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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 20:17

Retour à l’actualité chilienne dans le journal mexicain La Jornada. Il s’agit en fait d’une dépêche de l’AFP dont la rédaction est significative. Alors qu’on prétendait que le gouvernement de Pinochet avait réussi économiquement (comme pour excuser la dictature, phénomène classique) la dépêche se termine par une référence aux données économiques pour disqualifier la lutte des jeunes. A suivre. JPD

 

 

Le 20 août 2012

La Police chilienne déloge l'Institut National

AFP

Santiago, le 19 août. La Police chilienne a expulsé le matin de ce dimanche, l'Institut National, une des plus emblématiques écoles de Santiago, qui a été prise par des étudiants réclamant une réforme du système éducatif. Une source de police a signalé qu'il n'y a aucun détenu parce que les agents ont trouvé l’école vide.

Cependant, un groupe d'étudiants a jeté des pierres sur les policiers qui ont répondu avec des voitures lance l'eau et des gaz lacrymogènes, à la périphérie de l'institution, selon les images de la chaîne d'information 24 heures sur 24.

L'Institut National est situé dans le Centre de Santiago, derrière le siège principal de l'Université du Chili, qui est aussi prise par les jeunes.

Près d'une douzaine d’écoles de Santiago étaient occupés au cours des deux dernières semaines par les étudiants, ce qui a incité le gouvernement à ordonner l'éviction des bâtiments, avec un bilan de 139 détenus. Certains centres sont encore occupés.

Dans les écoles secondaire et chez les étudiants on exige la réforme du système éducatif hérité de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

En réponse, le gouvernement du président Sebastián Piñera a envoyé au Congrès des projets d'éducation déclarés insuffisants par les étudiants, qui ont annoncé de nouvelles manifestations pour le 23 août et une grève nationale le 28.

Pendant ce temps, Piñera a annoncé la mise en œuvre d'un nouveau programme du gouvernement pour l'éradication de la pauvreté, appelée impulsion Agenda Social.

À la fin de la dictature, 45 pour cent de la population de près de 10 millions qui avait du pays en 1990 vivaient dans la pauvreté, contre 14 % actuellement, avec près de 18 millions d'habitants.

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 19:58

Vingt ans après le coup d’Etat de Pinochet au Chili le Nouvel Observateur interroge le chanteur Angel Parra. Et vingt ans après l’horizon n’est pas plus clair. J’ai failli être de la génération Che Guevara mais en fait, en septembre 1973, je suis devenu la génération Pinochet. L’article ci-dessous du Nouvel Observateur a été titré : « Pinochet doit demander pardon… ». Il aurait dû être titré : « Nous avons été naïf », une naïveté qui a continué (comment croire que Pinochet puisse demander pardon ?) et qui continue… D’où vient cette naïveté ? Le fascisme est le trou noir de la gauche. Elle y sombre et ça continue (sauf chez quelques individualités)…

Jean-Paul Damaggio

 

Le Nouvel Observateur. — Votre vie a été bouleversée par le coup d'Etat de Pinochet, le 11 septembre 1973. Comment est-ce arrivé ?

Angel Parra. — J'avais 30 ans. J'étais musicien, auteur-compositeur. Nous étions tout un groupe qui avait travaillé sur l'actualisation du chant folklorique. Victor Jara, qui allait être assassiné dans des conditions abominables, était avec nous. Nous n'étions pas des dirigeants politiques. Comme la plupart des intellectuels, nous étions de gauche et connus comme tels. Pablo Neruda présidait l'Union des Artistes. Nous étions pour Salvador Allende et pour l'Unité populaire. Pendant la campagne, nous avions lancé le slogan : « Nous sommes les plus nombreux et les meilleurs. C'était un peu prétentieux, mais cela exprimait notre enthousiasme à ce moment-là.

Allende était arrivé en tête des élections. Mais il avait gagné avec seulement 36,3% des voix. Très vite le calvaire a commencé : des attentats de plus en plus violents, l'assassinat du chef d'état-major René Schneider par l'extrême-droite, le sabotage économique par le patronat, etc. La droite contrôlait pratiquement toute la presse, la télévision et les radios. Le principal quotidien, « El Mercurio», menait une campagne effrayante de haine et de dénonciation contre la gauche au pouvoir. Santiago était couvert d'affiches montrant des chars soviétiques devant le palais présidentiel de la Moneda. Les grèves des camionneurs jouaient un rôle décisif dans l'étranglement de l'économie. Elles paralysaient tout le pays. Il y avait un immense marché noir, des queues devant les pompes à essence, etc. Le syndicat des camionneurs était directement financé par les Américains, Kissinger lui-même l'a reconnu par la suite.

N.O. — Vous n'avez pas vu venir le putsch ?

A. Parra. — Nous étions trop naïfs. L'armée chilienne avait une réputation démocratique. Pinochet, nommé à la tête des armées en août 1973, a juré fidélité à la Constitution et à la République. Mais c'était un obsédé qui voyait des communistes partout. Il se croyait investi d'une mission. Il a été conforté dans ses convictions par une partie de l'Eglise et par les politiciens de droite qui faisaient la tournée des casernes pour encourager les militaires à mettre fin à l'expérience de l'Unité populaire.

Au début du mois de septembre, la situation était devenue si tendue qu'Allende a décidé de s'en remettre à l'électorat pour savoir si sa politique était toujours soutenue par la population. Il cherchait une sortie politique à la crise. Mais la préparation du putsch était très avancée. Les militaires craignaient qu'au dernier moment ils ne soient obligés d'y renoncer. Informés des intentions d'Allende, ils ont avancé au 11 septembre la date du putsch, qui avait été primitivement fixée au 18. Tout cela, on l'a su après par les écrits des auteurs du coup d'Etat, y compris ceux de Pinochet lui-même.

N.O. — A partir du putsch, comment cela s'est-il passé pour vous, personnellement ?

A. Parra. — C'est tout simple. Dès la nuit du coup d'Etat, les radios et la télé passaient un message invitant les gens à dénoncer les «ennemis» du nouvel ordre, et ils indiquaient un numéro de téléphone. Je n'ai pas tenté de me cacher. Ma voisine, avec laquelle j'avais pourtant de bons rapports, a téléphoné, les policiers sont arrivés et m'ont emmené. J'ai été conduit au stade national où il y avait une pagaille immense : 15 000 prisonniers y étaient parqués. Des hommes masqués venaient et emmenaient des détenus. Puis ils ont commencé les interrogatoires dans le stade. Je ne peux pas le raconter. Cela a duré jusqu'au 9 novembre. J'ai été transféré à 1 200 kilomètres de Santiago, dans le camp de Chacabuco. Au bout de six mois, j'en suis sorti pour être mis en résidence surveillée, jusqu'à ce que la police politique me conseille vivement de quitter le pays.

N.O. — Ce qui a frappé, dans ce coup d'Etat militaire, c'est l'extrême violence exercée contre les personnes...

A. Parra. — Il y avait eu pendant des mois une campagne de haine inimaginable contre la gauche. Dans les casernes, les soldats étaient soumis à un bourrage de crâne permanent : on leur disait que les foules qui acclamaient Allende se préparaient à tuer les militaires. Pinochet dit encore aujourd'hui qu'il a mené une guerre contre la sédition communiste et que l'armée chilienne a gagné cette guerre. En réalité, ils ont fait la guerre à un peuple désarmé. Ils ont massacré des milliers de jeunes militants, des lycéens, des étudiants. Plus d'un million de personnes, près de 10% de la population, ont dû s'expatrier.

N.O. — Comment se fait-il que, vingt ans après, Pinochet soit toujours là et se prépare à fêter l'anniversaire de sa « victoire » ?

A. Parra. — Parce que la transition vers la démocratie n'est pas réellement terminée. Pinochet a transmis le pouvoir à un gouvernement civil en 1989, sous la pression internationale, mais il est resté commandant en chef des armées. Le Chili vit toujours sous sa tutelle. C'est évidemment mieux que la dictature, mais c'est moralement difficile à supporter.

N.O. — L'armée n'a jamais eu à rendre compte de ses crimes ?

A. Parra. — Nous ne demandons pas la vengeance mais la clarté et la justice. Pinochet doit demander pardon. Il y a 2 500 disparus. Leurs familles réclament des informations sur leur sort. Un responsable socialiste, Ricardo Lagos, a récemment lancé un appel aux militaires pour leur demander ce qu'ils avaient fait de ces hommes et de ces femmes dont on n'a aucune nouvelle « Même si vous les avez jetés à la mer, dites-le. » Tant que la vérité ne sera pas faite sur ce point, la réconciliation ne sera pas possible.

Propos recueillis par FRANÇOIS SCHLOSSER

9-15 SEPTEMBRE 1993

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 16:40

Un des auteurs de La Brochure part travailler en Gambie au moment où nous découvrons les écrits d’un médecin militaire, explorateur de ce pays. Il a publié par exemple des articles sur la flore de ce pays dont le premier débute ainsi et pourrait s’intituler : « Sur l’art de piller les ressource d’un pays d’Afrique » :

« LA FLORE UTILE DU BASSIN DE LA GAMBIE

Ce n'est, à notre avis, que par une connaissance approfondie des richesses minières, agricoles et forestières de son sol que l'on peut arriver à se faire une idée exacte de ce que vaut, pour la colonisation, une contrée quelle qu'elle soit. Aujourd'hui que le courage de nos explorateurs et la vaillance de nos soldats nous ont dotés d'un immense empire colonial, il importe d'indiquer à ceux de nos compatriotes qui seraient désireux de contribuer à sa mise en valeur quels sont les produits indigènes dont l'exploitation serait capable de leur donner des résultats rémunérateurs. »

Voici la présentation d’une de ses conférences à Agen :

 

 

SECTION D'AGEN

Séance publique du vendredi 30 novembre 1894.

Présidence de M. Joseph CHAUMIÉ.

CONFÉRENCEDE M. LE Dr RANÇON, MÉDECIN DE PREMIÈRE CLASSE

DES COLONIES SUR : la France en Gambie.

 

C'est sous les auspices de la Société agenaise de géographie que M. le Dr Rançon a fait, dans la grande salle de l'Hôtel de Ville d'Agen, une conférence sur la Gambie. En présentant à l'auditoire le conférencier très distingué qu'il allait avoir le plaisir d'entendre, M. Joseph Chaumié, au nom de la Société qu'il préside, a revendiqué comme une bonne fortune pour elle d'inaugurer cet hiver la reprise de ses conférences avec le concours d'un explorateur que ses travaux et ses publications ont rendu justement célèbre et qui a accru le glorieux patrimoine de ce corps des médecins coloniaux, dont la devise est : science et dévouement.

 

Après quelques mots de remerciement pour le chaleureux accueil qu'il avait reçu dès son entrée dans la salle, et un éloquent salut à la mémoire des héroïques soldats français qui ont payé de leur vie la prise de Tombouctou, M. le Dr Rançon aborde le sujet de sa causerie.

Énumérant les pays divers que traverse de sa source à son embouchure le grand fleuve de la Gambie, résumant la géologie, la flore, la faune, les produits de ces régions, qui n'ont été réellement bien connus que depuis la mission de 1891-1892, dont il a fait partie, M. Rançon analyse la situation qui nous a été faite dans la basse et la moyenne Gambie par la convention diplomatique intervenue en 1889 entre l'Angleterre et la France.

Il ne faudrait pas, dit-il, s'exagérer les avantages que nous avons alors consentis aux Anglais par la cession d'une bande de territoire de dix kilomètres de profondeur. Les peuplades ainsi abandonnées, bien qu'astreintes à ne parler que la langue anglaise, bien que soumises à l'administration anglaise, conserveront toujours leurs préférences pour notre nation; certains chefs même ont délaissé leurs résidences séculaires pour venir s'installer sur le territoire français, attirés par le prestige de notre drapeau.

Au point de vue politique, nous restons donc maîtres du pays ; et — ce qui tend à détruire la légende de notre défaut de génie colonisateur — les factoreries que possède le commerce français sont bien plus importantes que les maisons anglaises.

Il est vrai qu'en échange de l'arachide, de la gomme, du caoutchouc, de l'ivoire, qui font la base des trafics, presque la totalité de nos importations ne s'applique pas à des produits français, que nous vendons surtout aux indigènes des alcools allemands ou des étoffes anglaises, mais c'est la conséquence déplorable de la cherté de nos fabrications. Si nous parvenions à produire dans des conditions moins onéreuses, nous réaliserions des bénéfices bien plus considérables, nous ne serions pas simplement les commissionnaires des autres nations.

Ces aveux de l'honorable conférencier semblent affaiblir l'utilité des sacrifices que nous imposera le protectorat de ces contrées africaines ; mais, dans ce rapide compte rendu, il ne saurait nous convenir d'introduire la moindre discussion. Nous préférons n'avoir qu'à signaler l'ardeur de conviction qui anime M. Rançon et louer les accents patriotiques que lui a suggérés la nécessité, indiscutable à ses yeux, de développer en Gambie notre influence par la propagation de la langue française et l'extension du courant commercial.

Le seul reproche que nous ferons à ce vaillant explorateur, c'est de se montrer trop modeste, de ne nous avoir pas retracé avec plus de détails personnels les dangers qu'il a courus, les observations si intéressantes qu'il a recueillies en pénétrant le premier, après onze jours de marche dans la brousse, sans rencontrer aucune habitation, dans la région inexplorée du Konaguié. Là, son sang-froid, son courage, lui valurent une réception cordiale de la part des sauvages, puissamment impressionnés sans doute par cet Européen, ce Français, qui se présentait à eux sans armes et cependant sans le moindre effroi.

Chez cette peuplade, très loquace, il dut subir d'interminables palabres ; mais, grâce à son interprète, il a pu dégager de cette éloquence si primitive quelques curieuses notations de mœurs, et notamment la traduction d'une charmante fable, le Singe et le Chacal, qui prouve qu'Ésope et La Fontaine ont eu des imitateurs ou des précurseurs jusque dans le centre de l'Afrique, et que, là aussi comme chez nous, quand «on chasse le naturel, il revient au galop».

Quelques projections de photographies faites par M. Lacroix ont terminé cette très intéressante conférence, et M. Joseph Chaumié s'est fait l'interprète de l'assistance en remerciant M. Rançon et en le conviant à revenir parmi nous.

Certainement, il reste à M. Rançon bien des choses attrayantes à nous raconter sur son séjour de quatre années en Gambie,.et s'il veut bien consentir à se mettre plus complètement en scène, à nous initier, dût sa modestie en souffrir, à ses actes absolument personnels, plus vif encore sera le succès de sa seconde conférence.

X. DE L.

(Extrait du Journal de Lot-et-Garonne, du 2 décembre 1894.)

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 15:22

Le prochain mois d’octobre connaîtra deux élections majeures aux Amériques : celle de la présidence au Venezuela et celle des municipales au Chili (le 28). J’ai toujours eu tendance à privilégier les élections mineures d’où cet article sur le cas chilien.

 

Le pays a vu le retour de la droite aux dernières présidentielles et, comme le Québec, a connu et connaît encore un mouvement de rejet de la jeunesse. Les municipales constituent un test original : la droite va-t-elle subir un échec ? le parti surprise des présidentielles va-t-il s’implanter ?


Pour comprendre il faut se souvenir que Pinochet a été remplacé (avec son aval) par une union (la Concertation) entre socialistes et démocrates chrétiens, jusqu’à l’échec d’Eduardo Frei représentant de cette histoire en 2009.

Face à la droite (Sebastián Piñera), le Parti communiste du Chili (PCCh) qui continue d’être relativement important a accepté de participer à la nouvelle union : l’opposition. Au nom du vote utile.

Mais un parti, arrivé troisième à la présidentielle, le parti progressiste qui avait déjà refusé de donner une consigne de vote à ce moment là pour le second tour, refuse cette forme de vote utile. Autour de Marco Enríquez-Ominami ce parti a décidé de lancer une grande campagne pour imposer une nouvelle constitution dans le pays. Celle en vigueur, mise en place par Pinochet vise en effet à imposer des coalitions. Marco Enríquez-Ominami, son leader,: témoigne par son  nom des deux cultures : celle de l’extrême-gauche par Enríquez (ancien dirigeant du MIR) et celle de la Concertation par Ominami.

Le PCCh n’a pas été suivi par l’ensemble de la mouvance qu’il représente car pour beaucoup la Concertation n’a pas fait mieux que la droite et inversement la droite n'a pas fait pire que la Concertation..

Dans cette constitution, le pays a seulement 378 communes avec 147 maires sortants pour l’opposition (59 de la DC, 30 du PS, 35 du PPD, 10 du PRSD et 13 indépendants), avec 4 communistes. Le PPD et le PRSD sont des alliés classiques de la Concertation.

Le cavalier seul du Parti progressiste va-t-il l’isoler et l’éliminer ou au contraire le renforcer en vu des présidentielles de 2013 ? Ce parti qui a failli arriver deuxième à la présidentielle était destiné à mourir, mais il n’a pas cessé de se battre depuis, avec des tensions internes dont la démission de deux grands dirigeants.

Alors comment échapper au vote utile ? Aucun mode de scrutin ne peut éviter ce piège. En France l’autre gauche plaide pour la proportionnelle (au nom de la justice que je comprends) sans se rendre compte que la proportionnelle n’ayant qu’un tour, elle aggrave le vote utile. Avec le vote à deux tours il y a la possibilité de dire : au premier tour je vote pour mes idées et au second j’élimine. En 1986 la proportionnelle n’a pas aidé le PCF ni aux législatives ni aux régionales. Et la proportionnelle des élections européennes d’abord intégrale sur l’échelle de toute la France puis sur les grandes régions n’a pas fait mieux. En France toujours, le Front national est celui qui peut le mieux bénéficier de la proportionnelle car son électorat a démontré qu’une crainte de victoire de la gauche ne diminuait pas sa détermination.

En France encore, un des équilibres qui me semble le plus juste est celui des municipales des grandes villes (système qui va être élargi) où il y a deux tours, la premier pour se compter, le second pour, en fonction du premier tour se coaliser, et si la proportionnelle qui s’en suit favorise le gagnant, elle permet cependant une représentation des minorités.

 

Il n’y a pas que le débat sur le mode de scrutin qui sera toujours un piège pour les minoritaires. Tout commence par l’inscription sur les listes. Le Chili va expérimenter en 2012 l’inscription obligatoire (le pays voisin, le Pérou, va jusqu’au vote obligatoire). Donc il y aura une donnée à observer à la loupe : la place de l’abstention.

Tous les pays du monde enregistre des montées de l’abstention, pas seulement à cause du vote jugé de toute façon inutile, mais aussi à cause de la puissance mondiale de l’économie qui dicte si souvent sa règle.

 

Je remarque par exemple que toute la gauche québécoise est pour l’indépendance (et je pense que là-bas cette position se justifie) mais la dépendance économique que peut-on en faire ?

 

Dans le cadre d’une élection municipale (le maire a moins de pouvoir qu’un gouvernement) la macro-économie devient secondaire au bénéfice du lieu d’apprentissage de la démocratie que constitue la vie locale. Mais au bout de la route comment cette vie locale peut-elle devenir plus solidaire, plus libre. Dans des métropoles ? Au Chili même dans les grandes villes il n’y a pas plus de dix conseillers municipaux : est-ce suffisant ?

Nous reviendrons sur ces questions au fil des jours. Jean-Paul Damaggio

 

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 15:45

Comme en France, le débat télé est un des grands rendez-vous électoraux mais il ne peut opposer deux candidats à la présidence puisque l’élection est seulement législative donc on n’attend pas qu’il n’en reste que deux pour débattre : ils seront trois. Jean Charest pour le parti sortant, Pauline Marois pour le Parti Québécois donné gagnant, et François Legault, un ancien du Parti Québécois qui a crée en 2011 un parti de droite le CAQ, sur les ruines d’un ancien parti de droite. Et l'autre gauche ? Elle n’est pas absente mais reste divisée même si Québec solidaire avec un député sortant peut passer la barre des 5% (un autre parti nouveau est doté de 2%). Il y a aussi les Verts avec 2%. Pour rendre compte de la situation cet article du Devoir d’aujourd’hui. JPD

 

De durs défis attendent les chefs

Charest et Legault doivent marquer des points, et Marois protéger son avance

A l’approche des débats des chefs, les trois protagonistes - Jean Charest, Pauline Marois et François Legault - se présentent dans des situations fort différentes. C’est à partir de ce moment charnière de la campagne électorale que les électeurs, du moins ceux qui n’ont pas encore arrêté leur choix de façon définitive, vont trancher. Jean Charest et François Legault doivent absolument marquer des points, le premier pour stopper la glissade des libéraux et se donner un élan, le second pour franchir la marche, encore haute, qui le sépare du pouvoir. Sereine, Pauline Marois cherchera avant tout à se montrer première ministre.

Avec quatre débats télévisés plutôt qu’un seul, une première dans l’histoire du Québec, il y a de fortes chances que la dynamique entourant cet exercice ne ressemble pas à ce que l’on a connu lors des campagnes électorales précédentes. Ainsi, il pourrait y avoir plusieurs gagnants et chacun des chefs, s’il advenait qu’il trébuche, aura deux occasions de se reprendre… ou de s’enfoncer.

Dimanche, c’est à un débat traditionnel, sur les ondes de Radio-Canada et de Télé-Québec, que l’électorat est convié. Outre les chefs des trois principaux partis, Françoise David représentera Québec solidaire. Suivent les trois débats du réseau TVA, calqués sur la formule des débats entre les candidats à la présidence française, où deux chefs s’affronteront en présence du modérateur Pierre Bruneau. Le tirage au sort a fait que lundi, c’est Jean Charest et Pauline Marois qui seront face à face ; mardi, ce sera Jean Charest et François Legault ; et mercredi aura lieu une confrontation entre Pauline Marois et François Legault.

D’emblée, Jean Charest détient l’avantage de l’expérience et du talent. C’est le meilleur debater parmi les trois chefs, celui dont on attend qu’il porte les meilleurs coups, voire qu’il fasse un coup de circuit comme en 2003, quand il avait terrassé Bernard Landry, alors que le Parti québécois menait dans les sondages, en brandissant une déclaration toute fraîche de Jacques Parizeau, dont le chef péquiste, à son grand dam, ignorait la teneur.

Or Jean Charest a cherché jeudi à diminuer les attentes. « Je sais que je serai la cible pendant les débats et que ça va être des tirs nourris », a-t-il dit. Dans son entourage, on souligne qu’un premier ministre qui sollicite un autre mandat remporte rarement un débat des chefs. Tout au plus espère-t-il un match nul.

C’est vrai pour le débat traditionnel qui ouvre la marche. Les Marois et Legault ne le ménageront pas, sans compter les coups d’épingle de Françoise David, quoiqu’objectivement, la co-chef de Québec solidaire ait tout intérêt à tirer du côté de la chef péquiste.

Au moins deux thèmes de ce débat représentent un défi pour Jean Charest. S’il peut s’appuyer sur son bilan quand il sera question des enjeux économiques, le chef libéral sera manifestement sur la défensive lorsque la question de la gouvernance (lire : la corruption) sera abordée, ou même lorsque le thème des politiques sociales sera discuté puisque les problèmes qui persistent dans le réseau de la santé pourraient prendre beaucoup de place. Quant au quatrième thème - la question nationale et l’identité -, il y a fort à parier que Jean Charest n’éblouira que sa base libérale.

 

Les face-à-face

C’est donc sur les face-à-face que mise Jean Charest. Ses angles d’attaque contre Pauline Marois sont connus : la chef péquiste, c’est la rue et le référendum, alors que lui incarne la stabilité, l’emploi et l’économie. Or le retour paisible des cégépiens en classe fait en sorte que l’enjeu de la loi et l’ordre le prive d’un des thèmes qu’il souhaitait marteler.

Son entourage fait remarquer que le premier ministre a dominé les échanges avec la chef de l’opposition à l’Assemblée nationale, ce qui devrait se transposer dans le débat qui les opposera.

François Legault a offert à Jean Charest toutes sortes de possibilités : le chef caquiste a prédit des années de perturbation s’il prenait le pouvoir et son écartèlement entre la gauche et les adéquistes, entre la souveraineté et le fédéralisme sera l’occasion pour le chef libéral d’exploiter les contradictions de la CAQ.

Jean Charest devra frapper un grand coup s’il veut sauver la mise ; il ne peut se contenter d’un match nul dans les débats à deux. « Il y a le Charest de 2003 et le Charest de 2007. C’est le Charest de 2003 qui doit se présenter », a-t-on confié. Il se doit toutefois de garder la stature d’un premier ministre. La côte est abrupte pour Jean Charest. Comme me le souffle un confrère, il marcherait sur l’eau qu’on l’accuserait de ne pas savoir nager.

À la surprise générale, Pauline Marois a connu un bon débat en 2008. Elle s’est avérée combative et elle a lancé quelques flèches bien acérées à Jean Charest. La stratégie sera différente cette fois-ci. Dans l’esprit qui caractérise sa présente campagne, la chef péquiste voudra apparaître « positive et sereine », assure-t-on. C’est la rassembleuse qui se présentera, la première ministre. Elle peut toutefois se montrer cinglante contre Jean Charest qui, à ses yeux, n’a pas été à la hauteur de sa fonction. Et elle en connaît un bout sur François Legault et ses convictions…

Mais il ne faut pas s’attendre à ce que Pauline Marois prenne des risques alors que son parti est en avance dans les sondages… « Elle n’a pas besoin de faire un coup de circuit. Il y a toujours un risque à faire ça », confie-t-on dans son entourage.

Quant à François Legault, il sera la point de mire. C’est le seul chef des trois principaux partis qui n’a aucune expérience des débats dans une campagne électorale, ce qui ne manquera pas d’attiser la curiosité de l’auditoire.

Le chef caquiste possède des atouts qu’il entend exploiter. Les sondages montrent qu’il est le chef qui incarne le plus le changement. Il est aussi celui qui est perçu comme celui qui peut le mieux s’attaquer à la corruption. Les stratèges libéraux trouvent qu’il manque d’aisance, que son body language est déficient et que ses accents toniques déréglés le desserviront. Des détails, croit-on à la CAQ. « Ce n’est pas un concours oratoire », avance-t-on. Et les gens en ont marre des beaux parleurs.

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 15:42

Ayant découvert un grand géographe réalvillois, j’apprends qu’il a écrit sur le Pérou, pays sur lequel le Réalvillois que je suis à tant écrit. Il y mentionne là un certain Carlos Benjamin Cisneros qui doit sans doute être le fils d’un des premiers écrivains péruviens Luis Benjamin Cisneros. Faute de données je fais cette déduction par la fonction de ce péruvien (diplomate comme son père) et de son éducation française (son père a longtemps vécu à Paris). On y mentionne la terrible guerre avec le Chili, pays où je me propose de suivre pendant un mois les prochaines élections municipales en direct. JP Damaggio

                                                   

 

 Article du Bulletin de la société géographique de Bordeaux de 1892

UN NOUVEAU TRAVAIL SUR LE PÉROU

 

Les difficultés, a-t-on coutume de dire, sont inséparables du premier début. Plus qu'à tout autre pays, cet adage s'applique aux jeunes républiques de l'Amérique latine. Il semble qu'une fée capricieuse se soit plu à combler leur berceau de ses dons perfides et à contrarier, par son intervention maligne, le développement spontané de leurs facultés et de leurs forces. Mais ces forces sont si puissantes qu'elles renverseront, qu'elles ont déjà renversé bien des obstacles. Et ce qui ajoute à leur énergie, c'est que les citoyens de la libre Amérique ont conscience de ce qu'ils valent et des destinées qui leur sont réservées. L'enthousiasme pour leur pays, la foi, j'entends la foi en eux-mêmes, voilà leurs qualités maîtresses. Avantages précieux! Pour bien servir sa patrie, il faut l'aimer; pour entretenir et développer les germes de sa prospérité, il faut croire au succès : la confiance est la condition de la victoire. Si grands que soient les embarras ou les obstacles, ils ne sauraient, en fin de compte, prévaloir contre la volonté humaine, alors que cette volonté s'exerce sur des ressources plus ou moins latentes, mais certaines. Or, dans l'Amérique latine, ces ressources existent et, pour notre Sud-ouest, elles méritent d'autant plus notre attention que notre situation géographique, alliée à la rapidité actuelle des communications, nous en rapproche.

La bibliothèque de notre Société de géographie commerciale de Bordeaux s'enrichissait, il n'y a pas quinze ans, de diverses publications péruviennes. Le Pérou voulait se faire connaître. Vinrent ensuite la guerre chilienne et ses désastres. Aujourd'hui les publications recommencent : le Pérou se relève et, à l'aide de son relèvement, il fait appel au travail. Notre Bulletin a fait mention en son temps de l'intéressante brochure: le Pérou en 1889. Récemment un de nos collaborateurs rédigeait, pour notre Société, à l'aide de nouveaux documents péruviens, une notice sur le Pétrole au Pérou, qui, en révélant presque une des richesses de ce pays, a attiré l'attention de négociants bordelais. Enfin, M. Carlos Benjamin Cisneros, le nouveau consul du Pérou à Bordeaux, a bien voulu nous communiquer un manuscrit dont il est l'auteur : Cartilla para estranjeros que deseen dirijirse al Peru, con datos estadisticos.

Sous ce titre modeste, M. Cisneros présente un exposé synthétique de la situation du Pérou, de son organisation, de ses ressources. C'est en France, croyons-nous, dans un de nos grands établissements d'instruction, que M. Cisneros a passé une partie de son adolescence ; qu'il nous permette de revendiquer un peu pour notre pays la netteté de sa méthode et la sobriété de son exposition. Il dit tout ce qu'il importe de savoir, il le dit avec clarté, avec agrément et sans phrases. Du détail des diverses provinces péruviennes, il ne nous donne que ce qui est indispensable pour caractériser l'individualité de chaque division. En revanche,  il rassemble, concentre et met en évidence les grands faits de l'ordre physique, économique et administratif qui constituent l'originalité de son pays. M. Cisneros nous a fait espérer, pour une prochaine réunion mensuelle de notre Société, une communication orale. Nos procès-verbaux, qui sont rendus publics, en conserveront la trace. Nous nous bornerons donc à signaler ici le manuscrit de M. Cisneros et ses mérites, et nous laisserons à l'auteur le soin d'exposer lui-même à nos collègues, qui sont les siens, la géographie et les ressources du Pérou.

J. GEBELIN.

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 17:18

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Je dédie ce vieil article à l’ami Jacques Desmarais puisque comme en 1994, nous sommes « à quelque temps d'un scrutin où le Québec se reprend à rêver » mais oh ! combien ! les rêves ont changé… Et puis Ducharme, c’est toujours le grand écrivain Ducharme. JPD

 

 

LE NOUVEL OBSERVATEUR, 14 SEPTEMBRE 1994

Réjean Ducharme, l’écrivain qui se cache depuis trente ans

L’Inconnu du Nord extrême

 

Il n'y a plus de borne à la curiosité publique. La littérature d'aujourd'hui ne lui fournirait pourtant que de très médiocres motifs, de ceux que l'amateur outillé se console de bercer dans son hamac, si le rédacteur en chef, alerté certaines années par de mauvaises sources ou par quelque désolante intuition, ne soupçonnait derrière le moindre roman l'ombre assidue et fuyante à la fois de cet inconnu : l'auteur. Il paraît qu'il n'y a pas non plus de fumée sans feu et que derrière trois cents grammes de fiction pure se cachent toujours une histoire vraie, un abonné au gaz, un surdoué de la douleur, un rescapé de son propre naufrage, voire, dans certains cas d'espèce, un échantillon d'humanité. Sans doute faut-il voir dans ce nouveau dogme l'influence discutable de la télévision sur la vie de l'esprit, qui fait qu'on n'est pas écrivain du point de vue de son crémier, ni même de son éditeur, en somme du point de vue général, tant qu'on n'a pas montré sa tête au peuple.

 

Or les auteurs, c'est quand même ce qu'on a imaginé de mieux pour discréditer les livres (après les critiques, il va sans dire). Les plus bavards nous font même la grâce de les faire oublier très vite. Et les plus secrets d'en décourager, par défaut, la lecture. Quelques-uns refusent de se montrer. On en viendrait même à douter de leur existence. C'est ce qui est arrivé autrefois à Réjean Ducharme. Homère non plus, on n'était pas sûr. On dispose toutefois d'un témoignage de Sémonide d'Amorgos, un grand reporter de la haute Antiquité. On parle aussi d'un cordonnier qui lui aurait refait une semelle à Néoticos. Enfin, sept villes grecques au moins se disputent le privilège de l'avoir vu naître. C'est plus qu'il n'en faut pour asseoir un homme dans l'existence. Mais Ducharme, rien. Il attend le Pindare ou le cordonnier qui le chausseront pour l'éternité. Depuis trente ans qu'il hante les faubourgs des lettres, aucun journaliste n'a même réussi à le rencontrer. L'auteur des « Enfantômes » est insaisissable. On en a connu pourtant, des sauvages, des discrets, des circonspects, des réservés, et même des très sobres. Mais Ducharme les dépasse tous, question tact. Pas un seul entretien, pas un propos rapporté ni la moindre trace en un tiers de siècle. Il faudrait sans doute mettre l'Interpol sur l'affaire, le crocheter une bonne fois et l'enfermer à la prison de la Santé. On verrait bien, mis enfin au secret, s'il n'accorderait pas d'interview, on verrait bien s'il n'a pas un cœur et s'il ne laisserait pas pleurer le père de famille qui est en lui (« Quelles canailles que ces pères de famille ! », disait déjà Talleyrand).

A force d'avoir nourri la légende, Ducharme est même devenu un mythe : il était l'écrivain sans tête, l'Arlésienne des neiges, le Godot de la farce québécoise, l'inconnu du Nord extrême, n'ayant consenti, sur un unique portrait photographique datant de ses lointains débuts, qu'un bref et définitif effort d'anthropométrie : il y arbore, sourire mince et cravate sombre, la triste expression où s'éternisent dans leur cadre, sur les commodes maternelles, les fils qu'une guerre n'a pas rendus.

Et voilà que nous arrivent simultanément, par les voies les plus inattendues, d'une part un neuvième roman, ce qui est une excellente nouvelle, d'autre part une deuxième photo, ce qui constitue un événement. Elle date d'une bonne quinzaine d'années, pour brouiller encore les pistes. Ducharme est au milieu de ses chiens, dans une campagne indéterminée des environs de nulle part. Ses lecteurs le savent : il aime les bêtes, et le chien en général. Dans «Va savoir», il écrit : «C'est une créature manquée, et qui a son manque au même endroit que nous.» Alors il regarde l'objectif, sans haine et sans peur, les mains dans les poches et les pieds dans la neige. Les chiens n'en reviennent pas.

Nous non plus, du reste. Il fut une époque, on nous aurait dit : « Coco, tu pars. Tu nous cherches le bonhomme. Et surtout, tu ne reviens pas avant de l'avoir trouvé. » C'était le bon temps. Le triomphe du vécu et de la note de frais. On partait comme Callaghan dans «Rendez-vous avec Callaghan ». C'est un vieux film anglais dont Ducharme fait grand cas dans ses récits, l'histoire d'un détective qui ne veut rien savoir de Scotland Yard. Il veut mener ses enquêtes tout seul. A un moment, le privé se retrouve nez à nez devant un malotru qui lui braque un revolver sur la tempe, et Callaghan crâne : «Vous n'oserez pas tirer, je le sais.» Voilà ce qu'on dirait à Ducharme, si on le débusquait.

On prendrait donc l'avion de Montréal, avec une édition de « la Flore laurentienne », surtout pour le chapitre « la Zone des feuillus tolérants ». Ducharme vivrait, du moins si l'on en croit les narrateurs successifs qui lui tiennent lieu de porte- parole, dans une zone de feuillus tolérants. Et on ferait tout comme dans « Va savoir », son récit le plus neuf (du moins par le numéro). D'abord, pour se mettre dans l'ambiance, on irait se taper un smoked-meat chez Ben Ash, un « spécial », au pastrami bien chaud, bien rose, entrebâillant ses épaisseurs au milieu d'un hérissement de frites où un cornichon mariné se fendrait en quatre. On louerait ensuite une Chevy-Van, équipée de pneus d'hiver, au cas où, et de cassettes disco en supplément. Et on débarquerait dans cet équipage chez Jacques Godbout, qui doit en avoir sa claque d'être tenu pour le sociologue en chef de la Belle Province. Pour l'amadouer, on lui glisserait tout de suite au creux des ouïes qu'on a vraiment adoré son dernier roman, « le Temps des Galarneau» (Comment ? Vous n'avez pas lu « le Temps des Galarneau » ? Mais vous ne savez donc rien du Québec contemporain !). Bon, on vous explique Galarneau, personnage à la fois naïf et déluré, est la figure emblématique de la mentalité québécoise depuis sa première apparition, en 1967. Pour comprendre le souci du Québécois en soi, il faut regarder ce que fait Galarneau. En 1967, il vendait des chiens chauds. Hot dogs, en langue étrangère. En 1994, il est agent de sécurité dans une grande surface. Vous avez tout compris.

Il n'y a pas de hasard. 1967, c'est aussi l'année de l'Exposition universelle de Montréal, du fameux cri primal de De Gaulle, « Vive le Québec libre ! », et du premier roman de Réjean Ducharme, « l'Avalée des avalés », tout de suite sanctionné par une gloire dont l'écrivain renonce à cueillir les fruits, sinon pour les lancer à la foule. Bref, Ducharme et Godbout sont les deux fils chéris de la Révolution tranquille. Ils se ressemblent comme le jour ressemble à la nuit, c'est dire s'ils sont nécessaires l'un à l'autre, et leur retour sur la scène, avec leurs illusions vaincues et leurs vieilles marionnettes, à quelque temps d'un scrutin où le Québec se reprend à rêver, ne saurait être dû au petit bonheur. Il n'y a plus de petit bonheur à ramasser au Québec depuis Félix Leclerc.

« Va savoir », c'est l'histoire d'un type que sa femme a quitté, et qui retape une ruine dans l'espoir qu'elle lui revienne. Même si Ducharme n'est pas un écrivain à clefs, ni d'ailleurs à symboles, on pourrait presque y voir une métaphore politique du destin québécois, et de ce ghetto paisible qu'un rien suffirait à faire basculer dans la féerie dont ses songes se remplissent. Voilà, peut-être, ce que - — Godbout nous aiderait à comprendre. En attendant, Rémi, le narrateur de Ducharme, ne ménage pas sa peine dans le chantier de son chez-soi, avec ses commodités branchées chez une voisine (lumineux). Toujours à balayer devant sa porte, à enfoncer des clous dans les bardeaux, à creuser son puisard à même le tuf, à traiter sa charpente à la créosote, dans une complexité sans espoir de vérins, de scies, de quincailleries sonores. « C'est très malsain la santé, ça fait agir », soupire-t-il. Et c'est surtout l'histoire d'un brave maudit qui a connu l'amour, le vrai, le bestial : «J'aurais bu l'eau de ton lavabo, bouffé les cheveux après ta brosse. » Son copain Vonvon, qui a eu lui aussi une fois sa photo dans le journal (c'est parce qu'il avait repeint le clocher de la cathédrale), a son idée sur la chose « Les femmes, dit-il, il y en a de deux sortes : les difficiles et les impossibles. »

A l'image des écrivains, en somme. Pourquoi les meilleurs sont-ils les pires ? Va savoir.

JEAN-LOUIS EZINE

« Va savoir », par Réjean Ducharme, Gallimard, 268 pages, 110 F.

14 SEPTEMBRE 1994

 

Un encadré :

Certains journalistes ayant suspecté à l'époque de ses premiers succès un canular, la mère de Réjean Ducharme, aujourd'hui disparue, avait publié en 1967 un communiqué attestant son existence et accordé un entretien à Michel Saint-Germain. Elle lui avait expliqué que Réjean avait été très jeune «le souffre-douleur » de ses camarades à l'école, ajoutant : «Il n'aime pas la société. Il veut vivre absolument seul. Il dit qu'il se sent de trop quand il est avec d'autres. » C'est le seul témoignage de ses proches que l'on possède. Réjean Ducharme a aujourd'hui 53 ans.

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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 17:16

Il m’est arrivé de croiser Jennar et René Backmann, deux personnages que j’apprécie et que je retrouve ici, unis par cet ancien entretien. Deux hommes fidèles à leurs combats démocratiques même 20 ans après. Je les salue. JPD

 

 

Nouvel observateur 15-21 avril 1993

 

Le Nouvel Observateur —Les Khmers rouges ont tué six membres de l'Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge en une semaine. Ils multiplient les opérations de nettoyage ethnique contre les Vietnamiens installés dans le pays. Pourtant, le secrétaire général de l'ONU vient de déclarer, à Phnom Penh, qu'il fallait continuer à dialoguer avec eux. Qu'en pensez-vous ?

Raoul Jennar. — J'ai été consterné par cette déclaration et révolté d'entendre le secrétaire général annoncer que les forces de l'ONU se retireront, comme prévu, après le 22 août et laisseront le peuple cambodgien «seul responsable du règlement de ses problèmes ». Comme si l'ONU pouvait se satisfaire d'organiser des élections sur 85 % du territoire cambodgien, de laisser le reste sous contrôle khmer rouge et d'abandonner un pays menacé par la guerre civile. L'ONU a pourtant une responsabilité à l'égard du Cambodge, je dirai même une dette, particulière. Pendant plus de dix ans, l'organisation internationale a toléré que le Cambodge soit représenté en son sein par des dirigeants khmers rouges qui auraient dû être traduits devant un tribunal pour crimes contre l'humanité. D'autre part, les objectifs les plus importants des accords « de paix » de Paris — désarmement des factions, ouverture de tout le pays à la démocratie et aux droits de l'homme, travaux urgents dans les secteurs prioritaires comme la santé et l'éducation — n'ont pas été réalisés par l'Apronuc.

N.O. Que peut-on attendre dans ces conditions, des élections prévues à la fin du mois de mai ?

R. Jennar. — D'abord, une contradiction très dangereuse entre deux légitimités : celle qui va naître des élections, et qui, issue du suffrage universel, sera incontestable ; et celle née des accords de Paris sous la forme du Conseil national suprême (CNS) où siègent, sous la présidence de Sihanouk, les représentants des quatre principales factions, dont les Khmers rouges. On peut en attendre aussi le déclenchement d'une véritable course contre la montre dont l'enjeu sera, bien entendu, le pouvoir. Cette course opposera ceux qui ont accepté les règles du processus de paix — à commencer par les élections — et les Khmers rouges.

N.O. — Comment échapper cette contradiction ?

R. Jennar. — A mes yeux, il n'y a qu'une seule solution demander à l'Assemblée élue d'investir un gouvernement provisoire d'union nationale, présidé par Sihanouk et regroupant toutes les formations politiques représentées à l'Assemblée. Un tel gouvernement constituerait un élément de stabilité décisif et faciliterait la transition entre les structures administratives actuelles et celles issues du suffrage universel. Plus vite on aura reconstitué un appareil d'Etat, une armée nationale, et entrepris la reconstruction du pays, plus on aura de chances d'écarter la menace mortelle que représentent les Khmers rouges.

Propos recueillis par René Backmann

Raoul Jennar directeur du centre européen de recherché sur l’Extrême-Orient, auteur de « Chroniques cambodgiennes » a participé aux séminaires d’information organisés par l’ONU pour les partis politiques cambodgiens.

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 13:14

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 Photo : L'évêque Le Tonnelier de Breteuil

 

 

Le 10 mai 1790 à Montauban, la contre-révolution met K.O. les « patriotes » et un mois après la situation est inversée à Nîmes. Pourquoi ? Nîmes qui a le pasteur Rabaut Saint-Etienne devenu personnage clef de la révolution tandis qu’à Montauban le pasteur Jeanbon Saint-André sera poussé par la défaite du 10 mai pour se lancer dans la politique.

La classe politique est d’abord le reflet des forces économiques en présence avec interférence des relations religieuses. Une fois ce constat de base rappelé il se trouve que la classe politique peut être plus ou moins intelligente (du moins c’est mon avis). Une intelligence qui consiste d’ailleurs à bien prendre en compte la réalité économique.

Je me plonge dans le 10 mai 1790 à Montauban car on y découvre rapidement une grande intelligence de la contre-révolution. Si le Sieur Froment de Nîmes avait été aussi malin que l’équipe montalbanaise : de Cieurac, de Chaunac, Vincent Teulières peut-être l’histoire de France aurait-elle pris une autre direction !

Toujours est-il, l’intelligence d’un moment est plus porteuse d’avenir que la bêtise de toujours.

C’était quoi, l’intelligence de la contre-révolution en 1790 ? Savoir se servir de la Révolution à son propre avantage ! Ce qui suppose :

1 ) admettre que la Révolution est légitime et irréversible

2 ) qu’une bataille de perdue ne signifie pas la défaite générale

3 ) valider en conséquence le principe qu’un Sicilien immortalisera : « faire que tout change pour que rien ne change ».

 

Le Capitalisme ne s’est pas inventé dans la Révolution dite bourgeoise mais dans l’intelligence de la contre-révolution ! La force du capitalisme repose sur ce constat : « on peut contourner la gauche, par la gauche ! »

Le conflit a une façade : droite contre gauche ; et une arrière-cours : les victoires de la gauche peuvent servir la droite.

 

Lénine, en révolutionnaire professionnel, savait que la Révolution se conduit sur deux fronts et pas seulement à cause de la fameuse maladie infantile du communisme.

 

Dès le 10 mai 1790 l’intellectuel Teulières (imprimeur de son état), le marquis-maire, le militaire audacieux et en guise de quatrième mousquetaire plus génial que les trois autres, l’évêque Tonnelier de Breteuil conduisirent les affaires de Montauban de façon « royale ». L’évêque d’extrême-droite aurait pu foncer tête baissée mais il n’était à Montauban que sur le papier et son idéologie de combat a pu être adaptée par ses Grands-vicaires et surtout l’imprimeur Teulières.

 

Cette intelligence de la contre-révolution avait une raison matérielle de base qui ne tient pas essentiellement dans les longues études qui firent leur jeunesse, mais dans le fait qu’ils osèrent gagner les élections municipales de février 1790. Eux qui considéraient que le pouvoir du peuple étaient une insulte à leur pouvoir du sang, comprirent qu’ils pouvaient légitimer leur pourvoir du sang… par le soutien du peuple. Tout esprit de gauche ordinaire avait cru qu’en donnant, par le vote, le pouvoir aux « gens actifs » (le suffrage universel viendra plus tard mais la question sera la même) ils allaient éliminer leurs oppresseurs de toujours, la noblesse. Et la grande majorité de la noblesse pensait de même ! A Montauban, elle pensait le contraire et a démontré qu’elle avait raison.

 

Entre situation économique et situation politique, le mécanisme n’est pas aussi mécanique que le voudraient les grands schémas généraux. Nous savons depuis 1790 que le capitalisme s’adapte parfaitement à des monarchies, des théocraties, des républiques, des dictatures, des seigneuries, du tribalisme… et même à toute disparition du pouvoir politique !

 

La révolution ou la réforme conduisent aussi directement à la confirmation du capitalisme qu’à sa contestation ! Victoire du fatalisme, ce même « fatalisme » qui va s’emparer petit à petit du grand Karl Marx et le conduire à penser que les hommes ne font que la révolution que leur dictent les conditions économiques ? A voir !

Jean-Paul Damaggio

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 13:11

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Le buste de son beau-frère, Jean-Gabriel Goulinat.

 

FRANÇOIS GÉBELIN

(1884-1972)

La disparition de François Gébelin, le 17 janvier 1972, a été sensible à tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'art, traitée avec sérieux et finesse. Notre confrère était devenu le maître incontesté et subtil de l'histoire de l'art français de la Renaissance, considéré surtout dans l'architecture de ses châteaux. Ce fut l'objet de ses principales publications : Les châteaux de la Renaissance (1927) ; Les châteaux de la Loire (1931, 4e éd. 1948). A ces volumes, rapidement devenus classiques, il convient d'ajouter Le style Renaissance en France, un chef-d'œuvre de précision et de clarté, qui parut dans la collection des « Styles » dirigée par notre confrère Norbert Dufourcq (1942, rééd. 1951), et, dans le même esprit, L'époque Henri IV et Louis XIII (1969).

François Gébelin s'était longuement et diversement familiarisé avec cette période. Né à Bordeaux le 27 février 1884, archiviste paléographe de la promotion de 1909, il avait choisi pour sujet de thèse : Le gouvernement du maréchal de Matignon en Guyenne pendant les premières années du règne de Henri IV (1589-1594). Il participa à l'édition entreprise par Fortunat Strowski et Pierre Villey des Essais de Montaigne (Bordeaux, 1906-1933) et publia des Observations critiques sur la princesse de Clèves (pour les Bibliophiles du Palais, 1930).

Il établit le catalogue de la collection de documents historiques conservée sous le nom de Godefroy, historiographe de France au XVIIème siècle, à la Bibliothèque de l'Institut (Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques publiques de France, 1914).

Il avait commencé sa carrière comme bibliothécaire de la ville de Bordeaux. Mobilisé dès le mois d'août 1914, il reçut une grave blessure qui le fit réformer, et il s'installa à Paris où il venait d'être nommé bibliothécaire de la Cour de cassation (1915). Il n'entrait pas dans un monde nouveau. Il venait de publier la Correspondance de Montesquieu (1914, 2 vol.), qu'il reprendra au tome III de l'édition des œuvres complètes de Montesquieu publiée sous la direction de notre confrère André Masson (1955). Il étudia tout naturellement le palais qu'il habitait et fit paraître une monographie, La Sainte-Chapelle et la Conciergerie (1931), non sans s'intéresser à la cathédrale voisine, Notre-Dame de Paris (1951). Au Palais de justice il se fit également un nom comme expert en écritures, mettant à la rédaction de ses rapports le même soin et la même rigueur qu'il appliquait à ses recherches érudites. Sa voie cependant était prise et ses études axées sur la Renaissance française, mais il furetait aussi dans les environs. De là, un recueil de planches, Les sculpteurs florentins du Quattrocento (1935) et Les trésors de la Renaissance, La sculpture en Italie et en France (1947).

Cela nous valut également une étude générale et nette, Les châteaux de France (1962).

Versailles en même temps l'attirait. « Voir » ce château, le connaître, le faire connaître, fut l'un de ses soucis, de ses succès : Images de Versailles (1937), Versailles (1939), qui connut de nombreuses éditions, la dernière (1965) se présentant comme un modèle d'exposition et de concision, d'élégance aussi dans l'illustration.

Mais ce ne serait pas assez de dire que la sûreté de l'information comme l'originalité et l'étendue des recherches furent parmi les grandes qualités de François Gébelin ; l'homme aussi transparaissait derrière l'érudit, courtois et foncièrement bon, toujours prêt à rendre service et à aider les autres, de sa science aussi bien que de ses deniers.

Les épreuves pourtant ne l'avaient pas épargné, mais il avait su les surmonter avec une sérénité exemplaire et tous ceux qui l'ont connu peuvent témoigner de la jeunesse d'esprit qu'il avait gardée, de la joie de vivre qui l'animait, tout ascète qu'il fût, et du souci constant qui a été le sien jusqu'à la fin de ses jours de tenir sur toutes choses sa curiosité en éveil : c'est un parfait honnête homme qui nous a quittés (1).

Pierre Veulet.

1 . On ne veut pas manquer d'évoquer ici la belle assistance, et combien émue, qui se pressa à la sobre et émouvante cérémonie des obsèques de François Gébelin au temple de l'Oratoire du Louvre. [M. Fr.]

 

Verlet Pierre. François Gébelin (1884-1972). In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1974, tome 132, livraison 2. pp. 385-386.

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