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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 15:42

« De toutes les villes illustres, Marseille la plus calomniée. Et d'abord, Marseille calomnie Marseille. Chaque fois qu'elle tâche à n'être plus elle-même, elle grimace, elle se gâte au miroir de sa lie. » André Suarès

 

 

J’apprends qu’à Marseille, Renaud Muselier n’est autre que le petit neveu d’André Suarès. La droite a de ces continuités… Sauf que, seul contre tous, Suarès se voulait un visionnaire dont le réel détruisait les visions. Finalement Caubère se retrouve dans son Marseille : « Ému, il avoue que cette création lui permet également d’aller « vers son père » , lui l’artiste «issu d’un milieu bourgeois » et aux valeurs sociales, toujours « en guerre politique» avec sa famille. » indique La Marseillaise du 22 juin 2012.

Un entretien me dévoile comment Caubère a découvert Suarès :

« J'ai d'abord découvert André Suarès voilà une quinzaine d'années, par hasard, dans une librairie, avec Poète tragique, Shakespeare ou le portrait de Prospéro. Puis je suis tombé sur André Suarès, l'insurgé, une biographie de Robert Pariente. Lorsque j'ai enfin découvert Marsiho, j'ai reconnu une foule de choses de ma famille, de mon enfance. Cela m'a touché de manière très personnelle, un peu comme lorsque l'on découvre une photographie de nos grands-parents. Cette oeuvre est une véritable peinture de la ville, elle porte quelque chose de l'identité marseillaise. Un Marseillais d'aujourd'hui ne peut rester de marbre face à une telle pérennité. Néanmoins, beaucoup de Marseillais d'appartenance disent également qu'ils y reconnaissent des choses qu'ils n'osent pas ou ne savent pas exprimer. Marsiho possède des vertus de dévoilement incontestables. Ce qui est assez exceptionnel, c'est que Suarès aime vraiment la ville, dans le sens où il ne cache pas ce qui lui déplaît en elle, ses défauts. »

Etrangement c’est par le même livre Poète tragique que le sculpteur Bourdelle s’est lié d’amitié avec l’écrivain marseillais. Il y a avait bien sûr le commun amour de la Grèce mais il y avait surtout Poète tragique. Bourdelle écrira trois fois à Suarès pour lui dire son admiration avant de recevoir cette réponse :

« Les Kermès,

à Carqueiranne (Var).

22 mars 1922.

Quand j'ai reçu votre lettre, mon cher Bourdelle, je partais pour la Provence c'est le pays où je suis né. Je n'avais plus quitté Paris depuis neuf ans : je n'en pouvais plus ; j'avais la nostalgie des pins et des oliviers. Mars est le vent même ; et Vénus est la mer. Ils sont là qui se baisent sous mes yeux, dans la lumière. Je suis couché sur la colline. Je sens la chaleur du sein. Ces formes sont divines. Tout parle ici de ligne et d'éternité. Pour moi, il n'y a pas de beauté pure sans cette grâce aride. La fécondité des feuillages est oratoire, comme l’ornement. J’interprète ainsi le roman : entre le grec qui est tout statique, et l’ogival tout dynamique, le roman dans tous les ordres, est de la terre et du réel visités par l’esprit. Le roman agit et il rêve.

Vous écrivez comme vous modelez, mon cher Bourdelle : vous êtes roman et antique de la tête aux pieds mais comme nous devons l'être, avec le sentiment de notre vie propre. Je voudrais vous donner les portes et le maître-autel d'une église en ciment armé. Et les tombeaux aussi, dans les chapelles austères.

Soyez content, Bourdelle : vous avez été le seul, avec deux autres, à lire Poète Tragique et à l'aimer. Tout le reste a feint de ne pas le connaître. Tel est le sort de l'artiste solitaire, dans cette Ville, dont le sublime est sans cesse masqué par les fumées et les grimaces de la mode. Mais pas un mot. La plainte est le dernier des jeux. Il faut manier la foudre ou le silence.

Vous m'avez fait du bien, et je veux pourtant vous le dire. Je n'admire pas une générosité, qui vous est si naturelle mais elle me touche. D'ailleurs, vous savez mieux que personne au milieu de quelle tourbe nous vivons, et de quels mensonges la confusion est universelle. Nous sommes cinq ou six à garder la conscience de la forme et le sens héroïque du style pas un de plus.

J'attends le plâtre que vous m'avez promis comme une récompense. Me donnerez-vous, un jour, le buste de cette jeune fille que vous pétrissiez, l'an dernier, dans une matière si vivante ? De volupté secrète et de pudeur, elle rougissait sous vos doigts. S'il est quelques- uns de mes livres que j'aie encore, et qui vous plaisent, demandez- les-moi, je vous en prie : ils seront bien chez vous. J'aime vous entendre en nommer les titres. Vous ressemblez à Euripide (1) : autrefois, vous aviez l'air d'un berger sicilien. Les belles filles couraient-elles plus volontiers après vos noires boucles ? Les Muses ont des goûts moins frivoles. Certes, la jeunesse est heureuse à voir mais plus on vit, plus on approche de Psyché et de la forme éternelle. On est plus jeune ainsi, d'une jeunesse invisible et qui ne s'altère pas.

Portez-vous bien, mon cher Bourdelle. Je vous serre la main. Soyez heureux. S. »

Note JPD : C’est le surnom qu’ensuite Suarès donnera à Bourdelle

 

Voilà, on a retrouvé la Provence, Suarès et peut-être une porte d’entrée pour mieux comprendre Caubère. Jean-Paul Damaggio

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 15:39

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Sur la photo, Azeddine Benamara, surpris à l’accueil du Petit Louvre, où il vient de jouer avec Mounya Boudiaf la pièce de Chouaki, les Oranges. Spectacle déjà joué 95 fois à Paris, spectacle bien rodé, spectacle pour, en une heure, nous faire revivre l’histoire e l’Algérie.

 

En 1990 mon été était paisible et j’ai pu me payer le luxe de me plonger dans un hebdo nouvellement dans les kiosques français : Algérie actualité. Il s’agissait de l’hebdo algérien libéré des chaînes de la censure, un journal dont je n’ai jamais trouvé d’équivalent au monde. C’est par cette porte, en direct, que je suis entré dans l’univers algérien et particulièrement dans celui d’écrivains qui allaient ensuite subir la tragédie des années 90.

 

Aziz Chouaki, né en 1951 à Tizi Rached, appartient à cette génération contrainte de rejoindre la France pour y survivre à partir du début des années 90. Prof d’anglais, il travaillait pour la culture, pour le journalisme, pour la musique jazz et rock. Aujourd’hui encore il aime se souvenir de la Fête des Oranges à Boufarik au cours des années 70. « On chantait « yaourt » (c’est-à-dire phonétiquement), le public n’y voyait que du feu.»

Puis il a vu son quartier évoluer : « A un moment donné, je me suis mis à compter sur les doigts d’une seule main, les gens qui ne fréquentaient pas la mosquée, c’est là que je me suis dit que quelque chose était en train de changer, je sentais vraiment des poignards dans les regards, je devais représenter le diable pour eux. »

 

Les Oranges, pièce publiée en 1997 raconte avec le style cher à Chouaki les mutations de l’Algérie de 1830 au début des années 90. Combien de souffrances et d’espoirs perdus ? Pour survivre, un seul moyen possible : l’humour. L’humour de Fellag est d’abord dans les Oranges avec l’histoire du mécanicien. En Algérie il avait publié une nouvelle « Rire » où il était question de l’abolition systématisée du rire en Algérie.

 

La connaissance historique, base de la pièce, permet, à défaut de donner un sens à la vie de chacun, de pointer les responsabilités.

Un style à la Joyce habille l’ensemble.

L’acteur est parfait, et l’actrice, à la voix douce quand elle parle comme quand elle chante (sauf une colère contre Bugeaud), apporte un rythme soutenu au spectacle.

Pas de compensation.

Pas d’auto flagellation.

Juste un moment de théâtre.

Quand l’acteur lit la liste de quelques morts tués par l’islamisme, l’émotion ressentie n’est pas celle du lecteur solitaire accomplissant le même acte. Pourquoi est-elle plus immense ? Subitement je comprends mieux la lecture à haute voix de la liste des morts de la guerre 14-18 quand j’étais gamin devant le monument aux morts un jour de 11 novembre. Pour moi, c’était une musique sans aucun sens, mais pour nos pères c’était un partage de la douleur pour mieux se souvenir.

 

Les Oranges, c’est surtout un souvenir ! Un beau souvenir ! Et les massacres orquestrés par les maîtres du monde en tout genre (religieux, politiques, économiques) n’y peuvent rien, la saison des Oranges reviendra, comme le Temps des cerises.

Jean-Paul Damaggio

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 15:38

Les critiques du spectacle de Stéphane Braunschweig à Avignon au sujet de Six personnages en quête d'auteur  portent souvent sur l’intrusion du réel d’aujourd’hui, sur la scène. Le titre du Monde est clair : Six personnages englués dans le réel, comme la conclusion : « Les interrogations sur les allers-retours entre le théâtre et la vie, le réel et la fiction n'y prennent pas vraiment corps, parce qu'il y a justement trop de réel, de quotidien, sur le plateau, et pas assez de théâtre. »

Trop de réel ?

Libération en rajoute avec cette autre conclusion :

« Ces gens parlent sans cesse de «désir», de spectacle «plus réel, plus frontal, plus radical», de Facebook et de reality show, de la critique qui les attend au tournant. Petites scènes jargonnantes du narcissisme théâtral : de la discussion de bistrot entre intermédiaires culturels jusqu’au débat de publicité sociologique sur France Culture. Ça se veut distancié, ironique ; ça ne marche pas. Le metteur en scène a commis une faute, il s’est pris pour l’auteur. Si bien que, dans la dernière scène, quand le décor s’écroule et qu’apparaît un Pirandello ridicule, masqué, armé, tuant pour de faux le metteur en scène de la pièce, c’est Braunschweig, se dit-on, qui, pour de vrai, s’est tiré une balle dans le pied. »

Jack Dion de Marianne est plus enthousiaste mais tout de même, il note :

« Reste que l’on se retrouve avec des allusions un peu lourdes à l’univers de Facebook et à la dérive télévisuelle qui donne aux gens l’illusion de ne commencer à exister qu’à partir du moment où ils passent sur le petit écran, devenu la norme suprême de l’existence sociale. On n’est pas sûr que ces considérations constituent un véritable enrichissement d’un texte qui se suffit à lui-même. »

Et même le plus enthousiaste, Le Figaro, ne peut s’empêcher de noter, toujours en conclusion :

« Si l'on fait abstraction de quelques éléments censés moderniser le texte - smartphone et Facebook -, on a affaire à un spectacle audacieux, intelligent, souvent drôle, qui ne peut laisser indifférent et suscite forcément la réflexion. »

 

N’est-il pas étrange ce reproche unanime bien qu’involontaire et divers ? Facebook serait donc devenu un mot grossier sur une telle scène à partir du moment où l’auteur en montre l’aspect dérisoire ? Imaginons une pièce de théâtre sur la commercialisation de l’amitié et déduisons-en qu’elle soulèverait un tollé ! Facebook, phénomène de société (la preuve cette compagny est en Bourse) serait si mal venu dans une pièce qui se veut une critique du spectacle ? Observons que la présence d’un autre mot aurait pu susciter la même désapprobation, mais on a préfèré l’oublier : Sofitel.

 

Dans la pièce, la référence à Facebook s’inscrit dans une logique globale qu’il est sans doute plus difficile de questionner, que de dénoncer.

 

Pirandello, sa vie durant, a été obsédé par ce rapport entre la vie et le réel, entre l’auteur et le personnage, entre Un, personne et cent mille. S’il lui est arrivé de présenter au début de sa vie des personnages en quête d’un auteur, il a fini aussi par présenter un auteur en quête d’un personnage dans Quand on est quelqu’un (1933).

Qui cherche-t-on quand on se précipite sur le miroir Facebook, sur cette collection d’amis à bon marché ?

 

Pirandello savait Mussolini avant l’arrivée de Mussolini aussi, il le savait encore mieux pendant ses spectacles où nous avions des millions de personnages en quête d’un maître.

Le texte qui m’a rendu pirandellien est un discours de Luigi le 3 décembre 1931 à l’Académie royale d’Italie pour célébrer Giovanni Verga. Devant l’officialité fasciste rassemblée il a dénoncé la rhétorique portée par D’Annunzio, au profit du « réalisme » cher à Verga. Encore la Sicile contre l’Italie du nord ? Tout n’est que fiction mais attention, la fiction n’est pas tout ! « Le style des mots » contre le « style des choses » ! Et ce face à face explicitement présenté, chacun pouvait se souvenir que l’Italie était depuis toujours double, chacun ayant un camp à occuper. Pirandello étant du côté du style des choses. Il est explicite : « Dante et Pétrarque ; Machiavel et Guichardin ; L’Arioste et Le Tasse ; Manzoni et Monti ; Verga et D’Annunzio. »

Ce qui n’empêche pas Pirandello d’être subtil. Le jeune Verga était lui aussi du côté du style des mots.

Et ce style des choses a une conséquence en matière d’usage de la langue : « Chez les uns, c’est la langue comme on la compose, la langue écrite : « littéraire ». Chez tous les autres règne une saveur idiotique, dialectale, à commencer par Dante qui dans les dialectes justement, mais non dans celui-ci plutôt que celui-là, voyait le fondement de la langue vulgaire. »

 

Ai-je oublié la référence à Facebook dans la pièce de Stéphane Braunschweig ?

Facebook, ce n’est pas pour moderniser le texte, c’est pour, volontairement ou i volontairement dénoncer encore et encore, le style des mots… à prix bradés !

Jean-Paul Damaggio

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 21:54

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Sur la photo, nous voyons un nouveau Wajdi Mouawad à l’Ecole des Arts d’Avignon. Et s’il est en danger c’est que lui-même a voulu se confronter aux deux autres artistes qui le côtoient et qu’il a invités : Krzysztof Warlikowski (à gauche) et Stanislas Nordey (à droite).

Il s’agit d’un débat des rencontres européennes ayant pour thème : Europe-Méditerranée.

Wajdi veut diriger les débats : il est d’une part de la Méditerranée (Libanais maronite) mais d’une part seulement et il ne connaît rien à l’Europe culturellement et politiquement. Il est à présent « nord-américain » [j’utilise les parenthèses pour bien indiquer qu’il n’a pas dit américain] et c’est là qu’il a appris le théâtre. Il souhaite seulement parler de théâtre.

 

Se confronter avec les deux autres n’est pas le mot juste. Il a travaillé avec ces deux créateurs. Avec Stanislas il s’est fait acteur dans les Justes [voit mon livre sur Wajdi Mouawad]. Et ce que lui demandait le metteur en scène c’était le contraire de ses principes de mise en scène ! Par exemple, Wajdi est davantage dans le conflit que Stanislas. Cependant, pendant les répétitions, quand il quittait la scène (7 fois) Wajdi se précipitait pour écrire le roman qu’il avait dans la tête, roman où il doit y avoir des phrases de Camus, dit-il ! Un Wajdi déstabilisé mais les pieds sur terre !

Wajdi raconte qu’il travaille sur ce qu’est le théâtre en se remettant en question.

Le théâtre est fait de répétitions qui ne doivent pas tuer la création.


Avec le Polonais, il a travaillé à traduire Le tramway nommé désir de Tennessee Williams car il ne voulait pas une traduction française. Un nord-américain lui semblait plus apte à rendre le texte sur lequel cependant Krzysztof avait une idée précise. Par exemple, à un moment; il voulait un terme plus cru qui puisse choquer les spectateurs de l’Odéon. Et Wajdi répondait que là n’était pas le propos de l’auteur.


D’un côté, explique Wajdi, il y avait un oiseau, un busard qui plonge sur sa proie après de longues minutes d’immobilité. De l’autre un tigre qui dévore ; Wadji se décrit comme un scarabée.

Bref, les deux auteurs ont empoisonné son travail, ils l’ont corrompu, infecté, intoxiqué (la liste est longue des expressions).

 

Voilà ce que signifie "se mettre en danger" : il est commun de dire que l’Etranger est un plus, mais au départ c’est une déstabilisation, un déplacement.

 

Stanislas Nordey avait de quoi répondre puisqu’il fut lui aussi l’acteur chez Wajdi. Il pense qu’en effet, au théâtre, le confort guette et que toute remise en question est salutaire.

 

Krzysztof interviendra de manière plus intime. Il expliquera comment travaillant avec Wajdi en Italie sur la fameuse traduction, il a été marqué par le fait que son ami était devenu père d’une petite fille. Krzysztof demandera à Wajdi de lui écrire un monologue de Desdémone… pour compléter Skakespeare car il pense que l’auteur québécois est capable d’entrer dans la psychologie féminine.

 

J’ai suivi pendant une heure ce débat très riche de sincérités, de réflexions et d’amitiés. Je suis parti quand j’ai noté une parole mathématique comme les aime Mouawad :

- sur une sphère, si vous creusez de manière perpendiculaire, d’où que vous creusez, vous aboutirez au centre. Donc si vous croisez une difficulté, inutile de chercher un autre point de départ pour creuser, il suffit de persister sur la même voie afin d’arriver au noyau central, à l’Euréka de Galilée. Une parabole qui me rappelle pourquoi les génies restent accrochés à la même idée qu’ils tentent seulement de préciser au fil des années. La mise en danger ne peut pas impliquer le retour à la surface pour changer de voie mais la quête d’outils imprévus pour percer une couche plus dure que les autres.

 

En 2013 Stanislas Nordey est l’invité associé au Festival d’Avignon en compagnie, pour la première fois d’un créateur africain : Dieudonné. Nordey lui-même a par sa famille des origines africaines et polonaises. Parions que nous y retrouverons Wajdi Mouawad. Pour cette année 2012, le Québécois avait une de ses pièces jouée par la Compagnie Méninas : Pacamabo. Je ne connaissais par ce texte et n’ayant pas vu la pièce je n’en sais pas plus même s’il s’agit d’une affaire de famille : une jeune femme qui perd sa grand-mère. Encore les femmes en première ligne ? Jean-Paul Damaggio

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 14:25

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L’homme, assis à la table de ce restaurant où il consulte le menu, c’est l’acteur qui arrive en retard à « la répétition », dans la pièce qui se joue juste à côté, au cloître des Carmes. Je sais à présent pourquoi il arrive en retard… Avec quelques autres ils hésitent à jouer la pièce prévue quand tout à coup six personnages en quête d’auteur font leur entrée au milieu de leur « répétition ». L’homme, assis à la table de ce restaurant, deviendra même dans la pièce, un auteur potentiel de la pièce… Mais où sommes-nous donc ?

 

En 1990 mon été était paisible et j’ai pu me payer le luxe de me lancer dans l’étude de la langue italienne en compagnie d’un des écrivains qui m’a marqué le plus : Sciascia qui venait de mourir en novembre 1989. Par ce Sicilien j’ai découvert l’autre Sicilien, Pirandello, dont les éditions Folio venaient en mars d’éditer : Ecrits sur le théâtre et la littérature (livre qui contient une préface de Six personnages en quête d’auteur). La publication en édition bilingue de Nouvelles pour une année m’enfonça définitivement dans le pirandellisme. J’ai poussé la folie jusqu’à acheter les 1500 pages de lettres de Pirandello à son amour, Marta Abba. Pirandello a été Prix Nobel de littérature en 1934, du temps du fascisme. N’ayant pas eu à quitter l’Italie de Mussolini était-il devenu un écrivain du régime ?

 

Avec Marie-France nous avions déjà vu à Avignon, Six personnages en quête d’un auteur, or voilà que le Théâtre de la Colline en proposait une version sur une scène du In. Une semaine avant le début du Festival toutes les places étaient déjà prises mais finalement, à l’ultime minute, après avoir insisté, Marie-France a obtenu les deux billets.

 

A un journaliste de France Bleu recueillant à la sortie des impressions de spectateurs j’ai répondu : « Pirandello vivant ! » et ce fut en effet magnifique. J’avais quelques craintes après avoir lu les présentations dont un entretien avec le metteur en scène Stéphane Braunschweig où il expliquait : « Pour rester fidèle à Pirandello, il fallait le trahir. » De quelle fidélité et trahison s’agissait-il ? « Sa pièce écrite en 1921, porte une charge satirique contre le théâtre bourgeois en vogue à cette époque-là, qui désormais nous apparaît complètement désuet, avec sa hiérarchie des rôles, ses intrigues, ses coquetteries. »

 

L’entrée de l’actualité ne risquait-elle pas de briser l’équilibre de la pièce ? Ce ne fut pas le cas car grâce à la mise en scène il ressort exactement le contraire du spectacle : l’actualité appuie l’équilibre du texte, Pirandello est encore plus présent par quelques allègements de répliques, pour quelques utilisations d’outils technologiques et par ce souci majeur au théâtre : le coup de théâtre qui n’a pas besoin d’être l’apparition d’une femme ou d’un homme nu, ou la vue du sang qui coule réellement !

 

Mais restons-en sur un point précis : le rapport entre l’intimité de l’auteur et l’universalité de ses personnages. Parmi les six personnages, il en est un qui refuse la quête de l’auteur dramatique, ce fils, qui effet, entre scène sans qu'on le voit et dont on s’étonne à chaque fois qu’il soit là. Je crains fortement que le critique de Libération (1) qui, le lendemain de la première, descendra en flèche le metteur en scène, agrémentant son propos d’une citation inutile de Pirandello pour montrer sans doute sa science, n’ait pas lu le passage ci-dessous de l’auteur sicilien. Mais je reviendrais plus précisément sur cette question car à titre personnel ce n’est pas avec discrétion que je combats l’esthétique romantique même quand elle prend les couleurs les plus grandiloquentes du romantisme révolutionnaire. Ce qui m’incite à passer à une double présence québécoise sur le festival (voir article à suivre sur Tremblay et Wajdi Mouawad). J-P Damaggio

(1) C'est une constante : j'apprécie les spectacles dénigrés par Libération

 

 

La parole à Pirandello

“Si quelqu’un m’affirme maintenant que cette œuvre ne possède pas toutes les qualités qu’elle devrait avoir pour la raison, que, mal composée, chaotique, elle pèche par excès de romantisme, je ne pourrai que sourire. Cette remarque, je la comprends. En effet la représentation du drame dans le tourbillon duquel sont entraînés les six personnages apparaît tumultueuse et sans progression ordonnée : il n'y a aucun développement logique, aucun enchaînement dans la suite des événements. Ceci est vrai. L'aurais-je cherché à la lueur d'un lumignon que je n'aurais pu trouver une manière plus désordonnée, plus bizarre, plus arbitraire et compliquée, c'est-à-dire plus romantique, de représenter « ce drame dans le tourbillon duquel sont entraînés les six personnages ». C'est l'exacte vérité. Mais ce drame, je ne l'ai pas représenté : j'en ai représenté un autre — je ne répéterai pas lequel ! — où, entre autres plaisants éléments que chacun peut y découvrir selon ses goûts, figure justement une discrète satire de l'esthétique romantique : dans mes personnages mêmes si obstinés à vouloir l'emporter l'un sur l'autre en tenant le rôle que chacun d'eux joue dans un certain drame, alors que moi, je les présente comme des héros, d'une comédie différente qu'ils ne connaissent ni ne soupçonnent, de telle sorte que leur agitation passionnée, on ne peut plus d'esthétique romantique, et non sans humour placée et fondée sur le vide. Et représenté non de la façon dont il se serait organisé dans mon imagination si je l'y avais accueilli, mais comme tragédie refusée, ce drame, des personnages ne pouvait être, dans mon ouvrage, qu'une « situation appelée à un certain développement, ne pouvait se manifester que par des indices, tumultueusement et sans ordre, en violents raccourcis, d'une manière chaotique perpétuellement interrompu, dévié, contredit et même nié par l'un des personnages, même non vécu par deux autres.

Il existe en effet quelqu’un — celui qui « nie » le drame faisant de lui un personnage : le Fils — qui tire toute sa valeur et son relief de se trouver être personnage non de la « comédie à faire » — en tant que tel, il n'apparaît presque pas — mais de la représentation que j'ai donnée de la chose. Il est somme toute le seul qui ne vive que comme « personnage en quête d'auteur », à ceci près que l'auteur qu'il cherche n'est pas un auteur dramatique [il cherche son père : note JPD]. Il n'en pouvait être autrement autant l'attitude de ce personnage est en rapport organique avec ma conception du spectacle, autant il est logique qu'il détermine au sein de la situation un regain de confusion, de désordre, une nouvelle occasion de contraste romantique. »

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 14:13

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L’homme de la photo, qui brandit un beau bouquet de fleurs devant le théâtre des Carmes, c’est un nouveau Caubère doté d’une petite barbe et moustache peut-être pour se sentir encore mieux le personnage qu’il vient de jouer, à savoir André Suarès.

 

En 1990 mon été était paisible et j’ai pu me payer le luxe de lire une biographie au titre engageant :L’insurgé. Un journaliste sportif (Robert Parienté) présenta alors la vie d’André Suarès que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. J’ai alors découvert qu’on pouvait être de droite et s’insurger sans tomber dans l’extrême-droite. De quelle insurrection s’agit-il alors ?

Plus tard, le 6 janvier 1992, Jean-Pierre Léonardini présenta le livre sous ce titre : «Portrait d’un intraitable» dans l’Humanité, et peut-être est-ce ainsi que Caubère découvrit le Marseillais oublié ?

Et portant à la scène,Marsilho de Suarès, l’acteur Caubère a pris quelques risques. Suarès a surtout écrit sur Venise, Florence et Sienne car il fut surtout un amoureux de l’Italie. De l’Italie ai-je écrit ? Mais aussitôt s’impose cette question : de quelle Italie ? Car pour l’Italie comme pour Marseille, Suarès déteste autant qu’il aime ! Et il y a fort à craindre que certains n’aient entendu de Suarès qu’une branche et pas l’autre !

Pour comprendre, cette citation de Suarès reprise de Vues sur l’Europe :

« Il est une façon de penser, de sentir et parfois même d’agir qu’on peut appeler « miéterrane », c’est-à-dire propre à tous les peuples de la Méditerranée. Je trouve le mot dans Mistral, qui en est la conscience la plus ardente et l’interprète le plus admirable. En quoi, il est bien le génie de la Provence, et son poète. ? Car la Provence, quoiqu’on veuille en faire, au gré des systèmes et des partis, est grecque d’esprit bien plus que romaine ; çà et là, elle est d’oïl aussi, et sarrasine, et ligure et celte, et profondément chrétienne de sentiment. »

 

Dans le texte sur Marseille, le terme « miéterran » est également présent tout comme une présentation minutieuse du parler de la ville qui se distingue du parler provençal et cette distinction aurait pu éclairer Suarès sur l’écart entre Mistral et Gélu.

 

Le souci de ce mot doit nous ramener au principe essentiel de Suarès : « L’esprit aura raison du nombre. Et il faut que le nombre le sache, avant qu’il soit trop tard. Et si, d’aventure, le nombre avait raison de l’esprit, c’en serait fait de l’humanité. »

 

Pour un défenseur de la classe ouvrière, qui a le nombre pour elle, cette exaltation de l’individu a de quoi inquiéter, une exaltation qui n’est rien d’autre que celle de la poésie. Mais que peu la poésie contre l’argent, la guerre, les masses etc ?

 

Le Marseille détesté est celui de sa famille, celui de l’argent, de la Bourse, du commerce, de la Bourgeoisie qui a installé l’infâme lupanar dans les maisons qui hier étaient celle des aristocrates. L’aristocrate cher à Suarès n’est pas le seigneur exploitant les paysans mais l’homme de la distinction. Et pas étonnant si la classe ouvrière a été une classe visible tant qu’elle a eu son aristocratie pour la représenter.

 

Mais comment mettre en scène un texte de Suarès absolument pas fait par le théâtre où les images fusent au rythme d’une rafale de mitraillette ? J’ose imaginer que l’acteur Caubère a été pris par cette folie en lisant la présentation du mistral ! Il s’est aussitôt vu comme le mistral sur scène. Racontant sa vie, il avait déjà fait le mistral mais un mistral ordinaire or là ce vent devenait une épopée à la dimension de tout ce que Suarès ressentait pour la ville. Un vent qui soulage autant qu’il oppresse. Oui, un acteur faisant le vent sans autre outil que sa veste !

 

Le pari du spectacle sera gagné si les spectateurs sont renvoyés vers les textes de Suarès, un homme dont je n’ai pas encore compris les ressorts de l’amitié avec Bourdelle.

Pour joindre l’acte à la parole voici un des chapitres de Vues sur l’Europe. Il aide à comprendre Suarès. Sur ce point aussi sa position va d’un extrême à l’autre : « tantôt celui du héros viril, tantôt celui de la jeune fille». Jean-Paul Damaggio

 

Italie par André Suarès

"Que dirai-je encore de l'Italie? Je l'ai chérie comme une sœur merveilleuse, qu'on aime assez pour en faire une maîtresse. Je l'aime toujours. Ma nourrice était de Prato, et sa sœur a nourri mon frère. Un ancien prêtre de Lucques m'a initié au rudiment, et le bon vieil homme avait pour moi l'affection de l'oncle le plus indulgent et le plus tendre : il était de ces quatre ou cinq humanistes que j'ai connus dans mon enfance, qui m'ont entouré d'une admiration si douce et si charmante que toute autre depuis m'a paru bien vaine et bien peu sincère. Villanova, de Florence, fut ensuite mon précepteur pour le latin. J'ai toujours entendu parler italien, du temps que j'étais enfant. Mon père ne savait pas moins Dante que Virgile, et il en récitait bien des vers. Une de mes grand'mères était Marini en son nom, et sa famille venait de Venise. J'ai su que deux ou trois cousins éloignés ont conspiré pour la délivrance de L'Italie au temps du Risorgimento, et l'un d'eux au moins a payé son zèle de sa vie.

Dans mon premier voyage en Italie, quand je sortais à peine de la Sorbonne, j'ai vécu plus de dix mois, et j'ai couru l'Italie à pied, entre Gênes et Sélinonte, avec moins de quarante sous par jour, pour le vivre et le couvert. J'ai vécu en toute vérité d’amour, de vin pur et d’eau fraîche. Tant la passion de l'Italie, tant la joie d'y être, et la douleur d'y trop tendrement souffrir, m'ont servi de puissante nature.

Qu'on puisse aujourd'hui me travestir en ennemi de l'Italie me semble si lourd, si faux, si ridicule, que je ne veux pas m'en indigner; mais j'ai le droit d'en rire.

J'ai écrit sur l'Italie les livres de l'amour le plus ardent et le plus vrai, qui est tantôt celui du héros viril, tantôt celui de la jeune fille. Voyage du Condottiere, qu'on aime ou non cet ouvrage, est un grand poème en trois chants à la nature, à l'art, à l'éternelle beauté de l'Italie. Et j'y balaie avec ironie tout ce qui corrompt cette admirable image, tout ce qui l'abaisse, la rend vulgaire, et la ravale au goût mercenaire des sbires et de serfs avilis.

Des trois volumes, l'un est la sensation pure l’autre l'intelligence, et le dernier l'amour passionné : Venise, Florence et Sienne.

Voilà pourtant l'œuvre que les Italiens méconnaissent. N'importe quel centon de citations ou d'hymnes médiocres, d'opinions toutes faites, rencontre leur faveur et leur agrément. Mes livres, non. Bien plus, ils me font haïr, et de sauvages bouffons me menacent de mort assez souvent, avec un torrent d'injures, par lettres ou autrement.

Une sœur merveilleuse, disais-je? Mais quoi de plus funeste et de plus injuste qu'une sœur ennemie ?"

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 14:10

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Sur la photo, casseroles et drapeau québécois étonnent pour présenter Novecento. Le Théâtre de la Trotteusse n’a pas manqué d’audace pour venir au Festival d’Avignon jouer pendant cinq jours seulement, au Théâtre de l’Atelier 44, le texte emblématique d’Alessandro Baricco. Un acteur toulousain et d’autres encore ont souvent tenté ce pari. Malheureusement je ne peux pas dire si les quatre québécois ont réussi leur spectacle. Malgré les appels de leur parade pour inciter à l’heure du repas à s’installer devant eux, nous n’avons pas eu le temps. Je tenais cependant à les saluer. JPD

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 14:21

Est-ce parce qu’il était le fils d’un grand bourgeois (1) que Carlo Rosselli s’est offert le luxe d’un projet irréalisable ? En souhaitant unir le meilleur des traditions anarchistes, communistes et socialistes, il pensait battre le fascisme. Comme pour sa fille, c’est la conjoncture qui a décidé de la forme d’action ou d’art.

Pour Rosselli la victoire du fascisme est en même temps la défaite des progressistes, et il ne suffit pas, pour sortir du drame, de dénoncer l’une, en oubliant l’autre. Optimisme oblige, il pensait lui aussi que le fascisme en était à son heure ultime, comme les opposant à Franco qui pendant les années 1950 et 1960 croyaient que le prochain mois de septembre signerait la fin du régime. Le fascisme n’était pas seulement une dictature : il avait gagné des consciences et des appuis solides au sein du peuple. Alors l’union dans l’action chère à Rosselli pouvait-elle changer la face de son pays ? Ou pouvait-elle seulement le conduire à la mort ?

Il est frappant de constater comment - à travers le temps, et jusqu’à aujourd’hui - penser le fascisme est si difficile pour les démocrates. La gauche pècherait-elle par angélisme ? Parce qu’on croit que l’homme est bon, on en déduit qu’il ne peut confier son sort à des autocrates ? Et fallait-il que Rosselli pensent l’homme bon pour imaginer une action commune, anarchistes, communistes et socialistes ! Il prenait bien sûr exemple sur la guerre d’Espagne où il avait vu une telle solidarité à l’œuvre, mais peut-être en se voilant la face pour ne pas pointer la montée des guerres internes.

 

Son livre fondamental, Le socialisme libéral, est un titre trompeur aujourd’hui. Un gros éditeur qui a l’habitude de prendre ses aises avec la traduction des titres, aurait plutôt traduit : un socialisme par la liberté. L’origine sociale de Carlo intervenait peut-être à ce niveau : la liberté comme lumière majeure du futur. Pour un misérable, si un dictateur lui donne du travail, soit il oublie que c’est un dictateur, soit il se dit qu’à tout prendre c’est mieux ainsi. Le rapport à la liberté me semble profondément lié à l’état social. D’où bien sûr, le besoin de socialisme si cher à Carlo Rosselli. Mais un socialisme qui ne soit pas un socialisme de caserne mais un socialisme dans la liberté.

 

Et disons une fois de plus : chez Carlo Rosselli l’action commande la pensée et non l’inverse. C’est en ce sens qu’il me passionne. La liberté n’est pas le droit, de dire oui ou non, d’avoir une presse dynamique ou de manifester. La liberté c’est la condition de base de toute condition sociale. Et cette condition de base doit permettre à des anarchistes, communistes et socialistes de travailler ensemble. Bien sûr, des anarchistes refuseront, tout comme des communistes ou des socialistes, car ils penseront que leur système est meilleur que l’autre. Mais ce système émancipateur ne peut être que le fruit de l’action et non le fruit d’une pensée au-dessus des hommes. Personne n’a un système meilleur que l’autre ! C’est à l’action de trouver la voie possible !

Le fascisme ne s’alimente-t-il pas aux pratiques socialistes, communistes, anarchistes, tout en servant les intérêts des plus puissants ? Un anarchiste de droite dira, comme le Parti Pirate, supprimons les impôts et d’Etat, tout est à tout le monde. Et je ne compte pas les grands dirigeants socialistes ou communistes qui en tout pays, ont apporté leur aide aux fascistes. Des fascistes qui gagnent, de par la division de ses adversaires les plus résolus !

Le fascisme inauguré en Italie a été combattif car il lui fallait gagner. Aujourd’hui le fascisme n’est plus l’œuvre de tel ou tel parti et il n’a pas une seule forme (du crime organisé, à la religion politique, en passant par la dictature des marchés). Il est rampant dans la société, par la soumission aux médias, aux jeux, aux ordres. Il est donc plus difficilement repérable. Fondamentalement, je pense qu’un des fascismes actuel, c’est quand des autorités veulent notre bien sans demander notre avis.

Dans ce contexte, Rosselli témoigne de deux choses :

- s’il a fallu l’abattre pour l’arrêter, aujourd’hui le fascisme veut réussir à l’arrêter sans l’abattre

- c’est d’abord par l’action (pas l’activisme) qu’en faisant vivre la liberté nous arrêterons le drame.

Jean-Paul Damaggio

(1) Cet article est schématique : il faudrait aussi évoquer une famille très politisée en tant qu'intime du grand Mazzini.

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 21:21

En 2006, le PRD (Parti de la révolution démocratique) représenté par AMLO (Andres Manuel Lopez Obrador) a été battu de quelques voix par le parti de droite, le Parti d’Action Nationale (avec de fortes craintes de fraude). Cette année là les Zapatistes s’étaient fortement invités dans la campagne.

En 2012, le PRD uni à d’autres forces de gauche et représenté par AMLO a été battu de 7% par le Parti Révolutionnaire Institutionnel (avec quelques craintes de fraude).

La gauche serait-elle maudite ?

 

De 2006 à 2012 AMLO a conduit une campagne permanente à travers le pays jusqu’à indisposer son parti, le PRD. Finalement, nous en sommes restés au grand classique, la gauche c’est le sud du Mexique et la droite ou le centre-droit, le nord.

 

Le Mexique est un pays aux multiples cassures qui semble ne pas pouvoir se ressouder.

 

Faut-il cependant retenir de l’élection le retour du PRI ? Ce parti était-il vraiment parti ? La passion médiatique pour les présidentielles – un des instruments destructeur du politique – fait oublier les élections de députés et sénateurs. En l’an 2000 le PRI a perdu la présidence mais ne s’est pas effondré et depuis, il est toujours resté très présent au parlement. Il serait déplacé de croire qu’il est resté le même parti d’avant la coupure de l’an 2000. Au contraire, la compétition avec le PAN et le PRD l’a obligé à changer ses cadres, ses pratiques et ses objectifs.

 

Premier point : le candidat du PRI a été élu grâce à l’union avec un quatrième parti toujours oublié… les Verts. Si aujourd’hui, à la Chambre des députés, le PRI arrive tout juste à la majorité absolue (151 sièges contre 149 aux adversaires) c’est grâce à cette union.

 

Deuxième point : AMLO pensait gagner car il a réussi à fédérer toute la gauche, il a eu le soutien d’un mouvement étudiant dynamique, il avait un peu adouci ses propositions. Son échec c’est le risque d’une explosion du PRD et de toute la mouvance. Un émiettement classique à gauche.

 

Troisième point : l’effondrement du PAN tient bien sûr à l’échec de la lutte contre le crime organisé. Mais il s’agit aussi de la crise générale du pays. Les deux phénomènes s’épaulent et à ce jour personne ne sait ce que va faire le PRI. Pactiser avec quelques cartels pour éliminer les autres ? Le Mexique est à un tournant.

 

Aux Amériques, le Mexique a toujours été la plaque centrale et l’échec de la gauche, comme l’échec du PS au Chili, pose des questions fondamentales. Si l’image de l’Amérique latine c’est aujourd’hui encore en France, une image de gauche, si la victoire d’Obama aux USA pouvait éventuellement renforcer cette tendance, le compte n’y est pas.

 

Pourquoi les propositions sociales de la gauche n’emportent pas l’adhésion dans un pays où l’action sociale reste très importante ? Il y a une part de fraude mais elle ne peut pas tout expliquer. Plus que jamais, la Révolution mexicaine c’est devenu le pouvoir du crime ! Et le Mexique joue bien le rôle de plaque centrale ! La gauche est alors prise en étau : d’un côté la classe dominante (qui s’appuie sur les riches), et de l’autre la classe criminelle (qui s’appuie sur les pauvres). Pour corser l’affaire, Hillary Clinton déclara que les cartels c’étaient les nouveaux insurgés !

 

Le retour du PRI, c’est une fois de plus le choix du non-choix. J’ai observé dans le Yucatan des élus du nouveau PRI dévoués à la cause publique. Noircir le tableau ne sert à rien. Cette action militante à la base, que le PRD n’a pas les relais pour l’assurer, n’a bien sûr rien à voir avec la gestion que va mettre en œuvre ce parti au niveau national.

De toutes les contradictions existantes qui traversent tous les mouvements, une solution humaine surgira-t-elle au pays de l’homme le plus riche du monde, Carlos Slim ? Le décor des mariachis a été remplacé par les narcos films et les narcos chansons pendant qu’aux USA des Mexicanos inventent le spanglish. D’une façon ou d’une autre, la gauche est au pied du mur : si au Mexique elle n’invente pas une sortie démocratique de la criminalité organisée, cette plongée dans une forme de fascisme mangera tout le continent.

Faut-il comme en Uruguay proposer que la marijuana soit cultivée sous contrôle de l’Etat ? (comme le tabac en France quand le tabac de ce pays constituait la consommation majeure)

Faut-il comme à Rio, envoyer épisodiquement l’armée éradiquer le crime dans une guerre féroce ?

Faut-il croire comme au Venezuela que les mesures sociales suffisent pour faire reculer l’insécurité ? Le résultat n’est pas probant malgré les efforts réels.

Faut-il relancer l’économie par la mise en chantier de nouveaux gisements en tout genre donnés en exploitation aux Chinois, comme en Equateur et au Pérou ?

Finalement, le retour du PRI est un non événement, sa faible majorité à la Chambre la garantie que le débat démocratique va se poursuivre, et la poursuite du seul journal-coopérative que je connaisse dans le monde (La Jornada un des éléments d'une presse exceptionnelle) continuera de faire mon bonheur. Contre les clichés dominants.

Jean-Paul Damaggio

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 14:09
 

L’écrivain égyptien est un habitué du Marathon des mots. Sans être gros, il est corpulent et sa présence en impose.

D’autres rencontres avec lui sont évoquées sur ce blog (voir lien au fond) et j’ai parlé d’une de ses prestations avec Dany Laferrière. Je vais y revenir ici pour parler spécifiquement du côté égyptien qui a été évoqué.

El Aswany s’est abstenu au cours des précédentes élections car il refuse aussi bien le retour des militaires que l’arrivée des Frères musulmans. Pour tenter un retour, il rappelle que les militaires et leurs alliés ont pourri la vie sociale depuis la révolution afin de discréditer les islamistes mais le vote a été clair et de ce point de vue a tourné une page de l’histoire du pays : les militaires sont renvoyés dans leurs casernes.

A partir de là, les démocrates peuvent-ils organiser une pression sur le nouveau président pour empêcher l’arrivée d’une théocratie ? El Aswany,  juste avant de venir à Toulouse, a rencontré le vainqueur de l’élection et il lui laisse trois semaines pour vérifier dans quelle mesure les acquis de la révolution seront respectés.

Pourquoi les militaires sont  à ce point rejetés ?

Il s’agit en fait d’un système global de répression qui entraînait l’humiliation de chacun. Le dictateur Moubarak était l’ami des grands dirigeants européens et pourtant il contrôlait le pays de la manière la plus dure.

A New York il y a des Egyptiens qui préfèrent y exercer des petits boulots plutôt que d’être médecin dans leur pays comme leurs diplômes les y autorisent.

Pour défendre la démocratie il fait une parabole : vous avez une voiture et parfois elle marche mal alors vous devez la réparer, mais nous on n’avait même pas la voiture ! Vaut-il mieux ne pas avoir une voiture pour s’éviter les problèmes des réparations ?

 

Pour El Aswany « l’imaginaire est réaliste ». L’écrivain est un voyeur et un voyant. Il ne fait pas que décrire la réalité, il anticipe car il a justement une forte observation de la dite réalité. Il se doit de s’imprégner de tout ce qui se passe et l’imaginaire est façonné par cette activité à laquelle il donne ensuite une force supérieure au travail du sociologue ou de l’historien.

Même quand il écrit ses chroniques hebdomadaires dans la presse (quelques unes viennent d’être reprises dans son dernier livre)  il se considère écrivain et non analyste et encore moins journaliste. C’est vrai la chronique qui peut peser de suite sur la réalité (ses chroniques sont publiées dans beaucoup de journaux du monde en même temps) est parfois lue comme un travail de journaliste mais lui il la propose en tant qu’écrivain, d’ailleurs il ne peut l’écrire seulement pour les Egyptiens puisqu’elle arrive au Liban etc…

 

Pendant un moment il fera la distinction entre la religion Islam et la forme recherchée par certain d’un état islamique qui ne se veut que la copie d’un état du temps de la naissance de l’Islam.

 

Malheureusement, le public n’a pu poser qu’une question à partir de la lecture d’une chronique. JPD

 

El aswany a écouté obama

Article - 15/06/09 - El aswany a écouté Obama - El aswany a écouté Obama Depuis la publication en 2004 de L’immeuble Yacoubian en Egypte, la renommée du romancier El aswany a franchi…

 

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