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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 08:53

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Aujourd’hui, à lire le nouveau numéro des Nouvelles du Tarn-et-Garonne (journal du PCF 82), j’ai eu un choc en apprenant le décès du flamboyant Guy Catusse. J’ai quitté le PCF en 1987 mais je n’ai pas pour autant oublié les immenses dettes que je dois à quelques membres de ce parti. Et en première ligne se trouve Guy Catusse. Je me souviens parfaitement de notre première rencontre au cours d’une Assemblée générale de la F.E.N. qui se tenait sans doute à la rentrée 1971 ou du moins au cours de cette année scolaire 71-72. Je dois avoir les éléments quelque part dans mes archives. Monsieur Mariet (nous préparons l’édition d’une deuxième brochure de son fils Alain) présidait avec sa bonhommie habituelle. Il fallait élire un secrétaire et Guy Catusse, heureux de voir là une  bonne dizaine de Normaliens proposa un jeune… et je me suis retrouvé à la modeste tribune.

 

Peut-être l’ai-je aperçu ici ou là entre 1972 et la fête du PCF à Réalville en 1974 (bien sûr au grand débat de 1973 face à Jean Bonhomme - j'ai un doute, c'était peut-être en 1978) mais j’ai eu la surprise de le retrouver surtout en 1977 pour la préparation des municipales de Monclar où j’étais un nouvel arrivé. C’est lui qui incita la cellule du PCF à sauver le Radical dit de gauche, Rignac, qui avait été mis en difficulté au premier tour. Je me suis retrouvé sur la liste du maire sortant, et il a été sauvé de quelques voix, mais son adversaire, le fils du notaire, n’aura eu que quelques années pour prendre son mal en patience, et inaugurer un nouveau règne local. Un ancien membre du PCF m’avait mis en garde, un menuisier d’autrefois quand leurs ateliers servaient de lieu de débat démocratique : « Tu sauves Rignac pour qu’en échange Guy Catusse soit conseiller régional. » Et il avait raison (à cette époque là c’était le Conseil général qui désignait les conseillers régionaux). J’avais été manipulé (car Rignac n'avait rien de gauche mais pour sauver son poste il accepta un communiste) mais je pensais encore que la raison du Parti valait autant que la raison d’Etat et j’ai conservé à Guy Catusse toute mon admiration.

 

Le dernier souvenir politique est aussi clair que le premier : en réunion de comité fédéral, au moment de faire le bilan des élections législatives de 1981, il avait piqué une colère contre la présentation de la profession de foi où il y avait des passages soulignés, comme on ferait pour un enfant afin qu’il retienne bien la leçon.

Alors « élégance » comme l’indique Alain Raynal dans l’article des Nouvelles ? Elégance allant avec le désir de charmer, de la part d’un homme combattif et généreux.

Avant de quitter le Tarn-et-Garonne il m’avait proposé, en 1982, de gravir un échelon de plus et d’entrer au Bureau fédéral au moment où j’avais décidé au contraire de quitter le comité fédéral pour revenir à la « base ». C’est lui qui, en 1977, me poussa vers l’école centrale du PCF.

J’ai revu ensuite Guy Catusse en deux occasions, aux journées de Larrazet, et je m’étais fait cette réflexion : « En voilà un qui ne change pas, exactement le même sourire, la même jovialité. » Et voilà que trois ans après, il disparaît à jamais.

Dès 1983, il était à Paris et il était devenu un passionné du baroque ce qui lui faisait un lien avec Félix Castan. A Larrazet j’aurais aimé discuter longuement avec lui pour savoir les leçons tirées de ces vingt ans passés, les raisons qui l’avaient poussé vers le baroque.

 

Guy Catusse n’aura pas laissé que des bons souvenirs en Tarn-et-Garonne mais au-delà des anecdotes diverses j’aurais aimé lire beaucoup plus ses analyses, ses pensées et l’œuvre qui habitait sa vie. Car j’ai toujours pensé qu’une œuvre habitait sa vie mais que la vie ne lui permettait pas, pour diverses raisons de nous en offrir la substance. En conséquence, je reprends un de ses articles qui me touche beaucoup, une lecture d’un livre sur les coups d’état, thème charnière de mes travaux, sauf qu’en fait, ce qu’il évoque, ce sont les révolutions de palais mais bon il faudrait pouvoir en débattre, cher Guy... JP Damaggio

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 08:49

Je remercie Jacques Desmarais pour cette présentation à chaud. Le Québec n'ayant pas besoin d'un président, l'important c'est le nombre de députés. Et quand le député Charest est battu son parti perd un chef ce qui n'est pas négligeable. Après Duplessis, Lévêque et Charest est-ce que le Québec entre dans une ère Pauline Marois ? Je vais faire suivre mes propres commentaires. JPD

 

 

 

Un attentat au Métropolis où se réunissaient les partisans du PQ venus célébrer leur victoire a fait un mort et un blessé grièvement atteint.  Le forcené gueulait : « les Anglais se réveillent! ».  Cet événement tragique a fait basculer la soirée dans le drame.

 

Le PQ gagne avec 32 % et 54 sièges (gouvernement minoritaire). Pauline Marois devient la première femme au Québec à accéder au poste de Première ministre.

Le PLQ [parti sortant] : 31 % et 50 députés.  Jean Charest est battu dans Sherbrooke !

La CAQ [nouveau parti très à droite] : 27 %, 19 élus.

QS [Québec solidaire à gauche] : 6 %, 2 élus! (Amir (un sortant) et Mme Françoise David dans Gouin).

 

Dans mon comté, Crémazie, on a doublé notre appui avec 11,6% des voix.  Le PQ a gagné avec 38,6 % .

Sur l'Île de Montréal :

PLQ - 20 élus, 44.88 %

PQ -     6 élus, 28.8 %

QS -     2 élus,11,95 %

 

En gros : le PLQ reste assez fort malgré la crise sociale du printemps.  Comme son Chef n'est pas élu, il devra se reconstruire et n'aura pas intérêt à faire tomber le gouvernement rapidement, Le PQ l'emporte à l'arraché. La CAQ doit être déçue des résultats [les derniers sondages le placé avant le PLQ], mais il reste que le vote à droite est majoritaire.  QS n'a pas la balance du pouvoir (ex, si le PQ avait eu 61 députés /sur 125 au total, les 2 députés QS auraient eu un rapport de force plus grand).  Le PQ pour se maintenir devra restreindre son programme et gouverner à droite.

 

C'est tout de même une avancée de QS  qui double son pourcentage et envoie à l'Assemblé nationale aux côtés d'Amir une très forte députée en la personne de Mme David.  Malgré tout le poids de l'argument du vote stratégique claironné par le PQ, QS a démontré que la gauche pouvait être autonome.  Dans le contexte québécois, ce parcours est important puisque depuis 40 ans, la gauche s'est excusée d'exister pour ne pas nuire à la marche vers l'indépendance. La présente élection marque une rupture à ce égard.

Jacques Desmarais

PS : Entre crochets ce sont mes précisions, JPD

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 22:23

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L’Université du Québec à Chicoutimi publie des versions électroniques des livres de Gramsci accessibles gratuitement sur votre ordinateur. Dont les fameuses Lettres de prison publiées autrefois aux Editions sociales, livre qui m’avait échappé et dont j’ai publié la présentation sur ce blog. Le monde nous réserve parfois de grandes surprises. Bravo à l’UQAC !

Jean-Paul Damaggio

 

http://classiques.uqac.ca/classiques/gramsci_antonio/lettres_de_prison/lettres_de_prison.html

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 20:51

La Petite Gironde comme son nom l’indique est plus un journal de Bordeaux que de Toulouse donc je n’ai jamais eu l’occasion de le consulter (sauf peut-être aux archives d’Agen). En achetant onze exemplaires sur le vide-grenier d’Angeville je suis tombé sur celui du 12 juin 1935 avec en Une Mussolini et en page Montauban, une référence à Cladel. En fait, sans doute sans le savoir, le rédacteur montalbanais parle comme Mussolini ! Il célèbre des valeurs qui sont celles de fascistes sous prétexte d’un hommage au révolutionnaire Cladel ! Les Compagnons, témoins d’une vieille France en perdition depuis longtemps, sont, sous la plume de Cladel, tout autre chose que la présentation de cet article, à la gloire certes d’une belle tradition, mais comment en écarter le politique ? Léon Cladel était un compagnon-écrivain mais qui visait une république démocratique et sociale. Cet article comme celui de Mussolini fossilise le passé comme pour arrêter le temps or le temps par définition ne s’arrête pas. JPD

 La Petite Gironde mercredi 12 juin 1935

CHEZ LES COMPAGNONS

Le centenaire de Léon Cladel

Dimanche prochain 16 juin, les Compagnons montalbanais du Tour de France sortiront de leur réserve habituelle. Pour fêter dignement Léon Cladel, fils du compagnon «Montauban-tu-ne-le-sauras-pas», petit-fils d'un autre compagnon, «Quercy-la-Clef-des-Cœurs», ils feront une démonstration publique, d'autant plus intéressante qu'elle sera exceptionnelle.

On pourra les voir, au cours des diverses manifestations de la journée. Ils porteront, sans ostentation, mais avec légitime fierté, les couleurs et insignes qui, depuis les temps les plus reculés, sont des emblèmes distinctifs de leurs corporations.

Ils représenteront l'Union Compagnonique du Tour de France, vaste groupement national, dont les buts ne sont pas assez connus du grand public.

Sans vouloir dévoiler le secret de ses rites, sans vouloir expliquer des mots comme : Devoirs, Mère, Salomon, Maître Jacques, Père Soubise, etc., si expressifs pour les initiés, il est permis de dire que l'Union Compagnonique du Tour de France est une vaste association philanthropique, formée par des conditions d'affiliation traditionnelles, mais de caractère absolument corporatif, sans préoccupations politiques ou religieuses.

L'admission d'un aspirant est toujours précédée d'une enquête approfondie sur sa vie et ses antécédents. En même temps qu'un casier judiciaire vierge, il doit produire le «Chef-d'œuvre» garantissant la solidité des connaissances professionnelles acquises pendant son Tour de France. On nous assure même qu'il doit prêter serment d'honnêteté, de probité et d'entraide, et que tout parjure est impitoyablement rejeté.

Une section locale, comme celle de Montauban, est une Société de secours mutuels dans le sens le plus large. Elle reçoit les compagnons qui «roulent» pour leur Tour, et qui doivent se présenter à elle dans la tenue la plus décente. Elle leur procure gîte, couvert, emploi et assistance, comme elle le ferait pour ses membres locaux, allant jusqu'à prendre à sa charge l'éducation des orphelins.

A Montauban, ce sont les Compagnons qui, de leurs propres ressources, fondèrent l'Ecole des apprentis, subventionnée plus tard par la municipalité et devenue aujourd'hui l'Ecole officielle d'enseignement technique.

Les Compagnons sont, pour la plupart, des artisans. Ils ont l'amour de leur métier et le connaissent bien. En dépit des mœurs du jour, ils conservent les meilleures traditions de conscience professionnelle, et leur titre, acquis par le mérite, est une référence qui ne saurait tromper.

Les nombreux spectateurs qui, dimanche prochain, seront intéressés par les Compagnons en tenue d'apparat, pourront se dire qu'ils ont vu ce qu'on appelle simplement des hommes.

 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 20:46

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On ne peut pas dire qu’en 1935 les responsables de la Petite Gironde (journal de droite) ignoraient le fascisme de Mussolini. Malgré les crimes de ce dirigeant, il se trouve en Une du journal pour y jouer l’intellectuel savant sur le thème de l’empire perdu, l’empire romain. Quand il parle d’intérêt supérieur à tout, on croit poindre ses souvenirs de marxiste. Quand il parle de race, on mesure sa prudence par rapport au discours d’Hitler au même moment. A le lire on comprend mieux sa rage à être présent en Espagne de 1936 à 1939. Bref, y compris dans la presse régionale française de 1935, le fascisme de Mussolini était très présentable. JPD

 

La Petite Gironde mercredi 12 juin 1935

La Latinité par Benito Mussolini

Le 7 janvier, un accord entre la France et l'Italie a été conclu à Rome - accord qui met fin à une longue période qui a parfois vu des controverses aiguës — et les manifestations qui en sont résultées ont remis à l'ordre du jour, d'une manière tout à fait particulière, le mot « latinité».

On parle à nouveau des sœurs latines ; les civilisations latines sont une fois de plus exaltées.

A quoi correspond aujourd'hui le mot latinité ?

Qu'y a-t-il à présent derrière ce mot ?

Est-ce une réalité ou seulement une tendance littéraire historique ?

La latinité est-elle toujours une puissance dans le monde contemporain, ou une simple réminiscence sentimentale ?

Avant de répondre à de telles questions, il est opportun d'énumérer les Etats qui peuvent être considérés comme latins.

Ce sont les Italiens, les Français, les Espagnols, les Portugais et les Roumains.

D'autres nations, comme la Belgique, la Suisse, ont des provinces que l’on pourrait appeler latines. De mêmes les nations sud-américaines peuvent être considérées comme latines.

Une affirmation que l'on peut faire, lorsqu'on examine l'histoire et la structure de ces nations, c'est que la Latinité y existe ; en d'autres termes, ce sont des pays où l'impression laissée par la civilisation romaine se révèle et reste continue d'une manière unique.

Ces nations ont des traits communs qui les caractérisent et les distinguent nettement des autres.

Ces caractères particuliers sont la race, la langue, la religion, les usages, le type mental et les relations historiques.

Il est difficile de définir avec précision la race latine, mais il est hors de doute que les Italiens, les Portugais, les Espagnols, les Français et les Roumains « moyens », présentent des caractères physiques communs, en ce qui concerne par exemple la taille, le teint et la couleur des cheveux.

Ce type physique les différencie des Anglo-Saxons, des Allemands et des Slaves.

Il existe de plus profondes affinités encore, parmi les peuples latins, quant à la langue.

Le français, l'espagnol, le portugais, l'italien et le roumain sont similaires et présentent une commune origine : le latin, que l'on a appelé « castrense verbum ». C'était la langue parlée par les légionnaires et les gens du peuple.

Au point de vue religion, les nations latines sont en majorité catholiques, à l'exception de la Roumanie. C'est un catholicisme vrai, et non pas seulement latin, car certains pays germaniques, comme l'Autriche, ou slaves, comme la Pologne, sont également catholiques, mais le véritable bloc catholique important est constitué par l'Italie, la France, l'Espagne, le Portugal et les nations sud- américaines.

Indéniables aussi sont les affinités habitudes au point de vue « manière de vivre », et quant au point de vue intellectuel, il existe une indiscutable empreinte du génie latin  — clarté, équilibre, réalisme — que l'on peut nettement discerner parmi les peuples qui descendent de la civilisation romaine.

Comme de juste, les invasions des races étrangères, telles que celle des arabes en Espagne, les contacts avec les autres peuples ont introduit des éléments modificateurs dans les caractéristiques spirituelles des populations latines; mais la base reste latine.

L'Italie offre des exemples typiques de cette assimilation des éléments étrangers.

Les Lombards, par exemple, race allemande, ont oublié leur propre langue et ont adopté, en prose comme en poésie, le latin, langue qui a permis la transmission de la gloire de l’empire romain. Quelques siècles plus tard, les Souabes de Naples s'assimilaient définitivement, eux aussi, à la langue latine et contribuaient à sa suprématie.

Il en a été de même à l'égard de 1'interprétation des littératures, des philosophies et des arts, surtout à l'époque de la Renaissance, que l'on peut situer historiquement de Dante jusqu'à Machiavel.

Les relations politiques entre ces peuples occupent dix siècles de l'histoire, en comportant des noms d'empereurs, de rois, de princes, de reines et d'hommes d'Etat.

Les Italiens, par exemple, sont profondément intégrés dans l'histoire de France, par Catherine de Médicis, par Gambetta, par Mazarin, qui garantit la paix sur le Rhin pendant deux siècles ; par Gallieni, qui sauva Paris en 1914, et surtout par Napoléon, que Louis Madelin, de l'Académie française, dans son récent ouvrage, considère comme Italien pur sang.

De ce rapide résumé, on peut conclure qu'il n'est nullement absurde de parler de « peuples latins ».

Ce dénominateur commun « latinité » existe parmi ces nations, et cela depuis des siècles, même si, de temps à autre, quelque littérateur déclare qu'il est regrettable que la domination romaine ait empêché les civilisations autonomes de s'affirmer, regrets d’ailleurs entièrement superflus, car, si certaines civilisations autonomes ont disparu, il est évident que c'est parce qu'elles étaient inférieures à celle de Rome.

D'autre part, les peuples « latinisé » étaient fiers de vivre sous les lois romaines et, aux moments critiques, se montraient les défenseurs les plus acharnés de l'unité de l'empire auquel ils ont donné des empereurs, des philosophes, des poètes et des généraux.

Si l’on considère démontré que la latinité existe réellement, il reste à savoir si un système d'action politique peut être basé sur elle ?

C'est un problème d'une importance capitale, mais la réponse ne peut être que négative.

Différents développements politiques parmi les nations latines, leur situation géographique et démographique, leur ligne de conduite quant à leur politique étrangère ne peuvent être unifiée.

Il pourrait devenir dangereux de pousser la discussion sur le terrain sentimental.

L'entente entre la France et l'Italie parait certaine ; demain, une entente relative à la Méditerranée occidentale entre l'Espagne, l'Italie et la France pourra être réalisée, mais le bloc politique des Latins sera difficile à constituer, parce que les intérêts pour pourraient s'opposer au moment de créer cette «identité» qui impliquerait une unité d'action.

On s'en est rendu compte lors de la guerre mondiale, car l'Espagne est restée neutre, non pas par peur de la guerre, car les Espagnols sont de vaillants soldats, mais en raison d'intérêts espagnols indirectement en jeu.

Depuis que le monde existe, les intérêts fondamentaux des peuples sont ceux qui déterminent leur politique étrangère, et ces intérêts, à leur tour, sont les conséquences de leur situation géographique et démographique.

Certaines guerres semblent avoir résulté de questions de successions dynastiques mais en réalité, les hommes se sont toujours entre-tués pour la possession de territoires adossés à des fleuves, pour celle des transports fluviaux vers la mer, pour la conquête de cimes montagneuses protégeant leurs frontières ou pour celles de plaines fertiles.

Ce sont ces intérêts qui deviennent des forces puissantes, développées par le dynamisme des peuples, en raison de certaines conditions géographiques et numériques.

Dans un but de paix et de collaboration européenne, il est indiscutable que l'entente entre la France et l’Italie avec leurs 80 millions d'habitants, est un élément de stabilité et d'équilibre.

Cette «latinité», concrète et armée représente une somme incalculable de valeurs historiques, spirituelles et politiques, pour la défense, non seulement de son existence, mais de son avenir, et aussi pour la défense de l'existence et de l'avenir de la civilisation occidentale, cette glorieuse civilisation qui ne peut mourir. Benito Mussolini

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 17:33

Duclos accuse réception de la lettre sans écrire le nom de Marty comme il n’écrira qu’une fois ou deux le nom de Renaud Jean dans les divers tomes de ses mémoires. JPD

 

J’ai bien reçu ta lettre du 5 courant et je te remercie de nous avoir tenus au courant de tes récentes correspondances.

Nous sommes persuadés que les informations que tu as pu lire depuis cette date dans notre « Humanité » t’apporteront des précisions quant à la sincérité de certaines promesses qui t’avaient été faites.

Je te remercie de ton invitation à me rendre chez toi à l’occasion d’un de mes voyages chez ma mère, et, avec l’espoir de te rencontrer lors d’un prochain passage, je t’adresse, Cher camarade, mes bien fraternelles salutations.

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 17:21

C’est le hasard qui me fait placer ici après un texte sur Gramsci de 1953 une évocation du livre de Thorez de 1955. Sur ce blog, dans le diaporama sur Renaud Jean il y a une lettre de Duclos dont j’ai voulu récupérer la cote aux Archives départementales du Lot et Garonne. J’ai demandé le 46 j 14 et ce n’était pas le bon dossier mais j’en ai profité pour récupérer d’autres éléments dont ce trucage de photo visant à faire disparaître André Marty (les photos truquées n'ont jamais été leprivilège des seuls dirigeants communistes). Le dossier Renaud Jean sur André Marty est en soi un rassemblement de documents qui fait frémir. André Marty depuis tout jeune avait été un héros du communisme parmi les mutins de la Mer Noire. Son livre d’alors avait été préfacé par… Renaud Jean. Bref, ouvrir les papiers de ce militant paysan c’est l’émotion garantie. JPD

 

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Sur France Observateur 12 mai 1955

Toute la presse a signalé les modifications qui ont accompagné la réédition du livre de Maurice Thorez « Fils du peuple ». Voici deux photographies tirées la première de l’édition de 1946, la seconde de l’édition de 1955. André Marty qui se tenait à gauche de Thorez (Gabriel Péri était à sa droite) a miraculeusement disparu… sous une couche de gouache.

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 17:14

Ce texte en deux épisodes est assez long pour que je n’ajoute pas mon grain de sel. Disons cependant qu’en 1953 pour des raisons peut-être oubliées, le PCF parlait du journal du PS en des termes kes plus sévères. Ceci pour rappeler que tout texte est daté. JPD

 

La Pensée (Paris). 1953/09-1953/10.

LA VIE, LA MORT ET LE TRIOMPHE D'ANTOINE GRAMSCI (2) par Jean NOARO

Antoine Gramsci dirige l'Ordine Nuovo, devenu quotidien depuis le 1er janvier 1921.

Il a étudié et il ne cesse d'étudier les œuvres de Lénine. Pour mieux pouvoir le faire, il apprend le russe. Il veut qu'autour de lui on se mette aussi à l'étude. Comme tout grand militant, il sait qu'il a le devoir d'enseigner aux autres, d'expliquer, de convaincre. Il part en Union soviétique où il demeurera un an, apprenant à connaître les problèmes et les hommes de la Révolution. Très fatigué, il prendra un long repos dans les environs de Moscou. C'est alors qu'il rencontre Julie Schucht qui devient sa femme. Il fait partie du secrétariat de l'Internationale communiste. Au printemps de 1923, il gagne Vienne. C'est de cette ville qu'il suggère la création d'un journal quotidien et qui s'appellera l'Unità. Titre prémédité : « Unité de la classe ouvrière autour du Parti communiste, unité des ouvriers avec les paysans, unité du Nord avec le Midi ; unité de tout le peuple italien dans la lutte contre le fascisme. »

En avril 1924, Gramsci est élu député malgré les intimidations et les violences. Il rentre en Italie en mai 1924 et il s'établit à Rome.

Il est maintenant à la tête du Parti communiste italien illégal. Son séjour en U.R.S.S. l'a changé. C'en est fini de cette excessive modestie qui avait empêché le mouvement de l'Ordine Nuovo de s'étendre à tout le Parti socialiste et de s'imposer par la justesse de ses thèses. Gramsci est devenu plus exigeant envers lui-même et envers les autres. Toujours empli d'humaine compréhension, il sait exiger fermement de chacun qu'il accomplisse son devoir.

C'est en mai 1924, à la conférence nationale illégale de Côme, qu'il taille en pièces Bordiga. Celui-ci prétend que « le fascisme est un simple changement de gouvernement », que les communistes doivent s'en désintéresser, qu'ils ne doivent surtout pas « se salir les mains » dans des accords et des alliances avec des groupements bourgeois antifascistes, mais qu'ils doivent, sans se presser, s'occuper à propager les principes révolutionnaires. Gramsci répond à Bordiga. Il montre le contenu de classe du fascisme ; il montre que le mécontentement petit-bourgeois ne suffira pas à renverser le fascisme et qu'il ne faut pas le surestimer ; ce qui compte, c'est un puissant mouvement de masse ayant un but précis : le renversement du fascisme, mais un mouvement qui saura tenir compte de toutes les alliances nécessaires. Et il dit à Bordiga :

« Tu n'es pas pressé, Bordiga. Mais nous qui nous sentons liés à la classe ouvrière et au peuple, nous, oui, nous sommes pressés, très pressés, comme sont pressés les ouvriers, comme est pressé le peuple qui souffre dans sa chair de la dictature fasciste et de l'exploitation capitaliste. Nous sommes pressés et c'est pourquoi nous ne négligerons aucune manœuvre politique, aucun mouvement tactique  qui pourra nous rapprocher du jour du renversement du fascisme et de la victoire du prolétariat et du peuple (1)

Gramsci se servira de la tribune du Parlement pour faire connaître au prolétariat, au pays tout entier la volonté des communistes de former, avec tous les antifascistes, un front unique de lutte. C'est le temps où Mussolini fait assassiner Matteotti. Gramsci dit aux parlementaires antifascistes qu'une opposition platonique ne peut suffire à renverser Mussolini, mais qu'il faut, au contraire, appeler le peuple à la lutte. Il met tout en œuvre pour se faire entendre et comprendre. Il renforce l'Unità dont le tirage double en quelques mois. Il use de tous les chemins pour rassembler le plus possible d'antifascistes autour du Parti ; il va vers les socialistes qui acceptent la IIIe Internationale, vers les catholiques, vers la petite bourgeoisie sarde, vers les libéraux comme Amendola. Son mot d'ordre est : unité d'action à la base. Et ce mot d'ordre, Gramsci va le crier à travers le pays et il le crie de la tribune du Parlement, face à Mussolini.

Celui-ci fait alors son second coup d'Etat. Le 3 janvier 1925, il annonce, dans un discours violent et impudique, que des mesures vont être prises contre la liberté de parole, la liberté d'association, la liberté de la presse. C'est la fin de toute légalité pour le Parti, pour les antifascistes.

Pour Gramsci la vie est alors illégale lorsqu'il s'agit du dirigeant qui visite un parti devenu clandestin, légale lorsqu'il s'agit du député. C'est au IIIe congrès -national du Parti qui se tient à Lyon que Bordiga et le bordighisme sont liquidés. C'est au Parlement que Mussolini est encore obligé d'entendre les terribles et accusatrices- interventions du représentant du Parti communiste italien :

« Vous pouvez «conquérir l'Etat», vous, pouvez modifier les codes, vous pouvez essayer d'empêcher les organisations d'exister dans la forme où elles ont existé jusqu'ici ; vous ne pouvez rien sur les conditions objectives où vous êtes contraints de vous mouvoir... Voici ce que nous voulons dire au prolétariat et aux masses paysannes italiennes du haut de cette tribune : les forces révolutionnaires italiennes ne se laisseront pas écraser ; votre sinistre rêve ne se réalisera pas (2).

 

En novembre 1926, à la suite d'un faux attentat contre Mussolini, sont publiées les « lois d’exception pour la sécurité de l'Etat ». Tous les partis politiques sont dissous, ainsi que toutes les associations antifascistes, ainsi que tous les journaux de l'opposition. Un tribunal spécial est créé et qui devra juger les délits politiques, distribuer des peines de prison par dizaines d'années, qui pourra condamner au bagne et même à mort. Pour les simples suspects, et sans qu'il y ait jugement, est créée une nouvelle forme de peine : la déportation dans les confins, dans les îles.

Gramsci est sollicité par ses camarades du Bureau politique pour qu'il se mette en lieu sûr. (Il vit à Rome, près de la Porte Pia, dans une petite maison où il dispose d'une chambre modeste.) Gramsci remet sa décision de semaine en semaine. Tous ses camarades sont arrêtés l'un après l'autre. Togliatti est heureusement à Moscou. Gramsci estime que, les choses ayant voulu qu'il se trouve en Italie dans le moment le plus grave pour le Parti, il se doit de rester à son poste de combat.

Il est arrêté le 8 novembre 1926 à dix heures et demie du soir.

 

Il est détenu seize jours à la prison de Regina-Coeli.

Condamné d'abord à cinq années de déportation, il est transféré à Ustica où il arrive le 7 décembre 1926. Il quitte l'île le 20 janvier 1927 et il est transféré à la prison Saint-Victor de Milan, inculpé de conspiration contre les pouvoirs de l'Etat, de provocation à la guerre civile, d'excitation à la haine de classe, d'apologie d'actes criminels et de propagande subversive.

L'instruction est terminée en mai 1928. Antoine Gramsci est conduit sous bonne escorte à Rome où son procès se déroule du 28 mai au 4 juin. Le tribunal spécial présidé par le général Saporiti, à la demande du ministère public Isgro, condamne Antoine Gramsci à vingt ans quatre mois et cinq jours de réclusion. Isgro avait dit en montrant du doigt Gramsci : « Pendant vingt ans nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner. » La dernière déclaration de Gramsci fut celle-ci : « Un jour vous conduirez l'Italie à la ruine ; c'est aux communistes qu'il appartiendra de la sauver ! »

En juillet 1928, Antoine Gramsci, devenu le détenu 7047, entre à la prison de Turi, province de Bari, où il occupe la cellule n° 1 de la première section. Cette cellule se trouve tout à fait à côté du poste de garde. Il faut qu'il soit surveillé de près. Mais il faut aussi que tout repos lui soit rendu impossible, même la nuit. Les bruits et les conversations du corps de garde l'empêcheront de dormir. Et les gardiens ont ordre d'inspecter la cellule trois fois par nuit. Il faut empêcher Gramsci de penser. Il faut, l'assassiner lentement. Il faut l'avoir par l'insomnie.

A la suite des protestations parvenues du monde entier, et parmi lesquelles il faut noter celles de Romain Rolland et de l'archevêque de Canterbury, il est transporté agonisant dans une clinique de Formia, puis dans la clinique de Rome Quisisana (Ici on guérit) où il meurt le 27 avril 1937, trois jours après l'expiration de sa peine, celle-ci ayant été hypocritement réduite de quelque dix ans.

Antoine Gramsci, malgré les offres cauteleuses qui lui furent faites, n'accepta jamais de demander sa grâce. A qui le lui proposait, il répondait : « C'est là une forme de suicide... Je n'ai nullement l'intention de me suicider..» Sa belle-sœur Tatiana, qui aurait voulu le sauver à tout prix, n'arrivait pas à comprendre sa décision. Elle écrit :

« Je ne peux pas comprendre comment il peut se faire qu'Antoine craigne de traverser intellectuellement parlant une crise aussi grave, alors qu'avec tout cela il fait preuve d'un tel esprit de lutte, de résistance, de critique impitoyable des choses et des hommes et qu'il tient à être le pionnier d'une résistance à toute épreuve et cela pour le bien de tous... »

 

Qu'il soit dit, pour compléter le schéma de cette existence héroïque et émouvante, que la mère et les sœurs de Gramsci, Thérésine et Gracieuse, vivaient en Sardaigne, que le frère Charles était employé à Milan et que le frère Gennaro avait émigré en France.

Gramsci, on l'a vu, avait connu sa femme Julie (Julia) Schucht dans une maison de repos de Moscou au début de 1923. Un premier enfant, Delio, était né à Moscou en août 1924, alors que Gramsci était retourné en Italie. La maman et Delio rejoignirent le père à Rome fin 1925. Ils le quittèrent au printemps suivant, pour rentrer à Moscou où, en août 1926, Julien vint au monde. Tout cela veut dire que Gramsci a connu son premier enfant quelques mois seulement et qu'il n'a jamais connu son second fils. Il faut penser à cela en lisant certaines Lettres de la prison.

Il faut aussi songer que Julie, durement touchée par l'arrestation de son mari, eut à souffrir d'une maladie nerveuse que l'on s'efforça de cacher au prisonnier, mais assez vainement. Gramsci s'en douta vite et cela fut à l'origine d'après discussions, d'accès de mauvaise humeur, de colères même. Julie ne put jamais, et pour cause, venir en Italie ainsi que Gramsci l'aurait tant désiré.

Un personnage important dans ce drame est Tatiana, la sœur de Julie, qui était doctoresse. Son affection pour Gramsci était fraternelle et illimitée l'admiration qu'elle avait pour lui. Onze années durant, Tatiana ne vécut que pour soulager les souffrances de Gramsci, pour lui rendre moins dure la vie de la prison. De faible constitution elle-même, elle surmonta toutes les fatigues pour bien accomplir le grand devoir qu'elle s'était imposé. C'est elle qui recueillit le dernier soupir de Gramsci, qui prit soin de sa tombe et qui sauva les précieux cahiers écrits dans la prison.

Tatiana Schucht est morte en 1943 en Union soviétique.

 

On s'en doute, la correspondance de Gramsci était soumise à une censure qui se voulait vigilante. Le prisonnier tenait à voir ses lettres arriver à destination. Elles étaient pour lui l'unique moyen qu'il eût de garder le contact avec la vie, de conserver toute son humanité, de demeurer un être vivant. Il se gardait donc de traiter de certains sujets et d'user de certains mots. Mais son ironie est là — qui fait penser à celle de Voltaire —, qui a raison de la balourdise de ses geôliers et qui fustige le bourreau du peuple italien. « La vie de l'enfermé est méticuleusement dévorée par une multitude de petits soucis, d'infimes préoccupations », constate Gramsci dans une- lettre du 18 janvier 1932 :

« Prométhée en lutte contre tous les dieux de l'Olympe nous apparaît comme un Titan tragique ; Gulliver lié par les Lilliputiens nous fait rire. Si Prométhée au lieu, d'avoir le foie quotidiennement dévoré par l'aigle, avait été grignoté par les fourmis, il nous ferait rire aussi Jupiter n'a pas été très intelligent ; la technique pour se débarrasser de ses adversaires n'était pas encore, bien développée en son temps... »

 

Il reste sous-entendu que Mussolini, du moins en cette- matière, a su mieux faire que Jupiter lui-même...

Gramsci ne néglige jamais de nous décrire ses cellules successives. Il laisse parler les détails matériels qu'il donne à la façon dont on fait un inventaire, il met de temps à autre une notation dont il nous appartient, d'apprécier la valeur de document :

« J'ai passé, cet hiver, trois mois sans voir le soleil. La cellule reçoit une lumière qui tient de la lumière d'une cave et de celle d'un aquarium... »

 

La période d'Ustica qui se déroule à ciel ouvert abonde en observations pittoresques. Quel grand écrivain réaliste est Gramsci ! Que l'on lise ces passages où il dit la vie dans l'île ; ceux où il nous présente des condamnés de droit commun, tous hommes du Midi et du milieu, se livrant à une démonstration de duel au couteau, « scène vraiment grandiose et inoubliable pour tous », digne de l'auteur de Cavalleria Rusticana, Giovanni Verga, le père du vérisme.

Mais Gramsci aura surtout à vivre seul. Il revient sans cesse, dans ses lettres, sur la condition « psychique » du prisonnier. Là, mieux qu'ailleurs, on le voit se défendant âprement contre l'emprise fatale, contre l'abêtissement. Peu comme lui auront dit l'horreur de cet anéantissement graduel où, mène la vie pénitentiaire avec son oisiveté forcée :

«  ses journées toujours égales, ses heures et ses minutes qui se succèdent, monotones, comme une eau qui tombe goutte à goutte..., avec ses règles, sa routine, ses privations, un ensemble énorme de très petites choses qui se succèdent mécaniquement durant des jours, des mois, des années, toujours égale, toujours au même rythme comme les menus grains de sable d'une gigantesque clepsydre... »

 

Gramsci ne veut pas se laisser gangrener, dévorer l'esprit par ce qu'il appelle la « routine pénitentiaire » ; il défend tout son être et il se défend de tout son être contre la mentalità carceraria.

 

Son organisme débilité offre pourtant un terrain de moindre résistance. Lorsqu'il a quelque repos avec les troubles- stomacaux, interviennent les troubles intestinaux. Il crache du sang. Il a de persistantes migraines. Le sommeil le fuit : en octobre 1930, il dort en moyenne deux heures sur vingt-quatre. Lorsqu'il lui arrive de trouver un peu de sommeil, son gardien, qui a reçu des ordres en conséquence, ouvre et ferme la porte du cachot avec bruit. Gramsci, réveillé, n'arrive plus à. se rendormir... Le voici qui revient sans cesse sur le problème de son alimentation : toute nourriture lui est contraire, celle qu'il pourrait digérer ne figure que rarement au « menu» de la prison : Fumer est une distraction..., mais fumer est nocif. Aussi d'une cigarette en fera-t-on trois : « On peut ainsi fumer un petit peu trois fois, juste ce qu'il faut pour enlever le besoin de fumer... » Gramsci ne croit pas aux médecins : il nous le dit avec un humour qui se teinte parfois d'énervement. Mais il se soigne ou du moins il essaie de se soigner : le devoir est de vivre. L'œil clair et sans angoisse, il observe jour après jour sort dépérissement-. Il écrit à sa nièce le 15 décembre 1930 :

« Ne crois, pas que ma sérénité se soit évanouie. Je suis plus vieux de quatre années ; j'ai beaucoup de cheveux blancs ; j'ai perdu mes dents ; je ne ris plus d'aussi bon cœur qu'autrefois. Mais je crois être devenu plus sage et avoir enrichi mon expérience des hommes et des choses. Au reste je n'ai pas perdu le goût de la vie ; tout m'intéresse encore... »

 

Il se défend de penser à la mort. Il continue à regarder vers l'avenir. Il fait cependant — avec un optimisme rare et une étonnante fraîcheur d'évocation — des incursions dans son enfance sarde. Etudes provinciales, courses dans la campagne, histoires de brigands, de fantômes ou de chasseurs en goguette, gastronomie locale, malaria, tours démantelées : toute la vieille Sardaigne est là avec ses paysages, ses bêtes et ses gens frappés au coin de l'insularité et de la misère. Là encore on évoque les romanciers du vérisme, Verga, par exemple, qui sut dire les mœurs des populations siciliennes, mais avec ce fond de sentimentalisme larmoyant, de résignation, qui est trop le fait de la littérature italienne contemporaine. On évoque les véristes ; mais pour constater qu'avec Gramsci intervient une nouvelle vision des choses et pour comprendre que c'est par le réalisme socialiste que cette littérature réglera ses contradictions et reconquerra sa virilité. A homme nouveau, littérature nouvelle.

Un homme nouveau qui sait d'ailleurs tenir compte de l'héritage du passé. Et pour lequel comptent les affections les plus simples. Au milieu de ses souffrances physiques, le lutteur indompté s'oublie pour penser aux siens, leur parler, les conseiller, les réconforter, les faire sourire et les amuser. Il veut avoir pour chacun le ton qu'il faut : délicat, mais ferme aussi, avec sa femme qu'il veut débarrasser à distance de ses complexes, amical et émouvant avec ses enfants, ses nièces, brusque, ironique, docte et affectueux avec sa belle-sœur Tatiana, et si filial, si compréhensif, avec cette vieille paysanne sarde qu'est sa mère. Comme il lui parle attentivement ! et comme il parle d'elle !

« La pauvrette a beaucoup souffert de mon arrestation et je crois qu'elle souffre d'autant plus que dans nos villages il est difficile de comprendre que l'on puisse aller en prison sans être un voleur, un escroc ou un assassin. »

 

Et le drame — qui est plus que le drame d'un organisme fatigué dont on essaie de tirer le maximum —, le drame vient agiter au plus profond de la fibre l'être tout entier. Qu'on imagine que pour bien penser à tous les siens, pour ne pas se détacher d'eux, pour rester en contact avec eux, il faut que Gramsci se défasse de la lente action corrosive du pénitencier, qu'il surmonte les distances, qu'il évoque des milieux peu ou mal connus ou connus depuis un trop longtemps. Il faut qu'il lutte contre le temps qui fait vieillir les uns, grandir les autres, transforme les physionomies et les êtres eux-mêmes dans ce qu’on croyait être leur essence. Le prisonnier se dit que ces transformations se font inéluctablement et qu'elles se font loin de ses yeux et de son esprit. Il essaie de ne pas «décoller», de ne pas rester étranger, de rester dans la vie des siens. Il lutte pour essayer de mieux connaître ceux qu'il ne verra peut-être plus ou pour connaître dans leurs changements successifs ces deux-là qu'il n'a pour ainsi dire pas connus : ses enfants. Il réclame des photographies. Il interroge. Quelle est la taille de ses enfants ? leur, poids ? quels sont leurs goûts ? que lisent-ils ? que pense d'eux leur mère ? Le prisonnier suppute et déduit, donne des avis, des conseils..., mais voici qu'il se méfie de son jugement à distance, de son jugement d'homme cellulaire. Il n'ose plus conseiller qu'en faisant des réserves sur son propre jugement.

 

Il faut maintenir vivantes toutes ses affections. Il faut surtout sauver l'esprit. La lutte va devenir plus poignante encore. Gramsci a décelé ce que l'on pourrait appeler le mal pénitentiaire. Il en observe les effets sur ses camarades de prison rencontrés au cours de la rapide promenade quotidienne. Il voit ceux-ci s'abandonner de manière incroyable. Le spectacle de leur dégénérescence le sert comme servait aux enfants de Sparte le spectacle des ilotes. Il écrit à sa femme qu'il a toujours peur d'être vaincu par la routine de la prison. Il résiste. Il fait un plan de travail dès les premiers jours de son emprisonnement. Malgré les souffrances physiques et morales, la censure et le contrôle de l'administration pénitentiaire, l'impossibilité de faire des recherches de bibliothèque et de recevoir en temps voulu les documents bibliographiques indispensables, il couvre d'une écriture fine et serrée trente-deux cahiers, trois mille pages manuscrites correspondant à quatre mille pages dactylographiées. Là Gramsci traite des intellectuels italiens et de leur mission à travers l'histoire, de Machiavel, de Ugo Foscolo, de Dante, de Croce, de la Réforme, de la Renaissance, du roman feuilleton, du folklore, de la langue littéraire et des dialectes, du théâtre italien, de l'école laïque, de l'américanisme, du fordisme. Tous ces travaux sont publiés. En Italie ont vu le jour les écrits suivants : Il materialisma istorico e la filosofia di Benedetto Croce, Il risorgimento, Note sul Machiavelli, sul la politica e sullo stato moderno, Gli intellettuali e l'organizzazione della culkura, Letteratura e vita nazionale, Passato e présente. Ainsi le monde à la preuve que Gramsci est sorti vainqueur de son combat. La lente agonie qui lui fut imposée onze années durant par le régime fasciste n'aura pas eu raison de la puissance et de la clarté de son esprit.

Dans les cahiers, précise l'éditeur italien, il n'y a plus de trace de l'enfer cellulaire, seul demeure le fruit d'une pensée géniale, la marque d'une volonté de lutte indomptée et d'une admirable force de caractère.

Le drame demeure visible dans les Lettres où Gramsci nous dît tout de ses maux, de ses misères, de ses tortures et où nous voyons aussi la bataille que l'esprit a décidé de livrer. C'est là que nous assistons à l'élaboration de toute l'œuvre, que nous suivons l'emprisonné dans ses débats intérieurs, ses crises de conscience, ses incertitudes passagères, que nous le voyons, esprit vraiment universel, s'inquiéter d'éducation, d'histoire, de philologie, de critique, d'économie politique, de sociologie, de littérature, discutant largement sur Croce, sur la « question » juive, sur la psychanalyse aussi bien que sur le Xe chant de la Divine Comédie, s'inquiétant de telle revue ou tel ouvrage qu'il voudrait lire, demandant à sa belle-sœur de consulter tel spécialiste sur un point dont il n'est pas sûr. Tout cela pendant que le corps se dégrade sous ses yeux et sous nos yeux. Tout cela malgré tout plein de vie, d'humour et de bonne humeur, d'ironie et de fraîcheur, de confiance en la vie et dans les hommes, sans jamais aucune déclaration héroïque, sans la moindre trace de parole qui se voudrait historique.

Il ne pouvait vraiment exister de meilleure introduction aux œuvres de Gramsci que les lettres écrites par Gramsci de sa prison. Lutte pour faire durer le corps. Lutte pour rester un homme parmi les hommes. Lutte pour que la pensée demeure claire et agissante. Ces trois luttes qui n'en font qu'une donnent aux Lettres leur unité et font de leur ensemble une œuvre pathétique, une œuvre dramatique par excellence, ferme dans son écriture malgré la familiarité de l'allure, virile dans ses enseignements.

Palmiro Togliatti, dans le discours qu'il prononçait à l'Université de Turin le 22 avril 1949, à l'occasion du XIIe anniversaire de la mort de son illustre camarade de combat s'exprimait ainsi :

« Gramsci veut vivre, il veut travailler. Toute sa volonté est tendue vers ce but. Mais il avait déjà senti qu’on ne peut pas vivre de seule volonté et que les sentiments ne peuvent être repoussés de la vie. Or il avait une famille, une compagne, deux enfants dont l'un lui était inconnu. Dans la prison cette autre réalité lui échappe. Et il s'adonne à une recherche anxieuse. Il veut continuer à travailler, à écrire ; il ne veut plus se perdre dans ses songes. Pour cela le contact avec la réalité lui serait indispensable. Mais cette réalité autour de lui s'est diluée, évanouie. De là la protestation douloureuse contre les ténèbres qui peu à peu l'enveloppent et son effort pour se représenter de manière concrète le monde des dehors, l'existence de sa femme, le visage, la voix des enfants. C'est un cri de douleur et qui semble la demande instante d'un esprit avide de lumière.

Je crois qu’il n’existe pas dans l'histoire des hommes, un exemple aussi tragique de la lutte jusqu’au dernier soupir, entre les facultés de l'homme et la fatalité brutale, entre celui qui veut continuer à travailler, à combattre, à connaître, et la force toute puissante qui peu à peu le détruit.

Lorsque je pense à cette vie de Gramsci dans son cachot et que je vois cependant et malgré tout cela sortir à la lumière ses écrits des années terribles, j'éprouve avant tout pour lui un sentiment de profonde reconnaissance. Jusqu’au bout, il a vécu pour nous, pour nous tous, il a voulu vivre pour nous aider à avoir une vision plus cohérente, plus profonde et plus unie de notre destin. Il n'a pas vécu seulement pour notre parti, pour les ouvriers et les intellectuels qui le suivent mais bien pour tous les Italiens, pour notre Pays.

La réflexion sur notre histoire prendra un nouveau cours, l'étude de la structure et du développement de notre société possèdera un nouveau contenu, lorsque quelques-uns des principes et des règles qu’il a élaborés seront devenus communs parmi les intellectuels et dans le peuple italien. Un nouvel élan animera la vie elle-même de notre pays lorsque des groupes toujours plus grands d'hommes de pensée et d’actions s’attacheront à réduire la solution de continuité qui les sépare du peuple, c'est-à-dire de la réalité nationale, et que celle-ci réussira à se fondre en une nouvelle unité. » (3)

 

Le régime fasciste a pris la vie de Gramsci. En assassinant Gramsci, il n'a pas empêché que le message du reclus condamné à mort et qui mit onze années sans sommeil à mourir, arrive aujourd'hui parmi les hommes. L’on songe à cette époque où le sinistre Mussolini couvrait les ondes de ses vociférations, de ses insolents cris de triomphe. La grandeur vraie, le triomphe véritable s'élaboraient dans cette cellule humide de la prison de Turi ou luttait un homme au corps misérable, physiquement seul, mais en liaison de pensée et de cœur avec ses frères de combat, avec la multitude des travailleurs. Cet homme écrivait, à quelques jours de sa fin, à l'aîné de ses fils :

« Je pense que tu aimes l'histoire comme je l'aimais lorsque j'avais ton âge, parce qu'elle s'intéresse aux hommes vivants et que tout ce qui touche aux hommes, au plus d'hommes possible, à tous les hommes du monde qui s'unissent entre eux en société et travaillent et luttent et s'améliorent, ne peut ne pas te plaire plus que tout autre chose... »

 

Le 27 avril 1945, deux jours à peine après la libération de l'Italie, sur la façade de la prison de Turi était apposée une plaque portant cette .inscription :

« DANS CETTE PRISON FUT DETENU ANTOINE GRAMSCI LE MAITRE LE LIBERATEUR LE MARTYR QUI A SES BOURREAUX STUPIDES PREDIT LA DEFAITE A LA PATRIE MOURANTE LE SALUT

AU PEUPLE TRAVAILLEUR LA VICTOIRE

 

Le peuple italien, instruit par une terrible expérience, fier de .sa résistance et de ses luttes pour la libération, glorieux par les batailles qu'il mène chaque jour pour ses revendications et pour la paix, croit à sa victoire. Il fait confiance à sa classe ouvrière unie, à son Parti communiste fondé par Antoine Gramsci et dirigé par le compagnon insigne de Gramsci, Palmiro Togliatti. »

 

1 ) Mario MONTAGNANA : Ricordi di un operaio torinese, Edizioni Rinascita, Roma, 1949

2 ) Tiré de Vita di Antonio Gramsci, par LOMBARDO RADICE et G. CARBONE, Edizioni di Cultura Sociale, Roma, 1951,

3 ) Palmiro'TOGLIATTI : Gramsci, pensarore e omo di actione, «Milano—Sera éditrice, 1949

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 17:11

Ce texte en deux épisodes est assez long pour que je n’ajoute pas mon grain de sel. Disons cependant qu’en 1953 pour des raisons peut-être oubliées le PCF parlait du journal du PS en des termes les plus sévères. Ceci pour rappeler que tout texte est daté. JPD

 

La Pensée (Paris). 1953/09-1953/10.

LA VIE, LA MORT ET LE TRIOMPHE D'ANTOINE GRAMSCI (1)

par Jean NOARO

Dans un pays de dictature, un intellectuel est condamné pour son activité politique à vingt années quatre mois cinq jours de réclusion, peine qu'il devra purger dans l'isolement total d'une cellule sans soleil.

Cet intellectuel a la volonté de subsister le plus longtemps possible et de «continuer à penser ».

Il devra lutter contre un régime pénitentiaire impitoyable et insidieux, calculé pour porter atteinte aux organismes les mieux constitués et mener à l'hébétude ceux qui n'y prendront pas garde ou ne se trouveront pas suffisamment armés.

Le corps déjà faible se dégrade et finira par être vaincu ; l'assassinat dure onze longues années, du 8 novembre 1926 au 27 avril 1937.

Pour ce qui est de l'esprit, l'homme peut lire et écrire. Mais il ne peut ni tout lire ni tout écrire. Il peut correspondre avec les siens, mais en ne les entretenant que de sujets familiers ou extratemporels. En fait, il n'y a qu'un long soliloque dans le désert et jamais ce dialogue qui excite, corrige et féconde la pensée et lui permet de s'épanouir.

Et cependant l'esprit demeure vivant, intact, et l'emporte, en définitive, sur toutes les souffrances- physiques et sur toutes les contraintes de la prison.

Cette mort et ce triomphe au terme d'une lutte de onze années furent la mort et le triomphe d'Antoine Gramsci, fondateur et secrétaire général du Parti communiste italien. Elles se lisent dans le volume où a été rassemblée une partie de sa correspondance et qui paraîtra prochainement aux Editions sociales.

Les Lettres écrites de l'île d'Ustica, rocher dressant ses huit kilomètres carrés, à cent kilomètres en mer au nord de la partie est de la Sicile, écrites de la prison de Milan, de celle de Rome, de celle enfin de Turi, dans, les Pouilles, sont d'un intérêt difficile à épuiser. On y découvre un militant, un homme de vaste culture, de riche et profonde humanité. Elles ne sont pas un phénomène unique. Elles s'inscrivent dans la tradition de ces écrits, plus ou moins romanesques ou romantiques, où ont été racontées, à travers les temps, les misères de l'homme privé de sa liberté et qui aspire à la retrouver. Elles apportent toutefois une résonance nouvelle, un contenu nouveau. Avec elles, nous sommes loin de la résignation de Silvio Pellico et de son sentimentalisme larmoyant. Chez Gramsci, l'homme ne se résigne pas. Il lutte. Les Lettres font la démonstration que le marxisme, loin d'annihiler la personnalité ou même de l'amoindrir, constitue pour elle le terrain d'élection où elle peut se développer dans toute sa plénitude et trouver enfin sa plus heureuse efficacité. Aussi, avec l'ultime ouvrage de Julius Fucik (1) et ces Lettres de fusillés dont on ne répétera jamais assez qu'elles constituent le trésor de notre nouvelle littérature française, les Lettres de la Prison font-elles la preuve qu'un homme nouveau existe. Et cette preuve s'ajoute à celle à tous fournie par les romans soviétiques.

 

Antoine Gramsci est né à Ales, dans la région du golfe d'Oristano, en Sardaigne, le 23 janvier 1891. Sa mère, Peppina Marcias était de père et de mère sardes. Son grand-père paternel avait épousé une Italo-espagnole du sud de l'Italie. La famille Gramsci était d'origine albanaise ; en 1821, elle avait quitté l’Epire pour l'Italie au cours de la guerre de libération des Grecs contre les Turcs.

Sept enfants, quatre garçons et trois filles. Antoine est le cinquième. Le père, François, est un très modeste employé du cadastre.

La vie est difficile. Cela explique qu'Antoine, malgré sa faible constitution, son infirmité — il était bossu —, commence à travailler dès l'âge de onze ans. Mais par son intelligence, sa vivacité d'esprit, il étonne déjà les maîtres d'école de Ghilarza, un bourg de la même région de Sardaigne où la famille s'était transportée en 1897. Antoine lit beaucoup ; il fait de longues courses dans la campagne ; il élève des bêtes sauvages. Le voici au collège communal de San Lussurgiu, puis au lycée de Cagliari où il commence de sérieuses études littéraires.

Il a son baccalauréat à 19 ans. Une bourse lui permettra de suivre les cours de la Faculté des lettres de Turin. Il ne reverra plus la Sardaigne qu'au cours de rapides voyages, mais la Sardaigne l'aura aidé à comprendre ce qu'en Italie il est convenu d'appeler la « question méridionale ». La Sardaigne abandonnée par l'Etat capitaliste aura mis dans son cœur les premiers germes de rébellion contre un état social injuste.

Les années turinoises sont des années d'étude, de fatigue, de privation. Voici ce que Gramsci écrira un jour à sa sœur : « J'ai vécu, deux années hors du monde, un peu dans un rêve. J'ai vécu tout entier pour l'esprit et aucunement pour le cœur. Mais j'ai travaillé. J'ai peut-être travaillé trop, plus que mes forces ne me le permettaient. J'ai travaillé pour vivre alors que pour vivre j'aurais dû me reposer, j'aurais dû me distraire. En deux ans je n'ai peut-être jamais ri, comme je n'ai jamais pleuré. »

L'étudiant a des professeurs célèbres. Il songe à se spécialiser dans la linguistique.

Mais voici qu'à la sortie d'une leçon de droit il se met à discuter longuement avec un autre étudiant qu'il vient de rencontrer et qui se nomme Palmiro Togliatti.

Et il y a aussi ce fait-: si Rome est la capitale politique de l'Italie, si Milan en est la capitale ouvrière, Turin en est le centre industriel où travaille et milite alors la fleur du prolétariat italien. A Turin Antoine Gramsci est entré dans les rangs du parti socialiste.

1914 arrive.

La grande bourgeoisie italienne veut la guerre. Le dénommé Benito Mussolini, un démagogue romagnol, trahit le parti socialiste pour faire campagne en faveur de l'intervention de l'Italie aux côtés des impérialistes français, anglais et russes. La classe ouvrière italienne est contre la guerre. Le 19 mai 1915, les travailleurs de Turin se mettent en grève et manifestent. Charges de cavalerie. Fusillades. Un mort. La direction du parti socialiste a déjà capitulé devant les exigences des « guerrafondistes »(2). Le 24 mai 1915, l'Italie est entraînée dans la guerre. Antoine Gramsci, lui, est entré, pour le reste de sa vie, dans la bataille sociale ; il ne sera pas un linguiste distingué ; il deviendra un grand dirigeant de la classe ouvrière.

La IIe International s'est écroulée.

Mais l'esprit internationaliste est demeuré vivant au sein des classes ouvrières. Il se manifeste à Zimmerwald puis à Klenthal. Lénine expose une thèse nouvelle et hardie : « transformer la guerre impérialiste en guerre civile, renverser les gouvernements impérialistes ». Gramsci s'attache à prendre contact avec les protagonistes du mouvement ouvrier international et en premier lieu avec les bolcheviks.

La nouvelle de la révolution russe de mars 1917 est accueillie à Turin avec une joie indescriptible. Une grandiose manifestation a lieu « en l'honneur du Soviet des députés ouvriers de Petrograd ». En août 1917 les ouvriers turinois s'insurgent les armes à la main pour le pain et la paix, contre l'impérialisme et le militarisme italiens. Les combats de rue durent cinq jours. Les ouvriers, mal armés et dont les organisations avaient été affaiblies par la trahison des chefs réformistes et deux années de guerre et de réaction, sont battus. Cinq cents d'entre eux sont tués, plus de deux mille sont blessés. Après la défaite les meilleurs des survivants sont arrêtés et chassés de Turin.

Antoine Gramsci est élu secrétaire de la section socialiste de Turin. Il sera à la hauteur de cette terrible responsabilité.

Il est devenu le camarade des ouvriers turinois. Il est avec eux dans leurs luttes, il les fréquente dans leurs organisations et leurs familles. Comme le dira son ami Parodi, un magnifique militant révolutionnaire, sa manière d'écrire, de parler, est celle d'un ouvrier qui a pris conscience de la fonction historique de sa classe.

Le premier mai 1919, Gramsci, Togliatti et Terracini fondent l'hebdomadaire l'Ordine Nuovo (2). Il s'agit par le moyen de cette publication de lutter contre le réformisme des dirigeants du parti socialiste italien, de

« découvrir une tradition soviétique dans la classe ouvrière italienne, de mettre à jour le filon du véritable esprit révolutionnaire italien, véritable parce que coïncidant avec l'esprit universel de l'Internationale ouvrière, parce qu'étant le produit d'une situation historique réelle, parce que résultant d'une élaboration de la classe ouvrière elle-même... » (Antoine GRAMSCI.)

 

C'est à l'appel lancé par Gramsci dans l'Ordine Nuovo que se constituèrent dans les grandes usines de Turin les fameux conseils d'usine qui en un an organisèrent plus de 150.000 travailleurs. Les chefs syndicalistes réformistes, selon une tactique déjà classique, n'adhérèrent au mouvement — qu'ils n'acceptaient pas — que pour en limiter la portée. Ils eussent voulu que les conseils ne fussent exclusivement que des organismes de contrôle et de collaboration dans le système de production capitaliste. Gramsci intervint vigoureusement pour démontrer qu'avant d'être des organismes techniques de production, des organismes de gestion, les conseils devaient être des organismes de démocratie ouvrière par le moyen desquels les ouvriers auraient appris à gouverner — et il s'agissait bien de gouverner — non seulement l'usine, mais aussi la cité, mais aussi l'Etat, mais aussi la société tout entière. Gramsci pensait aussi à installer des conseils dans les grandes exploitations agricoles, dans les villages, dans les quartiers, dans les casernes.

Les chefs réformistes furent contre tout cela. Ils s'en prirent à Gramsci, ils s'en prirent à l'Ordine Nuovo. Ils médirent et ils calomnièrent. Gramsci ne cessa de les dénoncer. Il écrivait :

« Entre la République des Soviets et la République bourgeoise, entre la démocratie ouvrière et la démocratie libérale, les réformistes et les opportunistes choisissent la République bourgeoise, la démocratie libérale. »

 

Le parti socialiste étant littéralement paralysé par les bavards « maximalistes», les chefs syndicalistes réformistes purent assez facilement empêcher que l'expérience des conseils d'usine sortît de Turin et s'étendît au reste du pays. Turin fut isolé et ses ouvriers livrés à la vindicte des industriels, du gouvernement et de sa police. Et ce fut la grève d'avril 1920 provoquée par les patrons, grève héroïquement menée à Turin et dans le Piémont, mais dont se désintéressèrent en fait les organisations syndicales nationales et le parti socialiste lui-même. Les ouvriers furent encore battus.

En septembre 1920, les métallos de Turin occupèrent les usines abandonnées par les industriels et se mirent à les faire fonctionner. La bataille fut encore perdue et pour les mêmes raisons.

Gramsci fut de toutes ces batailles. Il y apprit beaucoup. Il s'y révéla comme un chef véritable. Les dangers montaient sur l'Italie, sur son peuple et sur la classe ouvrière. Le salut était dans la rénovation du parti socialiste ou dans la création d'un parti de type nouveau.

Dans le programme de l'Ordine Nuovo, rédigé par Antoine Gramsci, il était dit :

« Le Parti doit acquérir une figure précise, distincte : de parti parlementaire petit-bourgeois, il doit devenir le parti du prolétariat révolutionnaire luttant pour l'avènement d'une société communiste... Il doit devenir un parti homogène, cohérent, en possession d'une doctrine propre, d'une tactique, d'une discipline rigide et implacable.. »

Au IIe congrès de l'Internationale communiste (juillet 1920), Lénine déclarait que, parmi les groupes existant, dans le parti socialiste italien, celui dont les positions coïncidaient avec celles de l'Internationale était le groupe de l'Ordine Nuovo.

Le 15 janvier 1921, s'ouvrait à Livourne le XVIIe congrès du parti socialiste italien. Les communistes avec Gramsci, Togliatti et Scoccimarro se détachèrent des réformistes et des centristes qui, tout en usant de phrases révolutionnaires, étaient décidés à paralyser le mouvement des masses et à collaborer avec la bourgeoisie.

Le 21 janvier 1921, le Parti communiste italien était fondé.

A l'intérieur du jeune Parti, il fallut mener la lutte contre une droite qui tendait à la capitulation devant Mussolini et contre un extrémisme qui aurait fait du Parti une secte et l'aurait donc isolé des masses.

 

Le 23 mars 1919, Benito Mussolini qui, la guerre terminée, se trouvait sans emploi et sans argent, avait fondé, à l'instigation des gros propriétaires fonciers et avec le concours de quelques dizaines d'individus sans aveu, le premier « faisceau de combat ». Et il avait tapé sur la grosse caisse : « Nous sommes pour la République, contre la dictature... Nous donnerons satisfaction aux revendications ouvrières... Notre devise est : démocratie économique... »

En avril 1919, les locaux du journal socialiste Avanti ! sont incendiés par les hommes de main de Mussolini.

En novembre 1920, dans la salle du conseil municipal de Bologne — à majorité socialiste — un fasciste jette une bombe. Une bataille rangée éclate sur la place de l'hôtel de ville : ouvriers et paysans socialistes d'un côté, fascistes et policiers de l'autre. Ce sont ces derniers qui l'emportent. Les dirigeants du parti socialiste et de la Confédération du travail ne s'émeuvent pas, ne bougent pas. Quelques jours après, dans Bologne et sa province, les chefs syndicalistes et socialistes sont, en plein jour, agressés par les fascistes à coups de bâton et laissés pour morts sur le terrain.

La chasse aux « Rouges » est commencée. Elle gagne toute l'Italie centrale, la Vénétie julienne, l'Italie du Nord. Elle atteint l'Italie méridionale, la Sicile. Les bandits fascistes usent du bâton, du fusil, du pistolet, de l'huile de ricin, du poignard. Ils sont toujours à vingt contre un. Ils attaquent par derrière. Ils envahissent les maisons et tuent les hommes sous les yeux des mères, des femmes et des enfants. Ils violent les femmes et les jeunes filles devant les maris et les pères mis dans l'impossibilité de bouger. Ils pendent les « chefs » ; ils les traînent sur la route les pieds liés à l'arrière des camions. Ils incendient les maisons du peuple, les rédactions des journaux démocratiques, les coopératives ouvrières.

Les travailleurs essaient de réagir. Ils se défendent tant qu'ils peuvent et comme ils peuvent.

Mais ils ont aussi contre eux la police ; ils ont contre eux le gouvernement et le roi ; ils ont contre eux les gros fermiers et les grands propriétaires fonciers et ces industriels qui ne cessent de les provoquer et qui ont vite compris que Benito Mussolini est l'homme de main qu'il leur faut et qu'il est de leur intérêt, sinon de celui du pays, de lui fournir tous les subsides dont il aura besoin.

Ils ont aussi contre eux les chefs réformistes de la Confédération du travail, les chefs socialistes qui ne se sont jamais souciés d'élever le niveau idéologique de la classe ouvrière, qui ont mésestimé les premiers attentats fascistes, qui n'ont pas su organiser, dès le premier moment, la grande riposte populaire, qui n'ont pas voulu qu'on réponde coup pour coup à chaque attentat. Ces chefs en effet estiment qu'on ne doit pas répondre par la violence à la violence. Dans une Italie déjà couverte d'incendies et de crimes et à moitié terrorisée, ils font circuler cet étrange mot d'ordre : « Les flèches ne peuvent atteindre les étoiles » ou celui-ci : « La force ne pourra vaincre l'esprit. » Aux travailleurs d'Andria, dans les Pouilles, qui lui écrivent pour lui demander ce qu'ils doivent faire en face des violences fascistes, Filippo Turati, le grand patron du socialisme italien, répond : «Soyez bons ; soyez saints ; soyez vils.» Ces mêmes chefs socialistes, si pénétrés d'esprit évangélique lorsqu'il s'agit de défendre la démocratie, signent durant l'été de 1921 un « pacte de pacification » avec les chefs fascistes; ce « pacte », qui est bien dans la tradition de la social-démocratie, discrédite quelque peu, mais pas assez les dirigeants socialistes, désarme plus encore la classe ouvrière et permet aux fascistes d'intensifier leurs attentats.

Les travailleurs italiens se battent donc seuls et isolés, guidés qu'ils sont par leur conscience de classe.

Le Parti communiste, fondé le 21 janvier 1921, est jeune et agité de tendances contradictoires. Il est dirigé par Bordiga qui n'a pas confiance dans les masses et qui dénie au Parti la capacité de faire l'histoire, de transformer la société. Bordiga ne croit qu'aux élites, il ne fait confiance qu'aux « purs ». Aussi lorsque sort du peuple des villes et des campagnes le mouvement des « Arditi del Popolo », rassemblant des sans parti, des catholiques, des socialistes, des communistes, des démocrates qui se donnent pour but de lutter ensemble par tous les moyens contre le fascisme et ses séides, Bordiga ordonne-t-il aux communistes de s'en retirer sous peine d'expulsion et de se constituer en « squadre » communistes ! C'était là faire preuve d'un sectarisme criminel. C'était là méconnaître et mépriser l'indication de Lénine et de l'Internationale communiste : Front unique ouvrier contre l'offensive fasciste ! Reconstitution de l'unité de la classe ouvrière ! Accord et action commune avec les socialistes ! Faut-il dire que Gramsci a compris l'importance des Arditi del Popolo, et qu'il faut les encourager et leur donner une direction ? Faut-il dire que Gramsci ne cesse de dénoncer la mesure prise par Bordiga ? qu'il ne cessera jamais de préconiser l'unité de la classe ouvrière et l'union de tous les antifascistes, à quelque catégorie sociale qu'ils appartiennent ? A la classe ouvrière, il faut des alliés.

Un jour les chefs réformistes eux-mêmes, poussés par les masses, consentent à la réalisation de cette union par le moyen de toutes les organisations syndicales. Mais à la création de l'Alleanza del Lavoro ils ne consentent que du bout des lèvres. Lorsque, en août 1922, les socialistes qui ont la majorité dans la direction de l’Alleanza del Lavoro se voient obligés, après mille hésitations, de proclamer la grève générale — ce sera pour se retirer aussitôt et retirer leurs troupes de la grève. Grâce à leurs trahisons répétées le fascisme avait la voie libre.

Le 28 octobre 1922, Benito Mussolini, appelé par le petit roi Victor-Emmanuel, accomplissait en wagon-lit sa «glorieuse marche sur Rome ».

 

1 ) Ecrit sous la potence

2 ) Partisans de la guerre à fond, de la guerre à outrance

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 12:46

Dès la parution du livre de Robert O. Paxton, Le temps des chemises vertes, Révolte paysannes et fascisme rural 1929-1939, Le Seuil, 1996, j’ai été frappé par l’observation ci-dessous au sujet d’Henry Dorgères dont il étudie le parcours. Etait-il un fasciste ? Et Robert O. Paxton répond avec minutie, suivant les périodes et à partir des faits. Cependant cette observation globale nous renvoie à des phénomènes plus généraux. Il a fallu attendre des décennies pour qu’enfin une étude soit faite sur les révoltes des paysans pendant la Révolution française et c’est d’abord un historien soviétique qui s’est livré à cette tâche, Anatoli Ado, mais ce monument n’a pas trouvé d’éditeur. Il a fallu que la Société d’Etudes Robespierristes prenne le taureau par les cornes en 1996. JPD

PS : J’inclus l’oubli qui entoure Renaud Jean dans le même phénomène.

 

« Impossible de ne pas poser la question du « fascisme rural » d'un Dorgères (1). C'est la crise agricole qui avait donné à Mussolini ses premiers alliés vraiment puissants, et qui avait permis à Hitler de remporter ses premiers succès électoraux. Une fois bien implantés dans le monde paysan, les deux apprentis dictateurs avaient été en mesure de convaincre d'influents dirigeants de la droite qu'ils étaient des forces dont on ne pouvait se passer, et qu'il fallait donc courtiser, défendre contre l'État chaque fois qu'il essayait de leur opposer la loi, et finalement faire entrer au gouvernement quand il ne leur serait plus possible de gouverner seuls. On ne comprendra jamais la façon dont le fascisme a pu arriver au pouvoir en Italie, et le nazisme en Allemagne, sans prendre en compte leurs succès initiaux dans le monde paysan.

Aucune étude sur les succès et les échecs du fascisme en France ne peut donc négliger les campagnes. Par une curieuse lacune de l'imagination, aucun historien n'a jamais pris comme objet d'enquête le fascisme rural français. Les très nombreux travaux sur le fascisme en France traitent tous, sans aucune exception, des mouvements urbains et de ces citadins que sont les intellectuels. Tout se passe comme si les historiens ne pouvaient s'empêcher de surévaluer le rôle des gens qui leur ressemblent, sans trop s'attarder non plus aux comparaisons avec les autres pays. Pourtant, si c'est la crise agricole qui a donné au fascisme ses premiers bastions dans le reste de l'Europe, impossible ses d'apprécier les forces et faiblesses du fascisme à la française sans regarder aussi les campagnes.

Dans le cas français, il est d'autant plus indispensable d'étudier la dimension agricole du problème que la France avait une proportion d'agriculteurs supérieure à celle des autres grandes puissances européennes. Le pays comptait encore 50 % de paysans, et aucun gouvernement ne pouvait survivre sans le soutien d'une partie importante de cette population agricole et aucun nouveau régime n'aurait pu être instauré sans le consentement des paysans. La République ne s'était vraiment installée en France que du jour où elle s'était implantée dans les villages. Le fascisme, à son tour, allait-il s'implanter dans les villages français des années 30 ? Et peut-on parler de « fascisme au village» dans le cas français ? »

Robert O. Paxton

 

Note JPD : Dorgères était le chef des chemises vertes qui organisèrent des luttes paysannes aix tendances fascistes.

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