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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 18:41

Dimanche 7 octobre à Caussade / Christine Diger / rencontre avec cette journaliste de France Culture qui un jour s’est souvenu de ses liens familiaux avec l’Espagne puis elle a croisé un ancien des Brigades internationales Theo Francos. Rencontre qui est devenu un livre en attendant de pouvoir devenir un film documentaire. De 15 heures de prise de vue elle a rassemblé 20 minutes d’images quand Théo Francos revient en 1996 à Madrid. L’originalité de cet homme c’est qu’il était français mais d’origine espagnole donc un Espagnol dans les Brigades internationales. Le responsable du cinéma pour compléter cette rencontre a pu récupérer un film de Jorge Amat de 1993. Un très grand moment.

http://www.babelio.com/livres/Diger-Un-automne-pour-Madrid/126433

Lundi 8 octobre / Germinal / à Lavilledieu rencontre avec un de nos correcteurs à La Brochure. Il nous parle de Jean Vasca le poète. Un rendez-vous à imaginer. Germinal est l’auteur d’un livre de poèmes publié aux Editions L’Harmattan.

Mardi 9 octobre Découverte fabuleuse à la BM de Moissac. Mais de ça nous parlerons plus tard.

Mercredi 10 octobre / Maurice Mauviel / il passe par Angeville pour aller visiter Beaumont de Lomagne car comme moi il est un des rares à admirer Eugène Razoua. Comme d’autres communards, Razoua fut auparavant un admirateur de l’Algérie car la colonisation ce ne fut pas seulement des Français allant exploiter cette terre mais des Français devenant membres de cette terre, et ces derniers ne sont pas au cœur des hommages. Oui, des Français sont devenus des admirateurs de l’Algérie, de ses langues, de ses paysages, de ses habitants mais c’est là un si vaste chantier…

Jeudi 11 octobre rencontre avec moi-même et Vazquez Montalban sur les ondes de CFM.

Vendredi 12 octobre rencontre avec quelques amis à la réu ATTAC. Auparavant, rencontre avec Bernard Ouardes de Castelsarrasin.

Samedi 13 octobre rencontre avec quelques amis à la réu de la Compagnie des écrivains puis repas de l’association d’Angeville.

Dimanche 14 octobre rencontre avec Luis Sepulveda.

Lundi 15 octobre rencontre à la Maison du peuple initiée par La Brochure.

Mardi 16 octobre / Renat Pautal / Je connais Renat Pautal depuis des lustres grâce à nos combats occitanistes communs.

Mercredi 17 octobre / Christian Stirlé / Il parle de Julie de Lespinasse à l’initiative de l’association de sauvegarde du patrimoine de Castelsarrasin.

Jeudi 18 octobre / Mes parents /

Vendredi 19 octobre / Visite du cimetière de Moissac à la recherche de la tombe d’Elie Cayla.

Samedi 20 octobre / Hector France / lecture de son roman Sous le burnous

Dimanche 20 octobre / Des habitants d’Angeville / c’est pour une randonnée dans le village. Le plus ancien des promeneurs passe par des chemins qu’il ne connaissait pas bien que natif de la commune !

Lundi 21 octobre / Jeanbon Saint-André / c’est à Caylus pour l’émission radio

Mardi 22 octobre / la fille d’Elie Cayla / c’est chez elle à Moissac pour repenser à son père qu’elle a si peu connu.

Mercredi 23 octobre / une journaliste / elle vient nous rencontrer avec l’ami Michel pour 3 secondes sur France 2.

Jeudi 24 octobre / Marcel Proust / car avec Marie-France nous sommes à Cabourg où toutes les rues aboutissent au Grand Hôtel. Une petite ville conçue pour le loisir luxueux. Je n’ai jamais pu me plonger dans l’œuvre de cette référence mondiale de la littérature qui est évoqué à chaque coin de rue..

Vendredi 25 octobre / Pier Paolo Pasolini / à cause d’une exposition à la cinémathèque qu’il me faudra évoquer plus largement, mais en fait je suis à Paris pour, le même jour, une rencontre avec le livre connu, 1984, mis en pièce de théâtre. Une ambiance saisissante. Comme il y a à la fois images et théâtre je découvre une scène qui correspond à celle lu sur dans une nouvelle d’Hector France quatre joutrs avant !

Samedi 26 octobre / Colin Lemoine / Le conservateur du Musée Bourdelle propose aux membres de l’association ABF (Association Beethoven France) une rencontre entre le musicien et le sculpteur.

Dimanche 27 octobre / une guide à la cité de la musique / sans compter les amis qui sont avec nous

Lundi 28 octobre : repos si je puis dire.

Mardi 29 octobre : Rencontre avec le journaliste de Radio Totem / Ultime passage aux archives avant la clôture de mon livre sur Cayla.

Mercredi 30 octobre : Rencontre avec le carreleur qui achève la pose d’une cloison en placo-plâtre avant peinture.

Jeudi 31 octobre : Après une visite à Toulouse (imprimeur-libraire) visite d’amis : lui a des parents syriens et palestiniens d’où une forme de voyage en ces contrées à la vie si terrible.

Vendredi 1 novembre : Rencontre avec les murs d’une de nos chambres pour un travail de peinture rendue plus agréable par le soleil.

 

Samedi 2 novembre : Vincent Santacreu qui parla de son père résistant dans l'Aveyron, et finalement fusillé en 1950 après avoir été guerrillero contre Franco. Il est passé par l'E.N. de Montauban promotion 1964. Tout comme une fille de républicain espagnol passé par l'Algérie, Cecila Ruiz. Puis justement un Algérien, Mohammed, passe à la maison et se souvient avoir eu en Algérie un fils de réfugié espagnol comme camarade de classe. JPD

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 17:40

Les médias vont nettement moins parler de l’élection présidentielle chilienne actuelle que de l’anniversaire du coup d’Etat de Pinochet. Or la question de fond me paraît être la suivante : les luttes sociales passées chiliennes qui conduisirent à la forme révolutionnaire portée par Salvador Allende sont-elles perdues à jamais ? Ou pour le dire autrement : l’instauration précoce du néo-libéralisme incrusté dans les tanks de Pinochet a-t-il réussi à effacer toute mémoire du passé social ?

 Quel néo-libéralisme ?

Tout comme les USA de 1973 aidèrent Pinochet à éliminer Allende, les USA de 1988 aidèrent la campagne du Non, pour marginaliser le même Pinochet devenu gênant dans le contexte nouveau. La Concertation (union entre PS et démocrates chrétiens) qui va suivre, en finira avec les diverses formes de dictature… pour mieux continuer le néo-libéralisme dominant. Pour les Chiliens, il serait criminel de minimiser ce que signifie ce tournant. La persistance du système ne doit pas effacer les acquis démocratiques de 1988, acquis qui, au contraire, permettent de mieux interroger le cœur du système ! Interrogation qui devient plus que jamais vitale, après le passage au pouvoir de la droite légale, qui finalement n’a rien fait d’autre que de continuer ce que la Concertation avait continué !

Le peuple chilien, qui en Amérique latine avait forgé partis et syndicats pour se libérer du pouvoir de la classe dominante, a été acquis aux mérites du néo-libéralisme dont il a pensé que, débarrassé des formes fascisantes, il pouvait devenir un réel mode de développement. Preuve de ce succès : le Chili plus encore que l’Argentine est devenu un rêve d’eldorado pour Péruviens, Boliviens et autres latinos américains pauvres trouvant en ce pays des raisons d’espérer en une vie meilleure. Or en même temps les inégalités sociales devenaient plus colossales que jamais ! Donc en quoi ce néo-libéralisme était-il une forme nouvelle du capitalisme local ?

 L’extractivisme

Ce néologisme fait fureur aux Amériques : il signifie que la base du développement de la Bolivie, du Pérou, du Chili, de l’Equateur et d’autres pays c’est de développer l’extraction de matières premières éventuellement sous contrôle de l’Etat ayant en charge la redistribution des richesses ainsi produites ppour les besoins d'industries toujours étrangères.

Si un pays a été au cœur de l’extraction minière c’est bien le Chili, et c’est d’ailleurs dans ce secteur que se forgèrent les instruments de la lutte des classes qui aboutirent à la stratégie de la social-démocratie de Salvador Allende que j’appelle révolutionnaire car elle est devenue insupportable pour les maîtres du jeu. Donc, en quoi la période actuelle serait-elle nouvelle ? Pas par l’idée de nationalisation, aussi vieille que l’extraction, et proposée et instaurée dès les années 1860 par le Pérou, d’où la guerre du Pacifique ou l’armée chilienne assassina les aspirations démocratiques de la Bolivie et du Pérou. La nouveauté tient davantage dans la géopolitique mondiale instaurée par le néo-libéralisme.

En même temps que Nixon complotait pour abattre Allende, il préparait son voyage en Chine, au grand désespoir de Taiwan, en vue d'une normalisation des relations diplomatiques avec ce pays communiste. Un voyage aux multiples enjeux quand on se souvient du conflit vietnamien dans lequel les USA affrontaient l’URSS, et surtout quand on se souvient que la Chine avait besoin de franchir le tournant de l’industrialisation.

 Les Yankees ne sont plus les Yankees

Dès les années 1970 les USA préparèrent leur révolution informationnelle : troquer la domination industrielle par la domination informationnelle. Faire en sorte que le Japon d’abord puis la Chine prennent en charge les « bases » tâches matérielles comme la production de voitures (où la classe ouvrière étasunienne avait imposé quelques acquis sociaux), pour que les USA deviennent les rois de cette conjonction phénoménale : l’informatique + la communication. Ce qui à mes yeux est une véritable révolution pas seulement technologique (le mot révolution est trop souvent appliqué à tort et à travers) mais bien générale de la forme d’exploitation capitaliste. La course au profit continue dans le monde industriel mais ce monde est placé à la remorque du monde de la communication qui va assurer le retour des banques au premier plan de la vie économique. En conséquence les Yankees ne sont plus les Yankees en Amérique latine car l’extraction de matière première devient l’objectif majeur de la Chine et d’autres ayant en charge la production industrielle des moyens de consommation… consommés ailleurs qu’en Chine. Pour la première fois les produits industriels ne sont pas consommés là où ils sont produits d’où l’explosion du transport mondial ! Auparavant le transport était simple : les matières premières quittaient l’Afrique ou l’Amérique du Sud pour les pays fabriquant les objets qu’ils consommaient. A présent le transport est devenu triangulaire : Amérique du Sud – Chine (ou BRIC pour prendre la terminologie : Brésil-Russie-Inde-Chine) – Amérique du Nord + Europe.

Bref, les USA n’ont plus besoin d’intervenir politiquement de la même manière en Amérique latine.

 Le Chili de 2013 dans ce contexte

1 ) Il expérimente l’extractivisme qui cette fois est un extraction minière gigantesque et conduite de plus en plus par des compagnie non originaires des USA (parfois Canadiennes).

2 ) Ce gigantisme provoque des luttes sociales d’un nouveau genre pour défendre l’environnement et surtout l’accès à l’eau dont la dite industrie est plus que gourmande au détriment des besoins élémentaires des populations.

3 ) Il révèle le point faible du néo-libéralisme : l’accès de plus en plus difficile à l’éducation, à la santé et à la culture, domaines que le système précédent avait accepté de développer dans le cadre de luttes où la social-démocratie avait apporté ses valeurs.

 L’enseignant, le toubib et le créateur sont trois travailleurs qui ne peuvent pas être remplacés par des machines, même si les machines changent la forme de leur travail. Tous les efforts tentés pour réaliser des programmes d’enseignement par internet ne peuvent éliminer le rôle de l’enseignant. Toutes les technologies parfois fabuleuses (mais souvent détournées par l’industrie pharmaceutique) ne peuvent éliminer le rôle crucial du médecin. Et enfin, jamais aucune machine ne remplacera les écrivains chiliens comme Coloane, Lettelier, Eterovic, Sepulveda… et Isabel Allende. Là on atteint le symbole : les maîtres du monde ont pu élimer le président médecin Allende mais pas sa fille devenue romancière !

Le Chili vient de connaître des luttes sociales d’étudiants qui, comme au Québec, bousculèrent profondément la société. Tout l’héritage des luttes sociales se retrouve, partout aux Amériques dans les luttes pour l’éducation, luttes jamais médiatisées et pourtant si grandioses, avec comme dernier exemple celles d’enseignants du Mexique confrontés à une nouvelle réforme du pouvoir.

Parmi les luttes pour la santé, nous avons l’exemple de toute une ville qui s’est levée pour défendre son hôpital : Tocopilla dans le bord du Chili, ville aux grandes luttes sociales du passé.

Le projet révolutionnaire aujourd’hui passe à mes yeux par un travail vital capable de nous arracher à la dictature des médias afin de pouvoir relayer l’infinie richesse des luttes sociales du monde. Le piège le plus mortel, c’est de réagir aux événements fabriqués par les médias… ce qui légitime les médias dans leur désir de fabriquer l’actualité ! Les luttes qui ont expérimenté cet impératif sont celle des Zapatistes mexicains qui, après avoir cru possible d’utiliser les médias, ont appris comment c'était eux qui étaient utilisés, et se battent à présent au rythme de leur propre actualité ; qu’importe si « le monde » s’imagine qu’ils sont morts !

Jean-Paul Damaggio

 

Nous assistons à un double discours qui m’étonne : d’une part des essayistes divers (Chomsky et d’autres)  prétendent que la fin de l’Empire est proche avec la naissance d’un monde multipolaire, et d’autre part ils s’insurgent contre la capacité de la NSA à surveiller le monde ! Si le critère dominant est l’industriel alors oui nous allons vers un monde multipolaire, mais si le critère dominant est le communicationnel, comme je le pense, alors l’Empire est plus que jamais l’Empire.

Les ports deviennent des enjeux stratégiques car l’essentiel du transport mondial se fait par bateaux. Et quant aux « circuits courts » ils sont le hochet pour écolos pensant voir midi à leur porte.

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 19:58

Que dire du quatrième candidat dans les sondages : Marcel Claude qui se définit comme écosocialiste ? http://todosalamoneda.cl/

Il s'agit d'un économiste soutenu par une coalition dont le pivot est le Parti humaniste. Né à Santiago en 1957 il fait figure d'homme hors cadre habituel et le soutien du Parti communiste à la candidate socialiste semble lui ouvrir un grand nombre de portes. D'abord fonctionnaire de la Banque centrale du Chili, il décida ensuite de mettre ses compétences au services de fondations dont Terram qu'il créa pour aider au développement soutenable au Chili. Mettant en cause les industries du saumon et de la forêt, prenant position contre le néo-libéralisme, il est devenu la bête noire du journal El Mercurio.

Avant le coup d'Etat il avait été membre des Jeunesses de la Démocratie chrétienne puis ensuite il poursuivit ses études à l'université catholique de Louvain en Belgique.

En 2005, dans le cadre d'une alliance incluant y compris par le Parti communiste, il a soutenu le candidat du Parti humaniste, Tomas Hirsch, mais sans adhérer à ce parti.

En Amérique latine le parti humaniste a une véritable base sociale et ne peut donc se confondre avec les variantes européennes comme celle de France. Rappelons que l'homme de référence de ce courant, Mario Rodríguez Cobos, est un mystique né en Argentine en 1938 où il décède en 2010. Le logo est le ruban de Möbius qui illustre l'intrication entre les aspects personnels et collectifs, «les deux faces» de la société. Le PH considère en effet impossible de transformer la société sans se changer soi-même, et inversement. Un de ses aphorismes humanistes a fait fureur en France : "L'humain d'abord".

Les lecteurs hispanophones peuvent retrouver ses thèmes de sa campagne en cliquant sur le lien en début d'article. On y trouve la revendication devenue populaire d'une assemblée constituante, la proposition d'une société des droits (à la santé, à l'éducation, à la retraite...), la recherche d'une société adaptée aux peuples d'origine, la nationalisation du cuivre et des grandes mines, des revendications écologistes.

 Conclusion

La bataille électorale fait rage dans la rue au Chili mais peu dans les journaux. La télévision a présenté les neuf candidats. Le Chili qui a été la pointe d'une révolution pacifique avec l'Unité populaire, puis d'un néo-libéralisme féroce et soft, peut-il surprendre le 17 novembre? L'affrontement social conduit par les étudiants reste au second plan avec une dirigeante comme Camilo Vallejo qui se présente député avec le soutien du Parti communiste et du parti socialiste...

 Jean-Paul Damaggio

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 13:37

                                                   monument-aux-morts-saint-ouen.jpg

A l'approche du centenaire du début de la guerre 14-18 les discours sur l'union sacrée ne vont pas manquer considérant, une fois de plus, les pacifistes comme nuls et non avenus, même si on tend à évoquer les fusillés contestataires. Je ne sais s'il existe un livre sur les monuments aux morts pacifistes prônés par les communistes mais je note celui-ci évoqué par L'Humanité en 1922 et célébré par Bourdelle. Ce dernier savait à la fois, ce qu'il devait à la commande publique de la ville de Montauban pour le monument aux morts de la guerre de 1870, et les critiques qui s'en suivirent pour ne pas être dans les normes. Pas étonnant par exemple si celui-ci représente une femme qui pleure ses enfants. JPD

L'Humanité 9 décembre 1922

Inauguration à Saint Ouen d'un monument aux morts

Un peu partout sur notre territoire s'élèvent des monuments aux morts. Et quels monuments ! Poilus casqués, coqs battant des ailes ! Hélas, ni l'art ni les morts n'en sont honorés. Dimanche prochain la municipalité de Saint Ouen procèdera à l'inauguration d'un monument aux morts et ce sera l'occasion d'une manifestation grandiose en hommage aux victimes de la guerre.

Contre la guerre

Nos amis de Saint-Ouen en effet ont voulu donner au monument et à la manifestation leur véritable caractère. Ils ont eu à lutter contre l'hostilité des patriotards blocnationalistes de Saint Ouen. Ils en ont triomphé. Toutes les manoeuvres des adversaires ont échoué contre la volonté tenace de nos camarades, qui ont agi en complète communion d'idées et de sentiments avec la population ouvrière de Saint-Ouen. Nous avons vu aujourd'hui notre ami Cordon, maire de Saint-Ouen, qui nous a entretenu de la manifestation de dimanche.

Le monument

Avec lui nous avons été jeter un coup d'oeil sur le chef d'oeuvre qui, dimanche prochain sera dévoilé à l'admiration de tous. Ce monument, oeuvre remarquable du sculpteur Déjean est placé face à la mairie au milieu du square. Il fut retenu par un jury composé de Frantz Jourdain, Antoine Bourdelle, George Pioch, Cordon et Bachelet.

 

Le maître Antoine Bourdelle en a exprimé toute la valeur, à la fois artistique et sociale, dans une lettre que nous voudrions pouvoir donner ici et qui constitue le plus bel éloge qui puisse être fait de ce chef d'oeuvre qui exprime d'une façon vraiment émouvante l'épouvante et l'horreur de la guerre.

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 12:13

Le 26 novembre 1936 une superbe exposition Rodin s'ouvre à Paris. Voici comment L'Humanité en rend compte sous une photo des "Bourgeois de Calais, une des œuvres maîtresses d'Auguste RODIN". Le fait que Judith Cladel soit citée n'est pas sans rapport avec la reprise de cet article quand à la mention de Bourdelle... (nous y reviendrons). JPD

  Auguste Rodin

Si une exposition d'oeuvres de Rodin (93, avenue des Champs-Elysées), n'apporte plus de révélations capitales, elle fournit l'occasion de rappeler la puissance expressive du sculpteur et l'hostilité dont furent victimes ses principaux chefs- d'œuvre l'Age d'airain accusé, par les manœuvres du Salon, d'avoir été moulé sur nature; les Bourgeois, discutés par la municipalité de Calais ; les bustes de Clémenceau et de Benoît XV, réprouvés par leurs modèles ; le Monument au Travail, destiné à exalter le peuple dans son effort, abandonné faute des concours promis ; le Balzac enfin, « cette course en sac », disait Rochefort livré aux bêtes de la Société des gens de lettres, de 1896 à 1898. Plusieurs de ces œuvres, avec l'Homme qui marche, l'Eve, le Baiser, la Douleur, la Défense, des bustes, etc. figurent à cette exposition. C'est assez pour résumer une production de 55 ans et évoquer à travers elle, les tourments d'une vie prodigieuse et lamentable que Judith Cladel vient de conter, en un livre vengeur.

Modeleur appliqué aux subtiles modulations de l'Age d'airain, ou grand lyrique et visionnaire (la Défense, Balzac), ou sensuel passionné, arrachant Adam et Eve à la glaise pour les livrer à tous les drames du désir ou de la luxure avec une exaspération parfois morbide, Rodin apportait quelque coquetterie à se dire du peuple. D'origine très modeste, il fut, pendant plus de quinze ans (186O - 1875) un ouvrier anonyme au service de sous- traitants ou d'entrepreneurs officiels. Et ouvrier manuel, il le resta, à vrai dire, toute sa vie, malgré les honneurs et les louanges auxquels il était loin d'être insensible, et même quand on voulut faire de lui un écrivain et un penseur comme un vulgaire Bourdelle.

Cette exposition est d'actualité. Elle a le caractère d'une réparation à l'approche du centenaire de la Comédie Humaine. Quelques hommes, Georges Lecomte, Mathias Morhardt, etc. qui luttaient il y a 40 ans déjà, pour faire comprendre le monument Balzac à ceux qui l'avaient commandé, sont à la veille d'imposer à la ville de Paris, qui n'a de complaisance que pour Real del Sarte, la formidable «figure d'un élément», ce Balzac désormais aussi inséparable de son auteur que Voltaire de Houdon, ou la Marseillaise de Rude.-

Antral (Galerie Schœller 13, r. Téhéran), est de la classe des peintres qui, arrivés à la notoriété par leurs seuls dons, ne risquent pas la désaffection de ceux qui aiment la peinture ou essaient de classer les valeurs picturales d'une époque. Antral a toujours été, cité immédiatement après les artistes vivants, aimés comme des maîtres ou tout au moins comme des novateurs. Peintre de la mer, il connaît exactement les ports, les caprices de l'eau et le rôle du vent dans les fumées et les nuages, et sa science incomparable des gris, sa décision, l'exactitude de ses valeurs sont, entre autres, les signes de son autorité.

 

George BESSON.

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 22:31

Guy Chastel, Beethoven et Bourdelle, Editions Alsatia, Paris 1939

Premier chapitre

 

Bourdelle a pratiqué Beethoven toute sa vie.

Hanté dès sa jeunesse par le visage tourmenté du musicien, il touchait à la tombe qu'il essayait encore de l'immatérialiser dans le bronze. Et pendant l'entre-deux de ces périodes extrêmes, il a, si souvent, jeté sur le papier des allégories imprécises, violentes ou délicates au gré de l'inspiration ; il a peint ; il a, en si grand nombre, fait surgir de la matière des images symboliques ou des portraits de Beethoven que cette insistance témoigne d'une obsession qui ne l'a jamais quitté.

Une commune gravité apparente l'une à l'autre des œuvres si diverses.

Le jour où, pour la première fois, un matin de printemps, nous les avons vues rangées en demi-cercle chez le maître-fondeur François Rudier, il nous est souvenu de ces deux cantatrices, deux fidèles de Beethoven, Henriette Sontag et Caroline Unger, qui s'avançaient chez lui comme on entre à l'église.

Nous même, pénétré de respect et pour Beethoven et pour Bourdelle, nous pensions, à l'égard de ce dernier, que l'admiration ne va pas sans un amour qui aime à garder ses secrets.

Ce sont eux cependant que nous voudrions connaître.

Ces Beethoven que Bourdelle a esquissés ou achevés ; ces Beethoven, amis de son évolution ; ces Beethoven, échappés de rêves méditatifs, ne pourrions-nous, comme aux Symphonies, leur demander des confidences ?

Déjà, nous sommes enclins à voir dans le rapprochement des deux artistes une fraternité de l'esprit.

Déjà, la persistance du sculpteur à presser le front du musicien révèle un état d'âme qui dépasse de beaucoup le stade admiratif. Il n'est pas possible que Bourdelle ait, tant de fois, remis sur la stèle l'auteur de la Pathétique, sans que ces recommencements aient un sens que des affinités de tête et de cœur ne suffisent pas à nous expliquer.

Prises à leur début et continuées dans le temps, ces tentatives furent toujours spontanées. L'appel de Beethoven à Bourdelle fut direct et l'œuvre toujours entreprise ne l'a jamais été que pour l'honneur de Beethoven. Nulle commande officielle ou privée, nul monument à ériger, rien de « marchand » n'a fait l'un de ces deux hommes l'interprète de l'autre. De la puissance souveraine qui commande au dedans l'ordre est venu de commencer et de recommencer.

Bourdelle n'a pas cédé non plus à l'un de ces engouements qui, dans les grandes survies, compensent les années d'abandon. Beethoven lui-même, qui est de tous les temps, n'échappe pas à cette alternance. La religion à son endroit est tour à tour tiède et fervente. De jeunes écoles le tiennent pour un auteur bien éloquent, voire encombrant ; des écoles plus jeunes retourneront à l'enthousiasme et à la prosopopée, en attendant que la mode s'empare de Bach ou de Mozart. Suivant les aspirations de l'esprit qui ne cesse de tendre au renouvellement et le va-et-vient d'une opinion qui tantôt se porte à droite et tantôt se porte à gauche.

Bourdelle n'appartient pas davantage au groupe de ces artistes qui, à un certain moment, ont rivalisé presque à l'envi pour implanter chez nous le personnage du musicien. Faut-il citer Balestrieri, Ringel, de Groux, José de Charmoy, Max Klinger, Jean-Paul Laurens et un admirable Naudin ? Episodiques ou non, tous ces Beethoven représentent dans la vie artistique de ceux qui les ont créés un moment, peut-être même un accident. La préoccupation de Bourdelle à l'égard de Beethoven reste continue. Aussi veut-il aller plus loin que les apparences, jusqu'au centre de l'être. Et Beethoven n'est pas seulement dans cette longue série d'approches vers la vérité une forme prolongée de cette inquiétude intellectuelle qu'il traduira par ces mots : « Pour devenir un véritable artiste, il faut se battre », il se penche sur lui comme s'il se penchait sur son problème intérieur.

Tous les artistes qui ont voulu symboliser et synthétiser la musique ont pensé à Beethoven, mais Bourdelle aime la Musique pour elle-même.

Le méridional aime le son, il chante pour entendre sa voix, il chérit Guillaume Tell, les Huguenots, la Juive, pour le contre-ut, la note haute où il attend le ténor.

Héritier de ses « lointains ancêtres qui gardaient leurs troupeaux en soufflant dans des flûtes de buis », Bourdelle sentait la musique comme un homme de la nature. L'air, le feuillage et l'eau ont des voix qui parlaient à son enfance et qu'il ne cessa jamais d'entendre. Sa voix, à lui, était très juste. Il chantait des airs de son pays, d'anciennes chansons patoises qui flottent dans la mémoire ; des chansons populaires de la Grèce. Avenue du Maine, il se mettait au piano et improvisait des airs de son invention. Il gardait même, dans la soupente de l'un de ses ateliers, un harmonium, un petit instrument en acajou, de quelques intervalles et de quatre jeux ; d'une main distraite, il allait s'y délasser.

De bonne heure aussi, il avait fait de la Musique un thème de son inspiration. Une de ses œuvres d'autrefois représente un groupe de musiciens ; on peut le voir encore dans une glaise rongée et croulante ; on y distingue un joueur d'orgue qui ressemble à Bourdelle comme un frère.

Plus tard, il imagina une femme enveloppée de voiles, qui appuie son instrument sur la terre et joue pour les morts.

Sur la tête méditative de Sapho il élève une lyre gracieuse.

Faut-il rappeler la métope de la Musique au Théâtre des Champs-Elysées?

Il aime Mozart, et, ignorant de sa vie, il ne voit d'abord à travers ses compositions qu'un artiste heureux. Jusqu'au jour où il rencontre et prend la peine d'illustrer un article qui lui révèle son erreur.

Lui-même, enfin, constructeur toujours ému, fut-il autre chose qu'un porte-lyre ? Bien avant qu'il n'eût rencontré Beethoven, une ferveur naturelle rapprochait leurs deux âmes et celle du sculpteur était apte à recevoir tous les enrichissements qui pouvaient lui venir d'un autre art.

Sous un dossier qu'il consultait souvent, Bourdelle avait réuni un certain nombre de portraits, de reproductions et d'articles. La couverture portait en lettres capitales un nom : BEETHOVEN, et une Muse immense dessinée de sa main. Cette inspiratrice au front ceint de lauriers soutient une lyre drapée et développe une aile droite dont les fortes rémiges descendent jusqu'à terre. A l'ombre de cette aile se tient un Beethoven assez fier, un Beethoven en redingote et chapeau de soie, mais petit, difforme un peu, rétif, semble-t-il, aux sages suggestions d'une conseillère auguste et toute belle. Ces contrastes sont révélateurs, chez Bourdelle, d'un premier concept dont il abandonnera difficilement la suggestion.

Dès le début, on le sent en proie à cette antinomie de principe qui oppose la Musique à la Sculpture.

La Musique délivre la pensée, la matière l'emprisonne. La Musique, douée d'innombrables antennes, a ceci de supérieur aux autres arts que, pour aller à son but, elle dispose d'un intermédiaire direct et presque immatériel, le son. Et quand on parle de but, c'est par trop limiter le champ de ses incidences. Son but, ou plutôt ses buts, elle les ignore. Elle s'élance vers le ciel avec un destin défini, mais comme la flèche qui fend l'air et disparaît aux yeux du tireur : nul ne peut prévoir son point de chute. Au cœur seul de celui qu'il frappe, le thème musical prendra sens et portée. C'est elle, cette faculté d'atteinte secrète et de transposition subjective qui livre, pour ainsi dire, à la Musique, la clef mystérieuse des âmes. Il y a telles activités cérébrales que, seule, elle peut mettre en œuvre. Mais, depuis l'ouvrier du carrefour qui écoute, plein de songes, jusqu'à l'artiste raffiné qui distingue au passage les merveilles de la polyphonie, c'est la même puissance qui, à des degrés divers, prend possession de l'être intérieur. Au regard de l'un comme de l'autre elle donne une atonie qui est signe de départ et de détachement. A ce moment, plus que le sommeil, elle ouvre le royaume du rêve. Mieux, elle « agit », dit Tolstoï, parlant précisément de la musique de Beethoven. Elle est, « au-dessus des sens », de ces choses « qui font partie de Dieu », disait encore à Goethe Bettina Brentano, inspirée par Beethoven. Les Chinois ne permettaient qu'une certaine musique, celle du Prince.

La Sculpture ne saurait prétendre ni à ces voies subtiles, ni à tant de magie.

La Sculpture ne saurait prétendre à projeter sur les fonds obscurs de l'individu ces faisceaux éclairants. Il y a même dans la Sculpture une statique qui, non seulement s'oppose à l'articulation du thème orchestré, mais se refuse à en capter les effluves secrets. Comment alors imaginer qu'une sculpture puisse utiliser les traits du musicien pour exprimer visuellement sa musique ? Retenir dans l'épaisseur des volumes le vol d'une pensée musicale qui se meut sans limites dans l'espace et le temps; réaliser cette synthèse en relief; la faire jaillir des abimes pétrifiés OÙ dort l'image riante et le songe douloureux, à première vue, c'est vouloir soutenir une gageure insoutenable.

Ces deux arts sont à ce point contradictoires que, plus ils tentent de se rapprocher, plus ils s'éloignent de leurs fins. «Le vrai caractère de l'art musical, dit Wagner, est incompris aussi longtemps qu'on exige de lui une action analogue à celle des œuvres plastiques». Inversement, l'œuvre plastique qui voudrait s'élever à une certaine expression musicale devrait bientôt connaître ses limites. L'une est aussi affranchie de toutes entraves que l'autre est serve.

Et cependant, la transposition concrète du son pourrait ouvrir à l'âme un domaine inconnu.

Il y a une interpénétration des arts : « Si Michel-Ange eût fait un poème, écrit Stendhal, il eût créé le comte Ugolin, comme si le Dante eût été sculpteur, il eût fait le Moïse ».

Il y a des peintures qui chantent et des sons qui évoquent les couleurs. Chopin voyait le sol en bleu. Odilon Redon, Gustave Moreau, Carrière se sont approchés de ce mystère des analogies ; ils nous le font pressentir, mais à l'état diffus. Les musicalistes ne sont pas forcément musiciens ; ils représentent un groupe d'artistes qui, en peinture, en sculpture, en littérature, travaillent dans l'esprit de la musique. Nous sommes encore en pleine confusion. Avec la sculpture la difficulté ne peut qu'augmenter : sa solidité fait loi. On conçoit encore le passage des ondes musicales aux ondes colorées, mais il s'agit ici d'obtenir une transposition figurative du son et l'on ne voit pas encore quelle matière consentirait à s'y prêter.

Musique, sculpture, on rêve d'elles, pourtant, comme de sœurs jumelles. Le mot rythme n'est-il pas commun aux deux arts ? Ne dit-on pas que la couleur a un accent ? N'y a-t-il pas dans les lignes une modulation ? N'y a-t-il pas un corps des masses orchestrées ? Il faudrait qu'au lieu d'être de la musique entendue, la sculpture fut de la musique vue. Il faudrait ajouter au vers de Baudelaire :

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il faudrait réaliser ce que Rimbaud appelle « un art perceptible à la fois par tous les sens ».

Les poètes, plus que les autres artistes, sont hantés de ces problèmes parce que la Poésie fait passer des images devant l'œil intérieur, en même temps que l'oreille est touchée de sons qui l'enchantent ; parce que, joie totale, elle met en accord le cœur et l'esprit, elle satisfait tous les organes de perception ; parce qu'un beau vers est un miracle et que les éléments de sa volupté secrète sont un mystère inexplicable.

Bourdelle s'en était lui-même ouvert à ses élèves de la Grande Chaumière.

Il leur disait : « Tous les arts se rencontrent ; ils s'interprètent l'un l'autre. En écoutant tout récemment un trio admirable de Beethoven, il me semblait qu'au lieu de la voir, pour la première fois, j'entendais de la sculpture.

Le piano martelait tous les moindres plans, tous les accents de l'œuvre. Le violon glissait ses lignes vives, ses profils, de sur un plan à l'autre plan, donnait les contours prolongés des élans — et le violoncelle à voix pathétique, le violoncelle plus ample et plus lent semblait d'un appel grave appeler tous les élans en lui ; on eut dit l'unité de trois parfums.

« Comme le trio de Beethoven, comme les trois voix amicales parlant sous la loi de son génie, menez, sculpteurs, menez de front les trois synthèses. Menez à la fois les plans, les profils et les rassemblements des masses dans le tout ».

Il disait aussi: «Beethoven m'avait encore une fois réuni. Par lui, l'homme qui est en moi ne sentait que l'âme et que l'esprit. La deuxième partie du trio était finie, et moi, — tout recueilli, je l'écoutais — je l'entendais encore. Oui, certes, je l'entendais, car, lorsque j'assemble les lois de mon art, je l'entends toujours. Symphonie musicale, harmonie sculpturale, rythme architectural, tout l'esprit, tout est un.  Le divin, c'est ceci ».

Bourdelle a donc eu la perception très nette de ces rapports connexes. Il n'est pas le seul et il n'est pas le premier. Cependant, jusqu'à ce jour, les essais qu'on a pu faire de ces rapprochements sur le personnage même de Beethoven comportent une grande désespérance. Ses admirateurs s'en détournent pour s'attacher de préférence à son masque muet, soit celui de Klein, de 1812, soit celui de Danhauser, qui est du jour de sa mort, 28 mars1827. Plus qu'une face animée, cette image d'une nuit des sons leur exprime le murmure intérieur des rythmes.

Bourdelle est-il allé plus avant ?

Il nous a paru intéressant de le rechercher.

« Dans la vie des sculptures, a-t-il dit, les plans superficiels, ce sont des incidences ; mais les plans profonds, constructifs, ce sont des destinées ».

Bourdelle, assemblant les lois de son art pour celui qu'il entendait toujours, a tâché ici de faire remplir à la sculpture l'infini de son rôle, de réaliser en des formes plastiques la multiplicité des instants et des états d'âme, « la somme des profils », de ne pas donner seulement l'apparence de la vie, mais le sentiment d'une présence musicale.

Ce but d'un ordre supérieur et cette audace réitérée, ont pour le moins, la valeur d'une expérience, et avec personne l'expérience ne pouvait être plus redoutable qu'avec celui qui échappe à l'étreinte, l'insaisissable Beethoven.

On aimerait connaître l'engendrement de ces œuvres et accompagner Bourdelle dans la poursuite de Beethoven. Certaines phases ont dû en être passionnantes comme des luttes. On aimerait... Il faut y renoncer. Mais, si nous sommes trop près de ces créations pour les embrasser dans leur ensemble et leur répercussion l'une sur l'autre, nous avons des éléments qui nous permettent de rassembler autour de Beethoven les pensées de Bourdelle de surprendre quelque chose de ce tête-à-tête à peu près quotidien et de l'influence que le Sculpteur en a reçu dans sa propre esthétique. Notre intention n'est pas d'établir un parallélisme, de tirer parti des rapprochements, de forcer les analogies, mais, en les constatant, d'étudier un cas, avec toute la curiosité que peut nous donner la persistance d'un colloque ébauché dans l'adolescence, poursuivi dans l'âge mûr, inachevé dans la mort, et, en dépit de toute entreprise, toujours sujet à des retours et des rendez-vous plus intimes

 

Guy Chastel

1883-1962

  Nous avons appris avec la plus vive peine le décès de notre ami et collaborateur, Guy Chastel, enlevé à l’affection des siens et de ses nombreux amis, le 9 juillet 1962, à la suite d’une longue maladie. Il était des nôtres depuis 1928, ainsi qu’en témoigne le premier de nos bulletins. Sa connaissance de Huysmans était déjà grande, et il en donna la preuve dans le Bulletin n° 10, par un texte savoureux où il relate les détails d’une rencontre, dès 1921, à l’issue d’une messe célébrée par l’abbé Mugnier, avec Girard, Jouas et Landry. L’on n’a pas oublié le grand succès de son livre sur J.-K. Huysmans et ses Amis (Grasset, 1957), qui fut le livre du cinquantenaire, et celui, a-t-on dit, de sa « fidélité à Huysmans ». Outre cet ouvrage important pour les études huysmansiennes, Guy Chastel laisse une œuvre considérable en prose comme en poésie, œuvre qui décèle par sa diversité une grande culture. La Société des Gens de Lettres le fit Grand Prix, en 1954, et l’Académie Française couronna de nombreux ouvrages, et notamment celui qu’il consacra à la Sainte-Baume. Guy Chastel avait collaboré avec Charles Grolleau, un des fondateurs de notre Société, à un ouvrage sur la Trappe. Il avait été fait, l’an dernier, Commandeur de la Légion d’Honneur. 

Témoignage de Gabriel-Ursin Langé

Bulletin de la Société J.-K. Huysmans, n° 44, 1962

 

 

 

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 13:13

 

Pour ma cinquième visite du Musée Bourdelle à Paris, j’ai eu la chance de bénéficier d’une visite guidée par Colin Lemoine, conservateur du Musée, qui nous a rappelé quelques éléments techniques de la sculpture de l’époque (la terre, le plâtre, le bronze) et clairement montré comment Bourdelle s’inscrit dans l’histoire de son temps. Il se trouve que chez Gallimard  il vient de publier la correspondance entre Rodin et Bourdelle qui nous sort des clichés. J’offre ici une lettre concernant Judith Cladel dont Bourdelle vante un de ses articles dans la Fronde qui, je le rappelle, est le premier quotidien français a avoir été réalisé uniquement par des femmes car s’il y avait eu un seul homme il aurait demandé d’être rédacteur en chef. Un jour peut-être je reviendrai sur le sujet surtout si ce journal est lis sur Gallica. J-P Damaggio

 autres articles sur le sujet :

Judith Cladel Bourdelle

 

Bourdelle à Cladel

 

Judith face à Rodin

 

 

8 mai [ou 8 juin 1898] (1)

Cher Grand patron

Ci joint Mr Koopmann (2) peintre Américain a la peinture audacieuse puissante il a de la fougue et du talent plus qu'un tas de gros placés. Il désirerait être proposé associé peintre (3) Ne pourriez vous l’y aider. Avez-vous lu L'article sur vous de Judith Cladel (4) dans la Fronde. Il est très beau La quotidienne de Hepp m'a fait plaisir je trouve que le rapprochement des deux salons a été terrible pour les mouleurs d'a coté. Mes yeux se sont ouverts a la sculpture grâce à vous et vous dominez quoi qu'on en pense et en dise toute cette époque. bien a vous.

E Bourdelle

 

Datée grâce à la mention de l'article de Judith Cladel.

Augustus B. Koopman (1869-1914), peintre et graveur américain. Bourdelle fréquenta longtemps Koopman, en témoignent les deux lettres que le second adressa au premier en 1910 (AMB). Difficile de savoir si Rodin se décida à intervenir en sa faveur en 1898 comme le suggère ici Bourdelle. Le musée Rodin ne conserve de lui que des témoignages tardifs, deux lettres de 1910, à l'occasion de son élévation au grade de grand officier de la Légion d'honneur et dont l'une nous apprend qu'il réalisa sur le vif le portrait du sculpteur destiné à la mise en place d'une toile dont nous ignorons si cette dernière fut finalement réalisée. Le fusain rehaussé à la craie figurant un Portrait de Rodin d'après nature fut acquis par le musée Rodin en 1984 (Inv. D.7640).

Membre associé de la Société nationale des beaux-arts, fondée et présidée par Rodin. Cf. lettre 4, note 2.

 

Judith Cladel (1873-1958), femme de lettres et journaliste. Fille de Léon Cladel (1835-1892), elle fréquenta assidûment Bourdelle, ce dernier ayant tôt réalisé un buste de l'écrivain (1894). Amie de Rodin, elle demeure essentiellement connue comme biographe du sculpteur. Elle contribua activement à la promotion de l'artiste.

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 14:15

L'actuelle campagne électorale chilienne étant terme malgré le début des débats télévisés je m'en tiens à d'autres informations.

Un site pour les grandes chansons de l'Unité populaire :

http://www.publico.es/culturas/467616/diez-canciones-del-chile-de-allende

Les pouvoirs US au secours du NO en 1988 !

Quand Pinochet annonça le plébiscite de 2008 il n'imaginait pas qu'il était en train d'être lâché par les USA. Aujourd'hui, aussi bien sur le rôle de la CIA en 1973 que sur le rôle du Congreso de la National Endowment for Democracy et du National Democratic Institute for International Affairs les informations sont claires : plus d'un million de dollars a été donné par les USA pour la fameuse campagne du NO.

Après sa réélection de 1985, Reagan avait fini par craindre que le maintien de la dictature ne conduise à une révolution marxiste voilà pourquoi il poussa Pinochet à dialoguer avec l'opposition mais en vain.

Donc en plus de l'argent les responsables des services de sécurité chilien (CNI) furent fortement sommés de ne pas réagir par la violence à la campagne du Non.

Par la bouche du Général Sinclair les autorités furent également invités à respecter le résultat et à rendre les données électorales claires avec des équipes de contrôle.

Harry Barnes fut l'ambassadeur des USA en charge de cette nouvelle politique. Une nouvelle politique qui s'imposa cependant de manière lente de 1985 à 1990 avec un contrôle de l'opposition.

Encore le 1 octobre 1988 Barnes informe la CIA que Pinochet est toujours décidé à utiliser la violence en cas de victoire du NO.

Le 3 octobre au soir Reagan est informé des positions de Pinochet. John Whitehead secrétaire d'Etat par intérim convoque l'ambassadeur chilien Hernán Felipe Errázuriz pour rappeler la position des USA contraire aux préparatifs précis du nouveau auto-coup d'Etat.

Le 5 octobre victoire du NO. JPD

 7 DE OCTUBRE DE 2013

 

Archivos secretos: el rol de Estados Unidos en el triunfo del NO

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 21:47

Aujourd'hui je ne traduis pas... cet article de Publico. Pour les hispanisants, rendez-vous sur le site pour les commentaires. JPD

¡Vuelve Manolo!

Hoy se cumplen diez años de la muerte de Manolo Vázquez Montalbán. Su hijo, Daniel Vázquez Sellés, acaba de publicar un libro muy interesante y tierno,  dedicado a la figura de su padre, “Recuerdos sin retorno”. Si lo leen descubrirán a un hombre entrañable, sensible y cercano. Diez años puede parecer un periodo de tiempo suficientemente dilatado para asumir una pérdida, para integrarla, pero en el caso de Manolo perdura un vacío muy difícil de llenar. Manolo era un gigante, un hombre con una cultura muy vasta, un escritor prolífico y sensible, con una obra poética muy interesante, un magnífico observador y analista de la actualidad, un periodista de prestigio,  un intelectual. Pero no un intelectual cínico y presumido a la manera de Vargas Llosa, ni con el afán de notoriedad de Sartre, o con la desesperanza existencial de Camus, o sometido al dictamen del partido como Gramsci. Manolo era otro tipo de intelectual,  uno  comprometido y libre, alguien que no temía perder su prestigio cuando opinaba,  como Emile Zola, capaz de lanzar  un “J’acusse” demoledor contra el explotador de turno.

Por eso la pérdida de Manolo se hace más cruel en el actual contexto de crisis institucional, económica, política y social, con el trasfondo del hundimiento de la izquierda tradicional, del prestigio de partidos y sindicatos, con el conflicto sobre la soberanía en Catalunya. En nuestro presente se echa a faltar un dedo acusador, que señale sin piedad, con argumentos. Necesitamos a alguien insobornable a quien poder escuchar, a alguien sabio de quien aprender, a alguien sensible con quien  emocionarse: necesitamos a Manolo  y ahora lo necesitamos más que nunca.

Manolo era una persona orgullosa de su origen humilde, que se emocionaba con el paisaje  del Raval , que sentía empatía hacia sus personajes, náufragos y perdedores, elevados a la categoría de héroes literarios en sus novelas. En el número once de la calle Botella, cerca de la plaza del Padró, hay una placa que recuerda el lugar donde nació, con una cita de su personaje más conocido, el detective Pepe Carvalho, que resume muy bien la forma de pensar de Manolo: “Algo parecido a la belleza de la miseria se ha grabado en el rostro de las casas”. ¡Vuelve Manolo! 

Jaume Grau

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 21:31

Le journal Le Monde est le seul à ma connaissance à avoir rendu compte de cet événement. Et l'article a été repris ici ou là. Et je le reprends ici car quand on fait taire un écrivain, en France, dans une institution dédié à la culture, ça m'inspire quelques craintes. Je ne dis pas que, si j'avais pu être présent, j'aurais fait le même compte-rendu mais qu'il vaut mieux savoir. JPD

 Coup de force des pro-Morsi contre l'écrivain Al-Aswany à l'Institut du monde arabe

Le Monde.fr | 17.10.2013 Par Benjamin Barthe

La tension politique qui sévit sur les rives du Nil a franchi la Méditerranée. Mercredi 16 octobre, une trentaine de partisans de l'ancien président égyptien Mohamed Morsi, renversé en juillet par l'armée égyptienne, ont brutalement interrompu un débat organisé à Paris, dans les locaux de l'Institut du monde arabe (IMA), autour de l'écrivain cairote Alaa Al-Aswany.

L'auteur du best-seller L'Immeuble Yacoubian, connu pour son soutien au nouveau pouvoir, incarné par le général Abdel Fattah Al-Sissi, était venu parler littérature, en amont de la sortie de son nouveau roman, L'Automobile Club, prévu en février, aux éditions Actes Sud. Mais à peine avait-il commencé que son intervention a été perturbée par plusieurs dizaines d'agitateurs pro-Morsi, qui ont avancé vers la tribune en hurlant "traître", "assassin" et "à bas les militaires". Débordé, le service d'ordre de l'IMA a obligé le romancier à quitter précipitamment la salle où devait se tenir la conférence.

"Si Al-Aswany n'avait pas été évacué, ils l'auraient passé à tabac, s'indigne un cadre de l'IMA. Nous n'avions pas eu de problèmes jusque-là, même aux heures les plus chaudes des 'printemps arabes'. Quand Moncef Marzouki [le président tunisien, allié au mouvement islamiste Ennahda] était venu, une partie de la salle avait protesté, mais sans violence. Que les Egyptiens exportent leurs querelles à l'IMA, c'est vraiment triste."

Auteur de plusieurs romans traduits en français, Alaa Al-Aswany s'était félicité, cet été, de la destitution de M. Morsi, cadre des Frères musulmans élu démocratiquement président en juin 2012. A l'instar de nombreux autres membres de l'intelligentsia libérale égyptienne, il avait estimé que l'intervention de l'armée ne constituait pas un coup d'Etat, dans la mesure où elle avait été précédée d'immenses manifestations contre le chef d'Etat islamiste.

Pilier de la place Tahrir, l'épicentre du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, M. Al-Aswany avait initalement applaudi à l'élection de M. Morsi, la qualifiant de "victoire pour la révolution". Mais il avait très vite basculé dans le camp de ses opposants, critiquant la tentation autoritaire du nouveau président, notamment le décret par lequel il s'était arrogé des pouvoirs extraordinaires, en novembre 2012.

En dépit du massacre par les forces de sécurité égyptienne d'un millier de sympathisants et de militants islamistes, le 14 août, sur la place Rabaa Al-Adawiya, au Caire, le romancier n'a pas renié ses positions. Comme le nouveau régime, il use volontiers du label de "terroristes" pour désigner les Frères musulmans, donnant ainsi l'impression de légitimer la violente répression qui frappe ce mouvement. Ses principaux dirigeants ont été incarcérés, ses médias interdits et sa dissolution a récemment été ordonnée par la justice égyptienne. Cette chasse aux sorcières se déroule parallèlement à une recrudescence des attaques contre les forces de sécurité égyptienne, notamment dans le Sinaï, ce qui fait craindre que le pays ne bascule dans une guerre civile.

 "UNE BANDE DE VOYOUS"

A l'Institut du monde arabe, les manifestants pro-Morsi avait manifestement préparé leur coup à l'avance. Beaucoup avaient enfilé, sous leur manteau, un tee-shirt jaune frappé du signe de reconnaissance des partisans du président déchu : une main avec le pouce replié et quatre doigts tendus – une allusion à Rabaa, qui signifie quatre en arabe.

 

Sur sa page Facebook, le diplomate Gilles Gauthier, traducteur des œuvres d'Alaa Al-Aswany, qui devait tenir le rôle du modérateur ce soir-là, a commenté leur baroud en des termes cinglants : "Nous n'avions pas affaire à des démocrates, mais à une bande de voyous qui, comme dans les années 1920 en Italie et dans les années 1930 en Allemagne, n'avaient que leur force physique comme argument."

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