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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 17:46

La présentation faite par Wikipédia ne vaut pas mieux que celle du grand Larousse. En effet, on a l’impression que les parlementaires qui conduisirent la guerre civile de huit mois en 1891, le firent pour la démocratie et contre le dictateur Balmaceda. Or l’histoire est inverse ! Les parlementaires représentaient les caciques qui ne souhaitaient plus que le président fasse une politique laïque. Ils n’eurent même pas la patience d’attendre qu’il finisse son mandat pour l’écraser. Il s’agissait d’un libéral plus soucieux du peuple que l’adversaire conservateur. Mariage civil obligatoire, cimetière ouvert à tous, éducation des enfants… ce n’était pas la révolution mais trop pour l’Ordre. C’est la Marine qui a conduit l’offensive contre le président élu. Ce n'est pas son "clan" qui a perdu mais le peuple. J P Damaggio

 

 

Sur Wikipédia

« José Manuel Balmaceda Fernández (Hacienda Bucalemu ; 19 juillet 1840 - † Santiago, 19 septembre 1891) fut président du Chili entre 1886 et 1891. Il se suicida à l'issue de la Guerre civile chilienne de 1891 que son clan perdit face à la Junte parlementaire d'Iquique.

 

Biographie

Fils du sénateur Manuel José de Balmaceda et d'Encarnación Fernàndez, José Manuel Balmaceda Fernández fait ses études au Collège Sagrados Corazones de los padres franceses à Santiago du Chili et au Seminario Conciliar, lieu où se développe une vocation au mysticisme, qu'il va abandonner peu de temps après mais sans devenir anti- religieux.

En 1865, il est désigné secrétaire de Manuel Montt Torres au Congrès Américain de Lima. L'ex-président marque fortement Balmaceda spécialement par sa force morale, sa capacité organisatrice et l'énergie créatrice. Il est le co-fondateur du journal La Libertad et orateur du Club de la réforme. Entre 1870 et 1882, il est élu en quatre occasions consécutives député pour Carelmapu.

En 1878, le président Anbal Pinto le nomme ministre plénipotentiaire auprès du gouvernement argentin, Il réussit à ce que les autorités transandines se mettent à respecter la neutralité durant la Guerre du Pacifique. Cette gestion lui permet d'avoir le soutien de Domingo Santa Maria, qui le désigne Chancelier lors de son premier cabinet en 1881. Il devient ensuite ministre de l'Intérieur.

Santa Maria le choisit comme successeur, il est désigné dans une convention libéral-nationale comme candidat à la présidence de la république. Son possible rival José Francisco Vergara, retire sa candidature et Balmaceda est élu président de la république par 324 électeurs sur 330.

 

Programme politique

Les principaux thèmes de Balmaceda à sa prise du pouvoir sont :

Développement économique du pays par le biais de travaux publics, incluant les chemins de fer, écoles, chemins, hôpitaux, prisons...

Terminer avec le monopole du Salpêtre, en devenant une richesse stable (selon son plan en dotant le pays d'équipements et en éduquant la population)

Harmonie entre l'Eglise et le gouvernement, en terminer avec les luttes théologiques.

Enfin unir le libéralisme en une seule grande famille (jusque là divisée en dissidents et radicaux) »

 

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 17:43

lettre-marty-a-jean-1938.jpg

Source 46 J 14 archives du Lot et Garonne

  Voici une lettre parmi beaucoup d’autres que Marty a envoyée à Renaud Jean. JPD

 

 

Chambre des députés  le 15 septembre 1938

Camarade RENAUD JEAN

Mon cher Camarade,

Bien reçu hier ta lettre du 12. Comme tu ne m'enguelle pas je te réponds quand même

C'est volontairement que je n'ai pas dit à ta mère qui j'étais,  effet, dans ce cas elle aurait absolument voulu me garder et j'étais très pressé dans ma route pour Barcelone.

D'autre part, l'endroit où tu te trouvais me paraissait très loin et je n'étais pas sûr de te rencontrer. C'est pour cela que j'ai continué sur la frontière espagnole. Je suis venu dans une voiture que le Parti avait mise à ma disposition. Tu me dis toi-même que tu étais à Bordeaux, donc je ne t'aurais pas rencontré. Or, il était absolument urgent que je sois le plus vite possible à Barcelone. Je revenais de l'endroit d'où j'ai porté une pierre à ta femme (1). Cela t'explique la raison de mon impatience à poursuivre rapidement ma route.

Jacques DUCLOS m'avait dit qu'il t'envoyait une dépêche à Samazan, t'annonçant son arrivée (pour ne pas mettre mon nom). A la réflexion, quand j'ai été chez toi, il eut été plus facile de téléphoner de Paris à la Mairie.

La gravité de la situation internationale fait d’ailleurs que je te verrais peut-être un de ces jours.

Je tenais à te voir pour t'expliquer la situation afin qu'une aide puissante et rapide du côté ravitaillement vienne le plus vite possible. La question du blé français est une des plus essentielles.

Je ne doute pas que tu ne la suivras de près et rappelleras au Secrétariat les interventions nécessaires et très urgentes.

Tu me parles de ton activité. Ma foi je crois qu'elle est comme toujours très importante et extrêmement utile. A première vue la tache parait petite, mais dans l’ensemble c’est de ce travail permanent, incessant, organisé que résulte l'influence de notre PARTI et la vie du Front populaire. La preuve en est dans les résultats dont tu me parles en ce qui concerne ton action pour l’Espagne.

 

J’étais avant-hier au front où arrive du côté ennemi en grande quantité un énorme matériel de guerre de toutes sortes qui fait présager une nouvelle attaque. C’est là qu’on est saisi de rage en pensant à cette politique canaille dénommée « non-intervention ». Le moral est cependant magnifique et n’a jamais été si haut.

Nous suivons ici pas à pas, les nouvelles terribles sur la Tchécoslovaquie et sur l’attitude de Paris et de Londres. Inutile de te dire combien, elles sont commentées ici. A te voir bientôt, je l’espère, à ta femme et à toi de tout cœur.

André.

Toujours même adresse

Note JPD : (1) Sans doute langage codé

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 13:15

La découverte du nouveau monde s’étant faite pour les Espagnols au prix des plus folles aventures, au prix des exploits les plus inouïs, il fallait que la récompense soit à la hauteur et ce fut l’Eldorado, le pays des Amazones, l’Atlantide et même la vallée du paradis, car le Chili du bout du monde valait bien ce sommet de la satisfaction humaine.

 

Valparaiso, après tout les déserts traversés par les hommes venus du nord, après toutes les guerres conduites contre des autochtones belliqueux, est donc devenu le symbole du rêve enfin atteint.

Ce nouveau monde rêvé a continué d’accompagner des Européens, ceux qui y partaient comme ceux qui restaient, et au sein de la gauche le rêve ne fut pas moins fort qu’au sein de la droite. Par une idiote répartition des rôles, à la gauche l’Amérique dite latine et à la droite l’Amérique de Tocqueville. L’illusion des uns a toujours été aussi ridicule que celle des autres pour un vieux monde fait d'autres os, et seul un accident de la vie m’a empêché de tomber dans l’une ou l’autre (j’ai cependant eu quelques illusions "compensatrices").

 

Bref, pour le Chili nous allons découvrir une preuve de cette illusion à partir d’un propos de Marcel Niedergang, grand reporter, et témoin privilégié des Amériques qui a publié en 1962 un livre chez Plon : Les 20 Amériques latines. Il termine ainsi le texte sur le Chili :

« Dans toutes les organisations internationales et spécialement au sein de l’organisation des Etats américains, la voix du Chili est écoutée, appréciée, recherchée et parfois déterminante. Le Chili n’est pourtant pas un colosse. Ce n’est pas un pays de masse comme le Brésil, l’Argentine ou même le Mexique. Son économie est fragile. L’équilibre de ses finances est instable. Son audience sans rapport avec sa puissance réelle s’explique donc d’abord par cette tradition démocratique brillante, solide et envié par les nations sud-américaines qui ne sont pas encore sorties de l’âge des pronunciamientos

 

Dix ans plus tard quand des pays voisins sortaient de l’âge des pronunciamientos, le Chili à la solide démocratie tombait dans l’ère Pinochet et l’opération Condor ! En une nuit, toute la démonstration de Niedergang est tombée à l’eau (sa conclusion était le résumé de l’essentiel de son texte) or, à bien regarder l’histoire du pays et celle des Amériques, ce ne fut qu’une demie surprise.

 

Pour aujourd’hui, je m’en tiens à ce contraste entre un rêve et une réalité. Mais peut-être fallait-il au Niedergang de 1962 ce rêve pour calmer les douleurs causées par tant de dures réalités, un peu partout sur le continent ? Oui le Chili d’alors paraissait une vallée du paradis mais du paraître à l’être….

Jean-Paul Damaggio

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 16:10

le-salpetre.jpg

 

Nous redescendons déjà vers le sud (4 heures de bus), vers Iquique et au croisement de la panaméricaine et de la route vers la petite ville (150 000 habitants) des travailleurs ont réussi à conserver un monument à la gloire de leur quête du salpêtre. Comme au musée d’Arica, une belle brochure est donnée au visiteur pour mieux comprendre les lieux. Il existe même une traduction machine faite en français : une traduction machine c’est la traduction automatique qui se reconnaît car pueblo est toujours traduit ville ou village mais jamais peuple.

 

Vous devinez tout de suite ma préoccupation : y parle-t-on du syndicalisme ? Le hasard fait que cette usine, Humberstone, a connu une lutte si historique au Chili qu’elle ne pouvait passer inaperçue : 2000 morts et autant de blessés le 21 décembre 1907. Totalement incroyable !

 

La visite de l’usine Humberstone aujourd’hui, permet de comprendre la modeste revendication. En fait d’usine, il s’agissait d’une ville en plein désert où les familles étaient là à demeure, et en guise de salaire les ouvriers étaient payés d’une monnaie seulement utilisable dans l’enceinte de l’usine, las Fichas. Le document distribué aux touristes indique :

« Nous devons ajouter que le système de « fichas » a constitué le pas le plus avancé de l’exploitation de l’homme par l’homme et il a donné naissance aux premières luttes sociales qui ont provoqué de fortes répressions atroces comme les meurtres dans les usines « Ramirez » et « La Coruna » et le tristement fameux meurtre de l’Ecole Sainte Marie d’Iquique, le 21 décembre 1907 où environ 2000 personnes, des hommes, des femmes, des enfants, d’après les calculs les plus sérieux, sont morts criblés de balles des soldats de l’armée. La quantité de personnes blessées fut équivalente. »

 

Si la Guerre du Pacifique est assez connue, la guerre civile qui s’en suivit l’est moins or elle est encore plus parlante : elle a opposé en 1891 le camp à la solde des grosses entreprises (les vainqueurs) et les autres.

Ils étaient 40 000 à travailler pour le salpêtre dont 13 000 venaient du Pérou et de Bolivie sans doute pour faire les travaux les plus pénibles.

Le 10 décembre, après la décision d’une grève générale, avec des drapeaux chiliens, péruviens, boliviens et argentins des milliers d’ouvriers sont arrivés à Iquique pour demander à être entendu. Ils venaient de la pampa et on les appelait los pampinos.

Les revendications étaient nombreuses :

- être payé en monnaie du pays

- avoir des commerces concurrents dans l’usine

- sur les conditions de sécurité

- des locaux gratuits pour créer une école du soir à destination des ouvriers

- interdiction de licencier les grévistes

- obligation d’un délai de 15 jours avant tout licenciement.

 

Cette action dure faisait suite à des pétitions sans réponse faites depuis 1901.

Aussitôt le gouvernement décida d’envoyer dans la ville trois régiments pour aider les deux qui étaient dans la ville et surtout, la marine avec des troupes de débarquement.

 

La grève ne faisait que s’étendre et le 21 décembre ils étaient entre 10 000 et 12 000 ouvriers en grève occupant Iquique.

Comme toujours les patrons anglais n’acceptaient de négocier que si les ouvriers reprenaient le travail…

 

Dès le 20 décembre, l’état de siège étant décrété, 6 ouvriers furent abattus.

Le lendemain le général Roberto Silva Renard, et le colonel Ledesma, eurent l’ordre de déloger les travailleurs en grève qui étaient dans l’Ecole Santa Maria. L’ordre a été donné à 14h. 30, aux dirigeants du comité que s’ils ne sortaient pas, ils ouvriraient le feu. La menace fut répétée à 15 h. 30. Seul un petit groupe de travailleurs est sorti. Les soldats ont tiré. Les ouvriers ont tenté de fuir. Ils ont été pourchassés.

