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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 14:38

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Après avoir réfléchi au refrain bizarre de la chanson du bouvier : a-e-i-o-u, ce qui l’avait conduit en terres cathares, Alain Mariet offre son témoignage sur la fonction des quatre religions monothéistes. En 28 pages il résume les dites religions, il ne méconnaît pas leur fonction de consolation, il pense cependant que par le dialogue on peut échapper à l’enfermement qu’elles produisent.

Il y a vingt ans, cette brochure ne serait sans doute pas née sous sa plume mais nous assistons à une offensive des religions – dans leurs différences – qui incite à réagir.

Alain Mariet montre clairement que sans être un connaisseur de tous les textes religieux, il a cherché à comprendre les liens et différences existantes entre elles.

Pour le christianisme il n’entre pas cependant dans l’écart entre catholiques et protestants, de même qu’il ne cherche pas à analyser les extrémistes de chaque camp : « de plus je ne prendrais pas en compte les expressions intégristes de ces religions. Elles sont totalitaires et extrémistes, irrationnelles et anachroniques, incompatibles avec les réalités du XXIe siècle. »

Il s’agit donc d’interroger le fait religieux en lui-même.

28 pages, 4 euros, format A5, port comppris

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 16:38

Voici la fin du tome II de l’Histoire politique, religieuse et littéraire du Midi de la France : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours écrite par Mary-Lafon entre 1830 et 1840. Déjà par le titre le projet est révolutionnaire puisqu’il mêle politique, religion et littérature fait rare dans l’histoire de France de l’époque. Et de plus, une histoire du Midi !  Notons tout de suite qu’il ne parle jamais de cathares. Si les vaudois sont évoqués se sont les Albigeois qui sont au cœur de l’édifice. L’historien articule en permanence les questions religieuses et sociales comme on le fait encore rarement aujourd’hui, et pas seulement pour traiter de la Croisade contre les Albigeois. Par cette fin de croisade qui laissa sur place quatre cents mille cadavres (traduit aujourd’hui c’est pire que la première guerre mondiale), Mary-Lafon montre comment on découvre la raison… car il y a des raisons que parfois l’on ignore… JPD

P.S. Mary-Lafon a traduit l'oeuvre littéraire fondamentale de cette période, le grand texte en occitan de Guilhem de Tudela et d'un aninyme : La croisade contres les Albigeois

 

 

Fin de la Croisade contre les Albigeois

Nous connaissons assez la croisade pour la juger maintenant : conçue par les clercs italiens, exécutée par les barrons de France, elle fut à peu près exclusivement l'œuvre de l'étranger. La ruse habile des premiers et la brutale barbarie des seconds, en envahissant les contrées méridiona1es, y trouvèrent deux obstacles très grands, le développement des lumières d'abord et ensuite l’établissement municipal. Si d’un côté les délégués de Rome étaient effrayés de ce progrès de la civilisation et des lettres, poussé jusqu'au point de mettre le catholicisme en question et, de lui substituer une forme religieuse nouvelle, de l'autre les barons absolus du nord ne devaient pas moins s'épouvanter en voyant surgir entre eux et leurs vassaux une classe forte, riche, éclairée, qui se déclarait fièrement indépendante, et qui avait des tours assez hautes, et des remparts assez épais pour soutenir ses prétentions. Sentant parfaitement tout ce qu’un pareil état de choses pouvait offrir de périlleux, ils tournèrent principalement leurs efforts contre les villes municipales et cherchèrent à les affaiblir et à les ruiner en toute circonstance. Ainsi, tandis qu'ils traitaient assez facilement avec les châteaux, la rigueur la plus inflexible était déployée contre les villes, comme à Béziers, Carcassonne, Lavaur, Graves, Marmande, Cassaneuil, où le sang coula par torrents. Et ce qui prouve que les villes ne se méprenaient point sur les motifs de cet acharnement, c'est qu'elles levèrent presque partout la bannière contre la croisade ; que Marseille, Arles, Avignon vinrent d'elles-mêmes se jeter dans la querelle pour soutenir Raimond, et que Toulouse ayant à lutter à la fois contre Rome et Paris ne céda jamais un pouce de son terrain libre.

En cette occasion la comtesse Alix était fort tranquille dans le château Narbonnais, lorsqu’elle en tendit un grand tumulte du côté de la ville. On vint en même temps lui annoncer que Raimond, suivi des comtes de Foix et de Comminges, reprenait possession de sa vieille cité. La fière comtesse battit de mains de colère en dépêchant en toute hâte un messager à son époux. Celui-ci, qui ravageait les bords du Rhône, accourut avec confiance, car il croyait avoir abattu te courage des Toulousains eu leur extorquant trente mille marcs et mettant leurs murs au niveau de l'herbe. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il trouva de nouveaux remparts, des tours garnies d'archers, et des palissades hérissées de lances ! Les bourgeois, les nobles, les riches marchands, les hommes, les femmes les enfants, tous avaient travaillé jour et nuit pour élever des lices, des barrières, des murs de traverse, des postes d'archers. Alors s'engage un combat acharné et de tous les instants entre la ville et le château. Les nobles comtes de Foix et de Comminges, les braves Montaut, de Montpezat, Montaigut, La Barthe, La Mothe, Saint Béat, Pestillac, Arnaudon, Caraman frappent les écus, brisent les heaumes el jonchent la terre de morts. Vive Toulouse, qui a maté les superbes ! La croix vient d’abreuver le lion de sang frais, et les rayons de l’étoile illuminent ce qui était obscur ! (1)

Le courage de ses Bretons échouant au pied de ces fortifications improvisées, Montfort eut recours à l'art des ingénieurs. Des trébuchets de toute force furent dressés contre les murs et les battirent en vaine à plusieurs reprises une gatte pleine de ses meilleurs chevaliers roula jusqu'au bord des fossés, mais les haches des assiégés et le feu grégeois la forcèrent toujours de reculer. Et cependant le sang et les cadavres ne cessaient d'engraisser les gazons du Val de Montolieu. Sur ces entrefaites le jeune comte arriva dans la ville avec des renforts, et la défense devint plus vigoureuse encore. Le général de la croisade allait se déterminer à lever le siège, lorsqu’il voulut tenter un dernier effort. Un assaut est livré et Simon, déployant cette intrépidité ardente et ferme qu'on ne peut s'empêcher de louer en lui, s'approcha beaucoup plus des murs qu'il n'avait fait jusqu'alors. Les carreaux d'acier, les pierres et les flèches y tombaient comme une pluie d'orage. Blessé au flanc et à la tête, son frère Guy fut renversé à ses pieds; il le relevait en gémissant, lorsque d'un pierrier placé près du cormier de Saint-Sernin et que des femmes tendaient, une pierre partit et, venant droit où il fallait, écrasa le front de celui qui s'était joué tant de fois de l'honneur des femmes (2).

Cette mort releva les espérances du parti national. Les troubadours firent éclater aussitôt un long cri d'enthousiasme:

O Raimon, duc de Narbonne,

Marquis de Provence,

L'univers entier rayonne

De votre vaillance.

Car de la mer de Bayonne

Jusques â Valence,

Cette gent fausse et félonne

Fuit votre présence.

Car, plus brave chaque jour,

Ils vous font peur au retour

Comme perdrix au vautour,

Ces buveurs de France ! (3)

 

En perdant Montfort, les bourdonniers, comme le dit si bien l'évêque de Toulouse, perdaient en effet le grain et l'épi. Il était la tête et le bras de la croisade ; lui mort, tout cet édifice funèbre de la conquête, bâti sur des ruines et cimenté avec du sang, allait s'écrouler. Le conseil des croisés se hâta de lui donner une autre base. Amaury, le fils de Simon, fut d'abord élu son successeur.

Mais trop faible pour presser le siège, il dut l'abandonner et implorer l'appui du roi de France. D'accord pour l’œuvre de la croisade, Rome et la royauté s'étaient querellées autour du butin. Elles

en étaient même à la froideur, aux gros mots (4), parce que Rome se croyait la plus forte et que d'elle seule devait relever Montfort. Mais quand la Jaël toulousaine eut brisé le front de son Machabée, quand le buvedor (5) franc fut étendu sur la poussière avec la bannière déchirée de l'Église, l'Église se rapprocha de la royauté qu'elle menaçait ; elle redevint douce, flatteuse, caressante « Très excellent seigneur, écrivit le légat à Philipe-Auguste, notre amé et féal comte Amaury vous supplie, sous votre bon plaisir, de daigner accepter, pour vous et vos héritiers à perpétuité toutes les terres qu'il a, lui ou son père possédées ou dû posséder dans l'Albigeois et les contrées voisines. Nous nous réjouissons de sa proposition, ne désirant rien tant que de voir l'Église et ce pays gouvernés à l'ombre de votre nom et suppliant aussi affectueusement qu'il est en nous votre très-haute majesté royale, sous les yeux du Roi des rois pour la gloire de notre sainte mère l'Église et de votre royaume d'accepter l'offre susdite (6) — Le clergé se joint au légat.—

« Que Dieu, lui dit-il, qui vous a fait tant de fois un instrument de salut sur la terre, délivre par votre secours dans ces temps pour lesquels il semble vous avoir réservé, la sainte Église catholique rachetée par le Christ sur la croix au prix de tout son sang, de ceux qui la crucifient tous les jours dans l'Albigeois ; qu'il lui rende le culte de la foi chrétienne, et que pour immortaliser votre gloire il agrandisse et élève le royaume très chrétien des Francs ».(7)

La mort empêche Philippe-Àuguste d'accepter, ce sera Louis VIII à sa place. Mais, quelle que soit la douceur de son caractère, quelque respect qu'il mette aux pieds du pape, le roi va stipuler soigneusement ses conditions. Le seigneur roi de mande d'abord des indulgences, et la rémission des péchés pour lui et ses croisés : après ce premier tribut payé à l'esprit de son siècle, il exige pour les archevêques de Reims et de Bourges le pouvoir d'excommunier quiconque troublerait ses vassaux ou ravagerait les terres du roi et de ceux de sa suite ; l'investiture de tous les domaines des Raimond ; celle des vicomtes de Béziers, de Carcassonne et généralement de toutes les terres et pays situés, dans le royaume (8), pour être possédés par lui et ses héritiers à perpétuité. Il veut en outre qu'il soit formellement reconnu que tous fiefs donnés à son bon plaisir ou en récompense de quelque service dans cette guerre ne seront hommagers qu'envers lui seul (9).

A ce prix, le roi partit pour la croisade albigeoise ; mais héritier des instructions de sou père, initié à sa politique cauteleuse, il se garda bien de relever les affaires d'Amaury (10). Partout le peuple du midi brisait le joug apporté par les croisés du nord ; Louis assista paisiblement à ce spectacle, il laissa tomber peu à peu tout le pouvoir d'Amaury, et la veille de sa dernière chute, sous prétexte que les quarante-cinq joués fixés pour la durée de la croisade étaient expirés, il se retira. Amaury n'eut plus dés-lors que l'alternative ou d'un dépouillement complet, ou d'une cession de ce que le pape appelait ses droits. Il choisit ce dernier parti, et les vendit en 1224 pour l'épée de connétable, Aussitôt Louis lève le masque ; toujours armé du motif banal de la croisade contre les Albigeois, il s'avance du fond du nord suivi des comtes de Boulogne, de Bretagne, de Dreux, de Chartres, de Saint-Paul, de Rouci, de Vendôme, de Matthieu de Montmorency, de Robert de Courtenay, de Raynaud Vicomte d'Aubusson , du sénéchal d'Avignon, des vicomtes de Sésanne et de Châteaudun, de Savary de Mauléon, d'Henri de Silly, de Philippe de Neuterel, d'Étienne de Sancerre, de Raynaud de Montfaucon, de Robert de Poissy, de Folquet de Toulouse, l'évêque troubadour, l'ardent prédicateur de la croisade. Une multitude de soldats les suivaient, et, malgré toute sa bravoure, le jeune Raimond, qui avait succédé à son père sur le champ de bataille (11), écrasé par le nombre, fut obligé de reculer devant l'oriflamme rouge de France Louis VIII s'apprêtait à lui porter le dernier coup, croyant déjà tenir sous ses pieds tout le midi envahi, lorsque la mort alla frapper au château de Montpensier, où il s'était retiré, et le renvoya à Saint-Denis, cloué dans un cercueil (12).

Après la mort de Louis VIII, Blanche de Castille prit, comme régente, les rênes du gouvernement de France. Les grands vassaux eurent d'abord grand' peine à reconnaître son pouvoir, et des troubles assez graves agitèrent la minorité de son fils. Ils servirent de répit à Raimond-le Jeune, placé en face de Beaujeu, que Louis avait laissé dans la Languedoc avec des troupes, et qui en attendant la pacification du nord suspendit les hostilités. Cette pacification obtenue avec l'aide de Thibault, qui joua dans cette circonstance le rôle de Judas au profit de Blanche, Grégoire IX la fit souvenir du comte de Toulouse. Le pape prêcha une nouvelle croisade, la reine envoya une nouvelle armée à Beaujeu, et ce bandoulier du moyen âge, digne successeur de Montfort, couvrit tout de morts et de cendres Alors Raimond-le-Jeune entouré de trahisons, navré des maux que souffraient ceux qui lui étaient restés fidèles, après avoir continué vaillamment la lutte soutenue depuis vingt ans par sa maison, subit un traité dont voici les clauses principales.

Le comte demandera d'abord pardon à l'Église de tous les maux qu'il lui a faits;

Dans deux ans il prendra la croix des mains du légat, et ira combattre les Turcs pendant cinq années;

Il fera raser les murs de trente villes ou châteaux désignés par le légat, et commencera par démanteler Castelnaudary, Fanjaux, La Bessède, Avignonnet, Puylaurens, Saint-Papoul, Lavaur, Rabastens, Gaillac, Montaigu, Hautpuy, Verdun , Castel-Sarrazin, Moissac, Montauban, Agen, Condom, Saverdun, Àuterive, Cassaneuil, Puicelsis, Auvillar, Pujols, Peyrusse, Laurac, et huit autres places au choix du légat, qu'il ne pourra jamais rétablir, à moins d'en avoir obtenu la permission du légat et du roi de France.

Quand ces conditions seront remplies, le comte ira se constituer prisonnier dans la tour du Louvre entre les mains du roi ; et il n'en sortira point qu'il ne lui ait livré le château narbonnais, La Roche de Bèdes, Verdun, et sa fille Jeanne.

Jeanne épousera un frère du roi ; et si elle meurt sans enfants, le comté de Toulouse sera réuni à la couronne. Quant aux pays et domaines qui sont au delà du Rhône, dans l'empire, Raimond les cédera expressément, absolument et à perpétuité au cardinal Saint-Ange, représentant de l'Église (13).

 

Tel fut le traité rédigé à Meaux en 1228, et signé à Paris dans la tour du Louvre au mois d'avril de l'année suivante. Dans cette œuvre inique, la croisade avoua son but : le grossier intérêt temporel qui poussait Rome, la cupide ambition de la royauté s'y démasquèrent franchement ; on vit alors que les malheureux Albigeois n'étaient plus qu'un prétexte, et que ce drame terrible, qui marchait depuis vingt ans à travers le sang et le feu sur quatre cent mille cadavres, n'avait été joué jusqu'au bout que pour donner Avignon au pape et Toulouse au roi de France (14).

 

Notes allégées des textes en latin et occitan

(1) Petri Vallium Sarn. Hist. Albig p.113)

(2) Histoire originale de la croisade vers 6418

(3) Pierre Cardinal.

(4). Fleury. « Le cardinal de Bénévent ne fut pas content de l'arrivée de Louis, car, disait-il, ce païs... ; « Louis, qui était un prince très-doux, répondit qu'il se conformerait à sa volonté et à son conseil. ' (Idem.)

(5). Ivrogne. Sobriquet que le peuple donnait aux Français, qu'il appelait aussi taverniers, bourdonniers.

(6). Lettre du cardinal légat à Philippe-Auguste, 1222, Preuves de l'histoire de Languedoc, t.III)

(7) Lettre des évêques d’Agde, Nîmes, Lodève et du cardinal Conrad à Philippe-Auguste, 1222, Preuves de l'histoire de Languedoc, t.III

(8). C'était une précaution pour apaiser l’empereur et le roi d'Angleterre, qui, voyant clairement le but de la croisade se fâchaient déjà tout haut. Le pape leur écrivit en outre, et les conjura de laisser punir les Albigeois.

(Matthieu Pâris.) -

(9). Primo petit dominos tex quod ipse et omnes alti qui cum eo ibunt in Albigesiurn... (Ms. Colb., 16o.)

(10). Le prince Louis VIII vint au secours d'Amaury; mais il se garda bien de presser trop, les Toulousains pour mieux forcer Amaury à céder ses droits. (Père Benoît, dominicain, Histoire des Albigeois.)

(11) Raimond-le-Vieux mourut excommunié en 1222, et son cadavre, enfermé dans une bierre mal jointe, pourrit sans sépulture au milieu du cimetière de Saint-Jean, et certes on aurait bien pu écrire sur ces planches vermoulues la triste réflexion qu'il répéta si souvent en sa vie :

Il n'y a aucun homme assez puissant au monde

Pour me détruire si l'Eglise n'existait pas.

Histoire originale de la croisade vers 3806

(12) Bahuze, Histoire de la maison d’Auvergne.

(13) Suite de l'histoire originale en prose de la croisade ; Recueil des historiens de France, édit. par MM. Naudet et Daunou, t. xix, p. 48 — Preuves de l'histoire générale de Languedoc, t. III, p. 33.—G. de Podio Laurentii, cap. 3. Petri Valliuin Sarnaii hist. Albig., p. 111-  Bouche, histoire de Provence t. II, p. 308. — Catel , Hist. des comtes de Toulouse, p. 333.

(14) Ce fut ce qui donna lieu à nos monarques Philippe-Auguste, Louis huitième, saint Louis, Philippe-le-hardi d'appuyer les croisades, de fournir des troupes et de l'argent, et de les commander quelquefois eux-mêmes, parce que, sous ce projet nécessaire et avantageux à l’Eglise, ils entrevirent un moyen juste et infaillible de réunir à leur couronne ces provinces séparées en autant de petits souverains qu’il y avait de comtes (Père Benoît, dominicain, Histoire des Albigeois)

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 22:09

Résultats comparés

L’originalité de l’élection québécoise 2012 tenait à la traduction « politique » qu’allait produire l’imposante lutte des étudiants du pays (surtout ceux de Montréal), lutte largement soutenue par une partie de la population. Pour Jean Charest, qui décida de dissoudre l’Assemblée pour se sortir cette épine du pied, sa campagne menée contre les étudiants-enfants gâtés devait l’aider à l’emporter, avant que ne lui tombe sur la tête une autre tuile : les révélations de corruption.

 

La "droite"

Pour Jean Charest, ce fut une bataille de trop. Non seulement son parti a perdu (Le Parti Libéral (PLQ) passe de 42,08% en 2008 à 31,2% et de 66 à 50 sièges) mais lui-même n’a pas pu se faire élire député. Car en effet, si le système électoral anglo-saxon du pays a des inconvénients quant à la juste représentation de l’électorat, il a l’avantage de ne pas être une l’élection présidentielle : un leader politique peut se trouver à terre.

 

Ceci étant, son calcul n’était pas totalement erroné car, dans son camp, le bénéficiaire majeur de l’élection c’est un nouveau parti de droite (une droite ordinaire mais une coalition nouvelle) dont personne ne peut savoir s’il s’agit d’un phénomène éphémère ou stable.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) fondée par les rescapés de la défunte ADQ (droite) et des transfuges du PQ fait donc une percée spectaculaire passant de 16,37% et 7 sièges pour l'ADQ à 27,1% mais n'a que 19 sièges. Ce sont eux qui enregistrent la plus grande progression en captant l’essentiel du vote PLQ perdu.

Dans la tradition québécoise on peut aisément imaginer demain une alliance entre les vestiges du Parti libéral de Charest, et ce nouveau parti si un nouveau leader capable d’unifier l’ensemble émerge. Ensemble ils peuvent au moment où ils le choisiront faire chuter le nouveau pouvoir.

 

La «gauche »

En effet le Parti québécois ne peut prétendre être le grand gagnant de cette élection même s’il obtient à nouveau le poste de premier ministre. Il passe de 35,17% à 31,9% et de 51 à 54 sièges. Paradoxe : il perd des points de pourcentages mais gagne 3 sièges. Il n’aura pas de gouvernement majoritaire stable puisqu’il lui manque 9 députés.

 

Dans son « camp », malgré l’appel au vote « utile » du PQ, le gagnant est le petit parti Québec solidaire qui, non seulement a la joie d’obtenir la réélection de son député sortant (preuve qu’il a donné satisfaction) mais double le nombre de ses voix et fait élire une deuxième députée Françoise David, co-porte parole du parti qui s’était distingué au moment du débat des chefs à la télé. Concrètement ce parti passe de 3,78% à 6% et de 1 à 2 sièges.

 

Sans entrer ici plus loin dans les comparaisons, les avancées de la gauche aux dernières élections fédérales avec le vote NPD ne se retrouve pas dans l’élection du 4 septembre.

 

Résultats commentés

Concrètement, la lutte des étudiants qui a relancé l’enthousiasme politique (au sens large du mot), si elle a réussi à déstabiliser le système n’a pas suscité une avance large de la gauche. Le gain de QS compense juste la perte en pourcentage du PQ.

Pour moi c’est la confirmation qu’il n’y a pas de lien direct entre une lutte sociale et le résultat électoral immédiat. Parce que sans doute la bataille des idées met des années avant de se traduire en votes. Si on réduit Mai 68 en France aux résultats des élections législatives très à droite de juin 68, on rate totalement la vague de fond produite dans les consciences de tous bords, pendant toute la décennie 70. La victoire de Mitterrand en 81 a été une façon de conclure cette vague. Jean Charest a essayé de faire peur. Avec le temps cette peur va reculer et la nature des enjeux globaux de la lutte vont mieux apparaître. Il n’est pas impossible cependant que les élections servent parfois à imposer des reculs aux luttes sociales.

 

J’entends bien le propos suivant : « Mais quoi que la propagande de Québécor et Gesca inventera, personne ne pourra nier que pour la toute première fois dans l’histoire du Québec, les mouvements sociaux ont largement contribué à « faire tomber » un gouvernement parce qu’il refusait d’écouter sa population. Point ! Il faut le crier très fort. Il faut le célébrer ! » Michel Lambert http://www.cahiersdusocialisme.org/2012/09/06/on-avance-on-recule-pas/

Mais Québec solidaire n’a cessé de le répéter, faire tomber le gouvernement ne suffisait pas et si l’avancée de ce parti est réjouissante, elle est nettement inférieure à celle du CAQ qui apparaît davantage comme une alternative possible, si le PQ en situation fragile s’effondre. Je pense bien sûr que comme le PQ l’a promis il va annuler la hausse des frais de scolarité et à ce titre la lutte devient victorieuse. Ce qui permet de dire que les grèves étudiantes ne sont pas de même nature qu’Occupy Wall Street par exemple. D’un côté il y avait une lutte syndicale précise et de l’autre un mouvement vague qui s’est réduit à un moment de fièvre. Pour revenir sur ce rapport entre luttes et votes, je repense à la Révolution tranquille au Québec, qui des années après a donné naissance justement au Parti Québécois.

 

Voilà pourquoi je continue de penser que dans le monde, c’est la radicalisation à droite qui avance plus vite que la montée des gauches. Il appartient à la jeunesse de bien mesurer cette situation, pour s’engager plus fermement encore dans le combat politique organisé. Je pense à la jeunesse car c’est elle qui va être contrainte d’inventer un autre avenir et ce combat politique je n’en connais pas la meilleure forme tout en le sachant indispensable.

Jean-Paul Damaggio

 

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 22:07

Photo : premier plan Renat Pautal, au fond le béret légendaire de Jacme Serbat et entre les deux Mme Rey.

En toile de fond le dessin qui dans le livre la Croisade des Albigeois représente le siège de Moissac.

 

conference-moissac.JPG

Date fatale. Date majeure. Pour la fin d’un siège. Vous l’avez reconnu, le siège d’une croisade, celle contre les albigeois.

L’association Moissac Occitania a décidé de réveiller nos mémoires en consacrant trois journées à l’histoire de cet événement. Dans la ville de la puissante abbaye, la Croisade prenait une dimension encore plus énorme.

Je n’ai pu assister qu’à la conférence du samedi l’après-midi pour y retrouver les amis Pautal et Serbat grands connaisseurs de l’histoire de Moissac.

Une belle conférence-lecture rappelant les faits à partir des documents qui nous sont parvenus.

Je craignais un peu la lecture du vieil occitan de la Chanson de la Croisade, mais la voix sonore de Pautal, la traduction de Rolande Rey, et un texte particulièrement vivant ont permis de rendre le moment délicieux.

La Chanson de la Croisade existe en édition de poche avec texte en occitan et traduction d’Henri Gougaud, celle retenue par Rolande Rey même si parfois, tout en gardant l’esprit, elle s’éloigne de la lettre du texte.

Il s’agit là d’une œuvre littéraire majeure de l’histoire de France dont Mary-Lafon a été un des traducteurs sans que jamais il ne soit cité pour une raison que j’ignore.

Jacme Serbat a bien rendu les enjeux de cette croisade où Louis IX (« pour nous c’est Louis IX quand pour d’autres c’est Saint Louis » dit-il) gagnera ses galons de roi et où le comte de Toulouse perdra ses galons de comte.

 

Pour le cas de Moissac, à partir du témoignage de Guilhem de Tudela, le siège s’est terminé par la victoire de Simon de Monfort de sinistre mémoire après un accord se concluant par l’exécution des 300 « rouliers » (mercenaires) qui avaient aidé la ville. Il est surprenant qu’une ville aux ordres d’une telle abbaye ait réussi à tenir un long siège. La mort pour les soldats et de l’or pour les bourgeois.

Serbat rappellera qu’à Marmande ce furent des milliers d’habitants exécutés, fait que je ne connaissais pas, et conclura en disant que de cette hérésie il est resté un « esprit frondeur » dans nos régions.

 

Tout ceci m’a renvoyé vers mon cher Mary-Lafon dont je vais donner le point e vue dans un prochain article. Jean-Paul Damaggio

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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 21:55

vignoboul.jpg

 

En partant à la retraite, j’ai écrit le portrait de quarante enseignants que j’ai admiré, un pour chaque année passée au travail. Je découvre que petit à petit, ils meurent. Après Guy Catusse qui représentait l’année 1973, voici la page concernant Jean Vignoboul qui représentait l’année 1979. Aujourd’hui mon père vient de m’annonce sa mort.

En 1979, après les échecs de 1978, la crise au sein du PCF prenait une nouvelle tournure. Ce fut l’épisode Fizbin et Jean Vignoboul était de cette tendance. Sur la photo, il participe à sa dernière Conférence fédérale et le sait très bien. Il est devenu un indésirable à cause de ses critiques permanentes. Il aimait bien mes parents à qui il achetait ses légumes, sur le marché, tous les samedis. Dans le texte ci-dessous, écrit en 2007, je mentionne d’une seule ligne la raison qui me poussa une fois, jusque chez lui, quand il était encore à Corbarieu. C’était pour parler d’Italie : il était depuis les années 60 un admirateur du PCI. Sa passion c’était la connaissance de l’économie, base du marxisme. Il est mort le 27 août et il a donné son corps à la science. Peut-être un jour, vais-je écrire davantage sur cet homme qui m’a tant marqué. JPD

 

 

(Mes pages écrites étaient précédées d’un mot d’enfant et Louis c’est moi.)

 

- Quand on est vieux, on mange ? demande un enfant de 5 ans inquiet à l'idée de la mort.

- Oui, on mange répond le maître.

- Et si on mange beaucoup, on redevient jeune ?"

(enfant, Lavit)

 

 

 

1979

Jean Vignoboul

 

La dernière fois que je l'ai vu avec son épouse il m'a dit;" N'oublie pas d'apporter mon bonjour à tes parents, j'y tiens ". Il est ainsi Jean, marqué par son passé, et chargé d'une histoire qu'il a beaucoup vécu sans la moindre reconnaissance. Louis, je sais que tu es allé une fois chez lui pour parler d'Italie.

 

La photo de ce professeur de mathématiques se révèle sur le papier plongé dans son bain. Louis, avec sa fille (3 ans), est au labo-photo de l'école de Saint-Etienne de Tulmont dirigée par son ami Jacques Rey. Dans la chambre obscure, il développe une pellicule prise au cours de la conférence fédérale du PCF qui vient de se tenir dans la salle des fêtes de Fonneuve. Jean Vignoboul, saisi à sa place, est plongé dans ses pensées.

L'épouse d'alors de Louis a gardé un moment de cette histoire en le prenant en photo à la tribune (voir ci-dessous). Il a une barbe devenue habituelle depuis les USA car là-bas son rasoir ne fonctionnait pas. Ce fut d'ailleurs l'occasion d'une belle découverte. Les prises n'étant pas les mêmes qu'en France, il décida d'en acheter une, conforme au système US et l'installa sur le fil de son rasoir. En branchant, un disjoncteur a sauté. Seconde opération et même résultat. En fait, son rasoir en 220 ne supportait pas le 110. Donc, pour deux ans, il pensa inutile d'acheter de quoi se raser. [ce qui n’est pas tout à fait juste après avoir découvert d’autres photos d’alors]

 

Au cours de cette conférence fédérale de 1979, l'ancien dirigeant communiste a été renvoyé à la base. Et, comme toujours, des communistes "critiques" jugèrent bon de justifier cette décision, à la tribune. Louis en a été triste sans imaginer que son parcours au sein de ce parti aurait quelque parenté avec celui de Jean. A une différence près, il préféra quitter lui-même les instances fédérales (dès 1982) avant d'y devenir indésirable.

Jean et sa femme sont toute une histoire ancienne. Une histoire très dure en 1979. Non que leur combat se soit arrêté, puisque neuf ans après, Louis et Jean seront à la même tribune aux côtés de Pierre Juquin.

Celui qui en 1979 perd le droit d’être acteur au PCF (on disait : il s’est mis de lui-même hors du parti), fut victime d’un certain communisme fait de dogmatisme. Ensuite, l'intervention de l'URSS en Afghanistan et les événements polonais furent le coup de tonnerre qui suscita l'inoubliable chanson de Jean Ferrat : Le Bilan Et quel bilan ! JP Damaggio

 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 18:26

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Aujourd’hui, je termine la publication d’une nouvelle brochure d’Alain Mariet, La religion à quoi bon ? que je vais présenter dès que l’impression sera terminée. En clin d’œil à son travail voici un texte de Benedetto du 17 février 2000 dans l'Humanité. Sur la version internet de l’Humanité, dans les Archives, il n’y a malheureusement que la présentation de J-P Monferran.JPD

 

 

"Souvenons-nous de ce que nous devons aux mauvais esprits ", écrivait, mardi, dans cette page, le physicien et épistémologue Jean-Marc Lévy-Leblond à propos de Giordano Bruno, ce philosophe qui eut l'intuition de "l'univers infini", brûlé vif par l'Inquisition, il y a tout juste quatre cents ans à Rome, le 17 février 1600 (1)... "Souvenons-nous ", c'est tout le sens de l'acte de l'homme de théâtre André Benedetto décidant de reprendre, ce soir, à Avignon, pour une seule représentation, la pièce écrite par lui en hommage à "l'un des esprits les plus libres de tous les temps", Un soir dans une auberge avec Giordano Bruno (2)... "Souvenons-nous ", ce sera le message lancé aujourd'hui dans la capitale italienne par des intellectuels, des " libres penseurs ", des écrivains de plusieurs pays, notamment Salman Rushdie et Rigoberta Menchu, qui entendent rappeler - au moment où des voix divergentes se font entendre au sein de l'Église catholique quant à la nécessité d'un mea culpa qui n'a toujours pas été prononcé - l'actualité de tous les combats " pour la tolérance "... J.-P. M.

 

Le texte de Benedetto

 

Aujourd'hui sur le Campo dei Fiori à Rome, au pied, autour de la gigantesque statue de Giordano Bruno juchée sur un énorme piédestal, des gens venus d'un peu partout et de nombreux pays, se retrouvent pour rendre hommage à celui qui fut brûlé sur cette place il y a quatre siècles exactement. J'aimerais bien y être aussi et me réjouir avec elles et avec eux dans l'évocation de cet être exceptionnel, inconnu du grand public et en même temps très connu et admiré d'un très grand nombre de personnes. Il est le sujet de nombreuses études dans les universités du monde. Il paraît chez nous au moins une biographie de lui par décennie. Et ça va se multiplier.

Qui le rencontre ne peut plus l'oublier. Il engendre la passion. Moi, quand je suis tombé sur lui, par hasard dans un ouvrage de Frances Yates, j'ai été saisi et j'ai tout de suite cherché à le connaître. Et le connaissant mieux, j'ai décidé de faire un spectacle sur lui pour l'an 2000. Le spectacle existe et nous le reprenons chez nous aux Carmes en ce jour du 17 février, jour anniversaire de son exécution, à l'aube, par le feu. Car tous les gens qui célèbrent cet anniversaire funeste célèbrent avant tout l'immortalité d'une pensée splendide, la stupéfiante imagination d'un homme qui a secoué tous les carcans de son époque... et qui peut encore nous ravir l'esprit et nous aider dans nos luttes pour nous émanciper les uns et les autres.

Rappelez-vous: en ce temps-là, le monde avait commencé avec le grand boom de Dieu (que la lumière soit et la lumière fut : big-bang!), il était fini ce monde, limité par des sphères sur lesquelles étaient accrochées les planètes et les étoiles, le soleil tournait autour de la terre, qui était le centre de l'univers clos, la matière était discontinue, tout était hiérarchisé, hétéroclite, Jésus était mort pour sauver les hommes. Alors Giordano Bruno arrive et s'appuyant sur les données fournies par les philosophes de l'Antiquité et sur les observations de quelques astronomes de son temps, dont Copernic, il va aller plus loin que tout le monde, il va tout bouleverser, tout mettre sens dessus dessous, sans jamais mettre sans doute lui-même l'œil à une lunette. Uniquement par la spéculation et le raisonnement, par la puissance de l'imagination. Il invente l'univers infini sans limite, l'éternité d'un univers qui existe depuis toujours et qui existera toujours, la pluralité des mondes qui tournent tous dans l'infini. Il décrit la substance éternelle dont est constitué l'univers, une substance qui prend successivement toutes les formes de la création, de même, explique-t-il que le bois d'abord arbre devient planches, portes, charpentes, meubles, etc. tout en restant le bois. Il prend le contre- pied de toutes les certitudes. Il l'écrit dans des très nombreux ouvrages dont la traduction complète est en cours aux Belles-lettres.

Il énonce ainsi des vérités qui sont considérées comme des hérésies. Il ne se prive pas non plus de ricaner sur ce qu'il appelle des contes pour enfants: la Trinité, la virginité de Marie, la divinité de Jésus, la prière aux saintes etc. ça pèsera aussi très lourd contre lui. Capturé en 1592, au terme de huit années d'emprisonnement et de tortures, il sera condamné au bûcher, refusant d'abjurer et expliquant jusqu'au dernier jour qu'il est un philosophe et que cela n'a rien à voir avec la religion. «Je ne veux pas me repentir. Je n'ai pas à me repentir. Il n'y a pas de matière sur laquelle se repentir. Et j'ignore sur quoi je dois me repentir.»

Non, il n'a pas choisi la mort. Il a choisi sa vérité, il ne pouvait pas renier toute sa pensée et toute sa vie. C'était un vivant, un grand vivant. C'était un résistant, un grand résistant. Aujourd'hui, nous le célébrons parce que nous l'admirons et parce que nous l'aimons. Parce qu'il nous ouvre encore l'esprit, parce qu'il nous aide dans un monde aujourd'hui terriblement clos, limité, hiérarchisé à outrance, restrictif, castrateur, inquisitorial, et tutti quanti.

J'espère qu'ils chantent, qu'ils dansent et qu'ils sautent sur place aujourd'hui sur le Campo dei Fiori à Rome et ailleurs. Il est encore temps de vous joindre à nous, où que nous soyons et où que vous soyez. Courez acheter un livre ! Ouvrez une bouteille de ce que vous aimez et buvez-la à la mémoire de ce père de la philosophie moderne selon Joyce, de ce piéton de l'Europe, de cet ébranleur de ténèbres à l'ironie mordante, de cet homme qui a essayé de comprendre le monde et de se libérer... André Benedetto

(*) Écrivain et dramaturge.

Directeur du Théâtre des Carmes. Ce soir, à 20 heures, au Théâtre des Carmes, à Avignon. La pièce sera de nouveau jouée, cet été, pendant le Festival.

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 17:48

Demain samedi 8 septembre, à Lafrançaise (82), les Ex-Agacés présentent un spectacle sur Boris Vian, spectacle déjà joué deux fois à Montauban et aussi à Limoges. En hommage à cet effort voici un article de l’Humanité du 19 février 2000.JPD

 

Testament philosophique de Boris Vian

 

Boris Vian, dit un de ses biographes, Noël Arnaud (1), fut élevé «dans le complet mépris de La Trinité sociale: armée, église, argent. Cette éducation lui parut excellente ». L'homme révolté, un des auteurs les plus lus quarante ans après sa mort, vécut comme un météore les années d'après-guerre, manifestement hors du temps, décalé, dirait-on aujourd'hui. Touche-à-tout de génie, il faisait gravement des choses légères et légèrement des choses considérées comme graves. Il fut évidemment la cible de toutes les attaques et pas seulement des gardiens d'un ordre moral dont on a peine de nos jours à imaginer les ignominies. Vian dérangeait la République des partis, des lettres et des arts. Ses bisbilles avec «Jean-Sol Partre », le scandale de J'irai cracher sur vos tombes, les passions déchaînées autour de ses prestations de jazz, «musique de sauvages», n'ont jamais entamé ses convictions. Car Boris Vian était bien plus qu'un artiste provocateur, il n'a cessé de dénoncer les injustices, la violence, les va-t-en-guerre. Son Traité de civisme qu'il avait conçu en 1950 était ni plus ni moins que l'édification d'une nouvelle conception de la société, une nouvelle conception de l'être social. Vian ne terminera pas le Traité, malgré la somme des notes de lectures et des esquisses qu'il avait accumulées.

Avec ce matériau brut, inutilisable en l'état, un universitaire, Guy Laforêt, a bâti une thèse en 1976 qu'il a ensuite remaniée pour publication. La version parue en Livre de poche nous fait découvrir un auteur trop lucide sur son époque, aux analyses d'une modernité prémonitoire sur des événements qui allaient bouleverser la France à la fin des années soixante. Il est difficile d'extraire des passages de cet embryon de philosophie politique que Guy Laforêt s'est efforcé de mettre en perspective avec l'ensemble de l'œuvre. Vian s'intéresse d'abord à l'homme, le citoyen écrasé par un système d'aliénation, par le travail, la politique, la religion. Sa réflexion sur le travail, l'une des plus avancées, écrite dans les années cinquante, est étonnement actuelle: «Le but ultime étant naturellement la suppression totale ou tout au moins presque totale du caractère obligatoire du travail en générai et des travaux dits «serviles» eux-mêmes en particulier (mineur de fond, dockers, etc.) au profit des activités créatrices de l'es prit ou du corps, et, en fin de compte, de la liberté individuelle.» L'individualisme philosophique de Boris Vian préfigure la société que nous vivons, inaugurée en 1968 et dont les dérives, dopées par un capitalisme au meilleur de sa forme, sont au centre de toutes les questions politiques du jour.

L'intérêt du livre de Guy Laforêt est de nous dévoiler un penseur, loin de l'image d'anarchiste de droite véhiculée par quelques-uns de ses adversaires. Son texte est ardu parce qu'il a gardé la structure originelle d'une thèse. Mais le matériau utilisé, notes, réflexions et citations, était trop sommaire pour être livré en l'état, qui plus est agrémenté de nombreuses corrections au gré des expériences et des lectures de Boris Vian. Il laisse quelques bribes de phrases, genèses de développement futur jamais entrepris, qui ont conservé une apparence d'aphorismes. Par exemple sur la communication: « Communication: nécessité de s'exprimer avec des mots vagues.» Sur l'engagement: «S'engager est une belle chose ; mais il faut lire le formulaire avant que d'y apposer sa signature...» Sur la politique: «Nous ne saurions nous accommoder de rien moins que d'une proposition de récréation d'un monde...» Ce qui compte, écrit Vian dans l'Ecume des jours, «ce n'est pas le bonheur de tout le monde, c'est le bonheur de chacun». Les jeunes générations redécouvrent Vian, faut-il s'en étonner ?

JACOUES MORAN

Boris Vian: Traité de civisme. Livre de poche, 350 pages, 40francs; les Fourmis, 224 pages, 29francs.

À signaler aussi le superbe album paru aux éditions du Chêne, textes et photos magnifiques. 774 pages.

 

1 ) Note JPD : Si j’ai retenu cet article c’est à cause de la référence à Noël Arnaud dont je rappelle que la tombe est au cimetière de Montauban. J’aurai voulu faire plus à la mémoire de cet homme et faire ainsi plus pour l’histoire de la France contemporaine mais pour le moment aux éditions La Brochure nous avons selon un jeu littéraire signé Léon Dunara : Le Tarn-et-Garonne

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 21:22

Voici la biographie de Guy Catusse en accès libre sur le Maitron - le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier - (elle correspond à la fiche le concernant à la direction du PCF). J’ai ajouté l’article de Nouvelles. JPD

 

 

Sur le Maitron : CATUSSE Guy, Robert, Henri

Né le 2 mars 1940 à Decazeville (Aveyron), marié ; professeur ; militant syndicaliste et communiste dans le Tarn-et-Garonne.

Fils d’un mineur, Guy Catusse obtint une licence de lettres. Il s’était marié en mars 1963 avec Hélène Marroze-Lauga, fille d’une institutrice, professeur, membre du Parti communiste français. Ils divorcèrent en 1984.

 

Membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire depuis 1963, Catusse, professeur de lettres au collège de Castelsarrazin, était le secrétaire de la section syndicale de son établissement. Il fut nommé à la fin des années 1960 au collège d’enseignement secondaire Ingres à Montauban. Il devint membre du bureau de la section départementale du SNES au début des années 1970.

 

Membre du PCF depuis 1964, Catusse, rédacteur du mensuel communiste Les Nouvelles, entra au comité de la fédération communiste en 1965. Il devint responsable fédéral à l’éducation à partir de 1970, puis quatrième secrétaire fédéral en 1971. Troisième secrétaire fédéral en 1972, il devint aussi responsable de la propagande. Membre du secrétariat jusqu’en 1979, puis du bureau fédéral jusqu’en 1985, il avait suivi les cours de l’école centrale du PCF d’un mois en juillet 1971.

 

Lors des élections législatives de 1973, Catusse, candidat communiste dans la première circonscription (Montauban), obtint 5 169 voix (troisième position) sur 56 470 inscrits. À nouveau candidat aux élections législatives en 1978, il arrivait à nouveau en troisième position avec 8 084 voix sur 65 248 inscrits. Il fut également candidat au conseil général dans le canton de Montauban Sud-Est en 1973 (628 voix, 4e) et en 1979 (786 voix, 4e).

 

En 1985, Catusse obtint sa mutation professionnelle pour Paris.

Jacques Girault

 

CATUSSE Guy, Robert, Henri

Les Nouvelles du Tarn et Garonne n°404 29 août 2012

EN MÉMOIRE DE GUY CATUSSE

Guy Catusse qui fut l'un des responsables communiste en Tarn-et-Garonne jusqu'au tout début des années 80 est décédé à l'âge de 72 ans à Toulouse le vendredi 10 août dernier. Ses obsèques se sont déroulées au cimetière de Nabirat en Dordogne.

Au début des années 60, il prend part aux actions de l'Union des étudiants communistes pour s'opposer à la guerre d'Algérie. Nommé professeur de lettres au collège Ingres, il s'engage syndicalement au sein du SNES. Très vite, il devient l'un des dirigeants départementaux du PCF. Avant la loi de décentralisation de 1982, il occupa un temps le mandat de conseiller régional.

Ses qualités et son autorité largement reconnues et appréciées bien au delà de son organisation politique, il fut candidat communiste aux élections législatives de 1973 et 1978. Certains à Montauban se souviennent encore d'un face à face public mémorable avec le député de droite sortant, au marché gare de Montauban, devant plus d'un millier de personnes.

Au milieu des années 80, Guy Catusse quitte Montauban pour Paris où il se consacre à ses passions pour l'histoire de la littérature et le baroque. Il participe notamment à un groupe de recherche, le GRIHL, sur le baroque littéraire dans le cadre des activités de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Jean-Pierre Cavaillé et Christian Jouhaud, responsables de recherche et universitaires, ont lors des obsèques souligné la richesse de la contribution de Guy jusqu'à ces derniers temps. Guy Catusse est toujours resté solidement attaché aux valeurs progressistes, et pleinement solidaire du monde ouvrier. De ce monde ouvrier dont il était originaire avec son père mineur à Carmaux qu'il respectait tant. Alain Raynal lui a rendu hommage au cimetière à Nabirat.

«II est une qualité qui résume Guy Catusse, devait-il souligner, c'est l'élégance. L'élégance du personnage, de sa personnalité. Une personnalité aussi discrète qu'exigeante, et tout aussi chaleureuse et solide dans l'amitié. »

Au nom de la Fédération du PCF, Marie-Claude Manéra a transmis un chaleureux et fraternel message à Jean-Philippe son fils, son épouse Nadine, à sa mère, son frère et ses soeurs. « Membre de notre direction, il fut un débatteur redouté, un fin politique, apprécié de ses camarades », est-il rappelé. « Nous gardons de lui le souvenir d'un homme de conviction, d'un intellectuel rigoureux et d'un militant engagé. C'était la période du programme commun, de la recherche d'un nouveau modèle de société (...) Quelques souvenirs nous reviennent en mémoire : les événements de « 68 »et les débats qu'il a animés avec fougue et pertinence. Comment ne pas souligner aussi l'élégance, la prestance de Guy... ».

Les communistes de Tarn-et-Garonne assurent sa famille de leurs fraternels sentiments et saluent avec respect la mémoire de Guy.

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 20:52

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Après son exclusion du PCF, André Marty aura les honneurs de Paris-Match à trois reprises, trois numéros du journal qui ont été précieusement conservés par Renaud Jean qui jugea utile de les placer dans ses archives destinées à l’histoire. JPD

 

La légende de la photo (Paris-Match 11 avril 1953) :

Depuis trois semaines, André Marty a pris sa retraite politique à Cattlar, petit village des Pyrénées-Orientales, dans la maison de M. et Mme Villa, amis de son frère, le docteur Jean Marty. Portant le béret noir des Catalans, le vieux chef communiste promène les enfants et les neveux de ses hôtes. Marty se lève tôt. Il va souvent à pied jusqu’à Prades, chercher les journaux de Paris. Mais il n’entre jamais au café. Ses distractions favorites : la cueillette des fleurs et la pèche à la truite. C’est souvent lui qui va faire, le panier au bras, le marché de toute la maison. La cellule du parti communiste de Prades a reçu de Paris sa consigne : « Défiez-vous de Marty, le policier.» Mais c’est un vieil homme las qui parcourt les collines à quelques kilomètres de cette Espagne brûlante où se déroula, il y a quinze ans, le chapitre le plus violent de sa carrière.

Reportage Philippe Giacobbi-Michel Descamps

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 11:31

je reprends avec émotion ce texte (long pour un blog) pour donner chair à l'hommage que je veux rendre à son auteur. JPD

 

28-29 | 2002 : Le baroque, pour quoi faire ?

Lecture de Pour une théorie baroque de l'action politique de Louis Marin par Guy Catusse

 

1 - À partir des années 1950, l'historiographie française s'est trouvée confrontée à l'usage proliférant de la notion de baroque comme instrument d'exploration du XVIIe siècle. On connaît les réserves d'une large partie de la communauté savante devant le recours abusif à une notion jugée trop incertaine pour pouvoir prétendre au statut de concept opératoire. Notre échange sur « Inventions et usages du XVIIe siècle » m'a paru un lieu tout désigné pour poser la question : le baroque, pour quoi faire ? ou, pour le dire dans les termes de nos journées d'étude : quel XVIIe siècle « invente » le baroque ? Telle est la question que je me propose de poser à l'essai de Louis Marin Pour une théorie baroque de l'action politique publié en 1988, en introduction à son édition des Considérations politiques sur les coups d'État de Gabriel Naudé (1).

 

2- Le choix de ce texte peut étonner. La plupart des commentateurs de l'œuvre de Louis Marin l'ignorent et, parmi ceux qui en soulignent l'intérêt, aucun n'accorde vraiment d'importance à la référence baroque (2). Doit-on en conclure qu'ils considèrent ce recours à un terme à la mode comme une simple facilité de langage ? Ce serait alors tenir pour négligeable le témoignage de Louis Marin lui-même qui déclarait quatre ans après avoir publié son texte, à l'occasion d'un colloque sur « L'homme baroque » :

 « Dans le cadre de ce colloque consacré à l'homme baroque, je voudrais vous présenter quelques éléments d'une recherche ouverte il y a quelques années déjà, et toujours en cours sur l'émergence dans l'Europe baroque (de la fin du XVIe et du premier tiers du XVIIe siècle) du sujet-de-pouvoir ou du sujet politique comme sujet de représentation. Ce dossier fut essentiellement configuré autour de l'ouvrage de Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État […]. En le republiant en 1989 (3) je l'introduisis par des réflexions sur une théorie baroque de la décision politique, la « théorie » du coup d'État du Prince, l'acteur politique baroque par excellence (4). »

 

3 - On voit que loin de considérer la référence à la notion de baroque comme une concession au goût du temps, Louis Marin la présentait au contraire comme l'indice d'un renouvellement significatif et durable de sa réflexion sur le pouvoir politique au XVIIe siècle telle qu'il l'avait exposée, sept ans auparavant, dans Le portrait du roi (5). De 1988 à 1992, date de sa disparition, Louis Marin se référera à plusieurs reprises à son essai sur Naudé et à la théorie de l'action politique qu'il y développe ; jamais il ne remettra en cause le qualificatif de « baroque » par lequel il la caractérise (6).

 

4- Mon propos n'est pas de juger de la pertinence du recours à la notion de baroque pour caractériser la pratique du pouvoir politique dans les années 1630, mais de m'interroger sur l'usage qu'en fait Louis Marin dans sa «lecture» de l'ouvrage de Gabriel Naudé.

 

5 - Ma première remarque sera pour constater qu'en dépit de l'importance prise par la référence baroque, à aucun moment Louis Marin ne procède à un éclaircissement théorique de ce terme qu'il emploie tantôt entre guillemets, tantôt sans guillemets, et dont il reconnaît lui-même le caractère « très galvaudé » (p. 66) (7). Rien de comparable chez lui à l'effort de réflexion de Gilles Deleuze dans Le pli. Leibniz et le Baroque – paru la même année que Pour une théorie baroque de l'action politique – pour penser le concept de « Baroque » et lui donner un contenu (8). Louis Marin semble au contraire se résigner à la part d'approximation de cette notion à partir de laquelle il fonde pourtant toute sa théorie du pouvoir politique dans les premières décennies du XVIIe siècle. Faut-il voir dans cette attitude au premier abord assez désinvolte, autre chose qu'un clin d'œil entendu au lecteur prévenu contre l'usage d'un terme soupçonné d'ouvrir les portes à toutes les dérives épistémologiques ? Et s'il s'agissait de la revendication clairement assumée d'une certaine façon de penser l'histoire et de lui donner du sens, de l'« inventer » ? Avant d'essayer de répondre à cette question, voyons l'usage que Louis Marin fait de cet outil heuristique passablement déprécié.

 

6 - Des problématiques les plus communément admises par l'historiographie française, il reprend d'abord l'idée d'un XVIIe siècle partagé entre un premier moment baroque et un deuxième classique avec, de l'un à l'autre, une période de transition au cours de laquelle les valeurs classiques s'affirment et finissent par supplanter les traits baroques qui leur ont donné naissance. Écoutons-le, par exemple, parler de Gabriel Naudé, théoricien du politique :

« Pour l'esprit baroque, il ne s'agira pas, comme chez le penseur classique, d'éliminer confusion et obscurité pour trouver le point « cartésien » à partir duquel l'objet révèle au sujet théorique la vérité de sa structure intelligible (p. 37). »

 

7-C'est bien d'une opposition entre deux façons de penser dont il est ici question : celle de l'« esprit baroque » qui s'accommode d'une certaine part d'ombre et d'incertitude d'une part, celle toute de clarté et de rigueur du « penseur classique » de l'autre. Naudé, à l'image de ses contemporains ferait-il partie de ces « esprits » dont les théories folâtres relèvent de la pensée baroque ? Ce serait fâcheux pour l'image de celui que Louis Marin nous présente comme l'auteur d'un :

« […] livre clef qui doit nous ouvrir les secrets et les mystères de la science politique dans le premier tiers du XVIIe siècle […] » (p. 11).

 

8-Fort opportunément, la notion de transition sauve Gabriel Naudé des dérives baroques et lui permet de rejoindre à grandes enjambées le socle épistémologique stable du classicisme «cartésien» :

 

9 - C'est ainsi que Naudé signe son ouvrage : « Gabriel Naudé, Parisien ».

« Il y a chez le Parisien (9) marchant d'un si bon pas dans le labyrinthe romain, quelque chose du cavalier cartésien, qui, loin de s'abandonner au vertige baroque, postule, alors même qu'il est plongé dans le flux des formes et des figures en changement, un fondement stable de la connaissance et un ordre des sciences. […] Naudé politique, en transit entre baroque et classicisme […], » (p. 37-38).

 

9-La cause semble entendue : il n'est de vrai théoricien que classique ou sur le point de le devenir. Louis Marin reprend ici à son compte, sans davantage en discuter le fondement, la conception conventionnelle du classicisme comme dépassement et accomplissement du baroque. Reconnaître la spécificité historique d'un moment baroque durant le premier tiers du XVIIe siècle est une chose, faire de la notion de baroque l'instrument d'une remise en cause de la suprématie du classicisme en est une autre.

 

10-Plus personnelle et plus nuancée est la façon dont Louis Marin traite un autre topos baroque : le théâtre comme représentation et métaphore du monde, le theatrum mundi. Il trouve exprimée dans l'ouvrage de Naudé l'analogie entre la scène théâtrale et la scène politique. Pour l'auteur des Considérations…, le prince est « ce fort esprit » qui :

«  […] envisage d'un œil ferme et assuré, et quasi comme étant sur le donjon de quelque haute tour, tout ce monde, se le représentant comme un théâtre assez mal ordonné, et rempli de beaucoup de confusion, où les uns jouent la comédie, les autres la tragédie, et où il lui est permis d'intervenir comme quelque divinité qui sort d'une machine, toutefois quand il en aura la volonté ou que les diverses occasions lui pourront persuader de ce faire » (10).

 

11-Louis Marin reprend ces lignes, les explicite, les développe et les incorpore à sa réflexion. La pratique baroque de la politique relève de l'art de la scène avec ses acteurs et ses spectateurs, son lieu scénique et son décor, ses coulisses, ses cintres enfin d'où jaillit, au moment opportun, tel un deus ex machina, l'acteur politique venu mettre de l'ordre dans ce monde « mal ordonné et rempli de beaucoup de confusion ». L'action politique baroque se déploie selon la dramaturgie des « pièces à machines » et des « caprices »11, formes théâtrales baroques s'il en est.

 

12-C'est ce même rapprochement analogique entre la pratique théâtrale et l'action politique baroques que Louis Marin reprend et réaffirme, quelques années plus tard, dans l'ouvrage collectif Le Pouvoir de la raison d'État où dans sa contribution sur « Théâtralité et pouvoir » il évoque :

«  […] cette imagination scénographique et scénique politico-théâtrale qui fournira dans la première moitié du XVIIe siècle aux discours philosophique et politique quelques-unes des formules les plus prégnantes du monde baroque » (12).

 

À quoi font écho ces lignes qui figurent dans son analyse de la tragédie de Corneille La Mort de Pompée qu'il rédige dans le même temps :

 « […] cette scène, avec ses coulisses, ses cintres et sa fosse, cette salle, avec la hiérarchie de ses places et de ses regards, reproduisent, jusque dans le détail, la grande théâtralité de la politique « baroque » »(13).

Quant à sa contribution au colloque de Prague elle est tout entière consacrée à l'analyse de :

«  […] la théâtralité baroque sacrée du pouvoir, de la prise de pouvoir, de sa production et de sa conservation» (14).

 

13-Théâtre, théâtral, théâtralité : au fil des textes et des analogies, Louis Marin glisse d'un terme vers l'autre et les confond dans une même notion générale qu'il propose de nommer « le théâtrique » (15). C'est alors moins de pratique théâtrale au sens courant du terme que de cérémonial de cour, d'exhibition ostentatoire du pouvoir dont il est question.

 

14 -Ni « théâtralité » ni « théâtral » ne figurent dans Pour une théorie baroque de l'action politique. Y figurent en revanche, et de façon réitérée, les termes « ostentatoire » et « ostentation » que la critique littéraire et artistique associe fréquemment aux formes d'expression baroques et dont le paon est, depuis Jean Rousset, la figure hautement symbolique (16). Dans la théorie marinienne du pouvoir comme représentation, l'ostentation est la posture privilégiée du prince qui exhibe :

« […] des signes de la force […] suffisamment expressifs et explicites pour qu'étant vus la force qu'ils signifient (représentent) soit crue » (p. 20).

 

15-Tel est, selon Louis Marin, l'idéal de puissance dont rêvera, à l'époque « classique », le monarque absolu. Pour l'heure – et on retrouve ici cette conception d'un moment « baroque » évoluant vers son accomplissement « classique » – cette intervention de pure représentation n'est qu'une des deux faces de l'action politique du prince. L'autre, que Louis Marin présente comme la forme d'intervention propre à l'acteur politique baroque, c'est le coup d'État : « L'essence « baroque » de l'acte politique est le coup d'État du prince », (p. 19).

 

16 -Cette intervention brutale du prince sur la scène politique se déroule, elle aussi, sous le signe de la théâtralisation du geste, mais ici l'ostentation ne doit plus rien aux mises en scène des cérémonies curiales au cours desquelles un roi de représentation exhibe les fastes de sa puissance. L'éclat ostentatoire qui accompagne le coup d'État vise à sidérer le regard et non à le séduire. L'image symbolique qui s'impose ici, ce n'est pas l'aimable figure du paon mais le terrifiant visage de Méduse. Le qualificatif « baroque » cesse alors d'évoquer l'envol gracieux des anges ou les afféteries du ballet de cour pour nous renvoyer à l'« incroyable violence » d'un temps que Louis Marin nous dit précisément avoir « essayé de pointer avec le terme « baroque » pourtant très galvaudé », (p. 66).

 

17- Cette violence exhibée dans l'action ne doit cependant son efficacité que d'avoir été préparée dans l'ombre du secret. Pour rendre compte de cette face obscure de l'action politique, Louis Marin emprunte un autre thème récurrent des problématiques baroques : la métamorphose. Après le Paon, Circé. Ou plutôt Protée, « ce magicien de soi-même » (17) dont Louis Marin rencontre la figure dans les Considérations politiques sur les coups d'État où elle symbolise la prudence (18), cette vertu cardinale de l'action politique au nom de laquelle Gabriel Naudé justifie toutes les formes du déguisement de soi : la dissimulation, la tromperie, l'équivoque, la duplicité…

 

18 -Dans Le Portrait du roi, Louis Marin avait présenté Louis XIV comme un monarque dont le rêve de pouvoir absolu s'épuisait dans le « désir de l'homogène »19 et l'illusion « de l'absolue sphéricité du pouvoir absolu » (20).

À l'inverse de cet être de clôture, immuable et figé dans sa représentation, l'acteur politique baroque est un Protée, un être de métamorphose et de mouvement qui se construit à travers une suite dynamique de scissions et de dédoublements. À l'image de la pratique du pouvoir qu'il est contraint de conduire sur les deux fronts opposés de la représentation et de la violence l'acteur politique baroque est un être double (21), « scindé entre le prince et son ministre » (p. 58).

 

19-Dans la lecture que Louis Marin fait des Considérations politiques sur les coups d'État, c'est ce dédoublement et la présence du ministre-conseiller au cœur même du dispositif étatique qui caractérisent le pouvoir politique de l'époque baroque. À partir de 1660, avec Louis XIV, le pouvoir absolu se rêvera « sans reste, sans extériorité » (22).

 

20- Mais, dans ce premier tiers du XVIIe siècle, c'est le regard excentré du conseiller qui révèle le prince à lui-même et le constitue en acteur politique capable d'intervenir efficacement sur le double terrain de l'action et de la représentation :

« Le conseiller fait naître l'absolu politique à la volonté et à la représentation et fournit au pouvoir d'État les conditions de son exercice effectif »(p. 57).

 

21-Pour rendre compte du fonctionnement de ce pouvoir à deux têtes, Louis Marin fait appel à la figure éminemment baroque de l'anamorphose dont il relève la présence dans le texte de Naudé lui-même (23). Pour Louis Marin lecteur de Naudé, le pouvoir politique baroque se constitue dans un glissement permanent, de type anamorphotique, entre le prince et son conseiller : selon l'angle sous lequel on les regarde, c'est tantôt le prince qui apparaît – comme porteur des valeurs politiques qui lui ont été révélées par son conseiller – tantôt le conseiller – comme pure représentation du pouvoir du prince. Ainsi se construit, à travers le dynamisme d'un dispositif d'échanges et de métamorphoses, l'unité contradictoire d'un pouvoir absolu partagé, le pouvoir politique de l'époque baroque tels que l'incarnent, dans la France du premier dix-septième siècle, Louis XIII et Richelieu (24).

 

22-Louis Marin a encore recours au principe de l'anamorphose pour caractériser la façon dont Gabriel Naudé détourne le sens que la tradition donne aux vertus de la force, de la justice et de la prudence et les fait glisser du monde idéal de l'éthique vers celui essentiellement pragmatique de la politique. Après quoi il conclut :

« Anamorphoses du prince et du ministre dans la sphère de l'absolu politique, anamorphose des vertus éthiques et des qualités politiques, telle est la manière baroque dont Naudé joue avec la relation de maîtrise et de servitude » (p. 60).

 

23-Ici, on quitte l'analyse de l'action politique pour celle des conditions de son énonciation. À la figure politique du conseiller s'est substituée celle du théoricien du politique. C'est Gabriel Naudé et sa « manière baroque » d'entrer dans le jeu par une réflexion toute théorique qui sont désormais au centre de la lecture de Louis Marin.

 

24-J'ai déjà évoqué la façon conventionnelle dont Louis Marin oppose l'« esprit baroque » au « penseur classique » et présente Gabriel Naudé comme le théoricien héroïque du politique parti à la conquête de la rationalité classique. Je n'y reviens pas.

 

25-Plus personnelle est sa manière d'analyser le fonctionnement discursif des Considérations sur les coups d'État. L'originalité de la lecture consiste à retrouver dans le dispositif d'énonciation du discours de Naudé, les caractères mêmes de la théorie que ce discours énonce et à montrer comment :

« […] le Parisien secrétaire bibliothécaire […] en simulant en quelque façon les relations du prince et du conseiller secret dans la sphère du pouvoir d'État, [définit] l'espace « baroque » où une théorie de l'action politique [trouve] ses conditions de possibilité […] » (p. 61).

 

26-Comme le prince baroque dont il dresse le portrait, le théoricien du politique est « un fort esprit » qui se tient au-dessus de la scène politique, observe l'agitation confuse des protagonistes, prépare ses « coups d'écrits » et intervient, le moment venu, tel un deus ex machina pour révéler la vérité de la politique : le coup d'État et son secret. Même posture héroïque, même façon brutale d'intervenir sur la scène politique et de révéler à travers cette intervention l'origine violente du pouvoir, même prudence dans la préparation du « coup », même maîtrise de l'art de simuler et de se dissimuler : le comportement du théoricien baroque est en tous points comparable à celui de l'acteur politique baroque dont il fait la théorie. Pour Naudé, théoricien du politique, publier les Considération sur les coups d'État relève de l'action : son « coup d'écrit » simule et dissimule le coup d'État dont il fait la théorie (25).

 

27-C'est dans cette suite de glissements et de métamorphoses entre le prince et son conseiller, le conseiller et Gabriel Naudé, Naudé et son maître le cardinal Bagni d'une part, l'action et le discours, l'énoncé et l'énonciation de l'autre, que Louis Marin croit reconnaître « les vertiges et les fascinations de l'art baroque » (p. 25).

 

28 - On voit ici poindre le reproche : comme tous ceux qui se réfèrent sans plus d'examen critique à la notion incertaine de « baroque », Louis Marin cède aux facilités de la pensée analogique et aux tentations d'une certaine virtuosité rhétorique qui s'encombre peu de rigueur scientifique. Ici, le logos créateur de l'écrivain-philosophe soucieux avant tout de créer ce que Roland Barthes appelle une « cohérence de signes » – à quoi se réduit, selon lui, toute vérité critique (26) – semble l'emporter sur la vigilance de l'historien.

 

29-Dans un petit livre interrompu par la mort et qui fait figure de testament méthodologique, De l'entretien, Louis Marin s'est expliqué sur sa méthode d'analyse et de construction du sens. Ce qu'il dit de son approche de la peinture éclaire, me semble-t-il, sa lecture les Considérations.

« Je n'ai pas de système d'analyse dont je serais l'architecte, le mécanicien, et l'instance de contrôle. Je dirais plutôt l'inverse : écrivain écrivant, poussant par hasard et nécessité sa plume sur la page comme besogneux vilain son araire dans son champ, je suis saisi par ce processus à mon corps défendant et entraîné par lui – hasard et nécessité – à écrire. Processus de prolifération ou d'infinitisation du sens qui se configure dans l'écriture en « structure » abyssale […] » (27).

 

30 - À la croisée des chemins entre histoire et philosophie (28), Louis Marin, comme tout producteur de discours, – et l'historiographe est de ceux-là – » invente » son objet dans une quête du sens qui relève de la dynamique de l'écriture au moins autant que du savoir historique. Doit-on lui en faire le reproche ?

 

Notes

1  Louis Marin, « Pour une théorie baroque de l'action politique, Lecture des Considérations politiques sur les coups d'État de Gabriel Naudé », in Considérations politiques sur les coups d'État, Paris, éd. de Paris, 1988.

2  Jean-Pierre Cavaillé, Dis/simulations, religion, morale et politique au xviie siècle, Paris, Champion, 2000 ; Hélène Merlin, L'Absolutisme dans les lettres et la théorie des deux corps. Passions et politique, Paris, Honoré Champion, 2000 ; Gérald Sfez, Les Doctrines de la raison d'État, Paris, Armand Colin, 2000.

3  Louis Marin fait erreur : la publication de ce texte date de 1988.

4  Louis Marin, « L'homme baroque », texte inédit. Les actes du colloque sur « L'homme baroque » qui s'est tenu à Prague en 1991 n'ont pas, à ce jour, été publiés. Louis Marin, malade, avait dû renoncer à s'y rendre. Il avait envoyé une communication écrite intitulée « L'homme baroque » dont j'extrais ici quelques lignes. Ce texte devrait faire l'objet d'une prochaine publication dans un volume qui rassemblera les écrits politiques de Louis Marin.

5  Après avoir évoqué « L'hypothèse de recherche qui, depuis deux ou trois ans, déplace le modèle que j'avais essayé de mettre au point dans mon livre Le Portrait du roi », Louis Marin précise : « Le déplacement du modèle consiste en ceci : mettre au centre de la problématique baroque du politique, la question de la mise en œuvre du gouvernement. », Ibid.

6  Louis Marin, « Théâtralité et pouvoir. Magie, machine, machination : Médée de Corneille », in Christian Lazzeri et Dominique Reynié (éd.), Le Pouvoir de la raison d'État, Paris, PUF, 1992 ; Des pouvoirs de l'image, gloses, Paris, Seuil, 1993 ; Philippe de Champaigne ou la présence cachée, Paris, Hazan, 1995. Ce dernier ouvrage, publié à titre posthume, est particulièrement intéressant pour notre propos, dans la mesure où Louis Marin recourt à la notion de baroque pour caractériser à la fois le pouvoir politique sous Louis XIII et une certaine façon de peindre ou de sculpter.

7  Pour éviter d'alourdir les notes, je citerai entre parenthèses, dans le corps du texte, les pages qui renvoient à « Pour une théorie baroque de l'action politique », op. cit.

8  « Pour nous, en effet, le critère ou le concept opératoire du Baroque est le Pli dans toute sa compréhension et son extension : pli selon pli », Gilles Deleuze, Le Pli. Leibniz et le Baroque, Paris, Les Éditions de Minuit, 1998, p. 47. Dans les années 1980, on assiste à un regain d'intérêt pour la notion de baroque durement malmenée par les critiques et les reniements des années 1960-1970. Dans le chapitre introductif à son essai, Louis Marin rend hommage « au grand volume collectif » : L'État baroque. 1610-1652, textes réunis sous la direction d'Henri Méchoulan, Paris, Vrin, 1985. Signalons plus particulièrement la réflexion philosophique de Christine Buci-Gluksmann, parue deux ans avant l'essai de Louis Marin : Christine Buci-Gluksmann, De la Folie du voir. De l'esthétique baroque, Paris, Éditions Galilée, 1986.

9  C'est ainsi que Naudé signe son ouvrage : « Gabriel Naudé, Parisien ».

10  Gabriel Naudé, Considérations politiques sur les coups d'État, op. cit., p. 81.

11  « Cette notion de « caprice » est essentielle pour pénétrer la nature « baroque » du politique comme mélange des divers genres dramatiques, de la tragédie à la farce […] » ; Louis Marin, « Pour une théorie baroque de l'action politique », op. cit., p. 47, note 6.

12  Louis Marin, « Théâtralité et pouvoir… », op. cit., p. 236-237.

13  Louis Marin, Des Pouvoirs de l'image, gloses, Paris, Seuil, 1993, p. 143.

14  Louis Marin, « L'acteur politique baroque », op. cit.

15  « Si le théâtre (sans doute faudrait-il dire le théâtral, voire le théâtrique) a une telle valeur paradigmatique pour le politique… », in « Théâtralité et pouvoir », op. cit., p. 234.

16  Jean Rousset, La Littérature de l'âge baroque en France. Circé et le paon, Paris, José Corti, 1954.

17  Jean Rousset, La Littérature de l'âge baroque…, op. cit., p. 22.

18  « Cette prudence politique est semblable au Protée, duquel il nous est impossible d'avoir aucune connaissance certaine, qu'après être descendus in secreta senis, dans les secrets de ce vieillard, et avoir contemplé d'un œil fixe et assuré, tous ses divers mouvements, figures et métamorphoses », Gabriel Naudé, op. cit., p. 75.

19  Louis Marin, Le Portrait du roi, op. cit., p. 247.

20  Ibid., p. 87.

21  Sur l'importance de la thématique baroque des « êtres doubles ou dédoublés, ces personnages qui se muent en leur reflet ou engendrent leur contraire », voir Jean Rousset, La Littérature de l'âge baroque, op. cit., p. 24-26.

22  Louis Marin, Le Portrait du roi, op. cit., p. 87.

23  « Il faudrait ici insister sur l'importance conceptuelle du principe d'« anamorphose » dans la théorie « baroque » de la représentation, du pouvoir et de l'action politique. Au chapitre III (p. 107) des Considérations, Naudé, […] évoque « ces médailles de l'invention des Hérétiques qui portent la face d'un pape et d'un diable sous mêmes contours et linéaments ou bien comme ces tableaux qui représentent la mort et la vie suivant qu'on les regarde d'un côté ou d'un autre » ». « Pour une théorie baroque de l'action politique », op. cit., note 33, p. 63. Sur « l'œil baroque comme regard anamorphique », voir Christine Buci-Gluksmann, op. cit., p. 41.

24  Dans son commentaire des portraits de Louis XIII et de Richelieu peints par Philippe de Champaigne en 1639 pour le grand cabinet de l'hôtel particulier de Louis Phélypeaulx de la Vrillière, Louis Marin reprend cette analyse du double pouvoir et renvoie à son essai sur Naudé. « Le dyptique de l'hôtel de La Vrillière donne à voir la dualité « baroque » du pouvoir d'État, le prince et son « conseiller » en miroir jusqu'au point où on ne saura plus qui détient réellement le pouvoir », Louis Marin, Philippe de Champaigne, op. cit., p 149.

25  Louis Marin, « Pour une théorie baroque », op. cit., p 44-45.

26  Roland Barthes, Critique et vérité, Paris, Seuil, 1966, p. 64.

27  Louis Marin, De l'entretien, Paris, Les Éditions de Minuit, 1997, p. 50-51.

28  « Louis Marin, philosophe et historien de la pensée théologique et politique du xviie siècle », peut-on lire en quatrième page de couverture des Considérations.

 

Guy Catusse, « Le baroque, pour quoi faire ? », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques [En ligne], 28-29 | 2002, mis en ligne le 22 novembre 2008, consulté le 05 septembre 2012. URL : http://ccrh.revues.org/1092 ; DOI : 10.4000/ccrh.1092

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