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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:34

Voici un chapitre du livre : J’ai eu quinze ans en TetG.  C’est l’écrivain Mary-Lafon qui raconte ses quinze ans.  BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Mary-Lafon, Quinze ans en 1825

 

 

Né en 1810 à Lafrançaise, je me prénomme Jean. Mon père est médecin et ma mère est morte à ma naissance. J’ai été élevé par ma grand-mère et à sa mort j’ai dû quitter ma famille pour entrer au lycée. En ce 2 Juillet 1825 je peux comparer l’éducation fournie par cette grand-mère et celle du lycée et j’affirme donc : « Si quelque intelligence se révéla en moi, ce fut la sienne, si grande et si vive, qui la fit éclore. C'est par sa prévoyance et ses soins que le travail auquel je fus plié dès l’âge de 7 ans, devint un plaisir pour moi, et plus tard un besoin ». Ma grand-mère était une disciple de Jean-Jacques Rousseau et de sa pédagogie respectueuse de la nature, tandis que le lycée est un triste musée gréco-latin.

Mon enfance se composa de promenades, de récréations dans la bibliothèque aux nombreux volumes et de contacts avec ma sœur que je préfère ne pas évoquer.

Pour ceux qui ne connaissent pas Lafrançaise, je dois indiquer que les promenades c’est toujours un panorama exceptionnel avec vue sur les Pyrénées, les rivières, les champs, les vignes, et derrière chaque terre, ma grand-mère me montrait l’homme, derrière chaque vallée, elle me montrait un berceau. La nature n’était que le cadre.

Les idoles que j’ai gardé de mon enfance sont Corneille et en partie Voltaire. Mais pas Rousseau ! Malgré le culte qu'on lui vouait chez nous, il ne m'attachait par aucun côté. J’avais été forcé de lire L’Emile et je le trouvais assommant.

Ma grand-mère est morte à l’âge de 74 ans et toute une vie s’est donc achevée avec elle. Si elle était austère et monacale rien à voir avec le lycée, cent fois pire ! Nous sommes une centaine avec juste un peu plus d’une dizaine de pensionnaires comme moi, bercés par la rhétorique, les humanités et la grammaire.

Comme souvent chez les jeunes, j’ai une idole et je viens de lui écrire : le poète Casimir Delavigne. Il m’a envoyé une précieuse réponse. Je me sens une âme de poète. Je serai poète et je raconterai d’abord l’enterrement de ma mère que j’imagine si souvent.

Il avance dans quel ordre ? L'ordre a toujours quelque chose à nous dire et surtout dans un enterrement. Derrière le cercueil, avec nos proches voisins, il y avait mon père puis les autres hommes du village suivis par les femmes. Ma grand-mère était bien sûr à côté de son fils pour qu’ils se soutiennent dans l’épreuve. Lui avait 25 ans et elle 60. Nous sommes le 3 juin 1810 et le cortège est parti du Faubourg du Moulin à vent. Si les bouches avaient parlé nous aurions entendu au sujet de la défunte : elle n'avait que 25 ans. En prenant les 50 décès qui précédèrent celui de ma mère, Marie Dagran, on découvre plusieurs phénomènes.

La moyenne d’âge de ceux qui meurent est de 35 ans ( 37 ans pour la France). Mais il faut savoir lire les chiffres. D’une part les gens mouraient vieux (20 sur 50 meurent après 60 ans) et d’autre part les enfants mouraient jeunes (17, sur les 50 décès, avant l’âge de 5 ans). Dans l’intervalle, pour les 13 morts qui restent, seulement 2 entre 5 et 20 ans, et 11 entre 20 et 60 ans. La mortalité infantile est donc très forte et fait baisser la moyenne générale. Concernant les 11 décès entre 20 et 60 ans, il y a les morts à la guerre (3 pour ceux qui sont déclarés) mais surtout des jeunes femmes comme Marie Dagran : Jeanne (25 ans), Françoise (26 ans), Catherine (24 ans), une autre Jeanne (22 ans) et Antoinette (24 ans). Avec Marie nous arrivons à un total de 6 sur 11 et pour un écart allant de 22 à 25 ans. De quoi pouvait-on mourir chez une jeune femme et à un tel âge ?

Les déclarations de décès n'indiquent pas les causes mais en ce 3 juin 1810 la cause est évidente : le 26 mai 1810 ma mère avait donné naissance à un petit garçon, c’était moi. Parmi les autres femmes, je sais qu'au moins Antoinette Sabatié était dans le même cas. On dit : morte en couches !

 

Le cortège du cimetière pleurait une accidentée d'accouchement. Mon père en tant que médecin, avait pu suivre, impuissant, la semaine de souffrances que venait de vivre sa femme. Mon grand-père paternel aussi était médecin comme mon oncle. A ce titre, on peut imaginer qu'il y avait derrière le cercueil toute la population de la ville d'autant que Napoléon était encore au pouvoir et que mon père était et est un fier napoléonien.

Comme ma mère et toutes les femmes, ma grand-mère est une oubliée de l’histoire. Elle s’appelait Marie Françoise Antoinette Maury de Saint Victor. D'une famille noble, elle avait le comportement de son rang. Fille d'un officier de cavalerie, elle aurait pu terminer son éducation au couvent des Bénédictines de Millau. La demoiselle de 20 ans était aussi jolie que spirituelle mais elle avait un comportement inattendu. Ses antécédents (noblesse, famille traditionnelle et bien rangée) auraient dû produire une religieuse de qualité mais au lieu de correspondre avec Dieu le père ou un quelconque de ses Saints, elle s'orienta vers une correspondance secrète avec l’écrivain Jean-Jacques Rousseau (encore lui !). Secrète sinon toute la noblesse du Rouergue aurait protesté. Elle lui avait écrit pour lui demander conseil au sujet de son futur mariage et le philosophe en personne lui avait répondu : « Je suis toujours persuadé que le vrai bonheur de la vie est dans le mariage, mais il faut qu'il soit bien assorti ».

Dans le couvent, on appelait ma grand-mère, la philosophe. Dire qui, des amis ou des ennemis, trouva ce surnom serait ici pure invention. Disons qu’il venait plutôt des ennemis. En effet une évidente supériorité d'intelligence et sa passion pour la lecture faisaient que ses compagnes la tenaient à l’écart. Elle joignait aux principes d’une morale austère puisée dans l’éducation de famille, un sentiment exquis du beau et du bien dû à sa nature d'élite. Oui, je l’ai adorée cette grand-mère ! Elle avait une solidité de raisonnement au-dessus de son âge, mais tout de même pas au-dessus de son sexe car il y a des limites naturelles à l’intelligence même chez une telle femme.

Pour le mariage, son père lui présenta un prétendant. Malgré ses 46 ans, diminués d'un tiers par sa bonne mine et la poudre, le major du Régiment Dauphin pouvait être rangé sans hésitation parmi les beaux hommes du temps mais, fidèle à Rousseau, elle refusa ce mariage car la beauté ne suffit pas.

En 1776-1777 elle décida, pour une question de vérité à faire éclater, de « monter à Paris » pour témoigner dans un procès célèbre intenté contre le duc de Richelieu (ne pas confondre avec le cardinal). A cette occasion, après 5 jours et 5 nuits d’un voyage épuisant, elle se décida à aller visiter un vieillard qui habitait une maison d'assez médiocre apparence et qui la reçut en redingote et en bonnet de coton. Rousseau était en train de copier de la musique. Après la visite, ma grand-mère fondit en larmes au grand étonnement de son père qui l’avait accompagné sans savoir où ils allaient. Rousseau lui était apparu comme un être maigre, petit, un peu voûté, le nez arqué et au cours de leur seconde rencontre dans un jardin, elle le trouva au pied d'un marronnier, le menton appuyé sur sa canne et contemplant la lune. Rousseau lui déclara :

« Il faut se méfier surtout des femmes, qui sont plus dangereuses que les hommes ».

A Paris, après Rousseau, ma grand-mère trouva l’homme de sa vie, le grand amour. C’est à cela qu’elle pense en ce 3 juin 1810. Son fils perdant sa femme ne pouvait que faire revenir dans sa mémoire, ce triste jour elle perdit ce mari incroyable qu'elle n'avait pu aimer qu'une quinzaine d'années. Le 12 juillet 1781 se marièrent donc Guillaume Lafon et Madame de Saint-Victor. L'annonce fut faite à Lafrançaise et à l’Eglise Saint Jacques de Montauban. Ils reconnaissent Marie Françoise Thérèse Athalie Lafon née le 14 juillet 1777 comme leur fille. Si le mariage ne se produit qu’en 1781, c’est que la jeune fille devait attendre jusqu’à l’âge de 30 ans pour se marier sans autorisation du père. Et elle n’a pas eu cette autorisation. Son plus grand malheur fut la mort de son mari en 1793.

Mais comment négliger de dire quelques mots de ma mère, Marie Dagran ? Sa famille porte sur ses épaules l’histoire brillante des campagnes françaises. Venant des milieux agricoles, il s’agit de ces humbles qui, petit à petit, s’achetèrent la terre de leur liberté, de leur pouvoir sur le travail, de leur amour qui était aussi leur peine. Ils firent la révolution pour vivre enfin et, sans nul doute, Dagran père fut surpris de voir sa fille se marier avec le fils du médecin, médecin lui-même. Le mariage avait eu lieu le 6 juillet 1808 et les deux mariés nés tous les deux en 1785 avaient donc 23 ans. Leur premier enfant était né le 13 mars 1809 et fut prénommé comme la grand-mère. C'est à la seconde naissance, la mienne que meurt Marie Dagran. J’ai été l’assassin de ma mère.

 

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:28

Un orignal original, en octobre 2008, attend sur le bord du Saint Laurent des rencontres matinales. Voici la première.

 

Histoires québécoises (1)

L’orignal et Le Clézio

 

L’homme, que l’orignal voit s’avancer sur une barque modeste dotée d’un moteur tournant au ralenti, debout à côté de sa compagne, lui semble grand, svelte, paisible. Il remue d’une main un livre et de l’autre un rêve. Et le livre est plus facile à remuer que le rêve. Quand il arrive à portée de voix il s’exclame : « Ici, je n’arrive pas par hasard ».

L’orignal ayant entendu la rumeur reconnaît aussitôt le Prix Nobel de littérature car c’est une rumeur qui arrive jusqu’en Gaspésie.

-            Monsieur le Clézio, comment ne seriez-vous pas là par hasard ?

-            C’est Guillaume Latendresse, que vous avez reçu hier, qui m’a dit en arrivant à Montréal, dans un débat bien doux, tenu chez un libraire, « En repartant par le Saint-Laurent, faîtes escale à Anse Pleureuse, un ami vous y attend »

-            Et vous venez avec un livre alors que je ne sais pas lire bien que je sois un orignal original !

-            C’est juste pour vous montrer comment de ce livre, je passe à l’autre main, celle du rêve, car le rêve appartient à tout être qui se respecte.

-            Et que dire du rêve ?

Là, l’écrivain, encore debout dans le bateau, décide de s’asseoir, pendant que son épouse met pied à terre pour commencer une balade par un chemin qui lui tend les bras. Un peu plus loin les fruits rouges d’un sommier l’attirent comme un aimant.

-            Il s’agit du rêve d’un enfant que le journal The New Yorker a décidé de reprendre pour honorer mon prix ! De la littérature jeunesse ! Que vont penser les lecteurs ? Je m’en balance bien sûr, je me pose la question par simple curiosité.

-            Et l’enfant, c’était vous ?

-            Jamais de la vie, j’écris pour parler des autres pas pour parler de moi. Cet enfant s’appelle Daniel et il est fasciné par la mer !

-            Je comprends, ce n’est pas que vous ayez oublié le hasard pour vous arrêter, c’est que vous saviez ma passion pour la mer et que sans le moindre hasard vous m’apportez l’histoire de Daniel.

-            Comme toi, car il est temps de se tutoyer, Daniel voulait s’installer face à la mer et un jour il a disparu pour accomplir son destin. Et lire la version en anglais que je viens de recevoir en avant-première c’est si drôle que comme à tout québécois qui comprend les deux langues je vais-je te faire voyager du français à l’anglais.

Le Clézio sortit de la poche simple du pantalon le plus simple qui soit, un paquet de cinq ou six feuilles pleines de notes, qu’il regarda d’abord un moment, avant de briser le silence qu’un orignal même idiot n’aurait pas osé rompre, par cette phrase : « terre et mer c’est land and sea, déjà tout un programme ».

-            La lande je connais un peu et la scie aussi surtout celle des bûcherons !

-            Orignal, je te vois gentil comme personne, gentil comme le petit Daniel, gentil un mot qui vient de gens, donc d’engendrer et on engendre encore des gens de lettres comme moi, ou des gendarmes comme ceux de Mont Louis. Par contre il y a moins de gentilhomme de  noblesse héréditaire et de gentleman de noblesse sans titre. Voilà à quoi j’ai pensé en lisant le mot « gently » en anglais dans le texte pour dire doucement. Quand on est gentil, on est doux et quand on ne l’est pas on est méchant, « mean » en anglais qui veut dire aussi misérable. Dans mon livre les méchants le sont si peu…

-            J’écoute ta voix douce et calme et je me demande si tu veux m’instruire, m’étonner ou m’amuser ?

-            Tu es face à la mer, la mère qui devient the sea, terme qui sert à en fabriquer tant d’autres en anglais : seahorse, seaplane, seaport, seaman. Si tu quittais ton français atavique et si tu voyais le saint Laurent en anglais, est-ce que tu verrais la même chose ?

-            Non sans doute, mais je réponds sans savoir car contrairement à ce que tu penses je ne connais pas l’anglais.

Sa compagne revenant déjà de sa petite balade les mains pleines de fruits rouges, Jean-Marie la regarde un moment comme pour lui demander si l’heure était venue de repartir. Mais elle trouve une chaise sur la terrasse où est installé l’orignal, et s’assoit prête à écouter la suite de la conversation pour peut-être y apporter un grain de sel.

-            Il faudra demander au gouvernement de Québec d’introduire en votre belle forêt des élans parlant anglais et je pourrais mieux te raconter deux fois l’histoire de Daniel, en français et en anglais pour que tu vois que ce n’est plus la même.

-            Daniel aimait la sea et est parti avec un seaplane pour le retrouver ?

-            Non, avec un train de marchandises. Et en voyant la mer il ouvrit des yeux immenses. C’était son rêve d’une main et sa passion de l’autre.

-            Des yeux immenses ?

-            Daniel avait des yeux noirs qui brillaient très fort car je ne pouvais pas dire qu’ils brillaient brillants (j’aurai pu écrire qu’ils brillaient avec éclat) mais en anglais ils peuvent car ce n’est pas le même mot pour dire briller et brillant. Et avec ses yeux il toucha la mer jusqu’à plus soif. Personne ne le retrouva. Surtout il croisa le poulpe comme je te croise toi, l’orignal.

-            Comment on dit le poulpe en anglais ?

-            Octopus, c’est très étrange comme mot !

-            Pas plus qu’orignal.

Sa femme demande alors si Jean-Marie a écrit cette historie avant qu’ils ne se connaissent car elle n’en a aucun souvenir. Elle sait par contre exactement comment le premier de ses amours croisa pour la première fois la mer. Il marchait dans des grandes herbes après avoir dormi, en luttant contre des moustiques, dans une cabane au milieu des dites herbes, et tout d’un coup sans s’y attendre, il vit une mer de sable puis en marchant encore un peu, il avait cinq ans, il vit une mer d’eau. Il pensait qu’on est marqué à vie plus par son premier souvenir de mer que par son premier amour. J’ai alors compris que jamais je ne pourrai me changer en mer.

-            Ecoute Jean-Marie, je sens que ton histoire n’a pas de morale ? Or une histoire sans morale, pour les enfants, c’est vraiment une histoire ?

-            Tu me fais penser au fait qu’en anglais ils ont le même mot que nous : sentence. C’est une maxime qui peut devenir un jugement, comme elle était au départ un jugement de Dieu. On peu dire aussi que c’est simplement une petite phrase.

-            Et tu fais plus dans les petites phrases que dans les sentences ?

