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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 15:03

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Au Chili, j’ai croisé des livres de Gonzalo Millan en me disant que ce nom me rappelait quelque chose. A force de fouiller mes archives je tombe sur ce texte ancienn à la fin d'un livre de chroniques jamais publié. JPD

 

 

J'aurais été profondément triste si j'avais dû conclure mes chroniques sans pouvoir répondre à un des lecteurs qui me posa cette question : « Je viens de voir le beau film de Guzman "Salvador Allende". (il est passé une semaine ici à Bourgoin-Jallieu !) A la fin du film, il y a un splendide poème en espagnol, d'un poète chilien, je crois, mais dont je ne me rappelle plus le nom. Ce poème est comme une description d'un film qui va en arrière, du style : "on voit les bombes remonter dans les avions, les gens sortir du stade en marche arrière etc...". Te souviendrais-tu du nom de ce poète, et saurais-tu si ce poème a été traduit en français ? »

 

Pour répondre, je m'étais adressé à quelques amis et aussi au responsable de la version du Diplo qui paraît au Chili mais sans succès. Or, chercher le nom d'un poète, n'est-ce pas merveilleux ? Pour moi, si l'écriture est une voiture, le romancier peut être le moteur ou les roues, l'essayiste les phares ou le volant ; le poète est inévitablement la voiture toute entière. J'admire à chaque fois la puissance d'une telle globalité. La vie de l'un devient vraiment la vie de chacun et la vie de chacun se retrouve dans la vie de l'un. Le particulier disparaît sous le multiple et pourtant le multiple me revoie à ma particularité.

 

Quand j'ai annoncé que j'allais me plonger dans le festival cinéma latino-américain de Toulouse, il fallait en déduire que j'allais enfin découvrir le poète en question. Le film a même été programmé à Montauban ! Le présentateur de la soirée indiqua que ce festival est né en 1989, c'est-à-dire l'année après la campagne Juquin. J'ai, à ce moment-là, appris à connaître celle qui avait déclaré trois ans avant : « Ce n'est pas moi qui ai quitté le PCF, mais le PCF qui m'a quitté ». Elle est la directrice du festival et quand, à Montauban, le comité de solidarité avec le Nicaragua commença à battre de l'aile, j'avais soutenu Claude Courtot qui avait proposé de se faire le relais, à Montauban, de l'initiative toulousaine devenue une référence. Malheureusement, la majorité n'a pas voulu donner suite et c'est donc seulement depuis 4 ans, grâce à l'association Eidos, que quelques films font les 50 km qui séparent Toulouse de Montauban. Cette année, le premier fut : « Salvador Allende » de Guzman.

Quel est donc le poète qui clôt le film ?

J'avais pensé à Nicanor Parra mais non, ce n'est pas lui. Il porte la fameuse moustache latino-américaine, celle d'Allende justement. Aujourd'hui encore, en version plus blanche, elle orne son visage. Comme chez Alfredo Bryce-Echenique mais il vient de la perdre car quelqu'un la lui a volé à un carrefour de Lima.

Comme l'avait très bien observé mon correspondant, il s'agit d'un poète de l'énumération, un poète qui s'exila au Québec. J'ai nommé Gonzalo Milan.

Je ne connaissais pas cet adepte d'une double poésie: poésie «ordinaire» et poésie « visuelle ».

Natif de Santiago en 1947 il tente depuis son premier recueil qui date de 1968 de marier poésie et arts plastiques, un peu dans la ligne du groupe Cobra. Il n'a publié que quatre livres dont un au Québec, Ciudad, dans lequel je pensais retrouver le bel extrait de poème que Patricia Guzman capta avec sa caméra en 1973 (?) et que Gonzalo récite. Une caméra tellement captivé par le poète-poème qu'elle ne montra pas l'assistance. Ce poème qui pourrait s'appeler 11 septembre, a-t-il été lu à Santiago avant que l'homme ne s'exile ? Tiens, j'ai écrit, s'exile. Au début du film «Salvador Allende» une dame parle de «destierro» pour dire qu'elle est de nulle part et qu'en conséquence pour survivre elle s'invente une utopie.

Vous l'avez deviné : j'ai mis en marche google sur internet, et j'ai tapé Gonzalo Millan avec, comme résultat, un livre d'une cinquantaine de pages. Bien qu'ayant vécu au Québec, il n'y a rien en français et c'est regrettable. Fils de poètes, il fut, au milieu des années 60, le Jacques Kerouac qui alla de Santiago à Lima et comme Vazquez Montalban (mon poète de référence dont la poésie ne fut jamais traduite en français) il est doté de la même moustache et il aimait les mers du sud.

Bien sûr, le coup d'Etat sera l'événement des uns qui, avec le poète, se lira comme la vie de tous, notre vie devenant celle du poète. Rien à voir avec le slogan lamentable « nous sommes tous des Américains» (ou « des Soviétiques, ou des indigènes ou des hommes à la triste figure»). La solidarité n'est pas un alignement. Avec Ciudad, le poète table sur l'objet, sur le mot objet (qu'il utilise en peinture), et ce mot objet devient une machine à fabriquer de l'impersonnel, à fabriquer de l'anonyme. Cette machine au cœur du poème lu dans Salvador Allende : «la bombe qui remonte dans l'avion» et tout qui s'énumère sur le même modèle. Etrangement Gonzalo et Patricio semblent fascinés par une même chose : les anciens, les vieux, les épuisés de la vie.

Cette idée de croiser le verbal et le visuel dans sa poésie vient peut-être de cette nouvelle condition de l'exilé obligé de dire ses poèmes dans un pays où ils ne pouvaient plus être compris comme à Santiago.

En guise d'autoportrait le poète en propose plusieurs. En guise de conclusion je donne cette simple citation qu'il reprend du groupe Cobra:

« Le tableau n'est plus une construction de lignes et de couleurs mais un animal, une nuit, un cri, un être humain ou tout cela en même temps ».

Et ceci:

« Arriver à écrire/ un de ces jours I avec la tranquille/ simplicité du chat! qui nettoie son pelage / avec un peu de salive ». 17-03-2005 Jean-Paul Damaggio

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