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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 15:40

Olympe de Gouges avait jusqu'à ce texte de Verfeuil suscité seulement l'intérêt des forces de droite.

Parce qu'elle voulait défendre le roi, parce qu'elle a été guillotinée, parce que la droite française a défendu très tôt le droit de vote des femmes, elle ne pouvait pas être considérée comme une révolutionnaire.

Raoul Verfeuil, militant socialiste puis communiste avant d'être exclu en 1922 pour indiscipline, étant Montalbanais a pu lire toute l'oeuvre de sa compatriote dont la bibliothèque municipale possède les livres.

Voilà pourquoi il a pu proposer ce texte qui est son dernier article : verfeuil_gouges

JPD

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 11:48

couv-olympe.jpg

http://www.canalblog.com/cf/my/?nav=blog.manage&bid=1182834&pid=28994791

CLIQUEZ ci-dessus pour accéder au livre épuisé

 

Olympe de Gouges

Lettre au Peuple, Remarques patriotiques

Textes politiques de 1788

Introduction René Merle

Commentaires et documents

 

Editions La Brochure 82210 Angeville http :://la-brochure.over-blog.com janvier 2009

ISBN :  978-2-917154-36-6

Sommaire

Introduction de René Merle

Textes d’Olympe de 1788

1 — Lettre au Peuple, Ou projet d’une Caisse patriotique, Par une citoyenne

2 — Remarques patriotiques, Par la Citoyenne, auteur de la Lettre au Peuple

Commentaires

De la tribune à l’échafaud, Rita Pinot

J’ai fait un songe dit-elle, Geneviève André-Acquier

De l’expérience personnelle à la réflexion globale, Jean-Paul Damaggio

 Document de Jean-Georges Le Franc de Pompignan datant de 1788.

 

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 21:56

                julie

Le dessin : Julie, détail du dessin de Carmontelle, Musée Condé, Chantilly

 

Dans le cadre des conférences de l’ASPC, grâce à Christian Stirlé aidé pour les lectures par Jacky Ouardes, le public a pu découvrir la vie de Julie de Lespinasse (1732-1776).

Cette femme témoigne de la richesse des salons parisiens du XVIIIème siècle où des femmes organisaient les rencontres les plus diverses entre tout ce que la ville contenait d’intelligence (certains cependant étaient exilés). Et au cœur des ces débats du siècle des Lumières le double amour de Julie de Lespinasse : celui, partagé, pour l’Espagnol Mora et celui qui l’est moins pour le Montalbanais Guibert. Il a donné son nom à une caserne de la ville mais il n’est pas assez connu pour ses immenses talents.

Julie écrira beaucoup de lettres et en recevra autant et c’est cette correspondance, publiée par la veuve de Guibert qui, pour débuter le romantisme du XIXéme, permettra de la faire connaître.

Au soir de sa vie (Julie meurt à 44 ans), D’Alembert sera encore là pour la consoler.

Le parcours biographique présenté par Christian Stirlé, accompagné de la lecture émouvante d’extraits de lettres ont permis de bien faire connaissance avec ce personnage exceptionnel
A la question : pourquoi une publication si tardive ? Christian Stirlé lira en réponse la préface aux lettres publiées dernièrement, préface écrite par Chantal Thomas : la pudeur, et le fait que les femmes avaient peu de place dans l’édition.

Une lecture croisée avec l’œuvre d’Olympe de Gouges aurait quelque intérêt puisque les deux femmes furent des « bâtardes », ont animé des salons et fréquenté les intellectuels. Sauf que chez Julie tout tient à ses états d’âme alors que chez Olympe tout tient à l’âme de l’Etat.

 

Jean-Paul Damaggio

Bernard Ouardes au moment de la présentation de la soirée.

                Stirle.jpg

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 16:27

Toute référence à Olympe de Gouges est un point d’histoire appréciable. Et c’est le cas de cet article que j’offre ici. Si je glisse quelques commentaires sur des détails, le tout me semble riche et juste pour le lecteur peu informé. Peut-être, dans les références, pouvait-on envoyer le lecteur vers le site de Gallica pour accéder à la fameuse Lettre au peuple, que nous avons édité trois fois mais qui est épuisée. Par contre notre livre Olympe aux enfers qui est le recensement des préfaces à ses pièces de théâtre, est toujours disponible, et unique en son genre. Tout comme l’édition des œuvres complètes dans trois domaines, aux éditions Cocagne. Bonne lecture. JPD

 

Marianne /17 au 23 août 2013

PAR MYRIAM PERFETTI

Olympe de Gouges, Une femme contre la terreur

 

Elle fut première des féministes et le paya de sa vie. Guillotinée en 1793 sous la terreur, elle avait commis le crime de rédiger une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Ses combats contre toutes les injustices annonçaient ceux de notre siècle.

 Un siècle et demi avant l'écriture du Deuxième Sexe par Simone de Beauvoir, une femme, Olympe de Gouges, avait voulu trancher l'hydre de la misogynie, ce frein entravant l'évolution des sociétés. Malheureusement, c'est sa tête à elle qui roula sur l'échafaud de la Terreur en 1793. Victime de son sexe, victime de ses idées trop humanistes, trop révolutionnaires pour la Révolution elle-même, victime aussi de son origine de classe. Son corps, lui, se retrouva à la fosse commune : son fils, Pierre Aubry, l'ayant reniée pour sauver sa propre tête du « rasoir national ».

DESTIN TRANSGRESSIF

Comme l'histoire est assez ingrate avec certains de ses « grands hommes », la pionnière Olympe de Gouges a dû subir une injustice supplémentaire : celle qui osa écrire, en 1791, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, acte fondateur d'un féminisme qui ignorait encore son nom, fut reléguée aux oubliettes par... les féministes. Quand elle ne fut pas considérée, au mieux, comme une courtisane par l'écrivain Restif de la Bretonne, qui la classa dans sa liste des prostituées de Paris, elle passa, au pis, pour une malade mentale, une « folle » selon l'historien Jules Michelet, une hystérique atteinte de paranoïa reformatoria (folie réformatrice) pour le Dr Guillois, docteur du service de santé des armées, auteur, en 1904, d’une étude consacrée aux femmes de la Révolution. Jusqu'à ce que l'historien Olivier Blanc, en 1981, vienne l'extirper de cet injuste oubli avec une biographie fouillée et fort documentée, Marie-Olympe de Gouges, une humaniste à la fin du XVIIIe siècle. Et qu'Anne Hidalgo, la première adjointe au maire de Paris et candidate à la succession de Bertrand Delanoé en 2014, propose de la faire entrer au Panthéon. La patrie est toutefois aussi sexiste que lors de la conversion du monument d'église en caveau de la République, à l'occasion de la mort de Mirabeau, en 1791. En 2013, sur 71 personnalités à reposer sous la coupole, seules deux femmes y sont enterrées Sophie Berthelot et Marie Curie. Et encore, pour de mauvaises raisons : afin d'accompagner leurs maris dans l'éden démocrate.

Comme si Sophie sans Marcellin ou Marie sans Pierre n'auraient jamais pu découvrir ni certains principes chimiques, ni la radioactivité... Las.

Mais, avec Olympe de Gouges, c'est une tout autre histoire. Elle a eu, comme la philosophe et astronome Hypathie dans l'Alexandrie du IVe siècle, le tort d'être une personnalité hors normes, d'avoir une tête trop bien faite pour son temps, d'être en avance de quelques siècles. Pourtant, rien ne la prédestinait à penser et à vivre autrement que les femmes de son milieu. Cette petite provinciale de Montauban, née en 1748 des amours illégitimes d'un marquis, Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, épicurien, ami des lettres et auteur d'une Didon qui en fit à jamais l'ennemi personnel de Voltaire, et d'une fille du peuple, Anne-Olympe Mouisset, aurait dû avoir la vie toute tracée - par l'Eglise - des femmes de la petite bourgeoisie de l'Ancien Régime. A savoir, comme l'a résumé Elisabeth Badinter dans l'Amour en plus, demeurer « une créature essentiellement relative. [La femme] est ce que l'homme n'est pas pour former avec lui, et sous son commandement, le tout de l'humanité ».

Très peu pour Marie Gouze, qui, mariée à l'officier de bouche Pierre Aubry, contre son gré, à 17 ans, aussitôt mère, puis veuve à l'âge de 18 ans, décide d'être sa propre création. Les premiers actes d'indépendance de cette Occitane autodidacte, qui maîtrise mal le français, comme 90 % de la population d'alors : se forger un nom, écrire et ne plus se marier, car, comme elle l'écrira plus tard « Le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour. » Elle lui préférera un contrat social de l'homme et de la femme, préfigurant, avec plus de deux cents ans d'avance, le Pacs. Désormais, Marie Gouze ne sera pas la veuve Aubry mais Olympe de Gouges. Et cette Olympe-là est décidée à prendre sa revanche sur la vie, à rayonner dans les lettres et dans les idées. Aujourd'hui encore, l'aura de ses Ecrits politiques est plus importante en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon qu'en France. Tout juste si l'on compte quelques lycées et places portant son nom. Pourtant...

Son destin transgressif est autant révélateur des blocages de son époque que du statut des femmes de son temps : considérées comme abritant aussi peu d'âme que les animaux, les frondeuses, ces politiquement incorrectes pleines d'espoir en la Révolution, finirent décapitées, comme Mme Roland, ou à l'asile, comme Théroigne de Méricourt, après avoir été fessée en place publique par une horde de sans-culottes. Car le paradoxe majeur de la Révolution française, fondée sur l'universalité du droit naturel, est qu'elle écarta des droits politiques et civiques la moitié de la société. Pour autant, les combats d'Olympe de Gouges au XVIIIe siècle ne font qu'anticiper tous ceux qui ont agité le XXe et continué d'enflammer ce début de XXIe : lutte contre la tyrannie et pour la justice sociale, combat contre la peine de mort, égalité hommes-femmes... Les activistes des Femen, emprisonnées en Tunisie en raison de leur soutien à la féministe Amina Sboui, ne disent pas autre chose. A leur manière, elles revendiquent, deux cent vingt ans plus tard, le mot d'ordre d'Olympe : « Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de vous en affranchir; vous n'avez qu'à le vouloir.» Et Olympe, éclairée par l'esprit des Lumières, savait de quoi elle parlait.

MILITANTISME HUMANISTE

A son arrivée à Paris, elle rêve de théâtre. Introduite auprès des Comédiens du Français par la marquise de Montesson, épouse morganatique du duc d'Orléans, elle fonde une troupe. La première des 30 pièces qu'elle a écrites, Zamore et Mirza ou l'heureux naufrage, en 1785, traite d'un thème tabou, l'esclavage des Noirs. En critiquant le Code noir alors en vigueur, en osant aborder de manière frontale les problèmes du colonialisme et du racisme, la polémiste s'attire les foudres de la maréchaussée - la bataille d'idées vire au pugilat - et du maire de Paris, qui a tôt fait d'interdire la représentation. Olympe évite, pour la première mais pas la dernière fois, l'embastillement. Acte fondateur d'un militantisme humaniste et de l'urgence de l'instauration d'une égalité pour tous, Zamore et Mirza signe l'engagement qui sera celui de sa vie pour la reconnaissance des droits de tous les laissés-pour compte de la société (Noirs, femmes, enfants illégitimes, démunis, malades...). Olympe et son théâtre engagé dérangent. Mais ce sont ses brochures politiques et, plus tard, ses affiches, imprimées à son compte et placardées dans tout Paris, qui signeront son arrêt de mort.

Les femmes avaient joué un rôle décisif dans le processus révolutionnaire; la République établie, c'est tout naturellement qu'elles devaient s'abstenir de «politiquer» pour rejoindre leur foyer afin de réconforter ses combattants. Ainsi, le 30 octobre 1793, la Convention déchoit les Françaises de leur statut de citoyennes, accordé par la Législative. Deux ans auparavant, dans l'article I de sa Déclaration des droits de la femme, dédiée à la reine Marie-Antoinette, Olympe de Gouges osait écrire : « La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits.» En vain. Il leur faudra désormais attendre 1945 pour obtenir enfin le droit de vote ainsi que celui de « monter à la tribune », après avoir eu celui de « monter à l'échafaud ». Mais, en 1788, Olympe croit encore qu'elle peut exercer sa citoyenneté au féminin. Dans le Journal général de la France, elle publie sa « Lettre au peuple », un projet de caisse patriotique par une citoyenne, le premier de ses pamphlets politiques où, s'adressant au roi Louis XVI, elle propose l'instauration d'un impôt volontaire pour endiguer la pauvreté. Une première : «L'homme de la halle, ainsi que la femme de charge, éprouveraient une satisfaction sans égale de voir leur nom à côté de celui d'un prince de sang », conclut-elle, anticipant de cent-vingt six ans la création, en 1914, de l'impôt sur le revenu. Olympe va même plus loin. Toujours dans le Journal général de la France, comprenant l'importance de la presse dans l'opinion publique, elle fait part, en décembre 1788, de ses « Remarques patriotiques », un programme de réformes sociales qui imagine une assistance sociale, des centres de soins et d'accueil pour les veuves, les vieillards et les orphelins, des ateliers d'Etat pour les ouvriers sans travail et un impôt, sorte d'ISF avant l'heure, sur les signes extérieurs de richesse (nombre de domestiques, de propriétés, d'œuvres d'art...). S'ensuivront des dizaines de brochures et d'affiches où elle milite, entre autres, pour le droit au divorce, la recherche de paternité, la création de maternités, la féminisation des noms de métier, le système de protection maternelle et infantile... Des «élucubrations»  qui ne seront mises en place qu'au... XXe siècle, et qu'on attendait si peu de la part d'une femme de son milieu. Même Mirabeau en convient : « Nous devons à une ignorante de bien grandes découvertes. »

OEUVRE DE SALUT PUBLIC

Son modernisme extravagant va de pair avec une folle lucidité et une dévastatrice ironie, que ne renient ni notre temps ni les mordantes Sophia Aram d'aujourd'hui. Ainsi déclarait-elle, dans sa « Lettre aux représentants de la nation », en 1789 : « Les uns veulent que je sois aristocrate ; les aristocrates, que je sois démocrate. Je me trouve réduite, comme ce pauvre agonisant à qui un prêtre demandait, à son dernier soupir: "Etes-vous moliniste ou janséniste ?" "Hélas, répond le pauvre moribond, je suis ébéniste." Comme lui, je ne connais aucun parti. Le seul qui m'intéresse vivement est celui de ma patrie, celui de la France... » Ou déclarait-elle à une troupe armée venue prendre sa tête pour 24 sous, après qu'elle se soit proposée, au nom de son combat pour l'abolition de la peine de mort, comme avocate du citoyen Louis Capet : «Mon ami, je mets la pièce de 30 sous et je vous demande la préférence. » Louis XVI perdit sa tête le 21 janvier 1793. Sauvée par son humour, elle garda la sienne. Pour quelques mois seulement. Car, à la suite du collage dans Paris d'une affiche signée Polyme, l'anagramme d'Olympe, conspuant Robespierre, l'artisan de la Terreur, en des termes inadmissibles pour l'ami du peuple » - « Tu te dis l'unique auteur de la Révolution, Robespierre ! Tu n'en fus, tu n'en es, tu n'en seras éternellement que l'opprobre et l'exécration... Chacun de tes cheveux porte un crime... Que veux-tu ? Que prétends-tu ? De qui veux-tu te venger ? De quel sang as-tu soif encore ? De celui du peuple ?» -, Olympe de Gouges, « royaliste constitutionnelle », récidive. Elle fait imprimer, le 20 juillet 1793, une affiche bordée de rouge intitulée « Les trois urnes ou le salut de la patrie », où elle ne demande rien de moins que le droit au référendum des Français sur leur futur gouvernement. A charge pour les citoyens de préférer la monarchie, le fédéralisme ou la République. Accusée de remettre en cause le principe républicain, la Girondine est inculpée par le Tribunal révolutionnaire le 2 novembre. L'accusateur Fouquier-Tinville plaide « l'attentat à la souveraineté du peuple ». La cause sera vite entendue. Marie- Olympe de Gouges, veuve Aubry, 45 ans, est condamnée à la peine de mort. La sentence sera exécutée vingt-quatre heures plus tard. La semaine suivante, un commentaire paru dans le Moniteur universel, journal de propagande montagnarde, montre l'étendue de son crime : «Elle voulut être homme d'Etat. Il semble que la loi ait puni cette conspiratrice d'avoir oublié les vertus qui conviennent à son sexe. »

Ce 3 novembre 1793, vers 17 heures, en montant à l'échafaud, place de la Révolution, l'actuelle place de la Concorde à Paris, Olympe de Gouges s'écrie : « Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort!» A quelques mois de la célébration du 65e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, osera-t-on enfin rendre justice à cette ennemie de toutes les exclusions, à son œuvre de salut public ? Allez, messieurs les plus républicains, de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace... M.P.

 

Non, les féministes dès 1970 rappelèrent sa déclaration. Si elles eurent un tort c’est d’avoir présenté seulement le côté féministe d’Olympe.

Cette idée est déjà ancienne et comme je suis contre le panthéon…

Mary-Lafon qui a pu rapporter un témoignage direct indique au contraire qu’elle refusa le « parti » proposé par Le Franc de Pompignan car il n’a pas voulu associer la dot allant avec et qu’en conséquence elle accepta un mariage avec une personne âgée pour être veuve le plus vi  te possible.

Je préfère dure l’impôt progressif sur le revenu car Necker et d’autres ont toujours voulu un impôt dont le taux serait le même pour tous.

Faut-il rappeler que la Convention accorda un droit au divorce favorable aux femmes ?

Et pourquoi pas Fouquier-Tinville qu’on va croiser plus loin ?

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 15:59

Voici un mes écrits dans Tr’oc.

 

« Je n’ai point de vies à cacher, je n’ai que des défauts à montrer” Olympe de Gouges. »

 

Le 4, 5 et 6 Juillet 1991, dans le cadre du Festival de Montauban, Olympe de Gouges a été fêtée. F-M Castan précise que l'initiative va se prolonger en 92 et 93. Pour cette année, un grand colloque a eu lieu, animé par Olivier Blanc. Pour ma part, de la montalbanaise, je ne peux évoquer ici qu'un des aspects de la riche personnalité : ses relations avec ses origines occitanes (ce n'est pas un hasard si Mary-Lafon fut un des premiers à écrire en sa faveur).

Pour ceux de nos lecteurs qui ne connaissent pas la biographie d'Olympe, précisons qu'elle est née à Montauban en 1748, qu'elle s'y maria à 16 ans puis, veuve à 17, elle quitta sa ville à 19 ans, pour Paris, et au bras d'un entrepreneur des transports militaires. Elle se battra pour faire jouer ses pièces de théâtre qu'elle commença à écrire vers l'âge de 30 ans. Puis arriva la Révolution et sa vie se mit, plus encore, à l'heure de l'actualité. En 1791 elle publia sa "Déclaration des droits de la femme" et deux ans après elle mourut guillotinée (le 3-11-1793).

 Dans sa biographie (1) Olivier Blanc - l'homme qui la sortit de l'oubli et qui était présent au colloque - note au sujet de ses origines « elle appartient à une culture orale, celle des occitans »

Fait-elle référence, dans ses œuvres, à la culture d'oc ? à sa ville ? au Midi ? à sa langue maternelle?

Dans la préface au Mariage de Chérubin elle dit : « Aujourd’hui que je vois annoncé dans le journal un Mariage de Chérubin, ma vivacité languedocienne se réveille. »

Dans une autre préface, elle fait dire à Mr Molé au sujet d'un des actes de la pièce :

« Je n’ai pas reconnu votre feu languedocien ; on dirait que cet acte est sorti des glaçons du nord ».

Donc Olympe, "occitane" de comportement ? C'est un peu ce que disait en 1897 E. Forestié : « Notre héroïne fut une vraie Cadette de Gascogne, sans arrière pensée, bonne fille, la langue alerte, le cœur sur la main. » (est-ce cela une vraie Cadette de Gascogne ?).

Olivier Blanc pense qu'elle fut toujours, de cœur, montalbanaise, puisqu'elle resta en correspondance avec sa mère qu'elle aida financièrement.

J'attends des preuves plus consistantes au niveau de son œuvre où elle évoque sans doute, des souvenirs de jeunesse, mais sans géographie. Pourquoi mon scepticisme ?

Quand, en 1789, le montalbanais Poncet-Delpech, député du Tiers Etat, monte à Paris il se retrouvera chez elle mais pendant la Révolution jamais les textes d'Olympe ne seront évoqués à Montauban (les archives sont pourtant très riches). Dans ses carnets, Poncet-Delpech nota, avec tristesse, qu'Olympe mourut dans l'indifférence totale des montalbanais. Montauban ne connaissait pas Olympe, et Olympe n'avait pas à se soucier de sa gloire dans sa ville natale.

A l'inverse, d'autres montalbanais célèbres - tous des hommes - inscrivirent dans leurs œuvres et d'une manière incontestable, l'attachement qu'ils portaient aux ami(e)s montalbanais(es). En fait Olympe est une bâtarde (non reconnue par l'écrivain Lefranc de Pompignan présenté comme l'ennemi de Voltaire) et une femme qui voulait se battre. Son nom de femme de lettres dit, à la fois, son attachement à ses origines et son ambition considérable. On peut penser qu'elle avait jugé peu envisageables les appuis de sa ville d'origine, pas plus ouverte que d'autres à sa situation de marginale.

Son œuvre me paraît sans territoire de référence et il serait dommage de la faire plus montalbanaise qu'elle n'était (elle, comme son œuvre). Féconde me paraitrait plutôt, la mise en perspective avec la sans-culotte Claire Lacombe, comédienne, née à Pamiers dans l'Ariège (2). "La différence féminine" (3) n'induisait-elle pas un rapport aux lieux, autonome ?

Cependant sur un autre plan je crois possible de faire un rapprochement entre Olympe et des aspects de la culture d'oc. Quand elle écrit : « Je sais que souvent j'ai fait de grandes étourderies mais elles me plaisent et je mets quelquefois autant de recherches pour les commettre à mon désavantage que d'autres mettent de précautions à éviter même un mot équivoque." Cette autodérision se retrouve dans cette autre phrase extraite d'une préface à ses œuvres, Le Philosophe corrigé ou le cocu supposé (vous admirez le titre j'espère !) : « Je n'ai pas l'avantage d'être instruite, et comme je l'ai déjà dit, je ne fais rien. J'écouterai la voie de la modestie qui me convient à tous égards.» Autodérision, qui se retrouve aussi dans le titre de cette pièce.

Au débat lancé, voilà donc ma maigre et contestable contribution. Quant à l'action pour qu'Olympe ait un nom de rue à Paris « dans les beaux quartiers » juge bon de préciser Olivier Blanc, ou pour qu'elle entre au Panthéon, j'en souris encore. Comme action, je préfère penser à la réédition de ses œuvres qui est en souscription (renseignements : Festival de Montauban BP 814 82008 Montauban cédex).

Jean-Paul Damaggio, 82- Montalban

1 - Olivier Blanc, Olympe de Gouges. Syros

2 - Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses. Alinéa, 1988.

3 - Lire Luce Irigaray

 

Note 2013

A relire ce texte vingt ans après je dois noter :

1 ) Que les textes de Forestié et Mary-Lafon sur Olympe ont été réédités aux éditions La Brochure.

 

2 ) Que la référence aux préfaces me faisait déjà rêver d’une réédition des dites préfaces a été faite à La Brochure. Tout comme son premier texte politique avec une préface de… René Merle.

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 16:50

piece-olympe.jpg

Courageuse entreprise que cette pièce de théâtre d’Annie Vergne et Clarissa Palmer, avec Gislain Geiger, Juliette Stevez et Annie Vergne.

Courageuse par la confrontation des deux éléments du titre : « Olympe de Gouges » et « porteuse d’espoir ». Olympe, la femme de théâtre, dont la vie même fut un grand théâtre, et le monde actuel pour découvrir encore et encore, l’actualité d’une œuvre trop méconnue.

C’est vrai, je n’ai pas vu la pièce pour le moment mais elle semble bâtie sur une réflexion (culturelle, sociale et politique) qui vient de si loin que j’imagine déjà les émotions qui peuvent surgir. Même la musique est originale dans le cadre d’un projet global. Tout a commencé (si début il y a) par Clarissa Palmer qui a soutenu en novembre 2010 une thèse en biographie (mention très bien) consacrée à Malesherbes et Olympe de Gouges à l’université de Buckingham. Avec sa complice et amie de toujours, Annie Vergne, les écrits d’Olympe sont confrontés par l’intermédiaire d’une jeune personnage, aux questions d’aujourd’hui.

J’encourage les lecteurs de ce blog qui sont dans la région parisienne à aller voir la pièce et à proposer si ça les chante, leur compte-rendu. JPD

Contact diffusion : Julien Séchaud/ Annie Vergne Théâtre le Guichet Montparnasse 15 rue du Maine 75014 Paris leguichetmontparnasse@orange.fr Tel 09 75 75 18 18

Du 6 septembre au 22 décembre les jeudis et samedis à 19 h 00.

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 13:45

mazauric.jpg 

Cette présentation de deux livres date sans doute d’avril 2003 et a été publiée sur L’Humanité. Claude Mazauric est un historien bien connu de la Révolution française et peut-être un des rares historiens communistes à avoir évoqué Olympe de Gouges. Pour en savoir plus nous renvoyons à la préface de René Merle de notre édition aujourd’hui épuisée du premier texte politique d’Olympe, La Lettre au peuple. JPD.

 

 

La vie est les idées de François Noël Babeuf (1760-1797) qui s’était lui-même impatronisé « Gracchus » en octobre 1794 pour illustrer le sens de son combat, suscite toujours autant d'intérêt, du moins pour quelques éditeurs n'ayant pas froid aux yeux. Pour ne remonter qu'en 1997, après les Actes des colloques tenus à l'initiative des Amis de Babeuf et à celle de la société savante de la ville où se déroula son procès et sa mise à mort, ont paru le livre de Jan Birchhall (The Spectre Of Babeuf), le recueil-essai de Lionel Bourg, l'anthologie de Philippe Riviale (2001), le livre de Jean Soublin (Je t'écris à propos de Babeuf, 2001), un numéro de la revue Cahiers d'histoire, Revue d'histoire critique(1999, n° 77) préparé par Alain Maillard... et l'on attend la publication des Babouvistes, de Jean-Marc Schiappa.

Parmi les livres que nous aimerions retenir enfin, celui de François Larue-Langlois (1), historien originaire du Québec, qui nous raconte à son tour l'histoire du Tribun du peuple. Attentif aux faits et bien informé, l'auteur narre d'une plume alerte les principaux épisodes de la vie de Babeuf et, s'il s'intéresse plus à l'activité politique de Babeuf en Picardie puis à Paris qu'à l'évolution de sa pensée doctrinale, il n'en évoque pas moins la profonde originalité. Ainsi, contre une pesante tradition qui tenait Babeuf pour une sorte de buveur de sang, Larue-Langlois montre qu'au contraire, s'il a politiquement réhabilité la rigueur jacobine, il n'a cessé d'en rejeter les détournements terroristes » et que, en ce qui le concerne, on ne peut lui imputer « aucune tuerie ni aucune violence ». Soucieux d'éviter l'anachronisme, l'auteur ne prête pas à Babeuf une idéologie «communiste» reconstruite après coup mais insiste sur l'indépendance, d'ailleurs problématique, de ses projets. Enfin, il s'interroge sur les raisons possibles qui expliqueraient le surcroît d'intérêt porté aujourd'hui au penseur et le met en rapport avec cette idée que « le retour du capitalisme à l'état sauvage sous couvert de mondialisation n'est peut-être pas inévitable ».

 

Dans un ouvrage de même format paru dans la même collection (2), Sophie Mousset s'est emparée de la figure d'Olympe de Gouges (1748­1792) pour la sauver de l'oubli. L'entreprise, même sans ignorer les efforts féministes pour rappeler ce que fut la publiciste à qui l'on doit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, mérite d'être saluée. Fille des amours clandestines d'un aristocrate et d'une bourgeoise, Marie Gouze fut mariée à l'âge de dix-sept ans au traiteur de l'Intendant de la Généralité de Montauban, qu'elle quittera en 1767: Paris lui promettait une vie mondaine à laquelle elle se consacra avec talent et sens de l'intrigue. Intelligente, aventureuse et convoitée, Marie, à partir de 1784, se fait un nom de plume qu'elle doit à son joli tour d'écriture et à son sens aigu de l'actualité, notamment littéraire. Femme et citoyenne, se présentant comme telle, elle s'engage dans la Révolution à la fois comme auteure et comme protagoniste d'un projet ouvertement émancipateur sur le plan du droit. Ainsi plaide-t-elle en faveur de la nécessité du divorce, contre l'esclavage des Noirs, pour l'égalité politique des femmes et, enfin, contre le monopole des pères et des frères dans l'espace public. Mais cela ne l'éloigne pas des cercles libéraux de la bonne société parisienne: c'est à la reine Marie-Antoinette qu'elle présente sa Déclaration en septembre 1791, ce qui, quelques semaines après Varennes, ne saurait être mis au bénéfice de son opportunisme ! Après la reine, son choix politique la porte vers le duc d'Orléans, le célèbre et richissime Philippe­Egalité, si suspect aux yeux des démocrates républicains, puis vers les Girondins... Tant et si bien que ses insuccès d'auteure accompagnent bientôt son discrédit aux yeux des sans-culottes — hommes et femmes (Claire Lacombe). Dès ce moment, même sa passion féministe la compromet : depuis 1792, la contre-révolution essaie de couvrir derrière une rhétorique de la « sensibilité », apanage du sexe féminin, ses entreprises de déstabilisation de la République en guerre. Olympe est plus que «suspecte ».  Résultat : jugée par le Tribunal révolutionnaire, elle est la seconde femme après Marie-Antoinette à être condamnée et exécutée.

Que reste-t-il aujourd'hui du message d'Olympe de Gouges ? se demande Sophie Mousset. Une femme des Lumières qui, selon elle, «a participé à une formidable remise en question des statuts de l'homme et de la femme » mais qui a été victime de cette inégalité, maintenue et bientôt sacralisée dans le Code civil, par laquelle la révolution bourgeoise a enfermé les femmes. De Gouges aurait été victime des préjugés ou d'intérêts mal compris, au nom desquels le «monde ouvrier a réservé à l'homme l'espace public ». Demeure donc l'Olympe de la Déclaration.

Ces deux ouvrages, de François Larue-Langlois et de Sophie Mousset, ont paru dans la nouvelle collection des Éditions du Félin, « Les marginaux ». Avec une telle étiquette et ces deux premiers titres, l'éditeur entend signifier au lecteur que la marginalité d'hier est appelée à former la norme d'aujourd'hui et suggérer que la marginalité d'aujourd'hui sera la réalité de demain. Ce point de vue téléologique qui finalise l'expérience historique n'est cohérent que superficiellement. Rien n'est plus ambigu que cette idéologie du précurseur. On peut s'en réjouir s'il s'agit de Babeuf ou d'Olympe, mais qu'en serait-il si les marginaux absolutistes, théosophes, adeptes sectaires des «anti-Lumières » et de l'apocalypse régénératrice des Chevaliers du poignard apparaissaient comme des précurseurs ? Pour se libérer du préjugé, il faut tout recontextualiser et laisser l'histoire s'écrire et se réécrire avant d'en juger.

CLAUDE MAZAURIC

(1) Gracchus Babeuf, tribun du peuple, par François Larue­Langlois. Editions du Félin,

mars 2003. 13,50 euros.

(2) Olympe de Gouges et les droits de la femme, par Sophie Mousset. Éditions du Félin, mars2003. 13,50 euros.

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 16:43

 J’ai cherché les paroles de la chanson, sans succès. Elle est passée aujourd’hui sur France Inter, au même moment Télérama dit quelques mots. Pour le moment j’en reste là au sujet de Claire Lise. JPD


Telerama n° 3240 - 18 février 2012
 

 

Un peu de Clarika. Et d'Amélie-les-Crayons. Les amateurs d'une chanson vive, impertinente et touchante, apprécieront les références. Sans être (pour l'instant ?) aussi percutante que ses deux cousines, Claire Lise a, elle aussi, l'écriture piquante, la voix pimpante, la mélancolie délicate.
Ce quatrième album a même valeur de nouveau départ, prometteur. Elle y chante les femmes, amantes, solitaires, solaires, ombrageuses. Carrousel de visages, aussi changeants que les flux et reflux de la chance ; carrousel de sons - violoncelle, boîtes à rythmes -, comme autant de sentiments variés, parfois avariés. Ses titres ne présentent pas tous la même distinction ? Tant pis, on aime ses fièvres inquiétantes. Femme, Je suis morte, Olympe de Gouges (qu'on imaginerait bien par Zaza Fournier)... ces chansons-là ont du corps, du souffle, de la saveur. Trop de goût pour que Claire Lise s'arrête en si bon chemin.
Valérie Lehoux

 

France Inter 15 février


Partons ce matin, à la découverte de l’univers d’une jeune chanteuse de 31 ans, dont les chansons s’inspirent pour la plupart du vécu des femmes. Son nom : Claire Lise. Le titre de son album : « la chambre rouge »
Il y a comme un parfum d’interdit, de sensualité libérée qui sort de la chambre rouge de Claire Lise. Avec ce petit bout de femme, bouille de lune, le désir féminin, l’érotisme, la sexualité s’expriment avec une âpre légèreté. Et l’on réalise que cette revendication radicale du corps trouve dans la chanson, art de l’immédiateté par excellence, un bon terrain de jeu.

Extrait de « Olympe de Gouges »
Claire Lise a donc la reconnaissance du ventre et sait remercier les pionnières du féminisme comme Olympes de Gouges sans pour autant réaliser un disque sur le besoin de réactiver les conquêtes féministes. C’est une femme qui parle aux femmes, en s’adressant aussi aux hommes, qui ont toujours à apprendre de la réalité et des mystères de la sensualité du deuxième sexe, de ces corps qui changent avec la maternité, ou de ces amoureuses qui ne peuvent se résoudre à prendre congé de l’amour à 50 ans.



L’Indépendant 28 janvier


Son minois ne laisse rien deviner de ses intentions musicales ! On lui donnerait le bon Dieu sans confession, comme disent les anciens… Et pourtant, Claire Lise chante de drôles de sensations, des histoires de femmes qu'elle raconte avec justesse et surtout sensualité, voire plus. 'La petite porte', 'Enlace-moi', 'Olympe de Gouges', 'Madame' sont incontournables, comme 'If one day'.  Dans un registre pop-rock, la fragilité de sa voix contraste avec la rudesse du choc des mots. Claire Lise apporte sa fraîcheur, sa noirceur aussi. Et c'est finalement ses contrastes qui forgent son répertoire. Et son talent. Sacré bout de femme !

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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 11:16

 « J’ahborre vos tyrans, vos cruautés me font horreur. »
Olympe de Gouges aux Noirs révoltés de 1792 (1)

 

 

Certains pensent en marchant, ou en écrivant, moi comme un des personnages d’Alphonse Daudet, je pense en parlant. En conséquence mes interventions en réunion ne sont pas là pour convaincre mais pour informer et réfléchir à haute voix. Aussi je reviens sur la philosophie d’Olympe de Gouges qui ne concerne pas qu’Olympe.
Elle dénonce les cruautés des colons dsè 1783 (elle sera victime d'ignomines de leur part) puis quand les Noirs se révoltent elle dénonce les cruautés des Noirs. Certains pour montrer son rôle précurseur vont surtout braquer le projecteur sur sa dénonciation de la situation faite aux Noirs. D’autres vont ensuite dire qu’elle renvoie dos à dos les deux cruautés. Dans les deux cas, c’est une Olympe tronquée qui est présentée. Pour donner sa position, faute d’un autre mot j’ai écrit qu’elle était « centriste » mais le centriste renvoie dos à dos l’exploiteur et l’exploité. Olympe a toujours été du côté du faible, mais sans pour autant justifier tous les actes du faible !

Quand je titre, la philosophie d’Olympe, je ne parle pas de son discours philosophique mais bien de sa philosophie de vie qui la conduit à être en conformité avec ses propres œuvres philosophiques. C’est là une autre caractéristique du personnage qui ne la concerne pas qu’elle. Elle a écrit le Bonheur primitif de l’homme dont elle dit en 1792 que c’est bien sûr une chimère comme le Contrat social et d’autres œuvres, ce qui lui permet d’ajouter :
« Les imitations de Jean-Jacques sont défigurées dans ce nouveau régime, que seraient donc celles de Mme de Gouges et celles de Brissot ? Il est aisé, même au plus ignorant, de faire des révolutions sur quelques cahiers de papier ; mais hélas ! l’expérience de tous les peuples, et celle que font les Français, m’apprennent que les plus savants et les plus sages n’établissent pas leurs doctrines sans produire des maux de toutes espèces. Voilà ce que nous offre l’histoire de tous les pays. » (2)

Sa philosophie, plutôt que centriste, pourrait-elle être désignée comme réaliste ? Un réalisme qui la conduit à s’auto dénigrer : elle affirme sans cesse qu’elle est sans talent mais qu’elle a des causes à défendre. Ce terme de réaliste ne suffit pas puisqu’elle est d’abord une activiste. Sa philosophie de l’action est enfermée dans le carcan du rousseauisme (la théorie du bon sauvage) dont lucidement elle constate que les événements le « trahisse ». On repense à Marx et à ce que des marxistes ont fait subir à son œuvre en prétendant la mettre en pratique.

Les intellectuels écrivent des chimères (et elle avec) et ils doivent savoir qu’à combattre des maux, ils produisent des maux. Olympe est donc tout simplement une idéaliste qui n’a pas compris qu’on ne fait pas une révolution sans casser des œufs ? Mais pourquoi, à s’opposer au fatalisme du système dominant faudrait-il tomber dans cet autre fatalisme faisant de la révolution un excès de massacres ?
J’entends des voix me disant tout simplement que la femme Olympe est « naturellement » une sentimentale or le combat social n’est pas affaire de sentiments. La théorie de la Nature où tout est beau et bien, une Nature malheureusement pervertie par l’homme et son avidité d’or, n’est pas le produit d’un sentimentalisme féminin !
Ni centriste, ni réaliste, ni sentimentaliste, Olympe appartient-elle à ce courant historique désigné sous le nom de social-démocratie qui voudrait seulement adoucir les tares de systèmes si puissants que leur renversement déclenche des tempêtes ?

Dans le camp des dominants, les « durs » disent : « Surtout n’adoucissons pas le système sinon l’adversaire va en profiter pour nous éliminer ! ». Et dans le camp adverse des « durs » disent : « Pinochet a pris le pouvoir au Chili et c’est très bien car l’adversaire montre ainsi son vrai visage et la révolution va pouvoir aller à l’essentiel. » Bien sûr Olympe est contre les deux extrêmes mais surtout contre le mécanisme qu’ils enclenchent car l’un appelle l’autre. Quand la France conduit une guerre sans nom en Algérie, elle se fabrique des adversaires qui sont obligés d’être très sévères dans leurs rangs, et au jour de la victoire, les forces modérées sont éliminées.

Olympe est une modérée, ça c’est sûr, mais pas une modérée pour le bonheur de la modération en soi, mais parce qu’elle sait qui paie la note à l’arrivée, à savoir le Peuple qu’elle défend. Il ne s’agit pas d’une modération qui appelle à la conciliation mais d’une modération qui met au sommet de la hiérarchie des valeurs, le respect de la vie. Position philosophique qui la conduira sur l’échafaud…

Quand Olympe considère que ce n’est pas en guillotinant le roi qu’on guillotine la royauté, l’histoire lui a donné raison. Raoul-Marc Jennar est Belge et il a été étonné en arrivant en France d’y découvrir une noblesse plus présente dans la gestion des affaires du pays, que dans son royaume de Belgique !

Olympe a tenté d’inaugurer une conception pratique de la révolution où l’analyse de la réalité concrète l’emporterait sur l’hypocrite invocation de modèles. Elle abhorre les Tyrans qui exploitent les Noirs, et la cruauté des Noirs révoltés qui tuent des propriétaires sans jugement lui fait horreur mais elle veut une révolution car elle sait que tous sont responsables mais qu’il y a des coupables, les tenants du système. Elle est finalement inclassable et c’est peut-être ça être révolutionnaire ?

Félix Castan a défendu Olympe de Gouges. Félix Castan était à la fois communiste et occitaniste. Les occitanistes le considéraient comme un faux occitaniste car communiste, et inversement les communistes se disaient, « mais comment peut-il être occitaniste ? » (depuis il y a eu des évolutions). Or chez lui, défendre Olympe, la culture occitane et l’engament communiste était une seule et même chose. Braquer le projecteur sur une dimension, c’est tronquer le personnage. Pour Olympe comme pour lui, la première démarche était celle « de l’analyse concrète de la situation concrète ». Il ne s’inventait pas une France mythique ou un Peuple mythique mais partait d’une France réelle, plurielle et à partir de ce constat on pouvait articuler une conception de la révolution. Ma différence avec Félix Castan, c’est que je ne fais pas d’Olympe une grande écrivaine, et je n’arrête pas l’analyse de la situation à un moment donné, celui de ma jeunesse par exemple. La langue occitane aujourd’hui est dans une situation radicalement différente de celle de 1950 et en tenir compte ne signifie ni baisser les bras, ni se crisper sur le passé mais agir en conséquence, ce qui supposerait une autre article.

Pour répondre à la question de départ je conclus par ces mots : « En tant qu’inclassable, Olympe est une révolutionnaire. »
02-02-2012 Jean-Paul Damaggio
1 ) dans la même préface à l’Esclavage des Noirs, de 1792
2) dans la même préface. (voir le livre Olympe de Gouges aux enfers, Ecrits sur le théâtre).

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:12

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D'ici 30 jours voici une nouvelle publication des éditions la brochure : 130 pages, 10 euros. Pour tout savoir, lire l'introduction ci-dessous.

 

 

Introduction
Vous lirez plus loin [dans le livre] cet extrait significatif :
« Cet ouvrage est de longue haleine, et je ne le présenterai pas du matin au soir ; je veux faire cependant mes adieux comiquement à mes concitoyens ; après avoir mis les morts au théâtre, je veux y mettre les vivants ; je veux me jouer moi-même, ne point faire grâce à mes ridicules pour ne point épargner ceux des autres ; je n’ai pas trouvé de plus vaste plan, ni de plus original que madame de Gouges aux enfers. »

Mécontente du traitement qu’on lui inflige elle imagine donc d’écrire ce livre à la troisième personne : Olympe aux enfers. Ce titre me semble résumer le contenu des textes qui vont suivre. Olympe de Gouges le répète chaque fois, il s’agit de textes écrits sans plan et sans ordre, des textes peu littéraires, mais qui témoignent parfaitement de la douleur extrême d’une femme qui n’a qu’un but, chercher le bien, et qui ne trouve, en face d’elle, que tracasseries, complots et mépris. Si c’était contre elle, elle n’en ferait pas cas, or elle veut témoigner en faveur de grandes causes, comme la situation des noirs, l’exploit de femmes peu ordinaires, et on vient lui rire au nez !
Qui, en France, hier comme aujourd’hui, connaissait ou connaît l’incroyable Egyptienne, Hypatie ? Olympe la connaissait et sa pièce est malheureusement partie en fumée. Celle sur Ninon de Lenclos par contre, nous l’avons. Qui était Ninon de Lenclos ? Olympe, on le lira, joue l’ignorante, mais elle ne l’était pas. A mes yeux, ses écrits ne témoignent pas d’un grand théâtre, d’une grande littérature (la Révolution a-t-elle laissé des grands noms de la littérature ?), mais d’une vie authentique. Ils entrent dans cette merveilleuse catégorie des textes d’histoire écrits en direct ! A montrer, sans se gêner, le fonctionnement des Comédiens français, elle fait œuvre unique !
Quand, en 1994, j’ai lu les préfaces, j’ai été aussitôt séduit par cette originalité. Mais en publiant le théâtre d’Olympe de Gouges aux Editions Cocagne en 1993, Félix Castan écrivait : « Chaque pièce est précédée ou suivie dans l’édition originale de documents sur les difficultés et les démêlés qu’elle a entraînés pour l’auteur, lesquels portent rarement sur le contenu de l’œuvre, et nous préférons les renvoyer à une section spéciale du quatrième volume des œuvres complètes. » Pour Félix Castan, ces préfaces brouillaient l’œuvre, or, le plus souvent, il cite une phrase des préfaces en guise d’introduction à l’œuvre ! J’admets mon erreur possible, mais je ne place pas les combats d’Olympe sur la planète Littérature mais sur la planète Histoire.
Dans ces textes, écrits à la première personne, on comprend pourquoi elle fut à la fois très en avance sur son temps et très en retard sur la Révolution ! Très en avance sur son temps car en tant que femme elle prend une parole qui lui est refusée, elle saccage les mœurs établies et sa dénonciation de la condition des noirs n’est pas la moindre. Très en retard sur la Révolution car elle a comme référence la Nature, et dans la Nature, les rois sont la sagesse. Elle ne se ralliera à la République que quand le roi, par sa fuite, aura démontré qu’il était du côté des forces étrangères et non du côté de la France.

Cette publication que vous tenez entre les mains, c’est presque l’accomplissement d’un rêve d’enfant. Tout n’y est pas, tout n’étant pas disponible à la bibliothèque de Montauban, mais quel souffle dans ces quelques pages.
D’abord le gros dossier autour de la pièce L’esclavage des noirs. Dans son très beau livre , Olivier Blanc, traite en détail cet épisode que je résume dans la présentation.
Vient ensuite, le dossier sur l’autre pièce, Molière chez Ninon, un écrit qui devait permettre de compenser l’échec du premier et qui en fait l’aggrave.
Avec la révolution, Olympe tente d’être dans l’actualité avec les VŒUX FORCES ou LE COUVENT en octobre 1790, un nouveau dossier qui démontre que pour elle rien ne change : ses persécuteurs restent les mêmes. Ils seront encore à l’œuvre avec sa pièce MIRABEAU AUX CHAMPS-ÉLYSÉES, qui ne sera l’heure de son triomphe. Peut-être certains attendaient-ils d’elle des sujets plus frivoles.
Les mauvais coups que reçoit Olympe peuvent varier, ils l’envoient tous aux enfers, avant l’échafaud, avec sa pièce Sur L'ENTRÉE DE DUMOURIEZ A BRUXELLES ou Les vivandiers.

Le plus souvent, pour écrire le théâtre comme les textes directement politiques, Olympe dit s’appuyer sur des songes. Visiblement elle n’a pas pu se rêver au paradis… J-P Damaggio

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