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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 22:06

mussolini.jpg

Le 17 avril 1934 Paris Match se définit comme le plus grand hebdomadaire sportif et il consacre un bel article à Mussolini. Je vous l’offre pour vous aider à digérer les futures festivités. Oui, j’aime le sport mais il y a sport et sport. Des J.O on retient souvent le cas de 1936 à Berlin. Alors il faut reconnaître le cas de l’échec des J O alternatifs de Barcelone. Il n’y a pas d’alternatives aux J.O. même quand on aime le sport. Vous saisissez ?

1934, après dix ans de fascisme, le régime italien est le « système politique, éthique et social » qui fait un beau modèle. Tout est faux dans cet article : c’est du dopage garanti ! Je l’affirme clairement : le fascisme d’aujourd’hui se cache beaucoup plus dans les J.O. (dans certains aspects des J.O.) que dans les discours de Marine Le Pen.

Je vais attendre la fin des J.O. avant de reprendre mes activités de blogueur.

JP Damaggio

 

 

"Giovanezza Giovanezza, Primavera di bellizza ! »

(Jeunesse, jeunesse ! Printemps de beauté.)

TEL est le refrain de l'hymne enthousiaste qui retentit à toute occasion dans tous les coins de l'Italie nouvelle, refrain que des foules ivres d'orgueil et de reconnaissance viennent clamer sous les fenêtres du Palais de Venise quand elles souhaitent y voir apparaître leur Duce, car elles savent bien que ce chant est celui que Mussolini préfère, celui qui synthétise un système politique, éthique et social, par lequel il façonne à son gré, au triple point de vue physique, viril et moral, sa jeunesse, sa relève de demain, jeunesse qu'il aime et qu'il- surveille avec un intérêt passionné.

*

Mussolini sportif ? Oui, certes, car rien de ce qui touche à l'éducation physique et sportive ne le laisse indifférent : Balillas, oeuvre grandiose qu'animent près de quatre millions d'adolescents disciplinés et ardents ; Dopolavoro, pour les loisirs des travailleurs ; Sociétés variées de gymnastique et de sport : Palestres, Campi Sportivi, Colonies de vacances, etc., le Duce ne cesse de stimuler et d'encourager de mille manières ces créations diverses, mais il fait mieux encore : il paie d'exemple. Ah ! sans doute, n'a-t-il pas la prétention d'être un champion, mais qu'importe ? il pratique. Comment, en effet, oser prôner les bienfaits du grand air, de la vie musculaire, de la sobriété, lorsque l'on est soi-même un sédentaire endurci, un inactif, un intempérant ? Faites à ce propos votre mea culpa, « dirigeants » de notre pays, et ne vous étonnez pas d'être parfois si peu ou si mal suivis, vous qui méconnaissez trop souvent cette vertu souveraine : l'exemple. Fils d'un humble forgeron de la Romagne, Mussolini a-t-il dans le sang un amour atavique pour les rudes métiers manuels ?

On peut le croire, en le voyant souvent, au cours de ses inspections de «capo del governo », et avec une joie qui n'est point ostentatoire, battre encore l'enclume ou saisir le manche de la charrue. Mais Mussolini éprouve aussi le besoin d'équilibrer, de compenser son immense labeur cérébral par une salutaire dépense d'énergie physique.

*

Quels sont ses sports de prédilection ? Tous et aucun. Cela dépend des circonstances, de l'humeur du moment. Il est parfaitement éclectique : l'été, la natation ; l'hiver, le ski ; souvent aussi de rapides marches en extension le long de quelque grève balayée par les vents du large ; parfois encore, ce sont de grandes bolées d'oxygène, aspirées à toute vitesse, dans une randonnée faite à motocyclette..: D'instinct et très justement, Mussolini devine que pour un homme ayant dépassé, comme lui, la cinquantaine, ce qui importe avant tout, en matière d'entretien physique, c'est de « produire du travail » — au sens mécanique du terme — en utilisant des activités dérivant autant que possible d'exercices naturels de déplacement.

Dans le cours ordinaire de son existence, levé dès six heures quotidiennement, dans les jardins de la villa Torlonia, son habitation romaine, le Duce se livre de bonne heure à quelque pratique gymnique. Très fréquemment, il monte à cheval. Vigoureux cavalier, il aborde hardiment les gros obstacles.

Puis, il se rend au Palais de Venise qu'il ne quitte plus guère jusqu'au soir, et je n'ai pas besoin de vous dire qu'il y est fort occupé.

On m'affirmait récemment, en Italie, que Mussolini avait une habitude parfaitement hygiénique, rentrant dans le cadre de la vie; physique : il déjeune à midi, dans son bureau même, de quelques fruits seulement, et il s'accorde alors une heure de repos et de complet isolement. Vie intense, mais vie simple et bien rythmée. Vie féconde.

D. Strohl.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:07

C’est ainsi, on cherche une chose et on tombe sur une autre. Voilà comment je retrouve un texte de novembre 1987 qui m’a servi de base pour une intervention à une Assemblée de l’I.E.O. à Nîmes. J’ai en effet été membre de l’Institut d’Estudis Occitans pendant au moins quinze ans et il m’est arrivé d’en être, au Conseil d’administration, le responsable du secteur informatique, mais seulement trois ans. D’où l’idée de présenter en Assemblée générale un texte non pas technique, mais politique, sur la question des liens à inventer entre l’informatique et l’occitanie, technologie qui en ces années là commençait à occuper les esprits.

Je n’étais destiné ni à être membre de l’I.E.O. ni à être un pionnier en informatique. Etrangement c’est mon métier d’instituteur qui m’a poussé dans ces deux directions par l’ami Serbat d’abord, premier conseiller pédagogique d’occitan en France (à ses frais pour les milliers de km parcourus), et par l’ami Brand, parent d’élève qui dès 1984 me mit face à un autre instit, Monsieur Pizzuto qui m’a converti à l’usage de l’ordinateur. Ainsi, du TO7, je suis entré dans le monde d’Amstrad, un ordinateur qui faisait traitement de texte et qui m’a permis de publier à moindre frais et peu d’exemplaires, mes premiers écrits.

 

Comment en arriver à un texte aussi fou qu’Occitique et Informanie ? J’avoue que je ne sais trop ! En 1987 nous avions d’un côté les fanas d’ordinateurs qui parlaient entre eux un langage d’experts, et de l’autre des fanas d’occitanie qui parlaient entre eux un langage d’experts. D’accord, il ne s’agissait pas de la même expertise ! J’ai voulu montrer qu’il n’y avait rien de plus occitaniste qu’un CERTAIN usage du micro-ordinateur même si pour faire les accents occitans ce n’était pas de la tarte.

 

A relire ce texte, j’ai un regret et une satisfaction. Un regret car ce brin de folie je ne l’ai pas assez cultivé (même si en 2012 je me suis retrouvé candidat atypique à une législative). Une satisfaction car c’était la voie à suivre même si elle ne pouvait pas être suivie.

 

Que projeter dans le monde futur, de cette langue du peuple, de cette culture qui va avec, de cette humanité en perdition, je veux dire la paysannerie encore occitanophone ? L’histoire l’a montré : hier la langue d’oc pouvait servir Vichy ; aujourd’hui elle peut servir le pouvoir des Conseils régionaux (ou autre collectivité politique) en apportant une touche locale à la machine à conformisme que représente leurs dépliants publicitaires (qu’ils appellent journaux d’information) !

Je rêvais de cette autre dimension que l’histoire confirme tout autant (mais beaucoup moins les historiens officiels) où la langue d’oc était la porte d’entrée dans l’univers concret de la révolte. Et cette langue, cette disposition d’esprit qui va avec, pouvait dire au monde, avec l’aide de technologies conçues contre l’ordre majoritaire, que la vie était demain encore à la parole désaxée.

 

Il n’y aura de sortie des impasses actuelles que si se tissent des alliances imprévues, imprévisibles et imprévoyantes. Alliances qui n’ont rien à espérer du côté des religieux, des normalisés et des esprits rangés. Même si, de temps en temps, une messe en occitan ne fait de mal à personne.

 

Aujourd’hui je ne sais si facebook fait des ravages chez les occitanistes mais je sais par contre que l’idéologie qui est derrière, n’a rien à voir avec celle des inventeurs de la micro-informatique. Là comme partout, les marchands tiennent le haut du pavé, et les noms en occitan sont bons pour le marché. Mais l’histoire ne s’arrête pas. Le temps des producteurs reviendra, le seul capable d’envoyer au tapis des marchands sans scrupules. En quelle langue produire demain ? En spanglish ? Parmi les forces de frappe de l’occitan il y avait cette capacité à être au carrefour de l’italien et de l’espagnol, ce dernier étant au carrefour de l’arabe et du latin. Si hier il y a eu des révolutions, demain nous aurons des carrefours, à la sortie de l’autoroute de l’inévitable, sur laquelle nous roulons à perdre haleine.

Jean-Paul Damaggio

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:05

Intervention à l’AG de l’IEO 1987 à Nîmes

 

J'en conviens, il n'est pas habituel dans une A.G. de l'IEO d'avoir entre les mains un texte qui commence par une photo de la Une du célèbre magazine américain TIME (1). Et pourtant !

En ce mois d'Octobre 1974, c'est, Jerry Brown qui fait la une du TIME. Qui est-il ? Le gouverneur de Californie. Son prédécesseur s'appelait Ronald Reagan et il s'était rendu célèbre en emprisonnant Angela Davis. Jerry Brown est lui, l'image de la nouvelle Californie, celle qui va inventer le micro-ordinateur. Il n'est pas élu par hasard en cette année 1974. Au même moment en France, la vague occitane est à son maximum et en Espagne Franco attend la mort tandis qu'au Portugal, des militaires bousculent bien des principes. Voilà d'étranges repères pour une étrange aventure (repères de brigands ?).

En Californie, un dynamisme incompréhensible pour les Européens va produire en 1975 le premier micro-ordinateur L'ALTAIR. Douze ans seulement, et déjà une légende ! Cette invention doit attirer l'attention d'un occitaniste, et nous essaierons de voir pourquoi dans la deuxième partie. Essayons simplement de suivie la chronologie.

 

Chronologie de l’invention du micro-ordinateur

Avant les années 1970, la technologie informatique, c'est le centralisme (ne parle-t-on pas d'unité centrale !). Ce centralisme provient sans doute de l'origine militaire de cette technologie. Et le roi IBM s'y sent bien. Des "radicaux" n'admettent pas cette situation. Ils se battent contre la guerre au Vietnam, ils vivent dans le milieu de Berkeley, ils se retrouvent avec des écologistes, des amateurs de musique rock ou électronique, ils mangent des plats végétariens (avec parfois quelques champignons hallucinogènes), et ils veulent mettre la technique au service du peuple. Démocratiser l'accès à l'information, donc lutter contre le secret envahissant. Voilà le point de départ. Ils travaillaient avec des vieux IBM pour lutter contre IBM. Non seulement ils voulaient mettre la technique au service du peuple mais créer une technique alternative pour que le peuple se serve de la technique informatique. Leur radicalisme apparaît dans les noms de groupe qu'ils se donnent Kentucky Fried Computer (en référence à Kentucky Fried Chicken) ou Itty-Bitty Machine Compagny (IBM). Un autre groupe prend un emblème qui rappelle celui de la compagnie de disques des Beatles, la pomme (Apple). Bref, dans un garage, dit la légende, ils inventent le micro-ordinateur.

Et comme tout se tient, à la tête de l'Etat de Californie se trouve un jeune du Parti Démocrate qui soutient ces farfelus. En quelques années c'est la fortune. En retour, les nouveaux héros, décident de financer deux gigantesques festivals rock en 1982 et 1983. De son côté IBM, se rallie, après bien des sarcasmes, au micro-ordinateur en 1981, en sortant sa propre machine.

Une nouvelle période s'ouvre. D'un côté la question de la technique micro-informatique va devenir le terrain d'une bataille économique sans merci (fini, les farfelus, et au rencart les festivals rock), et de l'autre un nouveau champ d'invention s'ouvre du côté de l'intelligence artificielle. Ce bref descriptif ne peut se lire comme un éloge de la société américaine. La Silicon Valley n'est pas un paradis pour farfelus utopistes. Des hommes y deviennent des loques. Simplement, dans notre pays on croit trop que ce qui s'invente, vient des grands groupes industriels, qui sont les plus forts, qui ont le plus d'appuis et le plus de moyens. Au sein du capitalisme, il y a distribution des tâches, et pour les travaux à haut- risques, les gros se déchargent sur les petits pour leur laisser les échecs et valider leurs bénéfices (des gros) et les réussites.

La question culturelle

Des "cultures minoritaires" comme celle des "radicaux" peuvent de par leurs positions, provoquer des ruptures considérables. Mais pour cela, une des tâches à accomplir est la destruction de barrières. Chaque pays a ses barrières internes. Le principe du ghetto urbain est tout à fait américain. Harlem est séparé du reste de New York presque autant que Berlin Est de Berlin Ouest (quelle comparaison !). Little Italy est un monde spécifique. Jusqu'à présent dans nos villes les populations s'étaient fondues. Les 50.000 italiens de Marseille (sur 350.000 habitants) vers la fin du XIX éme siècle ne formèrent pas leur ghetto permanent (ils subirent cependant le racisme). Par contre la France est connue pour d'autres cloisonnements entre scientifiques et littéraires par exemple. Mais aussi au sein même des scientifiques entre matheux et physiciens. Développer l'informatique a supposé la collaboration étroite entre physiciens et mathématiciens, donc la fin de barrières internes aux scientifiques mais aussi la remise en cause des barrières littéraires-informatiques.

 

La question politique

Il ne faut pas négliger la question politique. Vraisemblablement, sans l'aide de Jerry Brown, la micro-informatique aurait tout de même réussi sa percée, pourtant il ne faut pas voir le développement technique comme une logique parfaite. Il y a toujours dans tous les domaines de la vie humaine des CHOIX possibles. Aujourd'hui, beaucoup d'hommes politiques français l'oublient et répètent sans cesse que compte-tenu du contexte, ils ne peuvent faire que ce qu'ils font. Donc, saisissons bien cet ensemble, économique, culturel et politique quand nous en voyons les conséquences en 1987.

 

LA MUSIQUE

« Le siècle d'or des automates fut sans conteste le XVIII éme siècle où, entre autres artisans renommés, Jacques de Vaucanson (1709-1782) en France, et les frères Jacquet-Droz Pierre (1721-1790) et Henri-Louis (1752-1791) en Suisse, réalisèrent des prodiges. Le joueur de flûte de Vaucanson jouait grâce à un dispositif pneumatique et mécanique, douze morceaux différents.... De tels automates (boîtes à musique et orgues de barbarie) sont des ancêtres de l'informatique. Il n'y a donc pas à s'étonner si les musiciens utilisèrent les premiers l'ordinateur pour créer leur musique. Bien entendu, une belle boîte à musique est une machine avant d'être une musique mais nous allons retrouver sur un autre terrain le rapport musique/informatique. Seymour Papert nous en donne l'occasion. Cet américain, vécut longtemps en Europe avant de revenir dans son pays pour y travailler dans le milieu informatique à la mise au point du langage Logo (2). Ce langage, dans sa logique est complètement différent du langage Basic par exemple (le premier est dialectique et l’autre linéaire). Puis Seymour Papert partit un jour pour Rio, au Brésil où il fit une découverte nouvelle qu'il exprime ainsi quand aux méthodes d’apprentissage :

"L'école de Samba, même si elle n'est pas reportable telle quelle, présente un ensemble de caractéristiques que tout environnement d'apprentissage devrait et pourrait avoir. Apprendre n'y est pas dissocié du réel. L'école de Samba a un but et, si l'on apprend, c'est pour participer à ce but [le carnaval]. Le novice n'y est pas tenu à l'écart du spécialiste, et le spécialiste lui aussi apprend. Le milieu Logo rappelle l'école de Samba sur certains points, il en diffère sur d'autres.) »

Ce rapprochement entre une pratique traditionnelle, l'Ecole de Samba, et un langage informatique est étonnante. Il vise à montrer :

- que le savoir n'est pas que du côté de celui qui croit savoir, du côté du spécialiste,

- que le savoir doit pour être efficace s'associer à un projet

- que les conditions de l'apprentissage sont plus déterminantes que les moyens de l'apprentissage, ordinateur ou autre.

 

L'OCCITANIE

Il faudrait se demander pourquoi ce slogan "Occitanie, Brésil, même Samba" (3), et à partir de là remonter la filière ou remonter la musique. La rencontre Occitanie-Brésil est d'abord une rencontre culturelle, dans le sens où l'échange peut être productif.

Au cœur de cet échange la question du peuple. De l'école de Samba, à Jorge Amado, la question de la culture brésilienne telle qu'elle se pose aujourd'hui est celle de la vigueur d'une culture du peuple (je ne dis pas culture populaire car je crains cette dénomination). La culture occitane se caractérise par un gouffre entre les pratiques populaires et les avancées des "intellectuels". Dans Occitanie-Brésil même Samba j'entends que l'Occitanie ne doit plus aborder seule la question des rapports de son peuple à sa culture, mais doit se servir d'une interface, dirait-on en informatique, d'un intermédiaire, si on admet que les deux ont beaucoup à se donner. Par les contradictions profondes qui l'habitent, le mouvement culturel occitan est capable de se connecter avec la vigueur brésilienne.

Par sa position de culture minoritaire, ce mouvement culturel peut s'éviter les pièges que nous tendent les technolocrates.

Parce qu'il est obligé d'avoir un souci spécifique des questions du peuple, le mouvement occitan est le mieux placé pour inventer la culture post-informatique, c'est à dire celle où tout le monde se mettra ensemble, jeunes et vieux, spécialistes et ignorants, savants et primitifs, pour danser la danse du scalp (le scalp pouvant être en l’occurrence les instruments de soumission des hommes). Ce que les "radicaux" américains nous ont montré c'est que le développement de l'informatique n'est pas en lui-même tout tracé. Suivant les objectifs "culturels" que l'on se donne, suivant les pratiques que l'on stimule, des orientations complètement différentes peuvent se produire.

Bien, entendu dans le cadre nord-américain, la récupération est toujours au tournant. Mais il n'y a rien de fatal à cela. Si en conséquence, on mesure bien :

1 - que les évolutions nous portent vers un développement inévitable de l'informatique

2 - que ces évolutions sont extrêmement rapides

3 –il n'y a pas fatalement une logique de l'informatique destructrice des cultures minoritaires, comme la culture française par exemple

4 – que les comportements culturels prennent une importance déterminante par rapport au type de développement social,

Alors il nous faut mesurer notre rôle en cette affaire.

1 - Toute stratégie de l'autruche est au bénéfice de ceux qui, au nom de leur rationalité propre, pensent qu'au 21éme siècle les robots seront aussi des hommes

2 - Toute stratégie de la compromission (puisque l'informatique existe, il faut bien que je m'en serve) est au bénéfice de ceux qui ne pensent rien.

3 - Une chance pour nous consiste à nous saisir de manière offensive du développement informatique pour démontrer que nous sommes au carrefour de la rencontre nécessaire développement technologique / rencontre avec le peuple / approche culturelle novatrice.

Ils sont, je ne sais combien, ceux qui s'enferment dans l'informatique en gardant dans la tête des schémas culturels inadéquats à ce qu'ils font. Les élitistes sont les plus prisonniers de leur culture. Ils essaient de se parler "branché' entre eux pour faire bon genre.

Ils se mettent en club, s'auto-félicitent, se congratulent, et se passent de bons tuyaux. Ils se scandalisent quand on leur parle de piratage et si vous leur dîtes qu'un des progrès décisifs dans leur domaine est venu de gens qui cassèrent les lois établies, ils se feront forts de les récupérer par une pirouette : le temps des pionniers est fini.

A nous d'être assez fort pour sortir de leur monde "sécuritaire" ces spécimens de l'ère pré-informatique. Ouvrons les portes. Réintroduisons la vie dans la naphtaline.

Avec la Samba c'est la vie qui est réintroduite dans la musique. Avec le langage Logo c'est la vie qui est réintroduite dans le cartésianisme. Pour contourner le poids effarant de la mode technologique, il faut à la fois s'appuyer sur l'histoire de la culture occitane qui montre que tout progrès humain ne vient jamais de la technique en soi, mais en même temps, il faut dépasser le poids de notre propre culture qui tendrait à nous laisser à côté des technologies nouvelles qui sont plus que des modes.

Avec la culture occitane, c'est un étrange rapport au peuple qui existe. Etrange mais inévitable. Si les occitans se lancent dans l'usage de l'informatique soit ils continueront d'être vivant en se posant cette question du rapport au peuple, soit ils succomberont sous les "charmes discrets" du grand ordinateur.

Notons que les Bretons se sont posé déjà bien des questions concernant les rapports entre technologies nouvelles et cultures minoritaires. Je note cette opinion de Guy Lacroix dans un colloque organisé par des Bretons :

« Aujourd'hui nous nous trouvons dans une situation transitoire. Les anciens modes de construction des identités sont ébranlés, et les nouveaux seulement en voie de cristallisation. Cet état de chose pourrait offrir une occasion de renaissance des cultures minoritaires, à la condition toutefois, qu'elles échappent à quelques pièges, dont le moindre n'est pas d'être circonscrites à des fonctions compensatoires. Si elles veulent être en mesure de faire la part entre le souhaitable et le possible, les cultures dominées doivent accepter de se confronter aux sciences et aux techniques qui sont devenues une dimension incontournable du monde contemporain. L'épreuve est d'autant plus redoutable que ces dernières, si elles participent à l'idéologie de l'informatisation, ne se confondent pas avec. En leur sein s'élabore, y compris par l'informatique, des notions qualitatives favorisant une meilleure compréhension des procédés de mise en forme des identités sociales. La rencontre entre une véritable culture scientifique et technique, et les points de vue des cultures minoritaires, pourrait contribuer à l'élaboration des alternatives aux sociétés hiérarchiques, élitaires, centralisées et culturellement dominatrices, en donnant ainsi une chance aux sociétés multiculturelles.»

Il existe d'un côté, de manière ordonnée, un processus de standardisation culturelle (varié suivant les pays), en vue d'un nouveau type de domination des puissants sur les autres.

Dans le bousculement des référentiels que provoque cette entreprise, qui même si elle est ordonnée ne peut se contrôler complètement, il existe aussi de manière désordonnée des initiatives "novatrices". Si nous ne faisons pas effort pour leur donner sens, direction, notre désordre servira au contraire d'alibi à l'ordre qui est en face. Prenons garde de ne pas alimenter les gens en illusions, si utiles pour masquer la réelle évolution sociale, jusqu'au jour où il sera trop tard. Tout faire et à n'importe quelle condition pour maintenir la langue occitane peut n'aboutir qu'au maintien d'une langue désincarnée (voir le livre de Robert Escarpit Le ministricule où il montre ce que devient son village de vacances des Landes).

Il est temps de conclure.

J'ai fait le pari que par sa flexibilité, l'informatique (et à travers elle d'autres technologies nouvelles) pouvait être un moyen de démultiplier les possibilités créatrices des hommes, qu'en conséquence, un appel nouveau était fait à tous les ballonnés de la terre pour lancer sur des rails modernes notre monde.

La musique, puisque j'ai pris cet exemple en passant, peut devenir, non pas la consommation musicale, mais l'expression artistique vivante. Pour ce faire, sur notre sol, il faut porter sur les ondes du présent, nos sons, nos rythmes en dialogue avec les autres (avec pour y arriver l'utilisation ADÉQUATE des technologies nouvelles). Ce qui est enthousiasmant dans l'état incertain du monde présent, dans la brèche que les dominés ont ouverte pour transformer leur domination, c'est l'appel à l'action qu'il faut savoir y entendre.

Pour être capable d'entendre cet appel, sans succomber, il faut à la fois pouvoir s'enraciner profondément et se projeter dans l'utopie anti-utopiste. Un peu comme une flèche qui ira d'autant plus loin en avant que sur l'arc, elle sera tiré fort en arrière. J-P Damaggio

Brève bibliographie

Philippe Breton Histoire de l'informatique Editions La Découverte

Franck Rose L'intelligence artificielle Payot

Seymour Papert Le jaillissement de l'esprit Flammarion

Bertini-Richard. L'informatique Oui ou Non Flammarion

 

(1)   Comme pour toutes mes interventions orales j’avais distribué la version écrite et on y trouvait Jerry Brown, qui est redevenu gouverneur de Californie. Il faut savoir que la Californie est un pays en soi et plus un simple Etat des USA, le pays de Zorro.

(2)  Je ne sais ce qu’est devenu le langage logo qui faisait fureur dans quelques écoles en 1987.

(3)  Cette double référence à la musique tient au fait qu’à l’époque je travaillais beaucoup avec Claude Sicre qui fera ensuite une belle carrière musicale et qui alors me fit entrer au CA de l’IEO pour bousculer les cadres établis.

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 17:03

L’été laisse parfois le temps de mettre un peu d’ordre dans sa vie. Quelques coïncidences viennent de me permettre de ranger correctement ces quatre italiens aux multiples points communs. Le premier tient-il à leur jeunesse passée au Parti socialistes italien ? Et le deuxième à la même fin, l’assassinat ?

Ils auraient pu être dans l’ordre chronologique si le fondateur du parti fasciste, en 1921, n’avait pas contribué directement ou indirectement à la mort des trois autres.

Giacomo Matteotti, né en 1885 meurt à l’âge de 34 ans.

Antonio Gramsci, né en 1891 meurt à l’âge de 46 ans.

Carlo Rosselli, né e 1899 meurt à l’âge de 38 ans.

Benito Mussolini né en 1883, meurt à l’âge de 62 ans.

Quatre hommes pour l’Italie et pour une grande histoire et d’immenses trajectoires. Le drame, d’où le succès mondial en littérature, du roman, c’est quand on arrête le temps. Pour aucun de ces quatre le temps ne s’est posé, disons plutôt qu’il les a emportés et que donc, il ne peuvent être jugés ni, sur une photo, une date ou un écrit. Ils sont la trajectoire à laquelle nous n’échappons pas.

 

Parlons comme la droite ?

Oui, Mussolini que je retrouve dans le roman Canal Mussolini, venait du socialisme et ajoutons même du socialisme de gauche. Arrivant au pouvoir, il fait assassiner un homme exclu comme lui du Parti socialiste italien, mais pour être un socialiste de droite ! Giacomo Matteotti est obligé de créer un nouveau parti en 1922, le Parti socialiste unifié (PSU), parti que rejoindra ensuite, et un temps bref, le socialiste atypique que sera Carlo Rosselli. Pour sa part Gramsci quittera le PSI en 1921 pour créer le Parti communiste. Au départ les antifascistes ont cru que le phénomène fasciste était en relation avec les caractéristiques de l’Italie puis est arrivé Hitler. Alors la réflexion a dû s’élargir.

 

Parlons comme la mort ?

Gramsci que je retrouve dans le livre Guerre de mouvement et guerre de position est enseigné dans les universités du monde entier mais peu en France. Marxiste bien connu, il a été obligé d’être marxiste face au fascisme. Alors il a continué le Marx du 18 Brumaire et est passé du césarisme au fascisme à travers le bonapartisme. Le césarisme serait alors un équilibre aux deux faces (la réactionnaire et la progressiste) entre pouvoirs opposés incapables de gagner. L’un, Napoléon 1er pouvant pencher vers les soutiens à la révolution et l’autre Napoléon III pouvant pencher vers les soutiens à la contre-révolution. Et le fascisme dans tout ça ? Il met à l’ordre du jour cette question : et la liberté camarade ? Et la liberté y compris en URSS ?

 

Parlons comme la vie ?

Rosselli, je le trouve dans le livre Socialisme libéral et autant que son compatriote Gramsci il est oublié en France. Sa critique très radicale du marxisme, à partir de l’analyse du marxisme, évoluera entre 1930 et 1937 comme évoluera la position des partis communistes qui le traitèrent de valet du capitalisme avant de le compter parmi les meilleurs antifascistes. Tous doivent beaucoup… à Mussolini qui a obligé à revoir les hiérarchies établies !

 

Parlons comme l’Italie ?

Le fascisme est-il né en Italie ? Ou l’Italie a-t-il seulement été le pays capable de donner un nom à ce phénomène inhérent à la vie sociale dans un univers en quête de démocratie ? Pour moi, le fascisme est né politiquement avec le coup d’Etat du futur Napoléon III en 1851. Le fascisme n’est possible que quand la démocratie est à l’ordre du jour, car il en est la face noire. Mussolini a célébré la victoire de Lénine, comme Lénine vieillissant a célébré la victoire de Mussolini en 1922. Le fascisme n’est porté par aucun parti : il est de tous les partis ! Croire comme au départ, qu’il est transitoire, passager, c’est croire que la démocratie elle-même est passagère ! Or, il n’y a de démocratie possible que par la lutte en faveur de la démocratie (toute démocratie figée est perdue d’avance) donc le fascisme trouve là (dans cette lutte pour la démocratie) l’aliment de sa perpétuation.

 

Parlons comme le monde ?

Les quatre italiens que je mets dans l’ordre, représentent tous les cas de figure de l’intelligence politique avec Machiavel en toile de fond. Entre tous, les ponts ne manquent pas. Rosselli et Gramsci ? Tout les oppose, pourtant un homme les tient ensemble : Pierro Sraffa, et la guerre d’Espagne, où Rosselli retrouve l’expérience de l’Ordine nuovo cher au Gramsci de 1920. Le plus grand ami de Rosselli était un Sarde comme Gramsci. Matteotti et Mussolini ? Tout les oppose pourtant ils ont rêvé l’Italie nouvelle et nous dirons que la conjoncture a favorisé l’une plus que l’autre. Matteotti et Rosselli ? Alors il faut aller voir du côté de Mazzini cet autre Italien européen que j’ai découvert la première fois en lisant Mary-Lafon.

 

Le fascisme n’est pas aussi simple que l’extrême-droite !

Au moment même où je découvrais que les assassins d’extrême-droite (la Gagoule) de Rosselli s’étaient divisés sous l’Occupation, les uns se donnant cœurs et âmes aux Nazis, et les autres entrant dans la Résistance par esprit anti-allemand, René Merle faisant l’inventaire de lectures autour de l’an 1940 observait également que des membres de l’extrême-droite (rare c’est vrai) avaient pu rejoindre les maquis. En 2012 en France, je sens un fascisme rampant là où on l’attend le moins, autant que là où on l’attend le plus. Lire les trois livres que je viens de mentionner me permet de mieux comprendre que les classifications politiques établies ne sont plus que l’ombre de lumières perdues. Jean-Paul Damaggio

Livres :

Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, Textes choisis et présentés par Razmig Keucheyan, La Fabrique, 2011

Carlo Rosselli, Socialisme libéral, traduction et présentation de Serge Audier, Au Bord de l’eau, 2009

Antonio Pennacchi, Canal Mussolini, roman, Liana Levi, 2010

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 21:44

moignard-matmut.jpg

 

Aujourd'hui Jacques Moignard devient député. Une coïncidence fait que j'apprends qu'il est aussi un grand personnage de La MatMut. Comment peut-il gérer son emploi du temps ?

Voici ci-dessous la direction de l'entreprise reprise sur le site. Sur la page du dernier bulletin, nous trouvons sa photo avec le titre de secrétaire du conseil d'administration. JPD

Directoire Membres

M. Frédéric Costard

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Conseil de surveillance Vice-Président M. Jacques Moignard

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:21

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Sur la photo, dans le jardin du Théâtre des Halles, une heure après la première de son dernier spectacle, en robe blanche, Darina Al Joundi qui discute avec des amis, se cache le visage, peut-être à cause d’un fou rire. Elle s’avancera vers nous, Marie-France la félicitera, moi aussi, et en réponse à notre question, elle nous indique que sa pièce sera sans doute publiée comme la précédente chez Actes sud mais sous la forme théâtrale.

 

Nous étions à la première en 2007. Nous y étions encore à la première en 2012. Cinq ans déjà. Pour une histoire presque toujours la même : la comédienne libanaise raconte sa vie et en cinq ans en effet, il s’en est passé des choses.

Seule sur scène, ce n’est pas pour autant une one women show : l’histoire est celle d’un rêve très fortement partagé. Elle mêle cette fois une double vie : celle d’hier au Liban et celle d’aujourd’hui en France pour obtenir des papiers.

L’histoire d’hier ? Une femme qui part faire un film sur les autres femmes et en découvre les souffrances, souffrances qui paradoxalement lui permettront de tenir, d’espérer et de se battre. Au Liban son comportement a été classé dans le genre folie car elle refuse les principes de la religion, se voulant une femme libre.

Conséquence tragique : elle doit fuir, mais témoignage réel où inventé, cette fuite n’est pas pour partir n’importe où. Elle cherche un pays où elle pourra échapper à ses « bourreaux ». Au Québec, le premier pays qui lui est conseillé, c'est trop froid. Aux USA ? Elle y va et découvre que si vous devez entrer à l’hôpital, sans 2000 dollars à payer de suite, vous êtes rejetés. Elle se décide pour la France.

Là avec son compagnon, elle comprend qu’il serait bien qu’elle devienne française. C’est le parcours pour obtenir la naturalisation. Terme dont elle fait sonner la dimension paradoxale. Un enfant naturel est le fait d’un enfant né de la nature. La naturalisation est le contraire du fait naturel puisque c’est un fait politique. Sur le dictionnaire d’Alain Rey je lis : naturaliser dérivé savant du latin naturalis sans son sens juridique « rendre légalement citoyen d’une nation ». Le terme est le même en anglais, italien et espagnol. Mais pour empailler où nous utilisons aussi naturalisation les espagnols ont disecacion.

 

Bref, l’affiche montre une carte d’identité de Darina ou on la voit tapant au carreau. Si certains pensent que des étrangers ne sont pas dignes d’êtres Français car ils ne veulent pas adopter nos coutumes, les exigences de Darina sont inverses : elle voudrait être plus Française que les Français, et demande la naturalisation à condition qu’on lui garantisse que la France restera un pays laïque.

Son théâtre est le plus politique que je connaisse en ces temps ci, puisqu’elle affichera avec rage, avec détermination son étonnement à voir le voile gagner du terrain en France, jusqu’à l’apparition de la Burka. La question n’est pas pour elle « oui ou non à une loi » mais comment des femmes peuvent-elles se laisser mettre ainsi en prison, que cette servitude soit volontaire ou pas ?

JPD

 

Point de vue de Jack Dion de Marianne

Elle est seule en scène, vêtue d’une robe dont le bleu rappelle le drapeau tricolore. Elle s’appelle Darina Al Joundi, mais on la surnomme Noun. Signes particuliers ? Née au Liban d’un père syrien, candidate à l’émigration en France pour cause de chasse aux sorcières féministes dans son propre pays.

Noun est l’une de ces voix arabes qui n’ont de cesse de dénoncer ceux qui réinterprètent l’islam pour en faire une machine à transformer les femmes en animaux de compagnie. Longtemps, elle a résisté comme elle a pu, ravalant son honneur face à ceux qui la traitaient de « putain » pour son sens intransigeant de la liberté. Puis elle a craqué. Elle a décidé d’émigrer, jetant son dévolu sur la France, pays des droits de l’homme et d’un climat aussi tempéré que la démocratie. Elle raconte cette marche vers la liberté devenue le chemin de croix que connaît tout candidat à la naturalisation.

Sur scène, six panneaux à fond blanc permettent de simuler les différentes situations évoquées. Noun multiplie les allers et venues entre les souffrances avérées d’hier et les espoirs frustrés d’aujourd’hui. Aux yeux de l’administration, en effet, toute personne qui n’est pas en mesure de prouver, documents officiels à l’appui, qu’elle est descendante d’un gaulois ayant combattu avec Vercingétorix, est forcément suspecte.

Tel est le cas de Noun. Femme, arabe, musulmane, et artiste, c’est la quadruple peine. Elle a beau expliquer, se justifier, revenir à la charge avec la patience d’une nageuse traversant l’océan, il lui manque toujours quelque chose pour obtenir le sésame qui lui permettra d’obtenir «les papiers».

Pourtant, elle ne lésine pas sur les moyens. « La Marseillaise », elle la connaît par cœur, mieux que n’importe quel « Français Français », comme elle dit non sans humour. L’hymne national forme d’ailleurs le fil bleu-blanc-rouge du spectacle, au point qu’elle en chante des extraits à foison. Les droits et devoirs du citoyen, elle sait ce que c’est. Elle s’étonne même qu’au pays des Lumières, on soit si complaisant avec les adeptes d’un voile islamique dont elle connaît la symbolique pour en avoir subi les conséquences dans sa propre chair. Car Noun est d’un bloc. Elle veut les « papiers » et les principes qui vont avec.

Mais rien n’y fait. Et la coupe de la colère débordera lorsqu’on lui dira qu’elle ne peut obtenir la naturalisation tant espérée qu’à condition de renier ses origines et donc de tuer symboliquement son propre père. Alors, de rage, Noun déchirera un à un les six panneaux blancs à traverse lesquels elle se faufile depuis le début d’un spectacle mis en scène avec sobriété et efficacité par Alain Timar. Envers et contre tout, elle continuera à chanter « La Marseillaise » à défaut de pouvoir dire « Ma Marseillaise ».

 

Aux armes, citoyens dont je ne suis pas !

LE MONDE | 20.07.2012 à 12h58 • Mis à jour le 20.07.2012 à 12h58

Par Nathaniel Herzberg (Avignon, envoyé spécial)

Darina Al-Joundi est de retour à Avignon. Cinq ans après son entrée dans la Cité des papes, avec Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, la comédienne libanaise présente Ma Marseillaise. Une pièce parmi plus d'un millier offertes dans le "off", pourront penser ceux qui n'ont pas vécu le premier épisode de la saga. Les autres, qui cinq ans après s'en souviennent encore, auront nécessairement coché l'événement sur leur programme.

En 2007, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter avait créé la stupeur. Débarquée du Liban où elle menait, loin de la scène française, une belle carrière de comédienne, Darina Al-Joundi lâchait sur la ville une bombe à fragmentation. Un texte autobiographique et terriblement impudique dans lequel elle racontait, seule en scène, les démêlés d'une femme libre, grandie dans la guerre, avec les hommes, tous les hommes, père, frères, amis, amants. Le poids des préjugés, le carcan de la religion, le poison de l'hypocrisie ne trouvaient comme antidote que l'extraordinaire appétit de vivre de l'héroïne.

Presque vide le premier jour, la salle se remplit en une semaine, par la grâce d'un bouche-à-oreille exceptionnel et de deux articles louangeurs. "Nous avons fini à guichets fermés. C'est pour ça que j'ai décidé de reprendre le spectacle l'année suivante. Rendre au public ce qu'il m'avait donné." En 2008, quatre semaines durant, les 150 fauteuils de la grande salle ne désempliront pas.

La comédienne aurait pu continuer encore un ou deux ans. Le loto avignonnais permet aux gagnants de rejouer ad vitam. "Mais je ne suis pas une vache que l'on vient traire", sourit-elle. Elle précise toutefois que, pendant quatre ans, le spectacle n'a cessé de tourner en France et dans le monde. Darina Al-Joundi en a aussi conçu un livre, traduit dans six langues.

Le voile de toutes les discordes

Il fallait tourner la page, voici donc Ma Marseillaise. Sur scène, encore et toujours Darina, ou plutôt son double, Noun. Eternelle combattante, passée par les coups, la drogue, l'hôpital psychiatrique, tête haute, verbe inoxydable face à l'intolérance masculine. Dernière-née d'une grande lignée de féministes arabes, luttant pour l'entrée des femmes à l'université, l'abolition du code de la famille, la suppression du voile, Noun livre bataille.

Sauf qu'entre-temps la résistante est devenue résidante. Elle a quitté le Liban et gagné la France. Son objectif se réduit désormais à un mot : naturalisation. Vocable qu'elle interroge avec acidité, on ne se refait pas : "Pourquoi choisir ce mot, "naturalisation", qu'est-ce que ça veut dire "naturalisation" ? Acclimatation naturelle des plantes et des animaux dans un lieu éloigné de leur région d'origine. Je dois donc bourgeonner ici comme une plante pour être naturalisée ?"

Avant le dernier entretien, Noun fait défiler son passé, on l'a compris, mais aussi son présent. Sage, elle a parfaitement appris tous les couplets de La Marseillaise, qu'elle interprète par bribes, de sa voix grave et éraillée, pendant une heure quinze de représentation. Elle s'étonne de leur contenu grégaire mais s'incline de bonne grâce. " Je suis l'immigration choisie", clame-t-elle.

Elle ne supporte pas, en revanche, les menaces qui pèsent sur la laïcité dans son nouveau pays. A commencer par le voile de toutes les discordes. "Dans mon pays on s'est battu pour s'en libérer, et ici elles se battent pour pouvoir le porter, et être la 3e ou la 4e épouse d'un homme." Raisonnement archaïque ? Elle balaie l'argument par une question : être moderne, est-ce "pouvoir répudier une femme par SMS" ?

Noun aime la France, marcher, voyager, ce qui est plus facile avec un passeport français. Noun, ou plutôt Darina, aime aussi Avignon, la ville où sa seconde vie professionnelle a commencé. "Mon lieu porte-bonheur." Pour son second spectacle, elle ne pouvait que revenir ici. A raison de dix jours de travail par mois, elle a appris à aimer l'hiver avignonnais, le mistral qui hurle dans les ruelles, le bar où elle a pris ses quartiers, les vieux habitués qui la reconnaissent.

Elle espère ainsi rééditer l'extraordinaire succès du précédent opus. Extraordinaire mais insuffisant. Le 28 juin, Darina a reçu la réponse de l'administration française à sa demande de naturalisation : négative. Motif : "Insertion professionnelle incomplète." Elle a accusé le coup. Puis elle a modifié la fin de son spectacle.

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 16:28

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Mon ami René Merle vient de me mettre en contact avec un document de 1790 qui relate, côté royaliste (sans dire son nom) les événements montalbanais du 10 mai 1790 qui marquèrent l’histoire de la Révolution bien au-delà de notre région et qui laissa une trace très profonde dans les mémoires de l’époque. La peuple d’artisans catholiques en révolte pour soutenir les royalistes (qui ne disent pas leur nom) se rangeront ensuite du côté des sans-culottes. Les protestants constituaient la classe des patrons des entreprises et ils seront du côté de la révolution bourgeoise (ils occuperont la municipalité). Les artisans étaient des catholiques qui deviendront l’âme du comité de surveillance des élus. En attendant de mettre à votre disposition ce texte emblématique et très éducatif, j'ai été incité à relire la présentation des événements que je faisais il y a 23 ans… dans un livre épuisé. JPD

 

10 MAI 1790

Les royalistes contrent la révolution

Déroulement de l'événement

La municipalité de Montauban avait choisi le 10 mai 1790 pour appliquer un décret de l'Assemblée nationale qui visait à faire l'inventaire des cinq communautés religieuses de la ville, destinées à être supprimées. Donc tout tranquillement, vers onze heures du matin, les officiers municipaux se dirigent vers les couvents de la ville et surprise, ils s'aperçoivent qu'une foule importante les empêche d'entrer. Premier lieu d'affrontements.

Ce jour-là était le premier jour des rogations, et logiquement la foule catholique se devait d'être en ville. Pourquoi fallait-il faire l'inventaire à ce moment-là ?

Vers midi, la foule après avoir empêché l'exécution de la loi « se porta » vers la place des Monges (place de la cathédrale), deuxième théâtre d'événements. Là, ils sont 4000 qui menacent la maison du commandant-général de la Garde nationale : Dupuy-Monbrun. Pour calmer la foule, plutôt que d'y opposer la présence de la force armée, le maire, le marquis de Cieurac, préfère l'emploi d'un bon discours par lequel il annonce à la foule qu'il invite Dupuy-Monbrun à dîner. Ce marquis est maire seulement depuis les élections de février 1790 et il dirige une municipalité royaliste où seulement deux patriotes sont présents. Les résultats avaient été serrés puisqu'il avait obtenu seulement 675 voix sur 1200 votants. Pendant le dîner, en ce 10 mai 1790, le lieu de l'action se fixe devant l'Hôtel de Ville. Pourquoi là ? Essentiellement parce que s'y trouve les arsenaux. Pour défendre l'accès aux arsenaux, il y a un corps de garde. A l'intérieur de celui-ci, 60 membres de la garde nationale sont venus prêter main forte aux hommes de service. Les officiers municipaux leur demandent de partir car leur présence est inutile. Ils persistent à vouloir rester. Alors le peuple se révolte. Il oblige les officiers municipaux à lui donner des armes et aussitôt ils s'attaquent au corps de garde où les gardes nationaux se sont réfugiés. Dupuy-Monbrun essaie d'intervenir, de s'interposer, mais il est blessé par trois coups de sabre?

Deux heures après, l'armée intervient et les hommes réfugiés dans le corps de garde se rendent aussitôt. Alors qu'il n'y a pas eu de morts dans la foule, cinq des personnes qui étaient dans le corps de garde vont mourir des suites des blessures. Les autres sortent et sont conduites en prison. Des centaines de montalbanais quittent la ville et en particulier Jeanbon-Saint-André. Le calme revient. Une armée de Bordeaux se prépare à venir au secours de la Garde nationale de Montauban. Les durs de la municipalité veulent résister et se croient déjà au cœur de la révolte contre-révolutionnaire. Ce n'est que le 29 mai que les gardes nationaux emprisonnés sont libérés.

L'analyse des événements

Déjà perce de la description deux accusations contre la municipalité en place : le choix provocateur de la date de l’inventaire des couvents, et la non-installation, dès midi, de la force armée face aux manifestants. Il faut bien sûr aller au-delà.

La municipalité représente une persistance de l'Ancien Régime, persistance qui, faut-il le préciser, tient à l'appui populaire qu'elle possède, en transformant la question de la Révolution en une guerre de religion. Les catholiques, eux si nombreux dans la ville, vont ils devenir les futurs persécutés des nouveaux pouvoirs ? Et pour attiser la contre-révolution la rumeur se sert de cette décision nationale, qui refuse à Montauban le rôle de chef-lieu.

La contre-révolution s'organise en tenant des assemblées qui, à travers le Midi, demandent que la religion catholique reste religion d'état.

Les protestants ne pouvant avoir la municipalité réussirent à conserver la Garde nationale. De même que des protestants restèrent du côté de l'Ancien Régime, des catholiques rejoignirent la Révolution. Dupuy-Monbrun est de ceux-là et il est le responsable de cette Garde nationale de Montauban tant combattue par la municipalité.

Mais ne focalisons pas sur les questions religieuses et les questions militaires car en ce début de révolution une question plus importante encore est à l'ordre du jour : la question sociale.

Et à ce moment là, la question sociale se joue dans les campagnes. Des âmes impartiales vous diront que des « brigands » pillent des châteaux, qu'il était juste qu'à Montauban on crée un corps de volontaires pour poursuivre les pillards, que ce corps devait entrer dans la garde nationale. Donc au moment du 10 mai les responsables de la garde nationale sentent qu'ils sont menacés. Ce fait s'ajoutant aux autres provoquera la détonation.

Un événement de cette nature ne peut pas se considérer comme un accident de l'histoire. L'accident est la forme de l'événement, mais dans le fond le symbole devait jaillir : il fallait que les tensions montantes entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires se règlent. Elles ne pouvaient pas se régler uniquement à l'Assemblée. Les enjeux d'une révolution ne se cantonnent pas dans des couloirs d'institutions : ils apparaissent sur la place publique. Et si toutes les villes de France ne réglèrent pas la question de cet affrontement de la même façon, toutes furent à un moment ou à un autre, traversées par des événements dramatiques. Et pour Montauban n'est-ce pas un accident dans son histoire ?

Erreur, même si les enjeux n'étaient pas identiques, en 1848 il y eut une révolte similaire qui chassa le commissaire de la république (le préfet) jugé trop proche des idées de Ledru-Rollin donc de la gauche.

S'il ne s'agit pas d'un accident s'agit-il d'un complot ? Et de quelle nature ?

La plupart des contemporains protestants le pensèrent sincèrement. Et ils avaient des preuves : les assemblées des catholiques dans les églises qui incitaient à l'action, les « libelles » distribués, les événements dans d'autres villes du Midi où on demandait, comme à Montauban, que la religion catholique reste religion d'état.

En fait, pour traiter d'événements de toute la période révolutionnaire le terme complot me semble impropre. Notons que ceux-là mêmes qui refusent de considérer le 10 mai à Montauban comme le résultat d'un complot, ne se privent pas de qualifier ainsi la Grande Peur de juillet 1789 !

Plus que des minorités complotant, ou des foules dirigées par des comploteurs, il faut voir qu'à partir de 1789 les populations tiennent à manifester leur existence en se retrouvant aux côtés de dirigeants, d'hommes aptes à jouer les premiers rôles.

La répercussion nationale du 10 mai

Et le 10 mai 1790 est une date qui symbolise bien cette rencontre entre des « soifs » populaires diverses, et des intérêts personnels bien précis. Sans doute pour cette raison, ils eurent dans le pays et dans la ville une importance considérable. A chaque moment critique de la Révolution, pour les montalbanais, le 10 mai est une référence. Et pour montrer la complexité de ses suites, et donc de sa réalité, voici ce que demande la société populaire à l'accusateur public à Paris, même en l'an III (1794), c'est-à-dire après la chute de Robespierre :

« Il fallait toute la profonde scélératesse qui dirigeait ton prédécesseur Fouquier-Tinville, pour avoir ménagé, au mépris de nos instances réitérées, le coupable corps municipal de notre cité, du 10 May 1790, qui fit massacrer les patriotes et essaya de contre-révolutionner tout le Midy. Sans doute qu'il entrait dans les vues du Tiran Robespierre de conserver ces antropophages pour les employer au succès de ses affreux projets. Mai toy, amy sincère de la Révolution, toy qui a été choisi pour la consolider, laisseras-tu échapper à la vengeance nationale, les monstres qui ont voulu perdre la liberté. Non, tout nous dit que tu t'empresseras de les faire traduire à Paris, et les mettre en jugement. C'est ainsy que tu te montreras l'amy sincère des patriotes, et l'ennemy mortel des contre-révolutionnaires dont il faut purger la république ».

Et en effet, du temps de Robespierre, la question de la municipalité du 10 mai avait été évoquée à Paris. Il avait été décidé donc de ne frapper que les dirigeants et il y eut seulement deux condamnations à mort, celle de l'ancien maire, le marquis de Cieurac, et celle du chef des volontaires. Les sans-culottes de la ville durent faire effort pour expliquer cette sentence qui paraissait clémente !

Cet événement est un moment marquant de l'histoire de France (avec les événements de juin 1790 à Nîmes) d'abord parce que les autorités nationales sont obligées d'intervenir pour régler un conflit local, ensuite par le nombre de morts (5 révolutionnaires assassinés) et enfin par la rupture qu'il représente par rapport à tous les discours unanimistes qui, au nom de la fraternité, masquent les enjeux des luttes. Le 10 mai n'annonce-t-il pas la guerre de Vendée ?

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 21:51

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Nous reprenons ici cet article qui n'apporte rien de plus sur le PRG mais qui peut cependant intéresser quelques lecteurs. JPD

 

L'Express : Page 36,  11 JUILLET 20121 L'EXPRESS N3184


EN COUVERTURE LE VRAI TRAIN DE VIE DU POUVOIR

Le PRG ne connaît pas la rigueur

Chez les radicaux, on mange à trois, mais on paye pour dix. Au Bistro Crêpe de Paris, un restaurant chic de Sao Paulo, ce 31 mai 2012, Thérèse Marianne-Pépin a convié les électeurs français. Candidate du Parti radical de gauche (PRG) dans la deuxième circonscription des Français de l'étranger, elle a privatisé l'une des salles et prévu de sustenter l'appétit de la dizaine de convives qu'elle espère voir arriver. Ils ne seront finalement que trois. Couverts réservés, couverts dus : Thérèse Marianne- Pépin s'acquittera de la note globale. Ainsi va la vie du PRG, parti fantôme en termes de militants, qui coule néanmoins une existence heureuse grâce à de savants accords électoraux passés avec les socialistes. Cette blague teintée d'autodérision fait d'ailleurs toujours fureur lors des banquets du PRG « Les radicaux sont comme les radis : rouge à l'extérieur, blanc à l'intérieur.., et toujours près de l'assiette au beurre. »

Avec 428 898 voix obtenues en cumulé au premier tour des élections législatives, la subvention que recevra le parti de la très bourgeoise rue Duroc (Paris VII) devrait s'élever à 720 548,64 euros par an pour la prochaine mandature. De l'argent qui servira à faire fonctionner ce « syndicat d'élus », pour reprendre l'expression d'un eurodéputé Vert. Avec deux ministres, un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale et une implantation forte dans le sud-ouest de la France, le PRG millésime 2012 reste une formation politique essentiellement institutionnelle. Le truculent Jean-Michel Baylet fait office de figure de ce mouvement. Médiatisé par la primaire, où il ne récolta que 0,64% des suffrages, le patron de La Dépêche du midi est un récital à lui tout seul. Il faut se l'imaginer à moto sur les routes corses, au guidon de sa grosse Honda Goldwing : portable professionnel coupé, entouré d'une bande de vieux copains, il goûte la vie immodérément. Dirigeant loin de ses sous, ce sexagénaire apprécie inviter lui-même les journalistes à déjeuner, contrairement à ce qui se pratique habituellement. Il prévoit généralement un budget de 40 euros par personne. Néanmoins, quand il s'agit de repas « perso », « le chef de cabinet ouvre le guide Michelin », explique-t-on dans l'entourage du président du conseil général de Tarn-et-Garonne. Un cadre évoque également, lors de réunions au sommet, des « bouteilles de Bordeaux à 3 000 ».

Piscine solarium, drague et franc-maçonnerie

Les universités d'été symbolisent cette dolce vita radicale, un parti où les adhérents ont plus l'habitude de se retrouver autour de repas homériques que d'une camionnette remplie d'affiches à coller garée au bord d'une départementale. La fête (car c'en est une) avait lieu en 2011 dans un club de vacances de Seignosse, au Pays basque. Pour ne pas insulter l'épicurisme de ses soutiens, le PRG précisait sur l'invitation que le club avait été récemment rénové, doté d'une piscine « avec pelouse solarium », et qu' « un bar lounge avec terrasse » avait été installé. Entre ateliers et conférences, on y prend deux apéritifs par jour. Tout en mangeant bien, lors de repas où l'activité principale consiste à commenter les activités du PS et à critiquer celles des Verts. Aucun plaisir ne manque, puisque l'on s'y drague, entre notables de province et francs-maçons, pour la plupart frères au Grand Orient « Il y a chez les radicaux une tradition de libertinage », sourit l'une des participantes. Au PRG, les positions ne sont jamais clivantes. TUGDUAL DENIS

Page 36,  11 JUILLET 20121 L'EXPRESS N3184

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15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 14:41

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Pas de passage au Festival d’Avignon sans une étape à la Maison Jean Vilar. D’autant que cette année le créateur du festival aurait eu 100 ans. Parmi les mille questions nous allons nous pencher sur une seule : que faisait Vilar en 1941-1942 ?

Réponse : il écrivait. Il se voyait en auteur dramatique alors qu’il allait devenir surtout acteur et metteur en scène. Un inédit de cette époque vient d’être publié et a été joué-lu dans le Jardin de la dite maison. Après une multitude de titres, Vilar se décida pour « Dans le plus beau pays du monde », et la pièce fut présentée par un débat très utile.

Vilar, « l’écrivain contrarié », expliquera Rodolphe Fouano maître d’œuvre du projet autour de la pièce. Cette pièce a hanté la vie de Vilar qui, jusqu’au dernier moment, pensa l’achever pour la faire jouer.

Il y est question des femmes, du rapport de Vilar aux femmes, au moment où il écrit à sa fiancée et future épouse qui vit toujours à Sète. Pour dire que le quiproquo cher au théâtre permet la construction d’un labyrinthe qui serait l’esprit féminin ?

Muriel Mayette dira de manière crue que le plus beau pays du monde, à lire ce texte, c’est le sexe féminin.

Jacques Lassalle qui a mis en place la lecture-jouée écrira : « Nous sommes en 1941. Loin d’affronter la tragédie d’une France occupée bientôt écartelée entre Collaboration et Résistance, il s’évade dans une fantaisie douce-amère, bien peu situable dans le temps et l’espace. »

Au moment où André Suarès est obligé de se cacher, Vilar plus anonyme, peut se pencher sur un sujet éternel du théâtre : les jeux de l’amour, trompé ou pas, frivole ou sérieux.

 

L’avant-scène théâtre a publié la scène et les cahiers Jean Vilar la correspondance de la même époque entre Vilar et Andrée Schlegel qu’il vouvoie. Le 8 août 1941 il mentionne le succès de sa première pièce Farce des filles à marier qu’il présente avec la troupe la Roulotte qui est son lieu de vie pendant presque toute l’occupation. Il conseille ensuite à Andrée le livre de « son camarade Maurice Blanchot » Thomas l’obscur. Il se plaint de sa solitude.

 

Voici une lettre qui décrit ses multiples tâches :

4 novembre 1941

Les tâches me tombent sur les épaules les unes après les autres : mise en scène de la Boba (1), d'après Calderon, apprendre par cœur mon rôle, organisation intérieure Roulotte, lectures de grands textes classiques (Homère, Balzac, etc.) à lire dans les centres de Jeunesse, direction intérim de la section théâtre Jeune France (2). De quoi être dispersé à longueur de journée, sans trouver, sans pouvoir jouir d'une affection et d'un amour vivants et non plus rêvés. Loin de toi, toujours loin de toi. Des occasions multiples (celle que je viens de t'énumérer) me sont ainsi offertes de travailler et bien travailler et plus ou moins réussir dans des tâches excellentes et que j'aime. Mais quel danger la dispersion ! Et quel danger d'être seul ! Ma tête a déjà perdu ses bonnes heures de délassement, et mes traits sont déjà tirés à hue et à dia comme par un service funèbre d'écartèlement.

(1)   La dame Boba dont Vilar sine une adaptation française sous le titre la Petite Niaise.

(2)  La Jeune France est une organisation de jeunesse de la France de Vichy

 

Comme il avait été indiqué lors du débat, la pièce que nous avons vu sous un beau soleil, jouée le texte à la main, s’appuie sur bien des références mais en même temps témoigne d’une obsession de Vilar : et si la jalousie était mauvaise conseillère ?

Au nom du théâtre avant tout, il réussit à contourner toute préoccupation sociale.

Mais comme chez tout auteur, le théâtre est d’abord l’expression de soi et là il ne contourne pas cette situation qui met presque 1000 km entre lui et son grand amour.

J-P Damaggio

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 16:07

Je retombe sur ce texte et un autre suite au spectacle de Caubère en 2008 au Chêne noir d’Avignon au moment où Fellag occupait la même scène. C’est un compte-rendu que j’avais fait avant l’existence de ce blog. Il y décrivait sa vie autour de 1968. Je constate qu’il a « répondu » au souhait que je formulais en conclusion. JPD

La question Caubère constitue une partie de mon livre sur Benedetto.


 L’homme se veut maître sur scène. Un acteur qui ne veut dépendre de personne sauf de lui-même. Or le théâtre est par définition œuvre collective. Lui n’a même pas de décorateur : il préfère travailler sans décor. S’agit-il d’un one man show comme Fellag par exemple ou tant d’autres humoristes ?Caubère fait rire mais sans être un humoriste. Il n’attend pas le rire qui éclate dans la salle de manière désordonnée : certains passages du spectacle font rire les uns, et pas les autres.

 

Ce statut d’homme orchestre c’est un peu celui de l’instit en classe qui, loin de la spécialisation du prof, doit bricoler sa pédagogie en jouant sur divers registres qui tiennent tous de l'artisan. Caubère raconte sa vie, Fellag aussi. La vie de Fellag n’est qu’anecdotiquement celle d’un acteur. Pour Caubère, c’est toujours le film dans le film, la pièce dans la pièce.

 

Le spectacle d’Avignon 2008 est en deux temps ; nous avons vu seulement « la mort d’Avignon » où l’artiste joue George Wilson, Paul Puaux, Jean Vilar et se moque du public du IN du festival d’Avignon, public qu’il eut l’occasion de croiser puisqu’il y joua un été.

 

Le maître des lieux est toujours aussi génial pourtant, petit à petit, en quelque creux du spectacle, une sensation naît : et si le personnage finissait par tourner en rond ? George Wilson lui aurait expliqué que le principe de l’acteur c’est de se saisir du spectateur en le tenant en haleine sans arrêt. Or parfois, le spectacle est fait de connivences pas toujours à la portée du spectateur ordinaire qui, en conséquence, se détache du maître d’école. Fellag parle en permanence du peuple, un peuple tout entier à qui il voue un tel amour qu’il peut le faire connaître à tout un chacun. Caubère sait aussi montrer le peuple mais un peuple au second degré car c’est vers lui qu’il veut attirer l’amour du spectateur. Un peu comme un instit qui lance un bon mot à une classe qui, dans l’ensemble, ne pipe mot. Son art tombe à plat. L’art de Caubère a une fâcheuse tendance, à tomber à plat. Peut-être l’ai-je trop vu ?

 

Comment l’artiste peut-il conserver ses anciens admirateurs tout en s’en fabriquant de nouveaux ? Par définition un acteur change de rôle et dans ce changement il essaie de continuer ce qu’il était, tout en révélant de nouvelles cordes à son art. Caubère ne peut changer de rôle puisque son défi consiste à jouer le même rôle en permanence ! Les cordes qu’il a à son art sont toutes en action dans chacun de ses spectacles. Bien sûr Fellag est confronté au même dilemme mais il a une porte de sortie : il peut présenter à chaque fois un peuple nouveau car il existe en effet des peuples toujours inconnus. Caubère n’étant plus un inconnu, il peut multiplier son engagement sur scène, il reste Caubère : pire l’âge lui impose plutôt de multiplier ses pauses or il n’a personne pour lui en laisser le temps, par des répliques bien senties.

 

Vais-je comme les commentateurs classiques d’une pièce du IN parler du jeu sans parler du thème ? Prenons Paul Puaux largement caricaturé dans la pièce. Justement c’est l’instit classique, l’instit de la république qui met sa volonté au service du théâtre. La volonté du successeur de Jean Vilar dépasse son intelligence or le volontarisme est mauvais conseiller. Le Paul Puaux de Caubère est le modèle du personnage qui veut bien faire mais qui ne le peut. Caubère ne pourrait-il pas être caricaturé comme il caricature Puaux ? Je pense que oui et c’est là peut-être toute ma sensation d’arroseur d’arrosé qui m’a saisi en écoutant l’artiste qui, sans avoir de pipe en main, donnait l’impression qu’il fumait vraiment !

Caubère se moque de Wilson sur un autre plan : il démonte sa conception de l’acteur mais sans que personne vienne dire quelle conception lui opposer !

Après son spectacle à la gloire d’Aragon, Caubère pourra-t-il trouver un autre géant à jouer sur scène afin de l’obliger à rallumer sa créativité ? Je le lui souhaite.

1-08-2008 Jean-Paul Damaggio

Caubère, Aragon… et 68

Pourquoi revenir encore sur 68 ? L’obsession serait-elle celle de Caubère ou la mienne ? Est-ce ma faute si, à la question de savoir pourquoi l’acteur se lança dans un spectacle monumental sur Aragon, celui-ci répondit : « Ma première réaction a été celle-ci : je ne vais quand même pas repartir dans des trucs que je faisais en 68, quand, avec mes copains, on lisait des poèmes dans les boîtes à Aix et à Marseille. » ?

C’est le début d’un entretien qu’on trouve sur le DVD du spectacle où Caubère répond aux questions de Charles Silvestre.

Bref, quand Caubère sort enfin de lui-même, c’est pour revenir encore à ce tournant de 68 pris comme sa source d’énergie. D’autant que, le lecteur, le devine, la référence ne peut pas s’arrêter là. Il indique qu’il veut s’adresser aux jeunes :

« Je pensais surtout à ces jeunes militants qui, peut-être, ne connaissaient pas bien eux-mêmes leur poète, qui avaient peut-être des idées préconçues : Aragon « crapule stalinienne » avec l’image de Cohn-Bendit hurlant devant lui en 68 : « Même les traîtres ont droit à la parole ». Ce qui, d’ailleurs, aujourd’hui, peut faire sourire. Quoique j’aime beaucoup Cohn-Bendit. »

 

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