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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 18:31

 

Sur la place du Terrrrrrrrible de Penne sur Tarn, je suis à observer les allées et venues quand je note l’arrivée d’une voiture blanche qui s’arrête devant le café pour laisser descendre une vieille dame d’environ 80 ans munie d’une canne. La conductrice, à peine moins âgée, part garer le véhicule un peu plus loin, sa compagne la suivant, ce qui fait que quelques instants plus tard, elles reviennent ensemble vers leur maison. Une canne d’une main, mais de l’autre un sac plastique dont il est aisé de deviner, en ce 29 juillet, ce qu’il contient.

Visiblement la grand-mère attend une réflexion de l’une ou de l’autre des personnes qui sont autour de la place et à force de se montrer elle obtient ce qu’elle attendait :

- C’est trop tôt, lui dit un monsieur, la soixantaine.

- Trop tôt ? Viens donc voir, répond la vedette du jour, sur la modeste place du village.

L’homme s’approche et alors la dame sort du sac un magnifique cèpe.

 

L’histoire aurait pu en rester là si nous n’étions avec des amis dont l’un d’eux, fortement parisien, me dit alors : « Demain on va chercher des cèpes autour de chez toi ! »

Le lendemain, après une veillée plutôt longue, c’est un peu tard – à 10 heures – que nous partons vers un bois à cèpes, d’après quelques informations imprécises apprises voici longtemps dans le village.

J’aurais aimé être un chercheur de cèpes mais ma première expérience avec mes parents – je devais avoir dix ans – ayant été totalement infructueuse j’ai été découragé, mes parents n’étant pas porté sur cette activité.

Par la suite, sur Monclar, lieu bien connu pour ses bois à champignons, un voisin a eu une fois l’amabilité de me dire : « Cet après-midi va dans le bois en face de chez toi et tu trouveras des dizaines de cèpes. »

Sceptique, je me rends sur les lieux avec un modeste panier ; les cèpes étaient partout !

Le lendemain après-midi (je travaillais à l’époque), plus l’ombre d’un champignon !

 

J’en ai déduit que pour trouver des cèpes il fallait surtout deux choses : bien connaître la poussée de cèpes et avoir repéré un bois. » Il m’arriva par deux fois de le vérifier, des chercheurs talentueux peuvent en trouver à des moments improbables et en des lieux surprenants, mais ce n’est pas donné à tout le monde.

 

Bref, le 30 janvier au matin, j’avais au moins deux informations : la date de la poussée et le bon bois, avec en plus l’appui motivant de quelqu’un habitué à chercher.

C’est ainsi qu’un Parisien authentique, dentiste de son état, a permis au rural que je suis de trouver pour la première fois de quoi faire une poêlée de champignons ! D’accord c’était des bolets et non des cèpes mais c’est un bon début.

 

Le cèpe reste un miracle de la nature : j’entends par miracle le fait qu’il lui faut des conditions telles pour pousser, que l’homme ne peut le domestiquer. Grâce à l’appui de la commission européenne, une étude a été entreprise dans le département, pour tenter de déterminer scientifiquement les conditions qui permettent la poussée, mais comme pour la truffe, si empiriquement quelques données peuvent s’accumuler, ce n’est pas demain qu’on cultivera des cèpes comme on le fait pour les champignons de Paris.

 

J’ai un cousin fasciné par les truffes. Il a planté une grande truffière, il a voyagé jusqu’en Italie pour confronter les stratégies, il note scrupuleusement les observations sur les truffes trouvées mais aucune théorie ne peut sortir de son travail et c’est beau ainsi. Est-ce que le bon goût de la truffe et du cèpe (quand ils sont bien cuisinés) viennent de leur rareté ?

L’homme n’est pas destiné à être maître de tout, ce qui ne signifie pas qu’il doive abandonner toute recherche pour en savoir toujours plus !

2-08-2011 Jean-Paul Damaggio

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 16:50

 Les lecteurs de ce blog savent ma passion pour Vincent Labeyrie. Je reproduis ici un échange entre deux communistes que je reprends de l’Huma de 1972 (sans doute de juin car la lettre de Labeyrie date du 2 juin). D’abord surprise : l’Huma met face à face deux opinions contradictoires ce qui est rare avec un titre en point d’interrogation : comment sortir de la crise de l’environnement ? Loin de l’environnement, grâce au propos de Labeyrie le lecteur peut comprendre ce qu’est l’écologie (voir passage en rouge). Malgré la difficile lecture car on n’a pas toutes les données en main, une question récurrente toujours actuelle est là : comment ne pas confondre les limites imposées par le capitalisme au développement de l’homme, et les possibilités théoriques de ce développement ? Ce débat s’inscrit dans le coup de tonnerre de l’époque que fut le rapport Mansholt disant « halte à la croissance ».

Labeyrie est encore sous l’effet d’une admiration envers l’URSS mais il sait déjà que, capitalisme ou socialisme, la planète est un monde fini, ou du moins qu’il faut penser les possibles de l’homme dans le cadre d’un monde fini. Il en déduit que tout écologiste est nécessairement favorable au socialisme comme tant d’autres déduisent que du capitalisme ne peut surgir que le socialisme. A l’heure du capitalisme vert – et Vincent Labeyrie l’a vu venir par la suite – chacun comprend que nous avons beaucoup à apprendre du passé que certains ont voulu décomposer. 21-07-2011 J-P Damaggio

 

Questions de Romain Kroës :

La lettre du professeur Labeyrie, à propos d'un article de Jacques Kahn, reprend les thèses que son auteur avait déjà développées dans la page « Idées » et qui m'avaient alors donné envie de répondre à ce camarade.

Je n'ai aucun titre universitaire à mettre en balance avec les siens, c'est pourquoi je me contenterai de lui soumettre des doutes et des questions.

Il me paraît douteux que le communisme et la conquête du cosmos sur une grande échelle puissent renoncer à l'exploitation illimitée de l'énergie thermonucléaire. Je suis incapable de fournir des chiffres, mais je ne crois pas m'éloigner beaucoup de la vérité en objectant que plusieurs milliers d'unités de production hydraulique, éolienne, marémotrice ou hélio-électrique ne fourniraient jamais ce que l'on pourra tirer d'une seule « bombe à hydrogène » pacifique.

Les potentiels mécanique et solaire sont limités en débit à la surface de la Terre. Seule l'énergie thermonucléaire est illimitée et seule, par conséquent, elle permet d'envisager un progrès infini sur terre et dans le cosmos. Alors si, comme le dit le camarade Labeyrie, elle est inutilisable, l'humanité est condamnée au malthusianisme et l'histoire ne vaut plus la peine d'être vécue.

Si l'équilibre thermique de la surface terrestre impose qu'on tienne compte du bilan de l'énergie solaire incidente, il n'est pas prouvé que les 5 % soient un plafond absolu. Je suppose que le camarade Labeyrie entend par ces 5 % le surcroît de rayonnement nocturne par rapport à la part non transformée de l'énergie solaire incidente.

J'ai fait, à ce sujet, une expérience professionnelle (photo aérienne de nuit par infrarouges au « Scanair ») et j'y ai appris que le rayonnement nocturne est très variable en intensité selon la nature des sols survolés. Enfin j'ai toujours appris (est-ce faux ?) que la planète se refroidissait. Voici mes questions :

— Est-il théoriquement impossible d'augmenter la part d'énergie solaire transformée ?

— Est-il théoriquement impossible de réinjecter au centre de la terre la pollution thermique de la surface, jusqu'à concurrence du refroidissement planétaire ?

— Est-il théoriquement impossible d'envisager des matériaux à haut niveau de rayonnement dont on pourrait faire des « antennes thermiques », camouflées le jour et rayonnant la nuit l'excès de thermies accumulé et canalisé ?

— En résumé, le camarade Labeyrie peut-il affirmer que la contradiction dont il fait état est théoriquement insurmontable ?

J'insiste sur l'adverbe « théoriquement » car j'ai l'impression (peut-être non fondée) que le camarade Labeyrie argue d'une impossibilité pratique actuelle pour condamner une réalité de demain.

Bien fraternellement à lui et à a l'Huma ».

M. Romain KROES 93 - Montreuil.

 

Réponse de Vincent Labyrie

 

Le camarade Kroës pose différentes questions. Les unes concernent les sources d'énergie envisageables, l'autre la balance énergétique de la terre.

Je donnerai quelques remarques sur ce dernier point qui concerne directement les modalités de développement de l'humanité tout en préservant le fonctionnement de l'écosphère.

Il est certes difficile, en l'état actuel de nos connaissances, de dire exactement ce que l'homme dissipera par ses activités, de l'énergie correspondant à 5 % de l'énergie solaire incidente et qu'un seuil tragique pour l'humanité sera atteint. Budyko, en 1970, a publié dans une revue scientifique soviétique des évaluations qui correspondent à un seuil encore plus bas.

Oui, l'énergie d'origine géothermique dégagée par la planète diminue, mais cela ne compense pas l'énergie potentielle libérée massivement par les activités humaines. On peut envisager de réchauffer le cœur de la terre en collectant l'énergie dégagée par nos activités. Mais est-ce techniquement réalisable et est-ce la meilleure solution ?

Mon intention était d'attirer l'attention sur le fait que la limite imposée aux activités humaines par l'augmentation de l'énergie dégagée, n'était pas obligatoire et que pour éviter cela, il ne fallait pas se contenter de hausser les épaules, en disant que c'est du malthusianisme capitaliste, mais qu'il fallait montrer que d'autres possibilités existent pour l'humanité et que celles-ci résident dans l'utilisation de l'énergie qui entre naturellement dans la balance énergétique de l'écosphère.

Or ces possibilités, le capitalisme ne les a pas exploitées parce qu'il recherche le taux de profit le plus élevé et ainsi épuise les gisements de combustibles fossiles qui peuvent rendre des services bien plus grands à l'humanité comme matière première pour toute la carbochimie.

L'énergie thermonucléaire présente un intérêt manifeste en n'augmentant pas la radioactivité, mais elle intervient sur la balance énergétique. Elle ne pourra donc être utilisée au-delà d'une limite qui correspond à quelques fois seulement l'ensemble des sources énergétiques actuelles. Il faut donc développer les études scientifiques et techniques qui permettent une utilisation massive de toutes les sources d'énergie intervenant naturellement dans la balance énergétique de l'écosphère, en particulier l'énergie solaire, dont la part théoriquement utilisable peut être très élevée.

Il m'est difficile d'entrer dans les aspects techniques. Des projets très intéressants existent. Un remarquable petit ouvrage soviétique de M. Vassiliev qui vient d'être traduit en français, donne des indications sur certains d'entre eux, dont plusieurs dus à des ingénieurs français. Je ne suis pas physicien, mais mon travail d'entomologiste spécialisé dans les problèmes de dynamique des populations m'a contraint, depuis des années à adopter une vision écologique des problèmes, c'est-à-dire à examiner notre planète comme un système dans lequel les actions de l’homme doivent s’insérer.

Et je constate avec plaisir que, les plus sérieux, parmi ceux qui étudient écologiquement les mêmes problèmes, en viennent, non pas à douter de l'avenir de l'humanité, en général, mais à considérer qu'il peut être gravement compromis si le capitalisme peut continuer à violer les règles fondamentales de fonctionnement de l'écosphère. Or par sa nature même, le capitalisme est contraint de négliger les intérêts à long terme de l'humanité pour obtenir le taux de profit maximum.

Il est donc indispensable d'approfondir notre connaissance des lois écologiques de fonctionnement de l'écosphère, non pas pour limiter les activités humaines, mais pour les orienter. Ainsi nous remplacerons l'exploitation capitaliste anarchique par une gestion scientifique socialiste de notre planète.

C'est pourquoi je pense que tout chercheur scientifique sérieux procédant à une étude écologique des problèmes est amené à lutter pour que le socialisme prenne en main le plus tôt possible la gestion de notre pays et de l'ensemble de la planète.

J'éprouve le besoin de préciser cette position pour insister sur le fait que la crise de l'environnement est un phénomène réel, que le capitalisme est par nature incapable de résoudre, mais qu'il essaie tactiquement d'utiliser comme argument pour aggraver son exploitation de classe. La société socialiste résoudra ces problèmes en les attaquant scientifiquement, en examinant dans le détail les lois écologiques de fonctionnement de l'écosphère et des différents écosystèmes. Engels a écrit que le socialisme libérerait toutes les potentialités de l'humanité, mais ceci implique, bien sûr, que nous apprenions à gérer la nature d'une façon bien différente, sans aucun rapport avec les formes de gestion antérieures. Le capitalisme utilise la science non pas pour gérer la nature mais pour lui faire rendre le maximum le plus vite possible. Pour assurer la vie toujours meilleure des générations futures, le socialisme utilisera la science pour gérer la planète Terre. Vincent LABEYRIE.

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 21:11

 

Article publié dans la revue Ralentir la vi(ll)e

 

Le 12 novembre 1981 la Halle aux Grains de Toulouse vibre aux sons lancés par des poètes dont André Benedetto, qui en son style unique, déclame « Feux Amis ». « Ça brûle au pied des HLM / Les sirènes de la police / Prennent en chasse dans la nuit… ». Vous dîtes, déjà en 1981 ? « Les morts vivants sont parmi nous / Cerveaux lavés ils font des feux / Pour voir l’ombre de leurs désirs / Et pour s’inscrire dans l’histoire/ »[1] Une histoire de voiture brûlée…

En 1981 la Halle aux Grains de Toulouse est un lieu qui ressemble une peu à la Mutualité parisienne. Depuis, une rénovation a su mettre en valeur toutes les qualités artistiques du bâtiment pour des concerts où Joan Baez a pu chanter sa nostalgie. A Montauban, le même bâtiment avait été détruit au début des années 60 pour sacrifier au dieu voiture… celui qui brûle ensuite dans les HLM.

Raccourci emblématique : années 60 on vire le vieux bâtiment à Montauban ; là où il a survécu, les années 70 en font un forum politico-culturel ; années 90, le politico disparaît au profit du tout culturel.

 

Années 2000, Wajdi Mouawad un immense artiste Libano-québécois s’installe à Toulouse publie dans un livre la photo d’une église proche de la préfecture, l’Eglise Saint Etienne avec cette légende : « Il m’a fallu un an pour remarquer que la rosace de la cathédrale Saint-Etienne est décentrée vers la gauche par rapport au portique principal. Ce genre de découverte me permet de comprendre qu’il est possible d’écrire des phrases dont les « rosaces » sont aussi décentrées. »[2]

 

Toulouse ville rose, ville à part, se serait décentrée à gauche avec les années 2000 grâce à une liste originale aux municipales de 2001 : Les Motivé-e-s. La liste, médiatique en un temps où le « mouvement citoyen » avait le vent pour lui, fut  marquée par la présence d’un groupe musical, Zebda : un retour du politico-culturel, un retour des débats enflammés des années 70 et 80 ?

 

Non, avec la nouvelle décennie qui approche, Toulouse est passée à gauche si bien que la patinoire installée sur la Place du Capitole par la municipalité centriste… est restée là même en 2008. Rassurez-vous la patinoire est devenue ecoénergétique ! Le geste aurait pu être symbolique : virer cette foutaise pour annoncer un autre futur, mais ça sera peut-être pour plus tard [en effet ça arrivera en 2009]. En attendant Toulouse garde son image de ville moderne dotée d’une nouvelle ligne de métro, du soleil et de terrasses de café qui ne désemplissent pas. Toulouse manipule plusieurs contradictions : ville universitaire considérable, ville aéronautique considérable, ville capitale considérable.

 

La ville aspire toute la jeunesse de la région Midi-Pyrénées et reverse vers sa banlieue les travailleurs d’une industrie de pointe. Toulouse est un va et vient et chacun se demande comment le penser ? C’est là que les Verts firent en août 2008 leurs journées d’été et Francine Bavay s’y distingua : « L’écologie populaire est incompatible avec le capitalisme. En érigeant le principe intangible que tout s’achète et tout se vend, en faisant du profit le sens de la vie, le capitalisme transforme la nature et les humains en marchandises. Au nom du principe « une action = une voix », il marchandise le pouvoir, ce que la démocratie théoriquement interdit, au nom du principe « une personne = une voix ». Le capitalisme vert, à cet égard, n’offre aucune réponse. Une voie alternative implique donc la promotion d’unités de production autogérées fondées sur la démocratie dans l’entreprise et des circuits courts de distribution. L'économie solidaire, décision de production collective, privée et/ou publique, représente un complément des services publics. Elle ne peut s’y substituer mais peut prendre l'initiative quand la volonté politique fait défaut. » La vice-présidente de la région Ile-de-France, au discours clairement anti-productiviste pouvait-elle concrètement dire, en cette occasion, comment apporter à Toulouse quelques bénéfices de sa gestion ? Y a-t-il seulement des bénéfices anti-productiviste à sa gestion ? Que faire de l’industrie aéronautique par exemple ?

 

On ne peut, me semble-t-il, discuter de l’avion en soi. Pour aller de Paris à Toulouse ou de Paris à New York, l’avion n’a pas la même fonction. Donc quel type d’avions promouvoir, quel type abandonner, comment reconvertir ? Toulouse a un rôle majeur sur ce plan. Aujourd’hui le projet de construction d’une ligne TGV partant de Toulouse pour rejoindre Bordeaux est avancé, tout comme le projet de nouvelle rocade contournant Toulouse. Une autre ville, plus digne des idéaux anti-productiviste, suppose en fait une réflexion d’ensemble, une géographie générale, un articulation politico-culturelle retrouvée. Que dire de Toulouse-Madrid ? Une ligne d’avion à « bas coût » a été mise en place car par la route et le rail c’est toute une affaire. Repenser les transports à chaque niveau consiste à repenser les stratégies sociales. L’Autre liste aux municipales de 2008 avait démontré par exemple que la gratuité des transports collectifs, souhaitable d’un point de vue écolo, était possible. Comment articuler ce projet avec la construction de parkings gratuits à l’entrée de la ville ou de la communauté d’agglomération ? Quant au vélo les chiffres sont clairs : seulement 3% des déplacements se font en vélo. Or, dans une ville italienne comme Bologne ils représentent 25% ! Quand on sait que le cas de Bologne n’est cependant pas représentatif des villes italiennes, on comprend qu’il y a derrière un tel résultat une réelle volonté politique avec sans doute ses succès et ses échecs (la Bologne rouge est aussi passée à droite). Pas de souci des réunions à Toulouse travaillent à la question (Tisseo avec la Révision du plan de déplacement urbain) pour s’auto-féliciter : pour 150 km de pistes cyclables en 2001 nous en avons 211 en 2007. Une avenue importante est devenue piétonne et cyclable, mais espérons qu’on n’y compte pas les berges du canal devenues cyclables sans effort !

 

Toulouse permet aussi un autre type de réflexion et d’action car depuis longtemps cette ville est celle d’étrangers, les Espagnols d’abord, les Italiens aussi et tout le Maghreb à présent. La ville espagnole est rendue visible par le cinéma. En particulier la présence d’une très riche festival de cinéma latino-américain en mars constitue un lieu de rencontre fortement installé qui peut permettre des confrontations avec les expériences des Amériques. Cet événement s’inscrit dans une riche vie associative qui mobilise beaucoup de personnes. Y compris quand une usine explose ! Si on prend le cas de l’explosion d’AZF symbolique de beaucoup de données de la vie actuelle (avec en particulier le refus de condamner les coupables), il existe là aussi une rencontre politico-culturelle marquée par la publication d’un livre de nouvelles. Vingt auteurs se sont associés pour écrire ce qui me permet de terminer par une citation du facétieux Georges Lapagesse : « Rappelons aux non anglophones que Too-Loose se traduisant mot à mot par « trop relâchée, trop libre, trop libertine », elle devait moins son surnom de Ville rose à la brique dont elle était construite qu’à la trop grande liberté de mœurs la caractérisant au Moyen-Age, époque où l’on s’égorgeait gaillardement dans ses venelles insalubres ; les temps avaient bien changé ! »[3]

Comment faire encore changer les temps pour être en avance d’une révolution ? Pour que la ville avant l’heure devienne expérience du recul productiviste ? Quelque part, j’en suis sûr des esprits aventureux y travaille…

9-12-2009 Jean-Paul Damaggio

 



[1] André Benedetto, ça brûle fort, tu vois, entre l’homme et son ombre, collection parole

[2] Wajdi Mouawad, Seuls, chemin, texte et peintures, Lémc/actes Sud

[3] Toulouse, 21 sept 2001 10 h 17 Sang dessus dessous, livre colletif, Loubatières

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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 20:45

ralentir-la-ville.jpg

Le Sarkophage animé par Paul Ariès, se lance, à risque, dans la publication d’un premier hors série (4,5 euros). Chez le marchand de journaux, je ne l’ai pas vu, je l’ai demandé, la dame a regardé sur l’ordinateur car elle avait le temps, ce n’était pas l’heure de grande affluence, et elle l’a trouvé, elle en avait 6.

Un beau numéro pour poser les questions qui font dissensus, les questions qui fâchent, les questions prises de haut etc. « Ralentir la ville, ralentir la vie » semble aussitôt un de ces vieux mots d’ordre archaïque qui prône le retour au Moyen-âge et pourtant sur lequel  le journal a réussi à organiser un colloque international. L’éloge de la lenteur n’est pas qu’une question de vitesse mais bien une question de société à partir du moment où on mesure qu’il y a vitesse et vitesse, lenteur et lenteur. Quand « ralentir la ville » c’est démontrer que la gratuité des transports en commun pour TOUS c’est possible en ville… même pour un maire UMP, la question de la vitesse devient une question sociale. Quand partout se crée des couloirs de bus pour qu’ils aillent plus vite, c’est une question politique où une certaine vitesse n’est plus l’apanage des riches.

Mais avec  les trois premiers articles, il est possible de passer d’une question qui peut paraître technique, à une question globalement politique : celle de la domination qui s’orchestre à « grande vitesse » de l’idée de métropole. Non seulement les habitants sont sommés de vivre en ville mais qui plus est, pas dans n’importe quelle ville ! L’heure est aux métropoles, aux villes-métro. En 1800, 3% de la population vivait en ville, en 1900, 14% et aujourd’hui il faut tendre vers 80%. Parce que la petite agriculture est morte et avec elle le petit artisanat, le petit commerce et le petit en tous genres ? Pourtant ne dit-on pas sans cesse que la France se caractérise encore par la petite entreprise et de toute façon la grosse entreprise avec des milliers d’ouvriers a bel et bien cessé ! Le retour des petits, se fait par l’installation des sous, les sous-traitants, les franchisés etc. A cette évolution correspond la ville bidon contre la ville exclusive aux murs sophistiqués, qu’ils disent aux Amériques.

Hier déjà il y avait le faux-bourg et en campagne le lieu-dit. Le langage dit parfois les rapports humains. Mais hier c’était dans des proportions sans commune mesure avec l’actualité. La plus forte urbanisation est bien sûr chez nos modèles : les Amériques avec un écart minuscule entre celle du Sud et celle du Nord. Dans une ville des Amériques j’ai pu vivre à tous les étages : la zone exclusive où l’habitant entre avec sa voiture après avoir passé deux sas de sécurité, la zone moyenne dotée du confort ordinaire où l’habitant entre avec une moto, la zone pauvre où même en ville, l’absence d’eau courante et d’assainissement est compensé par un trou dans la terre d’un minuscule jardin en guise de toilettes, et enfin le bidonville. A quelques kilomètres de distance il est facile d’aller du Moyen-âge à la Science-fiction ! Et la ville grossit à perte de vue par le bidonville qui au cours des années 70 a pu accéder au minimum vital mais plus maintenant. Ralentir la ville c’est cesser de creuser un fossé toujours plus grand entre les rois de la vitesse et les rois de la débrouille.

La métropole c’est en fait la mère patrie : pour les colonies c’est la France continentale ; pour les Français, telle ou telle ville. Dans cette évolution, ce qui me frappe le plus, ce sont tous ces élus qui vivent dans des villes petites ou moyennes et qui se voient pharaons ! Les rêves de grandeur n’étaient autrefois que les rêves des rois, ils deviennent les rêves partagés par des féodaux qui se détruisent eux-mêmes, mais font des ravages autour d’eux !

Avec le numéro du Sarkophage ces questions se mêlent sans problème avec celles de la pub dévorante, de la vidéosurveillance inquiétante et de l’art conçu comme art du gaspillage.

J’y ai même découvert un intervenant qui à propos de Toulouse y parle du TGV ! (un article un peu ancien car la patinoire du Capitole qui est évoquée n’a été maintenue par la gauche qu’un an).

J’y ai trouvé vingt intervenants différents, c’est aussi une richesse de la revue.

3-05-2010 Jean-Paul Damaggio

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:14

labeyrie 

Dans ses Mémoires Pierre Juquin place la candidature de Vincent Labeyrie aux législatives partielles de Tours en 1976, dans le contexte du PCF de l’époque. Il écrit :

« Sur ces entrefaites, une élection législative partielle est annoncée à Tours. Le secrétariat du parti décide de présenter Vincent Labeyrie, professeur à l’Université François-Rabelais, directeur d'un laboratoire d'écologie expérimentale et animateur d'un centre de formation de spécialistes de l’environnement. Vincent est mon conseiller en écologie. Son suppléant, le métallo Jacques Vigier, est maire de la commune cheminote de Saint-Pierre-des-Corps. Quelques dents grincent parmi les cadres du parti. Arrivé sur place pour mener la campagne, j'aggrave les réticences en choisissant le vert pour couleur et en plaçant des gros points verts comme signes de ralliement. Mais Vincent et Jacques font une belle campagne et, le 5 mai 1976, Georges Marchais vient les soutenir en promettant qu'un jour, arrivés au pouvoir, nous transformerons en musée national la salle où s'est tenu, en 1920, le congrès de Tours. Tout cela, suivi de quelques remous au Comité central. Georges Gosnat proclame son attachement indéfectible à la faucille et au marteau. François Billoux me demande plus d'esprit de responsabilité. Mais Georges me soutient résolument. »

Comme dans tout son récit Pierre Juquin privilégie le sommet à la base. En conséquence pas étonnant qu’il soit plus marqué par sa rencontre avec René Dumont entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1974, qu’avec son camarade Vincent Labeyrie dont on se demande s’il a lu les textes. C’est vrai, la reproduction du dialogue Juquin-Dumont dont Juquin dira qu’il l’a profondément transformé, est encore plus importante aujourd’hui qu’hier mais restons-en à Vincent qui évoquera cette campagne, dix ans après dans un article du mensuel M (mars 1987). Il a été invité à un Forum à Moscou par les amis de Gorbatchev et il écrit :

« J’avais quitté le labo pour aller en Moscou sans en faire tout un foin : mes collègues ne discutaient plus qu’exceptionnellement politique avec moi. Finie l’époque où, à Tours, en 1976, pratiquement tour le labo soutenait ma candidature aux législatives, comme un renouveau communiste, alliant le vert au rouge ; depuis, j’étais devenu un homme politiquement dépassé par fidélité abusive aux idéaux de ma jeunesse. Or, à mon retour du forum de Moscou, j’ai été accueilli par des : « racontes, racontes, dis-nous comment c’était ! » »

Ce témoignage me paraît précieux à plus d’un titre. Il manifeste la modestie du personnage qui part « sans en faire un foin », l’enthousiasme de 1976 et, en retour, le virage du PCF refusant d’allier le vert et le rouge, puis enfin l’élan d’intérêt relancé par Gorbatchev. Imaginons un PCF qui aurait continué sur sa lancée de 1974, 1976 mais personne ne peut réécrire l’histoire. Oui, Vincent Labeyrie a porté comme un boulet sa fidélité abusive aux idéaux de sa jeunesse, une fidélité qui le trompera encore en voyant dans Gorbatchev le rénovateur possible. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’une question de personne mais de la force d’un système que la réalité fait trembler (Tchernobyl) mais qui à la première occasion crache à nouveau sur la réalité. Des moments comme la campagne de Tours, la campagne Juquin de 1988, la tentative gorbatchevienne montrent seulement qu’une autre histoire aurait été possible mais que faute de cette histoire, les communistes ont laissé l’écologie surtout aux bouffons et aux capitalistes ! Il est des moments où un seul homme est plus fort qu’un système mais il arrive aussi que le système soit plus fort qu’un seul homme. Vincent Labeyrie n’a jamais cherché à tout changer par lui-même d’où son installation, malgré tout, dans le système communiste. Il nous reste à prouver que son combat n’était pas inutile.

15-12-2009 Jean-Paul Damaggio

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 21:26

labeyrie.jpg
(photo Thierry Déjean)
Deux questions à Vincent Labeyrie

 

Point Gauche ! n°4 décembre 1993 (les réponses ont été écrites)

 

Quel fut le sens de votre activité professionnelle ?

La préoccupation constante de ma vie professionnelle a été de mettre, et d'orienter, les activités humaines en harmonie avec le contexte écologique, c'est-à-dire d'harmoniser l’économie humaine avec "l’économie de la nature", définition donnée dès la création du terme écologie par Ernst Haeckel en 1868 ... Dès 1947, l’étude de l’influence des conditions écologiques sur la pullulation des criquets dans le Sud-ouest m'a montré que la compréhension de la dynamique des populations permettait de prévoir et prévenir les attaques d'insectes, d'où nécessité d'études écologiques rigoureuses, tenant compte des relations entre les diverses composantes d'un agro-système, le même principe devant guider toutes les interventions sur la nature. L'INRA refusant cette orientation écologique dans la lutte contre les insectes, c'est avec l’aide du CNRS, que j'ai crée en 1960 le laboratoire d’écologie expérimentale de Tours, transformé en 1970 en IBEAS (Institut de biocénotique expérimentale des agro-systèmes).

Estimant indispensable de former des aménageurs conscients des problèmes écologiques et humains posés par l'intervention publique ou privée sur la nature, j'ai créé à l'Université de Tours en 1969 le CESA (Centre d'études supérieures de l’Aménagement), avec le soutien de I'OCDE et malgré l’opposition du ministre de l’environnement Robert Poujade. Par ailleurs mes cours à l’Université, des conférences en France et à l’étranger, des articles de revues et enfin ma participation à des commissions nationales et internationales (OCDE, UNESCO) m'ont permis de diffuser ces conceptions.

En 1980, un concours de circonstances a entrainé la décision interministérielle, prise à la demande de la DGRST, de financer la création d'un institut pour l’IBEAS sur le campus de Pau ; malheureusement, Pau, siège d'ELF, est la capitale du pétrole, lequel fait rarement bon ménage avec l’écologie : aussi, tout ce que j'avais réalisé à Pau, IBEAS, laboratoire associé au CNRS, formation doctorale en écologie expérimentale, a disparu dès mon départ à la retraite en 1990. J'espère toutefois que je n'aurais pas prêché dans le désert et que parmi mes élèves de recherche et mes étudiants, certains poursuivront dans la même direction.

 

Quel fut le sens de vos activités militantes ?

Issu de la grande bourgeoisie administrative, mais républicaine, mon père, éveillé à l’activité politique par la campagne pour Dreyfus, militant actif de la Ligue des Droits de l’Homme, avait participé dès le début aux activités de l’Association des Amis de la Russie Soviétique. Seul haut fonctionnaire des finances de gauche - alors Procureur Général de la Cour des Comptes - il avait été choisi par Léon Blum pour nationaliser la Banque de France en 1936.

J'ai donc passé ma jeunesse dans une ambiance progressiste, mais beaucoup trop jeune pour pouvoir me battre contre le fascisme en Espagne, j'ai tout naturellement milité dans la clandestinité pendant l'occupation dès 1941 aux lycéens et étudiants communistes et comme responsable des FTPF étudiants de Paris jusqu'à mon arrestation le 2 aout 1944 par les brigades spéciales anti-terroristes de la police pour avoir exécuté le chef de la milice de Ile-de-France ; l’insurrection populaire parisienne m'a libéré le 20 août de la prison de la santé.

Choqué par la présence de Georges Marchais à la tête du PCF, je suis cependant resté militant communiste jusqu'à mon exclusion publique du PCF en 1988, espérant, comme beaucoup d'autres, de changer le Parti de l’intérieur. Je me suis toujours consacré à la lutte pour la paix (responsable du Mouvement de la Paix en Gironde, à Antibes, en Touraine et en Béarn) et à la diffusion de la pensée écologique auprès des militants politiques et syndicaux (FSM à Prague et membre fondateur d'Eco forum for Peace).

Ayant publié de nombreux articles sur l’importance de l’écologie depuis 1964 dans la "Nouvelle Critique" et "La Pensée", quand Pierre Juquin a été chargé en 1974 d'organiser la commission Cadre de Vie au PCF, je me suis trouvé à ses côtés, et en 1976 j'ai été candidat vert du PCF, expérience unique dans l’histoire des partis communistes européens, lors de l’élection législative partielle de Tours ; la direction du Parti a rapidement abandonné cette orientation d'ouverture, mais voulant prendre enfin le train en marche, elle a créé vers 1978 le MNLE, duquel le terme d’écologie était encore banni au profit "d'environnement" bien plus anodin ; j'ai servi de caution scientifique en participant à sa présidence jusqu'à ma démission lors de l’exclusion des militants MNLE du Nord.

Privilégiant les problèmes du Tiers-Monde, je me suis employé à y promouvoir une politique agricole et industrielle saine, en particulier comme consultant par les gouvernements du Viêt-Nam, de Costa-Rica, de l’Inde, de Lybie, du Mexique ; mais chaque fois j'étais contré par les "experts" du FMI, de la Banque Mondiale, de la FAO et du gouvernement français. Internationaliste de toujours, je suis pour une Europe politique quelles qu'en soient les imperfections, car elle a au moins le mérite de s'attaquer au concept dévastateur de nation.

Profondément scandalisé par la façon dont l’immense espérance humaine incarnée par le Manifeste Communiste a été dévoyée et trahie, je ne regrette absolument pas mon engagement militant, que j'ai toujours accompli sans sectarisme. Considérant maintenant que les partis politiques sont une forme dépassée d'organisation, je participe au Forum Progressiste.

 

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 21:25

Vincent Labeyrie (1924-2008)

par Jean-Paul Carrière *

Le professeur Vincent Labeyrie nous a quittés dans sa 85e année, et toute la communauté scientifique impliquée dans la recherche et l’enseignement de l’aménagement et de l’urbanisme est en deuil. Nombreux sont les enseignants-chercheurs, mais aussi les praticiens, qui en sont les héritiers intellectuels. Nous devons tous beaucoup à ce précurseur du développement durable, avant la lettre.

Faut-il rappeler qu’il fut d’abord un éminent spécialiste de biologie animale, ayant consacré sa thèse de doctorat à une “Contribution à l’étude de la dynamique des populations d’insectes…”, et qu’il fonda deux laboratoires CNRS de premier plan relevant de cette discipline, d’une part l’Institut de recherches sur la biologie de l’insecte (université de Tours) et d’autre part l’Institut de biocénotique expérimentale et des agrosystèmes (université de Pau) ?

Professeur d’aménagement de l’espace et urbanisme
à l’université de Tours, département aménagement de Polytech’Tours (ex-CESA) et laboratoire CITERES (UMR CNRS  6173), directeur du département

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 18:32

En 2006 une référence à Vincent Labeyrie

 

Ce texte a été envoyé aux membres de l’AMP (Alternative en Midi-Pyrénées) juste après une conférence de Jennar à Montauban, au moment de la discussion sur un candidat « unitaire » aux présidentielles. Il conserve malheureusement une triste actualité.
Il s'inscrit dans une série de textes de Vincent Labeyrie que je vais offrir aux lecteurs. Le prochain est un article de La Pensée, de mars 1973 : Maltusiasnisme et écologie.  


Voici trente ans exactement,
le PCF présentait son premier candidat écolo à une législative partielle. C’était à Tours et il s’appelait Vincent Labeyrie. Pierre Juquin était présent car il avait tiré les leçons du combat de René Dumont à la présidentielle de 74 (faut-il rappeler aujourd’hui qu’au second tour Dumont ne donna pas de consigne de vote ?). La vague écolo au sein du PCF permit la publication aux Editions sociales, en 1978, de Voyage et aventures en écologie, un très beau livre de Catherine Claude toujours d’actualité (notez bien qu’il s’agissait d’écologie et non d’environnement). Puis, sous l’effet du lobby industriel, à partir de 1980, la vague fut mise en sourdine. En Tarn-et-Garonne, nous fûmes aux premières loges pour admirer la stratégie du dit lobby : en une réunion, il transforma 100% de non à Golfech dans la direction fédérale, en presque 100 % de oui à Golfech (le PCF fonctionnait au consensus mais j’ai demandé un vote et nous fûmes deux à refuser ce revirement). En conséquence, quand, en 1987, Pierre Juquin se lança dans une lutte « rouge et verte » beaucoup de verts pensèrent, par ignorance, qu’il s’agissait d’une opération électoraliste, et beaucoup de rouge pensèrent qu’il s’agissait d’une opération du PS. Or il s’agissait d’une histoire qui venait de loin, pour aller loin (Juquin est un des rares dirigeants nationaux du PCF à ne pas avoir rejoint le PS malgré la circonscription qui lui a été offerte). En conséquence, comme premier invité, Gauche 92 proposa à Montauban … Vincent Labeyrie qui habitait à 30 km de chez moi.

 

Aujourd’hui, Pierre Labeyrie, le fils de Vincent, dont les combats approfondirent cette stratégie politique écolo vient de décider de quitter l’AMP car l’association présente des candidats aux élections législatives. Sa démarche est naturelle puisque le candidat AMP risque d’être opposé à un candidat des Verts, dont il est toujours membre. Une fois de plus, une question de structure politique détruit un accord sur le fond politique qui considère l’écologie comment moyen d’analyse pour redonner une globalité au combat en faveur de la révolution du monde (ce point n’étant pas le souci des Verts). En face, les institutions conçues par les forces dominantes organisent la fracture permanente qui s’appelle « diviser pour mieux régner ». Une stratégie que la phase actuelle du capitalisme complète par la suivante « tromper pour mieux régner » et qu’elle a généralisée à toute la société (l’atomisation des forces politiques démocratiques doit assurer le bipartisme). Pierre Labeyrie sait très bien que sans participation électorale on n’accède pas au financement par l’Etat des partis politiques et que sans ce financement, s’organiser devient un casse-tête. Mais il n’est pas plus en cause que l’ensemble des forces alternatives qui depuis des années refusent de mettre à l’ordre du jour de la discussion politique la forme des dites structures. Depuis vingt ans, la réponse est connue : la nouvelle forme d’organisation est remise à demain. Depuis vingt ans, le PS récupère les diverses contestations mais tout continue comme avant. Bien sûr, la réponse n’est pas simple d’où la stratégie de fuite. L’attitude des forces de la gauche alternative n’a jamais été encourageante si bien que les partis ne sont pas seuls en cause dans cette affaire. Voici deux exemples de l’actualité.

Côté PCF une pétition de la « tendance » Braouezec-Martelli-Zarka propose un beau texte pour les candidatures unitaires mais Martelli pousse en faveur de Clémentine Autain et Braouezec propose sa propre candidature (au sein des collectifs unitaires mais pas au sein du PCF). Je ne sais avec qui est Zarka ! Qui peut m’expliquer la stratégie ?

Côté gauche alternative on découvre parmi les porte-parole des collectifs unitaires Claire Villiers pour « Convergence Citoyenne » (une organisation qui me semble-t-il s’appelle CCAG) et Hamida Ben Sadia(1) comme militante de la vie associative alors qu’elle est aussi membre de CCAG ! Parce que CCAG n’a pas pu désigner une seule personne ? Parce qu’il ne fallait pas mettre les deux sigles parmi les porte-parole sous crainte de faire apparaître une surreprésentation d’une structure par ailleurs fantôme ! (pourtant en tant que membre de l’AMP je suis « acteur » de CCAG !). Je rappelle pour mémoire que le rôle politique de ces deux personnes est né de leur présence sur une liste du PCF (en seconde position aux régionales ou aux européennes).

En quittant l’AMP, Pierre Labeyrie nous impose plus que jamais de réfléchir aux leçons nées de cette expérience unique de dépassement des structures existantes. Face à la stratégie « tromper pour mieux diviser » n’essayons pas de nous tromper nous-mêmes pour mieux nous désunir ! Bien sûr, comme l’expliqua Raoul-Marc Jennar à Montauban (il est porte-parole des collectifs unitaires sans référence à l’organisation qu’il anime !) ce point sera plus tard à l’ordre du jour, lui-même espérant en ce futur mouvement, mais, pour le moment, il ne faut pas heurter les partis existants. Après les élections de 2007, les mêmes vont se plonger dans les municipales qui sont l’élection par excellence, pour atomiser les forces politiques, et un jour peut-être, le massacre cessera faute de combattants.

26 octobre 2006                               Jean-Paul Damaggio

(1)   Elle vient de décéder.

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 18:34

Après la publication d’un texte de 1983 de Patrick Tort, voici un texte de 1973 de Vincent Labeyrie qui est un beau compte-rendu de lecture extrait du numéro de Juin Juillet 1973 de la Nouvelle Critique mensuel des intellectuels du PCF. Vincent Labeyrie fut un voisin du temps où j’habitais Bruniquel, il quitta le PCF dans la foulée de Pierre Juquin et mériterait d’être plus connu comme précurseur de la gauche écologiste qu’il représenta dignement. JPD

 

Barry Commoner : L'Encerclement

La littérature sur l’environnement est abondante. Le sujet rapporte. Les librairies françaises offrent de nombreux titres français et étrangers. Malheureusement, cette littérature ne fait généralement que traduire la confusion dans ce domaine.

C'est ainsi que Fayard a édité, en un an, successivement trois ouvrages traduits de l’anglais : Population, ressources et environnement de P. et A. Ehrlich ; Changer ou disparaître manifeste de la revue anglaise The Ecologist ; Halte à la croissance rapport Meadows pour le Club de Rome. Toutes, ces traductions concernent des textes examinant la crise de l’environnement en dehors des rapports et des conditions de production. Pour eux, le danger vient donc à la fois du nombre d'habitants sur la terre et de l’élévation du niveau de vie.

A. Sauvy, dans Croissance zéro ?, publié chez Calman-Lévy, tente de défendre la croissance démographique, mais sa méconnaissance des phénomènes écologiques enlève beaucoup de poids à sa démonstration qui contribue elle aussi à entretenir la confusion.

D'une tout autre valeur est l’ouvrage de. B. Commoner, publié en français au Seuil, sons le titre L'Encerclement problèmes de survie en milieu terrestre. Le même éditeur avait déjà traduit un autre ouvrage de B. Commoner : Quelle terre laisserons-nous à nos enfants ?, qui, posait d'une façon très documentée les problèmes des explosions atomiques et des pesticides, et montrait les questions posées par le développement de la connaissance pour intégrer les données écologiques.

L'Encerclement est un traité fondamental. Son importance dans l’analyse des problèmes posés au stade actuel de la révolution scientifique et technique ne saurait être sous estimée. Ouvrage très clair, il a le mérite de situer la crise de l’environnement dans son véritable contexte.

Ecrit par un excellent chercheur, connu pour ses travaux sur les processus biochimiques du sol, il expose clairement les bases écologiques du problème. La parution de cet ouvrage en France fournit ainsi un document capital pour tous ceux qui sont concernés par le développement et l’aménagement des activités humaines.

Dans son analyse, il apporte des éléments nouveaux, dus à un examen des conditions écologiques de l’évolution. Par exemple, il explique l’action toxique des polluants atmosphériques dont les oxydes d'azote, l’influence de la charge organique des eaux sur le développement des germes pathogènes, l’importance des méthodes agro-techniques sur l’activité biologique des sols... C'est de ce point de. vue, un ouvrage fondamental qui doit être étudié par tous les biologistes, par tous les agronomes, par tous les hygiénistes.

S’il n'était que cela, L'Encerclement serait déjà un traité important. Mais il est plus. Commoner démontre que la pollution et la dégradation de l’environnement ne correspondent, pas à une fatalité, mais à une mauvaise utilisation technologique des progrès scientifiques. Il donne de multiples exemples de la nocivité d’un système économique basé sur la course au profit. Prenant appui sur une analyse de l’évolution de la production aux USA, il montre que « l’entrepreneur irresponsable trouve profit assez longtemps pour lui permettre d'acheter une autre poule miracle. Ainsi l'irresponsabilité écologique peut être payante pour l’entrepreneur, mais non pas pour la collectivité considérée dans son ensemble. » La démonstration de l’incompatibilité du système capitaliste et d'une politique scientifique, écologique de l’environnement, aborde de nombreux aspects. Ainsi : « Une entreprise exploitant différents systèmes écologiques devra prévoir des rythmes de rentrées bénéficiaires différentes, afin d'éviter de provoquer une rupture. Or, un système de libre entreprise a toujours tendance à obtenir, de diverses formes d'exploitation, le rendement bénéficiaire le plus élevé. » Il est non moins remarquable de constater qu’après une analyse des vices écologiques du système capitaliste, Commoner est capable de voir, au-delà des erreurs écologiques des pays socialistes, la supériorité de l’économie socialiste, qui, seule permet une planification écologique et ne considère pas la production comme une fin en soi. Il cite d'ailleurs le remarquable extrait du Capital où Marx montre que la production capitaliste « ne fait qu'épuiser les sources originaires de toute richesse : la terre et le travailleur. » Commoner regrette de manquer d'informations sur les réalisations des pays socialistes pour protéger l’environnement (1). On peut discuter certains aspects de ses analyses, en particulier il ne distingue pas les deux types d'énergie utilisés par l’homme, l’énergie captée et l’énergie libérée, ce qui ne lui permet pas de dégager les possibilités de développement économique.

La traduction est imparfaite et comporte des maladresses et des erreurs, ainsi peroxyde de soude au lieu de peroxyde de soufre, eutrophication au lieu d'eutrophisation, billion au lieu de milliard, A. B. O. au lieu de D. B. O., acide carbonique au lieu de gaz carbonique... On peut regretter l’absence de table analytique indispensable pour utiliser un ouvrage de cette importance et l’absence de référence aux Editions françaises des ouvrages cités.

Mais, quelles que soient les critiques de détail ou les remarques sur l’édition française, L'Encerclement de Barry Commoner est un ouvrage fondamental qui fournit une analyse poussée des problèmes de l’environnement, qui oblige à réfléchir sur les solutions à mettre en oeuvre.

Ainsi, livre indispensable aux spécialistes, il est non moins indispensable à tous ceux qui agissent sur le plan économique et politique. Aucun militant progressiste ne peut ignorer un tel ouvrage. V. L.

Editions du Seuil, 28,90 F.

Note Jean-Paul Damaggio

(1)   Nous savons depuis qu’en URSS le mépris envers l’écologie fut au moins aussi grand que dans le régime capitaliste ce que Vincent Labeyrie découvrit assez vite.

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 15:00

J'ai déjà présenté sur ce blog le livre collectif : "Viv(r)e la gratuité publié chez Golias. Voici ma contribution.

Les Amériques et la gratuité :

 

 

Pourquoi les Amériques pourraient-elles nous apporter une réflexion spécifique sur la gratuité ? Surtout quand on constate que le premier terme associé à « gratuité » c’est là-bas aussi, celui « d’éducation » ! Tout simplement parce que le rapport économie/politique y est original et que ce rapport influe sur le sens même de la gratuité. Nous pouvons le vérifier avec le travail sur le don du Québécois Jacques T. Godbout.

 

Du don à la gratuité

En 1992, en publiant dans la lignée des travaux de Marcel Mauss, «l’esprit du don », Jacques T. Godbout se pose la question de la gratuité. Il le fait après avoir traité de « la perversion du don par l’Etat » dans le chapitre, « don, marché, gratuité ». Quand il reprendra les mêmes travaux en 2007, « Ce qui circule entre nous, donner, recevoir, rendre », plus besoin d’analyser les rapports entre l’Etat et le don (l’Etat est devenu marginal dans la réflexion) et plus besoin de consacrer quelques pages au thème de la gratuité, alors que la question des rapports entre le don et le marché continue d’occuper un chapitre.

« La perversion du don par l’Etat » est traitée, en 1983, à partir du don du sang. On y découvre, pour schématiser, que le don appartient à la sphère communautaire (famille, copains, village etc.), il fait lien social dans cette sphère, alors que l’intervention de l’Etat court-circuite cette «sociabilité première» créant ce qui est appelé alors une «sociabilité secondaire».

La réflexion de Jacques T. Godbout permet une remise en cause utile du système marchand, mais le politique, trop réduit au concept creux «d’Etat-providence», me paraît négligé, voire sous-estimé quant à l’invention de « gratuités ». La gratuité vue par le chercheur québécois étant seulement un sous-produit du don (et même parfois un sous-produit regrettable), elle perd de sa dimension novatrice globale. «L’Etat-providence, comme nous l’avons vu, n’est pas un système de don. La recherche de l’égalité interrompt et tue le don. »[1]

 

Education gratuite

Pour tous les enfants de la planète l’école gratuite est un des premiers droits de l’homme reconnu par les instances internationales. Gratuit signifie en ce cas : payé par l’Etat. La gratuité est donc politique et l’école gratuite ne peut être que l’école publique. Toutes les campagnes électorales au sud du Rio Grande font référence à la juste revendication d’une école ouverte à tous, indépendamment des revenus de chacun. Mais la bataille est rude et en voici deux éléments contradictoires nous permettant d’aller au cœur des problèmes.

Elle s’appelle Karina, elle vit au Venezuela et depuis des années elle se bat pour que les enfants de son pays bénéficient d’une école gratuite, un combat relayé par les pouvoirs en place sous diverses formes. Mais aujourd’hui elle en arrive à ce constat d’échec : « Ce qui est gratuit est déprécié ! ». Petit à petit les classes sociales riches envoient leurs enfants à l’école privée et l’école publique devient l’école du peuple, l’école bas de gamme. Le fait que ce soit gratuit induit, pense-t-elle, des comportements d’irresponsabilité.

Il s’appelle Rodolfo et vit au Pérou. Il enseigne dans des écoles privées et se bat pour l’éducation mais aujourd’hui il en arrive à ce constat d’échec. L’école privée qui l’emploie fait pression pour que les enfants des plus riches conservent de bonnes notes, sinon ils risquent d’alimenter de leurs deniers une autre école privée. Dans le privé, la « culture » du résultat conditionne les bénéfices financiers de fin d’année ! Il est découragé de voir que les questions financières supplantent les questions éducatives. (Je précise en passant qu’un médecin de notre chère France m’avoua qu’il n’était pas dupe sur les bonnes notes de son fils, élève dans une école privée. Il décida d’ailleurs de le mettre dans une école publique pour plus de vérité.)

Des phénomènes se recoupent en se basant sur cette idée : « Si je paie pour apprendre, je vais être plus motivé ». Déjà, ceux qui ne peuvent payer, n’ont plus la question de la motivation à se poser !

Entre Europe et aux Amériques, la différence tient au rapport des forces : le sens et la force de l’Etat et du politique permet au combat européen pour l’école gratuite, de tenir encore la route, quand, aux Amériques, la force de l’économique transforme en lieu commun l’idée de marchandisation de l’école.

Et si la question de la santé permettait de se poser autrement les mêmes questions ?

 

Santé gratuite

Au Québec, le mardi 2 décembre 2008, les élections provinciales ont permis le retour au parlement d’un élu de gauche, en la personne de Amir Khadir, un médecin d’origine iranienne, membre de Québec solidaire. Il a été élu dans un secteur de Montréal (Mercier) qui, au cours des années 70, avait déjà choisi un homme de gauche, le poète Gérard Godin. Voici les premiers mots prononcés par l’heureux élu : « Une économie au service des gens ! Un système de santé gratuit !.. »

L’idée du système de santé gratuit a même été au cœur de la campagne d’Obama mais seulement en direction des enfants.

Comme pour l’éducation, la santé gratuite est un combat très ancien des classes populaires, mais les deux ne peuvent fonctionner de la même façon. Le premier est de la responsabilité de l’Etat et le deuxième articule le principe de solidarité et le principe d’assurance. Les besoins en santé et en éducation ne concernent pas de la même façon chaque personne. Pourtant, la seule solution humaine s’appelle dans les deux cas, la GRATUITE.

Contre la sécurité sociale française, on a aussi entendu les discours sur la prime à l’irresponsabilité qu’elle suscitait. Comme pour les questions d’éducation, et le principe global de gratuité, l’observation mérite attention (voir plus loin). Elle ne peut être renvoyée d’un revers de main. Mais, pour des femmes du Mexique, plus spécialement celles de Oaxaca, qui ne pouvant bénéficier d’une grossesse suivie gratuitement, meurent d’autant plus qu’elles sont pauvres, l’important c’est la victoire des luttes associatives qui ont permis d’obtenir la gratuité au moins sur ce point. Il reste, pour la rendre effective, que le secteur se dote de cliniques et hôpitaux conformes aux nécessités, et que le machisme recule car la gratuité ne peut tout résoudre.

Un fonctionnaire de santé a cette formule : « La gratuité peut être la différence entre la mort et la vie pour beaucoup de femmes… ». Philosophique, la question de la gratuité est très vite celle de l’humanisme.

 

Gratuité et marchandisation

Nous pourrions évoquer d’autre cas emblématiques comme la gratuité des bibliothèques, de l’accès à internet, ou de l’entrée des musées (c’est le cas pour des musées de Caracas ou de Montréal). Pour les transports publics, ils sont si rares que leur gratuité suppose d’abord leur existence. Quant au don du sang, qui devient financier, ou qui est réglé aux USA par certaines personnes en déposant leur propre sang dans des banques du sang en vue de se le réinjecter si nécessaire, la situation empire. Peut-on se faire un don à soi-même ?

Il nous paraît crucial d’analyser les conditions de la gratuité sans quoi la gratuité n’a pas de sens surtout dans des systèmes où la corruption est monnaie courante (une monnaie qui remplit des caisses plutôt sordides de corrupteurs). Imaginons une bibliothèque qui prête gratuitement des livres sans se doter des outils capables de contrôler les prêts en question : en moins d’un an, elle serait vide de tout document !

Le chercheur nord-américain James Petras[2] n’hésite pas à rappeler que des services publics (et nous pensons que c’est vrai pour le concept de gratuité) repensés pour servir les citoyens, doivent avoir des comptes à rendre, en tenant compte des acquis techniques d’évaluation propres à l’économie politique actuelle. Quand on sait comment le système marchand conduit au gaspillage, ne rêvons pas, la gratuité, bien qu’elle soit de l’ordre du bien commun, n’éliminera pas d’elle-même tout comportement néfaste à l’intérêt général ! Les Amériques, où la manie de l’évaluation sert les attitudes socialement négatives, peuvent apporter, en renversant l’usage des évaluations en outils capables d’articuler efficacité économique et fonctionnement social. Dans un hôpital, les bilans du travail y sont hebdomadaires, mais ils portent surtout sur l’action des individus, et peu sur le fonctionnement global de l’institution. Renverser l’outil, c’est admettre le principe d’un temps régulier consacré à évaluer le travail, tout en élargissant les domaines d’analyse (en écoutant usagers, et autres observateurs). Le tort peut-être de James Petras c’est, tout en défendant la fonction centrale de l’Etat, de croire que par sa décentralisation, on va apporter des outils de contrôle plus fiables. Tout débat sur la gratuité suppose donc des débats philosophiques importants liés aux débats techniques précis sur le statut de l’Etat par exemple, suivant le principe connu : on ne peut traiter du fond sans traiter de la forme sous peine de se perdre. Les Amériques peuvent permettre de saisir les dangers encourus par la société quand l’Etat se désagrège, et en même temps apporter des outils novateurs pour rendre la gratuité socialement « compétitive ». La force du concept de gratuité c’est en effet d’obliger à distinguer le socialement compétitif de l’économiquement compétitif à partir du moment où nous savons, me semble-t-il qu’il n’est pas possible de renvoyer « le compétitif » dans le néant de l’histoire.

23-12-200 Jean-Paul Damaggio



[1] P. 253, l’esprit du don

[2] La face cachée de la mondialisation, James Petras, Henry Veltmeyer, Parangon, 2003

« ce qui est gratuit est déprécié ? »
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