Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 21:07

La gratuité en débat

 

Dans un livre collectif sous la direction de Paul Ariès, publié chez Golias : Viv(r)e la gratuité, une issue au capitalisme vert[1], nous pouvons pointer quelques constantes chez les divers intervenants qui passent par la philosophie, l’économie, la sociologie, le politique, et aussi quelques différences.

 

Bataille autour de l’objectif de la gratuité

Tous les intervenants s’accordent plus ou moins sur le fait que la gratuité est une grosse épine dans la marche capitaliste, une épine dont le système cependant est prêt à gérer les effets. N’est-ce pas d’ailleurs la caractéristique majeure du capitalisme : récupérer à son propre bénéficie l’action de ceux qui le contestent ?

Pour être explicite la gratuité peut devenir la gratuité des « journaux gratuits » qui ne sont en fait ni des journaux, ni des gratuits. Ce ne sont pas des journaux car ils n’emploient pas de journalistes et ne sont pas à la disposition possible de tout lecteur (il faut habiter les grandes villes pour en bénéficier). Ils ne sont pas gratuits car payés par la publicité, ils vivent sous son contrôle. Cependant, sur ce point, il arrive qu’ils aient moins de publicité que les quotidiens qui sont des journaux payants vu que les coûts sont limités : presque pas de frais de distribution par exemple.

Autre exemple : j’achète hier un paquet de farine et je découvre que je bénéficie de 50% du produit à titre gratuit !

Cette fausse gratuité s’oppose à la gratuité de l’école, des soins, à la gratuité acquise par les luttes des travailleurs, et très largement remises en cause ces dernières années. Cette gratuité est l’effet de la solidarité par l’impôt (d’où le rôle de l’Etat) ou par les caisses sociales.

Dans un monde où le capitalisme veut élargir en permanence le champ de la marchandise, la revendication d’une gratuité par la solidarité fait désordre. Des transports en commun gratuits, des cantines scolaires gratuites, c’est l’effet d’une bataille idéologique difficile car elle va à l’encontre des idées martelées sans cesse : la valeur de toute chose se mesure par l’investissement financier que je suis prêt à y mettre pour accéder à sa « propriété ». Utiliser les bibliothèques pour le prêt gratuit du livre ça n’entre pas dans le PIB.

Ne souhaitant pas être exhaustif sur le sujet, je passe à un autre élément qui apparaît à la lecture du livre en question et qui en est le sous-titre.

 

La gratuité face au capitalisme vert

Tout d’abord une question : ce capitalisme vert est-il une façade ou une réalité à prendre au sérieux ? Pour le dire autrement : Le capitalisme peut-il se mettre au vert ?

Comme beaucoup de réalités, je constate que la réponse est dans les supermarchés où les rayons « bio » prennent de plus en plus d’ampleur, y compris dans les produits de vaisselle etc. Le « vert » c’est donc une part de plus en plus importante de la machine économique, du tourisme « vert » à la santé « verte » etc. Jusqu’à quel point le capitalisme peut-il se refaire une santé en se mettant au «vert » ? Peut-être Nicolas Hulot, Daniel Cohn-Bendit, José Bové, Jean-Paul Besset ont la réponse.

Une fois de plus la gauche patauge face à cette évolution du contexte. Au cours des années 80 elle a raté la dimension écolo des luttes sociales, ce qui a empêché toute articulation entre le rouge et le vert (les deux perdants à ce rendez-vous manqué), et elle risque aujourd’hui de rater l’offensive du capitalisme vert.

Prenons l’exemple du revenu d’existence (version Baptiste Mylondo) qui entre dans le combat pour la gratuité. Côté écolo on va trouver ceux qui prétendent comme pour d’autres éléments de la gratuité, qu’un tel revenu est source d’irresponsabilité, de gaspillage etc. « Les transports gratuits c’est la porte ouverte à la casse ! » Côté social on va trouver ceux qui pensent qu’à être payé à ne rien faire (c’est le fondement du revenu d’existence) le travail est dévalorisé et que c’est très dangereux. Les deux arguments s’entendent mais on ne peut en rester là ! Une synthèse est possible et c’est toute l’originalité de Paul Ariès de vouloir, parfois contre vents et marées, la faire avancer. Il s’agit parfois d’être sur le fil du rasoir et il est facile de comprendre que la position n’est pas souvent confortable. Il est plus facile à chacun de suivre sa pente propre que d’aller sur les chemins des autres. Paul Ariès indique : « Je suis fondamentalement d’accord avec Jean Zin : la notion de « décolonisation de l’imaginaire (Serge Latouche) ou des « réveil des consciences » (Pierre Rabhi) est totalement insuffisante car le grand problème est d’abord celui des institutions.»

Quel chemin de la gratuité à l’institution ? Tout comme la sécurité sociale, où l’école qui plaça l’institution dans le mot instituteur, le revenu d’existence passe par une autre direction pour les institutions. Laquelle ? « Contrairement à ce que pourrait être un mariage rouge-vert qui cumulerait les interdits, nous osons la liberté mais nous rappelons qu’elle doit être encadrée et qu’elle a nécessairement un prix. Chacun reste libre de s’offrir du mésuage (dans la mesure où la loi ne l’interdit pas exceptionnellement) ; par exemple en possédant une maison de campagne mais en supportant les surcoûts de ce mésuage. »

Aussitôt les militants sociaux vont dire : ça y est les riches vont pouvoir se payer ce qu’ils veulent et les pauvres vont se serrer la  ceinture. Du côté des militants écolos qui souvent sans le dire ouvertement voudraient des mesures dictatoriales contre les mésuages, là ils vont répondre : mais tout continue comme avant !

Or cette réflexion sur la gratuité vise aussi à réduire la hiérarchie des revenus par décision politique en taxant fortement les riches et en donnant ce fameux revenu d’existence. Bref la gratuité est-elle un élément d’un système (pour les capitalistes comme inversement pour les anti-capitalistes) où la pierre angulaire d’une reconstruction de l’horizon de la gauche ? Je me situe radicalement dans le second cas.

