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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 16:36

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En ce qui me concerne je consulte les archives du journal papier, ce qui me permet de saisir la différence phénoménale avec les archives internet. Au bénéfice incontestable des archives internet, il y a la rapidité d’accès, une rapidité qui efface cependant le contexte de la publication de l’article. En effet, avec la version papier, on peut saisir la situation du journal au moment choisi. Cette différence est-elle inévitable ? Non, il pourrait y avoir comme pour certains journaux des archives par NUMERO. Pourquoi ne pas pouvoir consulter le numéro entier du 19 avril 2000 ? Ce n’est pas le seul élément mais à mon avis il compte et cette proposition s’adresse aux techniciens concepteurs des sites des journaux. En effet, pourquoi retenir cet article d’avril 2000 ? Bensaïd a été sa vie durant le penseur phare de la LCR et à ce moment là nous sommes au moment où, le PCF étant au gouvernement l’extrême-gauche récupère du mécontentement et se sent des ailes. J-P D.

 

 

Le 19 Avril 2000 : Daniel Bensaïd : " Les fantômes se rebiffent "

 

Avec le Sourire du spectre, le philosophe poursuit une réflexion singulière sur le communisme, au moment où le capitalisme n'apparaît plus tout à fait comme " l'horizon indépassable de tous les temps "...

 

Avec le Sourire du spectre (1), le philosophe Daniel Bensaïd poursuit sa réflexion sur le communisme, dont la " fin " proclamée en même temps que celle de l'" histoire " il y a dix ans, dans le fracas de la chute du mur de Berlin et " du socialisme réellement inexistant ", lui suggère ce propos : " Les fins n'en finissent pas de finir. L'histoire se rebiffe. Son cadavre reprend des couleurs. Les fantômes s'agitent. Les revenants s'obstinent à troubler la quiétude de l'ordre ordinaire... " " Dossier " non clos, affaire à suivre, " travail de deuil " terminé, comme le suggère l'auteur en référence au " Pas d'avenir sans Marx " lancé dès 1993 par Jacques Derrida (2) ? Simple existence " spectrale " pour ceux qui essaient de faire en sorte que l'espérance d'un monde meilleur puisse être synonyme d'émancipation humaine et/ou capacité à peser vraiment dans " le mouvement réel " où se jouent les possibles dépassements de " l'ordre existant " ? Autant de questions posées par ce " Sourire ", qui prête à de multiples débats, dont il n'est guère besoin de souligner plus avant l'actualité...

 

- Pourquoi ce retour sur Marx, dont vous dites vous-même qu'il serait " sorti de quarantaine " depuis quelques années, " délivré de ses "-ismes" par la décomposition de l'Union soviétique ? "

 

- Plus personne ne conteste que Marx soit plus vivant que jamais : non dans une référence passéiste pieuse, mais pour penser le présent. Cette cause étant - positivement - entendue, il s'agit à mon sens d'interroger le communisme : que reste-t-il de pertinent de ce projet critique de l'ordre des choses existant et en quoi faut-il procéder à ce que j'appelle " un inventaire sans liquidation " sur le plan historique ? Il serait catastrophique, par exemple, d'effacer par des jeux de vocabulaire l'antinomie radicale entre un projet dont on ne peut donner d'aboutissement ou de concrétisation probante, et ce qui s'est passé avec le stalinisme. De même que vaut d'être soulignée, a contrario de l'éclairage actuellement dominant, la discontinuité entre les débuts de la révolution russe et la contre-révolution bureaucratique intervenue dans les années trente, une idée qui ne fut pas seulement portée par Trotsky ou par d'autres opposants de " gauche ", mais aussi par Hannah Arendt, et qui semble aujourd'hui largement confirmée par les travaux entrepris à partir de l'ouverture des archives soviétiques. Marquer cette discontinuité me paraît important si l'on veut tenter de comprendre les effets spécifiques du totalitarisme bureaucratique, pourquoi il a détruit une société, et comment, au lieu de la renaissance d'un projet communiste ou socialiste démocratique dans l'ex-URSS, on assiste aujourd'hui à des décompositions nationales et à des phénomènes à la Poutine... Il s'agit là d'un enjeu majeur, qui ne se ramène pas d'abord à la question d'une " déviation " théorique - même si l'on peut se demander, par exemple, s'il n'y aurait pas eu, dans les formes bureaucratiques, un avatar de la conception léniniste du parti - mais principalement à des questions de stratégie politique, de rapport des forces, et donc à un problème de caractère historique...

 

- Faut-il lire le sous-titre de votre ouvrage, Nouvel esprit du communisme, à la manière d'une référence directe à l'essai de Luc Boltanski et Òve Chiapello, le Nouvel Esprit du capitalisme ? (3)

 

- Bien sûr. Luc Boltanski et Òve Chiapello développent l'idée d'un isomorphisme, d'une symétrie entre les formes de domination du capital - y compris de gestion étatique - et les formes d'organisation et les problématiques du mouvement ouvrier. Si l'on accepte leur hypothèse d'un " nouvel esprit du capitalisme " à ces fins de domination, on peut considérer qu'apparaît sur ses talons son double et son contraire, à savoir un " nouvel esprit du communisme ". J'ai donc travaillé, d'une part, sur des questions clés pour l'actualisation de la critique du capitalisme, les problèmes du travail et de ses métamorphoses, ceux de l'écologie comme deuxième grand symptôme de ce que j'appelle " la mal-mesure " du monde, autrement dit la crise d'une société régie par la loi de la valeur, et enfin, les questions de la transformation égalitaire du rapport entre les sexes... D'autre part, j'avance ici l'idée qu'au lieu de renoncer, sous prétexte des désastres du siècle, à la question de l'appropriation sociale, de la propriété publique et du " bien commun ", il s'agirait plutôt de relancer ces thèmes par une " pédagogie du service public " comme élément structurant de la démocratie, dont il faut, d'ailleurs, renouveler l'approche. Je crois que, sans renoncer à une approche de la démocratie qui réduise au maximum les phénomènes de délégation et de professionnalisation de la politique, nombre d'expériences récentes incitent à réfléchir du côté de formes de double représentation, sociale et territoriale, de double pouvoir institutionnalisé, en relation avec la multiplication même des acteurs. Voilà en tout cas l'un des chantiers où il s'agit de travailler un communisme au présent, qui corresponde aux mutations du capitalisme, de sa forme rénovée de despotisme.

 

- Despotisme, est-ce bien le terme approprié ?

 

- On a beaucoup insisté sur l'horreur du despotisme totalitaire étatique au cours du siècle, mais on a trop souvent " oublié " cette autre forme de totalitarisme qu'est le dépérissement de la politique par sa dissolution marchande. Or, cette menace se manifeste aujourd'hui jusque dans les évolutions du droit : le recul de la loi devant les formes contractuelles, dans une société fortement inégalitaire, est, par exemple, une forme de reféodalisation des rapports interpersonnels. Reste que cette tendance au despotisme marchand n'est pas unilatérale : même chez les libéraux les plus forcenés, l'alerte des crises dites " russe " ou " asiatique " de 1998 a ramené un discours sur le besoin de formes de régulation. En fait, la contradiction n'est pas morte et elle s'exprime aussi par la montée de résistances, même si nous sommes encore loin d'avoir fini de payer la note des catastrophes du siècle. Depuis 1995 en France, derrière la défense d'une certaine idée du service public, c'est aussi une forme de demande de politique qui s'exprime, tandis que flotte toujours dans l'air du temps quelque chose de " l'esprit de Seattle ". L'idée que " le monde n'est pas une marchandise " - et donc que l'école, la santé, le vivant doivent échapper à la loi du marché - n'était pas imaginable il y a seulement dix ans. Çà et là, en germes, la mondialisation a aussi comme contrepartie la renaissance d'un internationalisme lui aussi rénové, désétatisé, ne passant plus par l'allégeance à une mère patrie, même s'il ne comble pas encore le décalage entre une certaine repousse de mouvements sociaux et l'évolution des représentations politiques...

 

- Vous affirmez : " Les avant-gardes meurent, mais ne se rendent pas "... Un peu plus loin, vous faites vôtre une réflexion de Jacques Derrida soulignant, à propos de Marx, que " l'héritage n'est pas un bien (...), mais l'affirmation active, sélective, qui peut parfois être réanimée plus par des héritiers illégitimes que par des héritiers légitimes "...

 

- Pour que le conflit vive, il faut aussi que les conditions sociales existent. Est-ce que l'atomisation dans le travail ou dans l'habitat, est-ce que la dépendance culturelle sont telles qu'il y aurait une sorte d'écrasement par la domination pratiquement irréversible ? Si le danger existe - via notamment la privatisation de la vie sociale... - il n'est pas aujourd'hui chose démontrée. Paradoxalement, je crois que le communisme a une dimension plus actuelle que jamais du côté de la question de la propriété sociale (à condition qu'elle soit repensée), dont les formes peuvent être multiples - mutualités, réseaux coopératifs, etc. -, ce qui revient peut-être à pousser jusqu'au bout la logique " service public " : de l'aménagement du territoire au rôle de la spéculation immobilière dans la crise de la ville... De ce point de vue, il s'agit sans doute de mêler la " mémoire " des organisations politiques - au sens d'expériences à transmettre - et la part d'invention à laquelle il faut rester disponible. Personne ne peut prescrire aujourd'hui ce que seront les formes de transformation révolutionnaire au XXIe siècle : d'où l'idée qu'il faut admettre qu'il existe dans l'histoire du projet communiste toute une part d' " héritage " - cette idée de transformation radicale des rapports de propriété et de pouvoir, cette idée de créativité, de liberté qui puise ses racines dans la Révolution française, et à partir de laquelle le terme même de " révolution " est devenu le nom propre de l'émancipation - et admettre aussi que tout un imaginaire qui lui est lié est à la fois utile et encombrant, dans la mesure où il nous bloque dans des représentations pour une part dépassées. Comment ne pas être en retard d'une révolution, comme les militaires sont en retard d'une guerre ? Il faut savoir que la question se pose, c'est tout : on ne va pas fabriquer un laboratoire de réponses à un problème qui suppose aussi de l'expérience historique !

Entretien réalisé par Jean-Paul Monferran

 

(1) Daniel Bensaïd, le Sourire du spectre, Éditions Michalon, 258 pages, 120 francs.

(2) Jacques Derrida, Spectres de Marx, Éditions Galilée, 1993.

(3) Luc Boltanski et Eve Chiapello, le Nouvel Esprit du capitalisme. Éditions Gallimard, 1999. (voir l'Humanité du 4 février 2000).

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 12:48

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Le premier débat télé a eu lieu. Et il y avait Françoise David pour Québec solidaire candidate dans la circonscription de Gouin et qui a crevé l’écran. Aujourd’hui ce n’est pas Le Devoir que je cite mais un chroniqueur du journal moins à gauche, La Presse, où Pierre Foglia y affiche des idées plus à gauche qu’au Devoir. Il confirme la place tenue par Françoise David. A lire. JPD.

Sur la photo, écoute collective de Françoise David communiquée par J. Desmarais.

 

Publié le 21 août 2012 à 00h00 | Mis à jour à 00h00

De la lumière de cette fin d'été

PIERRE FOGLIA, La Presse

 

Pour une fois, je partage votre sentiment: madame David a été brillante lors du débat des chefs. Je m'en étonne moins que vous, je la connais un peu, je ne l'ai jamais vue autrement que brillante, limpide dans l'exposé de ses idées et aussi ferme que courtoise à les défendre.

Il s'en est trouvé pour dire que les choses avaient été plus faciles pour elle, que les trois autres l'avaient ménagée et gnagnagna. Il s'agissait pourtant moins d'elle que de Québec solidaire et, au-delà, de toute la gauche confrontée, dans ce débat, à la realpolitik des trois autres.

La grande victoire de Françoise a été de parler autrement de justice sociale, de gratuité scolaire, de santé publique et surtout d'économie, et d'être entendue par des centaines de milliers de gens, non pas comme une idéologue, non pas comme une extraterrestre, mais comme une Juste, pour reprendre la définition de Gil Courtemanche, qui l'avait empruntée à Camus: le Juste est celui qui place au cœur de son action la défense du plus faible.

Ils étaient trois à dire la même chose dans ce débat, tout en se chicanant sur les modalités, mais essentiellement ils disaient la même chose: nous vivons dans le meilleur des systèmes possibles, élisez-nous pour qu'il soit meilleur encore encore. Sereinement, Françoise leur a répondu: ce n'est pas vrai, ce n'est pas le meilleur des systèmes possibles.

Une victoire, donc, comme la gauche n'en remporte plus souvent, ce qui ne veut pas dire qu'elle se traduira en votes pour Québec solidaire, peut-être même pas pour Françoise dans Gouin.

Mais c'est une victoire quand même, aussi douce que la lumière de cette fin d'été, une rare victoire remportée sur l'idéologie du moment.

 

LES TROIS AUTRES - Je fais partie du très petit nombre que le sourire narquois de M. Charest n'irrite pas. Il ne me déplaît pas non plus qu'il soit impudent. Bref, en général, j'aime bien M. Charest. Je parle de la manière, bien sûr, pas du fond.

 

Sauf que des fois, il devient cheap sans bon sens. Comme dans le conflit étudiant, comme lorsqu'il méprise «la rue» sans voir qu'il inclut dans son mépris le peuple et la culture qui en sont issus. Pour revenir au débat, il l'a perdu sans honneur quand il a brandi ce moisi rapport Moisan dont plus personne ne se souvient, exhumé seulement pour shooter de la marde dans le ventilateur, comme ça il sera pas tout seul à puer.

 

Dé-so-lant.

 

Mme Marois ? Bof, madame Marois. Si évidemment collée à son plan de match. Si frileuse en tout. Et quel faiseur d'image lui a donc conseillé de faire des mines et des petites façons ? La voilà qui n'arrête plus de se tordre la bouche pour parler droit, comme si elle était déjà élue.

Il faudra plus qu'un rapport Moisan à M. Charest pour renverser une tendance, et il faudra plus à Mme Marois que de la prudence, je la vois bien se faire doubler sur la ligne par M. Legault.

 

M. Legault, donc, que couronnerait cette grande bête d'opinion publique si entichée de propreté et des hommes de ménage qui la lui promettent.

DE L'UTILITÉ - Je disais dans une autre chronique que j'allais voter pour la résistance, et vous êtes quelques-uns à avoir compris que j'allais prendre le maquis dans les forêts de la Haute-Yamaska. La Résistance à laquelle vous pensez prend une majuscule, la mienne relève de la volonté minuscule d'affirmer encore un peu mon opposition à comment sont menées les affaires du monde.

Mais pas seulement. Résister à l'idée même de l'utile qui nous mène, de petits renoncements en petits renoncements, au reniement de nous-mêmes. Je suis effrayé de la place de l'utilitaire dans ces débats entre gens qui aspirent à nous gouverner, en fait du peu de place de la culture, qui ne sert à rien comme chacun sait.

La place du goût. La place du beau et du laid, son enseignement, du moins l'art de voir s'apprend. L'idée que nos enfants soient endettés, effrayant, épouvantable. Mais qu'ils ne fassent pas la différence entre le beau et le laid, l'apparence et le contenu, qu'est-ce qu'on s'en crisse. La place du paysage. Imaginez ce qu'on dirait d'un candidat qui proposerait un débat sur le paysage.

On vit pourtant de paysage, de beauté, de lumière de fin d'été, de silence, imaginez un candidat qui proposerait un débat sur le silence. Je disais que j'allais voter pour le parti de la résistance, mais c'est seulement parce qu'il n'y a pas encore de parti de l'inutile.

 

LA SOLITUDE - De cela aussi j'ai parlé l'autre fois, mais il semble que je n'ai pas été clair. Quand le maire Tremblay a dit ce qu'il a dit «sur ces gens-là qui viennent d'Algérie et dont il n'est pas capable de prononcer le nom», la moitié du Québec a fait hon... Et Mme Marois de se dépêcher alors d'annoncer qu'élu, le PQ n'aurait rien de plus pressé que de mettre en chantier une Charte de la laïcité.

L'autre moitié du Québec s'est aussitôt emparée de cette promesse comme si c'était une menace. Hein ? Quoi ? Une Charte de la laïcité ? L'espace d'un instant, la question est devenue: pour ou contre une Charte de la laïcité ?

Il y a de ces moments où je me sens comme sur la lune. Je veux dire, tout seul. Quand le maire Tremblay a dit ce qu'il a dit, cela ne m'a pas fait un pli, je sais qu'au fond du baril croupissent des légions de culs-bénits et qu'ils ont le bec des suceurs cuivrés, ces poissons en voie d'extinction, au bec configuré pour téter dans la vase.

Quand le PQ, et plus particulièrement Jean-François Lisée que j'ai déjà lu là-dessus, parle d'une Charte de la laïcité, cela ne me fait pas un pli non plus. Ce sera une charte consensuelle et interculturaliste dans l'esprit de la commission Bouchard-Taylor.

Et j'irais voter utile pour ça ! Pierre Floglia

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 12:45

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Cette présentation de deux livres date sans doute d’avril 2003 et a été publiée sur L’Humanité. Claude Mazauric est un historien bien connu de la Révolution française et peut-être un des rares historiens communistes à avoir évoqué Olympe de Gouges. Pour en savoir plus nous renvoyons à la préface de René Merle de notre édition aujourd’hui épuisée du premier texte politique d’Olympe, La Lettre au peuple. JPD.

 

 

La vie est les idées de François Noël Babeuf (1760-1797) qui s’était lui-même impatronisé « Gracchus » en octobre 1794 pour illustrer le sens de son combat, suscite toujours autant d'intérêt, du moins pour quelques éditeurs n'ayant pas froid aux yeux. Pour ne remonter qu'en 1997, après les Actes des colloques tenus à l'initiative des Amis de Babeuf et à celle de la société savante de la ville où se déroula son procès et sa mise à mort, ont paru le livre de Jan Birchhall (The Spectre Of Babeuf), le recueil-essai de Lionel Bourg, l'anthologie de Philippe Riviale (2001), le livre de Jean Soublin (Je t'écris à propos de Babeuf, 2001), un numéro de la revue Cahiers d'histoire, Revue d'histoire critique(1999, n° 77) préparé par Alain Maillard... et l'on attend la publication des Babouvistes, de Jean-Marc Schiappa.

Parmi les livres que nous aimerions retenir enfin, celui de François Larue-Langlois (1), historien originaire du Québec, qui nous raconte à son tour l'histoire du Tribun du peuple. Attentif aux faits et bien informé, l'auteur narre d'une plume alerte les principaux épisodes de la vie de Babeuf et, s'il s'intéresse plus à l'activité politique de Babeuf en Picardie puis à Paris qu'à l'évolution de sa pensée doctrinale, il n'en évoque pas moins la profonde originalité. Ainsi, contre une pesante tradition qui tenait Babeuf pour une sorte de buveur de sang, Larue-Langlois montre qu'au contraire, s'il a politiquement réhabilité la rigueur jacobine, il n'a cessé d'en rejeter les détournements terroristes » et que, en ce qui le concerne, on ne peut lui imputer « aucune tuerie ni aucune violence ». Soucieux d'éviter l'anachronisme, l'auteur ne prête pas à Babeuf une idéologie «communiste» reconstruite après coup mais insiste sur l'indépendance, d'ailleurs problématique, de ses projets. Enfin, il s'interroge sur les raisons possibles qui expliqueraient le surcroît d'intérêt porté aujourd'hui au penseur et le met en rapport avec cette idée que « le retour du capitalisme à l'état sauvage sous couvert de mondialisation n'est peut-être pas inévitable ».

 

Dans un ouvrage de même format paru dans la même collection (2), Sophie Mousset s'est emparée de la figure d'Olympe de Gouges (1748­1792) pour la sauver de l'oubli. L'entreprise, même sans ignorer les efforts féministes pour rappeler ce que fut la publiciste à qui l'on doit la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, mérite d'être saluée. Fille des amours clandestines d'un aristocrate et d'une bourgeoise, Marie Gouze fut mariée à l'âge de dix-sept ans au traiteur de l'Intendant de la Généralité de Montauban, qu'elle quittera en 1767: Paris lui promettait une vie mondaine à laquelle elle se consacra avec talent et sens de l'intrigue. Intelligente, aventureuse et convoitée, Marie, à partir de 1784, se fait un nom de plume qu'elle doit à son joli tour d'écriture et à son sens aigu de l'actualité, notamment littéraire. Femme et citoyenne, se présentant comme telle, elle s'engage dans la Révolution à la fois comme auteure et comme protagoniste d'un projet ouvertement émancipateur sur le plan du droit. Ainsi plaide-t-elle en faveur de la nécessité du divorce, contre l'esclavage des Noirs, pour l'égalité politique des femmes et, enfin, contre le monopole des pères et des frères dans l'espace public. Mais cela ne l'éloigne pas des cercles libéraux de la bonne société parisienne: c'est à la reine Marie-Antoinette qu'elle présente sa Déclaration en septembre 1791, ce qui, quelques semaines après Varennes, ne saurait être mis au bénéfice de son opportunisme ! Après la reine, son choix politique la porte vers le duc d'Orléans, le célèbre et richissime Philippe­Egalité, si suspect aux yeux des démocrates républicains, puis vers les Girondins... Tant et si bien que ses insuccès d'auteure accompagnent bientôt son discrédit aux yeux des sans-culottes — hommes et femmes (Claire Lacombe). Dès ce moment, même sa passion féministe la compromet : depuis 1792, la contre-révolution essaie de couvrir derrière une rhétorique de la « sensibilité », apanage du sexe féminin, ses entreprises de déstabilisation de la République en guerre. Olympe est plus que «suspecte ».  Résultat : jugée par le Tribunal révolutionnaire, elle est la seconde femme après Marie-Antoinette à être condamnée et exécutée.

Que reste-t-il aujourd'hui du message d'Olympe de Gouges ? se demande Sophie Mousset. Une femme des Lumières qui, selon elle, «a participé à une formidable remise en question des statuts de l'homme et de la femme » mais qui a été victime de cette inégalité, maintenue et bientôt sacralisée dans le Code civil, par laquelle la révolution bourgeoise a enfermé les femmes. De Gouges aurait été victime des préjugés ou d'intérêts mal compris, au nom desquels le «monde ouvrier a réservé à l'homme l'espace public ». Demeure donc l'Olympe de la Déclaration.

Ces deux ouvrages, de François Larue-Langlois et de Sophie Mousset, ont paru dans la nouvelle collection des Éditions du Félin, « Les marginaux ». Avec une telle étiquette et ces deux premiers titres, l'éditeur entend signifier au lecteur que la marginalité d'hier est appelée à former la norme d'aujourd'hui et suggérer que la marginalité d'aujourd'hui sera la réalité de demain. Ce point de vue téléologique qui finalise l'expérience historique n'est cohérent que superficiellement. Rien n'est plus ambigu que cette idéologie du précurseur. On peut s'en réjouir s'il s'agit de Babeuf ou d'Olympe, mais qu'en serait-il si les marginaux absolutistes, théosophes, adeptes sectaires des «anti-Lumières » et de l'apocalypse régénératrice des Chevaliers du poignard apparaissaient comme des précurseurs ? Pour se libérer du préjugé, il faut tout recontextualiser et laisser l'histoire s'écrire et se réécrire avant d'en juger.

CLAUDE MAZAURIC

(1) Gracchus Babeuf, tribun du peuple, par François Larue­Langlois. Editions du Félin,

mars 2003. 13,50 euros.

(2) Olympe de Gouges et les droits de la femme, par Sophie Mousset. Éditions du Félin, mars2003. 13,50 euros.

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 12:40

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L’Humanité du 29 avril 2000 a uni deux hommes qu’il m’arriva de croiser à Montauban, deux hommes qui une joie de vivre agréable à sentir. Ces deux entretiens font plaisir à lire. JPD

 

 Que représente, pour vous, le 1er  mai ?

Ernest Pignon-Ernest. Ma toute première manifestation se déroulait à Nice. Le 1er mai est donc, pour moi, indissociable du temps ensoleillé. De la même manière que, pour les catholiques, Pâques relève du drame et de la résurrection, je pense que le 1er  mai, qui s'est ensuite chargé de résonances sociales, s'inscrit dans la tradition d'une fête du renouveau saluant le printemps. Une sorte de besoin de saluer la vie, le soleil qui revient.

Quelle est l'origine de la fresque qui, exposée à la galerie Anatome, est réalisée à partir de collages d'affiches fêtant le 1er mai ?

Ernest Pignon-Ernest. Voilà près de vingt ans, une commande m'a été passée par les syndicats grenoblois qui, ayant quitté les anciens locaux d'une Bourse du travail hantée par l'histoire de la Résistance, éprouvaient quelque difficulté à se retrouver dans des bâtiments neufs. Le rôle de l'artiste n'est-il pas de remettre de l'âme ? J'ai donc tenté d'accrocher sur cette façade neuve des strates de ce qui hantait l'ancien lieu. L'idée du 1er mai s'est vite imposée.

Qu'est-ce que cela vous a appris?

Ernest Pignon-Ernest. Les archives du département m'ont révélé des affiches bouleversantes comme « Peuple de Grenoble, sauvez Sacco et Vanzetti !», comme celle appelant au tout premier 1er  mai, au 1er  mai 1936... Tout signifiait: un certain lyrisme à propos de l'exploitation (On nous meurtrit, on nous forge des chaînes »), des choix typographiques («Guerre à la guerre »), picturaux (une affiche peinte par Fougeron, une autre par le Chilien Balmès)...

Comment cette fresque a-t-elle vécu dans la durée ? Les gens s'en sont-ils emparés?

Ernest Pignon-Ernest.ie pensais que les gens allaient la bomber, la taguer. Je voulais anticiper ce phénomène. Ce fut le contraire. Ils n'ont pas osé. Soit qu'ils ont été intimidés face au travail. Soit qu'ils ont senti le mur chargé de mémoire, comme dans un musée.

Quel rôle joue, dans votre œuvre, la commande syndicale?

Ernest Pignon-Ernest. C'est arrivé assez rarement. Mais là, en l'occurrence, j'avais tout fait pour l'obtenir. A l'époque, j'avais le sentiment que l'art contemporain était coupé de la vraie vie des gens, je voulais renouer avec la commande sociale comme en parlait Maïakovski. Avec le recul, je sais qu'il est difficile d'innover lorsque la commande est très précise. Cependant, j'essaie de garder ce contact, ces liens. Cela m'est nécessaire. L'année dernière, j'ai fait, dans la même semaine, une affiche pour les ballets de Monte-Carlo et une autre pour les cheminots de la CGT...

Les Amis de l'Humanité, dont vous êtes l'un des vice-présidents, ont-ils vocation à susciter pareille rencontre avec des syndicalistes ou d'autres artistes?

Ernest Pignon-Ernest. Si cette association a un intérêt, c'est bien de faire se rencontrer des gens qui, d'habitude, ne se voient pas. A la Fête de l'Huma de l’année dernière, c'était un bonheur de voir réunis dans la même tchatche, Edmonde Charles-Roux, Claude Duneton, Jean Rouault, Jacques Derrida, Bernard Thibault. C'est émouvant, rafraîchissant.

Que représente, pour vous, le photographe Willy Ronis?

Ernest Pignon-Ernest. C'est comme un repère. C'est un homme plein d'humanité. Son œuvre porte en elle un regard innovant et en même temps très exigeant quant à ses qualités plastiques, poétiques, sociales. Je suis très ému de me retrouver à ses côtés en ce 1er mai.

PROPOS RECUEILLIS PAR M.J.

 

Que représente, pour vous, le 1er mai ?

Willy Ronis. Cela représente plus de souvenirs que de présent. Sur le plan de la fête sociale, je ne suis pas redescendu dans la rue depuis longtemps. J'ai quitté Paris, en effet, dans les années soixante-dix. J'y suis revenu en 1983. Mais ma vie a pris, alors, un autre tour.

Gardez-vous un souvenir particulier de certains 1er  mai, comme celui de 1936 ou de la Libération ?

Willy Ronis. 36, non. Mon père était à l'agonie. Et ma première sortie à l'air libre, comme photographe indépendant, si je puis dire, eut lieu le 14 juillet1936. C'est là que j'ai photographié la petite fille sur les épaules de son père dans le faubourg Saint-Antoine, au métro Saint-Paul. J'ai d'ailleurs retrouvé cette personne, voilà un an. En consultant mes boîtes annuelles de négatifs, je m'aperçois que j'ai fait très rarement des photographies des 1er  mai. C'était avant tout, pour moi, l'occasion de retrouver les copains, de vivre avec eux, dans une grande joie, ce défilé populaire. Je ne sais pas ce qui s'est passé ce 1er  mai 1951. Etais-je particulièrement en veine de photographies ? C'est en tout cas de ce jour-là que datent la plupart de mes images concernant cet événement.

Parmi les photographies que vous avez retenues, l'une d'entre elles montre Jeanne d'Arc avec Danièle Casanova. Pourquoi cette image?

Willy Ronis. Je ne sais pas. Était-ce seulement un éclair dans la nuit ? La première et la dernière fois ? Dans les archives des Jeunesses communistes, on devrait pouvoir retrouver comment est née l'idée d'associer à Jeanne d'Arc cette dirigeante des Jeunes Filles de France, déportée à Ravensbrück. En tout cas, cette photographie me plaît. La lumière est belle. La composition, aussi. Les deux jeunes filles ont une très belle attitude. Cette association de deux figures tutélaires de la jeunesse est très émouvante.

Vous souvenez-vous d'un déclic qui marque le début de votre engagement ?

Willy Ronis. Oui. J'étais lycéen. Je devais avoir quatorze ou quinze ans. J'ignore pourquoi, mais je me trouvais dans le métro un soir, assez tard. Soudain, j'ai vu monter joyeusement un groupe de cinq ou six hommes de trente à cinquante ans. Tout d'un coup, leurs visages ont changé. Empreints d'une formidable gravité. Et ils se sont mis à entonner la Jeune Garde. Les paroles de ce chant m'estomaquaient. J'étais en train de découvrir la revendication de la dignité et la classe ouvrière. Avec le recul, j'ai comme une vague idée qu'ils revenaient d'une réunion politique qui avait pu se dérouler à la Grange-aux-Belles où se tenait alors l'université ouvrière. Cela m'a marqué. Depuis ce jour, je n'ai jamais oublié cette scène.

Alors que vous approchez des quatre-vingt-dix ans, le 1er  mai est-il, pour vous, synonyme de nostalgie?

Willy Ronis. Il est sûr que la moindre importance des manifestations est liée à la diminution de la conscience de classe. Si nous assistions à un retour des grands défilés, sans doute me sentirais-je, malgré mon éloignement, encouragé à y retourner. N'empêche, mes options philosophiques et politiques n'ont pas changé. Je ne pense pas que, malgré la douche que nous avons essuyée, l'utopie soit devenue une foutaise. Cela n'a pas entamé mon espoir. Mon optimisme est même indéracinable en ce qui concerne le terme lointain. Je suis persuadé que la condition humaine débouchera sur quelque chose de plus lumineux et plus fraternel.

Que représente, pour vous, le plasticien Ernest Pignon-Ernest ?

Willy Ronis. Je me suis trouvé pour la première fois à sa table, l'année dernière, au stand des amis de l'Humanité. J'ignorais que c'était lui. A un moment, Edmonde Charles-Roux ou Régis Debray a prononcé son nom. J'ai dit: «Ah, c'est vous!» Et j'ai explosé: «Laissez-moi vous dire en quelle estime je tiens votre travail, combien j'avais été impressionné de votre séquence napolitaine lorsqu'elle avait été exposée en Arles!» Comme il appréciait mon travail, cela a établi un courant de sympathie. Mais franchement, il dessine comme Léonard de Vinci !

PROPOS RECUEILLIS PAR MAGALI JAUFFRET

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 20:17

Retour à l’actualité chilienne dans le journal mexicain La Jornada. Il s’agit en fait d’une dépêche de l’AFP dont la rédaction est significative. Alors qu’on prétendait que le gouvernement de Pinochet avait réussi économiquement (comme pour excuser la dictature, phénomène classique) la dépêche se termine par une référence aux données économiques pour disqualifier la lutte des jeunes. A suivre. JPD

 

 

Le 20 août 2012

La Police chilienne déloge l'Institut National

AFP

Santiago, le 19 août. La Police chilienne a expulsé le matin de ce dimanche, l'Institut National, une des plus emblématiques écoles de Santiago, qui a été prise par des étudiants réclamant une réforme du système éducatif. Une source de police a signalé qu'il n'y a aucun détenu parce que les agents ont trouvé l’école vide.

Cependant, un groupe d'étudiants a jeté des pierres sur les policiers qui ont répondu avec des voitures lance l'eau et des gaz lacrymogènes, à la périphérie de l'institution, selon les images de la chaîne d'information 24 heures sur 24.

L'Institut National est situé dans le Centre de Santiago, derrière le siège principal de l'Université du Chili, qui est aussi prise par les jeunes.

Près d'une douzaine d’écoles de Santiago étaient occupés au cours des deux dernières semaines par les étudiants, ce qui a incité le gouvernement à ordonner l'éviction des bâtiments, avec un bilan de 139 détenus. Certains centres sont encore occupés.

Dans les écoles secondaire et chez les étudiants on exige la réforme du système éducatif hérité de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

En réponse, le gouvernement du président Sebastián Piñera a envoyé au Congrès des projets d'éducation déclarés insuffisants par les étudiants, qui ont annoncé de nouvelles manifestations pour le 23 août et une grève nationale le 28.

Pendant ce temps, Piñera a annoncé la mise en œuvre d'un nouveau programme du gouvernement pour l'éradication de la pauvreté, appelée impulsion Agenda Social.

À la fin de la dictature, 45 pour cent de la population de près de 10 millions qui avait du pays en 1990 vivaient dans la pauvreté, contre 14 % actuellement, avec près de 18 millions d'habitants.

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 19:58

Vingt ans après le coup d’Etat de Pinochet au Chili le Nouvel Observateur interroge le chanteur Angel Parra. Et vingt ans après l’horizon n’est pas plus clair. J’ai failli être de la génération Che Guevara mais en fait, en septembre 1973, je suis devenu la génération Pinochet. L’article ci-dessous du Nouvel Observateur a été titré : « Pinochet doit demander pardon… ». Il aurait dû être titré : « Nous avons été naïf », une naïveté qui a continué (comment croire que Pinochet puisse demander pardon ?) et qui continue… D’où vient cette naïveté ? Le fascisme est le trou noir de la gauche. Elle y sombre et ça continue (sauf chez quelques individualités)…

Jean-Paul Damaggio

 

Le Nouvel Observateur. — Votre vie a été bouleversée par le coup d'Etat de Pinochet, le 11 septembre 1973. Comment est-ce arrivé ?

Angel Parra. — J'avais 30 ans. J'étais musicien, auteur-compositeur. Nous étions tout un groupe qui avait travaillé sur l'actualisation du chant folklorique. Victor Jara, qui allait être assassiné dans des conditions abominables, était avec nous. Nous n'étions pas des dirigeants politiques. Comme la plupart des intellectuels, nous étions de gauche et connus comme tels. Pablo Neruda présidait l'Union des Artistes. Nous étions pour Salvador Allende et pour l'Unité populaire. Pendant la campagne, nous avions lancé le slogan : « Nous sommes les plus nombreux et les meilleurs. C'était un peu prétentieux, mais cela exprimait notre enthousiasme à ce moment-là.

Allende était arrivé en tête des élections. Mais il avait gagné avec seulement 36,3% des voix. Très vite le calvaire a commencé : des attentats de plus en plus violents, l'assassinat du chef d'état-major René Schneider par l'extrême-droite, le sabotage économique par le patronat, etc. La droite contrôlait pratiquement toute la presse, la télévision et les radios. Le principal quotidien, « El Mercurio», menait une campagne effrayante de haine et de dénonciation contre la gauche au pouvoir. Santiago était couvert d'affiches montrant des chars soviétiques devant le palais présidentiel de la Moneda. Les grèves des camionneurs jouaient un rôle décisif dans l'étranglement de l'économie. Elles paralysaient tout le pays. Il y avait un immense marché noir, des queues devant les pompes à essence, etc. Le syndicat des camionneurs était directement financé par les Américains, Kissinger lui-même l'a reconnu par la suite.

N.O. — Vous n'avez pas vu venir le putsch ?

A. Parra. — Nous étions trop naïfs. L'armée chilienne avait une réputation démocratique. Pinochet, nommé à la tête des armées en août 1973, a juré fidélité à la Constitution et à la République. Mais c'était un obsédé qui voyait des communistes partout. Il se croyait investi d'une mission. Il a été conforté dans ses convictions par une partie de l'Eglise et par les politiciens de droite qui faisaient la tournée des casernes pour encourager les militaires à mettre fin à l'expérience de l'Unité populaire.

Au début du mois de septembre, la situation était devenue si tendue qu'Allende a décidé de s'en remettre à l'électorat pour savoir si sa politique était toujours soutenue par la population. Il cherchait une sortie politique à la crise. Mais la préparation du putsch était très avancée. Les militaires craignaient qu'au dernier moment ils ne soient obligés d'y renoncer. Informés des intentions d'Allende, ils ont avancé au 11 septembre la date du putsch, qui avait été primitivement fixée au 18. Tout cela, on l'a su après par les écrits des auteurs du coup d'Etat, y compris ceux de Pinochet lui-même.

N.O. — A partir du putsch, comment cela s'est-il passé pour vous, personnellement ?

A. Parra. — C'est tout simple. Dès la nuit du coup d'Etat, les radios et la télé passaient un message invitant les gens à dénoncer les «ennemis» du nouvel ordre, et ils indiquaient un numéro de téléphone. Je n'ai pas tenté de me cacher. Ma voisine, avec laquelle j'avais pourtant de bons rapports, a téléphoné, les policiers sont arrivés et m'ont emmené. J'ai été conduit au stade national où il y avait une pagaille immense : 15 000 prisonniers y étaient parqués. Des hommes masqués venaient et emmenaient des détenus. Puis ils ont commencé les interrogatoires dans le stade. Je ne peux pas le raconter. Cela a duré jusqu'au 9 novembre. J'ai été transféré à 1 200 kilomètres de Santiago, dans le camp de Chacabuco. Au bout de six mois, j'en suis sorti pour être mis en résidence surveillée, jusqu'à ce que la police politique me conseille vivement de quitter le pays.

N.O. — Ce qui a frappé, dans ce coup d'Etat militaire, c'est l'extrême violence exercée contre les personnes...

A. Parra. — Il y avait eu pendant des mois une campagne de haine inimaginable contre la gauche. Dans les casernes, les soldats étaient soumis à un bourrage de crâne permanent : on leur disait que les foules qui acclamaient Allende se préparaient à tuer les militaires. Pinochet dit encore aujourd'hui qu'il a mené une guerre contre la sédition communiste et que l'armée chilienne a gagné cette guerre. En réalité, ils ont fait la guerre à un peuple désarmé. Ils ont massacré des milliers de jeunes militants, des lycéens, des étudiants. Plus d'un million de personnes, près de 10% de la population, ont dû s'expatrier.

N.O. — Comment se fait-il que, vingt ans après, Pinochet soit toujours là et se prépare à fêter l'anniversaire de sa « victoire » ?

A. Parra. — Parce que la transition vers la démocratie n'est pas réellement terminée. Pinochet a transmis le pouvoir à un gouvernement civil en 1989, sous la pression internationale, mais il est resté commandant en chef des armées. Le Chili vit toujours sous sa tutelle. C'est évidemment mieux que la dictature, mais c'est moralement difficile à supporter.

N.O. — L'armée n'a jamais eu à rendre compte de ses crimes ?

A. Parra. — Nous ne demandons pas la vengeance mais la clarté et la justice. Pinochet doit demander pardon. Il y a 2 500 disparus. Leurs familles réclament des informations sur leur sort. Un responsable socialiste, Ricardo Lagos, a récemment lancé un appel aux militaires pour leur demander ce qu'ils avaient fait de ces hommes et de ces femmes dont on n'a aucune nouvelle « Même si vous les avez jetés à la mer, dites-le. » Tant que la vérité ne sera pas faite sur ce point, la réconciliation ne sera pas possible.

Propos recueillis par FRANÇOIS SCHLOSSER

9-15 SEPTEMBRE 1993

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 16:40

Un des auteurs de La Brochure part travailler en Gambie au moment où nous découvrons les écrits d’un médecin militaire, explorateur de ce pays. Il a publié par exemple des articles sur la flore de ce pays dont le premier débute ainsi et pourrait s’intituler : « Sur l’art de piller les ressource d’un pays d’Afrique » :

« LA FLORE UTILE DU BASSIN DE LA GAMBIE

Ce n'est, à notre avis, que par une connaissance approfondie des richesses minières, agricoles et forestières de son sol que l'on peut arriver à se faire une idée exacte de ce que vaut, pour la colonisation, une contrée quelle qu'elle soit. Aujourd'hui que le courage de nos explorateurs et la vaillance de nos soldats nous ont dotés d'un immense empire colonial, il importe d'indiquer à ceux de nos compatriotes qui seraient désireux de contribuer à sa mise en valeur quels sont les produits indigènes dont l'exploitation serait capable de leur donner des résultats rémunérateurs. »

Voici la présentation d’une de ses conférences à Agen :

 

 

SECTION D'AGEN

Séance publique du vendredi 30 novembre 1894.

Présidence de M. Joseph CHAUMIÉ.

CONFÉRENCEDE M. LE Dr RANÇON, MÉDECIN DE PREMIÈRE CLASSE

DES COLONIES SUR : la France en Gambie.

 

C'est sous les auspices de la Société agenaise de géographie que M. le Dr Rançon a fait, dans la grande salle de l'Hôtel de Ville d'Agen, une conférence sur la Gambie. En présentant à l'auditoire le conférencier très distingué qu'il allait avoir le plaisir d'entendre, M. Joseph Chaumié, au nom de la Société qu'il préside, a revendiqué comme une bonne fortune pour elle d'inaugurer cet hiver la reprise de ses conférences avec le concours d'un explorateur que ses travaux et ses publications ont rendu justement célèbre et qui a accru le glorieux patrimoine de ce corps des médecins coloniaux, dont la devise est : science et dévouement.

 

Après quelques mots de remerciement pour le chaleureux accueil qu'il avait reçu dès son entrée dans la salle, et un éloquent salut à la mémoire des héroïques soldats français qui ont payé de leur vie la prise de Tombouctou, M. le Dr Rançon aborde le sujet de sa causerie.

Énumérant les pays divers que traverse de sa source à son embouchure le grand fleuve de la Gambie, résumant la géologie, la flore, la faune, les produits de ces régions, qui n'ont été réellement bien connus que depuis la mission de 1891-1892, dont il a fait partie, M. Rançon analyse la situation qui nous a été faite dans la basse et la moyenne Gambie par la convention diplomatique intervenue en 1889 entre l'Angleterre et la France.

Il ne faudrait pas, dit-il, s'exagérer les avantages que nous avons alors consentis aux Anglais par la cession d'une bande de territoire de dix kilomètres de profondeur. Les peuplades ainsi abandonnées, bien qu'astreintes à ne parler que la langue anglaise, bien que soumises à l'administration anglaise, conserveront toujours leurs préférences pour notre nation; certains chefs même ont délaissé leurs résidences séculaires pour venir s'installer sur le territoire français, attirés par le prestige de notre drapeau.

Au point de vue politique, nous restons donc maîtres du pays ; et — ce qui tend à détruire la légende de notre défaut de génie colonisateur — les factoreries que possède le commerce français sont bien plus importantes que les maisons anglaises.

Il est vrai qu'en échange de l'arachide, de la gomme, du caoutchouc, de l'ivoire, qui font la base des trafics, presque la totalité de nos importations ne s'applique pas à des produits français, que nous vendons surtout aux indigènes des alcools allemands ou des étoffes anglaises, mais c'est la conséquence déplorable de la cherté de nos fabrications. Si nous parvenions à produire dans des conditions moins onéreuses, nous réaliserions des bénéfices bien plus considérables, nous ne serions pas simplement les commissionnaires des autres nations.

Ces aveux de l'honorable conférencier semblent affaiblir l'utilité des sacrifices que nous imposera le protectorat de ces contrées africaines ; mais, dans ce rapide compte rendu, il ne saurait nous convenir d'introduire la moindre discussion. Nous préférons n'avoir qu'à signaler l'ardeur de conviction qui anime M. Rançon et louer les accents patriotiques que lui a suggérés la nécessité, indiscutable à ses yeux, de développer en Gambie notre influence par la propagation de la langue française et l'extension du courant commercial.

Le seul reproche que nous ferons à ce vaillant explorateur, c'est de se montrer trop modeste, de ne nous avoir pas retracé avec plus de détails personnels les dangers qu'il a courus, les observations si intéressantes qu'il a recueillies en pénétrant le premier, après onze jours de marche dans la brousse, sans rencontrer aucune habitation, dans la région inexplorée du Konaguié. Là, son sang-froid, son courage, lui valurent une réception cordiale de la part des sauvages, puissamment impressionnés sans doute par cet Européen, ce Français, qui se présentait à eux sans armes et cependant sans le moindre effroi.

Chez cette peuplade, très loquace, il dut subir d'interminables palabres ; mais, grâce à son interprète, il a pu dégager de cette éloquence si primitive quelques curieuses notations de mœurs, et notamment la traduction d'une charmante fable, le Singe et le Chacal, qui prouve qu'Ésope et La Fontaine ont eu des imitateurs ou des précurseurs jusque dans le centre de l'Afrique, et que, là aussi comme chez nous, quand «on chasse le naturel, il revient au galop».

Quelques projections de photographies faites par M. Lacroix ont terminé cette très intéressante conférence, et M. Joseph Chaumié s'est fait l'interprète de l'assistance en remerciant M. Rançon et en le conviant à revenir parmi nous.

Certainement, il reste à M. Rançon bien des choses attrayantes à nous raconter sur son séjour de quatre années en Gambie,.et s'il veut bien consentir à se mettre plus complètement en scène, à nous initier, dût sa modestie en souffrir, à ses actes absolument personnels, plus vif encore sera le succès de sa seconde conférence.

X. DE L.

(Extrait du Journal de Lot-et-Garonne, du 2 décembre 1894.)

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 15:22

Le prochain mois d’octobre connaîtra deux élections majeures aux Amériques : celle de la présidence au Venezuela et celle des municipales au Chili (le 28). J’ai toujours eu tendance à privilégier les élections mineures d’où cet article sur le cas chilien.

 

Le pays a vu le retour de la droite aux dernières présidentielles et, comme le Québec, a connu et connaît encore un mouvement de rejet de la jeunesse. Les municipales constituent un test original : la droite va-t-elle subir un échec ? le parti surprise des présidentielles va-t-il s’implanter ?


Pour comprendre il faut se souvenir que Pinochet a été remplacé (avec son aval) par une union (la Concertation) entre socialistes et démocrates chrétiens, jusqu’à l’échec d’Eduardo Frei représentant de cette histoire en 2009.

Face à la droite (Sebastián Piñera), le Parti communiste du Chili (PCCh) qui continue d’être relativement important a accepté de participer à la nouvelle union : l’opposition. Au nom du vote utile.

Mais un parti, arrivé troisième à la présidentielle, le parti progressiste qui avait déjà refusé de donner une consigne de vote à ce moment là pour le second tour, refuse cette forme de vote utile. Autour de Marco Enríquez-Ominami ce parti a décidé de lancer une grande campagne pour imposer une nouvelle constitution dans le pays. Celle en vigueur, mise en place par Pinochet vise en effet à imposer des coalitions. Marco Enríquez-Ominami, son leader,: témoigne par son  nom des deux cultures : celle de l’extrême-gauche par Enríquez (ancien dirigeant du MIR) et celle de la Concertation par Ominami.

Le PCCh n’a pas été suivi par l’ensemble de la mouvance qu’il représente car pour beaucoup la Concertation n’a pas fait mieux que la droite et inversement la droite n'a pas fait pire que la Concertation..

Dans cette constitution, le pays a seulement 378 communes avec 147 maires sortants pour l’opposition (59 de la DC, 30 du PS, 35 du PPD, 10 du PRSD et 13 indépendants), avec 4 communistes. Le PPD et le PRSD sont des alliés classiques de la Concertation.

Le cavalier seul du Parti progressiste va-t-il l’isoler et l’éliminer ou au contraire le renforcer en vu des présidentielles de 2013 ? Ce parti qui a failli arriver deuxième à la présidentielle était destiné à mourir, mais il n’a pas cessé de se battre depuis, avec des tensions internes dont la démission de deux grands dirigeants.

Alors comment échapper au vote utile ? Aucun mode de scrutin ne peut éviter ce piège. En France l’autre gauche plaide pour la proportionnelle (au nom de la justice que je comprends) sans se rendre compte que la proportionnelle n’ayant qu’un tour, elle aggrave le vote utile. Avec le vote à deux tours il y a la possibilité de dire : au premier tour je vote pour mes idées et au second j’élimine. En 1986 la proportionnelle n’a pas aidé le PCF ni aux législatives ni aux régionales. Et la proportionnelle des élections européennes d’abord intégrale sur l’échelle de toute la France puis sur les grandes régions n’a pas fait mieux. En France toujours, le Front national est celui qui peut le mieux bénéficier de la proportionnelle car son électorat a démontré qu’une crainte de victoire de la gauche ne diminuait pas sa détermination.

En France encore, un des équilibres qui me semble le plus juste est celui des municipales des grandes villes (système qui va être élargi) où il y a deux tours, la premier pour se compter, le second pour, en fonction du premier tour se coaliser, et si la proportionnelle qui s’en suit favorise le gagnant, elle permet cependant une représentation des minorités.

 

Il n’y a pas que le débat sur le mode de scrutin qui sera toujours un piège pour les minoritaires. Tout commence par l’inscription sur les listes. Le Chili va expérimenter en 2012 l’inscription obligatoire (le pays voisin, le Pérou, va jusqu’au vote obligatoire). Donc il y aura une donnée à observer à la loupe : la place de l’abstention.

Tous les pays du monde enregistre des montées de l’abstention, pas seulement à cause du vote jugé de toute façon inutile, mais aussi à cause de la puissance mondiale de l’économie qui dicte si souvent sa règle.

 

Je remarque par exemple que toute la gauche québécoise est pour l’indépendance (et je pense que là-bas cette position se justifie) mais la dépendance économique que peut-on en faire ?

 

Dans le cadre d’une élection municipale (le maire a moins de pouvoir qu’un gouvernement) la macro-économie devient secondaire au bénéfice du lieu d’apprentissage de la démocratie que constitue la vie locale. Mais au bout de la route comment cette vie locale peut-elle devenir plus solidaire, plus libre. Dans des métropoles ? Au Chili même dans les grandes villes il n’y a pas plus de dix conseillers municipaux : est-ce suffisant ?

Nous reviendrons sur ces questions au fil des jours. Jean-Paul Damaggio

 

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 15:45

Comme en France, le débat télé est un des grands rendez-vous électoraux mais il ne peut opposer deux candidats à la présidence puisque l’élection est seulement législative donc on n’attend pas qu’il n’en reste que deux pour débattre : ils seront trois. Jean Charest pour le parti sortant, Pauline Marois pour le Parti Québécois donné gagnant, et François Legault, un ancien du Parti Québécois qui a crée en 2011 un parti de droite le CAQ, sur les ruines d’un ancien parti de droite. Et l'autre gauche ? Elle n’est pas absente mais reste divisée même si Québec solidaire avec un député sortant peut passer la barre des 5% (un autre parti nouveau est doté de 2%). Il y a aussi les Verts avec 2%. Pour rendre compte de la situation cet article du Devoir d’aujourd’hui. JPD

 

De durs défis attendent les chefs

Charest et Legault doivent marquer des points, et Marois protéger son avance

A l’approche des débats des chefs, les trois protagonistes - Jean Charest, Pauline Marois et François Legault - se présentent dans des situations fort différentes. C’est à partir de ce moment charnière de la campagne électorale que les électeurs, du moins ceux qui n’ont pas encore arrêté leur choix de façon définitive, vont trancher. Jean Charest et François Legault doivent absolument marquer des points, le premier pour stopper la glissade des libéraux et se donner un élan, le second pour franchir la marche, encore haute, qui le sépare du pouvoir. Sereine, Pauline Marois cherchera avant tout à se montrer première ministre.

Avec quatre débats télévisés plutôt qu’un seul, une première dans l’histoire du Québec, il y a de fortes chances que la dynamique entourant cet exercice ne ressemble pas à ce que l’on a connu lors des campagnes électorales précédentes. Ainsi, il pourrait y avoir plusieurs gagnants et chacun des chefs, s’il advenait qu’il trébuche, aura deux occasions de se reprendre… ou de s’enfoncer.

Dimanche, c’est à un débat traditionnel, sur les ondes de Radio-Canada et de Télé-Québec, que l’électorat est convié. Outre les chefs des trois principaux partis, Françoise David représentera Québec solidaire. Suivent les trois débats du réseau TVA, calqués sur la formule des débats entre les candidats à la présidence française, où deux chefs s’affronteront en présence du modérateur Pierre Bruneau. Le tirage au sort a fait que lundi, c’est Jean Charest et Pauline Marois qui seront face à face ; mardi, ce sera Jean Charest et François Legault ; et mercredi aura lieu une confrontation entre Pauline Marois et François Legault.

D’emblée, Jean Charest détient l’avantage de l’expérience et du talent. C’est le meilleur debater parmi les trois chefs, celui dont on attend qu’il porte les meilleurs coups, voire qu’il fasse un coup de circuit comme en 2003, quand il avait terrassé Bernard Landry, alors que le Parti québécois menait dans les sondages, en brandissant une déclaration toute fraîche de Jacques Parizeau, dont le chef péquiste, à son grand dam, ignorait la teneur.

Or Jean Charest a cherché jeudi à diminuer les attentes. « Je sais que je serai la cible pendant les débats et que ça va être des tirs nourris », a-t-il dit. Dans son entourage, on souligne qu’un premier ministre qui sollicite un autre mandat remporte rarement un débat des chefs. Tout au plus espère-t-il un match nul.

C’est vrai pour le débat traditionnel qui ouvre la marche. Les Marois et Legault ne le ménageront pas, sans compter les coups d’épingle de Françoise David, quoiqu’objectivement, la co-chef de Québec solidaire ait tout intérêt à tirer du côté de la chef péquiste.

Au moins deux thèmes de ce débat représentent un défi pour Jean Charest. S’il peut s’appuyer sur son bilan quand il sera question des enjeux économiques, le chef libéral sera manifestement sur la défensive lorsque la question de la gouvernance (lire : la corruption) sera abordée, ou même lorsque le thème des politiques sociales sera discuté puisque les problèmes qui persistent dans le réseau de la santé pourraient prendre beaucoup de place. Quant au quatrième thème - la question nationale et l’identité -, il y a fort à parier que Jean Charest n’éblouira que sa base libérale.

 

Les face-à-face

C’est donc sur les face-à-face que mise Jean Charest. Ses angles d’attaque contre Pauline Marois sont connus : la chef péquiste, c’est la rue et le référendum, alors que lui incarne la stabilité, l’emploi et l’économie. Or le retour paisible des cégépiens en classe fait en sorte que l’enjeu de la loi et l’ordre le prive d’un des thèmes qu’il souhaitait marteler.

Son entourage fait remarquer que le premier ministre a dominé les échanges avec la chef de l’opposition à l’Assemblée nationale, ce qui devrait se transposer dans le débat qui les opposera.

François Legault a offert à Jean Charest toutes sortes de possibilités : le chef caquiste a prédit des années de perturbation s’il prenait le pouvoir et son écartèlement entre la gauche et les adéquistes, entre la souveraineté et le fédéralisme sera l’occasion pour le chef libéral d’exploiter les contradictions de la CAQ.

Jean Charest devra frapper un grand coup s’il veut sauver la mise ; il ne peut se contenter d’un match nul dans les débats à deux. « Il y a le Charest de 2003 et le Charest de 2007. C’est le Charest de 2003 qui doit se présenter », a-t-on confié. Il se doit toutefois de garder la stature d’un premier ministre. La côte est abrupte pour Jean Charest. Comme me le souffle un confrère, il marcherait sur l’eau qu’on l’accuserait de ne pas savoir nager.

À la surprise générale, Pauline Marois a connu un bon débat en 2008. Elle s’est avérée combative et elle a lancé quelques flèches bien acérées à Jean Charest. La stratégie sera différente cette fois-ci. Dans l’esprit qui caractérise sa présente campagne, la chef péquiste voudra apparaître « positive et sereine », assure-t-on. C’est la rassembleuse qui se présentera, la première ministre. Elle peut toutefois se montrer cinglante contre Jean Charest qui, à ses yeux, n’a pas été à la hauteur de sa fonction. Et elle en connaît un bout sur François Legault et ses convictions…

Mais il ne faut pas s’attendre à ce que Pauline Marois prenne des risques alors que son parti est en avance dans les sondages… « Elle n’a pas besoin de faire un coup de circuit. Il y a toujours un risque à faire ça », confie-t-on dans son entourage.

Quant à François Legault, il sera la point de mire. C’est le seul chef des trois principaux partis qui n’a aucune expérience des débats dans une campagne électorale, ce qui ne manquera pas d’attiser la curiosité de l’auditoire.

Le chef caquiste possède des atouts qu’il entend exploiter. Les sondages montrent qu’il est le chef qui incarne le plus le changement. Il est aussi celui qui est perçu comme celui qui peut le mieux s’attaquer à la corruption. Les stratèges libéraux trouvent qu’il manque d’aisance, que son body language est déficient et que ses accents toniques déréglés le desserviront. Des détails, croit-on à la CAQ. « Ce n’est pas un concours oratoire », avance-t-on. Et les gens en ont marre des beaux parleurs.

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 15:42

Ayant découvert un grand géographe réalvillois, j’apprends qu’il a écrit sur le Pérou, pays sur lequel le Réalvillois que je suis à tant écrit. Il y mentionne là un certain Carlos Benjamin Cisneros qui doit sans doute être le fils d’un des premiers écrivains péruviens Luis Benjamin Cisneros. Faute de données je fais cette déduction par la fonction de ce péruvien (diplomate comme son père) et de son éducation française (son père a longtemps vécu à Paris). On y mentionne la terrible guerre avec le Chili, pays où je me propose de suivre pendant un mois les prochaines élections municipales en direct. JP Damaggio

                                                   

 

 Article du Bulletin de la société géographique de Bordeaux de 1892

UN NOUVEAU TRAVAIL SUR LE PÉROU

 

Les difficultés, a-t-on coutume de dire, sont inséparables du premier début. Plus qu'à tout autre pays, cet adage s'applique aux jeunes républiques de l'Amérique latine. Il semble qu'une fée capricieuse se soit plu à combler leur berceau de ses dons perfides et à contrarier, par son intervention maligne, le développement spontané de leurs facultés et de leurs forces. Mais ces forces sont si puissantes qu'elles renverseront, qu'elles ont déjà renversé bien des obstacles. Et ce qui ajoute à leur énergie, c'est que les citoyens de la libre Amérique ont conscience de ce qu'ils valent et des destinées qui leur sont réservées. L'enthousiasme pour leur pays, la foi, j'entends la foi en eux-mêmes, voilà leurs qualités maîtresses. Avantages précieux! Pour bien servir sa patrie, il faut l'aimer; pour entretenir et développer les germes de sa prospérité, il faut croire au succès : la confiance est la condition de la victoire. Si grands que soient les embarras ou les obstacles, ils ne sauraient, en fin de compte, prévaloir contre la volonté humaine, alors que cette volonté s'exerce sur des ressources plus ou moins latentes, mais certaines. Or, dans l'Amérique latine, ces ressources existent et, pour notre Sud-ouest, elles méritent d'autant plus notre attention que notre situation géographique, alliée à la rapidité actuelle des communications, nous en rapproche.

La bibliothèque de notre Société de géographie commerciale de Bordeaux s'enrichissait, il n'y a pas quinze ans, de diverses publications péruviennes. Le Pérou voulait se faire connaître. Vinrent ensuite la guerre chilienne et ses désastres. Aujourd'hui les publications recommencent : le Pérou se relève et, à l'aide de son relèvement, il fait appel au travail. Notre Bulletin a fait mention en son temps de l'intéressante brochure: le Pérou en 1889. Récemment un de nos collaborateurs rédigeait, pour notre Société, à l'aide de nouveaux documents péruviens, une notice sur le Pétrole au Pérou, qui, en révélant presque une des richesses de ce pays, a attiré l'attention de négociants bordelais. Enfin, M. Carlos Benjamin Cisneros, le nouveau consul du Pérou à Bordeaux, a bien voulu nous communiquer un manuscrit dont il est l'auteur : Cartilla para estranjeros que deseen dirijirse al Peru, con datos estadisticos.

Sous ce titre modeste, M. Cisneros présente un exposé synthétique de la situation du Pérou, de son organisation, de ses ressources. C'est en France, croyons-nous, dans un de nos grands établissements d'instruction, que M. Cisneros a passé une partie de son adolescence ; qu'il nous permette de revendiquer un peu pour notre pays la netteté de sa méthode et la sobriété de son exposition. Il dit tout ce qu'il importe de savoir, il le dit avec clarté, avec agrément et sans phrases. Du détail des diverses provinces péruviennes, il ne nous donne que ce qui est indispensable pour caractériser l'individualité de chaque division. En revanche,  il rassemble, concentre et met en évidence les grands faits de l'ordre physique, économique et administratif qui constituent l'originalité de son pays. M. Cisneros nous a fait espérer, pour une prochaine réunion mensuelle de notre Société, une communication orale. Nos procès-verbaux, qui sont rendus publics, en conserveront la trace. Nous nous bornerons donc à signaler ici le manuscrit de M. Cisneros et ses mérites, et nous laisserons à l'auteur le soin d'exposer lui-même à nos collègues, qui sont les siens, la géographie et les ressources du Pérou.

J. GEBELIN.

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