Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 14:10

quebec.jpg

Sur la photo, casseroles et drapeau québécois étonnent pour présenter Novecento. Le Théâtre de la Trotteusse n’a pas manqué d’audace pour venir au Festival d’Avignon jouer pendant cinq jours seulement, au Théâtre de l’Atelier 44, le texte emblématique d’Alessandro Baricco. Un acteur toulousain et d’autres encore ont souvent tenté ce pari. Malheureusement je ne peux pas dire si les quatre québécois ont réussi leur spectacle. Malgré les appels de leur parade pour inciter à l’heure du repas à s’installer devant eux, nous n’avons pas eu le temps. Je tenais cependant à les saluer. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans québec
commenter cet article
5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 14:21

Est-ce parce qu’il était le fils d’un grand bourgeois (1) que Carlo Rosselli s’est offert le luxe d’un projet irréalisable ? En souhaitant unir le meilleur des traditions anarchistes, communistes et socialistes, il pensait battre le fascisme. Comme pour sa fille, c’est la conjoncture qui a décidé de la forme d’action ou d’art.

Pour Rosselli la victoire du fascisme est en même temps la défaite des progressistes, et il ne suffit pas, pour sortir du drame, de dénoncer l’une, en oubliant l’autre. Optimisme oblige, il pensait lui aussi que le fascisme en était à son heure ultime, comme les opposant à Franco qui pendant les années 1950 et 1960 croyaient que le prochain mois de septembre signerait la fin du régime. Le fascisme n’était pas seulement une dictature : il avait gagné des consciences et des appuis solides au sein du peuple. Alors l’union dans l’action chère à Rosselli pouvait-elle changer la face de son pays ? Ou pouvait-elle seulement le conduire à la mort ?

Il est frappant de constater comment - à travers le temps, et jusqu’à aujourd’hui - penser le fascisme est si difficile pour les démocrates. La gauche pècherait-elle par angélisme ? Parce qu’on croit que l’homme est bon, on en déduit qu’il ne peut confier son sort à des autocrates ? Et fallait-il que Rosselli pensent l’homme bon pour imaginer une action commune, anarchistes, communistes et socialistes ! Il prenait bien sûr exemple sur la guerre d’Espagne où il avait vu une telle solidarité à l’œuvre, mais peut-être en se voilant la face pour ne pas pointer la montée des guerres internes.

 

Son livre fondamental, Le socialisme libéral, est un titre trompeur aujourd’hui. Un gros éditeur qui a l’habitude de prendre ses aises avec la traduction des titres, aurait plutôt traduit : un socialisme par la liberté. L’origine sociale de Carlo intervenait peut-être à ce niveau : la liberté comme lumière majeure du futur. Pour un misérable, si un dictateur lui donne du travail, soit il oublie que c’est un dictateur, soit il se dit qu’à tout prendre c’est mieux ainsi. Le rapport à la liberté me semble profondément lié à l’état social. D’où bien sûr, le besoin de socialisme si cher à Carlo Rosselli. Mais un socialisme qui ne soit pas un socialisme de caserne mais un socialisme dans la liberté.

 

Et disons une fois de plus : chez Carlo Rosselli l’action commande la pensée et non l’inverse. C’est en ce sens qu’il me passionne. La liberté n’est pas le droit, de dire oui ou non, d’avoir une presse dynamique ou de manifester. La liberté c’est la condition de base de toute condition sociale. Et cette condition de base doit permettre à des anarchistes, communistes et socialistes de travailler ensemble. Bien sûr, des anarchistes refuseront, tout comme des communistes ou des socialistes, car ils penseront que leur système est meilleur que l’autre. Mais ce système émancipateur ne peut être que le fruit de l’action et non le fruit d’une pensée au-dessus des hommes. Personne n’a un système meilleur que l’autre ! C’est à l’action de trouver la voie possible !

Le fascisme ne s’alimente-t-il pas aux pratiques socialistes, communistes, anarchistes, tout en servant les intérêts des plus puissants ? Un anarchiste de droite dira, comme le Parti Pirate, supprimons les impôts et d’Etat, tout est à tout le monde. Et je ne compte pas les grands dirigeants socialistes ou communistes qui en tout pays, ont apporté leur aide aux fascistes. Des fascistes qui gagnent, de par la division de ses adversaires les plus résolus !

Le fascisme inauguré en Italie a été combattif car il lui fallait gagner. Aujourd’hui le fascisme n’est plus l’œuvre de tel ou tel parti et il n’a pas une seule forme (du crime organisé, à la religion politique, en passant par la dictature des marchés). Il est rampant dans la société, par la soumission aux médias, aux jeux, aux ordres. Il est donc plus difficilement repérable. Fondamentalement, je pense qu’un des fascismes actuel, c’est quand des autorités veulent notre bien sans demander notre avis.

Dans ce contexte, Rosselli témoigne de deux choses :

- s’il a fallu l’abattre pour l’arrêter, aujourd’hui le fascisme veut réussir à l’arrêter sans l’abattre

- c’est d’abord par l’action (pas l’activisme) qu’en faisant vivre la liberté nous arrêterons le drame.

Jean-Paul Damaggio

(1) Cet article est schématique : il faudrait aussi évoquer une famille très politisée en tant qu'intime du grand Mazzini.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans italie
commenter cet article
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 21:21

En 2006, le PRD (Parti de la révolution démocratique) représenté par AMLO (Andres Manuel Lopez Obrador) a été battu de quelques voix par le parti de droite, le Parti d’Action Nationale (avec de fortes craintes de fraude). Cette année là les Zapatistes s’étaient fortement invités dans la campagne.

En 2012, le PRD uni à d’autres forces de gauche et représenté par AMLO a été battu de 7% par le Parti Révolutionnaire Institutionnel (avec quelques craintes de fraude).

La gauche serait-elle maudite ?

 

De 2006 à 2012 AMLO a conduit une campagne permanente à travers le pays jusqu’à indisposer son parti, le PRD. Finalement, nous en sommes restés au grand classique, la gauche c’est le sud du Mexique et la droite ou le centre-droit, le nord.

 

Le Mexique est un pays aux multiples cassures qui semble ne pas pouvoir se ressouder.

 

Faut-il cependant retenir de l’élection le retour du PRI ? Ce parti était-il vraiment parti ? La passion médiatique pour les présidentielles – un des instruments destructeur du politique – fait oublier les élections de députés et sénateurs. En l’an 2000 le PRI a perdu la présidence mais ne s’est pas effondré et depuis, il est toujours resté très présent au parlement. Il serait déplacé de croire qu’il est resté le même parti d’avant la coupure de l’an 2000. Au contraire, la compétition avec le PAN et le PRD l’a obligé à changer ses cadres, ses pratiques et ses objectifs.

 

Premier point : le candidat du PRI a été élu grâce à l’union avec un quatrième parti toujours oublié… les Verts. Si aujourd’hui, à la Chambre des députés, le PRI arrive tout juste à la majorité absolue (151 sièges contre 149 aux adversaires) c’est grâce à cette union.

 

Deuxième point : AMLO pensait gagner car il a réussi à fédérer toute la gauche, il a eu le soutien d’un mouvement étudiant dynamique, il avait un peu adouci ses propositions. Son échec c’est le risque d’une explosion du PRD et de toute la mouvance. Un émiettement classique à gauche.

 

Troisième point : l’effondrement du PAN tient bien sûr à l’échec de la lutte contre le crime organisé. Mais il s’agit aussi de la crise générale du pays. Les deux phénomènes s’épaulent et à ce jour personne ne sait ce que va faire le PRI. Pactiser avec quelques cartels pour éliminer les autres ? Le Mexique est à un tournant.

 

Aux Amériques, le Mexique a toujours été la plaque centrale et l’échec de la gauche, comme l’échec du PS au Chili, pose des questions fondamentales. Si l’image de l’Amérique latine c’est aujourd’hui encore en France, une image de gauche, si la victoire d’Obama aux USA pouvait éventuellement renforcer cette tendance, le compte n’y est pas.

 

Pourquoi les propositions sociales de la gauche n’emportent pas l’adhésion dans un pays où l’action sociale reste très importante ? Il y a une part de fraude mais elle ne peut pas tout expliquer. Plus que jamais, la Révolution mexicaine c’est devenu le pouvoir du crime ! Et le Mexique joue bien le rôle de plaque centrale ! La gauche est alors prise en étau : d’un côté la classe dominante (qui s’appuie sur les riches), et de l’autre la classe criminelle (qui s’appuie sur les pauvres). Pour corser l’affaire, Hillary Clinton déclara que les cartels c’étaient les nouveaux insurgés !

 

Le retour du PRI, c’est une fois de plus le choix du non-choix. J’ai observé dans le Yucatan des élus du nouveau PRI dévoués à la cause publique. Noircir le tableau ne sert à rien. Cette action militante à la base, que le PRD n’a pas les relais pour l’assurer, n’a bien sûr rien à voir avec la gestion que va mettre en œuvre ce parti au niveau national.

De toutes les contradictions existantes qui traversent tous les mouvements, une solution humaine surgira-t-elle au pays de l’homme le plus riche du monde, Carlos Slim ? Le décor des mariachis a été remplacé par les narcos films et les narcos chansons pendant qu’aux USA des Mexicanos inventent le spanglish. D’une façon ou d’une autre, la gauche est au pied du mur : si au Mexique elle n’invente pas une sortie démocratique de la criminalité organisée, cette plongée dans une forme de fascisme mangera tout le continent.

Faut-il comme en Uruguay proposer que la marijuana soit cultivée sous contrôle de l’Etat ? (comme le tabac en France quand le tabac de ce pays constituait la consommation majeure)

Faut-il comme à Rio, envoyer épisodiquement l’armée éradiquer le crime dans une guerre féroce ?

Faut-il croire comme au Venezuela que les mesures sociales suffisent pour faire reculer l’insécurité ? Le résultat n’est pas probant malgré les efforts réels.

Faut-il relancer l’économie par la mise en chantier de nouveaux gisements en tout genre donnés en exploitation aux Chinois, comme en Equateur et au Pérou ?

Finalement, le retour du PRI est un non événement, sa faible majorité à la Chambre la garantie que le débat démocratique va se poursuivre, et la poursuite du seul journal-coopérative que je connaisse dans le monde (La Jornada un des éléments d'une presse exceptionnelle) continuera de faire mon bonheur. Contre les clichés dominants.

Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Mexique
commenter cet article
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 14:09
 

L’écrivain égyptien est un habitué du Marathon des mots. Sans être gros, il est corpulent et sa présence en impose.

D’autres rencontres avec lui sont évoquées sur ce blog (voir lien au fond) et j’ai parlé d’une de ses prestations avec Dany Laferrière. Je vais y revenir ici pour parler spécifiquement du côté égyptien qui a été évoqué.

El Aswany s’est abstenu au cours des précédentes élections car il refuse aussi bien le retour des militaires que l’arrivée des Frères musulmans. Pour tenter un retour, il rappelle que les militaires et leurs alliés ont pourri la vie sociale depuis la révolution afin de discréditer les islamistes mais le vote a été clair et de ce point de vue a tourné une page de l’histoire du pays : les militaires sont renvoyés dans leurs casernes.

A partir de là, les démocrates peuvent-ils organiser une pression sur le nouveau président pour empêcher l’arrivée d’une théocratie ? El Aswany,  juste avant de venir à Toulouse, a rencontré le vainqueur de l’élection et il lui laisse trois semaines pour vérifier dans quelle mesure les acquis de la révolution seront respectés.

Pourquoi les militaires sont  à ce point rejetés ?

Il s’agit en fait d’un système global de répression qui entraînait l’humiliation de chacun. Le dictateur Moubarak était l’ami des grands dirigeants européens et pourtant il contrôlait le pays de la manière la plus dure.

A New York il y a des Egyptiens qui préfèrent y exercer des petits boulots plutôt que d’être médecin dans leur pays comme leurs diplômes les y autorisent.

Pour défendre la démocratie il fait une parabole : vous avez une voiture et parfois elle marche mal alors vous devez la réparer, mais nous on n’avait même pas la voiture ! Vaut-il mieux ne pas avoir une voiture pour s’éviter les problèmes des réparations ?

 

Pour El Aswany « l’imaginaire est réaliste ». L’écrivain est un voyeur et un voyant. Il ne fait pas que décrire la réalité, il anticipe car il a justement une forte observation de la dite réalité. Il se doit de s’imprégner de tout ce qui se passe et l’imaginaire est façonné par cette activité à laquelle il donne ensuite une force supérieure au travail du sociologue ou de l’historien.

Même quand il écrit ses chroniques hebdomadaires dans la presse (quelques unes viennent d’être reprises dans son dernier livre)  il se considère écrivain et non analyste et encore moins journaliste. C’est vrai la chronique qui peut peser de suite sur la réalité (ses chroniques sont publiées dans beaucoup de journaux du monde en même temps) est parfois lue comme un travail de journaliste mais lui il la propose en tant qu’écrivain, d’ailleurs il ne peut l’écrire seulement pour les Egyptiens puisqu’elle arrive au Liban etc…

 

Pendant un moment il fera la distinction entre la religion Islam et la forme recherchée par certain d’un état islamique qui ne se veut que la copie d’un état du temps de la naissance de l’Islam.

 

Malheureusement, le public n’a pu poser qu’une question à partir de la lecture d’une chronique. JPD

 

El aswany a écouté obama

Article - 15/06/09 - El aswany a écouté Obama - El aswany a écouté Obama Depuis la publication en 2004 de L’immeuble Yacoubian en Egypte, la renommée du romancier El aswany a franchi…

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans littérature
commenter cet article
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 14:08

J’ai repris cet article car il y a une mention du livre de Nello Rosselli sur Bakounine, la critique portant seulement sur l’autre livre, un roman. JPD

 

 

Humanité 30 mai 1928

 

Littératures étrangères : un roman italien sur Bakounine

 

Les cinq dernières années, qui marquèrent la période du régime fasciste au pouvoir, sont dans l'histoire de la littérature italienne, les années les plus pauvres au point de vue de la production littéraire. On ne peut, en effet, attribuer aucune valeur artistique ou scientifique aux nombreuses œuvres apologétiques écrites en faveur du régime fasciste, parues dans ce laps de temps. C'est pourquoi il faut relever avec double intérêt deux œuvres. L'une : Mazzini et Bakounine, 12 ans de mouvement ouvrier en Italie (1860-1872) de Nello Rosselli (Torino, 1927, Fratelli Bocca), l'autre Le Diable de Portaluniga, roman historique de Riccardo Bachelli (Milan Coschina, éditeur 1927)., qui sortent du cadre officiel de la littérature fasciste et traitent sous deux formes absolument différentes, le même sujet, c'est-à-dire la naissance du mouvement ouvrier en Italie.

Nello Rosselli, dans son livre qui traite les douze ans du mouvement ouvrier italien, du début de la réalisation de l'unité nationale italienne à 1872, année de la mort de Mazzini après l'achèvement définitif de l'unité, a fait le premier une œuvre d'analyse et de synthèse du milieu social et politique des premières années du mouvement ouvrier italien, et s'est efforcé de décrire objectivement la lutte entre les deux tendances qui, se disputaient la direction du prolétariat : la tendance républicaine mazzinienne et celle, révolutionnaire, de Bakounine.

Riccardo Bacchelli, lui nous met sous les yeux ce qu'il appelle « le personnel errant de la Révolution, défait, proscrit et qui se reconnaissait et se retrouvait d'un bout à l'autre des continents». En tête, Bakounine, et autour de lui divers types de révolutionnaires romantiques pris un peu dans tous les pays.

L'auteur met ses personnages dans le cadre de Locarno en Suisse où Bakounine, grâce au don magnifique du révolutionnaire italien Cafiero était devenu propriétaire de la belle villa, passée dans l'histoire sous le nom de la Baronata.

Là, les proscrits révolutionnaires venaient chercher refuge, et ils y trouvaient la nourriture, le logis. C'est à la Baronata que Bakounine projette son insurrection armée en Italie. Et le deuxième volume nous transporte en Italie, à Bologne, où la tactique insurrectionnelle bakouniste devait être mise l'épreuve dans la fameuse tentative de 1874 qui se termina par un échec pitoyable.

La formation du nouveau royaume d'Italie, dont beaucoup avaient espéré bonheur et bien-être, avait été, au contraire la déception la plus cruelle pour la grande masse de la population italienne. Une grande crise économique sévissait dans le pays, et le gouvernement pour se refaire, des fortes dépenses de la guerre et de celles nécessaires, à son nouvel appareil bureaucratique, avait décrété des taxes et des impôts si forts que les paysans et les ouvriers se trouvaient littéralement écrasée sous leur poids. Dans les campagnes, les paysans pauvres en révolte se livraient au brigandage mais ne tardaient pas à être écrasés par la nouvelle force armée de la monarchie. Dans les villes, la taxe sur le pain, ainsi que la nouvelle loi militaire rendaient toujours plus aigu le mécontentement des ouvriers. Les petits paysans eux-mêmes commençaient à regarder vers le passé comme vers un temps de bien-être perdu. La classe ouvrière, créée par la nouvelle industrie italienne s'agitait et cette agitation trouvait son expression la plus caractéristique dans la grande vague des grèves, qui suivit la Constitution de l’unité italienne.

C'est le moment aussi où l'Internationale jouit d'un tel prestige que Cafiero dans son enthousiasme de néophyte révolutionnaire écrit à Engels : « L'Internationale s'est emparée de toute l'Italie, des Alpes à l'extrême rocher de Sicile ; à Turin, comme à Catane, flotte notre glorieux drapeau ! »Le prolétariat en naissant avait conscience de sa mission, mais il se berçait de la douce illusion que la victoire serait très proche.

Le premier mouvement insurrectionnel italien fut organisé en août 1874 par Bakounine lui-même. Le centre de ce mouvement devait être Bologne - d'où l'insurrection devait s'étendre en Romagne et en Toscane. Des paysans venant de Romagne devaient occuper l'Arsenal et les fabriques d'armes et de munition de Bologne. En .effet, un groupe de 150 paysans révolutionnaires se mit en route pour Bologne mais il fut arrêté en chemin par les carabiniers. Bakounine qui, à Bologne attendait en vain l'arrivée des révolutionnaires, eut vent de la chose, et de sa cachette réussit après l'insuccès à se réfugier en Suisse.

Tel est le cadre historique dans lequel se meut le roman de Riccardo Bacchelli. Il faut dire tout de suite que l'auteur a su rendre cet épisode très intéressant, tant au point de vue historique - il a en effet en grande partie tenu compte de la vérité historique - qu'au point de vue purement littéraire.

Les types de révolutionnaires romantiques internationaux, qui forment les personnages qui se meuvent autour de Bakounine à Locarno sont dessinés à grands traits, en tenant bien compte cependant des détails, à l'image des portraits de Velasquez. Ce n'est pas seulement Bakounine en chair et en os qu'il fait revivre, mais aussi un des internationalistes italiens les plus dévoués à la cause prolétarienne, Carlo Gafiero, cet ex-diplomate, fils des nobles, qui se convertit au socialisme sous l'influence de Marx et d'Engels à Londres, et qui abandonne ensuite sa carrière, pour mettre toute sa fortune au service de ce qu'il croyait être la révolution alors qu'en réalité il ne se mettait qu'au service de Bakounine. Il supporte la prison avec stoïcisme, et, par amour de la cause, se privait de nourriture et de tabac. C'est lui qui, en Italie, donna une première version du Capital de Marx et qui fonda la première section italienne de la première Internationale, celle de Naples.

Non moins intéressants sont les autres : le Hollandais Nieuwenhuis, Gaston Barbassou, marchand d'huîtres de Cannes, un Anglais John Willcox que l'auteur appelle un ouvrier des Trade-Unions (!), mais surtout le Polonais 025 qui ne voulait être appelé que par une lettre et un chiffre, pour déjouer la haine de la réaction ! Ross, le Lithuanien, l'ami inséparable et taciturne de Bakounine. Mais c'est Salzana et Aristippe Marotteau, ex communard, directeur du journal le Salut Public, que Bacchelli a réussi à mettre en vie dans ce groupe. Salzana, un aventurier italien, avait voyagé par le monde et parlait une langue de vagabond et d'émigrant, il avait participé à tous les mouvements insurrectionnels de son époque et finit par s'échapper du bagne avec Marotteau. Marotteau, aux yeux de Bacchelli, est un fanatique, une âme de calviniste, robespierrien, possédant une vertu despotique qui lui aliénait l'amitié de tous - mourant, il abandonne l'asile de la Baronata parce que Bakounine est en désaccord avec lui sur le rôle delà Commune.

*

Dans ce groupe de révolutionnaires, un chapitre est destiné aux femmes. C’est d'abord Antonia, femme de Bakounine, silencieuse, peu encombrante et excellente ménagère qui administre aussi bien qu'elle le peut les affaires de Bakounine et de Caliero - et qui cède à Olirnpia, femme de Cafiero, l'administration de la Baronata. Vera Karpof, Russe, elle aussi, et qui jouera une part plus importante dans le j deuxième volume, est entrevue ici à Locarno - impatiente de rejoindre son amant, Andréa Costa, dont elle est le courrier secret. Enfin, Bacchelli fait apparaitre Anna Kuliscioff, cette autre Russe qui devait plus tard jouer un si grand rôle dans le mouvement ouvrier italien en devenant la femme et la collaboratrice d'Andréa Costa d'abord et de Filippo Turati ensuite. Cette beauté légendaire de la Kuliscioff, ayant alors vingt ans, de splendides et longues tresses de cheveux blonds enroulées autour de la tête, une forme élancée, des yeux blonds et une attitude de vierge slave, tout cela avait impressionné au plus haut point les premiers révolutionnaires italiens.

Quand la mauvaise administration de la villa « Baronata» à Locarno et l’asile que Bakounine offrait aux réfugiés politiques de tous les pays, eut engouffré toute où presque toute la fortune de Cafiero, « les chauds rayons de mai firent refleurir les espoirs révolutionnaires en Italie », et Bakounine se rend à Bologne pour établir un avant-poste de la Révolution sociale - et il annonce à tous «d'être prêt à l'étendre sur le reste du monde ».

Cafiero maintenant disparaît et à côté de Bakounine paraît Andrea Costa. - L'auteur, R. Bacchelli, qu'on dit natif de la province de Romagne, comme l'est Mussolini et l'a été aussi Andrea Costa, a dû entendre de la bouche même de ces vieux révolutionnaires romagnols le récit dont il fait la description. Il faut avouer que s'il a cherché à conserver une certaine objectivité vis-à-vis de Bakounine et de Cafiero, il est plutôt méchant envers Andréa Costa. Car Costa est l'homme le plus représentatif du socialisme italien.

La description de Bologne et de la campagne avoisinante, bien connue de l'auteur, le récit de la préparation à l'émeute qui semble fantastique mais est pourtant vrai, les tableaux des individus et des faits, des aventures de Bakounine, conspirateur tout cela est très attrayant, l'intérêt naît du fait que les événements décrits correspondent à la vérité, et que la plume simple de l'auteur a su faire revivre un épisode qui, dans cette même région où le fascisme a aujourd'hui semé le sang et la terreur semble d’autant plus saisissant. E. P.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans italie
commenter cet article
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 14:04

La droite se creuse la cervelle pour savoir les causes de son échec. Chacun scrute la campagne de Sarkozy pour en pointer les forces et les faiblesses. Comme si aujourd’hui, en Europe, une élection se gagnait ou se perdait sous l’effet d’une campagne ! L’essentiel c’est le bilan et Sarkozy savait très bien un an avant que cette présidentielle serait perdue. Il s’agissait seulement de limiter la casse. A l’échelle de millions d’électeurs et d’électrices les marges de manœuvre issues des mérites d’une campagne restent faibles. Si les sondages ont leurs milites, depuis toujours le vainqueur du second tour a été donné bien à l’avance (à l’exception de 2002 où le vainqueur attendu n’a pas passé l’épreuve du premier tour). En fait si la droite se creuse la cervelle c’est surtout pour régler la question du candidat. D’ici 5 ans quel sera le bilan de Hollande ?

 

En Europe, si hier il y avait une prime aux sortants, elle tombe aujourd’hui entre les mains des « sortis ». Les sortis de 2012 en France c’est la droite, comme ce fut le PSOE en Espagne. Que va-t-il se passer à présent ? Pas question ici de prédire le futur mais une observation du passé s’impose.

 

En 1981 j’avais 30 ans, je pensais que le PS allait décevoir, et que le PCF ramasserait les miettes. Mais le PCF était au gouvernement et il fut jugé responsable encore plus que le PS de l’échec du programme commun. Cependant, pour le PCF, les questions de politique intérieure n’étaient pas les seules en cause. L’effondrement de l’URSS n’était pas de nature à renforcer les PC du monde entier. Donc la droite a gagné en 1986 et le PCF a poursuivi son déclin.

Jacques Chirac a-t-il déçu ensuite de 1986 à 1988 ? Il n’a pas eu le temps et comme nous étions encore à l’époque de la prime au sortant, Mitterrand a été réélu et cette fois le PCF a évité d’entrer au gouvernement. La déception causée par le PS n°2 a été encore plus forte que la précédente et dès 1993 c’est la cohabitation qui va propulser Chirac à la tête du pays.

Plus malins que les autres, il décide d’une dissolution de l’Assemblée avant que la déception ne soit trop forte. Les élections devaient avoir lieu en 1998, elles eurent lieu en 1997. Une nouvelle fois le sortant est sorti.

Cette fois Jospin, plus malin que les autres, demande par référendum que le mandat présidentiel soit ramené à cinq ans. Première étape d’une révolution dans la Vème république, puisqu’ensuite ce sont les législatives qui sont placées à la remorque de la présidentielle. Tout était prévu pour une victoire de Jospin sauf l’intrus Front national. Contre Chirac, Jospin aurait gagné mais il a perdu avant !

Dans la nouvelle ère, le sortant Chirac ne s’étant pas représenté, Sarkozy a gagné comme s’il était l’homme nouveau. Sauf que Sarkozy et son équipe ont cru que cette fois le PS était K.O. à jamais. D’autant que l’ouverture rendait ridicule les survivants d’un PS proche par ailleurs d’une scission sur sa gauche (qui viendra un peu après). Crise ou pas crise, Hollande ou pas Hollande, Sarkozy était condamné par sa propre victoire. Il a invoqué la crise, mais comment se fait-il qu’il ne l’a pas vu venir ? Qu’il ne l’a pas anticipé ?

 

Pour le gouvernement Hollande, dès 2014 la sanction électorale va commencer. Impossible prévision ? Non, j’imagine seulement que l’histoire va se répéter. 1981, victoire de la gauche et en 1983 aux municipales suivantes, c’est la revanche de la droite, revanche d’autant plus facile que les municipales de 1977 avaient été très très bonnes pour la gauche. 2007, victoire de la droite et dès 2008 aux municipales c’est déjà la revanche de la gauche.

Les grandes tendances obéissent à des mécanismes qui sont toujours en place. Les citoyens, par les campagnes électorales, peuvent infléchir ici ou là ces tendances mais sans en changer le sens. Ce sont ces tendances que le Front de gauche utilisent pour expliquer l’échec aux législatives par rapport à la présidentielle : le moteur de la présidentielle servant le parti dominant. Qui peut battre le PS ?

 

Le Front de gauche comme alternative ?

Le Front de gauche même sans faire partie du gouvernement a répété que Hollande a été élu grâce à ses électeurs et aux prochaines municipales il devra aider le PS à sauver les meubles. En 2002 suite à l’échec du gouvernement Jospin, le PCF a plongé au bénéfice de l’extrême gauche (10%). Alors le PCF a eu pour fonction de remonter la pente en proposant l’union avec l’extrême-gauche. M-G Buffet ne pouvait réussir en 2007, mais Mélenchon a changé la donne sur ce point. Le cas grec est lié au mode de scrutin qui fait qu’il ne peut se répéter en France. Tout l’édifice politique chez nous est bloqué non par le bipartisme, mais par la bipolarisation. Le Front de gauche va avoir une grande difficulté pour se présenter comme alternative quand partout, dans les collectivités territoriales il gère avec le PS. Et il n’avancerait pas mieux s’il coupait les ponts avec ce même PS. La difficulté est globale pour les gauches du monde. En Espagne, où le mode de scrutin est plus proportionnel, pour le moment, la Gauche Unie monte dans les sondages mais au moment de l’élection, quel type de gouvernement possible ?

 

La droite comme revanche ?

La droite peut se partager en deux. L’UMP a prouvé qu’un parti unique c’était moins productif qu’un parti avec des alliés, comme le PS en a fait la démonstration [j’ai cru un temps que le modèle gagnant UMP pousserait vers un grand parti de la gauche]. Une partie de l’UMP peut s’allier avec un FN « normalisé », pendant que l’autre partie se tournera vers le centre. Des deux droites, laquelle dominera l’autre ? Tel est l’enjeu qui naîtra après les prochaines municipales. Sarkozy a préparé le terrain pour une domination de la droitisation. L’échec de Bayrou facilite la tâche de ses amis sauf que cas Borloo est toujours là. Il reste cependant des forces à droite pour rééquilibrer la dite droite. Le cas français se distingue peu, à mon sens, du cas italien avec pourtant un mode de scrutin tout différent. Quand, en 1992, l’opération « mains propres » a mis par terre les deux partis dominants, la démocratie chrétienne et le PS, j’ai cru que c’était enfin la victoire du nouveau PCI changé en PDS. Erreur, Berlusconi est arrivé. Pour peu de temps, car la gauche alliée au centre a enfin gagné mais sans oser prendre les mesures institutionnelles interdisant le cumul du pouvoir médiatique et politique. Berlusconi a marqué le pays et quand en septembre 2011 au cours d’un voyage en Italie j’ai pu constater qu’il était lâché à la fois par le patronat, le Vatican et ses alliés, je n’ai pas douté que la droite trouverait une sortie… à droite. Elle a inventé le « gouvernement par les experts ».

 

Il n’y a plus qu’à attendre le retour de la droite dure ?

Je présente seulement de grandes tendances pour réfléchir en fonction du passé. La politique n’est cependant pas une simple mécanique, surtout en France, et il appartient à chacun d’assumer ses propres responsabilités pour que le bien commun soit mieux en charge. JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans actualité
commenter cet article
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 14:34

A Aulnay–Sous-Bois il y a l’entreprise L’Oréal. Celle-ci fut fondée par Eugène Schueller qui finança la Cagoule et accepta de la soutenir. Après la guerre, l’un des assassins de Rosselli, Jean Filhol, travailla dans le groupe L’Oréal en Espagne. Parmi les autres complices il y avait Jean-Marie Bouvier, tellement ami de Mitterrand…

J’apprends qu’un citoyen d’Aulnay demande à rebaptiser la rue Schueller. L’adjoint PCF Miguel Hernandez en charge de ces questions répond « qu’on n’a pas souhaité débaptiser les rues, comme la droite l’avait fait en prenant la ville en 1983. ». Schueller tout de même ! Inversement, là où les frères Rosselli ont été assassinés, il y a un très beau monument. JPD

 

Ci-dessous, sa lettre ouverte sur le sujet :

«  JUIN 1937,  Il y a 75 ans, à Bagnoles-de-l’Orne les frères Rosselli sont exécutés par les tueurs de la Cagoule : Jean Filliol en tête qui sera protégé par L’Oréal (fondé par Eugène Schueller) après la guerre en intégrant la filiale espagnole avec Jacques Corrèze.

« Ami intime d’Eugène Deloncle, fondateur de la société l’Oréal, met ses moyens personnels à disposition de la Cagoule qui organise des réunions dans son propre bureau du siège de la société. En outre il aida financièrement l’organisation (ref. Alternatives Economiques 297, page 78). »

Depuis près de 10 ans je tente de débaptiser l’avenue Eugène Schueller à Aulnay-sous-Bois. J’avais écrit au maire Gérard Gaudron à ce sujet en 2005 puis à Gérard Segura en 2008.

Oralement on regrette mais on n’y peut rien. J’ai fourni un dossier à Philippe Gente en charge la commission à sa demande avec un double à Christophe Lopez, j’ai informé les membres du bureau municipal en vain. Je n’ai pas obtenu de réponse écrite à ce sujet.

Disons que s’attaquer au fondateur de L’Oréal, le père de Mme Bettencourt cela fait sans doute peur à nos élus. Pour ma part ce combat est important. Je n’imagine pas que l’assassin de Jaurès soit honoré par un nom de rue en France. Carlo Rosselli est un des plus grands « socialiste » du XX siècle en Europe.

Il y a des guerres et des assassinats qui se perpétuent. Il faut y mettre fin. J’avais toujours refusé de proposer un autre nom à la rue Eugène Schueller. Les élus aiment trop cela…

Or récemment j’ai découvert un élément bouleversant sur l’assassinat des frères Rosselli. La fille de Carlo Rosselli, Amelia était présente (elle avait sept ans) au moment du crime horrible de Filliol et de sa bande. Elle a souffert de ce spectacle d’horreur, qui l’a poursuivi toute sa vie.

Cosmopolite : « Est cosmopolite qui choisit de l’être. Nous n’étions pas cosmopolites, nous étions des réfugiés ». Plurilingue, elle est considérée aujourd’hui comme une des plus grandes poétesses d’Italie et d’Europe. Elle s’est suicidée en 1996.

Aussi je pense que la rue Eugène Schueller devrait s’appeler rue Amelia Rosselli. Oublions un peu Eugène Schueller et honorons Amelia Rosselli.

Et je propose que la ville de Settimo Torinese en Italie fasse de même : en Italie aussi la rue de l’usine de la filiale de L’Oréal s’appelle du nom de l’assassin de « Jaurès »…

Sur la plaque de rue j’imagine ce poème :

Le temps peut s’arrêter en bien

ou en mal ; il frissonne impertinent

de toute sa large bouche obscure, ou s’arrête

et hurle qu’il en a assez : de

cette belligérance.  »

Lettre d’André Cuzon : cliquer ici

 

(Il est doux de savoir qu'ici ou à des hommes se battent. JPD)

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans italie
commenter cet article
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 10:28

 couv-rosselli-copie-1.jpg

 

 

Avec cette modeste plaquette de 40 pages au prix de 5 euros, format A5, nous reprenons un texte fondamental de Carlo Rosselli que nous avons croisé en travaillant sur Maurice Rajaud mort sur le Front de Huesca et où Rosselli et ses amis sont intervenus. Nous donnons ci-dessous un extrait de la présentation. Autant dire que nous aurions aimé connaître cette famille italienne plus tôt.

 

Elles s’appelaient Amelia, je veux dire la fille et la mère se prénommaient Amélia, disons pour être plus précis que je parle de la mère et la fille de Carlo.

Leur première rencontre est entrée dans l’histoire, celle que la grand-mère a pu raconter cent fois et dans de multiples langues, à sa petite fille. Pour nous faciliter la tâche, l’une était née en 1870 et l’autre en 1930, exactement 60 ans d’écart. Une distance géographique les séparait tant que la première rencontre ne pouvait devenir qu’un événement. La grand-mère était née à Venise et sa petite-fille à Parigi, d’une mère anglaise !

 

Le 13 juin 1937 à 14 h 05, quand Amélia posa son pied gare de Lyon à Parigi, descendant du rapide venant de Florence, et qu’elle vit venir vers elle sa petite-fille de sept ans, elle pensait avoir fait le voyage pour retrouver ses fils blessés dans un accident de la route. Personne sur le télégramme n’avait osé écrire la vérité. « Un pieux mensonge » dira la presse.

 

Parmi les nombreux amis, le professeur Venturi et sa fille, l'emmenèrent rue Notre-Dame des-Champs, au domicile de son fils aîné et aimé. Pendant le trajet on la prépara à la dure nouvelle : ses deux fils avaient été victimes d’un terrible attentat et elle était à Paris pour leurs obsèques ! La mère des deux journalistes n'ira pas à Bagnoles de l'Orne ; les corps de ses deux enfants arriveront demain dans la journée ; leurs cercueils seront exposés dans leur appartement.

 

Quelques jours après la mort de Gramsci, Carlo et Nello Rosselli tombaient, à leur tour sous le coup des fascistes, faisant ainsi de l’année 1937, un tournant de l’histoire humaine et Amelia, la fille de Carlo grandira pour en témoigner indirectement.

 

Après l’enterrement au Père Lachaise, la vie d’Amelia au milieu des femmes de la famille, sous la direction de sa grand-mère Amelia, va devenir une vie d’exilée.

La France ne veut plus d’elles, elles partent en Suisse.

La Suisse ne veut plus d’elles, elles reviennent en France.

La France ne veut plus d’elles, elles partent en Angleterre.

L’Angleterre ne veut plus d’elles, elles partent aux USA.

Puis reviennent enfin en Italie.

 

La grand-mère, femme de légende qui, dès trente ans, avait eu les honneurs des revues littéraires françaises, va tenir debout jusqu’en 1954. Sa petite fille, devenue poète se suicide le 11 février 1996, date anniversaire du suicide de Sylvia Plath en 1963, au moment où Amelia est célébrée par Pasolini pour son premier recueil.

 

Amelia a supporté tant qu’elle a pu, ce boulet que tous les antifascistes traînent depuis 1937, en découvrant qu’au temps de son père, le fascisme tuait quand à présent, il se contente de faire l’inventaire des autodestructions.

Je sais, le suicide des poètes traverse toutes les époques de l’histoire, mais celui d’Amelia comme l’assassinat de Pasolini, prouve que notre époque traverse plus que les précédentes la vie de nous tous. L’homme a mangé la nature, puis il a mangé les autres hommes et en son stade ultime, il se mange lui-même. Amelia, je veux dire l’art d’Amelia comme l’oubli qui entoure la mort de son père, nous rappelle que l’humanité est sur la pente à la fois la plus dangereuse de son histoire, et la plus grandiose.

 

Il est peut-être temps que je parle de Carlo Rosselli (1899-1937) ce fils de gros producteurs de mercure, devenu un intellectuel marquant du socialisme, puis passé à l’authentique révolution un soir de juin 1924 quand il apprit l’assassinat de son maître Matteoti.

En ce mois de juin 1937, les deux frères étaient en villégiature, comme on disait alors. Sur une route normande, à Bagnoles de L’Orne (lieu de cure thermale), ils étaient heureux. Nello, jeune historien, venait d’arriver de Florence. Carlo revenait de se battre en Espagne. Ils se retrouvaient enfin.

L’engagement des antifascistes italiens aux côtés des républicains espagnols s’inscrivait, selon lui, dans une perspective de rédemption. L’appel lancé sur les ondes de Radio Barcelone que nous publions (un texte parmi tant d’autres aussi lucides), ne laissait aucun doute sur ses motivations.

Il s’agissait de laver, en quelque sorte, la « honte » de la défaite des antifascistes face à la montée vers le pouvoir du mouvement de Mussolini et l’instauration de son régime. À cet échec, consommé au début des années 1920, s’était ajouté l’aveu implicite d’impuissance des dirigeants de l’opposition qui, entre 1926 et 1927, avaient pris le chemin de l’exil. Carlo Rosselli avait alors été sans pitié pour ces antifascistes qui abandonnaient à l’ennemi le champ politique italien.

Il est arrêté en Italie mais avec Emilio Lussu et Fausto Nitti, ils s’évadent de l’île de Lipari, se réfugient à Paris et en 1929, ils ont créent Giustizia e Libertà.

En août 1930, dans un manifeste destiné à l’Italie, le mouvement affirme son opposition à la stratégie jusque-là conduite par la Concentrazione d’azione antifascista : « la libération de l’Italie doit être l’œuvre des Italiens eux-mêmes ».

Nous savons tous ce qu’il en sera : sans remettre en cause le courage des Résistants italiens, un débarquement en Sicile sonnera l’heure da la libération, comme un autre débarquement en Sicile sonna l’heure de l’unité italienne ! L’Italie s’est faite aussi par la Sicile !

 

Entre 1930 et 1934, les polémiques se succèdent, en particulier avec le parti socialiste. Avec l’article Orientations, Emilio Lussu ne fait pas dans la dentelle :

« Les masses furent brillamment conduites à la catastrophe. C’était du roi que notre parti socialiste attendait la république et de la bourgeoisie, le socialisme […]. [Les socialistes] étaient de doux agneaux qui paissaient et hurlaient au loup. Le loup prit le jeu au sérieux : il accourut et… mangea les agneaux. Quelques brigands mercenaires, rassemblés en peu de temps, ont suffi pour mettre en déroute le résultat de quarante ans d’organisation prolétaire. Il a suffi du seul bruit d’une charrette de laitier, et non de la rafale d’une mitrailleuse, pour disperser ce qui devait être l’armée révolutionnaire. »

 

Stéfanie Prezioso évoque Rosselli juste avant son exécution :

« C’était en novembre dernier [1936], à Paris, dans la demeure, pleine de livres rares, d’un savant italien. Il y avait Modigliani, vétéran d’un socialisme persécuté, il y avait l’historien de Botticelli, Jacques Mesnil… Il y avait aussi Carlo Rosselli et sa femme, tous les deux souriants avec l’assurance intérieure des êtres chez lesquels le drame de toute destinée humaine a fini par aboutir à un équilibre de forces. Ensemble, se ressemblant presque, ils donnaient au premier abord une impression de plénitude et de sécurité. On les sentait sûrs d’eux-mêmes ; dignes d’une confiance totale. Simples dans leur vie, loyaux, mettant des intelligences nettes et souples au service d’une grande cause, ayant trouvé leur voie, capables d’y marcher jusqu’au bout. Nous parlâmes des choses tragiques de Russie. Puis des choses tragiques d’Italie. Enfin, des choses tragiques d’Espagne… C’est l’époque qui est ainsi et elle exige qu’on la regarde en face. Nous étions là des rescapés de plusieurs dictatures totalitaires, et pourtant pleins de confiance en l’avenir des hommes.

Carlo Rosselli, bien bâti, corpulent, dans la force de l’âge, le visage plein, le teint sanguin, des cheveux châtain clair, un regard bleu ou vert aiguisé par les lorgnons – regard d’observateur –, avenant, parole attentive, d’une très grande courtoisie, mais révélant tout à coup, par la réplique directe ou le jugement sans merci l’âme ardente du militant. Il revenait du front d’Aragon ; un jour encore auprès de sa femme et il repartirait pour les tranchées d’Huesca, tenues par la colonne Durruti, les bataillons du POUM, les volontaires italiens. Il appartenait à cette formation qui, rassemblant des socialistes, des maximalistes [une tendance interne au PSI], des syndicalistes, des anarchistes, des trotskistes, a donné beaucoup de sang généreux à la classe ouvrière d’Espagne. » [1]

Si l’on écrivait sa vie – et il faut souhaiter qu’on l’écrive –, il en resterait un beau livre où l’énergie apparaîtrait sans cesse au service d’un socialisme de liberté.»

L’Espagne se présente, dans cette perspective, comme une occasion unique. La volonté de constituer une colonne spécifiquement italienne en est la première résultante. Avec l’intervention de l’Italie fasciste, l’Espagne devenait l’occasion du premier combat en armes contre le fascisme. Les conditions mêmes dans lesquelles s’inscrivait le conflit démontraient qu’il s’agissait bien d’une lutte entre deux conceptions du monde radicalement opposées, divisant les Italiens entre eux. Le républicain Randolfo Pacciardi, commandant du bataillon Garibaldi, en rend compte dans le discours qu’il prononce à la suite de la victoire de Guadalajara :

« La bataille du Front populaire a été éminemment défensive. L’enjeu consistait dans le sauvetage de la république et des institutions démocratiques menacées par l’attaque réactionnaire et la corruption de la bourgeoisie sénile du régime […]. Étant données les prémices, on ne pouvait donc s’attendre à aucun renouvellement effectif du gouvernement de Front populaire, incapable de s’attaquer hardiment à ces réformes de structures, sans lesquelles toute tentative de transformation s’abat contre l’équilibre interne du régime capitaliste et les inerties d’une lourde majorité de coalition. »

 

En cette époque de 1937, le mensonge devenant industriel, des journaux ont laissé entendre que les Rosselli étaient tombés sous les coups d’anarchistes espagnols ! Or Carlo Rosselli fut l’ami du philosophe anarchiste Camillo Berneri, autre grand Italien, assassiné – pour d’autres raisons… ! – à Barcelone dans les premiers jours de mai 1937. Oui, 1937, année fatale !

 

Une partie des assassins furent arrêtés dès janvier 1938 (le commando de la Cagoule comprenait huit personnes !), un procès eut lieu en France en 1948, un autre en Italie mais dans l’ensemble les coupables eurent bien peu d’ennuis ! JPD



[1] Stéfanie Prezioso « Aujourd'hui en Espagne, demain en Italie», Vingtième Siècle. Revue d'histoire 1/2007 (no 93), p. 79-91.

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans nos livres édités
commenter cet article
2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 19:58

L'ami René Merle m'indique que des livres qu'il m'arriva d'écrire sont sur google books. Je suis allé voir et surprise même des travaux anciens des années 1980 et épuisés sont là. Il me reste plus qu'à faire l'inventaire des absents (Mary-Lafon n'est pas digne de cet univers) et avertir les services savants du géant... mais il reste que la chair de cette histoire est absente. Naturellement, il est surprenant de se découvrir ainsi. Ces textes disponibles "gratuitement" car le petit éditeur neportera pas plainte pour protéger ses droits d'auteur, n'apportent en principe aucun bénéfice à google sauf qu'à cliquer che lui nous on lui apporte beaucoup ! Over-blog propose de rémunérer le blogueur que je suis alors que là aussi tout est gratuit. Qui paie ? La pub même si vous ne la voyez pas sur ce site ! Les milliards gagnés par google ne pourraient-ils pas être, en partie, reversés aux éditeurs, auteurs, libraires ?

JPD

PS : la faute d'orthograpjhe à Vazquez me dérange un peu

 

1.   Qui à tué Léon Cladel?

2.   Deux décembre 1851, la dictature à la française?

3.   Élections régionales en Tarn-et-Garonne: 1986, 1992, 1998, 2004

4.   Montauban, cinquante ans d'élections municipales, 1959-2008: ...

5.   Récits de politique sentimentale sur les années 1970-1990 en Tarn ...

6.   1789, la Révolution dans le Montalbanais: portraits et événements

7.   Les sans-culottes, Montauban-Verdun, 1793-1794: questions à la ...

1.   Victor Hugo au Mexique

2.   Où est le crime?: à Auch, Limoges, Moissac, Rouen, Heumont : 1850-1950

3.   Vásquez Montalbán: derniers instants, 18 octobre 2003 : enquête ...

4.   Bruniquel: deux usines à fer et leurs conséquences, 1800-1980

5.   De la répression à la criminalisation: Villeneuve-sur-Lot, ... Samazan, Renaud Jean et le Front populaire

6.   Le Tarn-et-Garonne et ses démocrates: anecdotes : 1848-1851

7.   Traces de Réalvillois entre 1870 et 1940: 70 ans de vie sur 700 ...

8.   Ma bien chère belle

9.   Ils disent non à la ligne grande vitesse Toulouse-Bordeaux

1.   Un clin d'oeil à Verfeuil

2.   Miss Cantecor et les chapeaux

3.   Le 22 janvier 2000 Vargas quitta Quito

4.   J'ai eu quinze ans en Tarn-et-Garonne: 2008-1808 : petites ...

5.   Une enfance rurale en Lomagne: 1923-1939

6.   Moissac a fêté Slimane Azem: le peuple en chansons

7.   Laïcité sans oeillères: de Redeker à Teper en pensant à Chahla Chafiq

8.   Malou dans son Noble-Val

9.   Luttes des salariés du Gers et du Tarn-et-Garonne en mai 68

1.   Pour la décroissance de la marchandisation: essai sur le ...

2.           L'abbé Marcellin, une vie de courage

3.   Autogestion aux Amériques: actualité de combats difficiles

4.   Rozier chantait, 1848-1851

5.   Au carrefour Wajdi Mouawad

6.   Flora Tristan, derniers instants: d'Agen à Castres (1844-2008) : ...

7.   Portraits de 101 femmes du monde

8.   Lengas: Numéros 57 à 58

1.   Trois présentations d'Olympe de Gouges

2.   Quel socialisme pour le Venezuela ?: discours du 15-12-2006

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans présentation
commenter cet article
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 21:49

« Claude Gilardo, le représentant de la gauche unie, retrouvera son fauteuil de conseiller général du canton de Brignoles. Une victoire très serrée, une fois encore, puisque Claude Gilardo l'emporte de treize voix. Pour rappel, l'an dernier, Jean-Paul Dispard l'avait emporté de cinq voix avant que le Conseil d'Etat n'invalide l'élection à la suite de certaines fraudes. Le maire de Brignoles est parvenu à limiter les écarts dans des communes désormais estampillées Front National comme La Celle (- 71 voix) et Camps (- 88). Il s'incline de trois voix au Val où il était arrivé en tête au premier tour. En s'imposant nettement à Tourves (+ 91) à Vins (+72) et plus difficilement à Brignoles (+ 12) Claude Gilardo gagne le droit de siéger à l'assemblée départementale pour la troisième fois. » Var Matin

 

L’élection était emblématique : depuis 2011 le FN allait-il confirmer dans cette élection partielle ? D’après le journaliste de l’Humanité, le FN n’a pas fait une campagne pensant peut-être que la confirmation serait facile. Du côté de la gauche le communiste Claude Gilardo a bénéficié de l’appui très fort du PS. Il a donc gagné. Une bonne chose qui ne peut dispenser de la réflexion car globalement on est dans le même rapport des forces qu’en 2011. Affaire à suivre ; JPD

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans front national
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche