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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:53

C'est un personnage peu connu de la littérature latino-américaine pourtant ses multiples activités politiques, culturelles et journalistiques en font un homme charnière. JPD

 

Le Monde diplomatique Mars 1997

AGUIRRE, COLÈRE DE DIEU

Le pouvoir, la folie et la mort

LE CHEMIN DE L'ELDORADO, d'Arturo Uslar Pietri, traduit de l'espagnol par Philippe Dessommes-Flùrez, Critérion, Paris, 1997, 340 pages, 139 F.

LE rêve héroïque et brutal d'un conquistador lancé à la recherche de l'Eldorado avec une poignée de soldats, tel est le thème de ce roman qui réunit tous les éléments d'une grande aventure de la forêt de l'Amazonie, où vivent des Indiens cannibales ; le fleuve et ses rapides, sur lesquels se lance la petite troupe à bord de frêles radeaux ; les personnages, Espagnols aventuriers et féroces. Leur chef, Lope de Aguirre, s'est rebellé contre son roi Philippe II et les entraîne dans la folle poursuite de son rêve. La fièvre de l'or l'habite et, plus encore, une volonté de puissance qui ne connaît pas de limites. Il sera décapité.

On a, dans les premières pages, la sensation de partager un contact physique, une vibration tactile avec un personnage d'épopée, un décor, un paysage. La périlleuse navigation commence. Apparemment, sur les rives, nulle vie autre que végétale. Le cri perçant d'un oiseau traverse l'espace, puis le hurlement d'un singe et, soudain, c'est l'immense enchaînement de bruits entremêlés, de trilles et de vociférations qui constitue le réveil brutal de la forêt. Nous sommes en plein dans le "réel merveilleux", mouvement littéraire créé dans les années 20 à Paris par le Cubain Alejo Carpentier, le Guatémaltèque Miguel Angel Asturias et précisément le Vénézuélien Arturo Uslar Pietri ; ce qui, plus tard, s'appellera le "réalisme magique".

La fantaisie est constamment sollicitée par la splendeur des descriptions, mais chez Uslar Pietri l'esprit reste disponible pour une analyse. Ecrivain, humaniste et homme politique, il tente de concilier dans ses œuvres deux tendances qui s'opposent littérature contre économie. L'histoire républicaine du Venezuela n'a été, selon lui, qu'une longue chaîne d'erreurs ayant pour origine la violence engendrée par le divorce constant entre des propositions doctrinaires et la réalité, tant socio-économique que culturelle ou politique.

Son livre s'inscrit dans une longue série de films et romans qui évoquent la figure historique de Lope de Aguirre. Les quelques soldats qui se perdent au cours d'une expédition comptent peu. Chaque auteur s'est servi d'eux pour exorciser ses démons. L'Espagnol Ramun Sender a mis dans L'Aventure équinoxiale de Lope de Aguirre son mépris pour l'entourage de l'homme (une catégorie de républicains espagnols exilés en Amérique latine ?) et sa haine envers l'Inquisition. Le cinéaste allemand Werner Herzog a peut-être évoqué dans Aguirre, la colère de Dieu le passé de son pays.

USLAR PIETRI situe l'épopée d'Aguirre dans sa recherche des mythes fondateurs de lâ nation vénézuélienne et découpe son récit en tableaux qui cassent l'action au profit d'une allégorie de l'histoire nationale : « Voir ce que nous avons été, ce que nous sommes, ce dont nous avons besoin et ce que nous pouvons être. »

C'est un autre écrivain vénézuélien, Miguel Otero Silva, qui a le plus stimulé Uslar Pietri. Concernant Aguirre, Otero Silva répond en 1979 au despote d'Uslar Pietri par son roman Aguirre, prince de la liberté; où le héros est le précurseur de Bolivar et de la geste de Che Guevara.

Si l'on veut situer Lope de Aguirre dans le contexte vénézuélien, il faut lire ce livre superbe, mais aussi celui de Miguel Otero Silva ; et si l'on veut comprendre l'histoire politique et culturelle des quarante dernières années de ce pays, rien de mieux que de se plonger dans les œuvres parallèles de ces deux grands écrivains.

 

RAMON CHAO.

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:42

Cette fois nous avons l'ensemble des arguments où Mélechon au cours de son entretien fait un bilan du cycle Front de Gauche qui s'achève. J'avais déjà donné deux éléments à ce sujet : la réaction de l'Huma et la réaction du Monde.

1 ) Son souci du bilan l'honore car en effet nous sommes au bout d'un cycle qui va des Européennes de 2009 aux Européennes de 2014. Sauf que tout le monde n'a pas la même notion du cycle…

2 ) Je juge utile d'analyser les propos de Mélenchon, non pour, comme j'ai pu le constater fréquemment, démolir, ni d'ailleurs pour construire, mais pour faire fonctionner la démocratie.

3 ) Première critique : le cycle est en effet un tout en tant que tel, mais il serait incompréhensible si on ne rappelait pas qu'en 2008 le PCF était au fond du trou vu son résultat à l'élection présidentielle et aux municipales. Pour le PCF, le Front de Gauche est apparu comme une bouée de sauvetage avec, d'autre part, une méfiance compréhensible : pas question de refaire le cas Mitterrand, avec un homme du PS qui fait s'effondrer le PCF. Donc ce n'est pas au cours du cycle que vont se révéler deux stratégies opposées, mais à la naissance du cycle. Soit continuer plus ou moins l'union avec le PS, soit une rupture claire et nette avec le PS.

4 ) Rares sont ceux qui ont cru que Mélenchon souhaitait vraiment la rupture avec le PS. Or son livre Qu'ils s'en aillent tous ! était clair et Mélenchon a pu vérifier tout de suite que le PCF lui imposait un bémol. Pour la présidentielle il aurait dû, pour alerter l'opinion, dire au soir du premier tour qu'il laissait les électeurs et les électrices faire leur choix, or il appela à voter Hollande sans condition.

5 ). Il dit ceci dans l'entretien :

"Mon idée était que je pourrais prolonger ensuite l’insurrection en m’appuyant sur le bilan de la campagne. Ce que je n’avais pas envisagé, c’est que cette force puisse être étouffée par le poids du retour aux vieilles traditions partiaires, aux arrangements, aux accords électoraux."

Or Mélenchon savait très bien qu'après la victoire du NON en 2005, cette autre "insurrection" donna un résultat lamentable ensuite. Pourquoi pouvait-il en être autrement en 2012 ?

6 ) Mais voici ce qu'il rappelle concernant les deux lignes :

"Il y a deux lignes en quelque sorte. Celle qui est portée par la direction du Parti communiste, qui est plus institutionnelle, plus traditionnelle, où on continue à penser que la gauche est une réalité partiaire, organisée et qu’on peut rectifier le tir du Parti socialiste. Et puis, il y a une autre qui pense que ça, c’est un monde qui est quasiment clos, qu’il faut construire et qu’on le fera progressivement à condition d’être autonome."

En fait les deux lignes traversent depuis longtemps toute la gauche aussi bien le PCF que le PG car il ne peut y avoir unanimité dans aucun des partis. Autonome ? L'autonomie ne peut pas être simple à mettre en œuvre car faut-il encore la définir autrement que par le fait que le PS fait une mauvaise politique. Il faut trouver des raisons propres à la nouvelle fracture à mettre en place.

8 ) D'où l'importance que j'accorde à cet autre propos. L'autonomie c'est le peuple et nous en revenons à son livre Qu'ils s'en aillent tous !

"La question pour nous n’est pas de faire un parti révolutionnaire, c’est d’aider à la naissance d’un peuple révolutionnaire."

Et c'est ici que je ne suis plus d'accord ! Au risque de choquer je rappelle que le succès de Le Pen c'est d'avoir compris dès les années 1975 que l'essentiel c'est le peuple d'où sa propre stratégie d'autonomie. Sauf que pour les idées qu'il avait à défendre et qui s'adressent au peuple sommaire (il n'y a rien de péjoratif dans ce propos) il n'avait pas besoin d'un vrai parti. Inversement pour constituer un peuple révolutionnaire il faut un parti sauf qu'en effet le parti révolutionnaire classique ne peut plus être de saison. Cet échec du parti ne peut pas conduire à jeter l'idée de parti. La difficulté justement c'est de se souvenir que l'organisation décide de tout. J'ai déjà écrit sur le sujet.

9 ) Par contre je partage pour une fois son analyse du FN :

"Leur ligne [au FN], c’est d’occuper l’espace politique de la gauche. Quel est l’espace politique de la gauche ? C’est le peuple. Quel est le problème de la droite ? C’est le peuple. Voilà pourquoi ils ont toujours fait comme ça. Ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau c’est le degré de violence. Pourquoi elle [Marine] va y arriver ? Parce que la société est en train de se vider de l’intérieur. Parce que la société est en train de se diriger vers le point « qu’ils s’en aillent tous ».Et quand le point « qu’ils s’en aillent tous » est atteint, tout saute en même temps".

Là je suis totalement d'accord : voilà que le "qu'ils s'en aillent tous" revient comme un boomerang. Mais la réponse, c'est le souvenir gauchiste de Mélenchon : le spontanéisme. D'où ce constat final, le plus dur à lire.

10 ) Evoquant son rôle à la fin il indique :

"J’ai fait mon temps à organiser la vie d’un parti."

Qu'il ai fait son temps quant à cette question, je peux le comprendre mais comment va s'organiser le parti de la nouvelle stratégie qu'il propose ?

Il me fait penser à Besancenot qui après 2007, pour adapter la stratégie de la LCR, travaille à la création du NPA, mais annonce - c'est tout aussi compréhensible - qu'il passe la main pour la présidentielle.

 Sur son blog Mélenchon annonce que le Front de Gauche c'est fini mais que faire à la place quand on sait que le PG a ses propres difficultés qu'un articlede la revue Regards a fortement exploité début juillet, pour mieux enfoncer ce parti et faire peut-être la joie du regroupement à naître Ensemble !qui va devoir se positionner sur les deux lignes, ce qui ne peut pas être du goût de Clémentine Autain.

 11 ) J'ai moi-même été membre quelques mois du Parti de Gauche et pendant la présidentielle j'ai fait voter Mélenchon. Mais aux législatives n'ayant pas suivi la discipline locale j'ai été obligé de partir. Je suis donc de ceux qui ont regardé avec sympathie (et mis la main à la patte) la naissance du Parti de Gauche tout en constatant les difficultés de l'entreprise. Voilà pourquoi la nouvelle configuration à naître suscite mon intérêt.

Jean-Paul Damaggio

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 22:42

 

                              P1140511.JPG

En août 1996 Manuel Vázquez Montalbán, écrivait l'article en lien ci-dessous que je reprends au moment où le référendum pour l'indépendance de la Catalone fait débat d'après cet article de ce jour dans Le Monde.

 Article de 1996 de MVM

 

Article du Monde du 30 juillet 2014

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, et le président régional de la Catalogne, Artur Mas, se sont rencontrés mercredi 30 juillet, au palais de la Moncloa, à Madrid, après huit mois de relations gelées.

Renouer avec le dialogue ne les a toutefois pas pour autant mis d'accord :  M. Rajoy a réaffirmé qu'un référendum sur l'autodétermination de la Catalogne serait  « illégal ».

 M. Mas, lui, s'est redit « décidé » à l'organiser :

 « Mon message a été exactement le même qu'il y a un an, nous sommes décidés à poursuivre. Nous voulons le faire dans le cadre de la légalité et, dans la mesure du possible, en accord avec l'Etat. [Néanmoins], la conclusion de la part de l'Etat est qu'il n'y a aucune proposition de rechange hormis le fait de dire que c'est illégal ».

Depuis qu'en décembre M. Mas a annoncé, unilatéralement, la date d'un référendum d'indépendance qu'il entend convoquer le 9 novembre, malgré l'interdiction de Madrid, tout dialogue avait été rompu. Il aura fallu la pression des associations de chefs d'entreprise catalans et madrilènes qui leur ont demandé de renouer les discussions, et les critiques de l'opposition face à l'immobilisme régnant des deux côtés, pour que cette réunion soit possible.

Après cette réunion, difficile d'imaginer une solution rapide et claire au blocage des relations entre Madrid et Barcelone. La démission du nationaliste modéré Josep Duran i Lleida, de son poste de secrétaire général de la coalition Convergence et Union (CiU), le 22 juillet dernier, est un mauvais signe. Porte-parole de la coalition au Congrès des députés, il défendait une « troisième voie », entre la re-centralisation offerte par Madrid et l'indépendance vers laquelle semble se diriger la Catalogne : une voie confédérale, reconnaissant la nation catalane et améliorant ses capacités d'autofinancement.

 ÉQUILIBRES FISCAUX

M. Rajoy avait clairement laissé entendre, avant même la réunion, qu'il ne souhaitait pas aborder la question d'un possible référendum sur l'indépendance. « Il dira au président de la Généralité que la souveraineté nationale est indivisible et inaliénable », avait expliqué lundi la numéro deux du Parti populaire (PP), Maria Dolores de Cospedal.

En revanche, il était prêt à parler de tous les sujets qui rentrent « dans le cadre de la Constitution ». Amélioration du système de financement ? Transfert de nouvelles compétences ? Promesses d'investissement ? Difficile de savoir quels dossiers avanceront dans les prochains mois. D'autant que le chef de l'exécutif conservateur est sous la pression de la frange la plus à droite de son électorat et une part de ses barons, qui verraient d'un très mauvais œil des concessions à M. Mas.

 Le chef de la Généralité de son côté a fait voter une loi de consultation régionale au parlement de Catalogne, afin de doter la région autonome de la capacité légale d'organiser un référendum consultatif. Après s'être engagé personnellement à le convoquer en novembre auprès de ses alliés indépendantistes de la Gauche républicaine catalane (ERC) et de ses électeurs et de l'Assemblée nationale catalane (ANC), la puissante plateforme citoyenne qui chaque 11 septembre organise de grandes manifestations en faveur de l'indépendance, il lui serait difficile de reculer. Cependant, il ne fait pas de doute que si cette consultation était convoquée officiellement, Madrid saisirait le Tribunal constitutionnel et la bloquerait.

Malgré la promesse de nouvelles grandes mobilisations en faveur de l'indépendance le 11 septembre prochain, lors de la Diada, la fête de la « nation catalane », M. Mas arrivait affaibli mercredi à la Moncloa. La publication des équilibres fiscaux entre les différentes régions autonomes espagnoles a réduit de moitié – sept milliards d'euros – le montant que la Catalogne réclame au titre du déficit fiscal (la différence entre les impôts prélevés en Catalogne et reversés ensuite sous forme d'investissement et de financement). Surtout, elle a démontré que d'autres régions sont beaucoup plus lésées par l'actuel système de financement, comme la Communauté de Madrid ou les Iles Baléares.

      D'autre part, le scandale qui touche le parrain politique de M. Mas, l'ancien président de la Généralité, Jordi Pujol, depuis qu'il a avoué, vendredi 25 juillet, avoir maintenu sa fortune dans un paradis fiscal, a atteint sa crédibilité.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 15:54

Il n’y a de vie possible que grâce à un couple et aujourd’hui on a beau m’expliquer qu’il y a du féminin dans le masculin et l’inverse - jusqu’à l’existence de transsexuels-, je maintiens mon propos.

Le temps de reproduction n’est qu’un moment bref de la vie et pour les humains le droit au plaisir a pris, plus ou moins, toute sa place dans l’acte sexuel, mais la réalité première reste la même : aucune vie n’est possible sans être deux (l’escargot est une des exceptions qui confirment la règle).

 Le couple économie / politique

Dans l’histoire humaine le couple s’appelle : économie / politique.

La droite s’est toujours située du côté de l’économie et la gauche du côté du social donc du côté du politique. Bien évident, je parle pour le moment, de la réalité première, la réalité inévitable, et non pas de la réalité représentative que je mentionnerai plus loin.

Comme pour tout couple il a fallu inventer une règle de vie et elle s’est appelée la démocratie. Une sorte de contrat de mariage ! Là aussi je ne parle pas des conséquences et inconséquences de la démocratie, mais de la démocratie première, la démocratie inévitable. Elle n’est rien d’autre que l’acceptation par la majorité de l’existence de la minorité. Liberté de la presse, de réunion, élections et j’en passe, ne sont que des conséquences et parfois des inconséquences du fait premier.

La démocratie inconséquente peut prendre des formes très perverses et la plus terribles s’appelle le paternalisme. Dans ce cas, la majorité, dans sa grande générosité, accepte l’existence d’une minorité qu’elle s’acharne à infantiliser, une minorité qui appelle de ses « vœux » la présence d’un père ! Le mal est son remède ! Je ne confonds pas cette forme avec la négation si fréquente de la minorité (pouvant aller jusqu’à son élimination temporaire) par la majorité.

 Naturellement, au sein de la gauche comme de la droite, il existe une aile gauche et une aile droite, le centre ayant pour vocation de tenir l’équilibre.

L’aile gauche de la droite a toujours voulu faire dans le social.

L’aile gauche de la gauche a toujours voulu que la politique occupe tout le champ de l’économique.

 Le couple droite / gauche

Mais que se passe-t-il dans le cadre de la représentation politique ? Il ne s’agit pas ici de se lancer dans l’étude plus ou moins grossière de ce qu’on appelle parfois le théâtre politique car le souci de la simplification me contraint d’en rester aux réalités premières.

La représentation politique est le lieu par excellence qui permet de découvrir aujourd’hui, qu’en fait, la fracture inévitable entre l’économique et le politique aurait disparu. Donc le couple n’existerait plus pour deux raisons :

Le capitalisme a entrepris une révolution ;

La gauche n’a pas su voulu ou pu conduire une contre-révolution pour faire apparaî-tre la fracture des temps actuels.

Marx n’a jamais cessé de le répéter : le capitalisme a pour fonction de révolutionner en permanence toute la société donc il est l’adversaire de la droite classique faite de conservateurs, de réactionnaires, d’hommes tournés vers le passé.

La gauche progressiste a donc été dépassée sur son propre terrain !

La fin des couples anciens

Malgré Marx, la révolution du capitalisme est apparue comme un oxymore : dans la tradition anarchiste ou communiste, le capitalisme peut muter sans se révolutionner car depuis le XIXe siècle la révolution est la suppression même du capitalisme.

Oui, le capitalisme subit le plus souvent des mutations (le néolibéralisme par exemple) mais il a provoqué aussi sa propre révolution qui a donné ce que Michel Clouscard a appelé le capitalisme de la séduction, un autre oxymore qui est pourtant une réalité majeure.

La production économique a cessé d’être à un moment le fruit de la logique économique pour devenir le fruit du marketing pris au sens politique et non seulement technique. On va chercher le bien-être social et produire en fonction de telles études plus sérieuses que beaucoup ne le pensent !

Hier, le développement du rail a considéré l’homme comme une des marchandises marginales à transporter, car l’essentiel de la logique économique était de transporter des matières premières.

Depuis 1945, dans les pays phares du capitalisme, la révolution s’est produite quand la production économique a été élaborée à partir d’une analyse des besoins humains pris individuellement, afin de séduire ! L’homme n’est plus une marchandise, il est la référence majeure. Le succès de facebook n’est pas un produit du monde économique ancien mais un produit du monde marketing.

Cette révolution ne change rien dans le cœur du capitalisme, à savoir la domination d’une classe sur une autre, mais cependant change tout dans la société car la vie n’est pas faite que de dominations.

Le social n’est donc plus l’adversaire mais peut devenir un complice !

L’Etat n’est plus un instrument de la classe dominante mais devient une entreprise parmi d’autres, y compris l’entreprise éducation nationale !

Bref, il n’y a plus ni droite ni gauche pour la simple raison que la gauche, n’ayant pas su, ni anticiper ni réagir à la révolution du capitalisme de la séduction, n’a pas contribué à la construction d’une nouvelle fracture adaptée aux réalités premières naissantes et capable de se substituer à la précédente !

Conséquence pratique : il ne s’agit plus de lire Marx mais de le comprendre à la lumière des temps présents !

 L’anti-productivisme

Cette révolution du capitalisme s’appuie sur un phénomène qui est l’explosion des acquis de la science. L’histoire de la science n’est pas seulement l’accumulation de connaissances mais la relecture en même temps des connaissances passées. Un effort souvent raté concernant les découvertes de Marx qui ont été figées, dogmatisées au moment où elles devaient devenir plus dialectiques !

La chute de l’URSS n’a pas été la victoire du capitalisme sur le socialisme mais l’incapacité du socialisme à découvrir la révolution dans le capitalisme. Confusément, Gorbatchev, qui n’a pu être le liquidateur d’un système déjà liquidé, a pensé à une révolution dans le socialisme, mais il était d’autant plus loin du compte que les forces communistes dans les pays capitalistes ont été incapables de penser un communisme des temps présents alors qu’elles étaient face à l’adversaire majeur !

Au risque de choquer je prétends que les partis communistes du monde ont été pour une bonne part les responsables de la chute de l’URSS ! Ils ont eu ensuite la réponse facile : étant soumis au Centre ils ne purent voler de leur propre intelligence. Par exemple : dans les pays capitalistes, les partis communistes pouvaient observer que les acquis sociaux (congés payés et retraites) permettaient la naissance de ce qui allait devenir la première industrie mondiale, le tourisme ! Au contraire, le capitalisme en a tiré les leçons. Son capitalisme de la séduction n’est rien d’autre que l’inclusion dans son mode de production des souhaits populaires ! Qu’il le fasse à son service et non pour se suicider, c’est la moindre des choses !

 Un autre couple

Nous arrivons au point crucial : mais alors si le couple premier économie / politique n’existe plus, alors qu’à l’évidence, la lutte des classes (relue par Marx) continue d’être la ligne de fracture, où est fracture ? Sans déterminer cette fracture nous ne déterminerons pas un nouveau rapport droite/gauche !

Je prends un exemple que j’appuie sur une lutte sociale à laquelle je participe depuis cinq ans : la question du rapport à la grande vitesse ferroviaire. J’ai pu noter cent fois que chez des citoyens les plus divers, de droite ou de gauche, le raisonnement social et économique pouvait se rejoindre pour dire : « priorité aux lignes du quotidien », une formule reprise par quelques autorités mais sans les décisions adéquates.

A partir du moment où les moyens de production permettent aux hommes de satisfaire leurs besoins élémentaires, repensons le cas des autres besoins.

Les famines, qui existent toujours, sont les vestiges du passé que le système maintient en place pour mieux valoriser sa forme actuelle de capitalisme de la séduction : « Voyez ce vous pourriez souffrir si nous n’étions pas là pour assurer votre bonheur ! ». L’immigration est devenue l’éloge le plus parfait (car involontaire) du capitalisme de la séduction !

Le capitalisme de la séduction serait donc le producteur de la quantité et le socialisme deviendrait celui de la qualité ? La fracture serait quantité/qualité ou comme je l’entends parfois avoir/être ? Le proverbe est connu : « l »argent ne fait pas le bonheur » ce à quoi il est utile d’ajouter : « l’argent ne fait pas le bonheur de ceux qui n’en ont pas ! » Bref, cette fracture est problématique. Nous savons déjà avec le capitalisme vert que le chantier de la qualité peut, comme les congés payés, devenir une industrie lucrative !

 Le cœur de la fracture n’est autre que l’anti-productivisme sauf que le terme négatif n’est pas du meilleur effet d’autant que des anti-productiviste par esprit « anti » sont prêts à y mettre n’importe quoi.

Le marxisme est l’éloge le plus grandiose du producteur, ce dernier devenant même, presque naturellement, le fossoyeur du capitalisme. L’anti-productivisme tend à le marginaliser ou pire à le ridiculiser ce qui convient à un capitalisme où l’ouvrier pèse moins en tant que producteur qu’en tant que consommateur !

 Or l’anti-productivisme peut assurer un retour au premier plan du producteur mais du producteur réel. L’ouvrier, actuel rouage du système productif a dû accepter de n’être qu’un des rouages : il peut se changer en un rouage conscient !

Les hasards de la vie ont fait qu’un jour, à Bruniquel, Michel Clouscard est venu frapper à ma porte (vers 1995) pour me dire : mais dans mon analyse du capitalisme que devient le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière ? Il savait que je serais sans réponse mais il avait envie de réfléchir à haute voix avec un citoyen ordinaire. La disparition de la classe ouvrière n’est pas une question originale sauf que chez lui elle était signe d’inquiétude quand pour tant d’autres, elle est signe de soulagement.

La classe ouvrière, quand elle est conduite à limiter la casse sociale en demandant les plans sociaux les plus avantageux, met à mal le mythe ancien de son aspiration à faire la révolution… quand elle cherchait surtout à vivre autre chose que sa condition de classe ouvrière ! C’est là la différence majeure avec la classe paysanne : la grande majorité des paysans ont vécu comme un arrachement total leur arrivée en ville, alors que les ouvriers pouvant devenir des artisans, ou ingénieur par une promotion interne, ont vécu cet arrachement à leur classe comme une libération ! Quand par contre le chômage frappe c’est autre chose. Pour dire que l’analyse du rôle de la classe ouvrière (toujours présente) suppose d’abord de sortir du mythe.

 La classe ouvrière ne sera classe ouvrière que par la conscience de sa solidarité à part égale avec le reste de la société. Elle restera au cœur du processus productif si elle comprend par exemple, que les recherches en marketings peuvent se révolutionner en devenant utiles à tous, et pas seulement au maître de la production !

Pour rester dans le cas du ferroviaire, prenons l’exemple de la dernière grève des cheminots. Avec eux, je pense qu’un bon statut des cheminots c’est la condition de la sécurité, de la qualité mais ce bon statut ne peut pas être la seule défense du statut ancien, car tout citoyen sait qu’un conducteur de train hier et aujourd’hui ne travaille pas dans les mêmes conditions ! Leur grève est apparue comme tournée vers le passé car reposant surtout sur la défense d’intérêts particuliers. Pour le moment, une grève contre le système du tout LGV est impensable pour les cheminots car le TGV c’est leur fleuron, leur vitrine : sur le camion du CE cheminot d’une région ce n’est pas un TER moderne qui est peint mais un TGV ! A repenser leur rôle, ils peuvent repenser leurs liens avec l’essentiel des usagers sans lesquels ils ne gagneront aucunes luttes.

L’anti-productivisme ne dit pas qu’il faut cesser de faire des trains mais qu’il appartient, y compris aux cheminots, de réfléchir au train du futur en dehors d’une logique capitaliste du toujours plus vite, la logique actuelle de la SNCF qui pour moi n’a strictement rien de différent des autres entreprises capitalistes, sauf que l’histoire maintient un statut spécial pour ses employés. D’ailleurs à la SNCF la part du ferroviaire est presque minoritaire !

 Produire pour se reproduire / produire pour se souvenir, voilà, sans doute mal exprimé, la fracture à construire entre droite et gauche. La droite veut produire pour se reproduire condition majeure du maintien du système. La gauche devra produire pour se souvenir, j’entends par là pour rêver et exister en tant qu’humanité.

 

Jean-Paul Damaggio

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 13:14

Du 1905 à 1907 Raoul Verfeuil va proposer des dizaines d'articles dans l'hebdo radical acceptant des socialistes, L'Indépendant. Le 13 octobre, suite au décès de l'écrivain intervenue le 6, il publie cet article (il a seulement 19 ans !) qui présente une originalité unique : il signe de son nom ! Pourquoi là et seulement là ? Pour qu'on sache bien que c'est lui Lamolinairie qui fut un admirateur de Pouvillon ?

Cet article est indirectement un hommage à ce qui sera la vie… de Verfeuil sauf que par rapport à Pouvillon, il mettra plus souvent les pieds dans le plat ! Cet article n'est compréhensible que si on retient cette anecdote : Pouvillon a été exclu de l'Académie de Montauban. Pouvillon était célébré surtout par la droite car face au méchant Cladel rouge écarlate, il était le gentil mais quand éclata l'affaire Dreyfus ce fut la guerre à Montauban. L'historien Albert Mathiez qui était prof au lycée se fera muter pour ça… et on retrouvera Mathiez dans la tendance politique de Verfeuil quand ensemble ils se feront exclure du PCF en 1922. Bref, Verfeuil s'inscrit dans une lutte franche et directe où il lui plaît d'aimer le ton paisible de Pouvillon, celui qu'il aurait aimé avoir tout le temps si la lutte des classes n'était pas aussi rude. JPD

  Pouvillon

Le charmant écrivain Emile Pouvillon notre compatriote est mort lundi dernier à Jacob-Belle-Combette à 2 km de Chambéry (Savoie) où il était en villégiature depuis quinze jours. La triste, la douloureuse nouvelle nous a frappé brusquement, comme un coup de foudre. Cette mort nous est en effet d’autant plus pénible, d’autant plus douloureuse qu’elle est inattendue et que Pouvillon nous appartenait à tous les points de vue, comme militant et comme littérateur. Il était à nous avant d’être à quiconque. Avant d’être à sa famille et à l’église. Il était à Montauban, à notre parti, à l’histoire. On ne nous le prendra pas.

Né dans notre ville en 1840, Emile Pouvillon manifesta très jeune ses instincts littéraires. Pourtant ce n’est guère qu’à 28 ans qu’il fut ses débuts, en collaborant au journal de Jules Vallès La Rue. En 1878 seulement il fit paraître son premier volume : Nouvelles réalistes. Mais dès ce moment ses œuvres se succèdent sans interruption. Ce sont : Césette, le délicieux roman courroné par l’Académie française (1881), l’innoncent (1884), Jean de Jeanne (1886), le Cheval-bleu (1888), Chante-Pleure (1890), les Antibels (1892), Petites amies (1893) Bernadette de Lourdes -1894) Pays et Paysages (1895), Mademoiselle Clémence (1896), L’Image (1897), Le vœu d’être chaste (1900), Pep, Petites gens. Emile Pouvillon laisse une pièce de théâtre inédite à tendances sociales, l’alluvion, actuellement au théâtre Antoine où elle allait être représentée, et un roman non terminé. Il se proposait aussi de réunir en volume les « Portraits de villes » publiés dans La Dépêche.

L’œuvre de notre compatriote est des plus remarquables. Elle vibre de sincérité, d’enthousiasme, de simplicité et de poésie. Il y a de la noblesse et une exquise naïveté, en même temps qu’une tranquillité sereine. Elle n’en est pas moins empreinte de force de la robustesse de ces paysans qu’il a peints, alliée à la grâce des paysages où ils se meuvent. On a dit d’Emile Pouvillon qu’il est réaliste à sa façon. C’est un réalisme en quelque sorte idéaliste, mais un réalisme quand même ; car dans les hommes les plus terre à terre il y a des sentiments de poète. Le paysan de Pouvillon est de ceux là. C’est le travailleur robuste, puissant mais rêveur, langoureux, idyllique. Sous son masque grossier se cache un sentimental. Dans sa face terreuse, de brute, brillent des yeux pétillants où se reflète l’admirable nature qu’il connaît par cœur. L’âpre soleil du Midi lui hâle, lui flétrit la peau ; mais il lui donne aussi toute la joie de sa flamme éclatante.

Assurément, tout ce que l’on pourrait reprocher à Pouvillon, si on pouvait lui reprocher quelque chose, ce que je ne crois pas, ce serait d’avoir trop poétisé le paysan. La brute domine souvent dans l’habitant des campagnes. Il arrive aussi qu’il suffit l’influence du milieu et que la beauté des gracieuses plaines et des altiers coteaux le frappe, l’émeut, le transforme, le rend poète. Pouvillon a connu ce paysan là. Son âme d’artiste l’a peut-être empêché de coir le côté trop matériel, trop grossier de ses héros. Devons-nous nous en plaindre ? Sans doute, il faut peindre la vie comme elle est. Mais que la vie ne comporte pas que des tableaux lugubres et des spectacles répugnants. Il y a aussi des idylles. Nous n’avons qu’à remercier ceux qui nous les dévoilent. Elles sont tellement rares qu’elles étonnent heureusement. Ne serait-ce qu’à ce point de vue, Pouvillon a droit à notre gratitude.

D’ailleurs ses dernières œuvres accusaient une tendance plus vraie, pour ne pas dire plus réaliste. Dans Jep, par exemple, cette tendance se manifeste d’une façon frappante. Autant que je m’en souvienne, le paysan est vraiment le paysan, c’est-à-dire l’homme qui croit aux sorciers, qui se bat pour un motif futile et qu’enthousiasme l’Idée. Pouvillon se rapproche alors de Cladel et peut-être un peu de Zola. Il ne manque pas d’âpreté. Il n'arrive pas jusqu'à la crudité, mais il ne voile que très discrètement sa peinture. « Ce qui devait arriver arriva... » C'est dans Jep. Le poète n'ose pu dire davantage. Cela suffit. J'aime peut-être mieux Pouvillon ainsi. Il est plus vrai. Quoi qu'il en soit, ce fut un parfait écrivain. Sa phrase est étrangement claire. Il excelle dans la simplicité. Il atteint même jusqu'à l’exquis. Il y a du mysticisme en lui, mais un mysticisme qui n'a rien des religions. Il avait la foi, mais la foi en son art et en la vérité. Il détestait les honneurs, quels qu'ils fussent. Sa vie est d'un sage.

Comme militant, Pouvillon nous appartenait aussi. Il suffit de connaître quelque peu sa vie. Il avait nos opinions. Il fut l’un des premiers défenseurs de Dreyfus condamné et de Zola odieusement outragé, ce qui lui valut d'être chassé de l'Académie montalbanaise dont il était pourtant la seule raison d'être. Il lutta toujours pour le Beau, le Juste et le Vrai, malgré les cruelles souffrances dont on le persécuta. Ce fut un poète, mais ce fut aussi un homme. Il était du Cercle départemental radical et socialiste, de la Ligue des Droits de l’Homme, de la Jeunesse et de la Mission laïques. Pouvillon est des nôtres, nous le disons bien haut. Nous pourrions nous ériger en accusateurs et crier notre colère et notre indignation. Nous préférons, pour l’instant, exprimer seulement notre douleur. Le temps viendra où nous reprendrons celui qu'on n'a pu que nous confisquer.

Pouvillon disparaît, mais ses œuvres restent.

Raoul Lamolinairie (Raoul Verfeuil)

 

A ÉMILE POUVILLON

La Mort t'arrache a nous, écrivain du terroir *

Dont tu glorifias la beauté souveraine,

Troubadour qui chantas la grâce de la plaine

La fierté des coteaux aux antiques manoirs.

 

A ton pays natal, tu pris avec savoir

Sa tranquillité douce et sa force sereine,

Son éclatant soleil et la troublante haleine,

De ces fertiles champs que tu ne peux plus voir.

 

Et tu dressas ton œuvre avec cette matière,

Et cette œuvre fut simple et pourtant comme altière,

Et tu fus un conteur délicieux, exquis ;

 

Sur le grand livre d'or que l'Avenir t’apprête,

Ton nom demeurera, Pouvillon, ô poète,

Comme notre douleur dans nos êtres meurtris.

RAOUL. VERFEULL.

10 octobre 1906.

 

 

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 13:11

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Cet assassinat des frères Rosselli a plusieurs fois été évoqué sur ce blog. J'offre à présent en accès gratuit la brochure publiée par les Editions La brochure à ce sujet.

Oggi in Spagna, domani in Italia, Carlo Rosselli (en français)

Avec une présentation.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:24

J'ai retenu cette autre chronique du Monde diplomatique à la fois à cause de celle qui l'a écrite (Je suis un lecteur fréquent d'Evelyne Pieiller) et bien sûr à cause de l'auteur évoqué. Un petit détour par l'Italie que je vais poursuivre dans le message suivant. JPD

UN VOYAGE INTÉRIEUR

L’illusion de l'harmonie

UTOPIE ET DÉSENCHANTEMENT, par Claudio Magris, traduit de l'italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, Gallimard-L'Arpenteur, Paris, 2001, 441 pages, 165 F.

BIEN sûr, on connaît Claudio Magris par son Danube, cet émerveillant récit d'un voyage qui l'a mené de ses sources, mystérieusement multiples, à sa souveraine, sa splendide embouchure. Mais cette longue quête, qui prenait parfois allure d'enquête folâtre, ne se réduisait certainement pas à une visite guidée parmi les hauts lieux de la culture de la Mitteleuropa. Non, tout se mêlait, s'interrogeait, se répondait en écho, les événements historiques, les livres, les collines, le sourire d'un pêcheur, le regard d'une amie, et c'était là la beauté de Danube que nous apprendre, délicatement, à saluer, à mesurer, les traces et les rêves des hommes, sans jamais oublier que nous sont données la grâce d'exister et la responsabilité qui l'accompagne.

Avec Utopie et Désenchantement, Magris propose à nouveau un voyage, mais intérieur celui-là, au fil des livres, au hasard des rencontres que propose la vie. Il a réuni ici des articles, écrits sur une vingtaine d'années, et il importe peu qu'on ne soit pas un spécialiste de Jorge Luis Borges, de Thomas Mann ou des plages triestines au mois d'août pour pouvoir l'accompagner. Car ce n'est pas là un ouvrage professoral, même s'il est savant. C'est bien plutôt un essai, au sens de Montaigne, qui entreprend, à partir de l'analyse concrète d’un aspect d'une œuvre, ou de l'examen détaillé de souvenirs de Noël, d'approcher une façon de vivre qui serait morale. Ah, voilà un adjectif quelque peu... démonétisé.

Pourtant, la morale n'a rien à voir avec le moralisme sentimental qu'on lui substitue souvent. Il s'agit, tout bonnement, de savoir quel sens donner à la vie, et d'essayer d'agir en fonction de ce sens. Par les temps qui courent, il semble qu'on accepte assez facilement qu'elle n'en ait guère d'autre que celui du petit bonheur individuel, et encore...

POUR Magris, il convient de savoir que « la vie n'a pas de sens » mais que la tristesse qui accompagne cette conviction indique qu'il faut en postuler un, modestement, vigoureusement. Se tenir entre « l'utopie et le désenchantement », inventer ironiquement l'espérance, et c'est ce que la littérature, qui « se pose souvent par rapport à l'Histoire comme l'autre face de la Lune, laissée dans l'ombre par le cours du monde », nous apprend — celle de Cervantès ou de Péguy, de Goethe ou de Broch.

Et c'est ce que vivre nous apprend, si on renonce au fantasme de « l'identité », si on renonce au besoin de posséder, ou d'être, une totalité, si on renonce à l'illusion de l'harmonie. L'art n'est pas « salvateur », l'intellectuel n'est pas nécessairement un juste, il faut à chaque fois se situer dans la tension de la déception et de l'émerveillement, pour parvenir à découvrir que l'impureté est joyeuse, libératrice, à l'opposé des fanatismes et des mensonges, pour accueillir l'inquiétude joueuse qui nous fait inventer des histoires et tomber amoureux.

Alors, on se sait, on se choisit «polygame et polythéiste », au plus loin du cynisme, et responsable, comme tout un chacun, de ses mots, de ses gestes, toujours à réinventer. La morale devient une esthétique, et vice versa, naturellement, comme aurait dit Baudelaire, pour fonder l'entreprise de vivre, menue, immense. Magris a écrit ici, en vagabondant, de monographie aiguë en anecdote souriante, une assez splendide introduction à l'art, ô combien solitaire, ô combien politique, de la bonté envers les possibilités d'embellissement du monde.

 

ÉVELYNE PIEILLER.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:21

Il est très rare que Le Monde diplomatique rende compte d'un livre publié à L'Harmattan. Kamal Ben Hameda que vous toruverez ailleurs sur ce blog le mérite. JPD

Décembre 2001

SOUFFRANCES LIBYENNES

Un monde ourlé d'interdits

LA MÉMOIRE DE L'ABSENT, de Kamal Ben Hameda, L'Harmattan, « Ecritures arabes », Paris, 2001, 96 pages, 70 F.

SUR la couverture, Nour Ysebaert a peint un personnage-oiseau qui hésite entre être humain et pingouin. Dont le corps est constellé d'éclats et dont les yeux regardent autant en dehors qu'en dedans. Le peintre a su attraper là quelque chose d'intime qui traverse l'histoire de l'auteur. Né dans la Tripoli libyenne, Kamal Ben Hameda y passe une enfance délicieuse et douloureuse. « Comme les femmes, sa parole est de trop, disent les hommes de quelqu'un qui leur semble trouver du plaisir à parler. Un homme s'exprime pour commander, informer, sinon il se tait. » Dans ce saisissant raccourci des codes de comportement d'une société fermée sur laquelle on sait peu de choses, on aura compris de quelle matrice il lui aura fallu se dégager pour trouver sa propre respiration. Puisqu'il sait déjà, depuis l'enfance, que la parole et l'écriture seront l'eau et le miel de son existence, il apprendra, très vite, à les faire exister clandestinement pour pouvoir survivre.

« A la maison on apprenait aux enfants la soumission au père, dans la rue la soumission aux grands, à l'école coranique la soumission à Allah et à son prophète, puis, à l'école publique, la soumission aux maîtres, aux gouverneurs et à leurs gardiens. »

Kamal Ben Hameda revient de loin. D'un monde clos et ourlé d'interdits. Où la première ligne de barbelés est celle qui sépare le monde des hommes de celui des femmes. Alors que c'est seulement avec elles qu'il se sent bien. Des interdits qu'il raconte à foison tout en dessinant un itinéraire fascinant de couleurs et de parfums dans une ville « comme un cœur vivant et lumineux » qui lui fait mal mais qu'il aime profondément. Des interdits qui, sous la monarchie aussi bien que sous le régime du frère colonel », visent seulement à pérenniser le pouvoir quel qu'il soit. «Je ferai de ma personne, si nécessaire, un tapis sur lequel notre chef et ses frères révolutionnaires puissent marcher vers la victoire finale », doit-il alléguer en toutes circonstances. Tout un programme... qui lui fait perdre vite toute illusion de transformation du monde « On venait de destituer un roi et fonder une république pour aussitôt interdire le droit de réunion, le droit d'association, le droit de grève, la constitution de partis politiques, le droit à une presse libre et plurielle. »

La tentative de passer outre cette « sécheresse intellectuelle » qui s'est abattue sur le pays, matérialisée dans l'emprunt bénin d'un livre interdit, lui vaut l'affreuse expérience de la détention en hôpital psychiatrique.., la révélation de son utilisation à grande échelle produit une véritable onde de choc.

La ville et la vie lui deviennent amères. Kamal Ben Hameda va chercher à partir très loin. Vers l'exil, qui le conduira aux Pays-Bas. Un choix qui est aussi une déchirure mais la seule voie pour garder son intériorité comme son intégrité, pour, continuer à écrire. Il dédie son récit à des écrivains amis disparus qui n'ont pas même eu temps d'y songer...

 

MARINA DA SILVA.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 12:17

la-com-mariet.jpg

 

Suite au décès de l'ami Alain Mariet qui a passé sa vie dans la communication (sous diverses formes) je propose en guse d'hommage la lecture de sa brochure sur la question. Elle paraîtra sans doute à certains comme une vulgarisation scientifique bien modeste mais parfois il faut tenter de résumer un phénomène crucial dans nos vies. JPD

La communication, Alan Mariet

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 18:39

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Voilà un roman extraordinaire écrit par un auteur mexicain trop peu connu en France car trop peu traduit. Peut-être est-ce suite à cette chronique que je me suis lancé dans la lecture mais je pense plutôt que c'est suite à ses rticle dans le journal La Jornada. JPD

Monde Diplomatique Janvier 2000

Enfants de Zapata

GUERRE AU PARADIS, de Carlos Montemayor, traduit de l'espagnol (Mexique) par Anny Amberni, Gallimard, Paris, 1999, 443 pages, 160 F.

« A l'aube, la camionnette vert olive sortit du champ militaire, escortée par deux véhicules, et prit l'anneau du périphérique, obscurci de brouillard à pareille heure. Elle roulait à grande vitesse sur l'autoroute déserte en direction du sud. » Les militaires se dirigent vers la station balnéaire d'Acapulco. Touristes, milliardaires et trafiquants de drogue. A quelques kilomètres, la Sierra Madre del Sur, habitée par métis et Indiens. Nous sommes dans l'Etat de Guerrero, qui est, avec ceux de Chiapas et d'Oaxaca, l'un des plus pauvres du Mexique. Le pouvoir y appartient, depuis la révolution de 1910, à des caciques. C'est ici qu'Emiliano Zapata se souleva et fut criblé de balles en 1919. En 1963, Genaro Vasquez, un maître d'école, abandonne la lutte pacifique. Comme Zapata, il s'identifie à son milieu et prend les armes à la tête de l'Association nationale civique révolutionnaire (ANCR). Genaro Vasquez mourra en 1972 dans un accident de voiture, selon la version officielle.

Carlos Montemayor, poète et romancier mexicain, nous raconte la suite à la fin des années 60, un autre instituteur, Lucio Cabanas, incarne à nouveau la résistance, fonde le Parti des pauvres (PDLP) et entre dans la clandestinité. Le PDLP prône « un nouvel ordre politique et économique par l'expropriation des usines et des grandes propriétés ». Les actions des insurgés se multiplient et culminent, le 20 mai 1974, avec l'enlèvement de Rubén Figueroa père, candidat du parti officiel, le Parti révolutionnaire institutionnel, au poste de gouverneur de l'Etat.

CARLOS MONTEMAYOR a écrit ce roman en 1991, trois ans avant l'insurrection zapatiste du sous-commandant Marcos. « C'est-à-dire que l'Histoire se répète et tend périlleusement des pièges à la vie des armées », avoue, dans le livre, le général Hernandez. Chargé d'étouffer la rébellion, il constate que les guérillas réapparaissent de façon cyclique dans les Etats du sud du Mexique (1). « L'essentiel dans cette affaire, explique un autre général, Escarcega, à ses collègues, c'est le soutien organisé des populations de la sierra. Il ne s'agit pas d'une poignée d'insurgés armés qui se déplacent d'un endroit à l'autre, indépendants et isolés, comme les autres terroristes, non; les gens les aident, les soutiennent et les cachent. » Avec l'assassinat de Lucio Cabanas, en décembre 1974, criblé de balles comme Zapata, une nouvelle étape de la guérilla rurale se terminait. Elle laissait un solde de plusieurs centaines de morts et plus de trois cents disparus dans le seul Etat de Guerrero.

Vingt ans plus tard, la lutte reprendra au Chiapas (et dans le Guerrero). Pour l'armée, toujours la même réponse, hier et aujourd'hui. Les paramilitaires organisent des massacres collectifs, l'armée occupe les villages et les hameaux, dresse la liste des habitants, et tout homme absent est décrété zapatiste. « Notre action ne saura se réduire à une contre-guérilla ni à un ratissage de la région, mais doit être un contrôle de toute la zone. (...) Il faut affronter le peuple, faire le siège du village et agir comme si toute la population était complice de Lucia Cabanas », concluait déjà à l'époque le général Escarcega.

RAMON CHAO.

 

(1) Cf Françoise Escarpit, « Une multitude de guérillas», Le Monde diplomatique, janvier 1997.

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