Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 15:03

                                             cinema.jpg

 

Photo d'El Pais du 9 mai 2001. Luis Sepúlveda est au milieu en tant que réalisateur du film. J'avoue ne pas avir vu Nowhere qui a été réalisé avec l'aide du Colombien Serge Cabrera mais qui sans doute n'a pas eu le succès escompté. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 15:01

Un article un peu long mais si juste... même sur Libération. JPD 

Sepulveda. Tous les chemins mènent à l'homme.

LANÇON PHILIPPE 31 MAI 2001

Le Chilien Luis Sepúlveda a usé ses souliers sur tous les continents mais pas ses espoirs. Dans «les Roses d'Atacama», il conte la vie de quelques militants obscurs dont la planète est le jardin. Rencontre dans les Asturies avec l'auteur du «Vieux qui lisait des romans d'amour», révélé en 1992 au festival «Etonnants voyageurs». Il sera de la douzième édition de Saint-Malo.

Gijon, envoyé spécial

Un écrivain à succès a le privilège de pouvoir faire à peu près ce qu'il veut. Un écrivain d'aventures a le talent de ne pas avoir vécu toutes celles qu'il s'attribue. A 51 ans, Sepúlveda est les deux. Il voyage encore beaucoup. Il vit là où il se sent bien, à Gijon dans les Asturies. Il mange des fèves et du chorizo cuit, boit du cidre, blague volontiers et plante des arbres. Il écrit quand il en a envie, milite pour l'environnement et contre la démocratie sans mémoire du Chili. Là-bas, ce combat est mal vu: certains journaux et des écrivains l'accusent d'être en partie mythomane quand il évoque son passé de militant de gauche révolutionnaire, ses années de prison sous Pinochet, ses multiples vagabondages. Ce genre de rumeurs viennent du pays natal et parfument toujours les exilés quand ils deviennent célèbres. Celle-ci est née au moment précis où Sepúlveda s'en est pris à la lâcheté des gouvernants et de certains intellectuels chiliens quand Pinochet fut arrêté : il fallait détruire la légitimité du gêneur. Il est possible que l'écrivain-voyageur ait arrangé son parcours, qu'il l'ait semé d'inventions : un biographe anglo-saxon finira, comme toujours, par visiter sa tombe. Mais tout écrivain fabrique son personnage comme il imagine les autres : avec des mots, des récits, des idées. Et, avec le temps, ce personnage de phrases devient plus vrai que vrai : il impose sa vérité. Luis Sepúlveda a creusé le sien dans la nostalgie active de Jules Verne, de Stevenson, d'Hemingway, et en s'aventurant du côté des perdants.

Savoir perdre est un savoir vivre. Savoir vivre est une aventure. Encore faut-il savoir l'écrire. Le Chilien naturalisé allemand a attendu l'âge de 40 ans pour le faire. Dans son bon roman policier, Un nom de torero, l'ex-révolutionnaire Juan Belmonte, devenu privé malgré lui pour une grosse compagnie d'assurances, le résume ainsi : «Perdre est une question de méthode.» Révolutionnaires défaits, militants oubliés, altruistes silencieux, Luis Sepúlveda aime les perdants et ne raconte que leurs histoires : «Ils ont l'orgueil, dit-il, d'avoir osé quelque chose pour que l'ordre change et ils sont à l'image de l'Histoire : elle avance, d'échec en échec, jusqu'à la victoire finale.» Laquelle n'existe peut-être que dans des livres. Son nouveau recueil de récits, les Roses d'Atacama, conte brièvement la vie de ces militants obscurs dont la planète est le jardin. Sepúlveda, c'est Terre humaine : l'esthète convivial et ambulant des causes perdues.

Solide, corpulent, increvable, il a tué sous lui les semelles des autres. Il a été militant communiste puis socialiste chilien, peut-être dans la garde de Salvador Allende, détenu un certain temps par les matons de Pinochet, exilé en Amérique centrale, peut-être guérillero sandiniste au Nicaragua, auteur et metteur en scène de théâtre en Equateur, exilé en Allemagne, reporter pour Der Spiegel et pour la télévision, militant avec Greenpeace et finalement globe-auteur de livres à succès. Il aima Cuba, et Castro aurait pensé à lui pour écrire sa biographie, «j'ai refusé». Ces jours-ci, il achève son premier film tourné dans le nord de l'Argentine avec Harvey Keitel, Nowhere, et il va se mettre au latin : «J'ai l'impression qu'un monde m'échappe. Je veux pouvoir lire cette langue, pour d'abord lire Virgile.» Près de chez lui, il a trouvé un vieux curé espagnol qui va lui donner des cours particuliers. Virgile semble avoir été inventé pour qu'un rêviveur écologiste comme Sepúlveda puisse un jour se l'approprier en langue morte.

Il est devenu célèbre en 1992 avec un roman d'aventures, Le vieux qui lisait des romans d'amour. Un vieil homme dont l'épouse est morte, tuée par les conditions tropicales, y vit en osmose avec la rude Amazonie et ses Indiens. Il lit des romans d'amour vrai, «celui où l'on souffre», pour oublier la sauvagerie égoïste des Blancs qui l'entourent. L'histoire fut inspirée à Luis Sepúlveda par un long voyage sur place, en 1978, pour le compte de l'Unesco. Ecrite et publiée en Espagne bien plus tard, elle se vendit à 150 exemplaires («dont cent achetés par moi»). On peut encore voir, sur l'édition originale, la tête mince, chevelue et barbue d'un Guevara sentimental.

