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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 22:06

 brochure-renaud-jean.jpg

Publicité dans l'Humanité du 9 novembre 1922.

RENAUD JEAN

LE COMMUNISME ET LES PAYSANS

Qu'est-ce qu'une révolution ?

Pourquoi nous sommes révolutionnaires ?

Comment nous sommes révolutionnaires. ?

Avec le programme agraire du Parti communiste.

L'exemplaire 0 30. Franco

 

ENTRE PAYSANS

Commentaire du programme agraire du Parti communistes

L'exemplaire 0.30. Franco 0 35.

 

Renaud Jean n’était pas le seul sur la question puisqu’il y a deux autres brochures :

Paul Vaillant-Couturier : A Ceux des Champs

Victor Dumas : Paysans, Défendons-nous !

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 21:04

 Je ne sais plus comment j’ai connu Pierre Mercier. Je me souviens seulement de son intervention à la tribune de l’Ancien collège à Montauban et j’avais été fasciné par sa passion cladélienne. Il n’est sans doute pas étranger à ma décision de prendre la plume et à la forme prise par mes deux premières publications. En conséquence je lui ai envoyé la première, le « Cri-Cladel » et le manuscrit de la deuxième : « Qui a tué Léon Cladel ? ». Il avait répondu en m’envoyant quelques documents datant de 1979 quand dans une revue de Sèvres il avait présenté Cladel : « Léon Cladel, nomarque des lettres » et il expliquait aussitôt : nomarque c'est dans l’ancienne Egypte, chef d’une province. Il m’a même envoyé le recensement de 1886 de Sèvres pour le n°9 de la rue Brongniart :

Cladel Léon Alphonse – 50 ans – français – homme de lettres

Cladel/Mullem Julia – 40 ans – française – épouse – musicienne

Cladel Judith – 13 ans – écolière – fille

Cladel Rachel Louise – 7 ans – écolière – fille

Cladel Esther Pierrine – 5 ans – écolière – fille

Cladel Marius Jean-Pierre – 3 ans – écolier – fils

Caujol Marie – 47 ans – domestique/servante

 

Il me donnait aussi la date et lieu de décès de Marius : le 8 janvier 1948 à Paris 1er arrondissement.

Pour Eve Rose elle serait décédée dans les Yvelines en 1946 mais en même temps une inscription sur l’Etat civil indique Moissac le 11 mai 1964 ! Et enfin voici les témoins au mariage de Cladel : Jules Claretie – Armand Silvestre – Paul Arène – Arthur d’Echerac / Adrien Hébard – Alphonse Lemerre – Etienne Carjat – Louis Mullen. Adrien Hébrard est le sénateur du Tarn et Garonne, qui, une nuit de 1880, proposa un amendement à une loi qui permit l’amnistie des Communards.

 

Bref, il était temps que je rende hommage à cet ami que j’aurai dû rencontrer aux Cabannes lieu que j’ai connu quand j’étais en colonie de vacances au château tout proche, le château de Gudanes. Je dormais à côté d’un copain que j’aimais bien et le soir on bavardait un peu, jusqu’au jour oùn le surveillant s’avançant sans qu’on l’entende, il nous envoie une paire de claques surprise. 5-05-2011 Jean-Paul Damaggio

 

 

M. Pierre MERCIER

09310 LES CABANNES

 

13 août 1990

 

à M. Jean-Paul DAMAGGIO

Ecole maternelle de Pomponne

82000 MONTAUBAN

 

Cher Monsieur,

 

Merci, un grand merci pour votre charmant envoi. J'y suis sensible, plus que vous ne pouvez le croire : non seulement parce que tout ce qui concerne Cladel m'intéresse, mais que votre lettre me prouve que vous ne m'avez pas oublié ! Après tout, rien ne vous obligeait à m'écrire !

Assez bavardé, seulement pour vous dire que vos photocopies m'apprennent l'existence de lettres de (ou à) Cladel : mais je savais que j'étais loin de connaître tout.

Votre brochure, "Le Cri-Cladel" est originale et curieuse. Son titre m'a d'abord intrigué. Et puis, votre "Avertissement" est très spirituel. Si un jour j'écris "quelque chose", je serais tenté de reprendre votre formule : ce livre est une erreur, mais si on ne le lit pas, c'est une faute!!! Non, pas de plaggiat!!!

En tout cas, mettre une histoire du temps présent sur les pages paires, et une histoire du temps passé sur les pages impaires (ou vice versa), c'est encore une trouvaille.

Si vous publiez quoi que ce soit sur Cladel, prévenez-moi.

Cladel étant mort à Sèvres, j'ai demandé à la municipalité de cette ville d'envisager de faire en 1992 (pour le centenaire) une exposition sur Cladel.

Pour le moment, je n'ai pas de réponse officielle. Mais je sais que la bibliothèque de Sèvres (qui dépend de la ville) y est favorable. Une confidence, ou plutôt un avis personnel : Cladel peut être classé parmi les écrivains d'avant-garde, presque libertaire, socialisant (Le PS l'a commémoré avant la guerre). Et la municipalité de Sèvres (que je ne critique pas) est de centre droit...

Enfin, nous verrons. Il est possible que la Bibliothèque Nationale fasse une Exposition??? J'ai travaillé à la BN en tant que documentaliste et j'ai gardé des contacts. Enfin, nous verrons.

Cher Monsieur, croyez en mes sentiments amicaux.

Pierre MERCIER

 

 

à M. Jean-Paul DAMAGGIO

 

 

Jeudi 30 août 1990

 

Cher Cladelien,

 

J'ai bien reçu en son temps votre livre, mais je n'ai pu le lire que ces jours-ci : c'est formidable, cela m'a enthousiasmé à un point que vous ne pouvez deviner. Contrairement à ce que vous supposez, je ne connais guère l’œuvre de Cladel. Maintenant, grâce à vous, je sens que je vais m'y plonger.

Votre titre est "accrocheur". Et vous écrivez rudement bien. J'espère vous rencontrer un jour, mais si vous passez sur la RN 20, ma femme et moi nous vous recevrons avec plaisir : nous sommes juste à l'entrée des Cabannes, tout près de la route, derrière les Pompiers.

Je me demande s'il ne serait pas possible de trouver un éditeur pour votre projet. Je sais que cela est dur, mais votre texte est si intéressant que je me demande s'il ne faut pas le proposer à plusieurs éditeurs : ceux, par exemple, qui ont édité ces dernières années des romans de Cladel ???

Donc, je n'ai rien trouvé d'anormal ou d'erroné sur les renseignements concernant la vie ou l'œuvre de Léon Cladel.

Pages 55-56, vous donnez des chiffres sur la souscription. Pour mémoire (mais ne rajoutez rien pour ne pas démolir la mise en pages), je vous signale que le conseil municipal de Sèvres, le 15 mai 1893, dès la première séance où un nouveau maire est élu, vote 100 F pour « souscription de la ville pour l'érection d'un monument à Léon Clade!, à Montauban, sa ville natale ».

Ne m'en voulez pas j'ai été correcteur à l'Imprimerie Nationale : je n'ai pu m'empêcher de corriger AU CRAYON les coquilles relevées : un certain nombre peuvent être laissées (refaire le texte, entraîne des remaniements et de nouvelles coquilles). Pour d'autres, voyez vous-même s'il convient bien de rectifier.

J'ai essayé hier mercredi et surtout avant-hier mardi de vous téléphoner mais vous étiez absent.

En attendant le plaisir de vous acheter votre livre lors de sa parution, croyez à toute ma sympathie.

 

MERCIER

 

P.S. Le conseil municipal de Sèvres a donné le 19/2/1911 le nom de Cladel à l’ancienne rue des Charbonniers.

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 20:16

Voici la fin de Verfeuil dans l'Humanité, Verfeuil qui meurt en 1927 de la tuberculose, continuera d'inventer l'impossible qui, des années après, s'appelera un temps, le P.S.U. (même si les conditions étaient totalement différentes). JPD

 

Humanité 13 novembre 1922

 

Le cas Verfeuil

Marrane présente ensuite la résolution suivante :

Le Congrès fédéral de la Seine propose au Congrès national la résolution suivante :

Le Congrès national :

1.Considère que Verfeuil a mené une série de campagnes anticommunistes. Après Tours, il a attaqué le principe même de la création de la Troisième Internationale et de la création du Parti communiste français, en prêchant le retour à l'unité d'organisation avec les dissidents. Il s'est élevé contre la nécessité de la violence révolutionnaire, qui est l'un des traits essentiels de la doctrine marxiste, en critiquant le militarisme, quelle qu'en soit les couleurs. Sous l'apparence de défendre les droits des minorités dans le parti, il a soutenu, sous le nom de liberté d'opinion, le droit de miner les partis communistes par la propagande des idées anti-communistes. Sous prétexte de défendre l'autonomie des partis nationaux, il a, en réalité, défendu leur droit 'à l'indépendance complète vis-à-vis de l'Internationale et de sa direction responsable.

2.Constate que Verfeuil a mené publiquement cette série de campagnes l'an dernier, dans le Journal du Peuple et n'a cessé sa collaboration politique, après l'exclusion de ce journal, qu'après y avoir publié un article de rébellion contre la décision régulière de l'exclusion de Fabre, prise par l'Exécutif de l'Internationale et ratifiée par le Comité directeur.

3. Estime que l'influence qu'a pu conquérir Verfeuil dans le Parti, a sa source dans le fait qu'au mépris de la charte de Tours, Verfeuil exposait à sa façon ses désaccords avec le Parti dans le Journal du Peuple. L'Humanité se taisant sur ces désaccords, Verfeuil jouissait par là même d'un véritable privilège exploité par lui contre le communisme.

4. Constate que la politique de Verfeuil a trouvé son couronnement dans la tentative de celui-ci de former au sein du Parti une fraction anticommuniste qui, si elle se développait, mènerait le Parti soit à une scission, soit au rétablissement de l'unité dans la confusion d'avant Tours,

5. Estime intolérable que, sous prétexte de présenter une thèse au Congrès national Verfeuil puisse essayer de donner à cette fraction anticommuniste un programme d'attaque contre l'Internationale communiste, ne se distinguant en rien des polémiques dirigées par le Journal du Peuple contre l'Internationale communiste et les militants qui jouissent de sa confiance.

Le Congrès national constate en outre que, depuis la décision d'exclusion prise à l'unanimité par le Comité fédéral de la Seine, Verfeuil persévère dans son attitude et renforce, par tous les moyens en son pouvoir, l'organisation de sa fraction et la résistance au travail communiste du Parti.

Le Congrès national, affirmant à nouveau le droit des minorités qui se placent sur le terrain communiste de lutter pour leurs idées dans l'intérieur du Parti, mais résolu à combattre sans merci tous les éléments rompant délibérément avec les principes fondamentaux du communisme :

Ratifie la décision d'exclusion du Comité fédéral de la Seine qui décide d'exclure les camarades qui se sont solidarisés ou se solidariseraient-avec Verfeuil., et invite le futur Comité Directeur à ne tolérer aucune manifestation anticommuniste au sein du Parti
Auclair estime que l'Exécutif de 1'I. C. ayant exclu définitivement Verfeuil, la question ne se pose plus.

H. Sellier regrette le manque, de sincérité avec lequel on traite cette question. Métayer (14e) lit une motion de sa section repoussant l'exclusion de Verfeuil. On vote par appel nominal des sections, chaque délégué prenant la responsabilité de son vote. La proposition du Comité fédéral est adoptée par 131 délégués contre 25 et 33 abstentions.

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 20:13

 

Loin du poète naïf de 1906, voici le dirigeant du PCF face à une manœuvre de la direction pour le discréditer. Il sera exclu suite aux événements que relatent les deux articles de l’Humanité repris ci-dessous. JPD

 

 

Humanité 16 septembre 1922

LA VIE DU PARTI

Le cas Verfeuil

Dans sa séance de jeudi, le Comité Directeur a voté l'ordre du jour suivant :

« Le Comité Directeur après avoir pris connaissance de la circulaire adressée par le citoyen Verfeuil à un certain nombre de membres du Parti et dont le texte a paru dans un journal bourgeois du matin, enregistra que cette circulaire, dans l'esprit du camarade Verfeuil, revêtait le caractère d'une lettre privée et que c'est contre le gré de son auteur dont la responsabilité doit être sur ce point dégagée que de la publicité lui a été donnée.

Il ne conteste pas, dans la situation actuelle du Parti et à l'approche du congrès, le droit du citoyen Verfeuil de convier à un échange de vues les camarades qu'il croit en accord de pensée avec lui il estime au contraire que le Parti sortira heureusement de la crise qu'il traverse si, une bonne fois pour toutes, le congrès est placé en face d'attitudes nettes, d'affirmations claires entre lesquelles il choisira dans sa souveraineté.

Cependant il constate que la lettre de Verfeuil est devenue un document public sur le fond duquel il a le devoir de se prononcer, Il en résulte que le camarade Verfeuil travaille à organiser dans le Parti, un groupement de résistance à l'Internationale Communiste dont il dénonce l'Inquisition. Les arguments qu'invoque le citoyen Verfeuil à l’appui de la campagne qu'il a entreprise reposent sur une interprétation inexacte des décisions de l'Exécutif. Ils parlent en réalité contre la Charte de Tours, devenue la loi du Parti ; si le congrès les admettait, il ne pourrait leur donner d'autre sanction que la rupture avec l'Internationale Communiste. Il est hors de doute que l'attitude de Verfeuil, et l'acte qu'il vient de commettre ne sauraient être tolérés par le Parti. Ils constituent l'infraction la plus grave aux règles élémentaires de la discipline communiste et ils sont incompatibles avec la qualité dont Verfeuil semble vouloir qu'on le prive de membre de l'organisation communiste.

Le Comité Directeur serait fondé à demander à la commission des conflits de le signifier au camarade Verfeuil. A un mois du congrès, il estime que c'est devant le Parti tout entier que la question doit être posée. Il défère donc le citoyen Verfeuil au Congrès national. Il se propose d'agir de même à l'égard de tous ceux qui se solidariseront avec lui. Il compte que le congrès, avec une autorité décisive, prendra les mesures capables de soustraire le Parti à l'activité de tous ceux qui, à l'exemple de Verfeuil, prétendraient le ramener en deçà du congrès de Tours, à l'unité d'impuissance et d'abdication heureusement disparue. »

Ont voté pour Frossard, Ker, Bestel, Servantier, Soutif Rappoport, Renoult, Méric, Cachin, Paquereaux, Gourdeaux, Dondicol, Auclair, Paul-Louis, Garchery.

Voici le texte de la déclaration déposée par Dunois :

La minorité du Comité Directeur estimant que le citoyen Verfeuil, absolument étranger aux doctrines qui sont à la base du Parti Communiste, n'est pas et n'a jamais été à sa place dans ce parti, considère que Verfeuil s'est mis définitivement hors du Parti par la lettre au moyen de laquelle, en des termes qui veulent être une condamnation de l'Internationale il a tenté de créer une fraction anti-communiste au sein de l'organisation.

Ont voté pour Dunois, Bouthonnier, Laporte, Péri.

Abstention Lucie Colliard.

 

Voici d'autre part les explications qu'a fournies par lettre au CD. le citoyen Verfeuil :

Paris, le 14 septembre

Mon cher Frossard,

Tu as bien voulu m'informer que le citoyen Bouthonnier t'avait saisi d'une demande d'exclusion contre moi pour la lettre que j'ai adressée à un certain nombre de camarades et qui, à ma grande stupéfaction, a été reproduite dans le Matin.

Comme je ne puis assister à la réunion de ce soir, je t'envoie par écrit les déclarations que j'aurais faites oralement si j'avais été présent.

1. Je ne pense pas qu'on puisse supposer un instant que j'ai moi-même communiqué ma lettre au Matin. Tous ceux qui me connaissent savent que je n'ai pas recours à ces procédés qui relèvent de la basse police.

2. Il conviendrait peut-être de chercher l'auteur de la divulgation du côté' qui a été indiqué à Frossard il y a quelques mois. Il a été signalé en effet au secrétaire du Parti que le Matin avait un informateur appointé dans les organismes centraux du Parti ou de la Fédération de la Seine, et Frossard a vu le texte manuscrit d'un: compte rendu envoyé par cet informateur audit journal. Je demande qu'une enquête soit faite pour découvrir et - exécuter -  cet individu.

3. Je rappelle que d'autres divulgations se sont déjà produites (rapport moral de Pioch. séance de la commission des conflits, où fut jugée l'affaire de Pavillons-sous-Bois): Au profit d'un autre journal, Ernest Lafont a lui aussi, été victime du même procédé que moi.

4. J'ai le droit, comme tout membre du Parti, de constituer un groupement de tendance, qui ne vient d'ailleurs que le cinquième et dernier en date, quatre autres étant déjà formés ou en formation. Le secrétaire du Parti lui-même a pris une initiative identique à la mienne.

5. J'ai le droit, dans une lettre privée, adressée exclusivement à des membres du Parti, d'exprimer telles opinions qui .me conviennent et d'employer tels termes qu'il me plait d'employer.

6. Si sévères que puissent paraître certains de ces termes à l'égard de l'Exécutif, je ne sache pas que l'Exécutif soit une institution sacro-sainte, à laquelle il est défendu de toucher sous peine d'être livré aux flammes purificatrices du bûcher. Il ne m'apparaît pas, du reste, que j'ai été, en l'espèce, moins respectueux à l'égard de l'Exécutif que le directeur du « Bulletin Communiste l'égard du Parti français, injurié « publiquement par lui dans sa majorité. Or, le citoyen Bouthonnier n'a pas encore demandé, me semble-t-il, l'exclusion du citoyen Souvarine.

7. Je prends l'entière responsabilité de ma lettre.

8. Prennent aussi cette responsabilité un certain nombre de camarades, dont je tiens les noms à la disposition du Comité directeur. Fraternellement.

Raoul Verfeuil.

 

Compte-rendu de l’intervention de Verfeuil au Congrès de la Seine telle que l’Humanité l’a publiée le 9 novembre 1922

 

Verfeuil

Verfeuil prend donc la parole. Il tient d'abord à protester contre les procédés, qu'il estime inqualifiables, employés contre lui et ses amis. Ces procédés, ce sont, pour Verfeuil d'abord la décision prise récemment par la majorité du Comité directeur, sur la proposition de Frossard, le déférant devant le Congrès national aux fins d'exclusion, ce qui disqualifiait par avance la motion présentée par lui au Congrès National, faisant peser une menace d'exclusion non seulement sur ceux qui la signeraient, mais même sur ceux qui la voteraient ensuite l'exclusion votée par le Comité fédéral sans l'avoir entendu ni même convoqué.

Verfeuil ne veut pas qu'on mette en doute son attachement aux thèses et à la doctrine de la Troisième Internationale. Elles sont, dit-il, la base éternelle du socialisme. Ce n'est pas là-dessus que portaient les réserves faites à Tours, mais sur des détails de structure que le Parti dut, du reste, d'accord avec l'Internationale, modifier.

On demande mon exclusion, ajoute-t-il, et pourtant, étrange paradoxe, nous avons accepté, dès le début, le front unique tel que le réclamait l'Internationale communiste.

On nous présente comme des adversaires de l'Internationale, parce que nous avons combattu l'Exécutif, mais l'Exécutif n'est pas plus l'Internationale que le Comité directeur n'est le parti, ou le comité fédéral la fédération de la Seine.

L'Exécutif, dit Verfeuil, a commis des abus de pouvoir dans la réintégration des démissionnaires de Marseille, dans l'application de l'article 9, dans une politique systématique d'exclusions.

« On ne peut relever contre nous aucun acte d'indiscipline. C'est l'Exécutif qui a fait acte d'indiscipline en s'insurgeant contre les statuts internationaux. »

Si vous nous chassez, conclut Verfeuil, je souhaite que grand bien en soit pour le Parti. Mais si vous nous gardez, qu'il soit bien entendu que ce sera avec l'intégralité de notre pensée vous ne nous domestiquerez pas

Une partie du Congrès applaudit Verfeuil.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 21:16

En 1906, Raoul Verfeuil présente son recueil de poésies. Il a 19 ans seulement. Il a le soutien du courant de gauche des radicaux. Dix ans après il est le candidat socialiste en TetG. Cette présentation se veut douce et paisible. JPD

 

 

FLEURS D'AVRIL

 

Ce sont là de pâles fleurettes

Du mois d'avril, de pauvres fleurs,

Fleurs d'amant et fleurs de poète, —

Un sourire baigné de pleurs.

 

Parmi la friche qu'est mon être

Elles poussèrent librement,

Herbe folle, ivraie ou peut-être

Primevères, fleurs du printemps.

 

Je les offre, toutes chétives,

A quiconque veut les cueillir ;

De mes passions fugitives, •

Elles sont presque un souvenir.

 

La première brise qui vienne

Les emportera sans pitié,

Car elles éclosent à peine, —

Fleurs d'amour et fleurs d'amitié.

 

Ce sont aussi des fleurs de rêve,

D'illusions, d'adolescent,

D'homme parfois — chant qui s'élève

De ma pauvre âme et de mes sens ;

 

Babil d'enfant qui balbutie,

Essai timide et hasardeux,

Acte d'un sage ou bien folie,

Acte excusable, je le veux...

RAOUL VERFEUIL.

22 octobre 1906.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 21:07

Je présente Raoul Verfeuil le 18 mai, il serait tant que je me penche sur le sujet donc voici un poème de plus du jeune lycéen avant qu’il ne devienne potier à Paris. Après le poème en l’honneur du peuple déjà publié sur le blog, voici une ballade en l’honneur des gueux. JPD

 

BALLADE EN L'HONNEUR DES GUEUX

 

Ils s'en vont, les gueux, par le froid,

La neige et le vent, sur les routes ;

Ils cheminent, sans feu ni toit,

Magnifiques dans leur déroute.

Ils vont, sous la céleste voûte,

En partageant, eux, miséreux,

Leur nourriture, quelques croûtes :

C'est qu'ils sont généreux, les gueux !

 

Ils n'ont pas de maîtres, sans quoi,

Dans la vie, ils ne verraient goutte ;

Ils n'ont ni dieu, ni foi, ni loi :

La liberté, coûte que coûte !

Déesse Bonté, qu'on écoute,

Les pousse à devenir des preux,

Ils se sacrifient. C'est, sans doute,

Qu'ils sont tous des braves, les gueux !

 

Les Bastilles pleines d'effroi

Ils courent les détruire toutes ;

Ils ne veulent plus d'aucun roi ;

Ils vont à l'assaut des redoutes;

Enfin leur troupe au bonheur goûte ;

Ils vainquent ; ils sont radieux,

Et le sang des tyrans s'égoutte :

C'est qu'ils sont justiciers, les gueux !

Prince ! si leur masse, qui broute,

Humiliée, un pain hideux,

Hors des palais enfin te boute :

C’est qu’ils sont sublimes les gueux.

1906

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 16:16

 Il n’y a pas de nouvelle de Cladel plus autobiographique que celle-ci. Saint Carnus de l’Ursinade n’est autre que le village de Lunel où son père est enterré. Cette nouvelle a été publiée par la Brochure, dès 2007, dans le recueil : Emotions autobiographiques. JPD.

 

     Geignant sur son essieu, le char à bancs mis à ma disposition par un bibliophile de Moissac roulait tant bien que mal le long de la grande route poudreuse autrefois sillonnée en tous sens par les messageries et les malles-poste, à peu près déserte aujourd'hui que les trains circulent sur les lignes de chemins de fer du sud-ouest, et mes yeux examinaient, tantôt à gauche, tantôt a droite, les vieux saules évidés qui bordent cette chaussée recouvrant une ancienne voie romaine ; ils n'avaient presque pas changé, ces arbres séculaires qu'enfant encore j'avais connus et que je retrouvais aussi verts, aussi frais, aussi jeunes qu'au temps passé, moi quasi vieillard déjà.

- Saint-Carnus ! s'écria tout à coup le condisciple qui m'accompagnait ; Saint-Carnus de l'Ursinade !

Aussitôt, je descendis de la carriole qui s'était arrêtée ; un terrien entre deux âges assis sur un tas de graviers en face de l'église du hameau me reconnut en dépit de ma figure trop ravagée par les ans et, s'étant levé, m'accosta :

- Qu'il y a de jours, monsieur, qu'on ne vous avait vu par ici ! Vous y êtes venu sans doute à l'occasion des fêtes de Cahors et de Montauban ?

- Non, oh ! certes non ! Elles m'importent peu ; mais, naguère, là-bas, à Paris, j'éprouvai le besoin de saluer quelqu'un qui reste à deux pas de nous en ce coin, et me voici !

- Rien de plus naturel, exclama le paysan, qui cherchait en vain à me comprendre ; on part, on revient, on s'en retourne, et quand on est las de voyager, on finit par rentrer là d'où l'on est sorti ; c’est clair, pardienne ! on conçoit aisément tout ça.

Je lui serrai rapidement les mains et me dirigeai vers un clos raboteux, sorte de friche dont les ronces et les herbes moutonnaient pêle-mêle, agitées par la brise, au-dessus d'une foule de tertres de cinq à six pieds de long sur trois de large environ.

- Ne cours pas si vite ; il y a des fondrières !...

Sourd à la voix de mon ami, je marchai droit au grillage de fer rouillé qui défendait l’asile où dormait celui qui pendant sa vie n'avait pas goûté de repos. Envahie par les chardons et les orties, cette armature disparaissait presque entièrement sous des broussailles, et c'est à peine si parmi cette végétation parasitaire je parvins à découvrir une parcelle de ce sol glabre et rouge où quelques semaines avant notre éternelle séparation Montauban-Tu-Ne-Le-Sauras-Pas m'avait dit en le frappant de son bâton de houx : « Si tu n'obtiens pas l'autorisation de m'enterrer au milieu de notre prairie, entre les deux amandiers que j'y plantai, tu t'arrangeras pour qu'on me mette là ! ... Belle exposition au Midi ! chaque matin, à son lever, le soleil m'y frappera d'aplomb et ses rais m'y réchaufferont les os. » Il gisait à la place qu'il s'était choisie et de laquelle il ne sera point exhumé, ce sévère Compagnon du Devoir, car respectueux de sa suprême volonté, je ne prendrai jamais sur moi de réunir ses cendres à celles de ma mère et de ceux de mes enfants qui sommeillent avec elle sur les cimes du Père Lachaise, au fond du même tombeau. Debout et chapeau bas devant la fosse où se consume ce brave qui mourut sans peur et sans reproches, si je ne murmurai pas en ce lieu des prières quelconques, ni ne m'agenouillai point sur la terre en implorant le ciel non plus sensible qu'elle-même, au moins je laissai mon cœur saigner à son gré...

1806 - 1869

Et m'abîmant en je ne sais quelle obscure et cruelle rêverie, je parcourus de mes doigts ces deux dates presque invisibles dans le métal oxydé, marquant l’une le commencement et l'autre la fin de l’homme qui m'avait créé.

- Lui, soupirai-je à bout de forces et comme hypnotisé par le cher fantôme enfin apparu, c’est lui-même !

On m'entraîna. Je remontai sur-le-champ en voiture en priant le cocher de me conduire au-delà du coteau qui nous barrait l'horizon.

- A la Lande ?

- Oui !

Dix minutes ne s'étaient pas écoulées que nous avions atteint le sommet d’une pente très déclive, d'où mes prunelles ravies contemplèrent un panorama qui m'avait été familier ; et les battements irréguliers de mes artères répondirent bientôt au rythmique tic-tac de ce riant moulin où j'avais savouré de si douces heures entre mes proches. Enseveli sous des bouleaux et des charmes, il était toujours là, paisible, à califourchon sur les eaux candides du bief, où se réfléchissait tout l'azur, et juste au milieu de ce cirque de verdure où s'ajustent, d'une part, après avoir franchi le Tarn et l'Aveyron conjugués, les plaines fécondes du Languedoc, et s'échelonnent, de l'autre, les mamelons ligneux du Quercy, scindés par de profondes gorges au-delà desquelles se déroulent des perspectives sans fin. Ayant mis pied à terre et foulé le pont du Lemboux, je m'engageai dans cette étroite et longue allée domestique jadis les gars de Saint-Bartholomée Porte Glaive et de Saint-Guillaume le Tambourineur étaient venus m'offrir un bouquet de fleurs artificielles, composé de tulipes bleues d'outre-mer, de lis sang de bœuf et d'épis de sarrasin tricolores. Sous le rouvre qui trône à l'autre bord du ru, béait la grotte où le hasard m'avait souvent rendu témoin des amours primitives d'Inot et de Janille, aujourd'hui mariés et bien portants aussi, «grâces a Dieu ! ». Je considérais en marchant l'arbre et la crypte, lorsqu'une pastoure bise et chenue qui filait sa quenouille en paissant une truie et des biques, m'arrêta :

- Qu'y a-t-il pour votre service et qui demandez-vous ici ?

Cette brutale apostrophe me souffleta. Quel dur rappel à la réalité ! Je n'étais plus chez moi ; des étrangers possédaient le toit les miens et moi, côte à côte, nous avions vécu.

- La permission, répliqua mon ami, de visiter cette demeure ?

- Hé bien, suivez-moi tous les deux, dit après quelques minutes d'hésitation la méfiante gardienne, et, s'il vous plait, n'abîmez rien !

Nous nous introduisîmes silencieux, et comme en un sanctuaire, sous le hangar de la bâtisse les huis clos des étables étaient encore estampillés à l'encre de Chine des équerres et des compas symboliques de Maître Jacques, que le précédent propriétaire avait tant honoré. Dès que nous eûmes parcouru le rez-de-chaussée de l'usine les meules ronflaient en vironnant entourées d'un nuage tourbillonnant de farine, nous montâmes au premier étage, dans les quatre petites pièces duquel s'était usée la vie de ma laborieuse et solitaire famille. Attiré d'abord vers la chambre carrée, à l’un des angles de laquelle je couchais en une sorte de niche séparée par un paravent qui touchait au plafond de l'alcôve de ma mère, car la simple et digne femme ne voyant encore en moi, malgré la farouche barbe d’ermite dont ma figure était déjà couverte à vingt ans, que le marmot qu'elle avait conçu, nourri, torché, ne permettait pas, tant que je séjournais auprès d'elle, que je fusse un instant hors de la portée de ses mains secourables, j'en poussai la porte entrebâillée avec une émotion extraordinaire et qui s'accrut au point de me paralyser les jambes au moment où j'y pénétrai.

- Regardez, criai-je hors de moi, regardez ça !

- Quoi donc ?

- Ce blé, ce blé ! ...

Fille et sœur de campagnards presque indigents, épouse d'un maigre ouvrier de ville, elle avait toujours eu, la noble créature qui me berça dans son giron, ainsi qu'eux-mêmes et comme tous ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front, une vénération instinctive pour cet aliment, à peu près le seul des humbles de sa race, et tremblait sans cesse d’en manquer.

Aussi, m'en souvient-il, avec quelle ferveur exhalait-elle chaque soir avant de se dévêtir ces paroles latines du PATER : Hodie da nobis panem quotidianum ! Et maintenant à l'endroit même je l'avais si souvent vue prier avec tant d'ardeur et de pitié Celui qu'elle tenait pour le souverain Arbitre et le Dispensateur universel «de lui fournir la pâture ainsi qu'il le fait aux petits oiseaux », s'élevait un monceau de grains assez abondant pour subvenir aux besoins de toute une tribu pendant au moins une année ; et moi, grison, non moins émerveillé qu'attendri, les orteils rivés au carreau, je ne savais que répéter encore et toujours encore le premier mot que, bambin, emmailloté de langes, j'avais balbutié :

- Maman ! oh ! maman !

Apres m'avoir arraché tout vibrant de ce parquet où mes talons s'étaient soudés, on essaya de m'emmener dehors ; mais, avant de descendre, je voulus revoir aussi la mansarde en laquelle le patron, tout hâlé, fruste comme un Romain et sobre comme un Spartiate, déjeunait seul d'une gousse d’ail et d'une fouace arrosées de quelques gouttes de piquette, en interrogeant par une lucarne le soleil qui se mirait dans les ondes soyeuses et limpides du ruisseau frôlant les plantains de ses deux berges inégales, et se délassait, ne dormant jamais que d'un œil, entre des draps écrus, sur un méchant châlit en fonte où, voici déjà, quinze ans, il s'éteignit entre mes bras, un soir d'automne, à la tombée de la nuit.

- Tâche d'ouvrir, toi, si cela t’est possible, dis-je étrangement intimidé sur le seuil du réduit, à mon camarade, que mes saintes angoisses avaient tout remué, je ne puis, moi !

J'entendis grincer un loquet, et sitôt après un grand bruit d’ailes... Enigmatique et magique spectacle dont je fus confondu ! Dans ce misérable galetas que l'agonie du chef de la maison avait splendifié, nuls meubles à présent, pas un : ni la table en bois blanc où jadis il s'asseyait pour «tuer le ver », ni le coffre vermoulu chargé de ferrures où soigneusement il serrait ses registres et son numéraire, ni ce trophée à nul autre pareil et formé de plusieurs cannes enrubannées de compagnonnage et d'armes : sabres, fusils et piques de mes aïeux, ceux-ci soldats de la République et de l'Empire, ceux-là révolutionnaires ainsi que leur successeur, ouvriers ambulants comme lui ; ni le grabat au chevet duquel je l'avais veillé pendant que son âme se déracinait de sa chair ; mais il y avait là plus de cent pigeons, et de toutes les espèces : des communs, des pattus, des huppés ; des ramiers, des colombes et des tourterelles qui s'abattaient sur moi, me couvrant le corps de pied en cap. Or, dès son berceau, le rude plébéien qui m'engendra s’était montré tendre à ces volatiles, et depuis ma première enfance, il en avait toujours eu. Ç’avait été son unique faiblesse ; il se la reprochait parfois en se traitant de sacré nigaud. Du froment, ici, chez celle qui n'avait guère songé qu'à s'en prémunir ; et chez celui qui ne s'était jamais apitoyé sur la condition des animaux, une foule de ceux-là seuls qu'il eût jamais choyés ! Et tandis que, me dévorant de caresses, ils m'étreignaient tous de leurs ailes et me baisaient de leurs becs, il me sembla que j'étais enveloppé de mystères et je frissonnais, en butte à je ne sais quelles transes religieuses, ébloui par ces vertigineuses métempsycoses ; enfin, ma poitrine, grosse de larmes, creva : je sanglotai.

- Qu'est-ce ? questionna la rustaude qui nous surveillait, il pleure, votre ami, pourquoi ?

- Chut, taisez-vous, ne bougez point, murmura mon compagnon de route ; son père mourut là.

- Té, celui-ci, s'écria-t-elle en me désignant, est donc le fils de cet ancien qui labourait autrefois les entours du trictrac, un monsieur devenu paysan, coiffé d'un chapeau de citadin et vêtu d'un frac à queue d'hirondelle, avec un tablier de basane autour des flancs ?

- Oui, répliquai-je en mon trouble persistant, et je suis un laboureur aussi, moi...

Puis, soutenu, comme poussé par des mains invisibles, je passai dans une salle voisine assez spacieuse, nous dînions tous ensemble autrefois, et là, c’estqu'aux lueurs parcimonieuses d'une lampette à pétrole, tandis qu'à la veillée, maman, noire comme une taupe, me tricotait des bas ou me ravaudait du linge, et que papa, roux comme les blés, se rappelant son vieux métier de bourrelier, raccommodait la barde de quelque mule ou la trézègue d'un joug à bœufs, moi, moi, leur fruit unique et bicolore, j'écrivis avec l'enthousiasme de la jeunesse et certaine confiance en moi que tous mes revers n'ont pas abattue ni même ébranlée, cette tragi-comédie : La Fête votive, et cette églogue : Le Bouscassié.

- Miens, chers miens, ô pauvres âmes, adieu ! ...

Les feux du couchant rasaient les myrtes d'alentour ; à ce moment une buandière qui fredonnait en s'accompagnant de son battoir, enfla sa voix qui retentit sous les fenêtres :

Sur la terre, en l’air et dans l'eau

Rien ne meurt, tout se renouvelle ;

Que mon amant devienne oiseau,

Je me muerai vite en oiselle ;

Et, si je renais plante ou fleur,

Moucheron, il boira mon cœur

De rose

Blanche ou rose,

Lui, lui,

M’ami !

 

Vieil orphelin en deuil je m’en allai, l'esprit hanté de radieuses images mystiques où, parmi tout un essaim de très belles petites têtes brunes, châtaines et blondes, semblables à celles si chères à mon cœur de père, revivaient, transfigurés, ceux que j'aime encore et toujours d'un amour filial.

Avril 1884 .Léon Cladel

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 13:45

II. SONNETS D'AMOUR

 

Comme tous les poètes, Cladel devait écrire des vers d'amour. Il en a écrit de forts beaux, qui mériteraient de figurer dans une anthologie. Sacrifiant d'abord au goût baudelairien, il a exalté la passion de l'homme fier d'aimer une femme déchue, malgré sa déchéance et malgré le mépris de cette foule, pour laquelle Baudelaire avait un aristocratique dédain. C'est bien dans la note baudelairienne que le sonnet suivant a été conçu.

LUI ET ELLE

A mon ami Paul Arène.

 

Plus vous la combattez, plus ma tendresse augmente;

Certes, vous avez beau me dire son passé,

Me répéter, méchants! que sa gorge est charmante,

Qu'on y trouve un satin que vos doigts ont froisse

 

Je reste où mon amour tranquille s'alimente;

Son corps impérial, vous l'avez encensé.

Mais qui donc, parmi vous, a fait d'elle une amante,

Et battre à l'unisson son cœur toujours glacé ?

 

Arrivé le dernier et bien tard dans sa vie,

Après avoir beaucoup aimé, beaucoup pleuré,

Sans crainte, sans efforts, muet, je l'ai suivie.

 

J'aime, comme un enfant, son sein déshonoré

Dites, si vous voulez, qu'elle est très belle, nue

Je vous répondrai « Moi seul, je l'ai connue! »

(Éclair, 29 décembre 1867.)

Plus tard, dans une note plus calme et dans une forme classique, Cladel écrivit des vers harmonieusement rythmées, pour lesquels sa plume de puissant ouvrier des lettres se fit délicate et tendre. N'est-ce pas sur un air tendrement musical que se déroule le poème suivant ?

 

L'AMIE

Tu peux subir l'injure des hivers

Et devenir aussi blanche que neige

Ta bonne bouche où je puisai mes vers

N'oubliera pas notre amoureux manège 1

 

Allons revoir - veux-tu ?- les buissons verts

Où j'accrochai ta robe de barège,

J'avais alors l'esprit tout de travers;

J'étais naïf et j'étais sacrilège.

 

Des fleurs d'antan s'il ne nous reste rien,

Les arbres, va, nous reconnaîtront bien

A nos baisers toujours pleins de jeunesse

 

Et moi, vieillard, qui n'ai point de bon sens,

Je chanterai dans l'herbe et dans l'encens

Les cheveux gris et doux de ma maîtresse.

(1868. Paru dans la Lauzeto (L’Alouette), 2° année 1878.)

 

Savourez maintenant ce médaillon. Cladel en l'écrivant se souvint qu'il avait des qualités de peintre et celle pour qui il fut écrit ne dut pas être médiocrement fière de l'avoir inspiré !

 

MEDAILLON

Brune, d'aspect oriental,

Elle tient haut et droit son buste;

Son œil si doux semble fatal

Et, gracieuse, elle est robuste.

 

Elle frémit comme un arbuste

L'air barbare et sacerdotal,

Elle est gentille, elle est auguste;

La voix sonne comme un métal.

 

Elle a des calmes léthargiques

Et des hérissements tragiques,

Sa lèvre veut, son geste dit.

 

Pareille aux femmes de la Bible,

Elle est la sœur belle et terrible

D'Hériodade et de Judith.

(Inédit.)

 

III Poèmes héroïques

 

Enfin, Cladel fut un ardent démocrate, qui sut traduire ses croyances politiques, non seulement dans son œuvre de prose, mais aussi dans ses vers. Les Montagnards nous l'ont prouvé. A la même inspiration se rattachent les deux pièces suivantes Garibaldi à ses Vélites et Stances héroïques.

 

GARIBALDI A SES VÉLITES

Impatient du joug et secouant le bât,

Toujours au feu, toujours au fort de la bataille,

Exaspéré, frappant d'estoc et de taille,

J'ai combattu trente ans et plus le bon combat.

 

« Amis, le clairon chante, amis, le tambour bat! »

On se ceignait les reins, on grandissait sa taille,

On offrait en riant sa poitrine à l'entaille

Du fer; on courait sus aux hommes de rabat.

 

A ces grands souvenirs où j'ai l'âme occupée,

Ma main cherche à mon flanc la garde d'une épée,

Et je vois l'étendard rouge sous le ciel bleu.

 

Hélas mon bras vaincu, parce que vieux, infirme

N'appuierait plus, enfants, ce que ma bouche affirme,

C'est à vous de brandir notre drapeau de feu.

(Le Gaulois, 3 décembre 1868.)

 

STANCES HÉROIQUES

1

Le sang coule à bouillons de ton flanc maternel,

Patrie 1 et tes enfants, frappés au cœur, expirent-

O jours d'angoisse, ô jours de deuil ! Deuil éternel !

Que d'hommes ne sont plus, que de femmes soupirent;

Un Tudesque, un Teuton écrase les Gaulois,

Et veut, roi féodal, asservir à ses lois

Ceux en qui de Danton vibrent les fortes fibres

Et dont tel est le vceu mourir ou vivre libres !

 

II

Jeunes et vieux, ils sont debout à tes remparts,

Sainte cité, tes fils indignés et farouches :

Les cœurs, à l'unisson, battent de toutes parts,

Le même cri pieux monte à toutes les bouches :

« Mère Patrie, ô France ! ô pays insulté !

Nous jurons de mourir, tous, pour la liberté ;

Viennent le roi Guillaume et son Bismarck oblique

Ce cri les recevra : Vive la République ! »

 

III

Liberté ! Liberté ! Dans ton Paris fumant.

Au-dessus de ses murs rougis du sang des braves,

Ouvre ton aile immense et montre à l'Allemand

Ton front sublime et pur, Méduse des esclaves ;

Inspire à l'étranger la haine des tyrans,

Et nous, ton peuple aimé, nous, les Français mourants,

Nous saluerons en toi, d'un long cri d'espérance

Ton règne, ô liberté, ton grand triomphe, ô France !

1870. (Inédit.)

 

Moi qui chante les bois, les prés,

Dans ma rugueuse et rouge prose

Où marchent les désespérés

Au regard farouche et morose.

 

C'est ainsi que Cladel définit son talent de prosateur dans un sonnet sur le tombeau de Théophile Gautier. La plume capable de nous donner cette rugueuse et rouge prose » si merveilleuse de coloris et de puissance est la même qui a su nous donner maints sonnets tendres et délicats.

Léon Cladel fut donc un délicieux poète, un poète curieux par la diversité de son talent mais il est bien certain que ses plus beaux poèmes sont encore ses poèmes en prose le Bouscassié ou cet Ompdrailles qui s'ouvre «comme un palais glorieux de son portail de marbre[i]  » sur une page du vieil Homère. Ed. Campagnac.



[i] Georges Normandy

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 13:42

Je voudrais donner quatre exemples vécus, d’un phénomène qui me paraît indispensable à appréhender pour réfléchir aux rapports que l’opinion publique française entretient avec son extrême-droite (ce qui ne signifie pas que nos frontières soient le seul espace de la dite réflexion).

 

Alexis Carrel cet inconnu ?

« Le Front national entama, avec les années 90, une campagne destinée à faire apparaître ce médecin français collaborateur Alexis Carrel, Prix Nobel en 1912 pour ses travaux de technique chirurgicale, et auteur en 1935 d’un manifeste en faveur de la solution eugéniste des problèmes sociaux, L’Homme, cet inconnu, comme un penseur digne de figurer au panthéon des savants humanistes en tant que « père de l’écologie » » écrira Patrick Tort en 1998 dans le Monde diplomatique.

L’article d’alors faisait suite au livre publié en 1992 les Editions Syllepse pour riposter au FN. J’avais croisé Patrick Tort une première fois quand il s’associa avec Henri Lefebvre pour publier en 1986 : Luckas 1955, Etre marxiste aujourd’hui. Quant à Lucien Bonnafé, l’autre auteur du livre, j’ai longtemps participé aux échanges épistolaires qu’il avait avec beaucoup d’amis. Voici le long titre du livre : L'Homme cet inconnu ? Alexis Carrel, Jean-Marie Le Pen et les Chambres à gaz. Après sa publication une vingtaine de villes ont débaptisé des rues Carrel.

J’ai eu du mal à saisir tout l’enjeu de cette riposte. Malgré ma passion pour l’histoire, ce retour sur le passé ne me paraissait pas urgent. Patrick Tort a continué ce combat, devenant un des plus grands défenseurs de Darwin, cet Anglais étant lui aussi embarqué dans une voie à contre-sens. La riposte contre le FN n’avait pas à être une riposte circonstancielle, et j’ai fini par admettre que les trous noirs de nos mémoires n’étaient pas innocents.

 

Henry Dorgères, cet inconnu ?

Seulement en 1996, le livre de l’Etasunien, Robert O. Paxton, Le temps des chemises vertes, Révoltes paysannes et fascisme rural 1929-1939, me permit de comprendre un autre volet de l’extrême-droite française. Cet élément était généralement renvoyé à un atavisme paysan, or je savais très bien que les paysans français, suivant les régions, avaient de tout temps participé à des révoltes sociales ancrées à gauche. Pourquoi et comment entre 1929 et 1939 le dorgérisme a-t-il pu s’implanter ? Dorgères lui-même était-il un paysan ? A lire cet ouvrage non seulement le phénomène s’éclaire, mais en même temps, on saisit les non-dits qui l’entourent. Difficile de percevoir l’évolution de Doriot, Déat et Bergery (traités par Philippe Burrin dans La dérive fasciste en 1986, puis édition de poche en 2003) mais le dernier chapitre du livre de Paxton nous projette à la fois dans cet univers global des années 1930, et dans une actualité faite pourtant d’une France presque sans paysan !

 

René Bousquet cet inconnu ?

A Montauban est né René Bouquet qui sortit de l’ombre grâce au travail minutieux de Pascale Froment (René Bousquet, Stock, 1994), après qu’on ait découvert le personnage aux côtés de François Mitterrand. Avec des amis nous avons décidé d’inviter à Montauban l’écrivaine, pour un débat public, aussi nous avons été confronté à cette réaction : « A quoi bon remuer cette histoire ancienne ? » Le passé de René Bousquet venait de le rattraper suite aux recherches d’une femme qui n’était pas exactement une historienne. Et sans faire d’amalgames ridicules entre les années 1930 et 1990, l’histoire de l’extrême-droite nous a semblé alors tenir à un fil solide. René Bousquet n’était pas un fasciste d’avant guerre, mais un radical ordinaire. Il a peut-être regardé alors avec scepticisme le virage du PCF décidant d’honorer Jeanne d’Arc ! Imaginez une telle opération de la gauche d’aujourd’hui : aussitôt, que de cris nous entendrions pour dire qu’il ne faut pas chasser sur les terres du FN ! A cette époque là, en juillet 1936, un socialiste qui deviendra un notable du département (Louis Delmas), publia un article virulent contre le PCF coupable d’honorer le drapeau tricolore et la Marseillaise : « Notre « Internationale » et notre drapeau rouge s’opposent, irréductiblement aux symboles de la bourgeoisie. »

René Bousquet est l’image même d’une extrême-droite se fondant dans les habits de la république d’où la surprise des millions de Français quand ils découvrirent le terrorisme de l’O.A.S. Le livre de Pascale Froment m’a définitivement marqué et je n’hésite pas à promener les amis visiteurs, jusque sur la tombe de Bousquet située à six kilomètres de chez moi. L’homme fut enterré avec les honneurs après avoir été assassiné par un malade.

 

Henry Lapauze (1967-1925) cet inconnu ?

A Montauban, le Musée Ingres, a bénéficié de beaucoup de dons d’Henry Lapauze défenseur par ailleurs du peintre (par exemple l’énorme grille d’entrée). Malgré un nom de rue, il reste plutôt un inconnu en ville. Cette situation contrastant fortement avec la notoriété de Dominique Ingres, j’ai voulu en savoir un peu plus, d’autant que j’avais croisé dès 1890 Henry Lapauze parmi les membres de l’extrême-gauche aux côtés de l’écrivain montalbanais Léon Cladel. J’ai publié le livre d’articles : « Ecrits sur l’art et sur la vie » aux Editions la Brochure, en 2007, où je reprenais des textes de son journal national et important « La Renaissance ». Ce fut un fiasco. L’homme est resté dans l’ombre où il était, pour avoir fini sa vie en publiant… de multiples éloges de Mussolini et Primo de Rivera. Dans un écrit intitulé les fascistes il indique le 4 novembre 1922 : « Les fascistes ont été les Mille du temps présent, et leur chemise noire évoque le souvenir de la chemise rouge des Garibaldiens qui firent l’unité d la Patrie. » Et il précise à l’attention des Français : « Prenons-y garde : si nous méconnaissons le rôle décisif des fascistes, le pourquoi de leur action déterminant la force active qui les anime, et la haute noblesse patriotique de leur foi ardente, nous risquerions de creuse, entre l’Italie de 1922 et la France d’aujourd’hui, un fossé profond. »

Vu ce que les fascistes sont devenus ensuite, Henry Lapauze s’est changé en fantôme. Suffit-il d’oublier pour apprendre ?

 

Conclusion

La gauche française n’a pas été la dernière à mettre un mouchoir sur les réalités de l’extrême-droite. L’invasion de la France par l’Allemagne a permis de parler de « collaborateurs » quand parfois les collaborateurs devançaient les désirs de l’occupant. Les collaborateurs ne sont pas nés en 1940 et ils n’ont pas été neutralisés en 1945. Cette tradition profonde de l’extrême-droite française qui, c’est vrai, a su s’alimenter de l’histoire italienne (voir la flamme) ou de celle d’Espagne, semble pourtant rompue aujourd’hui, car elle n’occupe plus les rues depuis les années 90, elle se montre peu, elle reste fondue dans le paysage. Les médias ne sont pas une caisse de résonance comme on le croit parfois : quand ils ne disent rien ou presque, entre 2002 et 2007, ils font malheureusement oublier le danger, et quand ils en parlent trop, ils ne feraient que le grossir. Ils ne sont pas la caisse de résonance en montrant l’invisible, par contre leur fonctionnement global (malgré les talents d’esprits courageux) est en résonance avec une démocratie qui traîne avec elle des plaies où nous devons remuer le couteau. Pour moi, ce n’est pas le score du FN qui me fait mal, mais l’arthrose de nos démocraties et c’est à ça que le front populaire s’est attaqué en 1935, non par des pleurs, mais par des reconstructions de l’histoire. Le terme « front populaire » a été lancé par Doumergue sous cette forme : « Front populaire contre les métèques et les salopards en casquettes » et au moment de la campagne des municipales, salle Bullier, en 1935, Thorez a répliqué : « La droite fasciste sort le mot : Front populaire contre les métèques et les salopards en casquettes. Nous, communistes, nous lançons le thème du Front Populaire du pain, de la paix et de la liberté. » Se battre pied à pied, ça suppose des remises en question…

2-05-2011 Jean-Paul Damaggio

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 13:40

LÉON CLADEL, Poète1[i]

 

Nos lecteurs ont pu apprécier les qualités de facture dont Cladel a su faire preuve dans son poème « Les Montagnards». Pour la plupart des lettrés pourtant, Cladel n'est qu'un prosateur, un puissant prosateur sans doute, mais non un écrivain en vers ; pour quelques-uns son bagage poétique se réduit à « Mon Ane », le magnifique sonnet où se retrouve son âme débordante d'amour et de pitié pour les bêtes.

Maurice Bouchor me disait récemment dans quel religieux silence Cladel était écouté, vers 1880, dans les réunions littéraires de l'époque, lorsque de sa voix harmonieuse de méridional, dominant l'assemblée de sa belle figure de Christ, il récitait

 

MON ANE

Il avait sur l'échine une croix pour blason

Poussif, galeux, arqué, chauve et la dent pourrie,

Squelette, on le traînait, hélas! à la voirie,

Je l'achetai cent sous; il loge en ma maison.

 

Sa langue avec amour épile ma prairie

Et son œil réfléchit les arbres, le gazon,

La broussaille et les feux sanglants de l'horizon

Sa croupe maintenant n'est plus endolorie.

 

A mon approche, il a des rires d'ouragans,

Il chante, il danse, il dit des mots extravagants

Et me tend ses naseaux imprégnés de lavande.

 

Mon âne, sois tranquille, erre et dors, mange et bois,

Et vis joyeux parmi mes prés, parmi mes bois;

Va, je te comblerai d'honneurs et de provende.

 

Moulin de la Lande en Quercy (avril 1865).

(Parnasse contemporain, 3e série 1876.)

 

Certes, la pièce est belle, mais Cladel n'est pas l'auteur de ce seul petit chef-d'œuvre. Il a ciselé bien d'autres joyaux et son nom brille dans les recueils du Parnasse Contemporain à côté de ces noms illustres Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, Catulle Mendès, José-Maria de Hérédia, Léon Dierx.

Lié avec Louis-Xavier de Ricard, il fréquentait en effet le groupe réuni autour de l'éditeur Lemerre. Est-ce à dire qu'il faut le ranger parmi les Parnassiens ? – Si l'école parnassienne est avant tout celle de la beauté plastique et de l'impersonnalité poussée jusqu'à l'indifférence, l'épithète de Parnassien ne lui convient guère. A vrai dire, ce fut un poète, un poète original, qu'il est bien difficile de classer dans une école. Son talent est joliment nuancé, son vers, qui revêt ici le manteau classique, est là nerveusement coupé comme celui d'un symboliste. Toujours pénétré de sentiment, il déborde souvent de passion.

Pour permettre au lecteur de juger de la diversité de son talent, je vais citer quelques pièces poétiques de Léon Cladel. Quelques-unes sont rigoureusement inédites. Les autres ont paru, il y a très longtemps, dans des revues comme le Boulevard, la Jeune France, la Lauzeto, (l'Alouette), et sont fort peu connues.

 

 

I. POÈMES IMPIES

C'est surtout de 1858 à 1862 que Cladel écrivit ses vers (plus tard, il se consacrera à son œuvre de prose) et c'est précisément à cette époque qu'il recevait des leçons de style de Charles Baudelaire, ce magicien ès lettres, comme il se plaisait à l'appeler.

Aussi ne faut-il pas s'étonner, s'il a rimé quelquefois sur les thèmes familiers à son maître. Comme son maître, il a chanté les hommes, qui dans leur ardent désir de connaître veulent

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?

Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !

 

C'est surtout dans son beau poème des Carriers, qu'il a magnifié le défi de l'homme à la Divinité. Il serait trop long de publier ici cette pièce de 300 vers inédits, écrite en 1862 et dédiée à Jean Richepin, l'auteur des Blasphèmes, qui en possède le manuscrit ; mais nous pouvons citer trois sonnets inspirés par la même idée de révolte.

Lisez, voici de nouveaux Titans, qui veulent escalader le ciel :

L'ÉCHAFAUDAGE

Dôme ou tour, quel est donc l'éternel monument

Qu'ils veulent ériger, tous ces nains périssables?

Le front de leur machine atteint le firmament;

Elle pousse ses pieds au plus profond des sables.

 

Immense elle projette impétueusement

Ses bras, ses mains, ses doigts, ses nerfs inextricables

Elle a je ne sais quoi d'étrange, d'alarmant,

On n'ose interroger ces vis, ces pieux, ces câbles.

 

Cent mille, un million, un milliard suspendus,

Au grand échafaudage, ils montent éperdus.

L'un d'eux au ras du ciel « Des clous, des ais, des toiles,

 

Deux poutres, compagnons, et nous sommes rendus 1 »

« Ni bois, ni fer! » Alors, mordant ses poings tordus

Encore un peu, dit-il, nous touchions aux étoiles! »

(Paru dans le Boulevard, du 9 novembre 1862.)

Voici, par contraste, les hommes qui veulent sonder les mystères du sein de la terre.

LE PUITS

A J. Barbev d'Aurevilly.

Ténèbres. La nuit pleure. Il s'élève des ombres

Du gouffre un bruit qui porte au coeur; désespéré

Clapotement de mains fouillant des fanges sombres

Le puits sanglote; un homme y parle « Je vaincrai !

 

J'ai sondé l'insondable, enfin. Enfin – Mes nombres

Sont exacts, mon calcul, cette fois, bien tiré. »

Tout à coup retentit un choc de lourds décombres

On n'entend plus la voix en l'abîme foré.

 

Au ciel morne la Lune apparaît en tunique

De lumière et projette un regard ironique

Au fond du puits où meurt ce cri prodigieux

 

« Trois fois maudit soit Dieu! Je voyais le mystère

Des profondeurs; j'étais aux boyaux de la terre,

Ma lampe s'est éteinte. Allumez-vous, mes yeux! »

(Inédit.)

 

Mais triomphe! Si les hommes n'ont pu escalader le ciel ; s'ils n'ont pu sonder les mystères du sein de la terre, ils se sont du moins rendus maîtres des airs et c'est dans une vision prophétique que Cladel nous dit le rêve d'Icare réalisé, qu'il nous dépeint « l'Hippogriffe invincible », c'est-à-dire l'avion ou plutôt le dirigeable, sur lequel les humains pourront prendre « le ciel pour cible ».

 

 

LE MONSTRE

 

II arrive, il regarde, il fume, il crache, il passe,

II est passé le grand monstre admirable, issu

De l'homme, il est passé, l'avez-vous aperçu

Mordant le mors, hurlant la faim, mangeant l'espace?

 

Où va-t-il où va-t-il avec sa carapace

De fer, ses yeux de sang, le feu qu'il a reçu

De Prométhée? Il hurle, il tonne, il est rapace

Et veut dévorer Dieu qui ne l'a pas conçu.

 

Il le dévorera, vous verrez! Et la nue

S'ouvrant avec horreur à la bête inconnue,

Aura les flancs troués par ses sabots d'airain.

 

Il vole, il monte, il est son propre souverain,

L'hippogriffe acharné, l'hippogriffe invincible

Il vient de terre, il monte, il a le ciel pour cible.

(Paru dans la Jeune France.)

 

Ainsi Cladel nous montre l'homme victorieux dans sa révolte, tandis que Baudelaire, après avoir blasphémé, se met à genoux et s'écrie :

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance.

 

Dans cette différence d'attitude éclate l'antagonisme de deux tempéraments, que la passion du beau devait pourtant lier l'un à l'autre d'une étroite amitié. (à suivre)



[i] 1. Voir la Nouvelle Revue du 15 novembre et 1er décembre 1919 pour deux autres articles que je vais reprendre sur le blog

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