-            Attends, je vais retrouver la dernière phrase ou plutôt les derniers mots de ma nouvelle où les enfants qui vécurent avec lui, avant qu’il ne parte voir la mer, reprennent le fil du récit pour constater l’état de ce rêve qui avait commencé un matin quand ils découvrirent « dans la pénombre du dortoir le lit de Daniel, qu’il avait préparé pour le reste de sa vie, comme s’il ne devait plus jamais dormir ».

-            Et pourquoi The New Yorker a choisi ce texte qui, je comprends bien madame, est ancien ? Ce n’est pas une revue pour enfants, ni une revue sans sentence ?

-            Je suis timide, je n’ai pas osé demander pourquoi.

C’est parce que Jean-Marie est timide qu’il évite les sentences. Je me souviens, au Mexique, dans le Michoacan, là où des mécènes institutionnels nous avaient accueillis au point qu’à Paris on prenait Jean-Marie pour un spécialiste des Amériques, ils s’étonnaient de sa timidité, de son air réservé, de sa modestie, de son air effacé. Puis s’adressant à l’animal : « Orignal on va devoir te quitter, on sait qu’après nous la mer t’apportera encore du bonheur et ce n’est pas là une sentence. »

-            Disons qu’à présent, je vais saisir le bonheur qui passe, comme une langue étrangère.

-            Comme un silence à décrypter ?

-            Et silence en anglais c’est quoi ?

-            Comme en français, silence, mais attention bruit se dit noises qui n’a rien à voir avec chercher des noises à quelqu’un.

Le bateau fit un bruit, un noise calme et doux, et cette matinée automnale semble s’être déroulée comme dans un rêve paisible : pas un mot plus haut que l’autre, pas une vague plus forte, pas un seul geste brusque. Le cauchemar sera pour une autre fois.

 10-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:25


Photo un peu rouge mais bon ....
La Dépêche Tarn 4-12-2008

Le prof de français publie un livre

Claude Rossignol raconte le Prix Goya

  

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

On retrouvera demain à partir de 15 heures au foyer du théâtre municipal de Castres le professeur de  français aujourd'hui en retraite Claude Rossignol qui présentera et dédicacera son livre : << Longue vie au Prix Goya ». Cet ouvrage vient tout juste de sortir et il raconte l'histoire de ce Prix littéraire né au lycée de la Borde-Basse il y a 18 ans d'une initiative pédagogique. Durant toutes ces années, le prix Goya a désigné le meilleur «premier roman » de l'année. Ce sont les élèves qui ont décerné ce prix qui avait pris une envergure nationale.

Claude Rossignol rappelle l’historique : « La toute première année, nous étions trois. Nicole Legrand de la librairie Graffiti, Jeanne Cabrol qui était documentaliste du lycée et moi-même. Cela ne concernait qu'une seule classe. Puis, progressivement, ce prix littéraire a pris de l’ampleur avec plusieurs classes engagées et le club concernant des élèves de tout le lycée. » Mais le Prix Goya, ce n'était pas seulement une histoire de sélection littéraire ou de pratique de la lecture: «L'esprit du Prix Goya, c'était autant le plaisir de lire pour les lycéens qu'être responsable en menant le projet de bout en bout. C'était aussi une démarche globale ou les élèves préparaient une grande cérémonie de remise des prix, en présence des auteurs, et étoffée de spectacles théâtre, musique, journal. . . etc. >>

Aujourd'hui, le Prix Goya a disparu de la Borde-Basse pour de raisons expliquées dans l’ouvrage de Claude Rossignol. Par contre il continue de vivre grâce au Prix Goya Découverte mené dans des écoles primaires de la ville décernant un prix de littérature jeunesse. Au fil de toutes ces années ce sont près de 5000 élèves qui ont participé, de près ou de loin, à ce prix. Le livre de Claude Rossignol en est un témoignage fidèle. J.-M. G

 

Le Tarn Libre, 5-12-2008

Claude Rossignol, la mémoire du prix Goya

« Le prix Goya c'est quelque chose de symbolique en ce sens où l’on peut montrer que des jeunes sont capables de faire quelque chose d'intéressant. Et puis il y a l’ambiance. Quand on se rencontre dans, le couloir, on se dit salut, on ne fait un sourire et on ne se connaît pas forcément. On se reconnaît, on est une race d'extraterrestre », déclarait Emilie Cazenaves interrogée en 1997 par une équipe d'élèves en charge de l’édition d'un journal interne. Cet extrait d'interview a marqué Claude Rossignol, le créateur du Prix Goya dans les années 997. Ce professeur de lettres de la Borde basse de 1973 à 2005 a décidé d’écrire un ouvrage sur l'histoire de cette manifestation intitulée « Longue vie au prix Goya >>. Il se souvient encore de la première édition qui a consacré Christine Lafon pour son livre « Mémoires d'un brin de faille ». A l’heure il est coutume le dire que les jeunes n'aiment pas lire et se désintéressent de la littérature, il est assez étonnant que Claude Rossignol et ses collègues, en charge de l'organisation du prix Goya, aient réussi à mobiliser la jeunesse autour de leur projet pendant dix-sept années de suite. Si l’initiative a périclité, c'est faute de moyens et à cause de la dispersion le l’équipe pédagogique à l’origine le cette démarche. Certes le prix Goya Découverte continue son petit bonhomme de chemin avec les enseignants du primaire et les écoliers. Mais il est bien loin le temps le théâtre municipal de Castres accueillait des personnalités comme Stéphanie Janicot, Marc Levy, Nadine Trintignant qui avec émotion ont accueilli la récompense que leur a attribué le jury de 147 lycéens. C'est avec émotions que Claude Rossignol raconte l'histoire du prix Goya, non pas pour s'apitoyer avec nostalgie sur le prix mais pour préserver la mémoire de ce prix littéraire porté par des lycéens et soutenu par des enseignants et des amoureux de littérature comme Jean-Pierre Guibert, Nicole Legrand et M Dommejean et soucieux d'en transmettre la richesse. Cet ouvrage a été édité par les Editions La brochure dirigées par Jean-Paul Damaggio. Le vendredi Claude Rossignol présentera son ouvrage aux personnes qui ont bien voulu le soutenir. Cette présentation aura lieu au théâtre municipal de Castres le vendredi 5 décembre a partir de 15 h. Elle sera suivie par une séance de dédicaces qui aura lieu au foyer du théâtre municipal.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:24

Vazquez Montalban à l’honneur


22-11-2008 C’est à la Bibliothèque Léon Cladel de Moissac qu’une trentaine de personnes ont retrouvé ou découvert Pepe Carvalho, le détective fabriqué par Vazquez Montalban. L’épisode de la vie de Pepe qui a été présenté par Jean-Paul Damaggio concernait la séparation douloureuse qui se produisit entre le jeune Pepe et son épouse Muriel alors qu’ils avaient une gamine de neuf mois. C’est suite à cet échec amoureux que Pepe décida d’entrer à la CIA comme il le raconte dans les mémoires d’un garde du corps sous le titre provocateur « J’ai tué Kennedy ».

Toute la discussion a porté sur le rapport de Vazquez Montalban à la langue. Le TH de Carvalho qui fait portugais a rappelé à un occitaniste que cette graphie a peut-être été porté jusqu’en ce pays par les troubadours. Le rapport au désenchantement, à la défaite, à la cuisine et à la culture populaire, autant de sujets qui ont couru à travers le sympathique débat qui s’est achevé par une non moins sympathique petite collation préparée par les animateurs de la Compagnie des Ecrivains et de Lire sous Ojives. La photo témoigne d’un compte-rendu publié dans la presse.

09-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:20

cladel bracquemondLéon Cladel nouvelliste, rencontre au scribe

 

17-12-2008 Cinquante personnes à la Librairie Le Scribe, à l’initiative de la Compagnie des Ecrivains, pour passer une heure avec Léon Cladel à qui Jean-Paul Damaggio a prêté sa voix. Il s’est agi surtout de la lecture de la nouvelle Treize que vous trouvez sur ce blog. Une façon de croiser le nouvelliste que fut Cladel. Un nouvelliste qui saisissait au vol l’histoire d’un homme du peuple dont il faisait ensuite littérature. Et cet homme du peuple lui permettait occasionnellement de raconter une partie de sa propre vie. Par exemple dans une nouvelle qu’il consacre à son ami le dessinateur André Gill dont le portrait de Cladel orne cette page, ou à son autre ami qu’il appelle Dux et qui n’est autre que Baudelaire son premier préfacier. Léon Cladel, l’homme qui plaçait sur le même plan l’intérêt pour les paysans et les citadins, pour la province et pour Paris fut un inclassable toute sa vie et un rouge parmi les rouges. La ville de Montauban pourrait-elle faire plus lui ? Ou le Tarn-et-Garonne ?

Cette belle rencontre a permis de vérifier, comme d’autres occasions (un colloque universitaire qui a donné un beau livre) que la mémoire de Cladel court encore dans les sous terrain de la société. Quelques romans sont disponibles ainsi que le recueil de nouvelles que nous avons proposé (Emotions autobiographiques). Cladel, Daudet, Maupassant, Zola, Vallès quelques noms sont venus dans la discussion pour discuter de la postérité, et de la place de chacun dans notre littérature.

Nous reviendrons sur le sujet avec la publication d’un livre aux Editions L’Harmattan au sujet de Léon Cladel et ses écrits sur la commune.

18-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:46

Plutôt que d'écrire sur la "mondialisation", lisons les anciens

Léon Cladel :
Justïn Capûs, le farinier du moulin de Moissac

- 1874 -

 

  

Ferrugineux entre tous les affluents de la Garonne en laquelle il se perd au-delà de Boudou par son unique embouchure, le Tarn, né dans les Cévennes, au Mont Lozère, après avoir arrosé Millau, Gaillac, Albi, Villemur, Montauban, et qui a déjà reçu depuis sa source la Dourbie, le Dourdou, la Rance, et l’Agout, roule aux pieds de La Française et de Camparnaud ses ondes rouges et fumantes comme le sang des vignes riveraines et celui des terriens d’alentour, où, sans se confondre avec elles, fluent, encaissés dans le même lit, les flots invariablement jaunes du Tescou et ceux toujours verts de l’Aveyron absorbés à la pointe du Saula, rencontre à Sainte-Livrade une double ligne de barrages qu’il franchit et puis se heurte, accru de divers ruisseaux, tels que le Lemboux, la Gourgue, l’Anet et le Lemboulas, aux digues monumentales du moulin de Moissac :

- Un habitacle des plus cossus, affirment les rustres des environs, admiré de tous à plus de trente lieues à la ronde et non moins propre que bien famé...

C'est un vaste édifice sans ornements, bâti sur pilotis, et sous les voûtes de ses inébranlables assises passent toutes les eaux de la rivière qui, si longtemps, animèrent les puissantes roues hydrauliques motrices de ses vingt-quatre meules de grès, ronflant alors de l’aube au crépuscule, en toute saison. Aujourd'hui tout est bien changé là ! Non moins silencieuse que ces farouches moustiers croupissent encore trop de moines oisifs et que ronge le feu charnel, l’usine, adossée aux talus d’une grève qu'embaument les parfums du cytise et qu’ombragent les ormes séculaires peuplés de becs-fins, y chantant depuis les premiers soleils d’avril jusqu’aux approches du solstice d’été, plonge toujours ses piliers de granit dans les remous limoneux qui la baignent, mais à ses portes étoilées de clous et garnies de heurtoirs en fer forgé ne se pressent plus en foule les chars à bœufs, les charrettes limonières attelés de cinq à six étalons en arbalète, ni les bêtes de bât, ânes, mules et juments qui, naguère, y entraient et sortaient chargées de sacs de grains ou de farine. Ah ! c’est qu’elle n’expédie plus, de même qu’autrefois, ses moutures au Midi de la France ni dans les deux Amériques ! Son commerce déjà réduit par la concurrence de beaucoup d’établissements installés au cœur des régions limitrophes de la localité, les Yankees l’ont ruiné totalement en jetant sur nos marchés des bords de l’Océan, non seulement des blés d’outre-mer moins coûteux que les nôtres, mais aussi des farines sinon supérieures, au moins égales à celles du pays estampillées des meilleures marques. Si les maîtres meuniers et les minotiers de la localité, vaincus par l’étranger, ont baissé pavillon, ils ne souffrent guère en somme de l’anéantissement de leur industrie. Enrichis par tout un peuple d'actifs et fidèles serviteurs, ils mangent leurs rentes sans entamer le capital et, pour elle, le chômage du grand tric-trac de la contrée ne les empêche aucunement, mariés ou non, de s'empiffrer très souvent, en compagnie des noceuses de la Guyenne et du Languedoc, ainsi que par le passé. Quant à leurs anciens salariés, les débardeurs, les bateliers, les charrieurs, c'est une autre paire de manches ; ils ont maigri, ceux-là ; n'ayant, après vingt-cinq ou trente ans de travail acharné, ni le moindre lopin de terre à cultiver, ni même un sou vaillant, et la plupart de ces «valets» errent tout désœuvrés et faméliques autour de la colossale bâtisse autrefois si bruyante et maintenant muette, où maint patron s'est engraissé de leur besogne aussi dure que celle des forçats, et de la sueur sanguinolente qui, pendant un quart de siècle, a coulé de leurs corps endoloris.

 

- Eh bé ! vous, eh bé ! s'écriait, il y a quelques mois, un de mes compatriotes que j'affectionne pour sa franchise à toute épreuve et sa rare délicatesse, est-ce exact, est-ce bien vrai, cela ?

L'agreste et majestueux septuagénaire, à qui avait été adressée à brûle-pourpoint cette interrogation, ex-farinier de la glorieuse manufacture éclipsée, se dressa, regarda le ciel, la terre et l’eau, retomba sur le banc de pierre scellé dans une paroi de briques au seuil des hangars encombrés jadis de charrois, et répondit :

- Oui, méou !

 

Nature primitive et fruste entre toutes, cet âpre tâcheron, aussi rugueux, aussi doux que le paysage ambiant, était là vraiment fort bien dans son cadre et semblait non moins inhérent à la rive que les arbustes et les plantes aquatiques d’alentour. Ayant servi cinquante-quatre ans sous ce toit quasi désert, il demeurait tout à côté dans une hutte au-dessus des berges, inamovible et résistant, tel que les blocs de calcaire sur lesquels s'érigeait la « moulinasse ». En dépit de ses soixante et onze ans et quoiqu'il eut abondamment neigé sur sa tête de Romain, noueux et solide comme les chênes qui donnèrent leur nom à notre province, il n’avait rien de sénile encore et, Ventre-Dieu ! nul poussin n’apprendrait la musique à ce crâne coq ! Que des faix écrasants longuement appliqués sur ses épaules athlétiques l’eussent tassé sur lui-même en enfonçant son cou d'Hercule dans sa poitrine velue comme le fanon des buffles, soit, oui, d'accord ! et qu'à force de supporter le poids de ses reins toujours pliés sous des balles pesant de deux à trois quintaux, ses jambes semblables à des colonnes lui fussent un peu rentrées dans le ventre, il se sentait néanmoins de la poigne et du courage autant qu’en sa jeunesse, et la panse ainsi que la caboche toutes pleines « d'innocence» attendu qu'il n’avait jamais failli, lui, Justïn Capûs, aucun n’en ignorait, et, par sa simplicité patriarcale, il s’était acquis une belle réputation ; assez volontiers, on vantait partout ses exploits, entre autres celui-ci qui le popularisa légitimement dès sa maturité.

 

Festinant avec quantité de ses pareils aux étangs de Budail, le lundi de Pâques, il avait, lui, plus sobre d'ordinaire qu'un baudet, « empli toute sa contenance » et digérait tranquille au milieu de ses commensaux, heureux comme eux d'avoir au moins une fois en sa vie bu selon sa soif et mangé selon sa faim. Mais voici que des sons indécents frappent son oreille, il entr'ouvre ses paupières mi-closes et, de l’autre côté de la table, aperçoit un malotru feignant de se torcher le dos avec ce qui restait d'une énorme miche dorée. Une telle indignité lui parut un sacrilège, à lui qui, de même que les pasteurs et les semeurs antiques adorateurs de Pan, honorait et vénérait cette féconde mère qui, toujours généreuse, nourrit du fruit de ses entrailles chacun de ses fils, même les ingrats qui la méconnaissent ou l’outragent.

« Enfants, s'écria-t-il en se dressant, terrible et solennel comme un juge biblique, il est mal d'en agir ainsi, rien de plus laid à mon sens ; il faut respecter les dons de la terre, et quiconque outre-passe cette loi, mérite d’être puni ; toi, là-bas, pacant, tâche de ne pas recommences ou gare ! »

Impertinent et comptant d'ailleurs sur ses muscles d’acier, l’autre, au lieu de se confondre en excuses, foule sous ses orteils la croûte et la mie du chanteau, puis crache dessus. En un clin d'oeil, l'impie fut colleté. La lutte ne dura guère ; elle allait se terminer par l'exécution du coupable sur la gorge de qui s'appuyaient deux genoux furieux ; soudain, aidé par quelques-uns de ses camarades qui s’interposent, il se dégage et, redoutant la colère du justicier dont le poing formidable s’était abattu sur une cloison qui croulait, il se précipite, afin de se soustraire à la massue de nouveau levée sur lui, par une fenêtre grande ouverte et choit au fond d'une lagune où grouillent pêle-mêle des têtards et des rats d'eau ; le vengeur l’y suit par le même chemin et, l’ayant saisi sous les aisselles en pleine bourbe, l’en retire presque asphyxié, puis le traînant devant les convives accourus, il le contraint, en leur présence, à demander pardon au Seigneur Dieu le Pain !...

 

- Ainsi donc, parrain, reprit le visiteur, ça ne marche pas ici ?

- Du tout, du tout ; les turbines ne vont plus, il y a près de trois ans qu'on n'a pas réparé d'aubes ni d'augets et les gabares moisissent loin des écluses. Sang-bleu ! Pendant que, spahis contre ton goût, tu traquais les moricauds là-bas, au diable, ici la dégringolade commençait, et nous avons pâti ferme en ces parages depuis que tu habites la Capitale. Il a dû te renseigner sans doute à ce sujet, ton papa, mon loyal compagnon. Nenni ! Tout n’est pas rose en ce monde et l’on se lasse d'espérer quand on souffre trop ; pourtant, à ce qu'il paraît, nous toucherions à la fin de nos misères. On parle de rouvrir la boutique ; en ce cas, adieu les soucis et vive toi, moi, celui-ci, celui-là, les autres et tout le monde enfin !

- Ne vous y fiez point ; en effet, l’an dernier on en eut l’intention, mais, à présent, on y a renoncé.

- Renoncé, Sabbat de Diou ?...

- Par malheur, oui !

Bondissant, hors de lui, se secouant dans son sayon tout reprisé de toile écrue, le rude bonhomme ajustait machinalement ses bragues usées jusqu'à la corde et tout à coup son mâle visage, enfariné comme autrefois, celui de quelque Pierrot des Funambules, se plissa douloureusement :

- Tu plaisantes?

- Hélas ! non pas.

- Si fait !

- Oh non, certes !

- Si, si ! tu ris ?

- En aucune façon.

 

Une inexprimable angoisse détendit les mâchoires contractées du chenu mercenaire qui se frappait la poitrine et dans ses prunelles humides passa ce regard stupide et désolé des vaillants bœufs de labour à jamais sevrés de la charrue.

- Ah çà ! mignot, tu supposes, interrogea-t-il en surmontant sa torpeur, tu penses qu'on n’ouïra jamais plus de tic-tac, là-dedans ; Explique-toi, voyons ?

- Hé bien, écoutez...

Il ne fut pas aisé de dissuader ce digne et robuste rural en cheveux blancs à qui chaque parole entrait au cœur comme un couteau. Ne comprenant absolument rien aux vicissitudes des empires non plus qu'aux révolutions scientifiques ou commerciales, illettré, ne sachant même pas ce qu'on entendait par exportation, importation ou transit, il s'était toujours figuré, dans son chauvinisme héréditaire, que si nous avions eu le dessous sur les champs de bataille, l’unique faute en était à « ce maréchal de pacotille, espèce de guerrier sans amour-propre et sans vertu, qu'on aurait dû mettre en cage à l’instar des hyènes et des vautours» et que l’étranger, incapable de nous affronter en rase campagne, ainsi que sur nos marchés, serait battu bientôt à plate couture en tous lieux, et que par conséquent la grande et malheureuse France redeviendrait prospère, et qu'à Moissac en Quercy le chômage ne s'éterniserait pas ! Or, voilà maintenant que ses tenaces illusions s'arrachaient de lui toutes ensemble et l’abandonnaient une à une...

 

- A l’âge que j'ai, faudrait-il donc m'expatrier, pitchounot, et quitter tout ça ! soupira-t-il en embrassant d'un coup d'œil circulaire les plaines grandioses se déroulant à ses pieds et les magiques montagnes d'alentour réfléchies dans les limpides profondeurs du fleuve aux bords duquel les siens, tous les siens et lui-même étaient nés ; ô toi, très savant, toi, le fils du seul de mes camarades qui partageait avec moi sa pitance à peine suffisante pour lui, toi, filleul, apprécie et juge sainement ma position, elle n’est plus tenable, et trois fois miracle si je suis encore là ! Depuis six ans, toutes mes ressources consistent dans l’hectolitre d’orge, de seigle, de maïs ou de sarrasin que me sert chaque mois à titre de pension le richard à qui j'en ai peut-être fait gagner un million. On n'a que ça pour vivre, rien que ça. Ce n’est pas trop ni même assez. Encore si ma fière marmaille était là ! je lui rendrais bien en trimant la soupe et la piquette qu'elle m'aurait fournies, soit l’hiver, soit l’été. Partis mes trois gars ! ils dorment à côté de ma femme en un coin du cimetière ; ma fille unique, il vaudrait peut-être mieux qu'elle fût morte aussi. Quelqu'un lui avait juré qu'il l’aimait, elle crut cela, son sang l’étourdit, elle ne résista plus à qui lui promettait mariage et le brigand était marié. Pécaïre ! Elle fila vers Bordeaux avec la demi-créature qui respirait en son sein, et les dernières nouvelles que j’en eus datent de l’autre fenaison, un an tout à l’heure. Elle me manda qu'elle me chérissait tant et plus, qu'elle me serait dévouée jusqu'au dernier soupir, mais qu'elle n'oserait jamais reparaître en ma présence. Ainsi, me voilà seul, tout seul, la bicoque où je réside ne me rappelle guère que des deuils et pourtant j'aurais bie n souhaité d'y finir. On peut à l’occasion être utile à beaucoup de gens en ces contrées. Il y en a toujours qui sont exposés à se noyer et d'autres à se brûler, aux environs. Aussi fin nageur que bon pompier, j'en ai sauvé plus d'un qui pintait à tire-larigot en pleine limonade ou qui se rôtissait en quelque étable. Etre fort comme un cric et ne pas trouver d'ouvrage, ah ! c'est ça qui m'extermine ! On m'en a refusé partout, et pourquoi ? Mon cher, en voici la raison : Un jour, on me demandait auprès de Saint-Pierre-ès-liens si j'étais rouge ou blanc, ou bleu ? Je ripostai que je ne m'occupais pas de politique et que toutes les couleurs m'étaient égales. «Seulement, ajoutai-je, à mes yeux de républicain qui ne fait pas métier de son opinion, il n'y a qu'une chose d'intéressante : il convient que si le riche vit les bras croisés, le pauvre, lui, vive en les remuant, et s'il est infirme, qu'il soit entretenu. Mendier, on préfèrerait dix et même cent fois être décapité, noun de Diou !...»

Ma repartie ne plut à personne, et je n’en reviens pas ; c'est si juste cependant ; tous si nombreux que nous soyons sur cette boule ou nul n'a réclamé l’avantage de croître, ne sommes-nous pas tombés de la verge du même père en admettant que quelqu'un du ciel nous ait créés, ou sortis du sein de la même mère, en, supposant, ainsi que l’enseignent une masse de sapients, que la terre, cette noble femelle, nous ait enfantés sans avoir eu le moindre commerce avec un mâle de là-haut ou d’ailleurs. Si, donc, nous provenons de la même source, où qu'elle soit et quelle qu'elle soit, au-dessus de nos fronts ou sous nos orteils, il est clair qu'en ce cas la peau du gueux est la sœur de celle du capitaliste et qu’entre frères celui qui possède est tenu de soulager celui qui n'a pas. On m'impute à crime une telle croyance et personne ne me pardonne d'avoir osé penser et parler ainsi ; je n'y conçois rien et j'en suis ébaubi ! Bref, enfin voilà : Ce nid autour duquel on a germé, poussé, grandi, l’on n'y trouve rien à paître, et peut-être serai-je obligé d'en déguerpir avant peu. Les gazettes qu'on m'a lues assurent que tous les ans en cette ville des villes où tu vas retourner, toi, menu, dès demain, il y a chaque année un concours de domestiques. S'il en est ainsi, j'irai là-bas. Honnête, irréprochable, je m'en félicite, et d'ailleurs n'ayant à perdre que ma carcasse, je la donnerai tout entière à qui... m'emploiera. C'est décidé !... Donc... (et comme s'il avait été sur le point d'accomplir son exode et de consommer son suprême sacrifice, il adressa un adieu prématuré à sa terre natale, en qui se concentrait tout l’amour qu'il avait eu pour les membres disparus ou dispersés de sa famille) donc, un signe, un mot de toi, je pars ; si l’on m'a trompé, par hasard, et qu'au grand village il n’y ait rien de mieux qu'ici, bonsoir ! en ce cas, on se boute une pierre au cou, l’on s'engloutit, et ma chair aura du moins engraissé les carpes et les aloses... Ah ! retire-toi, tout de suite, acheva-t-il en sanglotant, va-t'en, je ne veux pas, conscrit, que tu voies pleurer un vétéran de ma taille et de ma valeur...

 

Or, après m'avoir rapporté, vingt-quatre ou quarante-huit heures plus tard, cette confidence dont il était encore tout ému, mon ami, l’opiniâtre viticulteur, Paul Tédié, lequel délivrera, je l’espère, nos vignobles du phylloxéra qui les rouge et les tue, me dit textuellement ceci :

« Je suppose, en y réfléchissant, que mon parrain, en parlant d’un concours de domestiques, a voulu m’indiquer le prix de Monthyon ; essayons-y, tâchons qu’il l’obtienne l’an prochain... »

Naïf, n’en déplaise à certains rusés qui me mesure à leur aune, naïf autant que mon interlocuteur et son protégé, je me chargeai de prôner ce candidat du travail et, de la misère et de la probité. Fidèle à ma parole, je le recommandai de mon mieux à quelques immortels qui se meurent à petit feu sous la coupole de l’Institut. « Tout homme de peine, leur dis-je, en vaut un autre, et celui-ci l’emporte sur vous tous, si laborieux que vous soyez. » Ils me promirent tout, mais ne tinrent rien, ces messieurs si bien emmitouflés, et Justïn Capûs s'en alla dans l’autre monde ainsi qu'il était venu dans celui-ci : nu comme un ver. Requiescat in pace! Qu'il n’en soit plus question : Amen.

11 novembre 1882. Léon Cladel

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:43

Hier : les risques du métier

Aujourd’hui : un métier à risques

 

 

Pour mon départ à la retraite, voici deux ans, j’ai écrit le portraits de 40 enseignants. J’en reprends un ici car je découvre tous les jours qu’enseignant, ça devient de plus en plus, un métier à haut risques, un métier pourtant si beau. Je pense aujourd’hui à Jean-Pierre en lisant le livre de Claude Rossignol qui raconte une histoire magnifique, celle que Jean-Pierre aurait pu et même dû connaître. 9-12-2008 Jean-Paul Damaggio

 

 

Dans la cour d’une école montalbanaise, un ami beaumontois annonce à Louis, le décès de Jean-Pierre, un collègue instit. Information confirmée dans La Dépêche du 9 avril par quelques lignes très brèves. Cet homme de 55 ans ne bénéficiera pas de sa retraite, sa vie s’est achevée contre un camion. L’ayant croisé seulement quatre fois dans sa vie, Louis l’a peu connu mais son cas le touche profondément. Par ces quelques mots, mettra-t-il un bémol aux fausses idées sur les fonctionnaires au statut idéal ?

 

Instituteur dans une classe unique, Jean-Pierre fut un jour envoyé en stage obligatoire de formation continue. A ce titre, Louis l’a rencontré une première fois : pour le remplacer voici dix ans. A ce moment-là, l’Education nationale se payait quelques « frivolités » du genre : prise de contact (ça veut dire que le remplaçant venait le samedi matin dans la classe où il devait intervenir la semaine suivante, pour assurer une liaison pédagogique). Autant dire que les stages de formation continue fonctionnaient presque à merveille ! Malgré ses incompétences notoires, Louis a compris en trois minutes que Jean-Pierre n’avait plus sa place devant des enfants. Il n’a d’ailleurs pas osé rester plus de 15 minutes à observer les élèves, tellement cet instit lui paraissait bouleversé par sa présence. Sa compagne venait de décéder d’un cancer, et il tentait de se soigner par l’alcool. Des douleurs empirent ainsi …

 

Jean-Pierre avait abandonné sa classe à contre-coeur car l’idée que quelqu’un puisse entrer dans son « intimité » le paniquait. Il ferma tout à clef, donna des cahiers nouveaux aux enfants, et attendit sans doute avec impatience la fin d’un stage devant faciliter la liaison entre la classe de CM2 et la Sixième.

 

Le fonctionnaire a la sécurité de l’emploi mais, quand l’emploi, il ne peut plus l’assumer, cette sécurité devient une prison. Rien n’est prévu pour aider à une vraie reconversion. Louis a entendu un inspecteur expliquer : « voilà des enseignants qu’il faut virer ». Jean-Pierre, ne pouvant être viré, se retrouva d’abord sur un poste de remplacement, mutation qui ne pouvait que l’enfoncer. Les autorités ont une telle image du remplacement que c’est pour eux le poste poubelle alors qu’il faut au contraire être solide pour tenir la route.

 

Comme prévu, sa situation se dégrada et il obtint un congé maladie transformé en longue maladie. Le traitement technique d’un mal qui supposait, en premier lieu, l’orientation vers un autre métier, ne pouvait ainsi aboutir vraiment. La seule idée de revenir devant des enfants, sous peine de perte de tout salaire, devait détruire tous les effets du traitement médical. Pas besoin d’être psychologue, sorcier ou fou pour s’en rendre compte.

 

Voici trois ans, Louis croisa à nouveau cet instit, à l’école de Beaumont où il tentait une réinsertion. Entre temps, Louis avait récupéré le poste de remplaçant de Jean-Pierre. Méconnaissable physiquement, Louis, aussitôt, sentit chez Jean Pierre un désir de bien faire, l’envie d’être considéré, et en même temps une fragilité évidente. Sur ce poste aménagé, au bénéfice de tous, enfants et enseignants, il apportait sa culture et son savoir à de petits groupes. Ce système lui avait redonné vie car il vérifiait qu’il pouvait encore être utile.

 

Pourrait-il tenir jusqu’à la retraite ? Parfois, pour masquer leur souffrance, des instits changent de département, la fuite calme quelques douleurs. Jean-Pierre resta dans son milieu, le secteur de Beaumont, preuve qu’il était incapable de sortir de l’engrenage, si tant est que la fuite soit une porte de sortie.

 

Il avait besoin d’une aide sociale presque inexistante dans l’institution. Ayant vu à l’œuvre, la collègue Danièle Petit, Louis savait qu’en tant que déléguée du personnel, par une énorme attention, elle « sauva » plusieurs personnes fragilisées. Combien de fois l’ai-je entendue alerter l’administration sur le vide social de l’Education nationale ? (une assistante sociale pour 1200 personnes environ). A un moment, la loi créa un congé mobilité sans suite. J’entends ceux qui disent : « dans le privé, c’est simple, les malades sont virés, et la messe est dite ». Oui, mais c’est la société qui est alors obligée de prendre en compte la « victime ». L’instit, lui, se culpabilise deux fois : il a une « situation » dont il ne sait pas profiter (quand il va mal), puis il est aidé, sans réussir à s’en sortir puisque l’aide le plonge souvent dans le mal ! Cette culpabilisation progresse tellement, que toute revendication salariale est interprétée comme un luxe injuste. Autrefois, pour un moindre mal (une « frivolité » de plus), il existait des postes administratifs où l’enseignant pouvait se rendre utile sans se détruire en classe. Jean-Pierre était face à un mur où il ne pouvait que se cogner !

 

Deux ans en arrière, son nom fut prononcé une nouvelle fois dans une réunion paritaire enseignants-administration : il « bénéficia » d’un mi-temps thérapeutique loin de chez lui. Une aide louable pour aider des enseignants mais à condition qu’ils puissent le rester ou le redevenir. Pour cet instit en perdition, c’était une culpabilisation de plus : il était aidé et ça ne donnait rien ! « Quel manque de reconnaissance que le mien ! » devait-il se dire.

Louis, présent à cette réunion, aurait dû intervenir pour dire que Jean-Pierre allait se perdre en maternelle (la fragilité y devient une guillotine) et, qui plus est, loin de Beaumont. Mais son cas n’avait pas été mis à l’ordre du jour, Jean-Pierre n’avait pas l’habitude de téléphoner au syndicat pour l’alerter, Louis a été pris de cours. En dix secondes, tout le monde tourna la page ! Tous les succès acquis sur le poste aménagé à Beaumont allaient s’évaporer sans le moindre soleil.

 

Les drames du travail sont partout (le film espagnol, Lunes al sol, sait en rendre compte à merveille). La situation de l’instit est redoutable dans ce cas : les « privilèges » deviennent des handicaps. Par exemple : l’instit voit rarement son « chef » qui laisse ainsi pourrir le drame. Voilà comment, il roulait au lieu-dit « le petit breton » et, pour une raison inconnue, sa voiture a mordu sur l’accotement. Par un geste brusque pour se rétablir, Jean-Pierre donna un coup de volant à gauche et alors, le poids-lourd venant en face ne lui laissa aucune chance. Un simple accident ? Un homme égaré qui n’avait plus rien à dire? Un fonctionnaire sans avenir qui tourne la page ? Il existe sans doute des centaines de situations de ce genre, où la victime est toujours le coupable, des situations qui devraient nous inciter à penser le monde autrement. Jean-Pierre n’est plus là pour en parler. Il n’a pas su éviter l’accident, il n’a pas su conduire en toute sécurité, il n’a pas su profiter d’un travail tranquille, il n’a pas su bénéficier de la grande sollicitude de son administration, il n’a pas su se soigner, il n’a su dire ni sa douleur ni sa colère. Qu’il tombe dans l’oubli ! Qu’il crève à jamais ! 09-12-2006 Jean-Paul Damaggio

 

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:41

Pour la défense des services publics ?

 

Aujourd’hui lundi 15 décembre à 15h je passe à la poste de Castelsarrasin. Une queue d’une heure. Elle est à présent fermée le lundi matin et en conséquence c’est l’embouteillage l’après-midi. Heureusement j’ai seulement un paquet à poster et je sais utiliser l’automate. Alors, vive la machine ! Un vieux monsieur dans la file (c’est sûr à cette heure là la file est surtout composée de retraités) me regarde et me demande de lui expliquer. Je lui explique la manœuvre pour l’automate. Il est content, il gagne une heure de temps. Mais est-ce la solution ?

Les banques sont reines pour développer le « faîtes-tout vous-mêmes » dans des « espaces » ouverts 24 h sur 24. Je ne suis pas contre les machines mais dans un cadre convivial, dans un cadre de service, dans un cadre humain, pas dans un univers oppressif.

Est-ce à dire que la manifestation à l’initiative d’ATTAC, où nos éditions avaient une table d’information (voir photo), et qui s’est déroulée à Montauban le samedi 13 décembre, a été une réussite ?

 

Cette manifestation fait suite à plusieurs autres et en précède sans doute tout autant. Parce que quand le nombre d’heures de formation à l’école est réduit d’une demi-année pour l’enseignement primaire, parce que quand les trains s’arrêtent de moins en moins dans les gares et que les postes sont fermées, la colère ne peut que grandir. Mais comment permettre la manifestation de cette colère ?

Par des pétitions, des défilés dans les rues, des colloques, des articles (comme celui-ci) ?

Trop de formes de révolte ont été banalisées au point que la population se sent sous le coup de la fatalité. J’insiste, cette fatalité n’est pas seulement alimentée par une idéologie millénaire, mais est le résultat, y compris, de l’action des adversaires… de la fatalité. Quand on propose des tonnes d’action et que le résultat est là, défaites sur défaites, comment ne pas s’interroger sur le bien-fondé des dites actions ? Comment ne pas observer que la mise en concurrence des luttes est devenue la plus belle victoire de nos adversaires ? Quand on répète à tout bout de champ que les luttes qu’on ne mène pas sont les luttes qu’on perd, à des personnes qui mènent des luttes qui furent toutes perdues, comment ne pas admettre le bien-fondé du découragement ?

 

Je n’ai aucune proposition miracle pour sortir de l’impasse. Je répète donc que la solution passe par une réinvention du politique, instrument qui me paraît le seul capable de fédérer les luttes pour proposer une alternative globale, aux mauvais coups partiels mais répétés que l’on porte aux droits sociaux. Toute l’action associative est POLITIQUE et il serait temps de l’admettre sous peine de faire le jeu de l’adversaire. Autrefois, dès que quelqu’un « faisait de la politique » dans nos villages, il était considéré automatiquement de gauche car en effet à droite on refusait la politique en tant que source de division de l’unité nationale. Depuis que politiquement « la gauche » a abandonné ses promesses, c’est la débandade et la confusion. Le thème des services publics devrait susciter d’immenses rassemblements studieux avec constats précis permettant un dialogue entre employés, citoyens et élus. Un dialogue où chacun viendrait pour faire son propre constat d’erreurs : des élus contestant les privatisations qu’ils ont opérées, les employés soucieux d’armer les citoyens, et des citoyens abandonnant le laisser-aller, laisser-faire cher à la classe dominante.

 

Tout doit être mis sur la table non pour faire le procès aux uns ou autres mais pour redémarrer dans de nouvelles conditions. D’ailleurs les services publics sont devenus indéfendables car ils ne sont déjà plus des services publics ! (il m’arriva de tenter de le démontrer dans une réunion ATTAC voici au moins 5 ans et depuis c’est pire). La SNCF, un service public ? La Poste y compris quand elle délègue ses activités aux communes n’est plus un service public. Et l’éducation nationale qui a le mieux résisté car les gourmands de la finance ne savent trop comment s’en emparer est démantelée en commençant par les deux bouts : la maternelle et l’université ! En conséquence, je change mon titre : pour la création de services publics actuels. 15-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 14:38

Les paradoxes des Amériques

 

 

La Révolution française a débuté par une revendication « électorale » : voter non par ordre mais par tête. Bien sûr, la revendication électorale était là pour imposer les revendications sociales de la bourgeoisie et elle s’appuyait sur une « erreur » de l’adversaire : avoir constitué des ordres très clairs permettant au Tiers-Etat de faire « classe ».

Avec la Révolution de 1848 la revendication électorale (le suffrage universel masculin) fut une revendication en soi de « démocratie ». Il a donc été facile de vérifier ensuite que le vote avec suffrage universel masculin apportait à la chambre les mêmes notables qu’avec le suffrage censitaire. Sauf que les démocrates sociaux surent s’emparer de cet outil pour marquer des points (je renvoie à l’article éclairant sur la question de René Merle).

Mais très vite, de Marx à Lénine, la question de la révolution française est revenue au premier plan : quelle classe sociale pour quelle révolution ? Et la réponse est connue : la classe ouvrière avec la dictature du prolétariat. Pourquoi le système n’a pas fonctionné ? Par manque d’une théorie de l’Etat ! En effet, le pouvoir est vite passé de la classe ouvrière à la classe bureaucratique, et la dictature, à l’origine tournée contre la classe dominante, a pu se retourner contre toute la société. Un constat banal qui fait que nous sommes revenus à la case départ avec toute une mémoire historique qui s’est ajoutée à celle des siècles passés.

 

Aujourd’hui les Amériques donnent le ton de la vie planétaire et la « crise » n’y changera rien même si elle doit apporter une monde dit « multipolaire ». Car la « crise » en question n’est que l’existence même du capitalisme et non sa dégénérescence qui n’aura de réalité qu’à partir du moment où une classe sociale apparaîtra clairement comme alternative, avec une théorie adaptée de l’Etat pour imposer sa loi.

 

J’étudie la vie des Amériques car depuis longtemps je suis fasciné par ce paradoxe : d’un côté avec les USA nous avons l’avant-garde capitaliste, mais en même temps, dans le Sud des Amériques (comme hier dans le Sud des USA), la classe paysanne, considérée par le système capitaliste comme un vestige du passé, a continué à jouer un grand rôle au moins jusqu’au tournant du millénaire. En Equateur, au Pérou et au Brésil, en Bolivie et au Mexique, au Guatemala et à Cuba aussi, des paysans organisés contribuèrent à des révolutions non négligeables, même si elles n’entraient dans aucun des cadres fixés par l’orthodoxie marxiste-léniniste. Le Québec a eu l’immense privilège de se retrouver au carrefour de ces deux phénomènes, en tant que part intégrale du monde US, mais avec cependant une paysannerie catholique puissante jusqu’aux années 60, comme en France d’ailleurs.

 

Aujourd’hui, une révolution paysanne d’hier, celle des sandinistes au Nicaragua, est devenue d’après Ernesto Cardenal, une « dictature familiale ». Et l’ancien ministre de Daniel Ortega sait de quoi il parle, quand il emploie même le terme de « fascisme » pour désigner le gouvernement actuel de cet ancien sandiniste : « Nous sommes dans un régime fasciste. Ce gouvernement n’est pas de gauche, c’est simplement une dictature familiale ». En tant que curé, la politique criminelle de ce clan contre le droit à l’avortement aurait pu l’inciter à calmer ses critiques mais comme vous le voyez il n’en est rien. Or cette analyse concerne un fait mineur, l’interdiction faite à Sergio Ramirez de préfacer un livre d’œuvres poétiques de Carlos Martinez Rivas. Un fait qui malheureusement s’ajoute à tant d’autres comme l’interdiction du parti de la rénovation sandiniste ou des attaques en règle contre les associations féministes. Je sais que mon propos va de suite être qualifié de concession aux mensonges honteux de la presse de l’empire car même au sein de « la démocratie » on ne discute plus sur la qualité des pièces de la maison, mais seulement sur la beauté des façades. Tant pis !

 

J’aime le Nicaragua qui est traversé par d’autres contradictions, mais je retiens seulement pour cet article, cet autre échec flagrant de prise en compte des droits sociaux, par d’anciennes forces de gauche. Que peut-il alors se passer ? Les sociétés paysannes en voie de démantèlement ne constituant plus des forces capables de résistance, comment la révolution peut-elle renaître de cendres toujours rouges ? Le levier que la crise actuelle peut paradoxalement nous apporter, c’est le retour de l’Etat dans le monde politique. Un Etat qui faute de pouvoir être social (à la mode de Keynes) doit être socialisé par la masse des salariés constitués en Quatrième-Etat. Obama c’est une force du système dans lequel nous devons trouver la faille. Mais à écrire on ne risque pas grand chose… sauf à se tromper. 16-12-2008 Jean-Paul Damaggio

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 10:58

Lecture croisée

 

Votre voisin n’a pas de papiers, Paroles d’étrangers

La fabrique éditions Cimade

 

J’ai eu quinze ans en Tarn-et-Garonne 2008-1808

Petites histoires pour 15-115 ans

Jean-Paul Damaggio, Editions La Brochure

 

 

Le temps glisse limpide, remontant le cours des années de 2008 à  1808. Dans son exploration singulière suivons Jean-Paul qui épingle les mots de ses témoins comme autant de papillons en plein vols de leur 15 ans tour à tour énigmatique, poétique, humoristique, politique toujours vivants entre journalisme et exploitation agricole, entre collège et maison des ancêtres.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre qui raconte la vie quand elle prend racine dans un département verdoyant, révolutionnaire, libre de ses luttes clamées par des hommes et des femmes riches d’eux-mêmes.

 

                        « Demain, il fera peuple

                        Demain, il fera jour

                        Demain , il fera liberté

                        Demain, il fera poésie.

                        Demain, il fera chance »

 

Epelant leurs demains à tous, Jean-Paul explore le passé de chacun à travers le département. Son livre est habité de visages humbles, de mots discrets mais lumineux prononcés par des jeunes et moins jeunes, travailleurs ou non, hommes ou femmes du temps présent mais aussi plus lointain. Nos ancêtres parlent à moins que ce ne soit nos enfants ou nos compagnons de route. Ils sont tous là, l’ébéniste, le manifestant, l’énigmatique, l’oublié, l’anonyme et d’autres encore qui revivent sous le clavier érudit de Jean-Paul Damaggio. Ils ont eu quinze ans et nous les racontent dans les contours des pages et de leurs phrases souvent surprenantes, si pleine de sève. Tous disent l’espoir de la vie qui se dit, quand ceux qu’on nomme « les petits » parlent dans le temps de leur souffle heureux. Comme il doit être bon d’être né quelque part sous un ciel qui appartient à ceux qui labourent une terre juste en dessous, depuis toujours, à ceux qui poussent la porte de l’usine, à ceux qui accomplissent leurs tâches quotidiennes dans le droit fil de leur histoire non brisée et de leurs convictions humanistes.

 

Je lis ce livre et « il fait sourire .»

 

J’aime ce Tarn-et-Garonne là si généreux, si vivant, si poétique, si plein d’humanité. Chemin lisant, tournant les pages moi, la sans racines, je m’interroge : et si j’étais de ce Tarn-et-Garonne là ? Si ces ancêtres étaient les miens ? Si mes quinze ans se projetaient dans les leurs ? Oui, « demain sera mon arbre ».

 

Dans l’impossible transition, « demain sera pleurs et exil ».

 

J’ai lu douloureusement ce très beau livre de la Cimade. Mon voisin est sans papiers. Ils ne s’appellent plus comme dans le livre de Jean-Paul Damaggio, Emilie, Adrien ou Victoire. Ils s’appellent Malika, Brahim ou Djamila. Ils sont Chiliens, Kabyles ou Somaliens. Ils sont tous sans papiers et sans travail, ils errent de préfecture en préfecture, le regard épuisé d’attentes et de tristesse attendant le droit d’être dignes et de travailler, le droit pour les femmes de ne plus subir un trop plein de violences de l’Histoire ou de leurs compagnons.

 

En lisant le livre de Jean-Paul Damaggio mon cœur battait d’espoir en l’humanité. En lisant le livre de la Cimade mon cœur n’était que chagrin et oppression pour ces êtres sans défenses contre le harcèlement des lois, contre l’inhumain. Ils n’ont jamais le bon papier, la bonne justification, le bon salaire, la bonne adresse. Ils n’ont plus le droit ni au travail ni aux loisirs. Les hommes du livre de Jean-Paul ont des racines, ceux de la Cimade ont perdu les leurs, ont perdu leur ciel, ont perdu les liens avec leurs êtres chers. La mère va mourir, le père est loin mais ils ne peuvent les rejoindre. Autant de séparations terribles dans lesquelles se jouent à l’infini la séparation, le deuil, la pauvreté. Le temps les pulvérisent, les lois les anéantissent. 2008-2003-1998-l’après-guerre. Je réinvente leur chemin jalonné de lois et de décrets, ils avancent « la valise au-dessus de la tête ». « Demain, il fera expulsion » « demain, il fera regard indifférent au scandale de l’injustice. »

 

Alors, je convoque mes amis Tarn-et-Garonnais, je les glisse sur chacune des touches de mon clavier.

 

Alors, « demain sera demain sera un monde plus juste », un monde victorieux ou ceux qui ont un ciel partageront le leur avec ceux qui n’en ont plus pour cause de guerres et de persécutions et

« Demain,  sera humain. »

Lire, sans plus attendre ces deux livres complémentaires et combattre pour un monde plus humain.

Marie-José Colet

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