En 1992, l'éditrice Anne-Marie Métailié découvre ce texte inconnu à la foire de Francfort et l'achète. Le livre prend son envol la même année, à l'occasion du festival Etonnants Voyageurs, organisé par Michel Le Bris à Saint-Malo. Un éditeur français a, une fois encore, révélé au monde un auteur latino-américain. Sepúlveda est, avant tout, un excellent conteur. Sa simplicité, son goût de l'aventure et sa sensibilité humaniste annoncent l'inquiétude démocratique et écologique du temps des idéologies tombées.

En Italie, ses livres se vendent parfois à plusieurs millions d'exemplaires. En France, les critiques l'ont d'abord ignoré, puis, souvent, méprisé : trop facile, trop sentimental, trop grand public pour ne pas être considéré comme démagogue. Sepúlveda, Coelho d'extrême gauche : cette opinion d'un cénacle blasé est devenue la règle. L'Agence France-Presse, qui répète tout bas ce que certains disent tout haut, évoquait encore, en mars dernier, à propos du film que Rolf de Heer a tiré de son best-seller, «une fable un peu pontifiante sur le respect de la nature et de l'environnement».

Sepúlveda a vécu quatre ans à Paris dans les années 90. La France, pour lui, c'était Balzac, Dumas. Il adore la province, le petit salé aux lentilles et le Juliénas, mais il déteste le nouveau roman et la plupart des écrivains bourgeois parisiens, en qui il ne voit que des «fabricants inertes d'exercices de style». L'un de ses petits plaisirs était de s'installer en terrasse à Saint-Germain-des-Prés, avec des amis latinos, globe-trotters militants comme lui : «Nous regardions passer les spécimens intellectuels de la gauche caviar (il déglutit cette expression en français, comme pour mieux déguster le produit du terroir qu'elle désigne) et nous riions à nous en étouffer.» Un jour, au Salon du livre, ils rient trop fort : «Un éditeur local s'est approché et m'a dit que nous trivialisions l'image de la littérature. Eh bien, pourquoi pas ?»

A Gijon, la vie est plus simple. Pour survivre à l'omniprésence des bars, les Espagnols marchent vite en basket sur le paseo, le long d'une mer qui envahit tout. Sepúlveda y vit depuis quatre ans. Il a découvert la ville en 1984. Son ami, l'écrivain Paco Ignacio Taibo II, y est né. Il y organise en mai depuis quinze ans, avec une bande d'auteurs dont Jean-Claude Izzo faisait partie, la «Semaine noire». On y boit, on y chante. Les écrivains concourent au tir avec les policiers de la ville. C'est la fête à l'espagnole. «La Semaine Noire est importante pour nous, dit Sepúlveda. C'est l'un des festivals où nous nous retrouvons. Je crois que nous voulons maintenir l'esprit d'Emile Zola. Nous nous soutenons. Nous nous relisons nos textes à distance. Nous aimons vivre et écrire sans nous prendre pour des écrivains.»

Sepúlveda se remet aujourd'hui de trois mois de tournage dans le désert argentin et d'une indigestion aux fruits de mer. Il plante des arbres, en compagnie de son frère silencieux qui l'a aidé sur le film, dans son joli lotissement près de la mer. Deux magnifiques bergers allemands l'entourent. L'un d'eux s'appelle Zarko: le nom du garde du corps d'Allende. Sa femme, l'excellente poète Carmen Llañez, l'enveloppe de charme et d'une délicate fragilité : elle adoucit sa brutalité. Ils se sont connus à la fin des années 60, au Chili. Ils ont alors vingt ans et sont militants de gauche. Un enfant naît: Carlos Lenine. Aujourd'hui âgé de 29 ans, il a effacé Lénine et dirige, en Suède, un groupe de hard rock, Psychor.

Au début des années 70, Luis et Carmen se séparent. La dictature arrive : ils sont emprisonnés. Lui sort, après deux ans et demi, dit-il, après quelques jours affirment d'autres, et s'en va découvrir l'Amérique Latine. Son passeport est marqué de la lettre L; elle en fait un indésirable dans les nombreuses dictatures du continent. Il n'a jamais su ce qu'elle pouvait signifier. Il a raconté (ou réinventé) ses aventures dans le très beau Neveu d'Amérique. Carmen est emprisonnée et torturée dans l'une des pires prisons de Pinochet. On la croit morte. Un vieil homme la retrouve, des années plus tard, nue et inanimée, sur une décharge publique.

Sepulveda s'installe à Hambourg en 1980. Il a connu en Equateur une infirmière allemande, avec qui il aura trois enfants. Treize ans plus tard, il s'installe à Paris: c'est là qu'il revoit Carmen, dans un hôtel situé près de la place d'Italie. Depuis quatre ans, ils vivent de nouveau ensemble. L'histoire de Carmen, la Brune et la blonde, ferme les Roses d'Atacama. C'est un hommage discret, quelques pages, à un combat lointain et à l'amour retrouvé ­ à leur écho. A Gijon, Sepúlveda songe parfois à ne plus écrire, à simplement vivre. Mais la vie est si belle quand on la réécrit. Et il y a tant de causes à défendre, à raconter, pour ne pas échouer. Sepúlveda a écrit: «Les pauvres pardonnent tout, sauf l'échec.» Gijon est peut-être un remède sentimental contre l'échec.

Ce port industriel du nord de l'Espagne a ses bateaux rouillés et ses illusions perdues; mais il garde ses mineurs, une bonne gauche, et on y vit bien. L'écrivain rêvait depuis longtemps de s'y installer: «Ici, les gens sont simples, directs et désinhibés.» Ils ont une longue tradition de lutte ouvrière. Ils ont leurs martyrs en dignité, révoltés puis massacrés par le jeune Franco en 1934. Sepúlveda rappelle volontiers que les mineurs asturiens ont soutenu les grévistes chiliens. Et ils sont, eux aussi, du côté des perdants. Une histoire de famille, puisque, perdant, «mon grand-père lui aussi l'a été». Gerardo Sepúlveda est un andalou d'origine séfarade. Anarchiste, il doit fuir l'Espagne. Il rejoint les Philippines, puis l'Equateur. Il y monte une fabrique d'huile d'olive, poursuit sa lutte politique, perd tout, rejoint le Chili. Les Sepúlveda sont communistes et cultivés. Luis a grandi dans cette ambiance.

Le père dirige un restaurant. Son fils lit tous les romans d'aventure et, plus tard, Gramsci. Marx sera plutôt découvert en Allemagne. Luis n'aime guère Pablo Neruda, le pape chilien des lettres : «la poésie fait mauvais ménage avec la rhétorique, et Neruda est excessivement rhétorique». Il révère Francisco Coloane, «un des plus grands auteurs chiliens», et Julio Cortazar, qui «écrit sous la peau du lecteur». De Borges, il dit: «Je l'ai beaucoup aimé, jusqu'au moment où j'ai compris qu'il racontait toujours la même histoire. Jeu magnifique, mais dangereux! Il a tout inventé, sa bibliographie, ses références. Je le compare à Villon et à Quevedo pour son déchaînement ludique. Le moins drôle n'est pas tous ces gens qui le prennent terriblement au sérieux. Il a fait des conférences pour se moquer de ceux qui font des conférences, et des livres pleins de fausses références pour se moquer des exégètes. Bravo!»

Un jour, bien plus tard, à Cologne, il croit le voir, coincé dans un ascenseur perpétuel de type Pater Noster de la radio allemande; c'est bien lui: le vieil homme tourne, avec sa canne, dans cet enfer transparent et circulaire. «Vous êtes Borges?», demande Sepúlveda. «Oui. Aidez-moi à sortir!» lui dit l'auteur des Fictions. «J'allais aux toilettes, et me voilà pris là-dedans. J'ai pensé que cette machine allait m'amener droit en enfer.» «C'était une histoire de Borges», conclut Sepúlveda, et l'on préférerait qu'elle soit fausse, tant elle semble vraie.

Son grand patron reste Hemingway: «Je le respecte plus que tout.» Il en a fait son maître en sobriété. On flaire, dans Le vieux qui lisait des romans d'amour, l'influence du Vieil homme et la mer. Il y manque l'intrinsèque perspective de la mort et la force d'une langue réinventée pour survivre. Mais, partout ailleurs, on sent la trace du maître: sa convivialité virile et arrosée, son sens de la nature et des combats perdus, sa formidable mythification de l'engagement politique, son sens si profond de la vérité du mensonge.

Le mensonge est probablement l'une des qualités qui permet à Luis Sepúlveda, dans ses livres, d'être aussi juste. La Patagonie est sa terre intime et ce n'est pas un hasard. Sur cette terre vivent des êtres étranges et autonomes. Ils arrangent leur passé comme ils l'entendent. Ils vivent, comme certains chevaux, en liberté. Chaque vie devient un destin qui attend un témoin, ou personne, pour s'achever dans l'horizon. Un jour, il y assiste à un formidable concours de mensonges; l'un des concurrents le prévient: «Sur cette terre nous mentons pour être heureux. Mais personne ici ne confond mensonge et duperie.» Quel écrivain ne vit pas en Patagonie?

Sepúlveda y retourne souvent, par liberté et par amitié. Un jour, dans un bar de Zurich, un éditeur organise une rencontre avec Bruce Chatwin. Sepúlveda l'a raconté dans le Neveu d'Amérique. Les deux hommes sympathisent. Chatwin a écrit ce très beau livre, En Patagonie. «En bon Anglais, dit Sepúlveda, il allait quelque part pour vérifier ce qu'il pensait. Les Européens nous ont toujours dit ce que nous étions, nous Sud-Américains, comme s'ils le savaient mieux que n'importe qui. C'est leur charme et leur limite.» Chatwin meurt avant qu'ils réalisent leur projet commun: partir sur les traces de Butch Cassidy et Sundance Kid, qui achevèrent là-bas, sous les balles, leur vie d'aventuriers pilleurs de banque. Sepúlveda y est allé seul. Avec un ami photographe, il a retrouvé la fille, âgée de 98 ans, du policier de l'agence Pinkerton qui pourchassa les deux héros: il tomba amoureux de cette terre et y resta.

En Patagonie, les militaires chiliens reléguaient les prisonniers politiques qu'ils n'exécutaient ou n'exilaient pas. Sepúlveda est revenu au Chili en 1990. «Je pensais peut-être y rester, mais j'ai compris que vivre là n'avait plus aucun sens pour moi.» Le Chili est cet étrange pays, dit-il, «où l'hymne national, très beau, transforme en victoires des désastres militaires nationaux.» En quoi Sepúlveda, l'ami des perdants, est infiniment chilien. Sa position envers Pinochet et ses associés fut radicale: «ni pardon, ni oubli». Il n'a cessé de dénoncer les complaisances de la nouvelle démocratie. «La dictature nous a laissé la haine. Les haineux représentent la moitié du Chili. J'ai vu des pauvres manifester pour la libération de Pinochet: ce lumpen n'a jamais eu aucune référence morale et veut un pouvoir fort et pervers.» Sur Pinochet, il est aujourd'hui nuancé: «J'ai de la pitié pour lui. Je crois que c'est un vieux, qui ne saisit plus ce qui lui arrive. Un malin qui n'a rien compris.»

La déchéance de Pinochet lui rappelle celle d'Erich Honecker. Il affirme avoir vu par hasard l'ancien président de la RDA, juste avant sa mort, dans son exil final au Chili. Le vieil homme marchait dans la rue quand il vit des ouvriers sur un chantier: «Il s'approche d'eux, et cet homme, qui ne parle pas dix mots d'espagnol, commence à leur vanter, en allemand, Marx et la Révolution. Je me suis approché: il vivait dans son rêve, croyait que la Révolution se préparait en Allemagne, comme si rien n'avait eu lieu depuis cinquante ans.» Cette formidable rencontre avec le spectre gâteux résonne pour le militant de gauche, toujours séduit par Cuba, comme une menace: celle de l'anachronisme.

 

Le 6 juin, Luis Sepúlveda devrait recevoir, à Barcelone, des mains du président chilien Ricardo Lagos, la médaille de chevalier des Arts et Lettres. L'ambassade chilienne en Espagne ne semble pas informée, mais lui, dit-il, va accepter: «Je vais en profiter pour dire à Lagos ce que je pense de la démocratie chilienne.» Il assure qu'on lui a proposé de reprendre sa nationalité d'origine, moyennant un dépôt dans une banque de 10 000 dollars: «J'ai refusé!» L'ambassade du Chili en France assure qu'il ne l'a jamais perdue. Les histoires continuent, et tant mieux.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 14:54

                                 gazier.jpg

Filature en Patagonie, Michèle Gazier

Guérillero chilien, Juan Belmonte a choisi d'habiter l'Allemagne. Loin d'une démocratie molle où cohabitent anciens opposants et tortionnaires d'hier. Loin de Santiago, où Veronica, sa compagne, sauvagement torturée par les sbires de Pinochet, vit murée dans le silence blanc de la folie. A 40 ans révolus, sa vie est une suite de combats perdus. Mais le voilà à nouveau rattrapé par l'Histoire. Durant la Seconde Guerre mondiale, soixante-trois pièces d'or appartenant à la Lloyd's ont été volées par les nazis, qui en ont été à leur tour dépossédés par deux policiers du IIIème Reich. Quatre décennies plus tard, on apprend que cet or si convoité sommeille quelque part au fin fond de la Patagonie. D'anciens agents de la Stasi, devenus chômeurs depuis la chute du mur de Berlin, se lancent dans la course au trésor. La Lloyd's, elle, envoie Belmonte en mission pour récupérer son bien. Un refus de sa part mettrait la vie de Veronica en péril...

Sur cette trame de thriller politique et policier, Sepúlveda écrit un de ces grands livres dont Manuel Vazquez Montalban ou Leonardo Sciascia ont le secret. Il utilise le roman comme moyen de sonder le réel, l'actualité, les obscures histoires du monde politique. Il fouille les dossiers et les archives de ces pays d'Europe et d'Amérique en pleine déshérence, il radiographie les peuples et les hommes. Pas de réelle surprise pour Juan Belmonte, qui a perdu ses illusions. Tous les individus qu'il croise sur sa route obéissent à des règles droit sorties des vieux catéchismes militants. Ceux qui ont survécu à la défaite des idéologies, aux mutations démocratiques, aux nouveaux régimes, ne peuvent en aucun cas être des enfants de choeur. Ils ont tué et peuvent à tout moment être à leur tour abattus froidement par leurs alliés d'hier. L'univers du secret politique, comme l'a souvent dépeint John Le Carré, est incertain et mouvant. Dans tous les cas, dangereux. Les héros et les salauds de tous bords sont également fatigués, mais tellement rodés. Dans ce Nouveau Monde ardemment consensuel, ils ne se battent plus pour des idées mais pour de l'or. A défaut de croire encore à Marx, Mao, Staline ou Hitler, les militants orphelins courent désormais après des valeurs plus matérielles.

Courts chapitres, scènes syncopées, très cinématographiques, suspense et angoisse, l'écriture de Sepúlveda n'est plus celle, poétique, ardente, du Vieux qui lisait des romans d'amour ni celle, apaisée, du Monde du bout du monde (1). Ici, l'écrivain chilien a troqué sa plume d'amoureux de la nature contre celle, plus sombre et désespérée, des écrivains de romans noirs. Triste constat que celui de Belmonte l'aventure avec un A majuscule n'est plus possible. Plus possibles non plus les rêves fous de liberté, fraternité et justice sociale qui animaient tous ceux qui, comme lui, ont tout sacrifié — leur propre vie et celle des êtres qui leur sont chers — pour des idées. Après l'âge des illusions est arrivé celui des comptes.

Une question pourtant traverse les pages de ce roman d'une violence désespérée. Et si 1'aventure c'était tout autre chose que ce qu'on avait cru jusque-là ? Et si l'aventure ce n'était pas partir au bout du monde, traverser mers et océans, se battre dans des guérillas, vivre dangereusement ? Et si c'était simplement interrompre cette course folle contre la montre, qu'on croyait être la vraie vie, et regarder au fond des yeux l'autre, que l'on a toujours aimé sans avoir jamais pris le temps de le lui dire ?

Dans les dernières pages d'Un nom de torero, Juan Belmonte est au pied de l'immeuble où habite, prisonnière dans son enceinte de douleur et de silence, Veronica, qu'il n'a pas revue depuis que son corps a été découvert inanimé et torturé dans un dépôt d'ordures de Santiago. La plus grande et la plus difficile aventure de sa vie commence : « Regarder la vie en face » après avoir « vu les reflets d'or de la mort » •

(1) Tous deux également publiés chez Métailié.

Un nom de torero, de Luis Sepúlveda. Traduit de l'espagnol (Chili) par François Maspero. Métailié, 198 p., 100 F.

 

Télérama N 2338 -2 novembre 1994

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 14:48

J'apprends aujourd'hui qu'on peut écouter cinq minutes d'émission de Sepulveda sur une radio des Canaries :

Actuelle émission de Sepulveda sur Lampedusa

 

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 20:44

MONTAUBAN

Rencontre-débat : Maison du Peuple

Lundi 14 octobre 18 h -20 h

Révolution/ Contre-révolution :

Le 10 mai 1790 à Montauban

Animation : Jean-Paul Damaggio

 

En diffusant l'information pour la réunion, une personne m'indique : "Comment en 1790 un royaliste peut-il être élu maire ?" En fait la question est inverse : "Comment un marquis habitué à avoir le pouvoir de sa généalogie a-t-il pu s'abaisser jusqu'à espérer avoir son pouvoir du suffrage ?"

L'intelligence de la contre-révolution est ici claire : il est possible de se servir des moyens de la révolution pour faire échouer la révolution !

 

Un des éléments majeurs du débat autour de la question du 10 mai est là. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:19

Ce dictionnaire ne sait pas dire qu'Hector France a été communard. Il faut donc ligne entre les lignes la vie de cet homme incroyable. JPD

 

Dictionnaire des écrivains, artistes et membres des sociétés savantes

Hector France né à Mirecourt Vosges, le 5 juillet 1837, ancien officier, ancien professeur à l'Académie militaire de Woolwich, écrivain, folkloriste, critique et membre de plusieurs sociétés littéraires et savantes.

Du côté paternel et maternel Hector France est issu d'une famille militaire. Après de bonnes études au Prytanée militaire de la Flèche, il s'engagea à 19 ans au 3ème régiment de spahis. Envoyé à l'Ecole de cavalerie de Saumur, il en sortit avec le grade de maréchal des logis. Durant dix années, il guerroya en Kabylie, dans le Sud algérien et sur la frontière tunisienne. Démissionnaire à la suite de passe-droits, il obtint un emploi dans l'administration des Contributions directes, qu'il quitta bientôt pour une situation supérieure dans une grande administration financière à Paris.

La guerre de 1870-71 survint. Hector France reprit du service en qualité de lieutenant aux mobiles de l'Oise. Il fut bientôt promu capitaine. Après la déroute de Buchy, il fit partie avec son bataillon du corps d'armée de la défense du Havre.

Le général Loysel, manquants de cavalerie le chargea de la formation de deux escadrons que le jeune officier avec une activité extraordinaire arma, équipa et monta en quinze jours et qui furent annexés au 4e chasseurs. M. France fut alors nommé capitaine-commandant d'un des escadrons et proposé avec le n°1 pour la Croix de la Légion d'honneur.

Licencié avec son corps, il arriva à Paris le 18 mars. Indigné de la signature d'une paix honteuse, il offrit son épée au Gouvernement de l'Hôtel de Ville, avec nombre d'officiers outranciers comme lui.

Charles Lullier le prit pour premier aide-de-camp.

Après la sortie du 3 avril où il accompagna Flourens comme aide-de-camp et où il faillit être fusillé à la fois par les Fédérés et les troupes de l'armée versaillaise, le Gouvernement de l'Hôtel-de-Ville lui donna le commandement de la caserne Lobau.

Le nouveau commandant y rassembla tous les soldats et sous-officiers épars dans Paris et que quelques énergumènes voulaient forcer à combattre leurs camarades. Il les disciplina, leur fit allouer la solde des gardes nationaux et les employa à des travaux d'intérieur.

Delescluze songea à Hector France pour remplacer Rossel, son ancien camarade du Prytanée militaire ; mais France refusa d'assumer les responsabilités d'un désastre certain.

Pendant les fusillades de Mai, Hector France échappa à la mort, grâce à son sang-froid et au dévouement d'un ancien magistrat, ami de son père, qui lui offrit un asile. Il put gagner a Belgique, puis l'Angleterre où il exerça les professions les plus disparates. Il y fait des dessins d'anatomie, d'architecture, tint des écritures, donna des leçons d'arabe, d'escrime, de français, de littérature, d'histoire puis entra comme professeur à l'Université de Londres. De là, il alla au Collège de Douvres, et, à la fin de l'année 1879, fut nommé professeur à l'Académie militaire royale de Woolwich.

Entre temps, Hector France avait collaboré au Qui vivre ? et à l'Union démocratique, fondé l'Avenir, et publié deux ou trois romans : Le Roman d'un curé (1877), qui eut plusieurs éditions, L'homme qui tue, pour lequel Léon Cladel avait écrit une magnifique préface et Edmond Lepelletier un magistral compte-rendu.

Le Petit parisien s'empressa de lui ouvrir ses colonnes. Hector France y publia successivement : Le péché de sœur Cunégonde ; Fumeron, Guyot et Cie etc.

Il commença avec une reproduction de L'homme qui tue, le périodique la Vie populaire.

De l'Angleterre, il collabora à La Marseillaise, au Réveil, au Mot d'Ordre, à l'Echo de Paris, à la Vérité, au Voltaire, au Gil Blas, au Courrier de l'Europe, à la Nation etc. et envoya nombre d'articles à plusieurs revues.

Hector France, de plus en plus encouragé par le public et la critique donna en librairie L'Amour au pays bleu ; Sous le burnous études des mœurs et de la vie arabe ; Les Va-nu-pieds à Londres, Les nuits de Londres ; La pudique Albion ; ...

Ardent partisan des exercices physiques M. Hector France est un intrépide marcheur. Il a parcouru à pied une partie de l'Angleterre, la Riviera de Cannes à Gênes, les Alpes-Maritimes, et dans l'été de 1886, l'Espagne d'Irun à Gibraltar, voyages dont il donna ses impressions dans son ouvrage Sac au dos à travers l'Espagne.

Il a publié d'autres impressions de voyage : Au pays des maquis ; Au soleil ; Dans la montagne ; Cinquante ans avec les Indiens (traduit de l'anglais).

Après quinze années de professorat à Woolwich il rentre en France en 1895. Il a écrit depuis des romans populaires de longue haleine. Il travaille à ses moment perdus à un Dictionnaire des Argots, Patois Néologises de France et à une Histoire de la cuisine à travers les âges.

M. Hector France a été président de la Société coopérative des Gens de lettres et de l'Association des Sciences des Lettres et des Arts. Il est actuellement membre du Conseil général des Vétérans des armées de terre et de mer, vice-président de la 14é section de Paris, membre du Conseil d'administration de la Société africaine de France, membre de la Plume et l'épée, de la société des "1", de la Société des gens de lettres. Officier de l'instruction publique Hector France est également commandeur du Nichman-Iftikhar. Il est décoré de la médaille coloniale et de plusieurs ordres étrangers.

M. de Rienzi a résumé assez habilement les impressions que fit naître l'œuvre d'Hector France :

 

"M. Hector France est un observateur et un analyste, ce qui ne l'empêche pas d'avoir de l'imagination - trop parfois. On sent sous sa plume courir la sincérité, la conviction, la haine ou l'enthousiasme, selon qu'il nous donne des études sociales, des œuvres de polémique ou encore des romans vécus. C'est certainement pour cela qu'on le lit avec intérêt, et que ses critiques artistiques ou littéraires sont prisées au plus haut point. Ses œuvres vigoureuses sont aujourd'hui universellement connues. C'est un maître qui sait ce qu'il veut dire. Aucun auteur français n'a pénétré la vie anglaise comme lui et ne l'a vue avec plus de sagacité et d'impartialité."

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:16

                                Noel-par-Cladel.jpg

Ernest Noël (Paris 1847 - Paris 1930)

Maire radical socialiste de Noyon (1888-1925), membre du conseil général de l'Oise (1886-1929) qu'il présida à partir de 1904, député (1893-1906) puis sénateur de l'Oise (1906-1929), l'industriel Ernest Noël se fait remarquer par sa conduite exemplaire durant la Grande Guerre. Refusant de se soumettre à l'autorité ennemie, il est arrêté comme otage (1915), déporté en Allemagne puis échangé (1916). Principal artisan de la reconstruction de Noyon, il présidera à l'élaboration du nouveau schéma urbain de la ville.

 

Son buste, œuvre du sculpteur Marius Cladel située dans le square de l'hôtel de ville, est inauguré le 11 septembre 1938.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 21:14

Cladel publie dans La Revue de Paris en novembre 1864 quelques petits textes qui deviendront un livre des années plus tard qu'il appelle Eaux-Fortes. Il s'agit d'un exercice de style. Donc pas de surprise s'il prend Delacroix pour évoquer un Algérien. Pour Goya il prend l'exemple d'un forgeron qui se pend dans son atelier. Il devait être alors sous l'effet de l'Orientalisme ambiant. Il écrit :

 "Nos Eaux-fortes détermineraient-elles chez le lecteur quelques sensations analogues à celles qu'il subit en présence des toiles des divers maîtres dont nous avons voulu divulguer le caractère et la touche le seul but serait atteint auquel nous avons visé dans cet artistique opuscule. L. C.

 L'ÉMIR ADD-EL-ZIMAR PRÊCHANT LA GUERRE SAINTE.

D'après Delacroix.

 

