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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 15:50

 Les lecteurs de ce blog savent ma passion pour Vincent Labeyrie. Je reproduis ici un échange entre deux communistes que je reprends de l’Huma de 1972 (sans doute de juin car la lettre de Labeyrie date du 2 juin). D’abord surprise : l’Huma met face à face deux opinions contradictoires ce qui est rare avec un titre en point d’interrogation : comment sortir de la crise de l’environnement ? Loin de l’environnement, grâce au propos de Labeyrie le lecteur peut comprendre ce qu’est l’écologie (voir passage en rouge). Malgré la difficile lecture car on n’a pas toutes les données en main, une question récurrente toujours actuelle est là : comment ne pas confondre les limites imposées par le capitalisme au développement de l’homme, et les possibilités théoriques de ce développement ? Ce débat s’inscrit dans le coup de tonnerre de l’époque que fut le rapport Mansholt disant « halte à la croissance ».

Labeyrie est encore sous l’effet d’une admiration envers l’URSS mais il sait déjà que, capitalisme ou socialisme, la planète est un monde fini, ou du moins qu’il faut penser les possibles de l’homme dans le cadre d’un monde fini. Il en déduit que tout écologiste est nécessairement favorable au socialisme comme tant d’autres déduisent que du capitalisme ne peut surgir que le socialisme. A l’heure du capitalisme vert – et Vincent Labeyrie l’a vu venir par la suite – chacun comprend que nous avons beaucoup à apprendre du passé que certains ont voulu décomposer. 21-07-2011 J-P Damaggio

 

Questions de Romain Kroës :

La lettre du professeur Labeyrie, à propos d'un article de Jacques Kahn, reprend les thèses que son auteur avait déjà développées dans la page « Idées » et qui m'avaient alors donné envie de répondre à ce camarade.

Je n'ai aucun titre universitaire à mettre en balance avec les siens, c'est pourquoi je me contenterai de lui soumettre des doutes et des questions.

Il me paraît douteux que le communisme et la conquête du cosmos sur une grande échelle puissent renoncer à l'exploitation illimitée de l'énergie thermonucléaire. Je suis incapable de fournir des chiffres, mais je ne crois pas m'éloigner beaucoup de la vérité en objectant que plusieurs milliers d'unités de production hydraulique, éolienne, marémotrice ou hélio-électrique ne fourniraient jamais ce que l'on pourra tirer d'une seule « bombe à hydrogène » pacifique.

Les potentiels mécanique et solaire sont limités en débit à la surface de la Terre. Seule l'énergie thermonucléaire est illimitée et seule, par conséquent, elle permet d'envisager un progrès infini sur terre et dans le cosmos. Alors si, comme le dit le camarade Labeyrie, elle est inutilisable, l'humanité est condamnée au malthusianisme et l'histoire ne vaut plus la peine d'être vécue.

Si l'équilibre thermique de la surface terrestre impose qu'on tienne compte du bilan de l'énergie solaire incidente, il n'est pas prouvé que les 5 % soient un plafond absolu. Je suppose que le camarade Labeyrie entend par ces 5 % le surcroît de rayonnement nocturne par rapport à la part non transformée de l'énergie solaire incidente.

J'ai fait, à ce sujet, une expérience professionnelle (photo aérienne de nuit par infrarouges au « Scanair ») et j'y ai appris que le rayonnement nocturne est très variable en intensité selon la nature des sols survolés. Enfin j'ai toujours appris (est-ce faux ?) que la planète se refroidissait. Voici mes questions :

— Est-il théoriquement impossible d'augmenter la part d'énergie solaire transformée ?

— Est-il théoriquement impossible de réinjecter au centre de la terre la pollution thermique de la surface, jusqu'à concurrence du refroidissement planétaire ?

— Est-il théoriquement impossible d'envisager des matériaux à haut niveau de rayonnement dont on pourrait faire des « antennes thermiques », camouflées le jour et rayonnant la nuit l'excès de thermies accumulé et canalisé ?

— En résumé, le camarade Labeyrie peut-il affirmer que la contradiction dont il fait état est théoriquement insurmontable ?

J'insiste sur l'adverbe « théoriquement » car j'ai l'impression (peut-être non fondée) que le camarade Labeyrie argue d'une impossibilité pratique actuelle pour condamner une réalité de demain.

Bien fraternellement à lui et à a l'Huma ».

M. Romain KROES 93 - Montreuil.

 

Réponse de Vincent Labyrie

 

Le camarade Kroës pose différentes questions. Les unes concernent les sources d'énergie envisageables, l'autre la balance énergétique de la terre.

Je donnerai quelques remarques sur ce dernier point qui concerne directement les modalités de développement de l'humanité tout en préservant le fonctionnement de l'écosphère.

Il est certes difficile, en l'état actuel de nos connaissances, de dire exactement ce que l'homme dissipera par ses activités, de l'énergie correspondant à 5 % de l'énergie solaire incidente et qu'un seuil tragique pour l'humanité sera atteint. Budyko, en 1970, a publié dans une revue scientifique soviétique des évaluations qui correspondent à un seuil encore plus bas.

Oui, l'énergie d'origine géothermique dégagée par la planète diminue, mais cela ne compense pas l'énergie potentielle libérée massivement par les activités humaines. On peut envisager de réchauffer le cœur de la terre en collectant l'énergie dégagée par nos activités. Mais est-ce techniquement réalisable et est-ce la meilleure solution ?

Mon intention était d'attirer l'attention sur le fait que la limite imposée aux activités humaines par l'augmentation de l'énergie dégagée, n'était pas obligatoire et que pour éviter cela, il ne fallait pas se contenter de hausser les épaules, en disant que c'est du malthusianisme capitaliste, mais qu'il fallait montrer que d'autres possibilités existent pour l'humanité et que celles-ci résident dans l'utilisation de l'énergie qui entre naturellement dans la balance énergétique de l'écosphère.

Or ces possibilités, le capitalisme ne les a pas exploitées parce qu'il recherche le taux de profit le plus élevé et ainsi épuise les gisements de combustibles fossiles qui peuvent rendre des services bien plus grands à l'humanité comme matière première pour toute la carbochimie.

L'énergie thermonucléaire présente un intérêt manifeste en n'augmentant pas la radioactivité, mais elle intervient sur la balance énergétique. Elle ne pourra donc être utilisée au-delà d'une limite qui correspond à quelques fois seulement l'ensemble des sources énergétiques actuelles. Il faut donc développer les études scientifiques et techniques qui permettent une utilisation massive de toutes les sources d'énergie intervenant naturellement dans la balance énergétique de l'écosphère, en particulier l'énergie solaire, dont la part théoriquement utilisable peut être très élevée.

Il m'est difficile d'entrer dans les aspects techniques. Des projets très intéressants existent. Un remarquable petit ouvrage soviétique de M. Vassiliev qui vient d'être traduit en français, donne des indications sur certains d'entre eux, dont plusieurs dus à des ingénieurs français. Je ne suis pas physicien, mais mon travail d'entomologiste spécialisé dans les problèmes de dynamique des populations m'a contraint, depuis des années à adopter une vision écologique des problèmes, c'est-à-dire à examiner notre planète comme un système dans lequel les actions de l’homme doivent s’insérer.

Et je constate avec plaisir que, les plus sérieux, parmi ceux qui étudient écologiquement les mêmes problèmes, en viennent, non pas à douter de l'avenir de l'humanité, en général, mais à considérer qu'il peut être gravement compromis si le capitalisme peut continuer à violer les règles fondamentales de fonctionnement de l'écosphère. Or par sa nature même, le capitalisme est contraint de négliger les intérêts à long terme de l'humanité pour obtenir le taux de profit maximum.

Il est donc indispensable d'approfondir notre connaissance des lois écologiques de fonctionnement de l'écosphère, non pas pour limiter les activités humaines, mais pour les orienter. Ainsi nous remplacerons l'exploitation capitaliste anarchique par une gestion scientifique socialiste de notre planète.

C'est pourquoi je pense que tout chercheur scientifique sérieux procédant à une étude écologique des problèmes est amené à lutter pour que le socialisme prenne en main le plus tôt possible la gestion de notre pays et de l'ensemble de la planète.

J'éprouve le besoin de préciser cette position pour insister sur le fait que la crise de l'environnement est un phénomène réel, que le capitalisme est par nature incapable de résoudre, mais qu'il essaie tactiquement d'utiliser comme argument pour aggraver son exploitation de classe. La société socialiste résoudra ces problèmes en les attaquant scientifiquement, en examinant dans le détail les lois écologiques de fonctionnement de l'écosphère et des différents écosystèmes. Engels a écrit que le socialisme libérerait toutes les potentialités de l'humanité, mais ceci implique, bien sûr, que nous apprenions à gérer la nature d'une façon bien différente, sans aucun rapport avec les formes de gestion antérieures. Le capitalisme utilise la science non pas pour gérer la nature mais pour lui faire rendre le maximum le plus vite possible. Pour assurer la vie toujours meilleure des générations futures, le socialisme utilisera la science pour gérer la planète Terre. Vincent LABEYRIE.

 

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Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
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