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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 15:40

Nous avons déjà sur ce blog publié les documents officiels expliquant les raisons de l'exclusion de Verfeuil du PCF prononcé au congrès de 1922.

Acte d'accusation

Suite à la parution de l'article ci-dessous

On apprend dans le document ci-dessus que la publication de la lettre par Le Matin a stupéfié Verfeuil.

 Le journal Le Matin qui pendant la guerre n'a jamais cessé avec d'autres, de salir les pacifistes socialistes dont Verfeuil, a pris un malin plaisir à publier la lettre de Verfeuil ci-dessous. Cette tactique de la presse du système n'a jamais cessé : publier des textes, avec sans leur accord, venant de la contestation interne au PCF, en sachant que toute "utilisation" de la presse "bourgeoise" contre le parti, facilitait… l'exclusion. Après l'exclusion Le Matin n'aura plus à se soucier de Verfeuil.

Or cette lettre ne dit rien d'original puisqu'elle répète ce que Verfeuil a toujours répété publiquement : internationalisme oui, mais sans soumission à l'Internationale.

Cette publication est une simple manœuvre qui rappelle cependant que le parti de type nouveau ne pouvait, comme le PS, avoir des tendances affichées. Elle contribue autant que les articles insultants, à assassiner Verfeuil, qui après cet événement continuera de se battre (en créant une nouvelle organisation) mais sans pouvoir rester l'homme qu'il avait été : une voix importante du courant du socialisme authentique. JPD

 Le Matin 9 septembre 1922

Des communistes français veulent secouer le joug de Moscou

Un des membres les plus influents du comité directeur du parti communiste français, le citoyen Raoul Verfeuil, a adressé la convocation suivante aux élus et aux secrétaires des sections les plus modérées du parti :

"Dans ses dernières réunions, l'exécutif de l'Internationale de Moscou a pris des décisions qui sont de nature à bouleverser entièrement le parti, peut-être même à le ruiner.

De toutes les évidences, l'exécutif a la volonté très nette d'adopter à la section française des méthodes et une politique qui rendraient, si elles étaient appliquées, l'atmosphère du parti irrespirable.

Plusieurs des résolutions adoptées violent les statuts du parti français, et même de l'Internationale ; d'autres annulent les engagements pris au congrès de Tours ; certaines constituent un véritable dessaisissement du parti au profit de l'exécutif, transformé en une sorte de grand conseil de l'Inquisition, et qui va jusqu'à interdire la tenue de congrès nationaux aux dates fixées par les sections.

Il vous apparaîtrai mon cher camarade, que c'est là une situation propre à attirer l'attention des militants.

Pour examiner cette situation et prendre les mesures qu'elle comporte, je vous prie de vouloir bien assister à la réunion qui aura lieu le samedi 9 septembre, à 14 h.-30 ,salle du Vieux-Cheval, 116. rue du Faubourg-Saint- Martin, au coin du boulevard Magenta.

RAOUL VERFEUIL. de la 16ème section, membre du comité directeur."

 

 

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 16:06

 

 plaque-verfeuil.jpg

Voilà une plaque qui ajoute au mystère de Verfeuil !

Lui qui n'a pas été marié se retrouve dans une tombe aux côtés de deux femmes !

Les deux femmes sont décédées à l'âge de 29 ans !

A la vue de l'unité des caractères, la plaque ayant été réalisée après le décès de Verfeuil donc en 1927, les auteurs avaient un peu perdu la mémoire.

En effet Denise Echevery est bien morte le 17 octobre mais en 1908 et non en 1907.

Par contre pas d'erreur pour sa sœur Jeanne morte le 20 avril 1912.

Celle-ci était née exactement en 1883, le 5 avril, comme le confirme l'acte de naissance de Port Sainte Marie, dans le Lot et Garonne, où est comparu Etcheverry Jean âgé de 33 ans employé de chemin de fer, domicilié à Port Sainte-Marie qui a déclaré cette naissance d'un enfant de sexe féminin, né à son domicile, de lui et de Marie Ducassou, son épouse, sans profession âgé de 33 ans et ils la prénomment Jeanne.

 Les deux sœurs ne sont pas enterrées avec leurs parents décédés je ne sais où.

Toutes les deux sont célibataires.

La plus jeune est née quatre ans avant Raoul Lamolinairie dit Verfeuil.

Pour vivre Denise, née à Bazas, était lingère et à sa mort son père Jean (dit Pierre) est décédé mais pas sa mère désignée sous le nom de Marie Ducasse alors qu'à la naissance de sa sœur, sur l'acte d'Etat civil de Port Sainte Marie elle est désignée du nom de Ducassou. Elle vivait au n°8 de la Place Nationale.

Sa sœur est sans doute décédée à l'hôpital (car indiquée rue de l'Hôtel Dieu) et sa mère est cette fois marquée décédée (peut-être le 24 novembre 1906 ?) comme son père. Elle est aussi lingère.

 Grâce à la profession du père on comprend les déplacements de la famille qui est en 1879 à Bazas, en 1883 à Port Sainte-Marie et qui est ensuite venu à Montauban.

 Peut-on imaginer un décès suite à une tuberculose ?

Pour pousser plus loin l'étrange de l'affaire dans son roman, l'Apostolat où Verfeuil raconte la vie de Pierre Courtès il lui donne une épouse venue du pays basque, Ondres, comme l'indique la page en question du roman publiée dans l'article suivant.

Jean-Paul Damaggio

 

P.S. Merci à l'ami qui a nettoyé la plaque et découvert les actes de décès des deux femmes.

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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 16:05

En 1916 Verfeuil est au cœur de la bataille des pacifistes. Dans son roman L'Apostolatson héros, le professeur, Pierre Courtès qui vient de participer à la création du journal La Paix (en fait le Populaire), au chapitre XIII, part en vacances dans les Landes, chez ses beaux-parents. Il témoigne alors du rôle des journaux (ici Le Conservateur mais je soupçonne qu'il s'agit de l'Action française), les mêmes qui contribuèrent à l'assassinat de Jaurès. Le roman sera prochainement disponible en entier. Ce n'est pas une géniale œuvre littéraire mais une indispensable façon d'approcher l'histoire de la guerre. J-P Damaggio

  

"Les vacances étaient venues et, depuis trois semaines déjà, Mme Courtès était partie avec ses enfants pour les Landes, chez ses parents.

Le Congrès du Parti socialiste terminé, le professeur la rejoignit. Il se reposerait quelque temps puis irait dans le Midi, faire une tournée de conférences.

Les Gentil habitaient Ondres, un village des environs de Bayonne où, leur fortune faite et leur fonds de commerce vendu, ils s'étaient retirés.

A quatre kilomètres de la mer et protégé du rude vent du large par un épais rideau de pins, le village somnolait, engourdi et désert, vidé — à quelques réformés et mutilés près — de toute sa population masculine adulte.

En pleine pinède, du côté de la mer, les Gentil avaient fait construire une villa, qu'ils avaient confortablement meublée et où leur vieillesse doucement s'épuisait.

Courtès aimait beaucoup la région landaise, qu'on dit monotone et triste, mais qui est variée et charmante à qui sait la pénétrer. Il en est des paysages comme des femmes : les uns ont une beauté aguichante qu'on voit et apprécie tout de suite et qui vous séduit d'emblée ; les autres cachent la leur farouchement, et il faut chercher au plus profond d’eux-mêmes, dans les yeux languides des étangs et dans l'âme mystérieuse des bois, pour la découvrir.

Courtès prisait particulièrement les lacs landais. Il y en a de superbes, et, à Ondres même, il trouvait le lac dit du Maire concomitant à celui d'Yrieu, d'une beauté émouvante. Couronné de pins et de chênes-lièges qui reflétaient leur masse sombre dans ses eaux limpides, avec la seule échappée du lac d'Yrieu, il régnait sur ses bords un silence impressionnant, troublé seulement par le croassement des corbeaux dont le vol rayait de lignes noires le ciel clair.

Ah ! qu'on était loin, sur ces berges, des hommes imbéciles et méchants, de la société tyrannique et féroce, de la guerre surtout, de la guerre odieuse et stupide qui ravageait et abêtissait la France, l'Europe, l'Humanité !...

Et quelle cure de repos, de sérénité et de philosophie on faisait là, dans la seule mais adorable compagnie de l'eau, des arbres et du ciel magnifiquement confondus !

Courtès, en sautant du train, vit tout de suite sa femme et ses enfants, qu'il embrassa aussitôt avec effusion. Ses beaux-parents n'étaient pas venus l'attendre, contrairement à l'habitude, car, à toutes les vacances précédentes, ils s'étaient empressés d'accourir.

Il en, fit la remarque à sa femme.

— Grand'mère boude, dit la petite Yvonne.

— Grand-père aussi, ajouta le petit Julien.

— Qu'y a-t-il donc ? demanda le professeur à Mme Courtès, soucieuse et muette.

— La guerre ! répondit-elle. Ils sont au courant de ton action. Ils lisent le Conservateur. Alors, tu comprends !

Il avait compris et il fut envahi d'un flux subit d'amertume.

Allait-il être obligé de lutter ici comme à Paris, et faudrait-il qu'il se dressât contre ses beaux-parents comme il se dressait contre ses adversaires politiques, sans haine et sans provocation, certes, mais plein de résolution froide et de ténacité ?

Ce n'était pas pour cette bataille, portée au sein même de la famille et qui avait, par là, à ses yeux, quelque chose de sacrilège qu'il était venu.

Il eut, un instant, l'idée de repartir — de repartir avant même d'avoir vu les Gentil.

Mais c'eut été aggraver les choses au lieu de les arranger. Et puis sa femme, ses enfants étaient là qui lui offraient leur tendresse exquise et leurs yeux rieurs.

Il décida de rester — quitte à abréger son séjour s'il devenait trop pénible.

L'arrivée à la villa fut marquée d'un premier incident. M. Gentil était parti pour Bayonne d'où il ne rentrerait que par le train du soir, et il fallut aller chercher Mme Gentil, volontairement claquemurée dans sa chambre et qui ne voulait pas en sortir.

— Vous en faites de belles, mon gendre s'écria-t-elle, dès qu'elle le vit.

— Nous ne parlerons pas de cela, si vous le voulez, dit-il, conciliant.

— Nous n'en parlerons pas, mais les autres en parlent et en parleront.

Elle avait ouvert un secrétaire ; elle en tira un journal.

Tenez ! lisez ceci

C’était le Conservateur. Il reconnut un numéro récent dans lequel il était abominablement outragé. Il haussa les épaules.

— Cette bave ne me salit pas.

— Elle nous salit, nous. Avec ça, on peut ameuter tout le village contre nous.

— Mère, supplia Mme Courtès, Pierre n'est pas venu à Ondres pour faire de la politique, mais pour vous voir et se reposer. Je t'en prie, laisse cela de côté.

— Pourquoi défend-il les «Boches»? Il n'y en a pas, dans ma famille.

L'allusion était claire et elle voulait être méchante. Courtès, volontairement, ne la releva pas. La bonne appelait pour le déjeuner. Ce fut une diversion. Le soir, au retour de M. Gentil, une scène analogue faillit éclater.

M. Gentil rapportait de Bayonne le Conservateur du jour.

Les calomnies habituelles s'y étalaient et « Huitième de Boche » y était lourdement et férocement insulté.

M. Gentil entra, furieux, brandissant le journal comme il aurait brandi une massue.

— Voilà ce qu'on dit, mon gendre, contre vous et par conséquent contre nous. Je suis un Français, moi... un Français de vieille souche... J'étais trop jeune en 1870, sans quoi, je me serais engagé...

— Et tu es trop vieux maintenant, sans quoi aussi tu te serais engagé, dit la petite Yvonne, avec un sérieux imperturbable, en lui sautant au cou.

Trop vieux trop vieux ! parfaitement... trop vieux.

La répartie de la fillette l'avait désarçonné. Il n’insista pas.

Quelques jours passèrent. Un dimanche matin, comme Courtès était allé au bourg acheter des journaux, il remarqua devant l'église un groupe de jeunes gens qui le dévisageaient. Il n'y prit pas autrement garde.

Quand il repassa, muni de ses journaux, devant l'église, le groupe avait grossi. C'était la sortie de la messe et, aux jeunes gens, s'étaient joints des enfants, des femmes et des vieillards qui le regardèrent, eux aussi, avec une curiosité malveillante. Sous le porche, un prêtre semblait surveiller le troupeau.

Courtès avait à peine fait quelques pas, qu'une voix sifflante l'interpellait :

— Voilà le Boche ! Eh ! là-bas ! le Boche !

Il ne se retourna point. Il déplia un journal et se mit à lire. La route nationale, qu'il suivait, déroulait devant lui son ruban ombreux, bordé de platanes.

— Boche ! Prussien ! Embusqué !

Les épithètes injurieuses — ou qui passaient pour telles — se multipliaient à son adresse. Il continua son chemin, le pas égal et lent.

— Embusqué ! Prussien ! Boche !

Ce n'était plus une voix, mais vingt voix, maintenant, qui proféraient l'outrage et il sentait sur sa nuque le souffle haletant de la meute qui se pressait. Enfants, jeunes gens, femmes, vieillards le poursuivaient, mêlant les ricanements aux injures, les yeux mauvais, le poing menaçant, les crocs aiguisés, fendant des lèvres baveuses.

Il aurait pu, pour rentrer plus rapidement chez les Gentil, couper par des sentiers. Il persista à suivre la grande route, la belle route large dont il voyait l'admirable perspective mourir au loin, dans l'entrelacement frémissant et voûté des platanes.

La clameur, derrière lui, se faisait plus forte. Des enfants couraient à ses côtés.

— Boche ! Boche !

Leur voix grêle lui pénétrait le cœur qu'une immense tristesse peu à peu emplissait.

C'était pour eux, c'était pour que cette innocence ne fût pas flétrie, pour que cette fraîcheur ne fût pas gâtée, pour que cet avenir ne fût pas gaspillé qu'il s'était jeté dans l'âpre lutte. Or, ceux-là mêmes qu'il voulait sauver des hécatombes futures et dont il s'efforçait, en attendant, d'arracher les pères à l'enfer où les gouvernants criminels les maintenaient, ces petits êtres de joie et d'amour lui tendaient le poing et l'injuriaient, inconscients mais féroces, hélas !

Un caillou, lancé à toute volée, siffla à son oreille droite, éraflant le lobe. Une goutte de sang perla.

Sans hâte il marchait. Il avait replié le journal, et il regardait droit devant lui, comme indifférent, les yeux levés vers la voûte feuillue des arbres où s'accrochaient çà et là des pans de ciel.

Et les insultes se faisaient plus grossières ; les menaces se précisaient ; toute une tempête de mots orduriers et de vociférations l'enveloppait.

Et le piétinement de la meute se précipitait. Elle était à quelques pas seulement bientôt, il serait rejoint, entouré, frappé sans doute.

Un deuxième caillou fut lancé qui, cette fois, l'atteignit à l'épaule.

Il ressentit à l'omoplate gauche, une violente douleur. Il eut un réflexe, porta la main à l'endroit meurtri, mais aucune plainte ne lui échappa.

Et il continua de marcher sous les invectives et sous les coups, un peu pâle, sans haine et sans peur, mais plus triste, infiniment.

Il était arrivé au chemin qui, perpendiculaire à la grand'route qu'on laissait là, conduisait, à travers les pins, chez les Gentil. Il allait s'y engager lorsqu'un grand gaillard, d'un bond, se jeta au-devant de lui et lui barra le passage.

Sale Boche ! tu n'iras pas plus loin !

Courtès, d'instinct, recula et, s'étant retourné, il vit une centaine de personnes qui l'encerclaient et hurlaient à sa mort.

— A l'eau! à l'eau ! à l'étang !

L'étang était tout proche et l'on voyait miroiter son eau sous le soleil.

Courtès, sans forfanterie comme sans crainte, regardait la bande hurlante. Aux derniers rangs, il aperçut le prêtre remarqué tout à l'heure à la porte de l'église et qui, sans se mêler à la scène, semblait la suivre avec intérêt, n'intervenant, en tout cas, d'aucune façon pour y mettre fin.

L'idée lui vint de s'adresser à lui, par-dessus la tête de ces malheureux qu'une rage incompréhensible avait saisis et qui n'étaient, de toute évidence, que des victimes ou des instruments.

Mais il considéra aussitôt que c'était une lâcheté. Il ne s'abriterait pas derrière la robe de l'ecclésiastique, et c'était à eux, à ces paysans imbécilement dressés contre lui à la suite d'il ne savait quelles excitations, qu'il allait parler.

Les vociférations croissaient. Une vieille lui cracha au visage. Le cercle autour de lui se rétrécissait.

— Que vous ai-je fait, mes amis, et que me voulez-vous ?

Une bordée d'invectives lui répondit :

— Boche ! Prussien ! Embusqué ! Va-t'en en Allemagne, si tu n'es pas bien en France !

— C'est à cause de toi et de tes pareils que mon mari est mort !

— C'est parce qu'il y a des traîtres comme toi que mon fils a été tué !

— Tu voudrais sans doute que nous devenions Prussiens !

— Mes amis, insista-t-il, ce n'est pas contre vous, mais contre la guerre que je lutte, et c'est parce qu'il y a la guerre que vous avez perdu vos maris et vos fils !

Il voulut continuer, mais une rafale de huées l'en empêcha. Des jeunes gens s'étaient précipités sur lui ; l'un d'eux l'avait saisi à la gorge et le brutalisait ; un autre levait sur lui un bâton.

Alors, il sentit une infinie pitié l'envahir, et il pleura.

Il pleura sur ces pauvres diables qu'une haine bestiale aveuglait et à qui il pardonnait parce que, tout comme ceux qui lapidaient Jésus, ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient.

Il pleura sur eux qui ne comprenaient point et qu'avaient suggestionnés les abominables campagnes de toute une presse versant, depuis les derniers jours de juillet 1914, le poison de haine dans ces âmes simples et ces cerveaux frustes.

Ah l'immonde besogne faite par les journaux depuis deux ans ! S'ils s'étaient contentés de déformer les faits, de « bourrer les crânes » selon la pittoresque expression des combattants ! Ils faisaient plus, hélas ! Ils souillaient la pensée, desséchaient les cœurs, obnubilaient les consciences et répandaient, mêlés à de stupides mensonges, de tels torrents de haine contre l'ennemi et contre tous ceux qui ne criaient pas à son extermination, que le pays tout entier en était submergé.

Et les grandes associations dites patriotiques, largement subventionnées par le gouvernement, avaient, elles aussi, leur part de responsabilité et la nocivité de leur propagande ne le cédait en rien à celle des journaux.

Quels efforts il faudrait faire, la paix revenue, pour réparer tout ce mal et allumer de nouveau la flamme d'amour là où ne brûlait plus maintenant qu'une inexpiable aversion !

En quelques secondes, ces idées traversèrent l'esprit de Courtès. Mais, brusquement, il sentit un choc violent à la tête. L'individu au bâton venait de le frapper. Le professeur, sous le coup, chancela. Ses agresseurs, enhardis, s'approchèrent encore et il fut bousculé, renversé, piétiné, cependant qu'une acclamation de joie montait, dans un redoublement d'injures et de cris.

Le prêtre, un peu à l'écart, souriait.

La bande partie, Courtès, péniblement, se releva. Il avait au front une large plaie d'où le sang, avec abondance, coulait et, sur tout le corps, de douloureuses meurtrissures.

Il alla à l'étang proche où les plus enragés avaient parlé de le jeter. Avec son mouchoir, il lava la plaie.

Puis il reprit son chemin, de son même pas égal et lent.

Et il avait le soleil dans les yeux et dans l'âme."

Raoul Verfeuil

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 17:20

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Pour des raisons indépendantes de ma volonté je cherchais dans mes archives le n°9 de la revue Matricule de Anges que j'ai lu dès son apparition et jusqu'à aujourd'hui.

Mais un seul numéro manque à ma collection : le numéro 9 ! J'ai dû le prêter ou le ranger ailleurs. Je retrouve cette Une du n° 18 consacrée en décembre 1996 à Vazquez Montalban et qui me permet un clin d'oeil à cet écrivain que je n'oublie pas.

Le hasard fait que le numéro actuel de la revue publie un bel article sur une librairie-tartinerie très agréable à Sarrant (32) proche d'Angeville et que je connais bien. Jean Paul Damaggio

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 17:17

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Sous les platanes, en cette fin de soirée avignonnaise du jeudi 10 juillet, le metteur en scène Giorgio Barberio Corsetti et les trois acteurs principaux du Prince de Hombourg acceptent d’écouter des spectateurs commentant leur œuvre.

Une dame ouvre le feu puis les questions vont se multiplier permettant à chacun de revisiter utilement les 2 h 30 de la pièce jouée dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes.

 Un Prince de Hombourg mis au simple rang d’un soldat comme les autres alors que tout le distingue du commun des mortels ? Et une autre dame, portant un sac représentant le drapeau cubain, insistera par une question simple, à l’adresse du metteur en scène : « Auriez-vous donné l’ordre de faire du Prince un soldat ordinaire ? »

En fait, la question est celle du costume car en effet, le Prince porte exactement les mêmes habits que les autres officiers. Barberio apportera une indication amusante : en fait, il a dessiné les costumes à partir de ceux qu’on trouve dans Corto Maltese le héros d’Hugo Pratt.

La question était bien sûr en référence au Prince de Hombourg de 1951 et à Gérard Philippe, si bien que celui qui joue le rôle dira sur un ton amusé : « Je ne suis pas Gérard Philippe. »

Sauf que les questions ne signifiaient pas un respect du passé mais bien une interrogation sur la nature du choix. D’ailleurs Barberio y reviendra en revendiquant le droit à proposer sa propre interprétation. A cette occasion il donnera un conseil d’ordre général qu’il s’applique quand il est spectateur : « Ne pas voir un spectacle avec des a priori mais le recevoir d’abord pour ce qu’il est. »

S’il s’agit de placer un spectacle sur un piédestal avant d’en découvrir une nouvelle interprétation, je suis d’accord avec lui, mais d’un autre point de vue, il est impossible de découvrir une œuvre culturelle en se présentant sans référence culturelle ! Et pour preuve : le débat permettait d’éclairer l’œuvre qui faisait d’abord du Prince un homme comme les autres !

 Mais une autre question est venue ensuite qui ne tenait pas à Von Kleist : pourquoi le metteur en scène a-t-il décidé que l’entrée des acteurs se ferait par le sous-sol d’où ils émergeraient nus, par une danse, afin d’habiller le Prince ? Les interprétations furent multiples et la scène était justement conçue pour cela ! Barberio dira qu’il ne s’agit pas d’expliquer mais qu’on peut pointer plusieurs influences qui justement ont été évoquées par le public.

On naît nu et il s’agissait de pointer une naissance ?

Inversement montrer un mort qu’on habille car la mort est sous-jacente ?

Une référence à une possible homosexualité du héros ?

Une référence aux nus artistiques de la Grèce antique ?

Comme dans les peintures de David où au départ les modèles sont nus et ensuite l’artiste les habille ? La culture n'est-ce rien d'autre qu'habiller la réalité ?

 Pour Barbieri une occasion de revenir à Von Kleist. Chez l’artiste, dit-il, toutes les entrées en scène sont des coups de théâtre inattendus. La référence fréquente au romantisme n’est pas pour lui plaire, car elle risque d’enfermer l’auteur dans une étiquette.

 Si la scène de départ était étonnante, la scène finale l’était tout autant et écouter les spectateurs s’exprimer sur le sujet aidait à mieux goûter au spectacle… à postériori ! A la fin, le Prince, condamné à mort pour désobéissance, n’est pas exactement gracié mais devient une marionnette : on accroche des ficelles à l’acteur qui va être manipulé comme une marionnette. Une situation étonnante que Barberio explique ainsi : « Chez Kleist l’état de marionnette est le plus grande signe de liberté ! » Je ne site pas exactement le propos que je rapporte de mémoire mais il a été reformulé de façon plus habituelle par l’acteur jouant le rôle : « Ce sont les contraintes qui conduisent à la liberté ».

Ce paradoxe est celui qui court tout au long de la pièce. L’Electeur (disons le roi) est tenu à assumer le rôle qui est le sien. Contrairement à l’image classique du dictateur qui peut faire n’importe quoi, tout dirigeant est en fait tenu par la société qu’il dirige. Plus les lois sont claires et plus il peut exercer, à l’intérieur des lois, sa liberté.

L’exemple classique de ce paradoxe est donné par l’OULIPO quand Queneau décide d’écrire un texte sans y utiliser telle ou telle lettre ! Sous une autre forme, on a le cas du sonnet qui oblige dans un cadre fixé, à écrire ce que l’on veut dire. Le cadre ne dit rien du message mais le message n’existe que par le cadre.

S’agit-il là seulement d’une question culturelle ?

 Avec le Prince nous avons un homme double : il est pris par le rêve, le sentiment, la spontanéité et à un moment « il doit tomber dans la réalité ». Un des coups de théâtre qui frise l’incohérence c’est quand le Prince, pour sauver sa vie, est prêt à devenir n’importe qui, à oublier l’héroïsme, à se nier en tant qu’homme, puis, tout à coup il déclare accepter la mort car en effet il la mérite puisqu’il n’a pas obéi à la loi : l’héroïsme ne consiste pas à suivre ses instincts ! Existe-t-il une porte de sortie à ce dilemme ?

Toute la mise en scène vise à l’affronter et il se résout par la marionnette !

Un dilemme qui n’est qu’un parmi d’autres : par exemple, Von Kleist est autant Français qu’Allemand. Pendant longtemps il parlera mieux le français que l’allemand !

L’instabilité de ce Prince n’est-elle pas celle de Kleist lui-même ?

Il a d’abord été un soldat aimant son métier. Puis un adepte de la science en quête de vérité. Il soupçonne alors qu’il peut avoir une carrière littéraire. Ensuite la lecture de Kant le plonge dans un immense désespoir. Il veut alors se faire paysan ! Puis il abandonne à nouveau ce rêve et celui d’avoir des enfants en cherchant à produire des enfants par l’esprit. Il s’éprend alors d’une fillette de 14 ans. Un nouvel épisode extravagant traverse sa vie : il veut partir dans une expédition pour y trouver un mort héroïque.

Sa porte de sortie sera finalement le suicide !

 Les questions se feront plus circonstancielles dont deux qui touchent à l’éphémère du spectacle.

1 ) Peut-il être rejoué ailleurs ? La réponse va de soi : la machinerie mise en place fait que seule la Cour d’honneur peut l’accueillir ! Aussi bien sur le plan horizontal que sur le plan vertical qui est utilisé de manière spectaculaire. Une machinerie occupant le côté gauche de la scène qui faisait que le spectacle occupait surtout le côté droit.

2 ) Que ressentir quand le spectacle est interrompu par la pluie ? Là, celui qui joue L’Electeur amuse le public en faisant observer que la pluie une fois, et la grève auparavant, ont interrompu le spectacle au même moment, quand il devait faire son entrée en scène à l’acte 5 ! Et il précise que c’est un moment vécu douloureusement.

 Pour rester dans le circonstanciel qui est le temps même du théâtre, faut-il voir une volonté européenne dans la présentation en France, d’une pièce allemande mise en scène par un Italien ?

Et quant au circonstanciel de l’époque de l’œuvre, personne n’a rappelé qu’en fait la pièce est un appel à la guerre pour inciter l’Allemagne à affronter Napoléon 1er  un Napoléon qu’à un moment le même Kleist avait soutenu invitant l’Allemagne à adopter le code Napoléon !

 

Jean-Paul Damaggio

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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 10:32

 

 nuit-de-la-cucaracha.jpg

Elles sont deux sur scène pour proposer une comédie révolutionnaire en musique avec 48 balles de ping pong. Avouez que le genre est peu fréquent ! A lire la présentation on reconnaît le mot "révolutionnaire" dans le choix des titres de chansons latinos qui sont au programme. Pour la musique c'est encore plus clair : le piano de l'affiche est explicatif. Mais "comédie", pourquoi ?

Le spectacle est passé par Marseille et plus exactement au Parvis des Arts.

Le Théâtre de la Luna qui à Avignon accueille la pièce indique : "Cette inoubliable Nuit de la Cucaracha raconte la naissance d’une amitié, et rend un vibrant hommage aux plus belles chansons révolutionnaires d’Amérique du Sud : Hasta Siempre, El pueblo unido, Gracias a la vida, No pasaran, Dos Gardenias

Extraits de presse lors de la création du spectacle au Luxembourg au Théâtre du Centaure :

« Une performance pleine de fougue qui fait vibrer la salle »

« Deux demoiselles de Rochefort version commando »

« Quel beau duo, quel tempérament »

« On sort de la Nuit de la Cucaracha vivifié, inspiré et plein d’entrain » "

 Il est rare de pouvoir confirmer un texte publicitaire comme celui qui annonce qu'on sort vivifié, inspiré et plein d'entrain de ce spectacle. Mais je confirme totalement.

 La mise en scène est de Marja-Leena Junker avec les deux comédiennes : Anne Cadilhac au chant et Dilia Gavarrete-Lhardit au piano et au chant.

coproduction : Théâtre du Centaure Luxembourg, La Compagnie Meninas

Mais pourquoi un auteur : Roberto Lana ?

Car il ne s'agit pas d'un simple tour de chant mais d'une mise en contexte. Une femme du Nicaragua réfugiée en France croise par hasard sa voisine désespérée car son mari, champion de ping pong est parti avec une autre. Elle va lui rappeler les chansons de son père qui avait dû aller à Managua soutenir les Sandinistes. Une femme du peuple croise une bourgeoise. Cet artifice peut gêner plus d'un puriste attaché seulement à la beauté des chansons. Quelques autres puristes peuvent mal digérer le comique de la formation révolutionnaire qui sert de toile de fond à la comédie. Bref, en principe comédie et révolution ne sont pas là pour faire bon ménage or c'est ainsi que la vie habite le spectacle.

 A l'entrée pour faciliter la compréhension le titre de toutes les chansons est donné avec la traduction du thème essentiel, tout comme pendant le spectacle des textes sont repris parfois et en partie, en français.

 L'originalité de l'heure passée ensemble est inoubliable et nous rappelle un passé proche et pourtant fini, celui de la chanson d'Amérique latine représentant parfaitement l'univers de lutte de années 1950-1980. Un peu comme si la victoire des sandinistes (au moment de la victoire des islamistes en Iran) avait paradoxalement tourné la page d'un héroïsme qui n'était pas qu'un héroïsme. Or, cette page tournée n'est pas celle des injustices devenues encore plus profondes ! Jean-Paul Damaggio

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 18:33

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Aujourd'hui je retrouve Richard Desjardins dans l'Humanité. Je reprends avec plaisir cet article. JPD

Un Québecois au grand chic « chiaque »

VENDREDI, 25 FÉVRIER, 2005

Il a fallu plus de six mois pour que Kanasuta, le dernier album de Richard Desjardins, soit distribué en France. Bel exemple de la vétusté d'une industrie plus préoccupée d'endiguer la copie sur Internet et d'établir des contrats de corruption avec la télévision que de défendre le talent.

Pour les afficionados de la chanson francophone, depuis quinze ans, Richard Desjardins avec son oeuvre chansonnière (deux vinyles, une dizaine de CD), s'est hissé au premier rang des plus grands de ce métier ; si Léo Férré devait avoir un héritier ce serait lui.

Il y a la technique, la versification : « Quand j'aime une fois, j'aime pour toujours » (reprise par Cabrel sur l'album Urgence) est construit sur des rimes en « our » comme un pied aux fesses du sempiternel « amour/toujours » « Je veux toucher du doigt la peau de ton tambour/J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd... »

un pianistique classique

Il y a les mélodies. Le père de Richard était agent forestier, mais en cadeau de noces il offrit un piano à sa blonde. Mis au clavier dès son plus jeune âge (au risque de se faire casser la gueule à l'école car là-bas un garçon joue au hockey, pas du piano), Desjardins a un bagage pianistique classique, et bâtit des mélodies solides, au carrefour d'influences multiples, apport français, folklore québécois, chanson américaine anglophone et aussi hispanique (il est trilingue).

Parlons du fond. Le grand fond de Desjardins c'est la grande poésie de l'expression poétique chantée. Mais toujours simple : la chanson est à la poésie ce que l'affiche est à la peinture, ce qui n'exclut pas « le grand cri poétique et sentimental », dont parlait Robert Desnos à propos d'Yvonne George : « Plus haut, plus haut/Le coeur est un oiseau. »

résolûment « social »

Céline, cet amasseur de lingots d'or, se gaussait du courant « zozial » dans les arts. Desjardins est un chanteur résolûment « social ». Un journaliste anglophone du Québec relevait qu'il menait une guerre personnelle contre la Noranda Inc le trust qui a donné son nom à sa ville natale, Rouyn-Noranda, « à la frontière du Québec et de la Sibérie ». La Noranda Inc possède tout : les forêts, les mines, le journal local et la fonderie où l'on brûle « des tonnes de bon gars ». Là-bas, raconte Desjardins, le soufre rejetté dans l'atmosphère est si dense que chaque année on rembourse aux automobilistes la peinture de leurs voitures bouffée par la pollution, « mais on rembourse pas leurs poumons aux gens ».

Sa première chanson, les Fros, il l'a écrite pour un documentaire sur une grève de mineur de cuivre à Rouyn Noranda, au temps de la grande dépression. Les Canadiens français, « coureurs de bois », ne voulant pas descendre au fond, la Noranda fit venir des miséreux d'Europe de l'Est, logés dans des baraquements traités pires que des chiens. Et quand ils se mirent en grève, la grève fut matée et on

Léo Ferré, son maître

 Aujourd'hui, dans ce dernier album il chante à plein gosier « Plus rien ne nous protège/Notre Dame s'est pendue/La grève, la grève, la grève/C'est mauvais comme de l'or/c'est toute coulé dans haine/Tu veux voir des trésors des vrais trésors sont là... » Et revisite l'âge d'or de Léo Ferré, son maître : « Nous aurons des corbeilles pleines/De roses noires pour tuer la haine/Des territoires coulés dans nos veines/Et des amours qui valent la peine/Des réservoirs d'années-lumière/Nous aurons tout ce qui nous manque/Des feux d'argent à la porte des banques/Des abattoires de millionnaires/Des réservoires d'années-lumière... » Quels médias français vont oser diffuser ces hymnes insurectionnels ? À peine si quelques-uns ont osé passé son hymne aux Amérindiens les Yanquis : « Nous avons tout tout tout conquis/Jusqu'à la glace des galaxies/Le président m'a commandé/de pacifier le monde entier/Et pour les niouzes, la NBC/tell me my friend qui est le chef ici/Et qu'il se lève »... Dont on attend l'adaptation en espagnol, en arabe, en kurde et en berbère...

 un respect de la bio-musico-diversité

Musicalement Kanasuta marque une évolution. On a connu Desjardins piano-voix, puis avec l'orchestre pop-rock de son groupe Abbitibbi (du nom ancien de son district). Là, il s'est adjoint des musiciens et Yves Desrosiers (son bel album consacré à la poésie de Vissotsky est passé inaperçu ici, c'est dommage) signe les arrangements, avec un respect de la bio-musico-diversité. Ici, des violons classiques romantiques, là des guitares « western » : la chanson western est le pendant québécois à la country américaine (elle-même sous apport cajun). Le style populaire par essence au Québec, avec des grands chanteurs comme Mary King, ou Willy Lamothe et des hits incontournables comme Quand le soleil dit bonjour aux montagnes...

Richard avait déjà composé dans cette veine (Et j'ai couché dans mon char, adapté en argot par Renaud « j'ai pioncé dans ma tire »), il récidive...Et, s'il compose parfaitement en français classique et même en « frenchy Villon », en français médiéval (Lomer), il ne lâche pas son « chiaque » Le « chiaque » est à Rouyn ce que le « joual » est à Montréal, un mélange d'ancien français des provinces de l'Ouest, d'anglais (la ville est bilingue), et de je ne sais quoi. Il y en a que sa choque, au Québec comme en France (les bourgeois jacobins détestent les parlers du populo).

Sortie (enfin) du disque avec un cd d'anthologie chez Labels, concert à l'Olympia. Desjardins sur scène est sérieux comme un joke. Très droit, son profil d'aigle insinuant un peu de sang amérindien. Des contes entre les chansons, brechtiens en diable, de l'amour des sarcasmes, du rire et de la tendresse. Un immense chanteur populaire pour la francophonie, qui élève le coeur et allège les poumons. L'annonce d'un dégel dans les banquises obscures ?

Hélène Hazera

 Album, Kanasuta et Anthologie chez Labels.

Concert à l'Olympia le 28 février :

 

28 bd, des Capucines, Paris.

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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 18:19

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En ce 4 juillet c'est l'ouverture du Festival d'Avignon, le signe des vacances, le temps de la culture, alors je reviens à Benedetto à qui j'ai consacré un livre et plusieurs articles sur ce blog. J'ouvre d'ailleurs une catégorie, BenEdetto, Castan, Lubat, Caubère. 

Le Festival 2005 a été un tournant pour le Off, ou une dérive de plus. Benedetto va devenir le président du Off... Ce petit bilan historique a quelques charmes. Voici donc un article de plus de L'Humanité où l'écrivain a la parole. Jean Paul Damaggio

Les dérives

MERCREDI, 27 JUILLET, 2005

 

Par André Benedetto, metteur en scène, directeur du Théâtre des Carmes à Avignon.

Avignon, ça a tout de suite commencé par une dérive ! Char et Zervoz ont proposé à Vilar de jouer une fois Meurtre dans la cathédrale dans la cour du Palais. Et que répond Vilar ? « Formidable » ? Non, pas du tout ! C'est une idée apparemment bonne, mais une autre idée lui vient. Il ne jouera pas ce meurtre mais sa naissance. Il saute sur l'occasion, il saisit sa chance aux oreilles pour tracer sa nouvelle voie avec trois autres pièces pendant une semaine. Et l'année suivante, nouvelle dérive, il intitule festival sa Semaine d'art dramatique de 1947. Vingt après, en 1966, dérive, c'est la danse qui entre dans la cour. En 1967, dérive, c'est le cinéma qui y entre avec la Chinoise de Godard. Le Festival, quant à lui, entre dans le off qui vient de naître, en ouvrant un deuxième lieu au cloître des Carmes où le Living Theatre s'installe en 1968. Grandes agitations. Et à partir des sixties qui finissent, de nouvelles exigences spectaculaires surgissent. Le in lui aussi, comme le off, va multiplier ses lieux, intra et extra-muros, ses spectacles, ses diversités, ses animations et occuper la presse, jour et nuit. Trente ans après, on verra émerger la musique sacrée, et quelques années plus tard les messes. Dès lors, on y trouve de tout. On n'attend plus que des toilettes publiques en nombre suffisant. Et ainsi de dérive en dérive, ça n'a jamais cessé d'avoir lieu à Avignon, en juillet, de grandir, d'évoluer, de se transformer, quelle que soit la municipalité. Jusqu'en 2003, qui ne fut pas la fin... car trop d'intérêts sont en jeu. Souvent contradictoires, et souvent mal compris. Un monstre. Et maintenant, ce Festival est un gros monstre, dont beaucoup encore ne connaissent pas l'existence et dont personne n'imagine l'ampleur qu'il prend dans quelques consciences avec ses lourdes pattes par dizaines qui font beaucoup de bruit, ses exhibitions nocturnes géantes, ses grognements de bête à l'agonie, ses caprices de nourrisson, ses baves de toutes les couleurs et un je-ne-sai- quoi qui le rend invisible aux uns, insupportable aux autres, merveilleux pour quelques tiers, d'un bon rapport pour ceux qui en vivent et qui ne vont jamais au théâtre et très onéreux, consommations comprises, pour ceux qui y vont, sauf les privilégiés qui ont des billets de faveur. Ce qui est le plus remarquable, c'est qu'en cette période de délocalisation forcenée qui s'empare de l'Europe, le Festival est la cause qu'Avignon est le centre d'une localisation à outrance. Des troupes sont venues s'y installer à l'année. Les directeurs du in y ont même pris demeure. On prédit que le off pourrait lui aussi y avoir ses bureaux. Parmi nous ! À ras des trottoirs. Et encore je ne sais pas tout ! Retour général à la Terre ! Il faut dire qu'on nous a mis Paris si près qu'il vaut bien mieux en partir pour ses loisirs que d'y venir pour le travail ! Et puis c'est plus calme, moins pollué, moins stressant, etc. Un jour toute l'Europe théâtrale va s'établir à Avignon et y développer un nouveau communautarisme culturel, in et off, mis au pas, confondus. Le retour de la papauté. L'été, le in occupe les monuments publics, c'est-à-dire les coeurs historiques de la ville, et en toute saison il s'expose sur les façades, aux fenêtres murées, selon une lèpre de gloire qui gagne tout le centre. Le off occupe presque tout le reste. Et tient à dire qu'il est là et qu'il tient à cette ville par tous ses fils pour marionnettes. Il s'empare du moindre espace, de la moindre aspérité, grille, devanture, du moindre piton, panneau, plot, réverbère pour y accrocher ses cartons se gondolant comme des cartoons, au gré de tous les vents comme un généreux amoncellement de tiers-mondes. Ils clament tous qu'ils font partie, totalement, de cette ville. Il y a ici comme une amorce d'enracinement. Ils vont peut-être même se mettre tous au provençal. C'est étonnant. À quoi ça sert ? À quoi ça sert tout ça ? Qui pourrait répondre à cette question ? En 1947, un type est pressenti. Il vient, il voit, il imagine. Il s'entend avec le maire. Toute une équipe se met en mouvement. Des gens autour. Et puis ça croît. La liberté d'expression, l'émulation et la liberté d'entreprendre aidant, ça croît sans cesse. C'est le principe occidental de l'expansion. On ne sait pas où ça s'arrêtera ! Certains rêvent de le réguler, de le restreindre. Il paraît qu'il le faut. Le off, c'est une sorte de mare originelle. C'est la vie. Ça grouille. Mais ce n'est pas net, pas assez conforme. Ça contient potentiellement toutes les dérives et tous les excès. Il y en a déjà eu beaucoup jusqu'ici, des dérives. Jusqu'à la toute dernière, un PDG comme président... Alors, il faut peut-être en finir avec le off, qui garde malgré tout quelque chose, quelques traces du projet démocratique qui a pris peu à peu consistance avec Vilar depuis les origines du in, pendant quelques années. Mais ça cherche, ça n'arrête pas de chercher, de se chercher, ça ne se demande même pas où ça va. Ça va ! Peut-être bien comme la vie, n'importe où... Quelle est l'eschatologie de l'affaire au moment où il se dit que la scatologie fait son apparition ? Qui peut savoir ? Et cette année alors ? Eh bien, on continue ! À zigzaguer comme d'habitude. 2005, ce sera le quarantième off, au milieu d'un in qui va avoir la soixantaine ! C'est un miroir géant qui renvoie des anamorphoses. Et tout est encore à naître ! Il y a là quelque chose d'increvable.

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:39

Le jour du 1er mai 1919 Le Populaire publie ce poème de Verfeuil. Le lendemain, la France entière peut compter le nombre de blessés et de morts suite aux charges de la police commandée par Clémenceau. Dans le même journal Verfeuil fait le point le lendemain. JPD

 

La fête du peuple

 Premier Mai, fête du Travail,

Sortez, ouvriers, des usines

Et fleurissez d'une églantine

Vos bourgerons et vos chandails

 

Sortez, les maudits, les esclaves,

Les parias, les sans-logis,

Tout ce qui peine et ce qui gît

Sous le knout et dans les entraves.

 

Voyez donc ces rayons vermeils

Coulant à pleins bords dans nos coupes ;

Sortez des ateliers en troupes,

Et venez boire du soleil !

 

Buvez aussi de la révolte ;

Par larges rasades, buvez ;

Il faut des forces : vous avez

A faire de rudes récoltes.

 

Le blé rouge partout éclot,

Le vent d'Ouest souffle en rafales,

Au grenier de la Sociale,

Nous allons engranger bientôt.

 

Nous avons à construire un monde,

Le vieux croule de toutes parts :

Ne confions pas au hasard

Une besogne aussi profonde.

 

Mettons-nous à l'œuvre, les gars,

Et que le Destin s'accomplisse ;

L'heure vient des grands sacrifices :

Ou le triomphe ou le trépas.

Raoul Verfeuil

 

Le Populaire 2 mai 1919 : La journée d'hier

La journée d'hier marquera dans les annales ouvrières. Jamais, on ne vit un chômage si complet, si total, si absolu. Toutes les corporations ont obéi avec un ensemble admirable au mot d'ordre des organisations.

Pas un tramway, pas un taxi, pas un fiacre dans les rues. A peine, de-ci de-là, quelque voiture de maître qui file à toute vitesse, ou quelque auto militaire. Des camions aussi qui transporteront, dans l'après-midi, les brutes des réserves centrales au-devant des colonnes de manifestants, et, les charges effectuées, se retireront avec leur cargaison de viande policière.

Tous les corps de métier, sans exception, ont chômé. Les cheminots ont fait arrêter les trains, le Métro n'a pas fonctionné, les électriciens ont coupé le courant, les postiers ont interrompu le tri des lettres et l'expédition des télégrammes. A la Recette principale, ils ont fait plus que ne leur demandait leur Fédération, ils ont abandonné totalement le travail et sont descendus dans la rue, toutes les catégories fraternellement mêlées.

L'après-midi, le décor changea. Obéissant aux instructions de l'Union des Syndicats, c'est par dizaines de mille que les ouvriers essayèrent de se rassembler place de la Concorde.

La manifestation avait été décidée très tardivement ; le gouvernement l'avait interdite. Et cependant le peuple de Paris a répondu en foule et la démonstration a eu lieu.

Ah ! sans doute, elle ne s'est pas faite comme les organisateurs le désiraient ; des bagarres violentes se sont produites ; du sang a coulé : il retombera sur les épaules déjà bien rouges du sinistre vieillard qui, pour notre honte, gouverne notre malheureux pays.

Quel journal parlait la veille de mesures d'ordre, insignifiantes ? Ce fut au contraire un déploiement de forces extraordinaires. Dans la nuit, des troupes étaient venues de banlieue, et quand les manifestants tentent de déboucher place de la Concorde, désignée comme point de concentration, ils se heurtent à des barrages de dragons et de fantassins, derrière lesquels sont alignés les masses sombres de la préfecture de police qui, tout à l'heure, vont se distinguer.

La place de la Concorde étant inaccessible, on prend des rues adjacentes et on atteint le boulevard des Capucines.

A la Madeleine, nouveau barrage, composé de poilus du 59ème de ligne, qui se laissent forcer sans trop de difficultés. On les sent hésitants, voire sympathiques. Le gros des manifestants passe à la hauteur de la rue Royale, il y a malheureusement un deuxième cordon de troupes. Ce sont des dragons. On ne va pas plus loin. Les premières charges se produisent. Les pompiers eux-mêmes viennent à la rescousse et inondent la foule.

Mais des colonnes énormes de camarades s'ébranlent et prennent la direction de l'Opéra au chant de L'Internationale.

A l'Opéra, nouveaux barrages et nouvelles charges, plus brutales, plus meurtrières.

Un jeune homme, Charles Lorne, mécanicien, 18 ans, est tué d'un coup de feu.

M. Clemenceau, qui aime le sang, a dû dormir d'un sommeil rempli de visions charmantes.

Les lauriers de Villeneuve-Saint-Georges, Draveil-Vigneux et Narbonne étant flétris, il a jugé nécessaire de les redorer.

Il a parfaitement réussi. La couronne rouge vient de s'orner d'un nouveau fleuron. Raoul VERFEUIL.

 

 

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 20:53

Présentation :

Le livre d’une vie. Le livre d’une lutte. Le livre sans lequel commémorer la guerre 14-18 c’est continuer de s’aveugler ! Dès les premières lignes Verfeuil nous informe qu’il n’est pas son héros. Courtès, l’Apostolat est un nouveau socialiste en 1914 et il a une famille, deux éléments essentiels qui n’ont aucun lien avec Verfeuil qui fut socialiste dès 1904 et n’a jamais eu de famille. Bien sûr des éléments autobiographiques sont présents car comme son héros Verfeuil est contre la guerre et comme son héros il est présent à l’enterrement de Jaurès.

 Le livre est achevé le 11 août 1923. Il est publié grâce au journal La Vague en 1926. Un cadeau de ses amis au militant mourant ? Verfeuil, en effet, est tuberculeux et un an après, il meurt dans un sanatorium des Landes, mais il a tenu à se faire enterrer à Montauban.

Le livre contient un récapitulatif des ouvrages de l’auteur :

Fleurs d’Avril, poésies.

Pourquoi nous sommes antimilitaristes.

Le syndicalisme des Fonctionnaires.

A Jean Jaurès, poème.

En préparation

Le Pain quotidien, roman.

 

 

Voici la préface et trois chapitres en attendant la publication prévue pour novembre 2014. J-P Damaggio

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