« Allah ! Allah ! Allah est Allah et Mahomet est son prophète! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est l'envoyé d'Allah et le fils de Mahomet ! » Ainsi disaient les tribus rassemblées au col de Mouckrem pour y recevoir la volonté d'Allah et la parole de Mahomet que Abd-el-Zimar allait leur transmettre. Un nuage de poussière s'éleva du côté de l'Orient et bientôt apparut l'Émir avec ses guerriers qui agitaient les étendards chevelus de l'Islam et de longs fusils dont les damasquinures miroitaient au soleil. Monté sur une cavale à la queue teinte de sang occidental, plus blanche que les burnous sans tache, qui proférait des flammes par les yeux et des colonnes de fumée par les naseaux et dont le poitrail avait enfoncé bataillons et murailles, l'Émir arriva bruyant comme le Simounn. Les trompettes envoyèrent jusqu'aux cieux des chants métalliques. Brandissant son fusil infaillible, l'Émir cria trois fois : Allah! devant les tribus prosternées qui répondirent Allah ! Allah ! Allah ! Abd-el-Zimar avait le front ceint de cordelettes en poil de chameau sous le haik qui le couronnait, son visage ascétique, fin, correct, brûlé du soleil, paraissait noir comme la nuit. Il n'avait pas trente ans, l'Émir ! sa barbe était douce et rare comme les cheveux des nouveau-nés, et ses membres musculeux jouaient comme des ressorts d'acier ; implacables, bruns et polis comme le jais, directs, ses yeux interrogèrent longuement les tribus qui réclamaient la bataille. Après avoir donné l'ordre d'avancer à deux Berbères nus, têtes rases, qui se tenaient à quelques pas en arrière, assis sur des chameaux, il leva solennellement la main droite et il regarda le ciel ; ses lèvres bourdonnèrent ; il avait l'air de lire dans les profondeurs du dôme : « Allah veut la guerre, dit-il, pâle, hagard, épouvanté, prophétique, il veut la guerre et il veut la victoire. Allah m'a parlé ! Allah me parle : je l'entends ! Allah nous regarde : je le vois ! Nous sommes ses enfants, et nous sommes nombreux comme les étoiles, et nous sommes rapides comme les gazelles, et nous sommes forts comme les lions de notre Atlas, et nous sommes rudes comme les chameaux de notre désert. Allah veut la bataille. Allah veut la victoire. Allah veut la vengeance ! Il m'a dit : « Lève-toi ! Marche aux giaours avec ta tribu, et va trouver ensuite tes frères de toutes mes tribus, et tu leur montreras les trophées du premier combat ; ils reconnaîtront en les voyant qu'Allah t'inspire et t'envoie vers eux. » Frères, je suis venu, écoutez ! Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah ! Voyez !» Les Berbères, dressés de toute leur hauteur sur la selle de leurs chameaux, tenaient par les cheveux chacun deux têtes fraîchement coupées, jeunes, belles, dégoutantes de sang, têtes de chrétiens, têtes d'oppresseurs, tètes de Roumis ! Debout sur les étriers, le front ceint d'un nimbe éclatant, naïf et pompeux comme un patriarche, l'Émir avait les mains tendues vers les têtes sanglantes. Secouées d'un délire sacré, les tribus s'écrièrent « Allah est Allah, et Mahomet est son prophète ! Mahomet est le prophète d'Allah, et Abd-el-Zimar est le fils de Mahomet et l'envoyé d'Allah !» »

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 20:39

Voilà que je suis poussé vers Hector France, un ami de Cladel que je ne connaissais pas vraiment. Un ancien militaire en Algérie aux côtés de Razoua, qui dédie un de ses livres sur l'Algérie à... Camille Delthil. Un admirateur du peuple algérien. La revue Le Matricule des anges a rendu compte de la réédition de Sous le burnous. JPD.

Le matricule des anges, Un mâle auteur, Hector France, par Eric Dussert

 Tous nos égarés oubliés

 Homme de guerre aux pays des sables, communard, sportif avant l'heure et écrivain varié, Hector France fut essentiellement un franc personnage.

 N'étaient quelques titres encourageants, voire scabreux, on ne serait peut-être pas allé voir du côté d'Hector France. D'abord parce qu'il eut un successeur éminent, ensuite parce qu'à un France près, on n'en était pas. Cependant, des titres ambitieux tel que Les Mystères du monde, faisant suite à Sue, ou troubles comme L'Homme qui tue ne pouvaient que nous attirer plus profond. Et la suite ne peut que donner raison à un fouineur tel que René Fayt qui, il n'y pas si longtemps, s'intéressa à juste titre aux tours et détours de cet écrivain polymorphe, engagé, pour ne pas dire rebelle, habitué aux rigueurs de la caserne et aux libations et privautés de la maison Carrington, spécialisée, si l'on s'en souvient, dans le grivois, sous le manteau, pas présentable, licencieux. Le Péché de Sœur Cunégonde, ou le Beau Vicaire (H. Oriol et Lavy, 1883) et Marie Queue de Vache (Librairie du Progrès, 1883), romans de mœurs cléricales aux " coloris parfois excessifs " (dixit Larousse à l'époque) auraient pu le faire classer parmi les infréquentables. Ce serait trop simple, vous l'imaginez bien.

 Militaire et fils de militaire, Hector France fut avant tout une forte tête. Né à Mirecourt (Vosges), le 5 juillet 1840, d'un chef d'escadron de la gendarmerie coloniale, à une époque où ça ne rigolait pas là-bas, petit-fils d'un officier supérieur d'état-major, il fit comme de juste ses études militaires au Prytanée militaire de La Flèche où, singularité suprême, il obtint les premiers prix de littérature. Il faut dire, à notre grande honte, qu'en ses temps diluviens les lettres importaient à tous, c'est-à-dire à tous mais aussi à ceux qui allaient se faire trouer le cuir. Nous n'en sommes plus là. Lui non plus, du reste, qui, après avoir guerroyé dix ans en Tunisie, en Kabylie et autres territoires insurgés, quitta le service, dégoûté d'avoir été bridé, tancé et mis au rencart pour son franc-parler dans L'Homme qui tue (Kistemaekers, 1878), il exposait tout haut les atrocités commises par les troupes coloniales... Il réintégra tout de même le service lors de l'accès guerrier de 1870, et, après avoir mérité la légion d'honneur, trouva l'occasion de ne la jamais recevoir en réfutant dans la presse le dogme insatisfaisant de la retraite à tout prix. Viril et combatif, il protesta encore contre la paix mal venue avec le Prussien et s'engagea dans les rangs de la Commune. Son républicanisme lui valut cette fois un exil londonien prolongé durant lequel, reconverti homme de lettre, il s'attaque à des fresques documentaires passionnantes sur Les Va-nu-pieds de Londres (1884) ou Les Nuits de Londres (1885), qui, jointes à son étude sur Les Dessous de la pudibonderie anglaise (Librairie des Bibliophiles, 1900), lui valurent le statut d'expert ès-mœurs anglaises.

Entré tardivement dans la carrière dès lettres à l'âge de trente-cinq ans Hector France se trouva être, on ne s'en étonnera pas, un ami de Léon Cladel, qui lui consacra une mémorable préface. Romans de mœurs, articles de presse, chroniques sociales, tout a été ausculté par l'excellent René Fayt qui, fouinant dans les recoins de la bibliographie de l'éditeur belge Kistemaeckers trouva de quoi nourrir l'exégèse. Hector France n'est plus n'importe qui. Le seul énoncé de L'amour au Pays Bleu (A. Martin et V. Huber, 1885), du somptueux Sous le burnous, scènes de mœurs militaires algériennes (dont la traduction anglaise dit un peu plus : Musc, Haschisch and blood), ou même du Beau Nègre, roman de mœurs sud-américaines (C. Carrington, 1902) apportent assez d'information à qui sait lire entre les lignes. On devine que l'injustice n'était pas le fort d'Hector France, les rigueurs morales et les bondieuseries non plus. En revanche, il fit de la marche (nom ancien du trekking) transfrontalière une activité régulière. Revigorante, convenons-en.

L'une de ses cibles favorites fut évidemment le clergé, et parmi celui-ci, la basse engeance des curés et des nonnettes. Indéfectible mécréant, républicain ardent voire anarchiste, il produisit même également un Dictionnaire de la langue verte : archaïsmes, néologismes, locutions (Librairie du Progrès, 1907) qui reste délectable. Et puis, parce qu'il faut bien vivre, il commit avec amusement sans doute une série d'opus flagellants de la plus belle espèce, anonymement ou sous le pseudonyme du Bibliophile de Mirecourt, ou celui de Jean de Villiot qu'il partageait avec plusieurs personnes, dont Hughes Rebell qui œuvraient au profit de l'éditeur Charles Carrington, scabreux bibliopole français réfugié à Bruxelles. Ainsi, Hector France le sabreur commit en partie l'Etude sur la flagellation relevée par Pascal Pia, et quelques autres polissonneries. Et c'est ainsi que l'étude des mœurs, souvent, conduit. Installé à Rueil, villa Welcome, le guerrier lettré s'est éteint en 1908.

 Eric Dussert

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article
8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:52

                           Baylet.jpg

Comme d’habitude le Petit Journal préfère faire des gros titres et publier de grandes photos plutôt qu’analyser sérieusement la question. C’est dommage car le sujet s’y prêtait ! Donc du débat au Conseil général nous ne savons rien alors qu’avec La Dépêche la parole est par exemple donnée à Jean-Paul Albert, dont la colère contre le projet s’explique simplement : en 2015 il n’a plus aucune chance de garder son poste de Conseiller général !

Sur le vote nous savons seulement que Mouchard et Garrigues ont voté avec Baylet. Et la remplaçante du député Moignard ?

Et enfin, souhaitant faire d’un problème, une généralité, le journal écrit : «L’influence politique de Monsieur le président du Conseil générale commence à s’effriter. » Ce qui est une phrase un peu audacieuse car ce rêve a déjà tant d’années ! Quant au débat à Montauban comment la gauche aurait-elle vertement critiqué le découpage quand on sait qu’y siège Mouchard <ui le défend ? A moins que Deville cité ensuite, soit compté à gauche ? J-P Damaggio

P.S. On peut penser cependant que La Dépêche a publié un compte-rendu en tenant compte du fait que le Petit journal le ferait, sinon la séance aurait pu être oubliée…

 Le Petit Journal 4 octobre

A l’occasion du vote au Conseil général, sur le redécoupage électoral concernant la mise en place du projet de scrutin binominal mixte dans le département, un séisme vient d’avoir lieu au sein du Conseil général du Tarn-et-Garonne. Sur les 29 conseillers Généraux qui ont voté, 15 d’entre eux ont voté contre leur chef de file, 12 ont voté pour et 2 se sont abstenus.

Au-delà du camouflet politique qu’a reçu Jean-Michel Baylet, il faut également parler de gifle à l’encontre de Valérie Rabault, l’actuelle députée de Tarn-et-Garonne. Cette dernière n’a visiblement pas pu convaincre les Conseils généraux socialistes de voter le redécoupage voulu par le gouvernement.

Notons, que seuls deux socialistes se sont démarqués en votant pour le redécoupage de Monsieur Baylet, Roland Garrigues et Claude Mouchard. Ce découpage ne fait pas que des remous au sein du Conseil général, la gronde [mot étrange repris sous une autre signature dans l’article sur le CM de Montauban] monte également dans les villes du département. Déjà lors du Conseil municipal de Montauban la gauche plurielle avait vertement critiqué ce redécoupage. Le Conseiller régional et municipal Thierry Deville, toujours très en verve, avait parlé de « chirurgie de luxe » et d’une « circonvolution guignolesque ».

 

Force est de constater que l’influence politique de Monsieur le Président du Conseil général commence à s’effriter. Une chose est sûre, Jean-Michel Baylet semble ne plus maîtriser sa majorité départementale. Sébastien Duhem

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche