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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 14:09

La visite du Pape en France fut un événement médiatique, plus que la rentrée des classes en Algérie, d’où le rapprochement surprenant établi dans l’article ci-joint et publié sur le site de La Sociale. Nous continuerons notre effort pour dénoncer les actuels offensives des obscurantistes.

 

La mondialisation cléricale (suite)

 

Les conditions de la visite du Pape en France viennent de rappeler à notre « bon » souvenir les merveilles actuelles de la mondialisation cléricale car il serait mal venue de l’analyser sous le seul angle français. J’ai pensé à la visite de Jean-Paul II à la Havane il y a dix ans que nous pouvons revivre en permanence avec le livre de Vazquez Montalban : Et Dieu entra à la Havane.

 

J’ai surtout pensé à la rentrée des classes en Algérie qui se tenait au même moment et que Hakim Lalanne, le chroniqueur du Soir d’Algérie, a su nous présenter avec son talent habituel. Je ne résiste pas au plaisir de vous en communiquer tout le contenu pour que chacun prenne conscience des formes diverses que peut prendre cette mondialisation cléricale.

 

 

Nous savons en France, depuis la Seconde République, que ceux là-même qui votèrent la loi Falloux, portèrent un coup très grave au suffrage universel masculin en 1850. Quand avance partout le cléricalisme, c’est d’autant que reculent les droits sociaux, au nom des vertus comme la charité, la soumission et le machisme. Bush a osé dire que son élection fut le résultat d’une volonté divine car c’est bien connu il n’existe pas sur terre trente six mille pouvoirs : ou dieu ou le peuple. Entre les deux certains, avec le suffrage censitaire, invoquèrent le pouvoir de l’argent mais aujourd’hui ce dernier se prend pour dieu en personne.

Tout comme aucun projet démocratique ne peut se priver d’un retour aux nations (contre les natinalismes), il ne peut faire l’impasse sur la laïcité (contre les cléricalismes joyeusement masqués sous des termes comme laïcité positive).

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:30

Combien sont-ils à savoir qu’en Iran les femmes eurent le droit de vote bien avant la France ? Combien sont-ils à imaginer que l’évolution historique de l’Europe n’est pas celle du monde et que les luttes contre l’oppression des femmes non plus ? Dans un très beau texte de Janet Afary que nous reprenons de sur internet (vous avez ici seulement les premières lignes mais nous offrons les 66 pages en format A5 aux lecteurs de ce blog sur simple demande aux Editions La Brochure 82210 Angeille) on y découvre les origines du féminisme en Iran. Les régressions qui ont débuté en Iran en 1980 furent annonciatrices des nôtres !

 

Révolution féministe de 1907 en Iran

 

« Les femmes perses avaient effectué un grand bond et étaient presque devenues, depuis 1907, les plus progressistes sinon les plus radicales au monde. Qu’une telle déclaration aille à l’encontre des idées du siècle n’y change rien. Tels sont les faits ... Durant les années cruciales qui ont suivi la révolution réussie mais pacifique de 1906 contre les oppressions et la cruauté du Shah Muzaffarn’d-Din, une lumière fébrile et parfois violente a brillé dans le regard voilé des Persanes, et dans leur lutte pour la liberté et pour ses expressions modernes, elle a brillé à travers certaines des coutumes les plus sacrées qui, pendant des siècles, ont assujetti leur sexe sur la Terre d’Iran”. Morgan Shuster, 1912.

 

La première décennie du 20ème siècle est souvent associée à la naissance du mouvement socialiste des femmes aux Etats-Unis et en Europe. Aux Etats-Unis, on fait remonter les origines de la Journée internationale des femmes (International Working Women’s Day) à la grève des employés de l’industrie du vêtement de New York, en 1908. En Allemagne, Clara Zetkin dirigea l’organisation féminine de masse du German Social Democracy (SPD), organisation à laquelle, Rosa Luxemburg contribua de façon significative. En Russie, après la Révolution de 1905, émergea un important mouvement des femmes socialistes, au sein duquel Alexandra Kollontai joua un rôle de premier plan.

Cependant, si on examine, au cours de la même décennie, ce qui se passe dans certaines parties de l’Amérique Latine, de l’Afrique et de l’Asie, on se rend compte de la participation croissante des femmes à un certain nombre de soulèvements nationaux et sociaux[1]. Nous voyons, surtout au Japon, en Chine et en Iran, que les femmes non seulement jouent un rôle spécifique dans les mouvements sociaux de cette période, mais encore expriment des revendications spécifiquement féministes et socialistes au fur et à mesure de l’avancée du mouvement. Au Japon, après la guerre russo-japonaise de 1904, qui se termina par la défaite de la Russie et mena à la Révolution russe de 1905, les femmes socialistes participant au mouvement pacifiste japonais se firent de plus en plus entendre en tant que féministes. Fukuda Hideko, une veuve mère de trois enfants, fonda l’organisation socialiste féministe Women of the World, entre les années 1907-1909, organisation qui lutta contre la polygamie, la prostitution et l’exclusion des femmes de la politique[2]. En Chine, Qiu Jin, fervente nationaliste, introduisit les questions féministes dans le mouvement. Dans un essai émouvant, écrit à l’automne de 1904, elle insista sur le fait que “nous, les deux cent millions de femmes de Chine, sommes les objets les moins bien traités de la terre”. Elle parla des pères qui, à la naissance d’une fille, la maudissaient par ces paroles “Oh, quel jour funeste ! Voici une autre créature inutile”. De même, elle se plaignit amèrement de la tradition alors en cours du bandage des pieds qui torturait les filles pendant de longues années. Qiu Jin rejoignit les groupes nationalistes de Sun Yat Sen et fut ultérieurement exécutée après l’échec d’une insurrection à laquelle elle participait [3].

En Iran, il y eut l’émergence, durant la Révolution constitutionnelle de 1906-1911, d’un nouveau mouvement radical des femmes, formé de conseils semi-clandestins de femmes, appelés anjuman des femmes. L’histoire des anjuman des femmes a d’abord été rendu publique par Morgan Shuster, jeune conseiller financier américain auprès du nouveau gouvernement, dans son livre “The Strangling of Persia” (l’Etranglement de la Perse, 1912). Shuster qui à plusieurs occasions durant son séjour, avait reçu l’assistance de ces conseils de femmes, a parlé de la contribution de ces anjuman à la cause révolutionnaire avec beaucoup d’admiration. En effet, il écrit : “Que dirons-nous des femmes voilées du Proche-Orient qui, du jour au lendemain, deviennent enseignantes, journalistes, fondent des clubs féminins et débattent de sujets politiques ?” Il a également décrit, brièvement, mais avec des détails précis, la marche de plusieurs centaines de femmes armées sur le parlement durant les derniers jours de la révolution [4].

Il a fallu attendre 60 années et la naissance du Mouvement de libération des femmes pour que, grâce à trois études biographiques publiées en Iran, de nouvelles informations sur les dirigeantes de ce premier mouvement soient disponibles [5]. C’est cependant la révolution iranienne de 1978-79 qui a donné une résonance contemporaine à l’histoire presque oubliée des anjuman de femmes, ainsi qu’à la nécessité urgente de rappeler les racines autochtones du féminisme iranien. Une fois de plus, une nouvelle forme de démocratie à la base avait surgi spontanément à travers le pays, de même que de nombreuses anjuman et d’autres associations de femmes [6].

Les Manifestations historiques du 8-12 mars 1979, regroupant jusqu’à 100.000 femmes, furent un défi tant à Khomeini, qui lança son appel pour revoiler les femmes, qu’à Bani-Sadr, le président éduqué dans les écoles françaises, qui soutenait les directives de Khomeini. Les féministes eurent également à affronter beaucoup de partisans de la gauche qui s’opposaient au mouvement des femmes ou le minimisaient sous le prétexte que le féminisme était un “phénomène occidental”, et non un mouvement autochtone, que c’était un mouvement “bourgeois” et faisant donc “diversion” dans la lutte de la nation contre le Shah et ses partisans occidentaux [7]. Le récit de Shuster fut remis à l’ordre du jour par le mouvement des jeunes iraniennes qui initièrent la recherche, dans les poubelles de l’histoire, sur les origines du féminisme dans la littérature et la politique.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:29

En l’honneur de la visite du pape en France nous annonçons la réédition d’une brochure publiée en 2004 autour d’un débat montalbanais avec Chahla Chafiq : laïcité et droits des femmes. En voici un élément écrit par Marie-France Durand.

 

Réflexions après un débat avec Chahla Chafiq

 

Le débat du samedi 13 novembre restera comme un moment fort dans les mémoires des quelques 85 personnes – dont 23 hommes – comptées en début d’après-midi. Vingt quatre livres de l’invitée furent vendus. Il aura été pour beaucoup le début d’une réflexion nouvelle sur les droits des femmes, sur les questions des intégrismes (en particulier l’islamiste mais pas seulement), de la laïcité, et même, pour certain-e-s, une prise de conscience amenant à une révision complète de leur point de vue sur ces questions.

 

Chahla Chafiq est une sociologue iranienne exilée en France depuis 1983, suite à la répression de Khomeyni contre les gens de gauche. Son exposé qu’elle présentera avec un sourire tranquille, beaucoup d’intelligence et une grande rigueur, se fera précis, avec quelques exemples percutants. Il fut trop riche pour en donner un aperçu complet, et je renvoie pour cela les lecteurs à son dernier livre (« Le nouvel homme islamiste », Editions Le Félin) et à cette brochure (voir pages de 5 à 11 le texte de Chahla Chafiq. J’insisterai ici sur deux points qui m’ont particulièrement intéressée, et qui font écho à l’actualité.

 

La question de la gauche

En Iran, les militants de gauche, dont Chahla fit partie, mirent toute leur énergie pour chasser le régime corrompu et sanguinaire du chah. Ils crurent, au début, qu’ils pourraient mener la révolution AVEC les islamistes et qu’ils les amèneraient à changer d’opinion. On sait la suite : ce sont les islamistes qui s’appuyèrent sur la gauche pour renverser le chah, au besoin avec un double discours, l’un en direction de leurs affidés et l’autre en direction des forces progressistes et de l’étranger (discours complaisamment relayé dans les médias et partis de gauche en France), puis ne firent qu’une bouchée de ceux-là, les emprisonnant, les torturant, les tuant… Chahla dût fuir le régime de Khomeyni devenu encore plus sanguinaire que celui du chah.

Comment ne pas penser à certains tribuns islamistes actuels, soutenus malheureusement par toute une frange de « la gauche de la gauche » au nom de la lutte contre l’impérialisme américain, nous expliquant que les forces islamistes étant révolutionnaires, elles portent en elles une « radicalité » ( !) qui en fait des alliés « naturels » ( !) ? (Sans compter la mauvaise conscience issue des guerres coloniales poussant à boire toute parole provenant des ex-pays colonisés). A ce propos, Chahla déplore : « les « droits de l’hommistes » ou des éléments de la gauche deviennent alors pro-islamistes sans le savoir : ils font des alliances objectives avec [ces] mouvements ».

 

La question de l’exil

Je reprends pour cela les termes de Chahla : «L’expérience étant un vécu, plus une réflexion sur ce vécu, ma réflexion m’a été imposée par l’exil, un processus qui est marqué par la séparation, la perte et le deuil, mais aussi qui ouvre des horizons, un recul par rapport à ce que vous avez vécu. J’ai un rapport à l’expérience iranienne et une deuxième expérience française : je travaille sur l’immigration et l’intégration depuis plus de 15 ans».

L’exil est souvent vécu par les exilés à la fois comme souffrance et enrichissement, en tout cas s’il est politique ou s’il est choisi - alors la dimension de perte et de deuil peut être moindre (le cas de l’exil économique que je qualifierais de «survie alimentaire» est sans doute différent). Ayant  vécu plusieurs années à l’étranger (en Algérie), j’avoue que je suis toujours frappée par la façon «petit bout de la lorgnette» dont certains, dont je suis cependant proche politiquement, abordent les problèmes. Bien sûr, je n’ai pas été exilée, car cet «exil» fut choisi avec enthousiasme et j’aurais pu rentrer dans mon pays si je voulais. Mais il n’empêche, cette expérience a changé ma manière de voir et m’a fait prendre du recul par rapport aux idés françaises ou occidentales (y compris de gauche) : je me sens bien plus proches de mes copines algériennes par exemple, que de mes collègues de boulot ou même des amis alternatifs. Chahla a sans doute beaucoup plus à nous dire, de par cette expérience douloureuse mais multiple, que beaucoup de nos « penseurs » si sûrs d’eux, mais si ignorants d’autre chose que leur environnement familier.

