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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:13

Gabrielle Duchêne

Une féministe réfugiée aux limites du Tarn-et-Garonne en 1942

Il faut toute l’ingéniosité du dessinateur pour discerner, sur une minable photo, les traits de Gabrielle Duchêne (dessin par Rosendo Li)

.

Cette femme (1870-1954) fut un monument de la lutte sociale. Quand, à l’âge de 73 ans, fuyant la Gestapo, elle vint se réfugier aux limites du Tarn-et-Garonne de 1943 à 1945, qui, dans le petit village de Milhars (Tam), pouvait se douter de son histoire ? Elle vivait à ce moment-là chez une amie, Claire Geniaux. Quelqu’un de ce secteur a-t il encore des souvenirs ?

L’essentiel de cette chronique est reprise du Maîtron, un dictionnaire biographique du mouvement ouvrier consultable à la BM de Montauban [il n’est plus à disposition]. Native de Paris, Gabrielle Duchêne entra dans la lutte pour les droits politiques et sociaux des femmes avant même 1914 mais l’essentiel de ses « exploits » se produiront entre 1918 et 1939. Pacifiste pendant la première guerre mondiale, elle noua à ce moment là des liens avec les féministes des USA et de Hollande. Dès cette époque elle eut sa fille Suzanne à ses côtés. Son combat pacifiste se doubla d’un combat social en faveur de la revendication classique « à travail égal, salaire égal » qui lui cause ses premiers ennuis avec la police. Rappelons à Jacques Chirac qui se préoccupe de la question que le statut de la fonction publique permet globalement l’application du principe... or tout est fait pour casser ce statut !

A la fin de la guerre Gabrielle Duchêne devint la secrétaire générale de la section française de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL). Observons ici, qu’aujourd’hui, à l’heure de la dite mondialisation, les organisations deviennent surtout... locales ! Et c’est encore sur le terrain international que cette femme se distingue en soutenant les victimes des famines d'URSS, ce qui la conduira à sympathiser avec l’expérience soviétique.

Pacifiste, internationaliste, féministe, elle était aussi présente là où il fallait dénoncer le colonialisme. Parmi ses centaines d’articles et de rapports, citons celui de juillet 1929 : « La situation sociale politique et économique de la femme dans les domaines coloniaux et semi- coloniaux. »

Présente au congrès d'Amsterdam en 1932, congrès qui esquisse l’unité d’action contre la guerre, elle critique le Manifeste de Barbusse. Présidente du Comite mondial des femmes contre la guerre et le fascisme qui prétendait avoir dix millions de membres (cent mille en France), elle accompagna le PCF dans sa lutte contre le fascisme.

Ces notes, aux allures d’un rapport des Renseignements généraux, devraient être plus vivantes quand on sait que Gabrielle Duchême laissa des archives phénoménales dans une bibliothèque publique de Nanterre, mais qui, malgré de tels outils mis à disposition, a écrit un livre pour raconter sa vie ?

Etrangement, le texte de la biographie du Maitron n’évoque pas son combat pour le suffrage des femmes or des dossiers donnent beaucoup de renseignements sur le travail de l’Alliance Internationale pour le Suffrage des Femmes (encore le mot international !). Elle avait ainsi accumulé des journaux féministes anglais, américains, allemands, autrichiens, égyptiens uruguayens et hindous (60 numéros de la revue seulement entre 1925 et 1932).

Les responsables de la Bibliothèque de Nanterre indiquent : « Il ne faut pas oublier enfin son extraordinaire correspondance (15 dossiers de 1910 à1940), source unique renseignant à la fois sur la vie quotidienne de Gabrielle Duchêne et ses amis, et sur son militantisme avec l’incidence de celui-ci sur son existence et ses relations. Ces lettres mériteraient à coup sûr un classement analytique et une publication exhaustive ».

En fait, depuis la période 1981-1985, plus rien n’a été publié au sujet de cette femme alors qu’il s’agissait, à ce moment-là seulement d’articles. A quand un livre en son honneur ? Sans cet effort, on continuera d’attribuer l’accès au droit de vote des femmes à tel ou tel HOMME politique en négligeant les multiples luttes féministes qui existèrent, souvent sous des formes avant-gardistes. Ainsi va l’histoire ... Jean-Paul Damaggio (Point Gauche ! n°79 mars-avril 2005)

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:11

L’identité du Tarn-et-Garonne après le bicentenaire

 

Même après les multiples expositions, débats, publications autour du Bicentenaire, Guy Astoul, qui se sent plus géographe qu’historien, reste un passionné de l’étude de la création du Tarn-et-Garonne, comme il l’a montré au débat du 13 janvier. Intervenant presque 20 ans après les autres, la naissance du département est en effet un cas d’école pour réfléchir à une question éternelle : comment s’opère le découpage des territoires ? Question souvent présentée seulement sous l’angle des pays colonisés mal découpés, or elle est de tous les temps et de tous les lieux.

En 1808, les intérêts de Napoléon voulant réconcilier la France avec les catholiques et les protestants ont rencontré les désirs anciens des diverses autorités de Montauban qui souhaitaient en faire un chef-lieu. En 1790, par la logique de la création des départements - 1790 - tenir compte des limites des provinces (ici le Quercy) et placer le chef-lieu au centre, donc Cahors- Montauban a été disqualifiée. Par l’intervention de Napoléon, un territoire a été construit ensuite autour de la ville rose avec deux conséquences, une diversité et une petite taille, deux éléments qui ont démontré qu’ils n’étaient pas un obstacle au développement du département.

Quelles autorités locales ? Tout d’abord les autorités religieuses et en particulier les protestants qui souhaitaient obtenir la création d’une faculté de théologie protestante (pour former les pasteurs), dans le cadre de la réconciliation adoptée par Napoléon. Pour Guy Astoul, entre Nîmes et La Rochelle, Montauban s’est trouvée cette fois à la bonne place, d’autant que les protestants y étaient moins remuants qu’à Nîmes, mais fallait-il encore que la ville devienne chef-lieu de département ! La création d’un diocèse catholique était un souhait de la religion dominante. Côté autorités politiques et administratives, le souhait de remettre Montauban à sa juste place, est évident. Et tout ceci ne pouvait qu’enthousiasmer les forces économiques locales. Il n’y a donc pas eu UN inventeur particulier, mais un faisceaux de conditions favorables que chacun a su mettre à profit.

Ensuite, il y a eu le découpage. Il est frappant de remarquer que les principes qui avaient présidés à la naissance des départements, dans des buts de rationalisation du territoire, furent encore appliqués : le département du Tarn n’a rien donné au nouveau Tarn-et-Garonne car, le souci étant d’équilibrer les populations, il ne fallait pas trop déshabiller Pierre, pour habiller Paul.

Je prétends que ces conditions de naissance du département entraînèrent un fossé plus grand qu’ailleurs entre le peuple et les élites (sauf bien sûr à Montauban). Depuis presque 20 ans les habitants avaient constaté les bienfaits des départements, donc pour eux la naissance du Tarn-et-Garonne s’apparente seulement à un changement de repère : de sous-préfecture, Montauban passe préfecture, et quant à ceux qui étaient du Gers, du Lot-et-Garonne ou de la Haute-Garonne (comme Castelsarrasin) inutile de leur demander leur avis, ils auraient refusé. Cet écart entre les élites et le peuple a été renforcé par la petite taille du département. Bref, avec le Tarn-et-Garonne, la cuisine du découpage est un élément passionnant.

 

En 1908, le centenaire, époque de grande contestation des départements ce qui a fait dire à Antonin Perbosc que le Tarn-et-Garonne ne fêtera pas son bicentenaire. Preuve que déjà la réflexion sur la création du Tarn-et-Garonne permettait d’aborder les grands faits de société.

Et en 2008 ? Comme découpage, on parle encore de Paris face à la Province, la « Province » étant un concept pourtant vide, un mythe que Guy Astoul aimerait bien étudier, mythe renforcé par le nom des habitants de l’Ile-de-France, les Franciliens, mythe qui renvoie à la question du centralisme. Il est évident que l’attraction actuelle de la ville de Toulouse influe et influera beaucoup sur le devenir du Tarn-et-Garonne. Dans les nouveaux découpages actuels, avec les intercommunalités, on voit revenir les anciens noms de provinces surtout en Tarn-et-Garonne. Quant aux Editions La Brochure, organisatrices du débat, elles ont contribué au bicentenaire par un livre de J-P Damaggio en direction de la jeunesse, où, à partir de documents, on découvre les 15 ans de personnalités comme Cladel, Mary-Lafon, Athénaïs Mialaret, Raoul Verfeuil, Marcelle Davet (une écrivain de Saint-Antonin méconnue alors qu’elle a écrit chez les plus grands éditeurs de très nombreux libres) ; ou les 15 ans de personnes ayant marqué leur milieu comme le paysan Gérard Tartanac, la reine des chapeaux Mme Cantecor fille, ou le musicien Tony Meler.

Le mot de la fin au grand philosophe natif de Miramont de Quercy Jean Izoulet, qui expliquait pourquoi, en 1894, en tant que représentant à Montauban des Tarn-et-Garonnais de Paris, il adorait le Tarn-et-Garonne :

« D’abord, leur dirais-je, le département de Tarn-et-Garonne est le dernier-né de la France nouvelle. Il n’a été formé que bien des années après les autres. C’est un enfant tardif de la Révolution. C’est le Benjamin des départements. C’est ce que nous appellerions dans notre dialecte espiègle et câlin un catchoniou ! »

Plus loin il continua ainsi après avoir parlé de la diversité de la France :

« Eh bien ! Messieurs, toute proportion gardée, le département de Tarn-et-Garonne me paraît être aussi divers que la France elle-même. N’est-il pas fait à la fois de Rouergue, de Quercy, d’Agenais, d’Armagnac [nous dirions aujourd’hui Gascogne] et de Languedoc ? Et n’est-ce pas ce qui lui a permis d’avoir tour à tour des héros de guerre et d’amour, comme ce comte de Guibert, apprécié des Frédéric et adoré des Lespinasse ; des héros politiques, comme l’énergique conventionnel Jean Bon St-André, qui, délégué aux escales, vit, d’un œil fixe, sombrer le vaisseau « Le Vengeur »; des héros d’art, comme Ingres, qui, vous le savez, a surpris immortellement la nymphe des sources ? Enfin, Messieurs, notre département a pour nous un dernier attrait : c’est qu’il est petit, tout petit. Vous savez ce que Musset disait de Hassan, que la nature l’avait fait tout petit... afin de le mieux faire ».

Sans adorer le Tarn-et-Garonne, je reconnais que j’aime bien ce qui est petit.

14-01-2009 Jean-Paul Damaggio

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:07

Le professeur et ses rêvolutions

 

 

Il était une fois un prof de français qui souhaitait plonger ses élèves dans la littérature sans qu’ils s’y noient. En 1990, pour bien inaugurer la décennie, il eut l’idée de proposer aux lycéens de se changer en jury de prix littéraire. Il proposa un cadre : on prendra les premiers romans, et une démarche, les lycéens seront de A à Z, les pilotes de l’opération. Merveille des merveille, le projet se développa tant et tant qu’il dura seize ans, passant donc l’âge des noces de diamant.

Ce prof, maintenant retraité, ayant plus d’un tour dans son sac, décida de mettre en livre cette expérience unique que les autorités auraient aimé piller au nom des PAE dont les pilotes sont shootés aux consignes ministérielles.

Pour comprendre que nous sommes en plein conte de noël, la sortie du livre coïncida avec ce que les médias médiatiques appellent : « le Goncourt lycéen », tandis que celui du prof de français s’appelait : « le Goya lycéen ». Que les deux prix commencent par un G n’en fait pas des parents.

Le premier s’apparente à la macdonadisation du monde. Tout est précuit, prédigéré, prévoté et le bonheur n’est pas dans le pré (nous verrons pourquoi).

Le second s’apparente à la grande cuisine, celle des grands-mères qui, à 9 h le matin, mettaient à cuire des œufs dans une poêle posée sur de faibles braises du feu de cheminée, pour qu’à midi, ils soient cuits à point. Une cuisine de la patience, de la lenteur, de la qualité, de la diversité, en bref, une cuisine que le luxe a su mettre à sa portée, ce qui n’empêche pas des pauvres bien placés, de manger parfois des omelettes truffées en guise de petit déjeuner.

 

En conséquence, pas étonnant, si une jeune fonctionnaire dans le nord de la France (et pour lui éviter des ennuis de la part de ses collègues, à l’heure des fichiers je n’en dirai pas plus), passant pour noël dans sa ville de Castres (oui de Goya il faut passer à Castres), est saisie, à la vue du livre chez le libraire, l’achète, s’y plonge et prend la plume pour écrire à son professeur. Que va t-elle lui dire ?

 

Elle lui rappelle qu’elle était au lycée en 1999, et vous verrez que cette date va compter pour la suite du conte, où elle a vécu le prix du côté lycéen. En lisant le livre, elle sera frappée par une première pierre : « J’ai pu m’apercevoir du travail acharné qu’avait fourni l’équipe pédagogique et qui ne paraissait pas toujours évident aux yeux d’ados. Je me suis bien trompée et j’ai vu que certains travaillaient beaucoup plus et en coulisses.....Je leur tire à tous mon chapeau et à vous aussi professeur. »

Tout d’un coup, le refus du CRDP (Centre régionale de documentation pédagogique) de publier le livre devenait évident : à présenter une démarche pédagogique avec les luttes des profs comme carburant, en lieu et place de directives officielles, c’est pas très bon ! Or, justement c’est ce qui plaît à cette lectrice occasionnelle !

 

Là, on arrive au tournant de 1999, année de toutes les luttes autour du prix, qui fait qu’à partir de l’an 2000 le déclin de l’expérience sera systématiquement organisé par une hiérarchie pourtant favorable jusque là à cette aventure pleine de créativité, d’intelligence. Le hasard a voulu que les lycéens choisissent de discerner le prix à Karin Bernfeld. Un parent puis le proviseur en furent offusqués ! A ce moment-là, Karin a l’âge de certains lycéens, 22 ans. Pour la première fois le proviseur exige que les lycéens revotent car le résultat est déplorable ! Un vote issu d’un travail de longue haleine, de discussions, de confrontations, un vote qui avait mis un trimestre à cuire, et voilà qu’un homme seul osait dire non ! Encore une fois, la lectrice occasionnelle qui a pris la plume saura voir l’essentiel en pointant les luttes déclenchées par le refus du proviseur incapable de comprendre que le jury n’était pas une troupe qu’on dirige. La révolte a grondé tant et si bien que le proviseur dut mettre un genou à terre (Karin est toujours dans la liste des gagnants) ce qui ne pouvait qu’induire le plat qu’il allait manger froid, la vengeance.

Mais quelle était la cause de tant de tapage causé par ce titre en effet peu engageant : Apologie de la passivité ? La lectrice occasionnelle indique : « Ce livre a choqué les mœurs de certains coincés du "cul" (excusez mon franc parler) et de ceux qui disent « si vous vivez avec quelqu’un et que vous n’êtes pas marié, vous vivez dans le péché » ».

 

Voilà, nous y sommes ! Il s’agissait d’un livre d’une « homosexualité triste » déclarèrent les autorités. La décennie des années 2000 était donc annoncée clairement à Castres, elle serait celle de la domination des « coincés du cul » (je dis plutôt celle des révolutions conservatrices, mais chacun ses références) et ils furent à la hauteur de leurs ambitions. L’an 68 devait en finir avec les contes s’achevant ainsi: « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » mais depuis, nous devons déchanter quand j’entends ce rêve : « ils se marièrent et eurent beaucoup de femmes ». La revanche sur les femmes, car telle est l’obsession qui rongera toujours les Puissants, fait reculer les rêvolutions de professeurs qui, par chance, se trouvent parfois confortés par de jeunes lectrices occasionnelles. Les contes de noël auront bien pour conclusion future : « ils s’aimèrent et eurent beaucoup d’omelettes truffées ».

12-01-2008 J-P Damaggio

Notes : Le livre s’appelle « Longue vie au Prix Goya ! » de Claude Rossignol et nous avons de bonnes nouvelles de Karin Bernfeld. Elle a publié un second roman chez Balland, Alice aux pays des femelles. Les deux romans en question ayant été épuisés, ils sont en livre de poche. Elle a publié une part d’autobiographie avec Les Portes de l’espérance chez Flammarion (sa famille vient de juifs d’Europe de l’Est), et, dans un tout autre domaine, elle vient de publier un livre pour aider les personnes malades de boulimie, anorexie, ou obésité : Déjouer les troubles alimentaires. N’ayant rien lu d’elle, je ne porte pas de jugement, je constate seulement.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 10:03

Dans Point Gauche ! n°91 janvier 2007, voilà comment Max Biro annonçait la triste naissance de Natixis.  Depuis des scandales on coulait sous les ponts… Max Biro est l'auteuir d'un dictionnaire fientifique d'économie sociale et politique

 BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Triste naissance de Natixis

 

Les deux jeunes bécasses sautillant d’une patte sur l’autre inventaient une comptine : « Natixis au cul je te pisse, Escroqriss au cru je te prisse, et le vieil oiseau noir au cru te prissera. »

Elles reprenaient sans cesse. L'oiselle de l’ENA (école nationale d'admiration), irritée, les reprit : « On n'insulte pas les forces vives de la nation. »

Le vieil oiseau noir se souvenait du scandale de Panama, de la faillite des petits rentiers en 14, de l’affaire Stavisky, de la Garantie foncière, du tunnel sous la Manche, des actions de France Télécom. Il intervint : « Continuez mes enfants vous êtes créatives! »

Allez dans votre Banque populaire, il y a un dépliant quadricolore sur bristol, une jeune femme blonde et son marmot, bobo, et le texte : « Chaque sociétaire a une mission de transmission. Parce que l’esprit coopératif n’a de sens que s’il est collectif. » Et six pages sur les sociétaires et l’esprit coopératif..... La CASDEN fait partie des Banques populaires fédérées. Sous forme de parts sociales non soumises aux aléas de la Bourse, les adhérents sont propriétaires du capital.

Et la Caisse d’Epargne, c'est une autre sorte de capital sans actionnariat, elles furent fondées pour permettre un petit gain sur les petits revenus des petits, avec souplesse, pour protéger les petits de l’usurier, pour leur permettre l’autonomie.

Les managers, nos zélites de l’une et de l’autre banque décidèrent, avec ce beau capital qui dormait, de faire une vraie banque, libérale, d’affaire, de spéculation, qui les ferait échapper au ringard mutualisme puisque le mutualisme est ringard. Sonnez trompettes, roulez tambours, ainsi naquit Natixis.

C'est une filiale, elle est côtée en Bourse, tout de suite elle cherche l’actionnariat populaire, mais le dépliant en petites lettres dit que c’est ouvert à l’Amérique ! Les fonds de pension ! C’est l’Amérique ! Vive le mutualisme et la coopération ! Banque Populaire et Caisse d'Epargne sont actionnaires et majoritaires pour le moment.... Mais Natixis et ses deux mères, un point à l’endroit, un point à l’envers, tricotent l’inextricable chaîne de la finance et du marché ! Natixis apporte de l’argent à ses maisons mères sous forme de certificat. Qu’est ce qu’en certificat ? Une action. Oh ! Sans droit de vote.

Ah !...........pour le moment.... Quel triple saut périlleux carpé amènera les maisons mères à être les filiales ? La loi l’empêchera ? Un amendement lorsqu’il y a dix députés en séance ou quelque autre chose que moi, pauvre profane en économie, en finance on en truanderie, n'aurait pas vu.

C'est pas si simple dira le financier ... Vas y mec, crois le, les paysans sont-ils encore propriétaire de leurs coopératives ? Et le Crédit mutuel agricole à qui qu'il est ? Nous adhérents de la Casden, on nous a fait signer quelque chose difficile à comprendre... J’ai confiance... Moi j’ai compris...

Les bécasses reprirent leurs comptines « Natixis au cul je te pisse. »

Le vieil oiseau noir

NDLR : 1 ) Tous nos lecteurs ne vivant pas au rythme de l’actualité bancaire et sous une pression publicitaire visant à créer des petits actionnaires, ne savent peut-être pas que Natixis se veut une nouvelle banque de l’ère moderne.

(Point Gauche ! n°91 janvier 2007)

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 16:00

Vous retrouvez cet article sur le site Train de nuit (voir la rubrique liens) avec une correction car j'ai été mal informé qsur un point. Je vous laisse la découvrir.

Les poèmes cannibales permirent de construire un pont public entre Montauban et Montréal. Je n’imaginais que six mois après un nouveau pont autrement géant allait relier à nouveau les deux villes. Il s’agit d’une exposition sur le peintre Ingres qui doit débuter en février au Musée des Beaux Arts de Montréal et qui se retrouvera cet été à Montauban. Pour présenter le sujet j’ai tenu à écrire ces deux articles pour éviter les confusions.

Ingres côté « cour »…

Au début du Second Empire, Ingres est alors à Montauban, sa ville natale qu’il aima tant. Jacques Desmarais est obligé de souvenir du Musée Ingres qui orne la ville. Quand il y arriva , il la traversa à pied et fut donc contraint, en traversant le pont sur le Tarn, d’admirer l’imposant Musée qui était autrefois l’Hôtel de ville et qui était avant la révolution le Palais des évêques. L’événement donna lieu à un article où on découvre tout le côté « cour » du peintre qui se précipita chaque fois qu’il fallait honorer les grandes personnalités. « Le 27 janvier 1854 monsieur Ingres acheva, à l’Hôtel de ville de Montauban, la décoration du plafond de la salle dite de l’Empereur. Le sujet est l’apothéose de Napoléon 1er ; le tableau est de forme circulaire et les figures de grandeur naturelle. Au milieu d'un ciel d'azur, on voit Napoléon, vêtu seulement d'une chlamyde, tenant le sceptre de la main droite et étant accompagné de la Renommée. Ce groupe repose sur un char d'or que guide la Victoire, au-dessus de laquelle plane un aigle. Au-dessous de cette scène aérienne apparaît un segment de la terre où se trouve le trône de Napoléon, vide et tendu d'une étoffe de deuil. A droite du trône est la France en deuil également et suivant de l’œil Napoléon vers le ciel, tandis que de l’autre côté Némésis s’élance avec rapidité pour renverser l’anarchie. Enfin, au loin et près de l’horizon marqué pour le nier, on aperçoit le rocher de Sainte Hélène. Ce tableau monumental va donner un nouvel éclat aux belles décorations de l’intérieur de l’Hôtel de ville. » L’auteur de l’article, le jeune Pierre Baragnon (1830-1904) faisait là ses armes de journaliste de province, un journaliste promis à une grande carrière, dut se régaler à écrire ces quelques lignes lui qui vivra longtemps en Turquie. Il s’installera ensuite à La Ciotat. …

Ingres côté jardin

Le bain turc a été une commande du Prince Napoléon, un autre membre de la famille de Napoléon III, mais elle fut finalement achetée par l’ambassadeur de Turquie à Londres, celui qui emporta avec lui l’origine du monde de Courbet. Cette peinture entre dans l’autre face du peintre. On y trouve une abondance de nudités ! C’était l’époque où l’Orient érotique fascinait les artistes français ! Un temps bien surprenant quand on pense à « l’érotique » actuelle du Moyen-Orient. Ce tableau qui surprend, quand on le voit, par sa petitesse, vu tout ce qu’il contient, est comme le testament du peintre, la somme de tous les portraits de femmes qu’il réalisa, sauf que cette fois, il les dénuda. Bien sûr, il ne s’agissait pas d’une peinture destinée à un musée mais à un salon très privé d’un univers toujours très huppé. L’étude de la peinture démontre qu’elle a été construite par étapes successives pour aboutir, après un projet carré, à une peinture en rond, pour accentuer l’érotisme de la scène. Peut-être un rond de serrure ! Elles sont donc vingt cinq femmes nues assemblées, vingt cinq femmes de toutes les couleurs, de toutes les conditions et dans toutes les positions. Plis et replis de la chair donnent au tableau une sensualité sans égal ! Les érudits pourraient vous donner le nom de presque toutes les femmes visibles et bien visibles que le peintre, à l’approche de la mort, peut prendre le risque de montrer. Le simple amateur d’art que je suis, a envie de retenir seulement deux points, la femme au cœur du tableau dont on ne voit que le dos, et au premier plan les outils du peintre qui manifeste ainsi sa présence. Tout est œuvre de sous-entendu. Le peintre est là sans y être et une femme montre l’essentiel, son dos ! Quant au détail, il est soigné et tout l’art d’Ingres est sans doute dans cette obsession, surprendre le spectateur par un dessin minutieux et pas toujours orthodoxe mais à jamais éblouissant. Bien sûr, les deux Ingres n’en forment qu’un seul mais la postérité qui a retenu « le violon d’Ingres » a surtout retenu le peintre des corps.
9-01-2008 Jean-Paul Damaggio

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 15:58

Même si ce n’est pas Gérard Barray que l’on voit sur l’affiche, le lecteur ne sera pas étonné si j’ai retenu cette référence de film où Gérard Barray joua en 2001.

 

Gérard Barray, Un Belmondo occitan ?

 

Le 10 janvier 2008, la Compagnie des écrivains du 82, comme elle le fait chaque année, organisait une rencontre entre une personnalité et son public. Gérard Barray était l’invité que les lecteurs du Florilège publié en 2007 par l’association (ecrivains 82 ) avaient pu découvrir : l’acteur y avait tissé quelques lignes à la gloire de sa ville, Montauban, qu’il écrit « Mountalba ».

C’est la ville de sa mère où il débarqua à l’âge de quatre ans, au moment de la séparation de ses parents vers 1935.

Le public put d’abord découvrir l’immense émotion qui secouait l’acteur en découvrant autour de lui tant de souvenirs vivants, tant d’affections partagées.

Après diverses présentations par Norbert Sabatié, André Serres et d’autres, incapable de faire un discours il préféra le jeu des questions/réponses où, par contre, il ne manqua pas d’anecdotes à raconter.

La première question tourna autour de ce choix de comédien qui n’était pas naturel pour un jeune que tout destinait à la médecine. Il donna quelques raisons en précisant qu’il allait mentir par omission car l’histoire aurait été trop longue.

Etudiant à Toulouse, il décida un beau matin d’aller voir une amie de sa mère pour lui dire : « je veux devenir comédien ». Après quelques rencontres, des professionnels l’incitèrent à « monter » à Paris en lui donnant quelques adresses. Fort de ces recommandations, il s’installa dans la capitale et rencontra des metteurs en scène. Il eut droit à cette réponse : « Vous avez un accent « impossible » mais vous êtes sympathique, je vous garde ». J’ai mis impossible entre guillemets car le mot peut varier. Simplement, il avait ce problème de l’accent ! Au cours de la discussion, il avouera avec modestie ne pas avoir eu conscience alors, que son atout majeur c’était son physique. De bonne fortune en bonne fortune, Gérard Barray est devenu un acteur de cinéma de premier plan en jouant dans les films de cape et d’épée le rôle de d’Artagnan ou dans un autre registre, en jouant le rôle de San Antonio.

A écouter le personnage on a la sensation qu’il ne connut que la chance pourtant, à un moment, il décida de tout arrêter et de partir vivre une retraite tranquille en Espagne avec sa compagne d’origine espagnole. A le voir, à l’entendre, ses 76 ans ne seraient pas un handicap pour jouer encore les premiers rôles mais après une « première qualité de vie » en temps qu’acteur, il opta pour une nouvelle qualité de vie au soleil.

Le côté franc et direct des échanges permit de mieux comprendre le choix de Gérard Barray. En effet le hasard a voulu que Roland Garrigues, l’ancien maire de Montauban, actuellement conseiller général, ait été accouché par la mère de Gérard (ou la grand-mère je ne me souviens plus) qui était sage-femme… un premier janvier ce qui a dû casser un réveillon indique plus ou moins précisément l’élu, or dans une intervention suivante, une personne rappela qu’en effet, le 31 décembre, c’était grande fête familiale avec les enfants qui… jouaient une pièce de théâtre, par exemple, une parodie d’Hernani.

Le jeune Gérard Barray préféra, en amateur, jouer au musicien, mais on constate que la comédie n’était pas indifférente à sa mère dont, autre souvenir, il joua un texte qu’elle avait écrit, sur la scène du cinéma L’Etoile.

 

Pour la musique, Hugues Panassié et sa passion du jazz furent la référence. Depuis 1941 l’homme est installé définitivement à Montauban et le souvenir concerne cette période charnière qui va de 1945 à 1950, à un moment où Panassié est au faîte de sa gloire (il n’a pas quarante ans) et publie un livre par an. Pour rappeler ce moment, André Serres a bien fait les choses : il projette une belle photo montrant cet orchestre de jeunes qui, avec guitare, batterie, piano, a dû faire résonner les notes d’Armstrong et Fats Waller, l’idole de Gérard. A écouter, à voir, toute une vie intellectuelle de la « ville de province » sort des entrailles de briques roses. Pourtant le comédien a du « monter » à Paris pour réussir.

 

Sa vie d’acteur lui fit rencontrer des grands de l’histoire française et trois noms seront évoqués, Jean Cocteau, Simone Signoret, Frédéric Darc. Jean Cocteau dont il ne put supporter la direction d’acteur, Simone Signoret dont la générosité lui permit de vivre un grand moment sur la Côte d’Azur et Frédéric Darc qu’il retrouva, coïncidence incroyable, dans la ville de Marbella où il s’était installé, où ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre pour ne plus se séparer. Un peu comme si Gérard Barray n’avait rien demandé à la vie qui lui apporta tout sur un plateau elle-même ! A moins qu’il ne s’agisse là que d’un sens de la vie du comédien qui lui fait retenir tout ce qu’elle a de beau, et oublier tous les travers. Peut-être parce que Gérard sait que l’amitié se transmet de génération en génération.

 

Dans son petit récit du Florilège qui en appellerait d’autres, il ajoute une note : « Pour tous ceux qui, trop jeunes, l’ignoreraient, mon nom est Baraillé, de occitan « barral » qui signifie barril, tonneau. « Lou barraillé », c’est le tonnelier. Référence à l’occitan que l’occitaniste Norbert Sabatié garda pour la fin de son intervention quand il rappela le titre de son court texte : « Mountalba vilo qu’es tan poulido ». Les adeptes de la graphie normalisée ne lui ont-ils pas reproché le refus de correction, d’autant qu’il fut le maître d’œuvre du livre ? Le respect de la vie doit primer sur le respect de l’orthographe et en cela je suis d’accord avec le choix opéré. Gérard Barray a connu, comme on l’a vu, le Montauban de Panassié beaucoup plus que le Montauban de Perbosc, deux personnalités que Claude Sicre propose depuis tant d’années d’unir, car procédant du même phénomène, construire et vivre une culture en complicité avec les cultures populaires. Un effort auquel je rêve d’apporter aussi ma pierre. Gérard Barray apporta la sienne quand, dans le débat, par un clin d’œil, il fit référence à son ami Gérard Montaut du bazar Montaut. De là, ne peut-on rejoindre la comédie, avec le théâtre occitan si cher à Frédéric Cayrou ?

11-01-2008 Jean-Paul Damaggio

 

gerard barray

  est le site officiel de l’acteur

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 15:53

La soupe à l’ail

 

Dans le brouillard de leur mémoire

Ils s’en vont à reculons

Comme ça, tout doucement

S’effrite leur temps

depuis longtemps

 

José, tu sais faire la soupe à l’ail ?

Si on faisait une salade ?

Elle est là,

A l’hôpital, elle n’a pas mal

Elle n’est plus là

Elle est dans autrefois

 Cet autrefois qui fut elle

 

Elle qui faisait la soupe à l’ail

et de la salade

mon cœur bat la chamade

une de vie de femme

une vie d’amour

une vie à faire toujours

de la soupe à l’ail et de la salade

 

Lui, à ses côtés lui prend la main

Tous deux ne se tournent plus vers demain

Ils sont dans le même temps

Celui de leur amour miroir

Elle a rêvé qu’il mourrait

Elle a  peur de ne plus se réveiller

Je les écoute

 

Mes larmes coulent

Je sais que je les aime

Ce soir je ferai de la soupe à l’ail

Et de la salade

Je les prends par la main,

Et je  les emmène vers mes demains

Ceux de 2009

 

Bonne année à ma famille !

 

                                                                                             

                        Saint Sylvestre 2008

 

 

Poème de Noël

 

Ecrire dans un éclat de dire

notre amitié et la joie de se connaître

dans nos présences ailées

dans nos regards croisés

sur les mêmes livres

de nos savoirs emmêlés

toujours à démêler

nous nous aimons mêlés

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos victoires passionnées

sur un monde contorsionné

tu sais ce terrible cri de Münch

ensemble nous nous en moquons

ensemble nous inventons le savoir

ensemble nous inventons

nos livres et nous écrits pour vivre

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos questions sans réponses

Nous dansons, nous nous envolons

sur l’air de nos passions

ensemble nous rions

ensemble nous partageons

ensemble nous nageons

dans l’eau claire de nos vies

 

Ecrire dans l’éclat de rire

De nos larges sourires

Ensemble  nous tuons le pire

et le noir néant

Ensemble nous inventons nos dires

Et par nos lettres retrouvées

nous inventons le verbe lire

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos souvenirs

Nous apprenons à pétrir

le pain de nos années

Pain rompu

Main tendue

Bouches jamais cousues

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos baisers envolés

de nos pas déroulés

dans nos phrases enroulées

sur nos corps cajolés

Olé ! Olé ! Olé !

C’est le tango de nos mots.

 

Ecrire dans l’éclat de vivre

du bon lait

sans jamais filer

le découragement qui ment

sur l’espoir de combats

pour un monde meilleur

dans un monde  de fleurs

 

Marie-José Colet

Noël 2008

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 16:04

INVITATION

Débat à Montauban

Maison du Peuple

Mardi 13 janvier

20h 30 – 23 h

Bilan du bicentenaire

en Tarn-et-Garonne

Présentation :

Guy Astoul

 

Guy Astoul est professeur d’histoire et il a participé sous diverses formes (en particulier la publication d’un livre) au travail de recherche autour du bicentenaire du Tarn-et-Garonne.

 

Cet anniversaire a donné lieu à plusieurs expositions, conférences, colloques, publications, festivités, pièces de théâtre, cérémonies et à bien d’autres activités.

Il nous est apparu utile de tirer le bilan de cette mobilisation en particulier autour de cette question : l’identité du Tarn-et-Garonne y a-t-elle trouvée matière à se renforcer ?

 

Organisation : Les Editions La Brochure

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 15:59

L’Equateur comme symptôme

 

(ci-contre dessin d'un anaonyme d'un poère équatorien qui sera présenté dans un article ultérieur)

L’Equateur n’a jamais influencé l’histoire de la planète d’où son absence des gazettes et écrans sauf quand son équipe de foot fait des miracles en Coupe du monde. Par contre son histoire me paraît très porteuse des symptômes qui marquent la vie de l’Amérique latine depuis les années 90. J’en retiens ici seulement trois en indiquant que j’aurais aimé commencer l’année nouvelle, sur la place centrale de Quito, avec dans les mains, le numéro du journal El Telégrafo contenant, pour seulement un demi dollar de plus, un recueil de poésies équatoriennes(1).

 

L’urbain face au rural

Se promener à travers la campagne équatorienne est un plaisir immense car la terre volcanique et le climat équatorial tempéré par l’altitude, ont toujours permis une agriculture aux riches couleurs et aux multiples saveurs, une agriculture œuvre pour l’essentiel des indigènes encore très nombreux. Ces indigènes surent s’unir au cours des années 90 dans un mouvement emblématique : la CONAIE. La force des actions entreprises permit des victoires culturels et sociales des indigènes. Des Mapuches aux Mayas, l’Equateur est devenu une référence, mais depuis 2002 le mouvement a perdu en efficacité, un symptôme général du recul de l’influence, à la fois indigène et paysanne, en Amérique latine.

En janvier 2000 (2) c’est le dernier soulèvement indigène à avoir fait tomber un président de la république en alliance avec un militaire Lucio Gutièrrez, l’homme qui deviendra deux ans après président à son tour avec une indigène Nina Pacari comme ministre des affaires étrangères. En même temps que Moralès accédait au pouvoiren Bolivie, la CONAIE est arrivée alors au faîte de sa gloire car, peu après son élection, Lucio Gutiérrez se rangera sous le drapeau des USA. Il sera à son tour renversé par un soulèvement populaire. Mais ce soulèvement fut un soulèvement urbain, dans la ville de Quito, qui s’appuya sur une alliance imprévue entre les gens du peuple déçus par le président traître, et les gens de la bourgeoisie qui n’avaient jamais accepté ce « cholo ».

L’écart entre les deux soulèvements aurait pu paraître anecdotique mais l’histoire du pays comme celle des Amériques confirme la victoire définitive de l’urbain sur le rural dans cette partie du monde (à la fois par l’exode rural vers les villes et l’immigration vers l’étranger si importante en Equateur).

La vigueur du mouvement paysan permit, en 1959, la victoire de Castro, une victoire acquise contre les politiques des partis communistes, tous contre la lutte armée car peu confiants en la force paysanne, ces partis étant plus tournés vers l’ancrage urbain.

La fin du « pouvoir paysan » c’est donc la fin des guérillas (celle de Colombie est contrainte dans un délais assez bref, à signer la paix, et au Chiapas la situation devient difficile), c’est la fin d’une époque de romantisme révolutionnaire dont l’emblème du Che sera d’autant plus rappelé, qu’il devient seulement un emblème.

La fin du « pouvoir paysan » ne signifie pas la fin de l’agriculture en tant que force économique mais en tant que force capable de bloquer les routes, les villes et la vie d’un pays.

Sauf à tomber dans le cas de l’Argentine où, là, le mouvement paysan est devenu cette année un mouvement aux ordres des riches, et non aux ordres des « sans terre » ! Même en Bolivie tout se joue à présent au sein des villes.

 

Le militaire face au civil

En Amérique latine les militaires ont joué depuis toujours un rôle politique central et divers. Le 26 janvier 1995, une guerre éclata entre l’Equateur et le Pérou pour essayer de détourner le peuple des conflits sociaux (le 13 février le Pérou décide unilatéralement d’une trêve). Encore en 2000, en Equateur, des militaires se sont placés du côté du Peuple en assurant le renversement d’un président. Aujourd’hui, le président est un civil, un professeur d’économie, Rafael Correa, qui surveille en permanence l’armée, dans la crainte d’un coup d’Etat, phénomène qui existe en Bolivie et au Paraguay. Vu que Correa tente d’affronter la crise autrement que par les moyens classiques de la relance (de droite ou de gauche), il heurte l’armée en instaurant des réductions drastiques des moyens militaires (ce qui n’est pas le cas du Brésil vu l’accord passé avec la France). Ceci étant, l’armée sait qu’elle n’a plus d’alternative à proposer, et sa marginalisation en Equateur témoigne de sa marginalisation générale, Venezuela mis à part. Rappelons que l’armée de ces pays jouait sur deux tableaux : composée pour l’essentiel de gens du peuple dont elle assurait la promotion sociale, le plus souvent elle servait les intérêts des adversaires les plus acharnés du peuple ! Dans une région où la bourgeoisie n’avait pas la force de défendre elle-même ses intérêts, il lui était plus facile de se masquer derrière l’institution militaire comme la France de 1851. Ce masque produisait en retour l’engagement dans la guérilla, comme armée de substitution à l’armée officielle, d’autant qu’elle pouvait bénéficier d’appuis internes à cette armée ! Et dans cet affrontement le monde rural se trouvait au cœur des événements.

L’arrivé à la tête de l’Equateur d’un professeur d’économie a permis de constituer un nouveau type d’alliance qui continue, sous une autre forme, les alliances propres à la guérilla : le nationalisme. Mais faut-il encore s’entendre sur le mot !

 

Le national face au régional

La victoire de Castro fut une victoire nationaliste et aux Amériques le nationalisme est une des valeurs les plus partagés même parmi les petits pays d’Amérique centrale. L’Equateur ne déroge pas à la règle mais, nouveau symptôme : le nationalisme est mis à mal par deux moyens, la montée du régionalisme et la montée de l’aspiration à l’intégration latino-américaine. Bien que petit, l’Equateur est partagé entre trois régions très différentes : la côte avec Guayaquil, la montagne avec Quito, et l’Amazonie avec le pétrole. Nous savons que les USA œuvrent partout pour appuyer les divisions « naturelles » mais ne nous laissons pas abuser, l’intégration latino-américaine (créer une monnaie unique par exemple) est aussi une forme nouvelle de contre-attaque capitaliste, avec dans ce cas le Brésil en tête de pont (son achat d’armes à la France lui permet trois coups d’un seul : prise de distance vis à vis des USA, accès à une technologie de pointe, affirmation de sa domination sur l’Amérique latine comme le confirme son action en Haïti). Ni la décentralisation, ni l’intégration ne constituent en elles-mêmes un outil de défense des intérêts populaires. Avec Rafael Correa nous vérifions qu’il est possible d’élaborer une nouvelle constitution rapidement appuyée par le peuple, sans se perdre dans les méandres autonomistes boliviens, et qu’il est possible de s’opposer frontalement au Brésil sans abandonner la lutte pour un projet global latino-américain (le pays étant petit c’est d’autant plus nécessaire). Le nationalisme équatorien peut donc pour le moment aligner quelques succès qui prouvent que nationalisme n’est pas inévitablement synonyme de populisme. Sans médiatisation et sans provocation, l’Equateur d’aujourd’hui a su dire non aux USA, en rejetant la base nord-américain de Manta, non au Brésil en décidant de ne plus payer la dette, tout en disant oui à une information démocratique en créant des médias nouveaux (dont le quotidien El Telégrafo), oui à un nouveau pays. Un seul pouvoir reste au-dessus de toute remise en cause : l’Eglise (j’ai déjà écrit un article sur le sujet). Socialement, une nouvelle Amérique latine est en marche et loin des débats sur son engagement à gauche (et quelle gauche), nous pouvons saisir qu’il en ressortira des enjeux de pouvoir autres, où l’affrontement entre les tenants du système dominant et leurs adversaires prendra des tournures nouvelles. 3-01-2008 Jean-Paul Damaggio

Note :

1 – Je recommande en France la lecture de l’anthologie de poésie équatorienne du XXe siècle de Jorge Enrique Adoum, aux éditions Patino. On y vérifiera que longtemps cette poésie se développa sous l’influence de la poésie européenne (française autant qu’espagnole) mais que petit à petit elle gagne sa propre indépendance.

2 – J’ai raconté cet événement dans une brochure de 80 pages que l’on peut me demander où j’ai publié une belle nouvelle de Luis Sepulveda consultable à cette adresse un bomme nommé Vidal

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 15:56

Voici un extrait d’une brochure des Editions La Brochure 82210 Angeville intitulée Voyage révolutionnaire, Impression d’un propagandiste (60 pages, 5 euros) et publiée en 1910 par Victor Griffuelhes, un natif de Nérac (1874-1922) qui fut un des premiers grands dirigeants de la CGT au moment de sa période anarcho-syndicaliste. Sa vision de Toulouse surprend dans le cadre d’un voyage, où il fait rarement appel aux considérations utilisées. Précision utile : il était cordonnier. Dessin ci-contre de Rosendo Li.

 

Toulouse : vie joyeuse, centre ingrat

 

Toulouse est cette ville remplie d’une vie bruyante, bourdonnante, qui passe son existence à chanter et à rire. Les faits les plus importants s'y déroulent au milieu d’une population avide de distractions. Les gens se fâchent souvent, très souvent. Leur colère est alors une forme du rire.

Toulouse n’est ni industrielle, ni commerciale, ni bourgeoise, ni ouvrière ; elle est un grand village. Rien - le caractère, les mœurs, le mode de vie, les rapports entre les classes et les hommes - ne contribuent à donner à la cité languedocienne une activité ouvrière constante et profonde. Il n'y a donc pas un mouvement ouvrier intense. Le recrutement syndical rencontre de grandes difficultés et l’action des syndicats s'exerce sans trouver de grands échos parmi le prolétariat toulousain. La besogne syndicale est en effet pour lui trop aride, trop monotone, elle est faite de petits incidents qui se succèdent et se précipitent parfois. Pour lui faire rendre efficacité et profit, il faut suivre chaque jour cette besogne, s'y attacher. Sans elle, il n'y a pas ces explosions de vie qui ont étonné, surpris, puis effrayé la bourgeoisie et qui mettent en relief le travail silencieux et quotidien.

Toulouse est une des rares villes qui n’ont pas connu dans le mouvement syndical les divisions politiques. C'est que la politique sectaire n'a pas grande prise sur le toulousain, car elle exige ténacité et obstination ; qualités ou défauts que ne possède pas l’habitant de Toulouse. Il se montre en toute chose un amateur, un dilettante, un homme heureux, à la recherche de sensations et d'impressions. Il est cependant capable de s'émouvoir, de s'intéresser, de se passionner.

Le terrain sur lequel il est chez lui, bien chez lui est celui de la lutte électorale. S’amuser du candidat, se battre pour lui sont des passe-temps. La vie en un mot est un théâtre où il est tantôt acteur, tantôt spectateur, jouant les rôles avec le même entrain et le même laisser-aller.

Ville et population étranges, complexes, sautillantes, pleines de charme séducteur dont on aime à s'approcher pour goûter le repos de l’esprit. Les militants ont une rude tâche à accomplir : lutte contre le milieu davantage que contre les hommes. Ils se dépensent de façon continue pour cet objet. Ils enregistrent des progrès, insuffisants à leur gré.

L'industrie qui domine dans Toulouse est celle de la chaussure ; elle comprend plus de trois mille ouvriers, le syndicat en compte une trentaine. Et cependant tout a été fait en vue d'amener cette catégorie de prolétaires à l’organisation. Le cordonnier reste indifférent, se bornant à vibrer sous le choc de fortes commotions ; il aime à faire de son réduit un « petit Capitole », et de cela il est fier. L'ouvrier d'usine, dont le nombre croît au détriment de celui qui travaille à domicile, est victime d’une situation qui ressemble en bien des points à celle du tisseur : l'organisation est venue après l’entrée du machinisme et son développement. Il n'a pu de ce fait s'en rendre en partie le maître. Puis le machinisme a déplacé peu à peu les centres de production ou les a affaiblis.

C’est ainsi que Limoges, Angers, Amiens, Lyon, Paris ont perdu de leur activité. A l’avantage de quel centre ? Je m’avoue impuissant à répondre de façon précise. Des petits centres se sont formés dont l'approche est difficile, de sorte qu'il n'y a plus, sauf Fougères, de localité comptant une population dans la chaussure fort importance. J’ajoute qu’il n’y a pas de région dans laquelle se trouvent agglomérées de grandes fabriques. Il y a éparpillement. De Toulouse il faut aller à Limoges pour rencontrer un centre comprenant plus de mille cordonniers.

Toulouse compte un arsenal relevant de la Guerre, une manufacture de tabacs, une poudrerie. Aux syndicats de ces catégories s'ajoutent ceux des corporations indispensables à la marche d’une ville de pareille importance.

Depuis quelques mois, les progrès s'accélèrent. Un réveil fort appréciable se constate. Aussi la vie ouvrière se fortifie et s'étend. Un mouvement syndical s'affirme d’une certaine précision dans l’idée et dans la forme. Les camarades feront bien de ne pas l’identifier avec la vie électorale locale, malgré les très grands services rendus par le Midi socialiste(1), journal quotidien.

1 – Note JP Damaggio : cette référence au positif à un journal politique est unique au cours du voyage.

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