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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 13:10

plaque-grateloup.JPG

A chaque réunion qu’il m’arrive d’animer j’en repars avec de nouvelles pistes de travail, comme si je n’en avais pas assez ! A présenter Jean-Gabriel Goulinat j’ai compris en parlant que le cas de son beau-frère mériterait sans doute autant d’attention. La question est venue d’un monsieur qui trouva une peinture de Goulinat peu dans son style et imagina que peut-être elle venait de son beau-frère, François Gébelin. Il se trouve que juste avant, au cimetière de Réalville, j’avais été frappé par la coïncidence : les deux hommes semblaient être nés et morts au même moment. Ce point m’avait frappé car une association de Grateloup (Lot et Garonne) vient d’y déposer une plaque qui rappelle le peintre Goulinat et à refaire le voyage au cimetière de Réalville, à présent que je connaissais les dates de Goulinat, j’ai davantage porté attention à celles de François Gébelin rappelées par une plaque : 1883-1972 pour l’un et 1884-1972 pour l’autre.

Mais cette coïncidence se double de bien d’autres. Tous les deux furent jeunes orphelins de leurs pères, pères qui furent des enseignants et tous les deux furent des experts, l’un pour vérifier les tableaux, l’autre pour vérifier les écritures. Ne disons rien de leur passion commune pour l’Italie.

 

Il se trouve que conformément à l’intuition de celui qui avait écouté mon intervention, je découvre par un témoignage que François Gébelin dessinait au moins au crayon !

 

Mais les deux hommes s’entendaient-ils ? Goulinat a fait plusieurs portraits de famille mais jamais, du moins à ma connaissance, aucun de François Gébelin alors qu’il a dessiné ses deux sœurs.

 

Bref, voilà un autre personnage à étudier. Jean-Paul Damaggio

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 13:06

le-chanvre.JPG

Pour la première je découvre devant la maison de mes parents à Cayrac, Tarn-et-Garonne, un champ de chanvre. La photo n’est pas spectaculaire comme pour un chant de tournesol : le chanvre ce sont de grandes herbes et c’est tout, un peu comme la canne à sucre.

Ma surprise tient au fait qu’au vingtième siècle le chanvre apparaissait dans ma région comme une plant du six-,neuvième siècle or au vingt-unième siècle le voilà de retour comme produit symbole de la modernité.

Preuve que le paysan ne plante que ce qu’il est susceptible de vendre, une évidence qui ne frappe pas toujours les esprits. Si comme en URSS la politique commandait l’économie, on aurait pu de tout temps demander aux paysans de cultiver du chanvre et peu importe la vente. Mais l’économie a ses lois propres dont les paysans sont depuis des décennies les premières victimes. Quand le but basique du paysan était l’autoconsommation avec vente des surplus, le paysage était tout différent. Depuis que la production est le piètre élément d’une industrie de la transformation, l’industriel dicte sa loi avec en plus à présent, la grande distribution qui dicte sa loi à l’industriel qui la dicte au paysan. Il n’est pas rare de croiser des gens grands consommateurs de poulets en batterie qui s’insurgent contre les paysans qui élèvent dans des conditions inhumaines les pauvres volailles.

Bref, des usages industriels du chanvre font que le produit devient rentable et la terre qui donnait hier du chanvre peut en donner aujourd’hui aussi. Hier le chanvre était un produit merveilleux car il servait de mille façons : si tout est bon dans le cochon, tout était bon dans le chanvre. Et tant de vertus viennent d’être récompensées par la modernité qui a découvert ce que les paysans d’hier avaient découverts mais une découverte d’un industriel est bien plus sérieuse que celle des paysans.

Bon chanvre et à la prochaine. Jean-Paul Damaggio

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 20:29

Dans ce livre Les Origines de la France Contemporaine. 1902., Taine parle des événements de Montauban, ville qu’il devait connaître un peu puisqu’en évoquant les questions de langue par cette phrase : « D'ailleurs, en beaucoup de provinces, on ne parle que patois ; le français, surtout le français philosophique et abstrait des lois et proclamations nouvelles, demeure un grimoire. Impossible d'entendre et d'appliquer les décrets compliqués, les instructions savantes qui arrivent de Paris », Il ajoute en note :

« 1. A Montauban, dans le salon de l'intendant, les dames du pays ne parlaient que patois, et la grand'mère de la personne très bien élevée qui m'a raconté ce fait n'entendait pas d'autre langue. »

 

Voici le passage qui pour Montauban s’appuie sur le texte de Mary-Lafon mais face au « centrisme » de Mary-Lafon, il montre davantage les cris séditieux : « Vive la noblesse ! Vive l'aristocratie ! A bas la nation ! A bas le drapeau tricolore ! » Taine est plus détaillé quand il s’agit de la défaite catholique à Nîmes. Avec les deux événements, chacun peut saisir, au moment de la Fête « unitaire » de la Fédération du 14 juillet 1790 dans quelle mesure l’unité de la nation était réelle. JPD

 

Le texte de Taine :

 

A Montauban, le 10 mai 1790, jour de l'inventaire et de l'expropriation des communautés religieuses (1), les commissaires ne peuvent entrer ; des femmes en délire se sont couchées en travers des portes ; il faudrait leur passer sur le corps, et un grand attroupement se forme aux Cordeliers, où l'on signe une pétition pour le maintien des couvents. - Témoins de cette effervescence, les protestants prennent peur ; quatre-vingts de leurs gardes nationaux marchent sur l'hôtel de ville, et s'emparent à main armée du poste qui le couvre. La municipalité leur ordonne de se retirer ; ils refusent. - Là-dessus, les catholiques assemblés aux Cordeliers se précipitent en tumulte, lancent des pavés, ébranlent les portes à coups de poutres. Quelqu'un crie que les protestants réfugiés dans le corps de garde tirent par la fenêtre. Aussitôt la multitude furieuse envahit l'arsenal, s'arme de tout ce qu'elle y trouve, fusille le corps de garde ; cinq protestants sont tués, vingt-quatre blessés.

Un officier municipal et la maréchaussée sauvent les autres, mais on les oblige à venir deux à deux, en chemise, à genoux, faire amende honorable devant la cathédrale, et, au sortir de là, on les met en prison. - Pendant le tumulte, des cris politiques ont été proférés ; on a crié Vive la noblesse ! Vive l'aristocratie ! A bas la nation ! A bas le drapeau tricolore ! et Bordeaux, jugeant que Montauban est en révolte contre la France, envoie quinze cents hommes de sa garde nationale pour élargir les détenus. Toulouse veut aider Bordeaux ; la fermentation est terrible ; quatre mille protestants se sauvent de Montauban ; des cités armées vont se combattre comme jadis en Italie. Il faut qu'un commissaire de l'Assemblée nationale et du roi, Mathieu Dumas, vienne haranguer le peuple de Montauban, obtenir la délivrance des prisonniers et rétablir la paix.

Un mois après, à Nîmes (2), l'échauffourée, plus sanglante, tourne contre les catholiques. - A la vérité, sur cinquante-quatre mille habitants, les protestants ne sont que douze mille ; mais le grand commerce est entre leurs mains ; ils tiennent les manufactures ; ils font vivre trente mille ouvriers, et, aux élections de 1789, ils ont fourni cinq députés sur huit.

En ce temps-là, les sympathies étaient pour eux ; personne n'imaginait alors que l'Eglise régnante pût courir un risque. A son tour, elle est attaquée, et voilà les deux partis .qui s'affrontent. Les catholiques signent une pétition (3), racolent les maraîchers du faubourg, gardent la cocarde blanche, et, lorsqu'elle est interdite, la remplacent par un pouf rouge, autre signe de reconnaissance. A leur tète est Froment, homme énergique, qui a de grands projets ; mais, sur le sol miné où il marche, l'explosion ne saurait être conduite. Elle se fait d'elle-même, au hasard, par le simple choc de deux défiances égales, et, avant le jour final, elle a commencé et recommencé déjà vingt fois par des provocations mutuelles, dénonciations, insultes, libelles, rixes, coups de pierre- et coups de fusil. Le 15 juin 1790, il s'agit de savoir quel parti donnera des administrateurs au district et au département ; à propos des élections, le combat s'engage. Au poste de l'évêché où se tient l'assemblée électorale, les dragons protestants et patriotes sont venus « trois fois plus nombreux qu'a l'ordinaire, mousquetons et pistolets chargés, la giberne bien garnie », et ils font patrouille dans les alentours. De leur côté, les poufs rouges, royalistes et catholiques, se plaignent d'être menacés, « nargués ». Ils font avertir le suisse « de ne plus laisser entrer aucun dragon à pied ni à cheval, sous peine de vie », et déclarent que « l'évêché n'est pas fait pour servir de corps de garde ». - Attroupements, cris sous les fenêtres ; des pierres sont jetées ; la trompette d'un dragon qui sonnait le rappel est brisée ; deux coups de fusil partent (4). Aussitôt les dragons font une décharge générale qui blesse beaucoup d'hommes et en tue sept. A partir de ce moment, pendant toute la soirée et toute la nuit, on tire dans toute la ville, chaque parti croyant que l'autre veut l'exterminer, les protestants persuadés que c'est une Saint-Barthélemy, les catholiques que c'est « une Michelade». Personne pour se jeter entre eux. Bien loin de donner des ordres, la municipalité en reçoit ; on la rudoie, on la bouscule, on la fait marcher comme un domestique. Les patriotes viennent prendre à l'hôtel de ville l'abbé de Belmont, officier municipal, lui commandent, sous peine de mort, de proclamer la loi martiale, et lui mettent en main le drapeau rouge. « Marche donc, calotin, b… j… f... ! Plus haut le drapeau, plus haut encore, tu es assez grand pour cela. » Et des bourrades, des coups de crosse. Il crache le sang, n'importe, il faut qu'il soit en tête, bien visible, en façon de cible, tandis que, prudemment, ses conducteurs restent en arrière. Il avance ainsi, à travers les balles, tenant le drapeau, et se trouve prisonnier des poufs rouges, qui le relâchent en gardant son drapeau.

Second drapeau rouge tenu par le valet de ville, seconde promenade, nouveaux coups de fusil, les poufs rouges capturant encore ce drapeau, ainsi qu'un autre officier municipal. Le reste de la municipalité et un commissaire du roi se réfugient aux casernes et font sortir la troupe. Cependant Froment et ses trois compagnies, cantonnés dans leurs tours et leurs maisons du rempart, résistent en désespérés. Mais le jour a paru, le tocsin a sonné, la générale a battu, les milices patriotes du voisinage, les protestants de la montagne, rudes Cévenols, arrivent en foule. Les poufs rouges sont assiégés un couvent de capucins, d'où l'on prétend qu'ils ont tiré, est dévasté, cinq capucins sont tués. La tour de Froment est démolie à coups de canon, prise d'assaut ; son frère est massacré, jeté en bas des murailles ; un couvent de jacobins attenant aux remparts est saccagé. Vers le soir, tous les poufs rouges qui ont combattu sont tués ou en fuite ; il n'y a plus de résistance. Mais la fureur subsiste, et les quinze mille campagnards qui ont afflué dans la ville jugent qu'ils n'ont pas travaillé suffisamment. En vain, on leur représente que les quinze autres compagnies de poufs rouges n'ont pas bougé, que les prétendus agresseurs « ne se sont pas même mis en état de défense », que, pendant toute la bataille, ils sont restés au logis, qu'ensuite, par surcroît de précaution, la municipalité leur a fait-rendre leurs armes. En vain l'assemblée électorale, précédée d'un drapeau blanc, vient sur la place publique exhorter les citoyens à la concorde. « Sous prétexte de fouiller les maisons suspectes, on pille, on dévaste tout ce qui ne peut être enlevé est brisé. ». A Nîmes seulement, cent vingt maisons sont saccagées ; mêmes ravages aux environs ; au bout de trois jours, le dégât monte à sept ou huit cent mille livres. Nombre de malheureux sont égorgés chez eux, ouvriers, marchands, vieillards, infirmes, il y en a qui, « retenus dans leur lit depuis plusieurs années, » sont traînés sur le seuil de leur porte pour y être «fusillés ». D'autres sont pendus sur l'Esplanade, au Cours Neuf, d'autres hachés vivants à coups de faux et de sabres, les oreilles, le nez, les pieds, les poignets coupés. Selon l'usage, des légendes horribles provoquent des actions atroces. Un cabaretier, qui a refusé de distribuer les listes anticatholiques, passe pour avoir dans sa cave une mine toute prête de barils de poudre et de mèches soufrées ; on le dépèce à coups de hache et de sabre ; on décharge vingt fusils sur son cadavre ; on l'expose devant sa maison avec un pain long sur la poitrine, et on le perce encore de baïonnettes en lui disant: « Mange, b…, mange donc ! » Plus de cent cinquante catholiques ont été assassinés ; beaucoup d'autres, tout sanglants, « sont entassés dans les prisons », et l'on continue les perquisitions contre les proscrits ; dés qu'on les aperçoit, on tire sur eux comme sur des loups. Aussi des milliers d'habitants demandent leurs passeports et quittent la ville. Cependant, de leur côté, les campagnards catholiques des environs massacrent six protestants, un vieillard de quatre-vingt-deux ans, un jeune homme de quinze ans, un mari et sa femme dans leur métairie. Pour arrêter les meurtres, il faut l'intervention de la garde nationale de Montpellier.

 

1. Mary Lafon, Histoire d'une ville protestante (avec les pièces originales, extraites des archives de Montauban).

2. Archives nationales, F, 5216. Procès-verbal de la municipalité de Nîmes, et rapport de l'abbé de Belmont. Rapport des commissaires administrateurs, 28 juin 1790. Pétition des catholiques, 20 avril. Lettres de la municipalité, des commissaires et de M. de Nausel sur les événements des 2 et 5 mai. Lettre de M. Rabaut-Saint-Etienne, 2 mai. Pétition de la veuve Gas, 30 juillet. Rapport (imprimé) de M. Alquier, 19 février 1791. Mémoire (imprimé) du massacre des catholiques de Nîmes, par Froment (1790). Nouvelle adresse de la municipalité de Nîmes présentée par le maire, M. de Margueritte, député (1790), imprimée. Mercure de France 23 février 179t.

3. La pétition est signée par 5127 personnes, outre 1560 qui ont apposé leur croix, déclarant ne savoir écrire. La contre-pétition du club est signée de 162 noms.

4. Ce dernier fait, affirmé dans le rapport de H. Alquier, est nié par la municipalité. Selon elle, les poufs rouges attroupés autour de l’évêché n'avaient pas de fusils.

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 20:24

Après avoir étudié la Seconde république en Tarn-et-Garonne en 1980-1982, j’ai été conduit à creuser l’histoire d’un des quarante-huitards les plus étranges, Mary-Lafon, un historien romantique, un romancier, un ami de Mazzini, un traducteur des troubadours. C’est avec lui que j’ai compris que l’histoire pouvait être l’histoire des peuples. Voici donc le récit qu’il présente du 10 mai 1790. Il choisit une position « centriste » et a le mérite d’avoir croisé des témoins de cette journée, encore vivants. Il établit bien sûr (en méridional avant tout) un lien direct entre les événements de Montauban et ceux de Nîmes qui en sont, d’après lui, la revanche.

Jean-Paul Damaggio

 

Mary-Lafon (1812-1884). Histoire politique, religieuse et littéraire du Midi de la France : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. 1845.

 

Dans les campagnes où le joug féodal était à la fin devenu trop lourd, et où la dime, la taille et la gabelle pressuraient trop cruellement la population, l’influence de la monarchie n’était point à craindre, mais elle dominait encore sans rivale dans la plupart des villes. Là, ils avaient eu l’art de persuader au peuple, qui ne voit jamais que le présent, que la suppression des parlements, des cours des aides, des hauts emplois ecclésiastiques et de tous les vieux abus, sous le poids desquels se débattaient depuis si longtemps ses pères, allait tarir tout à coup la source des revenus publics et ruiner la cité. Puis, en même temps qu’ils alarmaient les intérêts, réchauffant par des rapports, souvent mensongers, l’ardeur de l’opinion monarchique, et mettant en jeu sans scrupule le levier toujours si puissant de la religion, ils menaient le peuple où ils voulaient, et comme ils voulaient, dans les villes surtout où les deux religions se trouvaient en présence. Montauban, et Nîmes étant dans ce cas, renfermaient naturellement les principaux foyers de la réaction. Celle-ci, depuis longtemps menaçante, fit enfin explosion comme un incendie contenu à force de bras, dans les journées néfastes du 10 mai, et des 13, 14, 15 et 16 juin.

Pour les causes que nous venons d’exprimer, il existait une guerre sourde entre la garde nationale de Montauban, composée en majorité de protestants amis de la Révolution, et la nouvelle municipalité qui avait été choisie parmi les hommes les plus dévoués à l’ancien régime. La garde nationale avait envoyé un député à Paris pour dénoncer la municipalité comme contre-révolutionnaire ; et la municipalité de son côté, vexait la garde nationale soit en lui refusant la permission de se réunir pour une fédération avec le régiment de Languedoc et les gardes des environs, soit en retirant au commandant les clés de l'arsenal. A la manière dont les deux partis s'attaquaient, il était facile de prévoir que la collision était prochaine. On ne cherchait en effet qu'un prétexte dans l'un et dans l'autre camp, et le premier qui s'offrit fut saisi avec empressement de part et d'autre. Ce n'est pas à dire que les torts fussent égaux. Dans cette circonstance la municipalité, bien qu'évidemment prévenue contre la garde nationale, paraissait avoir de son côté la raison et la loi. Lors des premiers incendies des châteaux, des compagnies de volontaires appelés cardis (chardonnerets) par les protestants, parce qu'ils portaient un passepoil jaune, s'étaient formées pour les défendre. Ces jeunes gens appartenant à l'aristocratie ou à la bourgeoisie royaliste, après avoir agi quelques mois dans un sens constamment opposé à celui de la garde nationale, finirent par exprimer le vœu d'entrer dans ses rangs. Une pétition fut présentée à cet effet aux municipaux qui l'accueillirent, arrêtèrent l'organisation de huit nouvelles compagnies, et en prévinrent l'état-major de la garde nationale pour se concerter avec lui aux termes du décret du 10janvier ; mais l'état-major avait, d'autres prétentions : sous prétexte que, d'après son règlement, il manquait vingt-cinq hommes à chaque compagnie, il refusa d'admettre les compagnies nouvelles, à moins que ceux qui les composaient n'entrassent dans les cadres déjà formés. Avec des têtes aussi inflammables et dans de telles circonstances, il n'en fallait pas davantage pour amener une conflagration. La municipalité ne voulant pas céder, la garde nationale, qui ne s'était dans l’origine recrutée que par exclusion et dans un seul parti, s'obstinant de plus en plus, les passions religieuses se mêlèrent aux passions politiques, et , les unes enflammant les autres, on en vint aux mains.

Le lundi 10 mai, pendant que tout était en fermentation dans la ville à cause de la visite des couvents qui venait d'être empêchée par des attroupements de femmes exaltées jusqu'au délire, et au moment où l'état-major était en conférence avec la municipalité pour essayer d'arriver à une transaction, une vingtaine de soldats de la compagnie de dragons, celle que la population catholique avait surtout en haine, parce qu'elle s'était recrutée dans la jeune aristocratie protestante et manufacturière, la pire de toutes, apprenant qu'une assemblée se tenait aux Cordeliers, où l'on signait des pétitions pour le maintien des couvents, se rendirent à l'hôtel-de-ville avec une soixantaine d'autres gardes nationaux, et s'emparèrent du poste. Leur intention était évidemment d'en défendre l'entrée aux volontaires. A peine les municipaux se furent-ils aperçus de ce rassemblement qu'ils prévirent les malheurs dont il pouvait être cause, et qu'ils sommèrent ceux qui le composaient de se retirer. Leur voix fut méconnue. Les dragons, qui n’étaient entrés, de tour propre aveu, dans l'hôtel-de-ville qu’à titre de simples citoyens, prétendirent avoir besoin pour en sortir, d'un ordre de leur général. Les municipaux détachèrent un officier pour aller le chercher immédiatement, mais il était trop tard. En apprenant l’espèce de bravade des dragons, l’assemblée des Cordeliers s’élança comme un seul homme : s’armant de tout ce qui lui tombe sous la main, cette foule furieuse court à l'hôtel-de-ville : comme au pressentiment d'un grand désastre, toutes les maisons se ferment sur son passage. Un silence de mort, interrompu seulement par ces vives exclamations de terreur qui s’échappent du cœur des femmes du Midi, planait sur la ville. En un clin d’œil les flots pressés du peuple remplissent la rue ; une grêle de pavés vole dans la cour de la mairie, et le portail ébranlé à coups de poutres et de marteaux, va fléchir sur ses gonds, lorsqu'un municipal, couvert de son chaperon, l'ouvre lui-même, et cherche à retenir la foule, qui se précipite comme un torrent dans l’hôtel de ville. Les dragons s'étaient réfugiés dans le corps de garde et en avaient barricadé la porte ; il en partit, dit-on, des coups de feu qui appelèrent sur le champ des représailles (1). On se jeta sur les armes de l'arsenal, et une fusillade à bout portant fut dirigée contre le corps de garde, d’où partirent bientôt des cris de détresse, et à la fenêtre duquel on vit flotter un mouchoir blanc. Les chefs du peuple s'avancèrent pour recevoir les armes, et firent cesser le feu ; mais il recommença plus violemment un instant après, et, sans l'intervention de la maréchaussée, qui fut requise trop tardivement peut-être, il n'échappait pas un seul dragon. Les municipaux avaient envoyé chercher le régiment de Languedoc. A son arrivée, un d’entre eux fit former une double haie par les grenadiers devant le corps-de-garde, et cria aux dragons de sortir, qu’on voulait les sauver. La porte s'ouvrit à ces mots ; le capitaine-commandant des dragons et trois des gardes nationaux étaient étendus morts, vingt-quatre autres étaient blessés, et les empreintes d'une main sanglante, laissées sur le mur au-dessus du cadavre d'un lieutenant, marquaient la douloureuse agonie de la cinquième victime. Ce triste spectacle n'apaisa pourtant pas les vainqueurs : ils exigèrent que les cinquante-deux gardes nationaux trouvés dans le corps-de-garde, quittassent leurs uniformes bleus à revers rouges, et, marchant deux à deux, nu-tête et en chemise, entre deux rangs formés par les grenadiers de Languedoc, vinssent faire amende honorable, un cierge à la main, devant la cathédrale.

Quand ils eurent traversé la ville dans cet état, précédés du maire, qui portait un drapeau blanc, et qu’ils se furent agenouillés publiquement sur les degrés de la grande église, on les conduisit dans les prisons du château royal, et on rendit les cadavres aux parents (2).

Le lendemain, au milieu de l'agitation populaire et de la terreur qui pesait sur la ville, la municipalité lança une proclamation pour ordonner de rapporter les armes dans l'arsenal , et pour défendre de tirer des coups de fusil dans les rues, sous peine de vingt-cinq livres d'amende ; la journée suivante fut consacrée à écrire à l'Assemblée nationale une lettre contenant le récit des faits, à son point de vue.

Cependant, les protestants un moment terrifiés, s'étaient également empressés d'envoyer des députés à l'Assemblée-nationale, et d'implorer le secours de leurs coreligionnaires. La municipalité de Bordeaux, composée en partie de réformés, répondit la première à leur appel. Cinq jours après l'événement, sur le réquisitoire du procureur de la commune, elle prit un arrêté pour inviter les citoyens opprimés de Montauban à venir à Bordeaux, où ils trouveraient asile et force. Poussant ensuite son dévouement beaucoup plus loin, elle fit partir sur-le-champ un corps de quinze cents hommes, formé de gardes nationaux et d'un détachement du régiment de Champagne, avec ordre de s'arrêter à Moissac, pour y attendre les ordres de l'Assemblée nationale ou du roi, et d'agir ensuite en conséquence contre Montauban. Quant à l'Assemblée nationale, elle mettait, le 17, par un décret spécial, les protestants sous la protection de la loi, et ordonnait à tous les Montalbanais, de prendre la cocarde tricolore.

Ces mesures comminatoires ne produisirent aucun effet, d'abord parce que le comte de Saint-Priest, ministre de la guerre, à qui une relation avait été adressée par courrier extraordinaire, avait répondu, le 20, de manière à garantir l'approbation du roi, et que le comte d'Esparbès, commandant de la province, avait offert d'aller défendre la municipalité à ses frais ; et ensuite parce que le séjour de l'armée bordelaise devant Moissac et l'adhésion de dix-sept municipalités à ses proclamations, troublaient, singulièrement les esprits. Des négociations furent, entamées aussitôt avec les généraux bordelais. Des députés auxquels s'étaient joints des pères de famille, se rendirent à Moissac avec la branche d'olivier, mais on ne conclut rien, parce que les Bordelais exigeaient avant tout l'élargissement des prisonniers, et que l'exaspération toujours croissante du peuple rendait cette condition impossible. Pendant ce temps, les protestants riches émigraient en foule et il en était déjà parti plus de quatre mille, lorsque le maréchal-des-logis de la garde nationale parisienne, Matthieu Dumas, arriva à Montauban en qualité d'envoyé du roi et de l'Assemblée.

Sa première question fut pour les prisonniers. Après lui avoir expliqué les circonstances malheureuse du jour où le château royal s’ouvrit pour eux comme un asile et lui avoir appris que depuis la municipalité n'avait fait ni dénonce ni remise de procès-verbal, et que pénétrée de l’imprudence effrayante de tant de citoyens, elle n'avait pas voulu chercher parmi eux de coupables, on lui fit connaître le vœu exprimé unanimement avec le conseil-général des notables le 19 mai de rendre la liberté aux détenus, et de  surseoir néanmoins jusqu’au retour des députés envoyés au-devant de l’armée bordelaise, et qu’à cet égard, ses intentions avaient été rendues publique par l’impression et l’affiche de la délibération du 19 mai (3).

Alors, Matthieu Dumas proposa de faire une proclamation pour éclairer le peuple, et, la proclamation délibérée, il se rendit à la mairie avec les municipaux et le maire, et parla au peuple en lui portant des paroles de paix qui furent applaudies ; de là, il se transporta avec les officiers municipaux dans les places publiques et les promenades, où il tint à diverses reprises le même langage.

Le lendemain, accompagnée du maire et de quelques officiers municipaux, il se montra de nouveau le matin dans les endroits les plus fréquenté de la cille. A travers les témoignages de satisfaction et de confiance personnelle que le peuple lui donnait partout, il reconnut sans peine la résolution ferme où il était, à ne consentir à la liberté des prisonniers qu’autant que l’armée bordelaise ferait retraite. Il conclut donc le dessein d'envoyer à M. de Courpon, commandant de cette armée, le capitaine Delarue, son beau-frère, pour lui porter un ordre de tenir, dès le lendemain, ses troupes prêtes à reprendre le chemin de Bordeaux, attendu l'entière exécution des décrets de l’Assemblée nationale dans la ville de Montauban, le rétablissement de la paix, et l'élargissement des prisonniers.

Pour l’exécution de ce projet, la voiture, attelée de chevaux de poste, était avant trois heures devant la porte de l’hôtel qu'occupait Matthieu Dumas. Ces préparatifs, ce départ et son objet qui avaient transpiré, attirèrent un concours de monde prodigieux ; quelques municipaux s'y trouvèrent et firent prier le maire et leurs collègues de se rendre chez M. Dumas ; celui-ci, assuré du vœu constaté depuis longtemps de la municipalité, de celui de la garde nationale, que plusieurs officiers de ce corps lui avaient porté, et dont il venait d’entretenir un grand nombre de volontaires, parut à une des fenêtres du Tapis vert, ayant auprès de lui le maire et M. de Chaunac, capitaine des volontaires. Il parla avec énergie de l’âme et du sentiment à une foule innombrable de peuple répandue d’un bout de rue à l’autre ; il lui témoigna d’abord le désir qu’il avait de le voir heureux et tranquille ; que le moyen d’assurer cette tranquillité dépendait de lui, qu’il ne pouvait pas douter que le retour de la paix de la ville de Montauban ne tint infiniment à cœur à l’Assemblée nationale et au roi, et que l'élargissement des prisonniers produirait cet effet; que, connaissant depuis longtemps le courage et la générosité des Montalbanais, c'était par la confiance qu'il avait dans leur caractère, qu'il avait pris la résolution d'envoyer au 'commandant du détachement l'ordre de se disposer reprendre le chemin de Bordeaux, qu'il allait lui dépêcher son frère pour cela ; et qu'il resterait en otage parmi eux. En finissant, il lut la lettre dont son frère allait être chargé.

Le peuple applaudit avec transport. M. Dumas descend à l'instant, embrasse son beau-frère qui part au milieu des applaudissements. On propose à M. Dumas de profiter de l'enthousiasme du moment. D'un autre côté, on craignait de hasarder une sortie si souvent contrariée sans n’avoir pris aucune précaution, lorsqu'un jeune volontaire nommé Gerlié, député par le peuple, vint demander en son nom que les prisonniers sortissent à l'instant. Aussitôt M. Dumas, le maire, les officiers municipaux et les citoyens qui se trouvaient là se portent à l'envi vers les prisons. M. Dumas, avant d'entrer dans la cour du Sénéchal, se tourne vers le peuple, et lui dit qu'il s'est rendu là à ses ordres, et non pour lui en donner «vous m'avez fait demander la liberté de vos frères, avons-nous besoin pour cela de forces étrangères ? » On lui répond que non. « Jurons tous, leur dit-il alors, par la majesté du Dieu qui habite plus particulièrement dans ce temple (en indiquant   paroissiale qui est en face), que vous défendrez les jours de vos frères captifs s'ils étaient attaquées.

« Nous le jurons! » répondit avec fermeté le peuple attendri.

On court aux prisonniers, on les embrasse, et ils serrent dans leurs bras leurs libérateurs. Ils sortent de la cour et sont vus avec attendrissement par le peuple qui applaudit à leur sortie. Les officiers municipaux et les citoyens qui étaient venus avec eux se distribuent dans les différents quartiers, et ramènent les protestants jusque dans leurs maisons. Cependant, à mesure que les prisonniers paraissaient devant le peuple, M. Dumas le louait de sa générosité, de son courage et de sa bonté. .Enfin, il appelle le député du peuple qui était venu demander la liberté des prisonniers, l'embrasse et lui fait présent d'une médaille représentant l'entrée du roi à Paris, le 6 octobre (5)

Tel fut le 10 mai, jour à jamais néfaste dans les annales du Midi ; car après avoir couvert Montauban de deuil, ce jour allait engendrer à Nîmes les plus sanglantes représailles.

Mary-Lafon

 

1 ) L'auteur d'un livre intitulé Éclaircissements historiques en réponse aux calomnies dont les protestante sont l’objet t. 1 p. 72) dit que les dragons avaient hasardé une décharge à poudre. M. Arnac, officier municipal encore vivant, assure que M. de Chaunac, capitaine des volontaires, en fut fessé légèrement.

2 ) Archives municipales de Montauban. (Registre pour servir aux délibérations du conseil municipal, folios 18, 32, 37, 45, 60, 61, 62, 65.) — Rapport des malheurs dont la ville de Montauban a été affligée le 10 mai 1790, fait à l'Assemblée nationale par les citoyens militaires de ladite ville qui furent emprisonnés dans cette désastreuse journée; 32 p.— Relation de l'horrible aventure de Montauban, 50 p.— Manifeste de la municipalité de Montauban, 24 p.— Rapport fait à l'Assemblée nationale le 22 juillet 1790 au nom de son comité des recherches, par P.-.T. Vieillard; 67 p.

3 ) Archives municipales de Montauban, livre jaune, fol – 3

4 ) Archives municipales de Montauban, livre jaune t. 1 dol 2-3 et 4. Ce récit est signé par M. de Cieurac, maire, guillotiné depuis, ainsi que Chaunac, pour l’affaire du 10 mai ; Teulières, Vialettes d’Aignan, de Gironde, Bernoy, Mialaret, Satur, Arnac (vivant encore), Vignials.

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 16:41

Rappel : Le 10 mai 1790 le peuple catholique de Montauban se révolte contre la révolution, et la journée se termine par 5 morts du côté des « patriotes », beaucoup de blessés et 53 prisonniers du côté « patriote ». Cet événement sera national et s’inscrit dans une action contre-révolutionnaire qui commença en avril à Toulouse, et se poursuivit en juin à Nîmes.

Dans son Histoire socialiste de la révolution Française, Jaurès consacre un important chapitre aux questions religieuses de 1790 au moment de la Constitution civile du Clergé. Il en profite pour répondre aux positivistes d’Auguste Comte qui s’étonnaient, au moment où il écrivait son livre, que la Constituante n’ait pas réussi à imposer la séparation de l’Eglise et de l’Etat (à propos du livre de J. Robinet : Le Mouvement religieux à Paris pendant la révolution, Paris 1896-1898, 2 vol.)

 

Jaurès rappelle le contexte religieux :

« Qu'on se figure bien qu'en 1789 et 1790, pour presque tout le peuple de France, le catholicisme était si étroitement mêlé à la vie nationale et privée qu'il en semblait inséparable. Qu'on se figure bien que le roi, jugé par eux nécessaire, avait été sacré par l'Eglise; que toute leur vie personnelle et domestique reposait sur une base catholique, que l'Eglise seule tenait les registres des naissances, des mariages, des décès, et que, sauf les rares fêtes données à l'avènement des rois, il n'y avait d'autres fêtes, d'autres cérémonies que celles où l'Eglise déployait la magnificence du culte.

Qu'on se souvienne que la royauté persécutrice avait eu pour complices les passions religieuses du peuple, que le fanatisme populaire avait, même au temps de la Ligue, entraîné le pouvoir royal ; et que, depuis, c'est aux applaudissements de la multitude catholique que les protestants avaient été persécutés.

Qu'on se souvienne encore que, dans le mouvement révolutionnaire même, une partie du clergé, sans renoncer en rien à l'intolérance systématique de l’Eglise, avait pris parti pour le peuple contre les nobles et contre l'impôt ; et qu'ainsi, jusque dans son origine, jusque dans la rédaction des Cahiers, la Révolution semblait mêlée d'un peu d'Eglise.

Qu'on note les innombrables mouvements du peuple se portant aux églises pendant les premières années de la Révolution, pour associer la religion aux grands événements nationaux; »

 

J’ai mis en gras : « c'est aux applaudissements de la multitude catholique que les protestants avaient été persécutés » pour rappeler que le peuple angélique (les persécutions contre les protestants furent le fait d’un peuple certes fanatisé, mais du peuple tout de même) n’est pas dans la philosophie de Jaurès. C’est ce qui s’est passé à Montauban le 10 mai 1790 et encore au moment des émeutes de Fructidor an III.

 

Il rappelle le contexte politique :

« Qu'on prenne garde que, dès 1790, la contre-révolution commençait à provoquer dans les pays mêlés de catholiques et de protestants des mouvements fanatiques et qu'à Montauban, comme dans le Gard, la vie des patriotes fut en péril. »

C’est là qu’il mentionne les événements de Montauban.

 

Il montre le pragmatisme de la Constituante :

« Ou bien le peuple aurait interprété cette rupture officielle de l'Etat avec l'Eglise comme une déclaration de guerre à la religion elle-même, et dans l'état des esprits, avec les habitudes mentales de l'immense majorité des paysans et des ouvriers de l'époque, c'était une arme terrible aux mains des agents de la contre-révolution. Ils le savaient bien lorsqu'au mois d'avril 1790 le bénédictin dom Gerle, pour arrêter la marche de l'Assemblée qui expropriait l'Eglise, préparait la Constitution civile et créait les assignats, proposa tout à coup à la Constituante de déclarer la religion catholique « religion nationale » [12 avril 1790] ».

 

J’ai mis en gras déclarer la religion catholique religion nationale ou religion d’Etat car c’était en effet la revendication du peuple catholique de Montauban (4000 manifestants sur 15 000 habitants) et cette revendication qui existait donc encore, est souvent peu mentionnée.

 

Conclusion :

En fait, d’après Jaurès, l’erreur fondamentale des amis d’Auguste Comte c’est leur confusion entre pouvoir spirituel et pouvoir religieux. Pour Jaurès le doute n’est pas permis : « Il n’y a pas de pouvoir temporel qui dure s’il n’est pas en même temps un pouvoir spirituel, c’est-à-dire s’il n’a pas une suffisante force et un suffisant désir de vivre pour se formuler lui-même en droit et pour s’élever à l’idée. »

Il confirme un peu plus loin :

« Il faut que toute la vie de tous les hommes,  jusque dans le détail des métiers, soit pénétrée par un idéal de justice, de science et de beauté, et il faut que cet idéal au lieu d’être monopolisé et interprété par une caste spirituelle soit constamment renouvelé, vivifié par l’expérience de ceux qui vivent et agissent, par le mouvement de l’activité «temporelle».»[1]

 

Ce qui conduit Jaurès à porter ce jugement sur Marx : « La thèse de Marx, qui montre dans les grandes conceptions juridiques ou religieuses, un reflet lointain de l’ordre réel du monde, est le contraire de celle de Comte, et elle est bien plus profonde et plus vraie. »

 

Ce moment crucial de l’histoire de France, le tournant concret de 1790 sur le plan religieux – et Jaurès le développe par la suite – aura des répercussions solides à travers les décennies. L’Assemblée constituante saura, entre le possible et le souhaitable, apporter la pierre révolutionnaire qui rendra l’événement montalbanais sans bénéfice pour la contre-révolution, alors qu’il aurait dû en être un chant de victoire. Sur ce point, la conscience du danger, dans les rangs des révolutionnaires, a pu seule éviter le pire avec une intervention de forces extérieures à la ville, la garde nationale de Bordeaux. A Montauban, dire « le pouvoir au peuple » c’était dire le pouvoir à la contre-révolution, car le peuple était sous une triple influence de choc : l’évêque et le maire très antirévolutionnaires, et des protestants révolutionnaires massivement exploiteurs dans leurs usines, de ce peuple (qui ne pouvait en déduire que la révolution était pour lui).

Cette conscience du danger sera moins nette quant à la stratégie contre-révolutionnaire du roi et de son équipe.

J-P Damaggio



[1] P. 799 Editions Sociales de l’Histoire socialiste de la Révolution Française

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 16:36

Melechon-en-l-an-2000.jpg

 

A Marianne, Nicolas Domenach a traversé toutes les mutations de l’hebdo au chapitre journaliste politique. Peut-être grâce à sa position centriste ?

Relire aujourd’hui son portrait du Mélenchon de l’an 2000 n’est pas sans charme. Avec une illustration adaptée. « La prise du ministère de l'Enseignement professionnel ressemble à la chute de Saigon. » Mélenchon donne en effet la sensation d’avoir été toujours au cœur de la plus grande bataille. Il est le héros d’un univers où les héros sont fatigués. Il se relève toujours comme le mot de la fin de l’article l’indique bien : « Mais la preuve d'une inégalable volonté combattante ». Cette volonté fait, qu’à son actif, il ne compte aucune bataille perdue. Et quand on ne perd pas, c’est qu’on ne se trompe pas…. Sauf que… Jean-Paul Damaggio

PS : Son mitterrandisme n’est-il pas surprenant ? Même en champion du Front de gauche, il n’a toujours eu que des mots tendres pour son mentor. Quelqu’un m’expliquera ? JPD

 

 

« Melench » l’enchanteur

Que sa joie demeure... Car, si la joie est contagieuse, plus encore que la souffrance, alors Jean-Luc Mélenchon va faire un malheur Depuis qu'il est ministre de l'Enseignement professionnel, le coleader de la Gauche socialiste irradie. Il est le soleil qu'il n'y a pas dehors, heureux d'être enfin aux manettes, de pouvoir agir, « sans renoncer », jure-t-il, à la radicalité de son discours antilibéral. Pourquoi mégoter son plaisir : d'enfant de petit fonctionnaire natif d'Oran, élevé à « Casa » (blanca), « exilé » en Normandie, grandi dans le Jura ; deux ans enfant de chœur, trois ans enfant de troupe trotskiste (OCI), vingt- trois ans d'adolescence PS en contestataire avec son complice « Juju » (Julien Dray), plus jeune sénateur de France, mais menacé d'y finir en grande gueule de service car son hyper-mitterrandisme ne lui a jamais réussi. Deux fois « le Grand Frisé» (Jospin) avait fait mine de l'appeler, la troisième se révèle la bonne. Ses adversaires prétendent qu'il a appris à se modérer, lui proteste de sa liberté et affirme : « Je ne deviendrai jamais raisonnable. » Porté au pouvoir, il veut croire que c'est par le « mouvement social ». « Mélench l'enchanteur» excelle dans la fresque historique. On voit les masses se lever derrière lui hérissées de révolte et de fraternité, là où ne semblaient émerger que de sporadiques expressions contestataires. Les clochards épiques font la fronde... Abel Gance, à côté de lui, manque de souffle. La prise du ministère de l'Enseignement professionnel ressemble à la chute de Saigon. On va voir ce qu'on va voir... La Gauche socialiste constituée en aile gauche de la gauche plurielle, prenant la place des Verts et du PC, cognant sur Fabius-Blair et leurs complaisances libérales, réinventant le Mouvement et les valeurs républicaines contre le conservatisme allié au cosmopolitisme du marché. Le combat «mélenchonesque» commence par ce monde de l'enseignement perclus d'interrogations existentielles, désorienté par le passage du typhon Allègre. Il devrait être rassuré par le nouveau ministre. Mélenchon a constitué un cabinet politique et très peu techno. «Une grosse faute », assure-t-on dans les sphères du pouvoir. Peut-être... Mais la preuve d'une inégalable volonté combattante. Nicolas Domenach Marianne 24 au 30 avril 2000

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 14:25

image-manif-quebec.jpg

Comme nous l’avaient indiqué Jacques Desmarais (voici un mois jour pour jour) et les Québécois présents au Marathon des Mots de Toulouse, le premier ministre Charest vient de fixer les prochaines élections au 4 septembre (nos amis tablaient plutôt sur le 11 septembre). Hasard du calendrier : le lancement de la campagne électorale coïncide avec la date de la centième manifestation. Le quotidien, Le Devoir, vient de rendre compte de cette manif avec le nom d’un seul homme politique, Amir Khadir. Les urnes vont-elles effacer les manifs ? Les urnes vont-elles confirmer le pouvoir de Charest ? Des incertitudes que nous allons suivre.  JPD

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-printemps-quebecois-a-toulouse-107646216.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-le-quebec-a-la-veille-d-elections-107646085.html

 

100e manifestation nocturne à Montréal - Place aux casseroles électorales

Valérian Mazataud   2 août 2012  Élections 2012

Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir

Plusieurs milliers de personnes ont ressorti hier casseroles et carrés rouges à Montréal, soulignant bruyamment le début de la campagne électorale.

Pour la première fois depuis plus de cinq semaines, les rues de Montréal ont à nouveau résonné du tintamarre des casseroles et des slogans, alors que le jour du déclenchement des élections coïncidait avec la centième manifestation nocturne.

Le mot d’ordre était lancé depuis plusieurs heures dans les réseaux sociaux. Déjà les mots clics #manifencours et #casserolesencours piaffaient d’impatience sur Twitter. Pour cette centième manifestation nocturne, et ce premier jour de la campagne électorale, ils seraient nombreux, et ils seraient armés… de leurs fidèles casseroles, prêts à revivre les grandes heures de la contestation du printemps dernier.

Dès 19 h, les plus motivées des casseroles, accompagnées de leurs manifestants, battaient le pavé et la mesure à l’angle de Saint-Denis et de Maisonneuve. 19 h 15 et la troupe de quelques dizaines de marcheurs se met en branle, vite rejointe par des étudiants poussant un cube rouge géant. Quelques minutes plus tard, dans Hochelaga-Maisonneuve, un groupe similaire se met en route le long de la rue Ontario, direction place Émilie-Gamelin.

Le long de Saint-Denis, la troupe prend de l’embonpoint à chaque coin de rue. Parfois c’est un père et son fils, équipés d’un presto et d’une spatule, parfois c’est un véritable contingent de plus de cent personnes posté à l’angle de la rue Beaubien.

Métro Rosemont, un groupe plus large encore se joint aux autres. Une arrestation y provoque une brève altercation entre quelques grappes de manifestants et des policiers visiblement dépassés. Un manifestant a ensuite été blessé lorsqu’il a été heurté par une automobile à l’intersection Saint-Denis et Laurier, ont indiqué divers médias. Le conducteur ne s’est pas arrêté.

 

Charnière

« Je ne pense pas que ce soit de la nostalgie de sortir ses casseroles ce soir. Au contraire, c’est le début de quelque chose de nouveau », estime Catherine Elly, une résidante du quartier de La Petite-Patrie. « C’est un moment charnière », ajoute son voisin Frédéric Thériault, dont la cuiller en bois fêlée semble déjà avoir vécu quelques batailles.

Quelques coins de rue plus loin, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, rejoint le cortège. Que la centième tombe le jour du déclenchement des élections semble un signe du destin pour le député de Mercier, « le destin de M. Charest », précise-t-il. « Vivement les élections, alors que la campagne débute dans une telle ambiance de fête. […] Le Québec est prêt pour une métamorphose, et ça ne viendra pas uniquement des élections, mais aussi des manifestations. »

Pour d’autres cependant, il est important de recentrer le débat : « On n’est pas là pour faire tomber Jean Charest, on est là pour demander la gratuite scolaire », rappelle Catherine Brown, heureuse de manifester à nouveau après une longue pause.

Pour Jaggi Singh, un organisateur communautaire et activiste politique bien connu de Montréal, les élections ne doivent pas distraire les manifestants des véritables enjeux, qui sont la gratuité scolaire, mais au-delà, la remise en question du système néolibéral dans son ensemble. « Il ne faut pas tomber dans le piège des élections, le mouvement est dans la rue, dans la communauté [il ne passe] pas par les urnes. »

À 21 h, c’est une foule de plusieurs milliers de personnes qui atteint la place Émilie-Gamelin, alors que la nuit est déjà noire. Les manifestants choisissent de se diriger vers le sud, alors que le Service de police de la Ville de Montréal déclare la manifestation illégale, mais tolérée en l’absence d’actes criminels. Elle prévient cependant sur son fil Twitter : « L’utilisation de fusils à eau envers les policiers ne sera pas tolérée et passible d’accusations criminelles »…

 

Vives tensions

Les tensions ont été parfois vives entre les manifestants et les policiers qui ont utilisé des gaz irritants, ainsi que des bombes assourdissantes et tenté de contenir la foule à divers moments. D'ailleurs, les forces de l'ordre étaient parfois discrètes, mais tout de même nombreuses.

Vers 22h30, les policiers ont ordonné la dispersion de la foule, mais les manifestants ont continué à déambuler dans les rues du centre-ville, la quasi totalité de façon pacifique.

Les policiers ont dû intervenir après que des manifestants eurent tenté de construire une barricade de fortune sur la rue Sainte-Catherine, où se tenait le 12e festival Mode et Design de Montréal.

L'importance de la manifestation a contraint le Service de Transport de Montréal à avertir ses usagers que certaines lignes pouvaient être perturbées.

Certaines personnes s'étaient déguisées pour se moquer du règlement anti-masque adopté par la ville de Montréal. L'une d'entre elles avait opté pour un déguisement de... lapin. La plus connue de toutes ces mascottes, l'Anarchopanda pour la gratuité scolaire, était également présente.

Une personne, qui ne participait à la manifestation a également été blessée. Atteint par un projectile, l'homme saignait du visage.

Le SPVM a dispersé la foule sur Saint-Catherine Est peu après minuit. Le compte Twitter du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) a indiqué la fin de la manifestation par la suite. Au moins une quinzaine d’arrestations ont été effectuées, pour utilisation de pièces pyrotechniques, pour méfaits et pour avoir lancé des projectiles aux policiers, a indiqué le SPVM.

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 14:20

L’an dernier c’était La Belle Hélène :

http://la-brochure.over-blog.com/article-bruniquel-et-offenbach-80707060.html

D'une femme, on passe à une autre.  Cette année la pièce retenue pour le Festival de Bruniquel, c’est la Périchole. Un dépaysement au Pérou qui ne peut masquer les allusions à l’actualité de la pièce, en 1868. D’ailleurs comme chaque fois le chef d’orchestre, Jean-Christophe Keck, un grand connaisseur d’Offenbach, fera un peu de pédagogie pendant le dernier changement de décors : la chanson qui structure la pièce, il grandira, il grandira, il grandira car il est espagnol fait référence à l’impératrice de l’époque qui était espagnole et prenait de plus en plus de pouvoir ; quelques traits caractéristiques du vice roi du Pérou ressemblaient étrangement à ceux de Napoléon III, comme le désir de se masquer et de chercher de belles jeunes femmes. Pouvait-on lire dans cette pièce l’annonce d’une fin d’Empire ? Le prisonnier qui sort de sa malle où il est depuis douze ans ajoute aux parallèles.

 

Mais laissons ces considérations pour en revenir à l’art dont le héros dit dans la pièce, qu’au moins lui n’a pas faim, comme c’est le cas des deux pauvres artistes populaires au cœur de l’opéra bouffe.

L’art commence par l’immense marionnettiste sur échasses qui fait des premiers acteurs, des nains. Avouez tout de même que, débuter avec un roi manipulé par les fils d’un tel artiste, ce n’est pas commun quand le pays est sous les ordres d’un empereur !

L’art populaire continue avec les chanteurs de rue, avec le carnaval, avec cette fête qui peut prendre place grâce au vaste cadre du lieu, et à l’appel répété fait, par le maître d’œuvre Franck T’Hézan, à des acteurs bénévoles du village ou des environs. Le choix de l’opérette permet l’introduction y compris d’enfants en grand nombre, ce qui donne au spectacle un côté encore plus émouvant. La direction artistique n’en est pas simplifiée mais le résultat est toujours là : un soutien massif du public.

 

L’intrigue est faite de rebondissements assez faciles où les masques et le vin font la joie de l’ensemble, une joie renforcée par les couleurs magnifiques des costumes et des perruques.

 

Le peuple sort vainqueur de l’affaire tandis que les autorités ne sont pas très à l’honneur à cause de leur hypocrisie, de leur puissance mal placée, de leur corruption, toutes choses communes à travers l’histoire.

 

L’important groupe de musicien et les voix des artistes rendent l’ensemble féérique.

Nous n’étions pas assez bien placés pour pouvoir, comme l’an dernier, offrir quelques photos du spectacle mais quel bon moment. Jean-Paul Damaggio

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 14:26

Je viens de m’offrir une relecture de Sabotage Olympique où Vazquez Montalban s’est offert un feuilleton en direct pendant les J.O. de Barcelone en 1992. El Pais et la Stampa ont publié en parallèle aux J.O. officiels les J.O. absurdes tels que les a vécus contre son gré Pepe Carvalho. Pour la première fois le détective reconnaît qu’il n’est plus maître de son sort, un sort qui petit à petit lui échappera jusqu’à ce qu’il ne trouve de repos que dans une prison de Barcelone.

En 1992 Manolo-Pepe s’était promis de rester enfermé chez lui pendant les J.O. mais voilà, deux quotidiens l’invitent à réagir : peut-il refuser de donner sa version des jeux ? Il va donc appeler au secours son cher Pepe. Il est sorti de chez lui par les autorités des J.O. afin de partir en quête de disparus et d’éclaircissements au sujet de record plus que louches. Dans ce livre, Vazquez Montalban signe un retour à l’écriture subnormale que j’appelle sous-réaliste. Le grand Samaranch va être enlevé dans un univers loufoque où Bush persiste à confondre Barcelone et Badgad qu’il souhaite bombarder.

 

Vingt ans après ce n’est pas la guerre de Yougoslavie qui fait rage mais celle de Syrie et dans les deux cas nous sommes sommés de choisir entre la peste et le choléra. Depuis que la guerre froide est congelée, les guerres sont là de plus belle mais pas belles, pas belles….

 

Entre le feuilleton, et le roman publié ensuite, il y a bien sûr quelques ajustements. Ce feuilleton, je le lisais alors dans la Stampa d’où ma surprise quand page 23 de la version française je découvre l’expression : « socialisme royal » alors que côté italien Hado Lyria avait bien traduit : « socialismo reale ». En espagnol royal et réel, c’est le même mot… mais je penche plutôt pour le fameux « socialisme réel ».

 

Le hasard fait qu’aujourd’hui Gore Vidal vient de mourir et vous me direz : quel rapport avec Montalban ? En 2001, l’écrivain catalan a préfacé un recueil d’articles de Gore Vidal publié sous le titre : Patria et Imperio. « L’écriture de l’exil intérieur » nous indique en titre MVM qui pour sa présentation s’appuie sur les écrits de son complice de toujours José Maria Valverde. Gore Vidal le provocateur, Gore Vidal le critique de la société des USA, Gore Vidal l’écrivain ? Gore Vidal l’amant de Jack Kerouac ? En fait Vazquez Montalban semble trouver chez l’écrivain nord-américain un cas de rébellion qui, même s’il n’est pas toujours d’accord avec lui, mérite largement de vivre. Et moi, je sais très bien que cet écrivain typiquement nord-américain était tout autant un Italien… Jean-Paul Damaggio

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:46

slimane-telerama.jpg

 

J’étais, dans mon hamac, en train de lire Sabotage olympique de Vazquez Montalban, quand Marie-France m’a alerté : Slimane Azem est en Une de Télérama. Luc Desbenoit a fait un bel article estival. Le film de Samia Chala et  le travail de Mouss et Hakim est à l’honneur. C’est génial. Le parcours des retrouvailles affichées entre Moissac et le chanteur kabyle est parfaitement émouvant. Je retiens deux moments fabuleux : « Kader Selam né à Moissac en 1974 aurait pu découvrir très vite la notoriété d’Azem. Il lui aurait suffi d’en parler à sa mère, venue d’Algérie avec son mari, un ouvrier agricole aujourd’hui décédé. Elle savait. Forcément. "Je n’y ai même pas pensé. Mais quad j’ai compris l’immense talent de ce monsieur, j’ai vraiment eu l’impression d’être tombé sur un trésor enfoui. "»

Slimane Azem est mort en 1983, Kader avait presque dix ans mais il ne savait pas.

Autre moment fabuleux, quand Jean-Paul Nunzi est interrogé. Maire depuis 1983 : « C'est dire s’il connaît ses Moissagais. Et pourtant, il n’en revient pas : la veille, il a découvert les résultats stupéfiants du second tour des élections législatives. Le Front national recueille 44% des voix ! » « Je suis navré de voir désormais des jeunes filles éduquées, que je connais depuis toutes petites, être mariées de force avec un cousin analphabète du bled. Avant je célébrais beaucoup de mariages mixtes…» Slimane, que s’est-il passé ? C’est la première fois que je lis Jean-Paul Nunzi affirmant ce massacre : le mariage forcé…

 

Peut-être, et pourtant je suis un piètre puriste, une observation sur un mot : l’exil ! « Un adolescent arraché à sa terre en 1937 [il avait 19 ans] pour subvenir aux besoins de sa famille, l’exil, ses déboires en France… » En 1937, l’Algérie c’est la France et en fait, le voyage d’Alger à Paris, c’est au mieux une immigration intérieure. Le temps de l’exil viendra plus tard… au moment de l’indépendance quand l’Algérie refusera à Slimane le droit de revenir dans son pays. Contre son gré, Azem passera du statut d’émigré à celui d’exilé et cette originalité témoigne des pires malentendus entre les deux pays, malentendus qui s’aggravent quand on se souvient du cas Kabyle.

 

Il m’est arrivé d’écrire une brochure sur Slimane Azem où j’aurais aimé rassembler la mémoire locale sur le chanteur qui, de Montauban à Moissac, a encore d'anciennes connaissances. Je me suis contenté d’une présentation basique et, même si elle a eu peu de succès, je garde le témoignage de cette personne, amie du chanteur, qui dernièrement me disait son émotion en la lisant. Je souhaitais rompre les barrières entre d’un côté l’univers kabyle où Slimane est en effet très célébré, et celui du quotidien local où il est très oublié. J’y célèbre un journaliste de La Dépêche sans que le journal ai jugé utile de présenter la brochure, et quant à la Maison de la Presse, elle n’a pas eu besoin de la caser dans un coin caché du magasin…

 

Slimane Azem est sur les rayons des disquaires, un CD vient se sortir et qui reprend tes chansons les plus célèbres alors vive la poésie. JPD

Quelques liens parmi d'autres :

 

http://la-brochure.over-blog.com/article-24402771.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-21495457.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-20240686.html

http://la-brochure.over-blog.com/article-slimane-moissac-le-peuple-en-chansons-42554544.html


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