Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 14:54

                                 gazier.jpg

Filature en Patagonie, Michèle Gazier

Guérillero chilien, Juan Belmonte a choisi d'habiter l'Allemagne. Loin d'une démocratie molle où cohabitent anciens opposants et tortionnaires d'hier. Loin de Santiago, où Veronica, sa compagne, sauvagement torturée par les sbires de Pinochet, vit murée dans le silence blanc de la folie. A 40 ans révolus, sa vie est une suite de combats perdus. Mais le voilà à nouveau rattrapé par l'Histoire. Durant la Seconde Guerre mondiale, soixante-trois pièces d'or appartenant à la Lloyd's ont été volées par les nazis, qui en ont été à leur tour dépossédés par deux policiers du IIIème Reich. Quatre décennies plus tard, on apprend que cet or si convoité sommeille quelque part au fin fond de la Patagonie. D'anciens agents de la Stasi, devenus chômeurs depuis la chute du mur de Berlin, se lancent dans la course au trésor. La Lloyd's, elle, envoie Belmonte en mission pour récupérer son bien. Un refus de sa part mettrait la vie de Veronica en péril...

Sur cette trame de thriller politique et policier, Sepúlveda écrit un de ces grands livres dont Manuel Vazquez Montalban ou Leonardo Sciascia ont le secret. Il utilise le roman comme moyen de sonder le réel, l'actualité, les obscures histoires du monde politique. Il fouille les dossiers et les archives de ces pays d'Europe et d'Amérique en pleine déshérence, il radiographie les peuples et les hommes. Pas de réelle surprise pour Juan Belmonte, qui a perdu ses illusions. Tous les individus qu'il croise sur sa route obéissent à des règles droit sorties des vieux catéchismes militants. Ceux qui ont survécu à la défaite des idéologies, aux mutations démocratiques, aux nouveaux régimes, ne peuvent en aucun cas être des enfants de choeur. Ils ont tué et peuvent à tout moment être à leur tour abattus froidement par leurs alliés d'hier. L'univers du secret politique, comme l'a souvent dépeint John Le Carré, est incertain et mouvant. Dans tous les cas, dangereux. Les héros et les salauds de tous bords sont également fatigués, mais tellement rodés. Dans ce Nouveau Monde ardemment consensuel, ils ne se battent plus pour des idées mais pour de l'or. A défaut de croire encore à Marx, Mao, Staline ou Hitler, les militants orphelins courent désormais après des valeurs plus matérielles.

Courts chapitres, scènes syncopées, très cinématographiques, suspense et angoisse, l'écriture de Sepúlveda n'est plus celle, poétique, ardente, du Vieux qui lisait des romans d'amour ni celle, apaisée, du Monde du bout du monde (1). Ici, l'écrivain chilien a troqué sa plume d'amoureux de la nature contre celle, plus sombre et désespérée, des écrivains de romans noirs. Triste constat que celui de Belmonte l'aventure avec un A majuscule n'est plus possible. Plus possibles non plus les rêves fous de liberté, fraternité et justice sociale qui animaient tous ceux qui, comme lui, ont tout sacrifié — leur propre vie et celle des êtres qui leur sont chers — pour des idées. Après l'âge des illusions est arrivé celui des comptes.

Une question pourtant traverse les pages de ce roman d'une violence désespérée. Et si 1'aventure c'était tout autre chose que ce qu'on avait cru jusque-là ? Et si l'aventure ce n'était pas partir au bout du monde, traverser mers et océans, se battre dans des guérillas, vivre dangereusement ? Et si c'était simplement interrompre cette course folle contre la montre, qu'on croyait être la vraie vie, et regarder au fond des yeux l'autre, que l'on a toujours aimé sans avoir jamais pris le temps de le lui dire ?

Dans les dernières pages d'Un nom de torero, Juan Belmonte est au pied de l'immeuble où habite, prisonnière dans son enceinte de douleur et de silence, Veronica, qu'il n'a pas revue depuis que son corps a été découvert inanimé et torturé dans un dépôt d'ordures de Santiago. La plus grande et la plus difficile aventure de sa vie commence : « Regarder la vie en face » après avoir « vu les reflets d'or de la mort » •

(1) Tous deux également publiés chez Métailié.

Un nom de torero, de Luis Sepúlveda. Traduit de l'espagnol (Chili) par François Maspero. Métailié, 198 p., 100 F.

 

Télérama N 2338 -2 novembre 1994

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 14:48

J'apprends aujourd'hui qu'on peut écouter cinq minutes d'émission de Sepulveda sur une radio des Canaries :

Actuelle émission de Sepulveda sur Lampedusa

 

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 20:44

MONTAUBAN

Rencontre-débat : Maison du Peuple

Lundi 14 octobre 18 h -20 h

Révolution/ Contre-révolution :

Le 10 mai 1790 à Montauban

Animation : Jean-Paul Damaggio

 

En diffusant l'information pour la réunion, une personne m'indique : "Comment en 1790 un royaliste peut-il être élu maire ?" En fait la question est inverse : "Comment un marquis habitué à avoir le pouvoir de sa généalogie a-t-il pu s'abaisser jusqu'à espérer avoir son pouvoir du suffrage ?"

L'intelligence de la contre-révolution est ici claire : il est possible de se servir des moyens de la révolution pour faire échouer la révolution !

 

Un des éléments majeurs du débat autour de la question du 10 mai est là. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:19

Ce dictionnaire ne sait pas dire qu'Hector France a été communard. Il faut donc ligne entre les lignes la vie de cet homme incroyable. JPD

 

Dictionnaire des écrivains, artistes et membres des sociétés savantes

Hector France né à Mirecourt Vosges, le 5 juillet 1837, ancien officier, ancien professeur à l'Académie militaire de Woolwich, écrivain, folkloriste, critique et membre de plusieurs sociétés littéraires et savantes.

Du côté paternel et maternel Hector France est issu d'une famille militaire. Après de bonnes études au Prytanée militaire de la Flèche, il s'engagea à 19 ans au 3ème régiment de spahis. Envoyé à l'Ecole de cavalerie de Saumur, il en sortit avec le grade de maréchal des logis. Durant dix années, il guerroya en Kabylie, dans le Sud algérien et sur la frontière tunisienne. Démissionnaire à la suite de passe-droits, il obtint un emploi dans l'administration des Contributions directes, qu'il quitta bientôt pour une situation supérieure dans une grande administration financière à Paris.

La guerre de 1870-71 survint. Hector France reprit du service en qualité de lieutenant aux mobiles de l'Oise. Il fut bientôt promu capitaine. Après la déroute de Buchy, il fit partie avec son bataillon du corps d'armée de la défense du Havre.

Le général Loysel, manquants de cavalerie le chargea de la formation de deux escadrons que le jeune officier avec une activité extraordinaire arma, équipa et monta en quinze jours et qui furent annexés au 4e chasseurs. M. France fut alors nommé capitaine-commandant d'un des escadrons et proposé avec le n°1 pour la Croix de la Légion d'honneur.

Licencié avec son corps, il arriva à Paris le 18 mars. Indigné de la signature d'une paix honteuse, il offrit son épée au Gouvernement de l'Hôtel de Ville, avec nombre d'officiers outranciers comme lui.

Charles Lullier le prit pour premier aide-de-camp.

Après la sortie du 3 avril où il accompagna Flourens comme aide-de-camp et où il faillit être fusillé à la fois par les Fédérés et les troupes de l'armée versaillaise, le Gouvernement de l'Hôtel-de-Ville lui donna le commandement de la caserne Lobau.

Le nouveau commandant y rassembla tous les soldats et sous-officiers épars dans Paris et que quelques énergumènes voulaient forcer à combattre leurs camarades. Il les disciplina, leur fit allouer la solde des gardes nationaux et les employa à des travaux d'intérieur.

Delescluze songea à Hector France pour remplacer Rossel, son ancien camarade du Prytanée militaire ; mais France refusa d'assumer les responsabilités d'un désastre certain.

Pendant les fusillades de Mai, Hector France échappa à la mort, grâce à son sang-froid et au dévouement d'un ancien magistrat, ami de son père, qui lui offrit un asile. Il put gagner a Belgique, puis l'Angleterre où il exerça les professions les plus disparates. Il y fait des dessins d'anatomie, d'architecture, tint des écritures, donna des leçons d'arabe, d'escrime, de français, de littérature, d'histoire puis entra comme professeur à l'Université de Londres. De là, il alla au Collège de Douvres, et, à la fin de l'année 1879, fut nommé professeur à l'Académie militaire royale de Woolwich.

Entre temps, Hector France avait collaboré au Qui vivre ? et à l'Union démocratique, fondé l'Avenir, et publié deux ou trois romans : Le Roman d'un curé (1877), qui eut plusieurs éditions, L'homme qui tue, pour lequel Léon Cladel avait écrit une magnifique préface et Edmond Lepelletier un magistral compte-rendu.

Le Petit parisien s'empressa de lui ouvrir ses colonnes. Hector France y publia successivement : Le péché de sœur Cunégonde ; Fumeron, Guyot et Cie etc.

Il commença avec une reproduction de L'homme qui tue, le périodique la Vie populaire.

De l'Angleterre, il collabora à La Marseillaise, au Réveil, au Mot d'Ordre, à l'Echo de Paris, à la Vérité, au Voltaire, au Gil Blas, au Courrier de l'Europe, à la Nation etc. et envoya nombre d'articles à plusieurs revues.

Hector France, de plus en plus encouragé par le public et la critique donna en librairie L'Amour au pays bleu ; Sous le burnous études des mœurs et de la vie arabe ; Les Va-nu-pieds à Londres, Les nuits de Londres ; La pudique Albion ; ...

Ardent partisan des exercices physiques M. Hector France est un intrépide marcheur. Il a parcouru à pied une partie de l'Angleterre, la Riviera de Cannes à Gênes, les Alpes-Maritimes, et dans l'été de 1886, l'Espagne d'Irun à Gibraltar, voyages dont il donna ses impressions dans son ouvrage Sac au dos à travers l'Espagne.

Il a publié d'autres impressions de voyage : Au pays des maquis ; Au soleil ; Dans la montagne ; Cinquante ans avec les Indiens (traduit de l'anglais).

Après quinze années de professorat à Woolwich il rentre en France en 1895. Il a écrit depuis des romans populaires de longue haleine. Il travaille à ses moment perdus à un Dictionnaire des Argots, Patois Néologises de France et à une Histoire de la cuisine à travers les âges.

M. Hector France a été président de la Société coopérative des Gens de lettres et de l'Association des Sciences des Lettres et des Arts. Il est actuellement membre du Conseil général des Vétérans des armées de terre et de mer, vice-président de la 14é section de Paris, membre du Conseil d'administration de la Société africaine de France, membre de la Plume et l'épée, de la société des "1", de la Société des gens de lettres. Officier de l'instruction publique Hector France est également commandeur du Nichman-Iftikhar. Il est décoré de la médaille coloniale et de plusieurs ordres étrangers.

M. de Rienzi a résumé assez habilement les impressions que fit naître l'œuvre d'Hector France :

 

"M. Hector France est un observateur et un analyste, ce qui ne l'empêche pas d'avoir de l'imagination - trop parfois. On sent sous sa plume courir la sincérité, la conviction, la haine ou l'enthousiasme, selon qu'il nous donne des études sociales, des œuvres de polémique ou encore des romans vécus. C'est certainement pour cela qu'on le lit avec intérêt, et que ses critiques artistiques ou littéraires sont prisées au plus haut point. Ses œuvres vigoureuses sont aujourd'hui universellement connues. C'est un maître qui sait ce qu'il veut dire. Aucun auteur français n'a pénétré la vie anglaise comme lui et ne l'a vue avec plus de sagacité et d'impartialité."

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:16

                                Noel-par-Cladel.jpg

Ernest Noël (Paris 1847 - Paris 1930)

Maire radical socialiste de Noyon (1888-1925), membre du conseil général de l'Oise (1886-1929) qu'il présida à partir de 1904, député (1893-1906) puis sénateur de l'Oise (1906-1929), l'industriel Ernest Noël se fait remarquer par sa conduite exemplaire durant la Grande Guerre. Refusant de se soumettre à l'autorité ennemie, il est arrêté comme otage (1915), déporté en Allemagne puis échangé (1916). Principal artisan de la reconstruction de Noyon, il présidera à l'élaboration du nouveau schéma urbain de la ville.

 

Son buste, œuvre du sculpteur Marius Cladel située dans le square de l'hôtel de ville, est inauguré le 11 septembre 1938.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:14

Cladel publie dans La Revue de Paris en novembre 1864 quelques petits textes qui deviendront un livre des années plus tard qu'il appelle Eaux-Fortes. Il s'agit d'un exercice de style. Donc pas de surprise s'il prend Delacroix pour évoquer un Algérien. Pour Goya il prend l'exemple d'un forgeron qui se pend dans son atelier. Il devait être alors sous l'effet de l'Orientalisme ambiant. Il écrit :

 "Nos Eaux-fortes détermineraient-elles chez le lecteur quelques sensations analogues à celles qu'il subit en présence des toiles des divers maîtres dont nous avons voulu divulguer le caractère et la touche le seul but serait atteint auquel nous avons visé dans cet artistique opuscule. L. C.

 L'ÉMIR ADD-EL-ZIMAR PRÊCHANT LA GUERRE SAINTE.

D'après Delacroix.

 

« Allah ! Allah ! Allah est Allah et Mahomet est son prophète! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est l'envoyé d'Allah et le fils de Mahomet ! » Ainsi disaient les tribus rassemblées au col de Mouckrem pour y recevoir la volonté d'Allah et la parole de Mahomet que Abd-el-Zimar allait leur transmettre. Un nuage de poussière s'éleva du côté de l'Orient et bientôt apparut l'Émir avec ses guerriers qui agitaient les étendards chevelus de l'Islam et de longs fusils dont les damasquinures miroitaient au soleil. Monté sur une cavale à la queue teinte de sang occidental, plus blanche que les burnous sans tache, qui proférait des flammes par les yeux et des colonnes de fumée par les naseaux et dont le poitrail avait enfoncé bataillons et murailles, l'Émir arriva bruyant comme le Simounn. Les trompettes envoyèrent jusqu'aux cieux des chants métalliques. Brandissant son fusil infaillible, l'Émir cria trois fois : Allah! devant les tribus prosternées qui répondirent Allah ! Allah ! Allah ! Abd-el-Zimar avait le front ceint de cordelettes en poil de chameau sous le haik qui le couronnait, son visage ascétique, fin, correct, brûlé du soleil, paraissait noir comme la nuit. Il n'avait pas trente ans, l'Émir ! sa barbe était douce et rare comme les cheveux des nouveau-nés, et ses membres musculeux jouaient comme des ressorts d'acier ; implacables, bruns et polis comme le jais, directs, ses yeux interrogèrent longuement les tribus qui réclamaient la bataille. Après avoir donné l'ordre d'avancer à deux Berbères nus, têtes rases, qui se tenaient à quelques pas en arrière, assis sur des chameaux, il leva solennellement la main droite et il regarda le ciel ; ses lèvres bourdonnèrent ; il avait l'air de lire dans les profondeurs du dôme : « Allah veut la guerre, dit-il, pâle, hagard, épouvanté, prophétique, il veut la guerre et il veut la victoire. Allah m'a parlé ! Allah me parle : je l'entends ! Allah nous regarde : je le vois ! Nous sommes ses enfants, et nous sommes nombreux comme les étoiles, et nous sommes rapides comme les gazelles, et nous sommes forts comme les lions de notre Atlas, et nous sommes rudes comme les chameaux de notre désert. Allah veut la bataille. Allah veut la victoire. Allah veut la vengeance ! Il m'a dit : « Lève-toi ! Marche aux giaours avec ta tribu, et va trouver ensuite tes frères de toutes mes tribus, et tu leur montreras les trophées du premier combat ; ils reconnaîtront en les voyant qu'Allah t'inspire et t'envoie vers eux. » Frères, je suis venu, écoutez ! Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah ! Voyez !» Les Berbères, dressés de toute leur hauteur sur la selle de leurs chameaux, tenaient par les cheveux chacun deux têtes fraîchement coupées, jeunes, belles, dégoutantes de sang, têtes de chrétiens, têtes d'oppresseurs, tètes de Roumis ! Debout sur les étriers, le front ceint d'un nimbe éclatant, naïf et pompeux comme un patriarche, l'Émir avait les mains tendues vers les têtes sanglantes. Secouées d'un délire sacré, les tribus s'écrièrent « Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah, et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah !» »

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 20:39

Voilà que je suis poussé vers Hector France, un ami de Cladel que je ne connaissais pas vraiment. Un ancien militaire en Algérie aux côtés de Razoua, qui dédie un de ses livres sur l'Algérie à... Camille Delthil. Un admirateur du peuple algérien. La revue Le Matricule des anges a rendu compte de la réédition de Sous le burnous. JPD.

Le matricule des anges, Un mâle auteur, Hector France, par Eric Dussert

 Tous nos égarés oubliés

 Homme de guerre aux pays des sables, communard, sportif avant l'heure et écrivain varié, Hector France fut essentiellement un franc personnage.

 N'étaient quelques titres encourageants, voire scabreux, on ne serait peut-être pas allé voir du côté d'Hector France. D'abord parce qu'il eut un successeur éminent, ensuite parce qu'à un France près, on n'en était pas. Cependant, des titres ambitieux tel que Les Mystères du monde, faisant suite à Sue, ou troubles comme L'Homme qui tue ne pouvaient que nous attirer plus profond. Et la suite ne peut que donner raison à un fouineur tel que René Fayt qui, il n'y pas si longtemps, s'intéressa à juste titre aux tours et détours de cet écrivain polymorphe, engagé, pour ne pas dire rebelle, habitué aux rigueurs de la caserne et aux libations et privautés de la maison Carrington, spécialisée, si l'on s'en souvient, dans le grivois, sous le manteau, pas présentable, licencieux. Le Péché de Sœur Cunégonde, ou le Beau Vicaire (H. Oriol et Lavy, 1883) et Marie Queue de Vache (Librairie du Progrès, 1883), romans de mœurs cléricales aux " coloris parfois excessifs " (dixit Larousse à l'époque) auraient pu le faire classer parmi les infréquentables. Ce serait trop simple, vous l'imaginez bien.

 Militaire et fils de militaire, Hector France fut avant tout une forte tête. Né à Mirecourt (Vosges), le 5 juillet 1840, d'un chef d'escadron de la gendarmerie coloniale, à une époque où ça ne rigolait pas là-bas, petit-fils d'un officier supérieur d'état-major, il fit comme de juste ses études militaires au Prytanée militaire de La Flèche où, singularité suprême, il obtint les premiers prix de littérature. Il faut dire, à notre grande honte, qu'en ses temps diluviens les lettres importaient à tous, c'est-à-dire à tous mais aussi à ceux qui allaient se faire trouer le cuir. Nous n'en sommes plus là. Lui non plus, du reste, qui, après avoir guerroyé dix ans en Tunisie, en Kabylie et autres territoires insurgés, quitta le service, dégoûté d'avoir été bridé, tancé et mis au rencart pour son franc-parler dans L'Homme qui tue (Kistemaekers, 1878), il exposait tout haut les atrocités commises par les troupes coloniales... Il réintégra tout de même le service lors de l'accès guerrier de 1870, et, après avoir mérité la légion d'honneur, trouva l'occasion de ne la jamais recevoir en réfutant dans la presse le dogme insatisfaisant de la retraite à tout prix. Viril et combatif, il protesta encore contre la paix mal venue avec le Prussien et s'engagea dans les rangs de la Commune. Son républicanisme lui valut cette fois un exil londonien prolongé durant lequel, reconverti homme de lettre, il s'attaque à des fresques documentaires passionnantes sur Les Va-nu-pieds de Londres (1884) ou Les Nuits de Londres (1885), qui, jointes à son étude sur Les Dessous de la pudibonderie anglaise (Librairie des Bibliophiles, 1900), lui valurent le statut d'expert ès-mœurs anglaises.

Entré tardivement dans la carrière dès lettres à l'âge de trente-cinq ans Hector France se trouva être, on ne s'en étonnera pas, un ami de Léon Cladel, qui lui consacra une mémorable préface. Romans de mœurs, articles de presse, chroniques sociales, tout a été ausculté par l'excellent René Fayt qui, fouinant dans les recoins de la bibliographie de l'éditeur belge Kistemaeckers trouva de quoi nourrir l'exégèse. Hector France n'est plus n'importe qui. Le seul énoncé de L'amour au Pays Bleu (A. Martin et V. Huber, 1885), du somptueux Sous le burnous, scènes de mœurs militaires algériennes (dont la traduction anglaise dit un peu plus : Musc, Haschisch and blood), ou même du Beau Nègre, roman de mœurs sud-américaines (C. Carrington, 1902) apportent assez d'information à qui sait lire entre les lignes. On devine que l'injustice n'était pas le fort d'Hector France, les rigueurs morales et les bondieuseries non plus. En revanche, il fit de la marche (nom ancien du trekking) transfrontalière une activité régulière. Revigorante, convenons-en.

L'une de ses cibles favorites fut évidemment le clergé, et parmi celui-ci, la basse engeance des curés et des nonnettes. Indéfectible mécréant, républicain ardent voire anarchiste, il produisit même également un Dictionnaire de la langue verte : archaïsmes, néologismes, locutions (Librairie du Progrès, 1907) qui reste délectable. Et puis, parce qu'il faut bien vivre, il commit avec amusement sans doute une série d'opus flagellants de la plus belle espèce, anonymement ou sous le pseudonyme du Bibliophile de Mirecourt, ou celui de Jean de Villiot qu'il partageait avec plusieurs personnes, dont Hughes Rebell qui œuvraient au profit de l'éditeur Charles Carrington, scabreux bibliopole français réfugié à Bruxelles. Ainsi, Hector France le sabreur commit en partie l'Etude sur la flagellation relevée par Pascal Pia, et quelques autres polissonneries. Et c'est ainsi que l'étude des mœurs, souvent, conduit. Installé à Rueil, villa Welcome, le guerrier lettré s'est éteint en 1908.

 Eric Dussert

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:52

                           Baylet.jpg

Comme d’habitude le Petit Journal préfère faire des gros titres et publier de grandes photos plutôt qu’analyser sérieusement la question. C’est dommage car le sujet s’y prêtait ! Donc du débat au Conseil général nous ne savons rien alors qu’avec La Dépêche la parole est par exemple donnée à Jean-Paul Albert, dont la colère contre le projet s’explique simplement : en 2015 il n’a plus aucune chance de garder son poste de Conseiller général !

Sur le vote nous savons seulement que Mouchard et Garrigues ont voté avec Baylet. Et la remplaçante du député Moignard ?

Et enfin, souhaitant faire d’un problème, une généralité, le journal écrit : «L’influence politique de Monsieur le président du Conseil générale commence à s’effriter. » Ce qui est une phrase un peu audacieuse car ce rêve a déjà tant d’années ! Quant au débat à Montauban comment la gauche aurait-elle vertement critiqué le découpage quand on sait qu’y siège Mouchard <ui le défend ? A moins que Deville cité ensuite, soit compté à gauche ? J-P Damaggio

P.S. On peut penser cependant que La Dépêche a publié un compte-rendu en tenant compte du fait que le Petit journal le ferait, sinon la séance aurait pu être oubliée…

 Le Petit Journal 4 octobre

A l’occasion du vote au Conseil général, sur le redécoupage électoral concernant la mise en place du projet de scrutin binominal mixte dans le département, un séisme vient d’avoir lieu au sein du Conseil général du Tarn-et-Garonne. Sur les 29 conseillers Généraux qui ont voté, 15 d’entre eux ont voté contre leur chef de file, 12 ont voté pour et 2 se sont abstenus.

Au-delà du camouflet politique qu’a reçu Jean-Michel Baylet, il faut également parler de gifle à l’encontre de Valérie Rabault, l’actuelle députée de Tarn-et-Garonne. Cette dernière n’a visiblement pas pu convaincre les Conseils généraux socialistes de voter le redécoupage voulu par le gouvernement.

Notons, que seuls deux socialistes se sont démarqués en votant pour le redécoupage de Monsieur Baylet, Roland Garrigues et Claude Mouchard. Ce découpage ne fait pas que des remous au sein du Conseil général, la gronde [mot étrange repris sous une autre signature dans l’article sur le CM de Montauban] monte également dans les villes du département. Déjà lors du Conseil municipal de Montauban la gauche plurielle avait vertement critiqué ce redécoupage. Le Conseiller régional et municipal Thierry Deville, toujours très en verve, avait parlé de « chirurgie de luxe » et d’une « circonvolution guignolesque ».

 

Force est de constater que l’influence politique de Monsieur le Président du Conseil général commence à s’effriter. Une chose est sûre, Jean-Michel Baylet semble ne plus maîtriser sa majorité départementale. Sébastien Duhem

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:49

L'Humanité du 19 mars 1908 a publié dans la rubrique actualité ce souvenir d'Hector France. Dans les faits il s'agissait d'une actualité des années 1860... Par la suite, Hector France, ami de Razoua et de Léon Cladel participa à la Commune de Paris. JPD

 

ACTUALITÉ*, Le premier meurtre Par Hector FRANCE i

Je me rappellerai toute ma vie le premier que je tuai et, peut-être, à l'heure où la mort frappera à ma porte, viendra-t-il pencher sur mon chevet sa figure sinistre !

Un grand vieillard, à l'œil cave et perçant, un de ceux venus nous demander justice, et je puis dire, comme le personnage du drame de Dumas, que « bien souvent je l'ai revu dans mes rêves ».

Il n'eut pas le temps de rejoindre les liens, et, surpris par la charge, faisait volte-face, campé sur ses jambes sèches, il attendait immobile et farouche. Certes, je ne le cherchais pas je n'aurais pas voulu tuer ce vieux. Si même j'avais pu l'éviter, j'aurais laissé ce remords à d'autres. Razoua passa sans le toucher, Flamberge aussi, mais la fatalité le jeta devant mon cheval et il me tira un coup de pistolet. Il se hâta, visa mal, sa vieille main tremblait, il ne brûla que mon burnous mais la peur qu'il me fit me rendit féroce. Je lui portai un coup qu'il évita en se jetant en arrière, brandissant un long poignard, prévoyant sans doute ce qui allait arriver, ce vieux avait, caché sur lui tout un arsenal. Comme il levait le bras, d'un brusque dégagement je le pointai entre les côtes au-dessous de l'aisselle. Il tomba sur le côté en poussant un cri rauque. C'était fini.

Mais je ne lâchai pas assez rapidement mon arme et je faillis me fouler le poignet.

Alors, désormais, je visais au creux de l'estomac et surtout au ventre. C'est la bonne place et sous le galop du cheval, la lame entrait réellement comme dans du beurre.

Nous en tuâmes beaucoup et des femmes dans le nombre.

Que voulez-vous ? Le capitaine Richard avait beau crier « Ménagez les femmes, nom de Dieu » cette recommandation isolée se perdait dans le tumulte. Elles défendaient leur vie, du reste, et quand le sang ruisselle et que les balles sifflent autour de votre têtes, le sabre fouille un peu au hasard.

- Et, d'ailleurs, dit le colonel, qui admirait, toutes les nobles actions, c'étaient des vaillantes vendant chèrement leur vie et dignes de mourir en soldat. Quelle toile pour le prochain Salon !

Une demi-douzaine de toutes vieilles et de toutes jeunes, portaient des blessures sur la nuque ou le derrière des épaules, ayant été sabrées dans leur fuite mais on voyait aux sanglantes mamelles des autres qu'elles avaient fait face à l'ennemi.

- Des femmes au cœur viril, celles là ; nous ne pouvions nous empêcher de le dire en détachant de leurs mains raidies les grands pistolets ornementés d'argent et les poignards damasquinés rougis du sang des nôtres, des héroïnes taillées sur le patron antique, au physique comme au moral.

- Oui, m'écriai-je, c'est vrai, notre civilisation décrépite et caduque n'en avait plus de cette trempe.

- Bah me dit le grand Flamberge en passant deux magnifiques pistolets dans sa ceinture de laine, c'est de la camelote, ça rate à tout coup, mais les juifs de Constantine en donnent encore un bon prix. En voici deux qui représentent un certain nombre de verres d'absinthe. Regarde, camarade, ajouta- t-il en me montrant au loin un nuage de poussière, si je ne m'abuse, voilà le « goum » qui rabat les troupeaux. Je crois que nous aurons gagné notre journée.

 

Maintenant que de longues années ont passé sur ces drames, que seul dans le silence de la nuit, je fouille dans mes souvenirs, je vois des fantômes tout sanglants se dresser devant moi. Je mets mon front dans mes mains et je me demande si ces souvenirs ne sont pas de mauvais rêves, si c'est bien moi et les miens qui avons troué ces ventres d'épouses et de mères, taillé à coups de sabres ces seins qui allaitaient et ces blanches gorges de jeunes filles que nous aurions baisées à genoux.

Ah c'était l'ordre ! c'était l'ordre ! la dure loi de la guerre. Nous n'avons été que les instruments. Oui, c'est là ce que j'essaye de me dire.

Mais une autre voix crie plus haut et sonne stridente et furieuse à mon oreille

 

- Ah ah ! tu as beau fermer ton habit et le boutonner jusqu'au menton, tu n'étoufferas pas le bruit sinistre de ta conscience. Elle t'attend dans l'ombre, la solitude et le silence, et, frappe à coups cadencés comme un marteau de forge, enfonçant, toujours le terrible clou du remords. Presse ta poitrine et mets sur ta face le masque impassible, ton cœur bourrelé te dénonce et sonne sous ta mamelle, le lugubre carillon. Hector FRANCE.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:09

A quelques jours d’intervalles le journal Le Temps publie quelques lignes sur Marius et Léon Cladel, soit le fils et le père.

Le 10 novembre 1935 nous apprenons que le sculpteur Marius Cladel voit son buste de Viviani inauguré au Ministère du Travail. Y est-il toujours ?

 Dans un autre registre Le Temps 16 novembre 1935 écrit :

La phrase la plus longue. A la suite de notre écho sur la plus longue phrase anglaise, demandant à quel auteur français une palme semblable pouvait être attribuée, plusieurs de nos lecteurs nous ont écrit.

M. Michel Renault nous signale une phrase de 335 mots d'Arthur Chuquet : Dugommier, pp. 217-218. M. Numa Raflin a trouvé dans les Misérables, quatrième partie, chapitre III (Louis-Philippe) une phrase de 748 mots, élisions comprises. Notre correspondant estime que seul Léon Cladel a pu en écrire une plus longue.

 

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche