont pas très sages faute (ou sans) de frottage d'huile de chêne (métaphore pour sexe masculin) Car je crois que les parisiennes payent cher en particulier toutes les libertés qu'elles prennent en public. Les filles qui ne sont pas mariées sont à l'unisson des mariées et la jeunesse quand elle a affaire avec elles, ne va pas écouter cela (??) en tiennent compte. Je ne t'en dis pas plus sur cet article peut-être je t'ennuierais. D'ailleurs la main qui me fait mal m'empêche d'écrire plus.

"Si tu vois quelqu'une de ces dames si bien à la mode, tu peux lui communiquer ma lettre, elle augurera bien mal de moi mais dis-lui que je suis gascon. Adieu. Ta sœur et ton beau-frère se portent bien, ils m'ont chargé de te dire mille caresses de leur part ainsi qu'à ton père et ta mère. J’espère qu'ils ne m'oublieront pas auprès d'eux. Mon frère vous dit à tous mille choses ainsi que mes parents. Adieu tout à toi."

3 La question linguistique

Vous avez dû déjà noter dans votre vie personnelle que la langue employée est plus porteuse de sens que le sens même de la langue. Si je dis aujourd'hui dans le cadre de certains débats politiques : étudions les rapports Sud/Nord, vous notez combien ça sonne mal à votre oreille. Il est si simple et si beau de parler des rapports Nord/ Sud.

Donc, Delaux, en décidant d'utiliser l'occitan, signifie quoi ?

a) que Poncet connaissait cette langue. Une fois de plus, une évidence de départ, mais dans ses multiples écrits (et il écrit tant et plus) rien, absolument rien, ne laissait supposer une telle connaissance de la part de Poncet. Il est donc non négligeable d'en avoir une preuve concrète.

b) que Delaux devait mieux connaître l'écriture du français que de l'occitan car, c'est le moins qu'on puisse dire, sa maîtrise de l'écrit occitan est minime.

c) que pourtant l'emploi de cette langue s'imposa.

La clé réside-t-elle dans cette part de phrase :

" Cé béses quaouquno d'aquelos damos ta pla a la modo y pos communiqua ma letro, ogurara pla mal de you mai digoy que soun gascou.',

Notons que Delaux est effectivement gascon. Habitant au sud de Montauban, il est de l'autre côté de la limite occitane par rapport au Quercy.

Mais que peut signifier ce " dis-lui que je suis gascon" ? Est-ce une excuse à son langage cru ? Est-ce un moyen de faire comprendre son langage cru ? Est-ce un moyen de se défendre face au poids des marquises ? Est-ce une revendication d'identité positive ?

En fait, l'emploi de la langue occitane et cette conclusion "dis- lui que je suis gascon" signifie qu'il y a deux mondes : le monde officiel et le monde à côté de l'officiel. L'esprit provincial c'est l'art de savoir se mettre à côté. Ni contre, ni ailleurs, mais à côté. Ni au-dessus, ni au-dessous, mais simplement à côté. J'y insiste. Le provincial laisse aller la société pour le cas où elle veut aller quelque part. Il s'agit d'une position de repli, d'attente. Delaux n'est pas jaloux de Poncet. II n'est pas davantage envieux. Il argumente même pour dire que de son côté il y a plus de vérité, de vie vivante. S'il peut être ainsi, c'est-à-dire à côté, c'est parce qu'il est gascon.

Mais n'était-on pas davantage provincial avant la Révolution du temps où justement existaient les provinces ?

En 1776, Poncet était rédacteur du premier journal à Montauban.  On peut penser que c'est lui qui y écrivit cet article dont voici un extrait :

« Je feuilletais dernièrement la Bibliothèque poudreuse d'un vieux gentilhomme, mon voisin et mon ami. Parmi une foule de Livres que je parcourus, je lus tout entier un Recueil de Poésies Languedociennes, qui n'avaient pas vu le jour depuis plus de cent ans peut-être. Les feuillets par une longue habitude, s'étaient tellement collés l'un à l’autre qu'il fallut employer le fer et l'eau pour les séparer. Les petits poèmes qu'ils renfermaient me parurent les meilleurs que nous ayons en idiome patois, ils respirent une douce sensibilité et une imagination gracieuse.

Leur style est également éloigné du néologisme bizarre de Goudouli et de la sécheresse de Dastros. L'Auteur, qui n'est pas nommé, me semble antérieur à ces poètes plus célèbres que célébrés (...). Je donnerai ici la traduction de la fin d'une de ces pièces qui a pour titre « Abis a la poulidos » ."

Sous l'Ancien Régime, la contradiction apparaît nette quand on lit les deux expressions : Poésies Languedociennes et idiome patois. Le provincial ne savait pas encore qui il était. Il hésitait. A partir du moment où le provincial fait l'expérience de la citoyenneté, s'il redevient provincial alors il l'est pleinement et il n'a plus à hésiter. Il oubliera les Poésies Languedociennes et ne retiendra que l'idiome patois.

Voilà comment je saisis le cheminement qui pousse l'homme à sortir d'un état de sujet du Roi pour atteindre celui de citoyen et pour retomber ensuite dans le provincial. Observons que dans ce texte de 1776 est proposée à la fin une traduction d'une poésie sur le sujet du rapport amoureux comme dans les lettres de 1797, un peu comme s'il y avait retour à la case départ, mais pour moi un retour aggravé. Et puisqu'il s'agit de parler de femmes, permettez un rapprochement avec un hors- sujet.

Dominique Godineau dans son livre Les Citoyennes tricoteuses note : "L'Ancien régime faisait des femmes des mineures juridiques. La révolution reconnut leur existence civile, leur personnalité juridique." Puis elle note comment à partir de 1794, cette citoyenneté leur est refusée. Pour moi, le moyen central de ce refus sera la mise sur pied juridique du statut de l'enfant mineur. La femme sera d'autant plus chargée de s'occuper de l'éducation de l'enfant, moyen qui rend cette situation (le refus de la citoyenneté) supporable et parfois désirable. Ainsi elle est poussée à se rendre complice de la reproduction des rapports sociaux qui l'oppriment.

Pour revenir à Poncvet-Delpech, je veux ajouter que le provincialisme ne tient donc pas en priorité à un lieu, à un état d'esprit mais à une démarche pratique : l'abandon de souveraineté. Pour un député, c'est l'abandon de sa fonction.

Et pour terminer, quelques questions :

1. Ne suis-je pas moi-même intervenu en provincial ? J'indique sans répondre que cette intervention s'inscrit dans un ensemble plus vaste d'interventions sur la Révolution et qu'en même temps j'agis au sein du mouvement occitan.

2. Justement, ne suis-je pas allé chercher ce document pour justifier une idée préétablie ? Si j'avais voulu le chercher, je ne l'aurais pas trouvé et d'idées je n'en avais guère avant cette rencontre.

3. Mais suis-je bien dans le sujet du colloque ou à côté ?

Il y a dans le titre Révolution et Province et je crois avoir parlé de la Révolution et de la Province. Mais les mentalités et expressions populaires ?

Au sujet des mentalités, Michel Voyelle note qu'en réponse à son livre La Mentalité révolutionnaire, des Italiens lui ont répondu que la Révolution n'était pas une mentalité, ce à quoi il ajoute : « Saine mise en garde à laquelle l'auteur n'est pas insensible mais on peut, sans confondre la Révolution avec un phénomène de mentalité, faisant abstraction de tout ce qui tient aux conditionnements objectifs d’une part, à l'idéologie de l'autre, être attentif au poids de ces facteurs de mentalités dans le processus révolutionnaire, qu'ils expliquent les « résistances » rencontrées, ou au contraire les expressions de la prise de conscience révolutionnaire. »

Et c'est un peu à la lumière de cette phrase que j'ai écouté et vais écouter les interventions. Pour ma part, en conclusion, j'indique que cette lettre en occitan m'a fait mesurer que Sade, qui participa à la Révolution, n'est pas intervenu par ses œuvres littéraires, hors du réel, et il y a là, je crois, question de mentalités. JP Damaggio

 

(1)" a st pourquié l'ou 27 frimary sixiemo annado republicano Delaoux asoun amic pouncét

Y a loungteinps qué taouyouu escriout moun cher pouncèt cé n'ou m'ere pas arribat l'ou pus cruél accident qué pousquesso m'arriba, mé soun foutut en fan la Riboto un goubelét dins la ma dretto que mé fa crégné de poudé plus min serbi coumo cal, mis aro qua quo ba un paou minou m'enpréssi de réspondre a ta letro. bouldroou pourtant plan néstré pas oubligeat de té parla dé ta leng més coumo qui boulé fa qui nou pot pas émpatcha mé counténtareï de te témoigna am mé touto la sincéritat dount soou capablé la péno qué sentisi dé té sabé ta leng dé you nou faré pas uno maï lougo Dissertatiou én asségurénso d'amistat parsoqué ô sabi pas diré mès en récoumpenso ô sabi pla pensa cresi dailleurs qui n'aben pas bésoun de n'oun douna dé témoignatché.

" You cresi pla couina o mi margés l'ou séjour dé paris és fort agréablé qé l'on si dibértis pla ét qé l'on y bey dé poulidos damas nousaous sin pas faïs am mo quo, questé païs n'ou bal pas laoutré dé pla séin manqo, nousaous n'ou bésèn la plaça d'aqès ta bels carrossos que dé chetibos carrétos, e la plaso d'aquellos ta jantios marqisos engrésidos dé plastré per fa la pel blanqo, dé rougi per lou douna dé coulours et capela la jaouisso doun la débaoucho las gratifico, a la plaço dé la dantelos, des rubans et dès taffetas d'oun soun capeladas, nou faires n'ou bésèn disi qui d'humblos paysantos al régard doux ét pas méns amouroux a la pél rudo méns prou blanquo a la coulous dé rosos sans fard, bestidos d'un coutillou et d'uno camisolo de telo o dé cadis.

Las fénnos maridados d'aqesté pais perestré maï retengudos dabans lours homés noun fouto pas moins de bounis cops dans mé lous galans tabé. N'ou soun pas satchetos acap de fretado d'holi de cassé ! Car you cresi que las parisiénos pagou car e particulier toutos las libertats qui prénou en public. Las fillias que soun amarida soun a lunissou de las maridados, ét la junesso qan affar am ellos n'ouban pas o éqouta tabé lou ? néton counté, nouten disi pas maït sur aqél articlé béleou tanuyaioou la ma dailleurs qui mé fa mal mempatcho d’escrioure maï.

" Ci bésés quaouquno d'aquellos damas ta pla a la modo y pos communiqua ma letro ogurara pla mal de you mai digoy que soun gascou.

Adiou ta so et toun bél fraire si portas pla, man cargat dé té dire millo carresos dé lour part ainsi qu'à toun péro e a ta mero esperi qui m'oubliraran pas al prép d'ellis. Moun fraïre bous disou a toutis milles caousos ensi qué mous parens adiou tout atu

"Delaoux fils aynat”

 

(traduction réalisée avec l'aide de René Merle que je remercie)

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 14:54

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Depuis quatre ans, je travaille à l’étude des élections municipales montalbanaises. J’ai voulu retrouver des poèmes de Rolnd Garrigues, devenu maire socialiste de 1993 à 2001, qu’il m’avait envoyés pour un journal que nous faisions avec l’ami René Merle : Tr’oc un journal-tribune. J’ai alors décidé de mettre sur le blog la liste des articles. Un journal où dans le même numéro vous pouviez lire le célèbre linguistique Georges Mounin et le philosophe Daniel Bensaïd ! JPD

 

Pour Jean-Paul Damaggio j’ai écrit JPD et pour Renat Merle RM.

 Janvier 1991

N°1 – Mickiewicz – Du n°0 au n°1 JPD ; Palombella Rossa ? JPD ; Diférencias I Pasolini 1922-1975 RM ; A toteis auqelei que volon que sa linga siegue parlada Elisabeth Mallet

 

N° 2 – Gramsci, Diférencias II Joan Bodon 1920-1975 ; Contradiccions Glaudi Barsotti ; suite article de E. %Mallet ; mot d’Yves Gautier ; Golfe… de Gascogne JPD

 

N° 3 –La minuta de provocacion, dessin de F. Figeac ;  Daudet ici ¡? JPD : Diférencia III Handi-bag e Vent-Terral RN ; Letra duberta a E. Mallet, Peyre Paul ; A prepaus de normalisacion, Jaume Pietri

 

N° 4 – Amic, Amiga ? RN ; Le rendez-vous des quais, E. Damofli ; Dessins Figeac ; La guèrra del Golf, Cristian Laus ; D’Andalosias novelas, Bernard Ely ; Leçons de Morale, Lucien Bonnafé ; Lecture de « Lettres de Vienne » Terri(s)toire ? JPD (un livre de Robert Lafont)

 

N° 5 – Ais abonnats et non-abonats, RM ; Lo teatre de la Rampa per Provença et Daufinat Colette Chauvin ; Voyage d’un âne réboussié à travers l’occitanie, Jean-Marie Marconot ; Mister Golfe et docteur Oc : RM et JPD ; La canes de Midas de Max Rouqueta, Philippe Malrieu ; Occcitanisme et politique

 

N° 6-7 – Une quête d’Uzeste : le barbar’oc, JPD ; Laus de la dialectica, Robert Lafont ; Limoges ville rouge ? JPD (compte-rendu d’un livre de ce titre) ; Per lo TGV Joan Fieschi ; I corsi Fora ! Jaume Pietri ; Roge singlar cerca ciutat Ives Andrieu ; Je pense, donc … ? RM Folia a la provençala, Peiron Assante

 

N° 8 – Ensenhament 91, Florian Vernet ; Siam Fotuts ? Joan Sibille ; Doctor Gardy et Mister Verdié RM ; Sur la rectification de l’orthographe, G. Mounin ; dessins de Felipe Sabatiér ; Montauban-Marseille, JPD, dessin Figeac ; Une lecture d’Olympe de Gouges JPD

 

N° 9 – Bilinguismes enfantins, Georges Mounin ; AG de l’IEO, J-P Thibault-Delpuech ; Gaston Febus lo mite, Joan Eygun ; “Dances with wolves” and « war party » JPD ; Oc d’été en théâtrie Claude Alranc ; Lombardia, RN.

 

N° 10 - De l’empec deux utis informatics, Joan Eygun, Elei e n’autrei. I Occitan Blos ? RM ; Occitans se cal relevar las margas, Claudi Molinier ; Festival d’Uzeste 91 Elisabeth Mallet

 

N° 11 – Un bilan en forme de projet, RN et JPD ; et Fourès en lauragais, JPD ; Acta non est Fabula, Joan Sibille ; Oc d’hiver en Créatie, Claudi Alranc ; Elei e n’autrei II Mort d’un poèta RM, Ai resistents de Locmine Joan Fiechi

 

N° 12 – Sauvar nostrei regions ? Jaume Pietri ; La batalha de la lenga Cristian Laus ; Ensenhar l’occitan : innovar o crebas, Agnès Lobier ; A Claude Altanc J-M Buge ; Unitat RM ; Enseigner l’occitan en terminale, A. Faure ; Acamps Elisabeth Malet ; Iogoslavia ? JPD ; Cultiver le multicolore, JPD

 

Janvier 1992

N° 13 – Histoires de l’accordéon, JPD ;  De besonhs de lenga, Cristian Laux ; Aprep Maastgricht : a vosautres de jogar, Robert Lafont ; A et O, RM ;

 

N° 14 – Nacionalisme, JPD et RM ; Dialogue très astral, JPD ; La pierre de patience, Francine Rabelino ; Occitanisme, oc J-M Buge ; Trois études sur la lange, G. Mounin ; Occitanitat, B. Ely ; Du vécu à l’autogestion Daniel Bensaïd ; Le PCF et la culture occitane, Maurice Verdier ; Ve Victis, Jacme Serbat

 

N° 15 – Succursalisme, Jordi Blanc ; L’occitanisme vegut d’Auvernha Tiène Codert ; La délocalisation, Alan Rainal ; Le nationalisme, J-P Thinbaut ; Questions à un candidat, Claire Toreilles ; Messatges, Renat Merle

 

N° 16 – To be or not to be, Jaume Pietri ; Enfortir una meteissa cultura, aprofondir en las diferéncias, Lluis Fornès ; Eleccions : cronica d’una desfacha anonciada, J-P Thibault ; Question de modèle ¡ JPD

 

N° 17 – M. Miniussi, RM et Bernat Manciet ; une minorité au sein de l’occitanie italienne, Osvaldo Coisson ; Contes de las doas bocas, Colette Chauvin ; El rostre de l’idol, RM ; A Jordi Blanc, Peire Assante ; le point de vue d’un Vert, Yves Frémion ; poèmes de Roland Garrigues

 

N° 18 – L’universel pluriel, JPD ; 22 de març, la darrière desfacha ? J-P Thibaut ; Canto, canto provençau, Alex Massari ; article d’Elisabeth Mallet ; lettre d’André Faure ; Identitat I « normats » e/o « anormaus » ? RM ; Un miracle Lluis Fornés ; Colloque, Joan Sibille

 

N° 19 – Dictionnaires d’hier, et d’aneit, d’anueit, d’anuèch JPD ; Monsieur Faure, Claude Sicre ; A J-Thibaut, C. Laux ; Identitat II, RM ; Lo gascon, lenga dau pole gascon, Jean Lafitta ; les orientations de la normalisation linguistique corse, Jean-Marie Comiti

 

N° 20-21 – Identita III RM ; Toquètz pas a la lenga de mon papet ! Jacme Pietri ; article Elisabeth Mallet ; Tr’oc osca, F-M Castan ; Civilisation J-M Buge ; Eleccions, quinas eleccions ? J-P Thibault ; 2000 manca : Enric Damofli ; Carmaux, Tarn, France, JPD

 

N° 22 – L’occitanie italiene, Osvaldo Coisson ; Du roi au marceau de bois, JPD ; G. Mounin RM ; Una remarca sur l’identitat europèa, F-M Castan ; Ex com’aquo, Joan Fieschi

 

N° 23 – Carrièra-bis Claude Alranq ; Ua revista occitana en Gasconha, ahida e trebucs, Jan Eygun ; au miroir de Libé, RM ; Es pas parier Elisabeth Mallet ; Flamenca, JPD ; Arriverci tr’oc ? RM

 

N° 24 – Lettres de Cristian Laux, Philippe Malrieu, RM, Passejada mentonasca, JL Caserio ; L’identitat dels Franceses, C. Laux ; Les cahiers de Garlaban Jaume Piétri ; quelle poésie d’oc aujourd’hui J-L Pouliquen, Oc, seminari permanent Lluis Fornès ; Manifesto, RM

 

 

N° 25 décembre 1992 La fin du mensuel lettes, dialogues occitanistes, JPD et Orientacion RM

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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 10:23

Texte publié dans la revue Lengas n°17 qui reprend les interventions d’un colloque tenu à Montpellier en 1985 à l’initiative de l’association Obradors et portant sur la question linguistique et la révolution française.

La question linguistique à Montauban (1790-1793)

1976: Les drapiers jacobins, pièce d'A. Benedetto jouée à Montauban dans le cadre du Festival d'Occitanie. La pièce est éditée avec une préface de Félix Castan et des notes (1).

Point de départ de cette pièce : la « pétition » en 1791 d'un certain Antoine Gautier-Sauzin.

Le sujet : la question linguistique à Montauban pendant la Révolution.

Originalité du propos : la langue occitane est défendue par un jacobin montalbanais.

D'où le titre de la préface de Félix Castan : « Robespierre anti-Grégoire ».

En notes, A. Benedetto publie des extraits du courrier qu'il a échangé à ce sujet avec son préfacier : il souhaitait trouver un jacobin défendant la langue d'oc ; Castan lui répond : nous l'avons, avec Antoine Gautier-Sauzin, l'auteur de la fameuse « pétition ». Mais nous sommes cependant prévenus : ce Gautier-Sauzin demeure par ailleurs un inconnu.

La « pétition » d'Antoine Gautier-Sauzin (datée du 18 décembre 1791)

En 1976, au moment même où A. Benedetto prépare sa pièce, la « pétition » sort de l'ombre, grâce au livre Une politique de la langue (2). Il s'agit d'un texte de cinq pages, envoyé à Grégoire. Ce n'est pas une réponse au questionnaire que le député avait envoyé, mais, vraisemblablement, un ensemble de réflexions qui fait suite au plan d'Instruction publique. Dans un premier temps, retenons de cette « pétition » les points suivants :

— Gautier, pour désigner l'occitan, utilise successivement les termes ou formules: «leur [= des paysans] idiome naturel», «leur langue maternelle», «les idiomes méridionaux», «langue naturelle», «leur idiome naturel», «leur idiome particulier». On imagine la réaction de Grégoire à la lecture d'un tel texte ! Comment un petit cultivateur de Montauban avait-il pu écrire de la sorte ? D'autant qu'il précise par exemple : « Oh ! qu'on ne croie pas que ces divers idiomes méridionaux ne sont que de purs jargons : ce sont de vraies langues, tout aussi anciennes que la plupart de nos langues modernes ; tout aussi riches, tout aussi abondantes en expressions nobles et hardies, en tropes, en métaphores, qu'aucune des langues de l'Europe : les poésies immortelles de Goudelin en sont une preuve sans réplique.»

— Gautier exprime clairement sa volonté d'inscrire sa proposition d'enseignement en occitan dans le cadre des combats de la Révolution : « Les habitants de nos contrées sont encore bien loin d'avoir une idée nette, non seulement de notre sublime Constitution, mais même de l'immense révolution qui s'est opérée dans le royaume, et pour ainsi dire autour d'eux.» ; «La Nation, en se reconstituant, a sagement proscrit de son sein toute distinction d'ordres, de rangs, de privilèges, et n'a conservé de considération personnelle que celle qu'il importe si fort d'attribuer aux talents qui servent ou défendent la patrie et aux arts qui l'embellissent».

De telles phrases, à coup sûr, sont assez vagues, mais le texte de Gautier n'avait pas pour but de développer les idées de son auteur au sujet de la Révolution : il s'agissait d'abord de proposer des moyens convenables pour instruire les gens des campagnes. Et comme ceux- ci ne parlent pas le français, « il se préserve ici une difficulté de détail qui par son importance mérite d'être examinée et discutée avec quelque attention. » « Un détail important » qui constitue précisément le sujet de ce colloque !

En réalité, les problèmes principalement évoqués par Gautier-Sauzin sont les suivants :

—         celui de la langue et de son statut : qu'est ce qu'une « vraie langue » ?

—         celui de la langue et de son enseignement : que peut-on enseigner, et surtout, à qui ?

—         celui de la langue des campagnes : comment combattre l'ignorance des campagnes ?

—         celui de la langue et de la Révolution : quelle langue pour la Révolution ?

Montauban et sa Société Populaire

« Si Toulouse, capitale administrative incontestée, reste la plus grande ville de la région, Montauban en 1790 se situe en seconde position, avec ses 28 milliers d'habitants, ce qui représente entre la moitié et les trois cinquièmes de la population de Toulouse, le double de celle de Pau, le quadruple de celle de Perpignan » ; « au point de vue industriel, elle l'emporte nettement sur sa puissante mais somnolente voisine » (3). La Société populaire de Montauban a été créée après les événements tragiques du 10 mai 1790 (4) ; née de la fusion de trois sociétés, elle étendit peu à peu son pouvoir. Dans l'étude minutieuse qu’il lui a consacrée, Galabert, montre que les pauvres n'étaient pas tenu de payer pour en devenir membre : pour s'opposer aux royalistes, les révolutionnaires pouvaient ainsi regrouper plus facilement l'ensemble des forces qui leur étaient favorables (5). Mais cet accueil fait aux plus pauvres avait des limites : lorsque des brochures sont imprimées à l'intention des membres, sur les 1500 exemplaires tirés, une centaine d'exemplaires gratuits sont réservés pour les plus démunis ; mais, si l'on compare ces deux chiffres aux huit mille ouvriers montalbanais de l'époque, on comprend qu'il ne faut pas assimiler la Société populaire à l'ensemble du peuple de Montauban.

Bien que minoritaire, la Société ne manqua cependant pas d'ambitions. Si en 1790 la municipalité ne lui est pas favorable, à partir de 1792, la situation change et elle finit par imposer ses propres candidats. Par ailleurs, elle s'évertua à étendre son emprise géographique : le Comité de Salut Public créé en mars 1793 sous l'impulsion de Jean Bon Saint-André, venu comme représentant en mission, s'efforça d'étendre son autorité à l'ensemble du département du Lot.

A considérer les registres de la Société populaire montalbanaise, on constate que la question linguistique n'y occupe qu'une place très réduite, qui contraste avec celle accordée aux problèmes militaires, religieux ou sociaux. On note :

—         27 septembre 1790 : présidence Gautier. Lecture a été faite d'un imprimé portant pour titre Signalement des Aristocrates à l'Assemblée Nationale; ayant pour devise « Tu es un homme aujourd'hui, demain peut-être rien. Ton devoir ici-bas est d'être homme de bien », de l'Imprimerie Letellier. Sur quoi il a été délibéré de le faire imprimer après l'avoir préalablement traduit en « idiome gascon ». A cet effet une commission est nommée.

—         7 novembre 1790 : sur le choix de deux traductions « patoises » qui ont été faites au sujet de l'imprimé sur le Signalement des Aristocrates.

—         9 janvier 1791: l'abbé Calmels a demandé à l'assemblée son agrément pour faire périodiquement dans le local de la société, les jours qu'elle indiquera, une instruction patriotique et publique pour les enfants et les habitants de la ville et de la campagne non lettrés, dans laquelle il offre d'expliquer gratuitement tant en français qu'en « langue vulgaire » tous les avantages de la Constitution et des décrets acceptés ou sanctionnés par le Roi. Rivals, qui est protestant, se joint à cette proposition.

—         15 mai 1791 : il a été fait lecture d'un Dialogue en « patois » au sujet de la nomination de M. Sermet évêque de Toulouse. Ce dialogue a reçu les applaudissements de l'assemblée.

—         22 mai 1791: lecture d'un Dialogue en « patois » relatif à l'impôt qui a été vivement applaudi.

— 25 septembre 1791 : l'abbé Bernardy ayant pris la parole a prononcé à la tribune un poème dans l'idiome « patois ». Vifs applaudissements Le président a aussi témoigné la satisfaction de l'assemblée.

Par la suite, plus aucune indication de cette sorte n'apparaît. F. Galabert, par ailleurs, indique que, le dimanche, pour que les gens de la campagne puissent participer, les réunions se tenaient en patois. Daniel Ligou précise quant à lui que « maintes fois la Société donne lecture ou fait diffuser des dialogues occitans mettant en scène le populaire prélat féru de cette langue » (il s'agit bien sûr du R.P. Hyacinthe Sermet).

Montauban, on le voit, s'est fort peu préoccupé de la question linguistique à cette époque. Le nom donné à la langue occitane dans les registres de la société populaire : « idiome gascon », « patois » le plus souvent, est révélateur d'une situation instable, peu maîtrisée. Mais où se trouvait donc alors notre Gautier-Sauzin ? Etait-ce lui qui présidait la séance du 27 septembre 1790 ? Le questionnaire envoyé par Grégoire, en tout cas, n'est jamais évoqué dans les registres de la Société et, au moment même où Gautier-Sauzin envoie sa « pétition » à Grégoire, c'est-à-dire en décembre 1791, rien ne manifeste, dans les comptes rendus, que la question linguistique et la réponse fournie aient été mises en discussion. Qui était donc, dans ces conditions, Gautier-Sauzin ?

La famille Gautier

Les dossiers concernant la Révolution montalbanaise font immédiatement apparaître un Gautier, que j'appellerai le Gautier greffier : il occupe cette fonction de greffier de la commune en 1791 ; il devient ensuite secrétaire expéditionnaire du Comité de Salut Public en 1793 ; après thermidor, il continue à exercer cette charge auprès du Comité révolutionnaire de la ville. On le trouve, enfin, greffier au Tribunal de première instance grâce, sans nul doute, à l'appui de Jean Bon Saint-André, qui était devenu quant à lui une personnalité de l'Empire

Apparaît par ailleurs un Jean-Antoine Gautier, qui est président de la Société populaire en 1790. Président du Comité de Salut Public, il joue un rôle important dans la Révolution montalbanaise : il est en particulier élu juge de paix dès 1791 et occupera cette fonction jusqu'à la réaction thermidorienne, qui le destitue.

Un fait est certain : notre Gautier-Sauzin, de quelque façon qu'on prenne la question, n'a rien à voir avec ces divers Gautier... Pour retrouver sa trace, il faut consulter les registres d'état civil : nous y apprenons qu'il est décédé à Montauban le 17 novembre 1831, qu'il n'exerçait alors aucune profession, n'avait jamais été marié, et vivait seul. Au moment de sa mort, à l'âge de quatre vingt trois ans, il était apparemment si peu connu de ses voisins que ceux-ci ne purent, lorsqu'ils allèrent à la mairie déclarer son décès, donner le nom de ses parents (6).

Par rapport au but initial de ma recherche, qui visait à mieux situer l'auteur de la « pétition » à Grégoire sur l'échiquier politique montalbanais, afin de savoir comment celui-ci avait défendu sur le terrain la langue d'oc et comment cette défense avait été articulée avec des prises de positions politiques, je suis réduit à constater :

—         que Gautier-Sauzin préfère écrire à Paris plutôt que d'agir sur le terrain montalbanais;

—         qu'il ne s'est pas comporté comme le font habituellement les correspondants de Grégoire, c'est-à-dire en passant par une Société populaire ;

—         que ses idées politiques ne peuvent pas, dans l'état actuel de nos connaissances, être précisées.

Contrairement à ce que pose la pièce d'A. Benedetto qui m'a servi de point de départ, la rencontre ne s'est probablement pas produite, à Montauban, entre le mouvement sans-culotte et le combat pour une France plurielle en ce qui concerne la langue. Claude Mazauric, dans les Annales de la Révolution Française, n'avait pas eu besoin de faire tout ce chemin pour en arriver à une conclusion identique. Il écrit en effet, au sujet de la pièce de Benedetto et de la présentation de Castan: « Jamais Robespierre et les jacobins robespierristes après 1792 ne se sont séparés des partisans de l'unification linguistique comme Grégoire ou Barère ; remarquons d'ailleurs que les « fédéralistes » ne se seraient pas opposés à eux sur ce plan. Tous étaient persuadés en se fondant sur les conceptions linguistiques des Lumières, que le progrès de l'histoire des peuples se traduit par un progrès dans la langue et qu'agir sur la langue, c'est agir sur l'histoire ». (7)

Nous avons rencontré le nom du R.P. Sermet dans les registres de la Société populaire montalbanaise. Tout le monde s'accorde pour dire qu'il fut un défenseur de la langue d'oc. Mais Sermet, dans ses discours en occitan, ne dit strictement rien de la question linguistique. Il apporte cependant la preuve qu'il est possible de parler en occitan à propos de la Révolution. Or, entre 1790 et 1794, se produit une évolution qui fait que, dès septembre 1791, on ne s'intéresse plus à la question linguistique à Montauban. Pourquoi cette évolution ?

1792-1793

Si Gautier-Sauzin écrit en décembre 1791 à Grégoire pour prendre la défense de la langue d'oc, c'est certainement parce qu'il s'est rendu compte que quelque chose était en train de changer à ce sujet dans sa ville. Le 13 octobre 1791, la Société populaire « pénétrée de l'impression que fit sur les esprits la lecture de l'adresse de l'abbé Grégoire invita Jean Bon Saint-André à occuper le fauteuil de président. L'adresse sera imprimée pour être envoyée à toutes les sociétés affiliées du district et pour en éterniser les impressions il en sera fait lecture tous les mois. » Il est difficile de savoir en quoi consistait cette adresse de Grégoire ; par contre, les enjeux du moment, à Montauban comme dans l'ensemble du pays, apparaissent clairement : la Constituante va céder la place à la Législative. Jean Bon Saint-André, depuis le 'mois de juin, se prépare pour ces élections. A cet effet, il prend tous les pouvoirs dans la Société : Gautier est alors éliminé, et ne retrouvera sa place qu'en mai 1792, lorsqu'il redeviendra président.

Or c'est après cette élimination que la question linguistique occitane cesse d'être évoquée par la Société populaire montalbanaise. Mais cette coïncidence autorise-t-elle à supposer que nos deux Gautier se soient concertés un tant soi peu à ce moment ?... Notons par ailleurs que le nom du R.P. Sermet apparaît encore une fois en 1792 dans les registres à la date du 6 janvier : « Sermet, évêque métropolitain de Toulouse nous a envoyé une instruction pastorale dédiée aux fidèles de son diocèse qui a été accompagnée d'une lettre d'envoi dont la lecture a été faite». Y avait-il encore de l'occitan dans tout cela ?...

Ajoutons que dans le registre des délibérations du Comité de Salut Public des années 1793-1794, on ne trouve rien au sujet de la langue, ni pour la défendre, ni pour la condamner. Quelques jours avant thermidor, une femme est arrêtée parce qu'elle diffusait une chanson patoise. Mais le fait que la chanson contre-révolutionnaire ait été écrite en occitan n'est jamais mentionné par la suite dans les pièces relatives à cette affaire.

Bilan et hypothèses

Les sources, on le voit, sont rares et difficiles à interpréter. Tentons cependant de proposer quelques hypothèses explicatives. Et d'abord en ce qui concerne le problème de la langue par rapport à l'instruction publique.

La Révolution veut distribuer le savoir et se pose la question : à l'aide de quelle langue ? La conception de l'instruction publique ne peut en effet renvoyer qu'à une conception linguistique, dans une première étape. Gautier-Sauzin propose quant à lui un enseignement en langue d'oc car il juge les paysans trop peu intelligents pour pouvoir apprendre le français. Cette incapacité, pour lui, tient d'abord au type de travail qu'ils effectuent quotidiennement : « occupés, dès l'âge de raison, aux travaux continuels des champs, d'où dépend leur existence, auront-ils le temps d'étudier le français et le degré d'intelligence nécessaire pour l'entendre ? ». La réponse de Gautier-Sauzin est évidemment négative, puisqu'il renonce à proposer que le français serve à l'éducation des paysans.

Cette réflexion est d'ailleurs pour lui l'occasion de se livrer à une distribution claire des différentes classes d'individus : « C'est pourquoi l'Assemblée Constituante a cru devoir approprier son plan d'éducation à ces deux différentes classes de citoyens. Elle a destiné au peuple riche l'éducation publique proprement dite, et au peuple pauvre l'éducation publique et gratuite. De la première de ces écoles sortiront la sagesse éclairée de nos Administrateurs, l'intégrité des lumières de nos magistrats, de nos juges, la droiture de nos ministères, le génie et les vertus de nos législateurs... L'objet de la seconde sera d'apprendre aux enfants à lire avec fruit, à écrire avec une sorte d'intelligence, à calculer avec précision ; et de former leur esprit et leur cœur aux principes invariables et inséparables de la religion et de la Constitution. » Sans doute sur ce point Gautier-Sauzin et Grégoire devaient-ils se rejoindre. Mais pour atteindre un tel objectif, pour Grégoire, c'est l'instituteur créateur d'une nouvelle société qui produit l'unité nationale par le centre ; pour Gautier, c'est l'instituteur qui refuse de poser la question de l'unité, qui refuse de dépouiller le peuple de sa richesse linguistique, qui se met donc à sa portée, qui doit remplir un tel rôle.

On retrouve des enjeux similaires en ce qui concerne la question des rapports entre langue et religion. Y a-t-il eu, à Montauban, des attitudes différentes face au problème de la langue selon que l'on était catholique ou protestant ? Je remarque simplement que les défenseurs de l'occitan, en 1790-1791, sont surtout des ecclésiastiques : tel est le cas de Calmels, de Bernady, de Sermet aussi. Mais Derey, qui, comme président, félicite Bernardy pour son poème en occitan («La France régénérée») est quant à lui protestant, tout comme Jean Bon Saint-André...

Troisième point : les campagnes. C'est Grégoire qui met les campagnes au cœur de son argumentation. Gautier-Sauzin le suit parfaitement sur ce point : il n'y a pour lui dans les campagnes qu'ignorance, superstitions, etc. En contraste, relisons sur ce sujet Mary-Lafon. Voici comment il présente les campagnes montalbanaises à la même époque : « Dans les campagnes où à la fin le joug féodal était devenu trop lourd et où la dîme, la taille et la gabelle pressuraient trop cruellement la population, leur influence [des partis de la monarchie] n'était point à craindre. Mais elle dominait presque sans rivale dans la plupart des villes. Là, ils avaient eu l'art de persuader au peuple, qui ne voit jamais que le présent, que la suppression des parlements allait tarir tout à coup la source des revenus publics et ruiner la cité » (8). Et pourtant, à côté de cette analyse, voici ce que déclare, avec vingt de ses amis, le président de la Société Populaire de Villebrumier à celle de Montauban, le 24 juin 1791 :

«Nous ne sommes pas orateurs à la campagne. Aussi nous ne vous apporterons pas de discours façonné, notre dessein n'étant point de vous fatiguer d'un parlage rebattu et tout à fait inutile. Nous venons messieurs vous faire hommage de notre patriotisme qui est plus de votre goût et qui vaut mieux en effet que des paroles qui s'envolent... ». La campagne, lieu d'un certain savoir (auquel participe, entre autres choses, la langue occitane), lieu d'une certaine Révolution, va devenir un nouveau mythe. Poser la question de la langue, c'est poser parallèlement la question de ce mythe.

Et la politique ?

La politique, ce n'est pas seulement les textes législatifs, l'activité des députés, des comités... Claude Mazauric, toujours à propos de la pièce de théâtre d'A. Benedetto, après avoir évoqué Robespierre, écrit : « L'unification linguistique par le français national n'a pas seulement résulté de la politique de la langue des révolutionnaires, mais aussi d'un dessaisissement en profondeur par les masses françaises (révolutionnaires ou révolutionnées) d'une part de leurs parlers régionaux, lesquels étaient précisément adaptés aux anciennes formes de la vie sociale, notamment rurale. Remarquons que ce «dessaisissement» linguistique reflète très précisément le consentement relatif mais dominant, de la société civile dans son ensemble à l'hégémonie de la bourgeoisie révolutionnaire à la fin du 18e siècle.»

C'est à travers l'expression actuelle du mouvement occitan que j'ai tenté d'aborder cette question à partir du Montauban. C'est avec lui que je vais maintenant terminer.

Les questions qui me préoccupent sont évidemment d'ordre historique. Mais étudier la portée des effets de la Révolution française ne peut pas être une étude en dehors du temps. L'unité par le centre renvoie à l'éducation, mais aussi au politique. Or c'est cette voie, qui l'emporta finalement, qu'il convient d'examiner de près, de mesurer dans toute son ampleur.

Le politique conçu comme bonheur social distribué par le haut débouche inévitablement sur une France avec une seule langue. Le politique conçu comme bonheur individuel gagné par la lutte quotidienne représente le développement de chacun, à travers ses richesses propres, et, peut-être, une France plurielle. Ici, c'est le quotidien qui devient sacré, tandis que la religion n'est plus qu'un extérieur, ou un ailleurs, car le savoir n'est plus reçu, mais auto-construit. Gautier-Sauzin, qui décidément pensait à tout, faisait en ce domaine des propositions concrètes : «imprimer des Alphabets purement gascons, languedociens, provençaux», «établir pour chacun de ces idiomes méridionaux une orthographe uniforme et invariable». Pour lui, notons-le, la langue d'oc est multiple (9).

Ce carrefour entre langue/instruction/religion/politique peut, je pense, nous aider à mieux comprendre comment s'est construit notre pays depuis l'époque de la Révolution ; il permet en même temps de situer avec plus de précision le rôle d'un combat occitan pour le transformer aujourd'hui, au moment où la nécessité d'une France plurielle se fait jour avec force.

NOTES

1) André Benedetto, Les drapiers jacobins, Le siège de Montauban ; Mandrin, Paris, P.J. Oswald éd., 1976.

2) Michel de Certeau, Dominique Julia, Jacques Revel, Une politique de la langue, Paris, Gallimard, 1976.

3) François Grèzes-Rueff, Histoire de Montauban, Toulouse, Privat, 1984, p. 219.

4) Archives départementales de Tarn-et-Garonne, L 401, 402, 403.

5) F. Galabert, « La Société des Jacobins de Montauban », Revue d'histoire moderne et contemporaine (deux articles).

6) Archives départementale de Tarn-et-Garonne, série E, état civil.

7) Claude Mazauric, Révolution et jacobinisme, Paris, éditions Sociales, 1984 (reprend, à partir de la p. 245, l'article publié auparavant dans les Annales de la Révolution Française).

8) Mary-Lafon, Histoire d'une ville protestante, Paris, Amyot, 1862.

 

9) Gautier-Sauzin publie en 1799, chez Fontanel, Coup-d'oeil sur l'éducation.

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 12:57

En prévision d’un hommage à Guy Catusse, je suis allé revisiter quelques sources sur internet. J’ai donc eu accès à un des travaux colossaux du personnage, qui a permis la mise en ligne de la Revue Baroque si chère à Félix Castan. Je ne me souviens que de deux ou trois séances à l’Hôtel du Midi où se tenaient les colloques entraînant l’édition des revues. Les débats étaient trop savants pour ma petite tête. La vie a fait que c’est au cours de mon dernier passage dans le bureau de Félix que j’ai appris de sa bouche, la mobilisation de Guy Catusse autour de la revue. Une belle initiative qui peut élargir la diffusion de la revue. JP Damaggio

 

Présentation de la revue Baroque

La Revue Baroque fut publiée entre 1965 et 1985 à l’initiative de Felix Castan dans le cadre du Centre International de Synthèse du Baroque de Montauban, aux Editions Cocagne. Les 12 numéros publiés reprennent les actes des journées régulièrement organisées par Félix Castan, et qui réunissaient les meilleurs spécialistes français et européens. La collection complète, particulièrement riche et très difficile d’accès, est ici à nouveau rendue disponible, dans le cadre du projet européen ENBaCH (European Network for Baroque Cultural Heritage). Cette réédition est réalisée par le GRIHL (Groupe de recherches interdisciplinaires sur l'histoire du littéraire), équipe du Centre de Recherches Historiques (UMR 8558).

Guy Catusse a participé à l'aventure des colloques de Montauban ; son rôle a été crucial pour permettre notre réédition. Il nous a quittés au début du mois d'août 2012. Sans lui ce site n'existerait pas : il lui est dédié.

Les 8 premiers numéros sont d’ores et déjà en ligne. Les 4 suivants seront ajoutés progressivement.

[en fait les 4 autres ne sont toujours pas en ligne]

 http://baroque.revues.org/

 Deux autres liens :

 Un adieu écrit par Jean-Pierre Cavaillé

 Un poème dédié à Guy Catusse par une ancienne élève

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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 12:33

                             deloche-2.jpg

Le 27 avril Le Monde publie un article sur les librairies où La Librairie Deloche est citée en conclusion. JPD

"Toutes les librairies ne vont pas aussi mal que celles du réseau Chapitre ou Virgin. Les 450 qui fêtaient, samedi 27 avril, la Fête de la librairie, à l’occasion de la journée mondiale du livre et du droit d’auteur, sont animés d’un véritable esprit de résistance. « Des commerces de détail, la librairie est celui qui baisse le moins », constate Guillaume Husson, délégué général du Syndicat d la librairie française (SLF).

A l’image de Danielle Deloche, à Montauban. La Librairie Deloche, qui existe depuis 1929, est une institution locale. « Récemment, nous sommes passés de 13 à 9 salariés mais je n’ai pas eu à licencier. » dit-elle soulagée avant d’ajouter : « Si nous avons réduit le personnel, nous n’avons pas réduit les références » [au nombre de 40 000]. Dans l’exercice de son métier, Mme Deloche soigne avant tout la qualité de l’accueil. Malgré la crise, elle a ainsi gardé un rayon « poésie » conséquent, qui est un peu sa marque de fabrique. » Alain Beuve-Méry"

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 20:56

                                                  P1080920.JPG

La Dépêche du Midi Tarn-et-Garonne a décidé de mettre en bonne place les faits divers. Voici quelques exemples pour le mois de Mars.

Stratégie inquiétante. JPD

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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 21:54

J'ai déjà évoqué à plusieurs reprises le cas de Camille Delthil, l'ami de Léon Cladel, le radical qui dès 1899 prône l'alliance avec les socialistes. Je ne connaissais pas cette Ligue occitane ni son opinion ici clairement exposé sur la langue d'oc. De quoi réfléchir ! Jean-Paul Damaggio

 

La Feuille villageoise, MOISSAC, LE 15 AVRIL 1899

LA LIGUE OCCITANE

La Ligue Occitane vient d'envoyer à tous les Conseils généraux des pays de langue d'oc la note suivante :

L'Enquête sur l’enseignement

La commission parlementaire d’enquête sur l’enseignement a décidé de faire parvenir à tous les conseils généraux de France un questionnaire dont nous détachons la phrase suivante : « Y aurait-il lieu de développer, de restreindre ou de modifier telle ou telle branche d'enseignement, afin de mieux répondre aux vœux et aux besoins de la région ? »

L’importance d'une pareille question ne saurait être niée à un moment où beaucoup de bons esprits croient à la nécessite d'une décentralisation sage et efficace.

Le comité d'action de la Ligue Occitane (ligue d'action méridionale) a l'honneur d'appeler l'attention de MM les conseillers généraux sur les points suivants de son programme qui lui paraissent fournir une réponse à la question transmise par M. le ministre de l’intérieur :

1° Enseignement de la géographie de la France et du Monde à l'aide de la géographie locale et régionale ;

2° Utilité morale et patriotique d'un enseignement historique, où serait marquée dans chaque région la part prise par cette région à l’histoire nationale ;

3° Utilisation des dialectes locaux partout où ils sont d'un usage courant, pour l'enseignement da la langue française (enseignement primaire) et des langues latines et néo-latines (enseignement secondaire), et aussi pour les comparaisons philologiques ;

4° Part facultative à faire à la littérature du midi de la France (au moyen âge et de nos jours).

Le Comité d'action rappelle que pour l'enseignement primaire de notables tentatives ont été déjà faites dans la voie qu'il indique ; que le Congrès des Sociétés savantes de 1896 a accueilli favorablement l'exposé d'une méthode d'enseignement du français à l'aide des dialectes locaux ; que des circulaires ministérielles ont recommandé l'adaptation régionale de l'enseignement agricole et géographique, et que M. le Recteur de l'Académie de Toulouse a obéi à des préoccupations du même ordre en organisant l'enseignement historique dans son Académie. Elle rappelle aussi que plusieurs universités, notamment celles de Montpellier, d'Aix et de Marseille, ont commencé à faire une part, dans leurs Programmes d'enseignement supérieur, à la littérature du midi de la France.

Le comité d'action :

J. Charles BRUN, agrège de lettres, professent au Collège libre des Sciences sociales ; — Emile ESCANDE, homme de lettres; Henri NER, licencié ès lettres, ancien professeur de rhétorique; — Johannes PLANTADIS, secrétaire général de la Ruche corrézienne ; — Paul REDONNEL, licencié ès sciences, secrétaire da la rédaction de la Revue la Plume.

 

Nous donnons notre approbation à ce programme, car nous sommes un décentralisateur pratiquant, ce qui est encore la meilleure manière d'être décentralisateur. Mais nous faisons quelques réserves relatives à l'utilisation des dialectes locaux.

 Ces dialectes sont-ils donc aujourd'hui d'une utilité réelle ? Ils sont si divers, dans notre Sud-Ouest surtout, qu'ils diffèrent d'une ville à l'autre ; le dialecte gascon, le dialecte languedocien, le dialecte quercynois, se heurtent, se mêlent, se confondent dans une sorte de patois mixte qui n'est ni l'un ni l'autre de ces dialectes.

Il faudrait d'abord une grammaire générale et vous voyez le travail.

Nous tenons, du reste, le patois pour une langue défunte que, malgré tout, l'on ne pourra jamais ressusciter. Les poètes que les difficultés attirent et que les nouveautés passionnent, ont chèrement embrassé cette morte qui, dans sa décomposition même, avait gardé des restes de beauté ; mais les accords de la lyre de ces modernes Orphée ne ramèneront pas cette Eurydice sur la terre des vivants.

Oui, le patois est une langue morte et nous défions bien qu'on puisse écrire en cette langue des ouvrages d'analyse psychologique, de philosophie ou de critique. Nous le répétons, seuls, quelques poètes l'ont employée avec succès, mais les poètes sont des charmeurs.

Bref, si l'on tient à conserver ce qui nous reste du patois, il faut se hâter de refaire les grammaires. Car, aujourd’hui, il est sans règles et, comme toutes les langues des vaincus, il a emprunté de nombreuses expressions aux vainqueurs.

Les poèmes de Jasmin fourmillent de mots francisés. Quant au vieux mot patois, il se fait rare et l'on a peine à le retrouver dans les profondeurs de ses décadences.

Le reste du programme a notre approbation complète. C. D.

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