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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 10:54

Renaud Jean, son œuvre, sa vie

L’Humanité 4 novembre 1993

Hubert Delpont

 

Aux Editions de l’Atelier(1) vient de paraître une biographie de Renaud Jean dirigeant communiste paysan de l’entre-deux-guerres (2) : Si le personnage est aujourd’hui un peu oublié (il est mort, voilà plus de trente ans, et sa carrière politique nationale s’est arrêtée en 1940), sa biographie vient à point, aussi bien vis-à-vis d’un monde paysan qui s’interroge sur son avenir, que d'un Parti communiste en quête de rénovation. L’ouvrage a deux qualités : il résulte d’un travail de recherche sérieux, qui a profité de l’ouverture des papiers que Jean avait déposés aux archives de Lot-et-Garonne, ainsi que de l'ouverture des archives de l’Internationale communiste. Son auteur est Gérard Belloin, qui connaît l'histoire et les problèmes du mouvement communiste.

L’ouvrage campe bien l’ascension de ce petit paysan intelligent (que le hasard de la convalescence d'une blessure subie en 1914 a jeté dans les bras d'une infirmière agrégée de l’université) au sein de la fédération socialiste, qu’il contribue puissamment à faire basculer en bloc pour adhésion à la III°Internationale. Par la suite, on suit tous ses efforts pour structurer un mouvement communiste paysan, en s'appuyant sur sa riche expérience de luttes dans le Sud-Ouest, et particulièrement autour de Marmande (métayers du bas Adour :résiniers de la lande, lutte contre les saisies, paiement des impôts en nature). Au débouché de cette action sera évidemment, lors du Front populaire, la création de l’office du blé, à son initiative. Il est alors président de la commission agricole de la Chambre, puisque le Parti n’a pas jugé bon de participer au gouvernement où un poste de ministre l’attendait vraisemblablement.

Les positions politiques de Jean sont finement suivies. En particulier apparaît ici l’éternel opposant des lignes politiques inspirées par l’IC (Front unique ; classe contre classe, notamment) qui font de lui l’incontestable précurseur de la ligne, de rassemblement de Front populaire qu'il préconise dès 1933. Jean joue son rôle d’une manière bien à lui. Jamais il ne fondera la moindre fraction mais il se pose toujours en « mouche du coche», se définissant comme à côté en marge. Cette attitude tient sans doute à sa formation qui puise dans le XIXe siècle libertaire et quarante-huitard, qui le rend allergique aux pratiques autoritaires de l’IC. Elle tient aussi à son bon sens paysan, qui mêle réalisme et individualisme.

La guerre constitue la grande épreuve pour Jean. Arrêté, emprisonné comme les autres députés communistes, Jean vit très mal le traumatisme que constitue pour lui la signature et les suites du pacte germano-soviétique. Pris entre deux fidélités - à l’URSS et à l’antifascisme - , il fait savoir sa différence. Deux grands textes ponctuent cette période : le premier sur le futur parti dont il rêve qui « tout en ayant des, liaisons internationales, devra être entièrement solidaire de la communauté française », et un texte du 22 juin 1940,-jour, de l’armistice dans lequel Jean prévoît la—suite de la guerre - avec l’intervention de l’URSS et des USA.

Libéré, Jean ne participera pas à la Résistance, ce qui plus tard favorisera une certaine mise à l’écart par une direction qui ne lui pardonne pas ses prises de position passées, et ne lui laisse que des responsabilités locales.

A notre avis, l’ouvrage pèche un peu par une vision très «centrale» et très pessimiste de l’œuvre de Jean, qui ne, fut ni « exclu » ni « éliminé », mais qui resta jusqu’à sa mort, communiste. Cette fidélité, à son choix de classe, associée à un rare ensemble de qualités morales et intellectuelles, font de Renaud Jean un militant dont la trajectoire interroge encore le présent. Cette biographie peut y  aider.

HUBERT DELPONT professeur d’histoire à Nairac (en Lot-et-Garonne)

(1) Les Editions de l'Atelier continuent les Editions ouvrières.

(2) «Renaud Jean, le tribun des paysans»; par: Gerard Belloin 336 pages; 125 francs.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 11:49

Au moment où Sarkozy est sans doute à Sauipe, voici un clin d'oeil à Lula qui nous permet de penser à Noël autrement qu'en hiver. Cet article entre dans un travail critique sur les Amériques de gauche, travail engagé par nos éditions avec sa première publication : un discours de Chavez !

Lula en Père Noël

 

Quoi de plus beau en décembre que de partir pour Sauipe ? Et comment ne pas choisir, quand on veut joindre l’utile à l’agréable (une manie chez moi) les dates entre le 15 et le 20 décembre 2008 ! J’ai pu ainsi nager dans les chaudes eaux de l’Atlantique, aux côtés de Michelle Bachelet, la présidente du Chili. C’était le 17, à 7 h du matin car cette escapade aquatique ne pouvait retarder le dur travail que les présidents des Amériques développaient dans les somptueux hôtels tout proche. Sauipe, c’est Mar del Plata en plus beau, en plus génial, bref à la dimension de la grandeur du Brésil. Un projet de 100 millions de dollars pour arriver dans un paradis où tout l’écosystème est si bien protégé. Là, dans ce lieu dédié au farniente, à 100 km des immenses bidonvilles de Salvador de Bahia, pour la première fois dans l’histoire, les présidents d’Amérique latine et des Caraïbes se sont rencontrés sans la présence des autorités espagnoles ou étasuniennes ! (ne manquaient que les deux présidents de Colombie et San Salvador)

L’actuelle réorganisation du capitalisme a au moins un avantage : elle impose la multiplication des conférences les plus diverses qui tissent des liens plus fraternels entre la petite famille des chefs d’Etat de la planète. Parce que, à Sauipe comme partout, pas question d’étudier les sujets qui fâchent, et surtout celui qui fâche le plus, la domination du pays qui invitait, sur tous ses voisins ! Seules des allusions…

Le plus courageux, le président de l’Equateur, Rafael Correa, a tenu à rappeler que dans la dite réorganisation, (c’est moi qui traduit réorganisation car généralement c’est le mot « crise » que l’on emploie), il ne fallait pas répéter les principes de domination qui meurent en cette fin d’année 2008. Il a été appuyé par Fernando Lugo du Paraguay : « Nous ne devons pas répéter dans les relations économiques entre nos nations, les paradigmes utilisés par les anciennes métropoles à l’égard de leurs périphéries ». Tout le monde a très bien compris, puisque l’Equateur vient de CESSER de payer aux banques brésiliennes, ses dettes, jugées par une commission, illégales et illégitimes.

