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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 16:31

Après l'annonce du décès, le récit des obséques par Le Populaire (socialiste) et L'Humanité (communiste).

 

Le Populaire 4 août

LES OBSEQUES de PIERRE BRIZON

Comme Longuet l'a dit dans son discours d'adieu, si Pierre Brizon était mort pendant la guerre, c'est cent mille hommes qui auraient suivi sa dépouille mortelle. Hier, c'est un cortège restreint qui, à une heure peu propice, a accompagné Brizon au fourgon qui l'a emporté vers la terre natale où il va dormir, son dernier sommeil. La saison et l'heure de la cérémonie expliquent, pour une part, que quelques centaines de militants seulement se soient rencontrés derrière le modeste corbillard. Mais ces citoyens, hier compagnons de lutte, appartenant aujourd'hui à des fractions rivales, pouvaient quand même s'apprécier dans l'indifférence de la foule le résultat de ce divisionnisme contre lequel Brizon s'éleva si justement.

C'est précédé du drapeau de l'Union socialiste communiste et d'une pancarte de l'A. R. A. C.-que le cortège alla de l'Hôtel-Dieu à la gare de Lyon, salué par les passants dont beaucoup ignoraient le nom du socialiste qui partait pour toujours. Derrière le frère et la belle-sœur du défunt, qui conduisaient le deuil, nous avons pu noter la présence de Alexandre Blanc, Chaussy et Ringuier, députés ; Jean Colly, conseiller municipal ; Jean Longuet, Hubert Rouger, Sixte-Quenin, Emile Dumas, Pierre Laval, anciens députés ; Grandvallet, Doizié, Restiaux, Jean-Louis Boucherie, Pécher, Nantillet, Nowina, Grandidier, Marius Hagmann, Aulagnier, Amouriaud, directeur de « Travail » coopérative des ouvriers tailleurs ; Georges Pioch, Daniel Renoult, Charles Lussy, Auclair, Servantier, Raoul Verfeuil, etc., etc.

LES DISCOURS

Lorsque le corps eut été déposé dans le fourgon, Alexandre Blanc prit le premier la parole, en son nom personnel, dit-il, et au nom de Raffin-Dugens, pour dire un adieu ému à son ancien compagnon du Congrès de Kienthal. Après Blanc, Georges Pioch parla au nom de l'Union socialiste communiste. Ce fut un émouvant et magnifique hommage, qu'avec son beau talent Pioch rendit à Pierre Brizon, au combattant de la paix qui lutta, en plein parlement, à des heures redoutables contre les fauteurs de deuils et de ruines.

Notre directeur Jean Longuet parla en suite au nom des amis du Parti socialiste. Il retraça à grands traits la vie de Brizon depuis son adhésion au groupe des étudiants collectivistes. Il rappela les persécutions que valut à Brizon son apostolat socialiste, sa propagande incessante, son œuvre d'écrivain et d'orateur. Et, après Pioch, il magnifia aussi le courage avec lequel, pendant la guerre, Brizon défendit la cause de la paix et du socialisme international. Rappelant la passion unitaire qui avait animé Brizon jusqu'à son dernier souffle, Longuet termina en exprimant l'espoir que bientôt se reconstitue l'unité prolétarienne.

C'est par un vibrant appel à cette unité prolétarienne que le citoyen Brodel, parlant au nom des libres penseurs et des anciens combattants du Nord, termina les discours. Souhaitons que les paroles qu'il fit entendre à un auditoire mêlé portent leurs fruits. Franchesse fera dimanche à son ancien élu dès obsèques dignes de lui. Nous prions la famille de Pierre Brizon d'accueillir toutes nos condoléances et nos camarades de l'Allier de recevoir le témoignage de notre fraternelle sympathie eu ce deuil qui les atteint plus particulièrement.

 

L'Humanité 8 août

Les obsèques de Pierre Brizon

Un drapeau, rouge, une pancarte, un char funéraire de troisième classe derrière lequel suivent une centaine de personnes. Le corps de Pierre Brizon, de l'Hôtel-Dieu à la gare de Lyon, traverse Paris.

Arrivé à la gare, le cortège a encore diminué et c'est au milieu des bruits divers des manœuvres et des wagons qui s'entrechoquent, que notre ami Alexandre Blanc prononce son discours :

Je viens, non pas comme représentant d'un parti, mais en mon nom personnel et au nom de mon vieux camarade Raffin-Dugens, apporter, l'expression de nos regrets émus, sur le cercueil de celui qui fut notre compagnon de Kienthal. Peu de temps après la conférence pacifiste qui nous valut les accusations les plus injurieuses et les calomnies les plus grossières, Pierre Brizon donnait lecture à la Chambre d'une déclaration où nous disions pourquoi nous repousserions désormais tous les crédits dits militaires.

Dès lors, ce fut une lutte de tous les jours. Vingt fois, Brizon, guidé par sa raison autant que par son cœur; monta à la tribune pour réclamer les pourparlers de paix et la fin la plus proche du carnage.

Chaque, fois, une hostilité d'abord sourde, se déchaînait en tempête. Soutenu par son petit groupe d'amis, Brizon continuait à clamer la vérité et sa voix dépassait le cercle du Palais-Bourbon. S'il était le député le plus attaqué à la Chambre, il était le plus aimé dans les tranchées, et le plus populaire dans les familles. Hélas ! L'ingratitude est chose humaine ! Il l'éprouva lorsqu'en 1919, il fut, dans son département qui lui était si cher, et comme tant de ses collègues du Parti, battu par une immorale coalition de radicaux et de réactionnaires.

Cette ingratitude le meurtrit, mais ne le découragea pas. En dehors du Parlement, il continua, par le journal et par la réunion publique, sa propagande ouvrière et anti- militariste. Son horreur de la guerre s'exhalait dans chaque ligne, dans chaque parole.

La mort, le prend, encore jeune, dans la maturité de son talent et la plénitude de sa foi. Les milliers de malheureux dont il plaida si chaleureusement la cause, partagent aujourd'hui, j'en suis certain, notre douleur commune.

Aussi, je me permets de les associer à nous dans l'hommage que nous rendons a Pierre Brizon, défenseur inlassable de la Paix des Peuples !

 Georges Pioch, Longuet et Brodel parlent ensuite. Puis un grincement roule. Le wagon est fermé, on le scelle. C'est fini.

 

Brizon. Pierre Brizon, celui qui fut, l'a-t-on assez dit, « un moment de la conscience humaine » et l'espoir de milliers de victimes de la grande tuerie, avait droit au moment de sa mort et quelles que fussent les circonstances présentes à plus de reconnaissance de la part de ceux pour lesquels, en 1917, il risquait, avec Alexandre Blanc et Raffin-Dugens, le poteau de Vincennes.

 

Note J-P D : On notera que dans un cas c'est le drapeau de l'Union socialiste communite qui est présenté et dans l'autre le drapeau rouge. Dans les deux cas les articles ne sont pas signés mais pour celui de L'Humanité il s'agit sans nul doute d'Alexandre Blanc qui avec Raffin-Dugens étaient les deux soutiens de Brizon à Kienthal. Le 3 août dans L'Humanité Alexandre Blanc rappelera dans un article qu'il signe les mérites de Kienthal.

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 16:25

 

 la-revolte-des-anges.jpg

 

La première séance du comité directeur du nouveau Parti communiste s’est tenue à Marseille le 30 décembre 1921. Ils étaient seulement 22 autour de la table. Ils désignent le bureau définitif avec Frossard à la tête du parti , Ker pour les liens avec l’Internationale, Soutif pour l’administration, Marthe Bigot pour les femmes et Dondicol comme trésorier. Cachin est maintenu directeur de l’Humanité et Daniel Renoult de l’Internationale, avec Renaud Jean directeur de la Voix Paysanne et Souvarine du Bulletin Communiste. Les délégués à la propagande ne peuvent être désignés

Raoul Verfeuil, membre du comité directeur est présent (contrairement aux réunions suivantes), et il a donc pu y croiser Renaud Jean dans ce comité restreint.

Quels rapports possibles entre les deux hommes ? Je ne sais.

Des coïncidences feront qu’avant de mourir Verfeuil se réfugie dans les Landes, le département où dans des conditions aussi dramatiques se réfugiera ensuite Renaud Jean.

Et les deux hommes avaient une grande admiration pour un même auteur bien oublié aujourd’hui : Anatole France et surtout pour son roman La Révolte des Anges.

Des faits marginaux qui peuvent se compléter par un même rejet des visions de l’Internationale et de Trotsky en particulier.

Pour le reste le sujet mérite sans doute quelques recherches en particulier en lisant Le Travailleur du Lot et Garonne au moment du Congrès de 1922 qui vote l’exclusion de Verfeuil.

 

JP Damaggio

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21 juillet 2014 1 21 /07 /juillet /2014 16:15

 

 pierre-brizon.jpg

 

Pierre Brizon, né le 16 mai 1878 à Franchesse (Allier) et décédé le 1er août 1923 à Paris, est un pacifiste français dont lamort a été évoquée ainsi par L'Humanité (communistes) et Le Populaire (socialiste). JPD

 L'Humanité 2 août 1923 : Pierre Brizon est mort

Hier matin, à 8 heures, Pierre Brizon, mourait à l'Hôtel-Dieu des suites d'un anthrax. Militant, journaliste, historien, sociologue, Brizon connaissait bien des façons de servir le prolétariat. Certes, il n'était plus des nôtres. Des différends graves l'avaient séparé du Parti. Nous n'oublions pas, cependant, que pendant un quart de siècle, Brizon mena un combat intrépide contre la bourgeoisie. Nous n'oublions pas surtout sa lutte pour la paix à l'heure où la frénésie impérialiste jetait l'Europe à l'abîme. Sur la tombe "du pèlerin de Kienthal" nous nous inclinons avec un regret douloureux. Brizon était âgé de 45 ans. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud où il avait été reçu le premier, professeur d'Ecole normale, il ne devait pas tarder à se signaler au zèle attentif des agents du gouvernement : en dix années, il n'occupait pas moins de douze postes différents aux quatre coins du pays. Elu député en 1910 par la circonscription de Moulins-Ouest, il siégea à la Chambre jusqu'en 1919. La coalition de toutes les forces bourgeoises, des radicaux aux royalistes tint alors en échec la liste du socialisme ouvrier et paysan. Brizon a publié des études approfondies sur l'Histoire du Travail et des Travailleurs, l'Apprentissage, l'Eglise et la Révolution, un Précis d'Histoire contemporaine. Sa brochure sur le Blé rouge a traduit les aspirations du prolétariat rural auxquelles il prêtait une si légitime

 Le Populaire jeudi 2 août 1923

Une pénible nouvelle qui attristera tous nos camarades, nous parvient : Pierre Brizon, ancien député de l'Allier, est mort hier matin à Paris, à l'Hôtel-Dieu, des suites d'un anthrax. Nous étions loin de nous attendre à cette disparition. Brizon était venu nous voir au Populaire, il y a peu de temps encore, et, comme toujours, il nous avait renouvelé son ardent désir de voir se rétablir l'unité prolétarienne. Le destin a voulu qu'il parte pendant que des luttes fratricides divisent encore les travailleurs.

Pierre Brizon naquit le 16 mai 1878 à Franchesse (Allier), commune dont il devait plus tard être maire. Elève de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud il fut gagné aux idées socialistes dès sa jeunesse et en 1897 -il adhérait au groupe des Etudiants collectivistes. Devenu professeur d'Ecole normale, il fut déplacé maintes fois pour son attitude militante. C'est ainsi qu'il professa successivement aux Ecoles normales de Laval, La Rochelle, Alençon, où il fonda le premier groupe socialiste, et Parthenay. Puis il professa dans les écoles professionnelles d'Armentières, Voiron, Marseille, Narbonne, Clermont-Ferrand et Rennes. Elu en 1907 conseiller d'arrondissement dans son canton natal, il entrait, à la Chambre, en 1910, comme député de la 2e circonscription de Moulins. Il devait y rester jusqu'en 1919, où la liste socialiste de l'Allier fut battue par la coalition radicalo-cléricale constituée sous l'égide de. M. Gaston Vidal. C'est surtout pendant la guerre que Brizon se mit en évidence. Personne n'a oublié la position qu'il avait prise, allant à la conférence de Kienthal et portant à la tribune de la Chambre, à maintes reprises, de virulentes protestations contre la guerre et mettant en cause les responsabilités du "mauvais Président".

Même les camarades qui ne crurent pas devoir l'imiter rendirent hommage au beau courage civique dont il faisait preuve. En même temps que des encouragements lui venaient de la part de braves gens, dont trop oublièrent, lorsque le danger fut passé, les injures, les calomnies et les menaces de mort qui s'accumulèrent sur lui. La presse immonde du nationalisme dénonçait tous les jours la « trahison » de Brizon. Il tint tête avec une belle vaillance, sans que la position catégorique qu'il avait prise lui fit perdre le sens de l'intérêt socialiste. Profondément unitaire, Brizon ne combattit que la bourgeoisie capitaliste, l'unité socialiste rompue contre son gré, il ne cessa de préconiser sa reconstitution.

Avec ces sentiments il ne pouvait guère demeurer dans le Parti communiste, où il avait cru pouvoir aller après la scission de Tours. Sur l'ordre de Moscou, le Parti communiste qui a la prétention d'être « une réaction contre le socialisme de guerre » expulsa Brizon !

Depuis, dans les rangs de l'Union socialiste communiste, il avait continué à batailler pour l'unité prolétarienne, pour ce qu'il appelait dans son langage imagé «le Bloc des rouges». Orateur abondant, souvent fort éloquent, tenant sa place aussi bien à la tribune du Parlement qu'à celle des Congrès ou des réunions publiques, Brizon fut aussi un écrivain remarquable. Profondément imbu de la doctrine socialiste, possédant des connaissances étendues sur les problèmes sociaux, Brizon collabora à d'innombrables journaux socialistes. Mais il écrivit aussi des ouvrages qui resteront. Il laisse des brochures de propagande : Le Blé rouge ; En Bataille ; un Précis d'histoire contemporaine, en doux volumes ; L'Eglise et la Révolution : la France dans les temps modernes ; un volume de l'Encyclopédie socialiste la Coopération en collaboration avec Ernest Poisson ; une Histoire du Travail et des Travailleurs et L'apprentissage, ouvrages remarquables. Le Populaire adresse un adieu fraternel au bon militant qui disparaît, encore jeune, après avoir fourni un si bel effort. La classe ouvrière gardera la mémoire de ce brave cœur qui souffrit de ses souffrances et sut la défendre avec tant de courage et d'ardeur.

 

Les obsèques de Pierre Brizon auront lieu vendredi matin.

 

Note J-P D : Aucun des deux journaux ne mentionne la publication de La Vague qu'il dirigeait au moment de sa mort. Pour rappeler ce que fut Kienthal, je renvoie les lecteurs à leur moteur de recherche.

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 20:13

Parce que sur ce blog, il y a un article sur Gabrielle Duchêne ICI une lectrice m'informe que le vœu que je formulais il y a des années a été accompli : il existe un livre sur Gabrielle Duchêne !

Cette féministe, pacifiste et antifasciste que j'ai croisé par hasard avait tout pour rester dans l'ombre. Or il n'en est rien grâce à cette information de Brigitte Cassigneul qui a relayé l'article du blog sur un site ICI. (j'ai mis en lien le site en question)

Elle me communique un lien pour atteindre gratuitement un livre de 500 pages sur Gabrielle Duchêne.

Je clique mais ça ne marche pas. Je prends seulement le début du lien : digitool.library mais le lien me renvoie à une explication concernant ce service.

Alors je prends comme référence la suite du lien que je repère aisément : l'université Mc Gill de Montréal dont j'ai vu les bâtiments somptueux.

Et vous pouvez faire la même démarche avec votre outil de recherche : "mac gill duchêne" et vous tomberez sur le livre. Si vous tapez mac gill socialisme vous tomberez sur un texte présentant Jacques Goodbout et pour mac gill féminisme vous tombez sur une étude concernant Georges Sand.

Une nouvelle source pour moi qui est phénoménale. Je vais bien sûr présenter prochainement une analyse de cette étude sur la féministe.

 

A suivre et merci mille fois pour le renseignement. Jean-Paul Damaggio

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 16:23

la-vague.jpg

Seule la biographie du Maitron évoque cette éventualité : « En juillet 1924, il réadhéra à la SFIO ». En 2014 la question peu paraître sans importance puisque de toute façon trois ans après? Verfeuil meurt? et la question est donc sans incidence sur l’histoire.

Pourtant j’ai envie de m’y arrêter un moment au nom de la vérité historique mais surtout au nom de la réflexion sur la stratégie politique.

En juillet 1924, Frossard, le premier secrétaire général du PCF qui a été exclu en 1923 revient en effet dans la « vieille maison » avec quelques-uns de ses amis. Parmi les amis, Verfeuil a conduit la bataille des élections législatives de 1924 au nom de leur organisation commune, L’Union communiste-socialiste (l’UCS), dont il est devenu le secrétaire général.

Frossard dont l’arrivisme, dès cette époque là, ne fait aucun doute, tire les leçons des législatives en question : leur organisation qui a présenté des listes communes avec le PS n’a pas eu de député donc, en prévision des municipales, il est plus juste d’adhérer directement au PS en question.

Verfeuil participera en effet aux dites municipales de 1925 sur la liste d'André Morizet (NKM candidate à Paris en 2014 est sa petite-fille) à Boulogne Billancourt et il sera même élu pour la première fois de sa vie. Mais Morizet est encore, et jusqu’après la mort de Verfeuil en 1927, membre de l’organisation communiste-socialiste. Il ne rejoindra le PS qu’en 1928.

Quand on lit Le Populaire, le journal du PS, si Verfeuil est souvent présent en 1924, à cause de son action pour l’UCS, après juillet 1924 il n’apparaît plus. S’il avait repris sa carte à la SFIO, le journal n’aurait pas manqué de s’en réjouir.

Dans l'Histoire du P.C, de Jacques Fauvet (1964) la situation de Verfeuil est évoquée avec précision (fait rare) puis il signale le nom des amis de Frossard qui adhérent en 1924 à la SFIO : Victor Méric, Henry Torrès (le futur défenseur de Cayla évoqué dans un livre de nos éditions), Pioch, F. Faure, E. Lafont.  Il ne dit rien de Verfeuil.

Frossard écrira dès 1927 une petite biographie de Verfeuil où il n’évoque pas son retour au PS. Bref, j'ai eu beau chercher pas une trace du retour de Verfeuil au PS !

Pour accorder la position du Maitron (une source est utillisée que je n’ai pas à ce jour, une bio de Jean Longuet) et cette absence de référence à l’adhésion peut-on imaginer une adhésion qui aurait été faite à la base et sans suite ?

En effet, le combat de Verfeuil va rester le même avant 1924 et après, celui du rédacteur en chef de La Vague. (le nom que les communistes du TetG donneront à leur journal en 1936). S’il publie un article sur la Nouvelle Revue Socialiste tenue par Longuet et Frossard c’est pour y parler d’Olympe de Gouges, thème qui entre bien dans le cadre féministe de La Vague.

 A sa mort, au cimetière de Montauban, c’est un communiste que prononce le discours or s’il avait été membre de la SFIO, les socialistes locaux n’auraient pas manqué de demander à célébrer eux aussi ce personnage.

 J’en profite pour rappeler que La Vague qui va mourir avec Verfeuil, n’a pas été un minuscule journal d’une secte pacifiste d’égarés. Tout comme Pierre Brizon son fondateur en janvier 1918, elle est aussi méconnue que Verfeuil (il n’y aurait pas eu Verfeuil sans Brizon) or grâce à l’étude de LEE Haksu sur le Bourbonnais rouge nous apprenons ceci : « Le retentissement de La Vague fut énorme, dépassant l’audience de l’Humanité ». Le tirage est allé jusqu’à 300 000 exemplaires !

Je pense que Verfeuil est mort avec en lui ce rêve de toujours : la paix pour aller au socialisme. Un mois avant sa mort, il signe une pétition reprise par le journal du PS et celui du PCF (unité qui a dû le réjouir) pour soutenir des victimes de la répression dans les Balkans. A suivre. JPD

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 16:21

 

 carricature-1.jpg

25 avril 1914

"Citoyens, que nos cœurs se serrent autour du drapeau de l'impossibilisme unifié et je touche quinze mille balles encoe pendant quatre ans" (CDessin de Roubille)

 

La Mairie d’Avignon vient de proposer pour l’expo annuelle qui se tient dans son immense hall, pendant le festival, une expo sur les caricatures de Jaurès. Nous avons évoqué la question sur ce blog : ICI. Je ne connais pas l’historien à l’origine de cette mise en image qui permet de découvrir le tribun à partir du point de vue saignant de ses adversaires.

En la visitant j’ai repensé à un mot du romancier étatsunien Toni Hillerman qui rappelle dans son autobiographie qu’en 1952 quand il arriva jeune journaliste à Santa Fe , il eut sur les bras une affaire de mœurs qui bouleversa l’histoire de la ville, affaire – ajouta-t-il – qui cinquante ans plus tard ferait seulement trois lignes dans les faits divers.

Un fait historique n’a de sens que sa mise en relation avec son contexte, ce qui est le premier travail de l’historien qui ne peut se contenter d’enfiler des événements sur le collier de la vie.

C’est là une embûche considérable aussi pour donner des éléments du contexte, d’autres historiens ont proposé des histoires des mentalités, de la sexualité, de l’agriculture ou de l’inculture. Sauf qu’il n’y a d’agriculture possible que replacée dans le contexte général. Cette autre sortie du contexte général, parfois utile certes, a alimenté une histoire sur le long terme où après les tempêtes océaniques de l’histoire évènementielle on passait à l’histoire plus paisible des longs fleuves tranquilles.

Car nous arrivons ici à une troisième embûche inévitable pour le travail d’historien : lui aussi est pris dans un contexte historique et si ce contexte vise à éliminer toute idée de révolution alors il va être encouragé de toute part s’il présente une histoire sans révolution.

J’ai repensé alors à une autre anecdote : un grand historien disant à la tribune du salon du livre de Villeneuve sur Lot qu’en 1936 Blum n’avait pas d’autre possibilité que la politique de non intervention en Espagne, politique qui – ajouta-t-il – s’est révélé ensuite la plus utile à la France.

 D’un côté, à travailler à produire le contexte d’un événement, on le rend inévitable. La Révolution russe ne pouvait que fabriquer un Staline, Franco ne pouvait que gagner en Espagne, l’Algérie ne pouvait qu’accéder à l’indépendance comme les autres colonies etc.

Or le propre de l’homme, d’un peuple, d’un pays, c’est sa marge de liberté qui fait que l’histoire, même si elle n’est pas celle qu’on aurait souhaité, celle qu’on aurait mérité, reste faite de possibles.

 Toute la dialectique entre la nécessité et la liberté peut piéger à chaque moment chaque historien d’où la condition fondamentale qu’on appelle la confrontation d’idées.

 Tous les pouvoirs aspirent à la mise au point et à la défense d’une histoire officielle. Et quand des révolutionnaires, peu friands de cette histoire ont découvert que dans le pays de la Révolution, l’URSS, l’histoire officielle allait jusqu’à reprendre une vieille coutume consistant à maquiller des photos, c’était la preuve irréfutable que la Révolution filait un mauvais coton.

 Tout comme il n’y a d’économie que politique, il n’y a d’histoire que politique. Si pour ma part, depuis des lustres je me passionne pour le cas de Raoul Verfeuil c’est tout simplement parce que depuis des lustres je considère que le communisme soviétique ayant échoué et que la social-démocratie s’est fourvoyé, il nous incombe de rechercher POUR CE QU’ILS FURENT, ceux qui avaient annoncé cette double impasse, qu’il ne s’agit pas de rendre équivalente dans les faits, mais qui l’est dans les conséquences : l’incapacité planétaire actuelle à construire une alternative possible au capitalisme.

 Jaurès comme Verfeuil ont toujours été pris entre les deux mâchoires de la même tenaille, deux mâchoires qui ont su s’épauler puisqu’elles forment le même outil. L’un en produisant une notoriété hors du temps et l’autre en produisant un silence de tous les temps.

 Prenons une simple question – car je ne peux ici développer mon argumentation : la différence en 1918 entre la paix et la victoire. Un écart qui permet de vérifier que la paix conduit à cette autre question : quelle paix ? Pour Jaurès le pacifisme n’était pas un antimilitarisme. Tout peuple attaqué a le devoir de se défendre. Et l’armée comme la grève, si c’est l’ultime moyen n’en est pas moins un moyen. Alors c’est la guerre ! Or, par définition, toute guerre se termine par un retour à la paix. Mais quelle paix ? Celle qui doit conduire à une autre guerre ?

En 1918, au nom de la victoire, Verfeuil considéra qu’avec le Traité de Versailles les autorités préparaient une nouvelle guerre ! Et sur sa gauche on pouvait lui répondre : si la guerre peut conduire à la révolution, faut-il se plaindre de la guerre ? Il n’y a pas de révolution sans casser des œufs. D’où le retour sur cette autre question évoquée par l’anecdote de Hillerman : qu’est-ce que la violence ? et plus exactement la violence capitaliste ? Elle dépend aussi de la force qu’elle a en face.

Jean-Paul Damaggio

 30 décembre 1900 dessin d'Albert René

- Voilà trois jours que nous n'avons pas mangé à cause de la grève !

 

- Continuez… et surtout ne faiblissez pas… Nous sommes avec vous de tout cœur !

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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 15:40

Nous avons déjà sur ce blog publié les documents officiels expliquant les raisons de l'exclusion de Verfeuil du PCF prononcé au congrès de 1922.

Acte d'accusation

Suite à la parution de l'article ci-dessous

On apprend dans le document ci-dessus que la publication de la lettre par Le Matin a stupéfié Verfeuil.

 Le journal Le Matin qui pendant la guerre n'a jamais cessé avec d'autres, de salir les pacifistes socialistes dont Verfeuil, a pris un malin plaisir à publier la lettre de Verfeuil ci-dessous. Cette tactique de la presse du système n'a jamais cessé : publier des textes, avec sans leur accord, venant de la contestation interne au PCF, en sachant que toute "utilisation" de la presse "bourgeoise" contre le parti, facilitait… l'exclusion. Après l'exclusion Le Matin n'aura plus à se soucier de Verfeuil.

Or cette lettre ne dit rien d'original puisqu'elle répète ce que Verfeuil a toujours répété publiquement : internationalisme oui, mais sans soumission à l'Internationale.

Cette publication est une simple manœuvre qui rappelle cependant que le parti de type nouveau ne pouvait, comme le PS, avoir des tendances affichées. Elle contribue autant que les articles insultants, à assassiner Verfeuil, qui après cet événement continuera de se battre (en créant une nouvelle organisation) mais sans pouvoir rester l'homme qu'il avait été : une voix importante du courant du socialisme authentique. JPD

 Le Matin 9 septembre 1922

Des communistes français veulent secouer le joug de Moscou

Un des membres les plus influents du comité directeur du parti communiste français, le citoyen Raoul Verfeuil, a adressé la convocation suivante aux élus et aux secrétaires des sections les plus modérées du parti :

"Dans ses dernières réunions, l'exécutif de l'Internationale de Moscou a pris des décisions qui sont de nature à bouleverser entièrement le parti, peut-être même à le ruiner.

De toutes les évidences, l'exécutif a la volonté très nette d'adopter à la section française des méthodes et une politique qui rendraient, si elles étaient appliquées, l'atmosphère du parti irrespirable.

Plusieurs des résolutions adoptées violent les statuts du parti français, et même de l'Internationale ; d'autres annulent les engagements pris au congrès de Tours ; certaines constituent un véritable dessaisissement du parti au profit de l'exécutif, transformé en une sorte de grand conseil de l'Inquisition, et qui va jusqu'à interdire la tenue de congrès nationaux aux dates fixées par les sections.

Il vous apparaîtrai mon cher camarade, que c'est là une situation propre à attirer l'attention des militants.

Pour examiner cette situation et prendre les mesures qu'elle comporte, je vous prie de vouloir bien assister à la réunion qui aura lieu le samedi 9 septembre, à 14 h.-30 ,salle du Vieux-Cheval, 116. rue du Faubourg-Saint- Martin, au coin du boulevard Magenta.

RAOUL VERFEUIL. de la 16ème section, membre du comité directeur."

 

 

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 16:06

 

 plaque-verfeuil.jpg

Voilà une plaque qui ajoute au mystère de Verfeuil !

Lui qui n'a pas été marié se retrouve dans une tombe aux côtés de deux femmes !

Les deux femmes sont décédées à l'âge de 29 ans !

A la vue de l'unité des caractères, la plaque ayant été réalisée après le décès de Verfeuil donc en 1927, les auteurs avaient un peu perdu la mémoire.

En effet Denise Echevery est bien morte le 17 octobre mais en 1908 et non en 1907.

Par contre pas d'erreur pour sa sœur Jeanne morte le 20 avril 1912.

Celle-ci était née exactement en 1883, le 5 avril, comme le confirme l'acte de naissance de Port Sainte Marie, dans le Lot et Garonne, où est comparu Etcheverry Jean âgé de 33 ans employé de chemin de fer, domicilié à Port Sainte-Marie qui a déclaré cette naissance d'un enfant de sexe féminin, né à son domicile, de lui et de Marie Ducassou, son épouse, sans profession âgé de 33 ans et ils la prénomment Jeanne.

 Les deux sœurs ne sont pas enterrées avec leurs parents décédés je ne sais où.

Toutes les deux sont célibataires.

La plus jeune est née quatre ans avant Raoul Lamolinairie dit Verfeuil.

Pour vivre Denise, née à Bazas, était lingère et à sa mort son père Jean (dit Pierre) est décédé mais pas sa mère désignée sous le nom de Marie Ducasse alors qu'à la naissance de sa sœur, sur l'acte d'Etat civil de Port Sainte Marie elle est désignée du nom de Ducassou. Elle vivait au n°8 de la Place Nationale.

Sa sœur est sans doute décédée à l'hôpital (car indiquée rue de l'Hôtel Dieu) et sa mère est cette fois marquée décédée (peut-être le 24 novembre 1906 ?) comme son père. Elle est aussi lingère.

 Grâce à la profession du père on comprend les déplacements de la famille qui est en 1879 à Bazas, en 1883 à Port Sainte-Marie et qui est ensuite venu à Montauban.

 Peut-on imaginer un décès suite à une tuberculose ?

Pour pousser plus loin l'étrange de l'affaire dans son roman, l'Apostolat où Verfeuil raconte la vie de Pierre Courtès il lui donne une épouse venue du pays basque, Ondres, comme l'indique la page en question du roman publiée dans l'article suivant.

Jean-Paul Damaggio

 

P.S. Merci à l'ami qui a nettoyé la plaque et découvert les actes de décès des deux femmes.

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 16:05

En 1916 Verfeuil est au cœur de la bataille des pacifistes. Dans son roman L'Apostolatson héros, le professeur, Pierre Courtès qui vient de participer à la création du journal La Paix (en fait le Populaire), au chapitre XIII, part en vacances dans les Landes, chez ses beaux-parents. Il témoigne alors du rôle des journaux (ici Le Conservateur mais je soupçonne qu'il s'agit de l'Action française), les mêmes qui contribuèrent à l'assassinat de Jaurès. Le roman sera prochainement disponible en entier. Ce n'est pas une géniale œuvre littéraire mais une indispensable façon d'approcher l'histoire de la guerre. J-P Damaggio

  

"Les vacances étaient venues et, depuis trois semaines déjà, Mme Courtès était partie avec ses enfants pour les Landes, chez ses parents.

Le Congrès du Parti socialiste terminé, le professeur la rejoignit. Il se reposerait quelque temps puis irait dans le Midi, faire une tournée de conférences.

Les Gentil habitaient Ondres, un village des environs de Bayonne où, leur fortune faite et leur fonds de commerce vendu, ils s'étaient retirés.

A quatre kilomètres de la mer et protégé du rude vent du large par un épais rideau de pins, le village somnolait, engourdi et désert, vidé — à quelques réformés et mutilés près — de toute sa population masculine adulte.

En pleine pinède, du côté de la mer, les Gentil avaient fait construire une villa, qu'ils avaient confortablement meublée et où leur vieillesse doucement s'épuisait.

Courtès aimait beaucoup la région landaise, qu'on dit monotone et triste, mais qui est variée et charmante à qui sait la pénétrer. Il en est des paysages comme des femmes : les uns ont une beauté aguichante qu'on voit et apprécie tout de suite et qui vous séduit d'emblée ; les autres cachent la leur farouchement, et il faut chercher au plus profond d’eux-mêmes, dans les yeux languides des étangs et dans l'âme mystérieuse des bois, pour la découvrir.

Courtès prisait particulièrement les lacs landais. Il y en a de superbes, et, à Ondres même, il trouvait le lac dit du Maire concomitant à celui d'Yrieu, d'une beauté émouvante. Couronné de pins et de chênes-lièges qui reflétaient leur masse sombre dans ses eaux limpides, avec la seule échappée du lac d'Yrieu, il régnait sur ses bords un silence impressionnant, troublé seulement par le croassement des corbeaux dont le vol rayait de lignes noires le ciel clair.

Ah ! qu'on était loin, sur ces berges, des hommes imbéciles et méchants, de la société tyrannique et féroce, de la guerre surtout, de la guerre odieuse et stupide qui ravageait et abêtissait la France, l'Europe, l'Humanité !...

Et quelle cure de repos, de sérénité et de philosophie on faisait là, dans la seule mais adorable compagnie de l'eau, des arbres et du ciel magnifiquement confondus !

Courtès, en sautant du train, vit tout de suite sa femme et ses enfants, qu'il embrassa aussitôt avec effusion. Ses beaux-parents n'étaient pas venus l'attendre, contrairement à l'habitude, car, à toutes les vacances précédentes, ils s'étaient empressés d'accourir.

Il en, fit la remarque à sa femme.

— Grand'mère boude, dit la petite Yvonne.

— Grand-père aussi, ajouta le petit Julien.

— Qu'y a-t-il donc ? demanda le professeur à Mme Courtès, soucieuse et muette.

— La guerre ! répondit-elle. Ils sont au courant de ton action. Ils lisent le Conservateur. Alors, tu comprends !

Il avait compris et il fut envahi d'un flux subit d'amertume.

Allait-il être obligé de lutter ici comme à Paris, et faudrait-il qu'il se dressât contre ses beaux-parents comme il se dressait contre ses adversaires politiques, sans haine et sans provocation, certes, mais plein de résolution froide et de ténacité ?

Ce n'était pas pour cette bataille, portée au sein même de la famille et qui avait, par là, à ses yeux, quelque chose de sacrilège qu'il était venu.

Il eut, un instant, l'idée de repartir — de repartir avant même d'avoir vu les Gentil.

Mais c'eut été aggraver les choses au lieu de les arranger. Et puis sa femme, ses enfants étaient là qui lui offraient leur tendresse exquise et leurs yeux rieurs.

Il décida de rester — quitte à abréger son séjour s'il devenait trop pénible.

L'arrivée à la villa fut marquée d'un premier incident. M. Gentil était parti pour Bayonne d'où il ne rentrerait que par le train du soir, et il fallut aller chercher Mme Gentil, volontairement claquemurée dans sa chambre et qui ne voulait pas en sortir.

— Vous en faites de belles, mon gendre s'écria-t-elle, dès qu'elle le vit.

— Nous ne parlerons pas de cela, si vous le voulez, dit-il, conciliant.

— Nous n'en parlerons pas, mais les autres en parlent et en parleront.

Elle avait ouvert un secrétaire ; elle en tira un journal.

Tenez ! lisez ceci

C’était le Conservateur. Il reconnut un numéro récent dans lequel il était abominablement outragé. Il haussa les épaules.

— Cette bave ne me salit pas.

— Elle nous salit, nous. Avec ça, on peut ameuter tout le village contre nous.

— Mère, supplia Mme Courtès, Pierre n'est pas venu à Ondres pour faire de la politique, mais pour vous voir et se reposer. Je t'en prie, laisse cela de côté.

— Pourquoi défend-il les «Boches»? Il n'y en a pas, dans ma famille.

L'allusion était claire et elle voulait être méchante. Courtès, volontairement, ne la releva pas. La bonne appelait pour le déjeuner. Ce fut une diversion. Le soir, au retour de M. Gentil, une scène analogue faillit éclater.

M. Gentil rapportait de Bayonne le Conservateur du jour.

Les calomnies habituelles s'y étalaient et « Huitième de Boche » y était lourdement et férocement insulté.

M. Gentil entra, furieux, brandissant le journal comme il aurait brandi une massue.

— Voilà ce qu'on dit, mon gendre, contre vous et par conséquent contre nous. Je suis un Français, moi... un Français de vieille souche... J'étais trop jeune en 1870, sans quoi, je me serais engagé...

— Et tu es trop vieux maintenant, sans quoi aussi tu te serais engagé, dit la petite Yvonne, avec un sérieux imperturbable, en lui sautant au cou.

Trop vieux trop vieux ! parfaitement... trop vieux.

La répartie de la fillette l'avait désarçonné. Il n’insista pas.

Quelques jours passèrent. Un dimanche matin, comme Courtès était allé au bourg acheter des journaux, il remarqua devant l'église un groupe de jeunes gens qui le dévisageaient. Il n'y prit pas autrement garde.

Quand il repassa, muni de ses journaux, devant l'église, le groupe avait grossi. C'était la sortie de la messe et, aux jeunes gens, s'étaient joints des enfants, des femmes et des vieillards qui le regardèrent, eux aussi, avec une curiosité malveillante. Sous le porche, un prêtre semblait surveiller le troupeau.

Courtès avait à peine fait quelques pas, qu'une voix sifflante l'interpellait :

— Voilà le Boche ! Eh ! là-bas ! le Boche !

Il ne se retourna point. Il déplia un journal et se mit à lire. La route nationale, qu'il suivait, déroulait devant lui son ruban ombreux, bordé de platanes.

— Boche ! Prussien ! Embusqué !

Les épithètes injurieuses — ou qui passaient pour telles — se multipliaient à son adresse. Il continua son chemin, le pas égal et lent.

— Embusqué ! Prussien ! Boche !

Ce n'était plus une voix, mais vingt voix, maintenant, qui proféraient l'outrage et il sentait sur sa nuque le souffle haletant de la meute qui se pressait. Enfants, jeunes gens, femmes, vieillards le poursuivaient, mêlant les ricanements aux injures, les yeux mauvais, le poing menaçant, les crocs aiguisés, fendant des lèvres baveuses.

Il aurait pu, pour rentrer plus rapidement chez les Gentil, couper par des sentiers. Il persista à suivre la grande route, la belle route large dont il voyait l'admirable perspective mourir au loin, dans l'entrelacement frémissant et voûté des platanes.

La clameur, derrière lui, se faisait plus forte. Des enfants couraient à ses côtés.

— Boche ! Boche !

Leur voix grêle lui pénétrait le cœur qu'une immense tristesse peu à peu emplissait.

C'était pour eux, c'était pour que cette innocence ne fût pas flétrie, pour que cette fraîcheur ne fût pas gâtée, pour que cet avenir ne fût pas gaspillé qu'il s'était jeté dans l'âpre lutte. Or, ceux-là mêmes qu'il voulait sauver des hécatombes futures et dont il s'efforçait, en attendant, d'arracher les pères à l'enfer où les gouvernants criminels les maintenaient, ces petits êtres de joie et d'amour lui tendaient le poing et l'injuriaient, inconscients mais féroces, hélas !

Un caillou, lancé à toute volée, siffla à son oreille droite, éraflant le lobe. Une goutte de sang perla.

Sans hâte il marchait. Il avait replié le journal, et il regardait droit devant lui, comme indifférent, les yeux levés vers la voûte feuillue des arbres où s'accrochaient çà et là des pans de ciel.

Et les insultes se faisaient plus grossières ; les menaces se précisaient ; toute une tempête de mots orduriers et de vociférations l'enveloppait.

Et le piétinement de la meute se précipitait. Elle était à quelques pas seulement bientôt, il serait rejoint, entouré, frappé sans doute.

Un deuxième caillou fut lancé qui, cette fois, l'atteignit à l'épaule.

Il ressentit à l'omoplate gauche, une violente douleur. Il eut un réflexe, porta la main à l'endroit meurtri, mais aucune plainte ne lui échappa.

Et il continua de marcher sous les invectives et sous les coups, un peu pâle, sans haine et sans peur, mais plus triste, infiniment.

Il était arrivé au chemin qui, perpendiculaire à la grand'route qu'on laissait là, conduisait, à travers les pins, chez les Gentil. Il allait s'y engager lorsqu'un grand gaillard, d'un bond, se jeta au-devant de lui et lui barra le passage.

Sale Boche ! tu n'iras pas plus loin !

Courtès, d'instinct, recula et, s'étant retourné, il vit une centaine de personnes qui l'encerclaient et hurlaient à sa mort.

— A l'eau! à l'eau ! à l'étang !

L'étang était tout proche et l'on voyait miroiter son eau sous le soleil.

Courtès, sans forfanterie comme sans crainte, regardait la bande hurlante. Aux derniers rangs, il aperçut le prêtre remarqué tout à l'heure à la porte de l'église et qui, sans se mêler à la scène, semblait la suivre avec intérêt, n'intervenant, en tout cas, d'aucune façon pour y mettre fin.

L'idée lui vint de s'adresser à lui, par-dessus la tête de ces malheureux qu'une rage incompréhensible avait saisis et qui n'étaient, de toute évidence, que des victimes ou des instruments.

Mais il considéra aussitôt que c'était une lâcheté. Il ne s'abriterait pas derrière la robe de l'ecclésiastique, et c'était à eux, à ces paysans imbécilement dressés contre lui à la suite d'il ne savait quelles excitations, qu'il allait parler.

Les vociférations croissaient. Une vieille lui cracha au visage. Le cercle autour de lui se rétrécissait.

— Que vous ai-je fait, mes amis, et que me voulez-vous ?

Une bordée d'invectives lui répondit :

— Boche ! Prussien ! Embusqué ! Va-t'en en Allemagne, si tu n'es pas bien en France !

— C'est à cause de toi et de tes pareils que mon mari est mort !

— C'est parce qu'il y a des traîtres comme toi que mon fils a été tué !

— Tu voudrais sans doute que nous devenions Prussiens !

— Mes amis, insista-t-il, ce n'est pas contre vous, mais contre la guerre que je lutte, et c'est parce qu'il y a la guerre que vous avez perdu vos maris et vos fils !

Il voulut continuer, mais une rafale de huées l'en empêcha. Des jeunes gens s'étaient précipités sur lui ; l'un d'eux l'avait saisi à la gorge et le brutalisait ; un autre levait sur lui un bâton.

Alors, il sentit une infinie pitié l'envahir, et il pleura.

Il pleura sur ces pauvres diables qu'une haine bestiale aveuglait et à qui il pardonnait parce que, tout comme ceux qui lapidaient Jésus, ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient.

Il pleura sur eux qui ne comprenaient point et qu'avaient suggestionnés les abominables campagnes de toute une presse versant, depuis les derniers jours de juillet 1914, le poison de haine dans ces âmes simples et ces cerveaux frustes.

Ah l'immonde besogne faite par les journaux depuis deux ans ! S'ils s'étaient contentés de déformer les faits, de « bourrer les crânes » selon la pittoresque expression des combattants ! Ils faisaient plus, hélas ! Ils souillaient la pensée, desséchaient les cœurs, obnubilaient les consciences et répandaient, mêlés à de stupides mensonges, de tels torrents de haine contre l'ennemi et contre tous ceux qui ne criaient pas à son extermination, que le pays tout entier en était submergé.

Et les grandes associations dites patriotiques, largement subventionnées par le gouvernement, avaient, elles aussi, leur part de responsabilité et la nocivité de leur propagande ne le cédait en rien à celle des journaux.

Quels efforts il faudrait faire, la paix revenue, pour réparer tout ce mal et allumer de nouveau la flamme d'amour là où ne brûlait plus maintenant qu'une inexpiable aversion !

En quelques secondes, ces idées traversèrent l'esprit de Courtès. Mais, brusquement, il sentit un choc violent à la tête. L'individu au bâton venait de le frapper. Le professeur, sous le coup, chancela. Ses agresseurs, enhardis, s'approchèrent encore et il fut bousculé, renversé, piétiné, cependant qu'une acclamation de joie montait, dans un redoublement d'injures et de cris.

Le prêtre, un peu à l'écart, souriait.

La bande partie, Courtès, péniblement, se releva. Il avait au front une large plaie d'où le sang, avec abondance, coulait et, sur tout le corps, de douloureuses meurtrissures.

Il alla à l'étang proche où les plus enragés avaient parlé de le jeter. Avec son mouchoir, il lava la plaie.

Puis il reprit son chemin, de son même pas égal et lent.

Et il avait le soleil dans les yeux et dans l'âme."

Raoul Verfeuil

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 17:20

P1140271

 

Pour des raisons indépendantes de ma volonté je cherchais dans mes archives le n°9 de la revue Matricule de Anges que j'ai lu dès son apparition et jusqu'à aujourd'hui.

Mais un seul numéro manque à ma collection : le numéro 9 ! J'ai dû le prêter ou le ranger ailleurs. Je retrouve cette Une du n° 18 consacrée en décembre 1996 à Vazquez Montalban et qui me permet un clin d'oeil à cet écrivain que je n'oublie pas.

Le hasard fait que le numéro actuel de la revue publie un bel article sur une librairie-tartinerie très agréable à Sarrant (32) proche d'Angeville et que je connais bien. Jean Paul Damaggio

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