 

Les droits des femmes

Chahla Chafiq nous dit : « Les fanatiques sont faciles à repérer : on enferme les femmes et on les viole, c’est clair. Un discours de Tariq Ramadan n’interpelle pas de la même façon. Le problème actuel de l’islamisme, c’est une stratégie néo-patriarcale qui prend en compte l’évolution actuelle des femmes ». Et c’est là qu’il faut réfléchir à ce que l’on considère comme valeurs humaines : les droits des femmes, ce sont des droits des humains, pas des droits réductibles à « l’occident », même chose pour la laïcité (n’en déplaise à Patrick Braouezec et quelques autres !). A propos de la loi, Chahla nous rappellera qu’à l’époque de la bataille pour le droit à l’avortement ou contre la peine de mort en France, une majorité de personnes étaient sans doute opposées à la loi. Fallait-il pour autant attendre qu’elles aient changé d’avis pour faire ces lois ? Bien sûr que non ! Au contraire, dit-elle, le législateur doit prendre en compte les valeurs pour « travailler à la loi et à sa pédagogie ». On a beaucoup parlé dernièrement de la liberté de choix (à propos du voile par exemple). Chahla prend l’exemple de : « pas mal de femmes qui ont choisi à 25 ans, même en France, de quitter le travail pour s’occuper de leurs enfants. A cinquante ans, elles regrettent ». On ne peut donc fonder « une politique d’égalité sur un choix personnel, car une politique d’égalité c’est un ensemble d’orientations.. Ensuite les gens peuvent choisir ».

 

Beaucoup de choses encore seraient à noter, comme la question de la prison politique en tant que laboratoire pour faire émerger « le nouvel homme islamiste » que les islamistes en général, et le pouvoir iranien en particulier, appellent de leurs vœux : on sait que l’Iran constitue un exemple pour certains islamistes à la mode. De nombreuses questions, souvent pertinentes furent posées à la suite de l’exposé de Chahla (voir pages de 11 à 17 et de 27 à 30). Pour finir, un grand merci à Chahla, à nos amis alternatifs du Tarn, par qui nous avons pu la rencontrer, ainsi qu’aux participant-e-s et particulièrement à celles qui firent le voyage de Toulouse.

Marie-France Durand

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:28

Le maire communiste d’Echirolles trouve normal qu’une de ses conseillères municipales siège voilée et il s’en explique avec l’argument suivant qui me révolte au plus haut point venant d’un tel personnage (dans la bouche de Sarkozy, je n’y attacherais aucune importance).

J-P Damaggio

 

 

Que le temps fasse son oeuvre !

 

 

« Nous autres occidentaux nous sommes prompt à donner des leçons de démocratie et d’émancipation aux autres peuples de la terre, sans que ne nous effleure jamais l’idée du temps qu’il nous a fallu pour y parvenir, et nous ne leur reconnaissons pas, l’idée que peut-être, il leur appartient de tracer eux-mêmes leur chemin pour y parvenir ».

 

L’argument est connu. En France on a mis des années pour s’émanciper de la religion catholique donc soyons patient (sous peine d’être des donneurs de leçons) avec les années les musulmanes s’émanciperont de leur propre religion.

Comme si la laïcité était une question de temps !

Monsieur le maire sait-il que les femmes iraniennes eurent le droit de vote bien avant les françaises ? Que dans le monde musulman des millions de femmes n’ont attendu aucun conseil de « l’ouest » pour conduire leur propre combat ? Si en Iran comme ailleurs il y a des régressions, ce n’est pas le résultat de leçons données par quiconque mais le résultat d’un rapport de force bien connu entre les tenants de l’obscurantisme et ceux de la laïcité. Nulle part la religion catholique n’a baissé les bras pour imposer sa loi ; elle a plus ou moins reculé suivant les circonstances pour toujours mieux contre-attaquer.

Donc pour reprendre la phrase d’un communiste relativement inconscient je note :

a)« les occidentaux » n’existent pas car les laïques de France n’ont rien à voir avec ceux des USA par exemple et ceci est écrit sans prétention (contrairement à une info entendue ce matin ce ne sont pas les Français qui servirent de modèle aux Mexicains mais l’inverse).

b)« les donneurs de leçon » c’est le maire lui-même qui croit utile de préciser à l’attention des peuples « qu’il leur appartient de tracer eux-mêmes leur chemin » comme s’ils avaient besoin de ses conseils les peuples du monde.

c)sa responsabilité de maire est en France, où il existe des lois, et qu’il le veuille ou non il contribue à une régression d’autant plus grande qu’il argumente en paternaliste audacieux en faveur de cette régression ! La laïcité est contre tous les paternalismes.

Cordialement. 12-09-2008 Jean-Paul Damaggio

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:27

Parmi les brochures publiées par nos éditions, il en est une qui s’appelle Laïcité sans œillères, de Redeker à Tepr en pensant à Chahla Chafiq, écrits par Marie-France Durand et J-P Damaggio, dont nous donnons ici l’introduction

 

La laïcité un combat mondial

 

Ce livre veut aborder la laïcité au travers de situations concrètes étudiées dans divers pays.

Depuis 15 ans environ, l’essentiel de la classe politique, toutes opinions confondues, a décidé de placer la laïcité au Mont de Piété (ou de l’enfermer dans un bocal en attendant des jours meilleurs). Quand on lui en fait la remarque, elle se précipite pour la récupérer et la dépoussiérer à l’aide de quelques adjectifs. Ils parlent alors de laïcité « ouverte » pour signifier qu’ils « ouvrent » le bocal de leur fabrication. Or le combat laïque est de tous les instants … en France aussi.

Ce voyage dans la laïcité veut rappeler que la notion n’a jamais été une exception française, même si elle a pris, dans ce pays, une forme originale. Pourquoi oublier que la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat a été préparée par une étude précieuse de la situation internationale ?[1] Certains des créateurs de la loi penchaient pour la solution made in USA, et d’autres préférant la solution mexicaine.

La Suède vient enfin d’en arriver à la séparation des Eglises et de l’Etat, pendant qu’en Espagne l’actualité laïque a pris une dimension qui pourrait faire dire « la laïcité une exception espagnole ». Pour ceux qui l’auraient oublié, la laïcité de la république espagnole, qui donna le droit de vote aux femmes en 1933, fut la cause essentielle de la guerre civile. Il faudrait étudier soigneusement la naissance de l’Action Française en 1905 et celle de l’Opus Dei espagnole en 1927 mais cela dépasserait le cadre de cette brochure. Un reportage remarquable sur l’Opus Dei en Amérique latine aujourd’hui, et surtout au Chili, vient de passer dernièrement sur Arte[2].

En Inde, la laïcité devient un partage des « postes » entre religions. Comment s’y retrouver dans cette brousse laïque ?

La formule « la laïcité une exception française » fit la joie des divers courants d’où son succès. D’un côté, dès 1905, les opposants à la laïcité, et le pape en tête, organisèrent un cordon sanitaire autour de la France, jusqu’à transformer le clergé français en martyr. Ils inventèrent l’expression « laïcité exception française » face par exemple à la laïcité allemande, plus acceptable car le principe du dialogue avec le pape restait en vigueur. La loi de 1905 devint « la séparation de l’Eglise et de l’Etat » formule reprise même parmi des laïques ! (Devinez pourquoi le pape enleva le pluriel à Eglise).

En face, des laïques (et en particulier le parti radical) se considérèrent flattés d’être une exception qui renforçait la fâcheuse posture du « cocorico » français. N’oublions pas que pendant très longtemps la lecture de La Dépêche de Toulouse (devenue Dépêche du Midi) fut considérée par l’Eglise comme un péché passible d’excommunication.

Que la laïcité ait pris une forme originale en France, comme la République, le colonialisme, le droit de vote etc. c’est une évidence. Mais, dit-on, « le droit de vote des femmes, une exception française » vu notre retard sur la question ? Pour le colonialisme, ceux de France, d’Angleterre, d’Espagne ou du Portugal prirent des chemins très différents, entraînant des décolonisations totalement décalées.

Bref, la pensée laïque ne peut s’enfermer ni dans les frontières nationales ni dans les généralités creuses. Elle est cette dialectique concrète qui a commencé à circuler mondialement avant même l’ébauche de la carte du monde. Si nous avions un titre de débat à formuler, nous dirions : « La laïcité, au carrefour de nos sociétés ». La laïcité dépasse le dialogue des religions, les positions politiques ou scientifiques, pour prendre un statut philosophique. La peste fut longtemps considérée comme une punition de Dieu, puis des scientifiques, tout en restant croyants, refusèrent de s’incliner et la peste fut vaincue (mais là aussi le combat est permanent). La laïcité est donc liée à la science, à l’éducation, à la démocratie, à l’égalité etc. Elle a pu être tronquée par des dictateurs l’utilisant à leurs fins politiques mais à l’heure de la reconstruction d’une action démocratique, elle va se développer pleinement et tous les puissants s’en inquiètent.

Aujourd’hui, il serait regrettable d’oublier que cette pensée laïque s’affronte à une mondialisation cléricale. Bush parle de « guerre sainte » car en plus de raisons économiques qui le conduisent à envoyer « ses » soldats ici où là, il existe des raisons « religieuses » : imposer au monde un certain american way of life. L’islam n’est pas son ennemi puisque les amis islamistes des USA sont légions. L’ennemi c’est un comportement islamiste qui conteste sans démocratie, le modèle de vie étasunien, soucieux d’implanter partout des supermarchés (pour prendre un exemple).

Ainsi, à Tunis, un immense supermarché trône à présent du côté des quartiers chics. Une anomalie au pays des souks ? Pas du tout. L’ami Tahar, avec qui nous nous promenons, explique que ce supermarché est devenu, pour lui aussi, un lieu d’achat, même s’il préfère la viande et tant d’autres choses vendues par le petit marchand du coin de sa rue. Comme Mac Do, le supermarché pèse plus que l’intérêt strictement économique, car il véhicule une forme de consommation et une façon de vivre. Certains l’appellent une religion (la religion des marques en étant le phare majeur parmi les jeunes comme hier le succès des jeans). Il nous paraît cependant déplacé d’utiliser des expressions comme « religion du fric » ou « religion de la consommation » car c’est dénaturer le mot religion que l’on retrouve plutôt avec les diverses sectes made in USA comme la Scientologie, ou made in France comme Raël.

Le capitalisme aime s’appuyer sur des comportements religieux et imprime sa démarche y compris chez des opposants au système qui intègrent cette philosophie. Paul Ariès note dans No Conso[3] : « Est-ce un hasard si depuis deux siècles, les partisans du commerce équitable comme ceux hier de la coopération, proviennent d’abord de milieux religieux ? Est-ce un autre hasard si depuis deux siècles leur principale argumentation (la notion de prix juste) est directement puisée dans les œuvres de Saint Thomas d’Aquin, ce père de l’église ? Est-ce un hasard si leur répertoire d’action provient aussi du champ religieux et diffuse une vision du monde fondée sur l’opposition binaire du pur et de l’impur ? »

Parce que beaucoup pensent que nous vivons une époque digne de la fin de l’empire romain, certains voudraient se changer en prophètes (Garaudy ?) en se trompant d’âge de la religion. Face à cette offensive il nous appartient de relever le drapeau de la laïcité en le confrontant aux réalités présentes de la mondialisation cléricale. Si le moyen de l’avancée « cléricale » s’appelle « la télévision », créons une télé laïque. Si le cœur du modèle est la machine à uniformiser de la dictature du fric, répondons : d’autreS révolutionS sont possibleS (vous saisissez le rôle du pluriel ?). Si l’on affirme que l’humanisme est à ranger dans les poubelles de l’histoire, reprenons les justes combats de la raison. Si les clergés deviennent loufoques, scientistes, technocratiques, retrouvons un élan démocrate.

Mais il est temps d’entreprendre le voyage, aussi parmi les approches concrètes, puisque nous vivons dans la région toulousaine, comment ne pas partir du cas Redeker ?

 

 

 



[1] Jean-Paul Scot : « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle », Seuil, 2005

[2] Une révolution silencieuse de Marcela Said Cares et Jean de Certeau

[3] No Conso : manifeste pour une grève générale de la consommation, Paul Ariès, Golias, 2006

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 14:36

Esclavage et marchandisation

 

A ceux qui expliquent que tout devient marchandise, des bonnes âmes peuvent répondre qu’il n’est pas question d’en revenir à l’esclavage.

C’est alors que des esprits de gauche prétendent que le salariat d’aujourd’hui est pire que l’esclavage d’hier pour la simple et bonne raison que le propriétaire de capital humain se devait de bien le nourrir, de le loger et de le soigner pour en conserver la valeur, alors que le capitaliste laisse l’hypothétique soin de logement, de santé et d’alimentation soit à la charge du maigre salaire de l’employé, soit à la charge de l’Etat quand l’employé est fait chômeur pour mieux peser sur le montant du dit salaire.

Des esprits non moins de gauche avancent d’autres théories : l’esclavage n’a été aboli que par l’effet de l’évolution des forces productives (machines surtout) en conséquence toute analyse sociale doit être ramenée en son cœur : l’analyse économique.

Et enfin, pour faire bonne mesure, la théorie à la mode du gagnant-gagnant n’est pas en reste ceux qui aiment rappeler que les esclaves furent en fait vendus par de minables rois noirs, ce qui les libéra de sociétés archaïques, pour les affronter au monde de la modernité. Le propriétaire d’esclave était gagnant mais l’esclave lui-même, quand il avait  les moyens physiques de résister, bénéficiait d’un grand voyage vers la modernité !

 

Ces trois raisonnements font plus ou moins adroitement l’impasse sur un même phénomène : le désir populaire de liberté.

En Europe aussi ils furent des millions à se ruer vers les Amériques mais, par des campagnes de publicités (la ruée vers l’or) et pour des raisons économiques, ils décidèrent eux-mêmes de quitter leur terre pour l’aventure. Bien sûr, cette liberté restait toute relative mais pourquoi faudrait-il reprendre l’idée de la classe dominante qui prétend que l’utopie étant impossible, il est plus sage de garder le statu-quo ! Au nom d’une liberté hypothétiquement complète, il faudrait mépriser les libertés relatives ? Bien sûr, il est possible de trouver, en 1850, des esclaves en situation meilleure que certains ouvriers. Mais le paternalisme des maîtres était tout autant répandu parmi les propriétaires d’esclaves que parmi les patrons d’usine !

La sous-estimation de la volonté populaire de liberté est toujours la plus manifeste chez les penseurs économistes qui se croient au centre du monde. Ils font donc l’impasse sur les luttes populaires de milliers d’esclaves à travers le temps pour réclamer leur liberté. Et si ces luttes sont mentionnées, c’est pour les ridiculiser : elles n’étaient socialement possibles qu’en fonction du développement économique. Une façon plus ou moins voyante d’expédier la Révolution française dans les poubelles de l’histoire ! Si les raisons économiques dictent des comportements, il s’agit surtout de ceux de la classe dominante qui aux USA par exemple, voyez mal qu’en 1793 on puisse abolir l’esclavage. Les forces populaires n’ayant pas en main l’outil économique ne peuvent raisonner qu’en terme politique et c’est en terme politique qu’elles imposèrent dans la France de 1793 l’abolition de l’esclavage dont le r établissement fut à son tour une défaite politique.

 

La lutte des classes comme moteur de l’histoire, c’est la volonté populaire de liberté (aussi minime soit-elle) contre la domination des puissants. Ces derniers sentant en permanence le boulet de la défaite siffler à leurs oreilles décidèrent d’inventer l’individualisme pour qu’en effet la liberté soit celle de l’un, isolé de sa classe. Les oligarchies savent reculer pour mieux sauter quand les révolutionnaires croient trop vite qu’une concession est une compromission.

 

Si aujourd’hui tout est marchandise, cela tient à la généralisation globale du phénomène (l’esclavage dans toute son horreur fut un système localisé) et la riposte a besoin d’être globale en demandant la décroissance de la marchandisation (voir brochure sur ce point). Cette décroissance, comme l’abolition de l’esclavage, apparaît comme impossible à tout point de vue pourtant elle est politiquement inévitable. Elle est d’autant plus impossible que le système soviétique qui en fut la caricature démontra son absence totale d’efficacité économique. Elle est d’autant plus impossible que le système capitaliste a su développer tous les ingrédients de la servitude volontaire (voir brochure sur le marketing politique). Elle est d’autant plus impossible que l’économisme a imposé l’idée que le système fonctionne par la consommation et non par la production. C’est une des utopies les plus géniales que le capitalisme développé a su mettre en œuvre de manière la plus convaincante. Un peu comme si l’esclavage était né du besoin d’êtres humains de vivre les bienfaits de cette soumission !

Marx l’a démontré de belle manière, les capitalistes ne perdent jamais de vue sa démonstration : le système fonctionne suivant un principe simple, accroître à n’importe quel prix le taux moyen de profit. Et les désirs des consommateurs sont des années lumière de cette loi économique.

 

Tout comme l’abolition de l’esclavage a été à la fois une prise de conscience politique, sociale et économique, la décroissance de la marchandisation a besoin de remettre sur ses pieds le système économique à combattre, et les solutions politiques à lui appliquer.

Quand il a fallu abolir l’esclavage au Pérou, le système a fait venir des milliers de salariés de Chine. La mécanisation est bien sûr venue de l’idée de diminuer les charges salariales mais nulle part elle n’a devancé l’abolition de l’esclavage. Dans la France de 1960 qui s’étendait jusqu’en Algérie, la machine à laver le linge s’est développée. Des Pieds-noirs arrivant dans le pays en 1962 ont pensé qu’ils pouvaient, comme en Algérie, embaucher du personnel de maison pour faire la lessive. Très vite ils comprirent que la machine à laver était plus économique.

 

Globalement ce sont les luttes sociales et en particulier les luttes pour la liberté qui font avancer le système économique… à cause de l’impératif du profit. Même les congés payés sont une lutte pour la liberté et les forces dominantes en profitèrent pour inventer l’industrie du tourisme. Ce n’est pas le développement de l’industrie du tourisme qui incita à revendiquer les congés payés !

 

Aucune décroissance ne sera possible sans son articulation avec les luttes populaires. Et elle est vouée à servir le capitalisme si elle croit pouvoir se développer en méprisant le peuple et ses luttes pour la liberté réduites dans la pensée de quelques uns à des luttes pour la consommation.

20-08-2008 Jean-Paul Damaggio

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 14:34

cladel montaubanCladel sur la place publique

 

 

Pour cause de naissance d’un parking souterrain (comme partout), Montauban vient de se doter d’une nouvelle place dite esplanade où, faute d’arbres, on trouve de grands lampadaires. Je ne sais qui a eu l’heureuse idée d’accrocher d’immenses portraits aux lampadaires mais l’initiative me semble de bonne pédagogie. Huit personnages ont été retenu : Olympe de Gouges (que la mairie tente de célébrer de manière régulière), Jeanbon Saint-André, Vialètes de Mortarieu, Ingres, Cladel, Bourdelle, Marcel-Lenoir et Hugues Panassié.

On pourrait discuter longtemps sur ce choix. Au chapitre écrivain c’est Cladel qui est honoré alors que nous avions aussi Pouvillon, Perbosc ou Castan.

Léon Cladel contribua à créer cette généalogie qui passe par Perbosc et Castan. Il est le « père » fondateur d’une démarche assez unique : unir l’occitan et le français, l’ici et l’ailleurs, les mots et les actes.  Bourdelle lui-même est un enfant de Cladel aussi, à la mort de l’écrivain, il offrit un buste pour qu’il soit installé, comme un défi, face à la préfecture.

Pourquoi « comme un défi » ? Cladel se voulut l’âme du peuple le plus divers : pas seulement le peuple révolté mais aussi le peuple soumis. Dans son idée, le peuple était la victime des pouvoirs.

Pendant l’Occupation, les Allemands envoyèrent la statue de Bourdelle au musée où elle attend depuis les visiteurs. Il m’est arrivé de demander, en vain, à plusieurs reprises, que la mairie permette à ce buste, de revenir sur le lieu pour lequel il a été pensé.

En conséquence, même si c’est seulement un portrait, je me réjouis de voir flotter au vent, Cladel, sur la nouvelle esplanade toute proche de son lieu de naissance.

Il est bon de rappeler que le visage de Cladel fut toujours pour lui, une part importante de son œuvre. Sa barbe n’était pas celle des « barbus » d’aujourd’hui, mais celle des barbus du 19éme siècle qui avaient à cœur la république démocratique et SOCIALE. Cladel en vit beaucoup qui la coupèrent (ou la taillèrent) en gravissant les marches du pouvoir. Lui resta le communard de toujours, le révolté audacieux. Son audace consista à ne négliger personne : pas plus le mendiant que le riche, pas plus les hommes que les femmes, pas plus les humains que les animaux. Il refusa d’écrire son autobiographie, il préféra écrire l’histoire de sa « Kyrielle de chiens ». En conséquence le lecteur d’aujourd’hui peut retrouver dans son œuvre l’illiade ou l’odyssée, le mythe ou le réalisme, la joie ou la peine. Rien de surprenant si son grand roman sur la Commune s’appelle I.N.R.I. et s’il n’a pu paraître que des années après sa mort grâce à l’action de Cladéliens fidèles.

C’est un Cladélien d’aujourd’hui qui permet au portrait de l’écrivain de flotter sur la nouvelle esplanade. Peu importe son nom, seule l’action compte. Et nous ferons tout pour que d’autres actions de se genre se produisent ici ou ailleurs.

Léon Cladel a inventé une littérature (pour ma part, je défends surtout le nouvelliste) que j’appelle sous-réaliste. L’action continue.

09-09-2008 Jean-Paul Damaggio

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 09:50

La libération d’Ingrid Betancourt a déclenché une campagne médiatique exemplaire. J’ai publié à ce moment ce texte sur La Sociale. Avec le recul il me semble utile de l’intégrer ici au travail en cours sur les Amériques. J-P Damaggio

 

 

Ingrid, libre…

 

 

La libération surprise d’Ingrid Bétancourt fait penser à celle intervenue en avril 1997 à Lima. La comparaison devrait nous éclairer sur des évolutions profondes du politique aux Amériques.

Rappel des faits : après des mois d’occupation de l’Ambassade du Japon à Lima par le groupe péruvien MRTA, les forces de sécurité d’Alberto Fujimori réussissent une opération audacieuse pour en finir avec cette crise. Une telle opération a été clairement préparée avec l’aide des services secrets israéliens et elle a mis un terme définitif aux guérillas du Pérou. Le Sentier lumineux avait été neutralisé et c’était donc le tour du MRTA avec pour Fujimori l’image de sauveur. Actuellement cependant Fujimori comme son bras droit de l’époque, agent de la CIA, Vladimiro Montesinos, est en prison pour ses propres crimes.

 

La libération d’Ingrid Bétancourt annonce la fin des FARC et donc la fin des stratégies de guérilla aux Amériques. Le poids des circonstances de l’heure (la mort d’un chef par exemple) rencontre des phénomènes plus profonds. Le phénomène se situe au croisement de quatre nouveautés : la crise profonde de la base sociale paysanne, le déséquilibre actuel entre la force d’un fusil et celle des services de renseignements des maîtres du monde, l’aspiration générale à la démocratie même quand ses insuffisances sont très nettes, et les succès partiels de la dite démocratie. Quand le peuple peut élire comme président l’Indien Evo Moralès, pourquoi continuer la stratégie des armes ?

 

Le cas du Venezuela démontre lui-même que la fin des guérillas dans ce pays a été finalement un facteur bénéfique pour la victoire de Chavez. Au sein même de la Colombie qui a toujours eu une forte tradition de gauche parlementaire, ce courant va se sentir plus fort malgré le bénéfice temporaire que peut tirer des événements l’actuel président de droite Uribe.

 

Naturellement cette fin des FARC et la possible avancée de la démocratie ne signifient en rien la fin de la violence. Du Honduras au Brésil, tous les indicateurs sont au rouge quant à montée de la délinquance urbaine et ce phénomène est aussi profond que la fin des guérillas ! La Colombie va seulement pouvoir entrer dans le marché politique ordinaire avec comme grand ordonnateur les médias à la solde des milliardaires.

 

Et les USA dans tout ça ? Personne ne doute un seul instant que les services de renseignements furent un auxiliaire précieux d’Uribe d’où la libération de Nord-américains en même temps qu’Ingrid, libération annoncée par avance au soldat Mc Cain pour lui donner un coup de pouce dans sa difficile lutte contre Obama, en vu de l’élection du quatre novembre. Mc Cain en se précipitant à Bogota a cependant confirmé la formule inventée par les défenseurs d’Obama : Mac Same pour dire que Mc Cain veut continuer Bush. D’ici l’élection du prochain président des tonnes de dollars vont circuler en tout sens (pour Obama il faut qu’ils lui amènent le vote latino) et donc bien difficile de prévoir le résultat. Une seule chose est sûre pour le moment : comme aux Primaires, Obama fait la course en tête, une course où il veut cultiver le souhait d’Etasuniens en manque de paix. La libération d’Ingrid Bétancourt va donc s’inviter dans cette campagne : Mc Cain y trouvera la preuve que seule la méthode forte est payante et Obama que seul le respect des pauvres est source d’avenir. Bien sûr il s’agit seulement d’histoires que chacun va se raconter quelques mois (storytelling) avant qu’ensuite la politique des riches impose ses dures règles qui cependant ne sont pas sans nuances voire sans contradictions.

Contre les deux fers au feu classiques du capitalisme, les démocrates doivent se saisir de l’heure présente pour travailler aux dures règles d’une démocratie indépendant du fric.

3 juillet 2008 Jean-Paul Damaggio

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 09:48

Il s’agit ici d’un compte-rendu de livre de Marie-José Colet. Il est repris de la lettre bimensuelle qu’édite nos éditions et à laquelle vous pouvez vous abonner en y adhérant. Si vous aussi, vous voulez proposer des comptes-rendus de livre, n’hésitez pas à nous les envoyer. Ce site vous est ouvert. Surtout s’il s’agit de livres écrits par des femmes. Et comme nous n’aimons pas les frontières nous sommes heureux de pouvoir vous annoncer des comptes-rendus de livres étrangers : le livre de Janet Afary sur Michel Foucault publié aux USA, ou celui de Line Gruber sur le luttes des femmes en pays musulmans publié en Italie. Sans négliger, bien au contraire, le livre de Héli Beji la Tunisienne, publié en France.

 

 FLORA TRISTAN, par Dominique Desanti Hachette Littérature 1972

 

Sur la couverture du livre : Flora Tristan, la femme révoltée.

Elle aura un petit fils : Paul Gauguin

En quatrième de couverture : à sa fille Aline : « Je te jure de lutter pour toi, de te faire un monde meilleur. Tu ne seras ni esclave ni paria. Comment ? On dit : serment d’ivrogne, serment d’amoureuse. Et bien, les serments faits à ce que l’on vient de créer, à ce qui sort de vous, on doit les tenir... »

 

J’ai trois enfants dont deux filles et ces phrases me parlent, griffent mon nombril de femme.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre sur une femme à qui sa simple vie ne suffisait pas, d’une femme qui toute sa vie  a souhaité donner et rayonner sur les autres, d’une femme qui a souhaité influer par son écriture et ses combats sur ses compagnes de misère et de solitude. J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir Flora Tristan, qui comme Hannah Arendt, ayant vécu pile un siècle avant elle, a parlé  des parias, surtout des femmes parias et a lutté pour que cela ne soit pas. Combat mot à mot à mener à travers les siècles, sans relâche. Et puis comme au 21ème siècle elle a crée en précurseur une association pour l’accueil des femmes étrangères. Flora Tristan  une femme passionnante et pionnière, entre Olympe de Gouges et George Sand (bien que différentes de ces dernières) à découvrir sous la plume de Dominique Desanti et qui donne envie comme je l’ai fait d’acheter l’oeuvre monumentale de Flora Tristan : Les Pérégrinations  d’une paria

 

Mais je vous laisserai découvrir le charme vivant de la plume de Dominique Desanti. Ce jour, je résumerai simplement pour ce dossier d’Empan sur les violences conjugales  quelques pages qui décrivent Flora Tristan, femme harcelée. Etonnant portrait (Pages 142-149) d’une femme poursuivie par son mari qui n’accepte ni la rupture ni le talent intellectuel de sa femme. Hélas, mille fois hélas ce portrait est intemporel car  même si la loi est plus clémente pour les femmes, reste la violence de l’homme qui refuse la séparation .

 

Son mari, il s’appelle Monsieur Chazal. Monsieur Chazal est un homme exalté qui boit et qui crie. C’est par leur fille Aline qu’il cherchera à atteindre sa femme Madame Chazal que tous appellent Flora Tristan. Glissement de l’identité d’une femme en fuite qui n’aime plus son mari depuis des années. Flora Tristan a trente deux ans et nous sommes en 1835.. Le 30 octobre au matin, Monsieur Chazal  se rend au commissariat et se fait confirmer qu’il a la loi pour lui. Fort de cette affirmation, il va brutalement enlever sa fille Aline sur le chemin de l’école. La petite hurle devant ce père qu’elle ne connaît pas. On parle à nouveau de police et de loi. La bonne qui accompagnait la fillette prend peur. Flora est partie pour la journée ; on ne peut la joindre. Quand Flora rentre, elle pense perdre la raison tant sa panique est grande. Elle est désemparée. La pluie tombe et c’est sous un torrent de pluie qu’elle se rend chez son mari. La petite est muette, les paupières baissées. Flora arrache l’enfant et toutes deux s’enfuient du domicile conjugal. La pluie tombe toujours. C’est le déluge. Le mari hurle : « arrêtez la, c’est une voleuse ! » Le commissaire arrive et Flora affirme ne pas connaître Monsieur Chazal. Le commissaire relâche Flora et l’enfant et décide de les abriter à l’hôpital. Le lendemain le mari revient avec le livret de famille. Alors « elle avoue ». Chazal est bien son mari. Le procureur ému lui conseille de rejoindre Paris au plus vite. Son mari la poursuit. Flora donne de l’argent au cocher qui accepte de la prendre seule. Les autres cochers maintiennent de force Chazal à terre.

 

La scène suivante se passe chez Maître Duclos. Il est décidé qu’Aline sera placée en pension et que la séparation des corps sera demandée. Jules Favre avocat de Chazal lui conseille alors la position la plus dure, la plus répressive : la dénégation totale des faits. L’avocat connaît les le consensus qui accompagne toute séparation de couple et de plus  Flora est une femme de lettres , une pédante ! Pendant ce temps Aline est toujours en pension. Elle écrit une lettre de révolte à son père et lui dit adieu. Pendant ce temps aussi  Flora termine Les pérégrinations d’une paria livre dans lequel il est question de son mariage. Pendant ce temps encore Flora continue ses manifestations politiques. Chazal se rend au pensionnat et exige qu’on lui remette Aline et la place dans un autre pensionnat, résidence surveillée. Il veut soustraire Aline à Flora l’intellectuelle, la combative, « la songe-creux ». Au bout de deux mois Aline s’enfuit et se rend chez Flora qui l’expédie chez sa grand-mère. Chazal envoie la police et récupère sa fille.

 

La loi et ses hommes sont là pour défendre le seigneur et maître. Pour le principe une demande de séparation de corps a lieu. Mais ainsi protégé, Chazal ira jusqu’à des attouchements sexuels incestueux sur Aline et jusqu’à une tentative d’assassinat sur Flora.

 

J’ai eu envie de vous résumer cette histoire là qui se trouve au coeur du beau livre de Dominique Desanti et qui bien sûr ne résume pas la richesse de Flora Tristan et de sa vie.

Bonne lecture et bonne réflexion,

Femmes et hommes  de bonnes volonté, dans la longévité des siècles, unissons-nous ...

Marie-José Colet

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 09:30

Le dernier livre paru à nos Editions (J'ai eu 15 ans en Tarn-et-Garonne) donne la parole à un Saint-Antoninois de 1924 qui rappelle cetet légende à inclure dans le débat : qu'est-ce que l'utopie ?


Une légende de Saint-Antonin

 

Il y avait une fois, un Saint-Antoninois qui, passant dans la prairie de la Condamine, vit un papillon si beau, si merveilleux qu’il voulut l’avoir à tout prix. Il se lança éperdument à sa poursuite en criant à plein gosier Taurièi ! taurièi ![1] Ses cris attirèrent l’attention d’un voisin, qui, admirant à son tour l’incomparable bestiole, se mit bien vite à la poursuivre, en poussant le même cri. Semblant se jouer de ses naïfs admirateurs, le papillon voltigea longtemps autour de la ville, dont tous les habitants enthousiastes se joignirent bientôt aux deux premiers : il vola légèrement jusque sur le grand causse de Servanac, au bout de l’interminable côte, et les bonnes gens l’y suivirent, pensant bien que fatigué, il se poserait bientôt sur quelque fleur sauvage.

Il s’était posé, en effet, sur la belle fleur bleue d’une chicorée sauvage ; mais, avant qu’ils n’arrivassent, un autre papillon survint, dont il s’énamoura ; et les deux aériennes créatures, dont les ailes d’or se diapraient d’azur, de pourpre et de jais, se provoquant et se poursuivant tour à tour, s’envolèrent devers Aliguières et Septfonds, puis vers Caussade, d’où elles prirent la direction de Montauban, toujours suivies par touto la gent de Sent Antoni[2] vieux et jeunes, hommes et femmes, criant inlassablement : Taurièi taurièi.

La bande enthousiaste traversa ainsi Réalville, dont les habitants venaient précisément de démolir je ne sais combien de toises de mur - vint canos de paret [3]- pour prendre une toute petite souris - uno murgueto - ce qui les fit surnommer lous rataires : la bande dévala la côte du Château Vieux, traversa la plaine de Cayrac criant de plus belle : Tauriéi taurréi ! car ils espéraient bien que la rivière arrêterait enfin les ensorcelantes bestioles aux larges ailes si somptueusement parées d’or, d’azur, de pourpre et de jais. Hélas ! elles volèrent gracieusement jusqu'à l’autre rive[4], et les poursuivants enfin arrêtés, s’écrièrent dans la plus profonde désolation: Taurièi pas ! taurièi pas ![5]

C'est depuis lors que les rivaux caussadais et caylusiens sourient en parlant des Saint-Antoninois que, pour ma part, j’admire et révère, parce qu’ils s’étaient passionnés jusqu’au délire pour l’aérienne fleur de beauté que les anciens considéraient comme le symbole de l’âme. Quelle est la population d’une ville actuelle qui partirait ainsi d’un seul élan à la conquête de la chimère idéale : j’entends bien, celle qui ne saurait rapporter autre chose qu’une de ces jouissances essentiellement morales et désintéressées dont le monde se détache de plus en plus ?

Quand j’y songe attentivement, je me sens un peu fier d’avoir été allaité dans la vieille noble cité de ces amants éperdus de la Psyché ... N’ai-je pas consacré ma vie entière à la poursuite de buts superbes, mais combien désintéressés ? Moi aussi je suis un Tauriéi et je n’en suis pas peu fier.

                            Jules MOMMEJA

 



[1] Je t’aurai ! je t’aurai !

[2] Tous les gens de saint-Antonin

[3] Vingt longueur de mur

[4] Il n’y avait pas de pont comme à Saint-Antonin !

[5] Je ne t’aurai pas ! je ne t’aurai pas

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