Quand le président Lula a indiqué que le nouveau monde à construire devait se faire dans le cadre des lois existantes, tout le monde a saisi cette mise en garde. Le Père Noël a des principes ! Que les présidents du Paraguay et de la Bolivie se tiennent à carreau : la bourgeoisie brésilienne ne paiera pas plus cher les matières premières qu’elle pille dans ces deux pays.

 

Et Chavez me direz-vous ? Plus farceur que jamais, il est arrivé avec un peu de retard pour bien rappeler qu’il digère mal le retard que met le Mercosur pour l’admettre en son sein (à moins que le débat dans son congrès (1) l’ait retenu à Caracas ?). Combien d’années encore son pays va-t-il rester dans la case observateur ? Je dis farceur car l’ambiance était vraiment à rire et à plaisanter. Le cadre, la chaleur estivale, la présence de Raoul Castro, autant de raisons de voir la vie en rose. A la conférence de presse, Lula a averti les journalistes : « ici ne lançaient pas de chaussures, vu le contexte on risquerait de souffrir des mauvaises odeurs de pied ! »

 

Dans cette ambiance bon enfant, Morales et Chavez eurent même le courage d’afficher un désaccord au sujet du nom de la future monnaie unique, qui est encore totalement dans les limbes, mais qu’il était urgent de nommer. « Pacha » (le terre) proposa Morales. « Sucre » répondit Chavez qui apporta une justification glorieuse comme une bataille militaire : Système Unifié de Compensation Régionale. La proposition de Chavez a été retenue.

 

A Mme Kirchner personne ne lui parla de la grève des employés du métro de Buenos Aires, à Alan Garcia le Péruvien personne ne lui demanda l’état d’esprit des enseignants de son pays en grève chronique, quant à Daniel Ortega, qui s’est fait oublier, personne ne lui demanda pourquoi Ernesto Cardenal traite son gouvernement de dictature familiale aux méthodes fascistes, et à Félipe Calderon le Mexic           ain qui aurait pu lui demander des explications sur les 160 000 emplois perdus en ce mois de novembre dans son pays ? On était là, entre gens de gauche…

 

Sauipe, c’est vraiment un lieu magique, presque autant que Bélen. Le Brésil, un continent qui peut tout offrir ! Je ne plaisante pas : à la fin de son mandat, Lula peut devenir un Père Noël professionnel. Il va apporter à Cuba la réconciliation avec les USA, et à la France la réconciliation avec les OGM. C’est devenu un homme-ressource.

 

Oui, mais qui me paie un séjour aussi luxueux dans les suites du Breezes Costa do Sauipe d’où je surveille l’avenir des Amériques ? Aux tarifs facturés par mon imagination, j’arrive à tenir la distance ! J’en suis revenu avec une belle photo où, sur fond de damier bleu et blanc cher au logo du Mercosur, Chavez serre contre lui d’un côté une jeune dame, et de l’autre Raoul Castro qui aura eu la déclaration la plus sensée : « Le défi le plus grand c’est de passer des paroles aux actes ». Et généreux, il précisa même : paulatinamente. Lentement ou petit à petit), car même lentement ça serait déjà ça ! 20-12-2008 Jean-Paul Damaggio

 

1         -Le Congrès du Venezuela vient d’achever la mise au point du texte qui sera à nouveau présenté aux électeurs pour empêcher toute limitation de candidature à la présidentielle.

 

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 11:46

16 octobre1877.

A Léon Cladel.

Mon cher et cordial confrère, vous avez écrit sur mon livre (1) une de ces pages robustes et profondes qui sont de vrais services rendus par votre vigoureux esprit aux esprits de la foule. Vous éclairez les faits d'un jour réel et les idées d'une lumière philosophique. Je vous remercie, cher grand penseur.

Je voudrais vous serrer la main. Madame Cladel et vous, vous seriez bien aimables de venir dîner avec nous mardi prochain 23. Mettez mes empressements et mes respects aux pieds de votre charmante femme.

A vous.

VICTOR HUGO (2).

(1) Léon Cladel avait publié dans la Marseillaise un article sur l'Histoire d'un Crime. (2) Les Nouvelles littéraires, 30 mars 1935.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 11:44

Sept ans avant sa mort, les combats de Léon Cladel apparaissent clairement exprimés dans cette lettre à un de ses amis montalbanais, Augustin Quercy, poète occitan et, au même moment, conseiller municipal de la ville de Montauban où il défendait l’idée d’une république authentique.

Cette lettre publiée par l’autre ami, Perbosc, pour le centenaire du département du Tarn-et-Garonne, a également été publiée dans une petite anthologie, Quatre Hommes une terre, préfacée par Jean Guilhem, délégué culturel de la préfecture. Un paradoxe que cette publication officielle, pour un Cladel radicalement anti-préfectoral, paradoxe qui tient à l’humanisme culturel de Jean Guilhem à qui je rends ainsi hommage en cette année de bicentenaire du département du TetG. 23-12-2008 Jean-Paul Damaggio

 

LETTRE AU POETE AUGUSTE QUERCY

 

Sèvres, 16 juillet 1885

 

Mon cher Quercy,

 

... Prenez l’histoire et vous verrez qui nous sommes. Oui, des Celtes Ibériens, subjugués par Rome, qui nous a légué sa langue bâtarde, mais admirable, la seule que parlent aujourd'hui nos paysans et la plupart de nos ouvriers qui ne savent pas encore l’écrire ni la lire. Si vous voulez qu'elle persiste à vivre et qu'elle reprenne son rang dans le monde, il faut absolument en fixer la prononciation et l’orthographe. En Provence, Mistral et sa bande de félibres ont fait des lexiques et des grammaires. Pourquoi Fourès, du Lauragais, et vous, son très digne lieutenant du Quercy, n'en feriez-vous pas autant ? Si réellement vous l’aimez, aquelo lengo mairalo, vous êtes tenu de lui assurer la durée. Occupez-vous-en le plus tôt possible, car qui sait ce que nous réserve l’avenir ?