31-05-2009 Jean-Paul Damaggio



[1] Publié chez Golias : Viv(r)e la gratuité, une issue au capitalisme vert (12 euros) Les auteurs : sous la direction de Paul Ariès, Jean-Louis Sagot-Duvouroux. Denis Collin, Daniel Bensaïd, Roger Martelli, Pierre Sommermeyer, Jean-Luc Debry, Mathilde Ariès, Alain Jugnon, Jean-Claude Bessons-Girard, Michael Singleton, Philippe Godard, Gilles Alfonsi, Laure Pascarel, Denis Vicherat, Baptiste Mylondo, Jacque Testart, Réseau pour l’Abolition des Transports Payants, René Balme Jean-Paul Damaggio, Alain Bihr.

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 11:22

La télévision : problème de santé publique

 

Voici quelques mots sur un nouveau colloque concernant la télévision, animé par Bernard Stiegler (sur la photo) et qui s’est tenu à Paris le 6 décembre et qui était organisé par Arsindustrialis et le CIEM (collectif interassociatif enfance et médias).

D’abord qu’est-ce que la télévision pour les responsables du colloque ? Ni la télé , ni le marketing, ni la pub ne sont en soi le diable par contre leur utilisation est devenue diabolique au point de susciter de graves problèmes de santé publique.

La pub pourrait informer (il lui est arrivé de le faire) mais quand il s’agit d’une seule course à l’argent elle s’adresse aux pulsions et nous rend donc malade. Maladie aggravée par le marketing qui a ses mérites sauf quand il devient comme c’est le cas, un outil de domination sur la télé et sur la société. En conséquence, dans quelques années, les problèmes sociaux suscités par la télé risquent d’être de la même ampleur que l’affaire du sang contaminé.

 

La nocivité de la télé est déjà démontrée pour les enfants et quand se crée une télé en direction des bébés, c’est du délire. Mais cette nocivité touche aussi les adultes. Il s’agit globalement d’atteintes portées à la formation de la personne humaine. Oui, la télé informe, divertit, mais par sa puissance (elle entre dans chaque foyer), elle formate les esprits. Pour les enfants, il est aujourd’hui facile de démontrer qu’elle réduit l’attention par exemple. Mais je ne vais pas entrer ici dans tous les éléments concernant cette question.

 

Il en est une autre qui s’appelle le développement du numérique et qui fait que le débat actuel sur LES télévisions est plus historique que tous les autres. Il change même la nature de la pub par exemple. Celle qu’il est question de supprimer sur la télé publique est déjà un pub du passé jugée beaucoup moins efficace que celle ciblée qu’organise par exemple google ou celle qui se cache dans les fictions. Un intervenant espagnol au colloque Jesus Bermejo Berros a montré comment la présence répétitive d’un marque de jambon dans une série influait sur l’appréciation que le téléspectateur en avait et conduisait à sa consommation.

 

Bien sûr, ce colloque se tenant en même temps que le débat surréaliste au Parlement concernant la pub à la télé publique, il fallait prendre une position sur la question, position que les forces politiques, syndicales et autres évite le plus souvent de prendre clairement. Tout le monde sait que par sa réforme, Sarkozy souhaite affaiblir la télé publique mais là comme pour la Poste, l’Education nationale et autres services publics, défendre la télé publique n’est pas très clair car la télé publique n’est déjà plus publique. Comparez par exemple le traitement des élections prud’homales de TF1 et d’A2 et si vous trouvez une différence faites moi signe.

 

Le Colloque a proposé un moratoire sur ce débat pour reporter les décisions à plus tard. Il est vrai, Sarkozy a décidé d’aller vite mais ça fait déjà presque un an que les forces démocratiques tardent à réfléchir à une riposte d’ampleur nationale, argumentée et novatrice. Et s’il met la pression de l’urgence c’est pour mieux empêcher une démarche démocratique que la tonne d’amendements au Parlement représente si peu. Par exemple, Bernard Stiegler reste favorable à la pub à la télé publique proposant plutôt une réflexion d’ensemble sur les télés. Comment articuler ce point de vue avec celui d’autres forces démocrates pour qui ce recul de la pub est déjà un premier pas en avant ?

Je viens de survoler une journée de colloque avec le sentiment que nous sommes au cœur des enjeux sociaux de notre époque, un cœur où depuis longtemps je place la revendication d’une télé laïque. Je n’ai pu expliquer comment m’est venue cette idée aussi je le fais ici : en voyage au Pérou avec des amis, nous sommes passés dans des zones non-asphaltées où les maisons avait l’antenne de télé alors que manifestement il n’y avait pas d’électricité. L’ami m’expliqua alors : « Tu n’as pas vu au village l’annonce de ventes de batteries ? La télé fonctionne avec ces batteries et elle apporte ainsi un peu de « lumière » dans la maison ». La télé c’est une drogue même là où il n’y a rien à consommer ! 8-12-2008 Jean-Paul Damaggio !

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 15:36

Esclavage et marchandisation

 

A ceux qui expliquent que tout devient marchandise, des bonnes âmes peuvent répondre qu’il n’est pas question d’en revenir à l’esclavage.

C’est alors que des esprits de gauche prétendent que le salariat d’aujourd’hui est pire que l’esclavage d’hier pour la simple et bonne raison que le propriétaire de capital humain se devait de bien le nourrir, de le loger et de le soigner pour en conserver la valeur, alors que le capitaliste laisse l’hypothétique soin de logement, de santé et d’alimentation soit à la charge du maigre salaire de l’employé, soit à la charge de l’Etat quand l’employé est fait chômeur pour mieux peser sur le montant du dit salaire.

Des esprits non moins de gauche avancent d’autres théories : l’esclavage n’a été aboli que par l’effet de l’évolution des forces productives (machines surtout) en conséquence toute analyse sociale doit être ramenée en son cœur : l’analyse économique.

Et enfin, pour faire bonne mesure, la théorie à la mode du gagnant-gagnant n’est pas en reste ceux qui aiment rappeler que les esclaves furent en fait vendus par de minables rois noirs, ce qui les libéra de sociétés archaïques, pour les affronter au monde de la modernité. Le propriétaire d’esclave était gagnant mais l’esclave lui-même, quand il avait  les moyens physiques de résister, bénéficiait d’un grand voyage vers la modernité !

 

Ces trois raisonnements font plus ou moins adroitement l’impasse sur un même phénomène : le désir populaire de liberté.

En Europe aussi ils furent des millions à se ruer vers les Amériques mais, par des campagnes de publicités (la ruée vers l’or) et pour des raisons économiques, ils décidèrent eux-mêmes de quitter leur terre pour l’aventure. Bien sûr, cette liberté restait toute relative mais pourquoi faudrait-il reprendre l’idée de la classe dominante qui prétend que l’utopie étant impossible, il est plus sage de garder le statu-quo ! Au nom d’une liberté hypothétiquement complète, il faudrait mépriser les libertés relatives ? Bien sûr, il est possible de trouver, en 1850, des esclaves en situation meilleure que certains ouvriers. Mais le paternalisme des maîtres était tout autant répandu parmi les propriétaires d’esclaves que parmi les patrons d’usine !

La sous-estimation de la volonté populaire de liberté est toujours la plus manifeste chez les penseurs économistes qui se croient au centre du monde. Ils font donc l’impasse sur les luttes populaires de milliers d’esclaves à travers le temps pour réclamer leur liberté. Et si ces luttes sont mentionnées, c’est pour les ridiculiser : elles n’étaient socialement possibles qu’en fonction du développement économique. Une façon plus ou moins voyante d’expédier la Révolution française dans les poubelles de l’histoire ! Si les raisons économiques dictent des comportements, il s’agit surtout de ceux de la classe dominante qui aux USA par exemple, voyez mal qu’en 1793 on puisse abolir l’esclavage. Les forces populaires n’ayant pas en main l’outil économique ne peuvent raisonner qu’en terme politique et c’est en terme politique qu’elles imposèrent dans la France de 1793 l’abolition de l’esclavage dont le r établissement fut à son tour une défaite politique.

 

La lutte des classes comme moteur de l’histoire, c’est la volonté populaire de liberté (aussi minime soit-elle) contre la domination des puissants. Ces derniers sentant en permanence le boulet de la défaite siffler à leurs oreilles décidèrent d’inventer l’individualisme pour qu’en effet la liberté soit celle de l’un, isolé de sa classe. Les oligarchies savent reculer pour mieux sauter quand les révolutionnaires croient trop vite qu’une concession est une compromission.

 

Si aujourd’hui tout est marchandise, cela tient à la généralisation globale du phénomène (l’esclavage dans toute son horreur fut un système localisé) et la riposte a besoin d’être globale en demandant la décroissance de la marchandisation (voir brochure sur ce point). Cette décroissance, comme l’abolition de l’esclavage, apparaît comme impossible à tout point de vue pourtant elle est politiquement inévitable. Elle est d’autant plus impossible que le système soviétique qui en fut la caricature démontra son absence totale d’efficacité économique. Elle est d’autant plus impossible que le système capitaliste a su développer tous les ingrédients de la servitude volontaire (voir brochure sur le marketing politique). Elle est d’autant plus impossible que l’économisme a imposé l’idée que le système fonctionne par la consommation et non par la production. C’est une des utopies les plus géniales que le capitalisme développé a su mettre en œuvre de manière la plus convaincante. Un peu comme si l’esclavage était né du besoin d’êtres humains de vivre les bienfaits de cette soumission !

Marx l’a démontré de belle manière, les capitalistes ne perdent jamais de vue sa démonstration : le système fonctionne suivant un principe simple, accroître à n’importe quel prix le taux moyen de profit. Et les désirs des consommateurs sont des années lumière de cette loi économique.

 

Tout comme l’abolition de l’esclavage a été à la fois une prise de conscience politique, sociale et économique, la décroissance de la marchandisation a besoin de remettre sur ses pieds le système économique à combattre, et les solutions politiques à lui appliquer.

Quand il a fallu abolir l’esclavage au Pérou, le système a fait venir des milliers de salariés de Chine. La mécanisation est bien sûr venue de l’idée de diminuer les charges salariales mais nulle part elle n’a devancé l’abolition de l’esclavage. Dans la France de 1960 qui s’étendait jusqu’en Algérie, la machine à laver le linge s’est développée. Des Pieds-noirs arrivant dans le pays en 1962 ont pensé qu’ils pouvaient, comme en Algérie, embaucher du personnel de maison pour faire la lessive. Très vite ils comprirent que la machine à laver était plus économique.

 

Globalement ce sont les luttes sociales et en particulier les luttes pour la liberté qui font avancer le système économique… à cause de l’impératif du profit. Même les congés payés sont une lutte pour la liberté et les forces dominantes en profitèrent pour inventer l’industrie du tourisme. Ce n’est pas le développement de l’industrie du tourisme qui incita à revendiquer les congés payés !

 

Aucune décroissance ne sera possible sans son articulation avec les luttes populaires. Et elle est vouée à servir le capitalisme si elle croit pouvoir se développer en méprisant le peuple et ses luttes pour la liberté réduites dans la pensée de quelques uns à des luttes pour la consommation.

20-08-2008 Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 11:16

En novembre, Les Editions la Brochure publieront : Marketing politique, de Kennedy à Obama, une étude de Jean-Paul Damaggio dont voici une petite partie d’un épisode sur le cas Obama au moment où il abandonnent le financement public pour la soumission aux lobbies.

 

La marque Obama en 2008

 

Le succès (on peut dire la baraka) de Barack Obama prouve que le marketing politique est le père a postériori de tout le marketing[1]. En effet, des spécialistes en marketing comme Patrick Ruffini ou Michael Nierut s’accordent sur un point : l’Obamamania est le produit le plus achevé de tout ce que le marketing en général a inventé depuis ses origines. En cela, la campagne Obama est plus la confirmation de l’avancée des « marques » dans la société, que la promotion d’un nouveau savoir faire. Vu l’impact planétaire des campagnes électorales nord-américaines, grâce aux machines médiatiques qui nous imposent partout ce feuilleton, ce succès porte à un degré jamais atteint les signes distinctifs de la méthode Obama.

Entre 1960 et 2004, le marketing politique avait fini par prendre le pouvoir sur le politique. Avec Obama ce même marketing n’a plus à prendre le pouvoir : il a éliminé le politique et il est donc le pouvoir à lui tout seul ! Il s’agit de la plus grande des contre- révolutions jamais connue.

La « griffe » Obama, la « marque » Obama, est un produit si parfait, si génial qu’il peut permettre l’arrivée à la présidence de la république des USA d’un Noir[2] nord-américain. Parfait et génial, ça signifie, dans la bouche des fabricants de roi, que le marketing a pu entrer en phase avec les désirs des électeurs et des électrices adroitement segmentés dans les parts de marchés à conquérir, au fur et à mesure du déroulement des primaires. En face, Hillary Clinton a trop cru aux vertus du marketing vieille manière qui faisait de son expérience et de celle de son mari, un sérieux vecteur et facteur de propagande. Que cette contre-révolution vienne par les vestiges de « la gauche » politique n’a rien de surprenant. La droite n’a jamais cru en la politique, elle n’avait pas à l’assassiner !

Voyons les éléments de la dite griffe « Obama » qui font que l’homme, le message et les propos se coulent totalement dans un discours de marque, suivant la manière dont les agences de stratégies de marques définissent le « branding » d’un produit.

 

Tout d’abord un logo ressemblant aux autres logos : le O de Obama en trois couleurs, les trois couleurs nationales, comme repère inévitable. Depuis toujours les partis politiques utilisent le principe du logo (pour la France : la faucille et le marteau ; le poing et la rose ; et enfin la fleur de tournesol pour les Verts) mais ici il s’agit d’un logo construit non sur un message, mais pour un homme en phase avec un électorat à un moment précis. Bush avait utilisé le W comme instrument de campagne mais c’était un instrument isolé des autres éléments. Le logo de Nike (la célèbre virgule) doit traverser le temps et l’espace. Celui d’Obama est un signe précis, le rêve de changement. Voilà pourquoi il est important de le trouver dans le mot : HOPE (espoir).

J’ai vécu, aux USA, la campagne électorale qui donna d’abord le succès imprévu de Jimmy Carter au cours des primaires démocrates, puis son élection comme président en 1976. Les USA étaient alors en perte de vitesse après leur défaite au Vietnam, aggravée par le retrait forcé de Nixon remplacé par un suppléant insipide Gérald Ford. Aujourd’hui, le pays vit une phase équivalente : contrairement à ceux qui pensaient que la dynastie Bush ferait alternance avec la dynastie Clinton, un désir populaire est apparu, celui du « changement ». Les conseillers en marketing n’eurent aucun mal pour couler dans ce rêve, la personne d’Obama dont le parcours fait écho au mythe du « rêve américain ». Mais n’oublions pas : en 1980 Reagan succède à Carter ! (un des rares présidents à ne pas faire deux mandats). La perception du désir de changement est fragile et fugace.

 

Pour donner cohérence à cette campagne Obama, faute d’idées cohérentes il fallait inventer une communication cohérente, c’est-à-dire une communication uniforme, qui fasse sens par le contenant faute de le faire par le contenu. La charte graphique fait loi chez ce premier candidat « marketé » (des graphistes d’importance s’étonnent de ce succès[3]) et comme le langage publicitaire est devenu un langage familier et rassurant, cette image a pris une grande ampleur.

 

La griffe Obama est donc une police de caractère précise que l’on retrouve partout et qui est originale (vous l’avez rarement sur vos claviers)  : Goytham. Conçue d’abord pour un magazine, elle est sans fioritures, directe et simple avec élégance et classe. Son origine est profondément nord-américaine. La police Sérif qui sert uniquement pour écrire le nom Obama a la même origine. Sachant que l’origine noire du candidat dérange, tout le marketing consistera à prouver une normalité du personnage, un ordre clair, une volonté précise et déterminée. Des étudiants de Yale School of Management pensaient plutôt à des trucs dessinés à la main, à un look indépendant, à une campagne petit budget, quelque chose d’un outsider. Le marketing d’Obama a choisi la démarche inverse.

Quand vous savez qu’entre deux lessives il y a peu de différences, le choix ne peut porter que sur le contenant, ce qui renforce le poids du marketing, et en retour, ce poids rend encore plus ridicule la place du contenu ! Le piège fonctionne et devient mortel pour la politique. Pour la lessive, c’est moins grave : on aura toujours besoin de lessive !

 

Le repérage des segments à conquérir

Pour la minorité noire, la conquête était facile. Le travail de marketing devait donc viser d’autres secteurs et ceci en fonction des lieux des primaires. Il aurait été impensable qu’avant le choix à faire en Californie ou au Texas, un effort de l’équipe d’Obama ne soit pas tenté en direction des latinos qui constituent un lobby bien précis et très puissant dans ces deux Etats, d’autant que c’était un des points faibles d’Obama. Un clip en espagnol leur est directement destiné. Habituellement les Latinos et les Noirs étant des minorités en concurrence, il est difficile de les unir, d’autant que le souvenir de Clinton était bon chez les Hispaniques.

