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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 20:40

Mussolini était à Genève du 1er au 31 mars 1904 sauf le 19-21 mars il il était au congrès de l’Union socialiste italienne à Zurich puis le 14 avril c’est son expulsion.

Pour la célébration de l’anniversaire de la Commune de Paris, Mussolini fera un discours à Genève, Lénine aussi mais sans qu’on soit sûr qu’ils aient été à la même réunion.

A la Bibliothèque de la ville Mussolini a laissé sa trace avec la liste des livres consultés ;

Stein, Voltaire, Labriola, Enrico Ferri, Nietzsche (deux livres), D’Annunzio (3 livres) Paul Bourget, Paul Renard, Henri Lichtenberger

Le Peuple de Genève du 26 mars 1904 écrivit : « Le discours italien fut prononcé par le camarade Mussolini qui en des termes fort éloquents a fait le procès des détracteurs de la Commune de Paris et tracé à la classe ouvrière le chemin à suivre pour s’assurer les libertés nécessaires à se pleine émancipation. »

 

De toute façon, dès cette époque les deux hommes devaient se connaître.

 

Dans les œuvres en 45 volumes de Lénine, d’après l’index, il n’a jamais évoqué Gramsci mais trois fois Mussolini. Le 9 janvier 1915 il traite Mussolini de social-chauvin puisqu’il souhaite que l’Italie entre dans la guerre. En 1918, dans Le socialisme et la guerre, nouvelle mention de Mussolini au sujet du parlementarisme. Et pour terminer dans le tome 45 sur la fin de sa vie, Lénine mentionne Mussolini quand, le 1er novembre 1922, une bande de fasciste attaque révolver au point, le service commercial de la Représentation de la RSFSR [URSS] en Italie. Ils vont abattre un des employés et c’est donc suite à ça que Lénine envoie cette lettre à Tchitchérine :

« Camarade Tchitchérine, ne devrions-nous pas chercher querelle à Mussolini et partir tous (Vorovski et tous les membres de la délégation) d’Italie, en commençant contre elle une guerre de harcèlement à cause des fascistes ? Nous ferons ainsi une démonstration à l’échelle internationale. Le prétexte à la querelle est commode : vous avez molesté nos compatriotes, vous êtes des sauvages, de Cents noirs, pire que ceux de Russie en 1905, etc., ect.

A mon avis, il faut le faire.

Ce sera une aide sérieuse de notre part au peuple d’Italie. Votre Lénine

 

Pourquoi cette question ? Nous verrons… Jean-Paul Damaggio

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 15:08

Mario Amorós, l’auteur du livre "Sombras sobre Isla Negra" continue de penser qu’il est impossible de trancher entre la thèse de mort naturelle et celle de l’assassinat, concernant le décès de Pablo Neruda.

 

Une enquête est en cours depuis que le dernier chauffeur du poète, Manuel Araya, a déclaré en mai 2011 que Neruda était mort d’une injection. Il faudrait pouvoir analyser à nouveau les restes du défunt pour lever le doute. Encore une façon de remuer inutilement le passé ? Toute recherche de la vérité est un devoir d’historien, et ensuite à chacun de faire de cette vérité ce qui bon lui semble. JPD.

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 14:47

On vote au Pays-Bas et j'avais écrit quelque part un article sur le sujet au moment des précédentes élections mais je ne sais où, alors j'ai tapé sur google : Damaggio élections pays-bas, et première réponse, une article de Rue89 qui est allé en Grèce interroger un Italien qui y vit, qui travaille pour une firme française et qui est un poète libertaire. Il s'appelle Massimiliano Damaggio, originaire de Milan, aussi je suis allez voir plus loin et je vous propose cette traduction d'article au sujet du dernier recueil de ce poète, recueil qui concerne les luttes en Grèce. JPD

 

 

http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/06/16/promenade-dans-athenes-avec-damaggio-poete-et-libertaire-232993

 

La place  lacrymogène

 

Préface à « Poésie avec Pierre », Edizioni Ensemble 2010

 

Massimiliano Damaggio est un transfuge du monde littéraire et est aussi un fugitif de l'Italie. Un étranger, dans un sens. Il aime la poésie d'Amérique latine plus que la poésie italienne, et en effet, on ne peut pas lui donner tort. Il déforme l'italien qu’il écrit. Pendant une longue période il n’a pas publié et il a même refusé de publier. Il a fréquenté le monde de la poésie à Milan, dans les années 1990, puis, au début du nouveau siècle, il est parti pour la Grèce, où il vit. Il a bandonné, si je comprends bien, non seulement Italie, mais aussi le monde de la poésie italienne. Il a quitté à la fin, l'institution littéraire ; Il s’est isolé. Elle continue à écrire. Sa langue est rare. Elle semble déformée par un étranger.

Damaggio n'efface pas ses traces. Il je ne joue pas la ruse Il ne jette pas au loin l'écume. C'est la naïveté, comme ils le disent dans le monde littéraire. Mais sa poésie a de la force, de la puissance. Damaggio à une forte attraction pour la réalité. Sa poésie est narrative, descriptive. Mais cette description ne s'arrête pas à la surface. Il construit avec des matériaux visuels, des reportages, nous pourrions dire presque télévisuels, avec des visions sans ombre, avec pleins de couleurs, métaphores. La réalité est toujours là. Mais il prend un sens spécial. Le regard déforme cette réalité apparemment vécu.

Ce soir je passe place Omònia

où les seringues coincées dans l'asphalte

brillent comme des petites bougies votives

à la lueur du monde financier.

 

La façon dont Damaggio déformer la langue, me semble sa caractéristique distinctive. C'est un langage parfois intentionnellement maladroit, le langage de la réalité urbaine. C'est comme si Damaggio prenait les mots à revers, les obligeant à perdre leur aura, pour les plier à l'hyperréalisme. Dans cet hyperréalisme il y a tout de même une vision subjective du monde, une parodie rusée de méandres du réel. L'expression « la place lacrymogènes » me frappe. Nous savons ou nous croyons savoir ce qui se passe en Grèce. Mais la place lacrymogène est une expression qui va au-delà, que vous pouvez lire à différents niveaux. Ce n'est pas seulement une place où on lance des gaz lacrymogènes. C'est celle où on pleure. De cette façon Damaggio restitue un sens au mot place : un mot ancien, l'endroit où vous vivez, où les gens vivent ; aujourd'hui la place est tout simplement un endroit où il y a un rond-point pour les voitures qui passent. Dans ce poème c’est l'endroit où vous vivez, et ces larmes sont des larmes de la pauvreté, de la vie. Cette place, c'est la vie. Cette distorsion (ce ne sont pas les places qui sont lacrymogènes mais les projectiles) permet une signification polyvalente et c’est ça, la poésie.

(…). La poésie c’est une pierre qui se lance, mais qui, quand elle arrive, se transforme en une prière. Dans sa description hyperréaliste et sans pitié de la douleur et la souffrance, il y a une grande piété. Et c'est finalement l'idée de la poésie qui anime Massimiliano Damaggio.

Carlo Bordini

 

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 17:08

pasolini-et-sa-mere.jpg¨Photo : Susana Pasolini et son fils Pier Paolo

 

Deux écrivains, deux parcours, deux univers et tout qui les sépare ?

Nous pourrions dire que le grand poète catalan, l’ami de Montalbán, je veux dire José Agustín Goytisolo, était un traducteur de Pasolini en Espagne

Nous pourrions dire que les deux hommes avaient la même passion pour le football car ils avaient une passion pour le peuple, ce qui ne les empêchait pas d’observer la dérive mercantile de ce sport, et les aliénations qui vont avec.

Nous pourrions dire qu’en décembre 1975 c’était l’anniversaire de Dolores Ibarruri et qu’il se fêta à Rome où était Montalbán [il commençait à pouvoir sortir d’Espagne] et quand Dolores publia ses Mémoires Montalbán écrivit le prologue et rappela au sujet de la fête où il y avait aussi Anna Salès : « Rome proclamait sur ses murs une double vocation de liberté souscrite par le PCI : solidarité avec l’hommage fait à Dolores et respectueux souvenir du récent assassinat de Pasolini. » (il était mort le 2 novembre 1975). Il y eut un hommage sur la place d’Ostie.

Nous pourrions dire que quand Georges Tyras interrogea longuement Montalbán, ils ne parlèrent pas de Pasolini.

Nous pourrions dire qu’inversement quand Montalbán parla de littérature il avait Pasolini à ses côtés.

 

 

Dans un article Italia y yo (1) il rappelle qu’il est né en 1939 du temps du grand amour entre Franco et Mussolini. Il échappera d’abord à l’enfer fasciste en partie avec la culture française mais il rappelle le choc reçu au cours des années 50 au moment de son premier contact avec la culture italienne. Ce fut à travers Lavorare stanca que lui apporta l’amie barcelonaise Myriam Sumbulovich (2) qui avait un pied à Milan et l’autre à Barcelone. Elle lui apporta même Les lettres de prison de Gramsci qui le « mit sur le chemin d’une précoce connaissance de l’œuvre de Gramsci et j’insiste sur l’adjectif précoce car Gramsci est resté un inconnu en Espagne jusqu’au milieu des années 60 ».

Très vite la culture littéraire italienne va déplacer au second rang celle de France. « Le Pavese romancier, Pratolini, Gadda, Moravia, Piovene, Vittorini, Ungaretti, Montale, Della Volpe, Pasolini… Je me souviens de l’énorme émotion que représenta pour moi, en pleine crise de ma conception de la fonction sociale et politique de la littérature, la lecture d’un article de Pasolini dans Ulisse, revendiquant l’irrationalité comme territoire d’investigation et instrument de connaissance qu’on ne devait pas laisser dans les mains de la bourgeoisie… »

Plus loin il explique que chez Pasolini il admire « su estética de la sinceración marginal como provocación ». Je ne me hasarderai pas à traduire… mais bon son écrivain italien de référence sera Sciascia.

 

Tout ça pour dire en fait que le grand roman que quelqu’un écrira peut-être un jour s’est déroulé à Barcelone quand, semi-clandestinement, Pasolini est venu présenter L’évangile selon Saint Matthieu. « Je me souviens que pendant une visite semi clandestine de Pasolini à Barcelone quand il est venu présenter La Pasion segun san Mateo (3), il a tenu une réunion non tolérée mais avec beaucoup de monde, avec des intellectuels résistants, des apprentis comme moi, et il a dit quelque chose qui me donna la clef de ce que veut dire vérité en littérature. Il a dit qu’il s’était rendu compte de la médiocrité du fascisme Italie non pas en lisant la littérature critique, politique, de Togliatti ou de Gramsci, qui leur opposaient une alternative idéologique, mais en lisant Rimbaud. Le poète français était la vérité littéraire ; la poésie officielle institutionnalisée par le fascisme était le mensonge : c’est à partir de la découverte du mensonge esthétique que le jeune Pasolini est arrivé à l’évidence du mensonge politique. Peut-être Pasolini a-t-il essayé de nous mettre sous les yeux cette parabole dans le but de laisser bouche ouverte cette poignée d’intellectuels réprimés à la périphérie du système, mais aujourd’hui encore je reconnais là l’explication la plus lucide que je n’ai jamais entendue sur la relation entre vérité et mensonge en littérature. » (4)

 

Rappelons que dans ce film le rôle du Christ est tenu par un espagnol Enrique Irazoqui qui est devenu économiste et professeur de lettre et qui serait sans doute une bonne source pour rappeler la réception du film en Espagne.

 

Rappelons que dans ce film le rôle de Marie est tenue par la mère de Pasolini, Susana Pasolini, une institutrice tant admirée par son fils.

 

Pour comprendre tout le côté spectaculaire de cette réunion de 1964-1965 il faut penser à tant d’autre chose comme le fait que le Christy aurait pu être jouée par José Agustín Goytisolo.

Jean-Paul Damaggio

 

(1) El escriba sentado, p. 146

(2) Myriam Sumbulovich est la traductrice en italien de Montalbán sous le pseudo de Hado Lyria

(3) El evangelio según Mateo est le vrai titre du film en espagnol

(3) La literatura en la construcción de la ciudad democrática p. 127

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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 14:38

couv-religion.jpg

Après avoir réfléchi au refrain bizarre de la chanson du bouvier : a-e-i-o-u, ce qui l’avait conduit en terres cathares, Alain Mariet offre son témoignage sur la fonction des quatre religions monothéistes. En 28 pages il résume les dites religions, il ne méconnaît pas leur fonction de consolation, il pense cependant que par le dialogue on peut échapper à l’enfermement qu’elles produisent.

Il y a vingt ans, cette brochure ne serait sans doute pas née sous sa plume mais nous assistons à une offensive des religions – dans leurs différences – qui incite à réagir.

Alain Mariet montre clairement que sans être un connaisseur de tous les textes religieux, il a cherché à comprendre les liens et différences existantes entre elles.

Pour le christianisme il n’entre pas cependant dans l’écart entre catholiques et protestants, de même qu’il ne cherche pas à analyser les extrémistes de chaque camp : « de plus je ne prendrais pas en compte les expressions intégristes de ces religions. Elles sont totalitaires et extrémistes, irrationnelles et anachroniques, incompatibles avec les réalités du XXIe siècle. »

Il s’agit donc d’interroger le fait religieux en lui-même.

28 pages, 4 euros, format A5, port comppris

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 16:38

Voici la fin du tome II de l’Histoire politique, religieuse et littéraire du Midi de la France : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours écrite par Mary-Lafon entre 1830 et 1840. Déjà par le titre le projet est révolutionnaire puisqu’il mêle politique, religion et littérature fait rare dans l’histoire de France de l’époque. Et de plus, une histoire du Midi !  Notons tout de suite qu’il ne parle jamais de cathares. Si les vaudois sont évoqués se sont les Albigeois qui sont au cœur de l’édifice. L’historien articule en permanence les questions religieuses et sociales comme on le fait encore rarement aujourd’hui, et pas seulement pour traiter de la Croisade contre les Albigeois. Par cette fin de croisade qui laissa sur place quatre cents mille cadavres (traduit aujourd’hui c’est pire que la première guerre mondiale), Mary-Lafon montre comment on découvre la raison… car il y a des raisons que parfois l’on ignore… JPD

P.S. Mary-Lafon a traduit l'oeuvre littéraire fondamentale de cette période, le grand texte en occitan de Guilhem de Tudela et d'un aninyme : La croisade contres les Albigeois

 

 

Fin de la Croisade contre les Albigeois

Nous connaissons assez la croisade pour la juger maintenant : conçue par les clercs italiens, exécutée par les barrons de France, elle fut à peu près exclusivement l'œuvre de l'étranger. La ruse habile des premiers et la brutale barbarie des seconds, en envahissant les contrées méridiona1es, y trouvèrent deux obstacles très grands, le développement des lumières d'abord et ensuite l’établissement municipal. Si d’un côté les délégués de Rome étaient effrayés de ce progrès de la civilisation et des lettres, poussé jusqu'au point de mettre le catholicisme en question et, de lui substituer une forme religieuse nouvelle, de l'autre les barons absolus du nord ne devaient pas moins s'épouvanter en voyant surgir entre eux et leurs vassaux une classe forte, riche, éclairée, qui se déclarait fièrement indépendante, et qui avait des tours assez hautes, et des remparts assez épais pour soutenir ses prétentions. Sentant parfaitement tout ce qu’un pareil état de choses pouvait offrir de périlleux, ils tournèrent principalement leurs efforts contre les villes municipales et cherchèrent à les affaiblir et à les ruiner en toute circonstance. Ainsi, tandis qu'ils traitaient assez facilement avec les châteaux, la rigueur la plus inflexible était déployée contre les villes, comme à Béziers, Carcassonne, Lavaur, Graves, Marmande, Cassaneuil, où le sang coula par torrents. Et ce qui prouve que les villes ne se méprenaient point sur les motifs de cet acharnement, c'est qu'elles levèrent presque partout la bannière contre la croisade ; que Marseille, Arles, Avignon vinrent d'elles-mêmes se jeter dans la querelle pour soutenir Raimond, et que Toulouse ayant à lutter à la fois contre Rome et Paris ne céda jamais un pouce de son terrain libre.

En cette occasion la comtesse Alix était fort tranquille dans le château Narbonnais, lorsqu’elle en tendit un grand tumulte du côté de la ville. On vint en même temps lui annoncer que Raimond, suivi des comtes de Foix et de Comminges, reprenait possession de sa vieille cité. La fière comtesse battit de mains de colère en dépêchant en toute hâte un messager à son époux. Celui-ci, qui ravageait les bords du Rhône, accourut avec confiance, car il croyait avoir abattu te courage des Toulousains eu leur extorquant trente mille marcs et mettant leurs murs au niveau de l'herbe. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il trouva de nouveaux remparts, des tours garnies d'archers, et des palissades hérissées de lances ! Les bourgeois, les nobles, les riches marchands, les hommes, les femmes les enfants, tous avaient travaillé jour et nuit pour élever des lices, des barrières, des murs de traverse, des postes d'archers. Alors s'engage un combat acharné et de tous les instants entre la ville et le château. Les nobles comtes de Foix et de Comminges, les braves Montaut, de Montpezat, Montaigut, La Barthe, La Mothe, Saint Béat, Pestillac, Arnaudon, Caraman frappent les écus, brisent les heaumes el jonchent la terre de morts. Vive Toulouse, qui a maté les superbes ! La croix vient d’abreuver le lion de sang frais, et les rayons de l’étoile illuminent ce qui était obscur ! (1)

Le courage de ses Bretons échouant au pied de ces fortifications improvisées, Montfort eut recours à l'art des ingénieurs. Des trébuchets de toute force furent dressés contre les murs et les battirent en vaine à plusieurs reprises une gatte pleine de ses meilleurs chevaliers roula jusqu'au bord des fossés, mais les haches des assiégés et le feu grégeois la forcèrent toujours de reculer. Et cependant le sang et les cadavres ne cessaient d'engraisser les gazons du Val de Montolieu. Sur ces entrefaites le jeune comte arriva dans la ville avec des renforts, et la défense devint plus vigoureuse encore. Le général de la croisade allait se déterminer à lever le siège, lorsqu’il voulut tenter un dernier effort. Un assaut est livré et Simon, déployant cette intrépidité ardente et ferme qu'on ne peut s'empêcher de louer en lui, s'approcha beaucoup plus des murs qu'il n'avait fait jusqu'alors. Les carreaux d'acier, les pierres et les flèches y tombaient comme une pluie d'orage. Blessé au flanc et à la tête, son frère Guy fut renversé à ses pieds; il le relevait en gémissant, lorsque d'un pierrier placé près du cormier de Saint-Sernin et que des femmes tendaient, une pierre partit et, venant droit où il fallait, écrasa le front de celui qui s'était joué tant de fois de l'honneur des femmes (2).

Cette mort releva les espérances du parti national. Les troubadours firent éclater aussitôt un long cri d'enthousiasme:

O Raimon, duc de Narbonne,

Marquis de Provence,

L'univers entier rayonne

De votre vaillance.

Car de la mer de Bayonne

Jusques â Valence,

Cette gent fausse et félonne

Fuit votre présence.

Car, plus brave chaque jour,

Ils vous font peur au retour

Comme perdrix au vautour,

Ces buveurs de France ! (3)

 

En perdant Montfort, les bourdonniers, comme le dit si bien l'évêque de Toulouse, perdaient en effet le grain et l'épi. Il était la tête et le bras de la croisade ; lui mort, tout cet édifice funèbre de la conquête, bâti sur des ruines et cimenté avec du sang, allait s'écrouler. Le conseil des croisés se hâta de lui donner une autre base. Amaury, le fils de Simon, fut d'abord élu son successeur.

Mais trop faible pour presser le siège, il dut l'abandonner et implorer l'appui du roi de France. D'accord pour l’œuvre de la croisade, Rome et la royauté s'étaient querellées autour du butin. Elles

en étaient même à la froideur, aux gros mots (4), parce que Rome se croyait la plus forte et que d'elle seule devait relever Montfort. Mais quand la Jaël toulousaine eut brisé le front de son Machabée, quand le buvedor (5) franc fut étendu sur la poussière avec la bannière déchirée de l'Église, l'Église se rapprocha de la royauté qu'elle menaçait ; elle redevint douce, flatteuse, caressante « Très excellent seigneur, écrivit le légat à Philipe-Auguste, notre amé et féal comte Amaury vous supplie, sous votre bon plaisir, de daigner accepter, pour vous et vos héritiers à perpétuité toutes les terres qu'il a, lui ou son père possédées ou dû posséder dans l'Albigeois et les contrées voisines. Nous nous réjouissons de sa proposition, ne désirant rien tant que de voir l'Église et ce pays gouvernés à l'ombre de votre nom et suppliant aussi affectueusement qu'il est en nous votre très-haute majesté royale, sous les yeux du Roi des rois pour la gloire de notre sainte mère l'Église et de votre royaume d'accepter l'offre susdite (6) — Le clergé se joint au légat.—

« Que Dieu, lui dit-il, qui vous a fait tant de fois un instrument de salut sur la terre, délivre par votre secours dans ces temps pour lesquels il semble vous avoir réservé, la sainte Église catholique rachetée par le Christ sur la croix au prix de tout son sang, de ceux qui la crucifient tous les jours dans l'Albigeois ; qu'il lui rende le culte de la foi chrétienne, et que pour immortaliser votre gloire il agrandisse et élève le royaume très chrétien des Francs ».(7)

La mort empêche Philippe-Àuguste d'accepter, ce sera Louis VIII à sa place. Mais, quelle que soit la douceur de son caractère, quelque respect qu'il mette aux pieds du pape, le roi va stipuler soigneusement ses conditions. Le seigneur roi de mande d'abord des indulgences, et la rémission des péchés pour lui et ses croisés : après ce premier tribut payé à l'esprit de son siècle, il exige pour les archevêques de Reims et de Bourges le pouvoir d'excommunier quiconque troublerait ses vassaux ou ravagerait les terres du roi et de ceux de sa suite ; l'investiture de tous les domaines des Raimond ; celle des vicomtes de Béziers, de Carcassonne et généralement de toutes les terres et pays situés, dans le royaume (8), pour être possédés par lui et ses héritiers à perpétuité. Il veut en outre qu'il soit formellement reconnu que tous fiefs donnés à son bon plaisir ou en récompense de quelque service dans cette guerre ne seront hommagers qu'envers lui seul (9).

A ce prix, le roi partit pour la croisade albigeoise ; mais héritier des instructions de sou père, initié à sa politique cauteleuse, il se garda bien de relever les affaires d'Amaury (10). Partout le peuple du midi brisait le joug apporté par les croisés du nord ; Louis assista paisiblement à ce spectacle, il laissa tomber peu à peu tout le pouvoir d'Amaury, et la veille de sa dernière chute, sous prétexte que les quarante-cinq joués fixés pour la durée de la croisade étaient expirés, il se retira. Amaury n'eut plus dés-lors que l'alternative ou d'un dépouillement complet, ou d'une cession de ce que le pape appelait ses droits. Il choisit ce dernier parti, et les vendit en 1224 pour l'épée de connétable, Aussitôt Louis lève le masque ; toujours armé du motif banal de la croisade contre les Albigeois, il s'avance du fond du nord suivi des comtes de Boulogne, de Bretagne, de Dreux, de Chartres, de Saint-Paul, de Rouci, de Vendôme, de Matthieu de Montmorency, de Robert de Courtenay, de Raynaud Vicomte d'Aubusson , du sénéchal d'Avignon, des vicomtes de Sésanne et de Châteaudun, de Savary de Mauléon, d'Henri de Silly, de Philippe de Neuterel, d'Étienne de Sancerre, de Raynaud de Montfaucon, de Robert de Poissy, de Folquet de Toulouse, l'évêque troubadour, l'ardent prédicateur de la croisade. Une multitude de soldats les suivaient, et, malgré toute sa bravoure, le jeune Raimond, qui avait succédé à son père sur le champ de bataille (11), écrasé par le nombre, fut obligé de reculer devant l'oriflamme rouge de France Louis VIII s'apprêtait à lui porter le dernier coup, croyant déjà tenir sous ses pieds tout le midi envahi, lorsque la mort alla frapper au château de Montpensier, où il s'était retiré, et le renvoya à Saint-Denis, cloué dans un cercueil (12).

Après la mort de Louis VIII, Blanche de Castille prit, comme régente, les rênes du gouvernement de France. Les grands vassaux eurent d'abord grand' peine à reconnaître son pouvoir, et des troubles assez graves agitèrent la minorité de son fils. Ils servirent de répit à Raimond-le Jeune, placé en face de Beaujeu, que Louis avait laissé dans la Languedoc avec des troupes, et qui en attendant la pacification du nord suspendit les hostilités. Cette pacification obtenue avec l'aide de Thibault, qui joua dans cette circonstance le rôle de Judas au profit de Blanche, Grégoire IX la fit souvenir du comte de Toulouse. Le pape prêcha une nouvelle croisade, la reine envoya une nouvelle armée à Beaujeu, et ce bandoulier du moyen âge, digne successeur de Montfort, couvrit tout de morts et de cendres Alors Raimond-le-Jeune entouré de trahisons, navré des maux que souffraient ceux qui lui étaient restés fidèles, après avoir continué vaillamment la lutte soutenue depuis vingt ans par sa maison, subit un traité dont voici les clauses principales.

Le comte demandera d'abord pardon à l'Église de tous les maux qu'il lui a faits;

Dans deux ans il prendra la croix des mains du légat, et ira combattre les Turcs pendant cinq années;

Il fera raser les murs de trente villes ou châteaux désignés par le légat, et commencera par démanteler Castelnaudary, Fanjaux, La Bessède, Avignonnet, Puylaurens, Saint-Papoul, Lavaur, Rabastens, Gaillac, Montaigu, Hautpuy, Verdun , Castel-Sarrazin, Moissac, Montauban, Agen, Condom, Saverdun, Àuterive, Cassaneuil, Puicelsis, Auvillar, Pujols, Peyrusse, Laurac, et huit autres places au choix du légat, qu'il ne pourra jamais rétablir, à moins d'en avoir obtenu la permission du légat et du roi de France.

Quand ces conditions seront remplies, le comte ira se constituer prisonnier dans la tour du Louvre entre les mains du roi ; et il n'en sortira point qu'il ne lui ait livré le château narbonnais, La Roche de Bèdes, Verdun, et sa fille Jeanne.

Jeanne épousera un frère du roi ; et si elle meurt sans enfants, le comté de Toulouse sera réuni à la couronne. Quant aux pays et domaines qui sont au delà du Rhône, dans l'empire, Raimond les cédera expressément, absolument et à perpétuité au cardinal Saint-Ange, représentant de l'Église (13).

 

Tel fut le traité rédigé à Meaux en 1228, et signé à Paris dans la tour du Louvre au mois d'avril de l'année suivante. Dans cette œuvre inique, la croisade avoua son but : le grossier intérêt temporel qui poussait Rome, la cupide ambition de la royauté s'y démasquèrent franchement ; on vit alors que les malheureux Albigeois n'étaient plus qu'un prétexte, et que ce drame terrible, qui marchait depuis vingt ans à travers le sang et le feu sur quatre cent mille cadavres, n'avait été joué jusqu'au bout que pour donner Avignon au pape et Toulouse au roi de France (14).

 

Notes allégées des textes en latin et occitan

(1) Petri Vallium Sarn. Hist. Albig p.113)

(2) Histoire originale de la croisade vers 6418

(3) Pierre Cardinal.

(4). Fleury. « Le cardinal de Bénévent ne fut pas content de l'arrivée de Louis, car, disait-il, ce païs... ; « Louis, qui était un prince très-doux, répondit qu'il se conformerait à sa volonté et à son conseil. ' (Idem.)

(5). Ivrogne. Sobriquet que le peuple donnait aux Français, qu'il appelait aussi taverniers, bourdonniers.

(6). Lettre du cardinal légat à Philippe-Auguste, 1222, Preuves de l'histoire de Languedoc, t.III)

(7) Lettre des évêques d’Agde, Nîmes, Lodève et du cardinal Conrad à Philippe-Auguste, 1222, Preuves de l'histoire de Languedoc, t.III

(8). C'était une précaution pour apaiser l’empereur et le roi d'Angleterre, qui, voyant clairement le but de la croisade se fâchaient déjà tout haut. Le pape leur écrivit en outre, et les conjura de laisser punir les Albigeois.

(Matthieu Pâris.) -

(9). Primo petit dominos tex quod ipse et omnes alti qui cum eo ibunt in Albigesiurn... (Ms. Colb., 16o.)

(10). Le prince Louis VIII vint au secours d'Amaury; mais il se garda bien de presser trop, les Toulousains pour mieux forcer Amaury à céder ses droits. (Père Benoît, dominicain, Histoire des Albigeois.)

(11) Raimond-le-Vieux mourut excommunié en 1222, et son cadavre, enfermé dans une bierre mal jointe, pourrit sans sépulture au milieu du cimetière de Saint-Jean, et certes on aurait bien pu écrire sur ces planches vermoulues la triste réflexion qu'il répéta si souvent en sa vie :

Il n'y a aucun homme assez puissant au monde

Pour me détruire si l'Eglise n'existait pas.

Histoire originale de la croisade vers 3806

(12) Bahuze, Histoire de la maison d’Auvergne.

(13) Suite de l'histoire originale en prose de la croisade ; Recueil des historiens de France, édit. par MM. Naudet et Daunou, t. xix, p. 48 — Preuves de l'histoire générale de Languedoc, t. III, p. 33.—G. de Podio Laurentii, cap. 3. Petri Valliuin Sarnaii hist. Albig., p. 111-  Bouche, histoire de Provence t. II, p. 308. — Catel , Hist. des comtes de Toulouse, p. 333.

(14) Ce fut ce qui donna lieu à nos monarques Philippe-Auguste, Louis huitième, saint Louis, Philippe-le-hardi d'appuyer les croisades, de fournir des troupes et de l'argent, et de les commander quelquefois eux-mêmes, parce que, sous ce projet nécessaire et avantageux à l’Eglise, ils entrevirent un moyen juste et infaillible de réunir à leur couronne ces provinces séparées en autant de petits souverains qu’il y avait de comtes (Père Benoît, dominicain, Histoire des Albigeois)

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 22:09

Résultats comparés

L’originalité de l’élection québécoise 2012 tenait à la traduction « politique » qu’allait produire l’imposante lutte des étudiants du pays (surtout ceux de Montréal), lutte largement soutenue par une partie de la population. Pour Jean Charest, qui décida de dissoudre l’Assemblée pour se sortir cette épine du pied, sa campagne menée contre les étudiants-enfants gâtés devait l’aider à l’emporter, avant que ne lui tombe sur la tête une autre tuile : les révélations de corruption.

 

La "droite"

Pour Jean Charest, ce fut une bataille de trop. Non seulement son parti a perdu (Le Parti Libéral (PLQ) passe de 42,08% en 2008 à 31,2% et de 66 à 50 sièges) mais lui-même n’a pas pu se faire élire député. Car en effet, si le système électoral anglo-saxon du pays a des inconvénients quant à la juste représentation de l’électorat, il a l’avantage de ne pas être une l’élection présidentielle : un leader politique peut se trouver à terre.

 

Ceci étant, son calcul n’était pas totalement erroné car, dans son camp, le bénéficiaire majeur de l’élection c’est un nouveau parti de droite (une droite ordinaire mais une coalition nouvelle) dont personne ne peut savoir s’il s’agit d’un phénomène éphémère ou stable.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) fondée par les rescapés de la défunte ADQ (droite) et des transfuges du PQ fait donc une percée spectaculaire passant de 16,37% et 7 sièges pour l'ADQ à 27,1% mais n'a que 19 sièges. Ce sont eux qui enregistrent la plus grande progression en captant l’essentiel du vote PLQ perdu.

Dans la tradition québécoise on peut aisément imaginer demain une alliance entre les vestiges du Parti libéral de Charest, et ce nouveau parti si un nouveau leader capable d’unifier l’ensemble émerge. Ensemble ils peuvent au moment où ils le choisiront faire chuter le nouveau pouvoir.

 

La «gauche »

En effet le Parti québécois ne peut prétendre être le grand gagnant de cette élection même s’il obtient à nouveau le poste de premier ministre. Il passe de 35,17% à 31,9% et de 51 à 54 sièges. Paradoxe : il perd des points de pourcentages mais gagne 3 sièges. Il n’aura pas de gouvernement majoritaire stable puisqu’il lui manque 9 députés.

 

Dans son « camp », malgré l’appel au vote « utile » du PQ, le gagnant est le petit parti Québec solidaire qui, non seulement a la joie d’obtenir la réélection de son député sortant (preuve qu’il a donné satisfaction) mais double le nombre de ses voix et fait élire une deuxième députée Françoise David, co-porte parole du parti qui s’était distingué au moment du débat des chefs à la télé. Concrètement ce parti passe de 3,78% à 6% et de 1 à 2 sièges.

 

Sans entrer ici plus loin dans les comparaisons, les avancées de la gauche aux dernières élections fédérales avec le vote NPD ne se retrouve pas dans l’élection du 4 septembre.

 

Résultats commentés

Concrètement, la lutte des étudiants qui a relancé l’enthousiasme politique (au sens large du mot), si elle a réussi à déstabiliser le système n’a pas suscité une avance large de la gauche. Le gain de QS compense juste la perte en pourcentage du PQ.

Pour moi c’est la confirmation qu’il n’y a pas de lien direct entre une lutte sociale et le résultat électoral immédiat. Parce que sans doute la bataille des idées met des années avant de se traduire en votes. Si on réduit Mai 68 en France aux résultats des élections législatives très à droite de juin 68, on rate totalement la vague de fond produite dans les consciences de tous bords, pendant toute la décennie 70. La victoire de Mitterrand en 81 a été une façon de conclure cette vague. Jean Charest a essayé de faire peur. Avec le temps cette peur va reculer et la nature des enjeux globaux de la lutte vont mieux apparaître. Il n’est pas impossible cependant que les élections servent parfois à imposer des reculs aux luttes sociales.

 

J’entends bien le propos suivant : « Mais quoi que la propagande de Québécor et Gesca inventera, personne ne pourra nier que pour la toute première fois dans l’histoire du Québec, les mouvements sociaux ont largement contribué à « faire tomber » un gouvernement parce qu’il refusait d’écouter sa population. Point ! Il faut le crier très fort. Il faut le célébrer ! » Michel Lambert http://www.cahiersdusocialisme.org/2012/09/06/on-avance-on-recule-pas/

Mais Québec solidaire n’a cessé de le répéter, faire tomber le gouvernement ne suffisait pas et si l’avancée de ce parti est réjouissante, elle est nettement inférieure à celle du CAQ qui apparaît davantage comme une alternative possible, si le PQ en situation fragile s’effondre. Je pense bien sûr que comme le PQ l’a promis il va annuler la hausse des frais de scolarité et à ce titre la lutte devient victorieuse. Ce qui permet de dire que les grèves étudiantes ne sont pas de même nature qu’Occupy Wall Street par exemple. D’un côté il y avait une lutte syndicale précise et de l’autre un mouvement vague qui s’est réduit à un moment de fièvre. Pour revenir sur ce rapport entre luttes et votes, je repense à la Révolution tranquille au Québec, qui des années après a donné naissance justement au Parti Québécois.

 

Voilà pourquoi je continue de penser que dans le monde, c’est la radicalisation à droite qui avance plus vite que la montée des gauches. Il appartient à la jeunesse de bien mesurer cette situation, pour s’engager plus fermement encore dans le combat politique organisé. Je pense à la jeunesse car c’est elle qui va être contrainte d’inventer un autre avenir et ce combat politique je n’en connais pas la meilleure forme tout en le sachant indispensable.

Jean-Paul Damaggio

 

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 22:07

Photo : premier plan Renat Pautal, au fond le béret légendaire de Jacme Serbat et entre les deux Mme Rey.

En toile de fond le dessin qui dans le livre la Croisade des Albigeois représente le siège de Moissac.

 

conference-moissac.JPG

Date fatale. Date majeure. Pour la fin d’un siège. Vous l’avez reconnu, le siège d’une croisade, celle contre les albigeois.

L’association Moissac Occitania a décidé de réveiller nos mémoires en consacrant trois journées à l’histoire de cet événement. Dans la ville de la puissante abbaye, la Croisade prenait une dimension encore plus énorme.

Je n’ai pu assister qu’à la conférence du samedi l’après-midi pour y retrouver les amis Pautal et Serbat grands connaisseurs de l’histoire de Moissac.

Une belle conférence-lecture rappelant les faits à partir des documents qui nous sont parvenus.

Je craignais un peu la lecture du vieil occitan de la Chanson de la Croisade, mais la voix sonore de Pautal, la traduction de Rolande Rey, et un texte particulièrement vivant ont permis de rendre le moment délicieux.

La Chanson de la Croisade existe en édition de poche avec texte en occitan et traduction d’Henri Gougaud, celle retenue par Rolande Rey même si parfois, tout en gardant l’esprit, elle s’éloigne de la lettre du texte.

Il s’agit là d’une œuvre littéraire majeure de l’histoire de France dont Mary-Lafon a été un des traducteurs sans que jamais il ne soit cité pour une raison que j’ignore.

Jacme Serbat a bien rendu les enjeux de cette croisade où Louis IX (« pour nous c’est Louis IX quand pour d’autres c’est Saint Louis » dit-il) gagnera ses galons de roi et où le comte de Toulouse perdra ses galons de comte.

 

Pour le cas de Moissac, à partir du témoignage de Guilhem de Tudela, le siège s’est terminé par la victoire de Simon de Monfort de sinistre mémoire après un accord se concluant par l’exécution des 300 « rouliers » (mercenaires) qui avaient aidé la ville. Il est surprenant qu’une ville aux ordres d’une telle abbaye ait réussi à tenir un long siège. La mort pour les soldats et de l’or pour les bourgeois.

Serbat rappellera qu’à Marmande ce furent des milliers d’habitants exécutés, fait que je ne connaissais pas, et conclura en disant que de cette hérésie il est resté un « esprit frondeur » dans nos régions.

 

Tout ceci m’a renvoyé vers mon cher Mary-Lafon dont je vais donner le point e vue dans un prochain article. Jean-Paul Damaggio

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 21:55

vignoboul.jpg

 

En partant à la retraite, j’ai écrit le portrait de quarante enseignants que j’ai admiré, un pour chaque année passée au travail. Je découvre que petit à petit, ils meurent. Après Guy Catusse qui représentait l’année 1973, voici la page concernant Jean Vignoboul qui représentait l’année 1979. Aujourd’hui mon père vient de m’annonce sa mort.

En 1979, après les échecs de 1978, la crise au sein du PCF prenait une nouvelle tournure. Ce fut l’épisode Fizbin et Jean Vignoboul était de cette tendance. Sur la photo, il participe à sa dernière Conférence fédérale et le sait très bien. Il est devenu un indésirable à cause de ses critiques permanentes. Il aimait bien mes parents à qui il achetait ses légumes, sur le marché, tous les samedis. Dans le texte ci-dessous, écrit en 2007, je mentionne d’une seule ligne la raison qui me poussa une fois, jusque chez lui, quand il était encore à Corbarieu. C’était pour parler d’Italie : il était depuis les années 60 un admirateur du PCI. Sa passion c’était la connaissance de l’économie, base du marxisme. Il est mort le 27 août et il a donné son corps à la science. Peut-être un jour, vais-je écrire davantage sur cet homme qui m’a tant marqué. JPD

 

 

(Mes pages écrites étaient précédées d’un mot d’enfant et Louis c’est moi.)

 

- Quand on est vieux, on mange ? demande un enfant de 5 ans inquiet à l'idée de la mort.

- Oui, on mange répond le maître.

- Et si on mange beaucoup, on redevient jeune ?"

(enfant, Lavit)

 

 

 

1979

Jean Vignoboul

 

La dernière fois que je l'ai vu avec son épouse il m'a dit;" N'oublie pas d'apporter mon bonjour à tes parents, j'y tiens ". Il est ainsi Jean, marqué par son passé, et chargé d'une histoire qu'il a beaucoup vécu sans la moindre reconnaissance. Louis, je sais que tu es allé une fois chez lui pour parler d'Italie.

 

La photo de ce professeur de mathématiques se révèle sur le papier plongé dans son bain. Louis, avec sa fille (3 ans), est au labo-photo de l'école de Saint-Etienne de Tulmont dirigée par son ami Jacques Rey. Dans la chambre obscure, il développe une pellicule prise au cours de la conférence fédérale du PCF qui vient de se tenir dans la salle des fêtes de Fonneuve. Jean Vignoboul, saisi à sa place, est plongé dans ses pensées.

L'épouse d'alors de Louis a gardé un moment de cette histoire en le prenant en photo à la tribune (voir ci-dessous). Il a une barbe devenue habituelle depuis les USA car là-bas son rasoir ne fonctionnait pas. Ce fut d'ailleurs l'occasion d'une belle découverte. Les prises n'étant pas les mêmes qu'en France, il décida d'en acheter une, conforme au système US et l'installa sur le fil de son rasoir. En branchant, un disjoncteur a sauté. Seconde opération et même résultat. En fait, son rasoir en 220 ne supportait pas le 110. Donc, pour deux ans, il pensa inutile d'acheter de quoi se raser. [ce qui n’est pas tout à fait juste après avoir découvert d’autres photos d’alors]

 

Au cours de cette conférence fédérale de 1979, l'ancien dirigeant communiste a été renvoyé à la base. Et, comme toujours, des communistes "critiques" jugèrent bon de justifier cette décision, à la tribune. Louis en a été triste sans imaginer que son parcours au sein de ce parti aurait quelque parenté avec celui de Jean. A une différence près, il préféra quitter lui-même les instances fédérales (dès 1982) avant d'y devenir indésirable.

Jean et sa femme sont toute une histoire ancienne. Une histoire très dure en 1979. Non que leur combat se soit arrêté, puisque neuf ans après, Louis et Jean seront à la même tribune aux côtés de Pierre Juquin.

Celui qui en 1979 perd le droit d’être acteur au PCF (on disait : il s’est mis de lui-même hors du parti), fut victime d’un certain communisme fait de dogmatisme. Ensuite, l'intervention de l'URSS en Afghanistan et les événements polonais furent le coup de tonnerre qui suscita l'inoubliable chanson de Jean Ferrat : Le Bilan Et quel bilan ! JP Damaggio

 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 18:26

H-17-02---2000-Benedetto.jpg

Aujourd’hui, je termine la publication d’une nouvelle brochure d’Alain Mariet, La religion à quoi bon ? que je vais présenter dès que l’impression sera terminée. En clin d’œil à son travail voici un texte de Benedetto du 17 février 2000 dans l'Humanité. Sur la version internet de l’Humanité, dans les Archives, il n’y a malheureusement que la présentation de J-P Monferran.JPD

 

 

"Souvenons-nous de ce que nous devons aux mauvais esprits ", écrivait, mardi, dans cette page, le physicien et épistémologue Jean-Marc Lévy-Leblond à propos de Giordano Bruno, ce philosophe qui eut l'intuition de "l'univers infini", brûlé vif par l'Inquisition, il y a tout juste quatre cents ans à Rome, le 17 février 1600 (1)... "Souvenons-nous ", c'est tout le sens de l'acte de l'homme de théâtre André Benedetto décidant de reprendre, ce soir, à Avignon, pour une seule représentation, la pièce écrite par lui en hommage à "l'un des esprits les plus libres de tous les temps", Un soir dans une auberge avec Giordano Bruno (2)... "Souvenons-nous ", ce sera le message lancé aujourd'hui dans la capitale italienne par des intellectuels, des " libres penseurs ", des écrivains de plusieurs pays, notamment Salman Rushdie et Rigoberta Menchu, qui entendent rappeler - au moment où des voix divergentes se font entendre au sein de l'Église catholique quant à la nécessité d'un mea culpa qui n'a toujours pas été prononcé - l'actualité de tous les combats " pour la tolérance "... J.-P. M.

 

Le texte de Benedetto

 

Aujourd'hui sur le Campo dei Fiori à Rome, au pied, autour de la gigantesque statue de Giordano Bruno juchée sur un énorme piédestal, des gens venus d'un peu partout et de nombreux pays, se retrouvent pour rendre hommage à celui qui fut brûlé sur cette place il y a quatre siècles exactement. J'aimerais bien y être aussi et me réjouir avec elles et avec eux dans l'évocation de cet être exceptionnel, inconnu du grand public et en même temps très connu et admiré d'un très grand nombre de personnes. Il est le sujet de nombreuses études dans les universités du monde. Il paraît chez nous au moins une biographie de lui par décennie. Et ça va se multiplier.

Qui le rencontre ne peut plus l'oublier. Il engendre la passion. Moi, quand je suis tombé sur lui, par hasard dans un ouvrage de Frances Yates, j'ai été saisi et j'ai tout de suite cherché à le connaître. Et le connaissant mieux, j'ai décidé de faire un spectacle sur lui pour l'an 2000. Le spectacle existe et nous le reprenons chez nous aux Carmes en ce jour du 17 février, jour anniversaire de son exécution, à l'aube, par le feu. Car tous les gens qui célèbrent cet anniversaire funeste célèbrent avant tout l'immortalité d'une pensée splendide, la stupéfiante imagination d'un homme qui a secoué tous les carcans de son époque... et qui peut encore nous ravir l'esprit et nous aider dans nos luttes pour nous émanciper les uns et les autres.

Rappelez-vous: en ce temps-là, le monde avait commencé avec le grand boom de Dieu (que la lumière soit et la lumière fut : big-bang!), il était fini ce monde, limité par des sphères sur lesquelles étaient accrochées les planètes et les étoiles, le soleil tournait autour de la terre, qui était le centre de l'univers clos, la matière était discontinue, tout était hiérarchisé, hétéroclite, Jésus était mort pour sauver les hommes. Alors Giordano Bruno arrive et s'appuyant sur les données fournies par les philosophes de l'Antiquité et sur les observations de quelques astronomes de son temps, dont Copernic, il va aller plus loin que tout le monde, il va tout bouleverser, tout mettre sens dessus dessous, sans jamais mettre sans doute lui-même l'œil à une lunette. Uniquement par la spéculation et le raisonnement, par la puissance de l'imagination. Il invente l'univers infini sans limite, l'éternité d'un univers qui existe depuis toujours et qui existera toujours, la pluralité des mondes qui tournent tous dans l'infini. Il décrit la substance éternelle dont est constitué l'univers, une substance qui prend successivement toutes les formes de la création, de même, explique-t-il que le bois d'abord arbre devient planches, portes, charpentes, meubles, etc. tout en restant le bois. Il prend le contre- pied de toutes les certitudes. Il l'écrit dans des très nombreux ouvrages dont la traduction complète est en cours aux Belles-lettres.

Il énonce ainsi des vérités qui sont considérées comme des hérésies. Il ne se prive pas non plus de ricaner sur ce qu'il appelle des contes pour enfants: la Trinité, la virginité de Marie, la divinité de Jésus, la prière aux saintes etc. ça pèsera aussi très lourd contre lui. Capturé en 1592, au terme de huit années d'emprisonnement et de tortures, il sera condamné au bûcher, refusant d'abjurer et expliquant jusqu'au dernier jour qu'il est un philosophe et que cela n'a rien à voir avec la religion. «Je ne veux pas me repentir. Je n'ai pas à me repentir. Il n'y a pas de matière sur laquelle se repentir. Et j'ignore sur quoi je dois me repentir.»

Non, il n'a pas choisi la mort. Il a choisi sa vérité, il ne pouvait pas renier toute sa pensée et toute sa vie. C'était un vivant, un grand vivant. C'était un résistant, un grand résistant. Aujourd'hui, nous le célébrons parce que nous l'admirons et parce que nous l'aimons. Parce qu'il nous ouvre encore l'esprit, parce qu'il nous aide dans un monde aujourd'hui terriblement clos, limité, hiérarchisé à outrance, restrictif, castrateur, inquisitorial, et tutti quanti.

J'espère qu'ils chantent, qu'ils dansent et qu'ils sautent sur place aujourd'hui sur le Campo dei Fiori à Rome et ailleurs. Il est encore temps de vous joindre à nous, où que nous soyons et où que vous soyez. Courez acheter un livre ! Ouvrez une bouteille de ce que vous aimez et buvez-la à la mémoire de ce père de la philosophie moderne selon Joyce, de ce piéton de l'Europe, de cet ébranleur de ténèbres à l'ironie mordante, de cet homme qui a essayé de comprendre le monde et de se libérer... André Benedetto

(*) Écrivain et dramaturge.

Directeur du Théâtre des Carmes. Ce soir, à 20 heures, au Théâtre des Carmes, à Avignon. La pièce sera de nouveau jouée, cet été, pendant le Festival.

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