Dans un premier temps le général parla de 140 morts. Tous les historiens s’accordent sur environ 2 200 morts ! Ils furent enterrés dans une fosse commune jusqu’en 1940 quand les restes furent exhumés et enterrés correctement. C’est seulement en 1920 que des lois sociales permirent enfin un salaire en argent.

Sans entrer plus dans le détail, il n’est pas inutile d’observer que dans le monde, 1905-1910 et l’année 1920 furent celles des plus grandes luttes sociales du début du siècle. Pendant longtemps, les mouvements sociaux sur la base de raisons locales, entraient dans un mouvement international. En 1938 le Frente popular gagne… au Chili !

Jean-Paul Damaggio

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 20:11

les-momies.jpg

 

Tout séjour aux Amériques impose un détour par les peuples autochtones, ceux-là même qui virent arriver au Chili Diego de Almagro en 1536 et Pedro de Valdivia en 1540 presue un siècle après le grand Colon.

La géographie a imposé trois types de peuplement, les Aymaras sur l’altiplano, les Quechuas dans les montagnes et les Changos sur la côte, les moins connu aujourd’hui mais pas moins méritants. Ces types de peuplement se croisaient suivant les rigueurs du climat. Des Aymaras venaient jusque sur la côte cultiver de la coca, des Quechuas conduisaient parfois leurs troupeaux sur l’altiplano et les Changos plus pécheurs avaient aussi des cultures dans la sierra.

Pour la période la plus ancienne, de 8000 à 1000 avant Jésus-Christ, se développa à Arica la culture Chinchorro et le vestige majeur de cette culture a été découvert seulement en 1983 au pied de la colline de la ville. Pour le découvrir il faut faire quelques kilomètres dans l’émouvante vallée verte d’Azapa. Vous prenez un désert plus de l’eau et vous avez une oasis et une oasis c’est aussitôt grandiose. C’est là que nous découvrons le Musée arquéologique San Miguel de Azapa où trônent deux momies, les premières momies découvertes sur la planète. Pourquoi momifier si ce n’est pour se donner une chance d’échapper à la mort ?

Pour atteindre le succès dans la conservation, les Changos enlevaient tout l’intérieur du mourant, ils mettaient la peau de côté, ils renforçaient le squelette puis replaçaient la peau pour la peindre avec du manganèse noir et de l’oxyde de fer rouge !

 

Le musée concerne les trois cultures donc nous avons aussi tous les mérites des Quechuas et d’Aymaras qui sont encore aujourd’hui fortement présents au Pérou et en Bolivie. Ils apportent le tissage, l’agriculture, les outils qui vont avec…

 

Un musée c’est toujours un bourrage de crâne mais celui-ci est bien fait avec un catalogue qui accompagne et une présentation idéale. Je retiens seulement que les mystères des peuples autochtones nous renvoient à nos propres origines comme si déjà au départ, l’humain était PARTOUT soumis à la même exigence : vaincre la peur de mourir.

 

La route pour venir jusqu’à ce musée est une route de jardins… et de géoglyphes. Là encore un désir de traverser les âges mais cette fois par une tracé. Cette région qui va de Nazca à Antofagasta est plein de géoglyphes qui se présentent sous trois forme : des lignes géométriques, des représentations d’animaux et des représentations qui mêlent hommes et animaux. Sur cette route d’Aria à San Miguel de Azapa, la première se trouve au kilomètre 6 à la Aldea Cerro sombrero. Deux kilomètres plus loin ce sont des camélidés. Puis un kilomètre plus c’est l’immense llama de Cerro sagrado. On va essayer de le voir de deux kilomètres plus loin, au point de vue de las llosyas. C’est au bout de 23 km qu’on arrive au musée.

 

Côté agriculture nous sommes au cœur des oliviers de Azapa.

 

Arica a troqué le salpêtre pour le tourisme et demain quand le prix des carburants va augmenter et les revenus des éventuels touristes baisser, il faudra sans doute inventer autre chose. Aux Amériques ils ne connaissent que ça depuis 1600, les mutations capables d’effacer l’histoire et pourtant les momies elles, sont toujours là.

Jean-Paul Damaggio

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 12:27

arica.jpg

Je suis au sommet du clocher de la modeste cathédrale San Marcos à Arica face aux palmiers de la place Colon. Détruite en 1868 par un tremblement de terre elle a été reconstruite à l’aide de Gustave Eiffel et inaugurée en 1876. Préfabriquée intégralement en fer, elle n’a que la porte en bois. Et le surprenant c’est que quand je regarde de là-haut, j’ai à ma gauche l’ancienne maison du gouvernement sortie elle aussi des mêmes ateliers et inaugurée la même année et à ma droite pour clôturer le tableau, un autre bâtiment devenu la maison de la culture après avoir été la maison de la douane et qui pour l’essentiel est encore l’œuvre de Eiffel.

 

Mais pourquoi donc, après le tremblement de terre, la ville est allée jusqu’à s’offrir les services de la grande compagnie française ? Pour le dire autrement, d’où provenait sa richesse ? La réponse est simple même si elle semble ridicule aujourd’hui : le salpêtre (1) ! Et pour preuve de l’importance de ce salpêtre, Arica qui était péruvienne, passera chilienne !

Oui, seulement quatre ans après l’inauguration de la cathédrale, une bataille célèbre va avoir lieu pour prendre la colline que je vois très bien à ma gauche, el morro d’Arica.

Pour ceux qui voudraient l’oublier les guerres ont souvent des enjeux économiques plus ou moins masqués, plus ou moins visibles. En cette affaire de la guerre du pacifique le Manuel d’histoire du Pérou indique clairement les trois causes de la guerre :

« - La haine ancestrale du Chili envers le Pérou, alimentée par ses diplomates et sa presse dès les premiers jours de l’émancipation

- Le salpêtre de Tarapaca, une très riche source de revenus

- Le futile et vain prétexte d’une alliance défensive secrète avec la Bolivie. » (2)

 

Sur quels faits s’appuie l’historien ?

Le 14 février 1878 le Congrès de Bolivie promulgue une loi qui donne son accord à la transaction effectuée entre le pouvoir exécutif et la Compagnie anonyme des salpêtres et des voies ferrées d’Antofagasta à condition que la Compagnie paie 10 centimes par quintaux de salpêtre exporté. Immédiatement la Compagnie appelle au secours le gouvernement chilien et le 14 février 1879, sans déclaration de guerre, le Chili occupe Antofagasta qui était alors une ville bolivienne. Le Chili demande au Pérou de rester neutre et devant le refus c’est aussi la guerre avec le Pérou, guerre qui conduira les armées chiliennes jusqu’à l’occupation de la capitale Lima, un accord de paix étant conclu le 20 octobre 1883 avec les pertes territoriales des deux pays perdants, dont Arica la péruvienne.

 

La bourgeoisie péruvienne avait les yeux tournés vers la France, tandis que celle du Chili pensait plutôt aux Allemands, aux Anglais et aux Etasuniens. Le fer de Eiffel servait à construire des monuments et celui des Anglais, des voies ferrées. La guerre du pacifique a fait de John Thomas North arrivé au Chili à 24 ans, en 1866, le roi du salpêtre. En effet, pendant la guerre, il a acheté à bas prix les entreprises des Péruviens qui entre 1880 et 1881 avaient abandonnés Tarapaca et à la fin de la guerre, le gouvernement chilien reconnaissant ces droits de propriété, il débute une carrière d’empereur économique qu’il conduira en complicité avec la Bourse de Londres. A la fin de sa vie, sachant que le salpêtre aurait une fin aussi, il avait déjà reconverti ses avoirs dans les mines d’or et d’argent du Congo.

 

Il est déjà temps que je descende de mon clocher de la cathédrale pour aller retrouver les nouvelles de ce jour, 21 septembre 2012. Sur l’Estrella d’Arica ils relaient l’annonce de quelques scientifiques qui prévoient un méga tremblement de terre pour la mi-octobre. D’autres répondent qu’on ne peut rien prévoir à l’avance. Réponse le 15 octobre. JPD

 

(1)   Le salpêtre c’est du nitrate de sodium qui décomposé par ébullition avec du chlorure de potassium donne en refroidissant du nitrate de potassium utile pour faire de la poudre, et engrais et autres produits stratégiques.

(2)  (2) E. Ortega y Otros Manuel de Historia general del Peru, Indeart p. 515

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 18:06

couv 101 femmes

 

Dans mon livre sur les 101 femmes il n’y a pas Caroline Fourest mais une Tunisienne qui l’a accompagnée à la Fête de l’Huma et dont le nom n’apparaît nulle part : Nadia El Fani. Ceux qui auront lu le livre comprendront pourquoi, le but de cet article étant de revenir sur le cas d’une femme qui y est également présente, Jeanne d’Arc.

Comme tout auteur, j’apprécie les remarques sur mes écrits, favorables ou défavorables, aussi j’ai été très heureux qu’un ami m’interpelle en me disant que jamais il n’y aurait mis Jeanne d’Arc. Cet historien des luttes populaires considère que cette femme n’a jamais eu l’histoire qu’on lui a collé à la peau après la guerre de 1870 quand la Troisième république a souhaité se fabriquer des héros nationaux. Ah ! si Jeanne d’Arc pouvait revenir pour jeter hors d’Alsace, les Allemands…

 En fait sa colère contre ce mythe ne lui a pas permis de bien saisir par quel chemin j’en suis arrivé à Jeanne d’Arc, chemin que le lecteur de ce blog peut comprendre s’il tape le nom de l’héroïne sur le moteur de recherche du blog.

 

La discussion en serait restée là si le soir même, lisant mes vieux dossiers je n’étais tombé sur un entretien avec Pier Paolo Pasolini qui se termine ainsi :

« Mon idéal esthétique est franc, massif, statique. Ce n'est pas un monde moderne et élégant. Je crois en la violence de la forme, à l'attaque directe de ce qui constitue l'essence de l'idée (c'est pourquoi Dreyer et surtout Jeanne d'Arc m'ont tellement influencé). »

 

Grâce à l’ami René Merle j’apprends que le Jeanne d’Arc en question est un film de Carl Theodor Dreyer. Voici ce que dit Wikipédia :

« C’est pourtant grâce au franc succès public de l’une de ces comédies, Le Maître du logis (1925), que Dreyer fut invité à venir travailler en France. Il se vit alors confier par le vice-président de la Société Générale de films, le duc d’Ayen, un manuscrit composé par l’écrivain Joseph Delteil, qu’il remania pour en faire le scénario de La Passion de Jeanne d'Arc (1928)1. Dreyer s’intéressait à la vie de Jeanne d’Arc depuis la canonisation de celle-ci, en 1924. Son ambition n’était pas de tourner un simple film d’époque, bien qu’il ait étudié de manière approfondie les documents relatifs au procès de réhabilitation : il voulait « interpréter un hymne au triomphe de l’âme sur la vie »2. Restait à trouver la comédienne capable d’incarner la martyre : Lillian Gish, Madeleine Renaud furent un temps pressenties. Mais c’est sur Renée Falconetti, une vedette du théâtre de boulevard, que son choix se porta finalement. La rencontre fut déterminante : au cours du premier essai, Dreyer crut voir aux petites rides, aux marques de son visage que cette femme avait dû connaître « bien des épreuves, bien des souffrances ». Ce visage de douleur devint le sujet même du film, la surface sur laquelle Dreyer pouvait faire apparaître la Passion de la Jeanne d’Arc historique, mais aussi le vrai visage de l’humanité souffrante. »

 

Voilà comment on arrive à Joseph Delteil ! Je ne suis un admirateur amusé de cet écrivain…

 

Mais puisque j’ai cité l’entretien de Pier Paolo Pasolini interrogé par Gidéon Bachman je note cette observation de l’auteur de l’entretien : « Pasoloni se considère comme un marxiste, et singulièrement comme un disciple de Gramsci qu’il cite sans discontinuer. »

Parfois certains pensent que je me disperse... Jean-Paul Damaggio

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 13:51

 

Jusqu’à présent Said Bouamama a eu cent fois les honneurs de l’Huma (voir liste abrégée ci-dessous) et Caroline Fourest jamais. Le débat à la Fête de l’Huma devait-il inverser la tendance à cause du livre de cette dernière sur Marine Le Pen ? Pourquoi les organisateurs du débat, connaissant parfaitement Said Bouamama, ont-ils négligé de répondre à la lettre qui leur avait été envoyée ?

 

Ce qui est sûr c’est que l’opposition annoncée, entre Fourest la médiatique, et ses adversaires, a été vite balayée quand aussitôt après l’événement de la Fête de l’Huma, Rue89 et donc le Nouvel Observateur, puis Mediapart, ont relayé le propos des « censeurs » et non ceux de Caroline Fourest. Par ailleurs il est aisé de vérifier que Pierre Tevanian a les honneurs du Monde. Donc évitons un premier faux débat : les invisibles sont ceux qui comme Chlahla Chafik et tant d’autres sont exclus des médias (je pense souvent à l’Algérienne Latifa Ben Mansour pour faire dans la polémique).

 

Deuxième débat : « Caroline et Marine, ça rime et Caroline faisant le jeu de Marine il est important de la faire taire ». Dans un débat, les règles sont fixées par les organisateurs et soit on s’y plie, soit on n’y va pas. Si on y va pour interdire le débat alors on use de méthodes très dangereuses pour la suite, d’autant que je n’ai jamais entendu qu’un débat avec Marine Le Pen ait été rendu impossible. « Oui, mais justement à la Fête de l’Huma il faut tout de même que des personnes viennent valider ou pas les bons débats ? » Il y aurait des organisateurs par-dessus les organisateurs ? Il y a eu un débat avec la porte-parole du gouvernement qui a été chahutée, mais pas annulée, car là aussi il faut avoir le sens des mots qui sont importants : face à Fourest ce ne fut pas un chahut.

 

La balle revient dans le camp des organisateurs (qui semblent peu s'interroger): pourquoi ne pas avoir accepté comme ça avait été demandé, un débat Caroline Fourest / Said Bouamama ?

Dans ce cas nous voyons bien que Caroline Fourest devenait acceptable malgré « son idéologie la plus nauséabonde » !

 

En conclusion, l’opération a consisté à user de la force militante pour une occupation de l’espace médiatique sur le terrain d’un certain antiracisme (personne ne peut s’attribuer le « label »). Pour moi, sans partager toutes les idées de Caroline Fourest, cet événement annulé me semble de nature à faire date.

Depuis longtemps, tout en me considérant communiste au sens large, je ne suis pas d’accord avec Bouamama et encore moins avec Tévanian. Suis-je donc aussitôt un raciste infréquentable ? Caroline Fourest est contre le droit de vote des étrangers, moi oui et avec Juquin en 1988 nous avions déjà mené une campagne claire sur ce thème. Faut-il interdire la parole à tous ceux qui en France sont contre le droit de vote des étrangers ?

 

L’important c’est de sortir de la confusion actuelle, confusion alimentée par les diverses formes de compte-rendu données par les Invisibles, les Indigènes de la République, Mediapart et d’autres. On a parfois le sentiment de ne pas avoir assisté au même événement dans le camp qui plaide pourtant la même cause !

J-P Damaggio

 

Quelques articles de Bouamama sur l’Huma

| 09/04/2010 - 12:49

Rencontre avec Saïd Bouamama...Saïd Bouamama...Auteur de nombreux ouvrages, le sociologue Saïd Bouamama ...

 28/09/2009 - 22:00

 Saïd Bouamama « La stigmatisation des quartiers populaires empêche toute critique sociale »

 25/04/1999 - 22:00

 Saïd Bouamama : " Combler la fracture créée va être long "

Saïd Bouamama...Saïd Bouamama, sociologue, spécialiste de la banlieue, auteur de différents ouvrages (1), analyse les mécanismes de l'exclusion des jeunes des cités dus à la drogue ...

Saïd Bouamama  POLITIQUE | 22/10/2004 - 22:00  Les clients se mettent à nu

Sociologue et ethnologue à l'Institut de formation action recherche (IFAR), Saïd Bouamama et son équipe...Saïd Bouamama ...

 21/02/2008 - 00:00

 Saïd Bouamama « La question des identités sociales n'est pas résolue, mais elle se renforce »

 22/06/2008 - 22:00  Saïd Bouamama « Toute immigration a vocation au peuplement »

 21/04/2000 - 22:00  " La mort de Riad, c'est la mort d'un frère "

Pour le sociologue Saïd Bouamama, le drame de Lille-Sud...Saïd Bouamama ...

 18/10/2004 - 22:00  Les clients au rapport

Au final, l'équipe de chercheurs, dirigée par le sociologue Saïd Bouamama...lié évidemment à une question de moyens, précise Saïd Bouamama...Saïd Bouamama...de la femme soumise », note Saïd Bouamama ...

 10/04/2003 - 22:00  " J'ai peur de l'instrumentalisation de cette instance "

Le sociologue Saïd Bouamama...Saïd Bouamama ...

 30/05/1997 - 22:00

Interview de Saïd Bouamama...AGE de trente-neuf ans, chercheur, Saïd Bouamama ...

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 20:08

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Avant de devenir premier ministre on a généralement était ministre. François Hollande est un cas étrange car il n’aura siégé dans un gouvernement qu’au poste de président !

Pauline Marois, première ministre a aujourd’hui dans le pied une grosse épine : un problème d’éducation. Or, parmi ses divers postes ministériels, elle a été ministre de l’éducation ! Parmi mes 100 mètres linéaires d’archives je viens de retrouver cet exemplaire de l’Aut’Journal que j’avais ramené de mon deuxième voyage au Québec en 1998.

L’éditorial de Pierre Dubuc titrait : Longue vie au Rassemblement pour l’alternative politique, une façon de se souvenir que Québec solidaire n’est pas le produit d’une génération spontanée (Dubuc venait d’écrire un livre à ce sujet). Pour aujourd’hui, je ne vais rien dire de son soutien à Pauline Marois me contentant de répondre à cette question : pourquoi l’école Marois est montrée du doigt par le journal en 1998 ? Parce que la ministre favorise l’intrusion du privé dans le secteur de l’éducation. Je ne vais pas détailler le dossier de quatre pages (peut-être est-il quelque part sur le net) pour simplement faire observer qu’aujourd’hui l’épine à enlever prend ses racines dans la politique du PQ des années 98 !

D’ailleurs le journal en question avait en deuxième Une publicité de la Fédération Autonome du Collégial (le syndicat des enseignants) qui était claire : « Combattre le gouvernement péquiste à la solde des banquiers pour défendre l’éducation au Québec ».

Tout le dossier sur l’éducation dénonce la privatisation que le PQ a mis en place, en commençant par les universités et en suivant le modèle USA.

A suivre, Madame Pauline Marois… Jean-Paul Damaggio

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 20:03

Ce long entretien dans un journal brésilien nous permet de faire avec la philosophe chilienne un tour des Amériques. Je conteste plusieurs points mais surtout pas celui, où elle rappelle que le capitalisme est en train de se reconstruire… JPD

   

 

Eleonora de Lucena, Folha de São Paulo

 

 

Elle se définit comme « éducatrice populaire » marxiste-léniniste. Chilienne, disciple du philosophe Louis Althusser, leader étudiante catholique et membre du gouvernement socialiste de Salvador Allende. Elle a épousé un des commandants de la révolution cubaine (Manuel Piñeiro, « Barbe Rouge ») et dans les années 2000 a servi comme conseiller du président Hugo Chávez.

Marta Harnecker a écrit plus de 80 livres. Les plus célèbres « Concepts élémentaires du matérialisme historique », dans les années 1960, vendu à plus de 1 million d'exemplaires et qui est dans sa 67e édition. À l'âge de 75 ans, elle voyage à travers l'Amérique latine et se dit optimiste : les États-Unis ne font plus ce qu'ils veulent dans la région et la notion de souveraineté a grandi.

 

Quelle est votre évaluation de la situation politique en Amérique latine ? 

Je suis très optimiste. Quand Chavez a gagné, il était seul, mais aujourd'hui la scène a beaucoup changé. Je crois que les situations les plus avancées sont au Venezuela, en Bolivie et en Équateur. Mon dernier livre sur l'Équateur est appelée « La gauche à la recherche de la vie pleine et entière ». Le concept de ces gouvernements est une société alternative au capitalisme, où l'être humain a un développement complet.

Nous n’avons pas donné assez d'importance à cela par le passé. Aujourd'hui, c'est fondamental : une société bâtie par des gens, de la base vers le sommet. Il ne s’agit pas de faire en sorte que le peuple soit un mendiant qui reçoit des cadeaux de l'État, ce n'est pas ça que nous voulons ni ce qui se fait. La sage-femme de ce processus a été le néolibéralisme, qui a abouti à des contradictions et les peuples ont commencé à résister et à comprendre qu’il faut participer à la politique et créer des instruments politiques. C'est le cas de l'Équateur, de la Bolivie et du Venezuela, où il y a une pression populaire au cours des années 1980, qui est à l'origine du triomphe de Chávez.

Il y a une crise structurelle de l'État. Les gens n’ont plus confiance dans la politique ou les politiciens et veulent de nouvelles pratiques. Ils sont fatigués des promesses aliénantes. De nouveaux gouvernements sont arrivés et, à l'inverse des prévisions de certains intellectuels brésiliens, le processus a émergé. Il y a ceux qui trouvent qu'on été arrivé à un sommet et que le phénomène allait diminuer, mais ce n'est pas ça qui se passe.

Mais l'Empire est toujours là. Il y a les cas de Manuel Zelaya et de Fernando Lugo, qui avait des processus faibles en interne, avec des organisations locales plus fragiles. Rien ne peut se copier en Amérique latine. Certains s’enthousiasment du processus au Venezuela et croit qu’on peut faire de même dans tous les pays. Le processus sur le continent est totalement différencié, ce qui les unit c’est le processus social. En Bolivie et en Équateur, par exemple, les peuples autochtones sont des groupes importants, pas au Venezuela.

 

Les réalisations de Chavez ne sont-elles pas liées à la présence du pétrole ?

Quand Chavez est arrivé au pouvoir le pétrole était déjà nationalisé, mais il n'était pas dans les mains du gouvernement, il a été géré par les groupes aujourd'hui dans l'opposition. À la suite du coup d'État de 2002, le gouvernement a récupéré son administration. Les excédents du pétrole servent les missions sociales internes et à appuyer les autres processus en Amérique latine. Il y a une dépendance, mais aussi une claire conscience que ce fait doit être dépassé. Le gouvernement investit dans des projets d'industrialisation, car le néolibéralisme avait désindustrialisé le pays. La stratégie est de compter moins sur le pétrole.

 

Le gouvernement d'Evo Morales est confronté à une opposition en Bolivie. Comment expliquer cela ?

Ce sont des contradictions qui vivent ces processus, très différents du processus révolutionnaires des années 1920, et de la révolution russe. Dans ces cas, une corrélation de forces différentes dans le Parlement a permis l’accès au gouvernement mais les administrations locales, les médias et la puissance économique, restent entre les mains de ceux qui dominaient auparavant.

Álvaro García Linera [Bolivie vice-président] reflète les contradictions que connaît le pays. Entre un gouvernement qui doit être général, prendre des décisions, résoudre des problèmes dans tout le pays et les mouvements sociaux qui ont un taux de débat démocratique, etc. Dans le processus bolivien, la peuple est divers et a des contradictions, l’une tourne autour de drapeaux comme, par exemple, la référence à l’Etat plurinational, mais les contradictions sont intensifiées et le gouvernement doit comprendre et regarder démocratiquement les parties en présence. C’est très compliqué. Les gens veulent que l'État résolve le problème, c’est une forme de paternalisme. Lorsque ces gouvernements arrivent, ils veulent des solutions immédiates, ils ne savent rien de la politique ou la corrélation des forces en présence. De plus, la vision locale prime, sans perspective générale.

Un processus d'éducation populaire, est nécessaire pour que la communauté comprenne que pour le pays et les autres collectivités il est négatif ne pas faire un chemin. García Linera reconnaît qu'il y a et il y aura des contradictions et il est nécessaire que les dirigeants sachent les affronter.

Quelle est votre analyse de la situation au Brésil, Argentine et Uruguay ?

Elles sont différents, ce sont des gouvernements plus modérés, mais qui prennent des mesures de souveraineté, parce que la première chose que nous avons besoin est d'obtenir la souveraineté face aux États-Unis. Nous avons des réunions, laissant en dehors les États-Unis, le département d'État que ne viennent pas nous dire ce que nous devons faire. Dans la majorité des gouvernements de la région, la souveraineté est une valeur. C'est un succès le fait qu’il existe l'UNASUR et que le Chili, le Mexique et Colombie y soient impliqués.

 

La puissance des États-Unis dans la région diminue ?

Les États-Unis peuvent plus faire ceux qui veulent. Mais, bien sûr, leur pouvoir est immense. Il y a une contre-offensive des États-Unis, qui se reflète dans des situations comme celle de Zelaya et l'attentat contre Correa. Il y a un coup d’Etat contre Lugo. Ils tentent de faire un coup d'État en Bolivie, avec les secteurs de l'opposition, en profitant des contradictions au sein du peuple. À Santa Cruz et ailleurs, ils essayent de faire des alliances avec les secteurs mécontents de la ville. L'intention du séparatisme a été vaincue grâce à l'organisation populaire, il n'y a aucun danger immédiat, mais ces forces sont en reconstruction.

Nous n'avons pas un chemin facile. Ce sont des processus qui ne sont pas définis d'un jour à l'autre, la meilleure défense est d'avoir un peuple organisé. Chavez le comprend très bien, il insiste toujours sur le fait que nous ne pouvons pas résoudre le problème de la pauvreté si nous ne donnons pas de la puissance au peuple. Chavez est quelqu’un qui sent le peuple, il est très humain. J'ai fait un livre avec lui, qui s’est appelé « Un homme, un peuple». Je ne dis pas que l’homme Chavez n'a pas de défauts et qu'il n'y a aucune contradiction entre ses discours et ce qu'il fait, mais se vivent là-bas des processus humains, non de purs dieux.

 

De votre point de vue pourrait-il y avoir un modèle commun entre les pays d'Amérique latine ?

Je suis Chilienne, au Chili la contre-révolution bourgeoise s’est consolidée, avec Pinochet et ceux qui l’ont suivi. La Concertation a continué des politiques néolibérales, avec quelques politiques sociales. Il y a eu un succès du néolibéralisme, par l'augmentation du PIB, la construction de routes, mais le Chili, qui était un des pays les plus égalitaires de l'Amérique latine, est aujourd'hui un de ceux qui ont les principales différences entre les riches et les pauvres. Au Chili, il n'y a pas de murs dans les maisons de la grande bourgeoisie. Le résultat du néo-libéralisme ne peut être mesuré que par le côté économique. J'ai rencontré un couple d'architectes chiliens qui travaillent 14 heures par jour, ils vivent pour travailler, ils ne travaillent pas pour vivre.

Les gens de la petite bourgeoisie obtient quelque chose, mais il y a beaucoup de concurrence, ils sont toujours en en train de courir, ils n’ont jamais la paix d'esprit au travail. Le Brésil a également consolidé la contre-révolution bourgeoise.

 

Que voulez-vous dire ? Les gouvernements du PT c’est la contre-révolution bourgeoise ?

Les secteurs dominants ont été consolidés comme l’agro business par exemple. Le PT veut faire autre chose. Vous ne pouvez pas comparer avec le Venezuela ou la Bolivie, au nom de la victoire de Lula. Dans un pays qui est la sixième économie mondiale, les multinationales et les marchés financiers ont un pouvoir énorme. Le capitalisme alors se consolide, mais il y a des soins apportés dans les secteurs populaires, il y a des gens qui sortent de la pauvreté.

Au Brésil, le gouvernement ne facilite pas assez le processus d'organisation populaire. Nous avons une gauche qui était dans l'opposition, le gouvernement se doit d’agir, de résoudre les problèmes et ne peut pas attendre la discussion dans le parti. Il y a un fossé entre le parti et le gouvernement. Dans un État comme le brésilien il y a besoin de fermeté pour qu’il ne se transforme pas en quelque chose d'autre. Un travailleur qui devient sénateur ou député, change sa vie. Comme l’enseigne le marxisme,  les conditions matérielles influent sur la vie. Je pense que probablement la déformation de nombre de dirigeants fait qu’ils cessent de représenter les classes populaires. Il y a beaucoup de critiques de la gauche contre Lula et Dilma, qui se font sans comprendre la corrélation des forces existantes. Je ne veux pas dire qu'ils peuvent faire plus que ce qu'ils ont fait.

 

Bref, il n’y a pas un modèle commun pour l'Amérique latine ?

En Amérique latine, chaque situation est différente. Il est nécessaire d'étudier chaque pays, ses origines historiques, les corrélations de force. J’ai beaucoup étudié Lénine. Il y a besoin de faire l'analyse concrète des forces, choisir la stratégie et les tactiques. Il y a un horizon qui est le socialisme du XXIe siècle, la société de la bonne vie. Nous ne voulons pas un socialisme soviétique, étatique, totalitaire, parti unique, athée, qui a utilisé les mouvements sociaux comme une courroie d'entraînement. Il est nécessaire de lire les classiques, Marx et Engels. L'objectif est une société de solidarité, où il n'y a pas des exploiteurs et exploités, où chacun respecte les différences. C'est un objectif utopique.

Voici mes trois questions aux gouvernements :

1) Font-ils des conquêtes en ce qui concerne la souveraineté nationale? ;

2) Est-ce qu’ils consolident, améliorent, l'organisation du peuple ?

3) Font-ils un développement qui respecte la nature ?

 

Qu’elle est votre analyse de la crise économique mondiale ?

C'est une crise structurelle importante. Elle n'est pas terminale parce que le capitalisme se reconstruit. Les conditions objectives sont plus avancées que les conditions subjectives. Je valorise les mouvements comme les indignés. La rébellion est une étape initiale, mais il faut que cela devienne une force. « Reconstruire la gauche » est un de mes livres où je dis qu'un instrument d'articulation est nécessaire et ce ne sont pas les partis traditionnels. Le néolibéralisme fragmente la population.

 

Pourquoi ?

La politique n'est pas l'art du possible. C'est la diplomatie. J'ai écrit un livre à ce sujet. Le révolutionnaire doit comprendre que pour atteindre l’objectif, il doit créer une corrélation des forces. Il faut construire les forces sociales pour avoir une force politique et pour atteindre l’objectif. On construit une force sociale avec le peuple comme protagoniste. L'État ne peut créer ce qui n'existe pas, mais il peut créer les conditions pour que les forces se renforcent.

 

Les partis politiques seraient-ils cet instrument ? Y a-t-il des différences ?

Les partis politiques ne comprennent pas la politique comme l'art de la construction de forces sociales mais ils comprennent la politique comme une façon de gagner des postes gouvernementaux, avec plus de membres, plus de force. La politique est souvent très discréditée. Le droit s'est approprié le langage de la gauche. La gauche a plusieurs fois, une pratique politique qui est égale à droite : personnalisme, carriérisme politique, parfois la corruption et le favoritisme. Les personnes entendent les mêmes discours et sont déçus.

 

Par exemple.. ?

Pas d’exemples. Le diagnostic, tout le monde le fait, il est clair qu'il est nécessaire d'être très cohérent entre ce qui est dit et ce qui est fait. Il faut travailler à construire la force sociale et ne pas s'engager dans des combats institutionnels. Le socialisme exige une large majorité, une hégémonie, il faut convaincre un maximum de gens que le projet est très pluraliste et respectueux des différences.

J'ai un livre qui fait une analyse des erreurs commises par la gauche. Lorsqu'une personne connaît la valeur de solidarité, il commence à comprendre qu'il est plus important d'être que d’avoir. C'est la lutte contre le consumérisme. Il y a une démocratie démobilisatrice. Les personnes sont endettés, les travailleurs sont démobilisés, parce qu'ils peuvent perdre le travail et ne sont pas aussi protégés comme avant. Lorsque les partis de gauche font gagner quelque espace, plusieurs fois les dirigeants cessent d'être des leaders révolutionnaires. Le danger est très grand. Un militant politique qui s’implique dans l'appareil bourgeois, doit avoir une sorte de structure, un groupe de personnes à consulter et qui le contrôlent, et qui demande au chef pourquoi il est entrain d'acheter une voiture dont il n'a pas besoin. La cooptation est facile, par idéologie et culture chez un sujet solitaire.

 

Vous avez épousé un chef de file de la révolution cubaine et avez vécu pendant de nombreuses années sur l'île, quelle est la situation dans ce pays ?

Cuba a été ma deuxième maison, j'ai une fille cubaine qui y vit. Cuba en Amérique latine a montré la dignité, la capacité à se défendre, la souveraineté de la résistance à tous les maux. L'économie est très compliquée.

 

Comment évaluer les changements économiques ?

Il était nécessaire d'apporter des modifications. Les gens ont besoin d'espace pour développer leur capacité de production, c’est sûr. Je crois que la participation des travailleurs dans les coopératives c’est un chemin qui devrait être exploré.

 

Vous avez été disciple de Louis Althusser (1918-1990), que dire de cette expérience ?

J'ai étudié la psychologie à l'Université catholique du Chili. En tant que chef de file de l'action catholique de l'Université, j'ai visité Cuba et j’ai été fasciné. J’étais catholique et j’ai commencé à discuter avec des chrétiens marxistes. Je suis allé en France et j’ai rencontré Althusser, qui avait également été catholique. J'ai lu ses œuvres et établi une relation de disciple. Il a vécu à quelques mètres de la maison et je l'ai vu trois fois par jour, il m'a dit ce qu'il faut lire. Je n’ai pas continué la psychologie. C'était entre 1963 et 1968. J'ai également travaillé avec Paul Ricoeur (1913-2005). Je suis revenu au Chili, pensant y enseigner le français.

De manière délibérée je n’avais aucun titre. J’avais écrit un livre « Concepts élémentaires du matérialisme historique », avec des notes, que j’avais prises pendant un cours pour les Haïtiens et les Mexicains, au cours de ma dernière année à Paris. Ce livre s’est vendu à plus de 1 million d'exemplaires, et est maintenant dans sa 67e édition et a été traduit en plusieurs langues. Par ce livre, je suis devenue un professeur de l'Université du Chili avec Theotonio dos Santos et Ruy Mauro Marini. Ensuite j’ai été directrice de la revue politique de l'unité populaire : « Chili aujourd’hui». Je transformais des articles d’intellectuels pour les rendre accessibles à la population. C'est alors que je me suis passionnée pour le journalisme. Je donnais des cours pour les ouvriers et les paysans. J'ai fait douze livres d'éducation populaire.

J'ai publié plus de 80 livres. Livres de témoignages, d'expériences dans plusieurs pays - El Salvador, Équateur, Bolivie, Paraguay, Venezuela. J'ai un livre sur le PT, qui est en attente. Au Chili, j’étais membre du Parti socialiste et j’étais fascinée par l'éducation populaire. Pour moi, la plus grande satisfaction est de créer un texte que tous comprennent, autres que les universitaires. Je ne suis pas docteur, je suis une éducatrice populaire : c’est mon autodéfinition. Après le coup d'État au Chili, je suis allé à Cuba, c'est alors que j'ai consolidé ma relation avec le commandant Manuel Piñeiro, ou « Barbe Rouge » (1933-1998). Je suis resté à Cuba jusqu'en 2003. Je suis allé pour une entrevue avec Hugo Chávez au Venezuela. J'ai recueilli les critiques, les doutes sur le gouvernement de gauche. Il aimait beaucoup que je lui transmette les critiques, il m'a invité à travailler dans le palais. Je ne voulais pas de salaire, il me payait seulement le logement et la nourriture.

 

Quelles critiques étaient faites ?

Un tel ministre ne faisait pas une telle chose, il avait un discours trop autoritaire. J'ai vécu six ans au Venezuela.

 

Vous pensez maintenant que Chavez est une personne autoritaire ?

Chavez est un militaire qui croit à la participation populaire et qui la promouvoir. Comme personne il est contradictoire et il faut respecter cette contradiction. Nous avons voulu qu’il soit moins autoritaire, mais comprenons-nous, j'ai moi aussi un caractère assez compliqué, plusieurs fois j’ai voulu changer, mais ce n'est pas si facile. L’importante c’est de voir les fruits de son action. Si nous comparons le Venezuela de la première année avec celui de maintenant, nous avons des gens avec une personnalité, qui critique, et qui a grandi comme un être humain. C'est ce que nous recherchons.

 

Habitez-vous toujours au Venezuela ?

J'habite à Vancouver, au Canada, avec mon collègue Michael Lebowitz.

 

Comment imaginer la succession de Chavez ?

Il n'y a personne à la hauteur de Chavez. Idéalement, un leadership collectif. Compte tenu de la fragmentation que le néolibéralisme produit dans les secteurs populaires d'Amérique latine, les travailleurs aujourd'hui n’ont rien à voir avec l'époque de Marx : ils sont sous-traitants, travailleur occasionnel. Il faut des gens avec un charisme et une forte personnalité pour unir de tels secteurs.

Il y a le leader populiste qui utilise le peuple pour ses objectifs politiques et le leader révolutionnaire qui, à l'aide de sa capacité, favorise la croissance de la population. Un leader révolutionnaire avec charisme communique avec le peuple comme un populiste. La différence est que le populiste donne, comme Perón, mais n'aide pas que les gens à s’émanciper. Il n'est pas un pont vers la croissance de la conscience.

Je me souviens d'un des premiers voyages que j'ai fait avec Chavez, pour l'ouverture d'une école. Les gens demandaient des choses, transmettaient des documents, l'un d'eux a demandé une camionnette, Chavez a suggéré qu’ils s'organisent avec d'autres personnes dans une coopérative pour obtenir la route. C'est la bonne voie. Pour moi ce n'est pas du populisme, c'est un leader révolutionnaire. Pour moi le processus vénézuélien et Chavez sont fondamentaux pour le processus en Amérique latine.

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