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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 14:25

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Comme nous l’avaient indiqué Jacques Desmarais (voici un mois jour pour jour) et les Québécois présents au Marathon des Mots de Toulouse, le premier ministre Charest vient de fixer les prochaines élections au 4 septembre (nos amis tablaient plutôt sur le 11 septembre). Hasard du calendrier : le lancement de la campagne électorale coïncide avec la date de la centième manifestation. Le quotidien, Le Devoir, vient de rendre compte de cette manif avec le nom d’un seul homme politique, Amir Khadir. Les urnes vont-elles effacer les manifs ? Les urnes vont-elles confirmer le pouvoir de Charest ? Des incertitudes que nous allons suivre.  JPD

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-printemps-quebecois-a-toulouse-107646216.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-quebec-a-la-veille-d-elections-107646085.html

 

100e manifestation nocturne à Montréal - Place aux casseroles électorales

Valérian Mazataud   2 août 2012  Élections 2012

Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir

Plusieurs milliers de personnes ont ressorti hier casseroles et carrés rouges à Montréal, soulignant bruyamment le début de la campagne électorale.

Pour la première fois depuis plus de cinq semaines, les rues de Montréal ont à nouveau résonné du tintamarre des casseroles et des slogans, alors que le jour du déclenchement des élections coïncidait avec la centième manifestation nocturne.

Le mot d’ordre était lancé depuis plusieurs heures dans les réseaux sociaux. Déjà les mots clics #manifencours et #casserolesencours piaffaient d’impatience sur Twitter. Pour cette centième manifestation nocturne, et ce premier jour de la campagne électorale, ils seraient nombreux, et ils seraient armés… de leurs fidèles casseroles, prêts à revivre les grandes heures de la contestation du printemps dernier.

Dès 19 h, les plus motivées des casseroles, accompagnées de leurs manifestants, battaient le pavé et la mesure à l’angle de Saint-Denis et de Maisonneuve. 19 h 15 et la troupe de quelques dizaines de marcheurs se met en branle, vite rejointe par des étudiants poussant un cube rouge géant. Quelques minutes plus tard, dans Hochelaga-Maisonneuve, un groupe similaire se met en route le long de la rue Ontario, direction place Émilie-Gamelin.

Le long de Saint-Denis, la troupe prend de l’embonpoint à chaque coin de rue. Parfois c’est un père et son fils, équipés d’un presto et d’une spatule, parfois c’est un véritable contingent de plus de cent personnes posté à l’angle de la rue Beaubien.

Métro Rosemont, un groupe plus large encore se joint aux autres. Une arrestation y provoque une brève altercation entre quelques grappes de manifestants et des policiers visiblement dépassés. Un manifestant a ensuite été blessé lorsqu’il a été heurté par une automobile à l’intersection Saint-Denis et Laurier, ont indiqué divers médias. Le conducteur ne s’est pas arrêté.

 

Charnière

« Je ne pense pas que ce soit de la nostalgie de sortir ses casseroles ce soir. Au contraire, c’est le début de quelque chose de nouveau », estime Catherine Elly, une résidante du quartier de La Petite-Patrie. « C’est un moment charnière », ajoute son voisin Frédéric Thériault, dont la cuiller en bois fêlée semble déjà avoir vécu quelques batailles.

Quelques coins de rue plus loin, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, rejoint le cortège. Que la centième tombe le jour du déclenchement des élections semble un signe du destin pour le député de Mercier, « le destin de M. Charest », précise-t-il. « Vivement les élections, alors que la campagne débute dans une telle ambiance de fête. […] Le Québec est prêt pour une métamorphose, et ça ne viendra pas uniquement des élections, mais aussi des manifestations. »

Pour d’autres cependant, il est important de recentrer le débat : « On n’est pas là pour faire tomber Jean Charest, on est là pour demander la gratuite scolaire », rappelle Catherine Brown, heureuse de manifester à nouveau après une longue pause.

Pour Jaggi Singh, un organisateur communautaire et activiste politique bien connu de Montréal, les élections ne doivent pas distraire les manifestants des véritables enjeux, qui sont la gratuité scolaire, mais au-delà, la remise en question du système néolibéral dans son ensemble. « Il ne faut pas tomber dans le piège des élections, le mouvement est dans la rue, dans la communauté [il ne passe] pas par les urnes. »

À 21 h, c’est une foule de plusieurs milliers de personnes qui atteint la place Émilie-Gamelin, alors que la nuit est déjà noire. Les manifestants choisissent de se diriger vers le sud, alors que le Service de police de la Ville de Montréal déclare la manifestation illégale, mais tolérée en l’absence d’actes criminels. Elle prévient cependant sur son fil Twitter : « L’utilisation de fusils à eau envers les policiers ne sera pas tolérée et passible d’accusations criminelles »…

 

Vives tensions

Les tensions ont été parfois vives entre les manifestants et les policiers qui ont utilisé des gaz irritants, ainsi que des bombes assourdissantes et tenté de contenir la foule à divers moments. D'ailleurs, les forces de l'ordre étaient parfois discrètes, mais tout de même nombreuses.

Vers 22h30, les policiers ont ordonné la dispersion de la foule, mais les manifestants ont continué à déambuler dans les rues du centre-ville, la quasi totalité de façon pacifique.

Les policiers ont dû intervenir après que des manifestants eurent tenté de construire une barricade de fortune sur la rue Sainte-Catherine, où se tenait le 12e festival Mode et Design de Montréal.

L'importance de la manifestation a contraint le Service de Transport de Montréal à avertir ses usagers que certaines lignes pouvaient être perturbées.

Certaines personnes s'étaient déguisées pour se moquer du règlement anti-masque adopté par la ville de Montréal. L'une d'entre elles avait opté pour un déguisement de... lapin. La plus connue de toutes ces mascottes, l'Anarchopanda pour la gratuité scolaire, était également présente.

Une personne, qui ne participait à la manifestation a également été blessée. Atteint par un projectile, l'homme saignait du visage.

Le SPVM a dispersé la foule sur Saint-Catherine Est peu après minuit. Le compte Twitter du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a indiqué la fin de la manifestation par la suite. Au moins une quinzaine d’arrestations ont été effectuées, pour utilisation de pièces pyrotechniques, pour méfaits et pour avoir lancé des projectiles aux policiers, a indiqué le SPVM.

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 14:20

L’an dernier c’était La Belle Hélène :

http://la-brochure.over-blog.com/article-bruniquel-et-offenbach-80707060.html

D'une femme, on passe à une autre.  Cette année la pièce retenue pour le Festival de Bruniquel, c’est la Périchole. Un dépaysement au Pérou qui ne peut masquer les allusions à l’actualité de la pièce, en 1868. D’ailleurs comme chaque fois le chef d’orchestre, Jean-Christophe Keck, un grand connaisseur d’Offenbach, fera un peu de pédagogie pendant le dernier changement de décors : la chanson qui structure la pièce, il grandira, il grandira, il grandira car il est espagnol fait référence à l’impératrice de l’époque qui était espagnole et prenait de plus en plus de pouvoir ; quelques traits caractéristiques du vice roi du Pérou ressemblaient étrangement à ceux de Napoléon III, comme le désir de se masquer et de chercher de belles jeunes femmes. Pouvait-on lire dans cette pièce l’annonce d’une fin d’Empire ? Le prisonnier qui sort de sa malle où il est depuis douze ans ajoute aux parallèles.

 

Mais laissons ces considérations pour en revenir à l’art dont le héros dit dans la pièce, qu’au moins lui n’a pas faim, comme c’est le cas des deux pauvres artistes populaires au cœur de l’opéra bouffe.

L’art commence par l’immense marionnettiste sur échasses qui fait des premiers acteurs, des nains. Avouez tout de même que, débuter avec un roi manipulé par les fils d’un tel artiste, ce n’est pas commun quand le pays est sous les ordres d’un empereur !

L’art populaire continue avec les chanteurs de rue, avec le carnaval, avec cette fête qui peut prendre place grâce au vaste cadre du lieu, et à l’appel répété fait, par le maître d’œuvre Franck T’Hézan, à des acteurs bénévoles du village ou des environs. Le choix de l’opérette permet l’introduction y compris d’enfants en grand nombre, ce qui donne au spectacle un côté encore plus émouvant. La direction artistique n’en est pas simplifiée mais le résultat est toujours là : un soutien massif du public.

 

L’intrigue est faite de rebondissements assez faciles où les masques et le vin font la joie de l’ensemble, une joie renforcée par les couleurs magnifiques des costumes et des perruques.

 

Le peuple sort vainqueur de l’affaire tandis que les autorités ne sont pas très à l’honneur à cause de leur hypocrisie, de leur puissance mal placée, de leur corruption, toutes choses communes à travers l’histoire.

 

L’important groupe de musicien et les voix des artistes rendent l’ensemble féérique.

Nous n’étions pas assez bien placés pour pouvoir, comme l’an dernier, offrir quelques photos du spectacle mais quel bon moment. Jean-Paul Damaggio

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 14:26

Je viens de m’offrir une relecture de Sabotage Olympique où Vazquez Montalban s’est offert un feuilleton en direct pendant les J.O. de Barcelone en 1992. El Pais et la Stampa ont publié en parallèle aux J.O. officiels les J.O. absurdes tels que les a vécus contre son gré Pepe Carvalho. Pour la première fois le détective reconnaît qu’il n’est plus maître de son sort, un sort qui petit à petit lui échappera jusqu’à ce qu’il ne trouve de repos que dans une prison de Barcelone.

En 1992 Manolo-Pepe s’était promis de rester enfermé chez lui pendant les J.O. mais voilà, deux quotidiens l’invitent à réagir : peut-il refuser de donner sa version des jeux ? Il va donc appeler au secours son cher Pepe. Il est sorti de chez lui par les autorités des J.O. afin de partir en quête de disparus et d’éclaircissements au sujet de record plus que louches. Dans ce livre, Vazquez Montalban signe un retour à l’écriture subnormale que j’appelle sous-réaliste. Le grand Samaranch va être enlevé dans un univers loufoque où Bush persiste à confondre Barcelone et Badgad qu’il souhaite bombarder.

 

Vingt ans après ce n’est pas la guerre de Yougoslavie qui fait rage mais celle de Syrie et dans les deux cas nous sommes sommés de choisir entre la peste et le choléra. Depuis que la guerre froide est congelée, les guerres sont là de plus belle mais pas belles, pas belles….

 

Entre le feuilleton, et le roman publié ensuite, il y a bien sûr quelques ajustements. Ce feuilleton, je le lisais alors dans la Stampa d’où ma surprise quand page 23 de la version française je découvre l’expression : « socialisme royal » alors que côté italien Hado Lyria avait bien traduit : « socialismo reale ». En espagnol royal et réel, c’est le même mot… mais je penche plutôt pour le fameux « socialisme réel ».

 

Le hasard fait qu’aujourd’hui Gore Vidal vient de mourir et vous me direz : quel rapport avec Montalban ? En 2001, l’écrivain catalan a préfacé un recueil d’articles de Gore Vidal publié sous le titre : Patria et Imperio. « L’écriture de l’exil intérieur » nous indique en titre MVM qui pour sa présentation s’appuie sur les écrits de son complice de toujours José Maria Valverde. Gore Vidal le provocateur, Gore Vidal le critique de la société des USA, Gore Vidal l’écrivain ? Gore Vidal l’amant de Jack Kerouac ? En fait Vazquez Montalban semble trouver chez l’écrivain nord-américain un cas de rébellion qui, même s’il n’est pas toujours d’accord avec lui, mérite largement de vivre. Et moi, je sais très bien que cet écrivain typiquement nord-américain était tout autant un Italien… Jean-Paul Damaggio

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:46

slimane-telerama.jpg

 

J’étais, dans mon hamac, en train de lire Sabotage olympique de Vazquez Montalban, quand Marie-France m’a alerté : Slimane Azem est en Une de Télérama. Luc Desbenoit a fait un bel article estival. Le film de Samia Chala et  le travail de Mouss et Hakim est à l’honneur. C’est génial. Le parcours des retrouvailles affichées entre Moissac et le chanteur kabyle est parfaitement émouvant. Je retiens deux moments fabuleux : « Kader Selam né à Moissac en 1974 aurait pu découvrir très vite la notoriété d’Azem. Il lui aurait suffi d’en parler à sa mère, venue d’Algérie avec son mari, un ouvrier agricole aujourd’hui décédé. Elle savait. Forcément. "Je n’y ai même pas pensé. Mais quad j’ai compris l’immense talent de ce monsieur, j’ai vraiment eu l’impression d’être tombé sur un trésor enfoui. "»

Slimane Azem est mort en 1983, Kader avait presque dix ans mais il ne savait pas.

Autre moment fabuleux, quand Jean-Paul Nunzi est interrogé. Maire depuis 1983 : « C'est dire s’il connaît ses Moissagais. Et pourtant, il n’en revient pas : la veille, il a découvert les résultats stupéfiants du second tour des élections législatives. Le Front national recueille 44% des voix ! » « Je suis navré de voir désormais des jeunes filles éduquées, que je connais depuis toutes petites, être mariées de force avec un cousin analphabète du bled. Avant je célébrais beaucoup de mariages mixtes…» Slimane, que s’est-il passé ? C’est la première fois que je lis Jean-Paul Nunzi affirmant ce massacre : le mariage forcé…

 

Peut-être, et pourtant je suis un piètre puriste, une observation sur un mot : l’exil ! « Un adolescent arraché à sa terre en 1937 [il avait 19 ans] pour subvenir aux besoins de sa famille, l’exil, ses déboires en France… » En 1937, l’Algérie c’est la France et en fait, le voyage d’Alger à Paris, c’est au mieux une immigration intérieure. Le temps de l’exil viendra plus tard… au moment de l’indépendance quand l’Algérie refusera à Slimane le droit de revenir dans son pays. Contre son gré, Azem passera du statut d’émigré à celui d’exilé et cette originalité témoigne des pires malentendus entre les deux pays, malentendus qui s’aggravent quand on se souvient du cas Kabyle.

 

Il m’est arrivé d’écrire une brochure sur Slimane Azem où j’aurais aimé rassembler la mémoire locale sur le chanteur qui, de Montauban à Moissac, a encore d'anciennes connaissances. Je me suis contenté d’une présentation basique et, même si elle a eu peu de succès, je garde le témoignage de cette personne, amie du chanteur, qui dernièrement me disait son émotion en la lisant. Je souhaitais rompre les barrières entre d’un côté l’univers kabyle où Slimane est en effet très célébré, et celui du quotidien local où il est très oublié. J’y célèbre un journaliste de La Dépêche sans que le journal ai jugé utile de présenter la brochure, et quant à la Maison de la Presse, elle n’a pas eu besoin de la caser dans un coin caché du magasin…

 

Slimane Azem est sur les rayons des disquaires, un CD vient se sortir et qui reprend tes chansons les plus célèbres alors vive la poésie. JPD

Quelques liens parmi d'autres :

 

http://la-brochure.over-blog.com/article-24402771.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-21495457.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-20240686.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-slimane-moissac-le-peuple-en-chansons-42554544.html


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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 22:06

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Le 17 avril 1934 Paris Match se définit comme le plus grand hebdomadaire sportif et il consacre un bel article à Mussolini. Je vous l’offre pour vous aider à digérer les futures festivités. Oui, j’aime le sport mais il y a sport et sport. Des J.O on retient souvent le cas de 1936 à Berlin. Alors il faut reconnaître le cas de l’échec des J O alternatifs de Barcelone. Il n’y a pas d’alternatives aux J.O. même quand on aime le sport. Vous saisissez ?

1934, après dix ans de fascisme, le régime italien est le « système politique, éthique et social » qui fait un beau modèle. Tout est faux dans cet article : c’est du dopage garanti ! Je l’affirme clairement : le fascisme d’aujourd’hui se cache beaucoup plus dans les J.O. (dans certains aspects des J.O.) que dans les discours de Marine Le Pen.

Je vais attendre la fin des J.O. avant de reprendre mes activités de blogueur.

JP Damaggio

 

 

"Giovanezza Giovanezza, Primavera di bellizza ! »

(Jeunesse, jeunesse ! Printemps de beauté.)

TEL est le refrain de l'hymne enthousiaste qui retentit à toute occasion dans tous les coins de l'Italie nouvelle, refrain que des foules ivres d'orgueil et de reconnaissance viennent clamer sous les fenêtres du Palais de Venise quand elles souhaitent y voir apparaître leur Duce, car elles savent bien que ce chant est celui que Mussolini préfère, celui qui synthétise un système politique, éthique et social, par lequel il façonne à son gré, au triple point de vue physique, viril et moral, sa jeunesse, sa relève de demain, jeunesse qu'il aime et qu'il- surveille avec un intérêt passionné.

*

Mussolini sportif ? Oui, certes, car rien de ce qui touche à l'éducation physique et sportive ne le laisse indifférent : Balillas, oeuvre grandiose qu'animent près de quatre millions d'adolescents disciplinés et ardents ; Dopolavoro, pour les loisirs des travailleurs ; Sociétés variées de gymnastique et de sport : Palestres, Campi Sportivi, Colonies de vacances, etc., le Duce ne cesse de stimuler et d'encourager de mille manières ces créations diverses, mais il fait mieux encore : il paie d'exemple. Ah ! sans doute, n'a-t-il pas la prétention d'être un champion, mais qu'importe ? il pratique. Comment, en effet, oser prôner les bienfaits du grand air, de la vie musculaire, de la sobriété, lorsque l'on est soi-même un sédentaire endurci, un inactif, un intempérant ? Faites à ce propos votre mea culpa, « dirigeants » de notre pays, et ne vous étonnez pas d'être parfois si peu ou si mal suivis, vous qui méconnaissez trop souvent cette vertu souveraine : l'exemple. Fils d'un humble forgeron de la Romagne, Mussolini a-t-il dans le sang un amour atavique pour les rudes métiers manuels ?

On peut le croire, en le voyant souvent, au cours de ses inspections de «capo del governo », et avec une joie qui n'est point ostentatoire, battre encore l'enclume ou saisir le manche de la charrue. Mais Mussolini éprouve aussi le besoin d'équilibrer, de compenser son immense labeur cérébral par une salutaire dépense d'énergie physique.

*

Quels sont ses sports de prédilection ? Tous et aucun. Cela dépend des circonstances, de l'humeur du moment. Il est parfaitement éclectique : l'été, la natation ; l'hiver, le ski ; souvent aussi de rapides marches en extension le long de quelque grève balayée par les vents du large ; parfois encore, ce sont de grandes bolées d'oxygène, aspirées à toute vitesse, dans une randonnée faite à motocyclette..: D'instinct et très justement, Mussolini devine que pour un homme ayant dépassé, comme lui, la cinquantaine, ce qui importe avant tout, en matière d'entretien physique, c'est de « produire du travail » — au sens mécanique du terme — en utilisant des activités dérivant autant que possible d'exercices naturels de déplacement.

Dans le cours ordinaire de son existence, levé dès six heures quotidiennement, dans les jardins de la villa Torlonia, son habitation romaine, le Duce se livre de bonne heure à quelque pratique gymnique. Très fréquemment, il monte à cheval. Vigoureux cavalier, il aborde hardiment les gros obstacles.

Puis, il se rend au Palais de Venise qu'il ne quitte plus guère jusqu'au soir, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'il y est fort occupé.

On m'affirmait récemment, en Italie, que Mussolini avait une habitude parfaitement hygiénique, rentrant dans le cadre de la vie; physique : il déjeune à midi, dans son bureau même, de quelques fruits seulement, et il s'accorde alors une heure de repos et de complet isolement. Vie intense, mais vie simple et bien rythmée. Vie féconde.

D. Strohl.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:07

C’est ainsi, on cherche une chose et on tombe sur une autre. Voilà comment je retrouve un texte de novembre 1987 qui m’a servi de base pour une intervention à une Assemblée de l’I.E.O. à Nîmes. J’ai en effet été membre de l’Institut d’Estudis Occitans pendant au moins quinze ans et il m’est arrivé d’en être, au Conseil d’administration, le responsable du secteur informatique, mais seulement trois ans. D’où l’idée de présenter en Assemblée générale un texte non pas technique, mais politique, sur la question des liens à inventer entre l’informatique et l’occitanie, technologie qui en ces années là commençait à occuper les esprits.

Je n’étais destiné ni à être membre de l’I.E.O. ni à être un pionnier en informatique. Etrangement c’est mon métier d’instituteur qui m’a poussé dans ces deux directions par l’ami Serbat d’abord, premier conseiller pédagogique d’occitan en France (à ses frais pour les milliers de km parcourus), et par l’ami Brand, parent d’élève qui dès 1984 me mit face à un autre instit, Monsieur Pizzuto qui m’a converti à l’usage de l’ordinateur. Ainsi, du TO7, je suis entré dans le monde d’Amstrad, un ordinateur qui faisait traitement de texte et qui m’a permis de publier à moindre frais et peu d’exemplaires, mes premiers écrits.

 

Comment en arriver à un texte aussi fou qu’Occitique et Informanie ? J’avoue que je ne sais trop ! En 1987 nous avions d’un côté les fanas d’ordinateurs qui parlaient entre eux un langage d’experts, et de l’autre des fanas d’occitanie qui parlaient entre eux un langage d’experts. D’accord, il ne s’agissait pas de la même expertise ! J’ai voulu montrer qu’il n’y avait rien de plus occitaniste qu’un CERTAIN usage du micro-ordinateur même si pour faire les accents occitans ce n’était pas de la tarte.

 

A relire ce texte, j’ai un regret et une satisfaction. Un regret car ce brin de folie je ne l’ai pas assez cultivé (même si en 2012 je me suis retrouvé candidat atypique à une législative). Une satisfaction car c’était la voie à suivre même si elle ne pouvait pas être suivie.

 

Que projeter dans le monde futur, de cette langue du peuple, de cette culture qui va avec, de cette humanité en perdition, je veux dire la paysannerie encore occitanophone ? L’histoire l’a montré : hier la langue d’oc pouvait servir Vichy ; aujourd’hui elle peut servir le pouvoir des Conseils régionaux (ou autre collectivité politique) en apportant une touche locale à la machine à conformisme que représente leurs dépliants publicitaires (qu’ils appellent journaux d’information) !

Je rêvais de cette autre dimension que l’histoire confirme tout autant (mais beaucoup moins les historiens officiels) où la langue d’oc était la porte d’entrée dans l’univers concret de la révolte. Et cette langue, cette disposition d’esprit qui va avec, pouvait dire au monde, avec l’aide de technologies conçues contre l’ordre majoritaire, que la vie était demain encore à la parole désaxée.

 

Il n’y aura de sortie des impasses actuelles que si se tissent des alliances imprévues, imprévisibles et imprévoyantes. Alliances qui n’ont rien à espérer du côté des religieux, des normalisés et des esprits rangés. Même si, de temps en temps, une messe en occitan ne fait de mal à personne.

 

Aujourd’hui je ne sais si facebook fait des ravages chez les occitanistes mais je sais par contre que l’idéologie qui est derrière, n’a rien à voir avec celle des inventeurs de la micro-informatique. Là comme partout, les marchands tiennent le haut du pavé, et les noms en occitan sont bons pour le marché. Mais l’histoire ne s’arrête pas. Le temps des producteurs reviendra, le seul capable d’envoyer au tapis des marchands sans scrupules. En quelle langue produire demain ? En spanglish ? Parmi les forces de frappe de l’occitan il y avait cette capacité à être au carrefour de l’italien et de l’espagnol, ce dernier étant au carrefour de l’arabe et du latin. Si hier il y a eu des révolutions, demain nous aurons des carrefours, à la sortie de l’autoroute de l’inévitable, sur laquelle nous roulons à perdre haleine.

Jean-Paul Damaggio

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:05

Intervention à l’AG de l’IEO 1987 à Nîmes

 

J'en conviens, il n'est pas habituel dans une A.G. de l'IEO d'avoir entre les mains un texte qui commence par une photo de la Une du célèbre magazine américain TIME (1). Et pourtant !

En ce mois d'Octobre 1974, c'est, Jerry Brown qui fait la une du TIME. Qui est-il ? Le gouverneur de Californie. Son prédécesseur s'appelait Ronald Reagan et il s'était rendu célèbre en emprisonnant Angela Davis. Jerry Brown est lui, l'image de la nouvelle Californie, celle qui va inventer le micro-ordinateur. Il n'est pas élu par hasard en cette année 1974. Au même moment en France, la vague occitane est à son maximum et en Espagne Franco attend la mort tandis qu'au Portugal, des militaires bousculent bien des principes. Voilà d'étranges repères pour une étrange aventure (repères de brigands ?).

En Californie, un dynamisme incompréhensible pour les Européens va produire en 1975 le premier micro-ordinateur L'ALTAIR. Douze ans seulement, et déjà une légende ! Cette invention doit attirer l'attention d'un occitaniste, et nous essaierons de voir pourquoi dans la deuxième partie. Essayons simplement de suivie la chronologie.

 

Chronologie de l’invention du micro-ordinateur

Avant les années 1970, la technologie informatique, c'est le centralisme (ne parle-t-on pas d'unité centrale !). Ce centralisme provient sans doute de l'origine militaire de cette technologie. Et le roi IBM s'y sent bien. Des "radicaux" n'admettent pas cette situation. Ils se battent contre la guerre au Vietnam, ils vivent dans le milieu de Berkeley, ils se retrouvent avec des écologistes, des amateurs de musique rock ou électronique, ils mangent des plats végétariens (avec parfois quelques champignons hallucinogènes), et ils veulent mettre la technique au service du peuple. Démocratiser l'accès à l'information, donc lutter contre le secret envahissant. Voilà le point de départ. Ils travaillaient avec des vieux IBM pour lutter contre IBM. Non seulement ils voulaient mettre la technique au service du peuple mais créer une technique alternative pour que le peuple se serve de la technique informatique. Leur radicalisme apparaît dans les noms de groupe qu'ils se donnent Kentucky Fried Computer (en référence à Kentucky Fried Chicken) ou Itty-Bitty Machine Compagny (IBM). Un autre groupe prend un emblème qui rappelle celui de la compagnie de disques des Beatles, la pomme (Apple). Bref, dans un garage, dit la légende, ils inventent le micro-ordinateur.

Et comme tout se tient, à la tête de l'Etat de Californie se trouve un jeune du Parti Démocrate qui soutient ces farfelus. En quelques années c'est la fortune. En retour, les nouveaux héros, décident de financer deux gigantesques festivals rock en 1982 et 1983. De son côté IBM, se rallie, après bien des sarcasmes, au micro-ordinateur en 1981, en sortant sa propre machine.

Une nouvelle période s'ouvre. D'un côté la question de la technique micro-informatique va devenir le terrain d'une bataille économique sans merci (fini, les farfelus, et au rencart les festivals rock), et de l'autre un nouveau champ d'invention s'ouvre du côté de l'intelligence artificielle. Ce bref descriptif ne peut se lire comme un éloge de la société américaine. La Silicon Valley n'est pas un paradis pour farfelus utopistes. Des hommes y deviennent des loques. Simplement, dans notre pays on croit trop que ce qui s'invente, vient des grands groupes industriels, qui sont les plus forts, qui ont le plus d'appuis et le plus de moyens. Au sein du capitalisme, il y a distribution des tâches, et pour les travaux à haut- risques, les gros se déchargent sur les petits pour leur laisser les échecs et valider leurs bénéfices (des gros) et les réussites.

La question culturelle

Des "cultures minoritaires" comme celle des "radicaux" peuvent de par leurs positions, provoquer des ruptures considérables. Mais pour cela, une des tâches à accomplir est la destruction de barrières. Chaque pays a ses barrières internes. Le principe du ghetto urbain est tout à fait américain. Harlem est séparé du reste de New York presque autant que Berlin Est de Berlin Ouest (quelle comparaison !). Little Italy est un monde spécifique. Jusqu'à présent dans nos villes les populations s'étaient fondues. Les 50.000 italiens de Marseille (sur 350.000 habitants) vers la fin du XIX éme siècle ne formèrent pas leur ghetto permanent (ils subirent cependant le racisme). Par contre la France est connue pour d'autres cloisonnements entre scientifiques et littéraires par exemple. Mais aussi au sein même des scientifiques entre matheux et physiciens. Développer l'informatique a supposé la collaboration étroite entre physiciens et mathématiciens, donc la fin de barrières internes aux scientifiques mais aussi la remise en cause des barrières littéraires-informatiques.

 

La question politique

Il ne faut pas négliger la question politique. Vraisemblablement, sans l'aide de Jerry Brown, la micro-informatique aurait tout de même réussi sa percée, pourtant il ne faut pas voir le développement technique comme une logique parfaite. Il y a toujours dans tous les domaines de la vie humaine des CHOIX possibles. Aujourd'hui, beaucoup d'hommes politiques français l'oublient et répètent sans cesse que compte-tenu du contexte, ils ne peuvent faire que ce qu'ils font. Donc, saisissons bien cet ensemble, économique, culturel et politique quand nous en voyons les conséquences en 1987.

 

LA MUSIQUE

« Le siècle d'or des automates fut sans conteste le XVIII éme siècle où, entre autres artisans renommés, Jacques de Vaucanson (1709-1782) en France, et les frères Jacquet-Droz Pierre (1721-1790) et Henri-Louis (1752-1791) en Suisse, réalisèrent des prodiges. Le joueur de flûte de Vaucanson jouait grâce à un dispositif pneumatique et mécanique, douze morceaux différents.... De tels automates (boîtes à musique et orgues de barbarie) sont des ancêtres de l'informatique. Il n'y a donc pas à s'étonner si les musiciens utilisèrent les premiers l'ordinateur pour créer leur musique. Bien entendu, une belle boîte à musique est une machine avant d'être une musique mais nous allons retrouver sur un autre terrain le rapport musique/informatique. Seymour Papert nous en donne l'occasion. Cet américain, vécut longtemps en Europe avant de revenir dans son pays pour y travailler dans le milieu informatique à la mise au point du langage Logo (2). Ce langage, dans sa logique est complètement différent du langage Basic par exemple (le premier est dialectique et l’autre linéaire). Puis Seymour Papert partit un jour pour Rio, au Brésil où il fit une découverte nouvelle qu'il exprime ainsi quand aux méthodes d’apprentissage :

"L'école de Samba, même si elle n'est pas reportable telle quelle, présente un ensemble de caractéristiques que tout environnement d'apprentissage devrait et pourrait avoir. Apprendre n'y est pas dissocié du réel. L'école de Samba a un but et, si l'on apprend, c'est pour participer à ce but [le carnaval]. Le novice n'y est pas tenu à l'écart du spécialiste, et le spécialiste lui aussi apprend. Le milieu Logo rappelle l'école de Samba sur certains points, il en diffère sur d'autres.) »

Ce rapprochement entre une pratique traditionnelle, l'Ecole de Samba, et un langage informatique est étonnante. Il vise à montrer :

- que le savoir n'est pas que du côté de celui qui croit savoir, du côté du spécialiste,

- que le savoir doit pour être efficace s'associer à un projet

- que les conditions de l'apprentissage sont plus déterminantes que les moyens de l'apprentissage, ordinateur ou autre.

 

L'OCCITANIE

Il faudrait se demander pourquoi ce slogan "Occitanie, Brésil, même Samba" (3), et à partir de là remonter la filière ou remonter la musique. La rencontre Occitanie-Brésil est d'abord une rencontre culturelle, dans le sens où l'échange peut être productif.

Au cœur de cet échange la question du peuple. De l'école de Samba, à Jorge Amado, la question de la culture brésilienne telle qu'elle se pose aujourd'hui est celle de la vigueur d'une culture du peuple (je ne dis pas culture populaire car je crains cette dénomination). La culture occitane se caractérise par un gouffre entre les pratiques populaires et les avancées des "intellectuels". Dans Occitanie-Brésil même Samba j'entends que l'Occitanie ne doit plus aborder seule la question des rapports de son peuple à sa culture, mais doit se servir d'une interface, dirait-on en informatique, d'un intermédiaire, si on admet que les deux ont beaucoup à se donner. Par les contradictions profondes qui l'habitent, le mouvement culturel occitan est capable de se connecter avec la vigueur brésilienne.

Par sa position de culture minoritaire, ce mouvement culturel peut s'éviter les pièges que nous tendent les technolocrates.

Parce qu'il est obligé d'avoir un souci spécifique des questions du peuple, le mouvement occitan est le mieux placé pour inventer la culture post-informatique, c'est à dire celle où tout le monde se mettra ensemble, jeunes et vieux, spécialistes et ignorants, savants et primitifs, pour danser la danse du scalp (le scalp pouvant être en l’occurrence les instruments de soumission des hommes). Ce que les "radicaux" américains nous ont montré c'est que le développement de l'informatique n'est pas en lui-même tout tracé. Suivant les objectifs "culturels" que l'on se donne, suivant les pratiques que l'on stimule, des orientations complètement différentes peuvent se produire.

Bien, entendu dans le cadre nord-américain, la récupération est toujours au tournant. Mais il n'y a rien de fatal à cela. Si en conséquence, on mesure bien :

1 - que les évolutions nous portent vers un développement inévitable de l'informatique

2 - que ces évolutions sont extrêmement rapides

3 –il n'y a pas fatalement une logique de l'informatique destructrice des cultures minoritaires, comme la culture française par exemple

4 – que les comportements culturels prennent une importance déterminante par rapport au type de développement social,

Alors il nous faut mesurer notre rôle en cette affaire.

1 - Toute stratégie de l'autruche est au bénéfice de ceux qui, au nom de leur rationalité propre, pensent qu'au 21éme siècle les robots seront aussi des hommes

2 - Toute stratégie de la compromission (puisque l'informatique existe, il faut bien que je m'en serve) est au bénéfice de ceux qui ne pensent rien.

3 - Une chance pour nous consiste à nous saisir de manière offensive du développement informatique pour démontrer que nous sommes au carrefour de la rencontre nécessaire développement technologique / rencontre avec le peuple / approche culturelle novatrice.

Ils sont, je ne sais combien, ceux qui s'enferment dans l'informatique en gardant dans la tête des schémas culturels inadéquats à ce qu'ils font. Les élitistes sont les plus prisonniers de leur culture. Ils essaient de se parler "branché' entre eux pour faire bon genre.

Ils se mettent en club, s'auto-félicitent, se congratulent, et se passent de bons tuyaux. Ils se scandalisent quand on leur parle de piratage et si vous leur dîtes qu'un des progrès décisifs dans leur domaine est venu de gens qui cassèrent les lois établies, ils se feront forts de les récupérer par une pirouette : le temps des pionniers est fini.

A nous d'être assez fort pour sortir de leur monde "sécuritaire" ces spécimens de l'ère pré-informatique. Ouvrons les portes. Réintroduisons la vie dans la naphtaline.

Avec la Samba c'est la vie qui est réintroduite dans la musique. Avec le langage Logo c'est la vie qui est réintroduite dans le cartésianisme. Pour contourner le poids effarant de la mode technologique, il faut à la fois s'appuyer sur l'histoire de la culture occitane qui montre que tout progrès humain ne vient jamais de la technique en soi, mais en même temps, il faut dépasser le poids de notre propre culture qui tendrait à nous laisser à côté des technologies nouvelles qui sont plus que des modes.

Avec la culture occitane, c'est un étrange rapport au peuple qui existe. Etrange mais inévitable. Si les occitans se lancent dans l'usage de l'informatique soit ils continueront d'être vivant en se posant cette question du rapport au peuple, soit ils succomberont sous les "charmes discrets" du grand ordinateur.

Notons que les Bretons se sont posé déjà bien des questions concernant les rapports entre technologies nouvelles et cultures minoritaires. Je note cette opinion de Guy Lacroix dans un colloque organisé par des Bretons :

« Aujourd'hui nous nous trouvons dans une situation transitoire. Les anciens modes de construction des identités sont ébranlés, et les nouveaux seulement en voie de cristallisation. Cet état de chose pourrait offrir une occasion de renaissance des cultures minoritaires, à la condition toutefois, qu'elles échappent à quelques pièges, dont le moindre n'est pas d'être circonscrites à des fonctions compensatoires. Si elles veulent être en mesure de faire la part entre le souhaitable et le possible, les cultures dominées doivent accepter de se confronter aux sciences et aux techniques qui sont devenues une dimension incontournable du monde contemporain. L'épreuve est d'autant plus redoutable que ces dernières, si elles participent à l'idéologie de l'informatisation, ne se confondent pas avec. En leur sein s'élabore, y compris par l'informatique, des notions qualitatives favorisant une meilleure compréhension des procédés de mise en forme des identités sociales. La rencontre entre une véritable culture scientifique et technique, et les points de vue des cultures minoritaires, pourrait contribuer à l'élaboration des alternatives aux sociétés hiérarchiques, élitaires, centralisées et culturellement dominatrices, en donnant ainsi une chance aux sociétés multiculturelles.»

Il existe d'un côté, de manière ordonnée, un processus de standardisation culturelle (varié suivant les pays), en vue d'un nouveau type de domination des puissants sur les autres.

Dans le bousculement des référentiels que provoque cette entreprise, qui même si elle est ordonnée ne peut se contrôler complètement, il existe aussi de manière désordonnée des initiatives "novatrices". Si nous ne faisons pas effort pour leur donner sens, direction, notre désordre servira au contraire d'alibi à l'ordre qui est en face. Prenons garde de ne pas alimenter les gens en illusions, si utiles pour masquer la réelle évolution sociale, jusqu'au jour où il sera trop tard. Tout faire et à n'importe quelle condition pour maintenir la langue occitane peut n'aboutir qu'au maintien d'une langue désincarnée (voir le livre de Robert Escarpit Le ministricule où il montre ce que devient son village de vacances des Landes).

Il est temps de conclure.

J'ai fait le pari que par sa flexibilité, l'informatique (et à travers elle d'autres technologies nouvelles) pouvait être un moyen de démultiplier les possibilités créatrices des hommes, qu'en conséquence, un appel nouveau était fait à tous les ballonnés de la terre pour lancer sur des rails modernes notre monde.

La musique, puisque j'ai pris cet exemple en passant, peut devenir, non pas la consommation musicale, mais l'expression artistique vivante. Pour ce faire, sur notre sol, il faut porter sur les ondes du présent, nos sons, nos rythmes en dialogue avec les autres (avec pour y arriver l'utilisation ADÉQUATE des technologies nouvelles). Ce qui est enthousiasmant dans l'état incertain du monde présent, dans la brèche que les dominés ont ouverte pour transformer leur domination, c'est l'appel à l'action qu'il faut savoir y entendre.

Pour être capable d'entendre cet appel, sans succomber, il faut à la fois pouvoir s'enraciner profondément et se projeter dans l'utopie anti-utopiste. Un peu comme une flèche qui ira d'autant plus loin en avant que sur l'arc, elle sera tiré fort en arrière. J-P Damaggio

Brève bibliographie

Philippe Breton Histoire de l'informatique Editions La Découverte

Franck Rose L'intelligence artificielle Payot

Seymour Papert Le jaillissement de l'esprit Flammarion

Bertini-Richard. L'informatique Oui ou Non Flammarion

 

(1)   Comme pour toutes mes interventions orales j’avais distribué la version écrite et on y trouvait Jerry Brown, qui est redevenu gouverneur de Californie. Il faut savoir que la Californie est un pays en soi et plus un simple Etat des USA, le pays de Zorro.

(2)  Je ne sais ce qu’est devenu le langage logo qui faisait fureur dans quelques écoles en 1987.

(3)  Cette double référence à la musique tient au fait qu’à l’époque je travaillais beaucoup avec Claude Sicre qui fera ensuite une belle carrière musicale et qui alors me fit entrer au CA de l’IEO pour bousculer les cadres établis.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:03

L’été laisse parfois le temps de mettre un peu d’ordre dans sa vie. Quelques coïncidences viennent de me permettre de ranger correctement ces quatre italiens aux multiples points communs. Le premier tient-il à leur jeunesse passée au Parti socialistes italien ? Et le deuxième à la même fin, l’assassinat ?

Ils auraient pu être dans l’ordre chronologique si le fondateur du parti fasciste, en 1921, n’avait pas contribué directement ou indirectement à la mort des trois autres.

Giacomo Matteotti, né en 1885 meurt à l’âge de 34 ans.

Antonio Gramsci, né en 1891 meurt à l’âge de 46 ans.

Carlo Rosselli, né e 1899 meurt à l’âge de 38 ans.

Benito Mussolini né en 1883, meurt à l’âge de 62 ans.

Quatre hommes pour l’Italie et pour une grande histoire et d’immenses trajectoires. Le drame, d’où le succès mondial en littérature, du roman, c’est quand on arrête le temps. Pour aucun de ces quatre le temps ne s’est posé, disons plutôt qu’il les a emportés et que donc, il ne peuvent être jugés ni, sur une photo, une date ou un écrit. Ils sont la trajectoire à laquelle nous n’échappons pas.

 

Parlons comme la droite ?

Oui, Mussolini que je retrouve dans le roman Canal Mussolini, venait du socialisme et ajoutons même du socialisme de gauche. Arrivant au pouvoir, il fait assassiner un homme exclu comme lui du Parti socialiste italien, mais pour être un socialiste de droite ! Giacomo Matteotti est obligé de créer un nouveau parti en 1922, le Parti socialiste unifié (PSU), parti que rejoindra ensuite, et un temps bref, le socialiste atypique que sera Carlo Rosselli. Pour sa part Gramsci quittera le PSI en 1921 pour créer le Parti communiste. Au départ les antifascistes ont cru que le phénomène fasciste était en relation avec les caractéristiques de l’Italie puis est arrivé Hitler. Alors la réflexion a dû s’élargir.

 

Parlons comme la mort ?

Gramsci que je retrouve dans le livre Guerre de mouvement et guerre de position est enseigné dans les universités du monde entier mais peu en France. Marxiste bien connu, il a été obligé d’être marxiste face au fascisme. Alors il a continué le Marx du 18 Brumaire et est passé du césarisme au fascisme à travers le bonapartisme. Le césarisme serait alors un équilibre aux deux faces (la réactionnaire et la progressiste) entre pouvoirs opposés incapables de gagner. L’un, Napoléon 1er pouvant pencher vers les soutiens à la révolution et l’autre Napoléon III pouvant pencher vers les soutiens à la contre-révolution. Et le fascisme dans tout ça ? Il met à l’ordre du jour cette question : et la liberté camarade ? Et la liberté y compris en URSS ?

 

Parlons comme la vie ?

Rosselli, je le trouve dans le livre Socialisme libéral et autant que son compatriote Gramsci il est oublié en France. Sa critique très radicale du marxisme, à partir de l’analyse du marxisme, évoluera entre 1930 et 1937 comme évoluera la position des partis communistes qui le traitèrent de valet du capitalisme avant de le compter parmi les meilleurs antifascistes. Tous doivent beaucoup… à Mussolini qui a obligé à revoir les hiérarchies établies !

 

Parlons comme l’Italie ?

Le fascisme est-il né en Italie ? Ou l’Italie a-t-il seulement été le pays capable de donner un nom à ce phénomène inhérent à la vie sociale dans un univers en quête de démocratie ? Pour moi, le fascisme est né politiquement avec le coup d’Etat du futur Napoléon III en 1851. Le fascisme n’est possible que quand la démocratie est à l’ordre du jour, car il en est la face noire. Mussolini a célébré la victoire de Lénine, comme Lénine vieillissant a célébré la victoire de Mussolini en 1922. Le fascisme n’est porté par aucun parti : il est de tous les partis ! Croire comme au départ, qu’il est transitoire, passager, c’est croire que la démocratie elle-même est passagère ! Or, il n’y a de démocratie possible que par la lutte en faveur de la démocratie (toute démocratie figée est perdue d’avance) donc le fascisme trouve là (dans cette lutte pour la démocratie) l’aliment de sa perpétuation.

 

Parlons comme le monde ?

Les quatre italiens que je mets dans l’ordre, représentent tous les cas de figure de l’intelligence politique avec Machiavel en toile de fond. Entre tous, les ponts ne manquent pas. Rosselli et Gramsci ? Tout les oppose, pourtant un homme les tient ensemble : Pierro Sraffa, et la guerre d’Espagne, où Rosselli retrouve l’expérience de l’Ordine nuovo cher au Gramsci de 1920. Le plus grand ami de Rosselli était un Sarde comme Gramsci. Matteotti et Mussolini ? Tout les oppose pourtant ils ont rêvé l’Italie nouvelle et nous dirons que la conjoncture a favorisé l’une plus que l’autre. Matteotti et Rosselli ? Alors il faut aller voir du côté de Mazzini cet autre Italien européen que j’ai découvert la première fois en lisant Mary-Lafon.

 

Le fascisme n’est pas aussi simple que l’extrême-droite !

Au moment même où je découvrais que les assassins d’extrême-droite (la Gagoule) de Rosselli s’étaient divisés sous l’Occupation, les uns se donnant cœurs et âmes aux Nazis, et les autres entrant dans la Résistance par esprit anti-allemand, René Merle faisant l’inventaire de lectures autour de l’an 1940 observait également que des membres de l’extrême-droite (rare c’est vrai) avaient pu rejoindre les maquis. En 2012 en France, je sens un fascisme rampant là où on l’attend le moins, autant que là où on l’attend le plus. Lire les trois livres que je viens de mentionner me permet de mieux comprendre que les classifications politiques établies ne sont plus que l’ombre de lumières perdues. Jean-Paul Damaggio

Livres :

Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan, La Fabrique, 2011

Carlo Rosselli, Socialisme libéral, traduction et présentation de Serge Audier, Au Bord de l’eau, 2009

Antonio Pennacchi, Canal Mussolini, roman, Liana Levi, 2010

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 21:44

moignard-matmut.jpg

 

Aujourd'hui Jacques Moignard devient député. Une coïncidence fait que j'apprends qu'il est aussi un grand personnage de La MatMut. Comment peut-il gérer son emploi du temps ?

Voici ci-dessous la direction de l'entreprise reprise sur le site. Sur la page du dernier bulletin, nous trouvons sa photo avec le titre de secrétaire du conseil d'administration. JPD

Directoire Membres

M. Frédéric Costard

M. David Fertel

M. Franck Garcin

M. Jean-Christophe Sailly

Conseil de surveillance Vice-Président M. Jacques Moignard

Membres

Mme Elisabeth Havis

Mme Pascale Vion

M. Patrick Brothier

M. Didier Gaboriaud

M. André Geffard

M. Jean-Marie Nessi

M. Christian Py

M. Maurice Ronat

M. François Venturini

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:21

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Sur la photo, dans le jardin du Théâtre des Halles, une heure après la première de son dernier spectacle, en robe blanche, Darina Al Joundi qui discute avec des amis, se cache le visage, peut-être à cause d’un fou rire. Elle s’avancera vers nous, Marie-France la félicitera, moi aussi, et en réponse à notre question, elle nous indique que sa pièce sera sans doute publiée comme la précédente chez Actes sud mais sous la forme théâtrale.

 

Nous étions à la première en 2007. Nous y étions encore à la première en 2012. Cinq ans déjà. Pour une histoire presque toujours la même : la comédienne libanaise raconte sa vie et en cinq ans en effet, il s’en est passé des choses.

Seule sur scène, ce n’est pas pour autant une one women show : l’histoire est celle d’un rêve très fortement partagé. Elle mêle cette fois une double vie : celle d’hier au Liban et celle d’aujourd’hui en France pour obtenir des papiers.

L’histoire d’hier ? Une femme qui part faire un film sur les autres femmes et en découvre les souffrances, souffrances qui paradoxalement lui permettront de tenir, d’espérer et de se battre. Au Liban son comportement a été classé dans le genre folie car elle refuse les principes de la religion, se voulant une femme libre.

Conséquence tragique : elle doit fuir, mais témoignage réel où inventé, cette fuite n’est pas pour partir n’importe où. Elle cherche un pays où elle pourra échapper à ses « bourreaux ». Au Québec, le premier pays qui lui est conseillé, c'est trop froid. Aux USA ? Elle y va et découvre que si vous devez entrer à l’hôpital, sans 2000 dollars à payer de suite, vous êtes rejetés. Elle se décide pour la France.

Là avec son compagnon, elle comprend qu’il serait bien qu’elle devienne française. C’est le parcours pour obtenir la naturalisation. Terme dont elle fait sonner la dimension paradoxale. Un enfant naturel est le fait d’un enfant né de la nature. La naturalisation est le contraire du fait naturel puisque c’est un fait politique. Sur le dictionnaire d’Alain Rey je lis : naturaliser dérivé savant du latin naturalis sans son sens juridique « rendre légalement citoyen d’une nation ». Le terme est le même en anglais, italien et espagnol. Mais pour empailler où nous utilisons aussi naturalisation les espagnols ont disecacion.

 

Bref, l’affiche montre une carte d’identité de Darina ou on la voit tapant au carreau. Si certains pensent que des étrangers ne sont pas dignes d’êtres Français car ils ne veulent pas adopter nos coutumes, les exigences de Darina sont inverses : elle voudrait être plus Française que les Français, et demande la naturalisation à condition qu’on lui garantisse que la France restera un pays laïque.

Son théâtre est le plus politique que je connaisse en ces temps ci, puisqu’elle affichera avec rage, avec détermination son étonnement à voir le voile gagner du terrain en France, jusqu’à l’apparition de la Burka. La question n’est pas pour elle « oui ou non à une loi » mais comment des femmes peuvent-elles se laisser mettre ainsi en prison, que cette servitude soit volontaire ou pas ?

JPD

 

Point de vue de Jack Dion de Marianne

Elle est seule en scène, vêtue d’une robe dont le bleu rappelle le drapeau tricolore. Elle s’appelle Darina Al Joundi, mais on la surnomme Noun. Signes particuliers ? Née au Liban d’un père syrien, candidate à l’émigration en France pour cause de chasse aux sorcières féministes dans son propre pays.

Noun est l’une de ces voix arabes qui n’ont de cesse de dénoncer ceux qui réinterprètent l’islam pour en faire une machine à transformer les femmes en animaux de compagnie. Longtemps, elle a résisté comme elle a pu, ravalant son honneur face à ceux qui la traitaient de « putain » pour son sens intransigeant de la liberté. Puis elle a craqué. Elle a décidé d’émigrer, jetant son dévolu sur la France, pays des droits de l’homme et d’un climat aussi tempéré que la démocratie. Elle raconte cette marche vers la liberté devenue le chemin de croix que connaît tout candidat à la naturalisation.

Sur scène, six panneaux à fond blanc permettent de simuler les différentes situations évoquées. Noun multiplie les allers et venues entre les souffrances avérées d’hier et les espoirs frustrés d’aujourd’hui. Aux yeux de l’administration, en effet, toute personne qui n’est pas en mesure de prouver, documents officiels à l’appui, qu’elle est descendante d’un gaulois ayant combattu avec Vercingétorix, est forcément suspecte.

Tel est le cas de Noun. Femme, arabe, musulmane, et artiste, c’est la quadruple peine. Elle a beau expliquer, se justifier, revenir à la charge avec la patience d’une nageuse traversant l’océan, il lui manque toujours quelque chose pour obtenir le sésame qui lui permettra d’obtenir «les papiers».

Pourtant, elle ne lésine pas sur les moyens. « La Marseillaise », elle la connaît par cœur, mieux que n’importe quel « Français Français », comme elle dit non sans humour. L’hymne national forme d’ailleurs le fil bleu-blanc-rouge du spectacle, au point qu’elle en chante des extraits à foison. Les droits et devoirs du citoyen, elle sait ce que c’est. Elle s’étonne même qu’au pays des Lumières, on soit si complaisant avec les adeptes d’un voile islamique dont elle connaît la symbolique pour en avoir subi les conséquences dans sa propre chair. Car Noun est d’un bloc. Elle veut les « papiers » et les principes qui vont avec.

Mais rien n’y fait. Et la coupe de la colère débordera lorsqu’on lui dira qu’elle ne peut obtenir la naturalisation tant espérée qu’à condition de renier ses origines et donc de tuer symboliquement son propre père. Alors, de rage, Noun déchirera un à un les six panneaux blancs à traverse lesquels elle se faufile depuis le début d’un spectacle mis en scène avec sobriété et efficacité par Alain Timar. Envers et contre tout, elle continuera à chanter « La Marseillaise » à défaut de pouvoir dire « Ma Marseillaise ».

 

Aux armes, citoyens dont je ne suis pas !

LE MONDE | 20.07.2012 à 12h58 • Mis à jour le 20.07.2012 à 12h58

Par Nathaniel Herzberg (Avignon, envoyé spécial)

Darina Al-Joundi est de retour à Avignon. Cinq ans après son entrée dans la Cité des papes, avec Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, la comédienne libanaise présente Ma Marseillaise. Une pièce parmi plus d'un millier offertes dans le "off", pourront penser ceux qui n'ont pas vécu le premier épisode de la saga. Les autres, qui cinq ans après s'en souviennent encore, auront nécessairement coché l'événement sur leur programme.

En 2007, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter avait créé la stupeur. Débarquée du Liban où elle menait, loin de la scène française, une belle carrière de comédienne, Darina Al-Joundi lâchait sur la ville une bombe à fragmentation. Un texte autobiographique et terriblement impudique dans lequel elle racontait, seule en scène, les démêlés d'une femme libre, grandie dans la guerre, avec les hommes, tous les hommes, père, frères, amis, amants. Le poids des préjugés, le carcan de la religion, le poison de l'hypocrisie ne trouvaient comme antidote que l'extraordinaire appétit de vivre de l'héroïne.

Presque vide le premier jour, la salle se remplit en une semaine, par la grâce d'un bouche-à-oreille exceptionnel et de deux articles louangeurs. "Nous avons fini à guichets fermés. C'est pour ça que j'ai décidé de reprendre le spectacle l'année suivante. Rendre au public ce qu'il m'avait donné." En 2008, quatre semaines durant, les 150 fauteuils de la grande salle ne désempliront pas.

La comédienne aurait pu continuer encore un ou deux ans. Le loto avignonnais permet aux gagnants de rejouer ad vitam. "Mais je ne suis pas une vache que l'on vient traire", sourit-elle. Elle précise toutefois que, pendant quatre ans, le spectacle n'a cessé de tourner en France et dans le monde. Darina Al-Joundi en a aussi conçu un livre, traduit dans six langues.

Le voile de toutes les discordes

Il fallait tourner la page, voici donc Ma Marseillaise. Sur scène, encore et toujours Darina, ou plutôt son double, Noun. Eternelle combattante, passée par les coups, la drogue, l'hôpital psychiatrique, tête haute, verbe inoxydable face à l'intolérance masculine. Dernière-née d'une grande lignée de féministes arabes, luttant pour l'entrée des femmes à l'université, l'abolition du code de la famille, la suppression du voile, Noun livre bataille.

Sauf qu'entre-temps la résistante est devenue résidante. Elle a quitté le Liban et gagné la France. Son objectif se réduit désormais à un mot : naturalisation. Vocable qu'elle interroge avec acidité, on ne se refait pas : "Pourquoi choisir ce mot, "naturalisation", qu'est-ce que ça veut dire "naturalisation" ? Acclimatation naturelle des plantes et des animaux dans un lieu éloigné de leur région d'origine. Je dois donc bourgeonner ici comme une plante pour être naturalisée ?"

Avant le dernier entretien, Noun fait défiler son passé, on l'a compris, mais aussi son présent. Sage, elle a parfaitement appris tous les couplets de La Marseillaise, qu'elle interprète par bribes, de sa voix grave et éraillée, pendant une heure quinze de représentation. Elle s'étonne de leur contenu grégaire mais s'incline de bonne grâce. " Je suis l'immigration choisie", clame-t-elle.

Elle ne supporte pas, en revanche, les menaces qui pèsent sur la laïcité dans son nouveau pays. A commencer par le voile de toutes les discordes. "Dans mon pays on s'est battu pour s'en libérer, et ici elles se battent pour pouvoir le porter, et être la 3e ou la 4e épouse d'un homme." Raisonnement archaïque ? Elle balaie l'argument par une question : être moderne, est-ce "pouvoir répudier une femme par SMS" ?

Noun aime la France, marcher, voyager, ce qui est plus facile avec un passeport français. Noun, ou plutôt Darina, aime aussi Avignon, la ville où sa seconde vie professionnelle a commencé. "Mon lieu porte-bonheur." Pour son second spectacle, elle ne pouvait que revenir ici. A raison de dix jours de travail par mois, elle a appris à aimer l'hiver avignonnais, le mistral qui hurle dans les ruelles, le bar où elle a pris ses quartiers, les vieux habitués qui la reconnaissent.

Elle espère ainsi rééditer l'extraordinaire succès du précédent opus. Extraordinaire mais insuffisant. Le 28 juin, Darina a reçu la réponse de l'administration française à sa demande de naturalisation : négative. Motif : "Insertion professionnelle incomplète." Elle a accusé le coup. Puis elle a modifié la fin de son spectacle.

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