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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 12:27

arica.jpg

Je suis au sommet du clocher de la modeste cathédrale San Marcos à Arica face aux palmiers de la place Colon. Détruite en 1868 par un tremblement de terre elle a été reconstruite à l’aide de Gustave Eiffel et inaugurée en 1876. Préfabriquée intégralement en fer, elle n’a que la porte en bois. Et le surprenant c’est que quand je regarde de là-haut, j’ai à ma gauche l’ancienne maison du gouvernement sortie elle aussi des mêmes ateliers et inaugurée la même année et à ma droite pour clôturer le tableau, un autre bâtiment devenu la maison de la culture après avoir été la maison de la douane et qui pour l’essentiel est encore l’œuvre de Eiffel.

 

Mais pourquoi donc, après le tremblement de terre, la ville est allée jusqu’à s’offrir les services de la grande compagnie française ? Pour le dire autrement, d’où provenait sa richesse ? La réponse est simple même si elle semble ridicule aujourd’hui : le salpêtre (1) ! Et pour preuve de l’importance de ce salpêtre, Arica qui était péruvienne, passera chilienne !

Oui, seulement quatre ans après l’inauguration de la cathédrale, une bataille célèbre va avoir lieu pour prendre la colline que je vois très bien à ma gauche, el morro d’Arica.

Pour ceux qui voudraient l’oublier les guerres ont souvent des enjeux économiques plus ou moins masqués, plus ou moins visibles. En cette affaire de la guerre du pacifique le Manuel d’histoire du Pérou indique clairement les trois causes de la guerre :

« - La haine ancestrale du Chili envers le Pérou, alimentée par ses diplomates et sa presse dès les premiers jours de l’émancipation

- Le salpêtre de Tarapaca, une très riche source de revenus

- Le futile et vain prétexte d’une alliance défensive secrète avec la Bolivie. » (2)

 

Sur quels faits s’appuie l’historien ?

Le 14 février 1878 le Congrès de Bolivie promulgue une loi qui donne son accord à la transaction effectuée entre le pouvoir exécutif et la Compagnie anonyme des salpêtres et des voies ferrées d’Antofagasta à condition que la Compagnie paie 10 centimes par quintaux de salpêtre exporté. Immédiatement la Compagnie appelle au secours le gouvernement chilien et le 14 février 1879, sans déclaration de guerre, le Chili occupe Antofagasta qui était alors une ville bolivienne. Le Chili demande au Pérou de rester neutre et devant le refus c’est aussi la guerre avec le Pérou, guerre qui conduira les armées chiliennes jusqu’à l’occupation de la capitale Lima, un accord de paix étant conclu le 20 octobre 1883 avec les pertes territoriales des deux pays perdants, dont Arica la péruvienne.

 

La bourgeoisie péruvienne avait les yeux tournés vers la France, tandis que celle du Chili pensait plutôt aux Allemands, aux Anglais et aux Etasuniens. Le fer de Eiffel servait à construire des monuments et celui des Anglais, des voies ferrées. La guerre du pacifique a fait de John Thomas North arrivé au Chili à 24 ans, en 1866, le roi du salpêtre. En effet, pendant la guerre, il a acheté à bas prix les entreprises des Péruviens qui entre 1880 et 1881 avaient abandonnés Tarapaca et à la fin de la guerre, le gouvernement chilien reconnaissant ces droits de propriété, il débute une carrière d’empereur économique qu’il conduira en complicité avec la Bourse de Londres. A la fin de sa vie, sachant que le salpêtre aurait une fin aussi, il avait déjà reconverti ses avoirs dans les mines d’or et d’argent du Congo.

 

Il est déjà temps que je descende de mon clocher de la cathédrale pour aller retrouver les nouvelles de ce jour, 21 septembre 2012. Sur l’Estrella d’Arica ils relaient l’annonce de quelques scientifiques qui prévoient un méga tremblement de terre pour la mi-octobre. D’autres répondent qu’on ne peut rien prévoir à l’avance. Réponse le 15 octobre. JPD

 

(1)   Le salpêtre c’est du nitrate de sodium qui décomposé par ébullition avec du chlorure de potassium donne en refroidissant du nitrate de potassium utile pour faire de la poudre, et engrais et autres produits stratégiques.

(2)  (2) E. Ortega y Otros Manuel de Historia general del Peru, Indeart p. 515

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 18:06

couv 101 femmes

 

Dans mon livre sur les 101 femmes il n’y a pas Caroline Fourest mais une Tunisienne qui l’a accompagnée à la Fête de l’Huma et dont le nom n’apparaît nulle part : Nadia El Fani. Ceux qui auront lu le livre comprendront pourquoi, le but de cet article étant de revenir sur le cas d’une femme qui y est également présente, Jeanne d’Arc.

Comme tout auteur, j’apprécie les remarques sur mes écrits, favorables ou défavorables, aussi j’ai été très heureux qu’un ami m’interpelle en me disant que jamais il n’y aurait mis Jeanne d’Arc. Cet historien des luttes populaires considère que cette femme n’a jamais eu l’histoire qu’on lui a collé à la peau après la guerre de 1870 quand la Troisième république a souhaité se fabriquer des héros nationaux. Ah ! si Jeanne d’Arc pouvait revenir pour jeter hors d’Alsace, les Allemands…

 En fait sa colère contre ce mythe ne lui a pas permis de bien saisir par quel chemin j’en suis arrivé à Jeanne d’Arc, chemin que le lecteur de ce blog peut comprendre s’il tape le nom de l’héroïne sur le moteur de recherche du blog.

 

La discussion en serait restée là si le soir même, lisant mes vieux dossiers je n’étais tombé sur un entretien avec Pier Paolo Pasolini qui se termine ainsi :

« Mon idéal esthétique est franc, massif, statique. Ce n'est pas un monde moderne et élégant. Je crois en la violence de la forme, à l'attaque directe de ce qui constitue l'essence de l'idée (c'est pourquoi Dreyer et surtout Jeanne d'Arc m'ont tellement influencé). »

 

Grâce à l’ami René Merle j’apprends que le Jeanne d’Arc en question est un film de Carl Theodor Dreyer. Voici ce que dit Wikipédia :

« C’est pourtant grâce au franc succès public de l’une de ces comédies, Le Maître du logis (1925), que Dreyer fut invité à venir travailler en France. Il se vit alors confier par le vice-président de la Société Générale de films, le duc d’Ayen, un manuscrit composé par l’écrivain Joseph Delteil, qu’il remania pour en faire le scénario de La Passion de Jeanne d'Arc (1928)1. Dreyer s’intéressait à la vie de Jeanne d’Arc depuis la canonisation de celle-ci, en 1924. Son ambition n’était pas de tourner un simple film d’époque, bien qu’il ait étudié de manière approfondie les documents relatifs au procès de réhabilitation : il voulait « interpréter un hymne au triomphe de l’âme sur la vie »2. Restait à trouver la comédienne capable d’incarner la martyre : Lillian Gish, Madeleine Renaud furent un temps pressenties. Mais c’est sur Renée Falconetti, une vedette du théâtre de boulevard, que son choix se porta finalement. La rencontre fut déterminante : au cours du premier essai, Dreyer crut voir aux petites rides, aux marques de son visage que cette femme avait dû connaître « bien des épreuves, bien des souffrances ». Ce visage de douleur devint le sujet même du film, la surface sur laquelle Dreyer pouvait faire apparaître la Passion de la Jeanne d’Arc historique, mais aussi le vrai visage de l’humanité souffrante. »

 

Voilà comment on arrive à Joseph Delteil ! Je ne suis un admirateur amusé de cet écrivain…

 

Mais puisque j’ai cité l’entretien de Pier Paolo Pasolini interrogé par Gidéon Bachman je note cette observation de l’auteur de l’entretien : « Pasoloni se considère comme un marxiste, et singulièrement comme un disciple de Gramsci qu’il cite sans discontinuer. »

Parfois certains pensent que je me disperse... Jean-Paul Damaggio

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 13:51

 

Jusqu’à présent Said Bouamama a eu cent fois les honneurs de l’Huma (voir liste abrégée ci-dessous) et Caroline Fourest jamais. Le débat à la Fête de l’Huma devait-il inverser la tendance à cause du livre de cette dernière sur Marine Le Pen ? Pourquoi les organisateurs du débat, connaissant parfaitement Said Bouamama, ont-ils négligé de répondre à la lettre qui leur avait été envoyée ?

 

Ce qui est sûr c’est que l’opposition annoncée, entre Fourest la médiatique, et ses adversaires, a été vite balayée quand aussitôt après l’événement de la Fête de l’Huma, Rue89 et donc le Nouvel Observateur, puis Mediapart, ont relayé le propos des « censeurs » et non ceux de Caroline Fourest. Par ailleurs il est aisé de vérifier que Pierre Tevanian a les honneurs du Monde. Donc évitons un premier faux débat : les invisibles sont ceux qui comme Chlahla Chafik et tant d’autres sont exclus des médias (je pense souvent à l’Algérienne Latifa Ben Mansour pour faire dans la polémique).

 

Deuxième débat : « Caroline et Marine, ça rime et Caroline faisant le jeu de Marine il est important de la faire taire ». Dans un débat, les règles sont fixées par les organisateurs et soit on s’y plie, soit on n’y va pas. Si on y va pour interdire le débat alors on use de méthodes très dangereuses pour la suite, d’autant que je n’ai jamais entendu qu’un débat avec Marine Le Pen ait été rendu impossible. « Oui, mais justement à la Fête de l’Huma il faut tout de même que des personnes viennent valider ou pas les bons débats ? » Il y aurait des organisateurs par-dessus les organisateurs ? Il y a eu un débat avec la porte-parole du gouvernement qui a été chahutée, mais pas annulée, car là aussi il faut avoir le sens des mots qui sont importants : face à Fourest ce ne fut pas un chahut.

 

La balle revient dans le camp des organisateurs (qui semblent peu s'interroger): pourquoi ne pas avoir accepté comme ça avait été demandé, un débat Caroline Fourest / Said Bouamama ?

Dans ce cas nous voyons bien que Caroline Fourest devenait acceptable malgré « son idéologie la plus nauséabonde » !

 

En conclusion, l’opération a consisté à user de la force militante pour une occupation de l’espace médiatique sur le terrain d’un certain antiracisme (personne ne peut s’attribuer le « label »). Pour moi, sans partager toutes les idées de Caroline Fourest, cet événement annulé me semble de nature à faire date.

Depuis longtemps, tout en me considérant communiste au sens large, je ne suis pas d’accord avec Bouamama et encore moins avec Tévanian. Suis-je donc aussitôt un raciste infréquentable ? Caroline Fourest est contre le droit de vote des étrangers, moi oui et avec Juquin en 1988 nous avions déjà mené une campagne claire sur ce thème. Faut-il interdire la parole à tous ceux qui en France sont contre le droit de vote des étrangers ?

 

L’important c’est de sortir de la confusion actuelle, confusion alimentée par les diverses formes de compte-rendu données par les Invisibles, les Indigènes de la République, Mediapart et d’autres. On a parfois le sentiment de ne pas avoir assisté au même événement dans le camp qui plaide pourtant la même cause !

J-P Damaggio

 

Quelques articles de Bouamama sur l’Huma

| 09/04/2010 - 12:49

Rencontre avec Saïd Bouamama...Saïd Bouamama...Auteur de nombreux ouvrages, le sociologue Saïd Bouamama ...

 28/09/2009 - 22:00

 Saïd Bouamama « La stigmatisation des quartiers populaires empêche toute critique sociale »

 25/04/1999 - 22:00

 Saïd Bouamama : " Combler la fracture créée va être long "

Saïd Bouamama...Saïd Bouamama, sociologue, spécialiste de la banlieue, auteur de différents ouvrages (1), analyse les mécanismes de l'exclusion des jeunes des cités dus à la drogue ...

Saïd Bouamama  POLITIQUE | 22/10/2004 - 22:00  Les clients se mettent à nu

Sociologue et ethnologue à l'Institut de formation action recherche (IFAR), Saïd Bouamama et son équipe...Saïd Bouamama ...

 21/02/2008 - 00:00

 Saïd Bouamama « La question des identités sociales n'est pas résolue, mais elle se renforce »

 22/06/2008 - 22:00  Saïd Bouamama « Toute immigration a vocation au peuplement »

 21/04/2000 - 22:00  " La mort de Riad, c'est la mort d'un frère "

Pour le sociologue Saïd Bouamama, le drame de Lille-Sud...Saïd Bouamama ...

 18/10/2004 - 22:00  Les clients au rapport

Au final, l'équipe de chercheurs, dirigée par le sociologue Saïd Bouamama...lié évidemment à une question de moyens, précise Saïd Bouamama...Saïd Bouamama...de la femme soumise », note Saïd Bouamama ...

 10/04/2003 - 22:00  " J'ai peur de l'instrumentalisation de cette instance "

Le sociologue Saïd Bouamama...Saïd Bouamama ...

 30/05/1997 - 22:00

Interview de Saïd Bouamama...AGE de trente-neuf ans, chercheur, Saïd Bouamama ...

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 20:08

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Avant de devenir premier ministre on a généralement était ministre. François Hollande est un cas étrange car il n’aura siégé dans un gouvernement qu’au poste de président !

Pauline Marois, première ministre a aujourd’hui dans le pied une grosse épine : un problème d’éducation. Or, parmi ses divers postes ministériels, elle a été ministre de l’éducation ! Parmi mes 100 mètres linéaires d’archives je viens de retrouver cet exemplaire de l’Aut’Journal que j’avais ramené de mon deuxième voyage au Québec en 1998.

L’éditorial de Pierre Dubuc titrait : Longue vie au Rassemblement pour l’alternative politique, une façon de se souvenir que Québec solidaire n’est pas le produit d’une génération spontanée (Dubuc venait d’écrire un livre à ce sujet). Pour aujourd’hui, je ne vais rien dire de son soutien à Pauline Marois me contentant de répondre à cette question : pourquoi l’école Marois est montrée du doigt par le journal en 1998 ? Parce que la ministre favorise l’intrusion du privé dans le secteur de l’éducation. Je ne vais pas détailler le dossier de quatre pages (peut-être est-il quelque part sur le net) pour simplement faire observer qu’aujourd’hui l’épine à enlever prend ses racines dans la politique du PQ des années 98 !

D’ailleurs le journal en question avait en deuxième Une publicité de la Fédération Autonome du Collégial (le syndicat des enseignants) qui était claire : « Combattre le gouvernement péquiste à la solde des banquiers pour défendre l’éducation au Québec ».

Tout le dossier sur l’éducation dénonce la privatisation que le PQ a mis en place, en commençant par les universités et en suivant le modèle USA.

A suivre, Madame Pauline Marois… Jean-Paul Damaggio

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 20:03

Ce long entretien dans un journal brésilien nous permet de faire avec la philosophe chilienne un tour des Amériques. Je conteste plusieurs points mais surtout pas celui, où elle rappelle que le capitalisme est en train de se reconstruire… JPD

   

 

Eleonora de Lucena, Folha de São Paulo

 

 

Elle se définit comme « éducatrice populaire » marxiste-léniniste. Chilienne, disciple du philosophe Louis Althusser, leader étudiante catholique et membre du gouvernement socialiste de Salvador Allende. Elle a épousé un des commandants de la révolution cubaine (Manuel Piñeiro, « Barbe Rouge ») et dans les années 2000 a servi comme conseiller du président Hugo Chávez.

Marta Harnecker a écrit plus de 80 livres. Les plus célèbres « Concepts élémentaires du matérialisme historique », dans les années 1960, vendu à plus de 1 million d'exemplaires et qui est dans sa 67e édition. À l'âge de 75 ans, elle voyage à travers l'Amérique latine et se dit optimiste : les États-Unis ne font plus ce qu'ils veulent dans la région et la notion de souveraineté a grandi.

 

Quelle est votre évaluation de la situation politique en Amérique latine ? 

Je suis très optimiste. Quand Chavez a gagné, il était seul, mais aujourd'hui la scène a beaucoup changé. Je crois que les situations les plus avancées sont au Venezuela, en Bolivie et en Équateur. Mon dernier livre sur l'Équateur est appelée « La gauche à la recherche de la vie pleine et entière ». Le concept de ces gouvernements est une société alternative au capitalisme, où l'être humain a un développement complet.

