Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 11:14

27 mai 2003 : page du journal

 

1 ) Cette page sera écrite sous l’angle de la fatigue même si je n’ai pas fait le voyage à Paris (la marche toulousaine n’a pas été négligeable pour mes jambes). Fatigue physique et aussi fatigue intellectuelle qui me conduit jusque devant les petits élèves pour faire le point avec les parents.

2 ) Je vais leur annoncer que la grève continue le lendemain. Que face aux positions du gouvernement il n’est pas pensable d’arrêter la dite grève. Que la manif de Paris est au contraire une incitation à continuer.

3 ) La vie en classe est un peu décalée ; le rythme un peu difficile à reprendre. Préparation de la fête de l’école, Conseil d’école du soir, une autre forme du quotidien. Un syndicat téléphone pour annoncer le programme de la manifestation de la journée du lendemain. Rien de clair.

4 ) Le soir je serai absent à l’AG de Montauban mais présent devant le maire de Marsac et deux parents d’élèves. Accord général pour dire l’essentiel : la mise en place de la décentralisation est une opération pour dégonfler les frais de l’Etat et les faire porter sur les collectivités territoriales.

La loi européenne oblige à un déficit limité pour l’Etat mais laisse les autres institutions « libres ». L’éducation servant de terrain d’expérience. Il est en même temps question de la demande d’ouverture d’une nouvelle classe : l’Inspecteur d’Académie a promis d’ouvrir à 46 élèves or ils seront 46 pour la rentrée prochaine. Il répondra : il ne fallait pas compter les petits de 2 ans !

5 ) Sur internet je reçois une réponse à un courriel concernant l’absence du dossier retraite dans un tract intitulé : « Pourquoi les enseignants sont en grève ? ». Si je suis d’accord pour noter, comme il est dit dans la réponse, que le public « n’a pas bougé quand le privé est passé à 40 ans » je ne peux pas partager la suite de l’argumentation. Cette erreur de départ est une leçon à méditer non pour la répéter mais pour la corriger. Elle a été répétée en 1995 quand le public a pu conserver ses droits sans que le mouvement n’ait pu gagner l’abrogation des décrets Balladur [qui firent passer la retraite du privé à 40 ans d’annuités]. Elle a été répétée par la Gauche au pouvoir qui a préféré ne rien faire sur ce dossier. La CFDT peut expliquer qu’elle a obtenu du gouvernement en place des avancées qu’elle demanda en vain à Jospin ! Est-ce une raison à présent pour fuir le débat ?

6 ) La réponse du collègue du courriel reprend une idée formulée en AG : « durée de 38,5 années pour tous, pour qu’un pas soit fait de part et d’autre, suppression des régimes spéciaux et réactualisation de la pénibilité des tâches ». Je ne partage pas ce point de vue mais si, suite à un débat collectif, il devient la position majoritaire alors je m’y plierai ? Le drame est là : ce débat est refusé et quand l’AG des grévistes se positionne sur 37,5 annuités pour tous, personne ne conteste pour éviter la discussion. L’explication de cette attitude est présentée ainsi : « Comme beaucoup d’enseignants ne se retrouvent pas dans les demandes formulées actuellement par les syndicats, ils ont du mal à l’argumenter… ». J’y vois la nécessité du débat, là où le collègue y voit la nécessité d’éviter le débat ! En un mois de grève, la conscience de chacun n’aurait-elle pas pu faire un bond en avant ?

7 ) Bref, que fera-t-on demain ? Une journée interprofessionnelle importante est prévue or localement il existe comme un flottement. Un collègue revenant d’une AG de Castelsarrasin n’est informé de la tenue d’aucune manif à Montauban. Pas d’information sur le site du SNUipp ou du SE. Dès qu’on s’absente un peu de Montauban on perd facilement le fil. Je reporte à demain matin ma recherche sur le lieu et l’heure des rendez-vous.

8 ) Flottement dans le Tarn où une manif essentielle est organisée à Albi mais Mazamet préfère aller à Toulouse. Montauban ira aussi à Toulouse, ça c’est sûr, et en empruntant le train. Flottement qui tient aux décisions qui approchent avec la réunion interministérielle de demain. Un grand pont vient ajouter à l’impression d’hésitation du mouvement.

9 ) La fatigue tient à l’incertitude des résultats (l’échec ne brisera pas mon élan mais pour beaucoup d’autres ne risque-t-il pas de laisser un goût amer?).

Dans un monde bien huilé, bien régulé, cette fatigue devient routine et la routine endort cette tension qui fait la vie.

10 ) Avec la collègue nous avons parlé du moment particulier de l’émission Ripostes d’hier quand l’homme du pouvoir répond à l’instit que la situation des retraites n’est pas si grave puisque les enseignants prennent pour le moment la retraite à 60, et que dans 2 ans ils la prendront à 63 ans [le 63 ans approche maintenant]. Info étonnante car les instits sont encore majoritaires et ils la prennent à 55. Il a dû compter seulement les profs. L’instit aurait pu répondre que l’âge moyen du départ réel à la retraite pour tous étant de 57 ans, ça montre que les profs sont déjà marqués par un âge tardif de fin de carrière.

11 ) Cette jeune collègue n’est pas gréviste mais partage le point de vue des grévistes et, tout comme au conseil d’école qu’elle conduisit de main de maître, je découvre, à travers ses arguments, une personne déjà très bien impliquée dans la vie sociale.

12 ) Ma soirée me laisse un moment pour achever ces quelques lignes qui me reposent un peu car je me dis qu’à la fin, il me restera des traces à étudier pour mieux comprendre. Je crois qu’il n’y aura rien de plus terrible au final que la sensation d’un mouvement sans débouché. Ces pages me serviront de compensation. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 11:00

 

affiche.jpg

Voici le dessin de Rosendo Li qui m'a suivi pendant toutes les luttes de 2003. Elle reste malheureusement d'actualité ! JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 10:52

livre.jpg

Le journal de la grève  6 mai 2003 - 19 juin 2003

(prix dix euros, frais de port compris à commander à Editions La Brochure 82210 Angeville)

 

11 jours de récit de la grève se trouvent déjà sur ce blog, je donne ici en plus le début de l'introduction  comme contribution a un débat qui se répète en plus pire !

 

Le 6 mai 2003, pensant que la grève qui s’engageait dans l’Education nationale serait historique, j’ai décidé d’en écrire quotidiennement le journal. J’en avais d’autant plus la possibilité qu’instit en zone rurale, et simple syndicaliste de base, je pouvais consacrer deux heures par jour à ce travail (la grève ça donne un peu de temps).

« Instit en zone rurale » : ce récit provient donc d’une situation plutôt banale du Tarn-et-Garonne. Si j’avais été « instit marseillais » mon journal aurait pris une tournure plus exceptionnelle. Comme l’information préfère se centrer sur l’exception, sur les zones difficiles, sur les quartiers bien pensants, sur l’anomalie et le geste symbolique, j’aurais pu rencontrer plus facilement des lecteurs. Mais la banalité a ses mérites : quand les « pokémons » (un petit jeu avec des bouts de cartons ronds) sont arrivés jusque dans mon école, ça signifiait que les enfants de la France entière étaient sous cette influence. Quand la grève reconductible y débuta, nous avions la preuve que la colère s’était généralisée.

Je compris que la grève serait historique en observant, en avril, les départements voisins : le Tarn, l’Ariège, la Haute-Garonne. Une grève des surveillants dans les lycées avait déjà secoué la communauté éducative au premier trimestre : l’agitation devenait endémique depuis le mois de février. En Tarn-et-Garonne, des collègues de plus en plus nombreux s’étonnaient de ce décalage dans l’action (ils ne finiront pas de s’en étonner). En conséquence, quand le SNUipp 82 annonça de manière très claire une grève pour les 6 et 7 mai, avec assemblée générale des grévistes, j’ai pu en déduire que le détonateur était en place.

Les prémices d’une révolte

Depuis le début de l’année, les grèves de 24 heures suivaient les grèves de 24 heures avec manifestations, mais sans la moindre réunion de grévistes. Le SNUipp 82 décida d’innover en appelant à « une réunion organisée par la FSU à la Maison du Peuple à 15 h » avant la manif de 17 h. Cette réunion rassembla une vingtaine d’instits, un prof de gym et trois ATOSS (personnel non-enseignant). Une réunion plutôt ratée ! Ce serait mal la comprendre sans la prise en compte de ses deux dimensions : sa préparation minimale et le contenu de la discussion. Annoncée seulement la veille par « La Lettre » que le SNUipp 82 envoie à ses adhérents, elle bénéficia d’un effet d’annonce minimum. De plus, la mention de la FSU était un abus de sigle : je savais très bien que, dans les lycées, cette réunion n’avait pas été mentionnée. Comme le disait un responsable : « au moins on ne pourra pas nous reprocher de ne pas l’avoir organisée ». Cette première grève interprofessionnelle sur les retraites, prévue de longue date, rassembla à Montauban 1500 personnes. La réunion, réduite en nombre, fut riche en contenu : plusieurs intervenants suggérèrent une assemblée générale des grévistes après la manif. Le responsable de la FSU, qui arriva vers la fin, déclara qu’il en ferait la demande aux autres organisations (la grève était interfédérale). Ce fut sans succès. Par la suite, pour analyser l’engagement réel dans la lutte, je ferai la différence entre les organisations qui poussent à la tenue de véritables AG de grévistes et celles qui les empêchent. Dans ces pages, j’ai soulevé un autre point  : le rôle de la CFDT et l’évolution de la CGT. Là aussi le responsable de la FSU intervint pour se féliciter de la présence de la CFDT dans l’action car, le seul ennemi, c’est Raffarin, et vive l’union. Discours bateau qui servit à brouiller les axes de la lutte : deux responsables du SNUipp 82 qui défendaient, auparavant, la revendication des 37,5 annuités pour TOUS, privé et public, choisirent de dire en ce 3 avril : « la retraite à 60 ans à taux plein ». Le Congrès de la CGT venait d’abandonner cette référence aux 37,5. Pourquoi ? Afin de ne pas heurter les susceptibilités, personne ne répondit à cette question. Bref, cette réunion fit apparaître un désir de mobilisation avec, en toile de fond, un flou quant aux objectifs de la dite mobilisation.

Quand la grève débuta le 6 mai, la question des retraites passa au second plan au bénéfice de la décentralisation. Voilà comment des tonnes de non-dits viendront en pourrir les objectifs. La signature de la CFDT avec le gouvernement ne provoqua aucun éclaircissement. Nous avons eu une manifestation avec prise de parole deux jours après cette signature : personne ne la dénonça au nom de l’unité. Le responsable de la CGT expliqua que dans les entreprises nous restions aux côtés des membres de la CFDT. Dans notre département, les secteurs contestataires ne publièrent rien pour désapprouver François Chérèque. La CGT préféra montrer du doigt les adeptes de la « grève générale » plutôt que la CFDT.

La date clef : le 6 mai 2003

Si le 3 avril fut symbolique du double phénomène auquel nous allons assister : la poussée en faveur de l’action, accompagnée d’un freinage des directions nationales soucieuses d’en assurer le contrôle, l’Assemblée générale (AG) du 6 mai fut éclairante. La décentralisation passa au premier plan de diverses manières. Le 5 mai, la majorité des profs du lycée de Castelsarrasin avait décidé d’avancer au 12, un débat avec les parents, sur la décentralisation, qui avait été proposé par les syndicats pour le 13 mai. Quand une responsable CFDT annonça à l’AG du 6 mai qu’en fait la réunion aurait lieu le 13, je suis intervenu dans le débat pour dire trois choses : que faisons nous demain 7 mai, comme cela avait été demandé par Benoît Gramond ? les organisations syndicales nationales veulent-elles généraliser la lutte ? et avons-nous conscience que pour gagner face à ce gouvernement, il faudra s’y mettre tous ensemble, d’où l’importance du 13 mai, journée interprofessionnelle sur les retraites. J’ai rappelé comment, pour le moment, chacun se fatigue à son tour. Après l’échec des surveillants, nous pouvions aboutir à notre proche échec d’où mon propos très sec pour dire que je me désolidarisais des réunions organisées avec les parents le 13 mai sur la décentralisation, au moment où se tiendrait à Montauban, l’AG interprofessionnelle souhaitable, suite à l’imposante manif ! Une femme médecin scolaire qui risquait d’être décentralisée me déclara presque avec mépris : « tu n’en as rien à foutre des décentralisés ! ». [depuis nous savons qu’une des victoires a été d’éviter la décentralisation des médecins mais pas celle des ATOSS]. J’eus envie de lui répondre qu’elle n’avait presque rien à craindre pour sa décentralisation mais beaucoup plus pour sa retraite ….

La décision de l’AG du lycée de Castelsarrasin n’avait pas été respectée : le tract, préparé pendant les vacances par un petit comité inconnu fut distribué comme prévu par ce petit comité. Je découvris ensuite qu’à Moissac également, une réunion fut programmée pour le 13 … sur la décentralisation. Nous avons eu là un des tableaux majeurs de cette lutte : il fallait courir deux lièvres à la fois !

En même temps, en termes de lutte, nous avons pu nous poser cette question : qui pousse à l’action ? La grève était reconduite pour le lendemain dans le Premier degré (un secteur obligé de prendre ses décisions à l’avance vu qu’il faut avertir les parents) sans aucune action prévue. Plusieurs personnes sont intervenues pour proposer des initiatives : pas la moindre réaction des responsables syndicaux. L’AG se vidait de ses membres quand Yves Vidaillac, non syndiqué, prit le micro pour dire : « demain à 15 heures devant l’Inspection académique (I.A.). ».

La discussion s’est poursuivie en petits comités éparpillés ; le responsable de l’UNSA-SE, se rendant compte qu’il avait encore les mains vides pour le lendemain, s’approcha du groupe et déclara : « bon, on se retrouve alors demain devant l’IA »

Ainsi débuta la nouveauté de la lutte : le lendemain, suite à une autre intervention, un collectif de grève se mit en place. Cette présence devant l’IA se compléta d’une nouvelle AG qui approuva une proposition d’action venue d’une non-syndiquée du Lycée Bourdelle : la mise en place, le lundi suivant, d’un piquet de grève. La grève était cette fois bien lancée sur deux rails différents qui auraient du mal à se rejoindre même si parfois, des aiguillages changent les directions. Avant le début du conflit, le SNUipp 82 avait réalisé un bon travail sur la question des retraites puis ses membres se firent discrets sur ce point, pendant le conflit. Comme nous le verrons par la lecture du journal, il fallut d’ailleurs attendre longtemps avant que le Collectif de grève propose au vote une plate-forme revendicative.

Les retraites

Les deux dimensions de la lutte avaient la même source : privatiser. Dans un cas, privatiser l’école ; dans l’autre, privatiser les retraites. On a déjà privatisé le bonheur, la politique et l’accès aux piscines alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ! Le gouvernement argumenta sans cesse en termes de justice sociale : il fallait aligner le public sur le privé. En réalité, depuis longtemps, les directives des maîtres du marché étaient claires : il faut tendre vers des fonds de pension. Voilà pourquoi l’âge de départ à la retraite ne fut jamais l’axe du débat, comme c’était le cas autrefois. Les instits peuvent toujours partir à 55 ans mais avec une pension diminuée (jusqu’à 20%-30% suivant la date du départ). Cette diminution annoncée entraînera la recherche d’une épargne retraite faisant suite à l’épargne salariale mise en place par la loi Fabius en 2001. Le salarié voit ses revenus reposer en partie sur les dividendes ! Manière concrète d’enrôler concrètement tout le monde sous la « loi » du marché ! (une loi qui n’est pas une loi). Tous contre tous, voilà la règle de cette nouvelle jungle. Une école sera plus dynamique si elle est mise en concurrence avec une autre. Quelle confiance faire à du personnel de nettoyage fonctionnarisé ? Il ne peut travailler sérieusement que sous la menace du licenciement ! Prenons des risques pour devenir compétitifs ! Pendant ce temps les maîtres du monde, avec le sécuritaire comme instrument de régulation, deviennent la source de notre bonheur. J’ai depuis longtemps dénoncé la privatisation rampante de l’Education nationale qui, comme dans tous les services publics, constitue un moyen … de dénigrer les services publics.

Une cantine scolaire qui fait un repas avec Mac Do, une intercommunalité qui emploie depuis 8 ans un intervenant de musique sur contrat renouvelable chaque année, un gouvernement qui crée les aides-éducateurs avec un statut de droit privé ; les exemples ne manquent pas pour indiquer comment, pas à pas, l’école fonctionne à la remorque des valeurs du privé. Le projet de décentralisation qui, en terme concret, concerne uniquement le Secondaire, exprime cette démarche de privatisation, visible dans le Premier degré par une intervention de plus en plus forte des intercommunalités.

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:01

Mercredi 11 juin : Juste avant la pause

«Nous poursuivrons jusqu’au retrait du projet.» Un gréviste toulousain

 

2 ) Ceci ne m’empêche pas de noter quelques éléments, comme la présence de CRS à Montauban, comme cette réflexion d’un ATOSS : « Les copains du boulot considèrent qu’ils ont eu raison de ne pas faire grève car il était impossible de faire plier le gouvernement ». Sauf que les personnels de santé et d’orientation restent au service de l’Etat. Et de plus la lutte n’est pas achevée …

 

3 ) Elle a toujours été facile l’attitude consistant à refuser une bataille jugée perdue d’avance pour constater ensuite qu’elle est en effet perdue ! Il ne faut pas confondre la lucidité et le défaitisme.

 

4 ) Preuve que tout n’est pas perdu, je note sur le site internet du collectif de grève que l’action devant le centre de tri a entraîné des personnes dans la grève et j’apprends qu’à EDF la grève gagne du terrain. Pendant que certains se fatiguent d’autres se réveillent ...

 

5 ) En réalité en Tarn-et-Garonne on assiste à un noyau de grévistes fortement mobilisés qui, à présent, organisent des piquets de grève, là où elle n’existe pas. D’une extrême (chacun décide lui-même) on est passé dans l’autre ! Fondamentalement le piquet de grève devrait appuyer celui réalisé par les travailleurs de l’entreprise où ils se trouvent.

6 ) En 1936 ou 1968, des travailleurs en grève allèrent en faire débrayer d’autres, mais nous ne sommes pas dans le même cadre. Dans la dernière manif elle-même l’origine des manifestants était difficile à mesurer d’où la difficulté de cerner les points majeurs de la mobilisation..

 

7 ) J’ai eu quelques réactions à mon journal de lundi que j’ai envoyé ici ou là. Découvrir l’épargne salariale et le rôle des syndicats en a surpris plus d’un or, au même moment, nous avons reçu une pub pour Prefon qui explique que l’organisme garantit une capitalisation sûre. Préfon a été fondé par la CFDT et FO en 1967 ! La CFDT qui a aussi sa propre banque !

 

8 ) La manif de demain à Toulouse se prépare pour la venue de Chirac. Sera-t-elle aussi monstre que les autres ? Je n’y serai pas car je reprends le travail pour préparer la fête de l’école, même si les syndicats appellent à une grève de plus. Le bac aura lieu et il nous reste des prunes …

 

9 ) Libération apporte son aide au gouvernement : il ne faut pas bloquer le bac. Il évoque le cheminot qui regonfle la grève à la gare Montparnasse avec l’argument classique :

« Il y a eu combien de luttes de nos parents pour obtenir ce qu’on a aujourd’hui ?»

 

10 ) Journée paisible au total qui se terminera au bord de l’eau pour profiter aussi du soleil.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 14:58

Jeudi 19 juin

1 ) Une semaine après sa mort, voilà que ce journal de la grève ressuscite à cause de deux initiatives du modeste Collectif de grève, deux réunions qui complètent magnifiquement cette belle expérience. N’y voir aucune coïncidence avec tout autre événement !

 

2 ) Comment, en effet, ne pas raconter la dernière AG ? En fait, je devrais dire la première ! Oui, c’est ça, pour la première fois, une AG inter - professionnelle a été organisée à Montauban de manière sérieuse (les AG de fin de manif furent seulement une tribune pour les ténors). Environ 200 personnes assises dans la Maison du Peuple avaient deux heures pour engager la réflexion en ce dernier jour de grève inter-professionnelle en défense des retraites.

 

2 ) Les dirigeants de la CGT, FO et l’UNSA monopolisèrent la parole si bien que je crus un moment qu’elles étaient organisatrices de la rencontre. Par chance, le responsable de la FSU eut la bonne idée de renvoyer enfin les micros vers la salle. Pour résumer, cette parole officielle disons que « le futur nous appartient, que les luttes vont se poursuivre, que l’automne sera chaud ».  Et si, socialement, l’automne n’est pas chaud, il suffira de reprocher à la base son manque de dynamisme. Les directions sont sauves au point qu’elles sont indiscutables comme nous allons le voir. Un ami à côté de moi eut cette réflexion : « c’est comme après la défaite politique de la gauche, il ne faut pas tirer les leçons de l’expérience ! ». Les soirs de défaite, l’heure est à la revanche promise pour le prochain scrutin.

 

3 ) La base a bon dos, surtout qu’elle a du mal à comprendre. Par exemple, la première question porta sur la grève générale : «elle ne se décrète pas» ai-je entendu une fois de plus. Or personne n’a jamais dit qu’elle se décrétait ! La deuxième question porta sur l’abandon par la CGT de la référence aux 37,5 annuités. Pour la première fois, j’ai entendu le responsable de la CGT mentionner la formule maudite «37,5 annuités pour TOUS» en disant qu’il était d’accord mais qu’elle n’est plus la priorité. Il faut penser aux jeunes qui devront inclure les années d’études dans le calcul de la retraite … Bref, il faut penser autrement. Comment faire passer un alignement sur les positions du PS (les 40 ans pour tous) comme un façon sérieuse de penser ? Que le jeune commence tard, qu’il puisse racheter ses études est une réalité qui devrait pousser au maintien prioritaire des 37,5 pour tous, car avec 40 puis 41, je ne vois le progrès pour personne. Mais c’est vrai, j’ai mauvais esprit.

 

4 ) C’est mon mauvais esprit qui me poussa à demander la parole. J’avais prévu de me taire mais à la réponse, « la grève générale ne se décrète pas », je me suis senti obligé de dire ce que beaucoup pensent mais qu’ils gardent pour eux. Le calendrier de la lutte mis au point par la CGT, différent de celui de la lutte des enseignants, aurait pu être le bon, mais ça a foiré, aussi une discussion s’impose, sur les raisons de cet échec. Le 13 mai fut extraordinaire mais la poursuite de la grève fut reportée à plus tard, au 3 juin, car il fallait penser d’abord à la manif de Paris. Pour ne pas être en reste, j’ai ajouté que le débat du soir sur les retraites me paraissait très bien mais pourquoi si tard ?

 

5 ) Le responsable de la CGT a élevé la voix, le ton est monté et, de grâce, n’oublions pas que l’adversaire, c’est le gouvernement. La mobilisation continue et la défaite n’existe pas ! Ensuite, on entendra l’appel à militer dans les syndicats … pour y faire l’autruche ? Le responsable de la CGT avait été interpellé sur l’AGCS qu’il appela AGFF, peut-être sous le coup de l’émotion. Qui connaît l’AGFF à savoir l’Association de Gestion des Fonds de Financement ? Qui a oublié une manif de janvier 2001 qui rassembla à ce sujet 300 000 manifestants à Paris ? L’AGFF est une structure paritaire MEDEF-Syndicats pour gérer les fonds permettant de verser des retraites complémentaires aux travailleurs ayant entre 60 et 65 ans, vu que les complémentaires n’ont pas pris en compte le passage à la retraite à 60 ans après 1983. En janvier 2001 Seillière voulut cesser les versements patronaux mais il recula sous pression de la rue. L’AGFF est à la tête d’un excédent de 2 milliards d’euros et les deux grands régimes (AGIRC et ARRCO) ont des réserves pour tenir jusqu'en 2010, d’après les administrateurs syndicaux. Ces organismes paritaires sont au coeur de la réforme Fillon en passant de l’épargne salariale à l’épargne retraite.

 

6 ) Preuve que la lutte continue : les Poult étaient là ! Le responsable FO fut heureux de leur faire lever la main. Nous les avons applaudi. Ils étaient une quinzaine. FO tenta peut-être ainsi de se faire excuser pour sa présence modeste dans le conflit, pendant que nationalement Blondel mettait la pression. La poignée d’enseignants eut droit à des félicitations de la part de la personne qui expliqua que le 13 mai, elle tenta sans succès de faire mettre en grève les facteurs, avec un membre de SUD. Son témoignage répondait à mon intervention de manière plus intelligente que celle du dirigeant de son syndicat car de manière plus sincère. Il se trouve qu’en matière d’analyse une hirondelle ne fait pas le printemps. D’ailleurs, pourquoi la grève se déclencha chez les facteurs de Montauban suite à un piquet, quand les enseignants baissaient les bras d’épuisement ? Ce piquet n’aurait pas pu avoir lieu le 14 mai ? A ce moment-là, le responsable de la FSU expliquait qu’il fallait laisser chacun décider de sa forme d’engagement. Faut-il vraiment repasser le film des événements ?

7 ) La fameuse « base » qui n’a pas répondu chez les facteurs, elle commença la lutte par la grève reconductible des pions. Elle continua en poussant les directions syndicales de l’éducation à se battre. Elles le reconnurent implicitement puisqu’elles avaient au départ, le même discours que la CGT, « la grève générale ne se décrète pas ». Dans l’éducation elle a eu lieu plusieurs semaines. En conséquence, FO comme la CGT évitèrent la mise en place d’AG. Quand la CFDT a signé, quelqu’un le rappele aujourd’hui, il ne fallait pas montrer du doigt ce syndicat. On préfère dénigrer ceux qui contestent la direction de la révolte !

 

8 ) A côté de moi, un ami m’explique qu’à la DDE la direction avait programmé une très coûteuse campagne d’explication sur la loi des retraites. Voilà le genre d’infos qu’il faudrait échanger mais personne ne parlera pour la DDE. En fait, seule la dame de La Poste évoqua la réalité de son combat.

 

9 ) Ah ! qu’ils savent se serrer les coudes les dirigeants ! Je les admire. A la sortie, une personne m’a dit : « j’ai préféré me taire vu l’ambiance ». Puis une action fut programmée vers une réception que la Mairie accordait au MEDEF des Hauts de Seine pour son jumelage avec celui du Tarn-et-Garonne. L’après-midi, manifestation à partir de la Cité agricole. Le soir, action au péage etc… Combien y a-t-il de permanents syndicaux en TetG ? Tout d’un coup, je me suis posé la question. Dans l’éducation, ça doit tourner autour d’une dizaine de postes. Je ne me plains pas de cet effort en faveur des syndicats, d’autant que ceux qui assurent un brin de décharge font beaucoup plus que les heures qu’ils doivent. Je me plains de la coupure entre les directions et la base.

10 ) Je suis rentré chez moi avec la ferme intention de m’y reposer, délaissant la manif de l’après-midi où 1000 personnes traverseront une nouvelle fois la ville. Je voulais me préparer au débat du soir sur les retraites, proposé à l’initiative du Collectif de grève. Deux intervenants, dont j’avais pu noter la judicieuse argumentation plus d’un mois auparavant, prirent la parole avec modération, si bien que s’engagea un bon débat avec la salle. Le premier intervenant avait dans son lycée proposé cet exposé dès le mois de janvier mais les dirigeants syndicaux ne permirent cette information que bien plus tard, sur un piquet de grève. Est-ce encore mon mauvais esprit qui parle ?

11 ) A écouter son intervention chacun put vérifier que pour être convaincant, il ne suffit pas de dire « non au plan Fillon et oui à une réforme ». Une réflexion, soucieuse de la discussion, permettra seule de dénoncer sérieusement le néo-libéralisme. Pour commencer, M. Perrault proposa de réfléchir à l’originalité du néo-libéralisme. Pour lui, comme pour René Passet, une révolution interne au capitalisme transforma le face à face capital-travail, qui était doté d’une certaine complémentarité, en face à face profit-dividendes. Ford et son industrie automobile créèrent une société où l’acte de consommer permettait d’élever le taux moyen du profit. Pour consommer plus, il fallait augmenter les salaires et cette augmentation permettait un développement du profit qu’il fallait réinvestir pour poursuivre dans cette logique.

Avec le néo-libéralisme le « facteur travail » est devenu marginal. Les profits visent à payer des dividendes qui, pour augmenter, supposent de pressurer le « coût » du travail. D’où les délocalisations, les robots et les attaques contre les services publics, avec atteinte à la retraite.

La retraite, elle est toujours constituée par une part du gâteau produit dans la société. La question politique consiste à décider de la part qui est retenue. La retraite par répartition permet de traduire directement en acte la réalité économique car de toute façon, dans toute société, les actifs paient les pensions des retraités. Si j’épargne aujourd’hui pour avoir une retraite demain, sauf à mettre l’argent épargné dans un bas de laine, demain je n’aurai que l’argent que la société pourra débloquer à mon avantage. Abandonner le lien direct entre générations, pour confier le montant de ma retraite à une opération bancaire, c’est obliger le salarié à jouer contre lui-même (financièrement et en terme de solidarité). Dans ce nouveau cas de figure, le salarié se trouve pris dans une contradiction : ou il pense aux dividendes contre les salaires ou l’inverse !

Nous sommes face à une nouvelle logique économique qui écarte « le facteur travail », or la réforme de Fillon repose sur lui par l’allongement de la durée de travail et autres charges uniquement sur les salariés (la baisse des pensions). La supposée réforme va droit contre le mur. Elle ne peut rien résoudre.

 

12 ) Pour réagir, l’autre intervenant, M. Pellicer, se faisant l’écho des travaux de la Fondation Copernic, proposa de porter l’effort sur les salaires. Ce qui signifie inverser la logique de mise à l’écart du « facteur travail ». L’effort sur les salaires par un effort sur la formation et autres droits sociaux. Les charges des entreprises en matière de retraite pourraient être modulables de façon à privilégier celles qui évitent la spéculation au profit des salariés (c’est pour une bonne part la thèse des économistes de la CGT).

Ces simples éléments donnés brièvement montrent que la discussion est fondamentale pour permettre une argumentation en lien avec notre époque.

 

Il ne suffit plus de réduire les rapports économiques au calcul du taux moyen de profit. Encore faut-il chercher à savoir comment ce taux est obtenu et à quelles fins ! D’où le rejet, par les deux orateurs, du piège de l’épargne salariale comme de l’épargne retraite. Les fonds de pension à la française, c’est un leurre, mais comme les syndicats participent à leur gestion, ces fonds sont écartés le plus souvent de toute discussion.

Les deux orateurs furent aussi d’accord pour évoquer « le consensus » de toute la classe politique sur la question.

Le public a montré une qualité d’écoute exemplaire et une volonté de discuter qui a fait dire à un des intervenants que cette soif de connaître était une des inventions indispensables à la reconstruction d’une force sociale alternative. Comme autre invention, il proposa un travail d’élaboration de moyens d’actions internationaux.

13 ) J’ai alors donné l’exemple de Via Campesina, cette organisation internationale des luttes paysannes sans laquelle la Confédération Paysanne ne serait pas la même. J’en ai profité pour évoquer le cas de José Bové qui risquait une arrestation à tout moment. Comme autres luttes internationales, j’ai évoqué le cas des enseignants d’Equateur, du Pérou ou de Bolivie. Pourquoi, dans le monde enseignant, le lien avec l’international est si faible ?

 

14 ) Un dirigeant syndical crut indispensable d’indiquer qu’avant d’en arriver à des luttes internationales il faudrait agir chez nous. Le cas des paysans est pourtant exemplaire : sans être concurrencés par des multinationales, ils tissent des solidarités. Ils savent qu’avec la nouvelle Union Européenne, 6 millions de paysans sur 7 millions vont disparaître. Ils le savent d’expérience et cette crise va compléter les crises des autres paysanneries.

 

15 ) Tout en ayant une vision politique, le prof d’économie a surtout parlé en terme de logique économique d’où une intervention de la salle pour rappeler que l’Etat providence, les services publics, la protection sociale sont également le fruit d’une sensation bien connue des possédants : la peur d’une « révolu-tion ». Le socialisme créa une perspective politique qui alimenta les luttes sociales et si, en 1936, le PCF était bien petit, il n’était pas déconsidéré par les suites de l’histoire. Le recul social, voire la disparition de toute alternative politique, qui a mis toute la planète à la merci des critères néo-libéraux, nous impose d’accomplir notre propre « révolution ».

 

14 ) Il y eut aussi des questions sur la croissance, à partir de l’interrogation sur le développement durable ou la décroissance soutenable. En terme économique le développement des transports en commun entraîne moins de croissance que le développement de la voiture individuelle avec pourtant un bénéfice social plus grand. Il faut donc là aussi révolutionner les esprits : passer du quantitatif au qualitatif; du profit privé au profit social, de la vision à court terme à la vision à long terme, du national à l’international etc. La CGT table sur une croissance de 3% pour financer sa réforme des retraites. Un rêve dans une société ou le facteur travail décline jusqu’à entendre l’expression de « fin du travail ».

 

15 ) D’où cette autre question posée par un militant que j’avais découvert seulement deux jours auparavant : « Et si on réduisait notre consommation? » Cette réflexion m’intéresse, mais dans notre société, c’est le chemin majeur du néo-libéralisme comme le démontra toute l’argumentation de la soirée. La baisse de 20 à 30% des pensions c’est fondamentalement ne baisse de la consommation. Le fait que depuis 20 ans, la baisse de la part salariale dans le partage de la valeur ajoutée ait été de 10 % aussi. Notons que je comprends enfin pourquoi les retraites vont être indexée sur les prix et non sur les salaires : dans le public depuis longtemps les salaires augmentent moins que les prix mais dans le privé c’était l’inverse. Une autre preuve de la marginalisation des salaires. En clair, la question n’est pas celle de la baisse de la consommation mais celle de la baisse de la consommation pour qui ? Notons en passant que nous sommes déjà prisonniers : quand le logement est loin du travail comment réduire sa consommation d’automobile ?

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:24

Jeudi 12 juin : Assemblée générale finale

«Il faut que le dialogue engagé se poursuive, s’approfondisse et s’amplifie... » Jacques Chirac à Toulouse

 

1 ) Suite à l’AG d’aujourd’hui je souhaite d’abord écrire mon admiration pour le travail accompli par le collectif de grève des enseignants de Tarn et Garonne. Il a permis de dépasser des clivages traditionnels en réunissant des AG qui n’eurent pas leur équivalent dans bien des endroits. Il distribua largement la parole et tenta de faire circuler l’information (je vais revenir sur ce point en conclusion).

 

2 ) Une intervention fait observer la faible présence de grévistes parmi les personnes chargées de surveiller le bac à Bourdelle. Alors quelqu’un répond aussitôt : « c’est pas étonnant puisque d’un côté il fallait assurer la tenue du bac et de l’autre on pouvait se mettre en grève, c’était contradictoire ! ». A cet argument de bon sens, la réplique est connue : « la majorité des enseignants souhaitait faire passer le bac » (dans leur majorité étaient-ils pour la grève ?). A Perpignan toutes les organisations syndicales avaient décidé de bloquer le bac, projet abandonné, après un battage médiatique et l’union sacrée nationale entre les syndicats et le ministère. Pourquoi pénaliser les lycéens de Perpignan si partout ailleurs on se résigne à faire passer le bac ! A épreuve nationale, il ne pouvait y avoir qu’une riposte nationale qui n’est pas venue !

 

3 ) J’entends l’autre réponse : mais il n’y a pas eu union sacrée entre les syndicats et le ministère puisque les syndicats appelaient à la grève ! Bref on n’en sortira pas et encore moins en disant que tout n’est pas fini, qu’il reste le blocage des notes … Un autre intervenant a dit qu’il allait reprendre lundi en espérant gagner par d’autres moyens. J’ai entendu l’appel à une action le 14 juillet et les grands rendez-vous de la rentrée. Je maintiens que le report du bac n’ayant pas eu lieu, le brevet ne peut que se passer dans de bonnes conditions et qu’en conséquence, les signataires de la fin de la grève sont mal placés pour reprocher aux autres d’être la cause de la démobilisation. Un appel national interprofessionnel sur la question aurait changé la face de l’histoire et libéré des énergies nouvelles. Nous verrons la prochaine fois !

 

4 ) Pour le moment j’affirme que ce qui n’a pas été gagné avant le bac ne le sera pas après. Quant à rester mobilisé, n’organisons pas la confusion entre l’action syndicale quotidienne et les grands mouvements sociaux. Sauf à croire que l’histoire est chamboulée, un grand mouvement comme celui que nous avons connu ne se répétera pas demain. D’autant que nous avons pris une baffe qui suppose de repenser toute la stratégie.

 

5 ) J’ai choqué quelques personnes en expliquant le sens de cette baffe. Peut-être étais-je le seul à avoir envie de parler des résultats de « la rencontre » des syndicats et du ministère. J’ai essayé d’expliquer mon analyse, après avoir entendu un responsable syndical affirmer à plusieurs reprises : « nous avons gagné » « nous avons gagné ». Si je n’avais rien dit, le sujet aurait été traité en question diverse. Nous avons gagné l’estime des parents, la bataille d’idée, et que sais-je encore … Je ne doute pas de l’avancée des consciences manifestée par la réunion avec de Sélys, mais un mouvement syndical se juge sur du concret. En disant que nous avons pris une baffe aujourd’hui je ne présage pas de l’avenir et des mérites que la baffe nous apportera, je fais uniquement le cruel constat du présent.

 

6 ) J’ai pris l’exemple des 80 millions d’euros donnés pour les assistants d’éducation afin de valider un statut que nous rejetons ! N’est-ce pas génial de la part du gouvernement ? Je le dis avec tristesse, j’ai honte de n’avoir entendu personne dire sa colère contre une mesure offerte, qui n’a pas été demandée. Et cette baffe, je peux la détailler : c’est le cadeau au secteur du premier degré. Les assistants d’éducation sont au moins de droit public et non de droit privé comme les aides-éducateurs. Revenons à nos moutons.

7 ) Et si les médias nous comprenaient mal ? Et s’il suffisait d’expliquer l’AGCS pour emporter la conviction ? L’AGCS est une chose, le statut des contractuels une autre, relativise un contractuel. Quelqu’un indique : en septembre la loi sur les retraites sera passée, or comment revenir sur une loi que l’on n’a pas su empêcher ? Ne pas avoir convaincu plus de monde que la loi sur les retraites est la régression sociale la plus grave depuis 1945, n’est-ce pas avoir raté le combat contre l’AGCS ? Les mauvais coups de la décentralisation n’étaient-ils pas là pour faire passer le cœur de l’entreprise de démolition, les retraites ? Je me le répète à moi-même, la stratégie du libéralisme, c’est d’individualiser chacun pour tuer tout combat collectif, et les retraites, c’était le dernier moyen d’unir tout le monde. Peut-être restera t-il encore la sécu ? Sauf qu’après une défaite sur les retraites, remonter le ressort sera dur.

 

8 ) L’AGCS concerne tout le monde seulement par ses traductions concrètes.  Je le regrette, mais le recul sur les maternelles n’est en rien lié aux lois de décentralisation. Il était antérieur et se développera en sa marge. Il s’agit cependant d’une conséquence concrète de l’AGCS : peut-on gagner sur un élément sans mettre par terre l’édifice ? A présent, il est presque impossible de gagner sur les plus petits éléments alors l’édifice .... Pire : quand on gagne c’est un cadeau empoisonné qui se retourne contre nous comme 80 millions d’euros pour les assistants d’éducation …

 

9 ) Je suis donc un défaitiste, quelqu’un qui appelle à baisser les bras, une mauvaise conscience. J’ai déjà entendu ce reproche, d’où mon incapacité à jouer un rôle parmi les dirigeants syndicaux. Un dirigeant authentique, pour encourager les troupes, doit toujours dire : « on a gagné ». Or, la lucidité est l’indispensable élément de la combativité sauf à prendre les gens pour des imbéciles. Et je le répéterai aussi souvent qu’il le faudra : depuis les années 80 le mouvement syndical prend des gifles, et si en 1995 il y eut un sursaut, nous le devons à la surprise qu’il créa. En 2003 la CGT voulant éviter toute surprise, programma une manif nationale un mois à l’avance, une grève reconductible un mois à l’avance etc… et chacun mesure le résultat. Le 13 mai à la RATP un mouvement très dur débuta ; la CGT expliqua qu’à l’ordre du jour il y avait la manif du 25 et renvoya la grève à plus tard, si bien que le gouvernement manoeuvra en attendant le 3 juin et, ce jour-là, la CGT se trouva seule dans la lutte … La CFDT risque de pouvoir se féliciter de sa signature si elle est le seul élément « positif » de la lutte.

 

10 ) J’ai écouté beaucoup de bonnes choses dans les débats et par exemple qu’on pouvait voter la reconduction de la grève sans être en grève. Je crois que c’est là un concept propre au syndicalisme enseignant. Donc la grève a été reconduite tout en sachant qu’elle serait peu suivie. Par chance, une journée «forte» a été décidée par les organisations syndicales pour jeudi 19. Allez, tout n’est pas perdu. Pour répondre aux incantations du genre « la mobilisation progresse » j’ai osé dire une vérité dans les débats : le 13 mai à Montauban il y avait 6000 personnes, puis 3000 le 3 juin et 1000 le 10 juin. Connaître les réalités sert à combattre cette réalité. A mes yeux, tout n’est pas perdu, puisque de toute façon, c’est le chemin qui importe plus que l’arrivée. Je précise qu’en AG je me suis toujours abstenu sur le vote en faveur de la reconduction de la grève car, à chaque fois, il aurait dû être suivi, au minimum, d’un vote indiquant ceux qui faisaient grève.

 

11 ) Le responsable de l’UNSA osa dire : « Maintenant que d’autres se mettent en grève, ce n’est pas nous qui allons reprendre ! » Quelle énorme combativité ! Ce qui m’incite à dire un mot sur l’expression : «qui a attendu qui ?» J’ai souhaité que le 13 mai soit le point de départ d’une généralisation de la grève comme seul moyen de gagner. J’ai souhaité que les enseignants se mobilisent en ce sens mais beaucoup eurent peur que « leur » grève ne leur soit volé par l’interprofession. Au total, la baffe est grave ! Les enseignants n’ont attendu personne et c’est sans doute le tort qu’ils devaient payer.

 

12 ) Deux personnes dirent qu’il fallait organiser des débats sur les retraites avec autant d’énergie que nous l’avons fait sur la décentralisation. Dans le même temps un autre collègue est revenu sur l’idée que le combat sur les retraites a parasité « notre » grève. Aux deux approches du sujet, j’ai envie de répondre : « ne tombez pas dans le panneau consistant à dire qu’un instit de 60 ans est trop vieux pour travailler. La question à débattre est la suivante : le développement de notre société permet-t-il aux créateurs des richesses de bénéficier de temps libre ? La retraite est un droit comme les congés payés et les 35 heures et je crie contre l’expression « avantage acquis ». Je lis les journaux mexicains et les plus progressistes suivent notre combat en se disant qu’une victoire serait bonne pour tous les salariés de la planète. Gagner des droits, merde, c’est pas vieux jeu !

 

13 ) J’aurais voulu rester jusqu’à la fin pour discuter de la lettre envoyée par la MGEN pour annoncer que les retraites baissant, il fallait se précipiter vers sa retraite complémentaire et non vers Préfon. Les « démocrates » de la capitalisation sont à l’avant-garde. Ils sont bien placés pour savoir que la bataille est perdue. Mais pas la guerre, à condition de tirer TOUS les enseignements de cette action exceptionnelle. Mes réflexions, écrites au jour le jour, et que j’arrête avec ce dernier journal, seront à la disposition de qui voudra s’en saisir pour apprendre le défaitisme. A la rentrée je serai encore sur la brèche et si je passe à l’école de Sapiac, nous pourrons, avec un collègue, reprendre la discussion d’avril quand je lui disais : « en mai, c’est sûr, il y aura un grand mouvement chez les enseignants mais si on est seul, on prendra une baffe ». Si on ne construit pas un autre type d’organisation syndicale, il faudra dire merci, à chaque baffe reçue ! Je prépare un livre qui s’appellera : « L’instit sera maître-décor ».

 

14 ) D’où mon retour sur le Collectif de grève. En 1986-1987 une grande lutte chez les instits a permis le retrait pur et simple du projet de « maîtres-directeurs ». Là, il n’y avait pas photo, il y eut victoire. Elle fut le résultat d’une compétition entre le SNI-PEGC et les Coordinations. Après la fin de la grève, que pouvait devenir la coordination ? Pour ne pas disparaître elle constitua un groupe le SAMU (Syndicalisme autogestionnaire, mouvement unitaire) et un journal le Gyrophare. Mon défaitisme légendaire trouva à s’employer pour faire vivre cette anomalie. Or, ce groupe fut un précurseur, puisqu’il rassembla des membres de deux tendances Unité et Action et Ecole Emancipée avec des non syndiqués, qui furent en partie à l’origine de la création du SNUipp. Aujourd’hui quelqu’un posa tranquillement la question : comment assurer la pérennité du collectif ? La façon d’entendre cette question fut révélatrice : « mais l’heure n’est pas à la reprise du travail ! ». Je ne suis pas intervenu car je me donne comme règle de n’intervenir qu’une fois, mais j’en profite ici pour indiquer que je suis pour que le collectif se constitue en association, avec cotisations, comme seul moyen de son indispensable continuité, pour ne pas perdre le bien commun qui a été gagné. Bien sûr, les organisations syndicales ayant pignon sur rue peuvent y voir une concurrence. Puis-je noter une observation encore déplaisante ? Je ne vois plus trop la différence entre l’UNSA et la FSU qui pourtant cinq mois avant s’envoyaient des petites phrases assassines chez les instits, élection professionnelle oblige. Je ne vois plus trop les différences entre le SGEN et le SNES sauf que les logiques d’appareils vont reprendre le dessus. Avec des moyens minimum le collectif de grève a vérifié qu’il pouvait remuer des montagnes, que les clivages n’étaient pas entre sigles mais au sein de chaque organisation et cet apprentissage devrait bénéficier à tous. Et je rêve encore à la mise au point d’un journal authentique regroupant l’essentiel du mouvement syndical pour toucher régulièrement les citoyens. Rappelons au collectif de grève que la FSU en Tarn-et-Garonne doit rassembler environ 500 personnes, que l’UNSA doit avoir autant de syndiqués vu sa présence plus forte chez les ATOSS, rappelons que le mouvement syndical ce n’est pas rien et sa presse reste du genre « circulaire ». Pourquoi parler des médias si nous ne sommes pas capables d’avoir le nôtre ? Gérard de Sélys l’a dit d’une phrase : les médias sont au service des entreprises. Les marges de manoeuvre, à France 3 par exemple, sont microscopiques.

 

15 ) En relisant ce travail, je vérifierai une fois de plus que j’aurais dû me taire. Avec mon inspectrice aussi quand elle me fit observer :

- Pourquoi vous avez trente minutes de récréation matin et soir, sur votre emploi du temps ?

- Je sais que les instructions disent, quinze minutes, mais comme je considère que c’est insuffisant je marque trente minutes, le temps de récré qui, d’ailleurs, se prend partout. Mon emploi du temps c’est pour indiquer la réalité de ma journée.

- Je suis là pour vous rappeler les instructions et non pour juger des coutumes des uns et des autres.

- A chacun son rôle. Le mien ne me fera pas changer mes bonnes habitudes.

Nous vivons l’ère de l’hypocrisie qui fut pendant longtemps un comportement individuel mais qui est devenue une façon d’être. Dans les écoles pour les maîtres du monde à l’envers (le nôtre où le vol est plus honoré que l’honnêteté), les cours de racisme côtoient les leçons d’hypocrisie. Si bien que l’article un du projet sur les retraites indique que la loi va sauver le régime de répartition alors que dans les faits c’est son assassinat. Cette hypocrisie a pour nom savant « le double langage ». Le mouvement de grève de 2003 nous aura démontré que bien des directions syndicales sont passées dans le même camp, celui du « double langage ».

 

16 ) J’apprends qu’aujourd’hui des enseignants ont bloqué, à l’Inspection académique, la commission d’appel destinée à se prononcer sur les décisions des conseils de classe de seconde. Une participante était satisfaite de ce résultat sauf qu’en fait rien n’a été bloqué ! Allons-y pour une dernière explication de texte. Après les conseils de classe des parents peuvent contester une orientation devant une commission d’appel. Ceux de cette année se sont déroulés sans les professeurs principaux ! Voilà déjà une façon de se foutre de la gueule des enseignants. Cette commission d’appel perturbée s’est tenue ensuite sans les enseignants. Voilà encore une façon de se foutre de leur gueule. De toute façon, je le constate en Primaire, les commissions donnent le plus souvent satisfaction aux parents, si bien que des enseignants préfèrent envoyer automatiquement les enfants dans la classe supérieure et basta. Tout le monde est content : les parents, les enfants et l’administration qui, parmi les statistiques sacrées qui trônent sur ses étagères, observe à la loupe celle du pourcentage de redoublement. En matière de statistiques, je me souviens de l’I.A. indiquant qu’à son arrivée en Tarn-et-Garonne les résultats du brevet étant plus bas que la moyenne, il prit des mesures et, suite à ses instructions, un miracle : en un an ou deux ces chiffres augmentèrent ! Chapeau monsieur l’I.A. et gloire à l’hypocrisie de notre système.

 

17 ) Aujourd’hui Georges Coulonges est décédé. Si j’avais eu besoin d’un prétexte, quelle belle occasion pour arrêter ce journal de la grève ! Voici trois ans exactement, j’étais à ses côtés à Montauban, où une école porte déjà son nom, pour parler de laïcité (j’avais choisi de confronter cette notion avec la mondialisation). J’ai admiré sa façon de parler aux jeunes qui composaient l’assistance, son humanisme, sa culture populaire, sa franchise et son style. Fils d’une enseignante et d’un cheminot, il traduit à mes yeux le dynamisme du service public dans ses heures de gloire (ses parents étaient communistes). Il arriva à la culture par l’écriture de chansons et Libération titre très justement sur le parolier de « Potemkine ». Il écrira ensuite des romans, travaillera pour la télé et suivra sa route originale. Cette mort brutale ajoute à ma peine du jour.

La lutte continuera et si j’ai repris le travail, une nouvelle grève interprofessionnelle jeudi me renverra dans les cortèges. Sans illusion ! Pour ce journal, j’ai déjà assez radoté. D’autres projets m’attendent. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:19

Mardi 10 juin 2003 : La gifle mémorable

«Nous avons enfin avancé ». Gérard Aschieri FSU

 

1 ) Je commence par la fin de la journée, donc par le texte que le ministère a donné aux syndicats, et que je viens de trouver sur le site du SNUipp. Tout est ficelé à merveille et je pense aux miettes offertes à la CFDT sur les retraites. Cette fois, sans la signature syndicale, nous apprenons cependant que le nouvel appel à la grève de jeudi ne doit pas « nuire au déroulement du bac ». En conséquence comment faire plier le gouvernement ?

 

2 ) La journée a démontré en Tarn-et-Garonne une nouvelle baisse de la mobilisation. Les points les plus chauds, Toulon, Marseille, Perpignan, Toulouse restent très actifs. Que peut-il se passer jeudi ? Soit on considère que le gouvernement avance dans le bon sens et les grévistes de jeudi se tiennent loin du bac, soit on considère qu’il se fout du monde et alors la machine est bloquée. J’espère que la machine sera bloquée dans des dizaines d’endroits.

 

3 ) Le débat sur les retraites commence à prendre de l’ampleur, et la conscience gagne du terrain si bien qu’à la table ronde, le gouvernement a lâché également quelques points sur ce dossier (presque rien sur ce point, dans les médias ). Il s’agit d’amendements de la droite à l’Assemblée qui concernent la CPA (Cessation progressive d’activité), les avantages familiaux (pour les enfants) et le rachat des années d’études. Des miettes au bénéfice de tous les fonctionnaires.

 

4 ) Et le déblocage de 80 millions d’euros pour « faciliter la mise en place des assistants d’éducation dans le premier degré et assurer au mieux les activités pédagogiques et les actions de formation » (formule du gouvernement) ?. Me faut-il rappeler la fonction des assistants d’éducation ? « Surveillance des élèves et aide à l’accueil et à l’intégration scolaires des élèves handicapés » (texte de la loi). Certains médias traduisent par : remplacement des aides-éducateurs or c’est tout différent. Je suis favorable à l’effort en faveur de l’intégration mais sur le plan comptable il n’y a aucune reculade du gouvernement : l’intégration du handicap à l’école induit une économie du prix de journée pour l’enfant en institution spécialisée. Ma sœur travaille en CAT (centre d’Aide par le Travail) donc avec les adultes, et elle m’explique le fonctionnement dans ce secteur similaire à celui des IME etc. Une vision globale s’impose.

 

5 ) Dans ce mouvement, il aurait fallu une vision globale du rapport entre Premier et Second degré. Aux AG départementales la rencontre s’est faite et c’en fut un des aspects les plus géniaux (mais en l’absence, le plus souvent, du personnel non-enseignant). Pour moi, la privatisation du second degré a comme vecteur la décentralisation alors que celle du premier degré passe par une « centralisation ». Je m’explique : de plus en plus les fonctions des Inspections Académiques sont transférées aux Rectorats (je peux donner dix exemples avec leurs conséquences très néfastes pour l’école) et les fonctions des communes aux intercommunalités. Cet aspect du problème s’inscrit dans une « secondarisation » du premier degré pour arriver à des groupes scolaires de 12 classes minimum avec un directeur-principal et sous la coupe des intercommunalités. Notre seigneur local, l’inconnu Baylet, a déjà enlevé aux communes la compétence sur les bâtiments scolaires. L’action majeure de l’intercommunalité c’est le développement du secteur « petite enfance » pour ainsi justifier la déscolarisation des 2-3 ans (et ouvrir la voie à la prise en charge de tout le dossier scolaire). Je peux préciser que la loi de décentralisation ne contient pas une ligne sur le premier degré sauf un dernier chapitre préparant la mise en condition des intercommunalités à la gestion des écoles primaires.

 

6 ) Il me faudra étudier tout ça plus tard mais, je maintiens pour aujourd’hui : les miettes octroyées viennent de la peur du blocage du bac. Si « le recul » avait eu lieu le 10 mai mon appréciation aurait été un peu différente. La grève nous aura appris que les autorités n’en ont rien à foutre du fonctionnement du système : grève, maladie, stage etc. s’il y a des absents, vogue la galère. Nous aurons plus tard à prendre en compte également cette donnée. Si le mouvement avait débuté une semaine avant le bac, les mêmes miettes seraient tombées d’elles-mêmes.

 

7 ) Ceci étant, la journée à Montauban a commencé, suite à la lecture du journal de la grève, par l’A.G. au Collège Ingres, où nous avons fait le détour, avec Marie-France, et découvert l’ambiance du lieu. « Moi, maintenant, je vais faire cours aux troisièmes car, moi, j’ai une conscience » déclare sèchement une enseignante qui remet en cause l’assemblée générale. Encore un point à traiter, la conscience ! En fait ce n’était pas une A.G. générale.

 

8 ) Passage au Collectif de grève toujours mobilisé, toujours actif et toujours plein d’initiatives. Nous apprenons que la prochaine A.G. aura lieu jeudi, après la première journée du bac. La discussion risque d’être animée mais pour le moment la journée est chargée.

 

9 ) Après le repas et quelques courses, la manif en voiture qui a quelques avantages : susciter un blocage sur la rocade, mais un énorme désavantage, propre à l’usage de la voiture, chacun est enfermé avec lui-même. Il faut peut-être varier les formes d’action pour être efficace mais celle-ci ne me convient pas. J’ai la sensation surtout qu’il y a moins de monde que le 3 juin.

 

10 ) Au total nous nous retrouvons sur le parking d’Eurythmie pour l’assemblée générale qui propose une imposante liste d’actions or la question que j’aurais voulu entendre est la suivante : qui est en grève demain ? On va bloquer un centre de tri mais qui est en grève à la poste ? Qui est en grève à l’EDF ? Je sais très bien que l’intersyndicale (sauf SUD Rail) tenta de susciter le report de la grève à la SNCF du 4 juin au 10 juin et y arriva dans quelques endroits. Manif la nuit, manif à Toulouse pour la venue de Chirac, manif devant le théâtre, manif, manif mais avec qui ? Pour moi, vu la participation à Montauban, la lutte est sur la voie de garage. Dans les discussions on entend « FO appelle à la grève générale » et c’est justement le syndicat le plus absent sur l’AG d’aujourd’hui ! Peut-être cette grève générale se fera en petit comité !

 

11 ) Il existe des points de révolte où il n’est pas question de ranger les banderoles, cependant les vacances approchent, et après le bac, pour les enseignants, les carottes seront cuites. Il restera au gouvernement un petit jeu : application stricte de la loi pour le retrait des jours de grèves ou pas (200 000 grévistes à 100 euros par jour en moyenne et pendant 4 jours ça fait 80 millions d’euros !).

 

12 ) Pour mon information, j’ai suivi quelques instants l’A.G. des PTT organisée à Montauban, avant la manif, par les trois syndicats les plus importants (SUD-CGT-FO). C’était dans le hall de la Maison du Peuple et j’ai pu vérifier la faiblesse de la mobilisation. Or je comptais beaucoup sur ce secteur en lutte qui, comme les instits, quadrille le pays. Nous ne sommes plus en 1995 : la précarité et la concurrence du privé mettent au pas les révoltés.

 

12 ) Pour ne pas m’ennuyer, j’ai fini la soirée par une autre réunion, avant de rentrer chez moi pour rédiger cette page de journal. Demain l’action continue. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 13:21

Lundi 2 juin 2003 : Assemblée générale

                

1 ) L’Assemblée générale s’est tenue suite à la double décision du gouvernement concernant la loi de décentralisation. D’une part, le projet de loi ne sera pas devant le Parlement avant la rentrée, et je vois mal comment il aurait pu l’ajouter à son programme déjà chargé avec la loi sur les retraites. D’autre part, dans cette loi, rien n’est tabou, la discussion peut tout changer. Ce mensonge s’ajoute à tant d’autres !

 

2 ) Faut-il répéter que dans cette loi de décentralisation la dimension « éducation et culture » est très limi-tée ? Pour vous amuser je rappelle le titre du premier chapitre : « développement et aides aux entreprises ». Ce point aussi peut se modifier ?

 

3 ) En fait Sarkozy est prêt, mardi prochain, à lâcher un morceau plus ou moins important à partir du moment où le train des retraites est prioritaire. Pour la décentralisation, ce qu’il chassera par la porte entrera par la fenêtre ; nous avons l’habitude. J’ai noté la très juste remarque d’une collègue indiquant que des personnels Education nationale sont prêts à baisser les bras, considérant depuis le début que la « bataille des retraites » est secondaire, il faudrait un effort d’information sur le sujet ! Il lui fut répondu aussitôt que cet effort avait été fait.

 

4 ) Au mois de janvier le SNUipp82 sur les retraites, mais je prétends que depuis le 6 mai, l’info sur la réalité de la loi Fillon a été essentiellement repoussée dans le brouillard. Dire non aux fonds de pension, dire que la décentralisation et les retraites c’était le même choix de société, mais pourquoi dire aux parents : « Non, on ne parle pas des retraites ! ». A qui laisser ce travail d’information ? Certains me diront que la télé en a parlé plus que de la décentralisation. On y a évoqué le mouvement mais pas la loi. Voilà pourquoi je découvre encore tous les jours des personnes qui croient que la loi Fillon se réduit à un alignement du public sur le privé alors que ce point est totalement faux.

5 ) Dernièrement sur internet un collègue qui explique qu’il a trouvé la preuve que 37,5 annuités pour tous c’est possible financièrement, je demande si l’argumentaire a circulé dans nos tracts, dans nos discussions ? Au Lycée Jean de Prades un prof d’économie a proposé un exposé génial sur le sujet qu’il a aimablement diffusé par photocop : qui l’a invité à répéter cet exposé devant des parents- citoyens qui vont tomber sous le coup de la loi, comme leurs enfants d’ailleurs ? (Note du 30 juin : en fin de mouvement, il fut invité dans plusieurs débats !).

 

6 ) J’ai noté qu’en réaction aux communiqué de presse des syndicats il a été demandé de diffuser la plate-forme votée en assemblée générale. Je connais un seul tract qui l’ait reprise, et des personnes qui le distribuèrent craignaient de se faire sermonner sur le marché, pour oser demander les 37,5 annuités pour TOUS.

 

7 ) Nous allons faire les frais d’un slogan syndical répété sans fin : pour garder les parents avec nous, ne touchons pas aux examens ! Une autre collègue a eu la question simple : « Je suis en lycée, si je fais passer le bac, comment je poursuis la mobilisation à laquelle on m’appelle ? » Le Lycée se vide et il reste la participation aux manifs et la distribution de tracts en laissant sur le côté l’arme décisive ! Une proposition a été tentée : demander aux assemblées générales de la quinzaine d’établissements du 82 de répondre à ce type de question : « si la majorité des établissements du département veut retarder les examens quelle serait votre position ? » A suivre.

 

8 ) Nous sommes aujourd’hui au carrefour du conflit. Il reste une dizaine de jours pour faire plier le gouvernement car ensuite les vacances seront là pour démobiliser tout le monde. Si le bac se passe assez bien, le brevet des collèges suivra, et étape par étape chacun se retrouvera seul. En 2003-2004, nous aurons vu les pions se lancer dans une grève dure puis la loi des assistants d’éducation est passée ; nous avons vu les personnels de l’Education nationale se lancer dans une grève dure mais ils risquent d’arriver à épuisement au moment où commence une troisième grève dure ! Personnellement, je n’ai jamais appelé à attendre qui que ce soit, pour lancer la grève, j’ai simplement souhaité que les calendriers se recoupent pour éviter de perdre en ordre dispersé (c’est exactement mon intervention de la première AG du 6 mai). Au lendemain du 13 mai nous avons vu la RATP se mobiliser d’un bloc pour poursuivre la grève. Des responsables syndicaux ont expliqué que pour le moment l’heure était à l’organisation de la manif du 25 et la grève dura 2 jours. Aussitôt le gouvernement lança sa contre-attaque en conséquence, aujourd’hui, un seul syndicat de la RATP se mobilise ! Le 30 juin nous saurons si la stratégie adoptée était la bonne. Pour le moment, je sens l’épuisement chez les enseignants. Depuis le 6 mai, pour des raisons spécifiques, j’ai travaillé 4 jours aussi il me reste de l’énergie mais à la condition que la grève se généralise. Je me souviens très bien, en décembre 1995, un ami cheminot me disait : « Si la grève ne se généralise pas, dans les deux ou trois jours, c’est l’épuisement chez nous ! » J’ai répondu que j’étais incapable de savoir si oui ou non, les enseignants allaient démarrer. Puis, conscient qu’auparavant les étudiants s’étaient battus seuls, le mouvement se généralisa, et en dix jours, Juppé lâcha un morceau en gardant la bombe à retardement dans ses guenilles : l’écart maintenu entre le privé et le public.

 

9 ) Plusieurs intervenants de l’assemblée générale observèrent que si on ne marque pas des points après une telle lutte, alors nous prendrons une gifle pour longtemps. Un collègue a eu la juste comparaison : « C’est comme quand Thatcher a brisé la grande grève des mineurs des années 80. Ce fut une victoire historique ». C’est en effet en ces termes qu’il faut se poser la question des examens, qu’il faut réfléchir à la radicalisation de l’action. A Toulouse le mouvement a envisagé un blocage des entrées de la ville. Cette action me paraît très difficile à réaliser, mais pour ne pas tomber dans le piège de Raffarin qui joue la montre c’est un effort à tenter.

 

11 ) Ma proposition fut plus modeste : des manifs plus régulières ! Le 13 mai une manif monstre avait traversé Montauban. Il aura fallu attendre le 3 juin pour en espérer une autre du même type. Entre les deux, bien d’autres actions utiles eurent lieu, mais pourquoi cet écart de temps ? D’ailleurs la manif du 3 a été annoncé très tardivement. Pourquoi l’annonce publique n’eut pas lieu dès le vendredi 31 mai ou même avant puisque la grève du 3 était connue depuis longtemps ?

On me rappela la manif interprofessionnelle devant le siège du MEDEF qui fut un échec. J’y ai participé un moment et je félicite ceux qui l’organisèrent mais pourquoi cette manif le mercredi et non la veille, jour de la grève ? J’ai pu goûter ainsi aux joies de la manif monstre de Toulouse mais j’aurais préféré être devant le MEDEF à Montauban. Les résultats d’une manif se jugent en lien avec sa préparation. Par exemple l’assemblée d’aujourd’hui des enseignants, je l’ai apprise seulement à 15 h grâce à des collègues instits qui firent l’effort d’aller dans les écoles, pour diffuser l’information. Dans ces conditions, constater une centaine de présents c’est bien.

 

12 ) Pour conclure, j’ai la douleur de vous annoncer à nouveau le décès de Quilca Cruz. Son nom n’aura jamais les honneurs de nos médias de merde. Il voulait devenir maître d’école mais au Pérou les enseignants sont en grève reconductible depuis quinze jours, ils ont entraîné dans la lutte les paysans qui provoquèrent des barrages de route, l’armée a été appelée à la rescousse, elle a tiré et le jeune Quilca Cruz est tombé sous les balles infâmes à Puno. Ce détour par l’étranger me ramène en 1995 quand beaucoup pensèrent à la grandeur du mouvement social français sans voir que l’Espagne connaissait presque le même ! Ah ! si nous pouvions avoir en continu une chaîne télé évoquant les manifestations du monde entier !

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 13:20

Dimanche 1er juin 2003: Le projet de décentralisation

 

1 ) Je pensais prendre le week-end de repos mais la loi de décentralisation m’arrive sur l’ordinateur donc je me précipite pour l’étudier un brin.

 

2 ) Première surprise, l’Education n’en est qu’un aspect relativement minable et pour qui ne l’aurait pas compris, le premier chapitre est clair : Le développement économique et l’aide aux entreprises. Rien n’aura jamais été aussi précieux que l’aide aux entreprises !

 

3 ) Un chapitre sur la formation professionnelle qui n’est pas dans celui sur l’Education. Ce fut le premier élément décentralisé dès les années 80 et je me souviens qu’à l’époque le débat fut sévère au sein de la gauche, sur ce point. On parle trop peu de la formation professionnelle et du bilan de sa décentralisation. Quelqu’un qui s’y connaissait me déclara seulement:

« c’est un fromage ! ».

 

4 ) La question du tourisme est géniale car elle autorise la multiplication des péages ! Mais rassurez-vous sur une route à péage il ne sera pas possible d’instaurer un autre péage.

 

5 ) Bien d’autres questions apparaissent comme les fonds structurels européens et les plans départementaux d’élimination des déchets. Avec naturellement les questions de la santé ! Plus que jamais l’action sociale et médico-sociale doit être sous la coupe des départements. J’observe que les médecins scolaires ne se battent que pour leur statut et non pour le maintien de tout ce secteur social sous la coupe de l’Etat (c’est vrai il y a déjà tant qui a été fait sur ce point dans le silence général !).

 

6 ) Ne disons rien de tous ces dossiers pour en arriver à l’article 50 qui ouvre le chapitre sur l’Education (15 articles sur 124). Mise en place d’une nouvelle institution : le Conseil territorial de l’Education avec des représentants de l’Etat, des régions, des départements et des communes. Très politique l’institution.

 

7 ) Pour lire la suite il faudrait avoir en main le code de l’Education mais notons simplement qu’un chapitre vise à renforcer l’autonomie des établissements publics d’éducation. Ce point introduit le droit à une expérimentation de 5 ans pour certains établissements dont on espère qu’ils vont se gérer comme une entreprise.

 

8 ) L’article 57 indique « Le département a la charge de la médecine scolaire » avec précision de son rôle qui semble inchangé.

 

9 ) L’article 58 indique : « le département a la charge du service social en faveur des élèves ». Alors que certains pensaient que nous assistions à la fin de la structure départementale, elle est ici renforcée à jamais.

 

10 ) L’article 59 concerne le passage des ATOSS à la charge des régions avec les transferts de l’Etat qui s’en suivent, et l’article suivant évoque la création du conseil de l’orientation sous la responsabilité des régions.

 

11 ) Il faut attendre l’article 63 pour voir apparaître l’école primaire. «Lorsque les dépenses de fonctionnement des écoles publiques ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunale (EPCI), le périmètre de cet établissement est assimilé, pour l’application du présent article, au territoire de la commune d’accueil ». Vous suivez ? Avec le mot école primaire va apparaître de plus en plus souvent le sigle EPCI qui est la communauté des communes. En TetG, pour le moment, seule celle des Deux Rives a pris en charge les bâtiments scolaires. Elle a aussi en charge les intervenants scolaires en musique par exemple. Mais pas les dépenses de fonctionnement. Un dossier à suivre, en lien avec les regroupements d’écoles que le gouvernement Jospin tenta d’imposer, et que Ferry est en train de relancer. Ce dossier est souvent ignoré par les syndicats : j’ai pu le vérifier quand j’ai demandé au SNUipp82 et au SE82 d’apporter leur contribution au débat par rapport au cas de la Communauté des Deux Rives : les réponses furent tardives.

 

12 ) D’où la conclusion que je vais me permettre pour aujourd’hui : il faut se reporter à la dernière partie de la loi : l’intercommunalité. Elle commence à l’article 118 mais aussi à l’article 104 pour les EPCI. Très difficile d’y comprendre quelque chose.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article
18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 17:51

Jeudi 15 mai : Voyage à Rodez

 

1 ) En guise de réveil, la radio annonce la persistance des grèves d’enseignants accompagnées d’autres plus dramatiques, les grèves des transports. Pour qui l’aurait oublié, l’économie commande ! Une perte de chiffre d’affaires sur une journée, c’est une catastrophe. Dans une autre société, ça pourrait au contraire être la joie d’une moment sans travail !

 

2 ) Etant un des grévistes, je pars vers Rodez participer au comité d’accueil prévu pour Luc Ferry, pendant que ma compagne ira discuter avec les collègues de son lycée occupé. Voyage agréable qui me fait rencontrer à Rodez, un ami du Tarn avec qui nous partons en quête d’un sandwich.

 

3 ) Le rassemblement est coloré et le pique-nique donne un air de convivialité. Toujours l’occasion de discussions fructueuses car le temps de grève c’est comme un temps gagné deux fois : des heures en moins données au travail, et des heures en plus données au plaisir de la vie. Mais, c’est vrai, il y a un coût !

 

4 ) La manif s’engage vers la cathédrale de Rodez. Là les organisateurs veulent faire allonger tout le monde sur la place mais sans succès. Devant, des manifestants tarnais venus en vélo donnent un rythme rapide. Les banderoles artisanales ou professionnelles flottent très nombreuses devant le lieu ultime de la manif, la mairie, où arrive Luc Ferry. La télé montre ce qu’elle veut (et parfois mieux que le témoin) tandis que moi j’observe ce qui me chante. Les enfants aiment beaucoup le dessin que je promène.

 

5 ) Le critère d’observation c’est le nombre et la détermination. La chorale du Tarn-et-Garonne se distingue par ses chansons bien rodées. La manif devient comme une habitude, comme une façon d’exister, mais il me faut déjà rentrer car une autre réunion m’attend à Montauban.

 

6 ) Après la réunion du journal Point Gauche ! avec ma compagne nous devions aller à un débat sur l’Algérie mais, elle m’informe qu’il y a AG des grévistes à Montauban. Heureusement, elle l’avait notée sur Internet car, n’ayant pas fait le voyage en bus à Rodez, je n’en savais rien.

 

7 ) Même à prendre un repas rapide, nous sommes en retard à l’AG réunie dans la salle Sellier archi pleine (à la Maison du Peuple). Ayant participé à toutes les AG,  j’avais juste envie aujourd’hui d’écouter pour connaître la suite du mouvement. Non que je doute un seul instant du résultat : dans une réunion de personnes motivées, le vote sera toujours la reconduction de la grève. Ne confondons pas une AG de cheminots rassemblant TOUT le personnel et où le vote à une autre dimension et les AG de grévistes. Dans un précédent mouvement de grève, je me souviens, de la dernière AG : 25 personnes votèrent la reconduite de la grève. Un vote sans suite.

 

8 ) Deux interventions me réveillèrent un peu. D’abord, celle d’un ami précisant que la question n’est pas l’argent que l’on perd dans la grève, mais de mener la bagarre. Il m’apprend alors que la CFDT vient de signer sur les retraites et il précise que se battre, et avoir des syndicats qui signent par derrière …. Cet instant sera une image à jamais gravée dans ma tête. Un peu comme un éclair. Non que la nouvelle m’ait surpris (je l’ai annoncée dès janvier) mais l’apprendre ainsi !

 

9 ) Puis intervention d’une instit qui, en sachant qu’elle risquait de choquer, indiqua que pour gagner, il fallait insister sur les retraites. Elle précisa même : « Si je fais grève c’est pour les retraites ». Pour elle, faire céder le pouvoir, ça passe par le lien à établir avec les autres professions. Elle voulait connaître la nature des contacts avec les autres confédérations. Son intervention nous fit sortir du débat épineux sur les piquets de grève, pour un débat sur le fond, un débat que j’attendais depuis le début.

Un intervenant, donnant son expérience de la Seine Saint-Denis, indiqua que les dirigeants firent ce que la base demandait. Un autre précisa que dans les rapports avec les parents « il n’était absolument pas question de parler des retraites » et pour mettre tout le monde d’accord il proposa 38,5 pour tous, le public et le privé faisant chacun un effort vers l’autre.

 

10 ) Dans ces conditions j’ai souhaité apporter de l’eau au moulin en indiquant que les questions techniques peuvent se régler dans les collectifs de base et par téléphone, pour permettre en AG, la discussion sur les objectifs généraux. Une grève reconductible suppose des motifs plus précis qu’une grève de 24 h surtout si on veut que, de la base, ils remontent vers le sommet : en Seine-St-Denis c’était un nombre de postes, les toubibs c’était 20 Euros la consultation... Pour nous, ça pourrait être par exemple 37,5 ans pour tous, la réintégration des MI-SE, le rétablissement des emplois-jeunes. Simple cas de figure, l’essentiel étant de se positionner.

 

11 ) Le « président » de séance indiqua que le Collectif de grève avait donné les objectifs. Je traduis de mémoire : la décentralisation, et la défense des retraites ce qui, ajouta-t-il, « dans l’esprit du collectif signifie les 37,5 annuités pour tous ». Je préfère parfois la lettre à l’esprit surtout dans une grève dure. Résultat, la question est renvoyée à une commission et un débat pour le lundi. Quand on évoque des questions de piquet de grève, c’est pas une commission, mais définir les objectifs oui, d’autant que quelqu’un indiqua : « Mais nous savons bien pourquoi nous nous battons ! ». Quelqu’un d’autre précisa qu’on pourrait ajouter l’assurance-maladie, l’emploi etc. Et que des contacts existaient avec les impôts, les hospitaliers et les PTT.

12 ) L’AG fut si riche, même si nous l’avons quitté après le vote sur la reconduction (je me suis abstenu car reconduire, oui, mais jusqu’à l’obtention de quelle satisfaction ?) que je vais dépasser les 12 points ordinaires de ce journal quotidien. Un autre problème a été soulevé visible dans le vocabulaire de ce journal : le collectif de la grève est-il un comité de grève ? Ce collectif que j’ai vu fonctionner une seule fois, pour cause d’emploi du temps, est auto-désigné suivant les disponibilités, et est surtout instit, ce qui peut se lire avec les entêtes d’organisations syndicales pour s’informer : SE et SNUipp. Il devrait plutôt y avoir le sigle FSU. C’est logique car les grévistes des lycées et collèges ont souvent beaucoup à faire sur leur établissement. Ce collectif est différent d’un comité où il pourrait y avoir des représentants de chaque secteur. Un tel comité n’étant pas contradictoire avec son ouverture à ceux qui le souhaitent. Ce collectif a le mérite de convoquer des AG quotidiennes et permet la diffusion d’infos et d’actions.

 

13 ) Ce qui me conduit à une autre intervention d’une prof rappelant que nous étions les plus motivés et qu’il fallait penser aussi aux absents. Vieux débat, celui-ci aussi, auquel la réponse : « les absents ont toujours torts » permet de laisser pour compte leur torts. J’aurai pu ne pas être à cette AG, ne le sachant pas, ayant un enfant à garder, ou des doutes sur son efficacité. L’intervenante évoqua ce problème au sujet des examens : comment ne pas penser à ceux qui vont les faire passer ? J’ai été invité à voter pour ou contre le passage des examens alors que je ne suis pas directement concerné. Et qui plus est, la question ne se posera plus si le 12 juin tout le monde est en classe !

 

14 ) Mais ne soyons pas pessimistes. Et pensons à cette personne qui lança le débat car, à envoyer les convocations pour le bac, elle est directement concernée dès à présent. Dans un tel débat, chacun se trouvant à des places différentes, on est obligé de sortir des sentiers battus. C’est ainsi que l’employée de l’IA indiqua en direction du responsable du SE qu’elle n’apprécia pas qu’il vienne dans la manif  lui demander la disquette du mouvement ! Voilà qu’était enfin expliqué les rapides capacités d’interventions pratiques du SE. Le SNUipp n’osa jamais demander une telle disquette. Mais laissons ces questions pour la suivante plus phénoménale.

 

15 ) Et les parents ? Un débat devient permanent : il faut le soutien des parents pour gagner. Je ne connais pas les parents en général. Je vais donc vous conter une histoire de ma campagne. Un chauffeur de bus de 30 ans environ ramenait les élèves de Beaumont vers Lavit. Après la descente des gamins il découvrit un des fauteuils saccagés. Le lendemain, il déclara, je ne vais démarrer qu’avoir avoir appris le nom du coupable. Au bout d’un moment, des élèves sont venus dire que le coupable était absent. Le chauffeur put en déduire à qui il devrait s’adresser le lendemain. Par avance le coupable est venu s’excuser et le chauffeur lui demanda alors de pouvoir rencontrer ses parents. Le soir même, ils se rencontrèrent et la mère demanda au chauffeur ! « comment avez-vous appris que mon fils était le coupable ? » Le chauffeur répondit : par les autres élèves et alors la mère se tourna vers eux en disant : « Bravo, vous ne savez donc pas qu’il n’est pas beau de dénoncer son copain ? ».

 

16 ) Cette histoire est secondaire pour le sujet qui nous occupe : quelle place pour les parents dans l’école ? Pourquoi faut-il leur répéter, comme je l’ai encore entendu à l’AG : mais nos revendications ne sont pas corporatives ? Pour dire, nous ne demandons rien pour nous. J’ai découvert que quelqu’un pensait que sur les retraites nous nous battions pour NOS retraites. Bref, les confusions sont multiples. Cette question des parents étaient en lien avec la question des examens. J’ai bien aimé l’observation du représentant de Moissac : « On vote quelque chose sans le discuter d’abord ». Bref l’assemblée se détermine en faveur du passage des examens.

 

17 ) Un lycéen est intervenu : il demandait l’aide d’adultes pour un piquet de grève pour le lendemain. Il n’aura pas de réponse.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans la grève de 2003
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche