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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 21:32

 Voilà un article qui a presque vingt ans et qui reste pourtant d’actualité ! Je le ressors du journal Point Gauche ! car j’ai appris que l’intérêt pour son auteur incitait quelqu’un à travailler sur sa biographie (j’ai perdu son adresse courriel à cause d'une fausse manoeuvre). Engels et l’écologie ? Il va y avoir deux autres articles de cet homme pour qui je garde une énorme admiration. Jean-Paul Damaggio


Point Gauche n°16, Janvier 1995
Avertissement jamais écouté

 

 

En ne considérant que l'Europe Occidentale, les inondations récentes dont on se souvient ont touché en France, Auch, Saint-Brieuc, Vaison la Romaine, Nice, Montpellier, l'Aude, la Lozère, les Cévennes, le Tarn, la Seine, la Charente et en Italie le Piémont, le Haut-Adige ... La fatalité est toujours invoquée, même si parfois, le dérèglement du climat est présenté comme la cause principale. D'une façon générale, la responsabilité humaine est ignorée.
Pourtant il y a déjà plus d'un siècle, Friedrich Engels écrivait dans "La dialectique de la nature" :

"Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d'elles. Chaque victoire a certes, en premier lieu, les conséquences que nous avons escomptées, mais aussi des effets tout diffé- rents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent les premières conséquences. Les gens qui, en Mésopotamie, en Grèce, en Asie Mineure et autres lieux essartaient les forêts pour gagner de la terre cultivable, étaient loin de s'attendre à jeter par là les bases de l'actuelle désolation de ces pays, en détruisant avec les forêts, les centres d'accumulation et de conservation de l'humidité. Sur le versant sud des Alpes, les montagnards italiens qui saccagent les forêts de sapins, conservées avec tant de sollicitude sur le versant nord, ne se doutaient pas qu'ils sapaient par là l'élevage de haute montagne sur leur territoire ils soupçonnaient encore moins que, par cette pratique, ils privaient d'eau leurs sources pendant la plus grande partie de l'année, et que celles-ci à la saison des pluies allaient déverser sur la plaine des torrents d'autant plus furieux ..."
 

 

Depuis la publication du texte d'Engels, la destruction de forêts européennes n'est plus due à l'essartage ou à la production de charbon de bois, mais d'abord aux besoins croissants des papeteries. L'exploitation forestière est intensifiée par l'utilisation systématique d'engins mécaniques de forte puissance. On procède à des coupes à blanc. L'élargissement et le dégagement des voies d'accès tronçonnent ce qui subsiste des forêts après abattage.
Dans les forêts équatoriales, le saccage est systématique. Il est d'autant plus grave que le sol ainsi dénudé est soumis à des averses intenses. Le sol de faible épaisseur laisse partout la place à une roche mère stérile.
En Europe, l'aménagement touristique des montagnes (pistes de ski, remontées mécaniques, routes touristiques, stations d'altitude ...) est une cause supplémentaire de la destruction de la couverture végétale du sol et du déboisement des forêts.
Partout les travaux publics et l'aménagement routier saccagent le lit des rivières pour en extraire sable et gravier. Le cours des rivières est modifié (redressement, remblaiement, canalisation ...), tous travaux qui accélèrent la circulation de l'eau. Comme les prairies et autres terres basses inondables ont été éliminées souvent pour faire des lotissements, les eaux dévalent en détruisant tout, lors d'inondations qui se poursuivent jusqu'aux embouchures. Le dragage des lits sape souvent les ponts dont les piles s'écroulent brutalement Tours, Saumur, Séoul.
En outre les émanations de gaz des voitures contribuent pour l'essentiel à l'effet-serre avec pour conséquence l'élévation de la température et l'augmentation de l'évaporation marine, le volume et la fréquence des précipitations en sont ainsi accrues. Les dernières précipitations d'Egypte ont déversé en quelques jours ce qui tombe généralement entre quarante et cinquante ans.
Mais à côté de ces causes générales, la politique agricole intervient de plus en plus sur l'orientation de la gestion de l'eau. Sous la pression des économistes dévoués au productivisme, le modèle industriel a été introduit en agriculture. Pour industrialiser l'agriculture il a fallu normaliser les productions. Il a donc fallu supprimer ou amoindrir les aléas écologiques. En premier lieu l'alimentation des plantes en eau a été soumise à une stricte régulation. Au lieu de choisir les cultures en fonction des conditions écologiques locales et de les adapter à la diversité des terroirs, des régions, des pays, on a voulu faire pousser la même variété à la même date partout. Pour permettre aux fabricants de machines agricoles de procéder à des économies d'échelle, le même matériel a été proposé et est utilisé partout. On n'a pas adapté le matériel au terrain mais les champs, les exploitations, les chemins ruraux aux machines. Le poids des énormes engins imperméabilise les terrains qui absorbent et retiennent de moins en moins l'eau.
Toujours en application du modèle industriel, on a abandonné la polyculture pour simplifier la gestion des exploitations. Pour faciliter les relations des producteurs avec l'amont et l'aval des filières économiques, on a poussé les agriculteurs à se spécialiser tous les ans dans la même culture ou le même élevage. Avec la culture sarclée d'espèces et de variétés de printemps, le sol reste nu pendant près de 6 mois en hiver. Les pluies provoquent alors érosion et lessivage. La monoculture répétitive épuisant les sols, on procède à des apports massifs d'engrais qui aggravent les conséquences du lessivage et eutrophisent les rivières.
Cultures sarclées et monocultures répétitives multiplient les traitements aux herbicides et aux pesticides qui contaminent les aliments, la nappe phréatique et les cours d’eau. Les champs irrigués et drainés utilisent et polluent toujours plus de tonnes d'eau.
Enfin, les pertes par évaporation dans les canalisations et les rigoles ou par l'arrosage par des techniques abusives d'aspersion entraînent l'exportation de quantités considérables d'eau par les nuages. Les régions arides et semi-arides déjà démunies exportent ainsi de l'eau vers les régions à forte pluviosité. Cette circulation aérienne de l'eau disperse les polluants toxiques (plomb, arsenic, DDT, strontium, césium ...). Cette exportation injustifiable pourrait être supprimée. Perses et autres civilisations du Proche-Orient pratiquaient déjà, il y a plus de 3000 ans, l'irrigation à partir de canalisations souterraines traversant même les chaînes des collines et se jouant des bassins versants.
Malgré la prolifération des barrages collinaires les prélèvements dans la nappe phréatique se multiplient et les pompages répétés dans les rivières prolongent et aggravent les périodes d'étiage. Il n'y a plus assez d'eau dans de nombreuses rivières pour entraîner les effluents des égouts des villes. La Garonne, l'Aveyron, l'Agout, l'Adour, le Lot, l'Aude, l'Allier, l'Ain ... sont transformés en égouts à ciel ouvert. Pendant de nombreux mois de l'année les rivières n'ont plus assez d'eau pour refroidir les circuits des centrales thermiques classique ou nucléaires.
Les prélèvements agricoles élèvent les exigences municipales urbaines et industrielles de barrages supplémentaires. De grands programmes touchent le Rhône et la Loire. La dérivation de rivières et de fleuves est même envisagée ; les retenues se multiplient dans les vallées de montagne, aliénant les rares bassins cultivables de ces régions défavorisées.
L'eau, bien que pouvant être réutilisée puisque non "consommée" - l'exemple des capsules spatiales vivant en circuit fermé est démonstratif - est allègrement souillée, polluée. Pour compenser son gaspillage permanent, on multiplie les retenues dans les vallées supérieures des cours d'eau. On comprend par exemple, l'opposition des paysans et des municipalités de ces régions pauvres qui se voient privés de leur eau pour être gaspillée par une agriculture irriguée de plaine dont les surplus agricoles font les cours. Les habitants et la municipalité de Mailhac (1) ont raison de contester cette politique. Vincent Labeyrie (2)


1 - Mailhac, commune du Tarn de la haute vallée de la Vère qui oppose à un projet de barrage.. 2 -Docteur ès sciences, ancien professeur émérite d'écologie, fondateur du CESA (Centre d'Etudes Supérieures de l’Aménagement, Université François Rabelais de Tours), ancien membre du Haut comité de l’Environnement, ancien conseiller pour l’écologie de l’UNESCO. de l’OCDE et de la FSN.

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Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
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