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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 09:27
de scorbiac

de scorbiac

de scorbiac chante

de scorbiac chante

Pas surprenant si, à la présentation de son roman, à la librairie Deloche, est apparue cette métaphore agricole. D'un côté ce grain qu'il faut semer et de l'autre ces grains qui restent à moudre pour obtenir la précieuse farine.

Oui, comme Olivier de Scorbiac le note "un gain est toujours précédé d'une perte" et on a là le sentiment qu'en fait de roman, la page suivante est un essai de philosophie pratique.

Pour que le grain à moudre devienne plante il doit se défaire de son statut de graine pour celui de plante, qui elle-même meurt pour laisser la récolte qu'il s'agit de moudre.

La mort appelle la vie comme la vie appelle la mort.

Ce qui, sous la plume de l'auteur n'a rien à voir avec le fatalisme que certains retiennent de ce constat. "Il ne faut pas trop se laisser aller, il faut réagir" précise Olivier car "on a tous reçu quelque chose" et il faut transmettre.

"Un gain est toujours précédé d'une perte" répond aussi de belle manière à ceux, plus nombreux que les fatalistes aujourd'hui, pour qui un gain précède toujours un gain car ils sont obsédés par l'accumulation.

Le toujours plus ne mérite par le plaisir plus joyeux du toujours mieux.

Roman, récit, témoignage, le livre est au carrefour de plusieurs désirs de son auteur, le premier étant de rendre hommage à l'agriculteur, au paysan. Agriculteur nommé 37 fois est préféré à paysan nommé 9 fois, l'exploitant agricole n'apparaissant qu'une fois.

Et cet hommage tend vers "le testament" pour son auteur.

Mais pourquoi, lui demande la jeune femme qui l'interroge avec précision, ne pas avoir préféré la chanson qu'il utilise par ailleurs avec talent, en tant qu'auteur-compositeur-interprète ?

La chanson c'est une page, avec le livre on peut en dire plus mais un plus qu'il faut là aussi maitriser. A se laisser aller il pouvait écrire deux fois. Ceci étant, entre les deux arts, il existe un point commun : le désir d'utiliser le mot simple, pour dire des choses profondes.

Et là il va prendre sa guitare pour chanter Pierre Sélos, que je découvre, une chanson dont des passages sont repris en exergue aux chapitres. Je vous invite à cliquer sur son nom pour découvrir son site. Si en Tarn-et-Garonne nous avons un défenseur de Jean Vasca en la personne de Germinal Le Dantec, si je suis un défenseur de Jacques Bertin, voilà qu'il faut ajouter à l'équipe Pierre Sélos.

Son livre comme sa vie d'agriculteur, est donc basé sur les saisons en leur associant des couleurs : la blanche pour le printemps, la rouge pour l'été (les passions, l'épreuve, le travail) ; la bleu pour la sérénité, cette qui l'anime aujourd'hui, et la verte pour l'hiver qui est l'espérance en un autre printemps.

Toujours à des questions simples, Olivier répond avec netteté. Contrairement à ceux qui pensent qu'avant "c'était le bon temps", il s'exclame : "non avant ce n'était pas le bon temps". S'il peut s'émouvoir un instant en voyant une vieille Dauphine (la voiture), le bon temps c'est maintenant.

Se tourner vers le futur n'oblige pas de jeter le passé par la fenêtre aussi son prochain livre pourrait s'appeler : Hommage à un alexandrin. Olivier indique qu'il n'a pas de projet précis pour le moment, qu'il n'a pas écrit un livre pour en écrire un autre mais les réactions qu'il a pu noter doivent agiter ses neurones.

Il a été très satisfait d'une observation venue du public quand une dame urbaine lui fait observer qu'elle a apprécié ce mouvement qui marque le roman et qui va du terre à terre jusqu'aux hauteurs de l'horizon. "C'est exactement ça".

La philosophie prenant le dessus on aurait pu en oublier, dans le débat, les personnages mais Martin et Elise vont être évoqués à leur tour. Martin (j'ai entendu tout d'un coup Lamartine), un nom qui est aussi un prénom, choisi comme ordinaire, et Elise semble se compléter à merveille toujours au cours des épreuves car si tout simple beau dans la philosophie de l'auteur, les drames ne manquent pas non plus dans le roman.

L'un d'eux est mentionné : l'accueil d'un sans-papier. "Ce brassage est inévitable" est là aussi il ne s'agit pas de l'expression d'un fatalisme mais bien plus d'un réalisme. Le fataliste considère qu'il doit subir la réalité et le réaliste qu'il doit la devancer car il l'admet.

Parce que des sans-papier vont venir en Europe, nous avons à bien les accueillir.

Il reprendra la guitare pour interpréter une de ses chansons, et sa musique, sa voix, dans le cadre de la Cave à lire, ont apporté un moment de grande émotion chacun dans sa tête pouvant penser à tout le grain qui lui reste à moudre. Jean-Paul Damaggio

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:24

J'ai retenu cette autre chronique du Monde diplomatique à la fois à cause de celle qui l'a écrite (Je suis un lecteur fréquent d'Evelyne Pieiller) et bien sûr à cause de l'auteur évoqué. Un petit détour par l'Italie que je vais poursuivre dans le message suivant. JPD

UN VOYAGE INTÉRIEUR

L’illusion de l'harmonie

UTOPIE ET DÉSENCHANTEMENT, par Claudio Magris, traduit de l'italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Gallimard-L'Arpenteur, Paris, 2001, 441 pages, 165 F.

BIEN sûr, on connaît Claudio Magris par son Danube, cet émerveillant récit d'un voyage qui l'a mené de ses sources, mystérieusement multiples, à sa souveraine, sa splendide embouchure. Mais cette longue quête, qui prenait parfois allure d'enquête folâtre, ne se réduisait certainement pas à une visite guidée parmi les hauts lieux de la culture de la Mitteleuropa. Non, tout se mêlait, s'interrogeait, se répondait en écho, les événements historiques, les livres, les collines, le sourire d'un pêcheur, le regard d'une amie, et c'était là la beauté de Danube que nous apprendre, délicatement, à saluer, à mesurer, les traces et les rêves des hommes, sans jamais oublier que nous sont données la grâce d'exister et la responsabilité qui l'accompagne.

Avec Utopie et Désenchantement, Magris propose à nouveau un voyage, mais intérieur celui-là, au fil des livres, au hasard des rencontres que propose la vie. Il a réuni ici des articles, écrits sur une vingtaine d'années, et il importe peu qu'on ne soit pas un spécialiste de Jorge Luis Borges, de Thomas Mann ou des plages triestines au mois d'août pour pouvoir l'accompagner. Car ce n'est pas là un ouvrage professoral, même s'il est savant. C'est bien plutôt un essai, au sens de Montaigne, qui entreprend, à partir de l'analyse concrète d’un aspect d'une œuvre, ou de l'examen détaillé de souvenirs de Noël, d'approcher une façon de vivre qui serait morale. Ah, voilà un adjectif quelque peu... démonétisé.

Pourtant, la morale n'a rien à voir avec le moralisme sentimental qu'on lui substitue souvent. Il s'agit, tout bonnement, de savoir quel sens donner à la vie, et d'essayer d'agir en fonction de ce sens. Par les temps qui courent, il semble qu'on accepte assez facilement qu'elle n'en ait guère d'autre que celui du petit bonheur individuel, et encore...

POUR Magris, il convient de savoir que « la vie n'a pas de sens » mais que la tristesse qui accompagne cette conviction indique qu'il faut en postuler un, modestement, vigoureusement. Se tenir entre « l'utopie et le désenchantement », inventer ironiquement l'espérance, et c'est ce que la littérature, qui « se pose souvent par rapport à l'Histoire comme l'autre face de la Lune, laissée dans l'ombre par le cours du monde », nous apprend — celle de Cervantès ou de Péguy, de Goethe ou de Broch.

Et c'est ce que vivre nous apprend, si on renonce au fantasme de « l'identité », si on renonce au besoin de posséder, ou d'être, une totalité, si on renonce à l'illusion de l'harmonie. L'art n'est pas « salvateur », l'intellectuel n'est pas nécessairement un juste, il faut à chaque fois se situer dans la tension de la déception et de l'émerveillement, pour parvenir à découvrir que l'impureté est joyeuse, libératrice, à l'opposé des fanatismes et des mensonges, pour accueillir l'inquiétude joueuse qui nous fait inventer des histoires et tomber amoureux.

Alors, on se sait, on se choisit «polygame et polythéiste », au plus loin du cynisme, et responsable, comme tout un chacun, de ses mots, de ses gestes, toujours à réinventer. La morale devient une esthétique, et vice versa, naturellement, comme aurait dit Baudelaire, pour fonder l'entreprise de vivre, menue, immense. Magris a écrit ici, en vagabondant, de monographie aiguë en anecdote souriante, une assez splendide introduction à l'art, ô combien solitaire, ô combien politique, de la bonté envers les possibilités d'embellissement du monde.

 

ÉVELYNE PIEILLER.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:21

Il est très rare que Le Monde diplomatique rende compte d'un livre publié à L'Harmattan. Kamal Ben Hameda que vous toruverez ailleurs sur ce blog le mérite. JPD

Décembre 2001

SOUFFRANCES LIBYENNES

Un monde ourlé d'interdits

LA MÉMOIRE DE L'ABSENT, de Kamal Ben Hameda, L'Harmattan, « Ecritures arabes », Paris, 2001, 96 pages, 70 F.

SUR la couverture, Nour Ysebaert a peint un personnage-oiseau qui hésite entre être humain et pingouin. Dont le corps est constellé d'éclats et dont les yeux regardent autant en dehors qu'en dedans. Le peintre a su attraper là quelque chose d'intime qui traverse l'histoire de l'auteur. Né dans la Tripoli libyenne, Kamal Ben Hameda y passe une enfance délicieuse et douloureuse. « Comme les femmes, sa parole est de trop, disent les hommes de quelqu'un qui leur semble trouver du plaisir à parler. Un homme s'exprime pour commander, informer, sinon il se tait. » Dans ce saisissant raccourci des codes de comportement d'une société fermée sur laquelle on sait peu de choses, on aura compris de quelle matrice il lui aura fallu se dégager pour trouver sa propre respiration. Puisqu'il sait déjà, depuis l'enfance, que la parole et l'écriture seront l'eau et le miel de son existence, il apprendra, très vite, à les faire exister clandestinement pour pouvoir survivre.

« A la maison on apprenait aux enfants la soumission au père, dans la rue la soumission aux grands, à l'école coranique la soumission à Allah et à son prophète, puis, à l'école publique, la soumission aux maîtres, aux gouverneurs et à leurs gardiens. »

Kamal Ben Hameda revient de loin. D'un monde clos et ourlé d'interdits. Où la première ligne de barbelés est celle qui sépare le monde des hommes de celui des femmes. Alors que c'est seulement avec elles qu'il se sent bien. Des interdits qu'il raconte à foison tout en dessinant un itinéraire fascinant de couleurs et de parfums dans une ville « comme un cœur vivant et lumineux » qui lui fait mal mais qu'il aime profondément. Des interdits qui, sous la monarchie aussi bien que sous le régime du frère colonel », visent seulement à pérenniser le pouvoir quel qu'il soit. «Je ferai de ma personne, si nécessaire, un tapis sur lequel notre chef et ses frères révolutionnaires puissent marcher vers la victoire finale », doit-il alléguer en toutes circonstances. Tout un programme... qui lui fait perdre vite toute illusion de transformation du monde « On venait de destituer un roi et fonder une république pour aussitôt interdire le droit de réunion, le droit d'association, le droit de grève, la constitution de partis politiques, le droit à une presse libre et plurielle. »

La tentative de passer outre cette « sécheresse intellectuelle » qui s'est abattue sur le pays, matérialisée dans l'emprunt bénin d'un livre interdit, lui vaut l'affreuse expérience de la détention en hôpital psychiatrique.., la révélation de son utilisation à grande échelle produit une véritable onde de choc.

La ville et la vie lui deviennent amères. Kamal Ben Hameda va chercher à partir très loin. Vers l'exil, qui le conduira aux Pays-Bas. Un choix qui est aussi une déchirure mais la seule voie pour garder son intériorité comme son intégrité, pour, continuer à écrire. Il dédie son récit à des écrivains amis disparus qui n'ont pas même eu temps d'y songer...

 

MARINA DA SILVA.

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 11:17

Deux écrivains qui avaient été présentés par Le Monde Diplomatique (mais qui ne sont pas dans la ligne de ce mensuel) et que je défends depuis longtemps. JPD

 

Décembre 1999

ÉGYPTE FIN DE SIÈCLE : Une redoutable fresque

CHARAF OU L'HONNEUR, de Sonallah Ibrahim, traduit de l'arabe (Egypte) par Richard Jacquemond, Actes Sud, colt. « Sindbad », Paris, 1999, 345 pages, 149 F.                             

SI l'on veut connaître un pays, il faut lire ses écrivains. Rien n'est plus vrai pour l'Egypte et le dernier roman de Sonallah Ibrahim. Quand on a la malchance, comme Charaf, d'habiter près d’« un tas d'ordures recouvert de mouches,... [de] relents d'égouts, [de] ruelles pleines de nids-de-poule et de bosses,... [de] petites maisons qui semblent toujours s'enfoncer, [dans des] pièces où s'entassent cinq à dix personnes, l'eau coupée... » on ne peut être que programmé génétiquement et socialement pour le malheur et toutes les déclinaisons de la frustration.

Dans le centre-ville du Caire, le jeune Charaf promène son désoeuvrement et sa frustration sans espoir aucun d'accéder aux biens de consommation occidentaux qui s'étalent dans les vitrines. Il rencontre John, un touriste anglais, blond comme il se doit, qui l'invite au cinéma puis chez lui, dans le quartier chic de Zamalek. Aveuglé par sa naïveté, Charaf suit l'Anglais sans comprendre ses intentions inavouées, puis le tue accidentellement avec une bouteille de whisky en tentant d'échapper au viol.

Sous la torture, Charaf est contraint d'avouer son crime. En prison, dans l'attente de son procès, il découvre les lois impitoyables de l'univers carcéral qui, sous la plume de Sonallah Ibrahim, fait figure de microcosme de la société égyptienne moderne, vouée à la corruption généralisée et aux crapuleries de toutes sortes.

Second protagoniste du roman, socialement et intellectuellement à l'opposé de Charaf, le détenu Ramzi Boutros Nassif a, pour sa part, été victime d'une machination l'impliquant dans une affaire de corruption. Ce pharmacien copte, intellectuel marginalisé, employé par une multinationale pharmaceutique suisse et ancien militant de gauche, nous livre, à travers des coupures de presse — authentiques ? — qu'il a collectées et ses Notes pour un mémoire de défense, un violent réquisitoire contre les pratiques mafieuses des multinationales dans les pays en voie de développement (commerce de denrées avariées, de médicaments périmés, etc.), et l'enrichissement personnel des dirigeants égyptiens, au détriment de la santé physique et mentale de la population. « 90 000 décès [en un an] dus aux maladies transmises par les eaux polluées du Nil. (...) La personne humaine n'a plus aucune valeur en Egypte, dénonce ce héros quasi shakespearien, qui prêche dans le vide. Etrange peuple qui s'autodétruit et assiste, indifférent, à sa destruction par les autres. »

NÉ en 1937 au Caire, Sonallah Ibrahim, journaliste et ancien militant communiste, a lui-même passé cinq années dans les geôles nassériennes, de 1959 à 1964, pour ses convictions politiques. Consumérisme outrancier, perte d'identité et des valeurs traditionnelles, misère sexuelle et misère de la condition féminine, pauvreté, délabrement et puanteurs diverses, corruption, pourrissement des corps et des institutions, débilité du discours islamiste, tels sont les thèmes obsessionnels qu'il développe à travers ses livres, avec un humour cinglant, beaucoup d'éclats de rire et un style enlevé admirablement rendu par la traduction de Richard Jacquemond.

 

RITA SABAH.

Mars 2002

Figures croisées de l'Orient à l'Occident

 LES TURBANS DE VENISE, de Nedim Gürsel, traduit du turc par Timour Muhidine, Seuil, Paris, 2009, 377 pages, 21,34 euros.

C'EST une « chasse aux enturbannés » non pas une sorte de traque militaire contemporaine, mais la recherche de personnages ottomans dans la peinture de la Renaissance italienne. Voilà l'objet d'une étude qui amène un professeur turc en histoire de l'art à effectuer un premier séjour à Venise. L’universitaire, prénommé Kâmil Uzman (ce qui signifie littéralement, «d'âge mûr» et « expert »), fréquente les bibliothèques à la recherche d'informations sur Gentile Bellini, peintre vénitien du XVe siècle, célèbre aussi pour avoir fait le portrait de Mehmed le Conquérant (1) et séjourné dans l'Empire ottoman, ennemi de la Sérénissime République. « Tu as beau avoir conquis cette Byzance en ruine et même le monde entier, tu as beau étendre de l'Orient à l'Occident ta domination sur les territoires infinis créés par le Tout- Puissant, que ton autorité s'applique à la terre et aux mers, si tu n'as pas ton portrait, tu sombreras vite dans l'oubli, personne ne se souviendra de ton sort, ni tes sujets ni même tes descendants. »

Venise offre donc au chercheur l'occasion de toucher au plus près les œuvres de la famille Bellini Jacopo, le père, Gentile, le fils aîné, et Giovanni, le cadet, le bâtard honni devenu peintre d'Etat. Le roman se construit au fil des observations de tableaux et des récits de la vie des peintres. On y découvre les différentes avancées qui ont fait la richesse de la peinture de la Renaissance (mise en perspective, travail des couleurs, jeux d'ombre et de lumière, technique de peinture à l'huile), on y croise Giorgione, Durer, Titien et Léonard de Vinci. Mais, dans cette quête historique, l'universitaire s'égare, divague au gré de ses souvenirs et de ses errances. Il vit ce séjour vénitien comme un exil, à l'image de Djem, fils du sultan et de Fikhret Muallâ, peintre turc, tous les deux morts en exil loin d'Istanbul. Mais à trop croiser de destins, il en perd l'objet de sa venue. « Mais qui sait, il se peut qu'un chercheur plus rigoureux que lui ou plus chanceux découvre cette influence et fasse surgir l'image qui réconcilie l'Orient et la Renaissance. » Car Uzman ne verra jamais les tableaux de Gentile qu'il voulait étudier dans ce but à l'Accademia.

D'ABORD, ce sont les Madones de Giovanni qui ont détourné son chemin. Les représentations de Marie et de Jésus, particulières par l'absence de regard entre la mère et l'enfant, lui rappellent douloureusement son enfance d'orphelin de mère, comme le peintre. Puis ce sont les errances de l'homme dans le dédale des rues étroites et des canaux, jusqu'à Mestre, quartier de prostituées, qui causent sa perte. Car l'homme, littéraire érudit mais néanmoins grossier et vulgaire jusque dans ses expressions, fréquente avec le même élan musées et bordels. Quand il croise Lucia qui travaille à la bibliothèque Correr, il croit retrouver Catherine d'Alexandrie, sainte représentée dans un tableau de Giovanni, ce qui donne subitement sens à sa vie. Pourtant, il échouera dans cet amour, comme dans sa vocation de peintre, et comme dans sa recherche dont l'objet semble un Graal tout aussi inaccessible.

Ce récit d'exil dans la froideur hivernale de l'Occident est aussi l'hymne d'amour (2) de Nedim Gürsel pour l'Istanbul cosmopolite et changeante face à une Venise figée, hantée par « la danse des spectres dans les palais aujourd'hui à l'abandon de ce qui avait été autrefois la plus somptueuse cité de la Méditerranée ». Malgré ses trouvailles ottomanes cachées dans les tableaux vénitiens, « vaut-il mieux voyager ou ne jamais mettre les pieds en dehors de la ville où l'on habite ? », se demande encore Uzman pour lui-même. Le voyage de Gentile Bellini lui apporte la réponse « Le monde lui paraissait plus grand, son horizon s'était élargi. Comme dans les carnets de croquis de son père Jacopo, l'œil ne connaissait plus d'obstacle, son imagination était sans borne. » Il nous faudra donc aller à Venise, poursuivre cette recherche des « enturbannés » dans les tableaux de la famille Bellini.

VIOLAINE RIPOLL.

(1)Nedim Gürsel a consacré un roman à l'histoire de Mehmed: Le Roman du Conquérant, Seuil, 1996, publié en collection de poche, « Points », n' 692.

 

(2) C'est d'ailleurs le titre d'une nouvelle, « Istanbul mon amour », publiée dans le recueil Les Lapins du commandant, éditions Messidor/Temps actuels, 1985, publié en Collection de poche, « Points », n' 366.

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 21:18

 

Du 6 au 12 juillet, le journal d'un séjour à Avignon : théâtre puis théâtre et encore théâtre.

Marie-France Durand témoigne en présentant quelques échos de divers spectacles.

De mon côté j'ai apporté quelques remarques sur trois spectacles et ici j'ajoute quelques mots au sujet de Mohamed Kacimi. Après Terre sainte, La Table de l'éternité, l'auteur algérien semble obsédé par les snipers, les méfaits de la religion. J'ai entendu à la radio Francine Bergé parler du spectacle qui a surtout évoqué les liens de la pièce avec le religieux. Une femme joue dieu mais pourquoi les snipers ? pourquoi un restaurant ? pourquoi Job ?

Malgré mon admiration pour le travail de Kacimi, je partage totalement le commentaire peu enthousiaste de Marie-France. JPD

 

Pour lire Festival d'Avignon 2014 Marie-France Durand

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 17:17

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Sous les platanes, en cette fin de soirée avignonnaise du jeudi 10 juillet, le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti et les trois acteurs principaux du Prince de Hombourg acceptent d’écouter des spectateurs commentant leur œuvre.

Une dame ouvre le feu puis les questions vont se multiplier permettant à chacun de revisiter utilement les 2 h 30 de la pièce jouée dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

 Un Prince de Hombourg mis au simple rang d’un soldat comme les autres alors que tout le distingue du commun des mortels ? Et une autre dame, portant un sac représentant le drapeau cubain, insistera par une question simple, à l’adresse du metteur en scène : « Auriez-vous donné l’ordre de faire du Prince un soldat ordinaire ? »

En fait, la question est celle du costume car en effet, le Prince porte exactement les mêmes habits que les autres officiers. Barberio apportera une indication amusante : en fait, il a dessiné les costumes à partir de ceux qu’on trouve dans Corto Maltese le héros d’Hugo Pratt.

La question était bien sûr en référence au Prince de Hombourg de 1951 et à Gérard Philippe, si bien que celui qui joue le rôle dira sur un ton amusé : « Je ne suis pas Gérard Philippe. »

Sauf que les questions ne signifiaient pas un respect du passé mais bien une interrogation sur la nature du choix. D’ailleurs Barberio y reviendra en revendiquant le droit à proposer sa propre interprétation. A cette occasion il donnera un conseil d’ordre général qu’il s’applique quand il est spectateur : « Ne pas voir un spectacle avec des a priori mais le recevoir d’abord pour ce qu’il est. »

S’il s’agit de placer un spectacle sur un piédestal avant d’en découvrir une nouvelle interprétation, je suis d’accord avec lui, mais d’un autre point de vue, il est impossible de découvrir une œuvre culturelle en se présentant sans référence culturelle ! Et pour preuve : le débat permettait d’éclairer l’œuvre qui faisait d’abord du Prince un homme comme les autres !

 Mais une autre question est venue ensuite qui ne tenait pas à Von Kleist : pourquoi le metteur en scène a-t-il décidé que l’entrée des acteurs se ferait par le sous-sol d’où ils émergeraient nus, par une danse, afin d’habiller le Prince ? Les interprétations furent multiples et la scène était justement conçue pour cela ! Barberio dira qu’il ne s’agit pas d’expliquer mais qu’on peut pointer plusieurs influences qui justement ont été évoquées par le public.

On naît nu et il s’agissait de pointer une naissance ?

Inversement montrer un mort qu’on habille car la mort est sous-jacente ?

Une référence à une possible homosexualité du héros ?

Une référence aux nus artistiques de la Grèce antique ?

Comme dans les peintures de David où au départ les modèles sont nus et ensuite l’artiste les habille ? La culture n'est-ce rien d'autre qu'habiller la réalité ?

 Pour Barbieri une occasion de revenir à Von Kleist. Chez l’artiste, dit-il, toutes les entrées en scène sont des coups de théâtre inattendus. La référence fréquente au romantisme n’est pas pour lui plaire, car elle risque d’enfermer l’auteur dans une étiquette.

 Si la scène de départ était étonnante, la scène finale l’était tout autant et écouter les spectateurs s’exprimer sur le sujet aidait à mieux goûter au spectacle… à postériori ! A la fin, le Prince, condamné à mort pour désobéissance, n’est pas exactement gracié mais devient une marionnette : on accroche des ficelles à l’acteur qui va être manipulé comme une marionnette. Une situation étonnante que Barberio explique ainsi : « Chez Kleist l’état de marionnette est le plus grande signe de liberté ! » Je ne site pas exactement le propos que je rapporte de mémoire mais il a été reformulé de façon plus habituelle par l’acteur jouant le rôle : « Ce sont les contraintes qui conduisent à la liberté ».

Ce paradoxe est celui qui court tout au long de la pièce. L’Electeur (disons le roi) est tenu à assumer le rôle qui est le sien. Contrairement à l’image classique du dictateur qui peut faire n’importe quoi, tout dirigeant est en fait tenu par la société qu’il dirige. Plus les lois sont claires et plus il peut exercer, à l’intérieur des lois, sa liberté.

L’exemple classique de ce paradoxe est donné par l’OULIPO quand Queneau décide d’écrire un texte sans y utiliser telle ou telle lettre ! Sous une autre forme, on a le cas du sonnet qui oblige dans un cadre fixé, à écrire ce que l’on veut dire. Le cadre ne dit rien du message mais le message n’existe que par le cadre.

S’agit-il là seulement d’une question culturelle ?

 Avec le Prince nous avons un homme double : il est pris par le rêve, le sentiment, la spontanéité et à un moment « il doit tomber dans la réalité ». Un des coups de théâtre qui frise l’incohérence c’est quand le Prince, pour sauver sa vie, est prêt à devenir n’importe qui, à oublier l’héroïsme, à se nier en tant qu’homme, puis, tout à coup il déclare accepter la mort car en effet il la mérite puisqu’il n’a pas obéi à la loi : l’héroïsme ne consiste pas à suivre ses instincts ! Existe-t-il une porte de sortie à ce dilemme ?

Toute la mise en scène vise à l’affronter et il se résout par la marionnette !

Un dilemme qui n’est qu’un parmi d’autres : par exemple, Von Kleist est autant Français qu’Allemand. Pendant longtemps il parlera mieux le français que l’allemand !

L’instabilité de ce Prince n’est-elle pas celle de Kleist lui-même ?

Il a d’abord été un soldat aimant son métier. Puis un adepte de la science en quête de vérité. Il soupçonne alors qu’il peut avoir une carrière littéraire. Ensuite la lecture de Kant le plonge dans un immense désespoir. Il veut alors se faire paysan ! Puis il abandonne à nouveau ce rêve et celui d’avoir des enfants en cherchant à produire des enfants par l’esprit. Il s’éprend alors d’une fillette de 14 ans. Un nouvel épisode extravagant traverse sa vie : il veut partir dans une expédition pour y trouver un mort héroïque.

Sa porte de sortie sera finalement le suicide !

 Les questions se feront plus circonstancielles dont deux qui touchent à l’éphémère du spectacle.

1 ) Peut-il être rejoué ailleurs ? La réponse va de soi : la machinerie mise en place fait que seule la Cour d’honneur peut l’accueillir ! Aussi bien sur le plan horizontal que sur le plan vertical qui est utilisé de manière spectaculaire. Une machinerie occupant le côté gauche de la scène qui faisait que le spectacle occupait surtout le côté droit.

2 ) Que ressentir quand le spectacle est interrompu par la pluie ? Là, celui qui joue L’Electeur amuse le public en faisant observer que la pluie une fois, et la grève auparavant, ont interrompu le spectacle au même moment, quand il devait faire son entrée en scène à l’acte 5 ! Et il précise que c’est un moment vécu douloureusement.

 Pour rester dans le circonstanciel qui est le temps même du théâtre, faut-il voir une volonté européenne dans la présentation en France, d’une pièce allemande mise en scène par un Italien ?

Et quant au circonstanciel de l’époque de l’œuvre, personne n’a rappelé qu’en fait la pièce est un appel à la guerre pour inciter l’Allemagne à affronter Napoléon 1er  un Napoléon qu’à un moment le même Kleist avait soutenu invitant l’Allemagne à adopter le code Napoléon !

 

Jean-Paul Damaggio

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 17:38

 

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Un Egyptien optimiste ! Et lucide ! Ce n'est pas le régime Moubarak qui est tombé mais l'homme seulement sauf que ce besoin de liberté est en chacun, et qu'on ne pourra jamais revenir en arrière. Pour le moment, il comprend que le peuple ayant des besoins premiers à satisfaire (manger, se loger, la sécurité), les luttes soient en régression mais il sait qu'au plus profond de chacun la révolution a laissé des traces révolutionnaires.

Mais comment répéter "la démocratie est la solution" contre les islamistes qui disent "l'islam est la solution" et admettre le coup d'Etat contre le président élu ?

Car Morsi, comme Fujimori en 1992, a fait un auto-coup d'Etat !

L'orient face à l'occident ?

Toutes les dictatures prétendent que les droits des femmes, la démocratie etc.. ça seraient des valeurs occidentales. Et l'avion c'est occidental ?

Morsi, faut-il le rappeler à étudier aux USA et d'ailleurs c'est un des personnages du roman Chicago d'El Aswany, c'est l'étudiant qui reste avec les Turcs, ne sortant que le Week-end, et ayant été incapable en dix ans d'apprendre vraiment l'anglais.

Il sera beaucoup question de littérature, une passion que l'homme tient de son père qui ne lui a donné qu'un conseil : écrire, c'est ne pas penser à autre chose. La littérature c'est une princesse enfermée dans une forteresse et il faut cent fois chercher à ouvrir la porte avec des écrits vivants où les personnages réussissent à dicter leur loi à l'écrivain.

Bien sûr, cette passion l'oblige à rester parmi le peuple, à l'inverse d'un philosophe qui peut se mettre à l'écart. Il est menacé mais il n'a pas peur. Et pour être indépendant il exerce une profession. Il ne veut être payé par aucun gouvernement pour pouvoir rester indépendant.

Et il est tellement au sein du peuple, qu'il avait créé un parti politique qui s'appelait Basta (Kefaya en arabe). Ce parti a été le détonateur qui a ouvert la route à plusieurs autres ; il est donc moins présent.

Son dernier roman parle lui aussi d'un lieu : après un immeuble, après une ville, voici qu'il se centre sur un club. Il aime ce principe du roman s'accrochant à un lieu. La salle où il parle pourrait devenir un lieu de roman… Aux USA le lieu devient la route (c'est moi qui l'ajoute …).

Et ce lieu il l'a connu avec son père mais aussi avec les serviteurs qui lui racontaient l'autre monde, celui du sous-sol.

Non, il n'est pas membre de l'Automobile Club mais son fils oui !

Lui qui parle si bien le français (en plus de l'anglais, de l'espagnol et de l'arabe) comment apprécie-t-il le travail de son traducteur ?

Que des éloges à l'adresse de cet homme, Gilles Gauthier, dont il révèle qu'il a écrit un roman sur l'Algérie (il cherche toujours un éditeur).

Une ambiance pleine de rires, d'humour dans le cadre de la Médiathèque Cabanis.

Et de sérieux : Dostoïevski contre Gorki.

Il écrit en ce moment un roman : "La République comme si…"

On sent que l'écriture est bien avancée et je pense que l'écrivain, à partir de la situation égyptienne, va encore parler d'universel. Car partout la dose d'illusions est plus ou moins épaisse.

Il a dit "la révolution égyptienne" car il refuse le terme de "printemps arabe". Caque pays à son histoire. La Lybie par exemple n'a jamais eu d'Etat, c'est le pouvoir des tribus.

Sur ce blog vous trouverez d'autres présentations contradictoires sur El Aswany

El Aswany 2009

En 2012

El Aswany et Laferrière

Encore en 2012

 

El Aswany interdit en France en 2013

 

Comme il a été question de l'entretien publiée par Le Point j'en donne le contenu :

 Dentiste de métier, l'auteur du best-seller international L'immeuble Yacoubian, son premier roman, portrait inoubliable de la société égyptienne depuis les années 30 jusqu'au début du XXIe siècle (le livre est sorti en 2002, et en 2006 en France, puis adapté au cinéma), n'a cessé de s'engager, en écrivain et en citoyen, au côté de la révolution égyptienne : par ses articles, au sein du mouvement intellectuel Kefaya, et chaque nuit place Tahrir, où tout éclata voilà trois ans. "J'ai écrit le mot peuple pendant des années dans mes livres, dans mes articles, mais, place Tahrir, j'ai appris vraiment ce que le "peuple" voulait dire", nous confie Alaa el-Aswany, de retour en maître romancier avec Automobile club d'Égypte. Un roman merveilleusement incarné qu'il a bâti autour de ce lieu très sélect du Caire vers lequel vont converger les destins de nombreux personnages, aux prises avec l'histoire de leur pays. Sur ces années 40 souffle en effet le vent de la révolution pour l'indépendance de l'Égypte (1952), encore sous la double coupe des Anglais et d'un monarque plus soucieux de ses parties de poker et de jambes en l'air que de son peuple. Dans le rôle de l'exécutant du pouvoir absolu, le majordome égyptien du club fait régner la terreur au sein d'un personnel habitué à n'avoir aucun droit si ce n'est celui de se faire battre. Mais, peu à peu, tout se craquelle dans les relations entre serviteurs et maîtres, Égyptiens et colons. La tension de la mutation est palpable, haletante, et les personnages luttent pour des enjeux plus que jamais à l'œuvre dans le monde arabe : comment conquérir sa liberté ?

 Le Point : Qu'est-ce qui vous a conduit à situer votre nouveau roman dans l'Égypte des années 40, sous une occupation anglaise symbolisée par l'Automobile club du Caire ?

 Alaa el-Aswany : Chaque romancier porte en lui des mondes romanesques, et celui de l'Automobile club où je me rendais avec mon père, qui en était l'avocat, en est un pour moi. À la fin des années 60, j'y rencontrais des serviteurs, des cuisiniers du roi encore bien après la révolution pour l'indépendance, et ce monde qui a vécu est, à un certain moment, sorti de moi. En changeant de temps et de lieu, le romancier doit être capable de soulever les mêmes questions humaines, or j'ai retrouvé dans celles qui se posaient alors à l'Égypte celles que pose actuellement la révolution. La liberté a un prix que tout le monde n'est pas capable de payer. Entre sécurité et liberté, que choisit-on ? Entre l'occupation et l'indépendance, que choisit-on ? Entre le régime de Moubarak et la liberté, que choisit-on ?

 "Les Égyptiens sont incapables de se gouverner eux-mêmes", faites-vous dire au directeur britannique de l'Automobile club. Que répondez-vous à cette provocation d'un de vos personnages ?

 Je suis chaque personnage comme un comédien joue son rôle, ce n'est pas mon opinion mais celle d'un raciste anglais. L'Égypte a été volée pendant quatre vingts ans par les Anglais, c'était le discours du gouvernement britannique. Celui de Churchill disant "On va les aider" ! On cache ce raisonnement, mais il existe. C'est celui des Américains, attendant que l'Irak soit "capable" de gouverner. Aujourd'hui, on n'a plus besoin d'occuper les autres pays parce que les multinationales sont une nouvelle façon de le faire. Au lieu d'envoyer des soldats se faire tuer, on contrôle l'économie d'un pays comme ce fut le cas de l'Égypte, dont aucun gouvernement n'a jamais rien décidé sur ce plan.

 Que signifie, pour celui qui a écrit "la démocratie est la solution" au bas de chacune de ses chroniques (1), d'avoir approuvé la destitution par l'armée du président Morsi, élu démocratiquement ?

 Premièrement, ce monsieur, élu démocratiquement, a annulé le système démocratique le 22 novembre 2012 en déclarant que les décisions du président feront la loi en Égypte. Deuxièmement, l'intervention de l'armée s'est produite après des manifestations incroyables contre Morsi. L'armée a protégé l'Égypte d'une guerre civile. Est-ce que ça veut dire que je suis d'accord avec tout ce qui se passe ? Non. Nous avons aujourd'hui deux combats à mener: l'un contre le terrorisme des Frères musulmans, ceux qui brûlent les églises, tuent les gens et n'ont pas leur place dans la démocratie, et l'autre contre l'ancien régime de Moubarak, qui essaie de profiter de ces crises en mettant la main sur de jeunes révolutionnaires.

 Qu'en est-il aujourd'hui de votre soutien à la candidature du général Sissi, nouveau "père" de la nation ?

 Moi, j'ai un seul père, je n'ai pas besoin d'autres pères. On n'a pas fait cette révolution en Égypte pour retrouver un grand leader et un "père" en revenant à 1954, en répétant l'expérience de Nasser, qui fut un grand leader, mais un dictateur. À Sissi je pose la question suivante : soit vous êtes pour la révolution, soit vous restez lié à l'ancien régime. Le combat qui a commencé maintenant, retardé par les Frères musulmans, est celui qui se joue entre la révolution et le régime de Moubarak.

 La sexualité, libératrice ou oppressante, joue un rôle considérable dans votre livre : pourquoi cette importance donnée au sexe ?

 La littérature se débarrasse du désir et du tabou en envisageant le sexe comme une relation humaine, en montrant en profondeur ce que l'on y cherche dans les relations sexuelles, le plaisir, un père, une mère, et aussi ce qui s'y joue de peurs, de frustrations. C'est un défi littéraire que de découvrir cette zone ! Pour les lecteurs occidentaux, je pense qu'il peut y avoir une information sur cette époque peu connue, celle d'une société libérale, très ouverte, avec des élites dont la plupart étaient francophones. Cette Égypte a continué jusque dans les années 70, jusqu'au pétrole, quand les Égyptiens partis travailler en Arabie saoudite en sont revenus avec le wahhabisme, et les extrémismes. Savez-vous que la deuxième femme pilote au monde, en 1933, était égyptienne ? La condition de la femme vous dit l'état d'une société.

 Après un immeuble et un club cairotes érigés en symboles, votre prochain roman se déroulera-t-il place Tahrir ?

 (Sourire) Non. J'écris actuellement ce qu'on appelle, chez vous, une autofiction. Un livre sur moi et sur mon histoire, ma vie et Alexandrie. J'essaie de sortir du collectif... J'essaie.

 Automobile Club d'Égypte, d'Alaa el-Aswany, traduit de l'arabe (Égypte) par Gilles Gauthier (Actes Sud, 538 p., 23,50 euros).

 1. Chroniques de la révolution égyptienne (Actes Sud Babel).

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 18:58

 

 J'aime bien la revue d'avant-guerre Commune (en fait j'aime bien l'avant-guerre). Je me suis posé la question : est-ce que Steinbeck er les autres écrivains des USA de la même trempe ont eu une place dans Commune ? Je n'ai rien trouvé mais je me suis laissé détourner vers ce texte d'Aragon qui me semble d'une grande actualité qui fait que le mot fascisme est partout quand son usage devrait être conditionné à une définition claire.

Je suppose le lecteur informé du fait que longtemps avant cette année 1933 les deux écrivains furent relativement proche. Si ce n'est pas le cas il peut aisément se reporter à divers liens sur internet. J'ai d'ailleurs cru que le texte était déjà sur la toile mais ne l'ayant pas trouvé je l'inclus dans mes interventions. Jean-Paul Damaggio

 

 

Voici le lien : Aragon a lu Drieu La Rochelle

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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 20:17

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Je ne sais comment je suis tombé sur Steinbeck. Sur le vieil exemplaire des Raisins de la colère, que j’ai conservé malgré tant de déménagements, il y a mon nom écrit, peut-être de la main de ma mère. Je ne sais plus. La photo de couverture s’appuie sur le film réalisé suite au roman. J’ai du mal à admettre qu’avant 20 ans j’ai pu me plonger dans une telle aventure écrite en petits caractères. Cinq cents pages tout rond. Ensuite j’ai tenu à me plonger dans l’autre livre moins connu : En un combat douteux. L’exemplaire n’est pas soigneusement recouvert d’un plastique comme j’aimais le faire autrefois. Il y a un tampon d’un libraire toulousain que je connais pas. En hommage à cet écrivain, je reprends un chapitre sur la cueillette du coton. Existe-t-il le même quelque part sur la cueillette des pêches ? Cette idée que les doigts peuvent cueillir sans voir… JPD

 

CHAPITRE XXVII

ON DEMANDE DES JOURNALIERS POUR LA CUEILLETTE DU COTON

Ecriteaux sur les routes, distribution de prospectus orange

ON DEMANDE DES JOURNALIERS POUR LA CUEILLETTE DU COTON

Là, un peu plus haut, ça dit.

Les arbrisseaux vert foncé deviennent fibreux et les lourds cocons se tassent dans leur gousse. Des flocons blancs font péter la gaine et s'échappent, semblables à des boules de naphtaline.

C'est agréable de sentir les capsules dans ses mains. On les prend délicatement, du bout des doigts.

Ça me connaît, ce travail.

Voilà l'homme en question, celui-là.

J'voudrais cueillir du coton.

Vous avez un sac?

Ben, non.

Le sac vous coûtera un dollar. On le retiendra sur vos premières cent cinquante livres. Quatre-vingts cents les cent livres pour la première sélection. Quatre-vingt-dix cents poux la seconde. Tenez, prenez un sac là-bas. Un dollar. Si vous ne l'avez pas, on vous le retiendra sur vos premières cent cinquante livres. C'est régulier, j'ai pas besoin de vous le dire.

Parfaitement c'est régulier. Un bon sac, il fera toute la saison. Et quand il sera usé à force d'être traîné par terre, suffit de le tourner dans l'autre sens et de se servir de l'aut' bout. On coud la gueule et on ouvre le côté usé. Et quand les deux bouts sont usés, et ben ça fait toujours de la bonne étoffe! Une bonne paire de caleçons d'été. Ou une chemise de nuit. Et puis... enfin... c'est toujours intéressant un sac comme ça, que diable !

Faut se l'accrocher à la ceinture. Bien l'étirer, et le traîner entre ses jambes. Au début, on ne le sent presque pas. Du bout des doigts on cueille le duvet que l'on fourre entre ses jambes, dans le sac. Les gosses viennent derrière ; pas de sac pour les gosses - prenez un sac en serpillière, ou bien mettez-le dans le sac de votre père. Maintenant ça commence à tirer. On se courbe un peu plus, on s’arcboute et il vient. Le coton, ça me connaît. Les capsules se détachent toutes seules comme si j'avais des aimants au bout des doigts. Y a qu'à avancer tout en bavardant, ou encore en chantant, jusqu'à ce que le sac soit bourré. Les doigts trouvent tout seuls le coton. Les doigts savent. Les yeux voient le travail sans le voir.

Et les bavardages vont bon train entre les rangées de cotonniers.

Y avait une femme chez nous, au pays — son nom ne vous dirait rien — y là tout d'un coup qu'elle accouche d'un négrillon ; jamais personne n'en avait rien su. Et on ne l'a jamais retrouvé, sacré nègre. Après ça, elle n'osait plus se montrer. Mais qu'est ce que j'voulais dire ah oui y en avait pas deux comme elle pour ce qui est de cueillir le coton.

A présent, le sac est lourd; on le traîne à coups de reins, comme un cheval de labour. Et les gosses aident à remplir le sac du père. Il est beau, ce coton. Moins dru dans les bas-fonds. Moins dru et plus rêche. Jamais vu de coton comme ils en ont en Californie. De belles fibres longues, jamais vu de pareil, bon Dieu. Mais la terre sera vite épuisée. Supposez que quelqu'un veuille acheter de la bonne terre pour cultiver le coton. Ben, faut pas l'acheter, faut louer. Et une fois qu'elle a rendu tout ce qu'elle pouvait, on déménage ailleurs.

Des files de gens se meuvent à travers champs. Tous des experts. Les doigts fureteurs s'insinuent dans le fouillis des branches et trouvent les capsules. A peine si les hommes regardent cc qu'ils font.

Je parie que j'serais capable de faire ce métier même si j'étais aveugle — je les sens, les capsules. Et c'est cueilli proprement. Là où je suis passé, y a rien à glaner.

Voilà le sac qu'est plein. Faut le faire peser. Le préposé à la bascule dit qu'on met des cailloux dedans pour faire plus de poids. Et lui, alors ? La bascule est faussée. Quèq'fois, il a raison, y a des cailloux dans le sac. D'autres fois c'est lui qui truque la bascule. Il arrive qu'on ait raison tous les deux : cailloux et faux poids. Toujours discuter, toujours lutter. Ça vous tient en éveil. Et lui aussi. En voilà une histoire pour quelques cailloux. Un seul, peut-être. Un quart ? Toujours discuter.

De retour avec le sac vide. Chacun a son carnet. On inscrit les poids. Faut bien. S'ils voient qu'on tient un carnet, alors ils ne trichent pas. Mais si tu ne tiens pas tes comptes, t'es mal parti.

Ça au moins, c'est du travail. Les gosses qui cavalent comme des jeunes chiens. T'as entendu parler de la machine à cueillit le coton ?

Oui, j'en ai entendu parler.

Tu crois qu'il en viendra vraiment ?

Ben, si elles viennent — paraît que ce sera la fin du travail à la main.

La tombée de la nuit.

Tout le monde est fatigué. La journée a été bonne, faut dire. On s'est fait trois dollars, moi, ma femme et mes gosses.

Les autos arrivent dans le champ de coton. Les campements des journaliers s'érigent sur place. Les camions rehaussés et les remorques grillagées sont bourrés de duvet blanc. Le coton s'accroche aux barbelés des clôtures et sur la route, le vent chasse des petites boules de coton blanc. Le coton blanc et propre est emmené à l'égreneuse. Les grandes balles informes passent à la presse. Le coton s'accroche aux vêtements et aux moustaches.

Mouche-toi, tu verras que tu as du coton dans les narines.

Allons, encore un coup de collier. Remplis ton sac pendant qu'il fait encore jour. Les doigts experts cherchent les capsules. Les reins se cambrent, tirent le sac. Les gosses sont fatigués quand vient le soir. Ils trébuchent dans la terre labourée. Le soleil descend.

Si seulement ça pouvait durer. Dieu sait que c'est pas gras, ce qu'on gagne, mais je voudrais bien que ça dure.

Et sur la grande route, les vieux tacots embouteillent l’entrée de la ferme.

Vous avez un sac ?

Non.

Alors ça vous coûtera un dollar.

Si on n'était que cinquante, ça nous ferait du travail pour un bout de temps, mais on est cinq cents.

Pour l'amour de Dieu, tâche de mettre un peu d'argent de côté. L'hiver sera bientôt là. Il n'y a pas du tout de travail l'hiver, en Californie. Faut remplir le sac avant qu'il fasse nuit. Je viens de voir le gars, là-bas, mettre deux mottes de terre dans son sac.

Eh merde, pourquoi pas ? Puisqu'on est refaits à la bascule, ça compensera.

Tenez, c'est marqué dans mon carnet trois cent douze livres. Exact !

Ça, par exemple ! II n'a pas discuté ! Sa bascule et sûrement faussée. Enfin, ça fait une bonne journée quand même.

Paraît qu'il y en a plus d'un mille qui sont en route pour chercher du travail ici. Demain faudra se battre pour avoir une rangée. Et faudra se grouiller de cueillir.

On demande des journaliers pour la cueillette du coton. Plus il y aura d'hommes, plus vite le coton ira à l’égreneuse.

Et l'on rentre au campement.

Du lard ce soir, sacré tonnerre ! On a de quoi s'acheter du lard ! Donne la main au petit, il n'en peut plus. Cours devant acheter quatre livres de lard salé. La vieille va nous faire quelques bons petits pains chauds, si elle n'est pas trop fatiguée.

 

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 11:19

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Quand et comment ai-je rencontré l’écrivain Tony Hillerman ? Je n’arrive pas à m’en souvenir et ça m’énerve alors je vais évoquer quelques pistes imaginaires.

A cause de Santa Fe, USA ? Il m’est arrivé de passer dans cette ville, voici des années et séduit par sa mexicanité j’en ai gardé un vif souvenir. Ma passion pour le Mexique date de noël 1974 et j’ai ainsi eu le plaisir à l’étendre au Nouveau Mexique. Santa Fe qui capitale de cet Etat, et son journal historique ont fabriqué l’écrivain Tony Hillerman comme Barcelone a fabriqué Vazquez Montalban.

A cause du New Mexican Santa Fe, le journal en question témoin d’une histoire unique car Santa Fe est unique avec une forte présence hispanique concurrencée par tant d’autres phénomènes comme les ingénieurs de la bombe atomique qui travaillait à Los Alamos. Tony Hillerman a surtout été un journaliste comme Vazquez Montalban.

A cause de mon ami René Merle ? Sur son blog on trouve quelques références au Tony Hillerman qu’il aime, mais je crois qu’en fait on s’est trouvé une passion commune (une de plus) qu’il a peut-être renforcée.

A cause d’Anne Hillerman, la fille de Tony ? Elle a écrit un beau livre sur son père, un père peu ordinaire car il ajouta à la fratrie quatre ou cinq enfants adoptés ! Et des enfants au handicap impressionnant… Comme le fils de Vazquez Montalban, elle continue à sa manière l’œuvre du père !

A cause de l’Oklahoma ? A Montauban, depuis des années une association, OK-OC, travaille à tisser des liens entre cet Etat et la ville du Tarn-et-Garonne, d’où ma sensibilité à ce territoire en forme de casserole, or si Tony a été fabriqué par Santa Fe, au départ, au tout début, il est fabriqué par l’Etat d’Oklahoma où il passa son enfance. S’il a transposé ses histoires chez les Indiens Navajo c’est que tout simplement l’Oklahoma de son enfance est mort aussi vite que son enfance. Là il vécut sans se poser de questions aux côtés d’Indiens qu’on ne cessa de repousser toujours plus vers des terres incultes.

A cause des Indiens ? Chaque peuple indien a un nom ainsi des Osages aux Cherokees leur liste est très longue, mais quel nom commun leur donner ? Amérindiens, Indigènes, Peuples autochtones, la discussion est toujours infinie et Hillerman a décidé de régler le problème le jour d’une grande rencontre indienne en leur demandant le nom qui les unissait. Majoritairement ils ont remercié Christophe Colomb de ne pas avoir cru qu’il débarquait en Turquie sinon leur nom aurait été dramatique (Turkey… c’est dindon). Donc ils disent « indien ». Et ma passion pour Santa Fe tient plus aux Hopis qu’aux Navajos. J’ai longtemps apprécié ceux qui cassaient les lieux communs, et les Hopis sont exactement le contraire des Indiens des Western qui ont fait tant de mal à la cause indienne, pas seulement pour les avoir présenté sous un mauvais jour, mais surtout pour les avoir réduits à quelques clichés : le tipi, les plumes, les bisons, les courses à cheval alors que le cheval fut introduit par les Blancs...

 J’ai déjà écrit sur Tony Hillerman mais je ne retrouve rien sur ce blog alors il était temps que j’y ajoute cette page. J-P Damaggio

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