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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 13:54

LGV : Un tracé même sans les sous

Aujourd’hui, je ne vous offre pas les articles de Sud-Ouest ou la page entière de La Dépêche sur la LGV. De leurs bavardages devenus insupportables je ne retiens que ce chiffre de La Dépêche : « les coûts du GPSO estimés à environ 12 milliards d’euros ». Inutile de détailler !
Quant à Bordeaux-Tours nous lisons « début des travaux en février » alors que les travaux ont déjà commencé depuis un an mais c’est vrai dans l’article ils précisent : « début des gros travaux ».
Donc tout va bien, tout est génial, le COPIL est unanime comme les deux COTERs avant le COPIL… Le COPIL c’est un sigle pour dire comité de pilotage qui, en fait de comité, comprend les deux présidents de région, les deux préfets et l’équipe de RFF, un lieu idéal pour être unanime.
Mais bon, qu’importe…
Martin Malvy annonce que le Conseil régional est prêt à payer des expropriations : en plus des dépenses de construction ?
Ah ! j’oubliais le 18 millions de voyageurs ! Mais jamais on ne nous dit combien ils sont aujourd’hui les voyageurs qui vont de Toulouse à Paris par les deux directions, Bordeaux et Limoges ! Juste pour rappeler que le rail, il existe déjà, et que la LGV c’est surtout pour faire concurrence au rail existant au nom du train des affaires (de grâce, je pense aussi au simple citoyen qui à l’occasion prend le TGV).
Le point le plus amusant, c’est la date d’arrivée de la LGV à Toulouse : 2018, 2020, 2022, la concurrence va bon train dans la démagogie. Or, pas besoin d’être génial pour lire la réalité : 2012 les grands travaux commencent pour Tours-Bordeaux avec officiellement une durée de six ans donc 2018, date du début des travaux au mieux pour Bordeaux-Toulouse et même si cette ligne est plus courte et donc réalisable en 5 ans nous arrivons à 2023 au mieux or les retards sont classiques…
Ceux qui à Saint Jory espèrent une amélioration du TER grâce à l’arrivée de la LGV ont donc du temps à attendre si le projet va au bout.
Quant à Rousset, c’est le roi du buff : « Les Espagnols seront à la frontière bien avant nous ! ». Les Espagnols n’ont pas encore réussi à finir Figueres-Barcelone si bien que pour le moment vous prenez la LGV Perpignan-Figueres, puis changement de gare, et ensuite Figueres-Barcelone ! Le projet est si ridicule, qu’il y a deux trains par jour ! Pour des milliards d’euros ! Oui, tout ça finira par s’arranger, mais pour la suite Rajoy a décidé d’arrêter y compris le projet LGV dans sa région de Galice !
Mais bon, pour qui connaît ce projet GPSO, il y a de quoi être dégoûté des balivernes vendus par les élus ! A la prochaine. 10-1-2012 J-P Damaggio

P.S. Au même moment ‘apprends l’énorme panne dans le métro. Un avant-goût de ce que nos dirigeants préparent pour tout le rail populaire.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 17:36

Le Monde diplomarique décembre 1992

CENTENAIRE D'UN DICTATEUR
« Franco, tes ennemis ne t'oublient pas »
AUTOBIOGRIAFIA DEL GENERAL FRANCO, de Manuel Vázquez Montalbán, ed. Planeta, Barcelone, 1992, 663 pages, 2 500 pesetas.
1992 est décidément pour l'Espagne une année fertile en événements. Le centenaire de la naissance du général Francisco Franco, le 4 décembre, n'en est pas le moindre, si l'on en juge par l'avalanche d'ouvrages parus (et à paraître) (1) sur ce thème : Franco, une biographie psychologique, d'Enrique Gonzalo Duro, Franco, le profil de l'histoire, de Stanley G. Payne, historien américain, 1975, l'année où Franco mourut dans son lit, de Vizcaino Casas, franquiste notoire ; et enfin cette Autobiographie du général Franco, de Manuel Vázquez Montalbán, qui a choisi le mode romanesque pour régler ses comptes avec l'histoire, comme il l'avait fait dans Galindez, paru au Seuil en mars dernier (2).
Le livre raconte l'histoire de Marcial Pombo, militant communiste de la première heure, torturé par la police franquiste, perdant de l'histoire et de la vie, et romancier de seconde zone sur le déclin, qui se voit confier par Ernesto Amescua — jeune loup post-moderne du monde éditorial et fils d'un ancien camarade de lutte — la tâche de rédiger une « autobiographie » de Franco, une espèce de Franco par lui-même à l'usage des générations futures. Pombo relève ce défi, véritable ironie du sort, en racontant en parallèle, en contrepoint, sa propre vie. Le roman repose sur le va-et-vient des deux « je », une sorte de schizophrénie contrôlée, écrite dans deux typographies différentes. Les interventions de Marcial Pombo retouchent, apostillent et complètent, par des témoignages de ses proches ou des expériences vécues par l'auteur et les siens, le discours apocryphe de Franco. Pombo interpelle ainsi le Caudillo pour lui rappeler ce qu'il omet de dire dans son narcissisme complaisant et triomphant.
A travers ces différents degrés de fiction, Franco avec ses obsessions, ses tics de langage, apparaît plus vrai que nature. Criminel de guerre, stratège froid et cruel, implacable chasseur de francs-maçons, mégalomane médiocre et superstitieux, il a construit la paix, la sienne, avec la complicité de la droite traditionnelle, sur l'élimination systématique et impitoyable de tous ses opposants.
Vidant son sac de souffrances et de frustrations personnelles et collectives, Marcial Pombo devient le porte-parole de toutes les victimes de la répression franquiste, et récupère la mémoire de cette Espagne des vaincus.
Considérant que Marcial Pombo a outrepassé son rôle, l'éditeur décide d'alléger le manuscrit de toutes les interférences de sa voix, qu'il appelle des « bruits ».
Ces « bruits » vont sans doute trouver un écho chez tous les lecteurs de ces générations brisées, qui ont grandi à l'ombre de la peur et de l'effroi. Heureusement, l'éditeur de Manuel Vázquez Montalbán a tout publié de ces 663 pages d'histoire qui — n'en déplaise aux partisans de l'impartialité (3) —, se lisent comme un roman, référence indispensable désormais pour comprendre l'histoire récente de l'Espagne et les séquelles de près de quarante ans de dictature.
MARE-CLAUDE DANA.
(1) Ouvrages à paraître, entre autres : une biographie de 1 600 pages de Paul Preston une biographie politique de Franco pendant la guerre civile, de Javier Tusell ; une « synthèse biographique », Caudillo, d'Angel Palomino, antre nostalgique du franquisme.
(2) Voir le Monde diplomatique, mars 1992
(3) Certains historiens ont signalé de nombreuses « erreurs » ainsi qu'un manque, d'«objectivité » dans le roman de Vázquez Montalbán ce dernier a répondu. « C'est absurde de vouloir que mon livre soit objectif ou impartial ; les historiens qui emploient ces termes me font très peur ; comment peut-on être impartial avec Franco, Staline ou Hitler ?»

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 17:31

 Le Conseil régional du Limousin a un groupe qui unit NPA-PG-PCF dont le succès au second tour des régionales (il s’était maintenu contre la liste PS qui était sûre de gagner) avait été spectaculaire. L’idée d’un tel regroupement essaie de se développer. Voici le cas de la Drôme avec un texte de Corinne Morel-Darleux du PG qui a accepté de faire état de la situation des débats dans sa circonscription. Elle donne à voir les coulisses, avec précaution… JPD



De la Drôme, de la Gauche et de l’Espoir
Corinne Morel-Darleux

 

 

Bon, ce n'est pas la partie la plus épanouissante de la politique, mais ça en fait partie et je vous dois la transparence.
J'ai longtemps hésité, mais je crois qu'il est de mon rôle aussi de donner à voir les coulisses, sans tomber dans l'autoflagellation, tendance trop répandue à gauche, ni l'étalage propre à achever de dégoûter tout le monde de la politique. Je vais donc tacher de rester factuelle et de ne pas m'étendre. Depuis le mois d'avril, nous débattons entre organisations de Gauche (PG - PCF - PCOF - Mpep - POI - NPA - Alternatifs) dans la troisième circonscription de la Drôme. Partant du principe que nous serions plus forts unis pour battre Hervé Mariton, et que les citoyens attendaient de la gauche antilibérale qu'elle se rassemble enfin. Neuf mois d'échanges, de discussions, de tensions parfois, et de rédaction collective d'un projet d'accord politique. Je n'en regrette pas une minute. Nous avons appris à travailler ensemble. J'ai appris des choses, au cours de ces discussions, j'ai évolué sur certains points en écoutant les arguments des uns et des autres, nous avons eu un vrai débat politique de fond. Certains nous ont rejoint en cours de route, d'autres sont sortis puis revenus dans la démarche, d'autres encore n'ont pas pu y participer mais gardaient un œil intéressé sur ce qui se passait dans la troisième circonscription de la Drôme.

Et puis, les meilleures choses ayant une fin, est arrivé le moment où chaque organisation devait enfin donner son accord final sur l'accord, visant donc à me présenter sous une bannière commune "En Drôme une terre de gauche" avec le soutien des différentes organisations à cette candidature qui restait, conformément à notre accord national et à mon investiture en octobre par les camarades du PG, du PCF et du PCOF, inscrite sous l'étiquette Front de gauche auprès du Ministère de l'Intérieur. Je vous passe les détails intermédiaires, les heures passées au fil entre Noël et le Jour de l'an, et les rebondissements de dernière minute... Ont donné leur accord : le Parti de Gauche, le Mpep, la section de Crest du PCF et le NPA, dont je tiens à saluer sincèrement l'investissement dans cette démarche. Ont refusé l'accord : la fédération du Parti Communiste de la Drôme, le PCOF, le POI. Se sont retirés de la démarche : les Alternatifs. Hier soir, le NPA a demandé que je lance tout de même "En Drôme une terre de gauche" samedi. Demain. J'ai choisi de ne pas le faire pour ne pas aller contre la position de la fédération du PCF et le PCOF, mes deux partenaires du Front de gauche : je refuse les passages en force, ce n'est pas ma vision de la politique, et je pense que nos adversaires libéraux et de droite n'attendent que ça. Je ne leur donnerai pas ce plaisir. Ma vision de l'unité la plus large ne passe pas par la mise à mal du Front de Gauche, seul rassemblement unitaire aujourd'hui à gauche regroupant six organisations.

L'unité de tous n'étant pas possible, je lancerai donc demain ma campagne sous les auspices du Front de Gauche, avec l'espoir qu'un maximum de citoyens et de militants rejoignent la dynamique déjà engagée, quelle que soit leur étiquette et leur logo, pourvu qu'on partage l'envie d'en découdre et de mener cette campagne avec courage, détermination et opiniâtreté. Comme on a pu se l'entendre dire : "vous avez deux ans d'avance !"... Soit. On va accélérer le temps et faire de la pédagogie intensive. L'unité est un combat, nous en restons les guerriers. En continuant à refuser de rentrer dans les combines, manœuvres et manips politiciennes, et à notre manière, on ne lâchera pas.
 
Nous attendons du monde demain à Luc en Diois, les messages de soutien affluent. Ils font chaud au cœur et redonnent de l'ardeur. Militants et citoyens non encartés, responsables syndicaux et associatifs, poètes et musiciens... Alors oui, je suis déçue, bien sûr, que ce grand rassemblement de toute l'autre gauche ne puisse pas se faire, une fois de plus. Mais pas découragée. Je ne me résous pas à renoncer. Je continuerai, inlassablement, à rechercher l'unité et à créer des passerelles, comme je le fais depuis trois ans, quoiqu'il m'en coûte parfois. Plus que jamais motivée à faire une campagne de terrain, décalée, dynamique et pleine d'enthousiasme, tournée vers les électeurs, les abstentionnistes, toutes celles et ceux qui n'ont que faire de nos querelles intestines et veulent des propositions pour changer la vie. Il est plus que temps, alors on y va ! C'est demain, à Luc en Diois. Je vous remets l'invitation avec toutes les infos.

Il y aura de la politique, du théâtre et du jazz, de la bonne humeur, de l'espoir pugnace et de la camaraderie à gauche. On en a tous besoin... Alors à demain !

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 17:29

LGV : Position de Limousin Terre de Gauche

Au Conseil régional Limousin, le groupe de gauche qui unit PCF-NPA-PG a donné son point de vue, sur la LGV suite à son bilan du débat sur le budget. Voici le document.


B) AMENAGEMENT DU TERRITOIRE : la LGV Limoges-Poitiers n’est toujours pas une solution !
 
« Les rapports liés aux infrastructures de communication, en particulier le rail, ont été au centre des débats. Limousin Terre de gauche à une nouvelle fois voté contre les crédits dédiés au financement de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux, « droit d’entrée » à la réalisation du barreau Limoges-Poitiers. Stéphane Lajaumont s’est élevé contre le financement par la Région Limousin du Tours-Bordeaux, concédé au privé pour 50 ans tandis que Christian Audouin insistait sur la nécessité de s’associer au débat public lancé sur le POCL (Paris-Orléans-Clermont-Lyon). Le « Y renversé » reste en effet une hypothèse sérieuse qui permettrait de conforter l’axe historique POLT et de mettre Limoges à 2h15 de la capitale. En réponse le président Denanot  dira son accord pour que la Région soit présente dans ce débat (tout en réaffirmant dans le même temps sa volonté de voir réaliser le barreau Limoges-Poitiers).
 
Nouvelle passe d’armes aussi sur la question des aéroports et notamment sur la hauteur des engagements de la Région (et des autres collectivités) pour financer les déficits. Stéphane Lajaumont regrettera, par-delà la question des enjeux environnementaux attachés à ce mode de transport, que la Région compense le désengagement de l’Etat sur la DSP (délégation de service public) de la ligne Limoges-Orly sans même mener un combat public sur cette question et votera contre, tout comme l’ensemble du groupe. »

Observations JPD : On constate, une fois de plus, que les conseillers régionaux peuvent demander à voter par chapitre. Là comme ailleurs on voit poindre la confusion du président de la région qui pense qu’on peut faire en même temps Limoges-Poitiers en LGV et se relier à une hypothétique LGV Paris-Orélans-Clermont-Ferrand. Nous ajoutons les votes finaux de ce groupe :
« Au final, les élus communistes (C. Audouin, P. Rome, J. Ratier)  s’abstiendront sur le budget 2012 alors que les élus du NPA et du Parti de Gauche (S.Lajaumont, L.Pache, V.Momenteau) voteront contre. »

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 11:45

Voici deux présentations du livre de Manuel Vázquez Montalbán : Autobiographie de Franco. JPD

Huma Dimanche
Octobre 1994
Une trajectoire espagnole



Manuel Vázquez Montalbán, antifranquiste, signe « Moi, Franco ». Autopsie d'un dictateur et traversée du siècle. Contre la banalisation du fascisme en Espagne et ailleurs.

Au début des années quatre-vingt-dix, Marcial Pombo, écrivain spécialisé dans les ouvrages de vulgarisation, se voit proposer par un éditeur d'écrire une autobiographie de Francisco Franco (1892-1975), généralissime qui, après avoir déclenché et gagné une terrible guerre civile, régna sur l'Espagne pendant près de quarante ans. Une autobiographie, soit un récit à la première personne. Or Pombo est de famille républicaine, et lui-même, naguère communiste, a connu les commissariats et les violents interrogatoires de la Garde civile. Pombo hésite, puis devant l'importance du contrat et de l'à-valoir, se lance.
Une autre raison l'a décidé. Dans les médias espagnols, tout un travail a commencé à propos de cette période, qui prépare, à ses yeux, le pire : le renvoi dos à dos des vaincus et des vainqueurs.
« Chaque fois qu'un citoyen du futur lira cette histoire objectivée ou regardera ces vidéos réductrices, ce sera... s'adresse-t-il à Franco, comme si vous apparaissiez à l'horizon juché sur un bulldozer noir et fantomatique, pour recouvrir d'une nouvelle couche de terre toutes les victimes de vos idées et de vos actes, toutes vos victimes en pratique et par omission ».
Après des mois et des mois d'un travail acharné, il déposera chez l'éditeur un étrange manuscrit, composé de deux textes entrecroisés, écrits tous deux à la première personne, mais de deux encres antagoniques. En italique, une autobiographie en forme de plaidoyer du Caudillo; en lettres droites, les rageuses corrections apportées par Pombo, soit à partir de sa propre histoire familiale, soit en s'appuyant sur les nombreux témoignages de parents et de proches du Généralissime, d'anciens compagnons, de courtisans même. L'éditeur mettra moins de vingt-quatre heures pour rendre son verdict : se référant au sacro-saint « langage de la communication », il entend éliminer « le bruit » (les commentaires de Pombo) pour ne garder que « le message » (la plaidoirie du dictateur). Naturellement, le livre que nous lisons, signé lui de Vázquez Montalbán, contient tout, et « le message » et « le bruit » et le dossier des relations entre Pombo et son éditeur. C'est un ouvrage bien intéressant, portrait à la fois du dedans et du dehors, d'une des figures emblématiques du fascisme.
Comment, par quels chemins d'éducation, par quelles singularités psychologiques, par quels paliers de carrière, par quelles féroces contributions à l'ordre colonial, par quelles prudences et quelles ruses, le cadet, longtemps effacé, d'une famille galicienne de bonne bourgeoisie «marine et militaire » deviendra un implacable massacreur, le protégé de Hitler, de Mussolini et de Pétain, et le plus durable étrangleur de libertés du monde développé... Vázquez Montalbán, à l'imagination d'ordinaire si proliférante, s'efforce ici au minutieux respect des faits. « Tu ne peux pas, dit Pombo, t'exposer à laisser croire que Franco est ta victime, tu ne peux en faire un martyr de ta création. Ce serait sa victoire post mortem. » Rassurons l'auteur et son double ils n'ont pas ajouté de pierre à la statue du boucher de Guernica.
François Salvaing
Manuel Vázquez Montalbán, « Moi, Franco », Seuil, 554 pages, 145 francs.
Humanité Dimanche N° 240 - 20/10/1994 au 26/10/1994



Humanité 2 Décembre 1994
L'année zéro, ça n'existe pas

 

L'ENTREPRISE était osée. Mais sans doute s'avérait-elle nécessaire. Avec «Moi, Franco», Manuel Vazquez Montalban se permet en effet rien moins que de donner la parole à celui qui imposa sa férule à l'Espagne pendant quarante ans. Il en résulte un récit-fleuve, terne et mesquin, nourri des platitudes du fascisme ordinaire, mais régulièrement entaillé par des remarques critiques qui se chargent de lui faire exsuder ce qu'il prétendait taire ou refouler. Si bien que ce livre épais, écrit, serré et bourré de références, se dévore de bout en bout, s'affirmant sans conteste comme une œuvre majeure du grand écrivain catalan.

LE récit commence en 1992, lorsqu'un jeune éditeur madrilène aux dents longues commande à l'un de ses «nègres» attitrés une autobiographie du Caudillo, pour le centième anniversaire de sa naissance. L'auteur devra simplement se fixer pour règle d'y observer «la même fausse objectivité que Franco aurait employée pour lui-même». L'écrivain de l'ombre sollicité pour ce délicat travail s'appelle Martial Pombo. Lors de la rébellion franquiste de 1936, il avait tout juste six ans. Mais il était fils d'ouvrier républicain et se retrouvait depuis lors parmi les vaincus, humiliés puis littéralement gommés du paysage par les factieux. Quatre décennies durant, ceux-ci condamneraient de la sorte, par leur silence de plomb, une moitié d'Espagne à la non-existence. Entré dans les années cinquante à l'université, dont il était «l'un des rarissimes étudiants d'extraction prolétarienne», Martial Pombo y avait très vite rejoint la première cellule étudiante du Parti communiste espagnol. Ce qui lui vaudrait de connaître les salles d'interrogatoires et la prison. Plus tard, il prendrait ses distances, sans cependant se renier, à l'opposé du père de son actuel éditeur, qui avait fréquenté sur le tard les allées fangeuses du pouvoir, après s'être illustré par la vigueur de son dogmatisme stalinien... Dix-sept années se sont donc écoulées depuis la mort du dictateur. A l'est de l'Europe, les socialismes d'Etat viennent d'imploser. Pour beaucoup, en Espagne et ailleurs, le moment semble propice à une remise en ordre du tableau idéologique: l'autobiographie du Caudillo doit initier une collection dans laquelle paraîtront ensuite un Staline, un Hitler et un Lénine, en attendant peut-être un jour un Bonaparte jeune et un Voltaire...

Le projet en apparence est simple : il s'agit de rédiger une «autobiographie imaginaire de Franco», à partir d'un respect rigoureux des faits, en essayant de se tenir au plus près du célèbre style aride et monocorde du modèle. Or, dès les premières pages du livre, dans lesquelles le général félon évoque sa jeunesse avec ses frères et sœur, sous la bienveillante tutelle de sa mère, dans la ville portuaire d'El Ferrol, en Galice, puisque chez les Franco on faisait traditionnellement carrière dans la marine, quelque chose de trop lisse et de trop apprêté saute aux yeux, comme un lyrisme incapable de prendre son envol qui tourne à la grandiloquence de salon de coiffure: «J'ai toujours su que ma mère et l'Espagne avaient quelque chose en commun : deux femmes immaculées, énergiques et fragiles, joyeuses et attristées, qui n'ont pas toujours eu la vie et l'histoire qu'elles méritaient. Mes yeux l'ont discerné dès l'instant où ils ont commencé à voir», lance-t-il ainsi.

C'EST que Manuel Vazquez Montalban connaît son Franco sur le bout des doigts. Depuis maintenant deux décennies, dans ses «polars» sociaux avec son merveilleux détective gastronome, érudit et dialecticien, Pepe Carvalho, comme dans ses nombreux autres livres, il ne cesse en effet de refuser un blanchiment pur et simple de la mémoire, qui s'opère au nom de la réconciliation désormais nécessaire. Sous sa plume renaît, à l'identique, ce discours papelard cachant des haines inextinguibles - contre la République, les Rouges, les femmes émancipées, la vie - et cette prétention moralisatrice servant à draper un plan de carrière en bonne et due forme. Le mot d'ordre du jeune élève-officier et de ses condisciples à l'Académie militaire n'était-il pas, sans l'ombre d'un sourire, «l'avancement ou la mort»?

Impossible donc de laisser se dévider un tel discours, en tout point conforme à la rhétorique usuelle du franquisme, sans faire ressortir ce qu'il renferme de dissimulation et de ruse, non seulement pour arranger après coup l'histoire familiale en saga édifiante, mais plus encore pour hisser une confondante médiocrité au rang de grand destin. Même si la prose insipide qui s'écoule ici pendant des centaines de pages, comme tout droit sortie de la bouche du potentat, suffirait seule à en faire douter, conformément à l'objectif initial de Martial Pombo, «le ressusciter pour le tuer». Car l'on découvre ici une authentique ganache, orateur pour mess des officiers, petit homme exhibant son existence à la façon d'un livre de comptes, sans autres grands motifs là-derrière que sa haine ancestrale du peuple et son souci petit-bourgeois de carrière.

MANUEL VAZQUEZ MONTALBAN laisse ainsi lentement percevoir, niché jusque dans les scènes de la vie quotidienne de la jeunesse et de l'âge mûr, un mode de pensée constamment régi par la peur des autres et de leurs idées, qui expliquera pour partie «la laideur morale et esthétique du régime, (...) sa bouffonnerie médiocre et brutale de fascisme nain, (...) sa liturgie bredouillante, éthylique même, comme si elle avait été orchestrée par des sous-officiers de caserne transformés en metteurs en scène de cette fantochade». Il convoque aussi des témoignages, notamment celui de la propre nièce du dictateur, qui, cette fois de l'extérieur, révoquent également en doute son propos. Martial Pombo lui-même, qui s'était à l'origine contenté de corriger des inexactitudes factuelles, se hausse d'un cran pour exhiber au regard des siens - cette moitié d'Espagne qui fut vouée au silence - le spectacle tragi-comique de la camarilla de petits blancs qui tint le pays sous sa terreur. A n'en pas croire ses yeux. Il y a dans tout cela un prodigieux sens de la distanciation critique et de la dialectique de la langue, qui rappelle le Brecht souverain de «la Résistible ascension d'Arturo Ui».

Avec, comme chez Brecht, une leçon qui vaut pour aujourd'hui encore, puisque ce travail obstiné de blanchiment de la mémoire s'est paradoxalement prolongé dans une Espagne post-franquiste qui, en prétendant repartir de zéro, s'est en fait édifiée sur un double oubli monumental: «Sans hâte mais sans relâche nous sommes en train de vous oublier, général, et oublier le franquisme revient à oublier l'antifranquisme, cette exigence culturelle, éthique», rappelle pour finir celui auquel Manuel Vazquez Montalban a visiblement beaucoup prêté de soi-même. C'est en effet l'enjeu le plus considérable qui traverse ce saisissant récit: se réapproprier toute une mémoire, et avec elle une histoire, pour réellement gagner le combat contre le franquisme. Et rompre enfin avec lui.
JEAN-CLAUDE LEBRUN

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 11:43

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Les Editions la Brochure continueront d’être au service des associations. Par cette brochure nous proposons une alliance positive entre recherche historique (l’accès à l’eau à travers les âges) et une action actuelle. Nous donnons ces quelques éléments qui pourraient être la base d’un manuel de lutte contre la gestion privée. En effet, la seule lutte ne pas être pour le retour en régie car tant que nous sommes face aux multinationales, il faut bien tenter d’arrêter leurs dégâts. Et c’est possible. Merci à l’asso de Condom. JPD

Association Baïse des Usagers de l'Eau
Qui sommes nous?

                        Max Biro
Une association de consommateurs  née du problème de surfacturation de l’eau à plusieurs de ses membres le 25 avril 2008.

    Sur le plan régional, nous avons adhéré à la « Coordination Adour Garonne qui regroupe la plupart des associations d'usagers d'eau domestique et quelques associations environnementalistes sur la ressource eau.

    Nous avons informé nos adhérents ayant des litiges de facturation et appuyé leurs démarches, informé les Condomois sur les litiges.
Nous avons suivi et sommes intervenus sur les choix abusifs de clauses du règlement de service (texte régissant les rapports de l'usager et du distributeur d'eau). Nos interventions ont amené les décisions cassant les votes abusifs du Conseil municipal.
    Nous voulons renforcer notre équipe sur le contrôle de l'eau et souhaitons à l'avenir faire régulièrement une réunion trimestrielle.

Surpressions
    Des surpressions et des coups de bélier ouvrent ou détruisent les sécurités des appareils ménagers ou font éclater tuyauteries et joints. L’eau se déverse dans les eaux usées. Les factures adressées aux usagers étaient disproportionnée. L’Association Baïse des Usagers de l’Eau naquit. (ABUE)
    Veolia avait des réponses standard :
« C’est après le compteur, cela ne nous regarde pas. »
« On peut vous faire des échéances. »
Aux questions sur les pressions utilisées ou les coups de bélier, généralement le silence !
    Le président de ABUE, M Bontemps s’était bien battu seul auparavant, lettres, visite, lettres à la Mairie et enfin M le Maire (G Dubrac, du fait du prince, lui avait accordé 20% de dégrèvement.)
    M Rickeboer de l’association de défense des usagers de l’eau Quimper avertit ABUE qu’ils avaient gagné devant le tribunal et que Veolia ne faisait pas appel.
    A chaque étape de nos demandes ABUE voyait la Presse et, outre la Dépêche, Sud Ouest, le Petit journal qui suivirent avec objectivité ce combat, ABUE eût un passage dans France Soir et une interview à Sud Radio.
    Enfin Veolia proposa un rendez vous (après la jurisprudence de Quimper et la première lettre de l’avocat Maître Miranda) la plupart des dossiers furent remboursés. Etait-ce la victoire finale ?
    L’état du réseau produit de nouveaux coups de bélier, surpressions et surfacturations.

Historique
Pourquoi avez-vous créé Association Baïse des Usagers de l’Eau  (ABUE) ?
Suite à des surfacturations pouvant atteindre jusqu’à 15000 €.
Qu’est le litige de surfacturations, surpressions ?
Des facturations pour fuite après compteur ont donné lieu par prélèvement automatique à des paiements de la part d’usager. Le 8 décembre 2008 plusieurs habitants du Herret protestent auprès de la Mairie.
Est-ce une situation isolée ?
Des faits similaires se sont passés dans diverses villes de France dont Sète et Quimper. Le Président de l’associa-tion de défense des usagers de l’eau de Quimper est venu à Herret travailler avec ABUE sur le dossier.
Des surpressions avaient provoqué l’ouverture des sécurités des appareils ménagers tarés à 7 bars, et parfois détruits des canalisations internes.

Les municipalités successives forte de leur droit de contrôle sur le délégataire ont elle agit en faveur des usagers ?
Les municipalités successives de Condom n’ont pas exercé leur devoir et droit de contrôle sur le délégataire.

L’association ABUE de défense des usagers de l’eau se constitue et sans faire de récolement systématique des paiements indus, rassemble quelques unes des victimes.
Au changement de municipalité une entrevue a lieu au cours de laquelle le bureau de l’association devant M le Maire et son adjoint aux finances expose les faits.
M le Maire écrit à Veolia pour interroger sur la véracité des faits (c’est la seule action dont il nous fait part).

Et la suite ?
Lettres d’ABUE à Monsieur le Maire, sans réponses des 27 mai 2008, 1 juillet 2008, 15 octobre 2008, 13 novembre 2008.
Suite à une conversation téléphonique de ABUE avec La Lyonnaise des eaux, M le Maire convoque les responsa-bles d’ABUE le 4 novembre 2008 pour un entretien avec La Lyonnaise auquel il assiste sans prendre ni notes, ni positions.
ABUE a espéré au cours de ces mois le voir intervenir pour défendre les usagers, ses administrés Il est dommageable pour l’image de la Municipalité que sa timidité soit considéré comme une défaillance ou pire.

Les faits étant similaires, le combat de l’associa-tion de Quimper vous importe ?
Oui ! L’association de Quimper vient de gagner pour des faits semblables le 29 janvier 2009 devant le tribunal, Veolia ne fait pas appel et remboursera outre les surfacturations, les dégâts.

La  victoire ?
Oui et non.      Veolia a accepté de rembourser en juin la trentaine de dossier dont nous avons été chargé par nos adhérent et de traiter si nous en avions encore qui se déclarent dans les 18 mois. Ce fut au cours d’une rencontre orale, mais comme chaque fois nous avons acté en rencontrant la Presse et Veolia contacté, a confirmé. Toutefois, au 1 janvier 2009, la Lyonnaise succède à Veolia pour la gestion de l’eau à Condom.

Le 15 mai 2009 au Conseil municipal M le Maire présentera au votes du Conseil des règles qui limitent les droits des usagers en cas de surfacturation. Ils devront faire un parcours du combattant pour réclamer leur dû ; Une partie de ces règles existant à Quimper ont été balayées par le jugement du tribunal de Quimper du 29 janvier 2009 dans des cas similaires. Il nous semble que le vote que demande le Maire est là pour protéger le nouveau délégataire. Fait curieux, ce genre de modification est généralement demandé par le déléga-taire et non à l’initiative de la Mairie. Elles seront votées (28 voix sur 29) et balayées suite à notre intervention auprès de M le Sous-Préfet

Quelle fascination les marchands d’eau opèrent-ils sur certains élus !

Les clauses abusives
    De manière à ce que ces réclamations dans l’avenir ne se reproduisent pas M le Maire (B Gallardo) fit voter des clauses (abusives) qui limitaient le droit de réclamer (vote unanime UM et PS), une seule voix contre : Alain Pinson élu Condom citoyenne.
    Heureusement les seules clauses opposables aux usagers sont celles du règlement de service (partie du contrat de l’eau). Le vote n’est pas applicable ! Recours devant M le Sous Préfet.
    Une deuxième série de clauses furent votées, même démarche d’ABUE, même action de M le Sous- Préfet et erratum ajouté par « La Lyonnaise » au règlement de service indiquant les pressions mini-maxi en bars. Dans les deux cas, M le Sous Préfet a, au contrôle de légalité, suite à nos lettres, renvoyé devant le Conseil les textes abusifs et nous avons obtenu qu'une pression délivrée maxi de 7 bars soit signifiée dans le « Règlement de service ».
Le règlement de service est le document inclus dans le contrat entre la collectivité et le délégataire qui régit les relations avec l'usager. Il doit légalement être adressé à tous les usagers, ce que nous avons exigé et obtenu.

Le remboursement des cautions
Chaque usager a payé une caution lors du contrat d’eau. Ces cautions sont détenues par le délégataire. Elles sont désormais interdites et doivent être rendues par Veolia.
« Pour les abonnés domestiques, les demandes de caution ou de versement d'un dépôt de garantie sont interdites. Le remboursement des sommes perçues au titre des dépôts de garantie intervient dans un délai maximum fixé à trois ans à compter de la promulgation de la loi n°2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l'eau et les milieux aquatiques.
Les usagers ayant fait une réclamation ont été remboursés, (certains se sont vu demander un reçu), alors que la totalité des usagers avaient déposé cette caution.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:30

livre-laborde.jpgPhoto : La couverture du livre écrit par Christian Laborde en 1989 chez Hidalgo Editeur au sujet de Claude Nougaro. C’est avec Claude Nougaro, l’homme aux semelles de swing publié en 1984 chez Privat que Christian Laborde a commencé sa carrière littéraire.

Guy Silva présente et interroge Nougaro pour L’Humanité, 2 mars 1981 (du temps où les articles pouvait être longs).


IL habite près de la Butte- Montmartre — à proximité du célèbre cabaret « Le Lapin agile » où, précisément, Claude Nougaro eut son premier auditoire. Ce rapprochement l'émeut, visiblement. Pour cette maison, il a eu le coup de foudre. C'est une maison d'artiste. Elle a appartenu à un sculpteur. Dans l'atelier subsiste encore une énorme pierre, intacte « pour cause de décès ». A part cela, les lieux ont changé d'aspect. Le piano trône désormais avec un orgue de compagnie.
Claude Nougaro a tout de même voulu y installer les chevalets du peintre Estrade, son ami.
Le calme règne. La maison semble au repos: Le jour de relâche est arrivé. Le citadin Nougaro se décontracte en pleine ville. Il savoure en ce moment les bravos du music-hall qui n'ont peut-être jamais été aussi chaleureux. Claude Nougaro en est parfaitement conscient.
— Jusqu'ici, Paris me tournait autour, un certain tout-Paris, cruel, critique, tribunal... Or, on peut avancer, maintenant avec humour, le mot « consécration ».
Il parle de « succès quantitatif » mais il oublie de préciser qu'il reste cette fois un mois à l'affiche. Une performance de longue durée.
— Ma façon de chanter coïncide avec la réceptivité du public. Il y a une sorte d'épanouissement. Cet « Olympia », je le prépare, en fait, depuis 1955. C'est un long mûrissement.
Soudain, il s'interrompt. Le film de sa carrière se déroule.
— Depuis mes débuts, je n'ai pas arrêté, il me semble, de marcher avec des périodes de fatigue, des reprises d'énergie, des portes qui se sont entrebâillées, des ciels qui se sont ouverts.
Comment se définit-il ? N'est-il pas le mieux placé ?
— Je suis un paysan des nuages et tellurique également, tellement inscrit dans l'incarnation et dans le rythme, dans la substance matérielle du langage, qu'il s'agisse des mots ou des notes. Je suis un paysan de l'âme.
Ce « paysan »-là a de la graine fertile. Il sème à tous vents.
— Je suis profondément baroque. Je n'ai pas beaucoup de racines à travers ma naissance territoriale. Ma région, mon régionalisme, ma méridionalité m’ont certainement apporté des influences. Le côté méditerranéen, c'est ma mère. Elle est italienne et... pianiste. Mon père, c'est Toulouse.
« Qu'il est loin mon pays, qu'il est loin...
Parfois, au fond de moi, se raniment
L'eau verte du canal du Midi
Et la brique rouge des Minimes
0 moun pais
0 Toulouse
0 Toulouse. »
« Un torrent de cailloux » roule toujours dans l’accent de Nougaro.
— Quelque part, à l’horizon de mes atavismes, il y a je ne sais quelle présence sarrasine qu’on peut retrouver à Toulouse. Voici le Capitole, j’y arrête mes pas.  Le bel canto, l'Opéra de la fin du XIXe siècle, dont mon père — baryton — était le serviteur, a certainement imprégné ma sensibilité d'enfant.
« Le ténors enrhumés tremblaient sous leurs ventouses.
J'entends encore l'écho de la voix de Papa,
C'était en ce temps-là mon seul chanteur de blues... »
—L'Opéra, dit-il, est pour moi le supra-théâtre. Non seulement il y a des chocs de passion entre des créatures plus ou moins mythiques, mais il y a aussi le chant, les lumières, tout ce rite du spectacle dont je suis moi-même le porteur. J'ai grandi dans les coulisses de l'Opéra de Paris et dans celle du Capitole. J'ai vu la féerie. J'ai travaillé le classique avec mère. Cela sert pour la diction, le phrasé. A l'écoute de certains chanteurs, on ne comprend pas un traître mot.

Au fait, a-t-il rêvé d'être un jour chanteur d'Opéra ?
— Non, hélas je n'avais pas la voix. Et puis j'ai été littéralement fasciné par la façon de chanter des Noirs.
La musique noire américaine, dès mon enfance, m’a fait danser devant le buffet de la cuisine de ma grand-mère paternelle. Tournant le bouton de la TSF, me sont parvenus les premiers accents du jazz américain, par l'intermédiaire d'Armstrong, Bessie Smith, Glenn Miller, d’une façon mystérieuse que je ne saurais analyser. Cette musique a appartenu à mon espace sonore immédiat. Je l'ai regardée passer comme un témoin émerveillé rempli d'extase et d'infinie nostalgie, d'infinie mélancolie. Cela me fait penser aux marins dans un film de Fellini, qui partent en barque la nuit voir voguer un immense paquebot illuminé — c'est dans « Amarcord », je crois — avec des sirènes, tel un monument de lumière. Moi, j’ai vu surgir le jazz comme une soucoupe chantante, un peu surnaturelle, une planète qui me laissait dans mon orphelinat nocturne, quelque part. Toutes les fibres de ma chair et de mon âme tendaient vers cette espèce de patrie.
Cela lui est venu très tôt. C’était en lui. Comme la danse. Saviez-vous qu’il voulait devenir danseur ?
— Créateur né ? Non. Danseur né ? Ah ça oui! Mon corps, le mystère de mes cellules obéissent â des mots d'ordre venus de la musique et du rythme.

Avec Claude Nougaro, on ne peut dissocier la musique et les mots. Il s'agit bien d'un mariage d'amour.

Grâce à la grande poésie française du XIXe siècle, j'ai connu mon premier choc avec le verbe. Grâce notamment à Victor Hugo. A travers l'alexandrin, ces rythmes carrés, rimés, forgés, tam-tamés, je dirai, c'était déjà de la percussion verbale. Le langage se mettait à bouger, comme si les mots étaient devenus des corps de danseurs. Il y avait une chorégraphie de l'image. Cela fait partie des sens et des sons. Le mot soleil est phonétiquement rayonnant de la lumière du soleil. Je ne peux pas le détacher de sa sonorité.
Pour moi, la poésie, c'est projeter des images dans l'imaginaire. Evidemment, la chanson offre cette possibilité. Au pouvoir évocateur des mots et des signes qu'ils peuvent échanger entre eux, le pouvoir émotionnel des mots est encore exacerbé par la dimension musicale qui ajoute d'autres rayonnements. La chanson m'a permis de focaliser toute mon énergie expressive. Le chant, la voix, le souffle, le langage, les lumières collaborent pour faire passer une émotion, une vision.
« Sur l'écran noir de mes nuits blanches
où je me fais du cinéma
une fois, deux fois, dix fois, vingt fois
je recommence la séquence
où tu me tombes dans les bras...
je tourne tous les soirs
y compris le dimanche... »
Claude Nougaro est de ceux qui tiennent la chanson en haute estime. « La chanson, celle qui rêve / de déplacer plus d'air / que l'air de la Tosca. »
La chanson, c'est un tableau, une histoire, un film, une danse. Elle me permet d'être tour à tour un boxeur, une femme si je veux l'être, je ne sais quel héros, Prométhée.

Claude Nougaro, comme tant d'autres, a été marqué par sa rencontre avec Charles Trenet.
C'est le père de la chanson moderne. Oui, vraiment. J'étais fasciné par son invention radieuse dans le jeu des syllabes, les sonorités, la fraîcheur des images, l'évocation de son univers enfantin. Il chante le bonheur et la mélancolie. C'est un chanteur solaire, un vrai poète.
Poète ? Nougaro, ses textes le prouvent, l'est aussi.
Lui se considère « comme un petit homme noir qui marche dans sa vie. De temps en temps, je bondis, puis je titube, je me couche. Je suis un errant. Je suis un bariolé du point de vue de mes cultures. J'aime cette liberté de pouvoir changer de genre. Ainsi, à « l'Olympia » j'offre une palette de styles différents ».
Du jazz au rock en passant par la valse viennoise.
Claude Nougaro écrit tous les textes de ses chansons mais pas toutes les musiques.
— Je suis à l'écoute des musiques venues de l'extérieur. Elles sont propices à des rencontres avec des musiciens qui m'inspirent. Parfois, la musique, je ne l'entends pas, je la vois. J'ai l'intention d'écrire une fresque sur le jazz, un poème lyrique.
Comment travaille-t-il ? D'abord accepte-t-il la notion de travail ?
— C'en est un effectivement. J'ai sur moi un petit magnétophone ; un calepin sonore auquel je confie une mélodie qui n'arrive. Je suis un grand marcheur dans Paris, un flâneur. Chemin faisant, je reçois des visages. Je rumine beaucoup. Je peux recopier quarante fois les deux premiers vers d'un texte, pour savoir si cela tient au papier avant que cela ne tienne à la voix. La maturité se fait lentement. Cela ressemble à un alambic. Il faut que cela infuse puis, tout d'un coup, il y a un jet mais qui est toujours retravaillé. J'aime bien le côté ciselé, minéral, sculpté.
CLAUDE Nougaro n'a nulle envie d'écrire un roman, il ne sera pas non plus un homme de «Mémoires». Par contre, il caresse deux espoirs. Au moins.
— Ecrire un livret d’opéra est une idée qui progresse. Je rêve d’avoir un jour un grand orchestre. Les concerts Colonne m’ont fait signe. Faire intervenir d’autres éléments est un projet qui me plaît assez. J’aimerais aussi faire du cinéma en tant qu'acteur. Aucun metteur en scène français n'a encore songé à moi. Il me semble que cela doit arriver un jour. J'aime le cinéma italien, américain, celui qui est imprégné de musique.
— Ma passion, c'est la vie. C'est faire de la beauté avec la vie, du plaisir. De la beauté et de la bonté, cela va de pair.
« Il serait temps que l'homme s'aime
Depuis qu'il sème son  malheur
il serait temps que l'homme s'aime
il serait temps, il serait l'heure.
…..
Que l'homme s'aime, c'est peu dire
mais c'est la mon pauvre labeur
Je le dis à vos poêles à frire
moi le petit soldat de beurre
Que l’homme s'aime c'est ne dire
qu'une parole rebattue
et sur ma dérisoire lyre
voyez déjà elle s'est tue... »

— La beauté est terrible. Elle fait peur. Elle est assez torturante. Il faut l'humecter de fraternité. L'homme c'est un passage d'un mystère à un autre, il a le devoir de vivre et d'être à l'honneur de la vie. Seulement il n'est pas toujours capable de répondre aux questions qui l'assaillent : le mal, la souffrance, la violence, la bêtise, l'obscurité, la peur. Le monde est ., effrayant. Je veux que mes chansons apportent du pain et de la lumière. Tout ce que je fais est une célébration de l'homme. Ce qui m'intéresse n'est pas d'être une vedette, c'est d'appartenir au monde, d'être là pour servir la vie.
Et la carrière internationale, y pense-t-il ?
— Je suis cloué sur ma langue française. Il ne me viendrait jamais à l'esprit de mener une carrière « aznavourienne ». Avec des adaptations, aller chanter en italien, en anglais en allemand, en japonais... Par contre, de même que je suis capable d'apprécier — sans comprendre ni l'anglais ni le portugais — un chanteur américain ou brésilien, si on me demande d'aller chanter dans ma langue à moi à l'étranger, pourquoi pas ?
La langue française a atrocement besoin qu'on la défende. Son rayonnement culturel, sa grandeur diminuent tragiquement au profit de la langue anglaise qui a tout envahi. Ses armes d'invasion ont été le cinéma américain et une sonorité assez magique, qu'on nomme chanson, qui a fasciné les oreilles de la vieille Europe. C'est le mythe venu de ce continent qui a complètement façonné, martelé sa dynamique sur la sensibilité planétaire. Les textes ayant peu d'importance. Sauf exception. Je pense à Bob Dylan. La langue française est devenue une langue d'intellectuels et de spécialistes de l'intelligence. Les artistes ont un rôle à jouer. Ils peuvent être de bons soldats pour que la langue soit vivante, qu’elle soit sensible, qu’on la ressente par le sens et non pas par le front, par le mental. Il faut qu’elle soit sensuelle.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:26

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Sur la photo : Béatrice Amiel, animatrice des Hivernales, Claude Sicre et Hélène NOugaro.

 

Après le film sur Brassens à Réalville, les organisateurs de la soirée avaient donné carte blanche à Claude Sicre pour présenter une série de clips où chante Nougaro. En plus nous avons eu la présence d’Hélène Nougaro, la veuve du chanteur. L’animateur a commencé par dire que les deux chanteurs avaient un parcours similaire pour justifier sans doute la juxtaposition des deux moments de la soirée. Hélène Nougaro a corrigé tout de suite : « Brassens ne s’est jamais marié tandis que Nougaro s’est marié plusieurs fois. » Voilà une entrée en matière qui cassait par avance tout discours consensuel. Que la différence pointée porte sur le rapport aux femmes était peut-être moins qu’anecdotique. Hélène a précisé aussi que Nougaro venait d’une famille de grands artistes et non d’une famille du peuple. C’est là que Sicre a placé judicieusement une idée qu’il défend depuis longtemps : leur point commun aux deux était invisible dans les films, c’est un rapport à l’Italie. Les deux ont eu une mère italienne, l’une porteuse de la chanson populaire, l’autre de l’opéra.
Les clips ont permis de revoir Nougaro à travers sa vie. Hélène a un peu regretté qu’il ne s’agisse que de clips liés à la télévision car dit-elle, il était très mal à l’aise sur les plateaux télés. Il préférait la scène. »
Ceci étant, des interprétations rares comme celle de Paris Mai, et d’autres plus classiques (le lien à Brassens a été visible quand il a chanté devant lui la cane de jeanne) ranimèrent utilement nos mémoires, tout en montrant le gaspillage de moyens de la télé d’aujourd’hui, incapable de faire un plan fixe dans un décor sobre.
Nougaro inventeur du slam avec ses premières chansons ?
De toute façon un extraordinaire jeu avec les mots, les sons, les mimiques.
Une question est venue sur son lien au cinéma. Dans un entretien avec Guy Silva, que vous lirez sur ce blog, il avouer qu’il aurait aimé jouer dans un film.
Quant à savoir s’il y aura une Maison Nougaro à Toulouse, c’est pour le moment un projet. Il existe une association Nougaro qui fait vivre la mémoire du poète.
Concluons avec le propos de Sicre : « il reste trop méconnu, et moi-même je l’ai sous-estimé. » Claude Sicre anime un festival de cinéma sur les musiques du monde mais son lien avec Nougaro est surtout venu au moment où il était le promoteur du Carnaval de Toulouse quand en 1987, il décida de le faire chanter au-dessus du Capitole, « au-dessus de son père lui fit remarquer Nougaro.» Un grand merci à tous les organisateurs.
7-01-2012 Jean-Paul Damaggio

P.S. : Voici la présentation de Nougaro par Guy Silva, dans L’Humanité du  2 mars 1981 :
C'est à Toulouse, la ville rose, la ville du Capitole et des voix d'or, qu'est né Claude Nougaro, le 9 septembre 1929.
Il a dix-huit ans lorsqu'il s'essaie au journalisme. A Vichy d'abord, à Alger ensuite. Déjà le cinéma, la poésie et la musique l'attirent. A Paris il découvre la musique africaine, il se passionne pour le jazz. Avant de faire une première tentative de chanteur (en 1958), Claude Nougaro est notamment le parolier attitré de Philippe Clay et de Marcel Amont.
Avec la complicité du compositeur Michel Legrand, il enregistre en 1962 son premier disque. Le succès est foudroyant. Il y a « le Cinéma », « les Don Juan », « le Jazz et la Java », « Tout feu tout femme », « le Paradis », « Une petite fille ».
Son ami Jacques Audiberti écrit alors « ... Il peut donner aux mots une résonance concrète non encore entendue chez les poètes de papier. La matière des mots joue par elle-même, parallèlement au texte qui garde sa clarté... La phrase se métamorphose et se dédouble en batterie de jazz sollicitant les nerfs au nom des tam-tam et des moteurs d'aujourd'hui. Avec le taureau Nougaro, le poète qui sait écrire, débouche en force dans la noire arène du disque, afin que, de nouveau, retentissent la nuit, la femme, les chambres, la pluie, la femme surtout, hors du lit desséché des livres. »
Un accident de voiture immobilise Claude Nougaro pendant plusieurs mois (1964). Puis il reprend son ascension qui passe par l'Olympia (1969), le Théâtre de la Ville l’accueille en 1974. A la Fête de l'Humanité il connaît une énorme audience populaire que d'aucuns lui ont contestée un temps en voulant le marginaliser dans le ghetto de l'« intellectualisme ». Nougaro déjoua le piège, heureusement. Son public au fil du temps s'est élargi, a rajeuni.
Auteur (toujours), compositeur (souvent), interprète (complet), Claude Nougaro est quelqu'un qui compte dans le monde de la chanson.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:14

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Sur la photo, les trois cents personnes de la salle : au premier rang, la deuxième personne en commençant par la gauche, c'est ma mère juste devant Marie-France.

 

Le regard de Georges Brassens, un film de Sandrine Dumarais, a attiré beaucoup de monde à la salle des fêtes de Réalville en ce 7 janvier. Programmé dans le cadre d’un festival original, Les Hivernales du documentaire, la foule au rendez-vous a confirmé du bienfondé de cette initiative, qui intervient dans six villes et villages du Midi Quercy. Mais venons-en à Brassens.
Tout jeune l’artiste a acheté une caméra et a filmé son univers propre, et c’est à partir de cette vaste documentation que Sandrine Dumarais construit son propre regard sur l’artiste avec l’aide d’un certain nombre de témoins. Tout commence par le portrait des parents. Une maman pieuse, un papa libre-penseur. Et un fils du côté du père. Claude Sicre apportera, dans la discussion, une information absente du film et pourtant décisive à ses yeux : une mère italienne qui pratiquait la chanson, et, de Calabre à Naples, cette musique traditionnelle, est arrivée sur la guitare de Georges (ajoutons que la ville était fortement italienne). De telles images auraient pu constituer une filmographie familiale ordinaire, mais l’homme étant sur l’écran, se mettant en scène, est ensuite devenu un géant de la chanson – et ne pouvait plus se filmer – donc le public éprouve beaucoup d’émotions face à ce retour de la vie. Voir à Sète, un policier faisant la circulation, à un moment où l’essentiel des véhicules se sont des vélos, ça permet de mesurer les évolutions rapides de nos sociétés. Dans une émission télé, le vieux Brassens commentera quelques-unes de ses images de jeunesse (avec J-P Chabrol par exemple), images qui tendent à montrer que le cantautore (chanteur-auteur) a surtout fait le portrait de sa vie. Les admirateurs de Brassens qui connaissent son parcours sur le bout des doigts savent déjà que la mauvaise réputation, vient d’un épisode précis de sa jeunesse sétoise, épisode qui va d’ailleurs lui faire quitter la ville. Mais voir sur l’écran, cette bande de quatre jeunes qui vont voler des bijoux chez quelques personnes, pour les revendre à une bijoutière de la ville qui les met en vitrine, c’est totalement original.
Si le regard de Brassens est celui, naïf, de quelqu’un qui aime faire des pitreries, le regard de Sandrine Dumarais est plutôt celui d’une réalisatrice complaisante faisant de son héros… un héros. Est-ce qu’admirer Brassens c’est seulement penser à l’artiste ? Ou pour le dire autrement, une fois que l’artiste est là – dans sa grandeur – faut-il oublier l’homme ? La question se pose pour Brassens comme pour tous les artistes : peut-on en donner une présentation laïque ? Cela devrait être d’autant plus facile pour un anticlérical ! Prenons un exemple : en 1943 comme des milliers de jeunes, il part au S.T.O. d’autant qu’à Paris, les maquis ne pouvaient pas être Porte d’Orléans. Cependant, il était de Sète, ville rouge et n’aurait-il pas pu envisager un retour au pays ?

Puis, en revenant d'Allemagne, en découvrant cette part de la France résistante, comment a-t-il réagi ? L’image de Brassens qui ne marchait pas avec le troupeau comme l’explique un de ses amis, est aussi réelle que le troupeau auquel il a pourtant dû se plier.


L’autre face du personnage apparaît dans le film quand on le voit parler au milieu de ses « copains d’abord ». Dans la non demande en mariage, la posture révolutionnaire peut être une façon glorieuse de célébrer un machisme si classique dans le milieu anarchiste, depuis Proudhon. La femme serait-elle autre chose qu’un objet ? Et à être un objet vaut-il mieux être celui d’une vedette ?
J’insiste, ces questions là ne sont pas seulement des questions de la biographie de Brassens, mais des questions quant à son message puisque message il y a, et ces questions ne visent pas à rabaisser le talent du personnage mais à en discuter posément. Brassens comme la plupart des chanteurs de son époque, s’est imposé dans le cadre d’un affrontement social. Le fait qu’il ait fini par s’imposer, par devenir un homme capable de recevoir la légion d’honneur, autorise tout de même l’analyse ! Il n’y a plus les pro-Brassens et les anti-Brassens. Brassens est devenu un bien commun de l’histoire commune de la France et au-delà.
L’animateur de l’association a pensé judicieux d’indiquer que nous allions, nous aussi, avec le film, avoir une Jeanne à célébrer ; un clin d’œil à la Jeanne brûlée vive au cœur de quelques balivernes, une Jeanne comme Georges, incluse dans ce bien commun du pays. Pourquoi faut-il que le rapport le plus fréquent à l’histoire – si important en France – oscille entre oubli organisé et commémoration ostentatoire (pour dire anti-historique) ?
Vous l’avez compris, je ne suis pas pour tel ou tel piédestal mais contre tout piédestal. Et aussi un admirateur de Brassens.
7-01-2012 Jean-Paul Damaggio

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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 14:32


« Moi [l’auteur du livre faisant le bilan], je lisais et relisais, soudain je me souvenais d’un oubli que les historiens allaient évidemment me reprocher sans comprendre que, dans notre cas, l’objectif n’était pas des parvenir à l’exhaustivité mais à la signification exhaustive des actes. Les faits n’ont pas de sens, les actes si.
Yo, leía y releía los textos, recordaba de pronto algunas lagunas que seguramente me reprocharan los historiadores incapaces de entender que en nuestro caso no era lo exhaustivo de los hechos el empeño, sino lo exhaustivo del sentido de los actos. 
Los hechos no tienen sentido. Los actos sí.»
Vázquez Montalbán

 

 

En 1992, je lisais encore Le Monde Diplomatique et qu’elle ne fut pas ma surprise, en décembre, quand sous la plume de Marie-Claude Dana j’ai appris l’existence d’un livre impossible, L’autobiographie de Franco, écrite par Vázquez Montalbán. Toute affaire cessante je l’ai commandé au petit libraire espagnol de Bordeaux, la Librairie Aparicio, qui a tant fait pour me conduire dans le monde hispanique (elle est fermée depuis et je salue son travail). Je l’ai reçu le 24 décembre de quoi m’occuper pendant les vacances de noël vu qu’il fait presque 700 pages ! J’ai même commencé à en traduire l’introït, terme que je ne connaissais pas alors, pour comparer ensuite mon travail avec celui du traducteur officiel.

Depuis, je ne suis jamais sorti de ce livre ! Quand on arrive à l’épilogue, d’où j’ai extrait la citation qui orne l’article, on a envie de reprendre le fil n’importe où. Il s’agit d’un roman, c’est incontestable, pourtant Franco est là plus vivant que nature ! Il s’agit donc aussi d’un livre d’histoire, d’un pamphlet, d’un poème. Pour Vázquez Montalbán tout se tenait d’où son rêve permanent : écrire une œuvre globale et la plus globale c’est cette autobiographie. L’écrivain catalan a souvent reconnu les dettes qu’il devait par exemple au poète Elliot, mais si les actes comptent la dette la plus colossale est celle qu’il devait à Lessing et son Laocoon .
Cette recherche de l’indistinction dans l’art (des arts populaires aux arts savants) renvoyait à une vision de la société : Vázquez Montalbán ne s’est pas seulement construit contre Franco mais aussi avec Franco. L’écrivain s’est construit avec Marx mais aussi contre Marx. Il se définissait comme postmarxiste mais pas dans le sens où il se serait débarrassé de Marx comme tant d’autres, mais parce qu’avec Marx il s’était tout jeune lié aux anarchistes, aux catholiques de gauche, aux républicains et à tant d’autres.
Voilà pourquoi il pouvait accepter ce défi incroyable : écrire l’autobiographie de son pire ennemi… grâce à un roman ! Non il ne s’agit pas d’une autofiction, car il invente l’écrivain qui accepte d’interroger Franco donnant sa version de l’histoire, et il invente l’impossible éditeur de ce livre qui était une commande. Bien sûr, tout le monde pense à la Chartreuse de Parme de Stendhal mais ça n’a rien à voir.
Quand j’ai reçu le livre en 1992, c’était la troisième édition, le roman ayant déjà été vendu à 40 000 exemplaires. Il sera traduit d’abord en italien Autobiografia di Franco, puis en français et Le Seuil décide de faire fort, en choisissant un titre plus commercial : Moi, Franco. Un choix de merde avec un livre se dispensant de donner l’index des noms cités à la fin !

Ce livre, je n’en suis jamais sorti car les hasards de ma vie ont placé l’Espagne en son cœur. Ma première manifestation à Montauban, ce fut pour défendre les militants basques jugés à Burgos. Le souvenir de cette manif aurait pu s’effacer mais une coïncidence m’a fait, dès cette époque, découvrir deux partis communistes ! Un vieux militant a trouvé qu’avec les jeunes j’avais un air un peu trop festif pour défendre une cause aussi dramatique, et un autre, de la même génération ne cachait pas son plaisir à côtoyer notre dynamisme. Ce dernier s’appelait Georges Bastide (je laisse l’autre à ses propres honneurs) et je ne savais pas qu’il allait devenir un compagnon de tant de luttes. C’est lui qui m’a poussé à écrire des articles pour le journal du PCF. Il s’agit là d’une anecdote parmi d’autres quant à mes rapports avec le monde hispanique du temps de mes vingt ans.

Ce livre je n’en suis jamais sorti car après 1992, j’ai eu régulièrement l’occasion de m’y replonger mille fois. Le premier livre marquant de Vázquez Montalbán s’appelle : Yo maté a Kennedy, et le lecteur ce dit que sous Franco c’était une façon sous-réaliste de rêver qu’il tuait Franco mais après la mort de Franco, MVM a compris qu’il ne fallait pas que certains en profitent pour dire que l’anti-franquisme ne pouvait que disparaître avec le franquisme ! En conséquence avec l’Autobiographie, Manolo a tenu absolument à faire vivre ce faux général, faux cinéaste, faux intellectuel mais si vrai dictateur. La déchirure que laissera la Guerre d’Espagne ne se refermera jamais, elle est devant nous, elle nous fabrique quand nous y pensons le moins et il faut en prendre ACTE. J-P Damaggio
P.S. A suivre avec les articles de presse de 1992 et 1994 autour du livre

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