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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 09:50

La libération d’Ingrid Betancourt a déclenché une campagne médiatique exemplaire. J’ai publié à ce moment ce texte sur La Sociale. Avec le recul il me semble utile de l’intégrer ici au travail en cours sur les Amériques. J-P Damaggio

 

 

Ingrid, libre…

 

 

La libération surprise d’Ingrid Bétancourt fait penser à celle intervenue en avril 1997 à Lima. La comparaison devrait nous éclairer sur des évolutions profondes du politique aux Amériques.

Rappel des faits : après des mois d’occupation de l’Ambassade du Japon à Lima par le groupe péruvien MRTA, les forces de sécurité d’Alberto Fujimori réussissent une opération audacieuse pour en finir avec cette crise. Une telle opération a été clairement préparée avec l’aide des services secrets israéliens et elle a mis un terme définitif aux guérillas du Pérou. Le Sentier lumineux avait été neutralisé et c’était donc le tour du MRTA avec pour Fujimori l’image de sauveur. Actuellement cependant Fujimori comme son bras droit de l’époque, agent de la CIA, Vladimiro Montesinos, est en prison pour ses propres crimes.

 

La libération d’Ingrid Bétancourt annonce la fin des FARC et donc la fin des stratégies de guérilla aux Amériques. Le poids des circonstances de l’heure (la mort d’un chef par exemple) rencontre des phénomènes plus profonds. Le phénomène se situe au croisement de quatre nouveautés : la crise profonde de la base sociale paysanne, le déséquilibre actuel entre la force d’un fusil et celle des services de renseignements des maîtres du monde, l’aspiration générale à la démocratie même quand ses insuffisances sont très nettes, et les succès partiels de la dite démocratie. Quand le peuple peut élire comme président l’Indien Evo Moralès, pourquoi continuer la stratégie des armes ?

 

Le cas du Venezuela démontre lui-même que la fin des guérillas dans ce pays a été finalement un facteur bénéfique pour la victoire de Chavez. Au sein même de la Colombie qui a toujours eu une forte tradition de gauche parlementaire, ce courant va se sentir plus fort malgré le bénéfice temporaire que peut tirer des événements l’actuel président de droite Uribe.

 

Naturellement cette fin des FARC et la possible avancée de la démocratie ne signifient en rien la fin de la violence. Du Honduras au Brésil, tous les indicateurs sont au rouge quant à montée de la délinquance urbaine et ce phénomène est aussi profond que la fin des guérillas ! La Colombie va seulement pouvoir entrer dans le marché politique ordinaire avec comme grand ordonnateur les médias à la solde des milliardaires.

 

Et les USA dans tout ça ? Personne ne doute un seul instant que les services de renseignements furent un auxiliaire précieux d’Uribe d’où la libération de Nord-américains en même temps qu’Ingrid, libération annoncée par avance au soldat Mc Cain pour lui donner un coup de pouce dans sa difficile lutte contre Obama, en vu de l’élection du quatre novembre. Mc Cain en se précipitant à Bogota a cependant confirmé la formule inventée par les défenseurs d’Obama : Mac Same pour dire que Mc Cain veut continuer Bush. D’ici l’élection du prochain président des tonnes de dollars vont circuler en tout sens (pour Obama il faut qu’ils lui amènent le vote latino) et donc bien difficile de prévoir le résultat. Une seule chose est sûre pour le moment : comme aux Primaires, Obama fait la course en tête, une course où il veut cultiver le souhait d’Etasuniens en manque de paix. La libération d’Ingrid Bétancourt va donc s’inviter dans cette campagne : Mc Cain y trouvera la preuve que seule la méthode forte est payante et Obama que seul le respect des pauvres est source d’avenir. Bien sûr il s’agit seulement d’histoires que chacun va se raconter quelques mois (storytelling) avant qu’ensuite la politique des riches impose ses dures règles qui cependant ne sont pas sans nuances voire sans contradictions.

Contre les deux fers au feu classiques du capitalisme, les démocrates doivent se saisir de l’heure présente pour travailler aux dures règles d’une démocratie indépendant du fric.

3 juillet 2008 Jean-Paul Damaggio

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 09:48

Il s’agit ici d’un compte-rendu de livre de Marie-José Colet. Il est repris de la lettre bimensuelle qu’édite nos éditions et à laquelle vous pouvez vous abonner en y adhérant. Si vous aussi, vous voulez proposer des comptes-rendus de livre, n’hésitez pas à nous les envoyer. Ce site vous est ouvert. Surtout s’il s’agit de livres écrits par des femmes. Et comme nous n’aimons pas les frontières nous sommes heureux de pouvoir vous annoncer des comptes-rendus de livres étrangers : le livre de Janet Afary sur Michel Foucault publié aux USA, ou celui de Line Gruber sur le luttes des femmes en pays musulmans publié en Italie. Sans négliger, bien au contraire, le livre de Héli Beji la Tunisienne, publié en France.

 

 FLORA TRISTAN, par Dominique Desanti Hachette Littérature 1972

 

Sur la couverture du livre : Flora Tristan, la femme révoltée.

Elle aura un petit fils : Paul Gauguin

En quatrième de couverture : à sa fille Aline : « Je te jure de lutter pour toi, de te faire un monde meilleur. Tu ne seras ni esclave ni paria. Comment ? On dit : serment d’ivrogne, serment d’amoureuse. Et bien, les serments faits à ce que l’on vient de créer, à ce qui sort de vous, on doit les tenir... »

 

J’ai trois enfants dont deux filles et ces phrases me parlent, griffent mon nombril de femme.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre sur une femme à qui sa simple vie ne suffisait pas, d’une femme qui toute sa vie  a souhaité donner et rayonner sur les autres, d’une femme qui a souhaité influer par son écriture et ses combats sur ses compagnes de misère et de solitude. J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir Flora Tristan, qui comme Hannah Arendt, ayant vécu pile un siècle avant elle, a parlé  des parias, surtout des femmes parias et a lutté pour que cela ne soit pas. Combat mot à mot à mener à travers les siècles, sans relâche. Et puis comme au 21ème siècle elle a crée en précurseur une association pour l’accueil des femmes étrangères. Flora Tristan  une femme passionnante et pionnière, entre Olympe de Gouges et George Sand (bien que différentes de ces dernières) à découvrir sous la plume de Dominique Desanti et qui donne envie comme je l’ai fait d’acheter l’oeuvre monumentale de Flora Tristan : Les Pérégrinations  d’une paria

 

Mais je vous laisserai découvrir le charme vivant de la plume de Dominique Desanti. Ce jour, je résumerai simplement pour ce dossier d’Empan sur les violences conjugales  quelques pages qui décrivent Flora Tristan, femme harcelée. Etonnant portrait (Pages 142-149) d’une femme poursuivie par son mari qui n’accepte ni la rupture ni le talent intellectuel de sa femme. Hélas, mille fois hélas ce portrait est intemporel car  même si la loi est plus clémente pour les femmes, reste la violence de l’homme qui refuse la séparation .

 

Son mari, il s’appelle Monsieur Chazal. Monsieur Chazal est un homme exalté qui boit et qui crie. C’est par leur fille Aline qu’il cherchera à atteindre sa femme Madame Chazal que tous appellent Flora Tristan. Glissement de l’identité d’une femme en fuite qui n’aime plus son mari depuis des années. Flora Tristan a trente deux ans et nous sommes en 1835.. Le 30 octobre au matin, Monsieur Chazal  se rend au commissariat et se fait confirmer qu’il a la loi pour lui. Fort de cette affirmation, il va brutalement enlever sa fille Aline sur le chemin de l’école. La petite hurle devant ce père qu’elle ne connaît pas. On parle à nouveau de police et de loi. La bonne qui accompagnait la fillette prend peur. Flora est partie pour la journée ; on ne peut la joindre. Quand Flora rentre, elle pense perdre la raison tant sa panique est grande. Elle est désemparée. La pluie tombe et c’est sous un torrent de pluie qu’elle se rend chez son mari. La petite est muette, les paupières baissées. Flora arrache l’enfant et toutes deux s’enfuient du domicile conjugal. La pluie tombe toujours. C’est le déluge. Le mari hurle : « arrêtez la, c’est une voleuse ! » Le commissaire arrive et Flora affirme ne pas connaître Monsieur Chazal. Le commissaire relâche Flora et l’enfant et décide de les abriter à l’hôpital. Le lendemain le mari revient avec le livret de famille. Alors « elle avoue ». Chazal est bien son mari. Le procureur ému lui conseille de rejoindre Paris au plus vite. Son mari la poursuit. Flora donne de l’argent au cocher qui accepte de la prendre seule. Les autres cochers maintiennent de force Chazal à terre.

 

La scène suivante se passe chez Maître Duclos. Il est décidé qu’Aline sera placée en pension et que la séparation des corps sera demandée. Jules Favre avocat de Chazal lui conseille alors la position la plus dure, la plus répressive : la dénégation totale des faits. L’avocat connaît les le consensus qui accompagne toute séparation de couple et de plus  Flora est une femme de lettres , une pédante ! Pendant ce temps Aline est toujours en pension. Elle écrit une lettre de révolte à son père et lui dit adieu. Pendant ce temps aussi  Flora termine Les pérégrinations d’une paria livre dans lequel il est question de son mariage. Pendant ce temps encore Flora continue ses manifestations politiques. Chazal se rend au pensionnat et exige qu’on lui remette Aline et la place dans un autre pensionnat, résidence surveillée. Il veut soustraire Aline à Flora l’intellectuelle, la combative, « la songe-creux ». Au bout de deux mois Aline s’enfuit et se rend chez Flora qui l’expédie chez sa grand-mère. Chazal envoie la police et récupère sa fille.

 

La loi et ses hommes sont là pour défendre le seigneur et maître. Pour le principe une demande de séparation de corps a lieu. Mais ainsi protégé, Chazal ira jusqu’à des attouchements sexuels incestueux sur Aline et jusqu’à une tentative d’assassinat sur Flora.

 

J’ai eu envie de vous résumer cette histoire là qui se trouve au coeur du beau livre de Dominique Desanti et qui bien sûr ne résume pas la richesse de Flora Tristan et de sa vie.

Bonne lecture et bonne réflexion,

Femmes et hommes  de bonnes volonté, dans la longévité des siècles, unissons-nous ...

Marie-José Colet

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:30

Le dernier livre paru à nos Editions (J'ai eu 15 ans en Tarn-et-Garonne) donne la parole à un Saint-Antoninois de 1924 qui rappelle cetet légende à inclure dans le débat : qu'est-ce que l'utopie ?


Une légende de Saint-Antonin

 

Il y avait une fois, un Saint-Antoninois qui, passant dans la prairie de la Condamine, vit un papillon si beau, si merveilleux qu’il voulut l’avoir à tout prix. Il se lança éperdument à sa poursuite en criant à plein gosier Taurièi ! taurièi ![1] Ses cris attirèrent l’attention d’un voisin, qui, admirant à son tour l’incomparable bestiole, se mit bien vite à la poursuivre, en poussant le même cri. Semblant se jouer de ses naïfs admirateurs, le papillon voltigea longtemps autour de la ville, dont tous les habitants enthousiastes se joignirent bientôt aux deux premiers : il vola légèrement jusque sur le grand causse de Servanac, au bout de l’interminable côte, et les bonnes gens l’y suivirent, pensant bien que fatigué, il se poserait bientôt sur quelque fleur sauvage.

Il s’était posé, en effet, sur la belle fleur bleue d’une chicorée sauvage ; mais, avant qu’ils n’arrivassent, un autre papillon survint, dont il s’énamoura ; et les deux aériennes créatures, dont les ailes d’or se diapraient d’azur, de pourpre et de jais, se provoquant et se poursuivant tour à tour, s’envolèrent devers Aliguières et Septfonds, puis vers Caussade, d’où elles prirent la direction de Montauban, toujours suivies par touto la gent de Sent Antoni[2] vieux et jeunes, hommes et femmes, criant inlassablement : Taurièi taurièi.

La bande enthousiaste traversa ainsi Réalville, dont les habitants venaient précisément de démolir je ne sais combien de toises de mur - vint canos de paret [3]- pour prendre une toute petite souris - uno murgueto - ce qui les fit surnommer lous rataires : la bande dévala la côte du Château Vieux, traversa la plaine de Cayrac criant de plus belle : Tauriéi taurréi ! car ils espéraient bien que la rivière arrêterait enfin les ensorcelantes bestioles aux larges ailes si somptueusement parées d’or, d’azur, de pourpre et de jais. Hélas ! elles volèrent gracieusement jusqu'à l’autre rive[4], et les poursuivants enfin arrêtés, s’écrièrent dans la plus profonde désolation: Taurièi pas ! taurièi pas ![5]

C'est depuis lors que les rivaux caussadais et caylusiens sourient en parlant des Saint-Antoninois que, pour ma part, j’admire et révère, parce qu’ils s’étaient passionnés jusqu’au délire pour l’aérienne fleur de beauté que les anciens considéraient comme le symbole de l’âme. Quelle est la population d’une ville actuelle qui partirait ainsi d’un seul élan à la conquête de la chimère idéale : j’entends bien, celle qui ne saurait rapporter autre chose qu’une de ces jouissances essentiellement morales et désintéressées dont le monde se détache de plus en plus ?

Quand j’y songe attentivement, je me sens un peu fier d’avoir été allaité dans la vieille noble cité de ces amants éperdus de la Psyché ... N’ai-je pas consacré ma vie entière à la poursuite de buts superbes, mais combien désintéressés ? Moi aussi je suis un Tauriéi et je n’en suis pas peu fier.

                            Jules MOMMEJA

 



[1] Je t’aurai ! je t’aurai !

[2] Tous les gens de saint-Antonin

[3] Vingt longueur de mur

[4] Il n’y avait pas de pont comme à Saint-Antonin !

[5] Je ne t’aurai pas ! je ne t’aurai pas

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:26


Je reprends ici l'article d'un Québécois dans l'hebdo VOIR, qui permet de vérifier l'analyse sur le marketing de Obama, tout en restant au constat.
Comme un homme politique n'est pas un savon, tout en faisant le constat la réflexion doit aller au-delà.


27 août 2008, 2:42 
Par: Josée Legault

 

An American Story

En politique, les idées comptent. Bien entendu. Mais dans la chasse au pouvoir, les programmes et les chefs de parti sont aussi des produits qu'on vend aux électeurs, un peu comme des boîtes de savon.

Pas étonnant donc que les machines politiques s'inspirent des dernières techniques de marketing. On en verra sûrement de succulents exemples tout au long de la campagne électorale fédérale qui nous pend au bout du nez. Mais rien n'arrivera ici à la cheville de Barack Obama dans l'art d'appliquer la technique dite du storytelling. À un point tel qu'Obama suscite l'admiration des plus grands gourous du marketing d'Europe et d'Amérique!

L'objectif du storytelling est d'amener l'acheteur potentiel à s'identifier à un produit ou à une compagnie en lui racontant une "histoire" dans laquelle il se reconnaîtra. Par exemple, en parlant des débuts difficiles ou de l'audace d'une compagnie, on crée un lien émotif et une identification entre l'acheteur et le produit. C'est ce que Microsoft et Apple ont fait.

En politique, le storytelling est l'œuvre d'un chef et de ses conseillers. C'est une construction, un savant mélange de faits et de fiction imagée, une histoire prenante, mais facile à comprendre, à retenir et à répéter. Le chef raconte SON histoire à satiété, laquelle est reprise par ses proches, ses candidats et même les journalistes. En bon storyteller, Obama raconte aussi les histoires des électeurs qu'il rencontre - celle d'un chômeur, de la mère d'un soldat envoyé en Irak, d'un enseignant sous-payé, d'un enfant sans assurance-santé. Mais le message demeure le même: les détails de nos vies diffèrent, mais au fond, MON histoire est VOTRE histoire, JE suis comme VOUS, MES valeurs sont VOS valeurs. Bref, votez pour MOI parce que, dans les faits, je suis VOUS et vous êtes MOI.

LA POLITIQUE DE L'EMOTION

Dans le cas d'Obama, le storytelling atteint des sommets inégalés. L'homme se raconte à tous vents. Se préparant de longue date, il se racontait déjà d'ailleurs dans ses livres Dreams of my Father et The Audacity of Hope.

Sa femme Michelle en est maintenant un instrument privilégié. Avocate, elle en est de plus en plus réduite à décliner une histoire d'épouse aimante, de mère parfaite, de fille et de sœur exceptionnelle. Lundi soir, son discours à la convention démocrate tenait plus du Oprah Winfrey Show que d'un événement politique. Peu de contenu, mais de l'émotion pure et des histoires sur sa rencontre avec Obama, de leur amour, de leurs filles, de son père décédé jeune d'une grave maladie, etc. Le sirop coulait à flots.

Ce choix du storytelling n'est pas anodin. Il peut être un outil de vente puissant aux États-Unis, là où la vie privée des politiciens, incluant même leur vie sexuelle, est vue comme étant d'intérêt public.

Surtout, Métis à la peau noire et au nom exotique, fils d'un père africain élevé à Hawaii, beau-fils d'un Indonésien, soupçonné d'être musulman comme si c'était un crime et néanmoins diplômé en droit de Harvard, Obama est tout sauf un Américain ordinaire auquel l'électeur moyen pourrait s'identifier facilement! Il a donc ramé fort pour représenter SON histoire comme étant non seulement celle des électeurs, mais aussi des ÉTATS-UNIS - ce melting pot où tout citoyen, quelle que soit son origine, doit pouvoir réaliser le AMERICAN DREAM! D'où cette phrase-clé répétée par Obama, sa femme et ses supporteurs telle une incantation: "Barack Obama's story is an American story". Message: mon histoire est la vôtre et celle du pays lui-même. Traduction pour les racistes ouverts ou discrets: je suis noir, mais ne craignez rien, je suis de la famille!

Obama a fait du "changement" son thème central, mais une énorme contradiction crève les yeux. Dans sa quête d'identification, il fait aussi reposer SON histoire sur celle de sa FOI, de sa FAMILLE et de son PATRIOTISME, soit le portrait-robot des valeurs américaines les plus conservatrices. Pour vendre le changement, Obama s'est fondu dans la masse évangélico-américaine! S'il demeure pro-choix et pour un système de santé moins sauvage, il a adouci et même renversé certaines de ses positions, s'est beaucoup rapproché des lobbys religieux et peine parfois à exprimer une politique étrangère audacieuse.

Voyant le tout, la plupart des experts décrivent Obama comme un pragmatique cherchant seulement à rassurer les électeurs de droite. Le problème est toutefois qu'à force de modifier ses positions et en mettant autant l'accent sur le storytelling personnel, ses idées paraissent de plus en plus floues.

ET ICI?

Heureusement, au Canada et au Québec, rares sont les politiciens qui recourent à un storytelling aussi personnalisé. Leur vie privée est considérée comme tel, sauf si elle affecte leur travail, comme dans le cas de Maxime Bernier. Franchement, on imagine mal un Stephen Harper nous raconter, les larmes aux yeux, son premier baiser avec sa femme...

Mais, attention. La tentation est toujours là pour les conseillers. L'an dernier, Stéphane Dion et sa femme, vus comme étant tout sauf du monde ordinaire, racontaient à certains magazines leur histoire de couple. Tentant de briser son image bourgeoise avec son propre message de type "JE suis comme VOUS", Pauline Marois publiait récemment un livre sans grand contenu politique où elle racontait SON histoire, celle de sa relation de couple et de sa vie de famille.

Fait à noter: ces deux tentatives ont eu zéro impact sur les intentions de vote. Comme quoi, ici, on préfère encore laisser le storytelling personnel aux "vedettes" plutôt qu'aux politiciens. Un bon signe, tout de même...

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:23

Dans le cadre d'une étude sur la campagne Obama je reprends ici un article publié sur La Sociale (ancienne adresse) qui nuance le présent sur la question du financement. Il s'agit de réfléchir au plus près de la réalité.
       
Obama : la startup

 

Les médias français se sont émus de la préférence qu’Obama a finalement accordé aux fonds privés sur les fonds publics pour financer sa campagne. Aucun, à ma connaissance, n’a évoqué une nouveauté : pour la première fois, l’élection présidentielle aux USA se déroule sous le contrôle d’une nouvelle loi de financement : « The bipartisan campaign reform » (BCRA).

Je ne prétends pas ici décortiquer cette loi votée par le Congrès[1] le 20 mars 2002 et signée par Bush sept jours après. Quand on se souvient qu’elle a été lancée à l’initiative de John Mac Cain, il est facile de comprendre que le candidat républicain soit aujourd’hui décontenancé par l’attitude du candidat démocrate. Que révèle cette situation ?

 

Le financement des campagnes politiques est de plus en plus soumis à des lois à travers le monde. Aux USA c’est surtout suite au Watergate, qu’en 1971, le congrès fit voter une loi de régulation des fonds. Malgré cette loi, amendée par la Cour suprême, chacun a pu observer que le poids des lobbies n’a cessé de croître, dans les campagnes électorales, et donc sur les décisions politiques. Par la loi BCRA dite « McCain Feingold » du nom de ses plus acharnés défenseurs, de nouvelles régulations furent imposées surtout pour contrer les moyens du parti démocrate. Celui-ci, contrairement à ce que le simple citoyen peut penser, était le premier à bénéficier des gros donateurs, en conséquence, ce sont les Républicains qui, sous prétexte de démocratie, ont décidé de limiter les dons des personnes à 2000 $, somme passée en 2008 à 2800 $. Deux gros donateurs sont dorénavant interdit : le syndicat AFL-CIO d’un côté (aide classique du parti démocrate) et la National Rifle Association (les défenseurs du port d’armes) de l’autre qui aidait tout le monde.

 

La grosse surprise est donc venue de l’équipe de Barack Obama qui, contrairement à toutes les traditions, a réussi à mobiliser des milliers de petits donateurs. C’est cette mobilisation qui l’a incité à refuser les 85 millions de dollars de l’Etat (pour la campagne elle-même, après les décisions des Conventions d’août) sous prétexte qu’après les 250 millions acquis pendant les primaires, il pouvait en récolter tout autant pendant la campagne fédérale. Un journaliste français pouvait donc en déduire logiquement : « Le mouvement vers un mode plus populaire de financement des candidats ne peut donc être interprété que comme un bon signe pour la démocratie américaine ». Ayant plus de sympathies pour Obama que McCain, j’ai tendance à penser la même chose sauf que l’analyse ne peut s’arrêter en cours de route.

 

En réalité, ce mode populaire de financement démontre surtout la capacité de l’équipe Obama à se servir de la nouvelle loi, contre les intérêts de ceux qui s’en firent les promoteurs ! Si du point de vue de la création de « la marque » Obama, l’homme clef s’appelle Daniel Axelrold[2] (il a inventé la campagne marketing la plus parfaite), du point de vue des finances, il s’appelle Mark Gorenberg. Son premier travail sérieux en matière de récolte de fonds pour campagne électorale, il l’effectua en 2004 dans l’orbite de John Kerry. Il échoua et comme Axelrold qui soutenait alors John Edwards, il tira les leçons de cet échec. Avec Barack Obama il comprit que pour la première fois, l’équipe de ce candidat d’un type nouveau, pouvait devenir une startup.

 

Les milliers de donateurs qui ont fait le bonheur d’Obama (par leurs dons mais aussi par leurs engagements politiques de bénévoles) montrent surtout le changement de rapport de forces au sein du capitalisme : de Général Motors nous sommes passés à Google, tout comme en France (à une échelle moindre) de François Ceyrac nous sommes passés à Laurence Parisot. L’industrie de la communication est devenue maître du monde et Obama est son enfant le plus complaisant. Pour récolter 250 millions de dollars, il a suffi d’investir 3 millions de dollars dans la pub sur internet (surtout par Google) et de créer l’outil adapté à la collecte qui pouvait s’en suivre (un peu comme pour le téléthon). A tout point de vue, la victoire d’Obama est celle d’un usage total et rationnel d’internet.

Mais pourquoi les autres candidats n’auraient-ils pas fait de même ? La réponse symbolique en la matière s’appelle la Californie. D’une part le Parti démocrate de Californie est de ceux (avec l’association pour l’usage des armes) qui s’opposa à la nouvelle loi en portant le conflit devant la Cour suprême sous prétexte que la limitation des dons personnels était une atteinte au premier amendement de la Constitution des USA. Le conflit fit rage dans la haute Cour et c’est pas 5 à 4 qu’elle décida de valider l’essentiel de la loi nouvelle. D’autre part, c’est en Californie qu’opère Mark Gorenberg mais dans la Californie de la Silicon Valley, celle des Startups négligées par le dit parti démocrate qui put se sentir conforté dans ses choix, quand Hillary Clinton gagna les primaires californiennes, mais qui le fut moins quand Obama gagna la bataille générale interne au parti.

Les autres candidats ont bien sûr utilisé internet mais pas comme machine de guerre générale pouvant entraîner des personnes jusqu’au porte-à-porte plus concret que les courriels (l’équipe Obama pensa qu’il était encore possible de mobiliser le citoyen). De même, les autres candidats ont utilisé la publicité, mais pas jusqu’à la cohérence de « la marque Obama ». A tous ceux qui pensaient que les industries de la communication étaient un levier pour arriver au pouvoir, Obama répond qu’elles sont la force qui appuie sur le levier. Le marketing est là dans toute sa splendeur. Obama n’a pas demandé aux milliers de petits donateurs s’il devait changer son fusil d’épaule en matière d’opinion sur la guerre en Irak, la peine de mort ou le financement de sa campagne électorale. Leur engagement financier ou de bénévole est celui de petits soldats désireux de chasser Bush et son double et non celui de membres actifs d’un parti politique. Obama y gagne en indépendance vis-à-vis de certains lobbies (je m’en réjouis), mais il se lie pieds et poings aux fabricants d’image (et donc à la personnalisation). En 2001 la Silicon Valley fut sinistrée après l’éclatement d’une « bulle informatique ». Depuis, une nouvelle classe de startup a fait fortune jusqu’à l’éclatement de la prochaine bulle. La domination des médias sur le monde (et donc de la sphère internet) annonce une nouvelle phase de l’histoire capitaliste et en aucun cas une avancée de la démocratie politique. Il ne s’agit pas ici de juger du projet d’Obama (sans beaucoup se différencier de celui des autres, il mérite, une fois le contexte fixé, une étude précise) mais d’une analyse partielle des conséquences imprévues de la BCRA qui en limitant les dons développa lepouvoir de Google. 20-08-2008s Jean-Paul Damaggio



[1] Voir Voting with dollars : A new paradigm for campaign finance, Bruce Ackerman et Ian Ayres,

[2] Voir une brochure à paraître aux Editions La Brochure : Le marketing politique, de Kennedy à Obama, Jean-Paul Damaggio

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:19

Hier Libération et Antenne 2 se sont faits l'écho de manifs au Mexique contre la violence. Il y a déjà presque deux mois j'ai publié l'article ci-joint sur le site La Sociale (ancienne adresse). Je le reprends ici.


Mexico’s Mafia

 

Le Courrier International vient de faire sa Une sur le Mexique. Il n’y a pas si longtemps vous y auriez vu la tête du sous-commandant Marcos. La lettre M ayant été changée en N, ce sont les Narcos qui font événement (avec les commentaires du même observateur très pertinent : Carlos Monsivais). Le journal Le Monde vient d’envoyer une journaliste au Mexique pour y étudier, elle aussi, les Narcos. Pourquoi ? Le gouvernement du Mexique a décidé de lancer une offensive contre la mafia qui s’empare du pays. Il a déjà perdu 500 de ses hommes dans cette guerre d’un nouvel âge.

 

La carte géographique, qui accompagne les traductions d’articles du Courrier International, montre les Etats du Mexique soumis à la « féodalisation ». On y trouve tout le Nord du pays et un seul Etat du Sud : le Chiapas. Le Nord du pays à cause de la frontière avec les USA et le Sud à cause des Zapatistes. Les mafias permettent de livrer bataille sur tous les fronts : celui du droit existant comme celui du droit futur. La drogue n’est pas le seul vecteur de l’illégalité. Les simples cigarettes ou demain les carburants peuvent tomber dans leur escarcelle au même titre que les milliers de contre-façons.

 

Est-ce que les mafias sont un cancer du système capitaliste ou son aliment ? Les USA prétendent livrer une bataille d’enfer contre le narco-trafic (d’où la guerre de Calderon au Mexique) et tendent à montrer ainsi, que les mafias sont un adversaire du système. C’est croire que le système est d’un seul bloc ! Au sein des USA la lutte est très ancienne entre la CIA prête à toutes les compromissions pour défendre la grandeur des USA, et le Département anti-drogue « soucieux » de défendre la santé des Nord-Américains et intransigeant avec les seigneurs du trafic.

 

Dans l’Italie fasciste, Mussolini mena une lutte au couteau contre la mafia sicilienne qui se replia aux USA pour revenir plus forte que jamais avec les bateaux US du débarquement de 1943, comme le démontra si bien Sciascia. La mafia est un outil essentiel du capitalisme anti-étatiste car il fait avancer à grand pas les « lois » de la jungle. Il se trouve que dans le monde contemporain, les mafias peuvent également servir des Etats comme en Russie.

 

Dans le cas Mexicain il s’agit d’en finir avec les vestiges de l’Etat passé (des droits sociaux acquis dans un univers politiquement peu démocratique), comme avec les possibles de l’Etat de demain (ceux de la gauche dans ses diverses variantes). Pour ce faire, l’une des valeurs populaires mise à l’index est celle de « la valeur travail ». Pourquoi se fatiguer une vie durant pour gagner autant en un seul mois ? Et si la mort est au bout qu’importe : il vaut mieux vivre des émotions fortes rapides que pas d’émotions du tout pendant des décennies ! Fernando Vallejo a écrit le chef d’œuvre littéraire représentatif de cette nouvelle génération : La vierge des tueurs. Au Mexique comme en Colombie les sicaires sont très croyants et vont prier la vierge pour qu’elle les aide à accomplit leurs crimes !

 

Ce phénomène n’a malheureusement rien d’original sur la planète et il nous impose une réflexion politique de la plus haute importance. Chez bien des jeunes Français, la tentation de l’argent facile devient naturelle. Et les discours de Sarkozy sur « la valeur travail » n’y changera rien. Pas plus que son souhait de changer la Caisse des dépôts en « fonds souverain » pour faire comme dans les pays comme la Chine ou l’Inde. Il traite toujours de l’écume des jours sans se pencher sur la profondeur des océans. Les mafias modifient les profondeurs de l’océan avec de grands risques personnels pour ceux qui s’y engagent, mais avec l’assurance que l’œuvre entreprise perdurera après leur disparition.

 

La démocratie que nous avons à défendre et à proposer n’a pas comme seul adversaire le capitalisme financier (dit parfois néo-libéral), mais tout autant ce capitalisme féodal qui, avec ou sans Etat, fait reculer le principe même du droit. Lutter contre le seul capitalisme financier peut se retourner contre nous si le capitalisme féodal est le seul à en tirer bénéfice. En conséquence l’information sur les mafias du Mexique n’est à lire ni comme l’objet d’un folklore local, ni comme l’effet d’une marginalité contrôlable par le système. Quand on se souvient que, dans un tel pays, la culture populaire passe par les chansons, le fait que les chefs mafieux soient au cœur d’un style, les corridos, ça confirme l’impact global d’un phénomène qui peut symboliser ce nouveau siècle en construction. 10-07-2008 Jean-Paul Damaggio

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22 août 2008 5 22 /08 /août /2008 10:16

En novembre, Les Editions la Brochure publieront : Marketing politique, de Kennedy à Obama, une étude de Jean-Paul Damaggio dont voici une petite partie d’un épisode sur le cas Obama au moment où il abandonnent le financement public pour la soumission aux lobbies.

 

La marque Obama en 2008

 

Le succès (on peut dire la baraka) de Barack Obama prouve que le marketing politique est le père a postériori de tout le marketing[1]. En effet, des spécialistes en marketing comme Patrick Ruffini ou Michael Nierut s’accordent sur un point : l’Obamamania est le produit le plus achevé de tout ce que le marketing en général a inventé depuis ses origines. En cela, la campagne Obama est plus la confirmation de l’avancée des « marques » dans la société, que la promotion d’un nouveau savoir faire. Vu l’impact planétaire des campagnes électorales nord-américaines, grâce aux machines médiatiques qui nous imposent partout ce feuilleton, ce succès porte à un degré jamais atteint les signes distinctifs de la méthode Obama.

Entre 1960 et 2004, le marketing politique avait fini par prendre le pouvoir sur le politique. Avec Obama ce même marketing n’a plus à prendre le pouvoir : il a éliminé le politique et il est donc le pouvoir à lui tout seul ! Il s’agit de la plus grande des contre- révolutions jamais connue.

La « griffe » Obama, la « marque » Obama, est un produit si parfait, si génial qu’il peut permettre l’arrivée à la présidence de la république des USA d’un Noir[2] nord-américain. Parfait et génial, ça signifie, dans la bouche des fabricants de roi, que le marketing a pu entrer en phase avec les désirs des électeurs et des électrices adroitement segmentés dans les parts de marchés à conquérir, au fur et à mesure du déroulement des primaires. En face, Hillary Clinton a trop cru aux vertus du marketing vieille manière qui faisait de son expérience et de celle de son mari, un sérieux vecteur et facteur de propagande. Que cette contre-révolution vienne par les vestiges de « la gauche » politique n’a rien de surprenant. La droite n’a jamais cru en la politique, elle n’avait pas à l’assassiner !

Voyons les éléments de la dite griffe « Obama » qui font que l’homme, le message et les propos se coulent totalement dans un discours de marque, suivant la manière dont les agences de stratégies de marques définissent le « branding » d’un produit.

 

Tout d’abord un logo ressemblant aux autres logos : le O de Obama en trois couleurs, les trois couleurs nationales, comme repère inévitable. Depuis toujours les partis politiques utilisent le principe du logo (pour la France : la faucille et le marteau ; le poing et la rose ; et enfin la fleur de tournesol pour les Verts) mais ici il s’agit d’un logo construit non sur un message, mais pour un homme en phase avec un électorat à un moment précis. Bush avait utilisé le W comme instrument de campagne mais c’était un instrument isolé des autres éléments. Le logo de Nike (la célèbre virgule) doit traverser le temps et l’espace. Celui d’Obama est un signe précis, le rêve de changement. Voilà pourquoi il est important de le trouver dans le mot : HOPE (espoir).

J’ai vécu, aux USA, la campagne électorale qui donna d’abord le succès imprévu de Jimmy Carter au cours des primaires démocrates, puis son élection comme président en 1976. Les USA étaient alors en perte de vitesse après leur défaite au Vietnam, aggravée par le retrait forcé de Nixon remplacé par un suppléant insipide Gérald Ford. Aujourd’hui, le pays vit une phase équivalente : contrairement à ceux qui pensaient que la dynastie Bush ferait alternance avec la dynastie Clinton, un désir populaire est apparu, celui du « changement ». Les conseillers en marketing n’eurent aucun mal pour couler dans ce rêve, la personne d’Obama dont le parcours fait écho au mythe du « rêve américain ». Mais n’oublions pas : en 1980 Reagan succède à Carter ! (un des rares présidents à ne pas faire deux mandats). La perception du désir de changement est fragile et fugace.

 

Pour donner cohérence à cette campagne Obama, faute d’idées cohérentes il fallait inventer une communication cohérente, c’est-à-dire une communication uniforme, qui fasse sens par le contenant faute de le faire par le contenu. La charte graphique fait loi chez ce premier candidat « marketé » (des graphistes d’importance s’étonnent de ce succès[3]) et comme le langage publicitaire est devenu un langage familier et rassurant, cette image a pris une grande ampleur.

 

La griffe Obama est donc une police de caractère précise que l’on retrouve partout et qui est originale (vous l’avez rarement sur vos claviers)  : Goytham. Conçue d’abord pour un magazine, elle est sans fioritures, directe et simple avec élégance et classe. Son origine est profondément nord-américaine. La police Sérif qui sert uniquement pour écrire le nom Obama a la même origine. Sachant que l’origine noire du candidat dérange, tout le marketing consistera à prouver une normalité du personnage, un ordre clair, une volonté précise et déterminée. Des étudiants de Yale School of Management pensaient plutôt à des trucs dessinés à la main, à un look indépendant, à une campagne petit budget, quelque chose d’un outsider. Le marketing d’Obama a choisi la démarche inverse.

Quand vous savez qu’entre deux lessives il y a peu de différences, le choix ne peut porter que sur le contenant, ce qui renforce le poids du marketing, et en retour, ce poids rend encore plus ridicule la place du contenu ! Le piège fonctionne et devient mortel pour la politique. Pour la lessive, c’est moins grave : on aura toujours besoin de lessive !

 

Le repérage des segments à conquérir

Pour la minorité noire, la conquête était facile. Le travail de marketing devait donc viser d’autres secteurs et ceci en fonction des lieux des primaires. Il aurait été impensable qu’avant le choix à faire en Californie ou au Texas, un effort de l’équipe d’Obama ne soit pas tenté en direction des latinos qui constituent un lobby bien précis et très puissant dans ces deux Etats, d’autant que c’était un des points faibles d’Obama. Un clip en espagnol leur est directement destiné. Habituellement les Latinos et les Noirs étant des minorités en concurrence, il est difficile de les unir, d’autant que le souvenir de Clinton était bon chez les Hispaniques.

Chaque candidat porte avec lui des arguments inévitables. Celui de la jeunesse colle à la peau d’Obama comme celui de femme à la peau d’Hillary. Pour « rassembler » les jeunes, la machine Obama a tablé sur internet et ce qu’on appelle là-bas « les réseaux sociaux » qui sont en fait des sites majeurs comme Facebook. Quand on se connecte sur le site d’Obama, l’adresse internet est aussitôt demandée presque de manière obligatoire pour y pénétrer, même si, après un temps de surprise, on peut visiter le site sans ce « fichage ». L’appui de personnalités d’Hollywood à Barack Obama sera également largement popularisé. Mais la place d’internet chez les jeunes va au-delà du réseau à créer. Il s’agit d’un outil pour étudier les comportements, pour servir de chambre d’écho, pour vérifier des initiatives. Internet, l’outil qui peut contourner les partis ? Ségolène Royal a fait les frais de cette stratégie, et depuis elle cherche à conquérir le PS. Mais aux USA nous sommes loin de ce cas : les partis y sont des coquilles vides (même si le Parti démocrate frappe avec insistance à la porte de l’Internationale socialiste).

Pour Obama, ne pas négliger les femmes, même si la lutte est inégale avec Hillary Clinton qui bénéficie du lobby féministe. Un clip montrera Obama avec les femmes de sa vie : son épouse Michelle, sa grand-mère Madelyn et sa demi-sœur Maya. En même temps, le soutien de la plus importante organisation de défense du droit à l’avortement aux USA est obtenu : Naral.

 

L’homme du marketing

Le Séguéla d’Obama s’appelle David Axelrold et a eu droit à un bel article sur Le Figaro : « Dans l'univers impitoyable des consultants politiques, David Axelrod est resté un idéaliste. Les rayonnages de son bureau, à Chicago, collectionnent les ouvrages sur Abraham Lincoln, le président de l'abolition de l'esclavage, et les murs sont couverts de portraits dédicacés des personnalités qu'il a contribué à faire élire. » L’article se conclut ainsi : « David Axelrod, lui, se méfie des grandes professions de foi. Mais il souligne : «J'ai toujours essayé de travailler pour des candidats dans lesquels je crois vraiment et dont je pense qu'ils arrivent au bon moment. C'est le cas de Barack.» »

Cet homme de 52 ans vient d’une famille de gauche et peut cultiver l’idéalisme dont le premier de tous consiste à croire qu’aux USA l’idéalisme fait gagner des batailles politiques. Gagner une campagne électorale, peut-être, mais pour quelle politique ensuite ? En tant que consultant politique le seul souci d’Axelrold est de faire élire ses clients. La suite leur appartient car lui n’est membre d’aucun parti sauf celui du marketing. Il précise donc que si son client actuel gagne la présidence, il restera tout de même à Chicago, loin de la Maison Blanche. A chacun son job !

Il est arrivé au marketing par le journalisme (surtout au Chicago Tribune qui pèse aussi lourd que le New York Times), le journalisme lui venant de sa mère, une femme qui dès ses huit ans, l’éleva loin d’un père psychologue qui connut l’holocauste pour être un juif et qui se suicida quand Daniel avait 19 ans.

Il est arrivé au marketing à Chicago, lieu de son enracinement, qui est aussi celui de Barack Obama. Cette ville se distingue depuis longtemps par sa dimension populaire, noire et industrieuse. Un magnifique musée des sciences en est un des fleurons. Si Obama gagne en novembre, c’est un peu l’Illinois qui s’imposera.

David Axelrod est arrivé au marketing par la politique. Lui ne s’en souvient pas, mais son frère témoigne que pendant la campagne de JFK, le petit David de 5 ans révéla un enthousiasme surprenant pour la « chose » politique.

Et quand on arrive au marketing, on crée une entreprise (1985), celle là-même qui fit élire Obama sénateur de l’Illinois en 2004 ! Les autres succès de l’entreprise sont multiples et souvent en lien avec la communauté noire à travers des postes de maires acquis par des Noirs (il faut écrire Afro-américains).

En 2004, il avait déjà tenté de conduire à la présidence des USA un candidat : le sénateur John Edwards. Il sut tirer toutes les leçons de l’échec et une étude comparative des deux stratégies serait sans doute utile pour percevoir les évolutions du marketing politique.

 

Bref, comme le note un observateur français aux USA : « La marque Obama est une étude de cas du succès du marketing politique. Son slogan tient en un mot que l’électorat démocrate, exaspéré après deux mandats de George Bush, boit à grosses goulées : CHANGEMENT. Plus fort encore qu’une promesse, son image et sa personne en fournissent déjà une incarnation idyllique : noir, jeune et fraîchement débarqué à Washington, il sait avoir l’éloquence que l’Amérique n’a pas entendu de son président depuis bientôt huit ans. »

Mais à force d’être présenté comme un bel emballage Obama ne risque-t-il pas de passer pour un simple gadget ? Hillary Clinton a attendu ce moment en vain ! D’ici novembre 2008 la baudruche ne peut-elle se dégonfler ? Il se trouve que celle d’en face est pire… ce qui nous impose enfin un petit détour par la question du changement.



[1] La démonstration globale de cette évolution est présentée dans une brochure de 70 pages, publiée aux Editions La Brochure : Marketing politique : de Kennedy à Obama

[2] Obama est en fait un métis mais dans la pensée nord-américaine, il est un Noir.

[3] L’un d’eux déclare : « L’équipe de campagne d’Obama a réussi à exercer un degré de contrôle sur la charte graphique de leur candidat que moi-même j’ai du mal à obtenir avec mes clients institutionnels ».

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 16:11

Le métissage selon Sarko

 

Dans la parodie de discours de Sarko produite par Léon Dunara nous y trouvons un éloge du métissage. «Les civilisations se rencontrent, dialoguent, échangent, se fécondent les unes les autres ». « Il n'y a pas de civilisation qui ne soit le produit d'un métissage. »

De telles citations sont reprises textuellement de propos de Nicolas Sarkozy et n’ont pas à nous étonner. Pendant des décennies les conservateurs jouèrent les racines contre le mouvement mais le capitalisme une fois dominant joue le mouvement contre les racines qui sont des entraves à son envol éternel. Les racines peuvent prendre le nom de « culture populaire », « acquis sociaux », « état providence ».

Ce renversement de situation n’a pas frappé la majorité des membres de la gauche qui croient encore que le métissage est en lui-même facteur de progrès.

Comme la religion, le bonheur ou l’économie, le métissage est l’enjeu de la lutte des classes. Aujourd’hui le métissage c’est le melting pot qui veut faire « table rase du passé » selon une célèbre formule qui a l’inconvénient de ne pas préciser de quel passé il s’agit.

Il est incontestable que le métissage des Amériques n’est pas le même aux USA et au Brésil par exemple. Aux USA il s’agit d’organiser la vie côte à côte de communautés et au Brésil il s’agit d’organiser l’enchevêtrement des cultures. Le problème c’est que le résultat est le même : dans ces deux pays il s’agit d’organiser une domination de classe sur les autres et que cette domination soit métissée ne change rien sur le fond.

L’incroyable renversement de l’histoire a laissé une gauche sans courage totalement démunie. Et cet état des lieux n’est pas au bout de nos peines.

Pour la gauche rende au métissage sa force démocratique, elle se doit à son tour de renverser le monde. « Il n'y a pas de civilisation qui ne soit le détournement d'un métissage. » Pour un détournement il suffit de n’admettre qu’un métissage : celui de la classe dominante. Pour contrer cette manœuvre il faut que les cultures populaires puissent dialoguer directement, sans l’intermédiaire des autorités.

 

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 16:10

Comme quoi Napoléon n'a jamais existé

par M. J. B. Pérès A. O. A. M., bibliothécaire de la ville d'Agen (1827)

 

Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé. Ce n'est qu'un personnage allégorique. C'est le soleil personnifié ; et notre assertion sera prouvée si nous faisons voir que tout ce qu'on publie de Napoléon le Grand est emprunté au Grand Astre. Voyons donc sommai-rement ce qu'on nous dit de cet homme mer-veilleux. On nous dit :

qu'il s'appelait Napoléon Bonaparte ;

qu'il était né dans une île de la Méditerranée ;

que sa mère se nommait Letitia ;

qu'il avait trois sœurs et quatre frères, dont trois furent rois ;

qu'il eut deux femmes, dont une lui donna un fils ;

qu'il mit fin à une grande révolution ;

qu'il avait sous lui seize maréchaux de son empire, dont douze étaient en activité de service ;

qu'il triompha dans le Midi et qu'il succomba dans le Nord ;

qu'enfin, après un règne de douze ans, qu'il avait commencé en venant d'Orient, il s'en alla disparaître dans les mers occidentales.

 

Reste donc à savoir si ces différentes particularités sont empruntées du soleil, et nous espérons que quiconque lira cet écrit en sera convaincu.

1°) Et d'abord, tout le monde sait que le soleil est nommé Apollon par les poètes ; or la différence entre Apollon et Napoléon n’est pas grande, et elle paraîtra encore bien moindre si on remonte à la signification de ces noms ou à leur origine.

Il est constant que le mot Apollon signifie exterminateur ; et il paraît que ce nom fut donné au soleil par les Grecs, à cause du mal qu'il leur fit devant Troie, où une partie de leur armée périt par les chaleurs excessives et par la contagion qui en résulta, lors de l'outrage fait par Agamemnon à Chrysès, prêtre du soleil, comme on le voit au commencement de l’Iliade d'Homère, et la brillante imagination des poètes grecs transforma les rayons de l’astre en flèches enflammées que le dieu irrité lançait de toutes parts, et qui auraient tout exterminé si, pour apaiser sa colère, on n'eut rendu la liberté à Chryséis, fille du sacrificateur Chrysès. C'est vraisemblablement alors, et pour cette raison, que le soleil fut nommé Apollon. Mais, quelle que soit la circonstance ou la cause qui a fait donner à cet astre un tel nom, il est certain qu'il veut dire exterminateur.

Or Apollon est le même qu'Apoléon. Ils dérivent d’Apollyo ou Apoleô, deux verbes grecs qui n’en font qu'un, et qui signifient perdre, tuer, exterminer. De sorte que, si le prétendu héros de notre siècle s'appelait Apoléon, il aurait le même nom que le soleil, et il remplirait d'ailleurs toute la signification de ce nom, car on nous le dépeint comme le plus grand exterminateur d'hommes qui ait jamais existé. Mais ce personnage est nommé Napoléon, et conséquemment, il y a dans son nom une lettre initiale qui n'est pas dans le nom du soleil. Oui, il y a une lettre de plus, et même une syllabe ; car suivant les inscriptions qu'on a gravées de toutes parts dans la capitale, le vrai nom de ce prétendu héros était Néapo-léon ou Néapolion. C’est ce que l’on voit no-tamment sur la place de la colonne Vendôme.

Or, cette syllabe de plus n'y met aucune différence. Cette syllabe est grecque sans doute, comme le reste du nom, et en grec, ne ou nai est une des plus grandes affirmations, que nous pouvons rendre par le mot véritablement. D’où il suit que Napoléon signifie véritable extermi-nateur, véritable Apollon. C’est donc véritable-ment le soleil. Mais que dire de son autre nom? Quel rapport le mot Bonaparte peut-il avoir a-vec l’astre du jour? On ne le voit point d’abord ; mais on comprend du moins que, comme bona parte signifie bonne partie, il s'agit là sans doute de quelque chose qui a deux parties, l'une bonne et l’autre mauvaise ; de quelque chose qui, en outre, se rapporte au soleil Napoléon. Or rien ne se rapporte plus direc-tement au soleil que les effets de sa révolution diurne, et ces effets sont le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres; la lumière que sa présence produit, et les ténèbres qui prévalent dans son absence; c'est une allégorie em-pruntée des Perses. C’est l’empire d’Oromaze et celui d’Arimane, l’empire de la lumière et des ténèbres, l’empire des bons et des mauvais génies. Et c’est à ces derniers, c’est aux génies du mal et des ténèbres que l’on dévouait autrefois par cette imprécation : abi in malan partem. Et si, par mala parte, on entendait les ténèbres, nul doute que par bona parte, on ne doive entendre la lumière ; c'est le jour par opposition à la nuit. Ainsi on ne saurait douter que ce nom n'ait de rapports avec le soleil, surtout quand on le voit assorti avec Napoléon, qui est le soleil lui-même, comme nous venons de le prouver.

2°) Apollon, suivant la mythologie grecque, était né dans une île de la Méditerranée (dans l’île de Delos) ; aussi a-t-on fait naître Napoléon dans une île de la Méditerranée, et de préférence on a choisi la Corse, parce que la situation de la Corse, relativement à la France où on a voulu le faire régner, est la plus conforme à la situation de Delos, relativement à la Grèce où Apollon avait ses temples principaux et ses oracles. Pausanias, il est vrai, donne à Apollon le titre de divinité égyptienne, mais, pour être divinité égyptienne, il n'était pas nécessaire qu'il fut né en Egypte ; il suffisait qu'il y fût regardé comme un dieu, et c'est ce que Pausanias a voulu nous dire; il a voulu nous dire que les Egyptiens l’adoraient, et cela encore établit un rapport de plus entre Napoléon et le soleil, car on dit qu'en Egypte Napoléon fut regardé comme revêtu d'un caractère surnaturel, comme l’ami de Mahomet, et qu'il y reçut des hommages qui tenaient de l'adoration.

3°) On prétend que sa mère se nommait Letitia. Mais sous ce nom de Letitia qui veut dire la joie, on a voulu désigner l’Aurore, donc la lumière naissante qui répand la joie dans toute la nature ; l’Aurore qui enfante au monde le soleil, comme disent les poètes, en lui ouvrant, avec ses doigts de rose, les portes de l’Orient.

Encore est-il bien remarquable que, suivant la mythologie grecque, la mère d'Apollon s'appelait Leto. Mais si de Leto, les Romains firent Latone, mère d’Apollon, on a mieux aimé dans notre siècle, en faire Letitia, parce que laetitia est le substantif du verbe laetor ou de l'inusité Laeto qui voulait dire inspirer la joie. Il est donc certain que cette Letitia est prise, comme son fils, dans la mythologie grecque.

4°) D'après ce qu'on en raconte, ce fils de Letitia avait trois sœurs, et il est indubitable que ces trois sœurs sont les trois Grâces, qui, avec les Muses, leurs compagnes, faisaient l’ornement et les charmes de la cour d'Apollon, leur frère.

5°) On dit que ce moderne Apollon avait quatre frères. Or ces quatre frères sont les quatre saisons de l’année, comme nous allons le prouver. Mais d'abord qu'on ne s'effarouche point en voyant les saisons représentées par des hommes plutôt que par des femmes. Cela ne doit pas même paraître nouveau, car en français, des quatre saisons de l’année, une seule est féminine, c'est l’automne ; et encore nos grammairiens sont peu d'accord à cet égard. Mais en latin, autumnus n'est pas plus féminin que les trois autres saisons ; ainsi, point de difficulté là-dessus. Les quatre frères de Napoléon peuvent représenter les quatre saisons de l’année, et ce qui suit va prouver qu'ils les représentent réellement.

Des quatre frères de Napoléon, trois, dit-on, furent rois ; et ces trois rois sont le Printemps, qui règne sur les fleurs ; l’Eté, qui règne sur les moissons ; et l'Automne, qui règne sur les fruits. Et comme ces trois saisons tiennent tout de la puissante influence du soleil, on nous dit que des trois frères de Napoléon, il y en eut un qui ne fut point roi[1] c'est parce que, des quatre saisons de l’année, il en est une qui ne règne sur rien : c'est l’Hiver.

Mais si, pour infirmer notre parallèle, on prétendait que l’hiver n'est pas sans empire, et qu'on voulut lui attribuer la triste principauté des neiges et des frimas qui, dans cette fâcheuse saison, blanchissent nos campagnes, notre réponse serait toute prête : c'est, dirons-nous, ce qu'on a voulu nous indiquer par la vaine et ridicule principauté dont on prétend que ce frère de Napoléon a été revêtu après la décadence de toute sa famille, principauté qu'on a attachée au village de Canino, de préférence à tout autre parce que Canino vient de Cani qui veut dire les cheveux blancs de la froide vieillesse, ce qui rappelle l’hiver. Car, aux yeux des poètes, les forêts qui couronnent nos coteaux en sont la chevelure ; et quand l’hiver les couvre de ses frimas, ce sont les cheveux blancs de la nature défaillante, dans la vieillesse de l’année :

Cum gelidus canis in montibus humor.

 

Ainsi, le prétendu prince de Canino n’est que l’hiver personnifié, l’hiver qui commence quand il ne reste plus rien des trois belles saisons, et que le soleil est dans le plus grand éloignement de nos contrées envahies par les fougeux enfants du Nord, nom que les poètes donnent aux vents, qui venant de ces contrées, décolorent nos campagnes et les couvrent d'une odieuse blancheur ; ce qui a fourni le sujet de la fabuleuse invasion des peuples du Nord de la France, où ils auraient fait disparaître un drapeau de diverses couleurs dont elle était embellie, pour y substituer un drapeau blanc qui l’aurait couverte tout entière, après l’éloigne-ment du fabuleux Napoléon. Mais il serait inutile de répéter que ce n'est qu'un emblème des frimas que les vents du Nord nous apportent durant l’hiver, à la place des aimables couleurs que le soleil maintenait dans non contrées, avant que par son déclin, il se fut éloigné de nous ; toutes choses dont il est facile de voir l’analogie avec les fables ingénieuses que l’on a imaginées dans notre siècle.

6°) Selon les mêmes fables, Napoléon eut deux femmes ; ainsi en avait-on attribué deux au soleil. Ces deux femmes du soleil étaient la Lune et la Terre : la Lune selon les Grecs (c'est Plutarque qui l’atteste) ; et la Terre selon les Egyptiens ; avec cette différence bien remarqua-ble que, de l’une (c'est-à-dire de la Lune), le soleil n’eut point de postérité, et que de l’autre il eut un fils, un fils unique ; c'est le petit Horus, fils d’Isis et d’Osiris, c'est-à-dire du soleil et de la terre, comme on le voit dans l’Histoire du ciel, t. I, page 61 et suivantes. C’est une allégorie égyptienne, dans laquelle le petit Horus, né de la terre fécondée par le soleil, représente les fruits de l’agriculture, et précisément on a placé la naissance du prétendu fils de Napoléon au 20 mars, à l’équinoxe du printemps, parce que c’est au printemps que les productions de l’agri-culture prennent leur grand développement.

7°) On dit que Napoléon mit fin au fléau dévastateur qui terrorisait toute la France, et qu’on nomma l’hydre de la Révolution. Or une hydre est un ser-pent, et peu importe l’espèce, surtout quand il s'agit d'une fable. C'est le serpent Python, reptile énorme, qui était pour la Grèce l'objet d'une extrême terreur, qu’Apollon dissipa en tuant ce monstre, ce qui fut son premier exploit ; et c’est pour cela qu’on nous dit que Napoléon commença son règne en étouffant la Révolution française, aussi chimérique que tout le reste ; car on voit bien que révolution est emprunté au mot latin revolutus, qui signifie un serpent roulé sur lui-même. C’est Python, et rien de plus.

8°) Le célèbre guerrier du XIXe siècle avait, dit-on, douze maréchaux de son empire à la tête de ses armées, et quatre en non-activité. Or les douze premiers (comme bien entendu) sont les douze signes du zodiaque, marchant sous les ordres du soleil-Napoléon, et commandant chacun une division de l’innombrable armée des étoiles, qui est appelée milice céleste dans la Bible, et se trouve partagée en douze parties, correspondant aux douze signes du zodiaque. Tels sont les douze maréchaux qui, suivant nos fabuleuses chroniques, étaient en activité de service sous l’empereur Napoléon ; et les quatre autres vraisemblablement, sont les quatre points cardinaux qui, immobiles au milieu du mouvement général, sont fort bien représentés par la non-activité dont il s’agit. Ainsi, tous les maréchaux, tant actifs qu’inactifs, sont des êtres purement symboliques, qui n’ont pas plus de réalité que leur chef.

9°) On nous dit que ce chef de tant de brillantes armées avait parcouru glorieusement les contrées du Midi, mais qu’ayant trop pénétré dans le Nord, il ne put s’y maintenir. Or tout cela caractérise parfaitement la marche du soleil. Le soleil, on le sait bien, domine en souverain dans le Midi, comme on le dit de l’empereur Napoléon. Mais ce qu’il y a de bien remarquable, c'est qu'après l’équinoxe de printemps, le soleil cherche à gagner les régions septentrionales, en s’éloignant de l’équateur. Mais au bout de trois mois de marche vers ces contrées, il rencontre le tropique boréal qui le force à reculer et à revenir sur ses pas vers le Midi, en suivant le signe du Cancer, c’est-à-dire de l’Ecrevisse, signe auquel on a donné ce nom, dit Macrobe, pour exprimer la marche rétrograde du soleil dans cet endroit de la sphère. Et c'est là-dessus qu’on a calqué l’imaginaire expédition de Napoléon vers le Nord, vers Moscou, et la retraite humiliante dont on dit qu’elle fut suivie. Ainsi, tout ce qu’on nous raconte des succès ou des revers de cet étrange guerrier ne sont que des allusions relatives au cours du soleil.

10°) Enfin, et ceci n’a besoin d'aucune explication, le soleil se lève à l’Orient et se couche à l’Occident, comme tout le monde sait. Mais pour les spectateurs situés aux extrémités des mers occidentales, le soleil paraît sortir le matin des mers orientales, et se plonger, le soir, dans les mers occidentales. C'est ainsi d'ailleurs que tous les poètes nous dépeignent son lever et son coucher. Et c’est là tout ce que nous devons entendre quand on nous dit que Napoléon vint par mer de l’Orient pour régner sur la France, et qu'il a été disparaître dans les mers occidentales, après un règne de douze ans, qui ne sont autres que les douze heures du jour, les douze heures pendant lesquelles le soleil brille sur l’horizon.

Il n'a régné qu’un jour, dit l’auteur des Nouvelles Messeniennes en parlant de Napoléon -, et la manière dont il a décrit son élévation, son déclin et sa chute, prouve que ce charmant poète n’a vu, comme nous, dans Napoléon, qu’une image du soleil ; et il n’est pas autre chose ; c’est prouvé par son nom, par le nom de sa mère, par ses trois sœurs, ses quatre frères, ses deux femmes, son fils, ses maréchaux et ses exploits. C'est prouvé par le lieu de sa naissance, par la région d'où on nous dit qu'il vint en entrant dans la carrière de sa domination, par le temps qu'il employa à le parcourir, par les contrées où il domina, par celles où il échoua, et par la région où il disparut, pâle et découronné, après sa brillante course, comme le dit Casimir Delavigne.

Il est donc prouvé que le prétendu héros de notre siècle n’est qu'un personnage allégorique dont tous les attributs sont empruntés du soleil. Et par conséquent, Napoléon Bonaparte, dont on a dit et écrit tant de choses, n'a pas même existé, et l’erreur où tant de gens ont donné tête baissée, vient d'un quiproquo, c'est qu'ils ont pris la mythologie du XIXe siècle pour une histoire.

 P.-S. Nous aurions encore pu invoquer, à l’appui de notre thèse, un grand nombre d'ordonnances royales dont les dates certaines sont évidemment contradictoires au règne du prétendu Napoléon.

 



[1] Lucien, qui fut prince de Canino.

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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 10:07

Montauban sans Sarko ! ! !

 

Le 21 septembre 2007, sous le titre Officiel, le journal La Dépêche annonce la visite à Montauban de Nicolas Sarkozy prévue pour le 26 juillet 2008. En janvier 2008, la publicité autour du bicentenaire du Tarn et Garonne confirme la nouvelle. Après Napoléon 1er, Sarkozy se préparait à honorer ce petit coin de France. En prévision de cet événement, mon ami Léon Dunara, décédé depuis, a publié une parodie d’un discours qui n’a pas eu lieu, vu que, sans la moindre explication, le voyage a été annulé. Entre le passage d’Obama (devenu le copain de notre président) et le Tour de France, Nicolas 1er a préféré s’abstenir de paraître aux côtés de Jean-Michel Baylet, dont le parti politique (le PRG) permit pourtant le vote au Congrès de la modification constitutionnelle.

 

Sans prétendre tirer de grandes leçons de ce non-événement, je voudrais me laisser aller à quelques observations. Entre janvier et juillet 2008 Nicolas 1er a été obligé de revoir sa stratégie. En janvier, c’était encore le moment des grandes résolutions, comme font les enfants pour fêter l’année nouvelle. De Riad à Rome, il fallait mettre en œuvre une politique de civilisation, la France étant trop étroite aux projets de sa Grandeur. Depuis, combien de « civilisations » ont été revues à la baisse ? Comme l’énorme question méditerranéenne ! Sarko a décidé de revoir sa campagne de « promotion » et à l’heure des soldes, en juillet, elle s’est pour l’essentiel limitée à la présentation de son image (qu’on le filme mais qu’il ne dise rien surtout !). En conséquence, qu’aurait pu apporter Montauban à son image ? Le rapport Atali souhaitant en finir avec les départements, tout comme une partie de la gauche de gauche, a été remisé au placard en quelques jours. La fête pour le bicentenaire d’un département aurait pu paraître comme la confirmation de cet enterrement, or il n’est que de façade.

 

Faute de Sarko, la fête du bicentenaire du département se contenta de l’autre vedette annoncée, qui fut bien présente, le Brésilien Gilberto Gil. Ce ministre de Lula est surtout un chanteur en charge de la promotion culturelle de son pays, ce dont il s’acquitte avec talent. Quel Brésil transporte-t-il sur la corde de sa guitare ? Etrangement, nous allons en revenir au sarkozysme !

Gilberto Gil a pour fonction de casser les images d’épinal que transporte le mot Brésil et qui ont noms : samba, tropiques et carnaval de Rio. Gilberto Gil c’est le Brésil ouvert sur la planète ou, pour le dire à sa manière : le lieu du mélange de la terre entière. Le Brésil, c’est la civilisation au carrefour de TOUTES le civilisations ! De Bob Marley à l’Italie en passant par les Beatles, la samba se voit réduite à une fonction parmi d’autres. Comment ne pas être ému en entendant Gilberto Gil rendre hommage au compositeur et chanter : Volare, cantare, dans un italien parfait !

 

Et si, au nom de la grandeur du Brésil, Giberto Gil (que je rebaptise Gilberto Brasil) devenait le Mac Do de la world musique ? Une musique à la qualité technique impeccable mais où le gustatif est réduit aux mérites de la sauce ketchup ? Avec le public, j’ai beaucoup applaudi le chanteur brésilien, et le lecteur peut penser que je fais la fine bouche après dégustation. J’insiste donc : l’ensemble de l’orchestre, l’ensemble du spectacle est d’une grande classe. Oui, mais après ? Pourquoi les hommages rendus ne touchent pas la musique colombienne, péruvienne, en plus clair la musique des pauvres ? D’Atahualpa Yupanqui à Compay Segondo la musique des Amériques a montré que sa grandeur résidait plus dans l’enracinement jamais achevé, que dans le melting pot au plus petit dénominateur.

 

Oui, finalement, le Brésil que nous présente Gilberto Gil c’est le sort que Sarko réserve pour la France. Contre le gaullisme vieux jeu, vieille France, contre la gauche bloquée bloquante et bloqueuse, Sarko veut devenir le président du monde, un monde où la méditerranée redeviendrait la mer phare, alors que cette fonction est en train de quitter l’Atlantique pour se déplacer vers le Pacifique. La culture française qui a été la culture d’un monde cultivé, doit vendre du métissage, celui qui a permis à Sarkozy de devenir président ! Le métissage peut alimenter les identités ; il peut aussi les noyer ! C’est la seconde option qui unifie Gilberto Gil et Sarkozy. Mais je peux me tromper. 08-08-2008 Jean-Paul Damaggio

 

 

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