Chaque candidat porte avec lui des arguments inévitables. Celui de la jeunesse colle à la peau d’Obama comme celui de femme à la peau d’Hillary. Pour « rassembler » les jeunes, la machine Obama a tablé sur internet et ce qu’on appelle là-bas « les réseaux sociaux » qui sont en fait des sites majeurs comme Facebook. Quand on se connecte sur le site d’Obama, l’adresse internet est aussitôt demandée presque de manière obligatoire pour y pénétrer, même si, après un temps de surprise, on peut visiter le site sans ce « fichage ». L’appui de personnalités d’Hollywood à Barack Obama sera également largement popularisé. Mais la place d’internet chez les jeunes va au-delà du réseau à créer. Il s’agit d’un outil pour étudier les comportements, pour servir de chambre d’écho, pour vérifier des initiatives. Internet, l’outil qui peut contourner les partis ? Ségolène Royal a fait les frais de cette stratégie, et depuis elle cherche à conquérir le PS. Mais aux USA nous sommes loin de ce cas : les partis y sont des coquilles vides (même si le Parti démocrate frappe avec insistance à la porte de l’Internationale socialiste).

Pour Obama, ne pas négliger les femmes, même si la lutte est inégale avec Hillary Clinton qui bénéficie du lobby féministe. Un clip montrera Obama avec les femmes de sa vie : son épouse Michelle, sa grand-mère Madelyn et sa demi-sœur Maya. En même temps, le soutien de la plus importante organisation de défense du droit à l’avortement aux USA est obtenu : Naral.

 

L’homme du marketing

Le Séguéla d’Obama s’appelle David Axelrold et a eu droit à un bel article sur Le Figaro : « Dans l'univers impitoyable des consultants politiques, David Axelrod est resté un idéaliste. Les rayonnages de son bureau, à Chicago, collectionnent les ouvrages sur Abraham Lincoln, le président de l'abolition de l'esclavage, et les murs sont couverts de portraits dédicacés des personnalités qu'il a contribué à faire élire. » L’article se conclut ainsi : « David Axelrod, lui, se méfie des grandes professions de foi. Mais il souligne : «J'ai toujours essayé de travailler pour des candidats dans lesquels je crois vraiment et dont je pense qu'ils arrivent au bon moment. C'est le cas de Barack.» »

Cet homme de 52 ans vient d’une famille de gauche et peut cultiver l’idéalisme dont le premier de tous consiste à croire qu’aux USA l’idéalisme fait gagner des batailles politiques. Gagner une campagne électorale, peut-être, mais pour quelle politique ensuite ? En tant que consultant politique le seul souci d’Axelrold est de faire élire ses clients. La suite leur appartient car lui n’est membre d’aucun parti sauf celui du marketing. Il précise donc que si son client actuel gagne la présidence, il restera tout de même à Chicago, loin de la Maison Blanche. A chacun son job !

Il est arrivé au marketing par le journalisme (surtout au Chicago Tribune qui pèse aussi lourd que le New York Times), le journalisme lui venant de sa mère, une femme qui dès ses huit ans, l’éleva loin d’un père psychologue qui connut l’holocauste pour être un juif et qui se suicida quand Daniel avait 19 ans.

Il est arrivé au marketing à Chicago, lieu de son enracinement, qui est aussi celui de Barack Obama. Cette ville se distingue depuis longtemps par sa dimension populaire, noire et industrieuse. Un magnifique musée des sciences en est un des fleurons. Si Obama gagne en novembre, c’est un peu l’Illinois qui s’imposera.

David Axelrod est arrivé au marketing par la politique. Lui ne s’en souvient pas, mais son frère témoigne que pendant la campagne de JFK, le petit David de 5 ans révéla un enthousiasme surprenant pour la « chose » politique.

Et quand on arrive au marketing, on crée une entreprise (1985), celle là-même qui fit élire Obama sénateur de l’Illinois en 2004 ! Les autres succès de l’entreprise sont multiples et souvent en lien avec la communauté noire à travers des postes de maires acquis par des Noirs (il faut écrire Afro-américains).

En 2004, il avait déjà tenté de conduire à la présidence des USA un candidat : le sénateur John Edwards. Il sut tirer toutes les leçons de l’échec et une étude comparative des deux stratégies serait sans doute utile pour percevoir les évolutions du marketing politique.

 

Bref, comme le note un observateur français aux USA : « La marque Obama est une étude de cas du succès du marketing politique. Son slogan tient en un mot que l’électorat démocrate, exaspéré après deux mandats de George Bush, boit à grosses goulées : CHANGEMENT. Plus fort encore qu’une promesse, son image et sa personne en fournissent déjà une incarnation idyllique : noir, jeune et fraîchement débarqué à Washington, il sait avoir l’éloquence que l’Amérique n’a pas entendu de son président depuis bientôt huit ans. »

Mais à force d’être présenté comme un bel emballage Obama ne risque-t-il pas de passer pour un simple gadget ? Hillary Clinton a attendu ce moment en vain ! D’ici novembre 2008 la baudruche ne peut-elle se dégonfler ? Il se trouve que celle d’en face est pire… ce qui nous impose enfin un petit détour par la question du changement.



[1] La démonstration globale de cette évolution est présentée dans une brochure de 70 pages, publiée aux Editions La Brochure : Marketing politique : de Kennedy à Obama

[2] Obama est en fait un métis mais dans la pensée nord-américaine, il est un Noir.

[3] L’un d’eux déclare : « L’équipe de campagne d’Obama a réussi à exercer un degré de contrôle sur la charte graphique de leur candidat que moi-même j’ai du mal à obtenir avec mes clients institutionnels ».

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 12:19

Avignon 2008, La loi Dexia

 

En 2008, sur l’affiche du Festival In d’Avignon, une référence, Dexia. Juste au moment où la banque se sent mal ! Le programme propose un classique danois dans le Cloître des Carmes, Ordet (la parole). Le lieu est à placement libre en conséquence le public fait la queue assez tôt pour s’installer au mieux. La place devant le cloître résonne des voix de six femmes qui chantent de bon cœur en occitan. Une chorale qui n’a pas le plaisir de charmer le public de la queue qu’enfin on libère, pour qu’il accède aux sièges tant attendus.

Surprise, la moitié des gradins sont réservés. Les premiers qui entrent n’y voient aucun problème mais au bout d’un moment, les jeunes gardiens de la zone protégée commencent à devoir répéter : « non, ici c’est pas possible, c’est réservé ! ».

Le spectacle doit débuter dans cinq minutes et la moitié du cloître reste désespérément vide. C’est alors qu’arrive enfin une vague de chemises blanches et autres vêtements bien sapés. Une partie du public ordinaire applaudit. De dépit, l’une des personnes ironiquement félicitée, regarde sa montre et constate : « on a quatre minutes d’avance.» En fait, avant que toute cette haute société s’installe, il faudra presque trente minutes.

Cette partie du cloître avait été réservée par une entreprise sponsor qui, après avoir payé un bon repas à ses cadres, lui offrait à présent un divertissement culturel. Un échange de bons procédés entre «partenaires». Nous vous donnons des moyens financiers et vous nous rendez des places réservées.

L’inscription «Placement libre » sur les billets payés par le public «ordinaire » prenait alors un goût de liberté encadrée, géographiquement délimitée sur des gradins de théâtre. Le sponsoring habille encore plus en marchandise le « produit » présent sur la scène.

Là, tout d’un coup, quelqu’un entend et comprend enfin le mot « performance », un mot qui fait rage dans les milieux des arts plastiques (on dit aussi installation). Les expositions ont été troquées pour les « performances » un mot français mais dont le sens ici est nord-américain : comme fondation, évaluation ou discrimination. Pourquoi se plaindre ? Le français n’avait pas les mots sponsors, marketing, storytelling et a donc dû adopter de tels anglicismes (bien après parking). Par contre, quelle chance, le français avait évaluation (arrivé avec les années 80) comme il a le mot performance (arrivé avec les années 2000). S’agit-il, comme parfois chez les Québécois, de faire la guerre à des mots anglais pour mieux prendre les réalités qu’ils portent ?

 

La confusion est pire quand le mot est le même ! Entre un mécène et un sponsor on peut imaginer une différence plus ou moins grande, mais entre évaluation (prononcer évaluaïcion) et évaluation, souvent on n’y voit que du feu. La culture nord-américaine de l’évaluation, dite à présent culture du résultat, oblige parfois à se poser les bonnes questions, mais le plus souvent à se poser des questions pour se poser des questions. L’évaluation, c’est la comptabilité revue tous les six mois, ce qui ne manque pas d’intérêt sauf quand il s’agit de ne juger que de la rentabilité d’un projet, dans les limites de six mois. Si vous plantez des cerisiers et que tous les six mois vous cherchez les bénéfices, vous pourrez vérifier rapidement que le projet n’est pas rentable. L’évaluation, ce sont des toubibs qui toutes les semaines s’interrogent sur la qualité de leurs résultats. Si le manque d’évaluation, qui serait le propre de la culture française (sous le contrôle de la routine), peut devenir un problème, la religion de la dite évaluation devient parfois une prison.

Pour la performance, il s’agit souvent de faire se croiser les arts, et en soi comment ne pas être d’accord. Mais la performance changée en religion de la performance (ceux qui veulent proposer de simples expositions deviennent des ratés par avance), c’est là aussi une autre forme de prison. Les arts n’ont pas forcément à se croiser. Un spectacle de théâtre peut se faire sans danse et sans musique (la mode le veut sans décor) même si le théâtre est l’art qui par excellence se prête le mieux à la performance. Insidieusement, la performance est une façon supplémentaire de faire s’infiltrer la culture nord-américaine dans la culture européenne jusqu’au point sublime permettant d’atteindre enfin « la culture occidentale ».

Toutes les cultures sont porteuses de richesses sans égal, et je sais très bien que c’est aussi le cas de la culture nord-américaine (avec le polar, le jazz, le cinéma, les comics) mais des cultures se veulent plus puissantes que d’autres (ce fut le cas, un temps, de la culture française) et contre ça, par contre, il faut s’insurger.

 

Ai-je quitté Avignon et Dexia ? Ordet est apparu comme un spectacle bien dans le ton général du retour au religieux et ses différentes variantes. Là comme ailleurs, la présence du sponsor n’y est pour rien. Simplement, l’art se doit d’assumer son époque (le festival Off a lui aussi ses multiples sponsors) et le spectateur, comme l’automobiliste qui circule sur les routes et croise des milliers de panneaux publicitaires, ne peut rester chez lui sous prétexte d’envahissement publicitaire. Il appartient à chacun de choisir malgré tout, et d’organiser la lutte contre le système.

15 juillet 2008. Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 10:51

Voici une partie de la conclusion de la brochure : Décroissance de la marchandisation (évoquée déjà avec le cas de Carlos Slim)

La décroissance que je défends

 

La croissance dans notre système économique étant une croissance du fait «marchandise», c’est la décroissance de ce fait qui, en s’installant au cœur du capitalisme permet de le contester radicalement.

L’esclavagisme fit de l’homme lui-même une marchandise puis le capitalisme se contenta d’attribuer ce rôle au seul «travail » grâce à l’exploitation (l’homme produisant plus qu’il ne consomme une partie de la richesse créée est ainsi volée).

Le capitalisme ne pouvait se développer qu’autour de la généralisation du fait marchand. L’Etat y trouvait son compte car il est plus facile de percevoir les taxes d’une multinationale que de 500 000 artisans.

Pour inverser la tendance, un nouvel Etat social doit trouver son compte dans une autre démarche. Oui, l’augmentation de la productivité est un bien social immense qui tue à juste titre les nostalgies les plus ridicules, mais souvent les mieux partagées. Les citoyens constitués en force sociale organisée doivent pouvoir se saisir de cette augmentation de la productivité sans tuer la poule aux œufs d’or. Ils ne peuvent donc être organisés qu’avec la «complicité» d’un Etat nouveau et non contre l’Etat en général. Les citoyens organisés ne peuvent plus être seulement dans les conseils municipaux et encore moins des «conseils communautaires » terme affreux qui veut contourner la démocratie pour fabriquer des autocrates.

Le retour à la souveraineté du peuple fait peur à certains «décroissants » car, dans leur imaginaire, le peuple qui n’a rien est le premier à demander « toujours plus » et, si on lui laisse la parole, il emballera tout le système. N’est-ce pas le beau slogan de la Révolution évoquant un peuple qui voulait TOUT ? Et TOUT ce n’était pas toute la consommation mais TOUT le pouvoir.

Je me retrouve donc dans la formule de Vincent Cheynet «la décroissance démocratique ». Il y faudra de la pédagogie pensent les uns. Il y faudra du réalisme ai-je plutôt envie d’ajouter ! Le peuple a toujours été mis devant le fait accompli. J’ai la faiblesse de penser qu’il peut accomplir quelques hauts faits ! Je ne l’écris pas au nom d’une mythologie dépassée du peuple souverain, mais au nom des grands faits de l’histoire où il fut le premier à relever la tête, pendant que d’autres nageaient dans le désespoir en attendant de pouvoir à nouveau se servir du peuple (entre 1939 et 1943).

J’appelle ici réalisme le fait d’inscrire sur la table toute la face cachée du monde et alors oui, les choix à opérer deviendront plus cruciaux, oui une partie du peuple sera tentée par les démagogues, mais le peuple ce n’est pas une «communauté » mais une lutte des classes.

 

            Concrètement, pour prendre un exemple, cette décroissance de la marchandisation c’est le développement de la gratuité qui tue ainsi «la marchandise ».

            La gratuité n’est pas une utopie. Elle fonctionne par exemple dans la plupart des bibliothèques municipales pour les livres. Dernièrement à Toulouse l’Autre liste a défendu le principe de la gratuité des transports en commun en ville. Certains décroissants ont pu crier au scandale car pour eux c’est la meilleure façon d’augmenter le nombre de déplacements, de déresponsabiliser les citoyens et de renforcer le rôle des institutions, ici les conseils municipaux (le système fonctionne à Colomiers une commune assez riche sans l’apparition de ces phénomènes). Aux bords de la Garonne comme ailleurs, le combat pour la gratuité n’est pas un long fleuve tranquille. Les critiques sont justes mais les ripostes possibles. Il est évident que, dans une bibliothèque, il faut un service assurant strictement la surveillance du prêt et fixant une amende pour tout retard ou toute perte quant aux livres à rendre. Dans les transports en commun, il me semble plus simple de surveiller les installations que de s’acharner à faire payer les récalcitrants. La gratuité des transports en commun en ville, c’est, bien sûr, pour faire décroître les transports individuels et tous les inconvénients qui vont avec : embouteillages, perte de temps, gaspillage de carburants, places de parkings, etc. Et il s’est avéré que la lutte politique sur ce thème suscitait des échos, y compris à droite !

            Un des inconvénients du combat pour la gratuité c’est qu’il croise la contre-offensive du système avec les journaux gratuits par exemple. En fait, rien n’est gratuit et ce n’est pas seulement à cause du marché, mais c’est un effet de toute production. Le journal gratuit est payé par la publicité tandis que les transports en commun gratuits en ville sont forcément payés par la collectivité publique donc par l’impôt. Aussitôt, dans notre société individualiste certains vont dire : «je vais payer alors que je n’utilise jamais les transports en commun ». Combien sont ceux qui paient pour les écoles sans avoir d’enfants, pour les ports sans avoir de bateau, pour les stades sans jamais y aller etc. ? Le combat pour la gratuité, pour le don, pour le bénévolat, pour la solidarité c’est relancer le combat de la gauche de toujours : le combat pour l’égalité. Dans ce contexte, l’impôt sur le revenu est un point d’appui à condition que l’Etat soit celui de tous.

            La décroissance de la marchandisation peut relancer les combats perdus. Mais peut-elle aboutir à l’espoir de quelques-uns, la décroissance de la consommation ? Je n’ai jamais cru un seul instant que le moteur de la production économique soit le désir de consommer. Bien sûr, si le consommateur n’achète pas telle voiture, le constructeur va modifier sa production mais la modification est sur la marge. Dans nos sociétés le moteur de la production économique c’est le profit. Les transports en commun gratuits en ville, ça ne rapporte rien à aucune compagnie donc ils ne peuvent naître de la «consommation ». Les découvertes techniques sont plus décisives que les besoins des consommateurs et elles se développent suivant les profits rapportés plus que suivant les bienfaits chez chacun. L’apparition de l’ordinateur, outil incomparable, n’est pas le résultat d’un besoin populaire.

Pour preuve, toute la production de merde qu’il faut produire pour qu’elle se renouvelle vite.

Faire décroître la marchandisation ce n’est pas détruire le marché. C’est le détruire seulement là où l’union des institutions, des usagers et des techniciens le permettent. Quand l’eau est vendue par des institutions c’est le résultat de cette union ! Qu’il existe un secteur privé concurrentiel n’est pas forcément négatif pour les régies municipales qui doivent ainsi rester en éveil pour améliorer leur gestion. Mais l’eau pourrait-elle à terme être gratuite ? Après un calcul du minimum vital par personne, une certaine quantité pourrait en effet être gratuite, et les dépassements seraient alors facturés plus chers. Les instruments techniques existent à présent pour ajuster la gestion à tout un tas de facteurs.

            J’ai la conviction qu’en abordant la décroissance par «la marchandisation » il est possible, à la fois, d’éviter les dérives attendues par le système dont on connaît les capacités récupératrices, de réactiver des combats perdus de la gauche, et de renouveler les combats futurs qui se doivent d’unir la question sociale et la question écologique. J-P D.

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 10:36

La fameuse croissance n’étant que la croissance du PIB. Cette dernière étant surtout devenue possible que par le développement de la marchandisation (des privatisations, des brevets pour le vivant comme les graines etc.), la décroissance doit d’abord être la décroissance de la marchandisation, titre d’une brochure à 5 euros, 64 pages, de Jean-Paul Damaggio ISBN : 2917154212. Ci dessous vous avez un chapitre de la brochure.

 

Carlos Slim : l’homme le plus riche du monde

 

En 2007 le roi Bill Gates a été détrôné de sa première place au classement de l’homme le plus riche du monde publié chaque année par la revue Fortunes. Qui a osé ce crime de lèse-majesté ? Ni plus ni moins qu’un Mexicain !

Ceci étant, de par son nom, on devine déjà que Carlos Slim, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est qu’à moitié Mexicain. D’une famille aux origines libanaises, c’est au Mexique qu’en peu de temps, il a gravi les marches du podium. En 2006, il occupait la deuxième place mais cette fois c’est acquis, il est le premier ! Par quel mystère ? Par quel travail harassant ? L’étude de son cas pouvant nous éclairer sur la question de la croissance, nous allons nous y attarder.

A soixante sept ans, Carlos Slim est à la tête d’une fortune de cinquante trois milliards de dollars qui lui permettent de gagner chaque seconde environ mille dollars. Calculez donc combien il aura à la fin 2008 ! Pour donner un autre ordre de grandeur, sa fortune représente 8% du PIB du Mexique.

Pour la légende, les experts retiennent de son enfance qu’à l’âge de 12 ans, avec l’argent de son livret d’épargne, il acheta des actions de la Banque nationale de Mexico.

Il est devenu ingénieur ce qui lui laissa ce nom de profession en surnom, mais il a préféré ensuite être ingénieux qu’ingénier. Tout son travail consiste à gagner des parts de marché. Son mariage fut, de ce point de vue, une réussite, tout comme la joyeuse naissance de ses six enfants.

Les acquisitions de gros calibre ont commencé en 1981 avec l’achat de Cigatam qui, outre les gros cigares, est une entreprise qui produit la célèbre marque Malboro. Dans la lancée Carlos s’est spécialisée dans l’achat d’entreprises en déroute de n’importe quel secteur pourvu qu’elles soient bradées. L’histoire ne dit pas exactement ce qu’il est advenu de tels achats sauf pour les Ciments mexicains (Cemex) achetés vingt-six millions de dollars et qui valent mille fois plus : vingt six milliards de dollars.

En fait, l’essentiel s’est produit seulement en 1990. L’entrepreneur entreprenant, en accord avec le président du Mexique dont il n’est pas inutile de dire qu’il s’appelait Carlos Salinas de Gortari, acheta à bas prix la compagnie nationalisée de téléphone : Telmex. La Révolution française, par la vente des biens nationaux, construisit une bourgeoisie à sa mesure. La Contre-révolution conservatrice des années 80, par la vente des entreprises nationalisées, s’est fabriqué une bourgeoisie à sa mesure. La croissance de la fortune de Carlos Slim a un secret simple : la croissance de la marchandisation.

Comment sont nées les entreprises nationalisées avec pour premier cas celle du pétrole au Mexique, en 1936 ? D’une coïncidence ! La convergence d’intérêts des forces progressistes et capitalistes incita l’Etat à construire les infrastructures qui favorisaient le bien commun, et facilitaient le développement industriel. C’est vrai pour le téléphone, même si ça l’est moins pour les transports, puisque les voies ferrées construites souvent avec les subventions publiques appartenaient au départ, à des compagnies privées qui ont été parfois nationalisées.

Au tournant des années 80-90, le privé se mit en chasse d’entreprises nationalisées. Carlos Slim accéda donc ainsi à son propre royaume : la téléphonie mexicaine qu’il compléta par un quasi monopole en matière de téléphonie mobile avec America Movil. Il contrôle 90% du marché et fixe les tarifs qui sont les plus hauts de la région.

A partir de cette force acquise sur le marché mexicain, Carlos Slim a pu s’engager dans l’achat des entreprises nationalisées des autres pays d’Amérique latine. Il n’est absent que dans deux pays de cette région : la Bolivie et le Venezuela ! Au Pérou par exemple il est le propriétaire de Telmex et Claro.

Pendant que trois de ses enfants gèrent l’empire, le bon Carlos prend plaisir à voyager pour manger à la table d’illustres personnages. Il soigne tout particulière-ment ses relations avec les présidents des diverses républiques. Pas plutôt en place, Alan Garcia le Péruvien le reçoit à sa table. En Argentine, on ne sait s’il soutient Nestor Kirchner ou s’il prépare l’élection de l’épouse du président, Cristina Fernandez. Cependant, il n’oublie pas d’alimenter ses amitiés avec des intellectuels : Carlos Fuentes, par ailleurs ami du milliardaire vénézuélien Gustavo Cisneros, est un des membres notoires de sa cour.

Une telle puissance économique pourrait-elle, comme Berlusconi, aspirer à des fonctions politiques ? L’homme s’en défend : il préfère se présenter en soutien de TOUS les hommes politiques en vue, y compris au Mexique, le candidat de gauche malheureux à la dernière présidentielle, Lopez Obrador. Il y a trois fondations qu’il appuie et qui bénéficient de cinq milliards de dollars !

(Le chapitre étudie ensuite les fortunes des pays arabes). A suivre.

juin 2008 Jean-Paul Damaggio 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure
  • Le blog des Editions la Brochure
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche