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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 18:04

Dans l’exposition aux Archives Départementales du Lot et Garonne au sujet de Renaud Jean on découvre le document que j’ai recopié ci-dessous.

Il s’agit d’une note établie par les renseignements généraux la veille de la mort de Renaud Jean et classée SECRET. Archives départementales du Lot et Garonne 1039 W 32

On y apprend que Doriot serait intervenu pour aider à la libération de Renaud Jean et Racamond. Les RG écrivant cette note en 1961, l’information avait due être récupérée dès 1944-1945 par la direction du PCF (plusieurs notes des RG ont été utilisées pour justifier des exclusions) et s’il n’y a jamais eu de référence à elle, au cours de la vie de Renaud Jean, ça n’infirme pas cette possibilité car les raisons politiques de la mise à l’écart ne manquaient pas.

Ce qui, à me yeux, rend plausible cette action de Doriot c’est la date de la libération, le 15 juin 1941. Doriot, devenu un pro-nazi notoire savait sans nul doute que le mois de juin serait, comme en 1940 pour la France, celui de l’attaque de l’URSS par Hitler ; et après cette attaque, tout communiste français devenait encore plus qu’auparavant un danger rendant sa libération impossible. Il est frappant de constater que Philippot emprisonné avec Renaud Jean, n’ayant pas été libéré, est mort en déportation. Il est frappant de constater – je l’ai noté pour le TetG - que le 21 juin 1941 quand Hitler attaque l’URSS, l’arrestation de communistes est devenu une urgence. En Tarn et Garonne ces arrestations ne provenaient pas d’une action particulière ou d’une filature réussie : tous les communistes arrêtés tranquillement chez eux étaient connus comme tels depuis longtemps.

Ajoutons que Renaud Jean n’avait pas été condamné à de la prison ferme aussi, comme ses amis communistes, il était illégalement privé de liberté et très malade. Doriot aurait donc fait un geste en souvenir de luttes passées, et avant l’heure de l’affrontement reporté du nazisme avec le communisme.

Fallait-il sortir ce document des archives ? Certains diront, c’est pour salir Renaud Jean. L’histoire se regarde en face et sans nul doute Renaud Jean aurait été triste, si cette note lui avait été mise sous les yeux, mais sa vie reste cependant sans tâche, car cette note ne dit pas que l’intervention de Doriot s’est faite suite à une demande de Renaud Jean. Peut-être, dans l’entourage du député de Marmande quelqu’un a-t-il fait cette démarche…

Ceci n’excuse en rien les dérives de Doriot, tout comme le fait que René Bousquet ayant pu sauver tel ou tel juif ne peut effacer, ni relativiser, les lois mises en œuvre et les mesures d’ordre général (au contraire). L’histoire s’écrit avec des cas particuliers mais surtout avec des tendances de fond. JPD

 

 

 

N° 943/GR/20                                 le 30 mai 1961

 

Note d’information

 

Objet : a/s du passé politique de M. Renaud JEAN et de ses difficultés avec le P.C.F.

Référ.:Vos instructions du 29/5/61.

 

Pour le période qui se déroule de 1939 à la Libération, le cas Renaud JEAN peut être examiné sous deux aspects l'aspect doctrinal et l'aspect historique :

1°) - Aspect doctrinal :

Premier Député paysan du P.C., Renaud JEAN s'est toujours opposé à la position orthodoxe du P.C. international (3° Internationale) en ce qui concerne la place de la paysannerie dans un pays à organisation marxiste.

Pour les doctrinaires du parti, en effet, c'est la dictature du prolétariat, c'est-à-dire des ouvriers, qui doit s'imposer, les paysans n'étant qu'une forme d'appoint vouée à disparaître.

Renaud JEAN, au contraire, a toujours défendu l'opinion selon laquelle les paysans, classe moyenne c'est vrai, mais œuvrant de leurs mains, devaient être considérés comme des ouvriers.

Depuis 1922 et jusqu'en 1939, il a fait plusieurs voyages en Russie et a eu de nombreuses conversations avec la Direction du Parti en France.

Ses interlocuteurs n'ont jamais pu lui faire adopter la doctrine orthodoxe.

WÀLDECK-ROCHET, à l'époque, "le jeune qui montait", devait déjà avant 1939 supplanter Renaud JEAN à la tête de l'appareil communiste de la paysannerie, à cause des thèses dissidentes du leader paysan du Lot-et-Garonne.

Cependant, s'il n'y avait pas eu les évènements de 1939, Renaud JEAN serait certainement resté député communiste.

2°) - Aspect historique :

Au moment de la déclaration de guerre de 1939, l'appareil du parti en L.&.G. avait comme état-major par ordre décroissant : Renaud JEAN, M. AURIN, M. Robert LACOSTE, M. LABRUNIE et M. PHILIPPOT, 2° député P.C. du département.

./.

AURIN fut mobilisé. Il n'a donc pas eu à signer la déclaration qui était demandée par le Gouvernement aux leaders communistes contre le pacte germano- soviétique STALINE-RIBBENTROPP, du 26/8/39.

Par contre, PHILIPPOT a rédigé sa déclaration.

Dans le privé, Renaud JEAN expliquait pourquoi "le capitalisme forcené créateur du fascisme et de l'hitlérisme ne pouvait être allié du prolétariat marxiste-léniniste. Pareille alliance n'est qu'une mauvaise manœuvre et ne peut préluder qu'à des catastrophes" (sic).

Ceci se passait vers le 2 ou 3/9/1939.

Par la suite, JEAN Renaud se rapprocha par esprit de discipline de la thèse officielle du P.C.F. soutenant à fond la politique du pacte germano-soviétique.

Il refuse donc de signer la moindre déclaration contre le Pacte germano-soviétique.

Dans le même moment, la Direction du P.C.F. lui demandait d'enquêter sur le cas PHILIPPOT qui "avait trahi en se ralliant au gouvernement".

Or, Renaud JEAN refusa de s'occuper de cette querelle, et à partir de ce moment ses difficultés commencèrent vraiment avec le Comité Central.

En effet, à la Chambre, Florimond BONTE avait lu au nom du parti une déclaration dans laquelle il disait : "la guerre contre l'Allemagne est d'un caractère impérialiste évident. Le P.C. ne peut soutenir pareil conflit".

C'est au milieu de ces intrigues et de cet imbroglio que le Président DALADIER signa un décret d'internement des députés et dirigeants du P.C.F. Renaud JEAN, AURIN, et PHILIPPOT furent donc internés.

Parmi les autres internés se trouvait le député P.C. RACAMOND. Il faut noter aussi que l'affaire PHILIPPOT avait évolué dans l'intervalle.

PHILIPPOT avait présenté son autocritique et il était rentré à nouveau dans les grâces du parti.

Après la débâcle de juin 1940, DORIOT, DEAT et VALLAT deviennent des figures de premier plan.

Or, JEAN Renaud est resté l'ami personnel de DORIOT, ancien maire communiste de St-Denis.

DORIOT, par amitié, eut la persévérance de s'occuper de Renaud JEAN et de RACAMOND et il finit par obtenir en 1941 la mise en liberté de ses deux amis.

A partir de ce moment-là, le P.C.F. ne pardonne jamais à JEAN Renaud "l'esprit bourgeois avec lequel il s'était incliné par opportunisme pour reprendre sa liberté, insultant ainsi le parti et tous ceux qui continuaient la lutte".

./.

Effectivement, depuis la Libération, M. JEAN Renaud a toujours été tenu à l’écart par le Comité Central.

 

Destinataire :

- M. le préfet du L et G

- Archives

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 20:12

rj.jpg

 

Hier ma journée était pleine au possible. Mais à 16 h 21 je me suis pris par la main : direction Agen. La pluie sur l'autoroute. Un accident même. Je sais où je vais et l'heure est bonne pour aller vers Agen. Pas pour en sortir. Les médias parlent des embouteillages des vacanciers. Ceux qui se produisent tous les jours c'est la routine... En route je me refais le film. Je me souviens de ce jour où avec André Larralde on a rencontré les autorités des Archives pour les inciter à faire une expo sur Renaud Jean. Aujourd'hui c'est fait et je pars voir la présentation. A 17 h j'arrive aux Archives du Lot et Garonne. Je retrouve les amis de Samazan. Emouvant à plus d'un titre et même à plus de cent titres. Une trentaines de cheveux blancs. L'hommage est officiel. Un livre est en appui. Serge Wolikow est présent. On arrive devant une vitrine qui montre le truquage des photos. Serge Wolikow ajoute un mot : la correspondance à ce moment-là avec Duclos. Je ne peux m'empêcher d'ajouter mon grain de sel. "Aujourd'hui encore au siège du comité Central c'est encore la photo floutée qui est dans le hall". Un homme me demande discrètement où au siège du PCF. J'explique. Il me dit que dans le hall c'est pour des expos. Je sais. Mais les photos ont été regroupées. Je n'ai aucun goût pour les polémiques d'autant que l'expo est magnifique. Bien sûr je ne l'aurais pas faite ainsi car je n'ai pas le sens de l'ordre mais j'apprécie. Il faut dire que le fond Renaud Jean est d'une originalité immense. En fait c'est en partie à lui qu'on doit l'expo : aux documents soigneusement conservés et déposés aux archives. C'est un peu comme une revanche de Renaud Jean.

Pour le retour, pas question de faire une heure de queue dans l'embouteillage pour rejoindre l'autoroute. Je rentre par les chemins de traverse. Je me refais le film. A 19 h 15 je suis chez moi. On a appelé au téléphone, encore du boulot. Mais ensuite je tiens à publier ces quelques mots. Ce retour à Renaud Jean va en imposer quelques autres. Si vous passez par Agen arrêtez-vous aux Archives. Et si vous n'y passez pas, allez-y donc. Jean-Paul Damaggio

 la photo renaud jean

La photo de Renaud Jean au Comté Central

Vazeilles effacé de la photo

Renaud Jean écrit à Duclos

Les photos

Là on retrouve la photo floutée du Comité Central avec le nom.

et en cette période de festivités : Renaud Jean et les monuments aux morts

 

P.S. ET je rentre chez moi et mon blog, c'est la galère

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 19:18

Over-blog pousse ceux qui utilisent ses services à changer de système.

Hier soir, pour une raison inconnue je n'ai pu accéder à mon administration.

Par une astuce (j'ai prétendu avoir oublié mon mot de passe) j'ai retrouvé le moyen de mettre un mot.

Je vais donc changer de formule alors qu'elle est moins pratique que l'ancienne.

Ainsi va la vie des blogs. Jean-Paul Damaggio

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:53

MONTAUBAN

Rencontre-débat : Maison du Peuple

Lundi 18 novembre 18 h -20 h

Le Chili d’hier et d’aujoud’hui

Animation : Jean-Paul Damaggio

 17 novembre : la nouvelle élection présidentielle au Chili doit permettre le retour au pouvoir de l’ancienne présidente socialiste, Michelle Bachelet.

En quoi, les luttes sociales passées peuvent-elles contribuer au Chili actuel ?

La rencontre s’appuie sur la présentation d’un livre sur l’histoire de la ville fantôme d’Humberstone, un témoignage du passé social devenu lieu touristique.

 

Cette rencontre et le livre en appui, se veulent une contribution aux recherches sur les suites du coup d’Etat de Pinochet en 1973

 

Réunion organisée par les Editions La Brochure

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 21:51

A prendre seulement les titres d'aujourd'hui de La Jornada mexicaine voici ce nous trouvons :

1 ) Escalade de violences sur tous les fronts dans le Michoacán

2 ) Z-40 un dirigeant des Zetas ayant été capturé le cártel du Golfe en profite pour étendre son pouvoir en s'imposant sur le marché des métamphétamines.

3 ) Le Mexique est en train de devenir le cimetière de l'immigration latino-américaine vers les USA.

 La droite mexicaine a été remplacée à la tête du pays, par le PRI, mais le Mexique s'enfonce toujours dans les drames des mafias en tout genre. JPD

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 18:41

Dimanche 7 octobre à Caussade / Christine Diger / rencontre avec cette journaliste de France Culture qui un jour s’est souvenu de ses liens familiaux avec l’Espagne puis elle a croisé un ancien des Brigades internationales Theo Francos. Rencontre qui est devenu un livre en attendant de pouvoir devenir un film documentaire. De 15 heures de prise de vue elle a rassemblé 20 minutes d’images quand Théo Francos revient en 1996 à Madrid. L’originalité de cet homme c’est qu’il était français mais d’origine espagnole donc un Espagnol dans les Brigades internationales. Le responsable du cinéma pour compléter cette rencontre a pu récupérer un film de Jorge Amat de 1993. Un très grand moment.

http://www.babelio.com/livres/Diger-Un-automne-pour-Madrid/126433

Lundi 8 octobre / Germinal / à Lavilledieu rencontre avec un de nos correcteurs à La Brochure. Il nous parle de Jean Vasca le poète. Un rendez-vous à imaginer. Germinal est l’auteur d’un livre de poèmes publié aux Editions L’Harmattan.

Mardi 9 octobre Découverte fabuleuse à la BM de Moissac. Mais de ça nous parlerons plus tard.

Mercredi 10 octobre / Maurice Mauviel / il passe par Angeville pour aller visiter Beaumont de Lomagne car comme moi il est un des rares à admirer Eugène Razoua. Comme d’autres communards, Razoua fut auparavant un admirateur de l’Algérie car la colonisation ce ne fut pas seulement des Français allant exploiter cette terre mais des Français devenant membres de cette terre, et ces derniers ne sont pas au cœur des hommages. Oui, des Français sont devenus des admirateurs de l’Algérie, de ses langues, de ses paysages, de ses habitants mais c’est là un si vaste chantier…

Jeudi 11 octobre rencontre avec moi-même et Vazquez Montalban sur les ondes de CFM.

Vendredi 12 octobre rencontre avec quelques amis à la réu ATTAC. Auparavant, rencontre avec Bernard Ouardes de Castelsarrasin.

Samedi 13 octobre rencontre avec quelques amis à la réu de la Compagnie des écrivains puis repas de l’association d’Angeville.

Dimanche 14 octobre rencontre avec Luis Sepulveda.

Lundi 15 octobre rencontre à la Maison du peuple initiée par La Brochure.

Mardi 16 octobre / Renat Pautal / Je connais Renat Pautal depuis des lustres grâce à nos combats occitanistes communs.

Mercredi 17 octobre / Christian Stirlé / Il parle de Julie de Lespinasse à l’initiative de l’association de sauvegarde du patrimoine de Castelsarrasin.

Jeudi 18 octobre / Mes parents /

Vendredi 19 octobre / Visite du cimetière de Moissac à la recherche de la tombe d’Elie Cayla.

Samedi 20 octobre / Hector France / lecture de son roman Sous le burnous

Dimanche 20 octobre / Des habitants d’Angeville / c’est pour une randonnée dans le village. Le plus ancien des promeneurs passe par des chemins qu’il ne connaissait pas bien que natif de la commune !

Lundi 21 octobre / Jeanbon Saint-André / c’est à Caylus pour l’émission radio

Mardi 22 octobre / la fille d’Elie Cayla / c’est chez elle à Moissac pour repenser à son père qu’elle a si peu connu.

Mercredi 23 octobre / une journaliste / elle vient nous rencontrer avec l’ami Michel pour 3 secondes sur France 2.

Jeudi 24 octobre / Marcel Proust / car avec Marie-France nous sommes à Cabourg où toutes les rues aboutissent au Grand Hôtel. Une petite ville conçue pour le loisir luxueux. Je n’ai jamais pu me plonger dans l’œuvre de cette référence mondiale de la littérature qui est évoqué à chaque coin de rue..

Vendredi 25 octobre / Pier Paolo Pasolini / à cause d’une exposition à la cinémathèque qu’il me faudra évoquer plus largement, mais en fait je suis à Paris pour, le même jour, une rencontre avec le livre connu, 1984, mis en pièce de théâtre. Une ambiance saisissante. Comme il y a à la fois images et théâtre je découvre une scène qui correspond à celle lu sur dans une nouvelle d’Hector France quatre joutrs avant !

Samedi 26 octobre / Colin Lemoine / Le conservateur du Musée Bourdelle propose aux membres de l’association ABF (Association Beethoven France) une rencontre entre le musicien et le sculpteur.

Dimanche 27 octobre / une guide à la cité de la musique / sans compter les amis qui sont avec nous

Lundi 28 octobre : repos si je puis dire.

Mardi 29 octobre : Rencontre avec le journaliste de Radio Totem / Ultime passage aux archives avant la clôture de mon livre sur Cayla.

Mercredi 30 octobre : Rencontre avec le carreleur qui achève la pose d’une cloison en placo-plâtre avant peinture.

Jeudi 31 octobre : Après une visite à Toulouse (imprimeur-libraire) visite d’amis : lui a des parents syriens et palestiniens d’où une forme de voyage en ces contrées à la vie si terrible.

Vendredi 1 novembre : Rencontre avec les murs d’une de nos chambres pour un travail de peinture rendue plus agréable par le soleil.

 

Samedi 2 novembre : Vincent Santacreu qui parla de son père résistant dans l'Aveyron, et finalement fusillé en 1950 après avoir été guerrillero contre Franco. Il est passé par l'E.N. de Montauban promotion 1964. Tout comme une fille de républicain espagnol passé par l'Algérie, Cecila Ruiz. Puis justement un Algérien, Mohammed, passe à la maison et se souvient avoir eu en Algérie un fils de réfugié espagnol comme camarade de classe. JPD

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 17:40

Les médias vont nettement moins parler de l’élection présidentielle chilienne actuelle que de l’anniversaire du coup d’Etat de Pinochet. Or la question de fond me paraît être la suivante : les luttes sociales passées chiliennes qui conduisirent à la forme révolutionnaire portée par Salvador Allende sont-elles perdues à jamais ? Ou pour le dire autrement : l’instauration précoce du néo-libéralisme incrusté dans les tanks de Pinochet a-t-il réussi à effacer toute mémoire du passé social ?

 Quel néo-libéralisme ?

Tout comme les USA de 1973 aidèrent Pinochet à éliminer Allende, les USA de 1988 aidèrent la campagne du Non, pour marginaliser le même Pinochet devenu gênant dans le contexte nouveau. La Concertation (union entre PS et démocrates chrétiens) qui va suivre, en finira avec les diverses formes de dictature… pour mieux continuer le néo-libéralisme dominant. Pour les Chiliens, il serait criminel de minimiser ce que signifie ce tournant. La persistance du système ne doit pas effacer les acquis démocratiques de 1988, acquis qui, au contraire, permettent de mieux interroger le cœur du système ! Interrogation qui devient plus que jamais vitale, après le passage au pouvoir de la droite légale, qui finalement n’a rien fait d’autre que de continuer ce que la Concertation avait continué !

Le peuple chilien, qui en Amérique latine avait forgé partis et syndicats pour se libérer du pouvoir de la classe dominante, a été acquis aux mérites du néo-libéralisme dont il a pensé que, débarrassé des formes fascisantes, il pouvait devenir un réel mode de développement. Preuve de ce succès : le Chili plus encore que l’Argentine est devenu un rêve d’eldorado pour Péruviens, Boliviens et autres latinos américains pauvres trouvant en ce pays des raisons d’espérer en une vie meilleure. Or en même temps les inégalités sociales devenaient plus colossales que jamais ! Donc en quoi ce néo-libéralisme était-il une forme nouvelle du capitalisme local ?

 L’extractivisme

Ce néologisme fait fureur aux Amériques : il signifie que la base du développement de la Bolivie, du Pérou, du Chili, de l’Equateur et d’autres pays c’est de développer l’extraction de matières premières éventuellement sous contrôle de l’Etat ayant en charge la redistribution des richesses ainsi produites ppour les besoins d'industries toujours étrangères.

Si un pays a été au cœur de l’extraction minière c’est bien le Chili, et c’est d’ailleurs dans ce secteur que se forgèrent les instruments de la lutte des classes qui aboutirent à la stratégie de la social-démocratie de Salvador Allende que j’appelle révolutionnaire car elle est devenue insupportable pour les maîtres du jeu. Donc, en quoi la période actuelle serait-elle nouvelle ? Pas par l’idée de nationalisation, aussi vieille que l’extraction, et proposée et instaurée dès les années 1860 par le Pérou, d’où la guerre du Pacifique ou l’armée chilienne assassina les aspirations démocratiques de la Bolivie et du Pérou. La nouveauté tient davantage dans la géopolitique mondiale instaurée par le néo-libéralisme.

En même temps que Nixon complotait pour abattre Allende, il préparait son voyage en Chine, au grand désespoir de Taiwan, en vue d'une normalisation des relations diplomatiques avec ce pays communiste. Un voyage aux multiples enjeux quand on se souvient du conflit vietnamien dans lequel les USA affrontaient l’URSS, et surtout quand on se souvient que la Chine avait besoin de franchir le tournant de l’industrialisation.

 Les Yankees ne sont plus les Yankees

Dès les années 1970 les USA préparèrent leur révolution informationnelle : troquer la domination industrielle par la domination informationnelle. Faire en sorte que le Japon d’abord puis la Chine prennent en charge les « bases » tâches matérielles comme la production de voitures (où la classe ouvrière étasunienne avait imposé quelques acquis sociaux), pour que les USA deviennent les rois de cette conjonction phénoménale : l’informatique + la communication. Ce qui à mes yeux est une véritable révolution pas seulement technologique (le mot révolution est trop souvent appliqué à tort et à travers) mais bien générale de la forme d’exploitation capitaliste. La course au profit continue dans le monde industriel mais ce monde est placé à la remorque du monde de la communication qui va assurer le retour des banques au premier plan de la vie économique. En conséquence les Yankees ne sont plus les Yankees en Amérique latine car l’extraction de matière première devient l’objectif majeur de la Chine et d’autres ayant en charge la production industrielle des moyens de consommation… consommés ailleurs qu’en Chine. Pour la première fois les produits industriels ne sont pas consommés là où ils sont produits d’où l’explosion du transport mondial ! Auparavant le transport était simple : les matières premières quittaient l’Afrique ou l’Amérique du Sud pour les pays fabriquant les objets qu’ils consommaient. A présent le transport est devenu triangulaire : Amérique du Sud – Chine (ou BRIC pour prendre la terminologie : Brésil-Russie-Inde-Chine) – Amérique du Nord + Europe.

Bref, les USA n’ont plus besoin d’intervenir politiquement de la même manière en Amérique latine.

 Le Chili de 2013 dans ce contexte

1 ) Il expérimente l’extractivisme qui cette fois est un extraction minière gigantesque et conduite de plus en plus par des compagnie non originaires des USA (parfois Canadiennes).

2 ) Ce gigantisme provoque des luttes sociales d’un nouveau genre pour défendre l’environnement et surtout l’accès à l’eau dont la dite industrie est plus que gourmande au détriment des besoins élémentaires des populations.

3 ) Il révèle le point faible du néo-libéralisme : l’accès de plus en plus difficile à l’éducation, à la santé et à la culture, domaines que le système précédent avait accepté de développer dans le cadre de luttes où la social-démocratie avait apporté ses valeurs.

 L’enseignant, le toubib et le créateur sont trois travailleurs qui ne peuvent pas être remplacés par des machines, même si les machines changent la forme de leur travail. Tous les efforts tentés pour réaliser des programmes d’enseignement par internet ne peuvent éliminer le rôle de l’enseignant. Toutes les technologies parfois fabuleuses (mais souvent détournées par l’industrie pharmaceutique) ne peuvent éliminer le rôle crucial du médecin. Et enfin, jamais aucune machine ne remplacera les écrivains chiliens comme Coloane, Lettelier, Eterovic, Sepulveda… et Isabel Allende. Là on atteint le symbole : les maîtres du monde ont pu élimer le président médecin Allende mais pas sa fille devenue romancière !

Le Chili vient de connaître des luttes sociales d’étudiants qui, comme au Québec, bousculèrent profondément la société. Tout l’héritage des luttes sociales se retrouve, partout aux Amériques dans les luttes pour l’éducation, luttes jamais médiatisées et pourtant si grandioses, avec comme dernier exemple celles d’enseignants du Mexique confrontés à une nouvelle réforme du pouvoir.

Parmi les luttes pour la santé, nous avons l’exemple de toute une ville qui s’est levée pour défendre son hôpital : Tocopilla dans le bord du Chili, ville aux grandes luttes sociales du passé.

Le projet révolutionnaire aujourd’hui passe à mes yeux par un travail vital capable de nous arracher à la dictature des médias afin de pouvoir relayer l’infinie richesse des luttes sociales du monde. Le piège le plus mortel, c’est de réagir aux événements fabriqués par les médias… ce qui légitime les médias dans leur désir de fabriquer l’actualité ! Les luttes qui ont expérimenté cet impératif sont celle des Zapatistes mexicains qui, après avoir cru possible d’utiliser les médias, ont appris comment c'était eux qui étaient utilisés, et se battent à présent au rythme de leur propre actualité ; qu’importe si « le monde » s’imagine qu’ils sont morts !

Jean-Paul Damaggio

 

Nous assistons à un double discours qui m’étonne : d’une part des essayistes divers (Chomsky et d’autres)  prétendent que la fin de l’Empire est proche avec la naissance d’un monde multipolaire, et d’autre part ils s’insurgent contre la capacité de la NSA à surveiller le monde ! Si le critère dominant est l’industriel alors oui nous allons vers un monde multipolaire, mais si le critère dominant est le communicationnel, comme je le pense, alors l’Empire est plus que jamais l’Empire.

Les ports deviennent des enjeux stratégiques car l’essentiel du transport mondial se fait par bateaux. Et quant aux « circuits courts » ils sont le hochet pour écolos pensant voir midi à leur porte.

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 19:58

Que dire du quatrième candidat dans les sondages : Marcel Claude qui se définit comme écosocialiste ? http://todosalamoneda.cl/

Il s'agit d'un économiste soutenu par une coalition dont le pivot est le Parti humaniste. Né à Santiago en 1957 il fait figure d'homme hors cadre habituel et le soutien du Parti communiste à la candidate socialiste semble lui ouvrir un grand nombre de portes. D'abord fonctionnaire de la Banque centrale du Chili, il décida ensuite de mettre ses compétences au services de fondations dont Terram qu'il créa pour aider au développement soutenable au Chili. Mettant en cause les industries du saumon et de la forêt, prenant position contre le néo-libéralisme, il est devenu la bête noire du journal El Mercurio.

Avant le coup d'Etat il avait été membre des Jeunesses de la Démocratie chrétienne puis ensuite il poursuivit ses études à l'université catholique de Louvain en Belgique.

En 2005, dans le cadre d'une alliance incluant y compris par le Parti communiste, il a soutenu le candidat du Parti humaniste, Tomas Hirsch, mais sans adhérer à ce parti.

En Amérique latine le parti humaniste a une véritable base sociale et ne peut donc se confondre avec les variantes européennes comme celle de France. Rappelons que l'homme de référence de ce courant, Mario Rodríguez Cobos, est un mystique né en Argentine en 1938 où il décède en 2010. Le logo est le ruban de Möbius qui illustre l'intrication entre les aspects personnels et collectifs, «les deux faces» de la société. Le PH considère en effet impossible de transformer la société sans se changer soi-même, et inversement. Un de ses aphorismes humanistes a fait fureur en France : "L'humain d'abord".

Les lecteurs hispanophones peuvent retrouver ses thèmes de sa campagne en cliquant sur le lien en début d'article. On y trouve la revendication devenue populaire d'une assemblée constituante, la proposition d'une société des droits (à la santé, à l'éducation, à la retraite...), la recherche d'une société adaptée aux peuples d'origine, la nationalisation du cuivre et des grandes mines, des revendications écologistes.

 Conclusion

La bataille électorale fait rage dans la rue au Chili mais peu dans les journaux. La télévision a présenté les neuf candidats. Le Chili qui a été la pointe d'une révolution pacifique avec l'Unité populaire, puis d'un néo-libéralisme féroce et soft, peut-il surprendre le 17 novembre? L'affrontement social conduit par les étudiants reste au second plan avec une dirigeante comme Camilo Vallejo qui se présente député avec le soutien du Parti communiste et du parti socialiste...

 Jean-Paul Damaggio

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 13:37

                                                   monument-aux-morts-saint-ouen.jpg

A l'approche du centenaire du début de la guerre 14-18 les discours sur l'union sacrée ne vont pas manquer considérant, une fois de plus, les pacifistes comme nuls et non avenus, même si on tend à évoquer les fusillés contestataires. Je ne sais s'il existe un livre sur les monuments aux morts pacifistes prônés par les communistes mais je note celui-ci évoqué par L'Humanité en 1922 et célébré par Bourdelle. Ce dernier savait à la fois, ce qu'il devait à la commande publique de la ville de Montauban pour le monument aux morts de la guerre de 1870, et les critiques qui s'en suivirent pour ne pas être dans les normes. Pas étonnant par exemple si celui-ci représente une femme qui pleure ses enfants. JPD

L'Humanité 9 décembre 1922

Inauguration à Saint Ouen d'un monument aux morts

Un peu partout sur notre territoire s'élèvent des monuments aux morts. Et quels monuments ! Poilus casqués, coqs battant des ailes ! Hélas, ni l'art ni les morts n'en sont honorés. Dimanche prochain la municipalité de Saint Ouen procèdera à l'inauguration d'un monument aux morts et ce sera l'occasion d'une manifestation grandiose en hommage aux victimes de la guerre.

Contre la guerre

Nos amis de Saint-Ouen en effet ont voulu donner au monument et à la manifestation leur véritable caractère. Ils ont eu à lutter contre l'hostilité des patriotards blocnationalistes de Saint Ouen. Ils en ont triomphé. Toutes les manoeuvres des adversaires ont échoué contre la volonté tenace de nos camarades, qui ont agi en complète communion d'idées et de sentiments avec la population ouvrière de Saint-Ouen. Nous avons vu aujourd'hui notre ami Cordon, maire de Saint-Ouen, qui nous a entretenu de la manifestation de dimanche.

Le monument

Avec lui nous avons été jeter un coup d'oeil sur le chef d'oeuvre qui, dimanche prochain sera dévoilé à l'admiration de tous. Ce monument, oeuvre remarquable du sculpteur Déjean est placé face à la mairie au milieu du square. Il fut retenu par un jury composé de Frantz Jourdain, Antoine Bourdelle, George Pioch, Cordon et Bachelet.

 

Le maître Antoine Bourdelle en a exprimé toute la valeur, à la fois artistique et sociale, dans une lettre que nous voudrions pouvoir donner ici et qui constitue le plus bel éloge qui puisse être fait de ce chef d'oeuvre qui exprime d'une façon vraiment émouvante l'épouvante et l'horreur de la guerre.

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:13

Le 26 novembre 1936 une superbe exposition Rodin s'ouvre à Paris. Voici comment L'Humanité en rend compte sous une photo des "Bourgeois de Calais, une des œuvres maîtresses d'Auguste RODIN". Le fait que Judith Cladel soit citée n'est pas sans rapport avec la reprise de cet article quand à la mention de Bourdelle... (nous y reviendrons). JPD

  Auguste Rodin

Si une exposition d'oeuvres de Rodin (93, avenue des Champs-Elysées), n'apporte plus de révélations capitales, elle fournit l'occasion de rappeler la puissance expressive du sculpteur et l'hostilité dont furent victimes ses principaux chefs- d'œuvre l'Age d'airain accusé, par les manœuvres du Salon, d'avoir été moulé sur nature; les Bourgeois, discutés par la municipalité de Calais ; les bustes de Clémenceau et de Benoît XV, réprouvés par leurs modèles ; le Monument au Travail, destiné à exalter le peuple dans son effort, abandonné faute des concours promis ; le Balzac enfin, « cette course en sac », disait Rochefort livré aux bêtes de la Société des gens de lettres, de 1896 à 1898. Plusieurs de ces œuvres, avec l'Homme qui marche, l'Eve, le Baiser, la Douleur, la Défense, des bustes, etc. figurent à cette exposition. C'est assez pour résumer une production de 55 ans et évoquer à travers elle, les tourments d'une vie prodigieuse et lamentable que Judith Cladel vient de conter, en un livre vengeur.

Modeleur appliqué aux subtiles modulations de l'Age d'airain, ou grand lyrique et visionnaire (la Défense, Balzac), ou sensuel passionné, arrachant Adam et Eve à la glaise pour les livrer à tous les drames du désir ou de la luxure avec une exaspération parfois morbide, Rodin apportait quelque coquetterie à se dire du peuple. D'origine très modeste, il fut, pendant plus de quinze ans (186O - 1875) un ouvrier anonyme au service de sous- traitants ou d'entrepreneurs officiels. Et ouvrier manuel, il le resta, à vrai dire, toute sa vie, malgré les honneurs et les louanges auxquels il était loin d'être insensible, et même quand on voulut faire de lui un écrivain et un penseur comme un vulgaire Bourdelle.

Cette exposition est d'actualité. Elle a le caractère d'une réparation à l'approche du centenaire de la Comédie Humaine. Quelques hommes, Georges Lecomte, Mathias Morhardt, etc. qui luttaient il y a 40 ans déjà, pour faire comprendre le monument Balzac à ceux qui l'avaient commandé, sont à la veille d'imposer à la ville de Paris, qui n'a de complaisance que pour Real del Sarte, la formidable «figure d'un élément», ce Balzac désormais aussi inséparable de son auteur que Voltaire de Houdon, ou la Marseillaise de Rude.-

Antral (Galerie Schœller 13, r. Téhéran), est de la classe des peintres qui, arrivés à la notoriété par leurs seuls dons, ne risquent pas la désaffection de ceux qui aiment la peinture ou essaient de classer les valeurs picturales d'une époque. Antral a toujours été, cité immédiatement après les artistes vivants, aimés comme des maîtres ou tout au moins comme des novateurs. Peintre de la mer, il connaît exactement les ports, les caprices de l'eau et le rôle du vent dans les fumées et les nuages, et sa science incomparable des gris, sa décision, l'exactitude de ses valeurs sont, entre autres, les signes de son autorité.

 

George BESSON.

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