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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:26


Je reprends ici l'article d'un Québécois dans l'hebdo VOIR, qui permet de vérifier l'analyse sur le marketing de Obama, tout en restant au constat.
Comme un homme politique n'est pas un savon, tout en faisant le constat la réflexion doit aller au-delà.


27 août 2008, 2:42 
Par: Josée Legault

 

An American Story

En politique, les idées comptent. Bien entendu. Mais dans la chasse au pouvoir, les programmes et les chefs de parti sont aussi des produits qu'on vend aux électeurs, un peu comme des boîtes de savon.

Pas étonnant donc que les machines politiques s'inspirent des dernières techniques de marketing. On en verra sûrement de succulents exemples tout au long de la campagne électorale fédérale qui nous pend au bout du nez. Mais rien n'arrivera ici à la cheville de Barack Obama dans l'art d'appliquer la technique dite du storytelling. À un point tel qu'Obama suscite l'admiration des plus grands gourous du marketing d'Europe et d'Amérique!

L'objectif du storytelling est d'amener l'acheteur potentiel à s'identifier à un produit ou à une compagnie en lui racontant une "histoire" dans laquelle il se reconnaîtra. Par exemple, en parlant des débuts difficiles ou de l'audace d'une compagnie, on crée un lien émotif et une identification entre l'acheteur et le produit. C'est ce que Microsoft et Apple ont fait.

En politique, le storytelling est l'œuvre d'un chef et de ses conseillers. C'est une construction, un savant mélange de faits et de fiction imagée, une histoire prenante, mais facile à comprendre, à retenir et à répéter. Le chef raconte SON histoire à satiété, laquelle est reprise par ses proches, ses candidats et même les journalistes. En bon storyteller, Obama raconte aussi les histoires des électeurs qu'il rencontre - celle d'un chômeur, de la mère d'un soldat envoyé en Irak, d'un enseignant sous-payé, d'un enfant sans assurance-santé. Mais le message demeure le même: les détails de nos vies diffèrent, mais au fond, MON histoire est VOTRE histoire, JE suis comme VOUS, MES valeurs sont VOS valeurs. Bref, votez pour MOI parce que, dans les faits, je suis VOUS et vous êtes MOI.

LA POLITIQUE DE L'EMOTION

Dans le cas d'Obama, le storytelling atteint des sommets inégalés. L'homme se raconte à tous vents. Se préparant de longue date, il se racontait déjà d'ailleurs dans ses livres Dreams of my Father et The Audacity of Hope.

Sa femme Michelle en est maintenant un instrument privilégié. Avocate, elle en est de plus en plus réduite à décliner une histoire d'épouse aimante, de mère parfaite, de fille et de sœur exceptionnelle. Lundi soir, son discours à la convention démocrate tenait plus du Oprah Winfrey Show que d'un événement politique. Peu de contenu, mais de l'émotion pure et des histoires sur sa rencontre avec Obama, de leur amour, de leurs filles, de son père décédé jeune d'une grave maladie, etc. Le sirop coulait à flots.

Ce choix du storytelling n'est pas anodin. Il peut être un outil de vente puissant aux États-Unis, là où la vie privée des politiciens, incluant même leur vie sexuelle, est vue comme étant d'intérêt public.

Surtout, Métis à la peau noire et au nom exotique, fils d'un père africain élevé à Hawaii, beau-fils d'un Indonésien, soupçonné d'être musulman comme si c'était un crime et néanmoins diplômé en droit de Harvard, Obama est tout sauf un Américain ordinaire auquel l'électeur moyen pourrait s'identifier facilement! Il a donc ramé fort pour représenter SON histoire comme étant non seulement celle des électeurs, mais aussi des ÉTATS-UNIS - ce melting pot où tout citoyen, quelle que soit son origine, doit pouvoir réaliser le AMERICAN DREAM! D'où cette phrase-clé répétée par Obama, sa femme et ses supporteurs telle une incantation: "Barack Obama's story is an American story". Message: mon histoire est la vôtre et celle du pays lui-même. Traduction pour les racistes ouverts ou discrets: je suis noir, mais ne craignez rien, je suis de la famille!

Obama a fait du "changement" son thème central, mais une énorme contradiction crève les yeux. Dans sa quête d'identification, il fait aussi reposer SON histoire sur celle de sa FOI, de sa FAMILLE et de son PATRIOTISME, soit le portrait-robot des valeurs américaines les plus conservatrices. Pour vendre le changement, Obama s'est fondu dans la masse évangélico-américaine! S'il demeure pro-choix et pour un système de santé moins sauvage, il a adouci et même renversé certaines de ses positions, s'est beaucoup rapproché des lobbys religieux et peine parfois à exprimer une politique étrangère audacieuse.

Voyant le tout, la plupart des experts décrivent Obama comme un pragmatique cherchant seulement à rassurer les électeurs de droite. Le problème est toutefois qu'à force de modifier ses positions et en mettant autant l'accent sur le storytelling personnel, ses idées paraissent de plus en plus floues.

ET ICI?

Heureusement, au Canada et au Québec, rares sont les politiciens qui recourent à un storytelling aussi personnalisé. Leur vie privée est considérée comme tel, sauf si elle affecte leur travail, comme dans le cas de Maxime Bernier. Franchement, on imagine mal un Stephen Harper nous raconter, les larmes aux yeux, son premier baiser avec sa femme...

Mais, attention. La tentation est toujours là pour les conseillers. L'an dernier, Stéphane Dion et sa femme, vus comme étant tout sauf du monde ordinaire, racontaient à certains magazines leur histoire de couple. Tentant de briser son image bourgeoise avec son propre message de type "JE suis comme VOUS", Pauline Marois publiait récemment un livre sans grand contenu politique où elle racontait SON histoire, celle de sa relation de couple et de sa vie de famille.

Fait à noter: ces deux tentatives ont eu zéro impact sur les intentions de vote. Comme quoi, ici, on préfère encore laisser le storytelling personnel aux "vedettes" plutôt qu'aux politiciens. Un bon signe, tout de même...

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:23

Dans le cadre d'une étude sur la campagne Obama je reprends ici un article publié sur La Sociale (ancienne adresse) qui nuance le présent sur la question du financement. Il s'agit de réfléchir au plus près de la réalité.
       
Obama : la startup

 

Les médias français se sont émus de la préférence qu’Obama a finalement accordé aux fonds privés sur les fonds publics pour financer sa campagne. Aucun, à ma connaissance, n’a évoqué une nouveauté : pour la première fois, l’élection présidentielle aux USA se déroule sous le contrôle d’une nouvelle loi de financement : « The bipartisan campaign reform » (BCRA).

Je ne prétends pas ici décortiquer cette loi votée par le Congrès[1] le 20 mars 2002 et signée par Bush sept jours après. Quand on se souvient qu’elle a été lancée à l’initiative de John Mac Cain, il est facile de comprendre que le candidat républicain soit aujourd’hui décontenancé par l’attitude du candidat démocrate. Que révèle cette situation ?

 

Le financement des campagnes politiques est de plus en plus soumis à des lois à travers le monde. Aux USA c’est surtout suite au Watergate, qu’en 1971, le congrès fit voter une loi de régulation des fonds. Malgré cette loi, amendée par la Cour suprême, chacun a pu observer que le poids des lobbies n’a cessé de croître, dans les campagnes électorales, et donc sur les décisions politiques. Par la loi BCRA dite « McCain Feingold » du nom de ses plus acharnés défenseurs, de nouvelles régulations furent imposées surtout pour contrer les moyens du parti démocrate. Celui-ci, contrairement à ce que le simple citoyen peut penser, était le premier à bénéficier des gros donateurs, en conséquence, ce sont les Républicains qui, sous prétexte de démocratie, ont décidé de limiter les dons des personnes à 2000 $, somme passée en 2008 à 2800 $. Deux gros donateurs sont dorénavant interdit : le syndicat AFL-CIO d’un côté (aide classique du parti démocrate) et la National Rifle Association (les défenseurs du port d’armes) de l’autre qui aidait tout le monde.

 

La grosse surprise est donc venue de l’équipe de Barack Obama qui, contrairement à toutes les traditions, a réussi à mobiliser des milliers de petits donateurs. C’est cette mobilisation qui l’a incité à refuser les 85 millions de dollars de l’Etat (pour la campagne elle-même, après les décisions des Conventions d’août) sous prétexte qu’après les 250 millions acquis pendant les primaires, il pouvait en récolter tout autant pendant la campagne fédérale. Un journaliste français pouvait donc en déduire logiquement : « Le mouvement vers un mode plus populaire de financement des candidats ne peut donc être interprété que comme un bon signe pour la démocratie américaine ». Ayant plus de sympathies pour Obama que McCain, j’ai tendance à penser la même chose sauf que l’analyse ne peut s’arrêter en cours de route.

 

En réalité, ce mode populaire de financement démontre surtout la capacité de l’équipe Obama à se servir de la nouvelle loi, contre les intérêts de ceux qui s’en firent les promoteurs ! Si du point de vue de la création de « la marque » Obama, l’homme clef s’appelle Daniel Axelrold[2] (il a inventé la campagne marketing la plus parfaite), du point de vue des finances, il s’appelle Mark Gorenberg. Son premier travail sérieux en matière de récolte de fonds pour campagne électorale, il l’effectua en 2004 dans l’orbite de John Kerry. Il échoua et comme Axelrold qui soutenait alors John Edwards, il tira les leçons de cet échec. Avec Barack Obama il comprit que pour la première fois, l’équipe de ce candidat d’un type nouveau, pouvait devenir une startup.

 

Les milliers de donateurs qui ont fait le bonheur d’Obama (par leurs dons mais aussi par leurs engagements politiques de bénévoles) montrent surtout le changement de rapport de forces au sein du capitalisme : de Général Motors nous sommes passés à Google, tout comme en France (à une échelle moindre) de François Ceyrac nous sommes passés à Laurence Parisot. L’industrie de la communication est devenue maître du monde et Obama est son enfant le plus complaisant. Pour récolter 250 millions de dollars, il a suffi d’investir 3 millions de dollars dans la pub sur internet (surtout par Google) et de créer l’outil adapté à la collecte qui pouvait s’en suivre (un peu comme pour le téléthon). A tout point de vue, la victoire d’Obama est celle d’un usage total et rationnel d’internet.

Mais pourquoi les autres candidats n’auraient-ils pas fait de même ? La réponse symbolique en la matière s’appelle la Californie. D’une part le Parti démocrate de Californie est de ceux (avec l’association pour l’usage des armes) qui s’opposa à la nouvelle loi en portant le conflit devant la Cour suprême sous prétexte que la limitation des dons personnels était une atteinte au premier amendement de la Constitution des USA. Le conflit fit rage dans la haute Cour et c’est pas 5 à 4 qu’elle décida de valider l’essentiel de la loi nouvelle. D’autre part, c’est en Californie qu’opère Mark Gorenberg mais dans la Californie de la Silicon Valley, celle des Startups négligées par le dit parti démocrate qui put se sentir conforté dans ses choix, quand Hillary Clinton gagna les primaires californiennes, mais qui le fut moins quand Obama gagna la bataille générale interne au parti.

Les autres candidats ont bien sûr utilisé internet mais pas comme machine de guerre générale pouvant entraîner des personnes jusqu’au porte-à-porte plus concret que les courriels (l’équipe Obama pensa qu’il était encore possible de mobiliser le citoyen). De même, les autres candidats ont utilisé la publicité, mais pas jusqu’à la cohérence de « la marque Obama ». A tous ceux qui pensaient que les industries de la communication étaient un levier pour arriver au pouvoir, Obama répond qu’elles sont la force qui appuie sur le levier. Le marketing est là dans toute sa splendeur. Obama n’a pas demandé aux milliers de petits donateurs s’il devait changer son fusil d’épaule en matière d’opinion sur la guerre en Irak, la peine de mort ou le financement de sa campagne électorale. Leur engagement financier ou de bénévole est celui de petits soldats désireux de chasser Bush et son double et non celui de membres actifs d’un parti politique. Obama y gagne en indépendance vis-à-vis de certains lobbies (je m’en réjouis), mais il se lie pieds et poings aux fabricants d’image (et donc à la personnalisation). En 2001 la Silicon Valley fut sinistrée après l’éclatement d’une « bulle informatique ». Depuis, une nouvelle classe de startup a fait fortune jusqu’à l’éclatement de la prochaine bulle. La domination des médias sur le monde (et donc de la sphère internet) annonce une nouvelle phase de l’histoire capitaliste et en aucun cas une avancée de la démocratie politique. Il ne s’agit pas ici de juger du projet d’Obama (sans beaucoup se différencier de celui des autres, il mérite, une fois le contexte fixé, une étude précise) mais d’une analyse partielle des conséquences imprévues de la BCRA qui en limitant les dons développa lepouvoir de Google. 20-08-2008s Jean-Paul Damaggio



[1] Voir Voting with dollars : A new paradigm for campaign finance, Bruce Ackerman et Ian Ayres,

[2] Voir une brochure à paraître aux Editions La Brochure : Le marketing politique, de Kennedy à Obama, Jean-Paul Damaggio

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:19

Hier Libération et Antenne 2 se sont faits l'écho de manifs au Mexique contre la violence. Il y a déjà presque deux mois j'ai publié l'article ci-joint sur le site La Sociale (ancienne adresse). Je le reprends ici.


Mexico’s Mafia

 

Le Courrier International vient de faire sa Une sur le Mexique. Il n’y a pas si longtemps vous y auriez vu la tête du sous-commandant Marcos. La lettre M ayant été changée en N, ce sont les Narcos qui font événement (avec les commentaires du même observateur très pertinent : Carlos Monsivais). Le journal Le Monde vient d’envoyer une journaliste au Mexique pour y étudier, elle aussi, les Narcos. Pourquoi ? Le gouvernement du Mexique a décidé de lancer une offensive contre la mafia qui s’empare du pays. Il a déjà perdu 500 de ses hommes dans cette guerre d’un nouvel âge.

 

La carte géographique, qui accompagne les traductions d’articles du Courrier International, montre les Etats du Mexique soumis à la « féodalisation ». On y trouve tout le Nord du pays et un seul Etat du Sud : le Chiapas. Le Nord du pays à cause de la frontière avec les USA et le Sud à cause des Zapatistes. Les mafias permettent de livrer bataille sur tous les fronts : celui du droit existant comme celui du droit futur. La drogue n’est pas le seul vecteur de l’illégalité. Les simples cigarettes ou demain les carburants peuvent tomber dans leur escarcelle au même titre que les milliers de contre-façons.

 

Est-ce que les mafias sont un cancer du système capitaliste ou son aliment ? Les USA prétendent livrer une bataille d’enfer contre le narco-trafic (d’où la guerre de Calderon au Mexique) et tendent à montrer ainsi, que les mafias sont un adversaire du système. C’est croire que le système est d’un seul bloc ! Au sein des USA la lutte est très ancienne entre la CIA prête à toutes les compromissions pour défendre la grandeur des USA, et le Département anti-drogue « soucieux » de défendre la santé des Nord-Américains et intransigeant avec les seigneurs du trafic.

 

Dans l’Italie fasciste, Mussolini mena une lutte au couteau contre la mafia sicilienne qui se replia aux USA pour revenir plus forte que jamais avec les bateaux US du débarquement de 1943, comme le démontra si bien Sciascia. La mafia est un outil essentiel du capitalisme anti-étatiste car il fait avancer à grand pas les « lois » de la jungle. Il se trouve que dans le monde contemporain, les mafias peuvent également servir des Etats comme en Russie.

 

Dans le cas Mexicain il s’agit d’en finir avec les vestiges de l’Etat passé (des droits sociaux acquis dans un univers politiquement peu démocratique), comme avec les possibles de l’Etat de demain (ceux de la gauche dans ses diverses variantes). Pour ce faire, l’une des valeurs populaires mise à l’index est celle de « la valeur travail ». Pourquoi se fatiguer une vie durant pour gagner autant en un seul mois ? Et si la mort est au bout qu’importe : il vaut mieux vivre des émotions fortes rapides que pas d’émotions du tout pendant des décennies ! Fernando Vallejo a écrit le chef d’œuvre littéraire représentatif de cette nouvelle génération : La vierge des tueurs. Au Mexique comme en Colombie les sicaires sont très croyants et vont prier la vierge pour qu’elle les aide à accomplit leurs crimes !

 

Ce phénomène n’a malheureusement rien d’original sur la planète et il nous impose une réflexion politique de la plus haute importance. Chez bien des jeunes Français, la tentation de l’argent facile devient naturelle. Et les discours de Sarkozy sur « la valeur travail » n’y changera rien. Pas plus que son souhait de changer la Caisse des dépôts en « fonds souverain » pour faire comme dans les pays comme la Chine ou l’Inde. Il traite toujours de l’écume des jours sans se pencher sur la profondeur des océans. Les mafias modifient les profondeurs de l’océan avec de grands risques personnels pour ceux qui s’y engagent, mais avec l’assurance que l’œuvre entreprise perdurera après leur disparition.

 

La démocratie que nous avons à défendre et à proposer n’a pas comme seul adversaire le capitalisme financier (dit parfois néo-libéral), mais tout autant ce capitalisme féodal qui, avec ou sans Etat, fait reculer le principe même du droit. Lutter contre le seul capitalisme financier peut se retourner contre nous si le capitalisme féodal est le seul à en tirer bénéfice. En conséquence l’information sur les mafias du Mexique n’est à lire ni comme l’objet d’un folklore local, ni comme l’effet d’une marginalité contrôlable par le système. Quand on se souvient que, dans un tel pays, la culture populaire passe par les chansons, le fait que les chefs mafieux soient au cœur d’un style, les corridos, ça confirme l’impact global d’un phénomène qui peut symboliser ce nouveau siècle en construction. 10-07-2008 Jean-Paul Damaggio

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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 10:16

En novembre, Les Editions la Brochure publieront : Marketing politique, de Kennedy à Obama, une étude de Jean-Paul Damaggio dont voici une petite partie d’un épisode sur le cas Obama au moment où il abandonnent le financement public pour la soumission aux lobbies.

 

La marque Obama en 2008

 

Le succès (on peut dire la baraka) de Barack Obama prouve que le marketing politique est le père a postériori de tout le marketing[1]. En effet, des spécialistes en marketing comme Patrick Ruffini ou Michael Nierut s’accordent sur un point : l’Obamamania est le produit le plus achevé de tout ce que le marketing en général a inventé depuis ses origines. En cela, la campagne Obama est plus la confirmation de l’avancée des « marques » dans la société, que la promotion d’un nouveau savoir faire. Vu l’impact planétaire des campagnes électorales nord-américaines, grâce aux machines médiatiques qui nous imposent partout ce feuilleton, ce succès porte à un degré jamais atteint les signes distinctifs de la méthode Obama.

Entre 1960 et 2004, le marketing politique avait fini par prendre le pouvoir sur le politique. Avec Obama ce même marketing n’a plus à prendre le pouvoir : il a éliminé le politique et il est donc le pouvoir à lui tout seul ! Il s’agit de la plus grande des contre- révolutions jamais connue.

La « griffe » Obama, la « marque » Obama, est un produit si parfait, si génial qu’il peut permettre l’arrivée à la présidence de la république des USA d’un Noir[2] nord-américain. Parfait et génial, ça signifie, dans la bouche des fabricants de roi, que le marketing a pu entrer en phase avec les désirs des électeurs et des électrices adroitement segmentés dans les parts de marchés à conquérir, au fur et à mesure du déroulement des primaires. En face, Hillary Clinton a trop cru aux vertus du marketing vieille manière qui faisait de son expérience et de celle de son mari, un sérieux vecteur et facteur de propagande. Que cette contre-révolution vienne par les vestiges de « la gauche » politique n’a rien de surprenant. La droite n’a jamais cru en la politique, elle n’avait pas à l’assassiner !

Voyons les éléments de la dite griffe « Obama » qui font que l’homme, le message et les propos se coulent totalement dans un discours de marque, suivant la manière dont les agences de stratégies de marques définissent le « branding » d’un produit.

 

Tout d’abord un logo ressemblant aux autres logos : le O de Obama en trois couleurs, les trois couleurs nationales, comme repère inévitable. Depuis toujours les partis politiques utilisent le principe du logo (pour la France : la faucille et le marteau ; le poing et la rose ; et enfin la fleur de tournesol pour les Verts) mais ici il s’agit d’un logo construit non sur un message, mais pour un homme en phase avec un électorat à un moment précis. Bush avait utilisé le W comme instrument de campagne mais c’était un instrument isolé des autres éléments. Le logo de Nike (la célèbre virgule) doit traverser le temps et l’espace. Celui d’Obama est un signe précis, le rêve de changement. Voilà pourquoi il est important de le trouver dans le mot : HOPE (espoir).

J’ai vécu, aux USA, la campagne électorale qui donna d’abord le succès imprévu de Jimmy Carter au cours des primaires démocrates, puis son élection comme président en 1976. Les USA étaient alors en perte de vitesse après leur défaite au Vietnam, aggravée par le retrait forcé de Nixon remplacé par un suppléant insipide Gérald Ford. Aujourd’hui, le pays vit une phase équivalente : contrairement à ceux qui pensaient que la dynastie Bush ferait alternance avec la dynastie Clinton, un désir populaire est apparu, celui du « changement ». Les conseillers en marketing n’eurent aucun mal pour couler dans ce rêve, la personne d’Obama dont le parcours fait écho au mythe du « rêve américain ». Mais n’oublions pas : en 1980 Reagan succède à Carter ! (un des rares présidents à ne pas faire deux mandats). La perception du désir de changement est fragile et fugace.

 

Pour donner cohérence à cette campagne Obama, faute d’idées cohérentes il fallait inventer une communication cohérente, c’est-à-dire une communication uniforme, qui fasse sens par le contenant faute de le faire par le contenu. La charte graphique fait loi chez ce premier candidat « marketé » (des graphistes d’importance s’étonnent de ce succès[3]) et comme le langage publicitaire est devenu un langage familier et rassurant, cette image a pris une grande ampleur.

 

La griffe Obama est donc une police de caractère précise que l’on retrouve partout et qui est originale (vous l’avez rarement sur vos claviers)  : Goytham. Conçue d’abord pour un magazine, elle est sans fioritures, directe et simple avec élégance et classe. Son origine est profondément nord-américaine. La police Sérif qui sert uniquement pour écrire le nom Obama a la même origine. Sachant que l’origine noire du candidat dérange, tout le marketing consistera à prouver une normalité du personnage, un ordre clair, une volonté précise et déterminée. Des étudiants de Yale School of Management pensaient plutôt à des trucs dessinés à la main, à un look indépendant, à une campagne petit budget, quelque chose d’un outsider. Le marketing d’Obama a choisi la démarche inverse.

Quand vous savez qu’entre deux lessives il y a peu de différences, le choix ne peut porter que sur le contenant, ce qui renforce le poids du marketing, et en retour, ce poids rend encore plus ridicule la place du contenu ! Le piège fonctionne et devient mortel pour la politique. Pour la lessive, c’est moins grave : on aura toujours besoin de lessive !

 

Le repérage des segments à conquérir

Pour la minorité noire, la conquête était facile. Le travail de marketing devait donc viser d’autres secteurs et ceci en fonction des lieux des primaires. Il aurait été impensable qu’avant le choix à faire en Californie ou au Texas, un effort de l’équipe d’Obama ne soit pas tenté en direction des latinos qui constituent un lobby bien précis et très puissant dans ces deux Etats, d’autant que c’était un des points faibles d’Obama. Un clip en espagnol leur est directement destiné. Habituellement les Latinos et les Noirs étant des minorités en concurrence, il est difficile de les unir, d’autant que le souvenir de Clinton était bon chez les Hispaniques.

Chaque candidat porte avec lui des arguments inévitables. Celui de la jeunesse colle à la peau d’Obama comme celui de femme à la peau d’Hillary. Pour « rassembler » les jeunes, la machine Obama a tablé sur internet et ce qu’on appelle là-bas « les réseaux sociaux » qui sont en fait des sites majeurs comme Facebook. Quand on se connecte sur le site d’Obama, l’adresse internet est aussitôt demandée presque de manière obligatoire pour y pénétrer, même si, après un temps de surprise, on peut visiter le site sans ce « fichage ». L’appui de personnalités d’Hollywood à Barack Obama sera également largement popularisé. Mais la place d’internet chez les jeunes va au-delà du réseau à créer. Il s’agit d’un outil pour étudier les comportements, pour servir de chambre d’écho, pour vérifier des initiatives. Internet, l’outil qui peut contourner les partis ? Ségolène Royal a fait les frais de cette stratégie, et depuis elle cherche à conquérir le PS. Mais aux USA nous sommes loin de ce cas : les partis y sont des coquilles vides (même si le Parti démocrate frappe avec insistance à la porte de l’Internationale socialiste).

Pour Obama, ne pas négliger les femmes, même si la lutte est inégale avec Hillary Clinton qui bénéficie du lobby féministe. Un clip montrera Obama avec les femmes de sa vie : son épouse Michelle, sa grand-mère Madelyn et sa demi-sœur Maya. En même temps, le soutien de la plus importante organisation de défense du droit à l’avortement aux USA est obtenu : Naral.

 

L’homme du marketing

Le Séguéla d’Obama s’appelle David Axelrold et a eu droit à un bel article sur Le Figaro : « Dans l'univers impitoyable des consultants politiques, David Axelrod est resté un idéaliste. Les rayonnages de son bureau, à Chicago, collectionnent les ouvrages sur Abraham Lincoln, le président de l'abolition de l'esclavage, et les murs sont couverts de portraits dédicacés des personnalités qu'il a contribué à faire élire. » L’article se conclut ainsi : « David Axelrod, lui, se méfie des grandes professions de foi. Mais il souligne : «J'ai toujours essayé de travailler pour des candidats dans lesquels je crois vraiment et dont je pense qu'ils arrivent au bon moment. C'est le cas de Barack.» »

Cet homme de 52 ans vient d’une famille de gauche et peut cultiver l’idéalisme dont le premier de tous consiste à croire qu’aux USA l’idéalisme fait gagner des batailles politiques. Gagner une campagne électorale, peut-être, mais pour quelle politique ensuite ? En tant que consultant politique le seul souci d’Axelrold est de faire élire ses clients. La suite leur appartient car lui n’est membre d’aucun parti sauf celui du marketing. Il précise donc que si son client actuel gagne la présidence, il restera tout de même à Chicago, loin de la Maison Blanche. A chacun son job !

Il est arrivé au marketing par le journalisme (surtout au Chicago Tribune qui pèse aussi lourd que le New York Times), le journalisme lui venant de sa mère, une femme qui dès ses huit ans, l’éleva loin d’un père psychologue qui connut l’holocauste pour être un juif et qui se suicida quand Daniel avait 19 ans.

Il est arrivé au marketing à Chicago, lieu de son enracinement, qui est aussi celui de Barack Obama. Cette ville se distingue depuis longtemps par sa dimension populaire, noire et industrieuse. Un magnifique musée des sciences en est un des fleurons. Si Obama gagne en novembre, c’est un peu l’Illinois qui s’imposera.

David Axelrod est arrivé au marketing par la politique. Lui ne s’en souvient pas, mais son frère témoigne que pendant la campagne de JFK, le petit David de 5 ans révéla un enthousiasme surprenant pour la « chose » politique.

Et quand on arrive au marketing, on crée une entreprise (1985), celle là-même qui fit élire Obama sénateur de l’Illinois en 2004 ! Les autres succès de l’entreprise sont multiples et souvent en lien avec la communauté noire à travers des postes de maires acquis par des Noirs (il faut écrire Afro-américains).

En 2004, il avait déjà tenté de conduire à la présidence des USA un candidat : le sénateur John Edwards. Il sut tirer toutes les leçons de l’échec et une étude comparative des deux stratégies serait sans doute utile pour percevoir les évolutions du marketing politique.

 

Bref, comme le note un observateur français aux USA : « La marque Obama est une étude de cas du succès du marketing politique. Son slogan tient en un mot que l’électorat démocrate, exaspéré après deux mandats de George Bush, boit à grosses goulées : CHANGEMENT. Plus fort encore qu’une promesse, son image et sa personne en fournissent déjà une incarnation idyllique : noir, jeune et fraîchement débarqué à Washington, il sait avoir l’éloquence que l’Amérique n’a pas entendu de son président depuis bientôt huit ans. »

Mais à force d’être présenté comme un bel emballage Obama ne risque-t-il pas de passer pour un simple gadget ? Hillary Clinton a attendu ce moment en vain ! D’ici novembre 2008 la baudruche ne peut-elle se dégonfler ? Il se trouve que celle d’en face est pire… ce qui nous impose enfin un petit détour par la question du changement.



[1] La démonstration globale de cette évolution est présentée dans une brochure de 70 pages, publiée aux Editions La Brochure : Marketing politique : de Kennedy à Obama

[2] Obama est en fait un métis mais dans la pensée nord-américaine, il est un Noir.

[3] L’un d’eux déclare : « L’équipe de campagne d’Obama a réussi à exercer un degré de contrôle sur la charte graphique de leur candidat que moi-même j’ai du mal à obtenir avec mes clients institutionnels ».

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 16:11

Le métissage selon Sarko

 

Dans la parodie de discours de Sarko produite par Léon Dunara nous y trouvons un éloge du métissage. «Les civilisations se rencontrent, dialoguent, échangent, se fécondent les unes les autres ». « Il n'y a pas de civilisation qui ne soit le produit d'un métissage. »

De telles citations sont reprises textuellement de propos de Nicolas Sarkozy et n’ont pas à nous étonner. Pendant des décennies les conservateurs jouèrent les racines contre le mouvement mais le capitalisme une fois dominant joue le mouvement contre les racines qui sont des entraves à son envol éternel. Les racines peuvent prendre le nom de « culture populaire », « acquis sociaux », « état providence ».

Ce renversement de situation n’a pas frappé la majorité des membres de la gauche qui croient encore que le métissage est en lui-même facteur de progrès.

Comme la religion, le bonheur ou l’économie, le métissage est l’enjeu de la lutte des classes. Aujourd’hui le métissage c’est le melting pot qui veut faire « table rase du passé » selon une célèbre formule qui a l’inconvénient de ne pas préciser de quel passé il s’agit.

Il est incontestable que le métissage des Amériques n’est pas le même aux USA et au Brésil par exemple. Aux USA il s’agit d’organiser la vie côte à côte de communautés et au Brésil il s’agit d’organiser l’enchevêtrement des cultures. Le problème c’est que le résultat est le même : dans ces deux pays il s’agit d’organiser une domination de classe sur les autres et que cette domination soit métissée ne change rien sur le fond.

L’incroyable renversement de l’histoire a laissé une gauche sans courage totalement démunie. Et cet état des lieux n’est pas au bout de nos peines.

Pour la gauche rende au métissage sa force démocratique, elle se doit à son tour de renverser le monde. « Il n'y a pas de civilisation qui ne soit le détournement d'un métissage. » Pour un détournement il suffit de n’admettre qu’un métissage : celui de la classe dominante. Pour contrer cette manœuvre il faut que les cultures populaires puissent dialoguer directement, sans l’intermédiaire des autorités.

 

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 16:10

Comme quoi Napoléon n'a jamais existé

par M. J. B. Pérès A. O. A. M., bibliothécaire de la ville d'Agen (1827)

 

Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé. Ce n'est qu'un personnage allégorique. C'est le soleil personnifié ; et notre assertion sera prouvée si nous faisons voir que tout ce qu'on publie de Napoléon le Grand est emprunté au Grand Astre. Voyons donc sommai-rement ce qu'on nous dit de cet homme mer-veilleux. On nous dit :

qu'il s'appelait Napoléon Bonaparte ;

qu'il était né dans une île de la Méditerranée ;

que sa mère se nommait Letitia ;

qu'il avait trois sœurs et quatre frères, dont trois furent rois ;

qu'il eut deux femmes, dont une lui donna un fils ;

qu'il mit fin à une grande révolution ;

qu'il avait sous lui seize maréchaux de son empire, dont douze étaient en activité de service ;

qu'il triompha dans le Midi et qu'il succomba dans le Nord ;

qu'enfin, après un règne de douze ans, qu'il avait commencé en venant d'Orient, il s'en alla disparaître dans les mers occidentales.

 

Reste donc à savoir si ces différentes particularités sont empruntées du soleil, et nous espérons que quiconque lira cet écrit en sera convaincu.

1°) Et d'abord, tout le monde sait que le soleil est nommé Apollon par les poètes ; or la différence entre Apollon et Napoléon n’est pas grande, et elle paraîtra encore bien moindre si on remonte à la signification de ces noms ou à leur origine.

Il est constant que le mot Apollon signifie exterminateur ; et il paraît que ce nom fut donné au soleil par les Grecs, à cause du mal qu'il leur fit devant Troie, où une partie de leur armée périt par les chaleurs excessives et par la contagion qui en résulta, lors de l'outrage fait par Agamemnon à Chrysès, prêtre du soleil, comme on le voit au commencement de l’Iliade d'Homère, et la brillante imagination des poètes grecs transforma les rayons de l’astre en flèches enflammées que le dieu irrité lançait de toutes parts, et qui auraient tout exterminé si, pour apaiser sa colère, on n'eut rendu la liberté à Chryséis, fille du sacrificateur Chrysès. C'est vraisemblablement alors, et pour cette raison, que le soleil fut nommé Apollon. Mais, quelle que soit la circonstance ou la cause qui a fait donner à cet astre un tel nom, il est certain qu'il veut dire exterminateur.

Or Apollon est le même qu'Apoléon. Ils dérivent d’Apollyo ou Apoleô, deux verbes grecs qui n’en font qu'un, et qui signifient perdre, tuer, exterminer. De sorte que, si le prétendu héros de notre siècle s'appelait Apoléon, il aurait le même nom que le soleil, et il remplirait d'ailleurs toute la signification de ce nom, car on nous le dépeint comme le plus grand exterminateur d'hommes qui ait jamais existé. Mais ce personnage est nommé Napoléon, et conséquemment, il y a dans son nom une lettre initiale qui n'est pas dans le nom du soleil. Oui, il y a une lettre de plus, et même une syllabe ; car suivant les inscriptions qu'on a gravées de toutes parts dans la capitale, le vrai nom de ce prétendu héros était Néapo-léon ou Néapolion. C’est ce que l’on voit no-tamment sur la place de la colonne Vendôme.

Or, cette syllabe de plus n'y met aucune différence. Cette syllabe est grecque sans doute, comme le reste du nom, et en grec, ne ou nai est une des plus grandes affirmations, que nous pouvons rendre par le mot véritablement. D’où il suit que Napoléon signifie véritable extermi-nateur, véritable Apollon. C’est donc véritable-ment le soleil. Mais que dire de son autre nom? Quel rapport le mot Bonaparte peut-il avoir a-vec l’astre du jour? On ne le voit point d’abord ; mais on comprend du moins que, comme bona parte signifie bonne partie, il s'agit là sans doute de quelque chose qui a deux parties, l'une bonne et l’autre mauvaise ; de quelque chose qui, en outre, se rapporte au soleil Napoléon. Or rien ne se rapporte plus direc-tement au soleil que les effets de sa révolution diurne, et ces effets sont le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres; la lumière que sa présence produit, et les ténèbres qui prévalent dans son absence; c'est une allégorie em-pruntée des Perses. C’est l’empire d’Oromaze et celui d’Arimane, l’empire de la lumière et des ténèbres, l’empire des bons et des mauvais génies. Et c’est à ces derniers, c’est aux génies du mal et des ténèbres que l’on dévouait autrefois par cette imprécation : abi in malan partem. Et si, par mala parte, on entendait les ténèbres, nul doute que par bona parte, on ne doive entendre la lumière ; c'est le jour par opposition à la nuit. Ainsi on ne saurait douter que ce nom n'ait de rapports avec le soleil, surtout quand on le voit assorti avec Napoléon, qui est le soleil lui-même, comme nous venons de le prouver.

2°) Apollon, suivant la mythologie grecque, était né dans une île de la Méditerranée (dans l’île de Delos) ; aussi a-t-on fait naître Napoléon dans une île de la Méditerranée, et de préférence on a choisi la Corse, parce que la situation de la Corse, relativement à la France où on a voulu le faire régner, est la plus conforme à la situation de Delos, relativement à la Grèce où Apollon avait ses temples principaux et ses oracles. Pausanias, il est vrai, donne à Apollon le titre de divinité égyptienne, mais, pour être divinité égyptienne, il n'était pas nécessaire qu'il fut né en Egypte ; il suffisait qu'il y fût regardé comme un dieu, et c'est ce que Pausanias a voulu nous dire; il a voulu nous dire que les Egyptiens l’adoraient, et cela encore établit un rapport de plus entre Napoléon et le soleil, car on dit qu'en Egypte Napoléon fut regardé comme revêtu d'un caractère surnaturel, comme l’ami de Mahomet, et qu'il y reçut des hommages qui tenaient de l'adoration.

3°) On prétend que sa mère se nommait Letitia. Mais sous ce nom de Letitia qui veut dire la joie, on a voulu désigner l’Aurore, donc la lumière naissante qui répand la joie dans toute la nature ; l’Aurore qui enfante au monde le soleil, comme disent les poètes, en lui ouvrant, avec ses doigts de rose, les portes de l’Orient.

Encore est-il bien remarquable que, suivant la mythologie grecque, la mère d'Apollon s'appelait Leto. Mais si de Leto, les Romains firent Latone, mère d’Apollon, on a mieux aimé dans notre siècle, en faire Letitia, parce que laetitia est le substantif du verbe laetor ou de l'inusité Laeto qui voulait dire inspirer la joie. Il est donc certain que cette Letitia est prise, comme son fils, dans la mythologie grecque.

4°) D'après ce qu'on en raconte, ce fils de Letitia avait trois sœurs, et il est indubitable que ces trois sœurs sont les trois Grâces, qui, avec les Muses, leurs compagnes, faisaient l’ornement et les charmes de la cour d'Apollon, leur frère.

5°) On dit que ce moderne Apollon avait quatre frères. Or ces quatre frères sont les quatre saisons de l’année, comme nous allons le prouver. Mais d'abord qu'on ne s'effarouche point en voyant les saisons représentées par des hommes plutôt que par des femmes. Cela ne doit pas même paraître nouveau, car en français, des quatre saisons de l’année, une seule est féminine, c'est l’automne ; et encore nos grammairiens sont peu d'accord à cet égard. Mais en latin, autumnus n'est pas plus féminin que les trois autres saisons ; ainsi, point de difficulté là-dessus. Les quatre frères de Napoléon peuvent représenter les quatre saisons de l’année, et ce qui suit va prouver qu'ils les représentent réellement.

Des quatre frères de Napoléon, trois, dit-on, furent rois ; et ces trois rois sont le Printemps, qui règne sur les fleurs ; l’Eté, qui règne sur les moissons ; et l'Automne, qui règne sur les fruits. Et comme ces trois saisons tiennent tout de la puissante influence du soleil, on nous dit que des trois frères de Napoléon, il y en eut un qui ne fut point roi[1] c'est parce que, des quatre saisons de l’année, il en est une qui ne règne sur rien : c'est l’Hiver.

Mais si, pour infirmer notre parallèle, on prétendait que l’hiver n'est pas sans empire, et qu'on voulut lui attribuer la triste principauté des neiges et des frimas qui, dans cette fâcheuse saison, blanchissent nos campagnes, notre réponse serait toute prête : c'est, dirons-nous, ce qu'on a voulu nous indiquer par la vaine et ridicule principauté dont on prétend que ce frère de Napoléon a été revêtu après la décadence de toute sa famille, principauté qu'on a attachée au village de Canino, de préférence à tout autre parce que Canino vient de Cani qui veut dire les cheveux blancs de la froide vieillesse, ce qui rappelle l’hiver. Car, aux yeux des poètes, les forêts qui couronnent nos coteaux en sont la chevelure ; et quand l’hiver les couvre de ses frimas, ce sont les cheveux blancs de la nature défaillante, dans la vieillesse de l’année :

Cum gelidus canis in montibus humor.

 

Ainsi, le prétendu prince de Canino n’est que l’hiver personnifié, l’hiver qui commence quand il ne reste plus rien des trois belles saisons, et que le soleil est dans le plus grand éloignement de nos contrées envahies par les fougeux enfants du Nord, nom que les poètes donnent aux vents, qui venant de ces contrées, décolorent nos campagnes et les couvrent d'une odieuse blancheur ; ce qui a fourni le sujet de la fabuleuse invasion des peuples du Nord de la France, où ils auraient fait disparaître un drapeau de diverses couleurs dont elle était embellie, pour y substituer un drapeau blanc qui l’aurait couverte tout entière, après l’éloigne-ment du fabuleux Napoléon. Mais il serait inutile de répéter que ce n'est qu'un emblème des frimas que les vents du Nord nous apportent durant l’hiver, à la place des aimables couleurs que le soleil maintenait dans non contrées, avant que par son déclin, il se fut éloigné de nous ; toutes choses dont il est facile de voir l’analogie avec les fables ingénieuses que l’on a imaginées dans notre siècle.

6°) Selon les mêmes fables, Napoléon eut deux femmes ; ainsi en avait-on attribué deux au soleil. Ces deux femmes du soleil étaient la Lune et la Terre : la Lune selon les Grecs (c'est Plutarque qui l’atteste) ; et la Terre selon les Egyptiens ; avec cette différence bien remarqua-ble que, de l’une (c'est-à-dire de la Lune), le soleil n’eut point de postérité, et que de l’autre il eut un fils, un fils unique ; c'est le petit Horus, fils d’Isis et d’Osiris, c'est-à-dire du soleil et de la terre, comme on le voit dans l’Histoire du ciel, t. I, page 61 et suivantes. C’est une allégorie égyptienne, dans laquelle le petit Horus, né de la terre fécondée par le soleil, représente les fruits de l’agriculture, et précisément on a placé la naissance du prétendu fils de Napoléon au 20 mars, à l’équinoxe du printemps, parce que c’est au printemps que les productions de l’agri-culture prennent leur grand développement.

7°) On dit que Napoléon mit fin au fléau dévastateur qui terrorisait toute la France, et qu’on nomma l’hydre de la Révolution. Or une hydre est un ser-pent, et peu importe l’espèce, surtout quand il s'agit d'une fable. C'est le serpent Python, reptile énorme, qui était pour la Grèce l'objet d'une extrême terreur, qu’Apollon dissipa en tuant ce monstre, ce qui fut son premier exploit ; et c’est pour cela qu’on nous dit que Napoléon commença son règne en étouffant la Révolution française, aussi chimérique que tout le reste ; car on voit bien que révolution est emprunté au mot latin revolutus, qui signifie un serpent roulé sur lui-même. C’est Python, et rien de plus.

8°) Le célèbre guerrier du XIXe siècle avait, dit-on, douze maréchaux de son empire à la tête de ses armées, et quatre en non-activité. Or les douze premiers (comme bien entendu) sont les douze signes du zodiaque, marchant sous les ordres du soleil-Napoléon, et commandant chacun une division de l’innombrable armée des étoiles, qui est appelée milice céleste dans la Bible, et se trouve partagée en douze parties, correspondant aux douze signes du zodiaque. Tels sont les douze maréchaux qui, suivant nos fabuleuses chroniques, étaient en activité de service sous l’empereur Napoléon ; et les quatre autres vraisemblablement, sont les quatre points cardinaux qui, immobiles au milieu du mouvement général, sont fort bien représentés par la non-activité dont il s’agit. Ainsi, tous les maréchaux, tant actifs qu’inactifs, sont des êtres purement symboliques, qui n’ont pas plus de réalité que leur chef.

9°) On nous dit que ce chef de tant de brillantes armées avait parcouru glorieusement les contrées du Midi, mais qu’ayant trop pénétré dans le Nord, il ne put s’y maintenir. Or tout cela caractérise parfaitement la marche du soleil. Le soleil, on le sait bien, domine en souverain dans le Midi, comme on le dit de l’empereur Napoléon. Mais ce qu’il y a de bien remarquable, c'est qu'après l’équinoxe de printemps, le soleil cherche à gagner les régions septentrionales, en s’éloignant de l’équateur. Mais au bout de trois mois de marche vers ces contrées, il rencontre le tropique boréal qui le force à reculer et à revenir sur ses pas vers le Midi, en suivant le signe du Cancer, c’est-à-dire de l’Ecrevisse, signe auquel on a donné ce nom, dit Macrobe, pour exprimer la marche rétrograde du soleil dans cet endroit de la sphère. Et c'est là-dessus qu’on a calqué l’imaginaire expédition de Napoléon vers le Nord, vers Moscou, et la retraite humiliante dont on dit qu’elle fut suivie. Ainsi, tout ce qu’on nous raconte des succès ou des revers de cet étrange guerrier ne sont que des allusions relatives au cours du soleil.

10°) Enfin, et ceci n’a besoin d'aucune explication, le soleil se lève à l’Orient et se couche à l’Occident, comme tout le monde sait. Mais pour les spectateurs situés aux extrémités des mers occidentales, le soleil paraît sortir le matin des mers orientales, et se plonger, le soir, dans les mers occidentales. C'est ainsi d'ailleurs que tous les poètes nous dépeignent son lever et son coucher. Et c’est là tout ce que nous devons entendre quand on nous dit que Napoléon vint par mer de l’Orient pour régner sur la France, et qu'il a été disparaître dans les mers occidentales, après un règne de douze ans, qui ne sont autres que les douze heures du jour, les douze heures pendant lesquelles le soleil brille sur l’horizon.

Il n'a régné qu’un jour, dit l’auteur des Nouvelles Messeniennes en parlant de Napoléon -, et la manière dont il a décrit son élévation, son déclin et sa chute, prouve que ce charmant poète n’a vu, comme nous, dans Napoléon, qu’une image du soleil ; et il n’est pas autre chose ; c’est prouvé par son nom, par le nom de sa mère, par ses trois sœurs, ses quatre frères, ses deux femmes, son fils, ses maréchaux et ses exploits. C'est prouvé par le lieu de sa naissance, par la région d'où on nous dit qu'il vint en entrant dans la carrière de sa domination, par le temps qu'il employa à le parcourir, par les contrées où il domina, par celles où il échoua, et par la région où il disparut, pâle et découronné, après sa brillante course, comme le dit Casimir Delavigne.

Il est donc prouvé que le prétendu héros de notre siècle n’est qu'un personnage allégorique dont tous les attributs sont empruntés du soleil. Et par conséquent, Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé, et l’erreur où tant de gens ont donné tête baissée, vient d'un quiproquo, c'est qu'ils ont pris la mythologie du XIXe siècle pour une histoire.

 P.-S. Nous aurions encore pu invoquer, à l’appui de notre thèse, un grand nombre d'ordonnances royales dont les dates certaines sont évidemment contradictoires au règne du prétendu Napoléon.

 



[1] Lucien, qui fut prince de Canino.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 10:07

Montauban sans Sarko ! ! !

 

Le 21 septembre 2007, sous le titre Officiel, le journal La Dépêche annonce la visite à Montauban de Nicolas Sarkozy prévue pour le 26 juillet 2008. En janvier 2008, la publicité autour du bicentenaire du Tarn et Garonne confirme la nouvelle. Après Napoléon 1er, Sarkozy se préparait à honorer ce petit coin de France. En prévision de cet événement, mon ami Léon Dunara, décédé depuis, a publié une parodie d’un discours qui n’a pas eu lieu, vu que, sans la moindre explication, le voyage a été annulé. Entre le passage d’Obama (devenu le copain de notre président) et le Tour de France, Nicolas 1er a préféré s’abstenir de paraître aux côtés de Jean-Michel Baylet, dont le parti politique (le PRG) permit pourtant le vote au Congrès de la modification constitutionnelle.

 

Sans prétendre tirer de grandes leçons de ce non-événement, je voudrais me laisser aller à quelques observations. Entre janvier et juillet 2008 Nicolas 1er a été obligé de revoir sa stratégie. En janvier, c’était encore le moment des grandes résolutions, comme font les enfants pour fêter l’année nouvelle. De Riad à Rome, il fallait mettre en œuvre une politique de civilisation, la France étant trop étroite aux projets de sa Grandeur. Depuis, combien de « civilisations » ont été revues à la baisse ? Comme l’énorme question méditerranéenne ! Sarko a décidé de revoir sa campagne de « promotion » et à l’heure des soldes, en juillet, elle s’est pour l’essentiel limitée à la présentation de son image (qu’on le filme mais qu’il ne dise rien surtout !). En conséquence, qu’aurait pu apporter Montauban à son image ? Le rapport Atali souhaitant en finir avec les départements, tout comme une partie de la gauche de gauche, a été remisé au placard en quelques jours. La fête pour le bicentenaire d’un département aurait pu paraître comme la confirmation de cet enterrement, or il n’est que de façade.

 

Faute de Sarko, la fête du bicentenaire du département se contenta de l’autre vedette annoncée, qui fut bien présente, le Brésilien Gilberto Gil. Ce ministre de Lula est surtout un chanteur en charge de la promotion culturelle de son pays, ce dont il s’acquitte avec talent. Quel Brésil transporte-t-il sur la corde de sa guitare ? Etrangement, nous allons en revenir au sarkozysme !

Gilberto Gil a pour fonction de casser les images d’épinal que transporte le mot Brésil et qui ont noms : samba, tropiques et carnaval de Rio. Gilberto Gil c’est le Brésil ouvert sur la planète ou, pour le dire à sa manière : le lieu du mélange de la terre entière. Le Brésil, c’est la civilisation au carrefour de TOUTES le civilisations ! De Bob Marley à l’Italie en passant par les Beatles, la samba se voit réduite à une fonction parmi d’autres. Comment ne pas être ému en entendant Gilberto Gil rendre hommage au compositeur et chanter : Volare, cantare, dans un italien parfait !

 

Et si, au nom de la grandeur du Brésil, Giberto Gil (que je rebaptise Gilberto Brasil) devenait le Mac Do de la world musique ? Une musique à la qualité technique impeccable mais où le gustatif est réduit aux mérites de la sauce ketchup ? Avec le public, j’ai beaucoup applaudi le chanteur brésilien, et le lecteur peut penser que je fais la fine bouche après dégustation. J’insiste donc : l’ensemble de l’orchestre, l’ensemble du spectacle est d’une grande classe. Oui, mais après ? Pourquoi les hommages rendus ne touchent pas la musique colombienne, péruvienne, en plus clair la musique des pauvres ? D’Atahualpa Yupanqui à Compay Segondo la musique des Amériques a montré que sa grandeur résidait plus dans l’enracinement jamais achevé, que dans le melting pot au plus petit dénominateur.

 

Oui, finalement, le Brésil que nous présente Gilberto Gil c’est le sort que Sarko réserve pour la France. Contre le gaullisme vieux jeu, vieille France, contre la gauche bloquée bloquante et bloqueuse, Sarko veut devenir le président du monde, un monde où la méditerranée redeviendrait la mer phare, alors que cette fonction est en train de quitter l’Atlantique pour se déplacer vers le Pacifique. La culture française qui a été la culture d’un monde cultivé, doit vendre du métissage, celui qui a permis à Sarkozy de devenir président ! Le métissage peut alimenter les identités ; il peut aussi les noyer ! C’est la seconde option qui unifie Gilberto Gil et Sarkozy. Mais je peux me tromper. 08-08-2008 Jean-Paul Damaggio

 

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 09:29

A Montauban : Maria Rosa Cutrufelli

Les féminismes ?

 

 

Grande chevelure rousse et bouclée, lunettes, écharpes, la soixantaine, Maria Rosa vient d’apporter à Montauban son italien (traduit par M. Crivella) et sa connaissance d’Olympe de Gouges. Emu d’être dans la ville de naissance de l’héroïne de son roman J’ai vécu pour un rêve, les derniers jours d’Olympe de Gouges, et devant Benoîte Groult, auteure d’une biographie d’Olympe que Maria Rosa a avec elle, elle nous explique comment elle se trouve là.

Je retiens la distinction qu’elle propose entre le féminisme anglo-saxon de Mary Wollstonecraft et celui d’Olympe de Gouges, qui lui permet de se positionner avec passion dans le camp d’Olympe. Autour de 1790, en Angleterre, dans le courant pour la liberté, Mary se bat pour l’égalité tandis qu’en France, dans le courant égalitaire, Olympe se bat pour la différence féminine. L’humanité n’est pas UNE mais DEUX démontre en acte Olympe en rédigeant une déclaration des droits de la femme contre la déclaration UNIVERSELLE des droits de l’homme.

Le seul homme à intervenir dans le débat indique qu’il ne comprend pas en quoi la dite déclaration n’était pas universelle. Or le fait saute aux yeux : pendant que les sujets du roi devenaient citoyens et multipliaient ainsi leurs pouvoirs, les sujettes du roi restaient des sujettes de la république et prenaient un retard fou dans le combat émancipateur. Une voix rappellera les retards quant au droit de vote et tant d’autres droits encore à ce jour à conquérir. Faut-il s’inquiéter en conséquence que la France soit le seul pays francophone à préférer « droits de l’homme » à « droits humains », formule qui pour Benoîte Groult, défenseuse de la « féminisation » des mots, permet d’englober hommes, femmes et enfants ?

 

Dans la parole de Maria Rosa j’entends tout le combat des féministes italiennes pour « la différence sexuelle » conduit en compagnie d’une française : Luce Irigaray. Ce courant se heurte toujours au courant égalitaire pour qui toute reconnaissance d’une différence entraîne l’acceptation d’une hiérarchie. Les « égalitaires » (je mets des guillemets car les deux courants se réclament de l’égalité) considère que la différence biologique est d’autant plus marginale par rapport au social que femmes peuvent de plus en plus faire tous les métiers des hommes, vu l’évolution des technologies, ce qui évite de cautionner les théories idiotes sur l’éternel féminin : les femmes reines de l’instinctif, de la paix, du quotidien etc. Luce Irigaray elle-même est ensuite revenue sur une différence stricte, pour adopter un principe plus dialectique dans la relation hommes/femmes avec son livre publié d’abord en Italie : J’aime à toi.

J’englobe ce débat dans deux formules : le droit à l’égalité dans la différence ou le droit à la différence dans l’égalité. Soit l’objectif premier c’est l’égalité avec la différence en décor, soit l’objectif premier c’est de saisir la réalité d’une différence à inscrire dans un horizon égalitaire. Bien sûr, il existe le courant droit à la différence contre l’égalité (donc hiérarchie entre l’homme dominant et la femme dominée « par nature » ou droit à l’égalité contre la différence (l’homme doit devenir une femme comme la femme doit devenir un homme).

 

Sans entrer ici dans le détail, il est vital de se souvenir de la fusion que Flora Tristan tenta d’opérer entre Olympe et Mary mais revenons à la visite montalbanaise de Maria Rosa.

 

C’est en lectrice attentive du livre de Maria Rosa que Geneviève est intervenue. Un livre où le quotidien de l’époque est largement présent et donne chair aux femmes qui le peuplent, comme la chair doit naître de l’écriture d’une fiction. Maria Rosa avait tenu à insister sur les détails « de moindre importance » qu’elle voulut inclure dans un texte qui est pour elle de la plus grande importance. Sa mère enseignante de français avait voulu la tirer vers le français, mais son père, un scientifique avait obtenu qu’elle apprenne l’allemand. En étudiant la vie d’Olympe, en la peuplant de femmes diverses, elle retrouvait ainsi sa mère. Un détail majeur pour cette Sicilienne (faut-il y voir une parenté avec le roman du Sicilien par excellence Leonardo Sciascia : Conseil d’Egypte ?), féministe de longue date, qui avait presque oublié Olympe mais qui l’entendit à nouveau frapper à sa porte en lisant cette toute petite note : « Olympe de Gouges guillotinée pendant la Révolution ». Elle décida donc de vivre quatre ans avec Olympe pour aboutir à un roman finaliste du Prix Strega en Italie et qui a donc suscité de multiples lectures, alors qu’Olympe y est très peu connue. Entre la part de réalité et la part d’invention, le souci de Maria Rosa fut de ne pas trahir Olympe dont elle indique qu’elle ne fut pas forcément sympathique, en tant que forte femme défendant ses droits. Ce travail de reconstruction d’une figure féministe (pour beaucoup la première) continue chez Maria Rosa dans une lutte affichée déjà dans d’autres ouvrages.

 

Pour une fiction sur Olympe, Maria-Rosa a donc été tenue d’inventer faute d’un grand nombre de sources. Inventer une relation avec le fils et la belle-fille demande une voix ? A partir de l’indication que la belle-fille rendit vite à Olympe dans sa prison, elle en déduit une complicité entre les deux femmes mais c’est là son choix car rien ne le prouve. Ce travail d’écriture pourrait être confronté à l’exceptionnel roman de Jean-Philippe Domecq, Robespierre dernier temps. Même démarche (le quotidien est très présent dans le roman de Domecq), même période, même fin dramatique mais deux approches de la révolution. Maria Rosa mentionne aussi une autre femme, celle qui dénonce Olympe pour aider la révolution, Françoise-Modeste. Elle exista vraiment et est donc une autre face de la dite révolution. Entre le cas Robespierre et le cas Olympe, nous pourrions enquêter sur le statut du sentiment pendant la Révolution.

 

Maria Rosa évoque l’historienne italienne qui lui a demandé : « mais pourquoi ne pas avoir placé la reine Marie-Antoinette parmi les femmes autour d’Olympe ? ». Elle précise que rien ne liait les deux femmes et qu’en conséquence, une telle présence était inopportune. Marie-Antoinette guillotinée le 16 octobre et Olympe guillotinée le 3 novembre, donc à quelques jours d’intervalle, avaient cependant en commun l’incarcération et la mort brutale. J’ai du mal à croire qu’en apprenant la fin de Marie-Antoinette, Olympe n’a pas eu une pensée pour elle quand on se souvient qu’un de ses « scandales » fut de s’opposer à la majorité de l’Assemblée nationale qui vota la mort de Louis XVI. Il ne s’agit pas là d’un point négligeable si on retient le principe de la différence féminine. Mais la présence d’une reine dans le même bateau risquait peut-être d’atténuer la force sociale du combat féministe.

 

Retour aussi sur un moment du propos de Maria-Rosa qui a échappé à son traducteur pourtant exemplaire d’attention, de sérieux : « La Révolution française a ouvert une porte qu’elle a ensuite refermée ». Ce propos permet de nuancer le jugement expéditif sur la Révolution qui aurait été seulement contre les femmes. Même sans reconnaître aux femmes le droit d’être citoyennes, la Révolution inventa un droit au divorce favorable aux femmes, qui est rarement étudié dans sa réalité et qui, après la fermeture de la Révolution, mettra ensuite des décennies avant de revenir à l’ordre du jour. Combien de divorces furent prononcés à Montauban pendant la Révolution ? Dans quelles conditions ? Quelles classes sociales touchées ? Voilà un travail d’historien iconoclaste dans lequel il m’arriva de mettre le nez sans l’achever.

 

Pour conclure ce moment rare de démocratie, j’indique un regret. Maria Rosa souhaita donner assez vite la parole à la salle car elle voulait connaître la réaction de femmes du Sud de la France à son livre ou à ses propos. Pourquoi précisément du Sud ? Car dit-elle dans un entretien parue en Italie : « Olympe fut accusée d’être analphabète car étant une femme du Sud de la France, et pour un Parisien son occitan était une langue barbare. On commençait alors à construire la langue nationale française et donc, à partir du moment où elle parlait occitan, et que ses écrits étaient truffés d’occitanisme, elle était clairement jugée inculte ». Dans ce même entretien réalisé à Palerme le 24 mai 2005, elle cite en sicilien la réaction d’un journaliste : « Cu tutti ddri fimmini, mi cunfunnivu » (avec toutes ces femmes dans le livre, au départ je les confondais). Ce point mériterait un approfondissement sur la question du rapport Paris/Province dans l’œuvre littéraire d’Olympe. En ce qui me concerne, à ce jour, il ne m’a pas sauté aux yeux. Dans son théâtre publié par Félix Castan, je n’y trouve pas la moindre référence mais l’œuvre d’Olympe est bien plus vaste et le sujet toujours ouvert. Ce point du débat aurait pu éviter de tout centrer sur le moment révolutionnaire pour rappeler qu’Olympe fut une écrivaine avant même la Révolution.

 

Pour l’anecdote et pour dire qu’on n’en a pas fini avec Olympe un autre 6 mars (celui de 1887), un Montalbanais écrivait dans le Républicain sous le pseudonyme de Cynophile, un éloge sincère de cette femme :

« Je ne sais si vous partagez mon insolente opinion, mais il me semble que nos bons compatriotes sont d’une ingratitude flagrante à l’égard de leurs ancêtres illustres. Ce pauvre Lefranc de Pompignan, qui eut surtout le malheur d’être contemporain de Voltaire, a dû attendre plus de cent ans avant que son nom fut donné à une de nos places publiques ; et voici sa fille naturelle, la fameuse Olympe de Gouges – une femme pourtant – qui n’a pas encore recueilli de ses descendants le moindre hommage, la moindre galanterie ».

 

Bien sûr, le meilleur hommage c’est de la lire, de la commenter, de l’étudier et de se battre à ses côtés, elle qui osa « penser l’impensable », « dire l’indicible », et demander le mieux impossible, dirait son contemporain montalbanais Guibert. Les temps actuels semblent peu se prêter à cet effort, mais Maria Rosa reste de tous les temps.

6-03-2008 Jean-Paul Damaggio

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 09:26

Suite aux émeutes de 1988, la presse algérienne gagne une grande liberté et le journal Algérie Actualité arrive même dans un kiosque à Montauban au début de 1990. C’est en sa compagnie que je découvre le quotidien de ce pays saisissant. Un journal étranger en français ! N’est-ce pas déjà un miracle ? En 1995 le journal entame une série d’articles sur les figures du pays. Slimane Azem s’y retrouve juste après Si Mohand dont il est en partie le continuateur. Le voici. J-P D.

 

 

Slimane Azem, émigré ou exilé ?

 

 

A s'inscrire dans le décompte occidental, bien moins qu'une génération à peine sépare Si Mohand de Slimane Azem. Et pourtant !

L'Histoire est allée si vite ! Précipitée, même... Et c'est alors que tout encore abasourdi par le chaos de 1871, Si Mohand relève à peine la tête, que Slimane naît... Sa jeunesse fut celle du Centenaire triomphant. Ne l'oublions pas. Il a tout juste vingt ans lorsqu'il réalise que, toujours vaincu, Tamurt[1] compte à son actif deux nouvelles donnes et non des moindres : l’émigration et l’exil. C'est qu'en cette Kabylie qui, selon le mot de Mammeri, n'a « rien à offrir d'autre que sa rocaille et ses hommes», la vie n'a plus du tout le même sens ! Tamurt nid-refuge violé, il ne reste plus qu'à... s'expatrier dans le curieux espoir d'emporter à la semelle de ses souliers un peu de cet occupant honni. Et si s'éloigner de chez soi allait entraîner un mouvement similaire chez l’autre ?... Peine perdue, bien sûr ; puisque n’est pas... colon, qui veut. Témoin entre tous du parachèvement de l’acte colonial, Slimane Azem l’est incontestablement. D'abord en sa qualité d'émigré. Ensuite - et pas forcément pour les mêmes raisons - exilé. C'est avec Slimane que l'on sut que l’Algérien non seulement devenait par la force des choses émigré, mais aussi exilé. Emmêlant savamment réalité coloniale et « condition de l’indépendance», le pouvoir - le discours ( ?) - algérien s'évertua, des décennies durant, à noyer l’une dans l’autre. Au point ou rares seront ceux qui sauront que Azem fut interdit d'antenne dans son propre pays, au moment même où les premières listes d'artistes et d'hommes de culture sionistes - ou jugés tels - commencèrent à circuler dans les milieux autorisés algériens. C'est en 1967 que Azem subit, pour la première fois, les affres de la censure! Peu de temps auparavant la non moins célèbre « Radio l’Pari » - du moins au yeux de l’émigration - cessait ses émissions. On s 'en souvient comme d'un choc. Dans ses propres propos rapportés par Mohand U Yahia, Slimane s'en explique comme d'une exigence... algérienne, à l’encontre de la France (à l’époque, l’Algérie avait des exigences). Tout orale et d'oralité, la parole de Slimane Azem aura pas moins connu toutes les affres et stupeur de la censure de l’écrit. Dans leur inculture légendaire, les sbires avaient tout simplement confondu la planète Gutenberg et la planète Mac Luhan. Ils se trompèrent, en définitive, de si peu !...

 

LES CHEMINS DE L’IMMIGRATION

La «culture officielle » ou, ce qui revient au même, le discours et son attrait - ayant produit une sorte de magma acérébré, mais de type schizoïde -, rien d'étonnant à ce que nombre de ceux qui se réclament d'une «culture authentiquement algérienne » piaffent d’une ironie feinte au simple énoncé du nom de Slimane Azem. C'est que Tamurt leur aura à ce point échappé qu'ils n’en déduisent plus de sens, hors la relative conformité qui leur donnent corps et substance. C'est que ruinés par la lettre. ils en oublièrent très bientôt et le mot et le sens. Slimane ne fut pas de ceux-là. Comment l’eut-il pu ?

Slimane Azem est né le 19 septembre 1918 à Aguni Ggeyran, où il passa son enfance. Toute sa prime jeunesse se résume en quatre années d'école. C'est en 1937 qu'il tente l'aventure : la France.

Une fois la guerre terminée, Slimane assiste en spectateur privilégié, à ses flots – masses considérables de compatriotes qui débarquent en France. C’est l’existence précaire des émigrés. C’est le déracinement et le choc culturel. « Le deuxième temps (le la rupture de Tamurt), c’est celui de l’émigration qui, d’abord timide au début de la première guerre mondiale, devient bientôt massive. Le phénomène est très particulier. C’est une émigration exclusivement mâle avec toutes les conséquences que cela entraîne.

L'émigration n’est pas un corps social harmonieux où il y a tous les sexes, tous les âges, toutes les conditions. C'est un « extrait » artificiel et donc toujours « en appel » d'autre chose et qui se sent et se vit comme partiel, amputé, en attente de l’essentiel, qui est la vie « au pays »... » Mouloud Mammeri. Awal 1986.

Mais écoutons... Mammeri :

« Quand il s'en va, il arrive qu'il emporte un panier de figues pour les copains restés en pays étranger. Elles vont durer un ou plusieurs soirs. C'est plus qu'un symbole, le mets sacré, la manne autour de quoi on communie : elle prolonge le soir... la présence du vrai pays.

... Les artères ont vieilli. Chaque juillet nouveau le ramène avec un peu plus de rides sur les joues. un dos plus voûté, des doigts qui crispent, un peu plus chaque année, de noirs cheveux qui virent au poivre, au sel et puis brusquement au blanc sans tache. Quand on le découvre, le cœur panique un peu... beaucoup... Eh quoi ! il a donc plu des ans sur nos têtes, car lui et elle font en même temps la même découverte un peu épouvantée, et que chacun tâche d'enfouir au plus profond des limbes, pour qu'elle n'envahisse pas tout le reste, pour que l’autre ne la voie pas. Quand nos jours de soleil se sont-ils écoulés et sont-ils au ravin partis ?... Ah ! ma beauté mangée par l’usine ! dira l’autre-,,

 

LA PERENNITE DE LA LANGUE

Le temps d’une seule génération sépare le « Pays » de. Si Mohand, de la naissance de Slimane, et pourtant, déjà Tamurt n’est plus le même. Transformé, déstructuré, éclaté, fourvoyé. N'étaient, justement, la pérennité de la langue et la sensibilité des deux hommes, l’on croirait presque que des siècles se sont écoulés depuis. C'est dire toute la violence profonde et irréversible exercée par la domination coloniale qui, si dans un premier temps - celui de Si Mohand - s'est limitée à exproprier et expulser- a par contre, dans un deuxième temps - celui de Slimane - très vite compris tout l’avantage qu'elle pouvait tirer de ces milliers de bras sans perspectives et sans ressources[2]. C’est le thème de l’exil, lyrba-litanie, révolte, colère, soumission feinte, errances multiples, devoirs. Le phénomène est d’une telle ampleur et d’une telle profondeur qu’à la manière d’un « raz de marée », le thème de l’exil va accaparer le champ poétique dans sa quasi totalité.

« L’inhumaine coupure de Tamurt de ses travaux et de ses jours... L'usine de l’autre côté, le travail à longueur de journée, le métro antre noir, le bistrot, le vin, l’oubli et... Pour le souvenir, les lettres. Les mandats aussi. Avec chikh El Hasnaoui, Slimane Azem est le grand chantre de l’exil. Des dizaines d'autres ont aussi dit lyrba – l’exil - sur le mode quasi unique de la désespérance».

Mammeri note que « le chant de l’exil se fait en réalité à deux voix : celle de l’émigré qui se lamente surtout sur les dures conditions de son séjour à l’étranger - et celle de ceux qui sont restés - des femmes surtout, amputées pour un an d'abord, puis pour toute la vie de l’existence qu'à tort ou à raison, elles considèrent comme la seule vraie ».

Territoire de la coupure et du manque, Tamurt devient « le lieu de tous les manques». Douleur. Autant ceux qui partent que ceux qui restent paient très cher. Et comme tout ce qui n’est vécu que sur le mode imaginatif - Slimane parle de « l'ombre du pays qui est en lui» - la dualité s'installe : « Tamurt est aimé et haï, refusé et désiré ».

 

LE CHANT DE L'EXIL

Jusqu'au déclenchement de la lutte armée, mais déjà perceptible dès le milieu des années 40, le seul projet collectif et individuel que Tamurt rend viable est celui du départ, de l’exil. Le mal est grand. Immense est la douleur. En ces « premiers temps » de l’émigration, seuls les hommes valides partent. Peuvent nourrir le secret espoir de troquer jeunesse, vigueur et force de travail contre une existence précaire, tronquée, mais qui a au moins le « mérite» de les faire revivre une fois l’an, lors des congés payés. Ce n’est pas faute d'avoir accepté et respecté tous les liens et devoirs d'usage que ces hommes, d'années en années, se sentent bien malgré eux « coupés » - une deuxième fois ! - de Tamurt physique. Les « efforts » de Slimane Azem pour humaniser un tant soit peu toute cette douleur en faisant appel à Z'har, l’mektoub, l’waqt... n’ont de sens que dans cette toujours perspective du retour qui, décidément, ne pourra avoir lieu qu'une fois les cheveux blancs, l’échine voûtée par l'usine, le vin, les affres de l’exil et de l’éloignement. Et dans ces conditions, est-ce vraiment un retour ? N’est-ce pas que quelque part le mal est encore plus grand ? C'est alors qu'il s'adresse à « Rebbi ya'lmoudabar».

Ce n’est qu'à partir du déclenchement de la lutte armée que d'absent et vidé, territoire de tous les manques, Tamurt va réinvestir le champ symbolique qui, à défaut d’avoir cessé d'être sien, lui aura partiellement - mais en des zones de perturbation capitales – échappé. D'espace à peine perceptible - il ne s'y passe rien durant 11 mois de l’année, Tamurt va devenir le lieu de tous les projets, de toutes les attentes. Quasi ontologiques celles-là. La production de Slimane Azem durant ces années-là va alterner l’appel à Tamurt, son évocation, et la prise de position franche, dès 1957, qui lui vaudra des démêlés assez sérieux en France même.

H'ssissen a donné le ton. On ne se soucie plus du moins de la même façon - du sort de chacun.  On ne se lamente plus. De partout, l’on sait maintenant que Tamurt est devenu une sorte de rendez-vous. Ce qui s'était creusé jusqu'à se voir réduit à une véritable peau de chagrin s'est maintenant, pour ainsi dire, rempli. Tamurt réinvesti, le ton change. C'est ce qui permettra à Slimane Azem d'amorcer, avec tout le bonheur que l’on sait, sa mue vers la satire sociale et politique. L'on sent qu'il faut une dose certaine de sérénité sur le plan de l’équilibre interne pour voir et regarder la réalité différemment. Et même son interdiction d'antenne, en même temps que les artistes jugés sionistes ou pro-israélites, en 1967, n'aura pas pu entamer sa légendaire bonhomie son franc-parler. Son ironie et sa verve. Désormais, Slimane Azem est au sommet de son art. C'est le fameux « Ana mir ouanta mir, chkcoun isseweg lehmir... »

L'un des premiers, Slimane Azem a compris que désormais Tamurt est devenu « verbe dynamique et mobilisateur ». C'est, cette fois-ci, tout le sens à donner à ses « pièces » d’une rare lucidité et que ne démentiront ni les faits ni les hommes. Toute une série de textes seront alors enregistrés qui attesteront d'autres facettes de son immense talent. Tour à tour moraliste, satirique, fabuliste, conteur, Slimane s'exerce à chacune de ses nombreuses productions, à démontrer que désormais l'émigration – l’exil- n’est plus une fatalité qui coupe de tout et de tous. La preuve : il ne cessera, sa vie durant, de parler de son pays. De parler à son pays. De son exil forcé, Slimane s'adresse à tout et à tous. Pour les besoins de sa cause, il n'hésite devant rien. En kabyle, en arabe, en chansons, en texte dit, tous les registres sont bons. Tous les tons sont de mise pour vilipender, dénoncer, accuser ceux qui, par la force et le silence imposé, veulent détruire ce sens nouveau que Tamurt a douloureusement reconquis.

 

L'IDEAL DE LIBERTE

Que Tamurt a difficilement, très difficilement réaccaparé. C'est un combat sans merci dont l’issue est, on l’aura sans doute compris, l'identité. Tamurt s'est de nouveau identifié à un idéal de liberté. Et tout ce qui va avec, resurgit. Tamurt est maintenant «un projet tout à la fois politique, social, culturel, existentiel. Il ne désigne pas seulement. Il invite et donne forme ». C’est en et depuis l’exil que Slimane Azem a aidé ses compatriotes vivant la même condition que lui, à donner un visage et un nom a une plus complète et plus humaine façon de concevoir la vie». Mais oui, on, s'aperçoit en exil que l’on a une culture. Y compris sur le registre du chant d'amour où Slimane aura commis quelques-uns des textes parmi les plus émouvants et... provocateurs (pour l’heure).

L'émigration a bien changé depuis. Désormais, c'est-à-dire depuis la fin des années 60, c'est par familles entières que l’on s'est rendu en France principalement. Une nouvelle génération a pris place qui indistinctement sait que la place laissée au « pays » ne peut plus s'appréhender de la même façon. Tous les rapports, toutes les données s'en sont trouvé perturbées. A redéfinir. L'œuvre de Slimane, bien plus qu'un simple témoignage, restera dans la mémoire des hommes comme un perpétuel acte de refus de tout ce qui brise et détruit les équilibres originels. Comme un acte de solidarité aussi.

Restera, tissée au fil des jours, la merveilleuse fresque tressée pour nous par Slimane Azem, tout au long de toute une vie d'exil. D'autres, de toute façon, auront d'ores et déjà pris sur eux d'assumer la relève d'un genre - la chanson - qui s'avère être une des pierres d'achoppement de toute la volonté exprimée de demeurer soi-même. De vivre libre. A l’écart de tout ostracisme. De tout rejet. De toute marginalisation aux effets dramatiques.

Amestan-Malik BELLIL

 

Du même auteur un extrait du portrait de Si Mohand :

L'HOMME LUI-MEME

Mohand u M'hand Aït Hmadouch est né vers 1845 à Icherouien, un des hameaux qui composent Tizi Rached, village de la tribu des Ath-Irathen à 20 Km de Tizi-Ouzou. Sa date de naissance rappelle une période particulièrement trouble et troublante de l’histoire de l’Algérie. De le Kabylie surtout. A sa naissance, les troupes françaises installées en maîtres sur toute l’Algérie du Nord, n'ont pas encore pris possession du massif kabyle. D'ou le souvenir vivace et indélébile d'un Tamurt pas encore souillée. Ce n’est qu'en 1857 que le général Randon entreprend de réduire le Djurdjura.

La défaite consommée, Randon exproprie les habitants, fait raser le village et entreprend la construction d'un fort, d'où il pourrait surveiller tout le pays : c’est Fort Napoléon, qui deviendra Fort-National, aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen. Les Aït Hmadouch allèrent s'installer dans un village aujourd'hui disparu, Akbou. Très jeune, le poète a connu des moments douloureux. A Sidi Khelifa (Akbou), la famille vit dans l’aisance. Elle possède des terres. C'est à l’école coranique ouverte par son oncle qu’il acquiert les premiers rudiments, avant d'aller les parfaire à la Zaouia de Sidi Abderrahmane des Illoulen, tout près d'Azazga. 1857 parait effacée et tout semble rentrer dans l'ordre. D'une famille aisée, frottée de science, l’avenir s'annonce sous de bons auspices. 1871 éclate. La répression est très dure. Les troupes coloniales s'installent. En même temps que la délation. Accusée d'avoir pris "part à l’insurrection, la famille Aït Hmadouch est durement frappée. Le père du poète est exécuté à Fort-National, son oncle Chikh Arezki est déporté en Nouvelle-Calédonie. Tous les biens sont séquestrés. La famille se disperse.

Apres s'être libéré du mariage et des autres, Si Mohand commence désormais une vie errante qui lui fait parcourir Alger jusqu'a Tunis en passant par Bône, un pays plus vaste. Il revient souvent à Bône où nombre d'hommes du « pays » travaillent dans les mines et les fermes.

Y vivant de petits métiers, le poète écrivait des lettres en arabe à des ouvriers qui le payaient en argent ou de quelque verre. Quelquefois, pour ses nombreux amis bônois, il arrivait que les vers coulent en arabe. Trente années vont s'écouler entre le début de l’errance et sa mort survenue en 1906. Trente années vécues sous le colonialisme triomphant et expansionniste à souhait. Désormais installé dans le clan des vaincus, Si Mohand ne peut que constater que l'ordre dans lequel il a vécu est mort. Ecartelé, il s'installe dans l’écartèlement. Les vers fusent. Révolte, mépris, indignation dans les pires moments l’éternel recours à Zik (jadis), « du temps où le monde était monde », dit-on en kabyle. Sa renommée a grandi et on lui pardonne aisément ses vices : son génie peut tout effacer. Sur le tard (« Le départ est proche, je crois ? »), sa visite au Saint vénéré de tout le pays kabyle, Chikh Mohand u l’Hocine fut un exemple du genre : le grand pêcheur se présentant devant le grand saint. C'est là qu'il saura l’endroit exact il sera enterré loin de la terre qui l'a vu naître : Askif N-ettmana, le portique de la sauvegarde, lieu saint du village des marabouts de Michelet (Ain El Hammam), les Sidi Said.

Que Si Mohand, depuis l’épisode de l'ange jusqu'à sa prescience de Askif n'temana, ait passé toute une partie - et non des moindres - de sa vie entièrement marquée par le destin sauvage qui l’a frappé, n’est qu'une «réponse» dont les fondements mêmes sont censés échapper - et échappent - à l'ordre nouveau installé.

Si Mohand est élu poète. Son «élection» ne peut qu'être le fait d'une réalité qui échappe... à la réalité devenue elle-même. Et le poète fut, souvent, à deux doigts de la sainteté. Car «la tragédie n’est pas l’exception d'un destin ou d'une génération, elle est la règle. Car il n'y a pas seulement l’antinomie d'un siècle qui a pris plaisir à renverser les rôles et brouiller les valeurs. Il n'y a pas seulement l’antinomie particulière de Mohand, condamné pour on ne sait quelle faute ou calvaire d'une action perverse démentant une volonté droite. Le scandale est universel. Le monde tout entier est absurde, «et de cet universel naufrage, quelque chose surnagera-t-il ? »

Zik, Tura, jadis, maintenant, (biladj, Taddart, le bien, le mal, le vrai, le faux...). Tout le drame écartelé de toute une population dont finalement, et à notre avantage, la poésie de Si Mohand aura constitué - constitue - autant de jalons d'une véritable chronique des années de feu.

Si Mohand est à nous. Cela est indéniable. Mais nous, aujourd'hui pratiquement sans visage et sang loi, sommes-nous à lui ? Saura-t-on se reconnaître en lui ?

Amestan Malik BELLIL

 



[1] Note J-P D. :Tamurt c’est l’Algérie dans tout son symbolisme. Dans l’article précédent nous lisions : « l'on se demandera si Tamurt, doublement concept et symbole, n’est pas - et pour lui et pour nous -... l’unique objet de son - notre – ressentiment ». Je donne en annexe des extraits du portait donné de Si Mohand.

[2] Note J-P D. :Dans la France métropolitaine de la même époque, c’est sans la domination coloniale que des milliers de paysans subissent un sort équivalent à celui des paysans kabyles.

 

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 09:25

Montalban derniers instantsLa gastronomie politique selon Vázquez Montalbán

 

 

 

Dernièrement la ville de Barcelone a célébré Vázquez Montalbán par une exposition unique en son genre : un parcours culinaire merveilleusement agencé. On commençait par la remise des divers aliments où l’on pouvait écouter en se penchant sur quelques boîtes les musiques chères à l’auteur, dont l’inévitable Auvergnat de Brassens, puis, passage obligé par la cuisine elle-même, avec la beauté de ses ustensiles.

Là, je pouvais repenser à cet aveu de l’écrivain affichant sa joie quand une maison d’édition lui offrit une boîte de couteaux professionnels.

Plus loin, nous trouvions les tables des plus grands et plus petits restaurants de Barcelone avec citations à l’appui. Le tout s’achevant dans une salle aménagée en fumoir.

La bonne chère appartenait totalement à l’engagement politique de l’auteur de Pepe Carvalho un engagement qui alliait le soutien à l’équipe de foot du Barça, et à la boule de viande que mettait sa mère dans le ragoût traditionnel espagnol, un peu comme en Italie dans le « bollito ». Résister au franquisme, c’était aussi une affaire de symbole dès sa plus tendre enfance.

 

Ensuite, à l’aube des années 70, Manuel a trente ans, et comme beaucoup de Barcelonais, il vit un grand écart qui lui imposera une gymnastique de toute une vie. D’un côté, il a accès dans le texte à Gramsci, Lefebvre et avec son ami le philosophe Manuel Sacristan à la philosophie allemande dont pour la RDA à celle de Wolfgang Harrich qui a écrit : Communisme sans croissance, (nous n’aurons pas en France l’honneur d’avoir la traduction). De l’autre, il côtoie une Europe qui déferle sur la Costa Brava, en quête de consommation effrénée de loisirs touristiques. Quand ce grand écart a pour cadre une Espagne franquiste enfermée dans les schémas les plus rétrogrades, la question de la survie devient une obsession quotidienne.

Vázquez Montalbán va la résoudre, en partie, par la gastronomie, pour une raison matérielle. Sa compagne communiste devient anarchiste et décide de délaisser les casseroles d’où pour Manuel, l’activité forcée de cuisiner, qui lui permet de mijoter sa pensée politique, jusqu’à en faire un auteur de polar mondialement connu.

Pour écrire cet article, et me mettre en appétit, je feuillette son livre de 1977, L’art de menjar a Catalunya. Ecrit en catalan, il a ce sous-titre qui est un programme politique : Cronica de la resistència dels senyals d’identitat gastonomica catalana. Vázquez Montalbán, là comme dans TOUS ses livres, est un chroniqueur c’est-à-dire un écrivain au cœur de l’actualité. Une actualité pour la résistance et une résistance par des signes d’identité gastronomique ! Un temps admirateur de Lefebvre, il pense que c’est dans le quotidien que se perçoivent les instruments de l’émancipation humaine. Il regrette seulement que cette découverte soit venue un peu tard par rapport à l’évolution du capitalisme. Pour le dire autrement, la lutte contre Mac Do aurait dû être entreprise dès les années 70. Mais qui au sein de son parti communiste catalan (le PSUC) pouvait prendre au sérieux cette approche de la lutte politique ?

Le livre de 1977 que je feuillette a une belle préface de Nèstor Luján, l’ami de toujours de Manolo. Que cet écrivain n’ai jamais été traduit en France démontre que le retard est devenu spectaculaire entre la maigre conscience des moyens de lutte des démocrates, et l’action savante de l’adversaire de classe. Vázquez Montalbán en a tiré une conséquence pratique : je vais me mettre à écrire des polars. Mais contrairement à d’autres, qui passent d’une période rose à une période bleue, il reste le poète de toujours, et l’inévitable sub-normal, avec la gastronomie comme critère de la vérité pratique !

Le Catalan fut un Rouge qui toute sa vie en appela à la rencontre avec Le Vert en sachant qu’il ne susciterait que méfiance des uns et des autres lui qui ne rêve que de « communion des saints ». Dès 1969, donc pour ses trente ans, il publie : au souvenir de Dardé (Recordando a Dardé) écrit déjà en 1965. Roman inaugural d’une vie politique placée sous le signe de Marx à la sauce Grouccho. La version nauséabonde de l’idée de croissance, présente dans le livre, sera réduite, par des critiques, au contexte espagnol du franquisme (sous-entendu : avec la croissance de l’autre côté des Pyrénées on vit sur une autre planète). Sauf que Manolo sait très bien que la dite croissance, version démocratie, permet à des bus entiers d’Espagnols de remplir les salles des cinémas pornos de Perpignan ! Son poème, Manifeste consumériste que l’on trouve dans ce roman m’apparaît encore aujourd’hui comme le meilleur texte dénonçant la consommation à la mode capitaliste.

 

Pour avoir vécu une jeunesse où il manquait de tout, Vázquez Montalbán est bien placé pour savoir que l’obsession de la consommation ne peut que frapper les couches populaires. Pour avoir cependant vécu dignement au sein de ces couches populaires, il sait aussi que la richesse phénoménale des personnes en question vaut mille fois plus que les consommations standardisées offertes par le système. D’où son choix en faveur de la gastronomie politique, de la chanson politique, du foot politique ou du cinéma politique. Insister sur la question gastronomique c’est tout simplement passer le plus vital chez tout être vivant : manger. La culture a fait du repas un enjeu plus politique que tout autre, en inventant les repas sélects. Dernièrement, un président de conseil général pour remercier les élus d’une petite commune qui lui rendirent un grand service, les invita à un repas de roi, avec valets tirant la chaise devant les invités etc. Le bon peuple en fut médusé !

 

Donc, du premier jour au dernier, Vázquez Montalbán s’est battu politiquement contre Mac Do. Pourquoi ajouter le terme politiquement ? Des adversaires de Mac Do peuvent être des adeptes de l’ascèse, de la pureté alimentaire, ou de ce que Manolo appelait les théologiens de la bonne conduite. Pour Montalban, la vie c’est la bonne chère, le bon vin, le bon cigare et si on doit en mourir à 60 ans, alors disons-le, il vaut mieux mourir heureux que survivre tristement.

 

C’est avec cette même joie que j’écris cet article où je peux prendre en référence le dernier entretien avec l’écrivain paru dans la presse française. Il disait dans L’Humanité du 22 mars 2003 : « En Italie, dans les années 70, une fraction du parti communiste avait créé un mouvement contre le fast-food. Lutter contre le hamburger peut paraître idiot. Mais ce n’est pas une question de survie de telle ou telle culture gastronomique mais une question de philosophie. Le hamburger, le ketchup, c’est la même volonté d’uniformiser le monde ». Cette volonté, il la retrouve dans la gauche quand, à Porto-Alegre, elle affirme : « Un autre monde est possible » alors qu’il faudrait dire : « D’autres mondes sont possibles ». Le pluriel seul peut changer le monde. Dans cet entretien, il fait une différence entre le hamburger et le ketchup car il était sous le coup d’une découverte : un étudiant américain devant une paella qu’il lui avait préparée demanda du ketchup pour la couvrir d’une couche rouge avant de la manger !

Le ketchup peut tout pervertir alors que le hamburger est seulement perverti par lui-même.

 

Les Catalans résistèrent au franquisme avec un peu de pain et de tomate, ce qui renvoie à une autre dimension politique : celle de la mémoire. La cuisine est faite de la mémoire du peuple, une mémoire pillée par la bonne société mais une mémoire tout de même. Quand le peuple n’a plus à se mettre sous la dent que du poulet bas de gamme, alors qu’il découvrit autrefois comment cuisiner les cèpes, il n’est pas seulement dépossédé de toute culture, il est dépossédé de tous moyens de création de sa propre culture. Les années permirent de rendre délicieux les abats les plus divers du porc mais que faire d’original avec des aliments bons seulement à finir dans la chapelure ? La gastronomie comme politique c’est la dignité du peuple retrouvée, dignité sans laquelle personne ne peut tenir sa tête droite face à l’adversaire.

 

En conclusion, résumons les contresens qu’il faut combattre pour la dignité même de Vázquez Montalbán : inutile de jouer la cuisine authentique du peuple contre la cuisine des chefs étoilés, inutile de jouer la grandeur de la cuisine catalane contre celle de la cuisine française, inutile de jouer l’Europe contre les Amériques, inutile de jouer le futur contre le passé. La véritable ligne de fracture est ailleurs. Elle oppose toujours à travers les siècles le mouvement qui fabrique de l’humain (la vie) à celle qui fabrique la norme (la mort). Sauf que nous sentons de tout côté aujourd’hui qui le moment devient plus crucial et là, il y a de quoi perdre un peu de sa joie.

31-07-2008 Jean-Paul Damaggio

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