 

Ecoutez-moi bien et comprenez-moi bien. Savez-vous pourquoi je lutte depuis trente ans et pourquoi je suis l’auteur français (hélas !) que l’on admet le plus difficilement en France ? Eh ! mon cher, Paris sait ou plutôt il sent que je suis un homme de race indomptable et que, si je parle la langue de nos conquérants du Nord(1), les Francs, les seigneurs féodaux, les nobles, les aristocrates, les tyrans, je ne pense pas autrement que les vieux Gaulois, nos pères vaincus, mais non pas soumis. Ils retrouvent en moi l'Albigeois et je leur représente un des spectres des héros qu’ils torturèrent jadis. Un Albigeois, et encore un protestant, un de ces républicains de 1621 (2) qui forcèrent Louis XIII et son armée royale et catholique à leur montrer ses talons ; et de plus un fédéraliste (3) qui ne veut pas,que tous ceux du Midi soient mangés par ceux du Nord et que Paris continue à nous prendre toute la sève et tout le sang dont nous avons tant besoin pour rallumer la vie régionale à peu près éteinte dans notre Quercy, bref, enfin, un communard, c'est-à-dire un citoyen qui veut bien, comme en Amérique, une fédération des peuples de sa nation, mais qui entend bien que le pays dans lequel il naquit, ait voix au chapitre ou bien au Congrès.

C'est aux poètes à raffermir ou à restaurer leur patrie, et la nôtre, c'est le Quercy, rien que le Quercy. Poète, vous l’êtes ; un homme, soyez prêt à prouver que vous le serez, s'il y a lieu de combattre pour nos coutumes, notre indépendance et notre langue.

Oh ! ne croyez pas que je rêve. Un jour viendra, je le vois, je le sens, je le sais, où Paris sera bien heureux de ne pas nous avoir tout à fait démarqués, et ce sont les provinces qui, tôt ou tard, en reprenant leurs vieilles franchises et chacune son langage particulier, sauveront la France, que la centralisation à complètement émasculée, et que les Prussiens achèveraient, s'il n'y avait pas sur notre sol des hommes décidés à tout pour rendre son lustre au pays natal, qu'il se nomme l’Auvergne ou la Guienne ou la Gascogne ou le Rouergue ou le Quercy. Comprenez-vous maintenant pourquoi je n’inspire que très peu de sympathie aux boulevardiers de la Capitale, ainsi qu'à ceux qui s'intitulent seulement Français (4) ? Oui, ce sont des Français, ceux-la, qui ne demanderaient pas mieux que de marcher derrière un autre Simon de Monfort pour exterminer les petits de ceux qu'il massacra, brûla, terrorisa sans pitié. Non, non, ils ne m'auront jamais, ces surgeons de nos conquérants. Si je parle leur langue, la française, ils n'ignorent pas que je pense en méridional, et de leur haine pour mes compatriotes en général et pour moi-même en particulier ............

Léon CLADEL

(Lettre inédite publiée par Antonin Perbosc dans ANTHOLOGIE D'UN CENTENAIRE - 1908)

 

Notes personnelles (JPD) :

1 – Il explicite clairement de qui il y parle, quand il parle de Paris, et il ne met pas les Parisiens du peuple (ses amis) dans le même sac que les « conquérants ».

2 – En 1621 Montauban chassa Louis XIII en se comportant comme les républiques italiennes d’alors, Venise, Florence etc. D’où le terme « républicain » !

3 – Le terme de fédéraliste fait en France penser aux Girondins. Cladel était du côté de Danton et le terme « fédéraliste » il le rattache à la Commune comme il l’explique plus loin.

4 – Et ceux là sont aussi d’une gauche classique qui n’aime pas la défense des langues régionales.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 22:36
Sarkoszy ruse ; nous on riposte

Choc des calendriers : au moment où Sarkozy annonce que la Société anonyme qui va gérer La Poste le fera avec de l’argent public, des responsables et militants divers (syndicaux, politiques, associatifs et individuels) se réunissent à Montauban pour lancer la création d’un Comité départemental contre la privatisation de La Poste, et prennent à cet effet des décisions précises : annonce dans la presse, rencontre avec les élus, et décision d’une réunion le samedi 10 janvier à 10 h du matin à Villemade (à vérifier suivant la disponibilité des salles) afin de formaliser les structures de ce comité qui veut articuler les luttes des citoyens et salariés des villes et villages, et le comité national existant. Sarkozy aurait dû être présent à cette réunion pour comprendre que le recul de Darcos peut en annoncer d’autres.
Echanges d’informations
Le premier point fructueux fut le réel échange d’informations opéré, pour comprendre une diversité de situations, qui ne doit pas empêcher l’unité dans l’action. Entre La Poste des villes et La Poste des champs l’écart est réel. Avec La Poste des champs, les facteurs empruntent des chemins privés et La Poste veut décompter ce temps, du temps réel mis à faire la tournée, car en fait il faudrait une boîte aux lettres au bout du chemin. Quand la nouveauté est annoncée dans une commune autour de Molières (attention, demain vous aurez le courrier au bout du chemin !), un vent de colère s’est levé chez les usagers et la direction de la Poste a dû reporter à plus tard, en y mettant des formes nouvelles, cette mesure si « salutaire » à l’entreprise ! La Poste des villes, c’est celle de la sous-préfecture Castelsarrasin qui ferme le lundi matin. Des militants témoignent : la pétition a été bien signée mais la manifestation ne fut pas à la hauteur de l’enjeu. Le directeur de La Poste a indiqué que le maximum de queue prévu est de l’ordre de 20 minutes. Pour le premier matin de fermeture, soixante-dix personnes se sont présentées qui ont dû aller à Moissac ! Depuis, l’après-midi du lundi 15 décembre par exemple, la queue fut d’une bonne heure ! Il s’agit donc de mesurer les dégradations diverses qui se produisent sur les guichets, la distribution, la banque postale etc.
La riposte des élus locaux
Tout les présents ont pris bonne note de l’action entreprise par les élus locaux sous la direction de la députée Sylvia Pinel. Pour le nouveau Comité départemental, il s’agit de favoriser les convergences sans nier les divergences. La démarche des élus telle que La Dépêche en a rendu compte est un point d’appui si le moratoire annoncé – et qui est un des objectifs du Comité national – est vraiment signé par La Poste. C’est vrai notre département à une démographie en hausse et l’argument n’est pas négligeable. Mais du côté des syndicats d’abord, il y a quelques doutes : les dernières réunions paritaires ont entériné la transformation en Agence Postale Communale de la poste de Mirabel et de celle de Lexos-Varen, et ils savent que les dirigeants de La Poste savent envelopper leurs mauvais coups. C’était, il est vrai, avant la rencontre entre les élus et les représentants de La Poste, mais il a été noté qu’à Valence d’Agen La Poste est fermée le lundi matin ! Du côté des politiques, on retrouve les mêmes doutes au vu d’expériences passées comme la lutte contre la fermeture de la maternité à Moissac. Les élus négocient et souvent ils gagnent sur un plan, pour accepter de perdre sur l’autre, sauf que les salariés au cœur de l’édifice voient facilement que les gains ne compensent jamais les pertes. La Poste à Mirabel devient APC sans changer son horaire, donc ni vu ni connu… au départ !
L’objectif central du Comité
Comme son nom l’indique, il s’agit de lutter contre la privatisation, objectif qui n’apparaît pas dans les propos de l’association des élus. D’où l’éventuel point de divergences mais ça reste à vérifier. En réalité, le gouvernement lui-même tient et va tenir un langage CONTRE la privatisation… tout en la mettant en œuvre ! Des responsables syndicaux en appellent donc à renforcer nos argumentations pour faire apparaître le lien clair entre les décisions locales et la soif de rentabilité comptable du système. Et en Tarn-et-Garonne indique un participant, nous serons pas le village des irréductibles gaulois ! Les expériences passées (Télécom, EDF…) doivent être mieux disséquées pour faire comprendre qu’à présent les citoyens étant vaccinés ils n’allaient plus tomber dans le panneau et que la lutte pour la défense de la La Poste permettrait un changement de tendance dans la vie sociale. Il était en effet réconfortant de constater que dans cette réunion, membres de la CFDT, CGT et FO pouvaient parler dans le même sens, de manière complémentaire. Plus question de sortir les querelles de boutique, indiqua même l’un des animateurs de la réunion.
Concrètement ?
L’organisation n’étant pas un but en soi, elle va devoir alimenter l’action de pétionnement, de manifestation, de rencontres, de débats. Des structures locales devraient se mettre en place à côté et en complément des collectifs existants. Pour la direction de La Poste, il s’agit d’un combat de longue haleine. Pour nous, aussi. Fallait-il alors faire une réunion le samedi matin quand La Poste travaille ? Fallait-il attendre après les fêtes ? Cette fois c’est un samedi, la prochaine ce sera à une autre date, l’essentiel c’est de permettre à chacun d’agir en sachant que la lutte contre le fatalisme n’est pas de tout repos. La manifestation du samedi précédent sur les services publics et à l’initiative d’ATTAC et des syndicats a été évoquée comme une première étape, mais en même temps le souci est apparu de distinguer l’action spécifique sur La Poste et celle plus générale sur les services publics. La Poste, ça parle peut-être plus directement au citoyen. 18-12-2008 Jean-Paul Damaggio Nota Bene : Ce compte-rendu fait de mémoire ne prétend pas à l’exhaustivité, j’espère qu’il réflète l’ambiance de la réunion et qu’il peut servir pour la discussion à poursuivre. Pour ma part, il sera sur les blogs où j’interviens.
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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:58

Nicaragua : Le droit minimum à l’avortement dans la tourmente

 

 

Si vous allez à Matagalpa, Nicaragua, prenez la rue derrière l’église qui monte un peu et cent mètres plus loin, sur la gauche vous arriverez à une radio communautaire. En face, un bâtiment important sert à la formation, avec une bibliothèque, et des salles pour recevoir les personnes. L’ensemble appartient à un collectif de femmes unies pour la défense et expression de leurs droits. En ce moment, les conversations vont bon train car les élections approchent au Nicaragua, un des pays les plus pauvres du monde. Les Sandinistes du FSLN (très puissants à Matalgalpa) font le maximum pour revenir au pouvoir.

Bizarre. Ils viennent donc de confirmer qu’ils se proposent d’en finir avec la loi de 1893 qui autorise l’avortement quand la vie de la mère est en danger (du temps du premier président laïque du pays Zelaya). Cette fois, c’est René Nuñez président sandiniste de l’Assemblée nationale qui confirme cette ignominie. Une importante manifestation catholique (les élèves des écoles religieuses étaient menacés d’une perte de 20 points sur leur carte de notes pour absence à ce grand rendez-vous « démocratique »), partie de la Cathédrale de Managua alla jusqu’à l’Assemblée nationale où une délégation a été reçue pour s’entendre confirmer, par le responsable sandiniste, le bien fondé des revendications les plus folles en matière d’avortement : oui il est possible d’augmenter les peines de prison contre les médecins avorteurs, oui il est possible d’abolir la loi de 1893 !

 

Une contre manifestation vient d’avoir lieu pour empêcher cette régression historique mais celle-ci n’a pas été reçue par le président de l’Assemblée nationale ! Un seul candidat avait accepté de participer au cortège : Edmundo Jarquin, du Mouvement pour la Rénovation du Sandinisme. Une des candidates au poste de député de cette organisation, Monica Baltodano, ancienne commandante de la guérilla, n’a pas mâché ses mots pour dire sa colère : « Cette conduite hypocrite montre la double morale des dirigeants du Front daniéliste [daniéliste : pour dire que le FSLN est devenu le parti de son chef Daniel Ortega] qui envoient sans honte leurs mères et filles avorter à Cuba, ce pays ayant une législation moderne et respectueuse de notre droit à la vie, et où, en plus, ils bénéficient de la générosité cubaine puisque l’avortement est gratuit, et qui, en même temps, condamnent les femmes pauvres du Nicaragua qui ne peuvent rêver à un tel voyage hors de leur pays. »

Les participant-e-s à cette manifestation eurent l’appui de plusieurs gynécologues qui indiquent que, sans cette loi minimum d’avortement en cas de danger pour la vie de la mère, ils ne pourront plus faire leur travail. Que se passera-t-il pour les femmes diabétiques et cardiaques, dont la grossesse se révèle contre-indiquée ?

Et Monica Baltodano d’ajouter : « Jamais je n’aurais pensé que des rangs d’une organisation qui fut révolutionnaire puissent sortir des propositions aussi abjectes vis à vis de nos droits élémentaires ».

16 octobre 2006 Jean-Paul Damaggio

 

P.S.1 : Le premier tour des élections équatoriennes révèle que le candidat Luis Macas ne passera pas la barre des 3%. Il faut noter l’échec considérable de ce responsable du mouvement indigène le plus puissant d’Amérique latine, la CONAIE, mouvement qui, en mars 2006, avait réussi, par un soulèvement, à empêcher la signature d’un traité Equateur-USA et avait obligé le gouvernement à virer une compagnie pétrolière des USA (visiblement l’organisation de mouvements sociaux et d’une présence électorales n’est pas du même ordre). La CONAIE va sans doute appeler à soutenir le candidat de gauche arrivé en deuxième position Rafael Correa, ancien ministre de l’économie qui était un des quatre candidats à se réclamer du « chavisme » (Luis Macas était aussi dans ce cas). Au second tour, contre Correa, il y aura le milliardaire du pays Alvaro Noboa qui ne fait pas mystère de ses idées : en cas de victoire il refusera toute relation avec Cuba et le Venezuela.

P.S. 2 : Les nouvelles qui arrivent de Bolivie sont très inquiétantes. Evo Morales a été obligé d’accepter la démission de son ministre des hydrocarbures déçu par les reculs de la politique gouvernementale, et il a dû chasser son ministres des mines représentant les intérêts de « coopérativistes » qui provoquèrent des affrontements avec les salariés de l’entreprise minière d’Etat (16 morts et 61 blessés). La coalition qui gouvernait la Bolivie a explosé et en conséquence Evo Morales est face à un choix : radicaliser le processus ou baisser les bras (il est dans la situation de Chavez au moment du coup d’Etat qui le renversa sans bénéficier des mêmes atouts). Réponse le 8 novembre, date butoir imposée aux compagnies pétrolières pour signer un accord avec le gouvernement.

 

Note : Voici un texte d’octobre 2006 qui aujourd’hui prend encore plus de sens : le FSLN gouverne le Nicaragua, il a interdit le parti de Eduardo Jarquin et la lutte contre le droit à l’avortement est devenu priorité nationale. Par contre Rafael Correa dans l’autre petit pays qu’est l’Equateur vient de décréter la dette non seulement illégale mais illégitime. Ce pays ne paiera plus. 18-12-2008 J-P D.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:34

Voici un chapitre du livre : J’ai eu quinze ans en TetG.  C’est l’écrivain Mary-Lafon qui raconte ses quinze ans.  BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Mary-Lafon, Quinze ans en 1825

 

 

Né en 1810 à Lafrançaise, je me prénomme Jean. Mon père est médecin et ma mère est morte à ma naissance. J’ai été élevé par ma grand-mère et à sa mort j’ai dû quitter ma famille pour entrer au lycée. En ce 2 Juillet 1825 je peux comparer l’éducation fournie par cette grand-mère et celle du lycée et j’affirme donc : « Si quelque intelligence se révéla en moi, ce fut la sienne, si grande et si vive, qui la fit éclore. C'est par sa prévoyance et ses soins que le travail auquel je fus plié dès l’âge de 7 ans, devint un plaisir pour moi, et plus tard un besoin ». Ma grand-mère était une disciple de Jean-Jacques Rousseau et de sa pédagogie respectueuse de la nature, tandis que le lycée est un triste musée gréco-latin.

Mon enfance se composa de promenades, de récréations dans la bibliothèque aux nombreux volumes et de contacts avec ma sœur que je préfère ne pas évoquer.

Pour ceux qui ne connaissent pas Lafrançaise, je dois indiquer que les promenades c’est toujours un panorama exceptionnel avec vue sur les Pyrénées, les rivières, les champs, les vignes, et derrière chaque terre, ma grand-mère me montrait l’homme, derrière chaque vallée, elle me montrait un berceau. La nature n’était que le cadre.

Les idoles que j’ai gardé de mon enfance sont Corneille et en partie Voltaire. Mais pas Rousseau ! Malgré le culte qu'on lui vouait chez nous, il ne m'attachait par aucun côté. J’avais été forcé de lire L’Emile et je le trouvais assommant.

Ma grand-mère est morte à l’âge de 74 ans et toute une vie s’est donc achevée avec elle. Si elle était austère et monacale rien à voir avec le lycée, cent fois pire ! Nous sommes une centaine avec juste un peu plus d’une dizaine de pensionnaires comme moi, bercés par la rhétorique, les humanités et la grammaire.

Comme souvent chez les jeunes, j’ai une idole et je viens de lui écrire : le poète Casimir Delavigne. Il m’a envoyé une précieuse réponse. Je me sens une âme de poète. Je serai poète et je raconterai d’abord l’enterrement de ma mère que j’imagine si souvent.

Il avance dans quel ordre ? L'ordre a toujours quelque chose à nous dire et surtout dans un enterrement. Derrière le cercueil, avec nos proches voisins, il y avait mon père puis les autres hommes du village suivis par les femmes. Ma grand-mère était bien sûr à côté de son fils pour qu’ils se soutiennent dans l’épreuve. Lui avait 25 ans et elle 60. Nous sommes le 3 juin 1810 et le cortège est parti du Faubourg du Moulin à vent. Si les bouches avaient parlé nous aurions entendu au sujet de la défunte : elle n'avait que 25 ans. En prenant les 50 décès qui précédèrent celui de ma mère, Marie Dagran, on découvre plusieurs phénomènes.

La moyenne d’âge de ceux qui meurent est de 35 ans ( 37 ans pour la France). Mais il faut savoir lire les chiffres. D’une part les gens mouraient vieux (20 sur 50 meurent après 60 ans) et d’autre part les enfants mouraient jeunes (17, sur les 50 décès, avant l’âge de 5 ans). Dans l’intervalle, pour les 13 morts qui restent, seulement 2 entre 5 et 20 ans, et 11 entre 20 et 60 ans. La mortalité infantile est donc très forte et fait baisser la moyenne générale. Concernant les 11 décès entre 20 et 60 ans, il y a les morts à la guerre (3 pour ceux qui sont déclarés) mais surtout des jeunes femmes comme Marie Dagran : Jeanne (25 ans), Françoise (26 ans), Catherine (24 ans), une autre Jeanne (22 ans) et Antoinette (24 ans). Avec Marie nous arrivons à un total de 6 sur 11 et pour un écart allant de 22 à 25 ans. De quoi pouvait-on mourir chez une jeune femme et à un tel âge ?

Les déclarations de décès n'indiquent pas les causes mais en ce 3 juin 1810 la cause est évidente : le 26 mai 1810 ma mère avait donné naissance à un petit garçon, c’était moi. Parmi les autres femmes, je sais qu'au moins Antoinette Sabatié était dans le même cas. On dit : morte en couches !

 

Le cortège du cimetière pleurait une accidentée d'accouchement. Mon père en tant que médecin, avait pu suivre, impuissant, la semaine de souffrances que venait de vivre sa femme. Mon grand-père paternel aussi était médecin comme mon oncle. A ce titre, on peut imaginer qu'il y avait derrière le cercueil toute la population de la ville d'autant que Napoléon était encore au pouvoir et que mon père était et est un fier napoléonien.

Comme ma mère et toutes les femmes, ma grand-mère est une oubliée de l’histoire. Elle s’appelait Marie Françoise Antoinette Maury de Saint Victor. D'une famille noble, elle avait le comportement de son rang. Fille d'un officier de cavalerie, elle aurait pu terminer son éducation au couvent des Bénédictines de Millau. La demoiselle de 20 ans était aussi jolie que spirituelle mais elle avait un comportement inattendu. Ses antécédents (noblesse, famille traditionnelle et bien rangée) auraient dû produire une religieuse de qualité mais au lieu de correspondre avec Dieu le père ou un quelconque de ses Saints, elle s'orienta vers une correspondance secrète avec l’écrivain Jean-Jacques Rousseau (encore lui !). Secrète sinon toute la noblesse du Rouergue aurait protesté. Elle lui avait écrit pour lui demander conseil au sujet de son futur mariage et le philosophe en personne lui avait répondu : « Je suis toujours persuadé que le vrai bonheur de la vie est dans le mariage, mais il faut qu'il soit bien assorti ».

Dans le couvent, on appelait ma grand-mère, la philosophe. Dire qui, des amis ou des ennemis, trouva ce surnom serait ici pure invention. Disons qu’il venait plutôt des ennemis. En effet une évidente supériorité d'intelligence et sa passion pour la lecture faisaient que ses compagnes la tenaient à l’écart. Elle joignait aux principes d’une morale austère puisée dans l’éducation de famille, un sentiment exquis du beau et du bien dû à sa nature d'élite. Oui, je l’ai adorée cette grand-mère ! Elle avait une solidité de raisonnement au-dessus de son âge, mais tout de même pas au-dessus de son sexe car il y a des limites naturelles à l’intelligence même chez une telle femme.

Pour le mariage, son père lui présenta un prétendant. Malgré ses 46 ans, diminués d'un tiers par sa bonne mine et la poudre, le major du Régiment Dauphin pouvait être rangé sans hésitation parmi les beaux hommes du temps mais, fidèle à Rousseau, elle refusa ce mariage car la beauté ne suffit pas.

En 1776-1777 elle décida, pour une question de vérité à faire éclater, de « monter à Paris » pour témoigner dans un procès célèbre intenté contre le duc de Richelieu (ne pas confondre avec le cardinal). A cette occasion, après 5 jours et 5 nuits d’un voyage épuisant, elle se décida à aller visiter un vieillard qui habitait une maison d'assez médiocre apparence et qui la reçut en redingote et en bonnet de coton. Rousseau était en train de copier de la musique. Après la visite, ma grand-mère fondit en larmes au grand étonnement de son père qui l’avait accompagné sans savoir où ils allaient. Rousseau lui était apparu comme un être maigre, petit, un peu voûté, le nez arqué et au cours de leur seconde rencontre dans un jardin, elle le trouva au pied d'un marronnier, le menton appuyé sur sa canne et contemplant la lune. Rousseau lui déclara :

« Il faut se méfier surtout des femmes, qui sont plus dangereuses que les hommes ».

A Paris, après Rousseau, ma grand-mère trouva l’homme de sa vie, le grand amour. C’est à cela qu’elle pense en ce 3 juin 1810. Son fils perdant sa femme ne pouvait que faire revenir dans sa mémoire, ce triste jour elle perdit ce mari incroyable qu'elle n'avait pu aimer qu'une quinzaine d'années. Le 12 juillet 1781 se marièrent donc Guillaume Lafon et Madame de Saint-Victor. L'annonce fut faite à Lafrançaise et à l’Eglise Saint Jacques de Montauban. Ils reconnaissent Marie Françoise Thérèse Athalie Lafon née le 14 juillet 1777 comme leur fille. Si le mariage ne se produit qu’en 1781, c’est que la jeune fille devait attendre jusqu’à l’âge de 30 ans pour se marier sans autorisation du père. Et elle n’a pas eu cette autorisation. Son plus grand malheur fut la mort de son mari en 1793.

Mais comment négliger de dire quelques mots de ma mère, Marie Dagran ? Sa famille porte sur ses épaules l’histoire brillante des campagnes françaises. Venant des milieux agricoles, il s’agit de ces humbles qui, petit à petit, s’achetèrent la terre de leur liberté, de leur pouvoir sur le travail, de leur amour qui était aussi leur peine. Ils firent la révolution pour vivre enfin et, sans nul doute, Dagran père fut surpris de voir sa fille se marier avec le fils du médecin, médecin lui-même. Le mariage avait eu lieu le 6 juillet 1808 et les deux mariés nés tous les deux en 1785 avaient donc 23 ans. Leur premier enfant était né le 13 mars 1809 et fut prénommé comme la grand-mère. C'est à la seconde naissance, la mienne que meurt Marie Dagran. J’ai été l’assassin de ma mère.

 

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:28

Un orignal original, en octobre 2008, attend sur le bord du Saint Laurent des rencontres matinales. Voici la première.

 

Histoires québécoises (1)

L’orignal et Le Clézio

 

L’homme, que l’orignal voit s’avancer sur une barque modeste dotée d’un moteur tournant au ralenti, debout à côté de sa compagne, lui semble grand, svelte, paisible. Il remue d’une main un livre et de l’autre un rêve. Et le livre est plus facile à remuer que le rêve. Quand il arrive à portée de voix il s’exclame : « Ici, je n’arrive pas par hasard ».

L’orignal ayant entendu la rumeur reconnaît aussitôt le Prix Nobel de littérature car c’est une rumeur qui arrive jusqu’en Gaspésie.

-            Monsieur le Clézio, comment ne seriez-vous pas là par hasard ?

-            C’est Guillaume Latendresse, que vous avez reçu hier, qui m’a dit en arrivant à Montréal, dans un débat bien doux, tenu chez un libraire, « En repartant par le Saint-Laurent, faîtes escale à Anse Pleureuse, un ami vous y attend »

-            Et vous venez avec un livre alors que je ne sais pas lire bien que je sois un orignal original !

-            C’est juste pour vous montrer comment de ce livre, je passe à l’autre main, celle du rêve, car le rêve appartient à tout être qui se respecte.

-            Et que dire du rêve ?

Là, l’écrivain, encore debout dans le bateau, décide de s’asseoir, pendant que son épouse met pied à terre pour commencer une balade par un chemin qui lui tend les bras. Un peu plus loin les fruits rouges d’un sommier l’attirent comme un aimant.

-            Il s’agit du rêve d’un enfant que le journal The New Yorker a décidé de reprendre pour honorer mon prix ! De la littérature jeunesse ! Que vont penser les lecteurs ? Je m’en balance bien sûr, je me pose la question par simple curiosité.

-            Et l’enfant, c’était vous ?

-            Jamais de la vie, j’écris pour parler des autres pas pour parler de moi. Cet enfant s’appelle Daniel et il est fasciné par la mer !

-            Je comprends, ce n’est pas que vous ayez oublié le hasard pour vous arrêter, c’est que vous saviez ma passion pour la mer et que sans le moindre hasard vous m’apportez l’histoire de Daniel.

-            Comme toi, car il est temps de se tutoyer, Daniel voulait s’installer face à la mer et un jour il a disparu pour accomplir son destin. Et lire la version en anglais que je viens de recevoir en avant-première c’est si drôle que comme à tout québécois qui comprend les deux langues je vais-je te faire voyager du français à l’anglais.

Le Clézio sortit de la poche simple du pantalon le plus simple qui soit, un paquet de cinq ou six feuilles pleines de notes, qu’il regarda d’abord un moment, avant de briser le silence qu’un orignal même idiot n’aurait pas osé rompre, par cette phrase : « terre et mer c’est land and sea, déjà tout un programme ».

-            La lande je connais un peu et la scie aussi surtout celle des bûcherons !

-            Orignal, je te vois gentil comme personne, gentil comme le petit Daniel, gentil un mot qui vient de gens, donc d’engendrer et on engendre encore des gens de lettres comme moi, ou des gendarmes comme ceux de Mont Louis. Par contre il y a moins de gentilhomme de  noblesse héréditaire et de gentleman de noblesse sans titre. Voilà à quoi j’ai pensé en lisant le mot « gently » en anglais dans le texte pour dire doucement. Quand on est gentil, on est doux et quand on ne l’est pas on est méchant, « mean » en anglais qui veut dire aussi misérable. Dans mon livre les méchants le sont si peu…

-            J’écoute ta voix douce et calme et je me demande si tu veux m’instruire, m’étonner ou m’amuser ?

-            Tu es face à la mer, la mère qui devient the sea, terme qui sert à en fabriquer tant d’autres en anglais : seahorse, seaplane, seaport, seaman. Si tu quittais ton français atavique et si tu voyais le saint Laurent en anglais, est-ce que tu verrais la même chose ?

-            Non sans doute, mais je réponds sans savoir car contrairement à ce que tu penses je ne connais pas l’anglais.

Sa compagne revenant déjà de sa petite balade les mains pleines de fruits rouges, Jean-Marie la regarde un moment comme pour lui demander si l’heure était venue de repartir. Mais elle trouve une chaise sur la terrasse où est installé l’orignal, et s’assoit prête à écouter la suite de la conversation pour peut-être y apporter un grain de sel.

-            Il faudra demander au gouvernement de Québec d’introduire en votre belle forêt des élans parlant anglais et je pourrais mieux te raconter deux fois l’histoire de Daniel, en français et en anglais pour que tu vois que ce n’est plus la même.

-            Daniel aimait la sea et est parti avec un seaplane pour le retrouver ?

-            Non, avec un train de marchandises. Et en voyant la mer il ouvrit des yeux immenses. C’était son rêve d’une main et sa passion de l’autre.

-            Des yeux immenses ?

-            Daniel avait des yeux noirs qui brillaient très fort car je ne pouvais pas dire qu’ils brillaient brillants (j’aurai pu écrire qu’ils brillaient avec éclat) mais en anglais ils peuvent car ce n’est pas le même mot pour dire briller et brillant. Et avec ses yeux il toucha la mer jusqu’à plus soif. Personne ne le retrouva. Surtout il croisa le poulpe comme je te croise toi, l’orignal.

-            Comment on dit le poulpe en anglais ?

-            Octopus, c’est très étrange comme mot !

-            Pas plus qu’orignal.

Sa femme demande alors si Jean-Marie a écrit cette historie avant qu’ils ne se connaissent car elle n’en a aucun souvenir. Elle sait par contre exactement comment le premier de ses amours croisa pour la première fois la mer. Il marchait dans des grandes herbes après avoir dormi, en luttant contre des moustiques, dans une cabane au milieu des dites herbes, et tout d’un coup sans s’y attendre, il vit une mer de sable puis en marchant encore un peu, il avait cinq ans, il vit une mer d’eau. Il pensait qu’on est marqué à vie plus par son premier souvenir de mer que par son premier amour. J’ai alors compris que jamais je ne pourrai me changer en mer.

-            Ecoute Jean-Marie, je sens que ton histoire n’a pas de morale ? Or une histoire sans morale, pour les enfants, c’est vraiment une histoire ?

-            Tu me fais penser au fait qu’en anglais ils ont le même mot que nous : sentence. C’est une maxime qui peut devenir un jugement, comme elle était au départ un jugement de Dieu. On peu dire aussi que c’est simplement une petite phrase.

-            Et tu fais plus dans les petites phrases que dans les sentences ?

-            Attends, je vais retrouver la dernière phrase ou plutôt les derniers mots de ma nouvelle où les enfants qui vécurent avec lui, avant qu’il ne parte voir la mer, reprennent le fil du récit pour constater l’état de ce rêve qui avait commencé un matin quand ils découvrirent « dans la pénombre du dortoir le lit de Daniel, qu’il avait préparé pour le reste de sa vie, comme s’il ne devait plus jamais dormir ».

-            Et pourquoi The New Yorker a choisi ce texte qui, je comprends bien madame, est ancien ? Ce n’est pas une revue pour enfants, ni une revue sans sentence ?

-            Je suis timide, je n’ai pas osé demander pourquoi.

C’est parce que Jean-Marie est timide qu’il évite les sentences. Je me souviens, au Mexique, dans le Michoacan, là où des mécènes institutionnels nous avaient accueillis au point qu’à Paris on prenait Jean-Marie pour un spécialiste des Amériques, ils s’étonnaient de sa timidité, de son air réservé, de sa modestie, de son air effacé. Puis s’adressant à l’animal : « Orignal on va devoir te quitter, on sait qu’après nous la mer t’apportera encore du bonheur et ce n’est pas là une sentence. »

-            Disons qu’à présent, je vais saisir le bonheur qui passe, comme une langue étrangère.

-            Comme un silence à décrypter ?

-            Et silence en anglais c’est quoi ?

-            Comme en français, silence, mais attention bruit se dit noises qui n’a rien à voir avec chercher des noises à quelqu’un.

Le bateau fit un bruit, un noise calme et doux, et cette matinée automnale semble s’être déroulée comme dans un rêve paisible : pas un mot plus haut que l’autre, pas une vague plus forte, pas un seul geste brusque. Le cauchemar sera pour une autre fois.

 10-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:25


Photo un peu rouge mais bon ....
La Dépêche Tarn 4-12-2008

Le prof de français publie un livre

Claude Rossignol raconte le Prix Goya

  

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

On retrouvera demain à partir de 15 heures au foyer du théâtre municipal de Castres le professeur de  français aujourd'hui en retraite Claude Rossignol qui présentera et dédicacera son livre : << Longue vie au Prix Goya ». Cet ouvrage vient tout juste de sortir et il raconte l'histoire de ce Prix littéraire né au lycée de la Borde-Basse il y a 18 ans d'une initiative pédagogique. Durant toutes ces années, le prix Goya a désigné le meilleur «premier roman » de l'année. Ce sont les élèves qui ont décerné ce prix qui avait pris une envergure nationale.

Claude Rossignol rappelle l’historique : « La toute première année, nous étions trois. Nicole Legrand de la librairie Graffiti, Jeanne Cabrol qui était documentaliste du lycée et moi-même. Cela ne concernait qu'une seule classe. Puis, progressivement, ce prix littéraire a pris de l’ampleur avec plusieurs classes engagées et le club concernant des élèves de tout le lycée. » Mais le Prix Goya, ce n'était pas seulement une histoire de sélection littéraire ou de pratique de la lecture: «L'esprit du Prix Goya, c'était autant le plaisir de lire pour les lycéens qu'être responsable en menant le projet de bout en bout. C'était aussi une démarche globale ou les élèves préparaient une grande cérémonie de remise des prix, en présence des auteurs, et étoffée de spectacles théâtre, musique, journal. . . etc. >>

Aujourd'hui, le Prix Goya a disparu de la Borde-Basse pour de raisons expliquées dans l’ouvrage de Claude Rossignol. Par contre il continue de vivre grâce au Prix Goya Découverte mené dans des écoles primaires de la ville décernant un prix de littérature jeunesse. Au fil de toutes ces années ce sont près de 5000 élèves qui ont participé, de près ou de loin, à ce prix. Le livre de Claude Rossignol en est un témoignage fidèle. J.-M. G

 

Le Tarn Libre, 5-12-2008

Claude Rossignol, la mémoire du prix Goya

« Le prix Goya c'est quelque chose de symbolique en ce sens où l’on peut montrer que des jeunes sont capables de faire quelque chose d'intéressant. Et puis il y a l’ambiance. Quand on se rencontre dans, le couloir, on se dit salut, on ne fait un sourire et on ne se connaît pas forcément. On se reconnaît, on est une race d'extraterrestre », déclarait Emilie Cazenaves interrogée en 1997 par une équipe d'élèves en charge de l’édition d'un journal interne. Cet extrait d'interview a marqué Claude Rossignol, le créateur du Prix Goya dans les années 997. Ce professeur de lettres de la Borde basse de 1973 à 2005 a décidé d’écrire un ouvrage sur l'histoire de cette manifestation intitulée « Longue vie au prix Goya >>. Il se souvient encore de la première édition qui a consacré Christine Lafon pour son livre « Mémoires d'un brin de faille ». A l’heure il est coutume le dire que les jeunes n'aiment pas lire et se désintéressent de la littérature, il est assez étonnant que Claude Rossignol et ses collègues, en charge de l'organisation du prix Goya, aient réussi à mobiliser la jeunesse autour de leur projet pendant dix-sept années de suite. Si l’initiative a périclité, c'est faute de moyens et à cause de la dispersion le l’équipe pédagogique à l’origine le cette démarche. Certes le prix Goya Découverte continue son petit bonhomme de chemin avec les enseignants du primaire et les écoliers. Mais il est bien loin le temps le théâtre municipal de Castres accueillait des personnalités comme Stéphanie Janicot, Marc Levy, Nadine Trintignant qui avec émotion ont accueilli la récompense que leur a attribué le jury de 147 lycéens. C'est avec émotions que Claude Rossignol raconte l'histoire du prix Goya, non pas pour s'apitoyer avec nostalgie sur le prix mais pour préserver la mémoire de ce prix littéraire porté par des lycéens et soutenu par des enseignants et des amoureux de littérature comme Jean-Pierre Guibert, Nicole Legrand et M Dommejean et soucieux d'en transmettre la richesse. Cet ouvrage a été édité par les Editions La brochure dirigées par Jean-Paul Damaggio. Le vendredi Claude Rossignol présentera son ouvrage aux personnes qui ont bien voulu le soutenir. Cette présentation aura lieu au théâtre municipal de Castres le vendredi 5 décembre a partir de 15 h. Elle sera suivie par une séance de dédicaces qui aura lieu au foyer du théâtre municipal.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:24

Vazquez Montalban à l’honneur


22-11-2008 C’est à la Bibliothèque Léon Cladel de Moissac qu’une trentaine de personnes ont retrouvé ou découvert Pepe Carvalho, le détective fabriqué par Vazquez Montalban. L’épisode de la vie de Pepe qui a été présenté par Jean-Paul Damaggio concernait la séparation douloureuse qui se produisit entre le jeune Pepe et son épouse Muriel alors qu’ils avaient une gamine de neuf mois. C’est suite à cet échec amoureux que Pepe décida d’entrer à la CIA comme il le raconte dans les mémoires d’un garde du corps sous le titre provocateur « J’ai tué Kennedy ».

Toute la discussion a porté sur le rapport de Vazquez Montalban à la langue. Le TH de Carvalho qui fait portugais a rappelé à un occitaniste que cette graphie a peut-être été porté jusqu’en ce pays par les troubadours. Le rapport au désenchantement, à la défaite, à la cuisine et à la culture populaire, autant de sujets qui ont couru à travers le sympathique débat qui s’est achevé par une non moins sympathique petite collation préparée par les animateurs de la Compagnie des Ecrivains et de Lire sous Ojives. La photo témoigne d’un compte-rendu publié dans la presse.

09-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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