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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 11:21

Il est très rare que Le Monde diplomatique rende compte d'un livre publié à L'Harmattan. Kamal Ben Hameda que vous toruverez ailleurs sur ce blog le mérite. JPD

Décembre 2001

SOUFFRANCES LIBYENNES

Un monde ourlé d'interdits

LA MÉMOIRE DE L'ABSENT, de Kamal Ben Hameda, L'Harmattan, « Ecritures arabes », Paris, 2001, 96 pages, 70 F.

SUR la couverture, Nour Ysebaert a peint un personnage-oiseau qui hésite entre être humain et pingouin. Dont le corps est constellé d'éclats et dont les yeux regardent autant en dehors qu'en dedans. Le peintre a su attraper là quelque chose d'intime qui traverse l'histoire de l'auteur. Né dans la Tripoli libyenne, Kamal Ben Hameda y passe une enfance délicieuse et douloureuse. « Comme les femmes, sa parole est de trop, disent les hommes de quelqu'un qui leur semble trouver du plaisir à parler. Un homme s'exprime pour commander, informer, sinon il se tait. » Dans ce saisissant raccourci des codes de comportement d'une société fermée sur laquelle on sait peu de choses, on aura compris de quelle matrice il lui aura fallu se dégager pour trouver sa propre respiration. Puisqu'il sait déjà, depuis l'enfance, que la parole et l'écriture seront l'eau et le miel de son existence, il apprendra, très vite, à les faire exister clandestinement pour pouvoir survivre.

« A la maison on apprenait aux enfants la soumission au père, dans la rue la soumission aux grands, à l'école coranique la soumission à Allah et à son prophète, puis, à l'école publique, la soumission aux maîtres, aux gouverneurs et à leurs gardiens. »

Kamal Ben Hameda revient de loin. D'un monde clos et ourlé d'interdits. Où la première ligne de barbelés est celle qui sépare le monde des hommes de celui des femmes. Alors que c'est seulement avec elles qu'il se sent bien. Des interdits qu'il raconte à foison tout en dessinant un itinéraire fascinant de couleurs et de parfums dans une ville « comme un cœur vivant et lumineux » qui lui fait mal mais qu'il aime profondément. Des interdits qui, sous la monarchie aussi bien que sous le régime du frère colonel », visent seulement à pérenniser le pouvoir quel qu'il soit. «Je ferai de ma personne, si nécessaire, un tapis sur lequel notre chef et ses frères révolutionnaires puissent marcher vers la victoire finale », doit-il alléguer en toutes circonstances. Tout un programme... qui lui fait perdre vite toute illusion de transformation du monde « On venait de destituer un roi et fonder une république pour aussitôt interdire le droit de réunion, le droit d'association, le droit de grève, la constitution de partis politiques, le droit à une presse libre et plurielle. »

La tentative de passer outre cette « sécheresse intellectuelle » qui s'est abattue sur le pays, matérialisée dans l'emprunt bénin d'un livre interdit, lui vaut l'affreuse expérience de la détention en hôpital psychiatrique.., la révélation de son utilisation à grande échelle produit une véritable onde de choc.

La ville et la vie lui deviennent amères. Kamal Ben Hameda va chercher à partir très loin. Vers l'exil, qui le conduira aux Pays-Bas. Un choix qui est aussi une déchirure mais la seule voie pour garder son intériorité comme son intégrité, pour, continuer à écrire. Il dédie son récit à des écrivains amis disparus qui n'ont pas même eu temps d'y songer...

 

MARINA DA SILVA.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 11:17

la-com-mariet.jpg

 

Suite au décès de l'ami Alain Mariet qui a passé sa vie dans la communication (sous diverses formes) je propose en guse d'hommage la lecture de sa brochure sur la question. Elle paraîtra sans doute à certains comme une vulgarisation scientifique bien modeste mais parfois il faut tenter de résumer un phénomène crucial dans nos vies. JPD

La communication, Alan Mariet

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 17:39

                                                          guerre-au-paradis.jpg

Voilà un roman extraordinaire écrit par un auteur mexicain trop peu connu en France car trop peu traduit. Peut-être est-ce suite à cette chronique que je me suis lancé dans la lecture mais je pense plutôt que c'est suite à ses rticle dans le journal La Jornada. JPD

Monde Diplomatique Janvier 2000

Enfants de Zapata

GUERRE AU PARADIS, de Carlos Montemayor, traduit de l'espagnol (Mexique) par Anny Amberni, Gallimard, Paris, 1999, 443 pages, 160 F.

« A l'aube, la camionnette vert olive sortit du champ militaire, escortée par deux véhicules, et prit l'anneau du périphérique, obscurci de brouillard à pareille heure. Elle roulait à grande vitesse sur l'autoroute déserte en direction du sud. » Les militaires se dirigent vers la station balnéaire d'Acapulco. Touristes, milliardaires et trafiquants de drogue. A quelques kilomètres, la Sierra Madre del Sur, habitée par métis et Indiens. Nous sommes dans l'Etat de Guerrero, qui est, avec ceux de Chiapas et d'Oaxaca, l'un des plus pauvres du Mexique. Le pouvoir y appartient, depuis la révolution de 1910, à des caciques. C'est ici qu'Emiliano Zapata se souleva et fut criblé de balles en 1919. En 1963, Genaro Vasquez, un maître d'école, abandonne la lutte pacifique. Comme Zapata, il s'identifie à son milieu et prend les armes à la tête de l'Association nationale civique révolutionnaire (ANCR). Genaro Vasquez mourra en 1972 dans un accident de voiture, selon la version officielle.

Carlos Montemayor, poète et romancier mexicain, nous raconte la suite à la fin des années 60, un autre instituteur, Lucio Cabanas, incarne à nouveau la résistance, fonde le Parti des pauvres (PDLP) et entre dans la clandestinité. Le PDLP prône « un nouvel ordre politique et économique par l'expropriation des usines et des grandes propriétés ». Les actions des insurgés se multiplient et culminent, le 20 mai 1974, avec l'enlèvement de Rubén Figueroa père, candidat du parti officiel, le Parti révolutionnaire institutionnel, au poste de gouverneur de l'Etat.

CARLOS MONTEMAYOR a écrit ce roman en 1991, trois ans avant l'insurrection zapatiste du sous-commandant Marcos. « C'est-à-dire que l'Histoire se répète et tend périlleusement des pièges à la vie des armées », avoue, dans le livre, le général Hernandez. Chargé d'étouffer la rébellion, il constate que les guérillas réapparaissent de façon cyclique dans les Etats du sud du Mexique (1). « L'essentiel dans cette affaire, explique un autre général, Escarcega, à ses collègues, c'est le soutien organisé des populations de la sierra. Il ne s'agit pas d'une poignée d'insurgés armés qui se déplacent d'un endroit à l'autre, indépendants et isolés, comme les autres terroristes, non; les gens les aident, les soutiennent et les cachent. » Avec l'assassinat de Lucio Cabanas, en décembre 1974, criblé de balles comme Zapata, une nouvelle étape de la guérilla rurale se terminait. Elle laissait un solde de plusieurs centaines de morts et plus de trois cents disparus dans le seul Etat de Guerrero.

Vingt ans plus tard, la lutte reprendra au Chiapas (et dans le Guerrero). Pour l'armée, toujours la même réponse, hier et aujourd'hui. Les paramilitaires organisent des massacres collectifs, l'armée occupe les villages et les hameaux, dresse la liste des habitants, et tout homme absent est décrété zapatiste. « Notre action ne saura se réduire à une contre-guérilla ni à un ratissage de la région, mais doit être un contrôle de toute la zone. (...) Il faut affronter le peuple, faire le siège du village et agir comme si toute la population était complice de Lucia Cabanas », concluait déjà à l'époque le général Escarcega.

RAMON CHAO.

 

(1) Cf Françoise Escarpit, « Une multitude de guérillas», Le Monde diplomatique, janvier 1997.

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 17:35

Délégués sénatoriales TetG 2014

Peut-être est-ce la seule liste rendue publique des délégués aux sénatoriales ?

Elle rappelle mon admiration, indépendamment des idées, pour ceux qui prennent sur leur temps pour s'occuper de la chose publique. C'est vrai, une petite minorité bénéficie de pas mal de privilèges en échange de la fonction politique. Un peu comme mon admiration pour tous ceux qui, sur les terrains de sport, animent des équipes de jeunes et qui sont la majorité à côté du sport mafia. Dans une liste tout le monde est sur la même marche du podium.

Après, à chacun de se faire son idée. JPD

Voir également la liste de tous les élus municipaux du Tarn et Garonne :

Les élus municipaux du Tarn et Garonne

 

 

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27 juillet 2014 7 27 /07 /juillet /2014 17:12

 

N'étant pas dans le département début juillet j'ai raté l'information qui est sur le site national du PRG :

"Vendredi 4 Juillet s’est tenue à Montbeton l’Assemblée Générale de la fédération du Parti Radical de Gauche de Tarn-et-Garonne présidée par Sylvia Pinel, et en présence de la députée européenne Virginie Rosière.

Jean-Michel BAYLET (Sénateur sortant et Président du Conseil Général) et Francis LABRUYERE (Maire de Villemade et Président de l’Association des Maires) ont été ainsi désigné candidats du PRG pour les élections Sénatoriales du 28 Septembre prochain.

Les deux candidats iront très prochainement à la rencontre des grands électeurs Tarn-et-Garonnais."

Donc le mystère est levé côté PRG : J-M Baylet tente de jouer la sécurité en présentant le président de l'association des maires du Tarn et Garonne.

Que va-t-il se passer du côté du PS qui avait souhaité une alliance ?

 

Jean Paul Damaggio

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 17:05

couv-mottay.jpg

Une coïncidence fait que 1944 et 1914 conduisent à des célébrations militaires. Les souvenirs de l'enfant qu'était Emile en 1944 dans sa Normandie, et qu'il a présenté sous forme de contes sincères en utilisant fortement ses talents de poète, renvoient indirectement à un Traité de Versailles signé en 1919 sans le soutien des USA (ils signèrent ensuite) qui y voyaient la graine d'une autre guerre.

En éditant ce texte, nous sommes heureux d'ajouter à la longue liste de nos publications une autre forme d'écriture, et un beau dépaysement puisque nous sommes loin du Tarn-et-Garonne où cependant Emile Mottay vit depuis si longtemps. Je me souviens de ma première réunion syndicale en 1971, où en sortant, pour soutenir sans doute mon propos de minoritaire, il eut un petit mot encourageant. Je ne le connaissais pas mais il arrive parfois qu'on se souvienne de certaines anecdotes. Celles qui peuplent le livre d'Emile sont toutes pleines d'humanité. JPD

Le Bracelet, 80 pages, 5 euros

 Voici la présentation faite par Emile :

 "La guerre vue par un enfant". Ce pourrait être le second titre de cet ouvrage d’Emile Mottay qui avait six ans lors du débarquement américain sur les plages d’Arromanches. Il a vécu l’occupation allemande de son hameau normand, un des très nombreux endroits où la bataille a fait rage. Pendant la libération de ce hameau, lui et sa famille ont par miracle échappé à la mort. Il se souvient avec clarté de nombreux événements qu’il a vécus, parfois tragiques, parfois prêtant à sourire. Cette année a été fêté le 70ème anniversaire du D Day. L’auteur pense que son témoi-gnage peut être considéré comme un hommage à tous les GI qui ont reconquis notre liberté au péril de leur vie. Les pertes de l’armée américaine furent extrêmement importantes. Pendant la bataille de Normandie, trois cent mille soldats US furent tués."

 

J'ajoute ici une poésie d'Emile publiée dans un recueil de Montauriol-Poésie :

L'Internationale

Te souviens-tu, mon camarade,

De ces moments où nous levions le poing ?

Nous ne chantions pas le grand soir,

Imposture funeste,

Mais la justice.

Nous chantions pour nos enfants,

Pour nos petits-enfants, tous les enfants du monde.

 

Vois camarade, comme le ciel est noir !

Etions-nous si naïfs ? Fallait-il espérer ?

Mais quelle vie aurait été la nôtre

Si nous ne l'avions pas fait ?


Nous avons perdu la bataille,

Jamais nous ne verrons ce que nous attendions

Et le pire est à craindre.

Mais qui connaît la destinée des hommes ?

mottay-montauriol.jpg

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 16:55

 

 alain-mariet.JPG

Pour faire connaître l'histoire de sa commune, le travail d'Alain Mariet, qui vient de décéder, a été phénoménal. Pour ça il faut se reporter aux documents de La Feuille bourretoise.

Pour des raisons que je n'ai pas cherché à élucider cette publication internet a cessé en 2008 peu après que dans le numéro n°22 on y évoque mon intervention le 5 avril 2008.

Six ans déjà ! J'y retrouve l'idée d'une conférence sur Victor Malrieu qui n'a jamais abouti. Après cette réunion de 2008 nous étions allé visiter Pierre Malrieu à Penne. Et aujourd'hui tous ces souvenirs me reviennent avec émotion.

Ceci étant Alain était si discret que son nom n'apparaît nulle part.

 Parmi ses projets il y avait le suivant présent sur un autre site qu'il a animé et dontil m'avait parlé :

Association de Sauvegarde

"La Grande Guerre

A l'occasion du centenaire de la Guerre de 1914-1918, notre Association entend se joindre au devoir de mémoire rendu par la Nation aux combattants de la Grande Guerre et aux souffrances des populations durant ces terribles années. Localement, nous devons rendre Honneur aux jeunes de Bourret et des villages voisins, partis se battre loin de chez eux pour défendre la Patrie et la Liberté !

Nous recherchons tout document conservé dans les familles de nos villages concernant cette période-là (lettres de poilus, photos, témoignages, textes divers…)

Aussi  dans le courant de l'année nous publierons une brochure, témoignant de la façon dont s’est passé le conflit chez nous, témoignant du courage de chacune et chacun, femmes et enfants qui en l’absence du père, du mari parti sur le front, assumèrent toutes les tâches quotidiennes. Et la reconnaissance des efforts était souvent, en ces temps là, récompensée par l’annonce d’un décès…

Les travaux réalisés à partir des documents reçus (ceux que vous nous transmettrez en nous contactant aux adresses indiquées en haut et bas de page!), seront présentés lors d’une manifestation en Mairie de Bourret à une date qui sera communiquée ultérieurement ! Lors de cette réunion vous pourrez bien sûr vous procurer cette brochure illustrée !"

 Sur ce site vous trouverez des documents sur les Ponts Gisclard une des dernières réunions (très réussie) dont nous avions parlé ensemble.

Cher Alain, comment s'incliner devant des coups pareils ?

 

Tu avais aussi publié un travail sur l'école que j'essaierais de mettre sur internet pour soutenir ta mémoire.

Dans cette école de Bourret, je m'en souviendrai toujours, j'tais arrivé en remplacement dans la classe et j'interrogeai les gamins dont un du fond totalement enthousiaste. Alors une gamine, devant, m'expliqua : "Mais vous ne voyez pas qu'il est nul !". Alors l'enfant du fond ajouta : "Oui monsieur, je suis le premier en commençant par la fin !"

Jean-Paul Damaggio

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 10:17

Deux écrivains qui avaient été présentés par Le Monde Diplomatique (mais qui ne sont pas dans la ligne de ce mensuel) et que je défends depuis longtemps. JPD

 

Décembre 1999

ÉGYPTE FIN DE SIÈCLE : Une redoutable fresque

CHARAF OU L'HONNEUR, de Sonallah Ibrahim, traduit de l'arabe (Egypte) par Richard Jacquemond, Actes Sud, colt. « Sindbad », Paris, 1999, 345 pages, 149 F.                             

SI l'on veut connaître un pays, il faut lire ses écrivains. Rien n'est plus vrai pour l'Egypte et le dernier roman de Sonallah Ibrahim. Quand on a la malchance, comme Charaf, d'habiter près d’« un tas d'ordures recouvert de mouches,... [de] relents d'égouts, [de] ruelles pleines de nids-de-poule et de bosses,... [de] petites maisons qui semblent toujours s'enfoncer, [dans des] pièces où s'entassent cinq à dix personnes, l'eau coupée... » on ne peut être que programmé génétiquement et socialement pour le malheur et toutes les déclinaisons de la frustration.

Dans le centre-ville du Caire, le jeune Charaf promène son désoeuvrement et sa frustration sans espoir aucun d'accéder aux biens de consommation occidentaux qui s'étalent dans les vitrines. Il rencontre John, un touriste anglais, blond comme il se doit, qui l'invite au cinéma puis chez lui, dans le quartier chic de Zamalek. Aveuglé par sa naïveté, Charaf suit l'Anglais sans comprendre ses intentions inavouées, puis le tue accidentellement avec une bouteille de whisky en tentant d'échapper au viol.

Sous la torture, Charaf est contraint d'avouer son crime. En prison, dans l'attente de son procès, il découvre les lois impitoyables de l'univers carcéral qui, sous la plume de Sonallah Ibrahim, fait figure de microcosme de la société égyptienne moderne, vouée à la corruption généralisée et aux crapuleries de toutes sortes.

Second protagoniste du roman, socialement et intellectuellement à l'opposé de Charaf, le détenu Ramzi Boutros Nassif a, pour sa part, été victime d'une machination l'impliquant dans une affaire de corruption. Ce pharmacien copte, intellectuel marginalisé, employé par une multinationale pharmaceutique suisse et ancien militant de gauche, nous livre, à travers des coupures de presse — authentiques ? — qu'il a collectées et ses Notes pour un mémoire de défense, un violent réquisitoire contre les pratiques mafieuses des multinationales dans les pays en voie de développement (commerce de denrées avariées, de médicaments périmés, etc.), et l'enrichissement personnel des dirigeants égyptiens, au détriment de la santé physique et mentale de la population. « 90 000 décès [en un an] dus aux maladies transmises par les eaux polluées du Nil. (...) La personne humaine n'a plus aucune valeur en Egypte, dénonce ce héros quasi shakespearien, qui prêche dans le vide. Etrange peuple qui s'autodétruit et assiste, indifférent, à sa destruction par les autres. »

NÉ en 1937 au Caire, Sonallah Ibrahim, journaliste et ancien militant communiste, a lui-même passé cinq années dans les geôles nassériennes, de 1959 à 1964, pour ses convictions politiques. Consumérisme outrancier, perte d'identité et des valeurs traditionnelles, misère sexuelle et misère de la condition féminine, pauvreté, délabrement et puanteurs diverses, corruption, pourrissement des corps et des institutions, débilité du discours islamiste, tels sont les thèmes obsessionnels qu'il développe à travers ses livres, avec un humour cinglant, beaucoup d'éclats de rire et un style enlevé admirablement rendu par la traduction de Richard Jacquemond.

 

RITA SABAH.

Mars 2002

Figures croisées de l'Orient à l'Occident

 LES TURBANS DE VENISE, de Nedim Gürsel, traduit du turc par Timour Muhidine, Seuil, Paris, 2009, 377 pages, 21,34 euros.

C'EST une « chasse aux enturbannés » non pas une sorte de traque militaire contemporaine, mais la recherche de personnages ottomans dans la peinture de la Renaissance italienne. Voilà l'objet d'une étude qui amène un professeur turc en histoire de l'art à effectuer un premier séjour à Venise. L’universitaire, prénommé Kâmil Uzman (ce qui signifie littéralement, «d'âge mûr» et « expert »), fréquente les bibliothèques à la recherche d'informations sur Gentile Bellini, peintre vénitien du XVe siècle, célèbre aussi pour avoir fait le portrait de Mehmed le Conquérant (1) et séjourné dans l'Empire ottoman, ennemi de la Sérénissime République. « Tu as beau avoir conquis cette Byzance en ruine et même le monde entier, tu as beau étendre de l'Orient à l'Occident ta domination sur les territoires infinis créés par le Tout- Puissant, que ton autorité s'applique à la terre et aux mers, si tu n'as pas ton portrait, tu sombreras vite dans l'oubli, personne ne se souviendra de ton sort, ni tes sujets ni même tes descendants. »

Venise offre donc au chercheur l'occasion de toucher au plus près les œuvres de la famille Bellini Jacopo, le père, Gentile, le fils aîné, et Giovanni, le cadet, le bâtard honni devenu peintre d'Etat. Le roman se construit au fil des observations de tableaux et des récits de la vie des peintres. On y découvre les différentes avancées qui ont fait la richesse de la peinture de la Renaissance (mise en perspective, travail des couleurs, jeux d'ombre et de lumière, technique de peinture à l'huile), on y croise Giorgione, Durer, Titien et Léonard de Vinci. Mais, dans cette quête historique, l'universitaire s'égare, divague au gré de ses souvenirs et de ses errances. Il vit ce séjour vénitien comme un exil, à l'image de Djem, fils du sultan et de Fikhret Muallâ, peintre turc, tous les deux morts en exil loin d'Istanbul. Mais à trop croiser de destins, il en perd l'objet de sa venue. « Mais qui sait, il se peut qu'un chercheur plus rigoureux que lui ou plus chanceux découvre cette influence et fasse surgir l'image qui réconcilie l'Orient et la Renaissance. » Car Uzman ne verra jamais les tableaux de Gentile qu'il voulait étudier dans ce but à l'Accademia.

D'ABORD, ce sont les Madones de Giovanni qui ont détourné son chemin. Les représentations de Marie et de Jésus, particulières par l'absence de regard entre la mère et l'enfant, lui rappellent douloureusement son enfance d'orphelin de mère, comme le peintre. Puis ce sont les errances de l'homme dans le dédale des rues étroites et des canaux, jusqu'à Mestre, quartier de prostituées, qui causent sa perte. Car l'homme, littéraire érudit mais néanmoins grossier et vulgaire jusque dans ses expressions, fréquente avec le même élan musées et bordels. Quand il croise Lucia qui travaille à la bibliothèque Correr, il croit retrouver Catherine d'Alexandrie, sainte représentée dans un tableau de Giovanni, ce qui donne subitement sens à sa vie. Pourtant, il échouera dans cet amour, comme dans sa vocation de peintre, et comme dans sa recherche dont l'objet semble un Graal tout aussi inaccessible.

Ce récit d'exil dans la froideur hivernale de l'Occident est aussi l'hymne d'amour (2) de Nedim Gürsel pour l'Istanbul cosmopolite et changeante face à une Venise figée, hantée par « la danse des spectres dans les palais aujourd'hui à l'abandon de ce qui avait été autrefois la plus somptueuse cité de la Méditerranée ». Malgré ses trouvailles ottomanes cachées dans les tableaux vénitiens, « vaut-il mieux voyager ou ne jamais mettre les pieds en dehors de la ville où l'on habite ? », se demande encore Uzman pour lui-même. Le voyage de Gentile Bellini lui apporte la réponse « Le monde lui paraissait plus grand, son horizon s'était élargi. Comme dans les carnets de croquis de son père Jacopo, l'œil ne connaissait plus d'obstacle, son imagination était sans borne. » Il nous faudra donc aller à Venise, poursuivre cette recherche des « enturbannés » dans les tableaux de la famille Bellini.

VIOLAINE RIPOLL.

(1)Nedim Gürsel a consacré un roman à l'histoire de Mehmed: Le Roman du Conquérant, Seuil, 1996, publié en collection de poche, « Points », n' 692.

 

(2) C'est d'ailleurs le titre d'une nouvelle, « Istanbul mon amour », publiée dans le recueil Les Lapins du commandant, éditions Messidor/Temps actuels, 1985, publié en Collection de poche, « Points », n' 366.

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 17:50

Cet article de la revue Esprit de février 1968 me paraît d'une grande utilité. Avec le temps comme le bon vin, il a bien vieilli.

J'y reviendrai dans un prochain article.

Je ne le découvre qu'aujourd'hui en me demandant ce que j'aurai pensé à l'époque et même après pendant les années 70.

On m'aurait dit que PIERRE KENDE est un Hongrois ayant quitté son pays en 1956 et qu'il est devenu un disciple de Raymond Aron et ça m'aurait suffi pour le disqualifier. Aujourd'hui peut-être quelqu'un pourrait lui demander ce qu'il pense de ce texte. JPD

pierre_kende_le_productivisme

 

 

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 17:31

Avant de jeter ma collection du Monde Diplomatique (du temps où je le lisais donc de 1986 à 2002) j'ai sauvé quelques chroniques littéraires de personnages qui sont déjà sur ce blog.

Pour aujourd'hui voici l'auteur mexicain. D'autres vont suivre au fil des jours de cet été. JPD

 

 

Mond ediplomatique décembre 2001

Eloge de la défaite

ARCHANGES, de Paco Ignacio Taibo II, traduit de l'espagnol par Caroline Lepage, Métailié, Paris, 2001, 340 pages, 127,90 F.

LA liste des saints révolutionnaires est incomplète et souvent injuste. Des figures essentielles restent dans l'ombre, alors que d'autres sont portées au pinacle. D'après les canons de l'orthodoxie marxiste, on ne peut pas dire que les personnages grappillés par Paco Ignacio Taibo sur des chemins où se croisent le désir de justice, l'absurde kafkaïen et la tragédie dostoïevskienne méritent une place dans le chœur céleste. Ces « douze révolutionnaires sans révolution possible » ressuscités par lui ont mené une vie folle et souvent tragique, ne reculant pas devant la violence, dans leur désir mystique de changer le monde. Historien et romancier, Taibo a découvert dans les méandres de l'histoire cette douzaine de Justes rayés des annales officielles. Il a décidé de raconter leur vie.

Des années de recherche ont été nécessaires pour découvrir les faits et gestes de ces inconnus qui n'ont vécu que pour aller jusqu'au bout de leur rêve de sauver l'humanité. Des anarchistes et des syndicalistes, parfois de farouches amants pour lesquels le militantisme n'exclut pas le romantisme et pour qui l'aventure se nimbe de nostalgie. En vérité, Taibo se livre à l'éloge de la défaite. Défaite de Sebastin San Vicente, surnommé « l'Ange noir exterminateur ». Dans son Pays basque d'origine, il lutte, revolver au poing, contre le chômage et contre les latifundistes. Puis, exilé au Mexique, il crée en 1921 la CGT mexicaine et meurt en 1938 en Espagne, en combattant près de Bilbao comme milicien dans un bataillon du syndicat anarchiste CNT.

On croise la marxiste bolchevique Larissa Reisner, originaire d'une famille bourgeoise polonaise du XIXe siècle. Editrice d'une revue littéraire, elle entre dans l'Armée rouge pour combattre « à côté de ces hommes qui dépassent leur peur parce qu'il sont en train de construire quelque chose qui ne tient même pas l'imagination ». Que dire encore de Max Holz, le Robin des bois du communisme allemand. Sa tête mise à prix, il change de visage, se travestit et devient « un fantôme devant des centaines d’yeux qui simulent la cécité ».

NOUS découvrons aussi le vieux Librado Rivera, anarchiste mexicain qui rentre chez lui à soixante ans après avoir passé deux lustres dans les prisons américaines et se met à éditer un journal de propagande tiré à 5 000 exemplaires. Arrêté et torturé, il ne pliera jamais. Ou encore le Chinois P'eng P'ai, « l'homme qui inventa le maoïsme et inventa la révolution prolétaire qui venait de la campagne ». Descendant d'une famille aisée et traître à sa classe, il est chassé deux fois de l'histoire : d'abord de l'histoire traditionnelle de sa caste, puis de l'histoire de la révolution agraire en Chine, attribuée exclusivement et contre toute justice au Grand Timonier.

Voici à présent la vie mouvementée de l'anarchiste espagnol Buenaventura Durruti. Après avoir réalisé des coups de main rocambolesques en Amérique latine, il soulève Barcelone contre les troupes de Franco et succombe sur le front de Madrid de façon mystérieuse, assassiné peut-être par ses propres camarades. Si ces histoires ont le goût de l'échec, le talent du conteur enthousiasme. Taibo a veillé à varier les plaisirs, livrant chaque histoire d'une manière différente. D'une écriture simple, directe, les souvenirs — confiés ou recréés — s'ajustent naturellement au rythme des rencontres, des descriptions. Parfois, il pastiche d'autres écrivains, tel Norman Mailer. En bon romancier, il utilise toute sorte de techniques monologues, journaux intimes, autobiographies fictives, pour nous présenter douze hommes et femmes animés par un besoin compulsif de combattre l'oppression.

RAMON CHAO.

 

 

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Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

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