Nous n’avons pas donné assez d'importance à cela par le passé. Aujourd'hui, c'est fondamental : une société bâtie par des gens, de la base vers le sommet. Il ne s’agit pas de faire en sorte que le peuple soit un mendiant qui reçoit des cadeaux de l'État, ce n'est pas ça que nous voulons ni ce qui se fait. La sage-femme de ce processus a été le néolibéralisme, qui a abouti à des contradictions et les peuples ont commencé à résister et à comprendre qu’il faut participer à la politique et créer des instruments politiques. C'est le cas de l'Équateur, de la Bolivie et du Venezuela, où il y a une pression populaire au cours des années 1980, qui est à l'origine du triomphe de Chávez.

Il y a une crise structurelle de l'État. Les gens n’ont plus confiance dans la politique ou les politiciens et veulent de nouvelles pratiques. Ils sont fatigués des promesses aliénantes. De nouveaux gouvernements sont arrivés et, à l'inverse des prévisions de certains intellectuels brésiliens, le processus a émergé. Il y a ceux qui trouvent qu'on été arrivé à un sommet et que le phénomène allait diminuer, mais ce n'est pas ça qui se passe.

Mais l'Empire est toujours là. Il y a les cas de Manuel Zelaya et de Fernando Lugo, qui avait des processus faibles en interne, avec des organisations locales plus fragiles. Rien ne peut se copier en Amérique latine. Certains s’enthousiasment du processus au Venezuela et croit qu’on peut faire de même dans tous les pays. Le processus sur le continent est totalement différencié, ce qui les unit c’est le processus social. En Bolivie et en Équateur, par exemple, les peuples autochtones sont des groupes importants, pas au Venezuela.

 

Les réalisations de Chavez ne sont-elles pas liées à la présence du pétrole ?

Quand Chavez est arrivé au pouvoir le pétrole était déjà nationalisé, mais il n'était pas dans les mains du gouvernement, il a été géré par les groupes aujourd'hui dans l'opposition. À la suite du coup d'État de 2002, le gouvernement a récupéré son administration. Les excédents du pétrole servent les missions sociales internes et à appuyer les autres processus en Amérique latine. Il y a une dépendance, mais aussi une claire conscience que ce fait doit être dépassé. Le gouvernement investit dans des projets d'industrialisation, car le néolibéralisme avait désindustrialisé le pays. La stratégie est de compter moins sur le pétrole.

 

Le gouvernement d'Evo Morales est confronté à une opposition en Bolivie. Comment expliquer cela ?

Ce sont des contradictions qui vivent ces processus, très différents du processus révolutionnaires des années 1920, et de la révolution russe. Dans ces cas, une corrélation de forces différentes dans le Parlement a permis l’accès au gouvernement mais les administrations locales, les médias et la puissance économique, restent entre les mains de ceux qui dominaient auparavant.

Álvaro García Linera [Bolivie vice-président] reflète les contradictions que connaît le pays. Entre un gouvernement qui doit être général, prendre des décisions, résoudre des problèmes dans tout le pays et les mouvements sociaux qui ont un taux de débat démocratique, etc. Dans le processus bolivien, la peuple est divers et a des contradictions, l’une tourne autour de drapeaux comme, par exemple, la référence à l’Etat plurinational, mais les contradictions sont intensifiées et le gouvernement doit comprendre et regarder démocratiquement les parties en présence. C’est très compliqué. Les gens veulent que l'État résolve le problème, c’est une forme de paternalisme. Lorsque ces gouvernements arrivent, ils veulent des solutions immédiates, ils ne savent rien de la politique ou la corrélation des forces en présence. De plus, la vision locale prime, sans perspective générale.

Un processus d'éducation populaire, est nécessaire pour que la communauté comprenne que pour le pays et les autres collectivités il est négatif ne pas faire un chemin. García Linera reconnaît qu'il y a et il y aura des contradictions et il est nécessaire que les dirigeants sachent les affronter.

Quelle est votre analyse de la situation au Brésil, Argentine et Uruguay ?

Elles sont différents, ce sont des gouvernements plus modérés, mais qui prennent des mesures de souveraineté, parce que la première chose que nous avons besoin est d'obtenir la souveraineté face aux États-Unis. Nous avons des réunions, laissant en dehors les États-Unis, le département d'État que ne viennent pas nous dire ce que nous devons faire. Dans la majorité des gouvernements de la région, la souveraineté est une valeur. C'est un succès le fait qu’il existe l'UNASUR et que le Chili, le Mexique et Colombie y soient impliqués.

 

La puissance des États-Unis dans la région diminue ?

Les États-Unis peuvent plus faire ceux qui veulent. Mais, bien sûr, leur pouvoir est immense. Il y a une contre-offensive des États-Unis, qui se reflète dans des situations comme celle de Zelaya et l'attentat contre Correa. Il y a un coup d’Etat contre Lugo. Ils tentent de faire un coup d'État en Bolivie, avec les secteurs de l'opposition, en profitant des contradictions au sein du peuple. À Santa Cruz et ailleurs, ils essayent de faire des alliances avec les secteurs mécontents de la ville. L'intention du séparatisme a été vaincue grâce à l'organisation populaire, il n'y a aucun danger immédiat, mais ces forces sont en reconstruction.

Nous n'avons pas un chemin facile. Ce sont des processus qui ne sont pas définis d'un jour à l'autre, la meilleure défense est d'avoir un peuple organisé. Chavez le comprend très bien, il insiste toujours sur le fait que nous ne pouvons pas résoudre le problème de la pauvreté si nous ne donnons pas de la puissance au peuple. Chavez est quelqu’un qui sent le peuple, il est très humain. J'ai fait un livre avec lui, qui s’est appelé « Un homme, un peuple». Je ne dis pas que l’homme Chavez n'a pas de défauts et qu'il n'y a aucune contradiction entre ses discours et ce qu'il fait, mais se vivent là-bas des processus humains, non de purs dieux.

 

De votre point de vue pourrait-il y avoir un modèle commun entre les pays d'Amérique latine ?

Je suis Chilienne, au Chili la contre-révolution bourgeoise s’est consolidée, avec Pinochet et ceux qui l’ont suivi. La Concertation a continué des politiques néolibérales, avec quelques politiques sociales. Il y a eu un succès du néolibéralisme, par l'augmentation du PIB, la construction de routes, mais le Chili, qui était un des pays les plus égalitaires de l'Amérique latine, est aujourd'hui un de ceux qui ont les principales différences entre les riches et les pauvres. Au Chili, il n'y a pas de murs dans les maisons de la grande bourgeoisie. Le résultat du néo-libéralisme ne peut être mesuré que par le côté économique. J'ai rencontré un couple d'architectes chiliens qui travaillent 14 heures par jour, ils vivent pour travailler, ils ne travaillent pas pour vivre.

Les gens de la petite bourgeoisie obtient quelque chose, mais il y a beaucoup de concurrence, ils sont toujours en en train de courir, ils n’ont jamais la paix d'esprit au travail. Le Brésil a également consolidé la contre-révolution bourgeoise.

 

Que voulez-vous dire ? Les gouvernements du PT c’est la contre-révolution bourgeoise ?

Les secteurs dominants ont été consolidés comme l’agro business par exemple. Le PT veut faire autre chose. Vous ne pouvez pas comparer avec le Venezuela ou la Bolivie, au nom de la victoire de Lula. Dans un pays qui est la sixième économie mondiale, les multinationales et les marchés financiers ont un pouvoir énorme. Le capitalisme alors se consolide, mais il y a des soins apportés dans les secteurs populaires, il y a des gens qui sortent de la pauvreté.

Au Brésil, le gouvernement ne facilite pas assez le processus d'organisation populaire. Nous avons une gauche qui était dans l'opposition, le gouvernement se doit d’agir, de résoudre les problèmes et ne peut pas attendre la discussion dans le parti. Il y a un fossé entre le parti et le gouvernement. Dans un État comme le brésilien il y a besoin de fermeté pour qu’il ne se transforme pas en quelque chose d'autre. Un travailleur qui devient sénateur ou député, change sa vie. Comme l’enseigne le marxisme,  les conditions matérielles influent sur la vie. Je pense que probablement la déformation de nombre de dirigeants fait qu’ils cessent de représenter les classes populaires. Il y a beaucoup de critiques de la gauche contre Lula et Dilma, qui se font sans comprendre la corrélation des forces existantes. Je ne veux pas dire qu'ils peuvent faire plus que ce qu'ils ont fait.

 

Bref, il n’y a pas un modèle commun pour l'Amérique latine ?

En Amérique latine, chaque situation est différente. Il est nécessaire d'étudier chaque pays, ses origines historiques, les corrélations de force. J’ai beaucoup étudié Lénine. Il y a besoin de faire l'analyse concrète des forces, choisir la stratégie et les tactiques. Il y a un horizon qui est le socialisme du XXIe siècle, la société de la bonne vie. Nous ne voulons pas un socialisme soviétique, étatique, totalitaire, parti unique, athée, qui a utilisé les mouvements sociaux comme une courroie d'entraînement. Il est nécessaire de lire les classiques, Marx et Engels. L'objectif est une société de solidarité, où il n'y a pas des exploiteurs et exploités, où chacun respecte les différences. C'est un objectif utopique.

Voici mes trois questions aux gouvernements :

1) Font-ils des conquêtes en ce qui concerne la souveraineté nationale? ;

2) Est-ce qu’ils consolident, améliorent, l'organisation du peuple ?

3) Font-ils un développement qui respecte la nature ?

 

Qu’elle est votre analyse de la crise économique mondiale ?

C'est une crise structurelle importante. Elle n'est pas terminale parce que le capitalisme se reconstruit. Les conditions objectives sont plus avancées que les conditions subjectives. Je valorise les mouvements comme les indignés. La rébellion est une étape initiale, mais il faut que cela devienne une force. « Reconstruire la gauche » est un de mes livres où je dis qu'un instrument d'articulation est nécessaire et ce ne sont pas les partis traditionnels. Le néolibéralisme fragmente la population.

 

Pourquoi ?

La politique n'est pas l'art du possible. C'est la diplomatie. J'ai écrit un livre à ce sujet. Le révolutionnaire doit comprendre que pour atteindre l’objectif, il doit créer une corrélation des forces. Il faut construire les forces sociales pour avoir une force politique et pour atteindre l’objectif. On construit une force sociale avec le peuple comme protagoniste. L'État ne peut créer ce qui n'existe pas, mais il peut créer les conditions pour que les forces se renforcent.

 

Les partis politiques seraient-ils cet instrument ? Y a-t-il des différences ?

Les partis politiques ne comprennent pas la politique comme l'art de la construction de forces sociales mais ils comprennent la politique comme une façon de gagner des postes gouvernementaux, avec plus de membres, plus de force. La politique est souvent très discréditée. Le droit s'est approprié le langage de la gauche. La gauche a plusieurs fois, une pratique politique qui est égale à droite : personnalisme, carriérisme politique, parfois la corruption et le favoritisme. Les personnes entendent les mêmes discours et sont déçus.

 

Par exemple.. ?

Pas d’exemples. Le diagnostic, tout le monde le fait, il est clair qu'il est nécessaire d'être très cohérent entre ce qui est dit et ce qui est fait. Il faut travailler à construire la force sociale et ne pas s'engager dans des combats institutionnels. Le socialisme exige une large majorité, une hégémonie, il faut convaincre un maximum de gens que le projet est très pluraliste et respectueux des différences.

J'ai un livre qui fait une analyse des erreurs commises par la gauche. Lorsqu'une personne connaît la valeur de solidarité, il commence à comprendre qu'il est plus important d'être que d’avoir. C'est la lutte contre le consumérisme. Il y a une démocratie démobilisatrice. Les personnes sont endettés, les travailleurs sont démobilisés, parce qu'ils peuvent perdre le travail et ne sont pas aussi protégés comme avant. Lorsque les partis de gauche font gagner quelque espace, plusieurs fois les dirigeants cessent d'être des leaders révolutionnaires. Le danger est très grand. Un militant politique qui s’implique dans l'appareil bourgeois, doit avoir une sorte de structure, un groupe de personnes à consulter et qui le contrôlent, et qui demande au chef pourquoi il est entrain d'acheter une voiture dont il n'a pas besoin. La cooptation est facile, par idéologie et culture chez un sujet solitaire.

 

Vous avez épousé un chef de file de la révolution cubaine et avez vécu pendant de nombreuses années sur l'île, quelle est la situation dans ce pays ?

Cuba a été ma deuxième maison, j'ai une fille cubaine qui y vit. Cuba en Amérique latine a montré la dignité, la capacité à se défendre, la souveraineté de la résistance à tous les maux. L'économie est très compliquée.

 

Comment évaluer les changements économiques ?

Il était nécessaire d'apporter des modifications. Les gens ont besoin d'espace pour développer leur capacité de production, c’est sûr. Je crois que la participation des travailleurs dans les coopératives c’est un chemin qui devrait être exploré.

 

Vous avez été disciple de Louis Althusser (1918-1990), que dire de cette expérience ?

J'ai étudié la psychologie à l'Université catholique du Chili. En tant que chef de file de l'action catholique de l'Université, j'ai visité Cuba et j’ai été fasciné. J’étais catholique et j’ai commencé à discuter avec des chrétiens marxistes. Je suis allé en France et j’ai rencontré Althusser, qui avait également été catholique. J'ai lu ses œuvres et établi une relation de disciple. Il a vécu à quelques mètres de la maison et je l'ai vu trois fois par jour, il m'a dit ce qu'il faut lire. Je n’ai pas continué la psychologie. C'était entre 1963 et 1968. J'ai également travaillé avec Paul Ricoeur (1913-2005). Je suis revenu au Chili, pensant y enseigner le français.

De manière délibérée je n’avais aucun titre. J’avais écrit un livre « Concepts élémentaires du matérialisme historique », avec des notes, que j’avais prises pendant un cours pour les Haïtiens et les Mexicains, au cours de ma dernière année à Paris. Ce livre s’est vendu à plus de 1 million d'exemplaires, et est maintenant dans sa 67e édition et a été traduit en plusieurs langues. Par ce livre, je suis devenue un professeur de l'Université du Chili avec Theotonio dos Santos et Ruy Mauro Marini. Ensuite j’ai été directrice de la revue politique de l'unité populaire : « Chili aujourd’hui». Je transformais des articles d’intellectuels pour les rendre accessibles à la population. C'est alors que je me suis passionnée pour le journalisme. Je donnais des cours pour les ouvriers et les paysans. J'ai fait douze livres d'éducation populaire.

J'ai publié plus de 80 livres. Livres de témoignages, d'expériences dans plusieurs pays - El Salvador, Équateur, Bolivie, Paraguay, Venezuela. J'ai un livre sur le PT, qui est en attente. Au Chili, j’étais membre du Parti socialiste et j’étais fascinée par l'éducation populaire. Pour moi, la plus grande satisfaction est de créer un texte que tous comprennent, autres que les universitaires. Je ne suis pas docteur, je suis une éducatrice populaire : c’est mon autodéfinition. Après le coup d'État au Chili, je suis allé à Cuba, c'est alors que j'ai consolidé ma relation avec le commandant Manuel Piñeiro, ou « Barbe Rouge » (1933-1998). Je suis resté à Cuba jusqu'en 2003. Je suis allé pour une entrevue avec Hugo Chávez au Venezuela. J'ai recueilli les critiques, les doutes sur le gouvernement de gauche. Il aimait beaucoup que je lui transmette les critiques, il m'a invité à travailler dans le palais. Je ne voulais pas de salaire, il me payait seulement le logement et la nourriture.

 

Quelles critiques étaient faites ?

Un tel ministre ne faisait pas une telle chose, il avait un discours trop autoritaire. J'ai vécu six ans au Venezuela.

 

Vous pensez maintenant que Chavez est une personne autoritaire ?

Chavez est un militaire qui croit à la participation populaire et qui la promouvoir. Comme personne il est contradictoire et il faut respecter cette contradiction. Nous avons voulu qu’il soit moins autoritaire, mais comprenons-nous, j'ai moi aussi un caractère assez compliqué, plusieurs fois j’ai voulu changer, mais ce n'est pas si facile. L’importante c’est de voir les fruits de son action. Si nous comparons le Venezuela de la première année avec celui de maintenant, nous avons des gens avec une personnalité, qui critique, et qui a grandi comme un être humain. C'est ce que nous recherchons.

 

Habitez-vous toujours au Venezuela ?

J'habite à Vancouver, au Canada, avec mon collègue Michael Lebowitz.

 

Comment imaginer la succession de Chavez ?

Il n'y a personne à la hauteur de Chavez. Idéalement, un leadership collectif. Compte tenu de la fragmentation que le néolibéralisme produit dans les secteurs populaires d'Amérique latine, les travailleurs aujourd'hui n’ont rien à voir avec l'époque de Marx : ils sont sous-traitants, travailleur occasionnel. Il faut des gens avec un charisme et une forte personnalité pour unir de tels secteurs.

Il y a le leader populiste qui utilise le peuple pour ses objectifs politiques et le leader révolutionnaire qui, à l'aide de sa capacité, favorise la croissance de la population. Un leader révolutionnaire avec charisme communique avec le peuple comme un populiste. La différence est que le populiste donne, comme Perón, mais n'aide pas que les gens à s’émanciper. Il n'est pas un pont vers la croissance de la conscience.

Je me souviens d'un des premiers voyages que j'ai fait avec Chavez, pour l'ouverture d'une école. Les gens demandaient des choses, transmettaient des documents, l'un d'eux a demandé une camionnette, Chavez a suggéré qu’ils s'organisent avec d'autres personnes dans une coopérative pour obtenir la route. C'est la bonne voie. Pour moi ce n'est pas du populisme, c'est un leader révolutionnaire. Pour moi le processus vénézuélien et Chavez sont fondamentaux pour le processus en Amérique latine.

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 19:59

brassens.jpgMalheureusement je n’ai pas noté la date de cet article des Lettres Françaises. Sans doute autour des années 50. J’avais été ému, j’avais conservé ce texte. Alors je viens de le recopier. JPD

(Un ami vient de me donner la réponse : dans Les Lettres françaises n° 1061 du 31/12/1964.)

 

CELA fait une bonne quinzaine d'années que je connais et pratique Jean-Pierre. Je l'ai vu sans barbe. Je l'ai lu avant son premier roman. Je sais comment il parle. Il parle comme il pense. Il parle comme il vit.

A Berlin-Est par exemple, une nuit de janvier 1956, comme il rentrait de Berlin-Ouest où il avait assisté pour L'Humanité à un championnat d'Europe de boxe, mi-lourds si j'ai bonne mémoire, Stock contre je ne sais plus qui, et que ce reportage l’avait mis en retard, nos hôtes de l'Union des Ecrivains lui ayant fait observer ce manquement à l'horaire, Jean-Pierre se lança dans une histoire de cow-boys qui dura une bonne demi-heure. L'interprète en fut si dérouté — et si captivé — qu'il en oublia de traduire. Il en résulta de nombreux quiproquos. Je crois, après toutes ces années que l'histoire était bonne. Elle n'avait aucun rapport avec ce qui nous amenait à Berlin, Elle avait en revanche bien occupé le temps, détruit jusqu'à la notion même de ce retard qu'on avait reproché à Jean-Pierre.

Je pensais à cela jeudi soir. Sitôt que Claude Santelli eu commis l'imprudence de donner la parole à Jean-Pierre, j'ai su que Jean-Pierre la prendrait, cette parole, pas comme on prend la parole, sous entendu pour la rendre, mais comme on prend un cadeau, mais comme on prend son bien. Et après, bien sûr, Jean-Pierre l'a cultivée, cette parole, et nourrie, et soignée. Il se l'est économisée, gardée, fait durer, cette parole. L'a reprise, portée, accaparée, possédée, mesurée. Reprise encore le temps d'un second souffle. Il n'y avait plus que Jean- Pierre et sa parole, ce cadeau définitivement donné par Claude Santelli, Jean-Pierre dédoublé, montreur, mentor, mémoire, miroir, conteur maîtrisant son auditeur auditoire, aussi tranquillement lui-même en face de quelques millions d'auditeurs et de spectateurs qu'en face d'un copain, ou de deux, ou lorsque je le rencontre par hasard, comme l'autre soir, dans la rue.

Pour vous qui le lisez ici chaque semaine, j'atteste que c'était lui, bien lui, lui tout cru, tout craché, tout entier. Jean- Pierre Chabrol, ce soir-là, passait à la télévision. Il a bien passé l'écran à mon idée du moins.

 

Samedi soir, il y avait Brassens chez Chabrol. La caméra sur Chabrol. La caméra sur Brassens. Sur les tisons. Sur Santelli qui fume un cigare dans son fauteuil. Sur Chabrol. Sur Brassens. Sur les bûches. Les bûches n'ont pas l'air vrai. C'est de la télé-vérité. Comme le cinéma du même nom qui n'est pas du cinéma. Quant à la vérité ?

Qu'est-ce qui leur a pris ? Comme si la vérité était une fille qu'on débusquait par hasard au coin d'une rue et qu'il fallait violer en vitesse. D'abord on a peigné Chabrol. Enfin, on a trafiqué quelque chose dans sa tignasse. Il n'a pas cette mèche au naturel, comme si on avait voulu faire plaisir à la corporation des coiffeurs.

La vérité, il faut la surprendre, la séduire. Il y faut tricher, se mettre à l'affût. Savoir mentir. Jeudi soir, Chabrol était vrai, était Jean-Pierre. Il assurait lui-même sa mise en place, sa mise en scène, ses éclairages, ses arrières, ses percées. Sa voix. Homme orchestre. Chef d'orchestre de sa voix, auteur de son texte, improvisateur, comédien, public, le monde entier à lui tout seul. Mais là, ils sont deux, Brassens chez Chabrol. Et le metteur en scène a cru qu'il lui suffisait d'écouter. D'écouter qui ? Chabrol n'est pas le chef d'orchestre de Brassens. Brassens n'a pas besoin de chef' d'orchestre. On a l'impression qu'ils font ça en duplex. En triplex, avec, ailleurs, les tisons. Avec ailleurs encore, Santelli. Plus de coin du feu. Plus artifices, de communication. Chez moi mes amis guettent les défauts voyants des play-back (t) de Brassens. C'est cassé. En direct, avec les mensonges qu'il faut pour que ça soit vrai ça marcherait sans doute à merveille. Là, on sent l'étude, le retardement. Il y manque l'art. Oh, pas l'art de Chabrol, ni l'art de Brassens ! L'art de la télévision. Qu'est-ce que c'est la télévision, si ce n'est pas de l’art ?

 

 

D’OU sais-je, au fait, que ce n'est pas le vrai Brassens ? Qu'est-ce que c'est la vérité de Brassens ? Quand je l'entends chanter la fille qui fut, à la Libération, tondue, ça me semble une très vieille histoire familière, Une histoire presque enterrée, qu'il faut sortir, gratter, épousseter. Une histoire que j'avais, jusqu'à Hiroshima mon amour oubliée. Peut-être voulu oublier.

C'était aux tout premiers jours de mai 45. Je débarquais de Mauthausen. On guettait l'heure où la guerre finirait, Il faisait nuit, une nuit sans beaucoup de lumières. Je connaissais mal ce quartier de Paris. J'allais de lumière en lumière et, brusquement, dans une sorte de place assez éclairée, j'ai croisé une fille plutôt jeune, pas laide, aux petits cheveux.

Je sortais de diverses prisons et bagnes. On m'avait tondu tous les quarante-cinq jours, puis on m'avait s laissé mes cheveux, puis à Mauthausen, on m'avait à nouveau tondu, J'avais connu, là-bas, le coup de tondeuse au milieu du crâne, puis finalement acquis le privilège d'avoir le crâne uniformément rasé au rasoir. L'exode allemand avait envoyé des convois de milliers de prisonnières dans notre camp. Bref, j'avais l'œil exercé. Je distinguais ce que, dans le jargon des taulards, on appelait alors les « petits cheveux », quels que fussent les artifices, les coups de fion des merlans pour dissimuler la tonte, qu'il s'agisse d'hommes, ou de femmes, Celle-là ne cachait guère ses « petits cheveux ». On l'avait tondue six, peut-être huit mois plus tôt. Je l'arrêtai par le bras: « Tu as été déportée ? » Elle se dégagea. « Laisse-moi, salaud ! » Je la lâchai. J'expliquai : « C'est à cause de tes cheveux. » Les miens étaient encore ras. J’étais tête nue. Il me semblait qu’elle devait comprendre. Elle me toisa. Son visage exprimait la colère, peut-être la haine. Elle répéta « Ordure ». Sans « Moi aussi, j'ai été déporté ! » Elle répéta « Ordure. » Sans crier. J'ai cru qu'elle allait me cracher au visage. Elle a seulement haussé les épaules et s'est en allée.

Beaucoup plus tard — en fait quelques jours, mais ces premières journées de liberté et de victoire étaient longues — à force de raconter cette histoire, quelqu'un m'en a donné la clef. Il n'y avait pas que les déportées à avoir été tondues par représailles. A la Libération, on avait...

 

JE suis retourné rôder dans ce quartier inconnu dans l'espoir de retrouver la fille. Je voulais m'excuser auprès d'elle. Lui dire que je ne voulais pas l'offenser, que je n'avais pas demandé aux femmes tondues de mon camp si la raison de leur déportation était noble ou pas. Lui préciser... Je ne savais pas au juste. Ça dépendrait. Elle n'habitait peut-être pas ce quartier, Je ne l'ai jamais revue.

Ai-je saisi tant soit peu de la vérité de Brassens en racontant cela ? Quand il chante, il me reconduit aux Auberges et aux prisons de ma jeunesse. Qu'y puis-je ? Quand je me défends contre lui, c'est parce que j'ai l'impression qu'il me rend ancien combattant. Je ne porte pas mes décorations. Bizarrement, Brassens me ramène à mes copains morts —'qui n'ont pas de décorations, eux, parce qu'ils sont morts. Qui n'ont pas non plus de place ni dans les histoires, ni dans les chansons. Fussent-elles de Brassens.

Brassens, il y a des moments où je me demande si ce n'est pas la Madelon qu'il chante. Question âge, je dois me situer exactement à mi-chemin entre Jean-Pierre et lui.

Alors, notre, Madelon ? Une Madelon qu'on aurait lâchement tondue ?

POINT de vue d'un mauvais juge. Je l'avoue. Et je résume. Jeudi soir, Jean- Pierre passait à la télévision. Samedi soir, la télévision était chez Jean-Pierre Chabrol. Avec Georges Brassens.

Pierre Daix

(1) Si Etiemble connait un équivalent français, je l'en remercie d'avance. Moi je n'ai pas trouvé.

 

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 09:20

D’abord,  le 16 Septembre 2012, j’ai lu sur l’Huma ce mot très court que je reprends donc en entier :« Réaction de Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité, à l'incident lors du débat sur le Front national avec Caroline Fourest : Lors d’un débat consacré au pluralisme, ce dimanche à l'Agora de l'Humanité, Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité, a déclaré : "Un petit groupe de fanatiques religieux ou politiques, dont aucun ne peut se réclamer de la gauche, a empêché Caroline Fourest de s’exprimer samedi. C’est insupportable ! Ils ont ainsi obtenu qu’un des débats de la fête contre le Front national ne puisse pas se dérouler. CQFD! Nous ne laisserons pas ces intégristes empêcher les débats pluralistes qui sont la marque de la fête de l’Humanité." » 

 

Comment des « intégristes » ont-ils pu réussir cet exploit ? Empêcher la tenue d’un débat au cœur même de la Fête de l’Huma ? Pour insupportable, ça me semble en effet insupportable.

 

L’Huma du lendemain sous la plume de Magali Jauffret, nous en dit un peu plus dans un article bilan du stand en question, où se sont tenus de grands moments auxquels j’aurais aimé participer :

« Mais samedi, alors que doit se tenir, sur le thème «Comment faire face au FN?», un débat entre l’essayiste Caroline Fourest, auteur du livre Marine Le Pen, et Hervé Poly, secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais, suppléant de Jean-Luc Mélenchon aux élections d’Hénin-Beaumont, un groupe, pourchassant cette dernière à chacun de ses débats publics et composé de nervis et de fanatiques proches des «Indigènes de la République» et d’autres groupes extrémistes qui cherchent la bagarre et la menacent de lapidation, empêche sa tenue. Afin que l’incident ne dégénère pas, Charles Silvestre, secrétaire général des Amis de l’Humanité, chasse ce groupe, l’accusant, en faisant annuler ce débat contre le FN, de faire le jeu de Marine Le Pen. Un incident scandaleux, même si Hervé Poly discute une heure avec un public qui questionne son expérience. »

 

Charles Silvestre chasse ce groupe qui cependant a empêché la tenue d’un débat ? Alors que nous apprenons que la provocation est classique, comment expliquer qu’à la Fête de l’Huma des dispositions n’aient pas été prises avec un service d’ordre conséquent ? Le terme d’incident est-il approprié ? Si les « intégristes » en question étaient intervenus pendant le débat, nous aurions eu un incident. Mais là ils imposent l’interdiction du débat sur un sujet crucial aujourd’hui ! C’est un pas énorme dans l’offensive de l’intolérance.

 

Face à l’énormité du fait, j’ai voulu savoir ce que nous dit Caroline Fourest sur son blog : Le sabotage d'hier est certainement rageant, frustrant et impressionnant.

D’abord sa description des assaillants :

« Ce ne sont pas des "islamistes" qui se sont déchaînés hier, mais des gauchistes pro-islamistes. Il y avait bien quelques "enfants" naturels (j'entends politiques) de Tariq Ramadan, décidément très amers. Mais surtout des gauchistes persuadés que toute critique de l'islamisme est forcément raciste puisque dans leur monde binaire, digne du choc des civilisations, il y a le monde de l'Islam contre celui de l'Occident blanc. Les musulmans sont les "damnés de la terre", le voile leur emblème et ceux qui critiquent l'islamisme -- surtout s'ils sont blancs -- ne peuvent être que d'affreux croisés, des sortes de nouveaux colons servant de chiens de garde au racisme post-colonial... »

ET

« Ce qui m'a valu, en 2004, de fermer la porte à un certain Pierre Tévanian, contributeur dans nos pages [Pro Choix la revue de Caroline Fourest[i]] et enclin à prendre le parti de l'islamisme et du voile... Quelques mois plus tard, il devenait l'un des acteurs clefs du rapprochement entre gauchistes et islamistes au sein des "Indigènes de la République". Il était, hier, l'un des meneurs du sabotage. Aux côtés de Saïd Bouamama, connu pour sa rage contre l'universalisme. Leur état de passions, de vengeance, me fait dire qu'ils ont drôlement soufferts de mes méthodes à moi : l'enquête et l'argumentation. »

 

Caroline Fourest tient donc à le rappeler, que c’est un affrontement au sein de la gauche :

« En France, la gauche universaliste (féministe, antiraciste et laïque) a tenu bon et même gagné face aux confusions mortifères de la gauche différentialiste servant d'alliée objective à la tentation obscurantiste. Peu de pays peuvent en dire autant, surtout en ce moment. C'est pour ça que je tenais à vous le dire. Tant qu'il en sera ainsi, tout va bien. Mieux qu'ailleurs et peut-être que demain. »

 

Ensuite la description des défenseurs parmi le public :

« Il faut voir leur tête dépitées face à un public qui a tenu bon, horrifié par leurs accusations grossières et leurs méthodes dignes de la propagande d'un autre temps. Il faut scruter (je n'ai pu le faire qu'après coup) cette foule à l'esprit clair scander "liberté d'expression", et le "fascisme ne passera pas" face à une poignée de dogmatiques aveuglés se croyant très à gauche... bien qu'il défendent en réalité l'ordre obscur de dominants, réactionnaires et totalitaires. »

 

Le bilan est cependant là : pour calmer la situation il a fallu que Caroline Fourest s’en aille.

 

L’affaire pourrait en rester là et certains me disent même : « inutile de faire du bruit pour si peu. ». Ce blog n’a aucune capacité à faire du bruit, par contre c’est dans Rue89 et dans Le Nouvel observateur que les Invisibles s’expliquent pour changer les "victimes" en "bourreaux" car eux aussi (comme Caroline Fourest) ne manquent pas de relais dans la presse.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/627277-caroline-fourest-a-la-fete-de-l-huma-notre-version-des-faits-cote-indivisibles.html

En résumé, ils n’ont pas empêché le débat, c’est Caroline Fourest qui est partie et le refuse toujours.

En résumé, le service d’ordre a joué son rôle : « Dans la pratique, la diversion de Bader [prenant un mégaphone pour s’exprimer] a bien fonctionné puisque le service d’ordre l’a mis au sol à deux reprises et étranglé. Mais pas assez bien pour Myrto [l’autre personne devant prendre le relais de la provocation], elle aussi violemment plaquée au sol alors qu’elle tentait simplement de déposer une banane dorée sur la tribune. La violence du plaquage a tellement surpris les militants qu’ils ont abandonné toute la mise en scène prévue initialement pour lui venir en aide. Ce faisant, ils se sont retrouvés une petite vingtaine regroupés devant la tribune. C’est ainsi qu’a commencé notre “micro-manif”. Nous ont rapidement rejoint une autre dizaine de membres du public, protestant contre la venue de Caroline Fourest, d’autres militants nous soutenaient depuis les gradins scandant des slogans contre le racisme. »

Ce long article dénonce plus particulièrement le parti de gauche et des membres du public se montrant racistes sous diverses formes.

 

Ce qu’on apprend d’utile c’est que les organisateurs de la fête avaient été mis en garde contre l’invitation faite à Caroline Fourest, bien avant le débat. Voici la conclusion de la lettre en question :

« Ces positions islamophobes [de Caroline Fourest] et les accointances qu’elles ont avec celles d’une partie de l’extrême-droite, rendent inadmissible la présence de Caroline Fourest à un débat visant à lutter contre le FN. Les responsables du PCF devraient savoir que l’on n'invite pas à débattre les personnes faisant le lit de ceux que l’on prétend combattre. Mais peut-être que le PCF n’a pas rompu avec un héritage colonial déterminant ses positions sur la question de l’islamophobie ? Nous demandons aux organisateurs de la fête de l’Humanité de se ressaisir en revenant sur leur décision d’inviter C. Fourest qui n’a pas sa place dans une manifestation se voulant antiraciste. »

 

Pour eux, l’invité aurait dû être Said Bouamama, car cette association prétend dicter sa loi aux organisateurs. Cet échange me paraît très important quant à un juste réflexion sur l'avenir que nous voulons. Jean-Paul Damaggio



[i] J’ai été abonné un temps à cette revue. Caroline Fourest a animé une émission sur France Inter cet été qui ne l’a pas passionné mais elle a droit à la parole bien sûr. Cet article ne vise pas à un face à face entre les pro et les anti Caroline Fourest mais bien à chercher à répondre à la question : « Comment lutter contre le F.N. ? »

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 15:40

Sur le blog j’analyse quelques résultats électoraux pour avoir au moins une photo, certes déformée, de la réalité. Mais je suis beaucoup plus passionné par les luttes sociales d’autant que, si je me souviens bien, des manifestations et non des élections ont fait tomber des régimes largement élus, avant-hier en Pologne (puis le bloc soviétique a suivi) et hier en Tunisie avec les suites que l’on connaît. Je me dois donc de porter un regard sur l’immense manifestation de Barcelone en faveur de l’indépendance de la Catalogne qui marque un tournant de l’histoire régionale espagnole.

 

La nouveauté ?

Jusqu’à présent les chantres de l’indépendance en Espagne étaient les Basques, les Catalans préférant jouer la carte plus modérée de la revendication autonomiste. Or d’une part, l’E.T.A. ayant tourné la page, et d’autre part, la crise économique faisant rage, la manifestation pour l’indépendance prend une nouvelle fonction. Il s’agit clairement d’une nouveauté par l’ampleur énorme de la manifestation et par l’unanimisme qui en ressort, unanimisme qui est beaucoup plus sous la coupe de la bourgeoisie locale que du mouvement citoyen, Exquerra Republicana (le parti catalaniste de gauche) étant là pour brouiller les cartes. Bref, un Etat de plus en Europe, qu’en penser ?

 

Les nations dégénérées

Le premier féodalisme fut un tremplin vers une construction nationale plus vaste qui, sous la forme française ou étasunienne, a donné les Etats modernes actuels. Depuis les années 80 nous assistons à l’émergence d’un nouveau féodalisme qui a une fonction inverse, détruire les nations pour en revenir aux marquis, barons et autres seigneurs locaux (l’histoire se répétant comme comédie ?). C’est ce que j’appelle les « nations dégénérées » du capitalisme féodal. J’ai déjà posé la question : comment expliquer qu’économiquement les pouvoirs se concentrent, et que politiquement les Etats se décentralisent ? Comment expliquer qu’on nous répète que les nations, c’est ringard, et que dans le même temps le nombre de pays qui siègent à l’ONU est en forte augmentation ?

 

Les nations sans avenir

Je ne vais pas me lancer ici dans l’exercice impossible consistant à définir une nation car les définitions sont fortement variables mais pointer seulement une donnée : la nation est une construction qu’une bourgeoisie révolutionnaire utilise à partir d’un univers hétérogène. Par l’hétérogène, l’émulation permettait de bousculer le vieux monde. Aujourd’hui, il faudrait en revenir à une nation homogène, presque ethnique qui ne serait que l’enfermement dans un passé mythique. Ce qui est ringard, c’est ce repli, surtout que rien dans les nations existantes n’empêche une construction plus large (européenne pour nous). Pourquoi a-t-il fallu que la Slovaquie se sépare de la Tchéquie pour se retrouver ensemble dans l’Union européenne ? Les nations sans avenir sont toutes celles qui s’imaginent mortes, ou celles dont la nouveauté (la récente naissance) est archaïque. La France peut encore devenir la France, dans une Europe à construire.

 

Retour à Barcelone

Ne tournons pas autour du pot : les forces progressistes se doivent de prendre une position claire. Nous savons que trois tendances vont se dessiner :

Celle qui pense que de l’intérieur du futur Etat on va pouvoir mieux faire avancer la démocratie sociale

Celle qui pense qu’il faut garder un Etat central au risque de passer pour nationaliste

Celle qui va vouloir ménager la chèvre et le chou.

En politique, l’heure étant à jouer à cache-cache, cette solution va dominer.

Par exemple :quelle va être la position du Front de Gauche ? La France étant doublement concernée (les Catalanistes n’hésitent pas à intégrer le Roussillon dans leurs cartes, même s’ils savent que s’est sans suite) donc un langage clair s’impose. Or une fois de plus les forces démocratiques vont tenter de faire plaisir à tout le monde ce qui fait le bonheur des maîtres réels, la bourgeoisie locale.

Pour ma part, je le dis sans détour, la démocratie sociale vers laquelle il faut tendre, a besoin de lutter contre le centralisme mais pour une centralisation démocratique (seul moyen d’affronter les géants de l’économie) donc la piste de l’indépendance de la Catalogne est une façon d’autodétruire les acquis démocratiques existants. Qu’il y ait un million de personnes dans la rue, qui ont leurs justes raisons, ça ne m’oblige pas à penser comme eux ! Surtout que l’Espagne connaît à l’heure actuelle un fort mouvement contre l’austérité qui a besoin de rester national, s’il ne veut pas se diviser inutilement.

Ceci ne m’empêche pas de penser, de dire, et même de vivre, avec une culture catalane riche, féconde, combative et novatrice. J’en reste à la position de Vazquez Montalban qui, dans L’homme de ma vie, nous révèle un Pepe Carvalho manipulé à la fois par les cercles néo-libéraux du Mont Pèlerin et les cercles catalanistes, des sectes prémonitoires car, que personne ne se fasse d’illusions, à l’heure de l’indépendance, ce sont les pouvoirs économiques qui seront efficaces. Il ne s’agit pas d’un pessimisme injuste quand on connaît l’histoire riche des mouvements sociaux en Catalogne, mais d’une prise en compte de l’état du monde où, tous les jours, on assassine le politique pour le grand plaisir des rois du fric.

Je considère par contre que l’aspiration à l’indépendance du Québec n’entre pas dans cette logique macabre car aux Amériques le rapport aux nations est différent. S’il a toujours été frappant de constater que la rébellion au Chiapas a revendiqué sans cesse en faveur de l’unité du Mexique (pour peser face aux USA), le Québec indépendant pourrait jouer un rôle authentique même si le pouvoir des USA veillerait au grain.

Mais, ça supposerait quelques développements pour être plus explicite.

Jean-Paul Damaggio

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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 13:42

Je reprends cet article qui témoigne de la lutte contre le phylloxéra. JPD

 

Association française pour l'avancement des sciences. Groupe.... 1893/01/02.

Sur La revue géographique de Bordeaux

 

La reconstitution de la vigne dans le Tarn-et-Garonne.

Le Tarn-et-Garonne compte aujourd'hui environ 8,000 hectares de vignes reconstituées, dont une bonne moitié est déjà en état de production. Des pépinières ou vignes expérimentales, établies sur plusieurs points du département, dans des sols de natures différentes, fournissent aux viticulteurs de chaque localité des moyens de comparaisons et d'études sur les divers cépages qui y sont cultivés. Elles contribuent également à vulgariser l'opération du greffage. Bien peu de vignerons conservent aujourd'hui quelques doutes sur la possibilité de replanter leurs vignes. Ils savent qu'avec des soins spéciaux, de bonnes cultures et des insecticides judicieusement choisis, ils pourront maintenir longtemps les souches en bon état de production.

Eh 1891, le Comité central de défense contre le phylloxéra a distribué, par portions de 100 kilog. et au-dessous, environ 3 000 kilog. de sulfocarbonate de potassium. C'est surtout pour la défense des chasselas que cet insecticide a été plus particulièrement employé aux environs de Montauban. Quant au sulfure de carbone, la distribution n'a pas atteint 1 000 kilogrammes. Mais il importe de tenir compte que bon nombre de propriétaires, après avoir profité déjà des libéralités du Département, en sont arrivés à se suffire à eux-mêmes. Les vignes américaines font d'ailleurs une rude concurrence aux insecticides.

Aujourd'hui, l'élan est définitivement donné; les moyens de reconstitution sont à peu de chose près connus et assurés ; aussi les replantations marchent-elles à grands pas. C'est ainsi qu'on peut évaluer à environ 2 000 hectares l'étendue des vignes établies en 1891.

Au point de vue de la production vinicole, le département n'a pas été favorisé. La récolte de 1892 est très ordinaire, eu égard à la quantité et à la qualité (1). La quantité obtenue est d'environ un tiers au-dessous de celle de 1891, malgré les forts produits des vignes nouvellement reconstituées. Cependant, certains vignobles sont encore en bon rapport. La. Vigne-Ecole de Montauban, entre autres, a produit plus de trente barriques à l'hectare. D'après des expériences faites à la pépinière de la Lande, on a constaté que ce sont les greffes sur York qui sont arrivées en tête en ce qui touche la quantité de raisins produite. Venaient ensuite, par rangs de poids obtenu, les greffes sur Riparia, sur Jacquez, sur Clinton, sur Taylor, sur Rupestris, sur Solonis, sur Viala.

Quant à la qualité, elle offre de grandes différences déterminées par la nature du sol, les expositions et les cépages. Les vins sont, en général, secs et durs, conséquence d'une fermentation trop rapide sous une haute température. Ils manquent d'alcool, surtout ceux des vignes greffées sur porte-greffes, dont les raisins, volumineux et aqueux, étaient peu sucrés.

A ce point de vue, on serait tenté de croire que les insecticides employés pour maintenir les souches en bon état ont. enrayé la maturité et conséquemment réagi contre la formation du sucre.

Le raisin était, en effet, plutôt disposé à se pourrir qu'à mûrir. Malgré cette fâcheuse situation, des ventes se sont faites avec entrain. Les plus beaux produits ont été expédiés à Bordeaux, à Paris, en Bretagne,, etc. ,

Mais.il ne,faut pas que le travailleur du sol se décourage. Il est indispensable qu'il lutte encore contre les obstacles, sans cesse renaissants que lui oppose la nature. Le rétablissement de l'aisance, le retour de la richesse dans nos contrées par la reconstitution de nos vignobles sont à ce prix ! Plaise au Ciel, ô génie des bons vins !

P. LESTRADE,

Décembre 1892. Instituteur, membre correspondant.

(1).Les évaluations du Ministère des finances, tout récemment publiées, indiquent 230 000 hectolitres pour la production vinicole du Tarn-et-Garonne en 1892.

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 11:33

A chaque fois que l’extrême-droite marque des points on assiste à un emballement médiatique, mais quand vient l’heure de l’échec de ce courant, tous les regards sont braqués sur autre chose. Donc arrêtons-nous un instant sur l’échec de l’extrême-droite aux dernières élections néerlandaises.

 

Rappelons d’abord que cette extrême-droite (PVV) fut si forte qu’elle a permis la mise en place d’un gouvernement de droite (VVD) (soutien sans participation) et que c’est elle qui a provoqué les élections en cessant son soutien, ce dont ses électeurs ne l’a pas félicité. En effet, le succès de la droite n’est rien d’autre que l’échec de l’extrême-droite ! Le PVV perd 9 sièges et le VVD en gagne 10 !

 

Or ce phénomène s’est déjà produit en Autriche où là l’extrême-droite (FPÖ) avait même obtenu des ministres en l’an 2000. Résultat, aux élections suivantes le FPÖ est passé de 26% à 10%, la droite étant passé inversement de 26% à 42%. Un peu comme si une partie importante de l’électorat d’extrême-droite se ravisait quand il découvrait que son parti est trop puissant.

 

En France, l’extrême-droite a gagné des municipalités et est intervenue dans l’élection de présidents de trois régions entre 1995 et l’an 1998. Ni les maires, ni les conseillers régionaux ayant conclu des alliances avec la droite ne furent des tremplins vers l’avenir, pour le Front national. Au contraire, en 1999, ce fut l’échec.

 

Ces échecs électoraux ne signifient en aucun cas, un recul des idées d’extrême-droite. La droite, en se radicalisant, récupère une bonne part des thématiques. Et par ailleurs en France comme en Autriche l’extrême-droite a entrepris une stratégie de reconquête.

 

La place et le rôle de l’extrême-droite ne peuvent pas s’analyser sans rapport avec la présence d’une alternative ou pas, proposée par la gauche.

 

Le cas des Pays-Bas comme celui de l’Autriche permet de relativer l’équation classique : crise économique = montée de l’extrême-droite. En 1999 quand le FPÖ a obtenu à Vienne 26% des voix, le chômage était presque inexistant ! Et les Pays-Bas sont aussi connus pour être en situation bien meilleure que l’Espagne ou même la France.

Par rapport à l’Autriche, les Pays-Bas offrent un élément supplémentaire à la réflexion : il y existe un parti de gauche extérieur à la social-démocratie. En Autriche on a souvent expliqué le vote FPÖ par la collusion permanente entre droite et sociaux-démocrates et par l’absence de toute alternative autre que l’extrême-droite.

 

Il se trouve que les dernières élections néerlandaises, contrairement à quelques sondages, ont laissé le PSP (un parti socialiste sur les positions du Front de Gauche en France mais antérieur à ce front, et constitué d’un seul parti) avec quasiment le même résultat (de 15 à 16 sièges). Il peut se consoler en devenant le troisième parti du pays puisqu’il passe devant l’extrême-droite et les chrétiens démocrates. Sauf que ce parti ne récupère pas l’échec de la gauche verte qui tombe à 3 députés après en avoir eu 10.

Les mécontents de l’Europe pouvaient donc abandonner leur soutien à l’extrême-droite pour se tourner en partie, vers le PSP, geste qui pouvaient également tenter des électeurs sociaux-démocrates dans ce pays qui avait voté non au Traité européen en 2005. Il n’en a rien été.

 

Bilan : en pleine crise de l’Europe et de l’Euro, les électeurs des Pays-Bas ont préféré appuyer essentiellement les partis traditionnels. Il n’y a donc, là non plus, aucune équation du genre : crise économique = montée de la gauche.

 

En 2013 le cas italien va nous permettre de refaire un point essentiel sur ce tgerrain.

Jean-Paul Damaggio

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